La presse, 8 décembre 1984, La presse plus
[" ?MONTRÉAL 8 décembre 1984 Volume 2 Numéro 49 ur ta carte linguistique du monde, l'univers francophone peut paraître impressionnant.De lfAmérique du Nord à l'Afrique, en passant par l'Europe, l'ensemble des pays partiellement ou entièrement francophones occupe un espace qui semble rivaliser avec les pays anglophones ou hispanophones.Illusion?En bonne partie, oui.C'est Jean-François Lisee, qui, cette semaine, dans le premier texte du dossier de PLUS sur l'état de la francophonie, démasque cette illusion.Une illusion qui nous ferait considérer Kinshasa, au Zaïre, comme la première ville française du monde, étant donné ses 5 millions d'habitants.C'est que le Zaïre, comme beaucoup de pays africains, compte en fait assez peu de véritables francophones: à peine 5 p.cent.Et comme dans les autres pays d'Afrique noire, la langue française y fait face à deux «menaces»: celle de la créolisation et celle des langues africaines dont certaines pourraient s'imposer comme langues de communication régionales.Sur le continent africain, c'est dans les pays de langue arabe que le français semble pour l'instant le moins menacé.En France même, l'augmentation de la population viendra surtout des travailleurs immigrés, en majorité arabes.Ailleurs, le son de cloche qui nous parvient des pays européens et du Québec même est plutôt attristant.La communauté francophone de Belgique est en net déclin, écrit de Bruxelles Claude Moniquet.De Suisse, Angelica Poget décrit une Romandie divisée et peu sûre d'elle-même.Quant au Québec, sa situation parait stable mais, constate Errol Du-chaine, la cote de survie est élevée: les francophones doivent y avoir une concentration de 95 p.cent pour enrayer le processus d'anglicisation.Devant les faits, le ministre Gérald Godin, délégué aux Affaires linguistiques, dans un commentaire écrit pour PLUS, se montre d'un optimisme très prudent: il n'y a pas de menace pour l'immédiat, mais l'avenir ne laissera guère de répit aux francophones du Québec.Parler français en Amérique restera toujours un défi.La rédaction (4 * L'EMPIRE DES SENS Serge Grenier m \u2014 sauce?* \t\t\t sau\t\tce?Desserts\t OTTAWA La vie d'E.D.en rose Lundi.Après un magnifique week-end passé à me détendre en portant des vêtements sport, je me sens déquerre pour attaquer mes dossiers avec une énergie renouvelée.C'est bien simple: je pète le feu.Je suis arrivé ce matin au bureau en chantant «Y a dla joie, bonjour bonjour les hirondelles».Mme Bel-humeur-Sanfaçon s'est écriée: «Tiens, le fou chantant!» J'ai été heureux de constater qu'elle connaissait bien son Trenet.Ivanhoé Quesnel, mon attaché politique était mort de rire.Il faut dire qu'à son âge, il aime mieux Boy George.Mais on n'est pas au bureau pour rire.Ça fait qu'on a abattu du bouleau.Mardi.J'ai passé avec succès mon examen chez Berlitz et je m6 suis inscrit pour janvier dans la classe intermédiaire.Mme Belhumeur-San-façon a eu un geste délicat à mon égard en demandant à I.Q.d'aller faire encadrer mon certificat pour décorer le bureau.Mon ami Tom Witt a été moins chanceux.En janvier il double la classe «débutant».Il a bien de la misère en français.Les mots, c'est pas pire, mais c'est les verbes.H pleurait presque.Je l'ai consolé à ma façon en iui chantant «la plume de ma tante» Mercredi.Rien de spécial.La vie est belle.Jeudi.Mon attaché politique a termine son étude sur l'impact du backbencher.Mme Belhumeur-Sanfaçon l'a lue et m'a laissé une note: «Se lit très facilement et très rapidement.I.Q.a le sens du résumé Dois-je en envoyer un exemplaire à la bibliothèque du Parlement pour l'édification des générations futures?» Ce soir, j'amène Tom manger du Setchouan à Hull.Il est très gentil mais des fois il est pas vite.J'ai été obligé de lui expliquer que Setchouan, c'est pas une province, c'est du chinois qui pique.Vendredi.Le waiter du restaurant du Parlement s'est O calmé.Je pense que M.LaSalle q lui a parle.Sauf que chaque fois que je demande des patates frites, il m'apporte des patates bouillies.Aujoud'hui.je l'ai testé: j'ai demandé des bouillies, il m'a apporté des frites.Maintenant que je le sais qu'il est feu de même, c'est ben simple, quand je voudrai des frites, j'aurai rien qu'à demander des bouillies.oo O) LU cr m LU 00 q lu < CO < cr h- GASTRONOMIE CO oî Lunch en roulant Onctueux potages?Plats en cela est chose du passé à bord du Rapido Montréal-Québec.Les lunchs de Via Rail logent à l'enseigne de la cuisine minceur.Un apéritif au départ pour se mettre en bouche.Le repas sera servi dans le bout de Saint-Hyacinthe: un lunch de quatre services, sur un seul plateau.Avantage: le dîneur adopte son propre rythme.Tout d'abord, pour la vitamine C, un jus de pamplemousse qui n'engorge pas le foie.Puis, une petite salade, pour les minéraux.Garnie de vinaigrette Kraft (la jaune orange), pour les lipides \u2014 il en faut.Et nous passons au plat de résistance, un demi-sandwich au poulet blanc, sans beurre, faible en glucides.Le dessert: gâteau aux carottes.Café peu caféine à volonté.À Drummondville, tout est consommé.Le processus digestif est bien amorcé.Nul borborygme, nulle flatulence.On se sent déjà plus mince.Et c*5st^d'un p§s alerte, l'esprit clair et l'estomac iéger que les voyageurs débarqueront en gare de Sainte-Foy, se disant qu'un lunch à Via Rail, c'est quand même mieux que pas de lunch du tout.DISQUES Les must du quartier Des amis vivant sous d'autres cieux s ennuient des neiges d'antan et du son québécois.Une dizaine de disques sonnant bien de chez nous les combleraient de joie.Leur Noël serait déjà moins sablonneux.Nathalie Simard?Non, elle finirait en frisbee.Diane Dufresne?Ils en ont déjà un.Fabienne Thibault?Les cahiers de la bonne chanson de l'abbé Gadbois, ce n'est pas leur fort.Ils recevront donc Beau Dommage au Forum, pour se rafraîchir la mémoire.Ding et Dong, pour rire; Alain Lamonta-gne, pour son harmonica envoûté; Jean-Pierre Ferland Androgyne, pour sa fidélité; Jim Corcoran, pour son phrasé; les soeurs McGarrigle.pour la difference; et.bien sûr.tous les enregistrements de Charles Dutoit.accompagné de l'Orchestre symphoni-que de Montreal.LA FRANCOPHONIE DANS LE MONDE H Une appellation mal contrôlée Jean-François Lisée oser la question de l'avenir de l'espèce francophone à l'horizon 2000.c'est se heurter à deux discours irréductiblement contradictoires.Côté soleil, les chiffres les plus réjouissants se bousculent: il y aurait sur la planète, selon le Conseil international de la langue française.300 millions de francophones.Pres-qu'à égalité, donc, avec les 345 millions d'anglophones et en bonne troisième place des langues parlées, derrière le chinois, indélogeable en haut de l'échelle.La dénatalité des Franco-Occidentaux ne doit pas nous émouvoir, selon ce discours, puisque les Franco-Africains se chargent de notre revanche'des berceaux.Côté nuages on parle de «recul planétaire», de «régression, déclin, déroute».En mai 1981, un groupe de parlementaires français tiraient la sonnette d'alarme: «La situation s'est dégradée au long des dernières années, qu'il s'agisse de la qualité de l'usage (du français), ae l'exactitude de son enseignement, de sa diffusion dans le monde et de sa place dans les institutions internationales.» Le président d'alors, Valéry Giscard d'Estaing.y allait même de cette prédiction: «D ici à 20 ans il y aura un Français sur 100» dans le monde.