Le passe-temps, 1 janvier 1948, v. 54, no 920
REVUE ARTISTIQUE FONDEE EN 1895 LE prestige international du "Passe-Temps" est une certitude, comme en témoignent les nombreuses lettres qui nous sont parvenues de plusieurs continenls.Nos lecteurs n'ont donc pas tort de nous faire confiance et de nous continuer leur appui.Voyez ce qu'on pense de nous à l'étranger : De monsieur Joas Baptista.directeur de la grande revue Brazil Musical : C'est avec le plus grand intérêt que nous avons commencé à teuilleter vos numéros du "Passe-Temps".Nous on avons remarqué tout de suite la bonne présentation et le riche contenu de vos articles, malgré les dilticullés auxquelles vous vous heurtez.Puisse votre revue être bien comprise de tous les Canadiens et puisse t olle même être largement diffusée dans tous les continents.Nous aurons très grand plaisir à coopérer avec vous.L'Amérique française et le Brésil sonl tous deux issus d'une mémo souche latine et il sora très profitable pour l'une et l'autre parties de faire valoir nos affinités spirituelles, principalement sur le plan musical." De monsieur Roger Dumas, compositeur de nombreuses opérettes et des grands succès de Fernandel : "Fe suis en train de lire avec beaucoup d'intérêt vob "Passe-Temps" que i'ai reçuB avant-hier.Il suffit de parcourir quelques pages pour se rendre compte qu'il doit êtro très important pour le Monde artistique canadien.Je conserve un si bon souvenir de ce beau pays." D'un secrétaire d'ambassade canadienne en Amérique du Sud : "J'ai été heureux d'apprendre que nous recevrons dorénavant régulièrement cette publication, qui sera certainement très utile à notre propagande d'ordre culturel." D'un musicien et conférencier bien connu aux Etats-Unis : "Continuez à publier le plus d'articles possible d'un caractère élevé, susceptible d'intéresser les lecteurs internationaux, et le grand public aussi bien que les musiciens." Pour accroître le renom de nos musiciens au Canada et à l'étranger, pour diffuser partout la musique canadienne, et répandre la culture musicale, les fails prouvent que "Le Passe-Temps" est le moyen par excellence ! Nous n'avons aucune raison d'être trop modeste ! e e e ATTENTION ! Le prochain numéro du "Passe-Temps" sera consacré à Frédéric CHOPIN, dont on célèbre cette année le centenaire de la mort.En plus d'une abondante biographie et d'une documentation rare, "Le Passe-Temps" publiera, avec la bienveillante collaboration des Editions Choudens, de Paris, une oeuvre nouvelle pour piano, du grand compositeur français Arthur Honegger, intitulée : Souvenir de Chopin SOMMAIRE DECEMBRE 1948 — No 920 THEMES ET VARIATIONS .2 et 3 WAGNER, biographie par Robert CHAUMONT .4 PARIS 1948 — IMPRESSIONS DE VOYAGES Maurice DUMESNIL.D.Mus.G LETTRE DE NEW-YORK J.-Gaudefroy DEMOMBYNES 7 C'ETAIT UN VIEUX MONSIEUR poème inédit de Gaston MONTHO .7 LA PREMIERE FANFARE QUEBECOISE Pierre-Georges ROY .8 NELLY MATHOT.9 POT-POURRI.10 NOEL, poème inédit de Gabrielle RAIZENNE .10 ALBUM MUSICAL .12 à 18 LE FORUM PIANISTIQUE Maurice DUMESNIL.D.Mus.19 BILLETS DE CONCERT .20 FLEURS ET CHARDONS.Revue des disques français Robert JOUGLET.21 CURIOSITES DU VASTE MONDE.22 POINTES SECHES ET CRAYON GRAS J.-J.GAGNIER, D.Mus.23 LES PRIX ARCHAMBAULT .23 ETES-VOUS MELOMANE?par MUSICOPHILE .26 IL Y A 50 ANS DANS LE "PASSE-TEMPS" .27 LES MOTS CROISES.28 Autorisé comme matière de seconde classe par le Ministère des Postes, Ottawa."LE PASSE-TEMPS" est publié mensuellement par les Editions du Passe Temps.(Inc.).218 ouest, rue Notre-Dame.Montréal 1.—Téléphone : MArquette 9905.Il est Imprimé par l'Imprimerie Mercantile, Limitée.Les manuscrits, publiés ou non.ne sont pas rendus.- -Direction : Eddy PREVOST; rédaction : Roland PREVOST; publicité: Paul PREVOST.ABONNEMENTS: Canada: S2.00 pour 12 mois; S3.75 pour 24 mois.Etats-Unis: 52.25 pour 12 mois.Autres pays: $2.50 pour 12 mois.Lo numéro: vingt cents.L'abonnoment est payable d'avance par mandat-poste ou chèque allranchl.accepté et payable au pair à Montréal.— CHANGEMENT D'ADRESSE : tout changement d'adresse doit être accompagné de l'ancienne.Avis doit nous parvenir au moins trente jours avant le numéro d'où le changement sera eltectil.Pour discontinuer de recevoir cette revue, il laut avoir acquitté tous les arrérages.— Le Passe-Temps publio aussi de la musique en fouilles.MONTREAL, DECEMBRE 1948 PAGE UN Les Américains préfèrent le bâton du chef d'orchestre au bâton de baseball L'Américain parait parfois superficiel, mais il a au moins un bon point en sa faveur : il préfère la musiquo au baseball, son sport antional.En 1947.les ligues majeures de baseball ont eu 19.954.832 spectateurs, alors quo les auditeurs de musique dite "sérieuse" ont été presque deux fois plus nombreux 29.466.000.Bing Crosby, Idole de la nation, so fait entendre sur 240 postes ; les auditions du Metropolitan Opera sont transmises par 278 postes el écoutés par quinze millions de lamilles.Il y a dix ans.l'Etat du Texas n'avait aucun orchestre symphonique; on en compte maintenant dix.Depuis 1930, la vente des disques classiques d'une seule firme s'est accrue de 3,700 pour cent.On ne compte plus les salles de concert et d'opéra, parfaitement outillées.— Voisine de ces millions de musicophiles.Montréal, deuxième ville Irançaise du monde ( ?).se prépare à célébrer le cinquantenaire de son projet de salle de concert.Enchanteurs .saui leurs notes ! Le fameux bâtonnier Sylvain David laisait un jour cette ingénieuse comparaison de l'avocat et de la musique : "Le talent de l'avocat, c'est le clavier le plus étendu, le talent de l'avocat, c'est un orgue II doit avoir les ressources, la puissance, la variété d'ellets et de sonorité d'un orgue, tanlôt modulant des sons ténus ot fins, veloutés, lorsqu'on tire le registre des flûtes, tantôt jetant les rappels fougueux, les stridences des cornets et des trompettes, quand l'attention du juge sommeille ; tantôt répandant l'harmonie complexe el savante, qui porte la conviction comme la mer profonde potte les nefs.II doit gronder en tonnerre et mugir en tempête, avec des éclats de loudre et des huées de vent en furie ; il doit être caressant, attendri, suavement persuasil comme les jeux de régale, et frémir d'émotion comme des anches libres, cependant que la pédale dessine en sourdine discrète et caverneuse la trame du raisonnement fondamental." Et patati-patata.jusqu'au mémoire des Irais, généralement beaucoup moins lyrique.Les premiers programmes musicaux à la radio Entendre de la musique à la radio nous parait aujourd'hui si naturel que l'on est porté à croire qu'il en fut toujours ainsi.Pourtant, cela ne date pas encore de trente ans, plus précisément de vingt-huit ans.Avant la création des commissions de contrôle, tous les amateurs de radiophonie — la plupart construisaient eux-mêmes leurs appareils compliqués, siflleurs el capricieux — causaient entre eux sur les ondes de mille et une choses pas toujours très intéressantes.L'un d'eux, lo Dr Frank Conrad, de Pittsburg, se lallgua de ce régime de parlote et do papotage.Il s'avisa un jour de laire tourner des disques de phono devant lo microphone ; immédiatement, il est assailli de rappels.Doué d'une perspicacité commerciale, il vit là un moyen puissant d'accroitro la vente des appareils et des accessoires de radio II conçut l'idée d'un poste puissant pour l'émission 6 heures fixes de programmes musicaux.La compagnie Westlnghouse accepta son olfre et le poste KDKA, de Pittsburg, fut construit.Le succès et les répercussions dépassèrent toutes les prévisions.Aujourd'hui, la radio nous poursuit jour et nuit en tous lieux — sauf au cimetière, où nous aurons peut-être le bonheur d'échapper à ses bruits.Et ce n'est pas certain : l'on a réussi à faire parler les morts ; on trouvera bien le moyen de los laire écouter.Exposition aux Amis de l'Art Le public est invité à visiter chaque samedi et dimanche après-midi de 2 à 5 heures, l'exposition de peinture, qui se tient au Secrétariat de l'Association Les Amis de l'Art, réunissant des oeuvres de Léo Ayotte, Clairo Fauteux, Maurice Lo Bel et Ethel Sealh.Notes pointées e M.Gilbert HILL, un de nos musiciens les mieux connus, a donné un récital conjointement avec Mlle Yolande Lagrenade.dont il était aussi l'accompagnateur, le 18 novembre dernier, au théâtre Victoria, à Victoriaville.M.Hill accompagnait aussi Madame Erna Sack à ses deux récitals à Amos, le 28 novembre, et à Noranda-Rouyn.le 1er décembre dernior.