La presse, 17 décembre 1983, La presse plus
[" r ?Montréal, 17 décembre 1983 volume 1, numéro 45 Effluves capiteux du vin Moins de quarante-huit heures après que son pdg ait annoncé la «privatisation» prochaine de la Société des alcools du Québec, plusieurs milliers de coups de téléphone s abattaient sur la société, sur le ministère de l'Industrie et du Commerce, un peu partout.On voulait savoir quand, comment et.combien le magasin! On avait bien hâte de mettre la main sur la dépouille, sur l\u2019un de ces magasins-machines à sous, fortune garantie.Car la SAQ, comme l'analyse Réal Ouimet en pages 2 et 3, a décidé de mettre de l'eau dans son vin (c\u2019est-à-dire d abandonner son monopole et de s'associer à I entreprise privée) et de devenir le fer de lance du vin français aux Etats-Unis.Ce sont 100 millions de gosiers américains que la SAQ-Export compte arroser avec le pinard des cousins.Et c'est probablement le temps ou jamais d'écrémer ce créneau: le dollar américain crève le plafond, le franc dégringole et, comme le rapporte Jean-Charles Neault en page 7, tandis que les Américains boivent de plus en plus de vin, le leur (le bon) coûte cher, très cher.En ces temps de réjouissances où I on ne sait plus trop si la tempérance a toujours meilleur goût, nos collaborateurs ont beaucoup musardé dans les vignes du Seigneur: Jean-François Usée, en page 4, s'attele à décortiquer l\u2019industrie française du vin et l'empire canadien qui s'y forme; il se remet, en page 5, de ces arides recherches avec le fameux beaujolais nouveau qui fait courir même les Suisses.Jean Lapierre, en page 6, s\u2019occupe de l'autre pilier occidental du vignoble, l'Italie; il a découvert que leur bon vin, les Italiens le gardent pour eux.Quant à Réal Ouimet, dans cet océan de vin, il brandit, en page 8, la pomme: que lui arrive-t-il à cette pauvre pomme coincée entre la vigne et le houblon ?Jamais très loin de la dive bouteille, la table.André Robert n'a pas craint de l\u2019affronter, moult fois, et livre en page 17 le fruit de son labeur: ou faut-il aller pour manger le meilleur ceci ou la meilleure cela.Nous nous attendons à des tonnes de protestations.La Rédaction PLUS, MONTRÉAL, SAMEDI 17 DÉCEMBRE 1983 Serge Grenier L\u2019EMPIRE DES SENS NOURRITURE Pain de sésame, ouvre-toi Les banlieusards, qu'ils soient longueuillois, brossardois ou la-vatlois, prétendent tous, la saison de l\u2019hibachi venue, préparer le meilleur hamburger qui soit, passés les ponts Jacques-Cartier, Champlain et Papineau-Leblanc.Grand bien leur fasse! Convenons d une chose: il est dapprét facile.Nul besoin de courir les épiceries exotiques pour se procurer les ingrédients.A Montréal, quelques hamburgers font fureur.Comme ceux de Dilallo: substantifiques, pas pressés de se laisser digérer.A l'époque où Dilallo ne logeait qu\u2019à Ville-Emard, on y venait de partout: des hommes à cravate et attaché y tenaient leur diner d'hommes d'affaires \u2014 leur DO A, comme Ms disaient ; entre deux jams, les musiciens du Ville-Emard Blues Band, talenteux mais désargentés.s y nourrissaient pour pas cher.Mais lorsque le hamburger fiole l\u2019art, c'est à La Paryse de la rue Ontario, entre Saint-Denis et Sanguinet, que ça se passe.Whoppers.Big Macs et autres burgers à la chaîne, rentrez six pieds sous terre ! Un burger qui se respecte, est fait non seulement de boeuf à 100 p.cent, mais aussi de beaucoup d'amour.Le meilleur de l\u2019archipel Nostalgie: un village franco-ontarien nommé Alfred, que traversait autrefois la route menant à Ottawa, proposait à l'affamé un choix de basic food (burger, hot dog, frites) qui égayait un parcours et une destination franchement monotones.À LA TÉLÉ Juste retour Pour une courte semaine, entre Noël et le Jour de l\u2019An, I autre télévision ressort son émission gagnante de l\u2019été dernier, celle qui fit battre tous les coeurs de Radio-Québec par ses cotes d'écoute exceptionnelles : «Station Soleil».Jean-Pierre Ferland donc, Marc Laurendeau.Chantai Jolis.Lise Garneau et Francine Grimaldi.L\u2019ami Marc aura de gros invités à se mettre sous la dent.De son côté, la CM joyeuse équipe de «Téléservice».Claude Saucier en tète, fera relâche.Très certainement la meilleure émission d\u2019information générale à la té1é.Et les yeux de France Dauphin, tes plus beaux à briller sur ma Sony Trinitron treize pouces.La SAQ met de I dans son vin eau cadeaux) et veut exporter Compacts Vite, plus qu'une semaine pour la grande bousculade du temps des fêtes Pourquoi pas des cadeaux qui tiennent dans le creux de la main.Pour un ami capitaliste.un mini-lingot d argent.Pour partenaire aimant lire au lit, une petite lampe «Itty Bitty* qui ne troublera pas le sommeil de l'autre.Pour le mystique, une bible de poche \u2014 cinq pouces sur quatre \u2014 disponible aux éditions Paulines.Le coureur des bois appréciera un canif suisse qui fait tout.Vous ferez la joie du patriote avec un passeport des fêtes 1534-1984.Une boîte de truffes ou un pot de caviar pour le gastronome.A l'érotomane.l'un de ces gadgets de sex shop qui doublent le plaisir.Pour le convalescent, une seyante gourmette qui remplacera avantageusement son bracelet d'hôpital.téléphone) Mauvais numéro Combien de fois le capitaine Haddock a-t-il pris les nerfs lorsque le téléphone sonna*t à Mou-linsart plutôt qu\u2019à la boucherie Sanzot! Ma boucherie Sanzot à moi, c'est un optométriste dont le numéro de téléphone ressemble étrangement au mien.Résultat: quelques fois par semaine, je réponds \u2014 poliment \u2014 à une personne qui désire parler à M.Untel (l'optométriste), qu elle s'est trompée de numéro.Lorsque ta personne est mal engueulée («Comment ça, c\u2019est pas le bon numéro») ou qu elle m\u2019appelle trois fois de suite, je lui réponds qu elle a vraiment besoin de lunettes ou que les fabricants de montures d écaille sont en grève.Ça marche à tout coup.Et tant pis pour l'optométriste! Résolution pour 1984 .je proposerai à ma nombreuse clientèle un lorgnon ou une loupe.ïg e bonifiant avec l'âge, la Société des alcools du i Québec (SAQ) a décidé de mettre de l'eau dans son vin chez elle: quitter sa position dorée de monopole, acceptant de devenir le partenaire public de son ancien concurrent, l'entreprise privée, ici incarnée par 11 vini-culteurs \u2014 des vignobles Chante-cler à Bright, en passant par Se-crestat, Geloso et Verdi.Et, plus important encore, la SAQ, en s'associant ainsi, permet à tout le Québec d'espérer que la France devienne son partenaire pour percer bientôt le marché nord-américain.Le défi: séduire à coups de rouges et de blancs français embouteillés et commercialisés au Québec, le gosier des quelque 100 millions d Américains de ta Nouvelle-Angleterre.Rien de plus vrai.In vino veritas! Situé à six heures de camion de New-York, le Québec, porte d entrée naturelle de la France en Amérique du Nord, prévoit par l\u2019exportation doubler le volume de son marché des vins au cours des cinq ou dix prochaines années.Grâce à une stratégie de marketing astucieuse, le Québec pourrait tirer, outre le 45e parallèle, des recettes d\u2019environ un demi-milliard de dollars par année.Plusieurs facteurs favorisent cette possibilité.D\u2019abord la France dispose d'excédents extraordinaires dûs à la surabondance des récoltes des deux dernières années; ensuite, la valeur du franc; enfin le fait que les Américains succombent devant le vin français, l\u2019un des plus raffinés au monde, et la réalité selon laquelle le Québec peut \u2014 mieux que la France \u2014 commercialiser le produit à leur goût, étiquette comprise.Deux experts en la matière en manifestent la plus visible conviction: M.Laurent Vivès.ancien grand patron de la Société des vins de France, et M.Jean-Guy Lord, nouveau pdg à la SAQ et exresponsable du succès de la compagnie Bright, au Québec.M.Vivès dirige maintenant So-provin, l'association des vinicul-teurs québécois, et le comité interprofessionnel mis sur pied par le ministre Rodrigue Biron pour administrer la vente des boissons alcooliques au Québec.En voulant associer la France à ses efforts de pénétration aux USA, le Québec fait oeuvre de pionnier, dit-il.Ce ne sera pas facile, mais c'est éminemment possible.Car, à son avis, pour obtenir la collaboration totale de la France, le Québec devra améliorer la qualité de son produit avant de l'exporter, la réputation mondiale du vin français étant en cause.L\u2019industrie du vin La présence de la SAQ dans I embouteillage du vin remonte à 1922.En 1969, avant l'implantation d'une industrie vinicole privée au Québec, les vins embouteillés par la SAQ représentaient 35,7 p.cent des ventes totales au Québec.Treize ans plus tard, en 1982, la SAQ occupe à peu près la même place sur le marché.Stagnation.En revanche, pendant ces Réal Ouimet mêmes treize années \u2014 entre 1969 et 1982 \u2014 la part des vini-culteurs du Québec a progresse constamment pour atteindre 30 p.cent du marché.Malgré cette progression.l\u2019industrie dispose d une capacité d embouteillage qui n'est utilisée en moyenne qu'à 25 p cent.Après sa tournée en France au début de l'automne, le ministre Rodrigue Biron.