Le passe-temps, 1 janvier 1947, v. 53, no 914
REVUE ARTISTIQUE FONDEE EN 1895 LE MOIS prochain, "Le Passe-Temps" aura l'honneur de publier une composition inédite, "Confidence", ainsi qu'un article très vivant de M.Jean Gaudefroy Demombynes, docteur ès lettres de la Sorbonne, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et présentement chargé des cours par correspondance à l'Institut de traduction de l'Université de Montréal.M.Demombynes, qui a publié une vingtaine de volumes sur des questions de phonétique, histoire, germanistique, littérature, linguistique et musicologie, est un conférencier fort goûté ; dernièrement, il parlait à une réunion de la Société des Traducteurs de l'Université de Montréal, au cercle Michel, de Montérla.• • • Le mois prochain aussi, M.Isidor Philipp nous parelra de Alfredo Casella, le maître italien trop tôt disparu.Casella influença considérablement la jeune génération de musiciens européens qui compta, entre autres, un Manuel de Falla et fut formée en grande partie aux écoles françaises.• • • Le manque d'espace nous fait différer à regret la publication de rubriques et d'articles intéressants.four tOUB, un 1948 gai.Itarnuminix aux arrorîifl î)r untrp rmur musicale ‘ Jpaaap-ÛIputpfi SOMMAIRE DECEMBRE 1947 — No 914 (ET NOVEMBRE) • THEMES ET VARIATIONS .2, 3 JEAN-SEBASTIEN BACH par Robert CHAUMONT .4 FAMILLE D'ARTISTES : DAIGLE par I.-E.GOSSELIN .6 MAURICE RAVEL MOURAIT LE 28 DECEMBRE 1937 par Henri ERICHSON .7 MUSIQUE, poème inédit par Guy MANNY .7 POT-POURRI.8 POINTES SECHES, CRAYON GRAS par J.-J.GAGNIER, D.M.8 ALBUM MUSICAL.2 à 17 ECHOS ET NOUVELLES .18 IL Y A 50 ANS DANS “LE PASSE-TEMPS" .19 L'ENFANT-JESUS GRELOTTAIT Conte pour la Fête des Rois par Tante LUCILLE .20 LES MOTS CROISES .23 GALERIES D'ART.24 LES BELLES LECTURES .25 ¦ L'ESSOR DU FILM FRANÇAIS AU CANADA par Jean-Paul Le PAILLEUR 26 EXERCICES D'ARTICULATION .28 Autorisa comme matière de seconde classa pat le Ministère des Postes, Ottawa."LE PASSE-TEMPS" est publié mensuellement par les Editions du Passe-Temps, (Inc.).627 ouest, rue Dorchesler.Montréal 2.— Téléphone : MArquelle 9905.Il est imprimé par l'Imprimerie Mercantile, Limitée.Les manuscrits, publiés ou non.ne sont pas rendus.— Direction : Eddy PREVOST ; rédaction : Roland PREVOST ; publicité : Paul PREVOST.ABONNEMENTS : Canada : $2.00 pour 12 mois : $3.75 pour 24 mois.Etats-Unis : $2.25 pour 12 mois.Autres pays : $2.50 pour 12 mois.Le numéro : vingt cents.L'abonnement est payable d'avance par mandat-poste ou chique aifranchl.accepté et payable au pair à Montréal.— CHANGEMENT D'ADRESSE : Tout changement d'adresse doit être accompagné do l'ancienne.Avis doit nous parvenir au moins trente jours avant le numéro d’où le changement sera ellectil.Pour discontinuer de recevoir cette revue, il laut avoir acquitté tous 1m arrérages.— Le Passe-Temps publie aussi de la musique en feuilles.MONTREAL, NOVEMBRE-DECEMBRE 1947 PAGE UN On filmera les opéras du Metropolitan .A partir de décembre, le Metropolitan Opéra de New-York filmera ses opéras Ces films, des 35-millimètres, en couleurs, et bien entendu, sonores, seront produits par l'International Opéra Flms, Inc.Une fois présentés dans les théâtres d’art, ils seront réduits à 16 millimètres pour les écoles, les groupements et les clubs artistiques.Après le premier opéra filmé, 'H Trovatore".de Verdi, viendra "Aida".Si ceux-ci s'avèrent un succès, on continuera avec "Faust", de Gounod et "Carmen", de Bizet.Une audition émouvante .Au début de novembre, quelques jeunes artistes attendaient avec impatience de se présenter pour la finale d'un concours de talents nouveaux au Radio-Théâtre de la chaîne Columbia, à New-York.La foule de plus de douze cents personnes qui remplissait le studio était anxieuse d'entendre le dernier concurrent; un dessinateur commercial possédant une voix de ténor, Sammy Solo, âgé de 25 ans, un