La presse, 29 octobre 1983, La presse plus
[" À ?Montréal, 29 octobre 1983 volume 1, numéro 38 UNE ENTREVUE DE Chiffres obèses Se nourrir: les Québécois y consacreront en 1983 7,2 milliards $, nous révèle Pierre Racine dans son enquête publiée en pages 2 et 3.PLUS lui a demandé de tracer le portrait global de l'alimentation au Québec: depuis I activité agricole \u2014 3 millards $ de revenus à la ferme cette année \u2014 jusqu'à l'autre bout de la chaîne, la distribution, où Ton assiste à des luttes épiques pour occuper le marché; et en passant par l'industrie de transformation où les mouvements de concentration \u2014 Fédérée, Agropur, Culinar \u2014 impressionnent et inquiètent.Impressionnent par le phénomène de québécisation qui l'accompagne.Inquiètent \u2014 du moins le ministre de l'Agriculture \u2014 par le fait que la petite industrie de transformation a tendance à disparaître.Le ministre Jean Ga-ron s'en est ouvert à PLUS \u2014 de cela et de bien d'autres choses \u2014 lors d'une entrevue exclusive qui parait en pages 4 et 5.Le ministre s'était donné pour objectif d'assurer l'autosuffisance alimentaire du Québec, c'est-à-dire une balance commerciale agricole équilibrée.Après sept ans du mandat de M.Garon, ce taux d'autosuffisance a grimpé à 60 p.cent.Mais Pierre Racine estime dans son enquête qu'il sera difficile d'aller beaucoup plus loin.Reste que le secteur de l'alimentation constitue un champ suffisamment vaste et important pour donner du relief à cet événement automnal qui s'appelle le Salon international de l'agriculture et de l'alimentation.Dans l'intervalle, la situation mondiale de l'alimentation connaît une nouvelle détérioration, comme en témoigne Jean Lapierre qui a rencontré à Rome des responsables de la FAO, l'organisme spécialisé des Nations unies en matière d'agriculture et d'alimentation.Son reportage en page 6.Dans le monde cette semaine, un événement domine: le massacre de militaires américains et français à Beyrouth.Robert Pou-liot, depuis Chypre, signale qu'un tel événement n'est que la pointe de l'iceberg qui pourrait dévaster le Moyen-Orient.Un Moyen-Orient qui n'a jamais connu depuis la Deuxième guerre pareille concentration militaire, tant américaine que soviétique (page 7).Enfin des reportages de Vera Murray à Bonn sur les manifestations pacifistes du dernier week-end (page 10) et de Michel Arse-neault à Buenos Aires à la veille des élections générales en Argentine (page 8). - .¦ Serge Grenier L'EMPIRE DES SENS CUISINE La poutine Jadis, c'était un pouding Des grands-mères pas gaspilleuses préparaient la poutine au pain; on en avait des croûtes à manger.Puis, on entendit parier de la pou-tin© râpée, une sorte de délice acadien dont j'ignore, a part la patate, la composition, mais il me semble que c'est simple et vite fait.Aujourd'hui, c'est la poutine tout court.La poutine est très nourrissante, rien qu'a y penser, on n'a déjà plus faim.Comme le pâté chinois, ta poutine a trois rangs: un rang de patates frites, un rang de fromage en grains fondu, un rang de sauce barbecue.Variantes locales possibles.Même Kraft, dans une appétissante recette-télé dont elle a le secret, recommandait l'un de ses fromages pour la confection de la poutine, «un plat typique de certaines régions du Québec», comme disait, du bout des lèvres, l'annonceur.Après le «P'tit Québec juste pour nous autres», merci.Kraft, pour cette nouvelle pierre dans l'édifice de ia gastronomie de par chez nous.La semaine prochaine: ia guédille.ciens et d'églises protestantes ont le leur.L'Hôtel de ville a le sien.Quai Victoiia, la bien nommée Tour de l'Horloge.Près du pont Jacques-Cartier, haut juché, le cadran de I édifice Molson, visible de loin par temps sombre.La plus ancienne d'Amérique du Nord: Yhorloge du Vieux Séminaire qui marque les heures depuis 1701.Elec-trifiée en 1966.Les horloges de nombreuses succursales bancaires Quelques belles: l'horloge de Birk's, carré Phillips; celle du 507.Place d'Armes; l'immense horloge florale du parc Westmount (vingt pieds de diamètre).Les halls d'entrée de plusieurs édifices publics ont un cadran.Ainsi, à l'entrée principale de la Maison de Radio-Canada, un grand cadran, sans doute réglé au commencement du trait prolongé, indique à des employés pressant le pas que l'heure du lunch est déjà terminée depuis longtemps.HÔTEL La Sapinière en oo o ai ex CO O u O Petit hôtel ou grande auberge, toujours est-il que La Sapinière de Val-David continue d'être ce qu'elle a toujours été: un refuge feutré, recroquevillé dans ses montagnes.Lorsque I angélus sonne à l'église du village, on croirait entendre la cloche qui appelle à Ja soupe.Et quelles soupes! Ce soir-là, la soupe aux huîtres faisait fureur; une bonne fourchette voisine en prit même deux.La suite du repas fut à l'avenant.Au dessert, la même bonne fourchette en mangea deux.Puis on se glisse dans un petit salon à plafond bas.on se calfeutre dans un large fauteuil en face de la cheminée, on sirote peut-être un alcool de poire et on médite sur les repas de demain et les vins qu on fera monter de la cave.Et quelle cave! HORLOGES À la bonne heure On peut fort bien vivre en ville sans montre au poignet ni patate en poche, il y a des oadrans partout.Beaucoup de bâtiments an- À LA TÉLÉ Coups de plumes Evénement rare à la télé: une prise de bec.L arbitre: Michel Jasmin.Les combattantes: deux femmes à l'abondante chevelure noire, mais l'une qui s'est fait teindre en blonde sans qu'on le lui demande.Dans le coin droit, pesant plus qu'avant, la reine des Cantons de Itst, Michèle Richard; dans le coin gauche, ce soir-là une vraie soie, Nathalie Petrowski.Occasion de la rencontre: chacune venait y annoncer son livre.Michèle, une oeuvre sur son père \"IV Blanc, Nathalie, un recueil de ses bons coups.Michèle attaque Nathalie, qui en a pourtant plumé d'autres, semble prise au dépourvu; elle feint d'ignorer sa collègue écrivaine.Deuxième houlet.Nathalie tient bon.L'invitée de la semaine, Mariette Levesque ponche pour Michèle et ajoute un grain de sel.Michèle entreprend de crêper le chignon de Nathalie mais I arbitre lui signifie qu'il faut écouter quelques messages et lui rappelle qu'elle a encore une chanson à chanter.Messages.Michèle chante.La musique étant loin d'adoucir les moeurs, Michèle revient à sa preie.Elle frappe dur.Nathalie encaisse.Mariette glisse un second grain de sel.La bombe blonde frappe encore.L arbitre tempère et évite le pire.Une dernière salve qui soulage Michèle.Non, elle n'a pas déboulonné la statue mais a s est pas gênée pour y dire.Encore solide, Nathalie, comme le recommande l'arbitre, garde le sourire.D AU QUÉBEC EN 1983 Une grande bouffe de milliards Les Québécois auront englouti en 1983 7,2 milliards $ dans les caisses enregistreuses des magasins d'alimentation, somme effarante que se partagent dépanneurs, épiciers indépendants et les grandes surfaces, tous se livrant des luttes titanesques.À I autre bout de la chaîne alimentaire, le Québec de 1983 produit 60 p.cent de ce qu'il consomme: les revenus bruts à la ferme atteindront pour la première fois cette année les 3 milliards $.Parallèlement, on assiste à un important phénomène de concentration de l'industrie de la transformation: le dernier-né des grands, Culinar, en expansion foudroyante, se tâte désormais les biceps aux côtés de la Fédérée et de Agropur.Le commerce de détail constitue un véritable ring de boxe: Provigo, fort d'un chiffre de vente de 2,4 milliards $ en 1983 bouscule Steinberg (1,43 milliard $) dont le marché a tendance à s'effriter; dans l'intervalle, les épiciers «indépendants» servent des jabs répétés aux grandes chaînes; nnale-ment, les boutiques spécialisées \u2014 poissonneries, fruiteries, épiceries fines \u2014 surprennent leurs adversaires avec un solide 9 p cent du marché, soit 666 millions $ de ventes en 1982.Au fait, qui nourrit qui au Québec?D'abord il faut savoir que la majorité des produits alimentaires achetés par les Québécois sont produits par.les autres.Malgré notre beau taux d'autosuffisance qui est de 60 p.cent.Comment expliquer ce phénomène?Par notre surproduction en produits laitiers (le Québec produit plus de 140 p.cent de la demande intérieure en produits laitiers) et en viande porcine.Et par la bonne performance de notre volaille où la Pierre Racine production est à peu près égale à la consommation (plus de 130000 tonnes par année).Somme toute les Québécois produisent beaucoup p'us de lait et de ses dérivés (39 p.cent des ventes brutes du produit agricole total), et de porc (7 p.cent du produit agricole total) qu ils n'en consomment.Cela surcompense notre faiblesse dans les autres secteurs, sauf dans les cas du veau et de la volaille où I autosuffisance est atteinte, et des ooufs où l'on produit environ 70 p.cent de ce qui est consommé ici (le Québécois moyen en mange plus de 20 douzaines par année).Bien sûr nos érablières produisent trois fois plus de sirop que l'on n'en consomme (près de 5000 tonnes par année) mais cette production demeure marginale relativement à l'ensemble du secteur alimentaire.Les importations Quelques chiffres révélateurs: environ 85 p.cent des fruits achetés par les consommateurs québécois ont mûri à l'extérieur de nos frontières.Huit agneaux sur 10 sur nos tablettes ont voyagé plus de 10000 kilomètres et 85 p.cent des coupes de boeuf proviennent de I'Alberta.Un pot de miel sur deux est l'oeuvre d'abeilles «anglophones».De plus, pas loin d'un poisson sur deux est péché dans les eaux hors-Québec.Dans les bonnes années, nos agriculteurs produisent tant bien que mal une pomme de terre sur deux exposées dans nos supermarchés.Globalement, plus d'un légume sur deux est importé.En ce qui concerne les céréales et les oléagineux (huiles et corps gras faits à partir des graines de soya, de tournesol et le colza), ils proviennent presque entièrement de l'extérieur, excepté le mais et ses dérivés.