à l\u2019Industrie et au Commerce, signale que le seul marché québécois ne saurait suffire à rentabiliser les 11 fabricants et la SAQ-production.Pour ce faire, ajoute-t-il, les industriels devront montrer leurs aptitudes à exporter.Au ministre Biron, il a paru souhaitable de modifier les règles de concurrence dans l\u2019industrie du vin \u2014 pour éviter que les relations entre le secteur public et le secteur privé ne tournent à un vinaigre coûteux au double plan économique et politique.Il a donc pris des mesures accordant au privé des chances de succès égales à celles qu'on retrouve au public dans le champ de la production.C'est ainsi que, maintenant, tout détenteur de permis de fabricant de vin du Québec est autorisé à embouteiller des vins en provenancé de l'extérieur du Québec, mélangés ou non aux produits qu'il vinifie, sous les marques dont il est propriétaire exclusif ou sous les marques et pour le compte de ses fournisseurs.C'est ainsi, encore, que le nombre de détenteurs de permis 100 000 000 d\u2019Américains attendent de fabricant de vin est limité au nombre actuel.Ces mesures permettront aux viniculteurs québécois d\u2019améliorer leurs produits, de résuire leurs coûts et de rentabiliser leurs services d embouteillage.La loi 29 La loi 29, adoptée en juin dernier, vise à stimuler l\u2019industrie vini-cole au Québec, en mettant fin à l'hégémonie du monopole d\u2019État, celle dont profitait la SAQ aux dépens de I entreprise privée La loi 29 pose cependant un défi aux viniculteurs privés: faire aussi bien, ou mieux, que la SAQ, reconnaît M.Vivès.«L épicier devra exploiter son rayon des vins avec soin particulier, y consacrant le professionnalisme dont il fait preuve pour ses autres rayons délicats: viandes.fromages, fruits et légumes.L'épicier devra être exigeant à notre endroit et s'imposer une gestion saine, sans négliger jamais la promotion.» La loi 29 a été rédigée sous l'égide de la libéralisation.Par exemple, on assiste et on assistera à la libéralisation de la vente du vin dans les épiceries et les dépanneurs.Ce qui s effectue en trois étapes.Depuis le 7 novembre dernier, les 11 viniculteurs du Québec ont le droit de mettre en vente chez les épiciers chacun cinq marques de vin, auxquelles s'ajouteront 15 marques de la SAQ \u2014 pour un total de 70.Le premier septembre prochain, ce plafond sera porté à 10 pour les 11 viniculteurs et à 25 pour la SAQ \u2014 pour un total de 135.Finalement.le 1er septembre, ces plafonds disparaîtront.Il va de soi qu épiciers et dépanneurs ne seront pas tenus d\u2019offrir toutes ces marques.Mais ils pourront enfin vendre du bon vin.Jusqu à récemment, on produisait au Québec des vins à partir de raisins ou de moût (du jus en fermentation) importés.Ils pouvaient couper le tout avec 25 p.cent de vin acheté ailleurs.Il s'agit là de techniques de production qui ont de quoi faire fuir tout connaisseur \u2014 et même maints amateurs.La libéralisation de la vente est cependant limitée.Par exemple, les producteurs québécois ne pourront pas mettre en vente dans les épiceries des vins d'appellation contrôlée, comme un Beaujolais ou un Chianti.C\u2019est là un privilège que la SAQ se réserve.Les producteurs sont donc confinés aux vins de table \u2014 ou aux vins de grande consommation dont le prix varie entre quatre dollars et six dollars la bouteille.Toutefois, certains vaudront peut-être des vins d\u2019appellation contrôlée.Relancer la SAQ Dépoussiérer la SAQ, la relancer sur les bases d\u2019une compagnie privée bien administrée, la privatiser: telle est la tâche à laquelle s'emploie, depuis la mi-novembre, le nouveau pdg, M.Jean-Guy Lord, issu de l\u2019entreprise privée.Concrètement, un réseau de franchises prendra la relève des 360 succursales de la SAQ.Ce n est plus qu'une question de mois.Il songe précisément à l\u2019établissement de petites «maisons des vins», administrées par l'entreprise privée, et offrant non seulement des vins mais aussi des fromages et de la charcuterie.Ces petites «maisons des vins» pourraient être ouvertes sept jours sur sept La modération n\u2019aura plus meilleur goût, comme le dit la réclame, qui disparaîtra.On mettra maintenant I accent sur les plaisirs de la bonne chair, le vin étant considéré comme un aliment.Il y aura dorénavant deux réseaux distincts.Les épiceries offriront une plus grande gamme de vins de table, qui représentent 85 p.cent des ventes totales de vin.Puis il y aura les franchises de la SAQ qui offriront les appellations contrôlées et les spiritueux.Ces établissements proposeront aussi de I alimentation fine Par sa structure de prix et sa mise en marché, la SAQ était devenue un compétiteur féroce de l\u2019entreprise privée sur le marché québécois.En s'alliant maintenant à l'entroprise privée, la SAQ pourra utiliser son pouvoir d achat (en bouteilles, étiquettes et bouchons) au profit de toute l\u2019industrie québécoise du vin, observe M.Lord.Il est par exemple maintenant possible, dit-il, d acheter de France des quantités en vrac à un coût de 30 p.cent inférieur à celui d\u2019il y a trois ou quatre ans: toute l\u2019industrie québécoise du vin en profitera et, au bout du compte, le consommateur.Il y a déjà eu, début novembre, abaissement du prix à la consommation dans le cas de certaines bouteilles.Quelques-unes sont passées de 5,50$ à 4,95$ l'unité.Le consommateur va aussi bénéficier de la compétition, prévue au cours des prochaines années, et de la sélection des produits faite ici et ailleurs.Pour M Lord, une chose est claire: si I on veut maintenir les prix de vente de ses produits au Québec, il faudra d'autres sources de revenus, et c est vers les États-Unis qu\u2019il convient de se tourner (vers l'État de New York, le Maine, le Vermont, etc ) D\u2019ailleurs, suivant une étude du ministère de M.Bi-ron, il y a là un marché très riche à percer.Problème préoccupant à régler à la SAQ: la réduction des ventes (en volume), réduction de 5 p.cent d'octobre 1982 à mars 1983.Phénomène, nouveau au Québec, qui empêche l'État de décréter des hausses générales de prix désirées.hausses à la mesure de ses appétits et de ses besoins, toujours grandissants.Il n\u2019en reste pas moins que la SAQ demeure une très bonne vache à lait (ou à vin): elle a rapporté au Trésor, l\u2018an passé, 286 millions $.Une vache que le nouveau pdg s\u2019engage à faire produire davantage.L\u2019une de ses premières tâches consiste à renouveler le conseil d\u2019administration à l\u2019image de la société québécoise et suivant les canons de l\u2019efficacité, en accentuant le marketing dans le sens de la consommation de masse d abord.Il y a fort à parier que, sous son impulsion nouvelle, la SAQ ressemblera, dès l\u2019an prochain, davantage à une compagnie privée poussée par un dynamisme ambiant qu\u2019à une société publique où régnent la poussière, l\u2019amorphe et la facilité.\t?LE-SAAOD ici quelques semaines, vous servirez peut-être à vos invités une bonne bouteille de champagne «Cordon Rouge», un petit cognac «Courvoisier», un bordeaux «Prince Noir* ou.pourquoi pas, une «Grande Réserve Saint-Louis de Beaujolais».Le saviez-vous?Ce champagne, ce cognac, ces vins sont canadiens Oh! bien sûr.les raisins ont été mûris au soleil français, ils ont été cueillis par des viticulteurs aux accents pittoresques, les bouteilles ont été remplies par des citoyens de la République.Mais au bout d une chaîne relativement simple de filiales et de prises de participation, ces viticulteurs et ces travailleurs sont au service de maisons que nous connaissons bien: Seagram s de Montréal et Hiram-Walker de Windsor.Ces deux sociétés se sont taillées, la première dans le vin, l\u2019autre dans les spiritueux, une place de choix dans l'industrie française des alcools.Depuis 1960, elles ont profité du mouvement de pénétration des sociétés étrangères dans le secteur de la bonne bouteille française, un mouvement qui inquiète les protecteurs du patrimoine national Un peu comme si les Allemands étaient sur le point de contrôler notre industrie du sirop d'érable Les raisins et les châteaux L'attrait qu\u2019exerce les vignobles français sur les capitaux étrangers ne date pas d\u2019hier.Déjà, à la fin du 18e siecle, les Irlandais et les Danois débarquaient à Bordeaux et un Union Jack flotte depuis belle lurette sur les 48 hectares du «Château