protégé de Ham Fisher, le créateur de la page comique si populaire, [oe Palooka.Le jeune Sammy s'approche du micro et les deux mains dans ses poches chante avec tant d'âme ce refrain: "Je n'ai qu'un seul coeur", que les applaudissements interminables le désignent d’emblée comme le gagnant du concours.C'est alors qu'Arthur Godfrey, le directeur du programme, annonce que Sammy Solo a perdu les deux mains dans un raid aérien japonais dans le Pacifique.Dans ses poches, le jeunes héros cachait les crochets qui remplaçaient ses mains.On devine l'émotion de l’auditoire.Les titres Baroques .On reste sidéré devant les titres dont compositeurs écrivains ou peintres modernistes, cubistes, essentialistes .ou fumistes .affublent leurs oeuvres.Cette bizarrerie n'est pas propre à notre siècle seulement.Déjà Rossini, pour citer un cas, donnait des titres curieux à certaines de ses pièces: les préludes Inoffensil et Convulsif.des valses torturées, boiteuses ou "indansable", des études Huile de castor.Asthmatiques, Ragoût romantique et Oui! des petits pois vers!.Dessert, Hors d'oeuvre.Le petit Train d'excursion suggère les bruits, les mésaventures, les épisodes exitants inséparables des trains de chemin de fer de l'Europe des environs de 1860.Ceci nous rappelle que Rossini fut si ému lors de son premier voyage en train qu’il s'évanouit; il dût être porté hors du wagon, et il lui fallut plusieurs jours pour se remettre du choc ressenti à voyager à une vitesse de quinze milles à l’heure.Le don de se faire mépriser .A notre époque de .progrès et de science appliquée, on s'étoniie toujours de trouver des gens obtus occuper des postes publics importants.Si encore, ils se taisaient et n'affichaient pas leur bêtise.Il y a une couple de semaines, un certain Dr Bildersee, surintendant adjoint des écoles de Brooklyn, interdit les chants de Noël à caractère religieux dans les écoles sous sa juridiction, geste sectaire qui fut appuyé par l'Union des Libertés Civiles américaines, laquelle devrait plutôt s'appeler l’Union pour l'infiltration communiste aux Etats-Unis.Cette interdiction souleva sur-le-champ des protestations véhémentes des groupes religieux de toutes dénominations ainsi que des journaux.Dans cette ville, sur 30,000 écoliers environ 20,000 sont de religion hébraïque, et les chefs chrétiens et juifs s'étaient entendus pour les uns célébrer la Noël et les autres la fête dite Hanukkah, afin de permettra aux écoliers de comprendre et de respecter la religion de leurs concitoyens.Bel exemple de fraternité et de charité, trop grand pour le fanatique et ridicule Dr Bildersee.Heureusement, il a été mis à la raison par le Dr William lansen, surintendant général des écoles, qui laissa la célébration des fêtes religieuses à la discrétion entière des directeurs d’écoles et des professeurs.PAGE DEUX M.Bernard Boucher, Organiste, astronome et.caissier Le déposant qu! se piésente au guichet numéro un au bureau principal de la Banque d'Epargne de la Cité et du district de Montréal ne se doute pas que ce caissier allable, calme et méthodique.Monsieur Bernard Boucher.est aussi un excellent musicien et un savant, titulaire depuis un quart de siècle des orgues de l'église Saint-Zotique.astronome et membre de la Royal Astronomical Society o! Canada et de la Société Astronomique de France.C'est certes dans la musique et les sciences que Monsieur Boucher puise la saine philosophie de la vie qu'on découvre chez lui dès le premier abord, Ce caractère est propre aux hommes d'affaires, aux professionnels, on général à tous ceux qui ont la sagesse d'adopter la musique comme passe-temps.Comme professeurs de musique, Monsieur Boucher eut successivement Mme A.Asselin et M.Hector (lean) Dansereau pour le piano; M.Alphonse Dansereau pour le violon ; Messieurs A.Dufault et L.Belleau pour l'orgue, l'harmonie et le chant grégorien.Pour célébrer son vingt-cinquième anniversaire comme organiste à Saint-Zotique, des parents et amis organisèrent un banquet et un programme musical des mieux choisi, avec le concours de la Chorale do la paroisse, et sous la présidence d'honneur de M.le curé C.