La lanterne canadienne /, 1 mars 1869, jeudi 18 mars 1869
LA m Vol.I.MONTRÉAL, 18 MARS, 1808.No.27 Lundi, 14 Mars.^ Ce que je 11c comprends pas.c'est que malgré la neuvainc de St.François-Xavier, malgré l’installation de Sic.Irène et de St.Félix, chacun dans un autel de Notre Dame, malgré l’arrivée à Rome del’éveque Bourget, malgré les prières innombrables qui se disent depuis un mois dans tout le Canada, les tempêtes de neige n doublent de violence, et menacent de nous ensevelir tout-à-fait avant que le printemps 11’arrive. — 434 — Il faut que les pénitens et pénitentes n’aient pas confessé tous leurs péchés, et Dieu s’en venge en 1 !: t.ant le Grand Tronc sur toutes lus voies ferrées du Canada.Je ne vois pas d’autre manière d’expliquer le déchaînement furieux des ouratrans.•* ¥ Sic.Irene cl St.Félix sont deux gentils petits saints, bien cirés bien pomponnés, bien astiqués ; ils ont chacun un trou dans la gorge et de jolies petites mains ; mais ils sont exigea 11 s en diable.Figurez-vous qu’ils ont lait dire à l’abbé Picard, dans la chaire de Notre-Dame, que ceux qui ne donneraient rien à la quête qui serait laite pour leur acheter une nouvelle parure, perdraient toutes les graces de la ncuvaine.Cependant, ils sont depuis quinze jours l’objet d’une adoration perpétuelle.J’ai été contempler de mes yeux attendris la dévotion touchante qu’on leur témoigne, et je n’aurais jamais cru qu’avec une si grande jeunesse, ils eussent un esprit d’exploitation si merveilleusement développé.Quand on est saint, il est vrai, on se transforme à discrétion, et l'on prend vile les habitudes du pavs oit l’on va.< * -t Le monde va-t-il être couvert d’un nouveau déluge ?Tout porte à le croire : Fn Canada, il y a quinze pieds de neige entassés sur le sol.Dans la C'aliIbrie, dans la Louisiane, dans l’Amérique Centrale, il tombe depuis un mois des pluies torrentielles ; tous les travaux agricoles sont abandonnés.On aurait bien dû nous prévenir trois cents ans d’avance, ce n’était pas trop pour construire une arche capable de loger toutes les' bêtes du Canada.Le Nouveau-Momies la fi verve, et L'Ordre trouveront toujours à se loger, sans qu'il leur en coûte rien.La oresse religieuse sera surabondamment représentée ; mais que deviendra le commun du troupeau ?J’ose encore espérer dans la clémence du Seigneur.Il ne voudra pas, non, il ne voudra pas qu’un nouveau déluge arrive avant que Mr.Cartier 11’ait conclu son achat de la baie d’Hudson, ou qu'il soit fait milord.11 y a tant de choses en suspens, a peine ébauchées, le chemin de 1er intercolonial, les fortifications de Lévis, le code municipal du lîas-Canada.et le bill Ouimet pour mieux accaparer la propriété qu’on tarde toujours à présenter en Chambre, malgré les vives instances de l’archevêque.?« 59 — 435 — Le Grand Tronc met juste quinze jours à faire le trajet de Montréal à St.Jean, distance de 30 milles.Il est à supposer dès lorsque le chemin de fer intercolonial mettra au moins six mois à se rendre de Québec à Halifax.Vous partez d’ici le premier janvier, avec un calque des mocassins, et un capot de bullle, et vous arrivez à Halifax le 1er juillet.comme une tinette de beurre* fondu.On a tous les agrémens possibles sous la confédération.* + * Ce chemin de fer intercolonial coûtera So millions de dollars, attendu que les contrats ont été faits pour vingt millions ; il coûtera en outre trois à quatre millions par année pour son entretien, et il rapportera des malles expédiées depuis six mois.L’été, il sera complètement inutile.Donc, il ne faut pas parler de l’annexion.« Mr.Bellingham, tory de la vieille roche.