• L'article de M Raoul Bonin.intitulé "Aux merveilleux pays de l'Amérique du Sud", paru en juin dernier dans Le Paue-Tempt, a été reproduit dans l'important journal El Mercurlo du Chili, e Anticipant sur les manifestations du centenaire de Chopin, l'école de Musique du couvent Mont-Royal a organisé une intéressante exposition en l'honneur de l'illustre compositeur.Cette école prend souvent d'heureuses initiatives semblables qui mériteraient d'être signalées La direction esl trop modeste.¦ Mlle Pierrotte DALBEC.Joune soprano dramatique de Montréal, qui vient d'obtenir des succès au programme "Singing Stars of To-morrow", a déjà participé à plusieurs programmes radiophoniques.et lait ses débuis à l'opéra dans Rigoletto.¦ous la direction d'Ernil Cooper.Des éludes musicales sérieuses l'ont préparée à la brillante carrière qui s'ouvre devant elle.Elle étudia le piano chei les Dames de la Congrégation, avec Mlle Léonide Véiina.et les prolesseurs Louis Bédard el Paul Doyon, le sollège et la théorie à l'Ecole supérieure de Musique.Mlle Dalbec étudia le chant avec le professeur Arsène Brassard, de la société chorale du même nom ; olle poursuit ses éludes avec Madamo Pauline Donalda.M.Jean Lallemand, qui a déjà tant lait pour la musique à Montréal, vient d'accorder un trophée pour la classe de chant — dont le titulaire est M Roger Filiatrault — à l'Ecole supérieure de musique d'Outremont.La première élève à remporter le trophée esl Mlle Réjane Cardinal.Le trophée consiste en un médaillon de bronze gravé par Henri Hébert.Au recto, une tête d'Orphée, dieu du chant ; au verso, une lyre ot les inscriptions suivantes : Trophée Jean-Lallemand.le nom de la gagnante, Ecole Supérieure de Musique d'Outremont.— Nos félicitations à Mlle Cardinal.PAGE DEUX LE PASSE-TEMPS ClAÎdtk iorv5 ¦ Mil* José FORGUES.une de nos brillantes artistes lyriques, donnera son premier récital à l'Auditorium du Collège Laurent, le S avril prochain.Cotte jeuno soprano a déjà remporté de remarquables succès dans plusieurs villes du Canada et des Etats-Unis, et son concert suscitera un intérêt mérité.Son accompagnateur sera M.Warner Norman.ECHOS • Il ne'st pas trop tard pour mentionner la censure qui a Irappé le compositeur russe Prokofielf ; censure politique sans appel, comme celle qui a frappé tant d'autres musiciens accusés de "non orthodoxie communiste", e Une jeune élève de M.Rolland-G.Gingras, de Québec, Mlle Françoise Fiset, a donné un récital très goûté.La critique lui a décerné de fort beaux élogos, qui laissent prévoir un talent intéressant, e Dans la plus stricte intimité, à Stowe (Vermont), a été célébré le mariage de Mlle Erika Clambauer, de Salz-bourg, avec M.Wemer von Trapp.(ils de la baronne von Trapp.e UN EXCELLENT TRAVAIL DE L'HARMONIE DE SHERBROOKE On ne sait pas assez que Sherbrooke est, depuis longtemps, un centre musical très actif.Nous tenons à signaler, pour l'instant, l'oeuvro de formation accomplie par l'Harmonie pour la formation de musiciens.Cette école compte plus do trente jeunes gens qui entreront ensuite dans les cadres dece corps musical Cette Initiative est due surtout à M.Sylvio Lacharlté, directeur musical de l'Harmonie, le notaire Georges Sylvestre, et M.Gaston Laliberté.Nous donnerons prochainement des détails sur le grand lestival musical qui aura lieu dans quelques mois à Sherbrooke.Dix années au service de la radio "Consacré exclusivement aux artistes de la radio", telle était la raison d'être el la devise d'un modeste hebdo lancé il y a dix ans par uno poignée de journalistes et d'artistes, groupés par Marcel Provost.Son nom : "Radio-monde", définissait bien son champ d'action.Aujourd'hui, avoc une équipe accrue de collaborateurs, le périodique s'ost acquis une place de première importance dans sa sphère, par sa rédaction variée, souvent agressive et combative, par ses initiatives houreuses ot les services rendus aux artistes de la radio Assez souvent, Radlomonde lait jaillir des étincelles par son Iranc parler ; ce qui surprend, ici, où la presse d'information est généralement terne et mesquine d'opinions.A l'occasion de son 10e anniversaire, rendons à Radlomonde le témoignage de fidélité à sa devise et à sa mission.A nos félicitations très sincères, joignons nos voeux de prospérité ininterrompue.Le domaine de la radio est vaste, et notre confrère saura l'explorer pour lo plus grand bien de la radto elle-même, celui des artistes et aussi des auditeurs Les auditeurs sondés au radar Un système de radar est utilisé, aux Etats-Unis, pour sonder les auditeurs, savoir ce qu'ils écoutent de préférence.A cet effet, la station émet un signal capté par un appareil spécial qu'on branche sur le récepteur et qui renvoie à la station toules les indications utiles : identité du programme écouté, nature de l'émission captée, etc.L'enregistrement est fait automatiquement et simultanément sur tous les récepteurs interrogés.L'étendue de l'audience et son aspect sont ainsi révélés aux enquêteurs.Un aulre système de radar indique quand le récepteur est ouvert, et quel intérêt l'auditeur porte à l'écoute du programme en question.— C'est, en brel.l'intimité du loyer violée par les ondes.Sans le savoir vous serez bientôt "radarisés" de tous cotés.Un gêneur Petit incident aux fauteuils d'orchestre d'un concert récent.Un monsieur fredonne l'air que chante le ténor.Son voisin, qui n'y tient plus, murmure : — Quel imbécile ! Le gêneur s'arrête de fredonner.— Est-ce de moi.monsieur, que vous dites cela ?— Nullement, répond l'autre avec un sourire sardonique : c'est cet imbécile de ténor qui m'empêche de vous entendre ! Les musiciens jugés par leurs collègues.Si los loups se dévorent entre eux, il en est souvent de même pour les génies.Weber a dit de Beethoven : "Puh ! Il est mûr pour un asile lunatique " Parlant de Gluck, Haendel a lancé cette boutade : "Lui ?il ne sait pas plus le contrepoint que mon cuisinier." Haydn eut pour élève Beethoven ; mais 11 ne le conserva pas longtemps ; Beethoven, après l'avoir quitté, osa, en parlant du bon maitre, l'appeler "vieille perruque" ! Haydn, à qui revint l'épithète, en lut lort vexé, et souvent il répétait : "D'où sort donc ce jeune homme ?et comment ose-t-il me traiter de cette laçon ?Ce n'est jamais qu'un grand pianiste.Qu'a-t-il donc lait pour prendre de tels airs ?Quelques sonates ! Certainement elles ne sont pas mauvaises, quoique n'offrant rien d'extraordinaire ! les quatuors.Ils sont bons, réellement bon».Et le septuor ?Oh ! ça, c'est simplement grand !" Et la lace d'Haydn s'éclairait d'un sincère enthousiasme, le vieux maitre oubliait complètement sa colère.("Revue Sainte-Cécile) PARTICIPEZ A NOTRE CONCOURS Chaque mois deux abonnements gratuits au Passe-Temps sont tirés au sort parmi les bonnes réponses â trois questions.En outre, les concurrents doivent dire en quelques mots quels genres d'articles ou de musique leur plaisent le plus.On trouvera les réponses en lisant les articles et les chroniques du présent numéro.Abonné ou non.vous avez droit de participer au concours ; les gagnants déjà abonnés recevront un prolongement de douze numéros à leur abonnement.Adressez comme suit : Concours du Passo-Temps, 218 ouest, rue Notre-Dame, Montréal 1.P.Q.f.