-E.Boileau.M.l'abbé M.Nantel proposa la santé du jubilaire, tandis que MM.Roma Nantel.maître de chapelle.M.-R.Drouin.président.et Paul Loiselle.président de la Chorale Saint-Henri.et Monsieur le Curé firent l'éloge du héros de la fête ; comme souvenir tangible.on lui remit un magnifique sac de voyage.Monsieur Boucher sut trouver le» mots heureux pour dire son émotion et exprimer ses remerciements.LE PASSE-TEMPS M'Je Lucille DESPAROIS, bien connue chez les jeunes sous le nom de Tante Lucille pour ses contes merveilleux, ses histoires enchantées, vient d'enregistrer pour la Compagnie RCA-Victor des contes d'eniants qui connaissent dès leur parution un succès considérable.Elle est l'auteur du charmant conte pour la fête des Rois que nous publions dans ce numéro.CANADIAN CONCERTS & ARTISTS présente L'Orchestre Symphonique de Détroit à Montréal On annonce pour le vendredi, le 23 janvier prochain, un événement d'importance pour tous les fervents de la musique symphonique.Pour la première fois, Montréal aura l'occasion d'entendre l'un des plus célèbres orchestres d'Amérique, l'Orchestre Symphonique de Détroit au complet, sous la direction de son chef et directeur musical, Karl Krueger.Cet orchestre de 100 musiciens possède sa salle de concerts, le Music Hall, d'une capacité de 2,000 sièges.Le président est M.Henry Reichhold, éminent homme d'affaires, qui contribue dune façon active et .tangible à l'expansion de la musique à Détroit.MONTREAL, NOVEMBRE DECEMBRE 1947 Le Cycle Beethoven — Evénement exceptionnel On annonce pour janvier la présentation du Cycle Beethoven, par le célèbre pianiBte français.Paul Loyonnet.Cet événement soulève déjà l'enthousiasme de tous les musiciens, étudiants ou amants de la musique, car c'est un rare privilège que d'entendre les oeuvres de Beethoven jouées et commentées par un tel maître.Le cycle, qui couvrira 18 sonates de Beethoven, commencera le 9 janvier pour se continuer les 12, 16, 19.23 et 26 janvier, à la Salle du Gésu.On peut se procurer les billets pour tout le cycle à S1.3S chacun, ou à $2 pour les billets hors-série, en s'adressant au Cercle Michel, 1457 ouest, rue Dorchester (BE.2595).Monsieur Loyonnet arrive d’une tournée de huit mois en Amérique du Sud.H est aussi question que ce Cycle Beethoven soit présenté dans les principaux centres de la province, car les invitations arrivent de partout.La musique au mariage royal Plusieurs lecteurs nous demandent de publier le programme musical du mariage de la princesse Elizabeth qui eut lieu le 20 novembre dernier.On constatera que les compositeurs britanniques y sont nettement favorisés.Avant la cérémonie, l'orgue joua : La Sonate en si majeur (premier mouvement) d'Elgar ; 1 Andante Cantabile, de Widor ; la lugue Alla Giga.de Bach ; Jésus, “Joie du désir del homme", de Bach ; extraits de la Musique sur l'eau de Handel et Marche nuptiale et finale, de Parry.La fanfare des trompettes s'est fait entendre à l'arrivée du roi et de la mariée, et deux autres fanfares sonnèrent au cours de la cérémonie.Les trois ont été composées pour la cérémonie par sir Arnold Bax.maître de la musique du Roi.D'autre part.William McKie.organiste do l’Abbaye de Westminster, a aussi composé pour l'occasion un motet intitulé : We wait for the Lovinq Kindness ol God.La musique comprenait aussi le psaume 67 : O Dieu, ayez pitié de nous et bénissez-nous, chanté sur une psalmodie de sir Edward Barstow.ancien organise de York Minster.et le triple iAmen.d’Orlando Gibbons, organiste à l'Abbaye de Westminster au 17e siècle L'activité artistique Malgré le ralentissement do décembre à l’approche des Fêtes, les spectacles sont encore nombroux et variés.Sans souci de l’ordre de présentation, mentionnons les plus marquants : • Le Messie, do Haendel.présenté le 15 décembre on l'église Notre Dame.avec le Montréal Elgar Choir (250 voix).B E.Chadwick.directeur.Kenneth Meek, organiste, et comme solistes : Andrey-B.Famell, Anna Malenfant, lean Létoumeau, Harry Maude.