L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal., 1 mai 1866, mardi 15 mai 1866
Montréal, 15 Mal 1866.Huitième Année.—No.10.Line im JOURNAL DES FAMILLES.PurnU'iiiit le lcr ot le 15 jours afin que le nouveau propriétaire puisse jouir en mai de sa villégiature.— Nous avons raconté, il y a quelque temps, comment les HR.l’P.Mineurs-Réformés d’Ariano avaient été, au grand mécontentement de la population.chassés du pays.Trois de ces religieux seulement étaient restés à la garde de l’église ; mais vers les premiers jours de ce mois, la police est venue nuitamment les y arracher à cet asile.Ils ont dû partir sur-le-champ, et maintenant l’église est fermée.— D’après quelques journaux, l’audace des protestants aurait soulevé la population de Brescia, et on pourrait craindre de voir une nouvelle édition des faits de Barletta.Des menaces de mort sont placardées sur les murs ; la rue habitée par les protestants est souvent encombrée et la fuule se porterait peut-être à des excès que leur audace provoque, si la troupe n’était pas sous les armes.— Nous lisons dans le Fircnzc : “Un cocher de fiacre a été arrêté hier au moment où il volait trois nappes d’autel dans l’église de Santa Croce.Tandis que l’on médite en liant lien de tout enlever aux frati, ce cocher s'attaque à des vétilles.Mais pour les vétilles on a les galères, pour le tout.Ainsi va le monde.” — On lit dans Y Echo de Notrc-Dame-des- Victoires : “ Le jeune zouave dont nous allons raconter l’histoire appartient à une famille fort riche selon le inonde mais plus riche encore aux yeux de Dieu, par les nobles traditions de fidélité au devoir et de religion qu’elle se fuit gloire de suivre.Il y a quelques années, quand Pie IX eut besoin de soldats, le jeune Ilenri ne sut point hésiter: il courut à lloinc, encouragé par son père et béni par sa mère, et se fit zouave pontifical.Inutile de dire au’il manqua mille fois de perdre la vie pour la noble cause qu’il était venu défendre: c’était, si je ne me trompe, un des braves de Castelfidardo.Rentré DE LECTURE PAllOISSIAL.173 dernièrement dans sa famille, à la suite de longues fatigues, il vient do se marier avec la soeur d'un de ses camarades aux zouaves.Lorsqu'il s'est agi do fixer sa dot, on l'ut étonné de voir Henri insister pour qu'elle fût plus importante qu'on no pensait la faire.Sa mère lui ayant demandé quel était le motif de semblables exigences, si peu eu rapport avec scs goûts ordinaires : “ Et notre Père qui est à Rome ! s’écria lojeune homme, ne faut-il pas qu'il ait son cadeau de noces?” Avant d’offrir son présent, Henri lit part du projet à .sa fiancée.Celle-ci, tout attendrie, demanda comme une grâce de s'v associer.“ Permettez-moi, dit-elle, d'ajouter à votre riche offrande mes économies de jeune fille; elles étaient destinées l'achat de diamants; mais quel plus saint usage je vais en faire, grâce vous!'1 L'idée parut excellente au chrétien jeune homme.Une somme bien ronde fut envoyée au Saint-Père, avec une lettre dans laquelle l'ancien zouave demandait au Pape une bénédiction et une prière pour lui et pour sa future femme.“ L'un des caractères de Pio IX est la grandeur et la générosité.Il sait plus donner que recevoir, et quand il reçoit d’une main, il se plaît il donner de l’autre.Ce que lui avait demandé le jeune zouave fut fait : il bénit et pria pour lui, aussi bien que pour sa compagne.C’était le présent du Père et du Pontife ; le souverain, quoique pauvre, voulut en ajouter un autre.Il fit remettre à la jeune épouse de son fidèle zouave une magnifique broche de diamants.Le Pape l’avait choisie lui-même entre plusieurs joyaux et l’avait bénite.Tous ces détails furent rapportés au jeune ménage par le messager du pontife.“ Impossible, cria la jeune femme, que je porte dans le monde, pour m’eu parer, lin toi objet, que notre Pôre bien-aimé a consacré on le tenant dans ses saintes mains et eu le bénissant ! Ni le monde ni moi n'en sommes dignes.Je le donnerai à Dieu.Il servira à son autel.” Ce qui avait été si subitement, si pieusement inspiré, fut exécuté.Les diamants furent enchâssés dans une croix d’or tt placés au sommet d'un bel ostensoir appartenant ;\ la chapelle du château.Quant au corps de la broche, il fut serré dans un joli écrin.La châtcleine se plaît le montrer comme on ferait d'une précieuse relique.“ Quand Pic IX apprit avec quel filial amour la parure de diamants avait été accueillie, de quelle vénération on avait entouré son royal présent, le bon Pape, tout ému et les lirmes aux yeux, dit à ceux qui l'entouraient : •* Ne suis-je pas heureux d'être le père de tels enfants ?” Un moment après il ajouta : “ Bien souvent de pareils traits d'affection sont venus consoler mes douleurs.” Discours prononcé par l'Hoit.M.McGec.Nous avons pensé que nos lecteurs verraient ici avec plaisir la traduction d'un discours prononcé par l'honorable M.MeGee, dans une réunion solennelle en faveurde la maison de la Providence de Montréal.Ce discours est un bel exposé de toutes les saintes œuvres que la charité a entreprises et exécutées parmi nous : M.le Maire, Mesdames et Messieurs, J'ai il vous parler co soir d’un établissement de charité qui, s’il est peut-être très-peu connu en cctte ville, n en mérite pas moins tout notre encouragement.Je veut dire 1 école des sourdes et muettes, tenue parles sœurs de la Providence, dans le haut de la rue St.Denis.Cette institution, ainsi que vous avez pu le voir par les journaux, prit naissance à la Longue-Pointe, tut ensuite transférée a Montréal, et fonctionne depuis ces quinze dernières années.Il y a trois ans, un de nus concitoyens les plus charitables, M.Chcrrier, lit don aux dames directrices du terrain sur lequel s’élève aujourd'hui leur nouvelle et spacieuse institution.Chaque année le gouvernement accorde A cette maison une modeste subvention.Sur les soixante et quinze pensionnaires qui s'y trouvent, cinq seulement paient soixante piastres par an pour l'éducation qu’elles reçoivent (la pension comprise) ; quant aux dépenses multiples que nécessite l’entretien d’un établissement aussi considérable, la charité de personnes pieuses y pourvoit, ainsi que l'industrie des pensionnaires et la stricte économie des directrices, toujours tenues en éveil par leur infatigable supérieure, la sœur Marie Bonsecours.