— Quel fut le véritable animateur du célèbre Parc Sohmer ?2.Quel ténor canadien-français obtint de grands succès à Paris vers la fin du siècle dernier ?3.Qui créa la Chanson de mon village à CBF ?Les gagnants du concours précédent : M.Charles-A.Dion, 1785 avenue de l'Eglise, Côte Saint-Paul, Que., et Rév.Lionel Lefebvre.c.s.t., Gaspé.Que.Nos félicitations.MONTREAL, DECEMBRE 19*8 PAGE TROIS WA GNER COLLABORATION PARTICULIERE DE .Robert CHAUMONT.Wagner a-t-il été un très grand musicien ou simplement un habile magicien du verbe musical ?La réponse nous parait aujourd'hui facile, mais si l'on se reporte à l'époque de l'apparition de ses premiers grands drames, on comprend l'acharnement de certains à le "découdre" et la ferveur de certains à le "déifier".Les passions se sont calmées, depuis, et il semble bien démontré que les adversaires avaient tous raison — à des degrés divers — et qu'ils avaient tous tort, plus ou moins.C'est que, de chaque coté de la barricade, chacun s'est plu a exagérer ses convictions.Comme disait l'autre, "Wagner ne mérite ni cet excès d'honneur ni cel excès d'indignité".VANT d'établir — fût-ce sommairement — le passif et l'actif de Richard Wagner, voyons un peu comment s'est formée la personnalité de ce compositeur, chez qui les défauts et les qualités étaient également "colossaux" à la manière allemande.Rien n'est banal, chez lui, ni sa vie ni son oeuvre, et cela vaut d'être connu.Richard Wagner naquit le 22 mai 1813, dans la vieille ville universitaire de Leipzig, en Saxe.Quelques mois plus tard, en octobre.Napoléon était battu, par les armées coalisées de la Prusse, de l'Autriche et de la Russie, dans les plaines qui entourent la ville.Le papa Wagner, Frédéric, greffier du tribunal de la police, fréquentait les comédiens et on le disait bon poète et linguiste remarquable.Parlant assez bien le français, il avait rendu de grands services durant l'occupation de Leipzig par les troupes napoléoniennes.Il mourut alors que Richard n'avait que six mois.La maman Wagner, femme très cultivée, se remaria avoc un ami de son mari, le peintre Ludovic Geyer qui, le fait semble certain, était Juif.Richard trouva en son beau-père un second père affectueux, intelligent, qui sut discerner très tôt les mérites de l'enfant.Comme le jeune Richard montrait d'heures dispositions pour tout ce qu'il entreprenait, le choix de sa carrière resta longtemps indécis.Geyer tenta de ie diriger vers la peinture, puis vers la poésie, car il tournait lui-même des poèmes fori aisés.Mais, comme beaucoup d'enfants vraiment doués, Richard détestait les études sérieuses.Il montrait beaucoup d'aptitudes aux jeux et aux courses à la campagne, et son espièglerie élait sans limites.Sa soeur Clara raccompagnait partout et elle resta toujours, même aux heures les plus sombres, une amie sûre et confiante.Mais un trait de son caractère apparaît dès l'enfance : c'est le goût du théâtre, d'un théâtre grandiose, shakespearien.A onze ans, il ne rêve que drames, tragédies et il noircit de nombreux feuillets plutôt que d'étudier ses manuels.Il apprend l'anglais pour mieux comprendre Shakespeare."J'abandonnai l'anglais", écrit-il plus tard, "mais Shakespeare resta mon prototype ; j'esquissai une grande tragédie, qui réunissait à peu près Hamlet et le Roi Lear ; le plan étaient extraordinairement grandiose ; quarante-deux personnes mouraient dans le cours de la pièce, et je me vis dans la nécessité, au dénouement, d'en faire revenir la plupart sous forme de fantômes, car tous mes personnages étaient morts avant le dernier acte.Cette pièce m'occupa pendant deux ans." Comme on le voit, la musique tenait une très petite place dans la jeunesse de Wagner, quoiqu'il .demandât avec insistance des leçons de piano et qu'il apprit les notes en cachette quand on refusa de les lui enseigner ; il considérait toutefois les exercices élémentaires comme une punition inutile, et aurait voulu jouer des ouvertures el des opéras avant d'avoir appris à bien faire une gamme.L'organiste Gottlieb Muller.enfin chargé de lut donner des leçons, déclara qu'on ne ferait jamais rien de lui."Il avait raison", dit Wagner, "je n'ai de ma vie appris à jouer du piano, mais je ne jouais alors que pour moi et rien que des ouvertures, avec le doigté le plus épouvantable.Cette partie de ma jeunesse tombe dans les dernières années de Charles-Marie de Weber ; il dirigeait alors, en personne, à l'Opéra Royal, dans la ville que j'habitais, à Dresde, l'exécution de ses opéras.Je reçus de ce maître mes premières impressions musicales.Ses mélodies me remplissaient d'enthousiasme, surtout la première représentation de Robin des Bois (Fieischùtz) avec sa musique originale si pleine d'épisodes fantastiques et dramatiques ; son caractère et sa nature exerçaient sur moi une véritable fascination."La mort de Weber dans un pays éloigné remplit de désolation mon coeur d'enfant.Celle de Beethoven survint peu après ; ce fut la première fois que j'entendis parler de lui.et c'est alors que je fis connaissance avec sa musique, attiré, si je puis dire, par la nouvelle de sa mort.Son impression sur moi fut toute-puis- ¦ La maison que Wagner habita à Zurich.La résidence de Richard et Cosima Wagner à Tribschen.près de Lucerne, et le Palazzo Vendramin.à Venise, où Wagner est mort.PAGE QUATRE LE PASSE-TEMPS santé.Je me familiarisai aussi avec Mozart, principalement avec son Requiem." La musique de Beethoven écrite pour Egmonf l'émerveilla tellement que dès lors il se jura de ne jamais laisser une de ses futures oeuvres soumise au public que parée d'une musique analogue.Toute sa vie, Wagner devait vouer un culte à ce qu'il appelait le délicat génie de vie et d'amour de Mozart ; et il ne laissait passer un jour sans lire quelques pages d'une des partitions de Beethoven.Il admirait profondément les oeuvres de Bach, qu'il n'a connues que beaucoup plus tard.• OA famille, doutant toujours de la vacotion musicale du jeune Richard, fit tous les efforts pour l'en détourner, car on ne la voyait pas appuyée par des études préparatoires, ni même par une habileté quelconque sur aucun instrument.Mais une circonstance qui contribua non moins à développer ses dispositions musicales, ce fut le retour de sa famille à Leipzig, en 1826, où il fut à la même de fréquenter lee célèbres concerts du Conservatoire, que des sommités musicales comme Mendelssoh, Moscheles, Schumann venaient de fonder dans cette ville.C'est dans ces concerts qu'il lui vint pour la première fois l'idée irrévocable de se faire musicien ; il acheta une méthode de Logier pour l'étude du contrepoint et se mit à composer une tragédie qu'il avait écrite peu de temps avant son départ de Dresde.De plus, a Leipzig, le jeune Richard retrouva son oncle, Adolphe Wagner, homme de savoir très étendu, dont l'influence sur lui fut des plus heureuses, tant pour son éducation que pour son instruction, car il put puiser avec ardeur dans la superbe bibliothèque de son oncle, lequel mourut en 1835.En dépit des obstacles, il ne se tint pas pour battu, et tout en continuant ses études littéraires (il avuit atteint sa dix-septième année), il persévéra dans l'étude de la musique avec une rare énergie et composa une sonate, une polonaise, une ouverture, et même une symphonie.En 1832, à dix-neuf ans, sa première composition, une sonate pour piano, esl imprimée.Cette année aussi, il reçut son diplôme de l'université et commença à étudier la musique avec Thodor Wein-lich, musicien admirable, maître de chapelle (comme l'avait été Bach) à l'église Saint-Thomas, qui sut le guider avec intelligence.Mais la grande ambition de Richard était d'écrire des ouvertures pour grand orchestre, et l'une d'elles fut exécutée pour la première fois dans l'illustre salle du Gewandhaus de Leipzig, le 23 février."Cette ouverture", continuait-il, "fut le point culminant de mes absurdités.J'avais voulu l'écrire, pour en faciliter l'intelligence à qui voudrait l'étudier, avec trois encres différentes, rouge pour instruments à cordes, verte pour les bois, et noire pour les cuivres.La Neuvième Symphonie de Beethoven ne devait être qu'une sonate en comparaison de cette ouverture merveilleusement combinée.A l'exécution, un coup de timbales fortissimo, et qui revenait régulièrement toutes les quatre mesures tout le long de l'ouverture me fit surtout du tort.Devant la persévérance du timbalier le public passa de la surprise du début à un mécontentement non caché, puis à une hilarité qui m'affligea profondément." A cette époque, une passion nouvelle faillit com- Au moment de la naissance de Richard Wagner.Beethoven avait 42 ans.Weber 27 ans.Spontini 38 ans.Rossini 21 ans, Aubert 29 ans, Meyerbeer 22 ans.Bellini 11 ans.Berlioz 10 ans.Menledssohn et Chopin 4 ans, Schuman 3 ans.Liszt 2 ans.