Latour».Mais l'engouement pour la terre et le négoce du vin a pris ses véritables allures de ruée vers l'or au cours des quinze dernières années.parallèlement a I augmentation de la consommation de vin en Amérique du Nord et en Asie.C'est au cours de cette période que Seagram s prend le contrôle du second négociant de chamûa* gne, du douzième négociant de vin et que Hiram-Walker étend son influence dans le cognac.Il faut bien distinguer trois types de propriété: celle de la terre elle-méme, des vignes, celle des grands crus, celle des sociétés qui assurent l'embouteillage et la distribution du vin produit par des milliers de petits viticulteurs.Malgré un mouvement d'achat de terre par des sociétés étrangères au cours de ces 15 ans, la prospérité des vignobles reste à O) co Le vin de France français?99 p.cent dans des mains françaises.Dans le Bordelais où la pénétration est la plus importante, elle ne dépasse pas un pour cent.Les terres qui sont vraiment convoitées sont les quelques hectares qui produisent les grands crûs.Là, la situation est différente.Il n'y a pas de statistiques d'ensemble en ce domaine, mais \u2022 exemple du bordelais est révélateur.On y compte six «premiers crûs classés», la crème des vins de Bordeaux.Parmi eux, Mouton, Lafite, Margaux et Yquem sont français.Deux sont étrangers: Château-Latour, britannique et Haut-Brion, américain.En regard de la production, la propriété étrangère dans ces crûs de prestige atteint 35 p.cent.C'est un maximum sur le plan national, mais c'est un maximum important.Une chance sur dix Au bureau des vins du ministère de I Agriculture, on est aujourd\u2019hui très soucieux de ne pas laisser filer à l'étranger les étiquettes qui font la gloire du vin français.En 1976, le Château-Margaux était à vendre et le géant américain National Distillers était prêt à débourser 15 millions de dollars pour s'en porter acquéreur.Le gouvernement français a dit non et a organisé la vente, pour 2 millions de moins, au patron de la chaîne d alimentation française Félix Potin.La transaction la plus récente sur un château bordelais concerne Jean-François Lisée le Château Lagrange, classé troisième grand cru et racheté ces jours-ci par le producteur de whisky japonais Suntory pour 12 millions de dollars.Cette transaction était en négociation depuis 1981 et le orouoe japonais a dû s engager à respecter I appellation, à reprendre le vignoble dans son intégrité, â présenter un plan d'investissement et à garder le nombre de salariés à son niveau actuel.«Il n'est pas question de laisser partir des vignobles stratégiques» affirme le Bureau, qui dit refuser les demandes purement spéculatives.préférant trouver des partenaires français pour les vignobles en difficulté.On note d ailleurs une certaine stabilisation des achats de grands crûs.Seagram's, par exemple, s'est défait il y a deux ans du Château Puzay en Beaujolais.Troisième type de propriété, la présence étrangère dans le négoce du vin est particulièrement difficile à évaluer, à cause du jeu des filiales et des participations minoritaires.Une étude réalisée en 1980 par rInstitut national de recherche agronomique évalue à 10 p.cent le contrôle étranger dans l'industrie du vin.C'est dire qu\u2019où que vous soyez sur le globe, en achetant une bouteille de vin français, vous avez une chance sur dix, de choisir un produit embouteillé, pu-blicisé, distribué, par des compa- PARIS gnies allemandes, canadiennes, britanniques ou japonaises Le reflux «Il y a eu beaucoup de rêves.On a passé la grande période de prise de participation d'entrepn-ses parce que les multinationales qui croyaient faire de bonnes affaires en achetant des sociétés vim-coles françaises se sont aperçues que non, ce n'étaient pas de bonnes affaires».Si l'on en croit Michel de Guerry, un économiste du groupe de recherches sur les stratégies agro-alimentaires, associé aux Hautes études commerciales, il n'y a plus de «danger étranger» sur le vin français.Au contraire, il estime que les sociétés multinationales vont se désintéresser des entreprises françaises qui dans l'ensemble n'offrent pas un taux de rentabilité très élevé Mis à part les achats, pour des raisons de prestige, de grands crûs et des investissements stratégiques (Seagram s et Hiram-Wal-ker profitent de leurs réseaux de distribution français pour mieux exporter en Europe leurs produits nord-américains), de Guerry prévoit un reflux.«Les grands investissements qui vont se taire maintenant porteront sur la création de nouveaux vignobles d abord aux Etats-Unis, puis pour des essais en Inde, en Chine, dans des pays tempérés où il y a une série de conditions favorables: de climat, de sol, mais aussi des conditions politiques et d ex-tention du marché», explique-t-il.A preuve, le projet du négociant français Cordier (huitième en importance) de s'associer à l'Américain Gill pour exploiter 1 200 hectares de vignoble au Texas La première société française de champagne, Moét.est déjà présente en Californie.Ces opérations permettent une production plus industrielle, une gestion plus serrée, un taux de rentabilité plus élevé que les exploitations françaises «Ou est-ce qui est le plus intéressant.demande de Guerry, créer un nouveau vignoble au Texas ou au Mexique ou acheter une entreprise française de vin?J'ai l'impression que le choix des investisseurs est fait».LU OC cc 5 LU O 4U Q û LU 5 < if) _j < *UJ GC K 2 O 5 ai D v.L\u2019empire canadien organigramme de Seagram's.en France, comporte trois grandes branches.La plus importante résulte de la prise de contrôle, au début des années 70, du négociant Barton et Guestier.Beaujolais, Côtes-du-Rhône.Bordeaux, vin de Loire.B et G distribue des vins de toutes les appellations.Alsace exceptée.Son chiffre d'affai- re, en 82, s'élève a près de 500 millions de francs, soit 77 millions de nos dollars.En 1980, il était classé douzième société de distribution de vin en importance en France.La compagnie ne produit pas son propre vin.Elle ne possède qu'une douzaine d'hectares, le Domaine de Magnol qui produit le Château Magnol dans le Bordelais.Comme la plupart des autres négociants, B et G achète son vin des petits viticulteurs et en assure la distribution.Les deux tiers de ses 24 millions de bouteilles annuelles sont exportées, essentiellement vers l'Amérique du Nord.Deuxième volet de l'empire Seagram's: te .groupe des champagne Mumm.Contrôlé à un peu plus de 50 p.cent depuis 1970 par la maison canadienne, Mumm possède à près de 100 p.cent deux autres producteurs de champagne, Per-rier-Jouet (rien à voir avec l'eau minérale) et Heidsick-Monopole acquis en 1973.Onze millions de bouteilles de CorxJon Rouge, de Red Top et autres champagnes ont permis à ce groupe de faire, l'an dernier, un chiffre d'affaires de plus de 100 millions de dollars pour un profit d\u2019exploitation de 7 millions.(Côté en bourse.Mumm est la seule société qui ait accepté, dans le cadre de cette enquête, de nous révéler .le montant de son profit).fc.-\u2014\t».\u2014i ¦\t\u2022- *\u2022 ».k.\tk\tt.\t«\t.\t\u2018 t.Mumm possède 430 hectares de vignole en Champagne, la moitié de sa production est exportée.Il s\u2019agit du deuxième négociant français de champagne en importance (après Moët).Le troisième pied de Seagram s en France est tout petit.C'est un producteur de cognac Ogier Frères, quatre millions de dollars de chiffre d'affaires.Non, vraiment, le cognac, Seagram s doit penser que c'est l'affaire de son compatriote Hiram-Walker.Cette société contrôle depuis 1962 un des cinq grands du cognac: Courvoisier, ainsi qu'une plus petite société.Sal.9nac En tout, 18 millions de bouteilles et un chiffre d'affaires combiné\" de près de 90 millions de dollars.À ce bref tour d'horizon, il faut ajouter le projet du distributeur québécois Les vins Brights d'acheter une participation dans un important négociant de vins de Loire.Brights assurera la distribution en Amérique du Nord des produits de cette société dont le nom n'a pas encore été dévoilé.Vins, cognacs, champagne, les maisons canadiennes ont un poids certain en France et l'on craint parfois qu elles ne veuillent eten-dre leur influence.Leur nom est prononcé chaque fois qu'un négociant français change de.mains, £, était une pratique régionale, ce fut un snobisme parisien, c\u2019est devenu une mode, plus récemment une tradition.Aujourd hui, c\u2019est presque une fatalité Le 15 novembre, avec le rhume, la première neige, le premier Père Noël, le beaujolais nouveau arrive.Le 15 novembre, à minuit.Ce n\u2019est pas un hasard, ni même une nécessité oénologique, c\u2019est ce qu'on appelle un coup de pub annuel, réglé comme une pièce d\u2019horlogerie.Le 15 novembre, les Français allergiques au beaujolais se grattent toute la journée.