À qui la faute?À Jacques Cartier qui, s'il avait eu un peu plus l'esprit de la terre, aurait repris le chemin de la mer pour s'installer ailleurs.Nos conditions climatiques ne nous permettront jamais de faire une percée sur le marché des fruits et légumes, à moins d'une révolution technologique peu probable.Reste les secteurs de la production laitière et de ia viande.Mais ces deux créneaux représentent déjà plus de 70 p.cent des ventes brutes totales (2 026 144$ en 1981 ) des agriculteurs du Québec dont le nombre diminue sans cesse d'ailleurs, de 61 154 en 1971 à 48092 en 1981.De ce nombre, plus de 10000 ont des revenus annuels de source agricole de moins de 2 500$.Et plus de 50 p.cent des autres sont concentrés dans la production laitière.Comment amener les autres à s intéresser à la production bovine, un des seuls espoirs du Québec, lorqu on sait que pour être rentable, une production bovine doit démarrer avec un minimum de 500 veaux d engraissement à 1 000$ la tête.Et il ne faut penser convertir facilement les spécialistes de la production laitière: ils jouissent d'un revenu hebdomadaire assuré alors que la production de boeuf fonctionne sur une base annuelle.Cet élevage commande des capitaux énormes et le marché est contrôlé de façon serrée par les ranchers de l'Ouest canadien, qui disposent d'un pouvoir financier qu'on n'est pas près de rattraper.Reste le poisson, mais cette industrie est frappée par la désuétude des usines de transformation L'autosuffisance pourrait avoir atteint la saturation (Pécheurs Unis notamment, qui accapare 40 p.cent des approvisionnements québécois et qui oscille entre la faillite et l'apoplexie financière) et les batailles stériles entre Québec et Ottawa qui a gelé le nombre des permis de pèche en plus au Québec.En résumé, les Québécois ne peuvent guère faire mieux dans les secteurs des produits laitiers, du porc et de la volaille où nous sommes déjà autosuffisants et qui pré- sentent peu de perspectives d'amélioration réelle Les pécheurs s endorment le ventre vide au son des débats Garon-De Banné dans leurs barques vétustés et une grande industrie du «boeuf de l'est» relève plus du rêve qu'autre chose.Quant au sirop d érable, il n augmentera jamais le PNB que dans des proportions risibles Vraisemblablement, notre degré d autosuffisance a atteint globalement un point de saturation.Même si on améliore le secteur des pèches, la production porcine québécoise va connaître un certain déclin à cause d'une compétition internationale féroce de la part du Danemark, de la Chine et des États-Unis.Les débouchés de nos produits agricoles Si les Québécois sont les spécialistes du lait, du porc et de la volaille, ou vont donc ces produits?Environ 80 p.cent de la production laitière (près de 3 millions de kilos) consiste en lait de transformation, qui sert à fabriquer les dérivés comme le yogourt et le fromage, est traité à 100 p.cent par des entreprises québécoises comme la Coopérative fédérée et Agropur et vendu ici.Le surplus est acheminé à travers le Canada.Le lait nature, 20 p.cent de la production laitière, est consommé ici.Ce lait est traité à 50 p.cent par des coopératives québécoises et à 50 p.cent par l'entreprise privée, la Ferme Saint-Laurent par exem- ple, en majorité à intérêt québécois.Quant au porc, il est élevé abattu et transformé au Québec.Environ 25 p cent de la production porcine qui s élève à quelque cina millions de têtes prend le chemin du Japon, des États-Unis et de I Extrême-Orient; marginalement dans les Caraïbes et au Venezuela.La volaille, dont la production s'élève à 135000 tonnes, plus de 20 kg par personne, connaît un profil identique au porc sauf que I exportation est inexistante: elle est entièrement produite et consommée par les Québécois.Le dindon a à peu près le même « curriculum* puisqu'il est produit a 90 p.cent par des éleveurs d ici: sa consommation se situe à plus de 25000 kg.soit près de 5 kg par personne.Un mot sur les oeufs: les Québécois, qui en consomment plus d'un milliard par année, en importent 30 p.cent qui proviennent surtout de l'Ontario.Une caractéristique de l'oeuf québécois: plusieurs ont un jaune foncé qui «st dû au mais dont certaines poules sont nourries; ces oeufs sont vendus principalement aux minorités ethniques peu dérangées par cette Colora- tion accentuée qui rebute par ailleurs le consommateur québécois.Les géants de la transformation Le secteur des entreprises agroalimentaires est largement contrôlé par les Québécois.Si Ion excepte Kraft peut-être, qui constitue une énigme.Quelle est la part de marché de ce titan au Québec dans le secteur de la transformation'?Seule une petite mafia d'informateurs masqués le savent., et se taisent.Au gouvernement du Québec, on semble cacher toute information qui ne concerne pas les entreprises purement québécoises pour ne pas sabrer I image mythique bien entretenue du «Québec aux Québécois» en matière agricole.Ainsi on parle largement des exportations de nos poducteurs mais pas un mot sur la provenance des importations étrangères.Cela dit.selon une source fiable.Kraft Canada contrôlerait au Québec 60 p cent du secteur spécifique de la conserverie.Cependant, les grandes entreprises de transformation alimentaire appartiennent à des intérêts québécois.La plus importante, et de très loin, est la Coopérative fédérée dont le chiffre d'affaires est passé de 1 075 milliard $ en 1981 a 1 219 milliard $ en 1982; cette coopérative contrôle pas loin de 50 p.cent du secteur agro-alimentaire québécois.Le volume des ventes de sa division des viandes atteignait en 1982, 238.4 millionsS.celui de sa division de l'aviculture 138.8 millions $ et celui de sa division laitière 367 millions $.L'autre géant de la transformation au Québec c'est Agropur qui traite plus d'un milliard de litres de lait annuellement et dont le chiffrre d'affaires atteignait 616 millions $ il y a deux ans.Suit la Salaison Olympia avec plus de 200 millions $ de chiffre d'affaires.Celle-ci.avec les Abattoirs Saint-Jean (au sixième rang des transformateurs au Québec) exportait en 1982 pour près de 250 millions $ de porc dans tous les pays du monde.Vient ensuite Culinar, la plus importante des entreprises québécoises de la transformation alimentaire autre que dérivée des produits laitiers et de la préparation des viandes, dont le chiffre d'affaires se situait à près de 190 millions en 1982.Avec son expansion rapide.Culinar risque de rejoindre dans les années à venir Agropur D'ailleurs Culinar est l'entreprise québécoise qui a connu la plus forte progression de son actif en 1983 (une croissance de 100 p.cent) suivie de Québécor et de Henry Birks.Les autres joueurs de la transformation ont des chiffres d'affaires oscillant plus ou moins entre 100 millions $ et 170 millions $ par année.Il s'agit, en ordre d'importance, de Purdel, Abattoirs Saint-Jean, Agrinove, Viandes Lé-pine, Unipain et la Chaîne coopérative du Saguenay.