¦ Wagner dans sa demeure de Bayreuth.par W.Beckmann.De gauche à droite, on y voit Mme Cosima Wagner.Wagner.Liszt et Ernst von Wolzogen.promettre sa carrière musicale : le jeu ; avec quelques misérables rebuts de l'Université, il s'y adonnait avec frénésie, jouant des nuits entières et perdant ses très modestes ressources.Comme il l'explique lui-même dans ses Mémoires, il s'en corrigea brusquement à la suite d'une crise morale et quitta définitivement les tripots de Leipzing.e 1835, il se rendit pour quelque temps auprès de ¦Lj son frère aîné, Albert, qui était alors attaché au théâtre municipal de Wurzbourg, à la fois comme comédien, ténor et régisseur.Tout en remplissant les fonctions de chef des choeurs et des rôles dans les comédies et les tragédies de ce théâtre.Richard y acheva son opéra romantique, à la mode d'alors, Les Fées, pour lequel il ne put jamais trouver de directeur qui consenti! à le représenter.Une seconde oeuvre, plus vivante que Les Fées.la Délense d'aimer ou La Novice de Palerme, écrite en 1835 à Teplitz au cours d'un voyage en Bohême, ne fut exécutée qu'une seule fois, à Magdebourg, l'année suivante, c'est-à-dire après sa nomination de chef d'orchestre de l'Opéra de Wurzbourg.Gasperi ni rapporte que la guigne semblait poursuivre ce malheureux ouvrage ; banqueroute de la compagnie théâtrale, obstacles multiples tant au dedans qu'au dehors, un piètre orchestre et une interprétation médiocre, car, par amitié pour leur chef d'orchestre, les artistes avaient consenti à jouer son opéra, appris d'ailleurs sans enthousiasme et au pas de course.Une scène de ménage imprévue faillit tourner au tragique à l'ouverture.Le mari de la première chanteuse, jaloux du premier ténor dont le rôle obligeait à beaucoup de complaisance pour sa partenaire, assomma la jeune femme d'un coup de poing au moment où elle rentrait dans la coulisse.Interruption de la pièce, et grand émoi dans la salle.Peut-être la diva était-elle accoutumée à pareille caresse de son mari.puisqu'au bout d'une demi-heure, la pièce reprenait comme si rien ne fût arrivé.Cet incident nuisit beaucoup à la pièce de Wagner ; La Novice de Palerme se termina dans une atmosphère plutôt iroide.MONTREAL, DECEMBRE 1948 PAGE CINQ (A suivre à la page vingt-quatre) Paris 1948 - Impressions de voyage par Maurico DUMESNIL, D.Mus.T A PREMIERE impression qui saisit un visiteur arrivant à Paris après neuf ¦Li cms d'absence est la joie de retrouver la capitale intacte, de se rendre compte de visu que malgré les ravages d'une guerre cruelle il reste des ilôts miraculeusement préservés de la férocité humaine.Ayant débarqué à Cherbourg par une radieuse matinée de septembre et continué mon voyage en auto, je passai d'abord par los localités normandes jadis si riantes et maintenant dévastées : Caren-tan, Isigny, Saint-Lô, Falaise ; puis Caen et Llsieux, dont il ne reste presque rien.Mais à l'approche de Paris lout changea, et à quelques kilomètres de Saint-Germain je m'engageai sur une auto-route récemment terminée, magnifique quadruple voie qui, sans cahots, croisements ou signaux d'arrêt, m'amena rapidement au Pavillon Bleu de Salnt-Cloud.Avez-vous voyagé, aux Etats-Unis, sur lo merveilleux "Turnpike" de Pennsylvanie ?L'auto-route de Saint-Germain en est une réplique dont il faut souhaiter la multiplication.A peine entré dans Paris par le Bois de Boulogne et la Porte Maillot, ie retrouvai au long des avenues les familières colonnes Morris annonçant concerts et spectacles.Les concerts ?Bien que leur nombre soit moindre que pendant la période relativement heureuso d' "entre deux guerres", il y en a beaucoup encore.Mais la majorité est donnée par des artistes étrangers, et il en va de même pour les concerts symphoniques et les chefs "Invités".Pour plus de précision : )'ai compté sept récitals étrangers contre quatre Irançais.et quatre chels étrangers contre trois Irançais.en une semaine.Qu'est-ce à dire?Nos artistes nationaux se réduisent-ils eux-mêmes au silence, et pourquoi des ¦ Dr et Mme Maurice Dumesnil (Evangeline Lehman) photographiés avec l'hêteue des Capital Airlines à Willow Run, aéroport de Détroit Michigan, à l'arrivée de notre collaborateur après la dernière étape de son voyage par avion de Paris aux Etals-Unis.musiciens tels quo Paul Paray, Albert Wolf, Eugène Bigot cèdent-ils leur pupitre si fréquemment à certains métèques qui ne leur arrivent pas à la cheville ?Le lise anti-musical La réponse est simple en ce qui touche aux récitals .non seulement les frais ont augmenté dans des proportions formidables, mais les recettes sont tou|ours problématiques en raison de la vie de plus en plus difficile ; et quand par un heureux hasard le public payant vient en masse, le lise intervient et s'octroie la plus grande partie des bénéfices ! On a prolesté, et les organisateurs de concerts ont cherché à obtenir des conditions plus équitables, mais jusqu'ici ce lut en vain et conséquemmenl les salleB sont occupées surtout par des étrangers "à devises" qui viennent à Paris chercher un prestige susceptible d'exploitation Iructueuse dans leur pays natal.Quant aux manipulateurs de la baguette, si la réalisation de leurs ambitions présente des difficultés plus grandes, ils arrivent généralement à leurs fins bien que les moyens employés demeurent un tantinet.mystérieux ! La situation des salles de concert portant les noms des trois grandes maisons de pianos s'esl considérablement modifiée durant la dernière décennie.La vénérable Salle Erard.témoin des triomphes de Francis Planté.Ferrucio Busoni, Emil Sauer, et maint autro illustre virtuose, abrite, ô déchéance, un studio de radiodiffusion où le |azz lait rage.La Salle Pleyel, devenue temporairement Salle Rameau, a repris son nom original ; mais hélas, l'édifice ne contient plus de pianos et après une faillite regrettable, magasins et administrations ont échoué dans un simple appartement aux environs du Palais de Glace Le nom de Pleyel ne semble guère survivre que grâce au grand vaisseau du Faubourg Saint-Honoré.conçu et réalisé par Gustave Lyon.Les progrès de Gaveau En contraste avec cette pénombre attristante, j'ai trouvé la maison Gaveau en pleine expansion llorlssanlo.La salle de la Rue de La Boëlie a reçu une décoration nouvelle qui lui confère un cachet de suprême élégance et de discrète aristocratie Le grand orgue a été refait ; l'éclairage indirect crée une atmosphère propice au recueillement ; l'acoustique est toujours parlaite ; et l'Immeuble est comme auparavant exclusivement consacré aux choses de la musique.Quant aux pianos, que vous dirai-je ?Avant la guerre les Gaveau étalent certes de bons Instruments.Mais maintenant je puis vous affirmer qu'Us surpassent tout ce que l'ai joué en Europe et dans les deux Amériques.La facture française peut être Hère de la magnlllque série des modèles de concert Gaveau.Sur leurs claviers la dif- ficulté technique