(Applaudissements.) Deux cents élèves pourraient être très-convenablement logées dans le nouvel édifice, mais malheureusement les bonnes sœurs n’ont pas toujours des ressources proportionnées à leur zèle, et aujourd'hui elles se trouvent, bien malgré elles, dans la pénible nécessité de différer, faute de moyens suffisants, l’admission de cinquante jeunes sourdes et muettes.Voilà, en peu de mots, l’exposition démon sujet; mais ma tâche ne pourrait se borner ce soir un simple exposé des faits, quelque éloquents d'ailleurs qu'ils soient par eux-mêmes.Il me semble qu'il y a quelque chose de plus à dire sur un aussi vaste sujet, et sur un autre encore qui en découle et s'y rattache, et que je nommerai 11 la charité héroïque.'' Quand je dis* h 5-roïque,” je ne crois pas cet adjectif superflu; caria charité est toujours de l'héroïsme, puisque tous deux ont pour principe le désintéressement et l’abnégation.L'égoïsme n'a rien à faire avec la charité et l'héroïsme, et si je me suis permis d'accoupler ccs deux mots, c'est parce que la charité, considérée sous certains iisj e-tF, nous présente ce rare assemblage d’une intrépidité irrésistible jointe à l’esprit d’initiative et au désintéressement le plus pur.Tous les efforts que l'on fait pour l'éducation des sourds et muets, pour réveiller les intelligences condamnées ;\ un silence éternel et façonner ces esprits et ces cœurs, en corrigeant en quelque sorte la nature qui leur a refusé le langage, au moyen de signes qui remplaceront la parole ; tous ces efforts, disons-nous, revêtent au plus haut degré le caractère do l'héroïsme et commandent l’admiration universelle.Partout où la civilisation a établi de grands centres, que ce soit à Rome, à Paris, ilViime, Madrid, Munich, Londres, Edinbourg, Dublin, Boston ou i\ Ncw-York, l’enseignement des sourds et muets a su trouver des écoles, des revenus, des professeurs, et des élèves, hélas! trop nombreux.Cette science a été l'étude constante de lien des hommes et des femmes aussi distinguées par le savoir que par la vertu ; ses annales fourmillent d'anecdotes touchantes et instructives, et des milliers de pages ont il bénir ses progrès et scs heureux résultats.On a écrit, je ne sais trop d'après quelle autorité, que sur les 850 millio .s d'individus qui forment la population totale du globe, il y a 517,000 sourds et 174 L’ÉCnO DU CABINET muets : mais suivant les statistiques les plus dignes de foi, il paraîtrait que dans tous les pays où se font des recensements périodiques, on ne rencontre qu’un sourd muet par 1500 personnes.Ici, en Canada, notre recensement de 1861 porte le nombre total des sourds et muets il 1494, et ce chiffre me paraît assez exact.Eh bien ! il n’y a oependant à l’école d'ilamilton, la seule, je crois, du Ilaut-Canada, que 60 élèves, quoiqu'il en figurât 81, l’année dernière, sur le registre.Dans l’académie des sourdes et muettes pour laquelle j’élève la voix, il y en a 75, non compris les 50 qui demandent à y entrer.M.Bélanger, dans son école du Coteau St.Louis, compte ÎJO garçons sourds et muets ; ce qui fait en tout 160 sourds et muets des deux sexes qui reçoivent les bienfaits de l’éducation, dans les deux provinces, sur les 1500 mentionnés au recensement de 1861.En établissant un parellèle avec d’autres pays, nous verrons qu’il y avait en France, il y a quelques années, 1600 sourds et muets répartis dans 44 institutions de ce genre ; la Grande-Bretagne et l’Irlande en comptait de 1400 à 1500 dans 24 établissements, tandis qu’aux Etats-Unis, où il naît deux fois plus de sourds-muets qu’en Canada, il y avait environ 2000 élèves dans 20 institutions.Si nous f'esons la part de ceux qui étaient déjà trop vieux lorsque ces établissements s’ouvrirent, et de ceux qui y ont été instruits et préparés pour entrer dans le monde, nous serons obligés d’avouer qu’un cinquième ou sixième qui se trouve soulagé est trop peu comparé au total.Mais il faut estimer cette charité, non seulement par la quantité, mais surtout par la qualité.D'ordinaire, cette infirmité est le châtiment de la transgression de quelqu’une des lois naturelles: les mariages entre cousins par exemple ; elle attaque quelquefois* des familles entières, témoin ces trois sœurs, et quatre autres encore que nous avons eues ici.Le pauvre sourd et muet ne souffre pas seulement dans son intelligence et dans son cœur, il n’a pas seulement été condamné à ne jamais entendre la voix d’une mère, la causerie de ses camarades, les snos cadencés d’une musique harmonieuse, les chants sacrés de l'église et les accords majestueux de l’orgue, mais, comme le dit Johnson, son infirmité est “ une des plus affreuses calamités qui puisse affliger l’homme," car elle le laisse, au physique comme au moral, ainsi qu'un véritable sauvage, au milieu de cette civilisation où il est né ; il en éprouve tous les besoins physiques et aucune de scs tentations ne lui est étrangère.11 est pénible d'avoir à constater que sur tous les sourds muets qui, après avoir reçu de l’éducation, ont pu rendre compte de leur état antérieur, pas un sur dix mille ne se doutait de l’existence de Dieu ! Quant à la magnifique épopée de la rédemption do l’homme, il va sans dire qu'ils n'en connaissaient pas un mot.Quelques-uns qui avaient observé des gens en prières et agitant les lèvres, s'imaginaient que ces personnes s’adressaient au soleil ou aux nuages.Si l'on en excepte Massieu le célèbre élève de l’abbé Sicard — prêtre d'un si grand génie,—il no s’est guère présenté de cas d'un Bourd-inuet de naissance qui ait eu la moindre idée de son Créateur.Je dirai donc que ceux qui arrachent ces pauvres créatures aux ténèbres de l'âme trouvent en quelque sorte des infidèles au milieu même de la civilisation et font une conquête toute aussi glorieuse que s'ils avaient été chercher des prosélytes aux confins du monde.