À noter: la grande majorité de nos produits agricoles sont transformés en presque totalité par des compagnies québécoises.Ainsi les productions animales, ce qui comprend les produits laitiers, constituent en valeur environ 75 p.cent de la production agricole au Québec et elles sont entièrement traitées ici.Le secteur de la transformation ne connaît donc pas les affres du secteur de la production qui dépend dans une large mesure, 40 p.cent, des approvisonnements extérieurs.Le commerce de détail en mutation Au Québec les grandes chaînes corporatives perdent du terrain: de 1974 à 1982 leur part de marché passe de 44,2 p.cent à 36 p cent.Qui en profite?Les épiciers indépendants regroupés qui ont accru leur part de 6.5 p.cent pour la même période et dont la part de marché se situait en 1982 à 45 p.cent.en O z m-> 3 O Q o X3 CD CO Les épiciers-propriétaires au Québec font donc des pieds de nez à Steinberg, A&P, Sobey s, Montemurro et Dallaire.Le cas de Provigo est particulier puisque ce grossiste possède 113 magasins corporatifs (ce sont donc des chaînes) et est également le fournisseur d'épiciers-propriétaires qui fonctionnent sous différentes bannières dont Provigo, Provisoir, Axep, Jovi, IGA.Les Provigo indépendants (qui appartiennent à un gérant-propriétaire) font donc la barbe aux chaînes Provigo qui sont la propriété de la corporation.Au Québec.Provigo possède 113 chaînes corporatives, mais il y a aussi 133 Provigo qui sont détenus par des épiciers-propriétaires qui fonctionnent sous bannière.Provigo.En 1982 Steinberg possédait au Québec 139 chaînes, Provigo 113, A&P 14, Sobeys sept, Monte-murfo cinq et Dallaire cinq.Ces chaînes réalisaient pour la même année un chiffre d'affaires de 2,4 milliards $ comparativement aux épiciers indépendants regroupés (ce qui inclut les dépanneurs qui fonctionnent sous bannière comme Sept-Jours.Boni Soir, la Maisonnée .) qui réalisaient 3,4 milliards $ de chiffre d'affaires.Ce sont donc les épiciers indépendants regroupés sous bannière qui contrôlent le marché.Dans ce créneau, ce sont les supermarchés (épiceries dont le chiffre d'affaires est supérieur à un million $ annuellement) qui se partagent la plus large part du gâteau.En effet les Québécois investissent quatre fois plus d'argent dans les supermarchés que dans les dépanneurs et les petites épiceries puisque les ventes des supermarchés au Québec s'élevaient à 5 milliards S tandis que celles des dépanneurs et petites épiceries totalisaient 1,7 milliard $.Cette tendance devrait s'inverser dans l'avenir puisque les supermarchés connaissent une expansion moins rapide, 8,3 p.cent par année depuis 1977, que les unités plus petites dont I expansion des ventes frise les 15 p.cent depuis plus de cinq ans.Les magasins spécialisés connaissent eux aussi une expansion plus forte que la moyenne du marché qui a enregistré ces dernières années une augmentation annuelle moyenne des ventes de l'ordre de 10 p cent.En fait, les Québécois achètent de plus en plus dans les poissonneries, fruiteries, fromageries.au détriment d'à peu près tout le monde sauf des épiciers in-co dépendants sous bannière (Provi-\u2014 soir, Métro-Richelieu, etc.), pro-priétaires de petites unités (en ma-« jorité des dépanneurs sous bannie 2 re) Qui connaissent une ascen-u sion fulgurante: plus de 25 p.cent P d'augmentation du chiffre total de .I I C \u2022 J » paradoxes agricoles dans monde CO CO ex ce CD o O 5 LU < \u2014 < UJ 2d h- z o l'échelle de la planète, un habitant sur huit (un demi-milliard) souffre de nrauo cm ic-ahmontatirin- 15 millions d'enfants par an, 40 000 chaque jour, meurent de faim ou d'infection, chiffres de 1983.Comme le soulignait récemment le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la FAO, Edouard Saouma, «comment justifier devant une assemblée de paysans affamés et aux abois (.) que, pendant ce temps, les pays développés exportateurs de denrées alimentaires réduisent leur assistance au développement et leurs allocations d'aide alimentaire a cause de leurs difficultés économiques, tout en dépensant de plus en plus pour limiter leur propre production agricole ou subventionner leurs exportations»?Il est souvent plus facile de poser des questions que de formuler les réponses! Production accrue Manquerait-on de nourriture?Depuis 1950, la production agricole a augmenté deux fois plus vite qu'antérieurement.Elle progresse aujourd'hui à un rythme de 2.2 p.cent par année, en moyenne, à travers le monde.Les productions de céréales (+ 28 p.cent), de blé ( + 32 p.cent), de riz (+ 28 p.cent), d'orge (+ 25 p.cent), de mais (+ 33 p.cent) et de sorgo (+ 7 p.cent) ont toutes progressé au cours de la décennie 1970-1980.Les viandes de volaille (+ 72 p.cent), de porc (+ 42 p.cent), de boeuf et de veau (+ 16 p.cent) ont connu, elles aussi, une progression globale qui cache cependant des inégalités importantes entre groupes de pays, entre pays ou encore entre régions à l'intérieur des pays.Car, pendant ces mêmes années, les importations mondiales de céréales, pour ne prendre que ce produit, ont presque doublé.En Afrique, dans 22 pays sur 51, elles ont triple pour l'ensemble des produits alimentaires, signifiant une grave pénurie.Les États-Unis, à eux seuls, ont contribué aux trois-quarts de cette augmentation des besoins en céréales du marché international.La production agricole quant à elle a augmenté beaucoup plus rapidement dans les pays en développement (prés de 3 p.cent par an au cours des années 60 et 70) que dans les pays industriali- sés (environ 2 p.cent par an au cours de la même période).Celle-ci a cependant été compensée par une forte progression démographique qui n'a permis qu'une augmentation de la production alimentaire moyenne nette par habitant de 0,3 et 0,4 p.cent pour ces deux dernières décennies.Aujourd'hui, selon un rapport de la Banque mondiale, «les animaux consomment chaque année environ 600 millions de tonnes de céréales qui pourraient nourrir 2,5 milliards d'hommes» Aujourd'hui donc, nos économies produisent suffisamment pour alimenter les quatre milliards et demi d'hommes, de femmes et d'enfants de la planète.Encore faut-il pouvoir se procurer ces aliments! La loi du marché Mais l'alimentation, avant d être un bien consommsable, demeure un produit.Un produit que l'on vend au plus offrant, au meilleur prix possible et qui est soumis aux stratégies économiques internatio- AUGMENTATION DE LA PRODUCTION DE RIZ (1970-1980) - 0,1 p.cent - 0,6 p.cent - 0,8 p.cent - 2,5 p.cent Le monde +28 .p.cent Le Nigeria + 11,3 p.cent Zaïre + 3,1 p.cent Tanzanie + 2,1 p.cent Madagascar + 0,8 p.cent Sierra Leone Guinée Mali Sénégal nales.Ainsi, les neuf dixièmes du commerce mondial des céréales sont-ils aux mains de six grandes firmes.Les pays développés (qui composaient, en 1980, 26 p.cent de la population) représentaient plus de la moitié de la production mondiale, ils pèsent de tout leur poids sur la structure des prix.Dans la crise économique actuelle, note la FAO, «les agriculteurs sont pris en tenailles entre l'augmentation de leurs coûts et la diminution de leurs recettes.Depuis plusieurs années, les revenus agricoles diminuent sensiblement, malgré une aide massive des pouvoirs publics, rien que dans la Communauté économique européenne, les États-Unis et le Japon, les fonds publics consacrés à l'agriculture auraient atteint 80 milliards de dollars en 1980.Malgré cela, 1980 a représenté pour les agriculteurs de certains pays développés la période la plus difficile depuis la dépression des années 1930».Au cours de cette année-là, l'indice mondial des prix des produits agricoles, exprimé en dollars constants, a chuté de 22 p.cent, comparativement à 1980.Les pays en développement ont enregistré, eux, une chute d'au moins 30 p.cent.Le prix du sucre, par exemple, a atteint le niveau de 6 cents la livre, soit moins que son coût de production et seulement le cinquième de son prix de 1980.Le riz et le mais ont chuté à leur niveau le plus bas en 20 ans.Dans ces circonstances, la consommation intérieure stagne, les exportations vers le pays en développement plafonnent (alors qu'elles ont déjà doublé de 1970 à 1980) car leurs balances des paiements leur permettent de moins en moins le recours aux importations pour couvrir les besoins alimentaires.Ceux qui le peuvent maintiennent les prix en limitant la production du blé, par exemple, alors que les États-Unis ont supprimé l'an dernier 13 millions d hectares de production, soit une surface équivalente à toute l'Italie.insécurité «L'arme alimentaire» peut-elle demeurer ainsi entre les mains de ceux qui jouent avec l'avenir des producteurs agricoles et la vie de millions d'êtres humains?Pourquoi 30 enfants meurent-ils de faim chaque minute alors que la production mondiale de céréales a augmenté de 25 p.cent au cours des dix dernières années?Pourquoi tant de faillites d agriculteurs dans un monde qui a tellement besoin d'eux?À qui sert la crise alimentaire mondiale?Beaucoup de questions mais \u2014 hélas! \u2014 peu de réponses de la part du système économique international.? explosion diabolique qui a causé la mort de près de 300 soldats français et 'américains cette semaine à Beyrouth n'est qu'une* étincelle sur la scène d'un théâtre militaire de plus en plus febrile au Moyen-Orient Quelle que soit l'organisation à l'origine de cette opération-suicide, celle de la Djihad islamique ou du Mouvement libre de la révolution islamique, la tragédie prend toute son ampleur dans le cadre dune escalade politique et militaire sans précédent dans la région.Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, n'y a-t-il eu une telle concentration de forces occidentales et soviétiques au Moyen-Orient, ni autant de manoeuvres militaires liées à des conflits ou à des exercices.Les exercices En Egypte par exemple, deux grandes manoeuvres sont à Tordre du jour cet automne.L'opération \u2022 Bright Star 83» s'est déroulée en septembre avec la participation de 5500 soldats américains du Commandement central, mieux connu sous son ancienne appellation de Force de déploiement rapide.Pour la première fois en trois ans, ces manoeuvres conjointes tenues avec les forces égyptiennes se sont déroulées dans le plus grand secret.Même les attachés militaires occidentaux s'en sont plaints alors que la presse locale, qui avait eu droit d'assister dans le passé aux grandes opérations de déploiement, n'a pu suivre cette fois qu'un exercice mineur.La deuxième grande opération aura lieu dans quelques semaines lorsque, pour la première fois depuis la guerre de Suez en 1956, les fusilliers marins britanniques fouleront le sol égyptien.Il s'agit encore de manoeuvres conjointes impliquant plus d'un millier de soldats anglais.Entre-temps, les forces conjointes du Conseil de coopération du golfe (CCG) tenaient leurs premiers exercices de déploiement rapide dans le désert occidental des Émirats arabes unis.Appuyées par des instructeurs britanniques et américains, ces manoeuvres terrestres visaient à repousser une attaque étrangère contre la péninsule arabe.D'autres manoeuvres navales et aériennes se dérouleront Lan prochain.Les forces combinées du CCG, qui regroupent les armées d'Oman, du Koweït, des Emirats APRES L'ATTENTAT DE BEYROUTH La plus forte concentration militaire jamais déployée au Moyen-Orient Robert Pouliot CHYPRE arabes, du Qatar, de Bahrain et d'Arabie Saoudite, totalisent 145000 hommes, dont plusieurs centaines d'officiers et de techniciens pakistanais.Cette opération reflète la volonté des pays arabes riverains du golfe pétrolier de minimiser du mieux qu'ils peuvent toute intervention des forces occidentales ou soviétiques dans la région.Tandis que les Américains disposent déjà de bases navales à Bahrain et dans le sultanat d'Oman, les Soviétiques ont de puissantes installations au Ôud- Yémen.Toute expansion de ces facilités, affirment à tour de rôle les pays membres du CCG, aurait pour effet d accroître la tension Est-Ouest déjà trop élevée dans la région.Un rapport élaboré sur le rôle que pourraient jouer les forces de l'OTAN à travers toute la région depuis les îles grecques de la mer Egée jusqu'au Pakistan a d'ailleurs été soumis à la dernière réunion de l'Alliance atlantique en septembre à Bruxelles et cause beaucoup d'émoi à travers le golfe.Enfin, toujours au chapitre des exercices, des troupes jordaniennes sont présentement aux États-Unis pour subir un entraînement de commandos d intervention rapide.L'objectif de Washington est de pouvoir compter sur un noyau délite entièrement musulman capable d'intervenir là où des soldats occidentaux n'auraient pas accès.Le cas le plus souvent cité est la prise de La Mecque en Arabie Saoudite il y a trois ans et demi par des intégristes.Les États-Unis ont déjà prévu 250 millions $ pour l'entraînement et le transfert de transporteurs géants C-130, d'équipement médical et de communications ainsi que d'arsenal qui seraient stationnés en permanence en Jordanie.Le grand «hic» pour le moment est l'objection forcenée d'Israël qui, malgré les consultations préliminaires faites par Washington auprès de Jérusalem, exige maintenant une compensation pour son feu vert.Ce prix de consolation pourrait prendre la forme d'assistance financière plus généreuse de la part de l'Amérique au budget israélien de la Défense, notamment pour la fabrication du nouveau chasseur israélien Lavi.Escalade des conflits Côté conflits, la tragédie de Beyrouth coïncide avec une nouvelle escalade de la guerre entre l'Iran et l'Iraq déclenchée dans la nuit du 19 au 20 octobre par Téhéran.Cette dernière offensive, baptisée «Aube 4», a eu lieu au nord de l'Iraq, dans la région extrêmement fragile du Kurdistan où se situent les précieux puits pétroliers de Kirkouk, les seuls à alimenter les maigres exportations iraqiennes d'or noir.Malgré les affirmations de Bagdad selon lesquelles l'offensive a été repoussée, it semble que les forces iraniennes aient gagné énormément de terrain et une nouvelle poussée dans ce secteur risque de mettre en danger les seules sources de devises fortes du pays.Le président du parlement iranien, l'hojjatolislam Hash-mi Rafsanjani, n'a pas caché que cette escalade était une réplique à l'accord franco-iraqien sur la livraison de cinq chasseurs Super-Étendard équipés de missiles Exocet.Avec un tel arrière-plan il n'est pas surprenant que le président Reagan ait fait montre de tant de vigueur dans son discours lundi.Non seulement n'exclut-il pas la perspective d accroître la présence de marines à Beyrouth pour défendre, dit-il, les intérêts américains, mais le seul fait qu'il ait brandi le spectre d'une guerre mondiale s'il y avait escalade au Liban en dit long sur l'état d'esprit qui prévaut en Occident.Moscou n'a d'ailleurs pas manqué l'occasion de dénoncer la menace d'une consolidation des forces occidentales au Moyen-Orient, taxant cette politique d'agressive et d'aventuriste.Mais la grande crainte de Washington et de Paris est justement de voir leurs troupes s'enliser dans une situation à «la Vietnam» où l'opinion publique domestique gagnerait l'avantage du jeu sur des considérations géo-stratégiques réelles.Après tout, l'homme de la rue oublie facilement que l'Union soviétique voisine toute la région et occupe toujours l'Afghanistan, en plus de disposer de bases ciefs de chaque côte de la mer Rouge, au Sud Yemen et en Ethiopie.Mission Shultz La mission confiée au secrétaire d'État George Shultz de réunir les ministres des Affaires étrangères des quatre pays membres de la force multinationale de paix (France, Italie.Grande-Bretagne et USA) n'avait donc rien à voir avec les nouvelles mesures de sécurité qui devront être prises a Beyrouth.Le but de cette rencontre était de revoir les objectifs de la force, de la doter de plus grandes ressources et de faire le point entre cette force et le reste des dispositifs militaires dans la région.Depuis mardi d'ailleurs, le contingent américain dispose de nouveaux renforts au-delà des 300 marines dépêchés pour remplacer les victimes de dimanche.Simultanément, Moscou continue sans relâche de réarmer la Syrie.Même s'il est clair que Damas ne pourrait jamais gagner seule une guerre contre Israël, la Syrie peut néanmoins devenir une place forte extrêmement précieuse pour les Soviétiques dans la région.La Syrie recevra sous peu des missiles sol-sol SS-21 qui n'ont jamais été déployés en dehors des pays du Pacte de Varsovie.Ces missiles remplaceront les FROG-7 employés jusqu'ici par l'armée syrienne et auront un rayon d action deux fors plus grand.En outre, la Syrie a pris livraison de missiles sol-air SAM-5 de haute altitude, en plus de chars d'assaut modernes et de nouveaux systèmes électroniques et de communications.La double explosion de Beyrouth n'est donc qu'une pointe d'un iceberg géant au Mo/en-Orient.Malgré les informations du Pentagone voulant qu'un attentat contre les marines ait été préparé depuis un mois par l'ambassade iranienne à Beyrouth de concert avec Téhéran, il est difficile d'imaginer que la Syrie n'y ait pas trempé.Sans la coopération syrienne, affirme M.Shultz, les auteurs de l'attentat n'auraient jamais pu réussir.Ce qui est grave dans cet attentat, au-delà des pertes humaines, c'est son effet catalyseur.D'une part, les Américains ont promis qu'ils exerceraient des représailles contre les auteurs et déjà, toute la communauté shiite de Beyrouth (la plus importante secte religieuse du pays) est sur le qui-vive.D'autre part, et c'est probablement ce qui est le plus alarmant pour une force multinationale censée maintenir la paix, d'autres attentats pourraient bien avoir lieu à la suite des représailles américaines.?O z -4 m > en > m Q to O n O ex n o u > I I Une odeur nauséabonde dans la rue?Avant le coup d'État de 1976.on songe aux déchets oubliés.Après on imagine un «cadavre quelconque» en décomposition Tel est I impact de sept ans de dictature sur la jeunesse, raconte une jeune Argentine dans Ciarin, un quotidien de Buenos Aires.Qui sont ces moins de 28 ans qui peuvent lire ce genre de témoignage et discuter politique en public pour la première fois en sept ans de régime militaire?Oui sont ces 5 millions de nouveaux électeurs qui prendront part aux élections générales de dimanche, les premières en dix ans?Il s'agit d'une génération de survivants en quelque sorte qui ont échappé à la mort et à I exil.Mais il s'agit aussi d'une génération marquée \u2014 marquée d'abord et avant tout par le phénomène des «disparitions» qui sont devenues si fréquentes entre 1976 et 1979 qu'on a dû laisser tomber les guillemets Ils ont vu leurs aînés brûler un à un les livres qui pouvaient être considérés «subversifs» par le régime.«Je brûlais mes livres, et je pleurais», se souvient Alicia, une enseignante.