«Quand nous voudrons influer sur les autres, ajoutait-il, nous serons un contre 99.il y a là un problème de survie».Et cet autre chiffre vient noircir l'horizon: il n'y a que 80 millions de francophones dans le monde, les parlant français ne constituent que le onzième groupe linguistique, après le Bengali et le portugais.C'est que l'univers des francophones est complexe.Il y a ceux qui le sont, ceux qui disent I être.ceux qui essaient dej'étre.ceux qui le sont encore un peu en essayant de ne plus I être et quelques autres encore.Dans ces eaux-là, il faut prendre les statistiques avec des pincettes, les regarder à la loupe et se méfier des additions comme de la peste.C'est avec Jacques Cellard, linguiste, auteur de dictionnaire et spécialiste de ces questions que nous nous sommes livrés dans les locaux du Monde, à ce subtil exercice.Le danger de créolisation_ Le Zaïre, qui compte environ 28 millions d'habitants, est le second pays francophone du monde.Sa capitale.Kinshasa, réunit sous une même administration cinq millions de personnes, plus que Paris (deux millions) et peut donc prétendre au titre de «première ville française du globe».«Tout le monde sent bien qu'il y a là une offense au bon sens, commente Cellard.Il y a quelque chose qui ne va pas.» Le Zaïre est un des 12 pays d'Afrique noire où le français est la seule langue officielle.Ensemble, ces pays regroupent 56 millions de personnes qui doivent se multiplier pour atteindre, en l'an 2000, 86 millions.(Ces chiffres sont tirés d'une étude démographique prospective réalisée pour le défunt Haut-comité de la langue française.Ils sont arrondis au million près.) Evidemment, ces 56 millions de francophones pèsent lourd dans la balance linguistique mondiale.Mais cette balance serait-elle truquée?Selon Cellard, le français ne touche à un degré notable que 5 p.cent de ces populations, à un degré perceptible que 20 à 25 p.cent et à un degré absolument nul 50 à 60 p.cent.PARIS En tout, les Zaïrois parlent cinq à six cents langues et dialectes, dont cinq langues plus répandues.Voilà ce que cache l'appellation pour le moins mal contrôlée de «français seule langue officielle».Et encore, explique notre linguiste, le peu de français présent dans ces pays est aux prises avec deux dangers.Le premier, c'est la progression d'une langue africaine apte à supplanter le français comme moyen de communication unificateur.Le swahili, déjà très répandu dans le sud du Zaïre, semble être le candidat idéal.«Le swahili pourrait très bien devenir en fait, dans 15 ou 20 ans, la langue officielle et de travail du Zaïre», dit Cellard, qui note la progression de cette langue au Rwanda et au Burundi, deux autres pays officiellement membres de la francophonie.Autre danger, immédiatement perceptible, celui de la «créolisation» du français parlé en Afrique, une mutation du français en un parier iocai, autonome et distinct.«A part une très très minuscule classe politique et littéraire, le français effectivement parlé à Kinshasa ou à Abidjan (côte d'Ivoire) est devenu un créole sans intercompréhension avec le français de France», affirme Cellard.En clair, on ne comprend rien à ce qu'ils disent.Conclusion: combien de ces 86 millions de supposés francophones de l'an 2000 pourrons-nous vraiment inclure dans la colonne «langue française»?Seul le Sénégal, estime Cellard.pourrait encore sérieusement prétendre à y figurer.Arabisation et bilinguisme__ Même continent, autres réali- Sahara occidental _ Mauritanie WÊkÊÊ^\\ tMa,i Gambie W\u2014J \u2014 05 > m g 03 o m-o m JD 3) m CD « es problèmes démographiques n'alertent l'opinion que dans Ideux cas extrêmes.Celui de la surcroissance \u2014 telle qu'on peut l'observer au niveau mondial \u2014 qui inquiète par les dangers de crise qu'elle porte en germes.Et à l'inverse celui des problèmes spécifiques de vieillissement dune région.Mais même quand on la prend au sérieux, la démographie semble malheureusement ne servir à rien.Et cela pour une raison bien simple: une politique démographique agissant sur la natalité ne peut donner des résultats qu'en un minimum de deux générations.Quels hommes politiques, quels gouvernements seront prêts a engager des crédits ou des actions dont on ne tirera tout le bénéfice que dans une cinquantaine d'années?Cela dépasse tellement les échéances politiques traditionnelles.» L'homme qui me tient ces propos désabusés est loin d être le premier venu: Robert Andre, enseignant à I Université de Bruxelles est une sommité dans le monde des démographes ou ses avis font autorité.Homme politique lui-même \u2014 il a depuis plus de trente ans exercé divers mandats à la ville deMons, dans le centre du pays, dont il est élu socialiste \u2014 il doit ressentir une déception toute particulière en se disant que ses recherches, peut-être, ne changeront rien au destin de sa région, la Wallonie.Et pourtant dans cette région qui va de Bruxelles aux frontières française, allemande, et luxembourgeoise, la situation n'est pas rose.La «désertification» En 1981, on comptait 3156311 habitants en Wallonie Au premier janvier 1983.ils n'étaient plus que 3147316.Si l'on compare les chiffres entre le premier janvier 1982 et le premier janvier 1983, c'est pour se rendre compte qu'en l'espace d'un an la population wallone a baissé de 1,9 p.cent et celle de Bruxelles \u2014 ville essentiellement francophone \u2014 de 4,9 p.cent.Dans le même temps, la population flamande, elle, s'accroissait de 2,4 p.cent.Wallonie: 'immigration C'est qu'à une emigration provoquée par la crise économique qui, secouant durement I ensemble du pays, a transformé la Wallonie en véritable zone sinistrée, s'est ajouté le phénomène de «non-reconduction des générations».En 1962.1000 femmes donnaient naissance à 1 200 filles, aujourd hui elles n'engendrent plus que 805 filles.Si cette tendance devait se confirmer, la population wallone baisserait,d'après les projections du professeur André, de 3.7 p.cent d'ici a 2001 et de 15.7 p cent d'ici à 2031.Et encore, dans cette hypothèse, la projection est-elle faite en «région fermée», c'est-à-dire sans phénomènes de migration.Si la «désertification» de la Wallonie se poursuivait à son rythme actuel, c'est 27,7 p.cent de sa population que la région perdrait d'ici à 2031.Le problème est donc grave.Mais il n'est pas neuf.En mars 00 Ci UJ K m UJ o LU Q 00 Q UJ < C/) < UJ ce o CO REGIONS LINGUISTIQUES EN BELGIQUE TStO Ostende POPULATION PAR REGION LINGUISTIQUE ('\u2022» Claude Moniquet 1907.ne pouvait-on pas lire dans la Gazette de Liège: «Le pays wallon se suicide lentement mais continuellement par la diminution voulue mais toujours plus meurtrière de sa natalité.» Et en 1920, un ouvrage dressait, entre autres, la liste des villes de Wallonie où la mortalité remportait sur la natalité: les villes tom-beaux._ En 1962, le Conseil économique wallon confiait au directeur de l'Institut français d études démographiques, Alfred Sauvy, la tâche difficile d'être une sorte «d'expert conseil».Partant du postulat «qu'une ethnie biologiquement menacée doit consacrer tous ses efforts à son redressement, Alfred Sauvy estimait souhaitable pour la Wallonie l'instauration d'une série de mesures du type de celles appliquées en France: accroissement de l'aide de l'État en cas de deuxième et de troisième naissance dans une famille.Il préconisait aussi des «incitations indirectes»: dans le domaine des études, du service militaire ou de la fiscalité.Mais il n'était pas démographe pour rien.Alfred Sauvy savait très bien qu'une politique nataliste ne porterait pas ses fruits assez rapidement.C'est pourquoi il proposait qu'elle soit accompagnée d'une politique encourageant l'immigration.En d'autres termes il s'agissait de faire appel aux étrangers et de les aider à se fixer.