(Applaudissements.) Ce qui nous montre bien jusqu’à quel point nuus devons priser et respecter la parole—la parole qui mûrit si elle ne sème pas toutes les idées,— la parole qui est le conducteur sinon le producteur de la pensée, —c’est qu’on ne parvint à donner aux sourds et muet» une idée de Dieu, du ciel, de l’enfer, de l’âme, du jugement dernier, du bien et du mal, qu'après la découverte d’un substitut de la parole, c’est-à-dire le langage par signes.Aussi ceux qui se dévouent à l’éducation des sourds et muets* ont-ils un labeur bien plus aulu que les autres maîtres, et cc n'est qu’après sept années d'efforts patients et souvent douloureux qu'ils parviennent à arracher l’âme de ces pauvres cillants à ee triste état de dégradation intellectuelle qui excluait l’idée de Dieu et de la loi.Dans l’ancien temps, aux plus beaux jours mêmes de la civilisation romaine, le muet de naissance était rejeté comme un paria.11 n'y avait plus pour lui ni société, ni loi.Dans les temps modernes, jusqu’à tout dernièrement, la loi civile ne protégeait nullement le sourd et muet, chez la plupart des nations, la France exceptée ; et ce sera pour elle et le XVII L"“ siècle une des gloires les plus pures d'avoir produit deux hommes comme l'abbé Sicard et l'abbé de l’Epée qui passèrent leur vie à rechercher—pour ainsi dire dès le berceau —les victimes de cette triste infirmité, et à illuminer ces intelligences obscurcies avec les images rayonnantes de Dieu et de son Christ, avant l'époque, toujours si dangereuse.de la puberté et des passions.Qu'il me soit permis de le dire, sans esprit de controverse aucune, mais avec une profonde reconnaissance et en vrai catholique, c’est dans le déploiement de cette cliariié héroïque que nous trouvons toujours l'Eglise au premier rang.Depuis le Bénédictin espagnol de Fonce jusqu'au Jésuite français Custel, 1 inventeur du clavier oculaire, c'est toujours parmi le clergé catholique que se sont recrutés les instituteurs des sourds et muets les plus studieux, les plus constants et les plus heureux.Ils ont accompli pour leurs élèves des miracles ; non pas que je veuille dire qu'ils aient fait rien de surnaturel, mais ils ont fait éclater dans leur œuvre du bien des miracles de patience, d'industrie et de persévérance.(Applaudissements.) Quant aux différentes méthodes d’enseignement pour les sourds et muets, quant à la question d'isolement, je ne dirai rien, parce que je me sons tout à fait incompétent.Quelque mérite d’ailleurs que puisse avoir la méthode articulée, il n’en est pas moins vrai que la dac-tylogie ou langage des signes propres a déjà accompli îles merveilles.Il y a deux méthodes : la méthode espagnole, à une main, et la méthode française, appelée quelquefois méthode anglaise, à deux mains.Sans m’arrêter à la valeur respective de ces méthodes, il est évident que le langage par signes est tout aussi naturel au sauvage qu’à l’homme civilisé, et suivant toute probabilité, c’est encore le langage qui a fait le plus grand pas vers le langage universel.On le trouve, jusqu’à un certain point, parmi nos Indiens qui représentent la vérité par une ligne droite partant des lèvres, dans la direction du ciel, tandis que le mensonge y va par zigzags.Les signes sont encoro le seul langage du naufragé sur une plage étrangère, do l’enfance, de l’homme qui meurt ou qui prie.Ce langage muet remue profou- De lecture paroissial.175 clément l'fimc, et les nations douées d’une organisation particulièrement artistique l’emploient très-souvent uvec plaisir.Feu l’illustre cardinal Wiseman, parlant de la gesticulation italienne, dans un écrit qui a paru dans la Revue de Dublin, nous montre comme le geste entre pour beaucoup dans la conversation italienne.Il noua en fournit plusieurs exemples.Quelques-uns même, suivant lui, dateraient de Quintilien.Ainsi uand un Napolitain veut dire “ il demain " sans se onner la peine de parler, il se contente de décrire un cercle dans l’air, allant de bas en haut, connue pour indiquer que la terre aura opéré sa révolution diurne avant que telle ou telle chose arrive; et un Italien quelconque qui veut nous apprendre la mort d’un ami, sans ouvrir la bouche, tracera une croix en l’air pour toute réponse sur ce sujet.Mais l’étODiiante rapidité de la dastylogie chez nos sourds-muets surpasse même la pantomime chez les Italiens, et à les voir se servir de cet admirable substitut, il semblerait que nous ne prenons pas assez en pitié leur infirmité et quejious oublions qu'ils n'ont point l’usage de la parole.Ils ont encore d’autres compensations.La vue et surtout le toucher sont, chez eux, extraordinairement développés.Je citerai pour exemple cet artiste sourd-muet d'Edimbourg, qui s’appelait Arrowsmith, et pouvait goûter avec délices la musique du moment qu’il plaçait ses doigts sur la porte de l’appartement où on la jouait.N’en soyons pas moins reconnaissants pour le don précieux de la parole, — ce don de Dieu i l'humanité ! — par lequel se transmit la volonté divine dans le paradis terrestre, sur le Sinaï, dans les (lots du Jourdain, et pendant toute la vie de notre Rédempteur! Soyons| reconnaissants pour ce don précieux du Créateur, et j n'oublions point ceux qui n’ont jamais connu et nei connaîtront jamais les joies et les consolations de la 1 parole.