L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal., 1 janvier 1873, Les hommes de la Vendée à Notre-Dame de Lourdes - (20-21 Novembre 1872)
LETTRE D’UN PELERIN.Mon Cher Ami, J’arrive de Lourdes, et mon premier souvenir est pour vous.Vous àvez lu les relations de notre pèlerinage vendéen du 4 septembre ; je vais, selon votre :?é?ir, vous parler du dernier que nous venons de faire, et auquel j’ai eu le bonheur de participer.D’abord ce pèlerinage avait son cachet : les hommes seuls y étaient admis.Quelle hardiesse, direz-vous, de proposer un pareil pèlerinage pour le 20 novembre ! Dans une saison propice et qui invitait aux voyages, vous avez réuni, en faisant «appel à tous indistinctement, hommes et femmes, 1,230 pèlerins ; et maintenant on n'accepte que des hommes !.et on ose espérer qu’ils viendront en masse ?.Tout cela est vrai, cher ami, et pourtant on n’hésite pas : le projet est formé, soumis à Monseigneur, agréé, encouragé : dès lors le succès est certain.Ne savez-vous pas que pour le vrai Vendéen la difficulté est une provocation, l’obstaclo un appât ?.En quelques jours seulement plus de mille noms (1054) sont inscrits ; et avec les autres Vendéens qui nous rejoindront à Lourdes, notre chiffre total dépassera onze cents.La première beauté de notre pèlerinage sera donc celle du nombre, et ce n’est pas la moindre.Ilyadans la Sainte-Ecriture un livre qui s’appelle “ Livre des Nombres.'' On y voit que l’Esprit-Saint met quelque complaisance à faire le dénombrement de ces grandes et belles familles qui composent le peuple hébreu, son peuple chéri.Avec quelle joie n’a-t-il pas dû compter les Vendéens qui partaient pour le sanctuaire do Lourdes ?Quel spectacle, en vérité, que celui de cette multitude d’hommes remplissant successivement une longue file de wagons, puis la ville de Lourdes, puis la chapelle de Y Immaculée- Condition, puis tout l’espace que le Gave laisse devant la Grotte miraculeuse ! Ce sont, en effet, les flots du Gave qui refouleront ceux de nos pèlerins et les feront affluer plus compactes et plus pressés aux pieds de leur Mère bien-aimée.Mais je vais trop vite ; je parle de Lourdes et nous ne sommes pas encore sortis de \ ondée.Procédons avec plus d'ordre.Mardi, 10 Novembre.—Voyez cet ébranlement général au matin du voyage.Le Bocage, la Plaine, le Marais veulent fournir leur contingent de soldats do Marie, et envoyer leurs députés à cotte auguste Princesse ! Neuf heures et demie est l’heure laquelle on doit être rangé en ordre de bataille à la Roche-sur-Yon, pour monter à l’assaut des wagons de la Compagnie des Charcutes.Personne ne manque à l’appel : bientôt, si 011 a une crainte, c’est que le nombre des pieux voyageurs 11’excède les moyens de transport.Cependant aucun ne reste.A onze heures, le premier train est à Luçon : il est salué par les acclamations d’une foule sympathique, notamment par les Elèves du Grand Séminaire, échelonnés sur la voie ; il est béni par la main du premier pasteur, trop heureux de voir tant d’âmes fortes et fidèles aller s’offrir à la plus aimable des Souveraines.Le second train suit de près ; et Monseigneur bénit encore chaque compartiment.On remercie le vénérable prélat en criant : Vive Monseigneur ! Enfin toute la colonne vendéenne est en marche, ayant à sa tete M l’abbé Gouraud, vicaire-général, qui conduit à Marie ce qu’un journal de' Lourdes appellera Vhéroïque arrière-garde du grand Pèlerinage national du G octobre.Déjà les chants commencent ; le cantique Aux femmes la religion etc fait merveille.Nous jetons à tous les échos, fiers de le répéter, cet incomparable refrain : Toujours, chez nous, même au siècle où nous somme,, Les cœurs virils sont fiers d'être chrétiens ; Dieu pour su cause aura des hommes, Tant que vivront des Vendéens.Le long du chemin on salue avec respect ces hommes vendéens qui chantent et prient.On admire cet emblème du Sacré-Cœur de Jésus que chacun porto noblement sur sa poitrine ; on s’extasie à la vue du’ nombre ! Les plus indifférents disent comme ce porte lanterne que j’ai entendu : » C’est curieux tout de môme !”-Pauvrc homme.' non ! ce n’est pas curieux, c est sublime ! Tu ne vois là qu’une série de voitures plus longue que d’ordinaire, et cela t’étonne ! Que serait-ce si tu comprenais ces cœurs et si tu voyais ces âmes ?Ta stupéfaction d'instinct serait un ravissement.Les plus malveillants sont comme frappés de stupeur il notre passa-e et croient prudent de se mettre le doigt sur la bouche.‘ ° ’ A Aigrcfeuille, toutefois, un esprit fort, soucieux de notre pieuse démonstration, laisse échapper ces paroles: “ Voilà la Itépublimo qui passe Le brave homme disait mieux qu’il ne pensait.Oui si la république est le règne de la fraternité, de la liberté et de Végalit/ iormions assurément la meilleure et la plus parfaite de toutes les républiques.lous nous fraternisions dans la sainte indépen lance de la foi, dans Ju dilatation do 1 c3pérauce- dn,*j ^ — ,r 1 1 • • - nous estimions tous égaux (levant Marie notre commune mère.Nous fouhaiterions à la France une pareille république, si elle était possible.Pendant que la vapeur nous emporte, une pluie fine et serrée ne cesse de tomber, et nous présage un triste lendemain.Personne cependant ne s’en inquiète ; personne ne songe à se préoccuper du mauvais temps : « C’est, dit-on, l’afi'airc de N.