(La Société Casavant).# L'Orchestre Symphonique des Jeunes, le 19 décembre, au Plateau, avec lean McNabb.violoniste, et Fernadnd Graton.chef d’orchestre.# 19 ans, au Monument National, par les Variétés Lyriques.# Arthur Leblanc, violoniste, au Plateau, le 11 décembre.# Simone Flibotte, mezzo-sopano.avant son départ pour l'Europe, en récital avec Lionel Renaud, violoniste, au Ritz, le 8 décembre.(Marcel et Maurice Robillard).# Les Etoiles du Ballet de l'Opéra de Paris, les 9, 13 et 14 décembre, au His Majesty's.(La Société Classique) Notre concours mensuel CHAQUE MOIS, deux abonnements gratuits à la tevue musicale "Le Passe-Temps" sont tirés au sort parmi les bonnes réponses à trois questions.Les concurrents trouvent les réponses en lisant les articles et les chroniques du numéro courant.Tous les lecteurs du "Passe-Temps", abonnés ou non, ont droit de participer au concours ; les gagnants déjà abonnés recevront un prolongement d’un an à leur abonnement.Le nom des gagnants paraîtra dans le prochain numéro.J.— Où reposent les restes de Jean-Sébastien Bach ?— 2.— Avec quel compositeur lean-Loals Batrault possêde-fiJ une ressemblance happante ?Quel musicien canadien est célèbre pour ses danses campagnardes ?Dites en quelques mots quels genres d'articles et de musique vous plaisent le plus dans "le Passe-Temps".Adressez comme suit : Concours mensuel du "Passe-Temps", 627 ouest rue Dorchester, Montréal 2.LES GAGNANTS DU CONCOURS D OCTOBRE : Mlle Poulette Lachapelle.Pensionnat Mont-Royal, Montréal, et M Gilles Lavigne, La Sarre, Abltlbi.P.Q, Nos sincères félicitations PAGE TROIS LE MAITRE DES MAITRES MUSICIENS JEAN-SÉBASTIEN BACH DACH, certes un nom prédestiné, puisqu’il signifie source ', et qu'aucune famille ne produisit autant de musiciens remarquables, de compositeurs de talent ou de génie que la famille Bach Déjà au début du XVIe siècle, on en connaissait quatre branches, et vers 1561.mention est faite de Hans Bach de Wechmar.D'après la généalogie lamilliale dressée par Jean-Sébaslien lui-même et continuée par son fils Philippe-Emma-nuel, ce Hans Bach est le père de Veit (ou Vitus), meunier et boulanger, considéré comme le véritable chef de la lignée, Veit était originaire de Hongrie dont il s'était exilé pour échapper aux persécutions religieuses; passionné de musique, il pinçait lui-même la cilhare, au milieu du tintamare des meules et des roues du moulin à farine; son fils Hans "der Spielman" est le premier musicien professionnel de la famille.Le second hls de la famille nombreuse de Hans, Christophe, lut le grand-père de Sébastien Bach.Un autre fils, Heinrich d'Arnstadt, fut le père de Jean-Michel et de Jean Christophe, qui sont les plus illustres devanciers de Jean-Sébastien.Mais des quelques cinquante artistes que la famille Bach donna au monde dans le cours de trois siècles, Jean-Sébastien demeure incontestablement le plus célèbre.Son Enfance Jean-Sébastien Bach reçut le baptême à Eisenach le 23 mars 1685 Orphelin à 10 ans, il fut élevé par son frère Jean-Christophe, organiste à Ohrdruf et qui lui donna ses premières leçons de clavecin.De bonne heure, animé d'un vif amour pour la musique, l'enfant fit de rapides progrès.On prétend même que ce Irère aîné, jaloux des talents de Sébastien, lui aurait interdit l'accès à un précieux volume de manuscrits de Froh-berger (né à Halle en 1637, mort à Maxence en 1695), de Bux-tehude, le plus grand organiste du XVIle siècle (né cru Danemark vers 1635, mort en 1707) et des autres organistes alors en renom.Chaque soir pendant six mois, quand tout