(Applaudissements.) M.le Maire, Mesdames et Messieurs, la charité de la révérende supérieure Marie-Bonsecours et de ses sœurs nous présente naturellement l'esprit cette vertu sous deux autres aspects héroïques : la charité dans les hôpitaux et d.ns les prisons.Avec votre permission et pour l'acquit de ma consc’cnce, je désirerais dire quelques mots sur ce double aspect, puisque je me suis hasardé à aborder un aussi vaste sujet.L'honorable M.McGee passa ici en revue les services immenses rendus à l'humanité par St.Jean de Matha et St.Pierre Nolasquc, fondateurs de l’Ordre des Tri-nitaires et de la Merci, qui s'étaient consacrés au rachat des captifs, et dont les établissements pieux couvraient encore une partie de l’Europe, même après la Réforme.Après avoir ainsi parcouru le moyen-âge et une partie de l’histoire moderne, l'habile orateur arrive à notre époque et trace, d'une main de maître, le portrait de deux célèbres philantropcs : Elizabcth Fry, qui consacra sa fortune et toute sa vie à améliorer la position des femmes détenues en prison; et John lloward, qui, après avoir parcouru presque toute 1 Europe pour visiter les prisons, les lazarets et les hôpitaux, cherchant partout les moyens de remédier à l’insalubrité de ces établissements et de donner aux malades les soins les plus efficaces, finit par mourir d'une maladie maligne, qu'il avait contractée au chevet d’un pestiféré, en Russie, victime de son héroïque dévouement.Il y a, continue l’honorable M.McGee, une charité qui surpasse celle des prisons, c’est la charité dans les ' I I hôpitaux.Parmi tous les fondateurs de ces sortes d'ins-1 mutions, le plus grand que le monde ait jamais vu naquit eu Gascogne, dans la première année du XVIle ¦siècle, d'une famille pauvre, et vous avez déjà nommé, Messieurs, j’en suis convaincu, le prêtre illustre à qui je fais allusion : St.Vincent de Paul, le fondateur des Lazaristes et des Sœurs de la Charité.Les siècles antérieurs ont vu, dans 1 Eglise catholique, se succéder 1 bon nombre d Ordres d’hospitaliers, mais aucun, à uno ! époque qui se rapproche tant de la nôtre, n'a acquis | autant de renommée et n’a su rendre de services plus ; efficaces que celui des Filles de St.Vincent de Paul.Leur fondateur,—cet homme si étonnant, — n’était j pas cependant ce que l'on est convenu d’appeler dans le | monde un homme de génie ; ses études théologiques ; avaient été celles d'un simple prêtre, sa naissance était humble et il demeura toujours pauvre des biens do i cette terre.Néanmoins, pendant les soixante années que dura son ministère (de 1G00 ÎMO,) il fonda l'hôpitul-général des pauvres à Paris, l’hospice des Enfants-Trouvés dans la même ville; l'hôpital de Se p.Iitinc{f), un hôpital pour les galériens à Marseilles, et ces nombreuses succursales disséminées par toute la chrétienté et qui fonctionnèrent du vivant même de leur illustre organisateur.Au moment où il allait envoyer les premières Sœurs de la Charité à leur rude et sainte besogne, au milieu d’un monde grossier et plein d'embûches : “ — Allez, mes filles, leur dit ce grand cœur, désormais, vos monastères seront les maisons des malades, votre cellule sera une chambre louée, et vqus trouverez votre cloître dans les rues de la cité ou dans les salles do l’hôpital.Que l’obéissance soit votre solitude et qu'une sévère et sainte modestie soit votre seul voile.” Je n’essaierai pas d’esquisser les soixante années que St.Vincent de Paul consacra à la pratique de toutes les charités héroïques ; nous pouvons juger de la grandeur du bien qu'il a accompli par le fait seul qu’aujourd'hui, — plus de deux siècles après sa mort, — il se fait plus d'aumônes en argent, au nom de cet humble prêtre de la Gascogne, il se donne plus de pain et do vêtements, plus de criminels sont réformés, plus de malades sont soignés, plus d’enfants trouvés sont élevés, plus de morts abandonnés sont décemment enterré*, que n’a fait le plus grand prince ou gouvernement de la chrétienté.De ce que valent eu argent ces nourrices si généreuses et si intrépides, —les Sœurs de Charité, —j’en laisse le calcul à ceux qui les ont vues dans les hôpitaux militaires, après une bitaille ou un siège, qui les ont vu affronter la peste dans ses phases les plu* violentes, ou qui ont eu le secours de leurs mains charitables dans les opérations le* plus difficiles de la chirurgie.Il n’appartient qu'au chrétien de concevoir un ordre de femmes consacrées à Dieu dès leur jeunesse, et dont le travail journalier serait de panser les blessures, de secourir les malheureux, de relever ceux qui sont tombés, de donner la protection et l'asile aux plus abandonnés.L'honorable orateur rappela ensuite les services rendus au Canada par les filles de la sœur Bourgeois, et les Sœurs Grises fondées par Mme Youville.Il fit un éloge bien mérité de Mclle Nightingile et de ses compagnes, qui, dans la campagne de Crimée, se dévouèrent si généreusement à soulager les misères des soldats anglais.Enfin, il fit allusion à l'héroïsme déployé par les ! 