À minuit, une centaine de poids-lourds quittent le village de Romanèche-Thorins pour desservir les gosiers tricolores.Dès le matin, une péniche remonte la Seine pour «baptiser au beaujolais* le quartier de la Bastille.Les ambassadeurs du vin nouveau vont faire goûter leur cru au maire de Paris.Pendant ce temps, dans tous les quartiers, les vitrines des bistrots et restaurants sont tapissées d\u2019affiches annonçant la grande nouvelle.Pour le repas de midi, l\u2019approvisionnement doit être assuré: un restaurateur qui n\u2019offre pas de beaujolais ce jour-là peut aussi bien fermer boutique Dans tout le pays, ils sont 300000 lieux de bouffe et de boire à attirer la clientèle avec cet appât automnal.C\u2019est bon pour les affaires.Ceux qui entrent rarement dans les bistrots, ceux qui boivent peu le midi, se soumettent au rite.C'est mon cas.Je crois qu'on peut dire que, cette année, le cru est charnu, corsé, presque astringent.Généreux, équilibré, d'un beau rouge rubis auréolé de violet avec un goût de fruit rouge évoquant le cassis, la framboise, la violette ou les bonbons anglais.Plus tendre, plus souple, plus élégant aussi qu'en 1982.Enfin, c est ce qu\u2019ils disent dans le journal.Personnellement, je l ai trouvé, disons, plutôt bon.L\u2019internationale rouge Les Français ne sont pas les seuls touchés, loin de là.Plus de 65 millions de colis sont envoyés dans 25 pays Si vous voyagez sur Air France ou sur Pan-Am en ce jour, on vous en servira.À Tokyo, les cuisiniers de Chez Maxim's ont leur propre arrivage.Ce sont les Suisses qui en consomment le plus à l\u2019étranger: 174000 hectolitres par an.Suivis de loin par les Allemands (86000), et les Britanniques (74000).Une course Pa-ris-Londres est organisée chaque année le 15 novembre.Le gagnant est celui qui fait parvenir le pius tôt la première caisse dans la capitale anglaise.Les Américains en commandent moins qu'avant: 60 000 hectolitres cette année.12000 de moins qu\u2019en 82.Le beaujolais californien est un concurrent sérieux.Le Canada est sixième importateur, avec 30000 hectolitres.Ce qui n'empêche pas les Québécois, selon leur Délégué général à Paris, Yves Mi-chaud \u2014 l;:i-même Compagnon du beaujolais \u2014 d'être les «premiers consommateurs de beaujolais nouveau per capita», France exceptée, bien sûr.Pour Michaud, la vogue du beaujolais au Québec s\u2019explique aisément : afin de mieux passer l\u2019hiver, les Québécois font une pause le 15 novembre pour « s\u2019acheter la mémoire de l'été ».Jean-François Usée La maladie du beaujolais nouveau Devant cette « beaujolaisma-nie», planétaire, on croit être les fidèles continuateurs d\u2019une pratique plusieurs fois millénaire, les victimes d\u2019une maladie tribale léguée de génération en génération.Il n\u2019en est rien.«Pour que le beaujolais soit bon, il faut qu'il ait fait ses Pâques» voulait un dicton local.Ce qui ne décourageait pas quelques originaux de Lyon de le boire «nouveau» jamais en bouteille, toujours dans des pots de grès décoré.(D'où vient peut-être l\u2019expression: on va prendre un pot.) Pendant la deuxième guerre, les journalistes français se réfugient à Lyon.Ils y découvrent la coutume et en deviennent bientôt, dans la société parisienne à la mode, les principaux missionnaires, avec la «nouvelle cuisine», Gault et Mil-laut et le négociant-oénologue Alexis Lichine À ce snobisme vient s\u2019ajouta/ un problème technique, assez éloigné de la poésie des palais.Dans les années cinquante, les viticulteurs souffrent de problèmes de stockage.On sait qu'un des désavantages éternels de la production de vin tient au fait qu'il faut le laisser vieillir au moins un an avant de récolter le fruit de son labeur.En vendant le vin nouveau, le problème du stockage est résolu.çyafflP-i» L\u2019Union interprofessionnelle des vins du Beaujolais trouve l idée bonne et orchestre la publicité jus-qu à créer l'événement 15 novembre, aujourd'hui international.En 1956, on vendait 15 000 hectolitres de beaujolais nouveau Cette année, II faut compter 450000 hectolitres, 30 fois plus.C'est la moitié de la récolte de Beaujolais qui passe maintenant en «nouveau», une récolte qui augmente en volume chaque année.De quoi garnir les coffres des quarante négociants et 5500 viticulteurs membres de l'Union.De quoi aussi faire des jaloux chez les viticulteurs des autres régions.qui offrent maintenant leur « Côtes-du-Rhone primeur \u2022 leur «Gaillac nouveau », leur «Tourai-ne nouveau» et, depuis cette année.leur « Muscadet primeur ».Le grand succès commercial du beaujolais nouveau commence cependant à avoir un effet pervers.Les consommateurs sont portés à ne boire du beaujolais qu\u2019entre le 15 novembre et la fin décembre et à oublier, le reste de l\u2019année, les crus vieillis des bonnes récoltes, les millésimes, ou plus simplement le beaujolais normal, vieux d'un ou deux ans Une nouvelle fête païenne Le Beaujolais nouveau a ses détracteurs.L'industrialisation croissante d une production naguère artisanale, l\u2019envoi en bouteilles et par avion d'un vin qui.en principe, doit se tirer du fût, se boire au robinet et voyager le moins possible, ne ravit pas tous les connaisseurs.«Ils sont quelques-uns à oser remplir de beaujolais nouveau plus de 10000 bouteilles à l\u2019heure.Mieux, il y a des journalistes pour admirer cette performance», s'exclamait récemment un des cavistes parisiens les plus cotés, Lucien Legrand.«Dans quelque temps, ajoute-t-il, si aucun effort n'est fait, le vin sera comme ces camemberts: jamais durs, jamais mous, qu'on peut manger à n\u2019importe quel moment, même lorsqu\u2019on n\u2019a plus de dents.» Mais cette année, les détracteurs n\u2019ont pas trop à rouspéter.La qualité de la récolte a fait oublier les accusations d'ajout de « beaujoline », produit chimique colorant le vin, dans les bouteilles 83.Pas question non plus de marier le beaujolais avec du vin des Corbières pour le corser.Cette année, le soleil a fait son travail.De toute façon le 15 novembre du beaujolais est aujourd'hui un phénomène social et les débats entre spécialistes ne réussissent pas à en gâter le goût.«Il y a là une nouvelle fête païenne, le prolongement dans les grandes cités des fêtes des vendanges», affirme Jacques Pusais, président de l'Union des oénolo-gues.«Le Beaujolais nouveau, renchérit dans Le Monde son collègue Charles Quintasson, possède tla grâce du diable.«Bon, il enthousiasme; moins > bon, on le qualifie de léger.Mais | l\u2019enthousiasme est presque identi-8 que.«C'est vrai, conclut-il, le beaujolais nouveau attire les snobs et les ignorants.Mais aussi et surtout les curieux.Laissez-leur la joie de la découverte.»\t?\ten \u2022¦\u2022 \u2022 PLUS.MONTRÉAL.SAMEDI 17 DÉCEMBRE 1983 PLUS.MONTREAL.SAMEDI 1 7 DECEMBRE 1983 - '\t\u2022 \u2022 -w Le très bon vin italien 'est en Italie qu\u2019il faut aller le boire! Jean Lapierre conserve également ses meilleures bouteilles.Les D.O.C.de Toscane (plus de 20 p.cent des appellations).du Veneto (18 et demi p.cent) et du Piédmont (11 p cent) demeurent surtout au pays En 1982, 73 p.cent du vin exporté ne comportait pas d appellation contrôlée.Cette situation préoccupe d ailleurs les Italiens.«La première conséquence de cet état de fait concerne la perte de valeur ajoutée (.).Alors que 9 millions et demi d hectolitres expédiés en vrac rapportent 240 millions de dollard, la moitié de la même quantité de vin embouteillé rapporte 302 millions de dollars (.).La seconde conséquence concerne les difficultés d appréciation et de qualification que rencontrent nos produits sur les marchés internationaux; sans parler du problème d\u2019image de notre pays qui fonde ses traditions vinicoles dans I histoire et assume un rôle de leader parmi les exportateurs», selon l'Institut italien pour le commerce extérieur.Heureusement pour nous, le marché canadien ne respecte pas ces normes: deux vins italiens sur trois exportés chez nous sont d appellation contrôlée.La valeur de ces exportations a atteint, en 1981.la somme de 29 millions de dollars.En deuxième position dans l'ensemble du pays, les vins italiens occupent, en Ontario, la première place (près de 3 fois plus de ventes que les vins français) mais cèdent la place à leurs grands voisins au Québec (ventes 2 fois inférieures).Les moyens publicitaires sont modestes, l'Italie consacrera environ 700 000 dollars à ce chapitre l'an prochain.Produisant moins de vins exceptionnels que son concurrent français, l'Italie n'en possède pas moins d excellents crus, généralement à degré d'alcool plus élevé et plus lourds (pour les rouges) mais très légers et fruités (pour les blancs).La plupart des D.O.C.occupent les tablettes des points de vente de la Société des alcools mais, contrairement à la France, il est généralement difficile d\u2019y trou-ô ver de vieilles bouteilles.Heureu-| sement d'ailleurs pour I Italie et ! ses habitants, si vous désirez un ® Barolo 1947 comme j\u2019en ai trouvé © un la semaine dernière, bien en | vue, chez mon revendeur de vin -w habituel, c'est ici qu'il faudra venir ?le consommer sur la terre qui l a c/> produit.Tous et toutes connaissent le vin italien.Un peu comme ces personnes que l\u2019on côtoie toute une vie sans les connaître vraiment! Quand on parie du vin français, ce sera généralement d un Beaujolais, d'un Bourgogne ou, mieux, de tel Bourgogne mûri lentement sur les coteaux de Beaune par exemple.On sait donc que le vin italien existe, mais le respecte-t-on?L'acheteur lui reconnaît-il cette noblesse qu'il confère aux grands crus de France?Pour moi, je l\u2019avoue, le vin d Italie n avait jamais guère présenté d'autres avantages que son apparence: rouge ou blanc, sec, doux ou pétillant; son prix: relativement peu élevé et I accompagnement partait qu\u2019il apportait à ma pizza ou mon spaghetti.Mon univers se limitait à quelques noms connus: Chianti, Barolo, Fontana Candida, Valpolicella.Pour moi la patrie du vin avait toujours été la France.Et pourtant.