La presse, 22 décembre 1984, La presse plus
[" ?MONTRÉAL 22 décembre 1984 Volume 2 Numéro 51 NICARAGUA Chaque année depuis 3 ans, un navire quitte Vancouver chargé de cadeaux de Noel pour le Nicaragua.Ces cadeaux prennent la forme de matériel éducatif, médical, etc.On y retrouve même des Instruments de musique! Des «outils de paix», en somme.Le reportage d'Antoine Char en page 8.ENFANCE Il n'avait que onze ans quand il a été élu maire de son village.Pas un maire de carnaval.Un vrai.Brian Zimmerman dirige de main de maître son petit village texan du nom de Crabb River.Sophie Huet l'a rencontré.A lire en page 9.LIVRES ! Il exjste une bibliothèque internationale pour le livre de jeunesse.Elle rassemble plus de 400000 titres et loge dans un magnifique château restauré près de la ville de Munich.Colette Paradis l'a visité et nous en parte en page 10.POLOGNE L'assassinat du père Popieluszkc en Pologne a-t-il été le fait de deux policiers isolés?Il est sérieusement permis d'en douter.Notre correspondant Hugues Krasner souligne les faits troublants que laisse deviner la version officielle et émet l'hypothèse de l'existence de véritables «escadrons de la mort» dans la Pologne du général Ja-ruzelski.Son reportage en page 11. L'EMPIRE DES SENS Serge Grenier ¦ ¦ Spécial Noël Des délices tout prêts pour le réveillon GO O) LU QC CO LU O UJ G CM CVJ Q LU < < UJ CE O (f) 3 Réveillon sans dinde Bien sûr que c'est bon de la dinde aux canneberges ou aux marrons avec petits pois et patates pilées.Mais il y a autre chose dans la vie.Il y a d'abord les paresseux qui n'ont pas envie de cuisiner.Puis il y a les mains pleines de pouces qui ont toute la misère du monde à faire bouillir de l'eau.Il y a enfin ceux qui détestent la dinde.Manger autre chose et se simplifier la vie à l'extrême en achetant du tout fait, à Montréal c'est un jeu d'enfant.Mais si vous y tenez tant que ça à votre oiseau, ils ont au Marché Central, 3839, rue Saint-Laurent, d*s dindes kosher à belle peau jaune à côté desquelles les dindes de supermarché ont bien triste mine.Ou, alors, pour un goût différent, une dinde fumée et épicée de chez Schwartz, le célèbre delicatessen du 3895, rue Saint-Laurent, à $3,35 la livre.On y fume aussi l'oie: $5.50 la livre; et le canard: $10 pièce.Entrée: caviar ou saumon fumé?_ Choix cruel.Commençons par le moins raisonnable.Si un Onta-rien de Sturgeon Falls vous parle du caviar de sa région, répondez-lui: «Right fish, wrong ma-ters».Car il n'est de bon (et vrai) caviar que de la Caspienne.L'Opec.lOrganisation des pays exportateurs de caviar, ne compte que deux membres: l'Iran et l'URSS, qui se partagent la souveraineté de la plus grande mer intérieure du monde.L'ayatollah a coupé court aux exportations de caviar en direction de l'Amérique du Nord.Heureusement, les Soviétiques sont plus aimables.Mais ils demandent le gros prix.Inutile de songer à l'acheter en petite quantité dans les grands établissements du centre-ville: il revient alors, plus ou moins, à $25 l'once.C'est du côté de la rue Saint-Laurent qu'il faut se diriger.Chez Waldman, naturellement, rue Roy.Une boîte de caviar frais de 500 gr pour $125, c'est-à-dire $15.60 l'once.Encore mieux : au Marché Andy, 3759, rue Saint-Laurent, $350 pour une boîte de 2 kg, soit $10 l'once.Difficile de faire mieux.En comptant vingt personnes au réveillon, moins celles qui n'aiment pas ça le caviar \u2014 il y en a \u2014 il vous en restera pour les toasts du lendemain matin.Bon, disons que c'est trop cher.Surtout si vous avez décidé de l'accompagner de Champagne rosé.Ce champagne rosé que vous aurez cherché partout et que vous aurez finalement déniché à la succursale de la SAQ.de Westmount Square.f- Deux marques disponibles: Comtes de Champagne de Taittinger à $38,80 et le Pol Roger à $26,95.Faute de caviar, le saumon fumé a beaucoup de gueule dans une assiette.Il y en a partout, mais c'est chez Eaton centre-ville qu'on en trouve le plus.Pas moins de huit différents.J'en ai goûté six: le salé et le non salé du Pacifique, le fumé au rhum et le fumé à l'érable.Tous irréprochables.$3,99 le cent grammes.Le saumon fumé d'Ecosse, frais, à $7,99 le cent grammes: la Rolls-Royce des saumons fumés.Et une spécialité de la maison: le Gravlax à la norvégienne, mariné et assaisonné au poivre vert.$4,99 le cent grammes.Un goût qui ne passe pas inaperçu.Poissons et fruits de mer_ Centre-ville, la poissonnerie, c'est Eaton.Fraîcheur toujours indiscutable, choix abondant.Mais ce n'est pas donné.Aussi bien aller chez Waldman: le choix y est toujours aussi épous-touflant.Il existe toutefois un poissonnier où le rapport qualité-prix n'a pas son pareil en ville, un grossiste qui se fait aussi détaillant: La Reine de la mer, 1065 rue Papineau.Mais si la cuisson du poisson n'est pas votre fort, dardez-vous sur les coquilles de fruits de mer surgelées de Waldman; elles sont intéressantes.Et celles de L'Épicurien (Place Ville-Marie et 2180 rue de la Montagne) encore plus.Difficile, pour ne pas dire impossible, de trouver sur le marché un ragoût de boulettes et de pattes de cochon de bonne tenue.S'en passer ou le faire soi-même.Même chose pour les tourtières, à quelques exceptions près.Les tourtières de L'Epicurien se défendent bien, mais celles de Perzow et Masson, 4100, rue Sainte-Catherine ouest, sont remarquables: minces en croûte, relevées juste comme il faut.En un mot, la vraie tourtière maison.Les viandes rôties Le rôtisseur le plus appétissant en ville est portugais.Il loge lui aussi rue Saint-Laurent, au 3907.il possède une succursale 3800 rue Saint-Denis, il s'appelle Rico.Les odeurs de rétablissement ne trompent pas.C'est gargantuesque.Rien des poulets maigrichons tout en os Des oiseaux bien dodus qui tournent sur leurs broches, heureux de leur sort.Des gros poulets à 6.59$, c est donné.Mais aussi des jambons et des longes de porc à 10,53$ et 12,50$ le kilo, respectivement.Et des gigots d agneau à 17.50$ le kilo.La- pins entiers à 15,75$, agneaux complets à 129$, cochons de lait entiers à 99$ ou 119$, selon la grosseur.Et dire que saint Laurent a subi le martyre, attaché à une broche et rôti.Dieu ait son âme et nous, les gigots de Rico! Entracte_ Le réveillon se déroule bien.Et vous n'avez pas travaillé trop fort.Vous réussirez bientôt à vous rendre au dessert sans avoir rien apprêté vous-même.Chapeau! Sauf, peut-être, un ou deux petits légumes.N'oubliez pas: al dente.Encore du temps de sauvé.Les salades et les fromages_ Le comptoir de salades de L'Epicurien est très bien et celui d Eaton encore mieux.Ces deux établissements ont aussi des comptoirs de fromages somptueux.D'autres fromagers font également honneur à leur profession, à des prix moins élevés: le fromager du marché Atwater, les fromageries Hamel du marché Jean-Talon et du marché de Saint-Léonard et, 3855 rue Saint-Laurent, l'extraordinaire Vieille Europe, également réputée pour ses charcuteries.Les desserts_ Et pourquoi ne pas se lancer à corps perdu dans les tartes, gâteaux et pâtisseries, tant qu'à y être! On aura tout le temps de pleurer demain.Le Duc de Lorraine, 5002 Côte-des-Neiges.et Les quartiers d'hiver du marché Jean-Talon L'Epicurien sont très portés sur la chose.Leurs comptoirs font plaisir à voir.Mais comment nier une préférence marquée pour trois établissements qui sont à la pâtisserie ce que Davidoff est aux cigares.Dans l'ouest.Le Relais de Sologne.2122 rue Drum-mond, où.dune semaine à l'autre, les gâteaux ne sont jamais les mêmes.Dans lest.La Brioche Lyonnaise, 1593 rue Saint-Denis: des pâtisseries absolument divines, notamment des religieuses à faire damner un saint.À Outremont.1050 rue Laurier ouest, Lenôtre.Le grand art.Le meilleur diplomate et un paris-brest à se rouler de joie.Si les convives n'ont pas encore demandé grâce, leur asséner le coup de massue des chocolats à la liqueur, toujours de chez Lenôtre.La bouche pleine, ils crieront pitié.Thé, café Un marché Il est relativement nouveau, H est vaste, il est facilement re-pérable, rue Jarry, à sa tour penchée, il est formidable: le marché public de Saint-Léonard.En français, en anglais et en italien, le marché le plus complet qui soit.Quelques exemples.Un établissement offrant un choix inimaginable de légumineuses, de fruits et de légumes déshydratés, de bases de soupe, d'herbes et de pâtes de blé entier.Un boucher qui propose de l'oie, du lièvre, du sanglier et du renne.Un boulanger qui cuit sur place des pains somptueux, notamment un pain aux raisins dont on se souvient longtemps.Un fromager, un poissonnier, un pâtissier qui fait dans les pâtisseries géantes et beurrées de crème, si vous voyez ce que je veux dire.Un marchand de glaces (gelati) qui n'ont rien d'austère.Et, si je puis dire, la cerise sur le sundae: un comptoir de pètes fraîches qui mérite un hommage particulier.Je n'ai pas goûté à tout mais je suis en mesure d'affirmer que les cappelletti farcis au veau et les tortellini farcis au boeuf valent beaucoup plus que le prix qu'ils en demandent: 3,20$ la livre.Leurs ravioli semblent être du même acabit.À ce prix-là, à ce goût-là, le péché, ce serait de n'en point manger.N.B.Pepto-Bismol et Rotaids sont disponibles à la pharmacie Jean Coutu la plus rapprochée de chez vous.Joyeux Noel quand même! Pourquoi payer aux prix de Van Houtte ce qu'on peut obtenir pour moins cher chez Union.160 rue Sainte-Catherine est.Dans un petit établissement vieillot et imprégné d'odeurs, les meilleurs cafés à un sou le gramme.Aussi, d'excellents thés.Un peu de tout_ Deux boucheries où il vaut la peine qu'on s'arrête lorsqu'on passe par là: Fairmount.3833 rue Saint-Laurent, pour la qualité du veau, du porc, du poulet et des abats: Milano.6884 rue Saint-Laurent, où nos amis italiens traitent le veau (escalopes, paupiettes) avec amour.Fruits et légumes frais Encore et toujours, même au coeur de l'hiver, le plus vaste choix et les meilleurs prix au Marché Jean-Talon.Épices_ Trois épiciers de la rue Saint-Laurent en bas: Main, DG et En-kin.aux numéros 1188.1203 et 1211.Tout ce qui s'appelle assaisonnements et épices exotiques, même les plus rares.On n'a qu'à humer pour comprendre.Sauces pour pâtes Eaton offre un assortiment de quatre sauces qui valent mieux que les produits industriels mais qui ne soutiennent pas la comparaison avec la bolognaise de L'Epicurien et de Perzow et Masson.À ce dernier endroit, une sauce à la crème et une sauce Alfredo extraordinaires.À L'Épicurien, surgelés, un fond brun de veau et une sauce américaine pour poissons et crustacés qui méritent d'être connus. epuis Québec, il tombait une pluie fine et crasseuse.Elle s'était épaissie dès l'entrée des caps, à Saint-Joachim.En descendant sur Baie Saint-Paul, mes essuie-glace fumaient.Je m'étais arrêté à l'hôtel près de la plage; petit coin de la côte, couvert de sable blond I été, il était, en ce mois de décembre, jonché de mottes de neige et de glaces échouées.Rien ne me pressait; il me restait tout le temps nécessaire et bien davantage pour atteindre Chicoutimi.C'est d'ailleurs pour cette raison que je m'étais permis de choisir le trajet le plus long.«Quand on a tout son temps, m'étais-je dit, de deux routes, on y va par la moins fréquentée, la moins habituelle, la plus inattendue.» C'est une façon de voir les choses évidemment, mais c'est aussi une manière d éviter la monotonie des voyages et le manque d'imagination des raccourcis.C'est donc ainsi, qu'au lieu de lancer ma Buick rouge à travers le parc des Laurentides, j'avais opté pour les chemins imprévus de Charlevoix.C était le 23 décembre 1970 et je ne pouvais rencontrer et ramener Yoko, que le lendemain, à cinq heures de l'après-midi.Carole m'avait donné ce rendez-vous précis, trois jours plus tôt, lorsque nous avions fait les arrangements par téléphone.Il me fallait quand même faire certains efforts, dépenser des énergies, pour contenir mon impatience.Je quittai l'hôtel, il devait être trois heures.La marée était haute et couvrait la baie, débordant sur les rivages dentelés de glaçons brisés semblables à des amas de cire blanche concassée.Les longues herbes des prés salants, encore blondes mais affadies, allaient disparaître, englouties comme le reste.Les nuages noirs devenaient de plus en plus épais, le plafond était bas.Sur le petit port des lanternes s'allumèrent et quelques goélettes, immobilisées par I hiver, apparurent dans la demi-obscurité, comme des bateaux fantômes échoués.Les lumières de la ville s enflammaient déjà.Depuis le coeur de la ville jusqu'aux pieds des montagnes, coupées de leurs crocs par les nuages, une constellation prenait forme.Au-delà, c'était le noir, la nuit opaque.J'allumai mes phares.En quittant Baie Saint-Paul, je devais de nouveau prendre une décision: suivre la route de l'intérieur qui traverse les vallées et les villages, ou celle de la côte du fleuve qui s'en va en zigzaguant de cap en cap.Sans hésitation, je traversai le pont de la rivière du Gouffre; j'avais opté pour la seconde.Des montagnes, dévalait le courant glacé des eaux en furie.Du bout des ténèbres le brouillard arriva au galop: il envahit la route et s'étendit sur le fleuve.Bousculé, le monde s'était replié, refermé, ne respirait plus que par des couloirs humides qui se déplaçaient selon les caprices de l'intempérie.Les pentes descendaient abruptes; pour les remonter je surtaxais le moteur de la Buick.Ce n'était plus qu'une «minoune».Les gens se le disaient à Cherry River.Certains parlaient de moi comme du «gars qui vit tout seul dans le bois avec sa minoune ».Ils ne savaient pas que lorsque j'allais revenir de Chicoutimi, je ne serais plus «le gars qui vit tout seul avec sa minoune de voiture» mais le gars qui vit en liaison avec un être jeune et bien vivant, répondant au nom de Yoko.Pointe-au-Pic était noyée dans la brume, comme le reste du pays, et comme la mer.L'ascension des Éboulements avait été pénible.Le moteur de la Buick avait chauffé.À Saint-lrénée, j'avais éprouvé de la difficulté à repérer les virages, j'avais failli heurter le garde-fou du pont dans une courbe en téte d'épingle, juste au-dessus de la Rivière-du-Tonnerre.Entre Saint-lrénée et Pointe-au-Pic.mes phares de distance m'avaient lâché.Un court-circuit dans le commutateur m'avait forcé à ne me rabattre que sur mes « faibles » et sur mes clignotants d'avertissement.C'était la troisième fois en un an Sous mon pied gauche, le tapis du plancher était déchiré, usé.Nulle part je n'avais pu distinguer une station-service.Surgi, sans réservation et sans avoir prévenu, à l'Auberge des Trois Sarcelles, je devais me compter chanceux.Car, au moment même où je my présentais, un client téléphonait de Tadoussac pour prévenir qu'il ne pourrait aller plus loin; et Max m offrit sa chambre.Autrement c'était complet.La chambre était à l'étage, au-dessus de la réception.Je montai mon vieux sac de voyage qui avait déjà servi à mon père pendant quarante ans.Je Une nouvelle de Marcel Dubé Illustrations: Marie Lessard l'avais laissé tomber sur le lit sans rien ouvrir et j'étais redescendu au bar.