176 L’ÉCHO DU CABINET citoyens de Montréal, au temps du choléra en 1847-48, et il exprima l’espoir que le même esprit de sacrifice et de charité se manifesterait aujourd'hui s'il plaisait il la Providence d'affliger notre ville par un fléau semblable.M.McGee termina son discours par une péroraison éloquente sur la nécessité de secourir les sourdes-muettes, et de ne pas laisser tomber une œuvre qui réunissait à un si haut degré toutes les qualités de la charité héroïque.M.JOSEPH BEAUDRY.UNE BELLE VIK COCHONNÉE PAR UNE SAINTE MORT.L'Écho ayant entrepris la noble tâche de signaler les vertus chrétiennes qui se pratiquent dans cette catholique province, nos lecteurs ne seront pas surpris si nous leur parlons aujourd'hui de l’excellent vieillard, M.Joseph Beaudry, décédé à l’Hôpital Général de Montréal, le 18 de ce mois, à l’flge de Si! ans.Trois vertus résument, selon nous, la vie de ce fervent chrétien : le zùle pour l’éducation chrétienne de l’enfance, une immense charité pour les pauvres et l'esprit de prière.M.Joseph Beaudry a exercé pendant un grand nombre d’années, à Ville-Marie, l’humble et modeste fonction de catéchiste.Il s’acquittait de ce laborieux ministère avec un courage au-dessus de tout éloge.Au talent de captiver l’attention de ses nombreux élèves et d’exciter leur émulation, il unissait le mérite encore plus rare d'implanter dans leurs jeunes coeurs les plus solides vertus du christianisme.Que de jeunes gens n a-t-il pas instruits et préservés des dangers du monde ! Le pieux catéchiste ne bornait pas son zèle à disposer les enfants à la première communion,, il les suivait longtemps après avec une tendre sollicitude, leur donnant de sages conseils, les visitant dans leurs maladies et les assistant dans leurs besoins.Sa mémoire sera toujours bénie par tous ceux qui l’ont connu et qui ont été comblés de ses bienfaits.Après l’éducation des enfants, le soin des pauvres fut l’objet principal et constant de son inépuisable dévouement.Sa vie entière n’a été qu’une chaîne de bonnes œuvres.Non content de mener une vie dure, pauvre et laborieuse, il distribuait, chaque année, ses petites rentes viagères pour soulager dans leurs infortunes les indigents bien-aimés de sou cœur.Lorsque sa bourse était épuisée, il disait gaiement à ses amis: “ Celle du bon Dieu ne l'est pas.” Et alors il priait saint Joseph, son saint patron, il faisait des quêtes dans les divers marchés do la ville et il amassait des provisions assez considérables de viande et de légumes, qu'il partageait lui-meme entre les diverses communautés chargées des pauvres vieillards et des pauvres orphelins.Quelle cœur est soulagé en voyant tant d’abnégation, d"! sacrifices et de dévouement ! Il semble que ie ciel se plaise à donner de temps en temps, à la terre, ces belles âmes qui la consolent de l’égoïsme, du soin des interets matériels qui semblent vouloir se disputer l’attention du plus grand nombre des hommes.Pour raviver son zèle et féconder scs œuvres, M.J.Beaudry no manquait jamais de recourir au moyen infaillible tant recommandé par Notrc-Seigneur et si admirablement pratiqué par les saints: la prière.Durant une grande partie de sa longue vie, la maison de Dieu fut son séjour habituel.Il passait de longues heures d vaut nos Saints Tabernacles.Là, il épanchait son cœur dans celui de son Divin Maître.Il embrassait dans sa charité tous les besoins de l’Eglise.11 priait pour li s pécheurs et les pauvres âmes délaissées du Purgatoire ; semblable à l’héroïne du Canada, il priait aussi pour la prospérité de sa belle patrie.Et dans ses longues, et nous dirions presque interminables prières, il ne cessait de solliciter de la bonté et de la miséricorde de Dieu le renouvellement de la piété dans toutes les élusses de la société.Après avoir rendu scs devoirs à .Jésus-Christ présent dans la Suinte Eucharistie, il faisait régulièrement le chemin de la Croix, puis visitait l'autel de la Mère de Dieu et de son glorieux patron Saint Joseph, pour lequel il avait une dévotion toute spéciale.Il avait peine à s’arracher à ce doux et saint exercice de la prière.Il prenait à la hâte un peu de nourriture, et après quelques minutes de repos accordé à ses nombreuses infirmités, il s'empressait d’aller de nouveau aux pieds de son Sauveur pour renouer ces doux entretiens dont le3 finies ferventes seules ont le secret.On comprend qu’avec une telle vie, notre saint vieillard devait soupirer après le repos des justes.Depuis longtemps son âme ne tenait plus à la terre.Sentant sa tin approcher, bien que le Séminaire fût une demeure chère à son cœur, il sollicita et obtint uno place dans un asile de charité pour mourir au milieu des pauvres qu’il avait tant aimés.L'Hôpital-Général fixa son choix.C'est dans cette sainte maison qu’il a passé les deux dernières années do sa vie, édifiant par sa patience, sa douceur et son admirable recueillement, tous ceux qui ont eu le bonheur de le voir de près.Les Sœurs (i l ises lui ont prodigué tous les secours de lu plus tendre charité.C’est dans un.'des salles des pauvres qu’il a rendu sa belle finie à son créateur, le 18 avril, vers les 7 heures du soir, après avoir reçu tous les secours de l’Eglise, le mercredi (jour consacré à St.Joseph), Dieu, sans doute, ayant voulu le récompenser de la tendre dévotion qu’il avait toujours eue pour cet illustre patriarche.Et maintenant il n’est plus, mais son nom, ses vertus, scs bienfaits, sont gravés en traits ineffaçables dans le cœur des pauvres qui le pleurent coinmo un père et le vénèrent comme un saint.Nous publions aujourd’hui deux pièces de vers dont l une a déjà été entendue et appréciée au Cabinet de Lecture : l’autre nous est venue du Collège de l’Assomption, et est sortie du cœur d’un jeune élève à l’occasion de la fête de son vénéré Directeur.Le poète fut de tout temps un hôte bicn-aimé ; et nous donnons avec bonheur une large place dans nos colonnes à deux jeunes amis des Muscs dont le talent véritable et tout chrétien promet pour l’avenir des créations plus parfaites encore.Sur la Montagne.Prenez votre essor, ô mon Sme, Au-dessus de ce globe obscur ! Elevez-vous connue la flamme, Montez vers ces dômes d’azur DE LECTURE PAIIOISSIAL.177 Où le Seigneur a fixé les étoiles.Là sa gloire n’a point de voile.