—tous les torys sont de la vieille roche—admet que si nous ne sommes pas annexés aux Etats-Unis, avant cinq ans il n’v aura plus que des allâmes en Canada, mais qu’il vaut mieux mourir de faim et rester colons que de prendre de bons dîners et d’être des hommes libres.J’admire ce noble desintéressement et ce patriotisme qui défie les coliques.Mais comme il n’y a pas que des vieilles roches en Canada, qu’il s’v trouve aussi des hommes, et que ces hommes là ont un ventre, je ne vois pas ce qu’il ont à gagner à le tenir vide.Il est vrai qu’ils restent loyaux.Cela compense tout, je l'admets.Nous payons cher ce plus beau des titres, puisque depuis cinquante ans il a fait fuir à peu près sia cent mille canadiens, et qu’il en fait fuir encore deux à trois mille par semaine.Mais, rendons grace à Dieu.Il reste encore 1,100.000 âmes à mourir de faim dans notre jeune et beau pays, favorisé du séjour de quatre saints en cire.Quand tout ce monde là sera mort ou parti, alors il sera temps de songer à l’annexion.Il n’y a que les prêtres qui ne quittent pas le Canada.Au contraire.Les méchantes langues disent que c’est parce qu’ils sont les seuls qui s’v enrichissent. — 430 — Mais je n'en crois rien.Ne sont-ils pas en effet les successeurs ilu Christ qui allait pieds nus?Ce serait assez difficile en Canada à cause du froid.Aussi, pour s’acheter des mocassins, les Jésuites ont pris à peu près 200, 000 louis à la seule ville de Montréal, les Sulpiciens ont 75,000 louis de revenus, et chaque curé de campagne a en moyenne 400 louis de rente provenant de la dune.Mais ils s’en servent pour accomplir de bonnes rouvres: ainsi, ils ne laissent pas échapper une occasion de faire des quêtes pour la gloire de Dieu.â * Moi, j’aime les Frères de la Doctrine Chrétienne ça s’appelle de la doctrine chrétienne.Ils se dévouent à l’instruction des enfans.Depuis trois mois j’ai eu l’occasion de voir une vingtaine de leurs élèves qui ont été instruits par eux pendant plusieurs années.Vas un seul ne savait écrire, et quinze ne comprenaient pas l'écriture.Ces enfans sont instruits à ignorer.C'est la perfection de l’art.Ce que j’aime aussi, ce sont les Sœurs Grises.Voilà des femmes qui rendent des services réels.Les hommes faits quittent le Canada ; les enfans confiés aux Sœurs Grises meurent comme des mouches.Si vous leur demandez la raison de cette cil rayante mortalité, elles vous répondent.u Ne sont-ils pas bien plus heureux?.Mais si je veux que mon enfant meure, je n’ai qu’à le laisser sur le chemin, tout nu, par un froid de trente-six degrés, il mourra presque aussi vite qu’entre vos mains.Les Sœurs Grises doivent avoir un secret pour faire mourir les enfans.Sur 749 enfans qui furent déposés chez elles il y a deux ans, il n’en reste plus qu’une cinquantaine en vie.Qu’ils doivent déplorer leur sort, s’ils ne sont pas devenus complètement idiots à force de mauvais traitemens ! Remarquons que beaucoup des pareils de ces pauvres petites créatures envoient souvent de l’argent aux bonnes sœurs, et que les bonnes sœurs continuent de recevoir cet argent longtemps après que les enfans sont morts.Il n’y a rien à dire à cela.11 m’a été fait des révélations émouvantes au sujet de certains petits êtres qui ont été déposés chez les sœurs grises.Dès que je serai libre de les dévoiler, on voudra bien croire que je m’empresserai de le faire. — 437 — Une nouvelle incroyable est venue fondre sur nous la semaine dernière.Les journaux rapportaient excepte le Nouveau-Monde qui ne rapporte que ce qui se passe dans le purgatoire les journaux rapportaient, dis-je, que Mr.Stcxvart, le millionnaire de New-York, nommé secrétaire du Trésor par Grant, avait vu s'élever une objection à l'exercice de scs fonctions nouvelles.Une loi des Etats-Unis, loi fort sage, déclare incapable d'etre Secretaire du Trésor tout homme qui a des intérêts dans un commerce quelconque.Alors, 011 vil Mr.Stewart qui lire de son immense négoce un bénéfice de plusieurs millions par année, oil ri r de consacrer ce bénéfice tout entier à des œuvres charitables.Mais la loi était positive, et Mr.Stewart dût donner sa démission.* < r.