«On arrachait les pages de nos livres et on les cachait dans nos poches pour ne oas être obligé de se promener dans la rue avec des livres à la main», rappelle José, un étudiant d'alors.Et d'ajouter Alicia: «Dire qu'on croyait que ça nous éviterait des ennuis.» À l'autocensure s'est ajoutée la censure officielle qui a pris la peine d interdire la version espagnole de «Nègres blancs d Amérique» de Pierre Vallières.Au cinéma, c'est la même chose.Au nom de valeurs «occidentales et chrétiennes», on a interdit des longs-métrages comme «Dernier Tango à Paris» et.«Missing» (dont la projection n'a été que récemment autorisée).A la télévision, encore pire.On n'a pas précisé en ondes pourquoi Adolfo Perez Esquivel.le militant argentin des droits humains, s'est vu décerner le prix Nobel de la paix en 1980.«Projet national» La censure, la répression, étaient partie intégrante du «projet de réorganisation nationale» que les militaires mettent en branle à partir de 1976 Voilà l'Argentine transformée en un vaste laboratoire; les Argentins, en 28 millions de cobayes.Au plan économique, on leur administre l'amer monétarisme des «Chicago Boys» Au plan politique, on les soumet à la «doc-2 trine de la sécurité nationale» K Au nom de cette stratégie, les forces armées déclenchent ce g qu'ils appelleront la «guerre sale» O contre la subversion \u2014 une guer- G re sans quartier qui dégénère en O attaque contre tout noyau de résis- oj tance au régime militaire.Le bilan \u2014 est bien connu: 30000 «dispa- S rus», selon les «mères de la Place ^ de mai», ces femmes qui défilent £ le jeudi, beau temps mauvais * temps, devant le Palais présiden- < tiel pour exiger la «réapparition» £ de leurs fils ou filles disparus.Z En raison du silence qui les en- O toure, les «disparitions» ont été < décrites comme une des pires for-«/> mes de violence politique, s'il est 3 possible d'en établir une hiérar- chie.«Les assassinats commis par la guérilla, infiniment condamna- » bles, s© trouvent d'une certaine fa- Michel Arseneault BUENOS AIRES Les fantômes qui hantent printemps de Buenos Aires ¦ \u2022 çon dans le système de valeurs de notre société, avec ses crimes et ses châtiments», écrivait récemment le journaliste Luis Gregorich dans la revue Humor, un hebdomadaire humoristique et politique.Même les défenseurs de la junte ont dy critiquer les excès du régime militaire.Encore la semaine dernière, un porte-parole du Département d'Etat américain condamnait «la violence inhumaine» exercée contre «d'innocentes victimes» pendant la «guerre sale».Comme l'a déjà confié un officier argentin à Emilio Mignone, une des principales figures du mouvement en faveur des droits et libertés, «si nous réunissons cent personnes et que cinq d'entre elles nous intéressent, nous considérons que l'opération a été un succès».Nos politiques «Ce qu il y a de terrible dans ce système est le fait qu'on ait enlevé des gens sans aucune activité politique, des enfants et des vieillards de 80 ans», affirme Graciela Fernandez Meijide, porte-parole de l'Assemblée permanente pour les droits humains.«Ils les prenaient en otage quand ils ne trouvaient pas les personnes qu'ils voulaient.» Mme Fernandez Meijide, qui a déjà vécu en exil à Montréal, explique que les organisations vouées à la défense des droits et libertés ne s'intéressent pas à l'activité politique des «disparus» et des prisonniers politiques.«Tout ce que nous demandons est que des accusations soient portées contre ceux qu'on soupçonne (d'activités illégales) et qu'ils aient la possibilité de se défendre», souligne Mme Fernandez Meijide, dont le fils de 1 7 ans a étç enlevé de chez lui en pleine nuit.La question des droits de la personne s'est imposée comme un des principaux thèmes de la campagne électorale.Un candidat à la Chambre des députés, le démo- crate-chrétien Augusto Conte, en a même fait le thème unique de son programme.Mais les formations politiques les plus importantes, le Parti peroniste (justicialiste) et le Parti radical (Union civique radicale), ont adopté des positions assez ambiguës à ce chapitre.De fait, les partis politiques ne savent pas très bien que faire avec «ces vieilles qui dérangent», il est clair que plusieurs d'entre eux préfèrent tout oublier, au nom de la «reconstruction de l'unité nationale», au nom de la démocratie (g.\"est-à-dire du maintien de bonnes relations avec les forces armées).Ces dernières ont adopté le mois dernier une loi d'amnistie qui reconnaît que «se sont des produits des faits incompatibles.avec la dignité de l'homme» pendant la lutte contre «la subversion terroriste».Les militaires passaient aux aveux et s'exonéraient de tout blâme, ce qui a eu l'effet d'une bombe.La «loi de J\"oubli», comme on l'a surnommée, est «immorale», soutiennent les défenseurs des droits humains.L'amnistie Malgré cela, certains dirigeants politiques de la plus haute importance ont bien accueilli la loi d'amnistie.C'est le cas du candidat présidentiel du Parti peroniste, Italo Argentino Luder, qui a fait allusion à son «irréversibilité» avant d'adopter une position plus critique face aux pressions, tant dans l'opinion publique qu'au sein de son propre parti.Son principal adversaire.Paul Alfonsin, le candidat présidentiel du Parti radical, a été plus ferme dans son opposition à la loi en question.Mais M.Alfonsin songe lui aussi à Ja «réconciliation» quand il fait taire des dizaines de milliers de personnes qui, lors de rassemblements apolitiques, scandent le slogan, «(çs militaires à l'échafaud».La hiérarchie de I Église catholique, parmi les plus conservatrices d'Amérique iatine, s'est, elle, prononcée carrément en faveur de la «réconciliation», nonobstant le fait qu on ait assassiné en Argentine un évéque, cinq prêtres et séminaristes, et deux religieuses au cours des dernières années.Il est clair que les autorités, qu'elles soient politiques, religieuses eu syndicales, ne vont pas se transformer en fer de lance du mouvement social en faveur des droits humains.La raison en est fort simple.Les autorités d aujourd'hui sont essentiellement les mêmes d'avant le putsch de 1976.Critiques et auto-critiques sont à l'ordre du jour.M.Alfonsin, le dirigeant radical, répète.«Il faut reconnaître que nous (les politiciens) n'avons pas su défendre la démocratie et que nous avons souvent frappé à la porte des militaires.» Certains accusent la hiérarchie catholique de «complicité» avec les militaires parce qu'elle n'a pas adopté une position ferme face à la persécution de certains secteurs de l'Église.Et presque tout le monde condamne le plus important des dirigeants syndicaux, Lorenzo Miguel, de la très peroniste CGT (Centrale générale des travailleurs), qui est accusé d'être à la tête de ce qui est, ni plus ni moins, un escadron de la mort lié à la droite du Parti peroniste.Ce que personne n'ose avouer publiquement \u2014 et ce n'est pas seulement parce que le vocabulaire argentin a lui aussi été transformé par sept ans de dictature \u2014 c'est que plusieurs espéraient dans le tond que les militaires réussissent à vaincre «la gauche».C'était avant que les militaires essayent de liquider «la gauche» au sens large, au sens très-large.Les mères « L'avant-garde» de ce mouvement sont les «mères de la Place de mai» qui vont continuer, peu importe le changement de gouver- nement, d'exiger que réapparaissent les «disparus».Plusieurs parmi elles savent que la plupart des «disparus» se trouvent aujourd'hui enterrés dans des fosses communes, des cimetières clandestins.Mais les «mères», comme on les appelle ici.craignent que les militaires détiennent des «disparus» en si mauvais état que les forces armées se refusent à les libérer Et quand le prochain gouvernement civil leur dira qu'il n'y a pas dans les prisons d Argentine de survivants aux «disparitions», il ne leur restera plus qu à exiger quo justice soit faite (et non pas à rentrer chez eux.comme certains l'ont déjà cru ou espérer) Concrètement, il s'agit d'exiger rétablissement d'une commission spéciale (du Sénat et de la Chambre des députés) qui fasse enquête, cas par cas.sur les personnes disparues, et éventuellement exiger que les coupables soient condamnés pour «crime contre l'humanité».Cas par cas?«Les forces armées ont toute la documentation nécessaire», affirme Emilio Mignone, le directeur du centre d'études légales et sociales Les coupables?Quels coupables?On considèie que les délits ont été commis par I ensemble des forces de sécurité.C'est ce qui oblige les défenseurs des droits humains à distinguer entre ceux qui ont donné les ordres, ceux qui ont obéi aux ordres, et ceux qui y ont obéi excessivement, c'est-à-dire les tortionnaires.Jusqu'où pourra-t-on aller?«Les gens ont maintenant le courage de s'indigner en public», explique Mme Fernandez Meijide «Tout va dépendre de la vigueui avec laquelle les gens exigeront que justice soit faite.» Et les relations avec les militaires?Un nouveau coup d État serait-il a prévoir?