\u2014 Je n'ai plus de Saint-James, me dit Max.Je lui dis, avec un peu de malice, que je ne le croyais pas, et qu'un aubergiste qui se respecte ne pouvait se permettre de manquer de Saint-James.Max avait haussé les épaules, souri, et s'était éloigné.Je m'étais assis auprès de la fenêtre.Mais il n'y avait rien à voir dehors hormis la faible lueur d'une ampoule jaune qui devait surplomber l'ancien jeu de croquet, qui, lui, devait être couvert de quelques pieds de neige.Déjà, des clients s'étaient installés dans la salle à manger voisine et dînaient.Ils n'étaient pas bruyants.J'essayais de me concentrer sur Yoko, d'y penser, mais j'avais la nuque prise comme dans un pain.Mes nerfs s'étaient tendus et enroulés sur eux-mêmes pendant mes deux dernières heures de route.Max revint avec un verre, et une bouteille de Saint-James, aux deux tiers vide, qu'il déposa sur la table.Il me dit: \u2014 « Combien de temps parti ?» \u2014 «Un an aux States, plus six mois au Mexique», lui dis-je.Max secouait la tête.Il calculait.\u2014 « Je ne t'ai pas vu depuis trop longtemps », me dit-il sur un ton de léger reprenne.\u2014 «C'est vrai, Max, j'ai beaucoup voyagé», lui dis-je encore.Il allait ajouter quelque chose, lorsqu'il fut demandé à la réception.\u2014 «The god.téléphone!» avait-il marmonné en s éloignant.Max était un homme grand et costaud.Il était américain mais il n'en tirait pas profit.Il ne portait pas non plus d'auréole.Il était marié depuis dix ans à Judith McClaren de La Malbaie, qui, malgré son nom de souche écossaise, était de culture et de parler français.Elle avait hérité des Trois Sarcelles le jour de ses noces, et Max s'était laissé assimiler par elle.Ils avaient une fille, Dominique, huit ans.Judith était belle, altière, racée et montrait peu ses sentiments.Max avait un visage qui reflétait la bonté et la candeur et il aimait la chaleur des gens.En retour, il faisait vraiment de son mieux pour leur rendre la sienne, dans une langue qui resterait toujours nouvelle pour lui.Quant à Dominique, elle était l'enfant d'un bonheur tendre, doux, discret.Et cela se découvrait dans son regard lorsqu'elle souria't.Le rhum me faisait exactement l'effet que j'en attendais.Je me remettais bien tranquillement sur la piste de Yoko, même si je ne la connaissais pas encore.Et je me reportais à ma première année passée à Cherry River au cours de laquelle j'avais appris à vivre, retranché, près de la nature et de quelques bêtes.J'avais acheté un Labrador d'un éleveur de Sherbrooke.Il n'avait que cinq semaines au moment où je l'avais adopté et baptisé Manie.Mais l'éleveur m'avait prévenu: \u2014 «Trop de gens, m'avait-il dit, ne savent pas que les Labradors sont des êtres constitués pour vivre à l'extérieur.Ils en font des chiens de maison qui finissent par s'habituer à la chaleur du poêle et aux pantoufles de leur maître.Privés de leurs activités physiques, normales, naturelles et propres à leur race, ils perdent leurs réflexes et leur instincts de chasseur et deviennent amorphes; ils vivent, écrasés, comme des tartes, et de plus leur longue langue pendante bave sur les tapis.» Il n'y avait pas de tapis dans le petit chalet que j'habitais mais j'avais quand même retenu les leçons du savant éducateur et j'avais pris les moyens pour faire de Manie une bête d'extérieur.D ailleurs dès les premiers jours.Manie m avait laissé savoir que c'était aussi ce qu'il voulait.Un matin, très tôt, vers six heures, un bruit insolite m'avait subitement réveillé.Je m'étais levé et après avoir fait un tour rapide du chalet, je m'étais rendu à l'évidence que Manie s'était échappé.Il avait foncé dans la porte moustiquaire du salon et I avait traversée.Un accroc béant.Je l'avait tout de suite aperçu dehors qui gambadait dans le sous-bois, reniflant tout sur son passage, la queu6 frétillante.Ses quatre pattes palmées écrasant les fleurs sauvages et les fougères.J'avais besoin d'une présence amicale, d'un compagnon; et Manie devait être le début et la fin de toute la famille que je devais avoir.Je n'avais pu en faire qu'un voisin.Après des arrangements vite pris avec le fermier d'en face, je lui avais aménagé une cabane dans une petite prairie sans arbre.Au centre du plan d herbe, j avais rivé dans la terre un pieu de métal auquel j'avais relié une chaîne d'une quinzaine de mètres et j'y avais attaché Manie.De la sorte, en liberté limitée, il ne devait quand même pas se sentir trop prisonnier de son enclos, et, de ma fenêtre, je pouvais I avoir à l'oeil, il pouvait sentir, de loin, ma présence constante.\u2014 «Mais, m avait aussi dit son maître, méfiez-vous! Les Labradors sont des êtres enjoués, peu méfiants, qui CO o z H J3 m > 00 > m g ro ro O rr> O m oo m CD 00 s \"J rx CD LU O UJ Q og CVJ Q LU < CO mJ < -LU cr O 2 suscitent et qui aiment la compagnie des enfants et qui peuvent même suivre le premier passant venu.» Je ne pouvais tout de même pas ajouter un cadenas à la chaîne et au collier! Je m'empressais de lui rendre visite et de le nourrir plusieurs fois par jour.Il dévorait tout.Des os de boeuf plus gros que sa tète que j'achetais pour cinq cents, à l'épicerie Métro de Magog, des restes de côtelettes, de gigots ou de hachis d'agneau, des produits en boîte pour chiens, du lait, de I eau, des biscuits, des morceaux de gâteaux séchés, des fromages.Jamais il ne manifestait de dédain ou ne levait le nez devant ses plats; il avait des crocs solides, il était une bonne fourchette.Mais ses préférences allaient aux sardines à l'huile, au cheddar, fort ou doux, et au gras de bacon.Je n'ai jamais calculé I argent que je dépensais pour nourrir Manie.Je n'ai d'ailleurs jamais calculé l'argent d'une façon générale.L'argent que j'ai, que je gagne, c est pour vivre.Autrement, à quoi, et surtout à qui.sert I argent qu'on ne dépense pas, sinon aux autres?Manie était un gouffre que j'emplissais et il m'en aimait.C'est vrai qu'il aimait, estimait et appréciait tout le monde mais je prétends encore aujourd'hui qu il me vouait une affection particulière et qu'il comprenait le besoin que j'avais de son amitié.Les graisses de viande, surtout de lard fondu et figé, constituaient ses huiles essentielles.Et c'est en le traitant régulièrement au bacon et au rôti de porc que j'avais fait de Manie le sujet le plus lustré de sa race.En quelques mois seulement, il avait atteint la taille d'un adulte.Il était haut, robuste, fort et fougueux.Son poil était d'un noir total et reluisait sous le soleil.Lorsque je le détachais, après les repas, il se lançait à toute vapeur, dans des sprints fulgurants, à travers les champs et autour des bâtimems de la ferme.Ensuite, essoufflé, il se couchait à mes pieds; je m'agenouillais pour lui parler.Et.lui.pour me laisser voir, non pas sa reconnaissance, mais son bien-être, il se lovait comme un reptile dans l'herbe en poussant des petites plaintes semblables à celles des enfants.Parfois, couché sur le dos.se servant de sa tête et de ses pattes arrière, il parvenait en s arc-bcutant au sol.a ramper jusque dans la poussière du chemin.Il se relevait, se secouait, je le caressais, je lui donnais des nouvelles de la ville, je lui disais bonjour ou je lui souhaitais bonne nuit, je le rattachais et je retournais ensuite au chalet.Et il pleurait jusqu'à ce que je ne l'entende plus.Rentré chez moi, je lavais sa gamelle et je pensais déjà à son prochain menu, qui serait aussi le mien.Avec Manie, j'avais appris à partager.Personne ne sait quand il va lever», me dit Judith McClaren.Elle parlait du brouillard et remplissait mon verre de Saint-Estèphe.\u2014 « Je ne suis pas pressé », lui dis-je.\u2014 « Oui, mais demain, ce sera peut-être autre chose ».corrigea-t-elie.Elle ne jouait pas les oiseaux de malheur, elle était prévoyante, et.tout en vivant dans le concret, elle avait aussi une enjambée ou deux d'avance sur le présent ou la réalité.Elle souriait rarement mais lorsque la chose se produisait, le temps et la vie paraissaient sans frontières.\u2014 « Aux nouvelles de six heures, précisa-t-elle, la province était couverte jusqu'à Rimouski, la brume se répandait en direction du Sud et vers l'Est.» \u2014 «Ça ne m'empêchera pas de dormir, vous savez ».dis-je à Judith.\u2014 « Quand on voyage, on ne prend jamais trop de précautions, m avisa-t-elle, excusez-moi.» Et déjà elle allait a une autre table.La salle à manger était remplie mais le service baignait dans l'huile et tout était sous contrôle.La rumeur des voix demeurait basse.Les gens semblaient se satisfaire de bien boire et de bien manger.Personne, en cette avant-veille des Fêtes, n'avait envie de s embourber dans des questions politiques, de chômage, d éducation, d'économie, ou de marasmes sociaux.Max avait fait un feu d érable et de bouleau dans la cheminée.Il en avait allumé un autre dans le salon.Les bûches de bois qui séchaient et qui semblaient rôtir avant de brûler, répandaient une odeur de rassurance.On se sentait bien.Il y avait de la chaleur pour tous, qui faisait oublier l'humidité, le brouillard et l'hiver.J'aime les endroits où je ne fais que passer, c'est un peu pour ça que j'y reviens.valait la peine d'être bue.Et je me disais aussi que c'était bien d'avoir du temps devant soi et de savoir qu'on allait vers quelque chose de nouveau.Je me disais que l'idée n'était pas mauvaise de sortir des bois de Cherry River, de prendre la route et de s'arrêter, comme ça, dans une auberge où l'on sait d'avance que ce sera chaud, qu il y aura des odeurs de famille, et des parfums d'enfance.Je me disais aussi que c'était la dernière soirée que Carole passait avec Yoko, que c'était une situation aussi pénible que difficile pour les deux et j'essayais d'imaginer leurs adieux.Des adieux faits de silence, des adieux secrets enveloppés de tendresse et de sentiments qui ne se traduisent pas.Les douleurs font parties des rapprochements humains; lorsqu'ils deviennent trop denses, un imprévu, un hasard, une décision inévitable de dernière minute, une chose tout à fait en dehors de soi bien souvent, et la face visible de la lune se cache, l'on doit soi-même briser les liens ou admettre qu'ils ne pouvaient pas tenir plus longtemps, que certains destins étant ce qu'ils sont, l'on se malmène à vouloir à tout prix les contrer.Je ne connaissais de Carole que sa voix de femme au téléphone; que sa voix déjà flottante comme un souvenir fuyant qu'A me fallait raviver et conserver; et j'avais aussi son adresse en poche: rue du Couvent, Chicoutimi.À part ça, rien; le mystère.Carole Fortin.Carole et Yoko que j'allais séparer, de qui j'allais brouiller les pistes, peut-être pour toujours.Mais pour l'heure, le monde était bouché, la route était close, nul ne passait ni ne partait.Judith McClaren reparut et s'aprocha de moi.(S) Le chapon avait été élevé sur une ferme et nourri au H grain.La viande était tendre, elle avait de la saveur, un Q- p'tit goût de noisette.La volaille sortait à peine du four et l'assiette était généreuse; le Saint-Estephe avait du corps et de la rondeur, auraient dit les experts, moi je me disais.* avec un certain regret, que la vie.en certaines occasions.\u2014 « Il y a de la tarte au sucre à la crème comme spécial ce soir», me dit-elle.Et elle repartit en souriant.Je terminais le chapon et je m'appuyai contre le dossier de ma chaise qui craqua.Je souriais aussi, je crois.Quelques têtes émergeant des tables voisines se tournèrent discrètement vers moi.Mon sourire se prolongeait sans doute, comme il prolongeait celui de Judith.J étais seul, mes nerfs s étaient libérés du noeud qu'ils avaient formé; ils avaient glissé de ma nuque et coulé ailleurs.J'étais seul et j'étais bien.Mon Saint-Estèphe aussi.J'étirais la soirée dans le salon voisin du bar.La flamme était vive et crépitait dans la cheminée.Les parfums de la résine du bois qui se consumait dilataient mes narines: des ombres et des lueurs dansaient, affolées, sur les murs et sur le plafond.En sortant de table l'idée m'était venue d'appeler Carole pour m'assurer que l'entente entre elle et moi tenait toujours et que Yoko restait disponible.Mais j'avais repoussé l'idée.Je suis primesautier parfois.Il m'arrive de faire des gestes sans réfléchir et de les regretter.Je n'aime pas tellement la réflexion pondérée mais elle est préférable aux regrets.Il y a des élans qui nous portent vers des découvertes précieuses, d'autres qui sont des faux pas.J apprends à faire la part des mauvais et des bons réflexes.Mais je trouve ardu de raisonner, de soupeser le pour et le contre.Ça me coupe de mes instincts, de projets que je fais en rêvant, d'initiatives spontanées.Je crois que j'aurais eu la curiosité fébrile des chercheurs d'or solitaires.Alice m'apportait un Drambuie.Elle était très occupée, elle était seule à faire le bar et n'avait pas le temps de fumer la Camel que je lui offrais.Jolie, alerte, jupe noire, blouse blanche, à trente ans, Alice en paraissait vingt-et-un ou vingt-deux.Juste un p'tit peu au-dessus de vingt.La différence?.Elle ne le disait pas mais son visage, ses yeux parlaient.Ils avaient connu la tourmente et les premières douleurs du plaisir.Max allait et venait, passait et repassait, une montée de sang au visage.Il reparut finalement tenant une tasse de café qu'il buvait en vitesse et s'arrêta un moment près de mon fauteuil.\u2014 « Tout va bien?», me demanda-t-il.\u2014 «Viens fasseoir, un peu.Max», lui fis-je comme réponse.Il resta debout et but sa dernière goutte de café.\u2014 « Tu gardes la chambre combien de nuits?» \u2014 « Je repars demain.Max ».lui dis-je.Il parut contrarié.\u2014 « Tu n'aimes pas l'auberge?» \u2014 « Je m'en vais à Chicoutimi.» Il ne sembla pas comprendre pourquoi j'avais pris la route de Charlevoix pour me rendre à Chicoutimi mais ne me demanda pas d'explication.\u2014 « Max! ».lui dis-je.\u2014 «Qu'est-ce qu il y a?», me demanda-t-il, déjà anxieux.\u2014 « J'ai des petits problèmes avec la bagnole.» Son front se plissa quelque peu.\u2014 « C'est déjà un miracle qu'elle ne soit pas tombée en ruine.» \u2014 « Les essuie-glace sont presque finis, il y a un court-circuit dans le plancher, je ne peux pas me servir de mes hautes », lui dis-je.Son front se plissa complètement et il grimaça.\u2014 « Tu ne peux pas repartir comme ça.Avec le brouillard, c'est demain la veille de Noel.Je vais te dire ou.aller pour les réparations de ta Buick Je connais une place à Clermont.C'est pas de mes affaires, mais qu'est-ce qu'il y a de spécial à Chicoutimi?».me demanda-t-il.J'allais lui dire les choses a propos de Carole et de Yoko.mais je le sentais trop pressé, nerveux et sur le qui-vive.anxieux de régler tout problème qui pouvait survenir, au bar, à la salle à manger, à la cuisine ou à la réception Le standard téléphonique demeurait toujours exigeant et c'est la p'tite Dominique qui en avait pris charge.Ce qui inquiétait Max davantage.