L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal., 1 juillet 1869, Les secret de la Maison Blanche
LES SECRETS DE LA MAISON BLANCHE.COMMENT BLANCHE ENTIU DANS LE CHATEAU DE PRAGUE.Suite.Œtna observa la soudaine agitation de notre héroïne : mais, supposant qu’elle avait pour cause l’idée d'entrer dan3 une sombre forteresse dont le nom et l’aspect évoquaient toutes sortes de souvenirs lugubres, elle-s’empressa do la rassurer.Et Blanche, comprenant combien il était important pour elle de cacher scs émotions, afin de ne pas laisser deviner l’objet do sa mission à Prague, et résolue, par égard pour la dame blanche, à réussir ou à périr dans son entreprise, Blanche, disons-nous, parvint à se donner une contenance, tout en remerciant Œtna des eoins qu’elle lui avait prodigués.Œtna amena ensuite, par degrés, Blanche lui raconter l’incident qui était arrivé à l’auberge, près de la lande; mais Blanche, tout en faisant son récit, soupçonnait peu que cette Mariette à laquelle Cyprien et Marthe avaient fait allusion, n’était autre que la jeune fille assise, eu ce moment h ses côtés, et elle n'observa pas non plus l'angoisse qui tortura celle-ci quand elle dit comment Cyprien avait rappelé à Marthe qu’elle était du nombre de» terviteurt jurés du tribunal de la ttatue de brome.La conversation qu’elles eurent ensemble produisit un bon effet sur chacune d’elles.Œtna cessa d'être jalouse d'une jeune fille dont les manières étaient si simples, si modestes et si réservées, et de son côté, Blanche éprouva la plus profonde gratitude pour cette jeune femme qui la traitait avec tant do bonté et do cordialité.Aussitôt après le coucher du soleil, Blanche, aidéo do Linda et de Béatrice, prit place dans une litière qu’on avait préparée pour elle, tandis qu’Œtna, ayant un voile épais sur la figure, monta sur un cheval caparaçonné.Les doux suivantes curent également chacune un cheval, et, escortées par le détachement taborito, elles se rendirent toutes directement au château.La première nuit que Blanche dormit dans la forteresse, avec quelle émotion elle se rappela chaque détail do l’entrevue qu’elle avait eue avec la dame mysUriousc, dans les souterrains du château de Koten-berg, et chacune des paroles qu’elle ou le vieil intendant Hubert lui avaient dites dans cette mémorable circonstance ! “ Il y a à sauver la vie à trois seigneurs, avait dit la dame blanche, et le Ciel vous inspirera comment agir I ” Elle se persuada que Dieu était manifestement intervenu en sa faveur, ot elle passa une partie do la nuit à le remercier de la protection qu’il lui avait accordée.Elle se rappela aussi ce que Hubert lui avait dit en la quittant, et un pressentiment qu'elle était, on effet, destinée ü de grandes choses, prit racine dans son esprit. LES SECRETS DE LA MAISON BLANCHE.537 t Elle no pensa pas seulement à la dame blanche, ce soir-là ; son souvenir se reporta aussi vers ses parents adoptifs qui avaient tant pleuré en la bénissant lorsqu’elle était partie pour son grand voyage.Et puis, l’image de Henri de Brabant passa devant ses yeux.Le chevalier, en effet, possédait toutes les qualités que notre héroïne avait pretées en imagination à l’homme qu’elle aimerait: il était brave, il était généreux, il joignait à une noble franchise une beauté mâle.Ce fut au milieu do réflexions de cette nature qu’ello s’endormit : mais quand elle s éveilla, le lendemain, elle avait une très-forte fièvre, conséquence de 1 accident de la veille.