À l'époque il s'agissait essentiellement d'une immigration italienne.En 1962 toujours, le Rapport Delperée reprenait une grande partie des conclusions de Sauvy, mais, et la différence est de taille, alors que ce dernier considérait l'apport des immigrés comme un soutien à la politique nataliste, le Rapport Delperée n'y voyait que des aspects économiques: fournir à des Industries qui en avaient besoin BRUXELLES une «main-d oeuvre peu qualifiée».Le 20 juin 1962, le gouvernement créait le «Centre d étude de la population et de la famille» dépendant du ministère de la Santé publique et chargé «d éclairer l'action du gouvernement».On pouvait croire alors que le gouvernement allait s'engager dans une nouvelle voie.Du moins, les francophones I espéraient-ils.Mais douze années plus tard, il fallait déchanter.La dénatalité conjuguée à une sur- mortalité en Wallonie annonçait un bien sombre avenir.Albert Delperée.auteur du rapport de 1962, ne pouvait que constater: «Les problèmes ont été isolés, traités séparément, sans vision cohérente.Il n'y a pas de liaison entre la politique de la population et la politique de la population active.» Mais rien ne changea.Si bien qu'en 1983, sept démographes menés par les professeur Robert André pouvaient écrire: «La natalité s'est effondrée après 1964.et son repli a été rapide entre 1965 et 1975.Les générations de mères ne seront plus remplacées par des générations suffisantes de filles, il en résultera que la population wallone dans son ensemble commencera à disparaître en nombre absolu d ici une vingtaine d'années.» Y a-t-il un espoir?Une fois de plus, laissons la parole au professeur André «Dans une Wallonie meurtrie par une crise qui provoque de plus en plus de pertes d'emplois et qui crée un climat humain pessimiste, il est réaliste d envisager !a ooursu'te de l'émigration et le maintien d'une fécondité basse n'assurant pas le remplacement des générations.La Wallonie \"deviendrait plus minoritaire dans le cadre belge et son influence s'affaiblirait.Afin d'éviter une situation aussi difficile, il faut que dans la dernière décennie du 20e siècle l'immigration reprenne et la fécondité s'élève.Il faut dès aujourd'hui faciliter l'intégration des étrangers encore présents en Wallonie et créer un contexte humain accueillant l'enfant.» Sinon, la Wallonie continuera à vieillir.En 1953.Alfred Sauvy écrivait: «Un pays sans jeunesse est voué à devenir un pays de vieilles gens ruminant de vieilles idées dans de vieilles maisons.» Le cas de Bruxelles Être francophone en Belgique n'est pas facile.En Wallonie, c'est la crise.Une crise sans pitié qui transforme fa région en désert économique.Il suffit pour s'en convaincre de parcourir ce pays: partout, des usines qui ferment, des fabriques abandonnées.La Wallonie, pôle industriel au 19e siècle, a dû laisser la place à une Flandre plus jeune, entreprenante, dynamique économiquement et politiquement.A Bruxelles où vit plus d'un million de francophones, deux conceptions du monde s'affrontent: droit du sol contre droit des gens.Pour la Flandre, pas de doutes, Bruxelles est en territoire flamand, il faut donc flamandiser la ville.Et pour cela, tout est bon.Partout apparaissent des centres culturels, des écoles subventionnés par la communauté flamande.Mais dans le même temps, on cherche à éloigner la population francophone, par un grignotage constant.De plus en plus de fonctionnaires ou d'agents des services publics sont flamands, même dans des communes à majorité francophone écrasante.Et cela par le biais des nominations politiques.Ailleurs, dans la périphérie de la capitale, on pratiquera une politique de démoralisation et on encouragera «activement» les francophones à aller voir ailleurs ce qui se passe: on ne compte plus les cas où des permis de bâtir sont refusés à des francophones dans los communes bruxelloises à prédominance flamande, et plusieurs écoles françaises ont dû fermer leurs portes.La pseudo-régionalisation de la fin des années soixante-dix n'a rien arrangé: désormais, la Belgique a également deux communautés, une flamande et une française, et trois régions, Flandre, Wallonie et Bruxelles.Mais cela c'est la théorie.La classe politique, majoritairement flamande, s'est toujours opposée à ce que le statut de Bruxelles soit voté.Un million de Bruxellois, privés de droits reconnus aux Flamands et aux Wallons, et même à la petite minorité allemande de 65000 personnes, sont les parents pauvres d'une «nouvelle Belgique» où la Flandre est bien décidée à se tailler la part du lion. a Romandie a sa place à part entière dans la mosaïque helvétique.Il Ifaut prendre garde à sa survie, car le français perd peu à peu son rôle actif au sein de la confédération.Nous devons donc renforcer notre langue pour que survive le miracle suisse.» Cette prise de position du conseiller fédéral Delamuraz est claire: il existe en Suisse un problème de minorité francophone.Sur une population de 6 482 000 habitants, il y a en Suisse 1 350 000 ressortissants de langue française.Du fait de la structure politique de type fédéral, les cantons francophones de Genève, Vaud, Neuchâtel, Jura, Fri-bourg et Valais (ces deux derniers bilingues) ont chacun leur originalité propre.Ils représentent 20 p.cent de la population suisse, alors que 74 p.cent des Suisses parlent l'allemand.5 p.cent l'italien et seulement 1 p.cent le romanche.Dans chaque région linguistique existe le principe de la territorialité de la langue.C'est ainsi que seule la langue de la population de souche peut être utilisée dans la vie politique, scolaire et commerciale.L'évolution démographique de la population résidant en Suisse depuis le début du siècle marque une variation très faible.Sur une durée de 60 ans.la diminution de la population romande est de l'ordre de 2 p.cent seulement La Suisse française (Romandie) existe donc en tant que région linguistique, c'est-à-dire qu elle désigne la région de Suisse où l'on parle français.L'appellation de Romandie est utilisée pour la région occidentale de la Suisse qui comprend les six cantons francophones faisant frontière avec la France.Elle a été utilisée pour la première fois en 1919 par l'écrivain Maurice Porta.«La Romandie.cela date de toujours probablement, puis il y eut les Romains.» Mais la prise de conscience d'une identité romande est tout à fait récente, sauf au Jura, dernier-né des cantons suisses.Le 23e canton a vu le jour en 1978 sous la pression des patriotes jurassiens, militant pour leur indépendance vis-à-vis du canton de Berne depuis plus de 100 ans.Fait assez surprenant cependant, la lutte de Jura a été observée avec un oeil critique, non seulement par les cantons alémaniques, mais également par les Romands.Peu habitués à la remise en question du statu quo.on en voulait à ces Jurassiens dont on ne comprenait pas la révolte et qu'on considérait comme fauteurs de troubles et de désordres.La Romandie existe-t-elle?_ De plus en plus fréquemment dès lors, les milieux intellectuels de Suisse romande se mettent à s'interroger sur l'existence et révolution de la Romandie.Tables rondes, séminaires, colloques et conférences se succèdent.