semble abolie, on peut se donner tout entier aux |oies de l'interprétation, et les jeux de sonorités rendus possibles par leur vibration extraordinaire ouvrent à la magie des pédales un horizon nouveau de possibilités sans limites.Sous la direction dynamique de Marcel Gaveau, les traditions établies par Etienne Gaveau sont respectées ou amplifiées d'accord avec la marche des temps, et à chaque échelon du personnel on constate l'attitude souriante, l'accueil amical qui sont l'indice d'uno prospérité heureuse.Mentionnons seulement, en passant, la nouvelle salle du Palais de Chaillol, conçue uopr la musique mais devenue le siège du verbiage futile des Nations-Unies, pour le moment du moins.C'est avec regret que j'ai trouvé la vieille Salle des Agriculteurs transformée en cinéma.Par contre, la petite salle de l'Ecole Normale, si charmante en son décor modernlstique de panenaux boisés, existe toujours : et le souvenir d'AHred Cortot y demeure avec persistance, en attendant son retour qu'il laut espérer prochain.Les Concerts Colonne, Lamoureux, Pasdeloup, et la Société des Concerts sont-ils toujours aussi suivis, ont-ils toujours le même prestige ?l'en doute tort, car ils font appel à trop de solistes médiocres, jeunes élèves fraîchement émoulus du Conservatoire et sans expérience, ou étrangers dont j'ai déjà parlé plus haut.Le manque de répétitions donne à certaines exécutions le caractère d'une lecture à vue.Et la Société des Concerts, en perdant le magnifique Charles Miinch, engagé à Boston, a vu disparaître son ultime chance de retrouver enfin la gloire du passé.Un directeur politicien L'Opéra souflre de maux similaires.Après le long règne de Jacques Rouché la direction avait été confiée aux mains expertes de Maurice Lehmann et Reynaldo Hahn.Ce lut une période merveilleuse, car le premier était un véritable animateur, un réalisateur de grande envergure, un metteur-en-scène de premier ordre — il l'est toujours et de la laçon la plus brillante, au Chatelet — et le regretté Reynaldo Hahn était un collaborateur musical dont le talent et l'expérience étaient précieux.C'est à celte superbe équipe que l'on doit la reprise d'Anrar.l'oeuvre capitale de Gabriel Dupont.L'interruption, en plein succès, des représentations n'est pas à la gloire du vague politicien-ex-conseiller-municipal qui sans préparation, a été appelé à diriger la première scène française Sic transit.A l'Opéra-Comlque on trouve également et trop souvent cette impression de "bâclé" qui provient de programmes improvisés et d'une parcimonie excessive dans les répétitions.Le Quatuor Loewenguth Avant de terminer, si nous parlions un peu de la musique de chambre, cette forme qui constitue l'expression la plus noble, la plus haute de la musique ?Aurait-elle sombré dans le matérialisme et la brutalité d'après-guerre ?Non, assurément, car il existe plusieurs sociétés dédiées à cet art, et dans la même semaine l'ai entendu chez Gaveau deux magnifiques soirées (Suite à la page vtagrl PAGE SIX LE PASSE-TEMPS UN GRAND EVENEMENT Francis Poulenc a New-York par I.G.DEMOMBYNES.Correspondant du -Passe Temps" a New-York AU COURS d'une saison musicale où Ja musique Irançaise esl particuliè-** renient à Thonneur, les deux concerts donnés en novembre par Francis Poulenc, — après Je sillage éblouissant laissé par Munch et l'orchestre National, et avant l'arrivée du violoncelliste Pierre Fournier et di du pianiste Alired Cortot, — ont été un régal pour les mélomanes.Poulenc s'est présenté d'abord au public sont pas encore capables d> new-yorkais en compagnie de Pierre Ber-nac, dont la voix souple et nuancée a interprété avec un goût pariait les doux cycles de mélodies de Poulenc sur les poèmes d'Eluard et de Fombeure ; U y a quelque danger à présenter à un public de langue anglaise des mélodies en français, d'un compositeur totalement Inconnu de ce public ; j'estime absolument nécessaire de les présenter en anglais (il faudrait qu'au préalable ces mélodies lussent traduites et publiées en anglais) ; je me souviens de la peine que j'eus, il y a trois ans, au Conservatoire de musique de l'université de Western-Ontario à London (Canada), à laire partager à mes étudiants mon enthousiasme pour une trentaine de mélodies de Poulenc, en particulier les Chansons gaillardes, si subtiles et si artistes, el aussi Le Bestiaire (cotte extraordinaire série, inspirée par l'ilalo-polonais Guillaume Apollinaire, qui se termine par l'intense émotion de mort et d'éternité de La Carpe.) Il y avait pourtant au Conservatoire d'excellents disques de ces mélodies, que j'étais le premier à exhumer de leur linceul de poussière, et mes étudiants les écoutaient sans lin ; mais ils ne commencèrent à les apprécier qu'une lois le texte traduit et compris.Toutefois, le pelit nombre d'Américains capables de comprendre l'art infiniment délicat et distingué de Poulenc aime ses mélodies, et, chose curieuse, sinon d'une trlsto ironie, considèrent Poulenc comme un compositeur do mélodies, à l'exclusion de tout autre genre de musique.U est clair que pour être connu en Amérique, Poulenc devrait composer un opéra-comique, du genre Le Chevalier à la rose de Richard Strauss, ou mieux encore une opérette genre Rose-Marie.Il obtiendrait ainsi popularité., el argent.Son esprit fantaisiste et prlmesaulier y serait parfaitement à l'aise.Mais l'aversion de Poulenc pour le théâtre — avec ses gros effets d'une optique élémentaire ol fatalement appuyée — est lout à son honneur.On ne peut qu'admirer el respecter la probité artistique d'un compositeur qui, dédaignant un compte en banque, préfère rester fidèle à sa tendance personnelle, qui l'incline de préférence vers la musique de chambre el l'orchestre : vers les sommets de la hiérarchie musicale.Il est symptômatique que son Concerto champêtre pour piano et orchestre, interprété par lui-même au piano (et avec quelle maestria | ) avec l'orchestre Mitro-pouloB au Carnegie Hall le 20 novembre 1948.ail été moins apprécié par les New-Yorkals que ses mélodies Les Américains, en dépit de leurs progrès prodigieux en éducation musicale depuis deux générations, en dépit du fait que leurs dollars attirent en ce siècle les meilleurs artistes européens dans le Nouveau-Monde, ne humer le parfum subtil et délicat qui émane de la musique pure, surtout quand elle a ce caractère intime — et si authenliquemont français de bon ton et de bonne société — qui se dégage des oeuvres d'orchestre de Poulenc.Le Concerto champêtre n'est pas neul ; c'est une oeuvre classique pour tout Européen ; la première audition en fut donnée le 3 mai 1929 à l'O.S P.par Wanda Lan-dowska, à qui l'oeuvre esl dédiée, avec l'orchestre de Pierre Monteux ; c'est une musique bien française, claire el robuste, spirituelle et d'une hygièno réconfortante, qui va droit au but.Iraiche et naturelle comme l'âme des vignerons tourangeaux dont Poulenc a hérité, et olle garde, enrobée sous tous les raffinements d'une harmonie ultra-moderne issue de Debussy, l'élégance traditionnelle et la naïveté des clavecinistes français du XVIlIe siècle.Cela suffit pour que les Américains ne puissent l'aimer.le suis certain que les Américains, qui ne cessent da'méliorer lour goût et leurs facultés de compréhonston musicale, m-ït-tronl bientôt à sa vraie place — une des tout premières — le talent raffiné, spirituel, original, do Francis Poulenc, digne héritier de Rameau, de Couperin, de Chabrier.de Debussy, dans la plus pure tradition française.La vie musicale La musique française a été à l'honneur à New-York pendant le mois de novembre.Outre les deux récitals de Francis Poulenc, on a entendu trois des Six Epigraphes Antiques do Debussy (l'une des oeuvres les plus subtiles ot les moins connues du pionnier de l'harmonie moderne), jouées par le pianiste Frederick Marvin au Carneglo Hall le 21 novembre ; le Poème