le monde dormait au logis.Sébastien se levait et copiait le volume à la clarté de la lune, car il n'avait point de chandelle 6 sa disposition; sa vue en fut irrémédiablement affectée et sur ses dernières années, il devint aveugle.Une fois son travail terminé, son frère découvrit la copie du volume et la lui enleva sans pitié Jean-Sébastien ne devait rentrer en possession du cahier si chèrement acquis qu'à la mort de son frère, survenue peu En 1700, Sébastien, maintenant âgé de 15 ans et laissé à ses propres ressources par la mort de son frère, se rendit à LUneburg, où sa voix de soprano lui valut une inscription comme choriste à l'école de Saint-Michel.On connaît peu de choses de ses professeurs, mais 11 est prouvé qu'il poursuivit avec ardeur l'étude des compositeurs primitifs et contemporains, tels Frescobaldl.Caspar Kcrl, Buxte-hude, Frohberger, Muffat l'aîné, Pacheloel, et de toute évidence Johann-Joseph Fux, qui devint par la suite l'auteur de Gradua ad Parnassum (1725), oeuvre qui un siècle plus tard contribua à la formation musicale de Haydn.Il est une légende aussi émouvante que celle mentionnée plus haut où son frère lui interdit l'accès à ce volume de musique d’orgue.Au retour de l'une de ses nombreuses excursions à pied à Hambourg pour entendre le célèbre organiste Reinken, le jeune Bach était assis à la porte d'une auberge, soupirant après un repas qui était au-dessus de ses moyens pécuniers, lorsque deux têtes de hareng furent lançées par la fenêtre, et dans chacune d'elles, il trouva un ducat, avec lesquels il s'empressa de se payer un retour, non pas chez lui, mais de nouveau vers Hambourg.Dans cette ville aussi.Keiser jetait les bases de l'opéra allemand sur une échelle considérable, ce qui, on le devine, enflamma l’imagination de Bach.La musique d'église de Keiser joua un rôle Immense dans sa formation.Bach était encore élève à l'école de Saint-Michel de Lünebourg lorsqu'il ap- PAGE QUATRE prit à connaître la musique et le goût français, alors nouveaux dans cette région.Cette musique devait influencer tant de ses oeuvres comme en font foi ses autographes sur des exemplaires de la musique de Couperin.Son Immense désir de s'instruire le pousse à s'intéresser à tous les genres de musique, depuis celle de Palestrina jusqu'à celle de ses contemporains.Le grand nombre d'entre eux copiés avec minutie de sa propre main démontrent l'étonnante vitalité de Jean-Sébastien Bach.De Lünebourg, jean-Sébastien passa à Weimar, où il fut nommé musicien de la cour en 1703.Mais sa prédilection pour l'orgue lui Ht bientôt (en 1704) abandonner cette place pour remplir les fonctions de maître de chapelle à l'église d'Arnstadt.SON indépendance de caractère lui crée bientôt des démêlés.D'abord, il prolonge de lul-même un congé de trois mois qu'on lui avait accordé pour étudier à Lubech, avec Buxtehude, son maître et son idole; et ensuite, il méduse les fidèles par ses harmonisations très personnelles et étranges des chorales.Mais jouissant déjà d'une certaine notoriété, on ne peut s'en défaire sans motif sérieux.Aux plaintes des autorités (consignées aux archives de l'église il répondait de façon plus spirituelle que satisfaisante.Le consistorium essaya bien de faire grand bruit de ce qu'il avait — 6 scandale — autorisé une jeune “personne étrangère" à chanter dans l'église.Il put quand même conserver son poste à Arnstadt jusqu'à sa nomination comme titulaire des orgues de Sainte-Biaise à Mulhausen, en 1707.C'est dans cette ville qu'il épousa Maria-Barbara, son arrière-cousine.facilement identifiée comme étant la "jeune personne étrangère" d'Arnstadt, et là aussi qu'il écrivit ses premières cantates religieuses d'importance.Un Duel .Musical En 1708, on le trouva à Weimar où ses succès lui valent la nomination d'organiste auprès de la cour du grand duc de Weimar.Dix ans plus tard, ce prince le nommait en outre maître