\u2014 « J'ai une affaire a régler là-bas », dis-je à Max.Il eut un sourire, sceptique, sinon moqueur.Le mot « affaire», dans ma bouche, sonnait drôle à son oreille.\u2014 «Ah!.», fit-il.«C'est que tu vas passer Noel chez quelqu'un?Une fille.» Le visage de Max avait une expression à la fois entendue et complice; Max semblait même se réjouir d'avance et pour moi.de savoir qu'il y avait là-bas à Chicoutimi une jolie fille qui m'attendait pour célébrer avec moi une quelconque nuit amoureuse.\u2014 * Non, lui dis-je.après la transaction, je retourne à Cherry River.» Max soupira et haussa les épaules comme un homme déçu.\u2014 « Si tu repasses par ici.me dit-il quand même, arrête embrasser Judith et Dominique.» Et il me quitta pour disparaître dans le bar.Deux minutes plus tard, Alice venait me servir un Rusty Nail (Drambuie et Scotch), compliment de Max et de Judith.J'avais pris mon premier à la santé de Carole.Je boirais ce deuxième à celle de Yoko.Il n'y avait plus que quelques clients au bar et j étais seul au salon.Les braises rougeoyaient au fond de la cheminée, les dernières bûches s étant décomposées Je devais bien me résigner à monter dormir, mais je m'attardais, les yeux fixés sur les braises C'est Dominique qui me ramena à la réalité.Elle était là non loin de r ->i.vêtue d'une robe de nuit en flanelle fleurie et d'une robe de chambre à carreaux d'étoffe écossaise.Elle vint s asseoir tout près en silence, regardant elle aussi mourir et s'effriter les fragiles squelettes des bûches qui s'écaillaient en particules de verre noircies.C'était comme de la musique.Le petit visage de Dominique était rouge, ses traits s'arrondissaient en douceur, ses yeux luisaient, des lueurs y brillaient comme des étincelles.\u2014 « Tu ne viens plus souvent ici?» me dit-elle.\u2014 « C'est vrai, la dernière fois, c'était il y a deux ans Mais tu te souviens de moi'?lui demandai-je.surpris \u2014 « Pas toi?Tu as oublié?\u2014 «Mais non.je me rappelle très bien.C était à l'Action de grâce, au mois d'octobre», lui répondis-je.Tu as grandi, depuis \u2014 « Papa dit que tu vas partir demain, reste avec nous autres, tu ne peux pas partir avant Noel ».\u2014 «Je voudrais bien, Dominique, j'aimerais bien passer Noël avec vous autres, avec toi, mais je dois me rendre chercher Yoko et la ramener tout de suite chez moi ».Le nom de Yoko avait tout de suite attisé sa curiosité et vivement elle me demanda: \u2014 « Qui c'est Yoko ?C'est une femme ?» \u2014 « Non, pes tout à fait », lui dis-je.\u2014 « Je ne connais pas de Yoko ».\u2014 « Écoute, je ne le dis à personne mais à toi ce n'est pas pareil ».\u2014 « Je ne suis pas une personne, moi ?» J'éclatai de rire en lui ébouriffant les cheveux.\u2014 « C'est vrai, Dominique, tu n'est pas une grande personne et c'est tant mieux pour, toi.Les grandes personnes tu en vois tous les jours.Elles sont la plupart du temps, pressées, bousculées.Même quand elles descendent ici, elles ont déjà prévu le temps qu'il leur reste pour dîner, pour boire, pour dormir et repartir.Les grandes personnes ne pourraient pas vivre sans leur montre, sans leurs programmes.Parce qu'elles ont des programmes pour tout hein! E: pour ne pas avoir plus de soucis qu'elles n'en ont.elles doivent les respecter, c'est ce qu il y a de plus important.Dominique me regardait très attentivement, mesurant bien mes paroles.Je me taisais.Elle réfléchissait.Puis: \u2014 « Mais, à Noel, elles doivent bien s'arrêter un peu pour changer de programme! » \u2014 « Oui, j'imagine », lui répondis-je.Il y eut un moment de silence, Dominique se concentrait.Et soudain, elle revint à la charge.\u2014 « Qui c'est Yoko?» demanda-t-elle.Je n'avais plus tellement le choix que d'essayer de lui dire un peu ce que j'en savais.\u2014 «Yoko».lui dis-je alors, «c'est une belle chienne, de la race des Airedale.» Elle m'observait, un peu sceptique à la façon de son père, mais attendant que je poursuive.\u2014 « Elle a le poil bien frisé, de couleur caramel, et une grande tache noire sur le dos», lui dis-je.«Elle n'est pas aussi haute ni aussi imposante qu'un berger allemand mais elle a une bonne taille.Elle a un museau carré, avec des barbiches, qui amusent les enfants, des yeux attentifs, des yeux francs qui supportent les regards des autres, pas du tout larmoyants; ses oreilles sont en parapluie et retombent de chaque côté de sa tête.Yoko est fiable.Comme la plupart des chiens airedale, elle peut aboyer, assez fort, quand elle n'est pas contente ou quand elle voit venir un malfaiteur ou un danger; mais elle peut aussi être très gentille, et dire qu'elle est heureuse et qu'elle se sent bien de vivre avec toi; elle s'arrange pour te récompenser aussi quand elle a mangé à sa faim ou qu'elle a trouvé son tapis propre et fraîchement nettoyé.Dominique m'écoutait toujours, la bouche mi-ouverte et pour elle il n'était pas question que je termine aussi vite.Par contre ses paupières commençaient à s'alourdir; elle agrippait mon bras et s'y appuyait.Je poursuivis: \u2014 « C'est à peine si elle a un an, Yoko, et déjà elle est bien connue à Chicouttmi.Bien connue, oui.Quand elle sort dans la rue avec sa maîtresse Carole, qui est aussi son amie, bien des gens tournent la tête et la regardent passer, d'autres même la respectent et lui témoignent leur affection par des caresses.Mais cela ne lui monte pas à la tête; Yoko sait ce qu'elle fait et ce qu elle doit faire; c'est dans sa nature et dans l'idée qu'elle a de la vie.Yoko n'a pas de problème de vocation ni d'orientation.Quand elle est venue au monde, elle avait déjà ses motivations et malgré ses allures de chien un peu fou et écervelé elle était déjà prête à assumer son destin.S il lui restait des choses à apprendre elle se fiait entièrement à Carole qui était là pour parfaire son éducation.L'été dernier, Yoko a ramené du ruisseau un p tit enfant qui allait se noyer.Quelques semaines après, le feu a pris derrière la maison du cordonnier qui était absent et c'est Yoko qui a trouvé la façon d'alerter les pompiers, comme dans les films américains; tu as déjà vu des films américains, à la télévision?.Plus récemment, Yoko a livré un très dur combat à un Dobermann enragé qui menaçait de mordre tout le monde et les enfants.Yoko n'a pas cessé de se battre tant que l'autre bête furieuse n'a pas retraité.Elle vient tout juste de guérir des morsures du Dobermann et des soins du vétérinaire.Mais elle n'aime pas trop qu'on la considère plus fine que les autres et elle préférerait ne pas se faire remarquer; autrement dit, elle ne cherche pas la gloire et n'agit pas comme une vedette ; elle est comme beaucoup de gens qui préfèrent avoir leur petite vie, leurs moments de solitude et leurs heures de plaisir.Et surtout, elle aime Carole et ferait tout pour elle.Il y a, en elle, comme chez tout le monde, des secrets, une sorte de mystère qu'elle conserve pour elle-même.Car elle se dit que c'est très précieux.oui, très précieux dans la vie.» Dominique m'écoutait toujours mais tout en luttant contre le sommeil qui la gagnait.Et, comme elle s'aperçut que je reprenais mon souffle, elle réussit à soulever une paupière et à me dire d'une voix faible: \u2014 «Tu n'est pas une grande personne.comme les autres.toi ».Elle s'était endormie.De mon bras, je lui enveloppai les épaules et elle se blottit instinctivement tout contre moi.Je l'aurais crue fiévreuse.Le jour s'était levé tardivement, mais les conditions n'avaient aucunement changé; la météo restait stable, la région complètement bouchée, bloquée par le brouillard et la radio se perdait en conjonctures.Des accidents de route étaient signalés, certains semblaient graves; les automobilistes étaient priés de ne voyager que s'ils en étaient vraiment obligés, autrement, en leur conseillait d'attendre; jusqu'à quand?L'on ne savait pas.L'on prévoyait un mouvement de haute pression venant de la Baie James qui dégagerait le sud et l'est de la province et qui apporterait du froid.Pour l'heure, aux difficultés causées par les brumes épaisses, s'ajoutait celle du verglas qui s'était formé sur les chemins, au cours de la nuit.Ces nouvelles, ces avertissements de mauvais augure ne troublaient pas encore ma tranquilité, même si je me rendais vaguement compte que la marge de temps que je m'étais donnée, se rétrécissait de plus en plus.Tant que le cérémonial du petit déjeuner n'était pas accompli, je ne devais m affoler d aucune manière.Café chaud, rôties dorées de pain frais sortant de la boulangerie, confitures de fraises, bacon croquant, oeufs sur le plat saisis et cuits à point et « sunny sides up», patates sautées au beurre et brunies.L'on ne savoure jamais assez les petits déjeuners qui sont les moments les plus précieux de chaque jour et qui nous portent à considérer encore la vie comme une bonne chose à recommencer.Comme l'amour qu'il est toujours désirable de ne pas précipiter et de ne pas faire qu'à moitié.Je demandais un dernier café lorsque Max surgit.\u2014 «Tu veux toujours partir?», me demanda-t-il.\u2014 « Oui », lui dis-je.« Je suis attendu, Max \u2022.Il me remit alors un bout de papier sur lequel étaient écrits le nom et l'adresse du garagiste de Clermont.\u2014 «Fais pas de stupidités, sois prudent», ajouta-t-il avant de retourner à ses occupations, et Merry Christ-mas, David.Il m'avait donné la main.Il esquissait un sourire mais ne cachait pas tout à fait son inquiétude.Avant qu'il ne s'éloigne, j'avais dit à Max: \u2014 « Elle s'appelle Yoko! » Et il avait éclaté de rire.Quitter Les Trois Sarcelles, fut comme une cassure.J'avais embrassé Dominique, pressé la main de Judith et leur avait souhaité plus de bonheur qu on en peut connaître ici-bas, les jours de Noël.Mathématiquement, en kilomètres, Clermont n'était pas loin de La Malbaie ni de Pointe-au-Pic.Mais les conditions atmosphériques déjouaient tout calcul, tout horaire.Je ne rencontrais que peu de voitures, je roulais à vitesse réduite, mes seules « basses » allumées, et j'utilisais le moins possible mes essuie-glaces.Ce n'est que dans le centre commercial de La Malbaie, où régnaient une activité et une animation de 24 décembre, que je dus avoir recours plus souvent aux freins qu à l'accélérateur.Il y avait files de voitures dans les deux sens.Des hommes, des femmes et des enfants à pieds, traversaient la chaussée glissante, les bras chargés de sacs et de colis.Ils surgissaient comme des fuyards qui échappent à l'éclatement silencieux d'une bombe.Même avec les indications précises de Max.inscrites sur son bout de papier, j'éprouvais d'énormes difficultés à repérer la montée de terre qui conduisait au garage de Loyola Dufour.D'abord, la pente était couverte de glace et rétablissement était situé à vingt mètres de la route tout près d'une maison complètement en retrait.Loyola Dufour n'était pas là mais dans l'obscurité, sous la seule ampoule électrique qui éclairait l'intérieur du bâtiment converti en garage, j'aperçus un jeune garçon agenouillé par terre qui tapait du marteau sur un pneu de camion.Je compris qu'il réparait une crevaison.Il avait à peine douze ans.Il ne m'avait pas vu venir et il ne parut pas m'entendre lorsque je lui demandai où était le patron.J'étais droit debout devant lui et il ne m'avait pas regardé.Il tapait, tapait, comme s'il était en plein apprentissage.Je me déplaçai légèrement pour me rapprocher de lui.C'est alors qu'il cessa de taper et qu'il releva la tête.Il me regardait avec des yeux d'abord étonnés, puis craintifs et quelque peu égarés.Il n'avait pas répondu à ma question.Il haussait les épaules, se grattait le visage, laissait tomber son marteau, se frottait la main et reprenait l'outil.Brièvement, je lui dis que j'avais des problèmes avec ma Buick.Je lui dis deux mots à propos des phares et des essuie-glaces, et je lui dis aussi que je regrettais de le déranger mais comme il était dangereux de voyager dans ce brouillard.Il parut inconfortable et regarda tout autour de lui, comme s'il avait voulu dire qu'il était tout seul et qu'il ne pouvait pas m aider.L'endroit était dans la quasi obscurité et il y régnait un désordre impossible à décrire.C'était très humide et l'odeur d'huile et d'essence, concentrée dans l'espace plutôt restreint du garage, s'infiltrait dans mes narines et bloquait dans ma gorge.L'enfant demeurait silencieux comme s'il m'avait oublié tout à fait et se remit à taper de toutes ses forces sur le vieux pneu crevé.Je fis le tour tranquillement en me rapprochant d'étagères qui contenaient une multitude de boîtes numérotées et graisseuses.J'y voyais si peu et tout ce que je parvenais à découvrir, m'était parfaitement inutile dans la situation.J'étais revenu au jeune garçon.J'allais une autre fois m'enquérir au sujet de Loyola lorsque je constatai clairement, et je ne sais pourquoi, que je perdais mon temps.Cet enfant agissait comme s'il était pris dans un piège et je me sentais impuissant à le libérer.Sortie de la maison en apercevant la Buick étrangère à la porte du garage, la femme de Loyola m attendait.Je me dirigeais vers la voiture et je ne la découvris qu'au dernier moment alors que j'allais ouvrir la portière.Je devais apprendre plus tard par Max.qu'elle s'appelait Véronique.Elle était belle, forte, rousse; elle avait ramassé et noué avec un élastique, sa chevelure épaisse, lourde, rebelle et ondulante, vers l'arrière.Et remarquablement elle avait aussi des rondeurs là où il le faut, là où ça ne porte pas ombrage aux hommes clairvoyants.\u2014 «Loyola est parti fêter chez son frère à Sainte-Agnès», me dit-elle, «et je ne sais pas quand il va revenir.Peut-être ce soir, peut-être cette nuit, peut-être demain ».Cela ne semblait pas la préoccuper outre mesure ni la déranger.Comme si, Chez Loyola, son mari, c'était une habitude prise depuis longtemps de s'absenter ainsi les 24 décembre de chaque année.\u2014 ¦ Moi, ce qu'il y a ou ce qu'il n'y a pas dans son garage, je ne suis pas au courant.Je ne m'en mêle jamais.J'ai la maison et c'est bien suffisant.Vous ne trouvez pas ?», me demanda-t-elle ?J'étais sans nul doute intimidé et je ne pouvais sûrement pas formuler quelque commentaire que ce soit sur ses besognes domestiques et sur les énergies qu'elle y consacrait.Je lui parlai alors de l'enfant.\u2014 «Gonthran?Il faut le comprendre, monsieur, son 00 o ad > (f) > m g O m O m CD X m CD CO G) LU Œ m LU o Û CM CVJ 5 LU < CO < il) cr O D cerveau est en parfaite santé mais il est sourd et muet depuis sa naissance», m'apprit-elle, sur un ton et d'une voix neutres.\u2014 « Excusez-moi », lui dis-je.« Vous permettez ?» Ses yeux s'étaient embués.Ils perlaient dans le brouillard comme la chaux des murs de la maison paraissait jaillir de la grisaille.J'étais allé vers le coffre de la Buick.Et parmi les bottes de biscuits, les viandes en conserve, la laisse et la gamelle, que j'avais déjà achetés à Yoko, j'y avais repéré un petit colis noué en forme de cadeau et l'avais apporté à Véronique.C'était un harmonica à quatre poussoirs et à belles sonorités, de marque Horner, que j'avais trouvé à la Tabagie Giguère, rue Buade à Québec.Je m'étais proposé de l'offrir à Mireille, ma cousine germaine, qui m'avait promis de me visiter à Cherry River au Jour de l'An.Je dis à Véronique en lui remettant l'instrument dont j'avais rêvé moi-même, longtemps: \u2014 «Excusez-moi, mais je ne pouvais pas savoir pour Gonthran, je ne crois pas lui avoir parlé brusquement, madame ».Véronique avait pris le coljs me fixait d'un regard qui semblait brûler et qui me questionnait.