Œtna s'empressa de faire venir les plus habiles médecins de l’armée taborite qui ordonnèrent de garder le lit jusqu’à ce que tout accès fût passée.XXVII.COMMENT IIENRI DE BRADANT RENCONTRA LA BARONNB nAMELIN.Quatre jours s’écoulèrent, et les deux pages, Lionel et Conrad, no rentrèrent point dans l’hôtel du Faucon-tT Or.Les appréhensions du chevalier commencèrent dès lors à devenir sérieuses ; son anxiété était d'autant plus vive qu’il ne savait de quel côté diriger ses recherches, et qu'il était obligé de quitter Prague très-prochainement.Il arrive souvent que c’est au moment où le3 perplexités, les embarras ou les difficultés sont à leur comble, qu’un rayon de lumière illumine les ténèbres de notre intelligence et nous montre le chemin à suivre.Il en fut ainsi avec le chevalier : l'ignorance où il était du sort de ses pages lui causait une véritable anxiété, lorsqu’une pensée soudaine, pareille à une inspiration, lui traversa l’esprit.En se rappelant la conversation qu’il avait eue avec Tremplin, le premier soir de son arrivée à Prague, il réfléchit sur la légende qu’il lui avait racontée au sujet des trois frères Schwartz.Lui-même s’était trouvé, comme eux, à la merci de cavaliers masqués, qui lui avaient fait prendre la route conduisant i\ la frontièro d’Autriche, et conséquemment passant près du château de Rotenberg.Ce premier raisonnement le conduisit à un second.Quand les grilles de fer s’étaient refermées sur lui dans I03 souterrains d« cette maison inconnue où habitait la princesse Elizabeth, Cyprien ne l’avait-il pas menacé de la statue de bronze et du baiser de la Vierge ! Il était donc évident que ce Cyprien, qui était bien le même individu qui avait tant épou-?anté (Etna dans la caverne près du camp des Taborites, il était évident, disons-nous, que ce Cyprien faisait partie de quelque tribunal secret dont il faisait exécuter les arrêts.Et cette statue de bronze, le chevalier ne l’avait-il pas vue dans le cha- teau do Rotenberg, avec la hideuse machine qui se rattachait, sans qu’il sût comment, à cette colossale image ?“ Qui sait, se demanda Henri, si mon aventure, comme celle des frères Schwartz, n’a pas commencé dans les mure mômes de la Maison Blanche ?Il se rappela l’étrange soupçon qui lui avait traversé l’esprit quand Blanche lui dit comment Cyprien avait vanté la charité et la bienveillance d’une certaine dame de sa connaissance, qui habitait le voisinage de Prague, et chez laquelle il avait proposé do la conduire.N’était-il pas probable que cette dame n’était autre que la baronne Ilamelin ?Tout ne se réunissait-il pas pour démontrer que c’était dans la Maison Blanche que Cyprien avait placé la princesse Eli-zabeth ?Et n’était-il pas évident que la baronne était la complice ou la dupe de cet homme, et que son château servait do quartier général aux agents du tribunal do la statue de bronze.En arrivant à ces conclusions, le chevalier frémit à l’idée que scs pages, dans leurs tentatives pour découvrir la princesse Elizabeth, ne fussent tombés dans le3 mains de quelques membres de ce tribunal.Que faire?se demanda vingt fois Henri.Devait-il se rendre à la Maison Blanche, demander une entrevue à la baronne Ilamelin, pénétrer de force jusqu’à elle, si elle lui refusait une audience, et puis se fier au hasard pour le reste ?Ce plan n’était pas très-prudent, et cependant il n’en voyait pas d’autre.C’est ici l’occasion de mentionner un incident que nous avions précédemment négligé, i\ cause de son peu d’importance.Trois ou quatre jours après l’arrivée du chevalier à Prague, il avait écrit à la baronne Ilamelin pour lui demander la permission d’aller lui présenter ses hommages : et quoique sa lettre fût conçue dans les termes les plus respectueux, et qu’il s’y dît le représentant du duc d’Autricho à l’assemblée des seigneurs, elle était restée sans réponse.Tremplin, lui-même, qui avait bien voulu sc charger de la commission, ne put dissimuler la contrariété et l’indignation qu’il éprouvait en voyant une dame dont il avait tant fait l’éloge, traiter son hôte avec un tel sans-façon.Henri, pour expliquer cette conduite, se dit que certainement la baronne avait reculé devant l’idée de le recevoir dans cotte maison où il avait déjà été amené par Cyprien, et qu’il ne pouvait manquer do reconnaître, et que dans cette situation, elle n’avait rien trouvé