(^iicl est donc ce pays étrange dont les institutions inspirent :’i ses citoyens de si sublimes résolutions?C’est le pays des vauriens Yankees où l’on ne connaît ni lois ni mœurs, où l’on foule aux pieds la religion, excepté toutefois les magnifiques temples catholiques construits surtout avec l’argent des protestans.C’est le pays des républicains, race d’hommes maudite qui, aussitôt qu’ils deviennent riches, luttent entre eux à qui donnera le plus d’argent aux écoles et aux institutions publiques.C’est le pays que les nations envient, qui fait l’admiration des homines, mais qu’en échange le Nouveau -Monde conspue on ne peut pas tout avoir.C'est le pays enfin auquel il serait honteux pour nous d’être annexés.parce que nous sommes si grands, si grands dans notre coquille, que nous faisons comme Fhuitre qui, tranquillement clouée sur la plage, délie les Ilots de la mer la plus courroucée.Nous, nous avons des zouaves pontificaux, des Frères delà doctrine chrétienne, des ncuvaines, et des saints cirés, pardieu ! qu'est-ce que l’annexion pourrait nous donner de plus?Les uns diront cjue nous avons de magnifiques mines de fer et de cuivre inexploitées; d’autres, que nous avons de puissans cours d’eau qui n’alimentent aucune manufacture; d’autres, que n0us avons des espaces infinis sans culture, sans communications, c-ifil est impossible de coloniser : d’autres que nous perdons incessamment toute notre population virile, et que les quelques industries qui restent encore sur pied s’elîaeent de jour en jour ; d autres, eh ! ce sont là des lieux communs. — 43S — Mais, votre Ame, mes amis, votre Ame, vous n’y pensez donc pas ?Si vous avez le malheur de faire vivre votre famille, vous perdrez votre religion.L’abîme est lit tout ouvert devant vous, vous voulez vous y jeter !.Faites de l’argent en Canada si vous le pouvez, c’est très-bien.Au moins cet argent, vil métal, est donné it Pévêquc, aux jésuites, aux curés et aux soeurs, et par lit il est purifié.Mais aux Etats-Unis, vous vivrez avec, quelle horreur ! Le bon Dieu n'a qu’un pays au monde où il perçoive encore des rentes, et vous voulez le lui ôter ! * Qtfest-ce que ça fait que vous ayez des cours d’eau qui ne servent it rien ?Ces cours d’eau ont été mis lit pour couler, voilà tout.Quand bien même vous auriez des mines !.la belle affaire ! Les mines sont dans la terre, il ne faut pas y toucher.Si Dieu avait voulu qu’elles fussent pour l’homme, il les lui aurait mises dans la poche tout bonnement.Des industries et des manufactures ! mais quand vous serez sur votre lit de mort, hein !.Ecoutez le conseil du sage.*4 L’univers contient dans son sein une quantité infinie de richesses.Mais Dieu ne prévoyait pas que l’homme voudrait un jour les exploiter.Donc, si Dieu n’a pas prévu cela, passez-vous en.” •at » * le promène mon regard sur notre petite planète errante dans l'immensité.Cette planète est peuplée par quatorze cents millions d’êtres humains : sur ces quatorze cents millions, il y en a tout au plus 3ou millions de catholiques.Ça ne paie pas.Dieu a encore lait là une gaucherie.Je distingue un vaste continent ouvert comme les ailes d’un aigle.Placé entre deux mers profondes, il semble prêt it s’élancer pour les franchir.11 se soulève, son sein fermente, et on le sent qui va prendre son bond.Pour lui l’espace n’est qu’un pas, et le globe que ce qui peut tenir dans sa serre.Au nord le pôle, au sud, le pôle.Il touche par chaque extrémité it l’inconnu.Ici la terre est glacée, lit elle bout, plus loin elle s’épanouit dans un éternel printemps.Tous les climats, toutes les races d’hommes l’habitent.Le dernier venu sur la scène usée du monde, il en refait le berceau, et lui prépare un nouvel avenir.