«Je ne vais pas hypothéquer la vie du pays pour avoir devant moi les types qui sont responsables de la disparition et de la mort de mon fils», affirme Mme Fernandez Meijide.Il est loin d'être acquis que les forces armées se plient de bonne grâce à la justice.Le commandant en chef de l'armée, le général Cristino Nicolaides, a déjà déclaré que «l'adversaire que nous avons défait militairement», c'est-à-dire «la subversion», a infiltré les organisations des droits humains.L'ex-président d'Argentine, le général Jorge Videla, a demandé que soit jugé par un tribunal militaire un autre ex-président d'Argentine, le général Lanusse, parce que ce dernier a maintenu que le gouvernement Videla avait été.«néfaste».La résistance de la part des militaires sera de toute évidence très grande.Au-delà de la justice, le grand défi du prochain gouvernement civil est de tenter d'établir de nouvelles relations entre civils et militaires, que les civils cessent d'être les «civilachos».selon l'expression péjorative des militaires.Mais en ce moment.l'Argentin moyen préfère penser au printemps et profiter des percées de soleil et de liberté.Dans les cafés, dans la rue, partout on discute politique.Les cinémas présentent des films longtemps interdits.Lf théâtre, la musique, la danse, connaissent un essor sans précédent.L'atmosphère est à l'optimisme, même s il s'agit d'un optimisme prudent.* ? » La presse française de droite est déchaînée Jean-François Lisée PARIS Cl t .Une à une, inexorablement, les socialo-marxis-tes s'en prennent à toutes les libertés à la liberté d'aller et venir, tous transports nationalisés, en douceur; à la liberté du savoir, de la recherche et de la pensée, toutes franchises universitaires abolies; à la liberté d entreprendre, tuée par les contraintes pesant sur les entreprises en attendant que l'État récupère toutes celles qu'il aura mises en difficulté; à la liberté de se faire soigner par le médecin de son choix et d'obtenir justice avec I aide de luristes dignes de ce nom; à la liberté de l'information par médias domestiqués; etc.De quel pays est-il question?Pologne.Chine, Cuba9 Non Le pays que l'auteur décrit, c'est la France Les «socialo-marxistes», coupables d'abolir une à une les libertés ont pour nom François Mitterrand, Pierre Mauroy et leurs ministres, dont quatre communistes.La citation n'est pas tirée d'un tract d'extrême droite.Elle a été cueillie le 13 juin dernier en première page d'un grand journal français, aux innombrables titres de noblesse.Le Figaro La presse française de droite, depuis l'élection, le 10 mai 81, d'un président de gauche, a dû se mettre à un exercice qui lui était inhabituel.Depuis près d'un quart de siècle, les hommes de droite se succédaient à la tête de l'État et la presse conservatrice jouait son rôle de soutien modère mais efficace.Quand la France bascule, en mai 81, quand «l'alternance» joue pour la première fois depuis que les institutions de la Cinquième République ont été concoctées par de Gaulle à l'aube des années soixante, la presse «de la majorité» se voit propulsée dans l'opposition.Surprise, hébétée même par l'ampleur de la victoire de la gauche, elle va rapidement adopter une ligne dure, de dénonciation systématique.Il n'y aura pas de lune de miel.«Je dirais que le 11 mai 81, (lendemain de l'élection présidentielle); te Figaro était dans l'opposition», affirme Jean d Ormesson.membre de l'Académie française, mais surtout éditorialiste et, jusqu'en 1976, directeur du Figaro.L'opposition paroxystique Désordre, pagaille, fouillis, fatras, le grand dictionnaire des sy-nomymes est impuissant à décrire l'état du bureau de Jean d'Ormes-son.Des dizaines de lettres \u2014 ouvertes ou pas \u2014 recouvrent chaque centimètre carré de sa table de travail.Par terre, des journaux et des livres s'entassent pêle-mêle et il semble miraculeux que deux chaises échappent au désordre.\u2022 Vous déménagez?» «Pas du tout, c'est toujours comme ça.» Jean d'Ormesson n'est pas le plus virulent des éditorialistes de droite.«Je crois que la presse d'opposition ne doit pas cacher les succès éventuels d'un gouvernement», explique-t-il.«J'aurais préféré que Le Figaro soit l'équivalent, dans l'opposition, du Monde.C'est-à-dire un peu plus hypocrite, mais tout aussi convaincu.» Mais la réalité est toute autre, et il affirme que «Le Figaro, qui n'est pas l'organe d'un parti, est devenu l'organe de l'opposition.En ce sens, il est peut-être \u2014 et c'est peut-être une erreur \u2014 plus proche de L'Humanité (quotidien du Parti communiste) que d'un journal d'information.» Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un oeil sur les manchettes du grand quotidien conservateur, pendant une semaine normale, du mercredi 17 au mercredi 24 août.Le 17: «Le cri d'alarme des entreprises», avec, plus bas, «Le président et ses ministres communistes, comment s'en débarrasser.» Le 18: «Plan de rigueur, impôts: résidences de loisirs, la fin d'un rêve.» Le 21: «Le socialisme centre l'audiovisuel.» Le 22: «Droits de successions plus iourds.» Le 23: -1984: Tannée noire des contribuables.» Le 24: «La France s'enlise dans l'endettement.»- Une semaine normale?Pas vraiment.C'est la semaine où les chiffres du chômage, de l'inflation et du déficit du commerce extérieur étaient une fois en nette amélioration.Pour Jean d Ormesson, la presse d'opposition «n'a pas avantage à être constamment paroxystique, à mettre des titres trop forts.On ne sait pas jusqu'où on pourrait aller lorsqu il se passera vraiment quelque chose.» Il n'est certes pas d'accord avec un de ses collègues qui écrivait récemment que le gouvernement de gauche suit un «cheminement lent mais sur qui conduit ce pays (la France) sur les voies de l'Albanie».Mais il estime que la situation n'en est pas moins grave: «On peut se dire qu'après trois dévaluations, et peut-être à l'aube de la quatrième, avec une monnaie très menacée, avec un endettement tout de même prodigieux (.) tout ça donne une espèce de caractère d urgence où on peut se demander légitimement si on peut être encore tout à fait impartial et regarder du balcon les événements qui passent.» Et il renvoie la balle, en rappelant que l'actuel président, hier dans l'opposition, n'hésite pas à être «extraordinairement violent».«Il accusait de Gaulle de dictature, il a écrit un livre qui s'appelle «Le Coup d'État permanent», il disait qu'il ne serait d'acord avec le gouvernement que sur des évidences», affirme d'Ormesson.La surenchère La course aux lecteurs a sa part de responsabilité dans la radi-calisation des journaux de droite.Au lendemain du 10 mai, le Quotidien de Paris, un journal qui ne faisait pourtant pas de cadeaux à l'ex-président Giscard d'Estaing, s'est lancé dans une incroyable campagne contre le gouvernement.Une nouvelle présentation, des manchettes choc (comme titre «La saloperie» pour décrire la déclaration d'un parlementaire de gauche qui accusait d'ex-ministres de droite de conflits d intérêts), une tapageuse campagne de publicité faisait quadrupler les ventes de>ce petit tabloïd.Les chiffres ne sont pas disponibles pour toute la France, mais pour la région parisienne.Le Quotidien passait de 7 000 exemplaires avant mai à 22000 quelques mois plus tard Son tirage a depuis trouvé un rythme de croisière à 17000.Son opposition au nouveau pouvoir était telle qu'on racontait à l'époque la blague suivante: «François Mitterrand réunit ses conseillers au Bois de Boulogne.Il leur dit: «Je vais marcher sur le lac» et, en effet, il marche sur les eaux.Le lendemain, Le Quotidien titre: «Mitterrand ne sait même pas naqer » Mais Le Quotidien de Paris, conscient de ses excès, publie lui-même cette bfague.C'est au Figaro que le Quotidien vole des lecteurs.La surenchère est lancée dans la dénonciation de la gauche et un climat intransigeant s'installe.Avec la création du Figaro Magazine, extrêmement bien fait mais encore plus à droite que le journal lui-même, Le Figaro réussit à raffermir sa position.Il gagne quelques lecteurs, passant de 311 000 en 80 à 336000 en 81 et 344 000 en 82.Et ce au moment où Le Monde, par exemple, perdait 40000 lecteurs (439000 en 81.400000 en 82).Un ton haineux Pas le moindre bout de papier ne vient perturber le vide \u2014 presque troublant chez un journaliste \u2014 du bureau de Claude Angeli, rédacteur en chef adjoint de l'impertinent hebdomadaire Le Canard enchaînée.Depuis 68 ans, Le Canard traque le scoop, mais aussi la bourde, le scandale, le pot-de-vin et la bêtise occasionnelle de la classe politique française, à gauche, à droite ou ailleurs.Depuis deux ans, les belles citations des quotidiens de droite trouvent toujours une place d'honneur dans Le Canard, qui n'en finit pas de s'étonner.En voici deux, des meilleures: «Une formidable manoeuvre d'intoxication conduite par le pouvoir et orchestrée par les médias sous son contrôle tente de persuader .jqs.Français que la guerre civile est imminente» (Figaro du 17 mai) «En deux ans.ce régime a tout raté.Mais il a remporté un immense succès: l'asservissement de I information.Sous le contrôle d'un porte-parole officiel, commissaire politique à la propagande.M Max Gallo.I audiovisuel s'aligne sur une mini-Pravda.» (Figaro du 9 mai).Claude Angeli souligne que la gauche, lorsqu'elle était dans l'opposition, n'était pas beaucoup plus tendre envers le pouvoir.