de Chausson, interprété avec une extraordinaire douceur par le remarquable virtuose Maurice Wllk au Carnegie Hall le 29 novembre (cela ne vaut ni sa Symphonie, ni son Quatuor, ni son Concert en ré majeur, mais c'est aussi une oeuvre forte et pure) : le Tombeau de Couperin de Ravel, petite pièce devenue classique, qui terminait à la Little Orchestra Society le récital donné le 28 novembre au Town Hall par Marian Anderson.Cetto bolle artiste, que l'on a pu récemment applaudir à Montréal.Interpréta notamment /eanne d'Arc au Bûcher de Franx Liszt — l'une des scènes les plus dramatiques que le compositeur hongrois ait jamais produites, et dont l'elfel sur l'auditeur, avouons-le.est plus profond au point de vue du sentiment patriotique français qu'au point de vue strictement musical — ; oe même concert au Town Hall s'ouvrait sur le Concerto de Vincent d'Indy pour flûte, quatuor â cordes et piano, une oeuvre de vieillesse (1926).pleine d'ambition, de science et ds talent, mais un peu froide, malgré son ingéniosité, malgré sa trame et son harmonie franckistes.Deux oeuvres nouvelles de compositeurs américains ont été données en novembre à New-York : un concerto pour violon de Sol Kaplan, de Hollywood : un art réel de tirer les larmes par des moyens rebattus, un abus des tambours et des trompettes dans l'orchos-tratlon.et.dans les meilleurs passages, le modèle est nettement Prokoliell.La soconde nouveauté américaine est la 4e sonato pour piano de George Antholl : elle a beaucoup d'allant et d'expression, mais lo premier mouvement, allegro giocoso-ironico.oltre celte Ironie de travestir de façon par trop transparente lo Chopin le plus salonnard et le plus ressassé.La "Toccata linale est davantage dans la meilleure tradition rythmique américaine.Nous ne parlerons pas de l'opéra : Otello.La Tosca.La Bohême : rien de neuf.INEDIT "C'Etait un vieux monsieur" flu© de la Paix, les devantures Brillent ce soir de mille /eux.Toilettes, bijoux et fourrures S'oihent pour le plaisir des yeux.Chacun s'attarde et examine Les nouveautés du jour de l'an.Quand, d"un/e patlumerie voisine, La porte s'ouvrit doucement.C'était un vieux Monsieur.Elégant, cérémonieux.11 s'avança très à son aise Puis vint s'asseoir sur une chaise.Ensuite, ll posa sur la table.Son chapeau, sa paire do gants.Et d'une façon lort aimable, A le vendeuse, dit simplement : — Je désire pour une femme Un parfum des plus enivrants Qui vous trouble le coeur •( J âme.Trouvez-moi ça, charmante enfant.— La jeune fille, tout aussitôt.Offrit d'un tiroir du bureau.Quelques parfums des plus nouveaux.Et, toute joueuse, sourit.Pensant à la petite amie.Qu'allait combler le don précieux De ce très vieux Monsieur.— Voie/ un chaud parfum pour brune.Bien présenté, très captivant.On Vappello "Clair de Lune".Je veux autre chose, mon cnlant.Voici un doux parfum pour blonde.Je suis sûre qu'il vous conviendra.On le nomme "au bord de fonde".Non, Mad'moiselle, pas celui-là I C'était un vieux Monselur Elégant, cérémonieux.En se tournant dans la boutique La vendeuse sourit, ironique.— Alors voici pour une rousse.Nous venons de le recevoir.Sentes.Monsieur, "Viens sur la mousse".Et croyez-moi c'est plein d'espoir ! " Non.ce n'est pas ça.ma mignonne.je ne sais plus vos intentions.Quelle teinte a donc cette personne ?Excusez mon indiscrétion 1 Alors, tout on se recueillant, Le Monsieur dit très poliment.C'est pour une dame à cheveux blanc* La vendeuse émue te servit.Puis, un long silence se fit.Quand sous le ciel brumeux Sortit le vieux Monsieur.Gaston MONTHO.MONTREAL.DECEMBRE 1948 PAGE SEPT La première fanfare québécoise Dans les trente premières années du dix-neuvième siècle, Québec avait vu plusieurs fanfares.Chaque régiment de la garnison de Québec avait sa fanfare mais les membres de ces différentes musiques étaient des étrangers.C'est en 1831 que la première fanfare purement québécoise fut organisée.Joseph-François-Xavier Perrault, le fils du célèbre protonotaire Perrault, était alors greffier de la paix pour le district de Québec.Il avait fait la campagne de 1812 comme officier dans les Voltigeurs Canadiens.Après la guerre, il avait continué à s'occuper de milice et était devenu lieutenant-colonel du Régiment d'Artillerie de Québec.Indépendant de fortune, amateur de musique et de chant, il résolut de doter son régiment d'une fanfare, tout comme les régiments réquliers de la garniBon.Mais il lui fallait un chef pour instruire et diriger les membres de sa fanfare.Un Allemand du nom de Jean^hrysostôme Braunis avait ouvert, l'année précédente, un magasin d'instruments de musique, rue Saint-Jean.Ce Braunis jouait admirablement de tous les instruments qu'il vendait.Il était en outre un pianiste remarquable.C'est lui qui, moyennant le bon salaire que M.Perrault consentit à lui payer, devint le chef de la nouvelle fanfare.On avait raccolé dans la ville les principaux instrumentistes nécessai-xes.La plupart avait déjà un bon entraînement.Aussi, après quelques mois, Braunis avait-il réussi à faire de sa fanfare l'égale des musiques militaires régulières.Le lieutenant-colonel Perrault était fier de ses musiciens et dépensait largement pour maintenir leur efficacité.Malheureusement, le choléra de 1832 mit le désarroi dans la fanfare conduite par Braunis.Pour comble de malheur, l'année suivante, Braunia partait pour Montréal où il venait d'obtenir la charge d'organiste de l'église Notre-Dame.Bref, la musique du Régiment d'Artillerie dut disparaître moins de deux ans après sa fondation.C'est dans la fanfare de Braunis que François Vézina (père de Joseph Vézina) et les deux frères Sauvageau firent leurs premières armes.En 1836, la fête nationale Saint-Jean-Baptiste avait été célébrée à Montréal par un banquet où plusieurs discours patriotiques avaient été prononcés.Des événements très graves se préparaient dans le domaine politique et des échos de cette démonstration parvinrent jusqu'à Québec.Le Canadien, dirigé par Etienne Parent, adopta alors comme sa vignette-titre la feuille d'érable et le castor.Charles Sauvageau, le musicien le plus en vue de Québec, non moins patriote que le journaliste Etienne Parent, crut qu'un moyen de réveiller l'ardeur patriotique de ses compatriotes était de remettre sur pied l'ancienne fanfare canadienne dirigée par Braunis en 1831.Sauvageau 'tJZ.— rl,_, if^St '—-y> ¦ Un document rare gracieusement prêté par M.Antoine Roy.archiviste de la Province.II porte la légende autographe suivante : "Signé par moi à la demande spéciale de Mr John D., Ecuyer avocat à l'âge de quatre-vingt-dix ans dix mois et vingt-sept lours, à Québec, le 27 Xbre (décembre) 1842.Perrault" n'était peut-être pas un musicien de la force de Braunis mais il avait plus que lui le sens de l'organisation.Sa fanfare, qu'il nomma la Musique Canadienne, se créa en peu de temps une jolie réputation.Nous connaissons parmi les membres de la fanfare de Charles Sauvageau : Benjamin Sauvageau (clarinette), C.Drouin (clarinette), L.Pa-try (clarinette), J.Parent (piccolo), E.Montminy (serpent), François Vézina (basson), M.McAdams (trompette), Joseph Lyonnais (cor de chasse), T.Boomer (cor de chasse), T.Andrews (trombone), D.Parent (timbales).La Musique Canadienne vécut un certain nombre d'années.Le 24 juin 1842, c'est elle qui précédait la première procession de la Saint-Jean-Baptiste à Québec.Le soir, au banquet qui eut lieu au City Hall, la musique fut encore fournie par M.Sauvageau et ses musiciens.En 1843 ou 1844, la Musique Canadienne précédait encore, en jouant des airs canadiens, la procession de la Saint-Jean-Baptiste.Son tambour major.Honore Blanc, un vieux soldat de Napoléon 1er, fit sensation dans ces processions avec son air martial et son riche costume.M.Sauvageau décéda le 19 juin 1849.Ce fut le coup de mort pour la belle fanfare qu'il avait ressuscitée.L'orchestre de Charles Sauvageau Charles Sauvageau n'était pas seulement chef de fanfare.Nous lui devons bon nombre de compositions musicales dont quelques-unes parurent dans le Ménestrel qui fut publié à Québec de 1844 à 1845.C'est lui qui mit en musique le fameux chant patriotique de F.