*, Là son nom retentit plus fort Quand la foudre a tonné dans la nuit qui palpite ; Là mon oreille entend l'harmonieux accord Des astres éclatants qui croisent leur orbite.Elevez-vous plus haut encore; Traversez de sphères en sphères Toute la profondeur du Ciel, Et venez soupirer des chants et des prières Dans l'Infini, dans l'ISternel !.Par delà la durée et par delà l'espace, Que trouve-t-on, de tout côté?“ L’Immensité ! l’Immensité ! ” 0 contemplation que la pensée embrasse ! 0 splendide éblouissement ! L ame dans le ravissement.Devant tant de magnificence, Redit mélodieusement Des hymnes que les Cicux écoutent en silence.Gloire à Dieu dans le temps et dans l’Eternité ! Principe et fin de tout, foyer illimité, Tout dans cet univers le chante à sa manière, Depuis l'insecte obscur perdu dans la poussière, Jusqu'à l'aigle régnant dans les plaines de l'air; Depuis le grain de sable aux rives de la mer, Jusqu’aux soleils géants, grande et brillante armée Dont la voûte du Ciel est toute parsemée.Tout cherche à le connaître et prononce son nom Tout depuis l'humaine raison Jusqu'à ces esprits purs plus grands d'intelligence, Qui plongent plus avant dans l’éternelle essence.11 est !.Partout !.Toujours !.Le passé, le présent L'avenir ne font qu’un sous son regard puissant.En lui rien de borné, d’imparfait, d'éphémère, Il est l'immensité, l'éternelle lumière Et l’abîme sans fin de la perfection ; 11 est un, nécessaire, indépendant et bon ; Il est juste, il est saint, il est heureux et sage.Sa gloire et sa grandeur brillent dans son ouvrage, Soit que son souille crée un chœur mélodieux D’esprits purs entourant son trône radieux, Soit que pour éprouver une lime qu’il préfère Il lui donne d’un corps l'enveloppe grossière.Sa tendre Providence a soin de l'univers.C'est lui-même qui dit au flot des vastes mers: “ Tu viendras te briser sur ce faible rivage; “ Tu n'iras pas plus loin dans le calme ou l’orage.” Il a dit aux soleils : “ Dans l'espace roulez “ Et racontez ma gloire aux humains aveuglés.” Il a dit aux zéphirs: “ Souillez sous l.i ramure “ En murmurant le nom du roi de la nature.” C’est lui qui fit pousser les herbes des vallons Et couvrit les coteaux d’abondantes moissons; C'est lui qui lit fleurir la rose des campagnes Et résister au vent le cèdre des montagnes, Afin que les oiseaux y bâtissent leurs nids Et que la faim jamais ne troublât leurs petits.J'ai vu les aquilons rapides, Comme des Cavales Numides, Bondir dans nos champs dévastés.J'ai vu la foudre aux traits livides, Parcourir en hurlant les cicux épouvantés.Et j ai dit : “ Vous chante7.Dieu dans votre langage ! ! ! “ Bien !.Il faut, pour lui ic.idre un solennel hommage, “ Les voix sublimes de l'orage." J'ai vu le mât brisé qui penche, Séparé de la voile blanche, Crier avec les vents altiers ; J’ai vu s'écrouler l’avalanche Qui déchirait le front nuageux des glaciers.Et j’ai dit: “Vous chantez Dieu dans votre langage; *¦ Bien !.Il faut, pour lui rendre un solennel hommage, “ Les voix sublimes de l’orage.” J ai vu l’oiseau de la tempête , Passer avec un cri de fête Au-dessus du pauvre marin, Alors que l’océan s’apprête A frémir de courroux dans son large bassin.Et j ai dit: “ Vous chantez Dieu dans votre langage; , “ Bien !.Il faut, pour lui rendre un solennel hommage, “ Les voix sublimes de l'orage.” i ° J’ai vu des nuages de grêle De l’aigle et de la tourterelle Renverser le nid abrité ; Comme un homme ivre qui chancelle j J'ai vu trembler le sol sourdement agité, î Et j ai dit: “ \ ous chantez Dieu dans votre langage; ! “ Bien!.Il faut, pour lui rendre un solennel hommage, “ Les voix sublimes de l’orage." Cependant bientôt la tempête Ne frappe plus l'air attristé ; L’espace étincelle et reflète Un ciel plein de sérénité.Et le soleil qui se dégage Des noires vapeurs du nuage Houle avec majesté sur son axe de feu, Et sous cette pure lumière On croirait voir sourire l’œil de Dieu A la création entière.Oui, c’est pour lui que la fleur Epanouit sa corolle, Que l'oiseau gazouille et vole Dans les bois pleins de fraîehcur; Pour lui que s'agite encore Le flot qui jette à ses bords De si terribles accords, L’orknt qui se colore Sous le regard de l’aurore, Le papillon diapré, L'haleinc du zéphire Qui doucement soupiro Comme l’orgue sacré.Le feuillage qui tombe Du chêne des forêts, La paisible colombe Qui roucoule sur les guércts.La mouche à feu qui brille La nuit dans le hameau, L'étoile qui scintille 178 L’ÉCHO DU CABINET Sur le lit du ruisseau : Tout cela c'est l’hommage, C’est l’hymne de l’amour Que reçoit d'âge en âge Le Créateur du jour.0 mille voix de la nature, Unissez de concert votre immense murmure Pour célébrer le nom do votre roi divin : Auprès d.' celui-là tout autre nom est vain.Sur la montagne ainsi j’abandonnais mon âmo A mille contemplations ; J’interrogeais la nue et ces globes de flamme Qui nous jetaient leurs doux rayons ; J’interrogeais les vents, les ombres taciturnes, Le frizelis confus des ramures nocturnes, L’atôme et la montagne, et la terre et le ciel ; Et tout me redisait un mot universel : “ Gloire à Dieu ! jrloire à l’Eterne! !.Puüdhomme, Etu liant en droit.Fssal Académique.LE PKETIîE.