de mieux à faire que de laisser sa lettro sans réponse.S’il allait chercher l’entrevue qu’on lui refusait, n’était-il pas à craindre qu’il ne payât cher son audace, sans qu’il pût être utile à ses page9.Tel était le dilemne dans lequel était placé le chevalier.Il était arrivé au cinquième jour, et les heures s’écoulaient les unes après les autres, sans qu’il sc fût arrêté à aucun plan.Quoique déterminé à agir, il no savait par où commencer ; la campagne était résolue, la difficulté était de l’ouvrir.Le soleil brillait déjà à son zénith, et Ilenri sortait de l'hôtel du Faucon- cV Or avec la résolution désespérée de se rendre droit i\ la Maison Blanche, lorsqu’il fut arrêté par Tremplin qui flanait sur le seuil de son établissement.— Veuillez excuser ma présomption, raonsoigncnr, dit l’hôtelier, mais m’est avis que vous aimeriez à savoir qui est cette damo i\ l’air majestueux, qui tourne, en ce moment,^dans la rue conduisant au pont.— Et qui est-elle ?demanda le chevalier qui eut comme un pressentiment.— La baronne Hamelin, répondit Tremplin.— Merci Dieu ! exclama Henri.Et laissant là l’hôtelier tout étonné de la ferveur de son exclamation, courut dans la même direction que la baronne.[Mais au bout de quelques minutes, il ralentit le pas, car il la vit traverser le pont jeté sur la Moldau.Deux suivantes marchaient derrière elle à une distance respectueuse.— Est-il possible qu’une femme pareille puisse être associée aux misérables agents d’un tribunal secret ?se dit le chevalier.Mais il n’eut pas le loisir de se demander quelle réponse il allait faire à cotte question, car soudain un coup de vent emporta le voile de la baronne.Le premier mouvement du chevalier fut de courir après, de le rattrapper et de le remettre à celle à qui il appartenait.La baronne le reçut en rougissant, le remit sur sa tête : puis, le rele- vant aussitôt de dessus sou visage, elle dit : — Puis-je savoir qui je dois remercier de cette attention et de cet acte de courtoisie ?— Je m’appelle Louis de Ilapsbourg, répondit promptement le chevalier secrètement charmé de voir, par la question qu'on lui adressait, qu’il était personnellement inconnu de la baronne.Puis, feignant d'ignorer qui elle était, il ajouta : — Puis-je de mon coté, demander le nom do la dame qui m’a honoré de ses remcrcîments pour un service de si peu d’importance ?— Votre Excellence n’est donc pas de ce pays?dit la baronne en évitant do répondre et en jetant sur lui un regard scrutateur.— Je suis arrivé «\ Prague il y a quelques jours seulement, répondit Henri, et.— Et quand rous proposez-vous de partir ?demanda vivement la baronne en le regardant do nouveau avec grande attention.— Demain, ou après-domain au plus tard, répondit lo chevalier, dès que je me serai acquitté d’une mission importante dont tn’a chargé 1 empereur d’Allemagne auprès d’une illustre dame qui habite dans ce voisinage.Mais pardon, s’écria-t-il vivement, je vous retiens debout au milieu d’un carrofour, tandis que mou dovoir m’oblige à solliciter 1 honneur de vous conduire jusqu’à votre habitation.— Je demeure à quelquo distance de Prague, seigneur chevalier, observa la laronne en rabaissant son voile et en se remettant a marcher lentement. — Quelle que soit la distance, je serais heureux si vous me permettiez (le vous accompagner, madame, répliqua promptement le chevalier.La baronne ne répondit pas immédiatement : mais, hâtant le pas, elle se dirige?vers la porte sud de la ville.Au bout d’un certain temps, elle reprit la parole:—Vous devez, avez-vous dit, vous acquitter d’une mission importante auprès d’une dame qui habite dans ce voisinage ?.pourriez-vous me dire son nom ?—Je ne vois à cela aucun inconvénient, madame, répondit Henri» puisque je n’ai que des nouvelles flatteuses à lui annoncer, et que vous, qui vivez près d’elle, vous devez connaître ses vertus dont le renom est venu jusqu’aux oreilles de l’Empereur.C’est la baronne Haraelin.