«La Romandie existe-t-elle?» se demande-t-on même.Pour le conseiller fédéral alémanique Kurt Furgler, la réponse est claire: «La Romandie n'existe pas», a-t-il déjà déclaré.Cj genre de déclaration amène de vives réactions.Pour la po-liticologue Geneviève Grimm-Go- SUISSE Angelica Roget Incertaine Romandie bat, la Romandie est «l'espace d'une langue et d une subordination, plus simplement c'est une minorité linguistique, non pas au sens statique mais sociologique du terme».Force est de constater cependant que les Romands sont divisés: par les structures institutionnelles (cantons) d'abord, mais également par les religions, les partis et les intérêts économiques.Et ces réalités sont loin d'être simples car les clivages s'entrecroisent.Pour comprendre ce que la francophonie peut signifier en Suisse, il faut donc considérer la situation des cantons de langue française individuellement.S'il est entendu que les cantons tirent leur légitimité de l'histoire, il faut bien admettre qu'il n'existe pas d'histoire romande qui puisse servir d'héritage commun à tous les francophones de Suisse.Comme le précise Alain Pichard, journaliste spécialisé dans l'étude des minorités suisses, chaque canton a son vécu propre.Contrairement à la France, les Romands n'ont pas été dominés par le centralisme jacobin.Seule influence marquante de cette communauté de langue: celle de l'esprit napoléonien qui a favorisé l'adoption de notions politiques et juridiques venues de France.Autre influence, celle de la religion.Assez importante encore malgré l'oecuménisme et l'augmentation de l'indifférence religieuse.Trois cantons sont de tradition protestante: Vaud.Neuchâtel et Genève, la «Rome protestante» ou cité de Calvin, et trois sont catholiques: Valais, Jura et Fribourg, siège de l'unique université catholique de Suisse.Ces divisions religieuses ne sont cependant pas statiques et, dans la réalité actuelle par exemple, Genève est devenu un canton paritaire, où protestants et catholiques sont représentés à parts égales.Plus difficile encore de trouver une unité sur le plan de l'appartenance politique en Romandie.Car, non seulement les partis majoritaires sont différents dans chaque canton, mais les mêmes partis n ont pas obligatoirement les mêmes tendances dans tous les cantons.Encore une fois, la structure fédéraliste diversifie à l'extrême les tendances possibles.Ces dernières ont la possibilité de s'exprimer et d'influer sur la politique par de très nombreuses associations.C'est pourquoi le modèle suisse est considéré comme lune des structures politiques les plus démocratiques du monde.Revers GENÈVE de la médaille: l'impossibilité de parvenir facilement à un consensus sur des questions aussi simples et vitales que la francophonie, par exemple.Situation économique_ Du point de vue économique, on constate en Suisse romande des disparités très complexes, qui sont cependant les mêmes qu'on retrouve dans les autres régions linguistiques.Car, géo-graphiquement, la Romandie n'a pas de caractéristique propre, elle comprend les trois formes de reliefs les plus courantes en Suisse: montagnes, collines, dépression et plaines.Genève, 2e centre financier et bancaire de Suisse (après Zurich) et siège des principales organisations internationales, est le plus riche des cantons romands.La mainmise des capitaux et des cadres alémaniques sur I économie romande pose cependant un problème de plus en plus réel.Dans l'industrie genevoise, il a atteint des proportions inquiétantes.L.P.Bonny, directeur de l'Office fédéral de l'Industrie, est explicite: «Nous devons en effet constater que la plupart des régions menacées se situent en Suisse romande.Les centres de décisions s'installent maintenant à Zurich, Bâle et Berne.La seule issue réaliste c'est que l'économie romande se fortifie.» Mais la nature du problème est surtout politique.Il paraît donc de plus en plus évident que la minorité francophone suisse souffre de ne pouvoir statuer sur ce qui la concerne en priorité.Les alémaniques disposent en effet d'une majorité telle que les Romands (même alliés aux Suisses italiens et aux Romanches) sont toujours battus d'avance Mais, encore une fois, il s'agit ici de ne pas simplifier Cette mainmise de la majorité suisse allemande n est pas délibérée.Elle est la conséquence des structures mises en place par les institutions.Le respect de la démocratie fait que c'est toujours la majorité qui l'emporte.Les citoyens suisses allemands ont donc ainsi un pouvoir décisionnel de 100 p.cent à partir de leur 75 p.cent proportionnel.Les faits le prouvent: sur le plan économique, la Suisse romande est gérée par la Suisse allemande.À chaque votation, le clivage entre les choix romands et alémaniques se précise davantage.Et la perte de la souveraineté va de pair avec un déclassement des langues parlées par les plus faibles.Du côté des écrivains Comme toujours dans une recherche d'identité et de défense de minorité, c'est vers les artistes, les écrivains que l'on se tourne, que l'on cherche les réponses, les solutions.Ici encore, pas d'unité.Les meilleurs écrivains romands sont ceux qui ont su s exprimer au travers de leur propre identité: vaudoise pour Chessex et Gilles, valaisanne pour Chappas, ou encore jurassienne pour le poète Voisard.chantre de l'indépendance du Jura.«Ma terre, ma trace, ô mon amertume, comme vous vous dressez devant moi ce matin, déchirées de vents contraires et d'abandons.» À remarquer à nouveau qu'il n'y a nulle prise de position globale, ni de manifeste culturel à l'instar de Bor-duas ou autres.Seul défenseur d'une culture et d'une littérature romandes: le grand CF.Ramuz qui.dans ses cahiers vaudois.écrivait en 1919: «C'est une accablante entreprise que d'expliquer un peuple, surtout quand il n'existe pas.Mais comment vou-driez-vous qu'il existât, puisque la Suisse parle trois langues.» Et encore: «Que chacun, tout d'abord, soit lui-même, qu'il soit Vaudois.Tessinois.ou Argovien et Suisse ensuite, s'il le peut.» Un engagement calme, réfléchi.Mais qui, par ces paroles trop nettes, lui barra l'accès au prix Nobel de littérature par «intervention officielle».Peu à peu donc, sous l'influence et l'exemple des militants jurassiens, la Romandie réalise qu'elle est une «minorité francophone dominée».Pas assez fermement pourtant, d'après le sociologue Jean Ziegler.«Ici en Romandie, comme partout en Suisse, on a un urgent besoin d'une conscience critique, d'une intelligentzia, d'un mouvement populaire qui gène le culte, brise le consensus et revendique l'irrécusable majesté de la pensée libre et indépendante» \u2014 dit-il \u2014 et il poursuit en demandant: «Le canton du Jura va-t-il assumer cette tâche, inventer des solutions neuves, incarner la conscience critique dont on a aujourd'hui un si pressant besoin?» Cette conscience, par laquelle «un peuple ne peut trouver la voie de sa révolte que s il dénoue l'écheveau des influences acharnées à travestir son moi», comme le dit Roland Béguelin.le père fondateur du canton de Jura.?CO o 3J m > > m g 00 o m* O m CD D m CD CO EMILE PEYNAUD vinificateur Doit-on GO o> LU Œ LU O LU O 00 5 LU < 00 < LU O cri ans le milieu professionnel du vin, à Bordeaux en particulier, la blague est devenue classique: «On ne fait plus de Bordeaux, on fait du Peynaud!» De l'autre côté de l'Atlantique, un journal spécialisé de New York titrait récemment: «Wi// Bordeaux become Peynaud?».Par ailleurs, il y a deux ans, une importante association d'amateurs américains lui accordait le titre non négligeable de «vinificateur du siècle».Critiqué par certains, le trouvant trop omniprésent sur la scene bordelaise et lui reprochant d'inculquer une personnalité trop semblable à un grand nombre de vins, adulé par d autres qui au contraire voient en lui un véritable magicien, capable de sortir de la plus humble des cuves un nectar divin, Emile