“ Quis ascendet in montera Domiui.aut quis stabit in loco sancto ejus ?” Qui gravira, Seigneur, votre montagne sainte?Qui pourra demeurer dans ton auguste enceinte, 0 temple de Sion ! tabernacle de Dieu ?Quel mortel osera—ministère sublime 1 — Offrir au Dieu vivant l’adorable victime?Qui sera Prêtre du saint lieu '! C’est celui-là dont l’âme pure Ne se laissa jamais flétrir ; C’est l’homme en qui chaque souillure A lait germer un repentir.Et cet hon'mc si pur, est-il fils de la terre ?Oui ! mais il est vêtu d’un divin caractère ; Sa vois suit commander à la divinité.Sur l’autel tous les jours à cette voix puissante, Le Fils de Jéhovah, victime obéissante, Abaisse son immensité ! Celui qui sut créer le monde, L’espace et scs milliers de feux, Celui qui de sa main féconde Suspendit la voûte des cieux, 0 prodige suprême ! adorable mystère ! Ce Dieu de majesté sur un nouveau Calvaire Se laisse tous les jours immoler par ta main.Les cieux son! étonnés! la terre est en silence ! Ministre du Seigneur, voilà donc ta puissance ! Quel triomphe immense et divin ! De ton cœur et de ta prière Naissent de généreux pardons, Comme d’un foyer de lumière Emanent de brillants ravons.Que ta voix est auguste et que tes mains sont belles, Quand, proclamant la paix sur les âmes fidèles, Tu répands du Seigneur les bénédictions ! Que ta bouche contient de trésors ineffables, Quand tu donnes aux cœurs repentants et coupables Tes douces consolations ! Pour chaque faute qu’on te donuo 0 généreux appui des cœurs! Tu nous j.mets que Dieu pardonne Quand il no.'.s voit verser des pleurs.Tu bénis le pécheur avouant sa misère; Dans le cœur repentant, ta vertu salutaire Etouffe du péché le remords déchirant.0 sublime entretien ! d’un côté le coupable T’ose dire : “ Mon Père ! ” et ta voix charitable Daigne répondre : “ Mon enfant ! " Ta voix efface les souillures.Elle pénètre au fond des cœurs, Répand sur toutes les blessures Un baume rempli de douceurs.S'mblable à l'ange saint que le Seigneur envoie, Tu poursuis le pécheur égaré de la voie, Du zèle généreux de ta sainte amitié.Quelle gloire pour toi, lorsque ta main bénie Reconduit nu bercail une brebis chérie, Un cœur contrit, purilié! Ton triomphe ravit les anges D’un transport de joie et d’amour.Des hymnes des saintes phalanges Retentit la céleste cour.Ta parole soutient l'homme faible qui penche, Tu reçois les regrets de l'âme qui s'épanche, Et ton cœur s’enrichit des aveux du pécheur.Ta voix fait refleurir la suave innocence Dans l’âme de celui qui regrette l'absence De sa paix et de son bonheur.Gloire à cette main qui pardonne Et qui no repousse jamais.Gloire cette bouche qui donne L’aimable trésor de la paix.Gloire nu Prêtre pieux qui fait sa nourriture De prière et de foi ! Sa bouche sainte et pure Respire tout le jour une suave odeur.De celui qui l'approche il embaume la vie ! Détournant de 1 enfer les âmes qu’il envie, Il les garde pour le Seigneur.Et dans le Ciel, près de son trône, Tous ceux dont il fut le sauveur, Formant sa brillante couronne, Feront sa gloire et son bonheur.Collège de l'Assomption, 23 Avril 1866.E.D. DE LECTURE PAROISSIAL.179 Les Grands Papes.I.E3 TAI'ES DES CATACOMBES.TROISIÈME SIÈCLE.L’fGLI-E ntCOXCILlfcE AVEC LE tifcxlK.— LES TROIS AMIS.— LA COLOSItlE DE flAIXT FABIUS.— OII1GÉNK— SAINT CYI'RIEN.— LES VRAIS TRÉSORS HE I-'ÉllLISE.— ELÉ.Vl I DIVERS DANS L'f.M- PIRE.— LE CALME.—LE DERNIER COUUAT.— M iRT DES l’EHSfc- cutei’us.— lf.triomphe de la croix.Un siècle et plus nous reste à parcourir avunt d'ar’ river au glorieux pontificat de saint Sylvestre; pour ne point interrompre la succession des souverains-pontifes, selon le plan que nous nous sommes proposé des le début, nous allons traverser le troisième siècle de la même manière que nous avons traversé le second, et dans cet article nous compléterons ce qui a rapport aux Papes des catacombes.Le pontifient de saint Zéphyrin, qui se présente le premier an début du troisième siècle, est le plus long de ces temps de persécution et l'un des plus glorieux.On trouve peu d'époque où l'Eglise ait été aussi féconde en saints et en grands hommes.Tandis que l ltalie, la Sicile envoyaient au ciel des légions de martyrs, Ter-tulien illustrait l'Afrique par l'éclat de son génie ; saint Irénée, les Gaules ; saint Ilyppolitc, l'Eglise de Rouie, et les saints se succédaient sur le siège de Jérusalem, saint Alexandre héritait du bâton pastoral de saint Narcisse.Partout l'Eglise étendait scs conquêtes, et le temps n'était plus où les philosophes superbes renvoyaient les dogmes et les mystères chrétiens aux gens du peuple : saint Pantenne, Clément d’Alexandrie et Origène avaient réconcilié la doctrine du Christ avec le génie, et les persécutions elles-mêmes ne servaient qu'à manifester sa puissance ; les bourreaux jetaient leurs glaives aux pieds de leurs victime.», et les juges, descendant de leurs tribunaux, tombaient à genoux devant ceux qu'ils venaient de condamner et leur demandaient le baptême.Minutius Félix et son ami Octavius setaient tous deux signalés par leur haine profonde contre les chrétiens.Avocats, puis juges, ils avaient employé leur talent et leur autorité ù poursuivre les fidèles, ù tenter de les luire apostasier ou à les livrer aux plus cruelles tortures.Cependant, un jour, le bandeau des préjugés tomba de leurs yeux ; ils virent la vérité et ils l'embrassèrent avec passion.Ils avaient un ami commun, Cécilius Xatalis, qui demeurait à Ostie, à l'embouchure du Tibre.Ils se rendirent chez lui pour y passer la belle saison, l 'n matin, qu'ils descendaient tous trois vers la mer, en sortant de la ville, ils passèrent devant une statue de Sérapis.Cécilius porta sa main ù la bouche et imprima tm baiser :\ ses lèvres: c'était- un signe d'adoration.— Mon frère, dit alors Octavius à Félix, il n’est pas d’un homme de bien de laisser dans cette ignorance vulgaire un ami, et de souffrir qu’en plein midi il so heurte contre des pierres parce qu elles sont taillées à effigie, arrosées d huile et couronnées de fleurs : une erreur pareille est aussi peu honorable pour nous que pour lui.Us continuèrcut leur promenade lo long du rivage, | et ils arrivèrent i\ un endroit où des enfants s'amusaient t\ faire ricocher des pierres sur la surface des eaux tranquilles; Félix et Octavius prenaient plaisir à ce spectacle, mais Cécilius paraissait triste et soucieux.