\u2014 «C'est un cadeau que j'ai déniché pour une parente, mais je chercherai autre chose, ailleurs.Si vous voulez bien, remettez-le à Gonthran, il apprendra peut-être à s'en servir mieux que personne».Je m'éloignais.\u2014 «Mais il ne saura pas de qui ça lui vient! », me lan-ça-t-elle.\u2014 «Ce n'est pas nécessaire», lui ai-je répliqué en me retournant, «dites-lui que c'est un passant qui l'a oublié».Le garage de Loyola Dufour, sa maison et sa femme Véronique s'étaient très vite effacés de mon rétroviseur, la brume s'emparant à mesure de tout ce qui était habité ou vivant.De retour à La Malbaie, je traversai le pont, et je pris la direction de Tadoussac.Laborieusement, j'avais traversé Cap-à-l'Aigle et passé au large de Saint-Fidèle.Sur les hauteurs de Port-au-Saumon, les bancs de brouillard se déplaçaient plus rapidement, leurs mouvements étaient désordonnés.Le moteur chauffait et subitement je me rendis compte que je pouvais manquer d'essence n'importe quand, la jauge n'indiquant plus rien au compteur.Je coupais le moteur dans les descentes et j'épargnais ainsi quelques millilitres de carburant chaque fois; de plus l'engin se refroidissait mais il y avait risque que l'allumage ne se fasse plus et que je sois contraint de ranger la Buick sur le bord du chemin.Je m agrippais au volant, conscient que jusqu'au terme de mon voyage je serais dominé par les caprices de la nature et les règles du temps.Mais des hauteurs où je roulais, je vis tout à coup le brouillard lever graduellement.Je pouvais apercevoir la masse écrasante et noire du cap de Port-au-Persil.Il n'était découvert que de moitié et se noyait au plus profond de la mer grise.Au creux de l'Anse, se tenait, immobile et figé, le petit port rétréci par le froid au bout du village dénudé, comme sans vie.Au-delà se bousculaient sur le fleuve sans horizon, les nuées refoulées par le vent du nord-ouest.Je filai vers Saint-Siméon, la nuque et les bras tendus, espérant au plus creux de moi-même que j'y trouverais une station-service.Lorsque j'entrepris la dernière descente, ce fut la panne, le réservoir était totalement à sec.Impossible de rallumer; je me laissai couler.L'élan me portait sans bruit.L'enseigne d'Irving parut, j'orientai la Buick juste dessus et elle s'arrêta nette devant les pompes.Je pouvais de nouveau renouer avec l'espoir de rencontrer Yoko.Et tandis que la fille du pompiste emplissait de sans plomb le réservoir de la Buick, je me rappelais la petite annonce classée découverte dans Le Quotidien de Chicoutimi.Un hasard, vraiment un pur hasard.J'étais entré au terminus d'autobus de Magog, prendre une soupe.Et le journal traînait là sur un banc, laissé par un voyageur qui l'avait roulé entre ses doigts fatigués.Je l'avais ouvert et j'y avais jeté les yeux, oisivement.«À vendre: Airedale pure race, y avais-je lu.Jeune adulte.Poli, gentil, bon gardien, intelligent, en pleine santé.Femelle.Cause: départ à l'étranger.300$.Appeler Carole.» J'avais téléphoné le soir même, par curiosité mais pas de réponse.J'avais répété le lendemain en matinée, pas de succès.Mais c'était déjà plus que de la curiosité.Eh soirée Carole m'avait répondu: «Bien des gens veulent Yoko mais personne n'achète.» J'avais pris ma décision et Carole s était fiée à ma parole.Jusqu'à l'Anse Saint-Jean, j'avais pu voir du pays.Ensuite, plus rien, la nuit.Je voyageais dans une région montagneuse sillonnée par la rivière Petit-Saguenay.Vitesse réduite et prudente par manque d instruments adéquats, je demandais tout de même à la Buick une performance soutenue, à la limite de ses capacités.Je brûlais d'arriver à Chicoutimi, chez Carole, pour enfin nouer connaissance avec Yoko, en chair et en os.Je prévoyais d'avance une séparation douloureuse; mais comme je ne pouvais en être la cause, je me rassurais en me convainquant que je n'étais que l'outil de la transition et que Carole était sûrement à l'âge de prendre ses décisions.Je pouvais craindre le pire, imaginer qu'elle se désisterait à la dernière minute, incapable de sacrifier Yoko à un déplacement avantageux à l'étranger mais, connaissant bien ma nature inquiète, souvent inutilement soucieuse, j'avais appris à combattre cette forme de pessimisme, cette angoisse innée d'entrevoir le pire au lieu de vivre les bonheurs du présent.Ces fuites en avant nous font beaucoup plus de tort que de bien et ce n'est pas nécessairement de la prévoyance que d'accorder de l'importance aux prémonitions.Je me replaçais dans le réel.La réalité, me disais-je, ce sera bientôt Yoko.Je vais où je dois et où je suis attendu pour conclure le marché.Yoko mettra du temps à se reconnaître, à se familiariser avec un autre milieu, et à m'adopter, mais c'est dans l'ordre naturel des choses.Et, quelque part navigant, entre Charlevoix et Sague-nay, j'imaginais Yoko.Elle ne connaîtrait pas le sort de Manie.Celui-là était d'une race qui demeure enfant même en vieillissant.Les Labradors n'étant pas des gardiens, ce sont les maîtres qui doivent les protéger d'eux-mêmes.Mais je ne pensais qu'à bien nourrir Manie, de manière à ce qu'il ait une constitution à toute épreuve, une fourrure dense, huileuse pour qu'il puisse faire face aux froids les plus rigoureux de l'hiver.Et puis un jour, comme il était candide et comme il avait l'insouciance et la légèreté des enfants, comme il était porté par sa curiosité vers tout ce qui était humain et bougeait, il s'était laissé détacher par un vagabond qui passait et l'avait suivi.Je ne l'avais plus jamais revu.Mais certaines rumeurs le concernant étaient parvenus jusqu'à mes oreilles, dans les mois qui avaient suivi.L'on disait que son nouveau maître l'utilisait à son profit et qu'il l'entraînait à piller des pouia'lers de ferme.Et puis un jour, Manie avait été trouvé sans vie.abattu à bout portant, de coups de fusil dans un champ.Non, ce ne serait pas pareil avec Yoko et je me préparais déjà en conséquence et il était possible d'imaginer notre vie commune.Je n'ai pas choisi d'avance le lieu spécifique dans ma maison, le coin précis que Yoko élira d elle-même comme son endroit de prédilection.Les chiens ne sont pas comme les chats, on ne leur prépare pas une litière dans une pièce déterminée à l'avance.Yoko est «polie», disait la petite annonce et au cours de ma conversation téléphoni- que avec Carole, elle m'avait expliqué qu'en utilisant le terme poli, elle voulait indiquer que Yoko était élevée et bien dressée pour la maison.Donc, je laisse Yoko libre chez moi.Elle va où elle veut, s'allonge où bon lui semble, se promène à sa guise, trouve ses points d'intérêts en fouinant partout, et ainsi elle se crée un territoire et chez moi elle est chez elle.Lorsqu'elle demande la porte, je la lui ouvre, lorsqu'elle décide de rentrer, je suis là et je l'accueille.Je ne fais plus mes longues promenades dans la campagne sans que Yoko ne m'accompagne, je ne vais plus chercher les journaux ou les provisions à Magog sans la faire monter près de moi à bord de la voiture.Je ne projette aucun voyage sans emmener Yoko.Le matin je m'éveille quand elle se lève, je lui prépare ses repas et je lui parle.Lorsque j'allume un feu, elle reste près de moi.elle me regarde, me fait des façons et je lui caresse la tète et le dos.Elle s'étire, baille, émet des sons qui ont leur sens et que j'apprends à décoder.L'hiver, lorsqu'il neige, elle se secoue vigoureusement dès l'entrée et s'étend sur un journal tout près pour y laisser fondre le verglas accumulé dans ses barbiches autour de son museau.S'il pleut l'été, elle se laisse sécher sur un tapis placé dans le vestibule avant de reprendre ses ébats dans la maison.Parfois, quand j'oublie que c est l'heure de casser la croûte, elle ramasse sa gamelle à I aide de ses crocs et me l'apporte.Elle chasse autour de ma cabane les petits animaux nuisibles; quand je m absente, elle surveille les portes d'accès et je lui manifeste ma reconnaissance en jouant a la balle avec elle.Quand je me mets à la lecture ou que je fais ma correspondance, elle me fixe un bon moment, cligne des yeux, m'observe longuement, puis se couche près de moi.la tète posée sur ses pattes antérieures et demeure ainsi immobile jusqu'à ce que j'abandonne mon livre ou mes papiers.Yoko ne dort pas ailleurs que dans ma chambre.Et lorsque je me couche, elle garde ses yeux ouverts jusqu'à ce que je m'assoupisse.La télévision l'ennuie et lorsque je regarde un long métrage, tardivement, le soir, Yoko en profite pour reprendre le sommeil qui pourrait lui manquer ou en fait des provisions au cas où.Et ainsi, au fil des jours, se développent et s'intensifient graduellement entre nous, un mode de vie qui nous est propre, un accomode-ment fait de compréhension réciproque, et des liens de tendresse et de fidélité se tissent dont nous ne parlons jamais.De cette manière nous vivons rassurés, de façon à faire face aux secousses de la vie.Brusquement, je fus tiré de mes projections sentimentales par l'apparition d'un camion remorque qui s'amenait tous feux allumés à ma rencontre.Il paraissait hors de contrôle; il valsait comme déchaîné, détraqué par une fausse et trop audacieuse manoeuvre de son chauffeur imprudent ou fou.En quelques secondes il toucha les accotements des deux côtés de la route, soulevant des nuages de poussière de neige et de gravier.Tout ce qu'il me restait à faire c'était de jeter la Buick dans le fossé, et le plus loin possible, pour éviter d'être écrabouillé.J'écrasai l'accélérateur au plancher et j'allais faire le plongeon dans la neige et les buissons qui bordaient la route, lorsque le poids lourd se redressa.Il passa tout près mais tout droit, semant un vent de tempête qui fit chanceler la Buick et je vis les feux arrière de la remorque qui disparaissaient dans la nuit.En temps ne fiai, je me serais arrêté un moment pour me resaisir mais je devais poursuivre ma route à tout prix, sans perdre une seconde.Une neige fine tombait.Je n'utilisais mes essuie-glaces qu'en des moments d'extrême nécessité.La Baie des Ha! Ha! n'était pas loin, Chicoutimi m'apparaîtrait peu de temps après.Il me sembla alors que j'étais en route depuis des jours! Daprès ce que j'ai pu en voir, la maison qu'habitaient Carole et Yoko, rue du Couvent à Chicoutimi.était construite sur deux étages divisés en quatre logements qui, d'aspect modeste, étaient quand même spacieux.J'avais passé la porte d'entrée qui n'était pas barrée et j'avais tout de suite repéré le numéro 2 au rez-de-chaussée.Je sonnai.Il s'écoula un long moment avant que je n'entende le moindre bruit et que la porte de l'appartement ne s'ouvre.Je m attendais peut-être à ce que Yoko aboie d abord et à ce que me parvienne ensuite la voix de Carole qui l'inviterait gentiment à se taire, mais rien; le silence seulement du petit couloir où je contenais tout élan spontané.À tout prix, je m'étais imposé de faire les choses dans la détente.J'entendis le bruit d'une chaîne retirée.La porte lentement s'ouvrit et une jeune femme vêtue d'un uniforme blanc parut.Elle me souria poliment.\u2014 «Vous êtes David?».demanda-t-elle. \u2014 « C'est moi, oui », lui dis-je.\u2014 «Venez, entrez », m invita-t-elle, à la fois obligeante et réservée.«Je suis Jocelyne, la copine de Carole ».Elle me laissa passer, referma la porte et je la suivis au salon.\u2014 « Assoyez-vous ».fit-elle, « ce ne sera pas long.Carole est au téléphone, elle vous rejoint d'un moment à l'autre.Vous patientez?» \u2014 «J'ai tout mon temps maintenant».Elle me regarda d'un air figé, comme si quelque chose d'autre la préoccupait, comme si la situation lui paraissait embrouillée un moment, comme si les choses ne marchaient pas tout à fait; puis, très vite, elle retrouva le sourire.\u2014 « Excusez-moi, je suis en retard, j'étais attendue au poste à cinq heures, à l'hôpital ».Et elle s'esquiva.J'entendis alors une autre voix qui n'était pas ia sienne et qui devait s'avérer être celle de Carole.\u2014 « Bonne soirée, Jocelyne.On t'attendra cette nuit».\u2014 «Bonne soirée à toi aussi, ton visiteur est au salon ».disait Jocelyne dont la voix se perdait.J'attendais.Je ne bougeais pas.Le salon était propre et joli mais une seule lampe I éclairait et lorsque Carole parut, sans que je ne l'aie entendue venir, elle n'offrit d'elle que sa silhouette, mince, et quelque peu inclinée vers l'avant.C'est à peine si les faibles lueurs de l'éclairage permettaient de distinguer ses traits.Les deux mains enfouies dans les poches de sa jupe, elle se tenait immobile dans la porte de la pièce, silencieuse.Coiffée court, une abondante masse de cheveux retombant comme une vague sur son front, Carole était blonde comme l'avoine et le teint de sa peau lisse était ambré.Détails que j'aperçus mieux lorsqu'elle pénétra dans la pièce pour allumer une autre lampe.\u2014 «David?» Je m'étais levé et je confirmais d'un bref mouvement de tête que c'était bien mon nom.\u2014 « Restez assis, David », me dit-elle.Et elle s'alluma une cigarette.Son regard se portait ailleurs que sur moi.Elle était présente mais sans l'être tout à fait.Elle était chez elle, pourtant mais paraissait mal à laise.J'avais l'impression qu'elle cherchait des mots, quelque part dans sa tête, au fond d'elle.Et de plus, je commençais à croire que notre marché ne tenait plus, qu'elle avait cédé Yoko à quelqu'un d'autre et qu'elle éprouvait une certaine gêne de me l'apprendre.\u2014 «Vous savez, monsieur», entreprit-elle de dire lentement.La voix de Jocelyne se fit entendre dans le couloir.\u2014 « Bye, le monde ».Carole fut distraite, alla pour lancer « bye » à son tour, mais sa voix n'émit aucun son.La porte de l'appartement fut refermée.Et Caroie reporta son attention sur moi.\u2014 «Qu'est-ce que je vous disais déjà?.» \u2014 « Je ne sais pas », lui dis-je.« Vous aviez commencé une phrase.» \u2014 « Écoutez, vous devez savoir.Il n'y aurait eu qu'un seui moyen de vous prévenir et je i'aurais pris et vous n'auriez pas fait le voyage inutilement.Mais il n'y avait vraiment aucune façon de vous contacter et puis de toute manière, ça s'est fait si vite, et il aurait été trop tard.Les craintes que j'avais, et, que je refusais d'entretenir, se concrétisaient donc; une autre personne avait exercé des pressions sur Carole et elle lui avait cédé Yoko.Une personne qu'elle connaissait sans doute, fiable, honnête, aimant les animaux, déjà bien perçue par Yoko.Voyant Carole de plus en plus perturbée par la situation, quasiment secouée par l'obligation d'avoir à m'expliquer ce que j'avais déjà compris, je lui dis: \u2014 « Ne vous en faites pas outre mesure, si vous avez trouvé un autre maître que moi à Yoko, si vous avez fait une meilleure affaire, je pourrai comprendre».Elle se redressa et me fixa de ses yeux verts.