-R.Angers, Chant canadien.Il était encore professeur de piano et de violon et avait un bon nombre d'élèves.Le Canadien du 26 octobre 1840 donne un long compte rendu du concert que M.Sauvageau avait donné la veille, aidé de ses élèves.Lui-même avait pris part au programme avec plusieurs pièces qui furent fort applaudies.Le Canadien terminait son compte rendu, en disant : "Mais ce qui a dû faire ressortir la valeur de Charles Sauvageau et la méthode de son enseignement, fut l'apparition du petit garçon, son élève, devant le public.Cet enfant, qui n'est pas plus haut que le violon qu'il portait, a joué dans les morceaux d'ensemble la partie toujours très difficile de second violon." En 1841, Sauvageau donnait encore un concert très réussi avec ses élèves.Sauvageau, infatigable dans cehstr qdurea e.droteoren ses activités musicales, fonda en 1833 un orchestre qu'il appela Orchestre quadrille ou Quadrille Band.Dans le Quebec Mercury du 19 novembre 1833 nous trouvons l'avis suivant : "Mr.Sauvageau begs to inform the nobility and gentry of Quebec and its vicinity, that he has at hand a Quadrille Band, and also a fine collection of Quadrilles, Waltzes, Galopades, etc, etc., in which he will make it his whole study to please those who may have the kindness to honour him with their employment, in applying at his residence, No.36, Oliver Street, St.John's suburbs, or to Mr.B.Hunt, No.7, Ste.Genevieve, Cape".L'orchestre Sauvageau, en outre de son directeur, comprenait Benjamin Sauvageau, David Parent, C.Drouin, Joseph Lyonnais, François Vézina, T.Andrews.A la mort de Charles Sauvageau, en 1849, son frère Benjamin Sauvageau lui succéda dans la direction de son orchestre.Après la mort de Benjamin Sauvageau, François Vézina prit à son tour la direction de l'orchestre Sauvageau et la garda pendant huit ans.— PIERRE-GEORGES ROY.PAGE HUIT LE PASSETEMPS NELLY MATHOT ?VfATHOT, NELLY MATHOT! n'est-ce pas un joli nom, un nom évocateur d'un grand et brillant destin?Comblée de dons précieux et d'incontestables qualités, celle qui le porte s'est déjà conquis une renommée internationale.C'est au Palais de Chaillot — précisément celui où se tinrent récemment les séances du Conseil des Nations-Unies — qu'elle débuta dans l'opéra Gala-thée, de Victor Massé, devant une assistance de plus de cinq mille personnes ; son éclatant succès ne fit que confirmer les prévisions de celui qui lançait la jeune Nelly Mathot, M.Max de Rieux, réputé metteur en scène parisien, et suscita des commentaires plus que favorables des critiques de Paris.Moment heureux pour Nelly Mathot, car le jour même de cette représentation sensationnelle, elle était engagée par M.Rouché, directeur de l'Opéra de Paris.Pendant cinq années consécutives, elle y tint de grands rôles dans La Flûle Enchantée, Rigoletto et Hamlet, ; à l'Opéra-Comique dans le Barbier de Seville, Lakmé, Impresario (création).Pêcheurs de perles, Lucie de Lamermoor, U Traviata, et autres.Puis, au cours de l'hiver 1946-1947, elle fit une tournée triomphale en Afrique du Nord, et chanta notamment aux opéras d'Alger, d'Oran et de Casablanca, où l'engagement de deux mois se prolongea pendant six mois.Toujours, les critiques se font élogieuses et enthousiastes.A son retour à Paris, son impresario lui présenta des contrats avec les Opéras de Prague, Bratislava (Tchécoslovaquie), Copenhague et autres villes importantes.Mais l'Amérique et le Canada en particulier attiraient Nelly Mathot.Peu après son arrivée à Montréal, elle fut invitée d'honneur à Radio-Carabins, le 19 novembre, puis, à la demande du public, elle fut conviée de nouveau au début de janvier au même programme.Une fois de plus, les auditeurs ont pu goûter et apprécier à sa juste valeur cette voix remarquable, à l'aigu facile et charmant, doublée d'une puissance étonnante pour un soprano léger.Elle atteint une rare perfection dans Y Alleluia de Mozart.Présentée par M.Désiré Defauw, Nelly Mathot donnait, le 7 décembre 1947, au Cercle Universitaire, un récital intime où elle chanta exclusivement des oeuvres de Mozart.L'auditoire choisi de connaisseurs de belle musique, au nombre de 250 personnes, a été littéralement séduit par l'agréable physique du brillant soprano coloratura de l'Opéra de Paris, sa voix bien timbrée dans le grave et le medium, magistrale et triomphante dans l'aigu, au milieu des vocalises les plus difficiles du répertoire de Mozart, qu'elle a su rendre avec une fraîcheur de source.A son premier récital en Amérique, accompagnée des excellents artistes que sont Jean Beaudet, pianiste, et Hervé Baillargeon, flûtiste, Nelly Mathot présenta des oeuvres des grands maitres du début du 18e siècle jusqu'à nos jours.Ce concert, sous la présidence d'honneur de Monsieur Ernest Triât, consul de France à Montréal, fut une véritable révélation et suscita les plus élogieuses critiques.Cette année.Nelly Mathot a de nouveau été l'invitée d'honneur à Radio-Carabins et est la vedette attitrée des programmes Larousse, présentés le dimanche soir, à 8 heures 30, par les Sociétés Jean Bonne), et ceux de la compagnie Heinz, le jeudi soir à la même heure, tous les deux sur un réseau de postes français de la province de Québec.Cédant aux nombreuses instances dont elle est l'objet, Mme Nelly Mathot se propose de faire une tournée de récitals dans la province.D'ores et déjà, cette tournée s'annonce triomphale, car peu d'artistes savent allier à ce point la maîtrise de l'art vocal et le souci de la perfection professionnelle.De toute évidence, c'est un rare bonheur que d'entendre en récital Mme Nelly Mathot.dont la brillante carrière n'est qu'à son début.Vraiment Nelly Mathot est un nom prédestiné.Pour l'organisation de récital» de Nelly Mathot.ou pourra s'adresser provisoirement à la direction du "Passe-Temps", laquelle transmettra les demandes à qui de droit.MONTREAL, DECEMBRE 1841 PAGE NEUF ¦ On peut apprendre à rire.musicalement, si J'on en croit un professeur de New-York qui oblige ses élèves à certains exercices pendant dix minutes, tous les matins.Il affirme que l'on peut ainsi acquérir un rire perlé dont toute dureté est exclue et, par cela même, enchanteur.¦ A Paris, un chel d'orchestre s'est adressé à ses musiciens en ces termes : "Messieurs, nous allons lire une oeuvre de l'école ultra-moderne."Défense de corriger les fautes"." ¦ Autrefois, les douaniers étaient très rigoureux, examinant jusqu'au moindre des effets et laissant grelotter les voyageurs pendant des heures ; mais un jour qu'il traversait la Irontière autrichienne, le jeune Mozart, âgé de sept ans, et très mahn, désarme les douaniers, en leur jouant un menuet sur son petit violon.A votre prochain voyage aux Etats-Unis, essayez d'impressionner les douaniers avec un petit air de trombone.¦ Un ouvrier effectuait des réparations chez Tschaikovsky et tout en travaillant il sifflait un air mélancolique.Le compositeur la nota aussitôt, et plus tard il s'en servit comme thème principal de V "andante cantabile" de son "Quatuor en Si mineur".¦ Le producer américain David O.SeJznicJr a versé $25,000 aux héritiers de Claude Debussy pour les droits d"adaptation de six compositions pour le film "Portrait of Jennie".¦ C'est à la France que la grande cantatrice australienne Nelly Melba doit sa carrière ; après avoir été éconduite poliment par deux éminents musiciens anglais, à qui elle avait été recommandée par un compositeur anglais a"origine française, elle obtint une entrevue avec Ambroise Thomas.La jeune artiste trouva en lui un protecteur éclairé et un guide sûr.C'est en hommage à cede célèbre vedette gue Je fameux Escot-fier nomma une de ses créations, la "Pêche Melba".