«La gauche, quand elle critique la droite, elle peut parfois truquer, elle est peut-être injuste, excessive.C'est le jeu politique, les gens ne le font pas toujours avec le goût de la nuance et le souci de l'information.Mais ce que je trouve particulier à la droite \u2014 mais ça c est une opinion personnelle \u2014 c'est ce ton haineux.» «Ce n'est pas le refus de l'alternance parce que I alternance, elle est là et elle est acceptée.Mais ça leur semble tout à fait inconcevable (que la gauche soit au pouvoir).Pour eux, la droite est faite pour gouverner.» Angeli retrouve d'abord ce «ton haineux» dans la campagne menée par les quotidiens de droite contre le Garde des Sceaux (ministre de la Justice) Robert Badin-ter au sujet de l'insécurité.«On n'a jamais eu des prisons aussi pleines en France et on nous dit que les juges sont laxistes Les juges sont en majorité de droite, mais on nous dit qu'ils sont laxistes.» Au mépris de tous les chiffres, les quotidiens de droite accusent Badinter de libérer les prisonniers, de favoriser la criminalité.C'est ainsi qu'on a pu lire dans Le Figaro du 8 août, ce commentaire qui nous servira de conclusion: «Le massacre d'Avignon (où six personnes ont été froidement abattues par des récidivistes), dans son horreur, n'était pas entièrement imprévisible.L'implacable montée de la violence et tous les signes de sa banalisation obligeaient à craindre un fait divers monstrueux, chargé.de sang et dp cruauté.» O z -H rn > r~ > 5 to O n \u2014\\ O ro 00 PACIFISME 500 000 manifestants dans les rues de Bonn Il est clair que les critères que nous utilisons pour juger les manitestations dans d'autres pays ne valent pas pour I Allemagne.Le journaliste qui arrive à Bonn pour !'«automne chaud» pacifiste s'en rend compte, dès qu il prend au bureau de presse de la ville un dépliant destiné aux manifestants: «Chers messieurs et mesdames.Vous arrivez dans la capitale fédérale pour taire valoir votre droit de manifester.Vous devrez vous conformer à un certain nombre de règles d organisation et malheureusement, vous n'aurez pas l'occasion de visiter la ville.» Le dépliant prie les manifestants de laisser la capitale propre et les invite à y revenir comme touriste.Mais c'est surtout l'atmosphère des manifestations elles-mêmes qui désarçonne.Depuis 1980, Berlin et le nord de l'Allemagne ont connu quelques affrontements violents entre la police et les groupuscules de pacifistes «autonomistes», mais dans la majorité des cas.le mouvement pacifiste a réussi à observer une stricte politique de nonviolence.À Bonn, déjà connu pour sa police plus «civilisée», l'attitude réciproque des pacifistes et des forces de Tordre ressemblait pendant toute la semaine à une danse rituelle.Le vendredi 21 octobre, par exemple, les manifestants bloquent les six entrées du complexe du ministère de la Défense, construit sur une eminence des environs immédiats de la capitale.Forts de l'expérience de leurs collègues de Cologne \u2014 qui sont arrivés à 5 heures du matin jeudi, pour bloquer les entrées du quartier général de l'armée et qui découvrent tous les employés déjà à leurs bureaux \u2014 les pacifistes de Bonn s'installent devant les entrées du ministère de la Défense dès 3 heures du matin.Mais la police a pris les devants: il y a au moins autant de policiers, jeunes, en uniforme de combat vert, que de manifestants, a rentrée no 2, c'est pendant plus d'une heure l'atmosphère de «Love and Peace ».Des manifestants, assis en petits groupes autour des bougies partagent le pain et les 'biscuits «écologiques», et les chansons \u2014 religieuses, féministes ou tout simplement pacifistes, selon les affinités du groupe.De temps en temps, quelqu'un lance une plaisanterie aux policiers qui rétorquent, souriants, détendus.Lorsqu'à cinq heures, on découvre soudain que les employés du ministère commencent à entrer par une petite route protégée par la police, les manifestants votent pour bloquer l'autoroute longeant le complexe.Aussitôt qu'une rangée s installe à travers la route, les policiers arrivent pour les déplacer.Ils s'acquittent de leur tâche sans agressivité et les manifestants n'opposent aucune résistance à leur évacuation.Il faut dire que des unités spéciales de la police ont passé plusieurs semaines à «étudier» le mouvement pacifiste et a apprendre comment soulever les manifestants avec un minimum de force.Tout geste de violence, les deux côtés le savent bien, aurait des répercussions dans l'opinion publique.Forte opposition Des Allemands hostiles à I installation de nouvelles armes de l'OTAN, on en trouve maintenant beaucoup même dans le Parti démocrate-chrétien (CDU).Selon un sondage réalisé en septembre, 49 p.cent des électeurs du CDU et 72 p.cent de tous les Allemands s opposent aux missiles.Mais seul 2 p.cent pensent que les manifestations vont changer quelque chose.Les jeunes continuent manifestement à croire à la valeur symbolique des assemblées de masse.Ils y participent en tout cas avec une détermination surprenante.A Bonn, le samedi 22 octobre, des milliers de personnes forment dès le petit matin une «chaîne humaine* de 15 km entre les ambassades de l'URSS et des Etats-Unis et autour du quartier des ministères.Puis, après être restés debout pendant des heures, ils rejoignent l'incroyable kermesse du Hotgar-ten où se déroulera la manifestation principale.C'est le jour J du pacifisme allemand.Entre six heures du matin et Vera Murray À BONN deux heures de l'après-midi, 500 autobus et 50 trains spéciaux déversent à Bonn plus d'un demi-million de manifestants qui se rassemblent tous, sans le moindre incident \u2014 et sans même créer un embouteillage, dans lïmmense parc avoisinant l'Université de Bonn.Sur chaque poitrine, un petit badge: « Pershing nein», sur fond jaune.Au-dessus des têtes, une mer de ballons colorés et de banderoles.Pendant plus de six heures, cette impressionnante foule restera sagement debout devant le podium sur lequel monteront au moins une quinzaine d'orateurs: Heinrich Boll, prix Nobel de littérature, un pasteur est-allemand, un.ministre nicaraguyen, la féministe Sybille Plogstedt, Gene La Roque, amiral américain à la retraite et Pe-tra Kelly, la vedette du Parti des Verts.Et.bien sûr, I ex-chancelier Willy Brandt dont la participation a demandé de longues négociations avec le comité organisateur et qui apportera pour la première fois au mouvement pacifiste l'appui officiel du Parti social-démocrate.SPD A part la discipline, ce qui surprend le plus dans la foule, c'est l'absence de références politiques.Quelques pancartes du SPD.une pancarte du CDU et plusieurs dizaines de symboles des Verts.Quelques rares drapeaux rouges des organisations d'extrè-me-gauche.Les autres slogans sont tout simplement «pacifistes».«Après l'armement arrive la mort», »!! existe beaucoup de manières de tuer un homme», «L armement atomique équivaut à l'athéisme» ou «Les Pershing sont à la paix ce qu'un Schnaps est à la lutte contre I alcoolisme» Un grand nombre de jeunes filles, déguisées en victimes de guerre nucléaire, portent des pancartes du type «Je voulais justement avoir un enfant».La foule attend surtout le discours de Willy Brandt.Lorsqu'il monte à la tribune vers 5 heures, une partie de la foule reste silencieuse, une autre applaudit Un groupe se met à siffler et déroule une énorme banderole sur laquelle on peut lire «espèce d'hypocrite» Une deuxième pancarte jaillit ailleurs: «Willy.ta gueule!» La phrase clé tombe au tout de-but: «Ce qu'il nous faut aujour-d'hui en Allemagne et en Europe, ce n'est pas plus de moyens de destruction de masse, mais moins.» Non aux fusées donc, mais tant que la politique des blocs dure, oui à l'OTAN.La «passionaria» des Verts, Pe-tra Kelly, n'apprécie guère ie courage politique du president du SPD.Pâle, visiblement mécontente, elle adopte un ton missionnaire: «Ce n'est pas moins d'armes, mais pas d'armes du tout Nous n'en serions pas là si le SPD, lors-qu il était au pouvoir, avait mené une autre politique.» Un peu plus tard, tandis que la foule, bougies ou briquets a la main, écoute «We Shall Overcome*, chanté par Arlo Guthne.une conférence de presse a lieu dans une tente avoisinante.Les étincelles volent entre Willy Brandt et Petra Kelly qui ne semble gue apprécier la conversion des social-démocrates au pacifisme Au prix d'un effort mow.les Verts avaient soulevé un véritable mouvement de masse.Peut-être est-il sur le point d être récupéré par le SPD.Et de toute façon, quoi qu il arrive, en dépit oe la volonté populaire, le Bundestag votera le 21 novembre prochain pour le déploiement des euromissiles.Willy Braudt s adressant aux pacifistes allemands la semaine dernière à Bonn. MISSILES Le Mouvement défier le parlement?Albert Juneau e Mouvement pacifiste ouest-allemand a non seulement obtenu un grand isuccès en fin de semaine dernière en rassemblant environ un million de personnes, il a aussi, et surtout, remporté une grande victoire, ses adversaires le reconnaissent désormais comme une force importante sur l'échiquier politique.Ce temps des sacarsmes et des moqueries semble révolu: on en parle maintenant avec respect.Dans son édition de lundi, le grand quotidien «Suedteutsche-Zeitung» de Munich, pourtant conservateur et favorable à I implantation des euromissiles américains, lançait un avertissement au gouvernement de Bonn: «Ce 22 octobre (samedi dernier) laissera des traces en République fédérale d'Allemagne II marque un point tournant dans l'histoire du mouvement pacifiste Celui-ci va montrer, ajoute le quotidien, qu'il a une grande chance de devenir un facteur politique majeur.» 