\u2014 «Non», me dit-elle.«Vous me connaissez mal, je n'aurais pas fait ça.J'avais votre parole et vous aviez la mienne, souvenez-vous».Puis elle tourna son regard en direction de la fenêtre du côté de la rue où il n'y avait rien d'autre à voir que la nuit et peut-être quelques réverbères.Elle se cherchait un deuxième souffle, j'essayai de l'aider.\u2014 «Je crois avoir remarqué que Yoko n'est pas ici», lui dis-je.« Est-ce que ça vous est très difficile ou impossible de me dire où elle se trouve en ce moment?» Carole ramena sa tête dans ma direction et je vis que ses yeux se voilaient de larmes et elle les baissa.\u2014 «Yoko, n'est nulle part», me dit-elle.«Elle a été renversée dans la rue, par un camion, et elle est morte.» J'avais loué une chambre, à l'Hôtel Chicoutimi.Il y aurait réveillon cette nuit chez Carole et Jocelyne.Forcément pour Carole, puisqu'elle quittait le lendemain pour la Suisse où elle s'était trouvé un poste d infirmière spécialisée en psychiatrie.Forcément aussi parce que ce serait Noël et qu'elle devait embrasser ses amis et ses compagnes avant son départ.Mais j'avais décliné l'invitation de Carole.Pour diverses raisons, la principale étant que, dans les circonstances, je n'aurais pas pu socialement me sentir à l'aise en compagnie d inconnus; j'aurais été trop conscient des chagrins que Carole aurait eu à cacher.La mort de Yoko, que Carole m'avait racontée le plus brièvement qu'elle le pouvait, avait un caractère tragique.Elle s'était produite l'après-midi même.Un fait divers, une chienne écrasée.À quelques heures de mon arrivée, Carole avait passé au cou de Yoko, un collier de cuir tout neuf qu'elle lui offrait comme dernier souvenir et comme cadeau d'adieu avant la séparation.Comme une enfant et comme si elle avait aussi compris, Yoko était devenue fébrile et trépignante, joyeuse.Carole n'avait pas été retenue à l'hôpital, car on savait qu'elle en était à sa dernière journée de travail.Elle en avait donc le loisir et elle avait décidé de faire gambader Yoko.Le brouillard levé, les rues séchaient et la cohue du temps des Fêtes tirait à sa fin.Carole avait hésité devant la laisse.Habituellement elle la passait à Yoko et ce n'est qu'une fois en promenade qu'elle libérait Yoko pour qu'elle puisse courir à sa guise dans le parc.Mais ne voulant pas, cette fois, cette dernière fois, amoindrir le plaisir de Yoko et préférant la laisser libre de montrer sans retenue son superbe collier, Carole avait négligé d'apporter la laisse.En posant ses pattes sur le trottoir glacé, juste à la sortie de la maison, Yoko s'était immobilisée comme elle avait coutume de le faire.Pour humer l'air de la ville et prendre le vent.Ensuite, elle avait, comme c'était aussi sa coutume, tourné la tête dans toutes les directions, pour avoir une vue entière du paysage.Mais dans le paysage il y avait Castor que Carole n'avait pas vu.Et puis l'inévitable s'était produit à la vitesse de l'éclair.Castor était un chien qui n'était pas en tout point conforme à sa race de Labrador.Il était mal proportionné, il avait une tache blanche sous le cou.une échine trop large par rapport à sa hauteur, et une queue trop longue qui lui donnait l'allure d'un corniaud.Yoko ne s'était jamais vraiment attaqué à lui, mais elle n'aimait pas que ce mâle déchu se promène dans la même rue qu'elle.Castor avait vu Yoko et s'était mis à aboyer, manifestant ainsi sa peur.C'est alors que Yoko avait découvert Castor.Et elle avait détalé en flèche dans sa direction.Carole avait crié: \u2014 «Yoko!» Mais, trop tard, il avait déjà enjambé la rue transversale.À cette seconde précise, un camion postal avait surgi et heurté de plein fouet la magnifique et fougueuse Yoko qui n'avait pas eu le temps d'en être le moindrement consciente.Asept heures du matin, le lendemain, jour de Noël, je traversais Chicoutimi et j'étais en route pour Cherry River.La température était descendue à 20°C sous zéro.Mais le jour se leva avec éclat.Le soleil s annonçait resplendissant.Le ciel était d'un bleu déjà métallique.C'était l'acalmie, je voyageais en toute quiétude et la route qui m'avait paru si éternellement longue entre Saint-Siméon et Chicoutimi se laissa dévorer comme un petit déjeuner.La photo de Yoko dans ma poche, le souvenir encore tout frais de Carole dans ma pensée, il me semblait que cette histoire était terminée et que je finirais par oublier.Mais comment oublier si vite?C'était sans doute la fatigue et ma trop courte nuit de sommeil qui enlevaient ainsi leur poids réel aux choses.La Buick ne me donnait pas un rendement supérieur à ce qu'elle pouvait offrir mais j'avais l'impression de voler.Les essuie-glaces et les phares de distance, le brouillard et la pluie ne me préoccupaient plus.J'avais enfilé Saint-Siméon comme j'avais enfilé la Baie des Ha! Ha!, toute la vallée de Petit-Saguenay et l'Anse Saint-Jean.Et j'enfilerais bien tous les villages et villes qu'il me restait à traverser jusqu'à Cherry River, sachant que je n'allais plus m'arrêter en route que pour faire le plein.J'abordais le haut plateau qui surplombe la mer à l'ouest de Saint-Si-méon, et qui débouche en plein coeur de Charlevoix.J'avais cette impression rare, d'être le seul voyageur à se déplacer sur terre, en ce jour.Le grand vent soufflait du nord-est, glacial.Il balayait les remparts de neige, creusait ses propres vallons soufflait en rafales, vers le large, de longues traînées de poudre fine comme le sable.Le soleil aveuglait, la Buick grinçait de toute part, et crachait, à mesure, l'huile et le pétrole qu'elle consumait.Soudain, le ciel s'obscurcit.Un nuage avait dérivé au-dessus du fleuve venant de je ne savais où.Le vent redoublait de force et de vitesse, et sifflait, créant une poudrerie qui rendait la visibilité difficile à certains endroits; la Buick était secouée, je devais m'accrocher au volant.Les hurlements du vent.Les secousses du vent, la neige balayée, repoussée au loin ou sur la route, le pays était chambardé, bousculé, je roulais dans la furie d'une tempête subite qu'aucun signe ne m'avait permis de prévoir.Puis entre deux rafales, alors que j'atteignais le Cap de Port-au-Persil, le soleil réapparut sur la route et sur une partie du fleuve, l'autre demeurant couverte par le grand nuage solitaire qui se déplaçait, gris rose, avec une somptuosité d'évolution sans pareil.Et c'est alors que je revoyais de nouveau Port-au-Persil au creux de sa profonde vallée, que se produisait sur le fleuve un phénomène que je n'avais jamais observé auparavant.Phénomène qui demandait la participation combinée de tous les éléments.Toujours soufflée, depuis les hauteurs de la montagne, des routes, des champs et des berges, la neige courait à fleur d'eau sur le fleuve traversant des zones ensoleillées, d'autres assombries; et le nuage dérivait, dérivait.Sa frange couvrit de nouveau, partiellement le soleil qui frappait, oblique, le sol et les eaux, bleues par endroits, vertes plus loin.Dans cet éclairage de fin du monde, une tornade bien visible se forma, prenant naissance au ras de la mer et montant jusqu'au ciel.Et dans la spirale qui se déplaçait verticalement, tantôt lumineuse, tantôt obscurcie, les particules de neige balayées par le vent, de toutes les crêtes et de toutes les aspérités, des veines et des muscles du pays, s'engloutissaient dans le tourbillon qui les transformait en paillettes d'or ou d'argent.C'était à la fois la beauté du désert et la splendeur des fjords nordiques; comme l'annonciation grandiose de la création des temps.J'arrêtai ma voiture au bord du chemin.Lorsque j'en descendis, le vent me jeta presque par terre et je dus m'accrocher à la portière.Il faisait un froid de ténèbre et comme je regardais, souffle coupé, le spectacle qu'il ne m'a jamais été donné de revoir par la suite, je vis se dessiner un arc-en-ciel entre la mer et la côte.Il couronnait la trombe de neige lumineuse qui fuyait ça et là entre la vie et l'éternité.Si je n'avais pas été fasciné, cette scène de furie m'aurait terrorisé.Je demeurais immobile, agrippé à la Buick, dévorant chaque parcelle du temps, chaque miette de l'étrange déploiement.Ce n'était plus à ma mesure.Et je songeai aux âmes des morts, à celles des disparus.Et je me dis qu'il y avait parmi cette foule d'êtres invisibles aspirés par le ciel, des enfants d'air, de terre et d'eau qui cherchaient les voies de la tendresse et de l'amitié et des « Yoko » et des « Manie » qui les suivaient dans le but d'arriver jusqu'au coeur des hommes.C'était en ce jour de Noel 1970.Et ce que j'ai raconté est la vérité.Le 10 décembre 1964 C CO o z H J3 n> > > m g O n> o m GO jO m co co 00 O) LU m LU o Q C\\l CM 5 LU < < jjj cr 01 û- e Monimbo, en 1981.l'Andres Mentor, en 1982, et le Lafayette en 1983.voguèrent de Vancouver à Corinto avec dans leurs cales des «outils de paix» destinés au Nicaragua.Dans quelques jours, ce sera au tour du Harnsee.un cargo danois de 6130 tonnes, d'affronter les grands vents du Pacifique pour «livrer sa marchandise» à la Fundacion Augusto Cesar Sandi-no (FACS).l'organisme nicaraguayen chargé des dons en provenance de I étranger.Point phare de I aide non-gouvernementale canadienne au plus grand pays d'Amérique centrale, la vague d assaut de ces navires se fait annuellement grâce à une levée de fonds a mari usque ad mare.Et, le «cadeau de Noël» offert à la FACS par la Coalition pour l'aide au Nicaragua, qui regroupe Églises, syndicats et organisations nongouver-nementales (ONG), n est pas à dédaigner.Il frisera cette année les deux millions de dollars, comparativement à $75 000 lorsque la campagne «Outils de Paix» fut lancée i! y a trois ans par un pécheur à la retraite de Colombie-Britannique.Scotty Neish, un «mordu» du Nicaragua.La valeur des dix conteneurs remplis d'équipement de toutes sortes, que chargeront gratuitement à bord du Harnsee les débardeurs du port de Vancouver, est près de quatre fois supérieure à l'aide bilatérale accordée par Ottawa a Managua l'an dernier ($583 000).En 1984.le gouvernement fédéral a cependant décidé de mettre les bouchées doubles en débloquant près de $4 mil!ions d'aide au Nicaragua et en accordant à ce pays de 2,5 millions d'habitants \u2014 qui n'a plus accès aux institutions financières internationales, a cause des pressions de Washington \u2014 deux lignes de crédit totalisant $21 millions.Le Québec, grâce notamment au Service universitaire canadien outre-mer (SUCO) et au Réseau québécois des comités de solidarité avec l'Amérique centrale, a.pour la première fois, décidé de donner un coup de pouce en vue de charger un bateau pour le Nicaragua.Cent mille dollars ont été recueillis en moins de deux mois, dont $15 000 serviront a défrayer une partie du voyage de 15 jours du Harnsee.Le Montreal Children's Hospital a offert tables d'opération, béquilles, chaises roulantes, incubateurs, vaccins, seringues et pansements.Des enfants de Pointe-Saint-Charles se sont séparés de leurs jouets pour que les petits Nicaraguayens n'en soient pas privés.Quatre tonnes de lait en poudre ont été acheminées par la voie ferrée à Vancouver, avec du matériel scolaire, une machine a coudre, douze machines à écrire, une chaise de dentiste, une mandoline, un saxophone, deux guitares et une camionnette notamment.Le tout a été placé, étiquete, inventorié dans un immense hangar de la métropole de l'Ouest.A L'OCCASION DE NOEL Des «outils de paix » pour le Nicaragua Antoine Char offert par l'administration du maire néo-démocrate de Van-couver.Mike Harcourt._ Unique au monde_ «En temps de crise, il est plus facile d'offrir, par exemple, des articles médicaux, agricoles ou éducationnels que de donner de l'argent.Mais, croyez-moi, le Nicaragua ne reçoit pas de la camelote.Ce qui nous est offert est minutieusement vérifié par des centaines de bénévoles à travers le pays et doit être en bon état», déclare Robert David, l'un des coordonnateurs à Montréal de cette campagne de solidarité qui.assure-t-il, «est unique au monde».«Pour un pays comme le Nicaragua qui manque pratiquement de tout, ces dons, venant de tou- tes les couches de la société canadienne, du fermier de l'Ouest au pêcheur de Terre-Neuve, sont véritablement un cadeau tombé du ciel», ajoute à Vancouver Phil Wesman.menuisier de son état, parti à deux reprises voir «la nouvelle société qui se bâtit» au sud du Rio Grande.Alors que les Canadiens délient déjà les cordons de leur bourse pour les sept millions d'Éthiopiens menacés de famine, «c'est presque un miracle d'avoir reçu autant d aide», souligne Harvey MacKinnon, un autre membre de la Coalition.«S'ils le font», estime le Dr Stephen Gray qui a «vidé» le Sf Paul Hospital de Vancouver de ses gants chirurgicaux, «c'est parce qu'ils commencent à réaliser que le Nicaragua a, pour la première fois de son histoire, une chance de sortir du sous-développement.» Ce qui a surtout frappé 13 médecin de la Colombie-Britannique lors de sa dernière visite au Nicaragua en octobre dernier, c'est le «prodigieux bond en avant de ce pays en matière de santé».