des concerts de sa cour.Lors d'une tournée de concerts en 1717, Bach, déjà très célèbre, visite Dresde, où il suscita un duel .musical.Cet incident vaut d'être raconté: Laissons plutôt parler le chef d'orchestre Gustave Brel, l’un des plus enthousiastes propagateurs de l'oeuvre de Jean-Sébastien Bach en France; "A cette époque, Louis Marchand*, habile organiste français alors exiié de Paris, vint à la cour d'Auguste, roi de Pologne, où Il obtint un tel succès que le Souverain voulait le retenir auprès de lui.Dans ce but, celui-çi lui offrit un salaire considérable s'il voulait entrer à son service Le mérite principal de Marchand consistait dans une exécution élégante et fleurie; mais ses idée3 musicales, conçues dans le style de Couperin.étaient d'une puérilité inepte, si l'on en juge par ses compositions.Bach possédait au moins à un degré égal l'élégance dans l'exécution; il avait, en outre, une abondance d'idées telle que Marchand en aurait eu le vertige s'il lut avait été donné de les concevoir.Volumier, alors directeur des concerts de la cour à Dresde, savait forl bien tout cela, et considérant le musicien français comme un intrus, ne prisait guère lengouement dont Marchand paraissait devoir bénéficier.Il n'ignorait pas, non plus, l'absolu commandement que le jeune Allemand exerçait sur son instrument et sur ses pensées: aussi désirait-il vivement voir s'établir entre les deux artistes une lutte courtoise qui donnerait à son prince l'occasion de juger par lui-même des mérites respectifs des deux rivaux."Avec l'assentiment du roi, un message fut donc dépêché à Weimar à J.S.Bach pour l'inviter à ce tournoi musical.Celui-ci se mit immédiatement en route.A peine arrivé à Dresde, Volumier lui procure l’occasion d'entendre Marchand en secret.Loin d'en être découragé, Bach écrivit à l'artiste français une lettre polie, dans laquelle il l'invitait à une lutte musicale, offrant de jouer à première vue tout ce que Marchand mettrait devant ses yeux, sous la réserve que ce dernier se soumettrait aux mêmes conditions."Marchand accepte le défi, et le lieu et jour choisis pour la lutte furent fixés avec l'agrément du roi.Une réunion de personnages du plus haut rang s'assemble, en conséquence, Jv(é à Lyon en 1669.Louis Marchand vint se fixer «» mSWm mw tJtA AUBAINES.ARTISTIQUES Afin d'accorder plus d'espace à la remarquable collection d'anti-quilês de M.Paul Gouln.Beaumano r est forcé de discontinuer la vente de certaines catégories d'articles et de meubles modernes particulièrement attrayants.Une vente spéciale de ces objets de choix, provenant de plusieurs pays étrangers et du Canada et dont l'élégance et le bon goût ont lait la renommée de Beaumanoir, aura lieu du 17 novembre au 31 décembre.Ne manquez pas cette occasion unique de vous procurer à des prix d'aubaines, des cadeaux exclusifs pour Noël et le Nouvel An.A l'Art Français, c'est en vérité le rayon artistique du Père Noël qui y convie tous ceux qui recherchent un cadeau artistique, durable et différent.De connivence avec M.Lange, ce brave père Noël a réuni une collection tout à fait remarquable de tableaux de nos meilleurs artistes canadiens et de quelques peintres européens, des eaux-fortes, aquarelles, fusains, etc.Pour vous-même ou pour des êtres chers, réalisez le rêve longtemps caressé d'une oeuvre d'art.JEUNES COMPOSITEURS Adressez-vous à J.