À l'origine.L'histoire de la civilisation occidentale et celle du vin se sont soudées l\u2019une à l\u2019autre dans cette petite péninsule, se plaît-on à raconter ici.Connue des Grecs sous le nom d'Oenetria.c\u2019est-à-dire «le pays du vin», la Romè antique s\u2019est faite ambassadrice.Ses légionnaires, paysans de métier, apportaient toujours avec eux, dit-on, quelques ceps du pays.Au hasard de leurs conquêtes, ils posaient, çà et là, lance et bouclier pour planter la vigne sur les collines les mieux protégées et les plus ensoleillées.C est ainsi que la vigne et, plus tard, le vin s\u2019implantèrent en France et Allemagne.Sur le plan commercial, l\u2019Italie domine la production depuis quelques années (70 millions et demi d\u2019hectolitres en 1981; soit, à elle seule, 22 p.cent de la production mondiale) et même le marché des exportations (19 millions d\u2019hectolitres en 1981); soit 27 p.cent de sa production totale et près de 37 p.cent des exportations mondiales de vin).Cette industrie rapporte près de deux milliards de dollars à l\u2019économie italienne.La vigne fleurit dans toutes les régions du pays, une vingtaine, à tel point que l\u2019inventaire des vins italiens s en trouve difficile! Chacune de ces régions produit son ou ses vins spécifiques aux ac-® cents rudes du nord ou chaleureux et doux du sud de la Sicile En tout, 1500 vins différents répertoriés dont 197 qui méritent le label de «denominazione di origine con-trollata (D.O.C.)».Un problème d'image «Jusqu\u2019au début des années 50, nous ne nous sommes pas vraiment préoccupé de la qualité de ce que nous exportions en matière de vin»: c'est un représentant de l'Institut italien du commerce extérieur qui parle.L Italie, à cette époque, exporte du vin en vrac de bonne qualité mais sans grand intérêt.Puis, en 1963, le gouvernement adopte la Loi sur la dénomination d'origne contrôlée qui garantit à I acheteur, comme en France, que «le nom du vin correspond bien à celui de son lieu d origine»; les proportions des différents cépages établies selon les méthodes traditionnelles sont strictement respectées; les vignobles sont sévèrement surveillés, la production maximum de raisin et de vin récoltés ne devant pas être outrepassée L\u2019enregistrement et le contrôle des ventes de vin sont bien effectuées; la mention de I année de vendange inscrite sur la bouteille est exacte.Elle indique ainsi que le vin a été vendu à I âge convenant à sa nature; toutes les mentions figurant sur l\u2019étiquette ont été vérifiées; enfin, toutes les conditions étant réunies, le label D O C.donne l\u2019assurance que le vin a convenu aux plus hautes exigences de goût, de saveur, de bouquet, de couleur et de composition requises par le comité italien pour la protection de la dénomination des origines des vins (Institut italien pour le commerce extérieur).Aujourd\u2019hui, 197 grands crus méritent donc cette appellation.Il y en avait 123 en 1963.Alors que les D.O.C.ne représentaient qu'un pt demi p.cent de la production vi-nicole nationale, quatre années après la promulgation de la loi ils en constituaient, en 1981, plus de dix p.cent (un peu plus de 7 millions d\u2019hectolitres sur 70 millions).Mais les principales régions productrices comme Les Pouilles (19.5 p.cent) ou la Sicile (15 p.cent) et exportatrices (respectivement 23 et 19 p.cent des exportations italiennes) occupent l'arrière-banc dans l\u2019attribution des dénominations d\u2019origine contrôlées.Bref.I Italie.Oui destine 75 p.cent de son vin au marché intérieur, Jean-Charles Neault Le bon vin américain a un défaut: il est cher, très cher Les Étals-Unis, où la culture industrielle de la vigne a débuté il y a plus d un siècle, sont devenus au fil des années un important producteur, importateur et consommateur mondial de vins.Les producteurs américains de vins, dont les coûts de production sont relativement eleves, connaissent toutefois depuis deux ans une surproduction en raison principalement du développement des importations de vins étrangers, principalement français et italiens.Celle-ci a été provoquée pour l'essentiel par la surévaluation du dollar qui entraîne automatiquement une baisse des prix des produits d importation.Elle a reflète également en apparence le développement du goût des Américains pour des vins de meilleure qualité.La majeure partie de la production vimcole améiicaine, rappelle-t-on, porte encore sur des vins ordinaires.Les importations américaines de vins représentent couramment près d'un quart de la consommation des États-Unis.Elles ont porté l'an dernier sur un peu plus de 4.5 millions d'hectolitres, soit une progression de quelque 12 p.cent en 1981.Au niveau de la production \u2014 16 à 18 millions d\u2019hectolitres annuellement dans les bonnes années récentes \u2014, les États-Unis se classent désormais au sixième rang mondial, derrière la France, l'Italie, l'Espagne.I URSS et l'Argentine.Au niveau de la consommation, les Américains sont cependant encore loin d'égaler les records enregistrés dans les pays latins d\u2019Europe.Leur consommation \u2014 (près de 9 litres par an et par habitant contre 5 litres en 1970) \u2014 ne cesse toutefois de croître depuis une vingtaine d\u2019années, notamment celle de vins blancs dégustés souvent en apéritifs en lieu et place de boissons «dures» telles que le gin ou le whisky.Les ventes de vins enregistrées aux États-Unis en 1982 ont porté, selon des estimations professionnelles.sur quelque 15,1 millions d'hectolitres (contre 5.03 séule- ment en 1970) dont 4,08 millions (contre 0,75 million en 1970) de vins importés.Qui dit vin aux États-Unis, dit Californie.C\u2019est en effet dans cet État qu\u2019est née la viticulture américaine il y a près de deux siècles et que se trouve aujourd\u2019hui l\u2019essentiel du vignoble et de la production de vin des États-Unis.La culture de la vigne en Californie, inaugurée par les «missions» hispaniques, n'a entamé son véritable développement industriel qu\u2019à partir de la seconde partie du XIXe siècle grâce aux efforts d'un colonel hongrois.Agoston Harasz-thy.Considéré comme le père fonda- teur de la viticulture moderne en Californie, ce Hongrois avait eu alors l\u2019idée d\u2019aller chercher en Europe des plants de vignes de qualité pour démarrer un vignoble industriel dans la Sonoma Vallev.Son exemple ne devait pas tarder à être largement suivi.Handicapée momentanément dans son développement par le phylloxéra au début du siecle, la viticulture californienne eut bien du mal à survivre durant l\u2019époque de la prohibition (1919 à 1933).Depuis 20 ans toutefois, elle a effectué un retour en force.Son expansion \u2014 et celle du marché américain du vin \u2014 a d'ailleurs attiré d'importants investissements étrangers (français, ca- nadiens.allemands, etc.) et stimulé \u2014 non sans succès \u2014 les efforts pour produire, à côté des vins de table ordinaires, davantage de vins et mousseux de haut de gamme dans les régions les plus adaptées, essentiellement dans la Sonoma Valley et la Nappa Valley.Selon les estimations courantes, le vignoble américain occupe quel-que 308 000 hectares dont 251 100 en Californie, 20 000 dans l État de Washington et 17 500 dans l'État de New York.Sa production annuelle de raisins a été ces dernières années de l ordre de 5,1 millions de tonnes (4.7 millions pour la Californie) dont 2,9 millions sont destinés à la vinification.Cette année toutefois, la récolte a été très inférieure à la normale en raison de conditions climatiques