Peynaud est peut-être le personnage le plus controversé du monde du vin.Chose certaine, depuis la fin de la guerre, personne n'a joué un rôle aussi prépondérant dans l'évolution des techniques d'élaboration des vins et.plus que tout autre, i! a exercé une influence déterminante dans I amelioration de la qualité des vins.Une carrière internationale_ Aujourd'hui septuagénaire et à la retraite, ce qui ne l'empêche pas d'être toujours très actif («La retraite pour moi, c'est de pouvoir choisir mes activités», se plait-il à dire), il a maintenant derrière 'ui plus de cinquante années- de recherche et d'expériences multiples dans l'élaboration des vins.Ayant eu son port d'attache à Bordeaux toute sa vie professionnelle durant, il fut directeur de la Station oenologique .et professeur à la faculté d oenologie de cette ville.Conférencier et auteur prolifique, il rédigea une multitude d articles spécialisés et de livres à succès dont un ouvrage admirable minute Le Gout du Vin, le livre le plus complet jamais écrit sur la dégustation.Il a été pendant de longues années conseiller technique auprès de nombreuses maisons de négoce et d'une quarantaine de coopératives bordelaises.Mais la réputation d Emile Peynaud vient surtout du fait qu'au cours des trente dernières années, il a été consultant auprès de nombreux châteaux de Bordeaux et c'est peut-être là que son influence se fit le plus sentir.Ourant toutes ces années, il veilla aux vinifications de quelque 170 châteaux différents.L'âge l'obligeant à ralentir le rythme, il n'a conservé aujourd'hui qu'une trentaine de clients, des amis pour la plupart, dont les propriétés sont parmi les plus renommées de Bordeaux.La liste est im- a&3 pressionnante: Margaux.Lafite.Ducru-Beaucaillou, Pichon-Lalan-de.Giscours.Léoville Las Cases.La Mission Haut Brion.Beychevel-le.Domaine de Chevalier, etc.Sans qu'il ne l'admette ouvertement, son enfant chéri et celui dont il est le plus fier semble être le Margaux, un vin extraordinaire qu'il a aidé à remettre sur pied depuis 1978 et cela après des années de grande noirceur.Rapidement connu internationalement, ses conseils ont été recherchés dans plusieurs pays dont l'Espagne, où il collabora avec plusieurs entreprises durant une quinzaine d'années.En Italie, ses recommandations profitèrent à Pie-ro Antinori au moment où ce dernier travaillait à l'élaboration de deux des vins italiens les plus recherchés maintenant, le Sassicaia et le Tignanello.Il travailla aussi au Mexique pour le géant espagnol Pedro Domecq.Profitant de l'inversion des saisons et du fait que les vendanges s'y font en mars, il vint jusque dans l'hémisphère sud.au Pérou et en Argentine.«C'est un bon entraînement que de pouvoir faire deux vendanges par année!» commente-t-il.Au cours des années 60, il se rendit en Grèce pour prodiguer ses bons conseils a un richissime armateur grec désireux de créer un nouveau vignoble et d'y produire rien de moins que le meilleur vin du pays.Grâce à Peynaud il y réussit, puisque le Château Carras est aujourd i.ui considéré comme le premier vin du pays de Dionysos.Le professeur Peynaud raconte: «Je l'ai récemment servi en carafe au cours d'un repas, et les invités l'ont pris pour un cru classé de Bordeaux!» La carrière d'Emile Peynaud commence à I âge de quinze ans alors qu'il entre dans une importante maison de négoce de Bordeaux.Il se retrouve peu de temps après sous l'aile protectrice de I eminent professeur Jean Ribeyreau-Gayon, celui que plusieurs considèrent comme le père de l'oenologie moderne.Ce mariage scientifique sera remarquablement fructueux: «Cela s est bien passé, puisque nous avons travaillé cinquante ans ensemble! » Ribeyreau-Gayon le chercheur et Peynaud le praticien, tous deux installés à la Station oenologique de Bordeaux, chercheront durant toutes ces années des moyens pour mieux stabiliser les vins et surtout s'attarderont à mieux comprendre le phénomène do la fermentation malo-lactique, ce phénomène naturel et indispensable pour les vins rouges et par lequel l'acide malique du vin se transforme en acide lactique.Sans cette transformation, les vins restent durs, acides, et franchement désagréables.Or le professeur Peynaud rappelle qu'avant la fin des années trente, il y avait à peine le quart des vins produits qui le faisaient.«Même dans le Midi, pourtant la région viti-cole la plus chaude de France, on faisait des vins très acides.» ffiM Peyn Les nécessaires microbes Il faut rappeler qu'à cette époque, le monde vinicole était encore fortement imprégné des idées pas-teuriennes voulant que tous les microbes soient nuisibles à l'état sanitaire et à la conservation des vins.La pasteurisation et les antiseptiques comme le soufre étaient donc autant de moyens largement utilisés pour stabiliser les vins.Ainsi, les vins ne faisaient pas de fermentation malo-lactique et restaient donc très acides.Cette acidité prononcée ainsi que la constitution précaire des vins de cette époque s'expliquent aussi par le fait que les raisins ne présentaient pas des maturations aussi complètes que celle d'aujourd'hui et que les vins séjournaient jusqu'à 4 ou 5 ans en fûts; or on sait maintenant qu*un vin rouge ne doit pas être en contact avec le bois plus de 2 ans, sans quoi il risque de se dessécher et de s'oxyder.Des dégustations successives doublées d'analyses microbiologiques permirent à Peynaud et Ribeyreau-Gayon de constater qu'immanquablement, tous les bons vins n'avaient plus d'acide malique alors que les mauvais vins en avaient toujours.Bien vite, tous deux en vinrent à formuler des idées qui s'inscrivaient tout à fait à contre-courant de la philosophie pasteurienne d'alors.«Il fallait faire comprendre aux gens qu'il existait de bons microbes et qu'il fallait absolument les mettre à contribution c: on voulait améliore! la qualiié des vins.Ce n'est pourtant que dans les années 50 et surtout 60 que notre idée commença vraiment à être acceptée; aujourd'hui tous les vins font leur ma/o » Simple en apparence, cette évolution chambarda pourtant I ensemble des méthodes de vinification.Désormais il ne suffisait plus d'ajouter simplement une bonne dose de soufre au jus de raisin; il fallait maintenant considérer le vin comme une matière vivante, en constante évolution.Le professeur Peynaud continue: «C'est à partir de ce moment que la vinification devint vraiment intéressante, une forme d'art, littéralement.» L'étude approfondie de la construction des vins amena le professeur Peynaud à se pencher sur la dégustation et plus précisément sur le goût du vin.Qu'est-ce qui fait eaux du aud?