-J.GAGNIER, D.Mus.si vous avez besoin d'un conseiller pour vos travaux de imposition, harmonisation, orchestration, adaptation musicale, etc.Conditions raisonnables.Aussi bibliothèque musicale considérable à louer au à /endre : partitions d'opéra, oratorios, musique symphonique, d'orchestre, vocale, militaire (fanlare), etc., etc.S'adresser par correspondance à 10788 RUE ST-HUBERT ahuntsic.montheal 12 PAGE VINGT-QUATRE Jean-Sébastien BACH (Suite de la page cinq) breuse famille; d'un dévouement paternel exemplaire, il poussa l'esprit d'ordre et d'économie à un point tel qu'avec de faibles ressources il assura aux siens, durant toute sa vie, une existence convenable.Presque tous ses fils furent musiciens; quel-ques-uns sont demeurés célèbres.Croirait-on que la morl de Bach passa presque inaperçue; que le conseil de ville refusa à sa veuve la pension qu'il était dans l'usage de donner aux veuves des cantors et que la misère extrême où se trouvait la pauvre femme n'eût que trop iustifiée; que c'est qu'en octobre 1894 et au moyen de curieuses recherches que l’on a pu établir la place ou ce grand homme fut enseveli?Albert Schweitzer, l'auteur le J.S.Bach, le Musicien-Poète, 1 ouvrage le plus intéressant et le plus original qui ait été écrit dans aucune langue sur Bach, raconte ainsi la découverte du tombeau de l'illustre musicien: "De tout temps on a regretté qu’il n’existât ni crâne ni masque mortuaire qui permit de constituer un buste de Bach tant soit peu ressemblant."On ignorait où se trouvait sa tombe; on savait seulement, d'après les comptes du fossoyeur, qu'il avait été’ enseveli au cimetière Saint-jean de Leipzig dans un cercueil de chêne.Une tradition voulait qu'il eût été enterre' au sud de l'église, à six pas du portail.Depuis longtemps le cimetière avait été transformé en place publique, lorsquen 1894, après avoir démoli la vieille église, on se vit obligé d'entreprendre des travaux de terrassement pour établir les fondations du nouveau temple à l'endroit même où la dépouille mortelle de Bach avait trouvé l’éternel repos."Le 22 octobre 1894.on y mit â jour trois cercueils de chêne; l'un renfermait le squelette d’une Jeune /ille.l'autre celui d'un homme dont le crâne était broyé, le dernier enfin révéla les "ossements d’un homme âgé, solidement bâti et de taille moyenne." Au premier coup d'oeil, le crâne présenta les aspects caractéristiques que les portraits faisaient deviner: proéminence du maxillaire inférieur, front fuyant, orbites profondes, naissance du ne1 prononcée.L'identité de ce crâne avec celui du grand Cantor est donc pour ainsi dire certaine." Oeuvres Innombrables ON a dit de l'oeuvre de Jean-Sébastien Bach qu'elle donnait le vertige.Il a fallu des années et même des vies entières pour parvenir à la dénombrer, et encore toutes ses compositions ne Gont-elles pas parvenues jusqu'à nous.Des volumes n'ont pas suffi à commenter les grandes oeuvres de J.-S.Bach.Il a écrit, pour une durée de cinq années, une cantate pour chaque dimanche et jour férié, ce qui fait 298 cantates dont 190 sont parvenues jusqu'à nous, cinq Messes (dont celle en si mineur la plus célèbre), quatre Sanctus, Magnificat, des motets, deux Passions (saint Jean et saint Matthieu), l'oratorio de Noël, et 6 concertos pour instruments, sans parler des pièces d'orgue.La publication de ces oeuvres n'a pas duré moins de quarante-cinq années.Le nombre de cette production est d'au-tcmt plus imposant que l'on y trouve pas, comme chez les plus grand, des pages médiocres à côté de sublimes, mais uniquement une série continue de chefs-d'oeuvre.S’il fallait énumérer simplement le titre de ces ouvrages, le numéro entier du Passe-Temps y suffirait à peine.Rien n'égalait la modestie d'artiste de Bach.Lui demandait-on parfois le moyen qu’il avait employé pour devenir un aussi grand maître, il répondait généralement: "l'ai été obligé de travailler; quiconque travaillera autant que moi réussira tout aussi bien." Sa bienveillance était extrême; toute personne aimant la musique pouvait fréquenter sa maison, sûre de recevoir un accueil amical.MALGRE la grande réputation dont il jouissait, et les hommages flatteurs qu'il recevait de toute part, on peut dire que la grandeur de son génie a échappé à ses contemporains, lesquels d’ailleurs ne connaissaient qu'une faible partie de ses compositions musicales.Ses oeuvres sublimes telles que les Passions, la messe