—Ah ! exclama la baronne sans témoigner d’autre surprise ; et peut-on savoir de quelle nature est la communication que vous avez à lui faire ?.Je vais justement à la Maison Blanche, et si.Je suis désolé, madame, de ne pouvoir vous satisfaire, mais, puisque vous vous rendez, en ce moment, chez la baronne Hamelin, si vous daigniez me permettre de vous y accompagner, je ne doute pas, puisque vous êtes son amie, qu’elle no vous communique l’objet de la mission dont je suis chargé.La baronne réfléchit un instant, et examina ensuite attentivement le chevalier :—Soit, dit-elle enfin, venez.Arrivés aux portes de la ville, ils prirent à gauche, jusqu’au petit cimetière que nous avon3 mentionné dans un précédent chapitre, et où ils trouveront dos chevaux tout sellés.La baronne en choisit un pour elle, et en offrit un au chevalier ; ses suivantes prirent les deux autres, et tous partirent au petit trot.XXVIII.COMMENT BLANCHE COMPTE S’ACQUITTER DE SA MISSION.Laissons, pour le moment, Henri do Brabant, et retournons à Blanche : car c était ce môme soir ou lo chevalier avait rencontré la baronne Hamelin, que notre jeune héroïne, parfaitement remise de l’accident qui avait failli lui être si fatal, prit congé d’CEtna et de ses deux suivantes qui l’avaient comblée de tant d’attentions.Elle dit adieu d’abord à Linda et à Béatrice : et puis elle se rendit dans la chambre d’Œtna, qui la fit asseoir quelques minutes, en lui disant: Je voudrais vous parler sérieusement, Blanche, car je quitte Prague demain et j’aurais de la peine de savoir que je vous laisse seule et sans amis dans cette grande ville.Madame, répliqua Blanche, je ne trouve point de paroles pour exprimer la reconnaissance que je vous dois, non-seulement pour l’hospitalité que vous in’avez donnée, mais surtout pour la sympathie que vous m’avez témoignée. — Alors, dites-moi, mon amie, car j’espère que vous me permettrez de vous appeler de ce nom, dit Œtna de sa voix métallique, dites-moi comment jo puis vous être utile.— Vous avez mis le comble à vos bontés pour moi, madame, répondit Blanche, et je ne vois pas quels services j’aurais encore ü vous demander.— Mais où comptez-vous aller, Blanche ?demanda Œtna.Ne croyez pas que ce soit de ma part esprit de curiosité : je suis incapable de pareille petitesse : mon seul désir est de savoir si je puis vous être de quelque secours.— Encore une fois, madame, merci, répondit Blanche : mais, je le répète, je n’ai plus qu’à vous exprimer ma gratitude pour tout ce que vous avez fait pour moi.— Je ne demande point votre confiance, Blanche, à moins qu’il ne vous plaise de me l'accorder, répliqua Œtna.Mais je vous supplie, commo amie de ne pas permettre qu’un sentiment d’orgueil ou de réserve vous empêche de vous adresser à moi, si je puis vous aider.Avez-vous besoin d’or, Blanche ?Si oui, ma bourse est à votre disposition.Avez-vous besoin de conseil ?quoique plus jeune que vous, jo suis votre aînée en fait d’expérience.— Madame, je dois paraître peu polie en répondant “non” à chacune des propositions généreuses qui tombent de vo3 lèvres, dit Blanche d’un ton qui trahissait son émotion ; mais croyez que je dis la vérité quand je vous assure que j’ai do l’or autant qu’il m’en faut, et que, quant aux affaires qui m’ont amenée à Prague, j’ai toutes les instructions que je puis désirer.— En ce cas, jo ne vous fatiguerai plus de mes offres, dit Œtna en lui prenant la main et en la lui serrant chaleureusement.Néanmoins, il y a un conseil que je me permettrai de vous donner, ajouta-t-elle en devenant soudainement grave et sérieuse.Ce Cyprien que vous avez roncontré et qui m’est connu à moi sous un autre nom.mais c’en est assez.— Vous êtes malade, madame ! s’écria Blanche en voyant qu’elle changeait de couleur et en remarquant le tremblement nerveux dont sa main était agitée.