«En cinq ans, explique-t-il.le taux de mortalité infantile a baissé de 33 p.cent.Paludisme, poliomyélite, tuberculose ont été endigués, alors que le taux de vaccination a grimpé de 190 p.cent.Dans l'un des conteneurs que recevra la FACS.dirigée par Alberto Gallego.ancien étudiant en médecine, se trouvent plusieurs caisses de vaccins offerts par les laboratoires Connaught de Toronto.L'originalité d «Outils de Paix» réside dans le fait que cette campagne au service du développement du Nicaragua regroupe non seulement les Canadiens de divers milieux mais aussi tous les membres de la famille politique de ce pays qui hésite toujours à ouvrir une ambassade à Managua, alors que Casimiro Sotelo représente depuis 1982 le Nicaragua sandiniste au Canada.Walter McLean, secrétaire d'Etat dans le cabinet Mulroney.lona Compagnola, présidente du Parti libéral fédéral, et Pauline Jewett.député neo-démocrate à Ottawa, ont soutenu financièrement ou moralement ceux qui souhaitent que «leur petit navire» levant annuellement l'ancre pour Corinto puisse, grâce à son «trésor», aider le Nicaragua à se construire des lendemains meilleurs.L'intérêt de cette expérience est qu'elle se tient au moment où le gouvernement conservateur semble avoir un préjugé favorable \u2014 c'est le moins que l'on puisse dire \u2014 pour la politique de l'administration du président Reagan qui, selon ia Coalition, a majoré de 1 300 p.cent la note, déjà élevée sous le gouvernement Carter, de I aide US a l'Amérique centrale, ces trois dernières années._ Reflets d'argent Dans un entrepôt de Vancouver, les «outils de la paix» destinés au peuple du Nicaragua Le Canada devrait se démarquer des Etats-Unis et non pas être le pâle écho de son puissant voisin, recommandait en 1983 une sous-commission parlementaire sur I Amérique centrale dirigée par le député libéral Maurice Dupras.Un rapport publié la même année à Washington par un groupe de recherche américain, le Conseil sur les affaires hémisphériques (COHA).affirmait même que la politique canadienne en Amérique centrale était «superficielle, amorale, inconsistante et nettement inefficace».La Coalition pour I aide au Nicaragua espère de son côté que la politique centre-américaine de la nouvelle équipe à Ottawa change rapidement de cap afin de ne pas heurter les mêmes récifs que Washington dans une région longtemps, et toujours, considérée comme une arrière-cour américaine.Elle souhaite également que le gouvernement Mulroney place le Nicaragua en téte de liste de l'Agence canadienne de développement international (ACDI).et appuie non pas du bout des lèvres le Groupe de Contadora (Mexique.Venezuela, Colombie.Panama) qui.depuis deux ans.cherche à circonscrire diplomatiquement les feux centre-américains.En attendant, des centaines de bénévoles prient les Canadiens de fournir aux Nicaraguayens \u2014 dont le revenu annuel est de $666 \u2014 des «outils pour soigner, des outils pour construire, des outils pour faire de la musique, des outils pour construire des lendemains meilleurs».La mer aura peut-être des reflets d'argent lorsque le Harnsee appareillera pour Corinto.? rabb River est un lieu-dit d'une cinquantaine d'habitants, situé à une heure de galop de Houston, en plein coeur du Texas agricole.Un village sans histoire, où les fermiers coulaient des jours heureux en avalant quelques bières dans l'unique bistrot de la localité, à la tombée de la nuit.Rien que de très normal, de très américain aussi.Dans ces lieux, on ne parlait jamais politique.Washington était bien loin, la Maison-Blanche sur la planète Lune.Ronald Reagan un président peu encombrant.Mais un jour de septembre 1983, tout a changé: Lottie Zimmerman, la tenancière d'un drugstore poussiéreux de Crabb River.Gonyo's grocery, a décidé d'organiser des élections dans son magasin, pour que le village élise, pour la première fois de son histoire, une équipe municipale.Une, deux, trois tentatives! C'est qu'elle a du tempérament, la grand-mère Lottie! Mais rien n'y faisait.Les électeurs boudaient les urnes.«Au fond, ça ne changera rien», grommelaient les habitants, en tournant le dos aux elucubrations de madame Zimmerman.Et puis le «miracle» s'est produit.Bousculant les habitudes, Lottie à décidé de frapper un grand coup.La rumeur s'est propagée: son propre petit-fils, Brian, âgé de onze ans, serait cette fois candidat.Oh, bien sûr! Il ne serait pas seul en lice.Deux adultes beaucoup plus expérimentés, James Sparks, 69 ans, et Bill Peterson, 71 ans, se sont présentés aux suffrages des électeurs.Et l'opération fut menée rondement: une semaine avant le scrutin, un écriteau fut apposé devant le bar des routiers, pour indiquer que des élections allaient avoir lieu.Des bulletins de vote furent rédigés à la main, et un modeste carton d'emballage remplaça l'urne traditionnelle en bois.Tout est possible_ Une élection bien curieuse, me direz-vous! Comment un gamin de onze ans peut-il briguer un mandat politique?Chacun sait que les États-Unis sont le royaume des excentricités, des folies et des records en tout genre.Mais la loi?Elle est la même pour tous.Il faut pourtant savoir qu'aux États-Unis, les villes sont dotées d'un statut juridique, au H Sophie Huet À onze ans, Brian devient maire de son village fc| 1 même titre que les entreprises commerciales.Or Crabb River, étant donné le faible nombre de ses habitants, n'a jamais eu de statut, ni d'élu à sa tête.À condition de souscrire aux obligations légales, tout est donc possible: l'âge des candidats (et pour cause!) n'a jamais été réglementé.Le petit Brian n'a d'ailleurs pas fait les choses à moitié.Il a constitué un comité de soutien, reconnu par les pouvoirs publics locaux.Et depuis sa chambre à coucher, chez papa et maman, il a planifié sur son ordinateur toute une campagne de porte à porte.Du jamais vu, dans cette cité tranquille où le mot «élection» n'était jamais parvenu que par le canal des journaux.Incroyable mais vrai! Le jour du vote, c'est Brian, l'écolier en culottes courtes, qui l'a remporté en recueillant trente voix sur quarante.Ce garçonnet blond, au regard clair, qui ressemble aux millions d'Américains de son âge, nous raconte sa méthode: «Je' suis allé voir tous mes électeurs.J'ai bâti un programme d'action que je compte mener à bien en deux ans, puisque telle est la durée de mon mandat.Et j'ai parlé aux habitants de Crabb de problèmes concrets: le village était divisé sur la question du réaménagement de la rue centrale.En hiver, c'est un tas de boue, et en été.une nuée de poussière.Je leur ai expliqué qu'il était indispensable de l'enduire d'une couche de bitume.Dès mon entrée à la mairie.j'ai constitué une équipe de volontaires, et aujourd'hui nous avons une rue splendide.Tellement neuve, d'ailleurs, que les camions y foncent à toute allure.J'ai dû réglementer la vitesse au «centre-ville», pardon, dans le village, pour que le trafic ne gêne pas trop les riverains quand ils emmènent leurs enfants à l'école.» On aurait tendance à l'oublier: c'est un enfant qui s'exprime ainsi.Mais à l'évidence, Brian Zimmerman n'est pas un mineur comme les autres.Avec la plus parfaite assurance, il affirme que les journées de vingt-quatre heures lui paraissent trop courtes.Pas question, bien sûr, de rater I école.Les professeurs de la Lamar Junior High School ne lui accordent d'ailleurs aucun congé spécial.Brian continue à être traité comme tous les autres écoliers.Mais il a aussi ses hobbies: après ses huit heures de classe, il s'entraîne dans la petite équipe locale de baseball (environ vingt minutes par jour) et ne peut pas terminer sa journée sans pianoter sur son ordinateur qui gère tout son emploi du temps et où il inscrit minutieusement ses «messages électroniques»! Les jours de «conseil municipal» \u2014 car il n'y a bien sûr aucun bâtiment qui fasse office de mairie \u2014.Brian réunit tout son monde dans sa chambre a coucher, pour débattre des dossiers urgents.Le premier maire de Crabb River, dont les cartes de visite, gravées en lettres d'or, at- testent du sérieux avec lequel il conçoit sa mission, se bat notamment pour obtenir un statut de «village indépendant» auquel les habitants semblent très attachés.Célèbre dans tout le Texas, l'enfant qui est devenu ie plus jeune maire du monde a réussi à nouer des liens d'amitié avec le sheriff du comté de Ford-Bend, dont le quartier général est situé à trente milles au sud-ouest de Houston.Ce colosse d'âge mûr, qui fait deux mètres de haut, ne prend jamais une décision concernant Crabb River sans consulter son plus haut magistrat, qui cherche actuellement à trouver des crédits pour faire construire un hôtel de ville à Crabb.Son ami Thomas_ Mais à cet âge, on ne peut pas conduire une voiture.Peu importe, Brian se promène en kart et fait ses tournées d'inspection en bicyclette, sous le regard attendri de sa mère, qui le considère comme «un génie».Décidément hors du commun, Brian n'a qu'un véritable ami.interlocuteur muet de ses réflexions: il s'appelle Thomas et n'est autre qu'une.dinde apprivoisée! Dès qu'il est entré dans ses fonctions.Brian a décidé de «bétonner» sa position.Il a immédiatement fait voîer un texte qui prescrit qu'aucune limite d'âge ne sera requise pour l'élection d'un maire à Crabb.Sage précaution, qui lui permettra de se représenter autant de fois qu'il le désire.Sa mère, qui est propriétaire du bistrot, pompeusement appelé the bar, est une fidèle supportrice Mais les habitants, tout surpris de constater que cet enfant fait une publicité extraordinaire à leur localité, finissent par le couvrir de louanges.Au début, ils ont voté pour lui par gag, désormais, ils le soutiennent par orgueil.«Brian sait parler aux gens.Il est très proche d'eux.Il a un coeur d'or», explique M.Peterson, candidat infortuné contre lui.«C'est un excellent maire car il aide tout le monde, un brave garçon», renchérit Magie Susta, une employée de trente-sept ans.«Il a un bon sens exceptionnel», ajoute Maxaline Richardson, 63 ans, cuisinière à Crabb.Mais il y a aussi un camp hostile, pour lequel «il n'est pas sain qu'un enfant se fasse de fausses idées sur son avenir».Il y a quelques jours.Brian Zimmerman s'est rendu en visite en France, à l'invitation d'Alain Trampoglieri, l'organisateur de «Mairie Expo», le premier salon français pour l'équipement des collectivités locales.C'était son premier voyage en Europe.Accompagné de maman, une charmante jeune femme béate devant son fiston.Brian a eu droit à un traitement de ministre.Il a été interviewé par toutes les radios nationales, sa photo a paru dans de nombreux journaux quotidiens.Mais il y a mieux: Brian a serré le main du maire de Paris, Jacques Chirac, au cours d'une réception officielle.Il a effectué un rapide tour de France des mairies, il a été reçu en grandes pompes par Michel Giraud, le président du conseil régional de l'fie-de-France, sénateur-maire de la ville du Perreux, dans la région parisienne, par Alain Carignon, le maire de Grenoble, Gaston Defferre, le maire de Marseille.Francisque Col-lomb, le maire de Lyon, sans compter Saint-Tropez ou Dragui-gnan sur la Côte d'Azur.En prime, Brian s'est vu offrir le dernier cri des ordinateurs Thomson, le M05, et il n'a pas cessé de répondre aux questions des journalistes qui l'entouraient.Une bien grande aventure, pour cet enfant dont la famille a fo»1 peu de ressources, et qui aurait dû partager l'existence tranquille de ses petits camarades, s'il n'avait eu une grand-mère aussi audacieuse.À son retour, il a reçu un accueil triomphal Dans ce village qui ne possède que deux entreprises (une fabrique de balais et une usine pour sécher le riz), l'émoi était à son comble.Le plus jeune maire du monde, qui a dû passer tous ses examens de contrôle continu avant son départ pour la France, s'est remis au travail quotidien.Mais il ne voit plus Crabb River de la même façon.Il a une «vision internationale» des problèmes, explique-t-il.Et bien que l'élection de Brian n'ait pas été officialisée par les lois de l'État, l'enfant-maire pourrait un jour gravir les portes de la Maison-Blanche, en tant que symbole d'une nouvelle classe d'hommes politiques.?CO o z H m > > m g O m O m CD a m 00 00 o> LU rr CD LU O UJ Q CM CN4 5 LU < CO < LU o CO Vous allez me dire.c'est un conte pour enfants.Ça tient effectivement du merveilleux et c'est presque un conte pour enfants, mais c'est quand même un vrai château! Un des rares témoignages de l'architecture gothique du XVe siècle en Bavière.Un château dont l'ensemble extérieur a conservé la forme et l'esprit de l'époque.On a restauré ce château de fond en comble, du fait d'une structure plus ou moins effondrée par le temps, pour y recevoir la Bibliothèque internationale de la Jeunesse.Cette restauration intelligente a permis la conservation des quatre tours d'enceinte octogonales et celle de la haute tour d'entrée.L'intérieur fut néanmoins complètement réarrangé en vue d'une utilisation super-efficace et super- agréable tant par la clientèle enfantine locale que par les visiteurs adultes qui viennent souvent de très loin et les préposés des différents services et sections.La chapelle du Château de Blu-tenburg qui date de 1488 n'a rien perdu de son intégrité originale, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.Elle est considérée comme le joyau de la fin du gothique de Munich.Après avoir été logée pendant plusieurs années sur la Kaulbach strasse, tout près de la Staatsbi-bliothek (bibliothèque nationale de Bavière), la Bibliothèque internationale de la Jeunesse a pu déménager dans les murs du château vers I automne 1983.On a réussi à entreposer dans ces murs 400000 livres destinés aux enfants et aux jeunes adultes, grâce à un système relativement facile d'usage.Technique superbe permettant I accès aux livres remisés sur des séries de rayons qu on fait glisser sur des rails.Ce qui élimine la nécessité d'autant de couloirs entre les rayons superposés.Et sans doute serez-vous surpris d'apprendre que les 400000 livres conservés et utilisés avec le plus grand soin, tant par les enfants que par les chercheurs, éditeurs, traducteurs, professeurs, étudiants, furent offerts gracieusement par les éditeurs de divers pays.La Bibliothèque internationale n'a donc jamais eu à en acheter.Le seul budget qui lui soit accordé pour les publications est celui dont on se sert pour éditer et publier aux Editions Hall de Boston les divers catalogues par auteur, titre, illustrateur et pays, ainsi qu'un catalogue analytique.Le tout existe actuellement en 18 volumes.Un choix important de listes sélectives, comptes rendus annuels, programmes trimestriels ainsi que diverses autres publications viennent compléter le matériel de documentation édité par la Bibliothèque internationale des Jeunes.Depuis quelques années, la Bibliothèque recueille des legs personnels, archives (manuscrits, esquisses, dessins originaux, bandes magnétiques, etc.) qui deviennent ainsi accessibles aux chercheurs.Projet conjoint de l'Unesco_ Mais comment tout cela a-t-il commencé?A l'origine, on retrouve une personne qui a pensé tout particulièrement aux enfants.Il s'agit de madame Jella Lipman, née à Stuttgart.Elle émi-gra en Grande-Bretagne pendant la guerre, mais elle revint en Allemagne avec l'armée américaine comme officier de rééducation.Elle fut la grande instigatrice d'un mouvement qui devait éventuellement faire prendre forme à la B.I.J.Dès 1946.elle organisa une exposition itinérante de livres pour enfants qui connut un Colette Paradis Un chateau pour les livres de tous les enfants du monde grand succès.Elle entreprit ensuite, avec l'aide de la Fondation Rockefeller de New York, de mettre sur pied un lieu d'étude et de recherche sur la littérature jeunesse.À la suite de Jella Lipman, plusieurs autres personnes furent mandatées pour perpétuer cette oeuvre qui devint d'ailleurs en 1953, un projet conjoint de l'Unesco.La B.I.J.a d'abord offert aux enfants des livres en trois langues (allemand, français, anglais).C'était également un centre d'animation.