-D.de Lourdes !” Et on poursuit sa route en chantant comme des anges._ Certes, notre confiance ne devait pas être vaine.Marie se chargeait, au moment voulu, de dire au mauvais temps : “ Tu iras jusque-là, et tu n’iras pas plus loin.'-’ < .En attendant, la nuit étendait son empire, et le sommeil faisait de oiet de là pencher les têtes.Minuit frappe comme nous sommes en gare de Bordeaux.Mercredi 20 Novembre.—Nous approchons de Tarbes ; les urnes déià s’épanouissent ; tout les ouvre à l'espérance.Une magnifique auiorc se lève traçant à l’horizon des lignes vermeilles, des sentiers dorés qui se mêlent et se brisent avec une variété infinie.Les montagnes doublement blanchies et par l’aurore qui les éclaire et parla neige qui les couvre, nous offrent un spectacle ravissant : les unes sont rayées par de larges rubans de neif,e : les autres nous apparaissent comme tachetées par des flocons symétriquement éparpillés; celle-ci, coupée en deux par un nuage, sera do laisser son sommet suspendu dans les cioux ; celle-là semble absorber les nvons du soleil levant et paraît diaphane comme un immense diamant.À cet aspect vraiment enchanteur, chacun de s'écrier: “ C’est^ la bonne Vierge qui nous sourit ! C’est elle qui nous promet, au déclin de l’automne, un iour de printemps ! .Enfin nous apercevons Lourdes! La flèche de sa chapelle nous appa- rait comme pour nous dire : t est ici • Toutefois je ne l’aurais pas reconnue ; de loin, la montagne écrase e «aint édifice qui repose sur son flanc, et en amaigrit tellement les proportions qu’on les dirait mesquines.Attendez quelques instants et votic illusion sera dissipée- Quoiqu’il en soit, toutes lésâmes sont haletantes ot un trcssaillemc^ universel accompagne ce cri : “ Voici la chapelle ! \ oie.la chapelle J’entends, dans un compartiment voisin, une voix vibrante démotion qui chant Enfin noua voici dans ce lieu, Le plus beau de toute lu terr.’! Apri sle ciel oit l’on voit Dieu Vient lu Grotte où l’on voit sa Mire! On reprend jusqu’à trois fois ce refrain de reconnaissance : Merci, mon Dieu! de nous avoir conduits Au IténiSanctuaire! t’o n’est l'as tro|> de marcher jours et uuiti Pourvoireufili sa Mère! Mais nos wagons sont arrêtés, nous sommes au port ; nos pieds foulent cette terre sainte vers laquelle nous marchions et soupirions depuis plus de vingt heures.Chacun se réjoiut do voir que le jour n’est pas trop avancé ; il est environ neuf heures.Notre étendard du Sacré-Cœur est là qui nous attend, et semble souhaiter la bienvenue à ceux qui portent son emblème.La procession s’organise aussitôt ; c’est à la suite du Cœur radieux de Jésus que nous allons à Marie.De nombreuses bannières, groupant chacune autour d’elle une paroisse ou une contrée, flottent dans les airs.Nos longues files se développent, traversant les rues de Lourdes au chant de Y Air Mari« Stella, et de nos cantiques vendéens.Toute la cité est debout ; on est aux portes des habitations, aux angles des rues et des places Ou contemple avec surprise ce3 hommes qui sous des costumes variés n’ont tous qu’un coeur et qu’une âme.On écoute d’abord ces voix mules et vibrantes ; mais bientôt plusieurs habitants de Lourdes se mêlent à nos chants et redisent nos refrains.Ils comprennent, ils sentent que c’est un peuple de frères qui leur arrive, et ils s’empressent de les accueillir.Les Missionnaires de l’Itumaculée-Conception sont les premiers il notre rencontre, et leur’bienveillautsupérieur, le R.P.Sempé, se liate de venir offrir l’étole pastorale au chef spirituel de notre pieuse phalange, et de nous conduire au sanctuaire vénéré.Après de longs circuits, on monte enfin les degrés qui introduisent dans la chapelle de N.D.de Lourdes, dan* ce beau moaumaat de la piété française,"où chaque diocèse est représenté par sa bannière, où celle de notre Vendée en particulier, portant l’effigie du Cueur de Jésus, occupe une place d’honneur, au-dessus de l’autel.O mon Dieu! nous voici doue en ce sanctuaire ra'lle fois béni ! Nos cœurs peuvent enfin s’y reposer durant cette messe qui se célèbre pour nous ; ils se reposent doucement en chantant ce refrain : A tui jiour toujours, ô Marie, A toi sont ruu e\ la clôture de cette belle jouméo ;son soir fut digne son matin ; et j’oserais même dire qu’il en éclipsa la beauté. De 6 h.à ti h.i tous les pèlerins se rendent à la Grotte pour la procession aux flambeaux.Chacun, tenant son cierge à la main, est prêt à gravir les sentiers de la montagne de l’Apparition, dont les sinuosités décrivent un M comme pour attester que cette colline est spécialement le domaine de Marie.I)ej
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.