— Non.non.cc n’est rien, rien, dit Œtna en retrouvant sa présence d’esprit par un effort soudain et vigoureux.Mais je vous conseille, ma chère Blanche, d’éviter cet homme comme la peste, ajouta-t-elle avec une singulière énergie, et si des nécessités extraordinaires ou des circonstances plus puissantes que votre volonté vous jetaient de nouveau sur son chemin, faites le contrairo do tout ce qu’il vous recommandera.Et par dessus tout, n’acceptez jamais l’hospitalité d’aucun des amis dont il vous parlera.— Je vous remercie, madame, dit Blanche, je vou3 remercie très-sincèrement du conseil que vous me donnez, et je le suivrai à la lettre.J’avais déjà bien des raisons de rao défier de cet homme.Je n'ignore pas, d’ailleurs, qu’il fait partie d’un tribunal aussi terrible que mystérieux, le tribunal de la statue de bronze.— Ah ! que savez-vous de cette effroyable institution ?demanda Œtna en pâlissant soudainement.— Rien, répondit Blanche qui craignit d’en avoir déjà trop dit, et se rappela la promesse qu'elle avait faite de ne rien révéler de ce qu’elle avait vu dans les souterrains du château de Ilotenberg ; mais, ajouta-t-elle le seul nom de ce tribunal cause une véritable épouvante.— C’est vrai,.c’est vrai, observa Œtna: puis, pendant plusieurs minutes, elle demeura plongée dans une profonde et pénible rêverie.— Blanche, dit-elle enfin, en reprenant son sang froid, vous ne négligerez pas le conseil que je vous ai donné, car mieux vaudrait pour vous être enlacée dans les replis d’un serpent que de tomber au pouvoir de cet homme que vous connaissez sous le nom de Cypricn.Et maintenant, mon amie, puisque vous êtes déterminée à partir, je vais vous dire adieu.En parlant ainsi, elle embrassa Blanche qui immédiatement après quitta-le château.Notre héroïne se rendit tout droit au Faucon-iV Or, où elle s’informa du chevalier de Brabant qu’elle désirait remercier.Mais elle apprit de Tremplin qu’il était sorti depuis déjà une heure ou deux, et qu’au reste son intention était de partir le lendemain, do bonne heure, pour retourner en Autriche.Cette dernière nouvelle porta un coup au cœur de la jeune fille, sans qu’elle sût pourquoi, et durant quelques minutes, elle resta silencieuse, dans une attitude rêveuse.— Enfin, exclama-t-elle soudainement, j’espère que je pourrai voirie chevalier un instant avant son départ.Mais si des circonstances que je ne puis prévoir m’en empêchaient, voulez-vous lui dire, monsieur Tremplin, que les prières de Blanche, la jeune paysanne, le suivront toujours, et que je n’oublierai jamais qu’il m’a sauvé la vie ?Après avoir ainsi parlé, et, sans attendre la réponso do l’hotclior ,et prendre le temps do lui dire ni ou elle allait ni quanl elle reviendrait, elle s’éloigna rapidement.Il était neuf heures du soir: mais l’on était un mois d’août, le ciel était clair, et la lune brillait dans le ciel d’un éclat magnifique.Blanche se dirigea vers le pont, et descendant sur la rive où plusieurs bateaux étaient amarrés, elle accosta un vieillard qui était chargé de les garder.Tout d’abord, il la refusa brutalement lorsqu’elle lui demanda de lui louer une barque pour quelques heures, et même il la regarda d’un air qui commenta a 1 alarmer.Mais quand elle lui eut glissé dans la main deux pièces d'or, il s’adoucit visiblement, et tout en mettant l’argent dans la po- chette en cuir suspendue à sa ceinture, et il murmura : —Les temps sont durs, et il est permis de n otre pas difficile sur les moyens de gagner sa vie.Il détacha le plus léger de ses bateaux, aida la jeune fille à sauter dedans, et lui montra comment se servir de3 rames.Elle le remercia de sa bonté, et le pria de vouloir bien lui prêter une lampe et tout ce qu’il fallait pour l’allumer, en cas qu’elle eût besoin de lumière.Le vieillard ne fit aucune difficulté do lui procurer tout cola, car il ne vit dans cette aventure qu’une intrigue d’amour qui demandait du mystère et de la circonspection.Quand elle eut