74% contre Parti d'un noyau restreint autour notamment des Verts, des alternatifs et da militants communistes, ie mouvement pacifiste n'a cessé d'étendre son audience à des groupes diveis.allant des jeunes catholiques jusqu'aux organisations syndicales.En fait, il s'est considérablement ouvert tout en décentralisant largement ses opérations.La semaine qui a précédé la grande manifestation a été justement marquee par une multitude de manifestations à travers toute la RFA.On a pu constater jusqu'à aueJ point il pénètre désormais des milieux jadis ternies aux pacifistes.Les sondages en témoignent.Le dernier en liste effectué par I Institut scientifique Nowack et Seerge à Munich, confirme les tendances observées précédemment.Trois Allemands sur quatre (74% exactement) sunt d'avis, qu'advenant un désaccord à la mi-novembre entre Américains et Soviétiques, les négociations sur les euromissiles devraient être suivies et les Pershing H ne devraient pas être siationnés en RFA.Même les VIENNE militants du Parti chrétien-démocrate (parti au pouvoir de M Kohi), s'opposent dans une proportion de 61 p.cent aux Pershing II.Mais cette poussée du pacifisme a pris ces derniers mois une dimension nouvelle.Le Parti social-démocrate (SPO) fait maintenant campagne contre l'implantation des Pershing II en sol allemand.Ce revirement constitue un événement décisif si on se rappelle que ce sont les social-démocrates de l'ancien chancelier Helmut Schmidt quf avaient, en 1979, soulevé cette question des euromissiles et proposé des négociations américano-soviétiques et des mesures de réarmement si les pourparlers devaient échouer.Aujourd'hui, les négociations se dirigent vers une impasse, mais le SPD rejette l'implantation des euromissiles américains, car il prétend que les dernières propositions soviétiques constituent une base satisfaisante de contrecoup.L'Allemagne divisée Le SPD ne dit pas seulement non aux nouvelles armes américaines, il s'est aussi associé au mouvement pacifiste, du moins aux manifestations de la semaine dernière.L'événement principal fut, bien sûr, le discours que prononça M.Willy 3randt, le président du SPD, lors de la grande assemblée à Bonn.La nouvelle politique du SPD a pour effet de rapprocher le mouvement pacifiste des organismes établis et d'accroître sa crédibilité.Mais du même coup, l'Allemagne se retrouve profondément divisée.Il y a un divorce de plus en plus marqué entre la majorité politique et légitime qui siège au parlement: et une autre majorité, celle de l'opinion publique.En outre, l'opposition parlementaire (social-démocrates et Verts) manifeste ouvertement son désaccord dans la rue.Cette situation risque d'aboutir à un blocage des institutions.D'autant plus que les pacifistes sont résolus à poursuivre la lutte et à défier le parlement.D'ores et déjà, la désobéissance civile est clairement évoquée.Les grands magazines, Spiegel et Sfern, qui n'ont pas caché jusqu'à maintenant leur opposition au réarmement, font revivre les grandes figures légendaires du pacifisme moderne (Ghandi, Martin Luther King) et anticipent déjà le dénouement tragique du drame.Comment l'Allemagne peut-elle sortir de l'impasse?Si, comme plusieurs le prévoient, les négociations de Genève échouent, les premiers Pershing II débarqueront en RFA dès le 22 novembre prochain.Les Américains semblent tous convaincus que les Soviétiques ne feront, comme ils le répètent depuis longtemps, aucune concession véritable, tant que l'OTAN n'aura commencé le déploiement des euromissiles.D ici la fin de 1983, 41 euromissiles devront être implantés dans trois pays: la Grande-Bretagne, l'Italie et la RFA Ces quelques fusées ne constituent pas une menace réelle pour les Soviétiques.Elles sont encore trop peu nombreuses pour les inquiéter.Négocier sur la place publique Selon le calendrier de l'OTAN, le déploiement des Pershing II en RFA (108 au total), devra être terminé au début de 1985.Or, ces fameux Pershing II accordent un avantage précieux aux États-Unis, car ils peuvent neutraliser une partie des fusées intercontinentales soviétiques, en raison de leur proximité de l'URSS.On comprend linsistance de certains dirigeants américains à vouloir mettre en place un nombre suffisant et significatif de ces engins.L'opposition des pacifistes peut-elle retarder ou réduire le programme d'implantation?Tout dépend de leur capacité de durée.Les Américains et les chrétiens-démocrates de la RFA comptent sans doute sur l'essouflement du mouvement de résistance pour ne pas être contraints de négocier sur la place publique.De leur côté, les Soviétiques n'ont pas I intention de se laisser intimider par le réarmement de l'OTAN.Mais ils réagiront prudemment, comme le montrent les premières mesures annoncées en dé- but de semaine: modernisation (déjà amorcée) de fusées à courte portée en Allemagne de l'Est et en Tchécoslovaquie.En somme, l'issue de l'impasse actuelle dépendra largement de révolution des relations américano-allemandes et de la vitalité du mouvement pacifiste.Les Américains peuvent-ils forcer la main aux Européens?Cette perspective ne peut être écartée.Les Européens ne comptent plus les situations où ils ont été mis devant le fait accompli, après que Washington eut pris des décisions sans consultations.Sans compter les déclarations malheureuses, comme celle du président Reagan sur la possibilité d'une «guerre nucléaire limitée» en Europe.M Seweryn Hinler, qui a succédé à M.Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Carter à la chaire de sciences politiques de l'Université Columbia, déclarait récemment lors d'une entrevue: «Je ne connais aucun gouvernement américain qui, en politique extérieure, fut si peu professionnel que le présent gouvernement.» Il est connu que le président Reagan préfère s'entourer d'hommes politiques plutôt que d'experts.Mais les campagnes électorales portent à la prudence.Il est probable que les Américains manoeuvreront avec réserve, jusqu'aux élections présidentielles prévues à l'automne 1984.Pour les pacifistes, le plus difficile reste à faire, cest-à-dire forcer le gouvernement de Bonn à dire non aux euromissiles.La tâche sera d autant plus ardue que l'unité reste fragile.Le Mouvement est de plus en plus diversifié et politisé.Une dispute entre Willy Brandt et Petra Kelly du Parti des Verts, comme le signale Vera Murray ci-contre, a éclaté samedi dernier après la grande manifestation de Bonn.Les Verts se prétendent les véritables animateurs du pacifisme.Ils redoutent que le SPD récupère le mouvement.éditeur Jean Sisto éditeur adjoint Réal Pelletier secrétaire de rédaction Manon Chevalier collaborateurs au Québec Françoise Côté Gil Courternanche Antoine Oésilets Jean-François Doré Claire Dutrisac Jacques Duvai Guy Fournier Louis Fournier Pierre Godin Serge Grenier Jean Hébert Dr G«fford Jones Dr Louise La'iberté Gérard Lambert Yves Leclerc Marie Lessard Mario Masscn Pol Martin Andre Robert Rene Viau Toronto Patricia Dumas Calgary Diane hui VanCOUVer Daniel Raunet New York Robert-Guy Scully Miami Ron Laytner MexiCO Pierre Saint-Germain Paris Jean-François Lisée Rome Jean Lapierre Chypre Robert Pouliot Vienne Albert Juneau Tokyo Muguette Laprise Taiwan Jules Nadeau PLUS publie également des reportages exclusifs obtenus de l'Agence France-Presse et l'agence Inter Presse Service.publicité générale: ProbecS Ltée Tel.: Montréal 285-7306 Toronto (416) 967-1814 de détail: La Presse, Ltée Tél.: (514) 285-6874 Le magazine PLUS est publie par Hebdobec Inc., CP.550 Succursale Place d'Armes Montréal H2Y 3H3.monté et imprime par LA PRESSE.Ltée.Tous droits de reproduction, d'adaptation ou de traduction réservés.président du conseil d'administration Roger D Landry directeur général Jean Sisto responsable dès cahiers spéciaux Manon Chevalier secrétariat Manon Beaulieu Bref, rien de très paisible dans cette Allemagne qui cherche à \\Jél.: (514) 285-7319 nouveau son destin.D Z m- > r\u2014 > «o O n \u2022H O 3D
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