¦ Michel Phaneuf qu'un vin est bon et donne du plaisir?Question simple mais pourtant fondamentale, qui, au fil des années, amena le monde du vin à rechercher un idéal qui jusque-là n'avait jamais été vraiment défini.Le goût du vin_ On sait maintenant que sur le plan gustatif, le vin se présente sous trois aspects: le goût sucré dû en grande partie à la teneur en alcool, le goût acide provenant des différents acides du vin, et le goût amer et astringent que provoquent à des degrés divers les tanins provenant de la peau du raisin.Or, pour que le vin soit agréable, il faut que cette somme d'acidité et de tanins soit équilibrée par une saveur sucrée, cette saveur étant la seule vraiment agréable pour l'être humain.Mais par ailleurs, comme le but idéal poursuivi est l'obtention d'un vin savoureux, en même temps capable d'une longue conservation, il faut qu'il contienne beaucoup de tanin.Par consé- quent, l'acidité doit être le plus basse possible, sinon le vin serait à la fois trop astringent et trop acide, ces deux sensations ayant le propre d'exacerber l'autre.Le professeur Peynaud explique: «Pour qu'un vin soit équilibré et qu'il puisse se conserver, il faut beaucoup de tanin, peu d'acidité et un degré alcoolique suffisant.C'est une erreur de croire que le vin doit être acide pour bien se conserver.» Cela explique pourquoi les vins essentiels de ce que certains appellent «le goût Peynaud».Ses détracteurs lui reprochent d'ailleurs d'avoir insufflé ce style à un trop grand nombre de vins, créant ainsi une sorte d'uniformité entre eux et amputant même le caractère propre à chaque cru.Devant ces critiques, il se défend vivement: «Ceux qui m'accusent de cela n'ont sûrement jamais eu l'occasion de goûter sur une même table la trentaine de vins de Bordeaux dont je m'oc- tous pareils; c'est avant, que les vins se ressemblaient, car ils avaient tous les mêmes défauts, la même acidité volatile, le même excès de barrique.Aujourd'hui, les vins ont beaucoup plus de caractère; ils sont finalement bien meilleurs qu'il y a cinquante ou cent ans.» Curieusement, celui qu'on accuse de faire des vins conçus pour être bus jeunes et dont on pense à tort qu'ils ne se conserveront pas Entre la vigne et le verre, tout l'art de la vinification qu'a révolutionné Emile Peynaud.d'avant-guerre devaient vieillir en bouteilles pendant de longues années avant de pouvoir être consommés; leur acidité élevée les rendait tout à fait imbuvables.Plus harmonieux, les vins d'aujourd'hui présentent à la fois l'avantage d'être bons à boire plus rapidement et la capacité de se conserver longtemps.Le goût Peynaud_ Lorsqu'on lui demande le type de vin qu'il préfère, Emile Peynaud répond: «Les vins souples, gras, charnus, riches en saveurs et en tanins, mais exempts d'aspérités et d'acidité apparente; il faut Qtfftfr soient concentrés \u2022 loofèn offrant cet aspect moelleux et sucré qui leur est si important.» Le fruit et la rondeur, voilà les deux éléments cupe Je le fais plusieurs fois par année et croyez-moi, il n'y a rien de semblable.Au contraire, ils n'ont jamais été aussi différents!» Ceux qui ont la chance de déguster simultanément des vins comme Lafite-Rothschild, Margaux, Pi-chon-Lalande et Léoville Las Cases peuvent en effet constater qu'il existe entre ces vins des nuances infinies.Rien d'étonnant à cela puisque, affirme-t-il, «chaque vinification, chaque méthode d'élevage est adaptée au caractère du cru».Néanmoins, il reconnaît que tous ses «enfants», comme il les appelle, ont un peu la même silhouette: « Aprè^s tout, ils sont tous issus des ?cépages; et puis il y a pour \u2022ijjacun feux la même recherche de fequnti>re idéal entre le sucre, l'acidité et le tanin.Mais, continue-t\u2014il.il est faux de dire qu'ils sont longtemps en bouteilles avoue pourtant une préférence personnelle pour les vins assez vieux.«Je suis resté très classique, confesse-t-il, mon goût va vers les vins d'au moins dix ans d'âge.Ceux que j'aime boire actuellement sont les 64, les 61, les 55; ce sont des vins accomplis.» Boit-il des vins tous les jours?Oui, mais lorsqu'il a dégusté plusieurs vins au cours de la matinée, et aussi incroyable que cela puisse paraître, cet homme qui est à l'origine de quelques-uns des meilleurs vins du monde aime bien alors couper le vin du déjeuner d'un peu d'eau.«L'eau pure ce n'est pas très bon, alors je lui ajoute un peu de vin.» Mais rassurez-vous, lorsque vient le temps de mettre du vin dans son eau, Emile Peynaud n'utilise pas de Château Margaux! Ê l éditeur Roger D.Landry collaborateurs au Québec Philippe Barbaud Jean Basile Berthio Alain Borgognon Maurizia Binda Françoise Côté Gil Courtemanche Antoine Désilets Jean-François Doré Claire Dutrisac Lucie Faniel Andrée Ferretti Pierre Godin Serge Grenier Sophie Huet Albert Juneau Gérard Lambert Adèle Lauzon Yves Leclerc Marie Lessard Pol Martin Mario Masson Simone Piuze Pierre Racine Georges Schwartz René Viau Ottawa Michel Vastei Toronto Patricia Dumas Vancouver Daniel Raunet MexiCO Francis Pisani Managua Jacques Lemieux San Salvador Edith coron Paris Jean-François Lisée Rome Jean Lapierre Bruxelles Claude Moniquet Chypre Robert Pouliot Tokyo Huguette Laprise Taiwan Jules Nadeau plus publie également des reportages exclusifs obtenus de l'Agence France-Presse, de l'agence Inter Presse Service et de Reporters associés.publicité générale: Probec5 Ltée Tél.: Montréal 285-7306 Toronto (416) 967-1814 de détail: La Presse, Liée Tél.: (514) 285-7250 Le magazine plus est publié par Hebdobec Inc.CP.550 Succursale Place d'Armes Montréal H2Y 3H3.monté et imprimé par LA PRESSE, Ltée.Tous droits de reproduction, d'adaptation ou de traduction réservés.président du conseil d'administration Roger D Landry responsable des cahiers spéciaux Manon Chevalier secrétariat Micheline Perron Tél.: (514) 285-7319 C 09 O m- 0) > m g 00 o m ao m CD oo S PRÉVISIONS FAor ReQAfiçsci US.pofunz 500s UN NÔUV6U £CLA\\ RACê.1 ».» 4% .' K EN MARGE DU SPORT Georges Schwartz Séoul'argent?À la télévision Les Sud-Coréens ont de sérieux problèmes de navigation.Quatre ans avant leur ouverture, les Jeux de Séoul doivent déjà éviter de survoler une zone stratégique bien plus étendue que celle proscrite à l'avion de ligne abattu en 1983 par la chasse soviétique.À part les 25 millions de kma de l'URSS et de ses pays satellites, d'où des missiles «boycottiques» sont régulièrement lancés dans sa direction, l'aéronef du Comité organisateur n'est pas en sûreté non plus au-dessus de l'Europe occidentale, ni dans les vastes cieux contrôlés par l'IAAF (Fédération internationale d'athlétisme) et, par conséquent, ni même au-dessus des États-Unis.Pour l'instant le plan de vol, peut-être un tantinet étriqué mais si sécuritaire pour les pilotes olympiques sud-coréens, les mène de.Sainte-Julie à Lon-gueuil et retour, soit au gré des allées et venues quotidiennes de Walter Sleber.C'est en effet sous le ciel sans turbulence de la Rive Sud, que I ex-directeur général des Sports au CO JO de Montréal a concocté minutieusement le programme en apparence le plus favorable au succès des Jeux d'Été de 1988.Les pays asiatiques en mesure d'organiser les Jeux Olympiques ne sont pas légion.Heureusement, se disent des centaines de millions de téléspectateurs intéressés à travers le monde, car le fuseau horaire des deux Corées ou du Japon ne leur est guère favorable.Ainsi, à cause d'un décalage de 6 à 8 heures, la meilleure période d'écoute d'Europe et d'Afrique, soit entre 18 heures et minuit, tombe en pleine nuit à Séoul.En outre le gros du programme coréen, les séances d'après-midi et de soirée échelonnées de 13 à 23 heures, correspond à peu près aux horaires de travail sur ces deux continents.Par contre, la meilleure période d'écoute pour les Amériques, soit grosso modo de 17 heures à minuit, concorde avec la séance matinale de Séoul.D'où les voeux exprimés par les réseaux concurrents ABC, CBS et NBC, pour que les finales des sports les plus prisés par leurs téléspectateurs soient disputées le matin.La surenchère entre les chaînes commerciales américaines pourrait faire monter les droits de télédiffusion aux États-Unis à 800 millions de dollars.À l'inverse, advenant que les plus importantes finales se déroulent en après-midi ou en soirée à Séoul.la valeur de ces droits chuterait sans doute de moitié.La chaîne qui enlèvera le marché ne pouvant alors bénéficier des tranches horaires les plus payantes en publicité.