tout ce qui lui fallait, elle poussa le bateau dans le fleuve et le laissa descendre le courant.Au bout d’un quart d’heure, Blanche arriva en face des tours et des murailles massives du château de Prague ; et poussant la petite barque contre le côté de la forteresse, elle atteignit bientôt l’entrée d’un canal voûté qui se détachait de la rivière et coulait par dessous l’édifice.A la clarté argentée do la lune qui se jouait sur le3 eaux calai es de la rivière, succédait dans le canal, qui ressemblait à une caverno, une épaisse et complète obscurité.Jamais les bateliers no passaient devant la sombre entrée de ce canal sans frissonner, ou sans se parler à voix basse : car on disait que du temps des rois de Bohème, c’était là, dans les donjons du château, qu’on assassinait secrètement les personnages politiques ou autres qui contrariaient lc3 prétentions de ces monarques ; on se racontait comment leurs cadavres étaient transportés secrètement la nuit, dans un bateau, par ce sombre canal, et ensevelis dans les profondeurs silencieuses do la rivière.On prétendait encore que d'étranges soupirs et des bruits surnaturels se faisaient entendre dans cette partie de la Moldau qui baignait les murs du château, et sous l’arche par où le canal pénétrait dans l’intérieur de la forteresse.Mais sans se laisser effrayer par ces rumeurs dont elle avait entendu le récit, Blanche s’engagea intrépidement dans le canal ; et, allumant sa lampe qu’elle plaça à la tète du bateau, elle se laissa conduire par le courant, en .se recommandant à la grâce de Dieu.XXIX.LES PRISONNIERS DU CHATEAU DE PRAGUE.Blanche, animée d'un héroïque courage, debout dans le bateau, le guidait avec sa rame de façon l’empêcher de se heurter contre les murailles ; mais au bout d’une cinquantaine de pas, le courant allait se briser contre un large rocher avec une telle violence que la barque tourna presque sur elle-même et faillit sombrer.Mais elle manoeuvra avec tant d’adresse qu’elle sortit heureusement de ce mauvais pas.Trois minutes après, elle alla se heurter contre une grande barque qui était amarrée au bas d’un escalier de pierres. Cet escalier, qui s’élevait brusquement (lu fond de l’eau, terminait la partie souterraine du canal, et ses marches supérieures disparaissaient dans l’obscurité.Le bateau qui était h\ amarré était sans doute celui dont on se servait autrefois pour transporter les victimes dans la Moldau.Après avoir attaché sa barque h un anneau qui était enfoncé dans le mur, Blanche pritlalampî d’une maiu, et l'ombrageant soigneusement de l’autre, elle monta hardiment les degrés.La hauteur, comme nous l’avons fait entrevoir, était considérable, et le3 marches so rétrécissaient graduellement vers la partie supérieure.Enfin elle atteignit une grille qui était fermée en dedans : mais en passant sa main entre les barreaux, elle put, après des efforts réitérés, tirer la barre que le temps et la pluie avaient rouilléc.Blanche poussa la grille qui s’ouvrit en grinçant sur ses gonds.Elle entra alors dans un passage long, bas et étroit.Il y régnait un silence de mort, un silence que le bruit de ses pas parvenait h peine à rompre ; et la lumière de sa lampe paraissait être si faible qu’elle servait plutôt à lui faire voir l’épaisseur des ténèbres qui l’environnaient, qu’à l’éclairer.Au bout de ce corridor elle rencontra une autre grille qu’elle ouvrit de la môme manière et avec la même difficulté que la première : et puis, tout en avançant lentement et prudemment, elle tint sa lampe élevée, afin de voir le mieux possible autour d’elle.Mais tout à coup elle tressaillit, une exclamation de terreur s’échappa malgré elle de scs lèvres, et ses traits devinrent aussi livides que ceux d’un cadavre, car elle avait cru apercevoir devant elle une multitude d’hommos armés.Mais elle réfléchit que ce qui l’avait ainsi effrayée n’était autre chose que des armures ; îi peine toutefois