défavorables.Sur les 16 à 18 millions d'hectolitres de vin produits annuelle ment aux États-Unis ces dernières années, la production californienne s est élevée entre 14,5 et 16.6 millions d\u2019hectolitres, celle de I État de New York à près de 1.3 million d hectolitres et celle des autres Etats américains à moins d'un demi-million d\u2019hectolitres.Ces dernières années, la croissance de la production totale de vin aux États-Unis a été en moyenne de 3,5 p.cent environ (une réduction du taux de croissance, apparemment momentané et due à la récession, a été enregistrée en 1982).La production de vins mousseux pour sa part a enregistré une augmentation de 34,5 p.cent, passant de 0,86 million d\u2019hectolitres en 1977-78 à 1,16 million en 1981-82.Le vin de Californie a un défaut: il est relativement cher, et même très cher lorsqu\u2019il s agit de vins de très bonne qualité et de haut de gamme.Sa cherté, accrue pour les consommateurs étrangers par le niveau élevé du dollar, a freiné les exportations \u2014 encore modestes \u2014 de vins américains.Selon les estimations, les États-Unis n ont exporté l'an dernier que 0,3 million d\u2019hectolitres contre 0,4 million en 1981.Il n\u2019existe pas d'études officielles portant sur l\u2019ensemble du secteur du vin aux États-Unis et en particulier sur les coûts de production des établissements vmicoles (la Californie en compte près de 500).Selon des estimations d experts, le prix d achat d'un hectare nu de terre dans la Sonoma Valley est élevé: quelque 30 000 dollars Et sa mise en production (préparation du sol.installation d'un réseau d irrigation, achats de plants, etc.) pourrait coûter presque autant.Toujours d après des calculs officieux, le coût de la production américaine de vin en 1981 se serait établi a quelque 2,6 milliards de dollars dont 750 millions de dollars (ou 29 p.cent du total) auraient représenté le coût d achat du raisin, 1,48 milliard (57 p.cent) celui de sa transformation, 195 millions (7,5 p.cent) celui des taxes sur le vin et 173 millions (6,5 p.cent) les frais de publicité.Il convient d ajouter enfin que les viticulteurs américains ont été passablement pénalisés ces dernières années par des taux d'intérêt particulièrement élevés.Rien d étonnant alors si, en raison de leurs difficultés courantes, certains producteurs américains de vin ont tendance à réclamer aujourd'hui: \u2014 une protection contre une concurrence étrangère, en particulier de la part des pays membres de la CEE.qu\u2019ils estiment déloyale parce que bénéficiant de «subventions».Certains milieux vinicoles seraient partisans, dit-on, de suivre l'exemple des sidérurgistes et de saisir la Commission fédérale du commerce international pour obtenir des droits compensatoires sur les vins étrangers bénéficiant de telles «subventions»; \u2014 une plus grande ouverture des marchés étrangers aux vins américains.À cet égard, le sénateur démocrate de Californie, M.Pete Wilson, vient d'annoncer qu'un projet de loi destiné à faciliter les exportations de vins américains dans les pays producteurs de vin avait désormais obtenu le soutien de la majorité du Congrès.Le projet vise à amener le gouvernement à obtenir que les vins américains soient admis dans ces pays aussi facilement \u2014 notamment du point de vue du montant des droits d'entrée \u2014 que les vins de ces pays le sont aux États-Unis.?¦ j.i ic\tî \u2022 .>\t*» f : .k\\ , \u2022 ., .».* % \u2022 .\t.-Ji .\t\u2022 v\t.I\t.\t^\t< j i «.Il % PLUS.MONTRÉAL, SAMEDI 17 DÉCEMBRE 1983 HLUd, fvlor^lHhAL, oAIvilui 1/ utotiviorit.iydj Pauvre pomme entre la vigne et le houblon égalisé en 1970, le cidre québécois a été lancé dans la plus folle précipitation et l\u2019improvisation totale.Une improvisation qui a coûté cher, très cher, à l'industrie.Pendant plusieurs années.Une industrie qui, s\u2019étant à peine relevée de sa chute, analyse maintenant avec soin les besoins avérés: 1 ) qualité assurée et 2) commercialisation sérieuse \u2014 tant au Québec qu\u2019à l\u2019étranger, aux États-Unis en particulier.Ce qui lui permet d'espérer une percée considérable sur les marchés En 1971, on vendait au Québec 675 000 litres de cidre; cinq millions de litres en 1974.Après cette année faste, dégringolade jusqu'en 1983, année pour laquelle on ne prévoit la vente que d'un peu plus d\u2019un million de litres.À cinq dollars le litre, le calcul est facile à faire.La dégringolade s\u2019est accentuée après 1976, lorsque le gouvernement du Québec, à l\u2019instigation du ministre Rodrigue Tremblay, de l\u2019Industrie et du Commerce, a autorisé la vente du vin dans les épiceries.C'est à partir de ce moment-là que les épiciers, croyant vendre autant de vin que de bière, ont sorti le cidre de leurs rayons Mais dès 1975, la vente du cidre était en chute libre, malgré une publicité tapageuse.Une publicité qui reposait sur de l\u2019air, aucune étude de marché sur le goût recherché par les Québécois n\u2019ayant été menée! Cette erreur a coûté cher, reconnaît M.Jean-Denis Côté, le pdg de Cidrobec (La Cidrerie du Québec Ltée), à Rougemont, l\u2019un des trois grands qui restent avec Bright, à Saint-Joseph-du-Lac, et Lubec, qui produit le Saint-Antoi-ne-Abbé, à Huntingdon, près des frontières canado-américaines.Ces trois grands ont absorbé la plupart des huit autres fabricants, issus de la clandestinité, et les autres ont disparu d\u2019eux-mêmes, faute de moyens.Ou par lassitude.Erreurs dénichées Depuis trois ans, l\u2019industrie du cidre au Québec s'emploie \u2014 sérieusement enfin t\u2014 à découvrir les erreurs qu elle a commises.À « cette fin, elle a fait appel à des Réal Ouimet maisons spécialisées, à des oenologues et à des psychologues.Résultat?Faut, comme pour tout autre alcool, vêtir le cidre d\u2019une réputation internationale, développer une commercialisation professionnelle et instaurer «un rituel du cidre».Un rituel du cidre entre celui du vin \u2014 à la table \u2014 et celui de la bière \u2014 après les sports: un rituel à l\u2019apéro ou en après-midi.Maux de tête ou d\u2019estomac invoqués par des consommateurs ne sont que d'ordre psychosomatique, le cidre pouvant être consommé en plus grande quantité que le vin.selon les experts.Problème d\u2019image, de perception.Problème de réglementation aussi et.historiquement, de religion.En fait, depuis 1921, les législateurs \u2014 tant à Québec qu'à Ottawa \u2014 ont volontairement omis le mot «cidre», produit de la aux épiciers, ce qui lui permet de percevoir une taxe au passage.Il en découle une augmentation de 20 cents le litre à la consommation.Il n\u2019en reste pas moins que le cidre est moins cher que le vin, le cidre se vendant 2,30$ le 750 ml, comparativement à 3,95$ pour le vin.En outre, le prix de certains produits à base de pomme a baissé et baissera encore, dès janvier prochain; c'est le cas du Bellim, dont le prix chutera de 40 cents encore.Le Bellini qui, compare au Cinzano entre autres, connaît un succès phénoménal au Québec II accapare à lui seul 41 p.cent du marché, l Aperossimo prenant 34 p.cent, l\u2019Allegro 17 p.cent et le Dubleuet 7 p cent.Autour de la loi 29, une entente s'est établie entre les grands du cidre et le gouvernement, selon laquelle le gouvernement fera moins d\u2019argent à l\u2019unité, mais plus en volume; et les grands, prenant moins de profit, investiront davantage en recherche et en publicité.L'objectif commun: jouer le volume pour recueillir au moins autant de revenus qu actuellement.Le premier pommier Selon les Relations des Jesui-tes, le premier pommier a été planté au Québec par Louis Hébert.Les Sulpiciens, vers 1650, ornent de vergers les flancs du mont Royal.Mais ce sont les loyalistes de la Nouvelle-Angleterre qui inspirent la culture pomicole et donnent naissance à la pomoculture sur une base rentable et commerciale.À Rougemont, durant la seconde moitié du 19e siècle, la pomoculture n\u2019est encore qu\u2019une faible spécialisation de la ferme.Les besoins de la consommation familiale et la demande des marchés assouvis, les cultivateurs offrent leurs surplus de production aux porcs et aux vaches.Quant au cidre proprement dit, le recensement civil de 1851 ne mentionne qu'un seul fabricant: François Marcil, qui n'avait pas de vergers.Il en faisait donc le commerce, déjà.La clandestinité vient de loin.L\u2019ère de la concurrence du cidre sous le manteau était ouverte.La clandestinité n\u2019avait-elle pas meilleur goût et meilleurs prix.\u2018\tf] pomme, fruit défendu depuis Adam et Êve.C est que, d\u2019après le clergé, alors omnipuissant, l\u2019alcool \u2014 le cidre en particulier \u2014 déculottait les bonnes moeurs.Même réflexes aux États-Unis où.