¦ Le célèbre metteur en scène Belasco recherche à ce point le réalisme qu'un jour il fit frire des oeufs et du bacon et au moyen d'évenfaiJs éJecfriques iJ en dirigea l'arôme vers vers les spectateurs.Malheureusement, les relents de friture incommodèrent l'auditoire jusqu'à la lin du spectacle.¦ Le quatrième président des Etats-Unis, James Madison, reçut en cadeau, du général Lalayette une flûte de verre taillé.Cette flûte rare, ainsi que 1,500 autres flûtes de différents modèles, est exposée à la bibliothèque du Congrès, à Washington.On doit cette collection à l'initiative à" un savant, Dayton C.Miller, qui collectionnait des flûtes comme passe-temps.¦ Fritz JfreisJei aurait pu devenir un mathématicien de carrière ; il est un de ceux — parmi les rares — qui comprennent et puissent expliquer la loi de la relativité de Einstein ; celui-ci, de son côté, eut pu être un violoniste professionnel, car il a de grandes aptitudes musicales.POEME INEDIT lête blanche aux dansantes clartés, ornée de sapins, vêtue de mystères, bonheur tout neuf des petits enfants ! NOEL.fête blanche où s'agenouillent les croyants par la| grâce, élus ! venus aux pieds de la crèche blonde boire l'espérance ! NOEL.fête blanche regain d'enlance au coeur des hommes usés ; douce aux âmes qui se cherchent et se lient, par amour.comme éternellement ! Noël.fêle blanche pour ceux-là qui s'en vont ici-bas mal partagés et sans attente, ou riches.dépossédés de ce qu'ils n'ont jamais eu, porteurs d'un sort ingrat, peut-être inavouable ; objets do mépris, de stupeur, de scandale ; les derniers sur la terre, aux yeux d'un monde qui juge.les premiers, beaucoup plus haul, dans la tendresse de Dieu ! NOEL.lête blanche aux dansantes clartés ! Gabrielle RAIZENNE.¦ C'est en Italie que lurent fondés les premiers conservatoires de musique.Le plus ancien est le "Conservatory Santa Maria du Loreto".établi à Naples en 1537.¦ Le plus grand tambour a été fabriqué pour la musique de l'Université de Chicago en 1922, et mesure huit pieds de diamètre.Il a fallu trois semaines de recherches pour trouver un taureau assez gros pour en fournir la peau.Cest Cari Green-feal.président d'une labrique d'instruments de musique, qui fit don à son aima mater de ce tambour gigantesque en même temps que de cent instruments de fanlare.Lorsque, il y a quelques années, Toscanini préparait le "Requiem" de Verdi avec la symphonie de la NBC, il désirait voir le plus gros tambour qui soit.On lui prêta ce fameux tambour qui fut expédié seul dans un waqon de fret.Peine perdue, car les portes des studios de la NBC et du Carnegie HaJJ étaient de beaucoup trop étroites pour le laisser passer.¦ Un musicien allemand, après avoir étudié avec soin Ja voix des animaux, déclare avoir abouti aux plus curieuses constatations.D'après lui, le cheval possède une dei voix Jes pJus musicales.Dans son hennissement, iJ descend d'une gamme chromatique sans omettre un demi-ton.L'âne lui-même, que vous le vouliez ou non, a une voix musicale : il brait en taisant des octaves parfaites et, au dire de notre observateur, Haydn l'a positivement copié dans son 76e quatuor.M George Sand s'était enthousiasmé d'un compositeur allemand, et avait écrit pour lui un livret d'opéra.Mais le malheureux compositeur, peu familiarisé avec la langue française, et plein de respect pour le moindre coup de plume de son illustre collaboratrice, avait mis en musique non seulement le poème, mais encore toutes les indications du manuscrit.Cest ainsi qu'à Ja fin du premier acte, un choeur de villageois saluait le départ du seigneur, et paysans et paysannes criaient à tue-tête sur un air de danse : 11 sort par la porte du fond ! Il sort par la porte du fond ! George Sand renonça depuis lors à la musique.allemande.PAGE Dix LE PASSE-TEMPS ALFRED LALIBERTE Enseignement du piano et du chant (Français, anglais, allemand) Rendez-vous par correspondance seulement.72 Columbia Montréal JEUNES COMPOSITEURS Adressez-vous à J.-J.GAGNIER, D.Mus.ni vous avoz besoin d'un conseiller pour vos travaux de composition, harmonisation, orchestration, adaptation musicale, etc.Conditions raisonnables.Aussi bibliothèque musicale considérable à louer ou à vendre : partitions d'opéra, oratorios, musique symphonique.d'orchestre, vocale, militaire (fanfare), etc.etc.S'adresser par correspondance à 10788 RUE ST-HUBERT, ahuntsic, Montreal 12 Les Variétés Lyriques e Charles GOULET Uonel DAUNAIS Canadian Concerts and Artists Nicolas KOUDRIAVTZEF LA CHANSON DE MON VILLAGE, paroles de Paul PLOQUIN.musique de Léo DORVAL.Une nouvelle chanson canadienne pleine d'entrain à la gloire de nos voyages.Elle est appelée à un grand Buccès.Créée au poste CBF par Albert Viau.celte chanson fait maintenant partie de la collection "Echos Rustiques" des Editions musicales du Passe-Temps.GAVOTTE, pour piano, de A.CORELLI.Charmante pièce d'exécution facile qui plaît toujours.PORTEUR D'EAU, une légende espagnole.Paroles de C.FERRAGUS.musique de Jean SOLAR, le compositeur de tant de pièces célèbres.Un des succès durables de Georges Guétary.dont la tournée au Canada no fera qu'accroître la popularité.Avec PORTEUR D'EAU, le Passe-Temps continue la présentation des succès des grandes vedottes françaises : Maurice Chevalier.Lucienne Boyer.Rôda Caire, Annette Lajon.Maria Solaire.Lyne Shalla.Georges Thill.André Claveau, etc.POURVU QUE., paroles et musique de J.-I.PAQUET.Marcho-Borcarolle d'un style toujours populaire dans nos salons.Gentille et sentimentale.A l'occasion de la Nouvelle Année lEa ttiatflfltt Gfofiauant Vrèrtn Eté?B 1 facteurs d'orgues, de Saint-Hyacinthe, P.Q., offre ses meilleurs voeux aux organistes et aux admirateurs de la musique d'orgue.MONTREAL.DECEMBRE 1948 PAGE ONZE INEDIT LA CHANSON DE MON VILLAGE UN DES SUCCES D'ALBERT VIAU A CBF Paroles de Paul PLOQUIN Musique de Léo DORVAL Martial et avec allcer-esàc ¦ i et avec aliegr^ess, j mm r t —S ¦— 7-eè m Couplet.Jovial, mats bien rythmé.7-ed.i * Tous drolls résolves 1948.Canada — Copyright 1948.U.S.A.— le» Editions da Passa-Temps, Inc.Montréal.PAGE DOUZE LE PASSE-TEMPS avtc, entrain donc plies doux oh, oh.oh Ai - mes • lu mon pe - Ht ha - meau.Dis - moi rJtfrf— ^ -H f f.i __^ a ni m, f r - = 1 M* i, sans retar^L-r—= -j-r Pi^-j- D.C.-1 doi !#( -« « » ' X ic oh.oh, oh Dis-moi d t r~i J E-f- r p p one oh, oh.oh Ai - mes -ï- JiJ r-g-t -p—ft ' -lu mon pe-lit ha-m ^-1 eau.D.C- : frf r r t y r j 1 animé S - C—-1 > _i—r^!\—L.J Et quelques vieilles maisons grises Les lilas.les roses trémie res Tout autour d'une petito église Lui garde son allure Hère.L'érable donne son ombrage Sur mon seuil aux muguets en fleurs Et un puits datant d'un autre âge Prodigue toute sa fraîcheur.Et le soir sur un banc de pierre Quelques vioux à cheveux blancs Font le récit de leur carrière A leurs nombreux petits-enfants.3 Mais l'aime mieux ma maisonnette.Mon Jardin, ma cour et mon chien.Habillé d'une salopette.Boire un coup avec mon voisin.Ici les lilies sont Jolies Dents blanches et rires moqueurs Les garçons tous avec envie Près d'elles font les jolis coeurs.7 Et loin des soucis de la ville Je chante le soir, le matin Pour vivre heureux et tranquille Vive nos villages canadiens ! POUR L'EXAMEN DE VOTRE VUE Diplômé da l'université de Montréal PRESCRIPTION DES VERRES SPECIALISTE OPTOMETRISTRE-OPTICIEN 6761, SAINT-HUBERT 330, RUE SAINT-GEORGES CA.7616 st-1er0me — tel 171 3818 Girouard MONTREAL WA.6423 siffiMH*.OSWALD MICHAUD Accordeur de pianos pour l'élite des musiciens Prolesseur d'acoustique à l'Université de Montréal — Accordeur à Radio-Canada Inventeur du piano magnétique SONOBEL PIANOS REMIS A NEUF MONTREAL.DECEMBRE 1948 PAGE TREIZE PIANO GAVOTTE A.CORELLI Allegro.ffi^fr* j M J, i
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