À compter de 1957, Walter Scherf donna un souffle nouveau à la B.I.J.de Munich sur le plan international.Grâce à un programme de bourse, des spécialistes étrangers en littérature jeunesse ont profité de stages sur les lieux et cela depuis 1958.Ce qui valut à la B.I.J.un réseau de correspondants d'au moins 80 pays.Henriette Major, l'une de nos auteures les plus prolifiques en littérature jeunesse, sinon la plus prolifique, bénéficia de l'une de ces bourses.En 1968, la B.I.J.hérita, par le biais de l'Unesco, de la première bibliothèque pour la jeunesse fondée à Genève en 1928.Ce qui signifiait 28000 volumes en provenance de plusieurs pays.La B.I.J.devient un carrefour interculturel.Je ne crois pas que ce soit le hasard qui ait voulu que cette bibliothèque internationale voie le jour en Bavière.Depuis la fin de la dernière guerre r.ondiale, les gens de cette contrée restaurent, réaménagent, bâtissent.Les Bavarois ont au moins huit siècles derrière eux et ils ne perdent pas de vue la continuité pour autant.Leur respect du passé ne leur enlève rien du goût pour l'avenir.Les très conservateurs Bavarois ont conservé la très ancienne coutume du Moyen-Âge, à savoir que les habitants d'une région ou d'une province (en France c'était aussi le cas) s'identifiaient en portant des vêtements confectionnés dans un drap de laine qu'on teignait d'une couleur spécifique.C'est pourquoi on les voit encore se promener, vêtus de leurs beaux manteaux vert loden, raffinement sportif et aristocrate, rusticité de Munich.C'est néanmoins dans la Staatsbibliothek, et non dans le château, que la 34e exposition internationale de livres pour les enfants a eu lieu en novembre et décembre 1983.Cette bibliothèque de l'État de Bavière contient plus de deux millions de livres, des vieux manuscrits, les plus anciens textes allemands et des dessins d'Albrecht Durer.On dirait que les usagers de cette bibliothèque ont acquis l'allure qui convient aux majestueuses proportions de l'immeuble.Ils sont à l'aise dans cet espace, en tant qu'héritiers d'une connaissance patiemment acquise au cours des siècles et à laquelle ils désirent ajouter leur apport.Il y a, dans la salle d'exposition, un étalage de livres en provenance de très nombreux pays et en plusieurs langues.Les parutions ne datent qu'à partir de décembre 82 jusqu'en novembre 83.Les livres ont été choisis par les responsables des différentes sections dont chacune est tributaire d'une langue.Cette exposition offre toujours une belle place aux éditeurs québécois et madame Doris Pfeiffer.responsable de la section française, est à la fine pointe de tout ce qui se fait au Québec.Bien qu'elle ait lieu dans la Staatsbibliothek, l'exposition internationale annuelle est organisée par la Bibliothèque internationale de la Jeunesse de Munich.Peu d'éditeurs canadiens semblent lui avoir attribué sa véritable importance.Il faut avouer que notre littérature enfantine est à peu près du même âge que sa clientèle.Pour ma part, j'ai eu l'occasion de rencontrer des éditeurs de Suisse allemande, Hongrie, France et du Danemark avec qui j'ai pu vraiment communiquer.La Staatsbibliothek se trouve sur la belle Ludwigstrabe.C est à Louis Ier de Bavière que l'on doit les belles perspectives et cette forte influence Renaissance qui contribuent tellement au caractère de Munich.Louis Ier de Bavière revint un jour d'Italie avec un nombre impressionnant d'architectes.Munich me fait momentanément oublier les splendeurs presque trop splendides de Florence.ainsi que le grand art des rues en étoile du baron Haussmann.Les rues de Munich quadrillées sont pour moi des références sécurisantes.Il y a là une espèce d'harmonie profonde et installée.Une fièvre aussi parce que c'est bientôt Noël! Le marché de Noël Le rythme rapide des voitures dans les belles avenues et les nombreux parcours piétonniers où déambule la population dans la rutilance d'avant les fêtes en témoignent.Et pour cause, c est le marché de Noël .ouvert.dans les rues et sur les platz! Et les citadins de Munchen posent bien leurs pieds au sol pour arriver quelque part.À cette époque de l'année, il arrive très souvent, et c'est d'ailleurs dans leurs moeurs, qu'ils s'arrêtent à peine, que ce soit pour avaler une ou deux saucisses, une gaufre ou une espèce de dumplen servi avec une sauce chaude! Fin novembre, début décembre, un nombre impressionnant de cabanes se posent sur les platz 6e Munich et tout particulièrement sur la grande Marien-platz.Ces cabanes sont des stands commerciaux qui sont faits de bois de grange, dirions-nous ici.C'est là que les touristes et résidents de Munich choisissent souvent de bouffer, boire ou acheter leurs cadeaux et décorations de Noël! Ils font ça dans l'inconfort presque total, debout et dehors, en plein hiver! L'exemple de ces Bav&rois stoi-ques, dans une atmosphère malgré tout féerique, me fait repenser notre manière chromée sur les bords.d'Amérique du Nord! Les mouvements de foule à Munich et le vécu de la tradition populaire nous en disent long sur le merveilleux romantisme et l'hommage qu'on fait à la nativité dans cette capitale de la Bavière catholique.Cette nativité, on la voit partout.Elle est représentée en tous genres de matériaux et en toutes sortes de dimensions Porcelaine, bois, verre, paille.personnages miniatures ou grandeur nature.Je vous recommande donc la Munich féerique pour une expérience rafraîchissante de Noël avec les Bavarois qui ne sont ni des Allemands, ni des Latins, ni des Slaves.mais un mélange des trois! À ne pas oublier surtout: un petit détour très agréable qui vous amènera à découvrir te-châ-teau des livres de tous les enfants du monde à Blutenburg! Le tout pour l'année prochaine bien sûr V ¦ Des escadrons de mort, version polonaise |u verras, dans quelque temps, le gouvernement polonais utilisera des méthodes terribles pour nous détruire, pour briser la résistance de la société.Je pense même qu'ils iront jusqu'à tuer s'il le faut.» C'est il y a plus d'un an et demi, dans la chaleur et la quiétude d'un petit appartement de Varsovie qu'un de mes amis polonais avait lancé cette phrase, l'air sombre, à la fin d'une discussion passionnée.Je dois dire que je n'y avais pas cru, je mettais ça sur le compte de la vodka \u2014 sur la table, entre quelques verres, trônait une bouteille aux trois quarts vide.Bien sûr, il y avait déjà eu des morts en Pologne.Les mineurs de Wujek, ces dix jeunes hommes tués par la milice sur le carreau d'une mine de Silésie le 16 décembre 1981, trois jours après l'instauration de l'état de guerre, cette vingtaine de personnes mortes en 1982 dans les manifestations, tuées par balles ou succombant des suites d'un tabassage.Mais ce n'était pas la même chose, dans chaque cas, le pouvoir pouvait toujours dire qu'il s'agissait de «tragiques accidents» survenus dans des moments de grandes tensions, et que personne, et en tout cas pas les dirigeants du pays, n'était vraiment coupable.Mais de là à penser que la terreur physique puisse devenir un véritable système de gouvernement, il y avait quand même une marge.Et pourtant, c'est moi qui me trompais.Car après l'affaire Popie-luszko il faut bien s'en rendre compte: il ne s'agit pas de bavures.Pour bien comprendre ce qui se passe, il importe de résumer la version officielle de la mort du prêtre, telle qu'elle a été présentée à plusieurs reprises depuis un moin par les personnes autorisées: Jerzy Urban, porte-parole du gouvernement et le général Kiszcak, ministre de l'Intérieur.La version officielle Cette version la voici: le père Popieluszko revenait de Torun ?vers Varsovie dans la nuit du 19 au 20 octobre quand sa voiture hit arrêtée par un homme portant l'uniforme de la milice.Aussitôt son chauffeur fut maîtrisé et le prêtre assommé.Le chauffeur Hugues Krasner ayant réussi à s'enfuir, le père Popieluszko fut emmené à une centaine de kilomètres de là, à Wroczlawek, et dans les bois bordant la Vistule, frappé violemment avant d'être jeté à l'eau.À trois heures du matin le 20 octobre, le capitaine Grzegorz Pio-trowski, le chef des tueurs, et ses deux complices, deux lieutenants, étaient de retour à Varsovie.Ils ne bougèrent plus de la capitale jusqu'à leur arrestation, cinq jours plus tard.Le 30 octobre au matin, le corps du prêtre martyr était repêché dans la Vistule.Mais là, dans ces deux dates, le 19 et le 30 octobre, se situe une des clés du problème.D'après des sources sûres, proches des milieux médicaux qui ont effectué l'autopsie, mais aussi selon l'avis de pathoiogistes éminents, comme le professeur André Hervé de Paris, qui s'est livré à un examen minutieux des photographies du cadavre Jerry Popieluszko n'a pas pu séjourner plus de six jours dans l'eau.Le professeur Hervé donne une fourchette assez précise: entre quatre et six jours.Il n'y a donc que deux possibilités: soit le cadavre de l'ecclésiastique n'a pas été retrouvé le 30 mais le 25 octobre, soit il n'a été jeté à l'eau que six jours maximum avant le trente, c'est-à-dire le 24.Le gouvernement n'avait aucun intérêt à faire traîner les choses, et si le corps avait été retrouvé plus tôt, il l'aurait annoncé.Du reste d'après plusieurs personnes bien informées, et dont certaines sont proches du ministère de l'Intérieur ou de l'Église, c'est la deuxième solution qui est la bonne: le cadavre du prêtre a été jeté à I eau le 25 octobre.Mais dans ces conditions, il est impossible qu'il ait été immergé par les assassins: ceux-ci on l'a vu n'ont plus quitté la capitale après leur retour en début de matinée du 20.La conclusion de ces petits calculs est fort simple: les assassins ont bénéficié de la complicité d'une « seconde équipe » qui a tenté de faire disparaître le cadavre plusieurs jours après l'assassinat.Et de ces mystérieux complices on ne sait rien.De plus les conclusions de l'autopsie sont troublantes.Le père Jerzy aurait succombé à un étouffement dû à l'absorption de son propre sang (il était bâillonné) et à un étranglement dû à la corde qui lui liait les mains, les pieds et le cou, «aucune trace d'étranglement volontaire entre autres par des mains n'a pu être relevée sur le corps, et les coups dont la partie supérieure du corps porte les traces n'ont pu entraîner la mort».En d'autres termes, il ne s'agit pas «techniquement» d'un assassinat, mais bien de « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner».On peut parier que les avocats des prévenus sauront tirer profit de cet argument que le pouvoir leur donne.Et on peut être sûr désormais que Piotrowski et ses complices échapperont à la peine de mort.Certes ils seront «durement condamnés » mais ils pourront toujours bénéficier de remise de peine.Puissantes protections_ Il est évident que malgré I horreur de leur crime, les assassins, même au fond de leur geôle, bénéficient toujours de puissantes protections.Pourquoi?Parce que le gouvernement tolère \u2014 et peut-être même \u2014 encourage au sein de la police politique de véritables «escadrons de la mort» semblables à ceux qui sévissaient en Argentine il y a peu.La comparaison n'est pas abusive.Car le cas Popieluszko n'est pas isolé.Bien sûr, il y a ces deux prêtres qui ont été torturés après son enlèvement.Mais il y a surtout Ses cas d'une vingtaine de personnes qui ont purement et simplement disparu ces derniers temps, et de certains autres qui sont morts dans des conditions étranges.Des exemples?Zbigniew Simoniuk.En août 1981, dans une rue de Byalys-tock, des «inconnus» l'aspergeaient d'essence et le brûlaient gravement.Au début de l'état de guerre, en décembre 1981, il était interné.Libéré en 82, il était à nouveau arrêté, condamné à deux ans de prison et relâché sans avoir accompli l'entièreté de sa peine en 1983.À la mi-avril de cette année-là, il disparaissait quelques jours.On le retrouvait dans un bois, portant des traces de coups et de brûlures, profondément traumatisé.À nouveau arrêté quelque temps plus tard, il était retrouvé « suicidé » dans sa cellule.Richard Kowalski.Arrêté à plusieurs reprises, le 7 février 1983, deux semaines après être sorti de prison, il quittait son domicile pour chercher du travail.Le 31 mars, on retrouvait son corps au fond d'un lac.Il avait 44 ans.D'après les médecins, il ne peut s'agir d'un suicide.Jarislaw Brejza, 17 ans, lycéen.En août 1983, il se suicide dans un.commissiariat de police après une journée d'interrogatoires.Jerzy Josef Marzec, 21 ans.Le 22 juin 1983, on retrouvait son cadavre dans un bois près de l'Odra.«Suicide».Piotr Bartoszcze, 34 ans.Le 8 février 1984, on retrouvait son corps dans un champ, à 300 mètres de son habitation.Officiellement, il se serait noyé dans un fossé de drainage, étant ivre.Les médecins ne relevèrent pas de traces d'alcool dans son sang mais purent constater qu'il avait été battu.Sa voiture, abandonnée non loin de là, portait la trace d'un accident avec une voiture peinte du même bleu que les véhicules de la milice.Arrêtons là car la liste est longue.Dans l'ombre, protégés par la police sinon par le parti, des hommes ne reculent devant rien pour briser l'opposition.Et deux faits récents ne sont pas là pour éclaircir le tableau: le 30 novembre dernier, deux policiers chargés de l'instruction du procès des assassins de Popieluszko étaient tués dans un accident de voiture.Parce qu'ils en savaient trop?Et surtout, le 10 novembre dernier, disparaissait à 59 ans le général Tadeusz Dziekan, communiste sincère et directeur de la section des cadres du parti.On prétend dans certains milieux qu'il se serait suicidé C'est lui qui avait nommé à leur poste le capitaine Piotrowski et celui que l'on présente officiellement comme «l'instigateur» de l'assassinat de Jerzy Popieluszko, le colonel Pietruszka.Si le gouvernement polonais veut se dédouaner, il devra agir, prendre des mesures, et surtout faire la lumière sur cette «police parallèle» aux mains sales.Mais peut-on vraiment combattre un système qu'on a mis soi-même en place et des pratiques que l'on a encouragées?n Éditeur Roger D.Landry Coordination Paul Longpré Responsable des chroniques: Pierre-Paui Gagné Tél.: (514) 285-7070 Collaboration Philippe Barbaud Jean Basile Berthio Antoine Char Françoise Côté Antoine Désilets Jean-François Doré Claire Dutrisac Lucie Faniel Pierre Godin Serge Grenier Sophie Huet Albert Juneau Gérard Lambert Yves Leclerc Marie Lessard Pol Martin Mario Masson Charles Meunier Simone Piuze Pierre Racine Georges Schwartz Michel Vaster René Viau Toronto Michel Labrecque Vancouver Daniel Raunet Moncton Achille Michaud Mexico Francis Pisani Managua Jacques Lemieux San Salvador Edith Coron Paris Jean-François Lisée Rome Jean Lapierre Bruxelles Claude Moniquet Genève Angelica Roget Chypre Robert Pouliot Tokyo Huguette Laprise Taiwan Jules Nadeau Publicité Responsable des cahiers spéciaux Manon Chevalier Secrétariat Micheline Perron Tél.: (514) 285-7319 M A- /, ¦¦¦¦ tÊÊÊÊt I ce PooTuuV A Puisse .' M EN MARGE DU SPORT Georges Schwartz Lafleur, Carter, Marx et les autres La poésie revient, Villon! Dans les tribunes téléphoniques consacrées au sport, la partie sensée \u2014 Félicitations pour votre programme \u2014 et le reste, ont laissé provisoirement place aux sanglots longs des violons de l'automne.Lafleur fané, puis Carter ailleurs, le crépuscule des idoles réveillait la fibre romantique.Ceux que Miron et Vigneault avaient vilipendés au lendemain du référendum de 1980, sont maintenant devenus leurs émules.Le bon peuple a repris son luth, à la gloire du Démon blond, notre 10 plus persistant que ceux de Nadia Comaneci.plus excitant que celui de Bo Derek.Il accordait sa lyre pour le Kid, son lancer au deuxième but et son coup de bâton.Donne-z-y