à peu près dans le même temps, le gouvernement décrétait l'arrachement des pommiers à cause de l\u2019alcool qu'il pouvait produire et des sensations qu\u2019il pourrait causer.Loi 29 Adoptée en juin dernier, la loi 29 répond aux attentes des représentants de l'industrie du cidre.Elle permet de faire avec de la pomme tout ce qu\u2019il était permis de faire dans le monde entier avec du raisin.Conséquence: on prévoit tripler, d\u2019ici deux ans, le volume de vente des produits à base de pomme: cidre conventionnel, cidre apéritif (exemple: le Bellini), et ci^ dre aromatisé (exemple: le Punch- gria, qui se rapproche du Sangria à base de vin).Dans les bonnes annees, le Québec a vendu aux USA 100 000 litres de cidre.En 1983, on n'y vendra que 12 000 litres.Mais, avec maintenant une publicité faite par des Américains pour les Américains, l\u2019objectif de vente pour 1984 est de 500 000 litres.À lui seul, Cidrobec a investi un million de dollars dans des études de marché pour pénétrer avec succès assuré et grandissant le marché américain, plus ouvert pour l\u2019heure au cidre que le marché canadien.Et l'offensive marketing du Québec pour percer le marché du vin aux USA produira des effets heureux sur la vente du cidre chez nos voisins du sud.Autre effet de la loi 29: tous les cidres sont maintenant vendus directement à la SAQ.qui les revend éditeur Jean Sisto éditeur adjoint Réal Pelletier secrétaire de rédaction Manon Chevalier collaborateurs au Québec Maurizia Binda Françoise Côte Gil Courtemanche Antoine Desilets Jean-François Doré Claire Dutrisac Jacques Duval Guy Fourmer Louis Fourmer Pierre Godin Serge Grenier Jean Hebert Dr Gifford Jones Dr Louise Laliberté Gérard Lambert Yves Leclerc Marie Lessard Mario Masson Pol Martin Simone Piuze Pierre Racine André Robert René Viau Patricia Dumas Diane Hill Daniel Raunet Trevor Rowe Edith Coron Jean-François Lisée Jean Lapierre Robert Pouliot Toronto Calgary Vancouver New York Salvador Paris Rome Chypre Vienne Tokyo Taiwan Albert Juneau Huguette Laprise Jules Nadeau PLUS publie également des reportages exclusifs obtenus de l\u2019Agence France-Presse, de I agence Inter Presse Service et de Reporters associés.publicité générale: Probec5 Ltée Tél.: Montréal 285-7306 Toronto (416) 967-1814 de détail: La Presse, Ltée Tél.: (514) 285-6874 Le magazine PLUS est publié par Hebdobec Inc., C.P.550 Succursale Place d Armes Montréal H2Y 3H3, monté et imprimé par LA PRESSE, Ltée.Tous droits de reproduction, d'adaptation ou de traduction réservés.président du conseil d'administration Roger D.Landry directeur général Jean Sisto responsable des cahiers spéciaux Manon Chevalier secrétariat Manon Beaulieu Jél.: (514) 285-7319 Euromissiles: Moscou marque des points sur le plan politique - i / \u2022 ?* \u2022 * « es premiers missiles américains sont donc arrivés en Europe: 16 en Grande-IBretagne, 12 en Italie et 13 en Allemagne de I Ouest.On ne peut pas dire qu ils ont été accueillis avec enthousiasme.Des milliers de pacifistes continuent de manifester, surtout en RFA et en Grande-Bretagne où les mouvements de la paix sont puissants et fortement organisés.Les Soviétiques ont donc perdu la première manche, eux qui espéraient que les pacifistes contraignent les gouvernements européens à dire non aux armes nucléaires améncaines.En apparence, faut-il préciser, car la partie est loin d être terminée.Les Soviétiques doivent tout de même se frotter les mains de voir les mouvements pacifistes fleurir aussi abondamment à travers l\u2019Europe.N est-ce pas aussi une victoire, au moins indirecte, de leur diplomatie, si le Parti social-démocrate ouest-allemand s\u2019oppose désormais à tout déploiement des nouveaux missiles américains et se prononce pour une zone dénucléarisée dans le centre de l\u2019Europe?Quel changement! Quand on pense que c est ce même parti, alors que Helmut Schmidt était chancelier, qui proposa des négociations américano-soviétiques sur les euromissiles et des mesures de réarmement si les pourparlers devaient échouer.Sur le plan militaire, les Soviétiques ont déjà pris des mesures pour neutraliser les premiers Per-shing 2 installés en RFA,qui représentent la menace la plus grave pour Moscou.Ils ont annoncé, entre autres, le déploiement de sous-marins atomiques au large des côtes américaines, de manière à menacer aussi directement et rapidement le territoire des États-Unis que le font les Pershing 2 vis-à-vis l\u2019URSS.Les Soviétiques semblent en mesure de riposter à chaque intervention américaine, comme le montre d'ailleurs toute l\u2019histoire de la course aux armements entre les deux grandes puissances.En somme, s'il fallait aujourd'hui tirer un bilan de cette bataille des euromissiles, il faudrait conclure que, sur le plan militaire les Soviétiques n ont pas perdu de terrain, mais que sur le plan politique, ils ont marqué plusieurs points, sans toutefois retirer des dividendes.Ils sont cependant patients, ces Soviétiques: ils savent que l\u2019enjeu suprême n'est pas militaire, mais po^ litique.\" d .'\t\u2022\t;*\t'-Y\t?\t**.(r ih : v a4 ' j Non pas que les Soviétiques ou les Américains soient indifférents à leur défense, tout au contraire.La course aux armements a repris de plus belle depuis quelques années et chaque camp tente désespérément de distancer l autre.Mais en vain.Dans le cas des euromissiles, les deux parties savent pertine-ment que, tôt ou tard, leurs forces militaires se neutraliseront et qu'une véritable supériorité de l\u2019une ou de I autre est improbable.La démonstration la plus évidente et aussi la plus surprenante du caractère politique du débat est donnée par les Américains.Plusieurs responsables américains de haut rang ont critiqué publiquement le déploiement des euromissiles.Durant deux ans, en 1977 et 1978, le ministre américain de la Défense, M.Harold Brown, a soutenu que le potentiel militaire des États-Unis suffisait largement à contrer les attaques ennemies, y compris celles des SS-20 soviétiques.Les hauts fonctionnaires du Conseil national de sécurité précisaient toutefois que les États-Unis étaient disposés à déployer de nouvelles armes si elles pouvaient accroître la sécurité «psychologique» des Européens, i.e.la certitude que Washington ne les laisserait pas tomber advenant une agression soviétique.C était à l\u2019époque où l\u2019égalité des forces stratégiques américaines et soviétiques était reconnue et sur le point d être sanctionnée dans le fameux traité Sait II qui a finalement avorté.Un jour, M.Henry Kessinger est venu dire aux Européens, qu'étant donné maintenant la force nucléaire de l\u2019URSS, les États-Unis ne pouvaient plus mettre en danger leur territoire pour assurer la survie du vieux continent.Aucune nécessité militaire Il y a un mois, lors d\u2019une entrevue à un grand magazine ouest-al-lemand, l'ancien chef du Penta-gon, M.Robert McNamara, contesta également l\u2019implantation des euromissiles.«Les euromissiles américains, disait-il, n\u2019augmenteront ni la sécurité de l\u2019Europe de l\u2019Ouest ni celle de l\u2019OTAN Je ne vois aucune nécessité militaire qui justifie leur stationnement.Si un président américain veut absolument toucher le territoire soviétique, il peut le faire aussi bien avec une fusée Polaris d\u2019un sous-marin près de la côte belge, ou avec un Minuteman (stationné aux E.-U.) w * Jean Lapierre ou, encore, avec un bombardier B-52.Mais si leur déploiement peut rassurer les europeens sur l\u2019engagement américain, je ne m'y oppose pas».Même les militaires divergeaient d opinion.Quand les négociateurs américains et soviétiques de Genève, MM.Nitze et Kwizinski en arrivent à un accord secret limitant chaque partie à 75 missiles (sans Pershing 2 du côté américain), le président Reagan demanda un avis aux militaires.Dans un premier temps, le général en chef Edward Meyer, contrairement à d'autres responsables du Pentagone.supporta la thèse que les objectifs dévolus au Pershing 2 pouvaient être atteints facilement par l\u2019arsenal actuel dont disposaient les États-Unis.Par la suite, le Pentagone fit savoir dans ses recommandations qu\u2019il serait imprudent que les Américains renoncent à jamais, dans un traité, au déploiement du Pershing 2 alors que les Soviétiques conserveraient le droit d\u2019implanter des SS-20.Et c est bien ce qui se produit maintenant.Les Américains ont commencé l\u2019implantation des euromissiles, dont les 13 Pershing 2 en RFA.Le programme de L\u2019OTAN prévoit l\u2019installation, d\u2019ici 1986, de 572 missiles, dont 108 Pershing 2 en RFA.Normalement, les Européens devraient se sentir satisfaits de voir ces euromissiles qui sont déployés sur le continent.Mais voilà, un vaste mouvement d\u2019opposition s\u2019est formé et il risque à terme d ébranler sévèrement l\u2019Alliance