•» > + C’est l’Amérique, ce jeune faucon qui essaye son vol dans Vin- — 439 — fini.Son nid, grand comme la moitié du monde, est déjà trop petit pour lui.Le voyez-vous qui s’élance de New-York à San Francisco, onze cents lieues! qu’il va traverser en huit jours et de là, d’un seul coup d’aile, atteindre la vieille Asie que bientôt il embrassera ! Que sont aujourd’hui toutes les nations de la terre devant ce colosse enfant.Pourquoi le voit-on sans cesse frémissant, insatiable, ignorant du repos, bondissant à travers les obstacles, soulevant toutes les questions, appliquant toutes les idées?C’est que son sein est le brûlant laboratoire de tous les progrès, c’est qu’il contient la source vive de toutes les libertés qu’il va bientôt répandre sur le monde.•* -* » Les peuples l'ont pris pour guide et le regardent comme leur (lambeau ; chacun de ses actes est une leçon, et nous qui allons être entraînés fatalement dans sa course avant peu d’années, nous sommes ceux précisément qui l’ignorons le plus.Nous habitons l’Amérique, et nous n’avons pas la moindre idée de l’Amérique.Dans les collèges du Canada, ces antres de l'ignorance et de la plus niaise bigoterie, on regarde connue un crime de faire connaître aux élèves l'histoire du grand peuple dont chaque pas est un exemple pour l’humanité.Tandis que dans les écoles américaines, il n’y a pas un enfant de douze ans qui ne connaisse la constitution de son pays, et n’ait pris l'habitude de parler sur les grands faits et les grandes questions de son histoire, nous, sortis des collèges de urètres, nous savons à peine quand la guerre de l’indépendance eut lieu ; et nous ignorons totalement ce qui l’a suivi depuis près de cent ans.Et quoi ! il n’y a pas quinze ans peut-être, un sur intendant de iinstruction publique ! donnait comme son plus beau titre de gloire qu’il n’avait laissé pénétrer dans les écoles canadiennes aucun livre d’instruction publié aux Etats-Unis ! ! qui il appr< scment développe par ses confreres.Dans la grande presse des Etats-Unis, on propose aujourd'hui quelques plans'définitifs pour l’annexion du Mexique, pareeque le Mexique.partie intégrante du continent américain, sans industrie, sans communications, sans voies ferrées, touchant à la Californie.au Texas, à et à VArizona, avec une côte de cinq cents — 440 — lieues sur le Pacifique, ne répond plus aux exigences de sa situation géographique, et paraîtra un non-sens clans l'impulsion prodigieuse que donnera à l’activité universelle le Grand Central Railroad.Et nous consentirions plus longtemps, nous, habitons du Canada, qui touchons aux Etats-Unis par le Maine, le Vermont, le Nexv-1 lampshire, le New-York, l’Ohio, et le Michigan, à nous soumettre à la clique ignare et infime qui nous gouverne depuis quinze ans ! Nous continuerions à lui abandonner les glorieuses destinées qui nous attendent î Nous préférerions indéfiniment l’état humiliant et méprisé de colons à celui qui ferait de nous les membres de la grande famille américaine ! quelle honte ! Non, ce degré d'abjection ne nous est pas réservé.Nous avons dès aujourd’hui atteint les limites de l’abaissement.« ¦t « Il paraît qu'un des nouveaux dogmes qu'on proclamera au prochain concile œcuménique sera /’Infaillibilité du Pape.Enfin ! il était temps.Depuis dix-lniit cents ans que le christianisme est établi, on avait toujours tardé à proclamer cette vérité indispensable.Jusqu à présent les papes s’étaient toujours trompé : maintenant.n a la certitude qu'ils ne se tromperont plus.Du moins on le croira, c’est tout comme.Je n ai pu voir dans 1 histoire, ni puis-je voir de nos jours les conciles établir sans cesse de nouveaux dogmes sans faire cette réflexion : L’œuvre du Christ était donc incomplète, qu’une ébauche insignifiante, pour que quatre a cinq cents bonshommes, avec la mitre et la crosse, signes d'une profonde sagesse, se croient tenus de se réunir tous les vingt ans pour la retoucher, la refaire, et la compléter?.t ¦r «• On me communique le lait suivant, avec des preuves d'exactitude : ** l n jeune homme s
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