la claque, à New York.Au Forum on a saisi le sens de ce souffle hugolien.Comme par hasard le système rigide de Le-maire s'est assoupli d'un seul coup.Après avoir forcé Guy! Guy! Guy! à laisser le banc sacré pour un fauteuil confortable, il a ouvert ses écluses aux scores-fleuve, 9-7, 5-4, et permis à Nas-lund d'atteindre rapidement le plateau des 20 buts.A-t-il ou non demandé a partir?Pendant que le chef de Gary aiguillait ainsi le débat sur une voie de garage, il décrochait sa locomotive au Carter inversement proportionnel.Plus sa traction était puissante, moins le train des Expos avançait.Lancée à pleine vitesse sur ses rails new-yorkais, elle pourra dorénavant siffler en solo sur la prestigieuse scène du Mets.Après avoir vécu l'épopée lyrique.Montréal sombre dans la complainte tragique.En cette période âprement concurrentielle de crise économique, nous savions tous qu'il faudrait faire des sacrifices pour ne pas nous laisser trop distancer par Toronto.Mais était-ce bien nécessaire de commencer notre remontée vers le titre de métropole du Canada en alignant des équipes professionnelles encore plus fades que celles de la Ville-Reine?Si seulement René Lévesque n'avait pas bradé notre droit de veto.Encore heureux que les médias de masse soient demeurés conscients de leurs responsabilités sociales et des limites de ce que l'amateur moyen de sport peut endurer.Car une troisième idole s'est fait déboulonner de son socle au cours de ces quinze jours infernaux.S'il avait fallu qu'on en tire les mêmes manchettes que pour les deux autres, personne n'aurait pu prévoir l'ampleur des répercussions.Ainsi, le gouvernement du Québec a survécu entre temps à une motion de censure, en dépit d'un grand conflit interne.Un traitement-choc au sort réservé à cette autre supervedette et qui sait si, sous la pression de l'opinion publique sportive, les neuf députés abstentionnistes et la majorité du caucus péquiste n'auraient pas déserté pour aller rejoindre les rangs du mouvement socialiste de Marcei Pépin?Cènes, Karl Marx est mort depuis 101 ans.Et sa répudiation s'est effectuée loin de chez nous, en Chine pour être plus précis.D'ailleurs, elle avait été annoncée il y a près de 10 ans par les Maoistes de la «Bande des quatre», lorsqu'ils accusèrent Deng Xiaoping de faire dévier la révolution chinoise vers le capitalisme.«Les temps changent», titrait en première page le Quotidien du Peuple de Pékin au moment même où le Québec subissait le contre-coup de la tourmente La-fleur-Carter, «il serait naïf et stu-pide de se cramponner à des principes marxistes dépassés, pour espérer faire entrer la Chine dans l'ère moderne».Mais, férus de statistiques, les amateurs de sport savent compter.Us n'ignorent pas que les 6 millions de Québécois concernés par fa retraite de Lafleur représentent bien peu par rapport au milliard de Chinois touchés par celle de Marx.De plus, ils ont eu l'occasion d'apprécier l'influence bénéfique du marxisme sur le sport.Tarasov.Trétiak, les Stast-ny, Comaneci, Szewinska, Stevenson, Ender, Matthes, tout comme les Chinois Li Ning ou Zhu Jianhua, sont de purs produits marxistes.A part le baron de Coubertin, quel autre homme, je vous le demande, a marqué da façon aussi universelle le développement du sport?Si les médias ne s'étaient volontairement montrés aussi discrets face à cette convergence catastrophique le scénario envisagé plus haut prévoyait l'effondrement du PQ.Or, si le phénomène collectif d'auto-censure n'avait pas joué, il aurait fallu prévoir bien pire.Le cas Marx étalé à la une, entre Lafleur et Carter, risquait de déchaîner un ouragan auquel ni Pierre Bouchard, ni Pierre Trude! ne pouvaient résister.On ose à peine imaginer le bouleversement qu'auraient subi nos tribunes sportives et leurs animateurs devant des appels d'un nouveau genre.Le système de Lemaire critiqué selon les règles du matérialisme dialectique.Les contrats offerts par Charles Bronfman soumis à la doctrine définie dans le Capital.L'échange avec les Mets mesuré à l'aune de la plus-value.Aie.aie, tout mais pas ça! Continuez a bercer mon coeur d'une langueur monotone. DEMAIN L'AN 2000 4 ) « \u2022 \u2022 \u2022 i i t1 % \\ \\ U «i i t ,1 S * '« \u2022 \u2022 » £ t ' Yves Leclerc Quand un petit écran envahit l'autre Il y a belle lurette que les fanatiques de l'informatique individuelle ont détourné le téléviseur de sa fonction première pour en faire un écran à leur usage.Il y a un peu mo:ns longtemps que la télévision classique s est mise à s'approprier le sujet de la micro-informatique pour en faire le sujet de ses émissions.Mais, par un juste retour des choses, cela se produit de plus en plus fréquemment, depuis que les producteurs démissions ont d une part constaté qu'il y avait un intérêt du public pour la micro-informatique, et ont d'autre part appris à en tirer parti pour en faire quelque chose de vivant et d'intéressant sur le petit écran.Au début, il y a eu des reportages spéciaux soit dans les bulletins de nouvelles (ça meuble bien les périodes creuses), soit dans les émissions à caractère scientifique ou éducatif.On pouvait distinguer trois approches principales: la «sociale», qui tentait de documenter un ou l'autre aspect de l'impact des ordinateurs sur la société, la «didactique», qui visait à apprendre au spectateur tel ou tel aspect de l'utilisation de l'ordinateur, et l'« informative » qui donnait des nouvelles sur le dernier ordinateur, le dernier programme, la plus récente ou la plus spectaculaire utilisation.Parmi les émissions les mieux réussies a cette époque, il y a eu la série The Chips Are Down de la BBC britannique, que Radio-Canada a adaptée et condensée avec succès pour en faire «les Puces savantes», présentée aux Beaux Dimanches il y a trois ans déjà.En gros, les séries d émissions qui se sont ajoutées à ces premiers reportages sans suite ont abordé les mêmes thèmes et employé les mêmes approches, parfois de façon exclusive, parfois en combinant deux d'entre elles.L'exemple britannique_ Ce sont les Anglais qui ont donné I exemple (avant les Américains, assez curieusement) avec leur série didactique dont l'objectif était carrément d apprendre au public à se servir d'un ordinateur spécifique, conçu spécialement pour cette fonction, le BBC Computer fabriqué par Acorn.L'émission, présentée il y a plus de deux ans déjà, et reprise depuis, a eu beaucoup de retentissement, en dehors de Grande-Bretagne autant qu'à l'intérieur.Pourtant, elle a peu été exportée pour deux raisons principales.La première, c'est que le BBC Computer, assez coûteux (1000$ et plus), était difficilement disponible dans d'autres pays, et que sans lui, l'émission perdait une bonne part de son intérêt.La deuxième raison, c'est qu on s'est rendu compte qu'une fois passé le premier niveau technique, l'informatique individuelle est un sujet profondément «culturel», selon la langue et les coutumes des gens qui la pratiquent, et très difficilement trans-posable telle quelle dans un autre contexte.Notre série Octo-Puce.à Radio-Québec, n'a pas souffert du premier défaut, puisqu'elle voletait adroitement d'un type d ordinateur à un autre.Mais elle a été victime du second problème, celui du «décalage culturel».Par exemple, les responsables de la télévision française, qui voulaient une émission de ce type, l'ont trouvée trop « étrangère » et trop «didactique», alors qu ici elle a eu le succès que l'on sait auprès du grand public, et que sa saveur québécoise a été volontairement limitée au minimum.Pourtant, avec un certain retard, Octo-Puce semble en train de faire une percée à l'étranger.Elle est à l'horaire actuellement en Belgique, où elle semble remporter un succès intéressant, c*l j ai entendu dire qu'elle serait vendue dans deux pays d'Afrique francophone.Dans ces cas, le retard était sans doute dû au décalage dans révolution du marché et de la clientèle plutôt qu à aut.s chose.Français et Américains_ Ironie du sort, les Français ont maintenant produit leur propre série de douze émissions avec des objectifs similaires à ceux d Octo-Puce.et ils se butent aux mêmes difficultés.Comme les Anglais, ils ont choisi un ordinateur de base peu répandu hors de leur pays (le MO-5 de Thomson).et ils ont adopté un style et un format, incluant des interviews avec des personnalités totalement inconnues à l'extérieur, qui font que les télévisions étrangères, dont la nôtre, ne sauraient être vraiment intéressées à mettre cette série a l'horaire.Ce qui ne veut pas dire que rémission soit mauvaise.J'en ai vu cet automne quelques épisodes, et (sauf pour les toutes premières demi-heures, très faibles) le mélange d'initiation à la programmation et de débat sur le rôle de l'ordinateur en société m'a paru assez réussi.Des amis de Paris qui ont vu la suite me disent que ça s'améliore en avançant.Les Américains, qui avaient jusqu'à maintenant fait de nombreux reportages et une série de comédies (Whiz Kids, qui a eu un succès mitigé au mieux), ne produisent que depuis cette année une série «sérieuse» sur l'informatique individuelle, au réseau public PBS.Ils ont cependant adopté une approche toute différente, en ce que la série, réalisée dans la Silicon Valley même, vise non pas les débutants, mais carrément les amateurs avancés et les experts.The Computer Chronicles offre des nouvelles fraîches sur les découvertes et les techniques les plus récentes, des entrevues et des discussions de haut niveau sur la technologie, et des éléments didactiques de niveau collégial eu universitaire.«Nous supposons que ceux qui nous regardent sont des petits génies de linfo~rmatique », explique I un des responsables.« Et on dirait que ce n'est pas toujours une erreur que de surestimer I intelligence du public, puisque ça marche très bien et que nous avons même des commanditaires (Hewlett-Packard et Micro-Focus).» Exactement en sens inverse, le réseau anglais de Radio-Canada a Mr.Microchip, qui a les mêmes objectifs qu'Octo-Puco.mais que pour ma part je trouve nettement inférieur, trop cute et condescendant.Enfin, il faudra surveiller la sortie, sans doute à l'automne, de la suite d Octo-Puce, qui pourrait s'appeler quelque chose comme Logi-Puce.et qui s'adresse à un auditoire un peu plus au courant, et un peu plus intéressé ; en effet, l'émission visera à apprendre la création et l'utilisation de programmes pour micro-ordinateurs.La série est écrite, et le tournage doit se faire au cours des prochaines semaines.LE COURRIER.Cette semaine, plutôt au'au courrier, je veux faire écho à une série de téléphones de lecteurs qui voulaient se renseigner en particulier sur les ordinateurs domestiques vendus en solde ou nouvellement annoncés: Coleco, Atari et Commodore plus spécialement.Je voudrais savoir ce que veut dire la vente de l'Adam de Coleco à moitié-prix.Est-ce parce que la compagnie veut s'en débarrasser avant de cesser d'en faire, ou bien est-ce parce que l'ordinateur a des défauts?Faut-il profiter de l'occasion, ou s'abstenir?RÉPONSE: Je ne suis malheureusement pas dans le secret des dieux, et j ignore si Coleco a l'intention de retirer l'Adam du marché.Cependant, certains indices laissent croire que non.D'une part, le fait que dans certaines promotions, on offre en prime avec un Adam ou un Cole-covision des poupées «bout-d'ehoux», le produit de Coleco qui se vend le mieux, indique de la part du fabricant une intention sérieuse de pousser la vente, et pas seulement pour se débarrasser.Deuxièmement, je n'ai entendu dire à aucun moment que la production des Adam était interrompue ou sur le point de l'être, et un ou deux détaillants auprès de qui je me suis renseigné me disent qu'on les a assurés qu'ils continueraient à être approvisionnés.Troisièmement, les accessoires et programmes pour cette machine continuent à sortir à un bon rythme: le lecteur de disques (un bon prix à 279$) est maintenant disponible, et j'ai reçu depuis quelques semaines plusieurs jeux et quelques programmes d uîi'ité domestique (dont une «base de données familia'e»).À près de 1000$.l'Adam n'était pas une aubaine, mais aurait été un achat tout-à-tait raisonnable s'il n'avait pas eu certains défauts de fabrication et de conception.Plusieurs de ces défauts ont été corrigés depuis, et à 499$ (ou même 477$ comme je lai vu annoncé chez Bonimart cette semaine), cela devient un très bon prix puisque cela comprend le lecteur de cassettes et l'imprimante.Un Commodore G4 équipé de la même manière reviendrait à pas loin de 900$.Est-ce qu'on peut se procurer des ordinateurs Atari à prix réduit dans la région de Montréal, et est-ce un bon achat?RÉPONSE: À mon avis, les Atari 600 et 800 XL sont des machines en voie de disparition, et avec les risques que cela comporte, ne peuvent représenter une aubaine qu'à moins de 200$ pour le premier et de 270$ le second (et encore je suis généreux: le 800 est annoncé à 119$ aux États-Unis, ce qui devrait se traduire par 200$ ou moins ici).L'autre problème, c'est de les trouver.Tout ce que j'ai pu obte- On adresse le courrier o Yves Leclerx La PrtSM - PLUS 44 ouest, rue Saint - Antoine Montréal, Que.H2Y 1A2 nir d'un appel chez Atari en Californie est que leurs deux détaillants au Québec sont Distribution aux Consommateurs (qui à ma connaissance ne vend que le 600 XL) et Simpson.Ce qui n'est pas très rassurant, car une fois que vous aurez votre machine, où irez-vous acheter des accessoires et des programmes?Aucune de ces deux maisons ne se montre intéressée à assurer Je service après-vente.Qu'arrive-t-il des deux nouveaux modèles de Commodore qu'on nous annonce depuis le printemps, et que valent-ils?RÉPONSE: Il paraît qu'on a commencé à livrer le Commodore 16 quelque part au mois de novembre.Personnellement je n'en ai vu aucun nulle part sauf lors d'une démonstration faite par Commodore à Place Bona-venture au printemps.De toute façon, à son prix actuel, je me demande un peu qui il pourra intéresser, alors que pour moins de 100$ de plus, on peut avoir un Commodore 64 plusieurs fois plus puissant.Cependant, la rumeur veut que le prix du 16 tombe aux alentours des 150$ bientôt; à ce moment-là, il faudra le regarder de plus près.Quant au Commodore Plus-4, même si ses spécifications ressemblent à celles du 64, il est nettement plus puissant.Son clavier est plus complet et mieux conçu, son BASIC est meilleur, et une plus grande part de sa mémoire (environ 20 Ko de plus) est disponible à l'utilisateur.On doit m'en fournir dans les jours qui viennent une version francisée, je vous en donnerai des nouvelles aussitôt que possible.Chose certaine, c'est plus un ordinateur de travail (à domicile cependant) que de jeu, malgré ses airs de Star Trek.J'ai particulièrement hâte de mettre à l'épreuve les quatre logiciels «professionnels» qui y sont inclus sur mémoire morte.Attention cependant: dans un grand nombre de cas, les logiciels du 64 ne marcheront pas sur le Plus-4 et vice-versa! C en O 3 m > «ni
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