atlantique.L\u2019URSS ne demande pas mieux.Séparer l\u2019Europe des États-Unis Mais comment en est-on arrivé là?Le négociateur américain, M.Paul Nitze fournit des éléments de réponse quand il affirme: «On ne peut négocier sans tenir compte des réactions politiques de nos partenaires européens».M.Helmut Schmidt alla plus loin la semaine dernière lorsqu\u2019il déclara, dans un discours à Berlin-Ouest: «Les États-Unis n\u2019ont qu\u2019une stratégie militaire et des hommes com- «*» b me Caspar Weinberger (le secrétaire américain à la Défense) sont tragiquement dans l\u2019erreur quand ils croient qu\u2019il s'agit là d'un substitut à une approche globale.qui inclut aussi le politique et l\u2019économique».Bref, les Américains auraient négligé I enjeu politique de la bataille des euromissiles.Ces reproches, M.Schmidt les avait adressés déjà plusieurs fois aux États-Unis, mais sans écho.Pendant ce temps, les Soviétiques manifestaient mille et une sollicitudes à I égard des Européens, particulièrement les Allemands.Certains pensaient que l\u2019URSS couperait les ponts avec l'Europe après la rupture des négociations.Si les relations avec les États-Unis restent au point mort, ou presque, celles avec l'Europe suivent leur cours, comme si de rien n'était.Le meilleur exemple est sans doute les relations inter-alleman-des qui varient d ordinaire, comme un véritable baromètre, au gré du climat est-ouest.Or, cette fois aucune perturbation.Au contraire, l'Allemagne de l'Est se montre bienveillante en débloquant des dossiers qui pourrissaient depuis des années, comme ceux sur les relations postales et les échanges culturels, sans parler de l'emprunt à taux privilégié que la RFA lui a accordé avec plaisir.Derrière ces manoeuvres, se profile la stratégie des Soviétiques, simple et constante: à l\u2019aide d\u2019un appât (les fusées SS-20), séparer l\u2019Europe des États-Unis, la neutraliser militairement et politiquement.Y parviendront-ils?Pas demain, mais peut-être après-de-main.Ils ne sont pas pressés.Ils savent que le mouvement pacifiste n\u2019a pas encore fait tout son plein et que son expansion se poursuvi-ra l'an prochain.Ils continueront d\u2019en profiter.Quant aux euromissiles américains, ils trouveront les ripostes nécessaires pour assurer leur sécurité, comme ils l\u2019ont montré jusqu\u2019à maintenant.De leur côté, les Américains ne feront vraisemblablement pas de geste significatif avant les élections américaines de novembre 1984: On verra alors sr la politique reprendra ses droits.*'\u2022\u2022\u2022\u2022?.Coorëmetlen: Pierre Briwette et Sr\u2019fcWfiWJU,.- .\tv.\t».Le plus simple des sports d\u2019hiver Maurizia Binda uel que soit le sentiment que l\u2019on éprouve après une belle chute de neige, le phénomène ne laisse personne froid.Et pour cause! Au Québec, la première neige constitue la phase initiale des plaisirs de l\u2019hiver.L\u2019un d\u2019entre eux se présente sous la forme de la raquette.Mais voilà: il en existe plusieurs modèles! Heureusement, la classification des raquettes est moins complexe que celle des langues indiennes réparties en 85 familles.C\u2019est simple.Lorsqu il s'agit de trouver raquette à son pied, il faut tenir compte du terrain à explorer.Fred G., d\u2019origine montagnaise, souligne que «la forme des raquettes varie d'une tribu amérindienne à une autre selon les conditions de leur territoire: recouvert de neige en croûte, poudreuse ou couvert d'arbustres gelés.Seuls les Inuits, qui se déplaçaient en traîneau et les Indiens de la côte du Pacifique ne se servent pas de raquettes.» Fait à signaler, le Dictionnaire français-esquimau du parler de I Ungava compte 21 entrées sous le terme neige.Ainsi, apinngraut signifie «la toute première neige à l'automne», mais aput décrit «la neige qui recouvre le pays» alors que apisimayog exprime l'idée d'être «couvert de neige mais non enfoui».La création de la raquette précéderait l\u2019avènement de la roue créée environ 3500 ans av.J.-C.Toutefois, son invention demeure un sujet de controverse.Chose certaine, l'objet n\u2019est pas propre à l'Amérique du Nord.Des peuples distincts de l\u2019hémisphère boréal (Asiatiques.Norvégiens et Amérindiens) ont chacun créé un objet de transport afin de supporter le poids d un homme sur la neige.Selon Paul Charpentier, auteur d\u2019une thèse sur la raquette, seuls les Amérindiens la perfectionnèrent car, en Norvège et en Asie, les skis ont pris le pas sur les rudimentaires raquettes discoïdes ou oblongues de l'époque.Au Québec, les Indiens de Lo-retteville (Hurons) sont les chefs de file dans la petite industrie de la raquette.Parmi les raquettes utilitaires fabriquées par les différentes tribus, trois modèles se prêtent le plus souvent à des fins récréatives: la raquette des Hurons, des Montagnais et des Ojibways.Le type huron convient à la , rperche.çn .sentjçr et, sur.terrain \u2022 découvert.\u2022\t?* 1 * * ï 'La raquette des Montagnais PLEIN AIR y (patte d ours) est pratiquement ronde d'où sa faible traction.Elle n est pas recommandée pour de très longs trajets, mais est utile en forêt dense où il n\u2019y a pas de risque de s accrocher aux arbustes.La raquette des Ojibways est reconnaissable à sa forme losangée et toujours étroite, caractéristique qui facilite les déplacements.Les Ojibways la chaussaient sur des étendues désertiques du nord-ouest des Grands Lacs.Dans les trois cas, la raquette est constituée d'un cadre de bois dans lequel des nerfs d'orignal, de caribou, de lanières de peau ou babi-che sont tressés en mailles hexagonales.Le tout est traité à la graisse d'ours, histoire de rendre le treillis imoerméable.Depuis les années 60, il existe un nouveau type de raquettes créé pour les besoins de l'armée américaine.Le cadre est en aluminium et le treillis en plastique (néo-prène).Depuis 5 ans, ces raquettes connaissent un certain succès au Québec.En effet, elles sont ultra-légères (un kilo et demi environ).Il est aisé de les orienter dans tous les sens, car elles sont munies d\u2019un crampon sous l'attache antérieure.La compagnie Sherpa en a créé cinq modèles, de la Lightfoot à la Bigfoot.Le cadre en aluminium ne se brise pas, les harnais s'attachent en 20 secondes et les raquettes s adaptent à n\u2019importe quelle botte.Qui plus est, il n\u2019y a aucun entretien.Le hic: elles coûtent 255$! Jean-Claude Beauchamp a la piqûre de la raquette depuis 10 ans.Il est le président du Club de raquettes Les Dragons rouges, affilié à l'union locale des clubs raquet-teurs Montréal et district.L'Union compte 40 clubs.Toutefois, il existe 17 clubs à l'échelle du Québec auxquels le public peut s'adresser pour avoir d'amples renseignements sur «la santé par la raquette», précise M.Beauchamp.La pratique de la raquette est une activité à la fois ravigorante et romantique.En effet, elle permet de concilier la griserie du grand air au silence feutré des forêts.l'exercice et la paix du petit matin jusqu'à la pénombre dorée.Le coût d'une paire de raquettes (à partir de 30$) est étonnamment bas.De plus, cette activité ne requiert aucun apprentissage abracadabrant.Après tout, il s'agit de » mettre un pied devant Vautre.La chàuésuré?Unfe pairè dé mocas-\u2019 sins de suède tanné à ta semelle de crêpe, ou encore, n'importe quelle botte à semelle compensée.En effet, il importe que le pied reste bien à plat pour que la raquette suive bien docilement.L initiation à la raquette est possible à tout âge.canonique ou non.Le seul critère d'une raquette.à part le terrain à parcourir, c'est le poids de la personne, car la grandeur de la raquette est proportionnelle à la charge soit le poids du corps et du sac à dos, le cas échéant.Bonne nouvelle en matière d'harnais: il existe depuis deux ans un nouveau modèle en caoutchouc (10$) qui demeure solidement fixé au cadre de la raquette sans risque de s étirer à la longue.L'entretien de la raquette classique est simple, mais indispensable.Avant la première incursion dans les bois, il faut les enduire de polyuréthanne et ne jamais les faire sécher contre le radiateur au retour.Enfin, il faut les remiser dans un endroit sec sans oublier d'enduire les harnais d'un produit gras.Le sport se pratique n'importe où et, à moms que la pluie ne vienne tout saboter, jusqu au mois de mars.La raquette, c'est l\u2019activité par excellence dans le sillage de la randonnée pédestre, une fois que l\u2019automne frileux a roulé son tapis roux.La brochure «Randonnées en skis et en raquette au Québec» répertorie les localités, parcs et 7 réserves.À titre d'exemple, dans le parc du mont Saint-Bruno (25 km de Montréal), d'Oka (50 km), -g de Yamaska (105 km), du mont £ Orford (112 km), il y a des zones
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