À la suite des prises de position fermes de IIAAP, des représentants des athlètes et des journalistes européens dont le travail serait facilité par des finales tardives, le président Samaranch a déclaré: «Le CIO s'en remettra à l'opinion des fédérations internationales qui sont techniquement responsables de leur sport pendant les Jeux Olympiques.Ainsi nous savons que certaines d'entre elles maintiendront leurs finales le matin, comme ce fut déjà le cas aux précédents Jeux.Si jamais un désaccord devait s'élever entre le Comité organisateur de Séoul et les fédérations internationales, l'arbitrage du CIO imposerait le point de vue de ces dernières.» Les voeux des réseaux américains sont facilement qualifiés «d'intolérables pressions» par certains porte-parole du milieu olympique.Plus diplomate, le président du CIO laisse ta porte ouverte à des négociations.Quant au Comité organisateur de Séoul, il aimerait réaliser la quadrature du cercle: ne mécontenter personne et obtenir le maximum pour les droits de télévision.À cet égard le programme établi par Sieber tente d'équilibrer le rythme des compétitions, les besoins des athlètes et le conflit Europe-USA, avec un certain préjugé favorable à ces derniers.Il propose 94 finales le matin à Séoul comprenant athlétisme, basket, boxe, gymnastique et natation, pour satisfaire les USA.Aux Européens il offre 76 finales en boirée, inciuani athlétisme, cyclisme, escrime, football, gymnastique, haltérophilie et volleyball.Puis durant la période d'après-midi, qui convient médiocrement aux uns et aux autres, il place 62 finales qui ne peuvent se dérouler en soirée ou sont moins en demande.En guise de conclusion, voici un commentaire récent du Britannique Dennis Howell: «Les 2000 finalistes de Los Angeles venaient de 81 pays et 58 n'en ont eu aucun.La Zambie est le seul pays ayant un PNB annuel inférieur à 500 $ par habitant à avoir remporté une médaille.Comment financer la préparation et la participation des athlètes du tiers monde?En utilisant les droits astronomiques payés par la télévision.» ? DEMAIN L'AN 2000 Yves Leclerc Le grand jeu d'Hamurabi onnaissez-vous Ham-mourabi?Et Hamurabi?Le premier a régné sur Babylone deux millénaires avant le Christ; il est célèbre pour la bonne gestion de son royaume, et pour la rédaction d'un code de lois en 282 chapitres montrant un sens remarquable de la justice et de la politique.Le second, inspiré du premier, est un «vieux» jeu d'ordinateurs, datant de la préhistoire de la micro-informatique, à l'époque où le graphisme en couleurs et les manettes de jeu étaient inconnus, où on était déjà émerveillé de taper du texte sur un clavier et de le voir apparaître sur un téléviseur, et où les programmeurs n'étaient pas particulièrement forts en orthographe.Le principe d'Hamurabi est très simple: vous êtes à la tète d'un petit royaume comprenant une centaine d'habitants et 1000 arpents de terre, et vous disposez d'un grenier contenant environ 2 000 boisseaux de grain.Il faut tant de boisseaux pour nourrir un habitant, tant pour ensemencer un arpent.et la récolte varie d'année en année selon le temps qu'il fait, ainsi que la croissance de la population.Vous pouvez aussi acheter et vendre des terres à tant de boisseaux par arpent.L'objectif du jeu est évidemment de «régner» pendant un certain nombre d'années (habituellement dix) en faisant prospérer votre territoire et vos sujets.Chaque année, il faut décider combien de boisseaux réserver pour nourrir les habitants, combien pour ensemencer les champs, et s'il faut vendre ou acheter des terres.Tant que vous avez des réserves, cela va bien.Mais lorsque surviennent une ou deux mauvaises récoltes, la situation se complique: vous êtes obligé de faire un choix déchirant entre nourrir tous vos sujets, auquel cas certains champs resteront en friche et ne produiront pas Tannée suivante, et ensemencer le plus possible (auquel cas un certain nombre de vos sujets risquent de mourrir de faim).Vous avez aussi l'option de vendre des arpents de terre pour remplir vos greniers.En ce sens, Hamurabi est une des plus anciennes simulations politico-économiques réalisées sur micro-ordinateur.et malgré le caractère simpliste de ses prémisses, il a passionné bon nombre des premiers amateurs à la fin des années 1970.Bien sûr.il est apparu depuis des jeux beaucoup plus raffinés et complexes, et les vieilles cassettes d'Hamurabi amassent toutes de la poussière, oubliées dans le fond d'un tiroir ou d'un placard.Du jeu à la réalité Si j'en parle ici.c'est que depuis quelque temps, j'ai l'impression que nos gouvernants jouent à Hamurabi dans la réalité.et que systématiquement ils ont tendance à faire les choix à courte vue qui, à plus ou moins brève échéance, mènent à de nouvelles difficultés.Par exemple, iorsqu on regarde le paysage politique autour de nous, on constate deux grandes tendances, selon que les gouvernements sont libéraux (ou «sociaux-démocrates») ou conservateurs.L'une consiste à assurer un emploi et un revenu minimal à tous, l'autre à accroître par tous les moyens la production.Vous voyez de qui je veux parler?En termes d'Hamurabi, la première consisterait à nourrir toute la population et à ensemencer avec ce qu'il reste, quitte à se trouver face à une famine l'année suivante.La seconde serait d'ensemencer d'abord tout ce qu'on peut, puis de nourrir la population avec ce qu'il reste quitte à ce qu'une partie des habitants meurent de faim dès cette année, ou bien quitte à vendre des terres pour assurer une production maximale.Dans le premier cas, on arrive tant bien que mal à soutenir l'illusion de la prospérité, jusqu'à ce qu'un jour tout s'écroule.Dans le second, on crée une classe de survivants prospères, mais de moins en moins nombreux et vivant sur un territoire de plus en plus restreint, jusqu'au jour où il ne reste plus assez des uns et de l'autre pour faire une société viable.Un problème de stratégie Là où la comparaison est intéressante, c'est qu'à sa manière caricaturale, le jeu montre clairement qu'aucune des deux stratégies ne peut mener à une issue favorable; la solution consiste presque toujours à faire de difficiles compromis entre les deux: dune part nourrir le plus de gens possible, pour maintenir une main d'oeuvre suffisante; de l'autre, s'assurer que suffisamment de champs sont ensemencés pour éviter une famine, quitte à sacrifier quelques sujets dans les années difficiles.Le problème, c'est que c'est là une politique qui ne risque pas d'être populaire, ni auprès des possédants pour aui l'essentiel est de faire fructifier ce qu'ils ont et qui ne voient pas de gaîté de coeur l'obligation d'en céder une plus grande part aux affamés, ni auprès de la masse du peuple, pour qui l'essentiel est de manger à sa faim maintenant, même si pour cela on risque une famine dans un an ou deux.On dit que la politique c est «l'art d'obtenir l'argent du riche et le vote du pauvre en persuadant chacun des deux qu'on va le défendre contre l'autre».Dans les circonstances, il est amusant de constater que dans certaines versions plus élaborées d'Hamurabi, l'adoption de n'importe laquelle des deux stratégies extrêmes peut provoquer une révolution sanglante, qui vous fait perdre votre trône et votre tête! Un facteur dont le jeu ne tient pas compte comme tel (parmi bien d'autres), c est celui de l'évolution.A l'époque d'Ham-mourabi, les progrès technologiques se faisaient si lentement qu'on pouvait en faire abstraction dans une analyse politique.Cependant, on peut considérer que l'achat de terres est un peu I équivalent d'un investissement dans l'avenir, et