commençait-elle à se rassurer, qu’elle fut envahie par de nouvelles terreurs, car les objets qu’elle voyait semblaient s’agiter soudainement, quoique aucun ne bougeât de place.Tout cela était un effet des ombres de la lampe, et c’est ce que Blanche no tarda pas i\ s’expliquer.Elle s’arrêta à contempler ces armures avec leurs visières baissées, leurs casques surmontés de plumets ; et elle allait continuer son chemin lorsqu'une do ces panoplies, placée dans un coin, attira son attention par sa petitesse et la délicatesse de son travail.A la ceinture était attachée une épée longue et mince, et qui paraissait être admirablement bien trempée.Tout d’abord, Blanche n’avait éprouvé qu’un sentiment de curiosité ; mais insensiblement naquit dans son esprit une idée qui amena le sourire à ses lèvres, et puis la rougeur de l’héroïsme à scs joues.Elle fut ainsi amende à faire cette réflexion, que, sous ses vêtements de femme, elle était exposée à bien dos périls dont un homme ne serait pas menacé, et qu'ainsi elle agirait prudemment en empruntant les habits de l’autre sexe.Elle savait, d’ailleurs, que dans son entreprise, elle allait bientôt rencontrer une sentinelle, et quoiqu’elle sut le mot de passe, ne lui serait-il pas plus facile de détourner tous les soupçons en se donnant comme un envoyé de Zitzka, qu’en 3e disant simplement une amie autorisée par lui à visiter les trois prisonniers d’Etat ?Le temps était précieux, et Blanche no s’amusa pas à délibérer.Mais alors s’éleva chez elle la question de savoir si elle saurait bien endosser cette armure : quelques moments d’examen la rassurèrent sous ce rapport ; et, plaçant la lampe sur une pierre, elle ôta bravement ses vêtements de dc33us, et se couvrit de l’armure d’acier.A mesure qu’elle avançait dans sa tâche, la noble jouno fille sentait son courage s’exalter.Enfin, elle plaça le casque sur sa tête et scs mains dans les gantelets ; et en attachant son épée à sa ceinture, elle se dit qu’elle ne serait pas qu’un vain ornement si elle était réduite à s’en servir.Tenant la visière de son casque levée, Blanche reprit sa lampe et continua son chemin, san3 craindre, à présent, que le bruit de scs pas éveillât les échos endormis.Au bout de quelques minutes, elle atteignit une troisième grille qui ouvrait sur une cour.Après s’être bien asssurée de ce dernier fait, elle retourna dans la salle des armures où elle posa sa lampe dans un endroit abrité contre le vent ; et puis, revenant sur ses pas, elle ouvrit la grille et passa dans la cour.On arrivait d’habitude dans cette cour par une étroite allée pratiquée entre deux des tours et ayant issue sur la grande place du château : la sentinelle, que Blanche savait devoir tout à l'heure rencontrer, supposerait naturellement qu’elle était venue par le chemin ordinaire, et non par la voie secrète que nous connaissons.La lune brillait dans cette cour, et ses rayons se réfléchissaient sur l’armure de Blanche ; mais elle s’arrêta, un moment, pour regarder les fenêtres qui étaient en haut de l’une des tours, et où brillaient des lumières.Blanche se dit en soupirant : “ Hélas ! la généreuse Œtna et ses deux suivantes se doutent peu de l’usage que je fais de l'hospitalité qu’elles m’ont si libéralement donnée.” Au pied de la tour faisant face h celle où étaient situés les appartements d’Œtna, il y avait une porte basse pratiquée dans l’épaisseur du mur.Blanche frappa avec son gantelet contre le guichot qu’on abaissa immédiatement de l’intérieur.A la lueur d’uno faible lumière, elle aperçut indistinctement un soldat dont la tête était couverte d’un casque.— Ouvrez, cria Blanche en grossissant sa voix le plus possible.— A qui dois-je ouvrir ?demanda la sentinelle chargée de la garde de la tour.— A quelqu’un qui te donnera le mot de passe, mon ami, répondit promptement notre héroïne.(il continuer.)
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