en si mineur, les contâtes, qui, exécutées une fois, avec des moyens généralement insuffisants, s'entassaient en nombre infini dans les armoires.A sa mort, dispersées entre les mains de ses fils, de se3 élèves, de ses amis, quelques-unes de ses oeuvres sont considérées comme définitivement détruites.Les autres demeurèrent presque complètement oubliées jusqu'au jour où.en 1788, Mozart, alors dans toute la force de son génie, entendit à Leipzig un motet de Jean-Sébastien Bach, chanté par le choeur de l’église Saint-Thomas et s'écria enthousiasmé: —"Grâce au ciel, voilà du nouveau, et j'apprends donc ici quelque chose!" Ce fut une révélation.On s'occupa alors des oeuvres du LE PASSE-TEMPS Les belles lectures • Mademoiselle HELENE GRENIER a été reçue par le maire de Montréal.Son Honneur M.Camillien Houde, à l'occasion de la publication de son livre "La musique symphonique" qui vient de paraître aux Editions Variétés.Le premier magistrat de la ville a voulu ainsi marquer l'importance de l'ouvrage de Mademoiselle Grenier.Elle était accompagnée de Maître Désiré Delauw.chet d'orchestre des Concerta Symphoniques de Montréal, de M.]ean Lallemand.vice-président de cette même société, et de M.Paul Péladeau.co-directeur des Editions Variétés.DES LIVRES D'ENFANTS COMME ETRENNES — Vous avez rembarras du choix rien que dans les collections remarquables de bon goût, de fantaisie, de gaîté présentées paT les Editions Variétés : Contes.Légendes.Aventures fantastiques.Chansonnettes, et ainsi de suite.Le tout brillamment illustré en quatre couleurs et cartonné.On les trouvera partout où l'on vend des livres, à des prix des plus raisconnables LES HABITS ROUGES, par Robert de Roquebrune.Aux Editions Fides, Montréal (S1.00).Un roman d’un grand charme, par un de nos écrivains les plus cultivés, qui vous lera passer des heures agréablemont.LES CHANSONS DE L'HERBE ET DE LA ROSEE, Magnifique Album de 8 chansons enfantines.Ravissantes illustrations an couleurs.Publiées par les Editions Chanta!, Paris.S1.75 (Par la poste, $1.85).En vente au Canada aux Editons du Passe-Temps, 627 oues.rue Dorchester, Montréal, et chez les principaux marchands de musique.Voilà bien un cadeau approprié pour les (êtes.De {olies chansons.illustrées avec fantaisie et bon goût, que les enfants chanteront avec un véritable plaisir.A chaque âge sa chanson.Pourquoi laisser les enfants chanter des romances qui conviennent aux amoureux.tandis qu'il y a de si Jolies chansons écrites spécialement pour eux ?Cet album fera leurs délices vieux maître.Elle ne furent cependant entièrement publiées qu'en 1850.Cest à Mendelssohn que revient la gloire d’avoir institué le culte du plus grand des musiciens par l’exécution qu'il donna, en 1829, de la Passion selon Saint-Matthieu; il y avait exactement cinquante ans, depuis le vendredi saint 1779, que cet auguste ehef-d'oeuvre était enfermé dans le silence1 S’il est vrai, comme d'aucuns le soutiennent, qu'une nombreuse famille et une invariable médiocrité de fortune soient les plus enviables bénédictions du ciel, la famille de Bach a été bénie entre toutes.Elle fut innombrable, elle resta pauvre et souvent misérable, elle fut travailleuse et géniale: sa gloire reste sans tache! Robert CHAUMONT.TEL PERE - TELS FILS Plusieurs des fils de Jean-Sébastien, avons-nous dit plus haut acquirent plus particulièrement, comme musicians, une célébrité méritée.Parlons ici de trois de ses fils: d'abord son aîné.Guillaume Friedemann Bach, ni! à Weimar en 1710 et mort en 1784 à Berlin, qui fut surnommé Bach de Halle, i cause du Ion# séjour qu'il fit dans cette ville."C'était un profond harmoniste et un improvisateur plein de feu." On a publié de lui que deux sonates et douce polonaises.Puis.Charles-Philippe-Emmanuel Bach, son deuxième fils, dit Bach de Berlin.Celui-ci, ne' en 1714 également
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