dans ce cas Ion constate que, du moins à court terme le choix du «Virage technologique» va à rencontre à la fois d'une politique de plein emploi et d'une politique de croissance de la production.Il s'oppose au plein emploi parce que son effet premier est de réduire la charge de travail nécessaire pour obtenir un certain résultat, et que les industries qu'il fait naître occupent peu de travailleurs proportionnellement aux capitaux qu'elles exigent, comparé aux industries traditionnelles.Il s'oppose à la hausse immédiate de la production, parce qu'il exige de distraire des ressources vers des projets à moyen et à long terme dont le résultat ne se fera sentir que parfois beaucoup plus tard.C'est donc là aussi une politique qui risque d'être assez peu populaire, une fois dissipé le g/amour qui l'entoure.Et, à mesure qu'approchent les échéances électorales, on peut se demander avec quelle vigueur elle sera poursuivie par nos dirigeants réels, qu'ils soient de droite ou de gauche, dans leur «grand jeu d'Hamurabi».LE COURRIER Le courrier de cette semaine n'est pas à proprement parler un «courrier des lecteurs», mais plutôt un courrier des éditeurs.Il y a un certain temps en effet que plusieurs me demandent des suggestions de livres à lire pour s'initier à I informatique, ou encore s'interrogent sur la qualité et I à-propos des ouvrages publiés au Québec (ou en français) sur le sujet.Tout récent est le « Guide d'achat c!es micro-ordinateurs» publié par Pierre Leblanc, aux Éditions de l'Homme.Vraiment le guide classique, avec une brève introduction sur la technologie et le vocabulaire, et une série de fiches descriptives sur la grande majorité des machines disponibles sur le marché.L'information est fraîche et raisonnablement précise J'aurais souhaité un point de vue un peu plus critique.Deux dictionnaires de microinformatique, mais réalisés dans deux esprits fort différents: celui de VIFI-Sogiciel.illustré et écrit dans un langage simple, parfois même un peu simpliste, s'adresse au parfait néophyte.Ceiui de Modulo est la traduction du classique de Charles J.Sippl.plus sévère mais beaucoup plus complet et plus précis, à I intention de l'amateur éclairé plutôt que du débutant Aux Éditions SMG.«'«Introduction au langage BASIC » de Marie-Michèle Goulet est un manuel d'auto-apprentissage, avec les qualités et les défauts du genre.Un peu trop sévère pour mon goût.« Programmer c est pas sorcier», chez Modulo (autre adaptation de laméricain) a un titre trompeur: ce n'est pas une initiation, mais un recueil de programmes à caractère pédagogique, assez intéressants par ailleurs.Deux livres d'apprentissage du BASIC pour enfants, cette fois dans un esprit assez voisin, «Mon ami l'ordinateur» chez Turgeon et « Logibul au pays de l'informatique» chez Modulo.Le choix est vraiment une question de goût: la principale différence est dans la présentation visuelle et le graphisme.«Programmatique», chez Modulo aussi (cet éditeur est très actif cet automne en informatique) est un cas particulier: une «initiation à la programmation méthodique » au moyen d'un pseudo-langage, «Aladin», dont la conception est très intéressante, mais la réalisation un peu rebutante, et le lexique inutilement technique (pourquoi «structure répétitive » et « structure alternative » au lieu de « répétition » et de « choix » ?).Dans les ouvrages spécialisés, il y a les traductions de Turgeon sur l'utilisation des logiciels populaires comme Base II et Multi-plan, qui sont fort bien faites et dans un format pratique pour l'utilisateur (grandes pages, ca- On odreste le courrier à Yve* Leclerc La Presve - PLUS 44 ouest, rue Saint-Antoine Montréal, Que.H2Y 1A2 ractères bien lisibles), et les ouvrages, en général très techniques et d'un haut niveau de qualité, que publie Gaétan Morin à Chicoutimi.Ces derniers sont en général des notes de cours ou des thèses de professeurs d'université.Deux initiations au traitement de texte, celle de Francine Saint-Pierre et Michel Allard chez McGraw Hill, et celle de Girault \u2022 et Gorin chez Foucher Les deux semblent bien faites, mais celle de Saint-Pierre et Allard est plus élaborée, et tient compte de manière plus spécifique des machines professionnelles disponibles ici.L'autre est plus courte, et de portée plus globale.Cas un peu special.« le Microordinateur à votre service » de Pierre Lessard et Louise Lapian-te est un énorme cahier à anneaux visiblement destiné à une clientèle d'hommes d'affaires et de professionnels.Il comprend une introduction générale à l'utilisation des micros en affaires, et une section sur les logiciels commerciaux les plus populaires.Plutôt cher.Enfin, deux ouvrages à portée plus sociale, «Ordinateur, travail et domicile» de Charles Halary (Éditions Saint-Martin) et «Éducation et innovations technologiques» de Hadj Benyahia (Éditions Renouf).Le premier est pour moi une déception: j'espérais un regard critique mais bien documenté sur un sujet assez nouveau, alors que c'est presque un pamphlet, qui prend position dès le départ.et qui ensuite n'arrive pas à faire la démonstration de sa thèse.L'ouvrage de Hadj Benyahia, autrefois du Groupe Gamma et maintenant à IUQAM, est une étude technique sur l'utilisation des innovations technologiques en éducation.Assez ardu, mais solide.et d'un intérêt indéniable en cette période d'introduction massive des ordinateurs dans les écoles.Ce que l'auteur s'efforce de faire est ae rationaliser et de quantifier les divers effets du phénomène, particulièrement sur le plan économique.?I ¦ I I ¦ ¦ ¦ I ¦ I 09 O z H X > 00 > m o 3»Ç 271-2316 | ¦ POUR ECOUTER Jean-François Doré Il a une gueule de Boy George, bon chic bon genre, dans la cinquantaine ravagée.Sourcils et paupières maquillés, début de soirée, le regard langoureux d'un bovidé en rut.les lèvres rouges séduisamment entrouvertes laissent échapper un filet de fumée.À côté de sa mâchoire ses fines mains de pianiste élégantes, entrecroisées, tiennent une longue cigarette mince.On en arrive presque à ne pas remarquer ses oreilles en chou-fleur, à oublier que la nature ne la pas avantagé côté esthétique et que dans son berceau de petit bébé la fée marianne de la beauté s était barrée, Gainsbarrée.Mais ce que la Nature enlève d'une main elle redonne de l'autre, pour équilibrer, pour compenser.Alors elle lui a donné du talent.Du talent pour écrire, pour composer, pour peindre et sculpter, pour scénariser et réaliser, pour créer.Elle lui a aussi donné un talent d emmerdeur de première, d'iconoclaste et de provocateur qui n'est jamais passé inaperçu.Chansons interdites par les radios, conspuées par divers organismes plus ou moins bien-pensants et pensant plus ou moins bien, lui-même excommunié tour à tour par X, Y ou Z, il a toujours rebondi, persisté*, survécu.De Oh.' Shérhfi Oh1, par Petula Clark à Love on fhe Beat titre de son plus récent trente-trois tours, Serge Gainsbourg a vu de l'eau couler sous les ponts, les viaducs et les aqueducs.Il a travaillé avec et pour les petits, moyens et grands de la vanété française, récemment avec Isabelle Adjani et Alain Bashung, antérieurement avec Jacques Dutronc.Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, France Gall, Anna Karina.Julien Clerc et surtout Jane Birkin pour laquelle il a écrit cinq albums.Le total de tout ça?Quelque chose entre plus et encore, entre trop et pas assez, entre la facilité et la trouvaille vachement chiee.Avec Love on the Beat on retrouve ce bon vieux Gainsbourg irrÂv£rpnC'
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.