— Comme vous êtes triste! lui dit Félix, vous, ordinairement si gai, même dans les choses sérieuses.— Le mot de notre Octavius m’a piqué au vif, reprit Cécilius : vous accuser do négligence, c'était plus | encore m'accuser d’ignorance.Aussi vais-je plus loin : je veux avec lui traiter la matière à fond.Asseyons-nous, s'il vous plût, sur ces rochers qui s'avancent dans la mer, afin de nous délasser du chemin et disputer ; plus ù notre aise.Ils s’assirent donc et Félix au milieu d’eux.Céci-lius prétend que rien n’est certain ; il demande pourquoi les chrétiens se cachent ; pourquoi ils n'ont ni temples, ni autels, ni images?Quel est leur Dieu?d'où vient-il ?où e.^t-il ce Dieu solitaire, abandonné, qu’au-i cune nation libre ne connaît, Dieu de si peu de puissance qu'il est captif des Romains avec ses adorateurs?Les Romains, sans co Dieu, régnent et jouissent de l'empire du monde.Vous, chrétiens, vous n'usez d'au-i cnn parfum, vous ne vous couronnez pas de fleurs, vous êtes pâles et tremblants, vous ne ressuscitez point, : comme vous le croyez, et vous ne vivez pas en attendant une résurrection chimérique.Octavius lui répond que le monde est le temple de Dieu ; qu'une vie pure, les bonnes œuvres, sont le \éritable sacrifice.Il réfute ; l'objection tirée de la grandeur romaine, et tourne ù leur avantage le reproche de pauvreté adressé aux disciples de l'Evangile.Il détruit les calomnies que les païens répand ieit contre les fidèles, et montre enfin ù son ami la philosophie chrétienne dégagée des nuages (pic la prévention, l'erreur et les passions populaires amoncelaient autour d'elle.“ Pas de dialogues de Platon offrent une plus belle scène et de plus nobles discours.’’(1) Octavius mourut peu après Félix; Cécilius se convertit, retourna en Afrique, sa patrie, devint 1 prêtre, et selon toute probabilité ce fut lui qui convertit saint Cyprien et donna il l'Eglise cette brillante lumière.S.int Callixte, qui succéda à saint Zéphyrin, mourut précipité dans un puits.Il attacha son nom ù l'institution des Quatre-Temps et aux catacombes de la voie Appicnno qui compte les tombeaux de quarante-six j papes et ceux de plus de soixante-quatorze mille mar-; tyrs.L'empereur Alexandre, dont la mère était chrétienne, | avait, dans un voyage en Orient, assisté aux leçons d'Origène : il rendit justice aux chrétiens; mais la lutine du peuple et la malice des légistes Domitius Ul-j pieu et Tulius Taulus, dont les noms sont aussi impo-: sauts dans les origines de la jurisprudence qu ils sont odieux dans les annales du christianisme, rendirent ! inutiles la bonne volonté de l'empereur, et a Rome ! même, pendant son absence, saint Urbain, sainte Cécile, de la noble race des Coecilius, et son jeune époux, Valéricn, furent martyrisés.Trente années de paix s’étaient écoulées depuis la 1 persécution de Septime Sévère ; l'Eglise en avait profité pour s’étendre, pour acquérir des biens et biîtir des églises nombreuses; le c.ilmo allait bientôt finir.Maxi-iiiiu venait do s élever sur le tronc des Césars.C était (1) Chateaubriand. ISO L’ËCIIO DU CABINET un pâtre de la Thrace, un géant de plus do huit pieds, grossier, sans lettre, parlant à peine la langue latine, lier, hautain, féroce et méprisant les hommes ; un pareil monstre ne devait avoir rien à envier à Néron, et la faveur dont avaient joui les chrétiens sous Alexandre fut pour le nouvel empereur un motif de les poursuivre.Durant trois ans la persécution fut des plus violentes et dirigée surtout contre les évêques, les prêtres, contre tous ceux qui tenaient l’enseignement d'une religion que le tyran voulait détruire entièrement.Le pape saint Pontien fut exilé à Baccina, île des plus sauvages de la cote méridionale de la Sardaigne, où il fut mis à mort.Saint Antèro ne vécut qu’un mois, et dans ce court espace do temps, il eut assez du diligence pour rassembler les actes des martyrs recueillis par les notaires apostoliques depuis Clément 1er.Ce fut un des premiers services rendus aux lettres par la papauté.A la mort de Maximin l’anarchie régna dans l'empire.Chaque année voyait surgir un nouvel empereur qui disparaissait par l’assassinat.“ Mais auprès des élections par le glaive se continuaient les élections paisibles de ces autres souverains qui régnaient par le roseau, "(1) élections souvent merveilleuses qui viennent reposer l’âme au milieu de tant d’horreurs.Le prêtre Fabien revenait de la campagne à Rome après la mort de saint Autèrc.Le clergé et les fidèles étaient assemblés pour l’élection d'un pontife; plusieurs personnes de mérite étaient proposées.Fabien entra dans l’assemblée, mais nul ne pensait à lui.Tout coup, une colombe, descendant d’en haut, vient se reposer sur sa tête ; le peuple, étonné et réjoui, s’écrie d'une seule voix: “Fabien, évêque! Fabien, évêque!” On l’entoure aussitôt, on le consacre; il gouverno l'Eglise pendant quatorze ans et couronne une vie pleine de mérites par un glorieux martyre.Dèce avait apporté sur le trône la haine la plus sauvage contre les chrétiens et donné le signal de la septième persécution ; le sang coulait par torrents dans Bome, Jérusalem, Antioche, Alexandrie et Cartilage.Les temps étaient si difficiles qu'on fut plus do seize mois sans pouvoir élire un nouveau pape.“ C'est que le tyran acharné contre le pontife de Dieu faisait les plus terribles menaces, moins irrité d’apprendre qu'un rival lui disputait l’empire, que d’entendre qu’un pontife de Dieu s'établissait dans Borne.” (2.) Exposée aux plus rudes coups de la persécution et privée de son chef, l’Eglise Bomainc n’en montrait pas moins de fermeté, et par ses lettres, ses exhortations, ses exemples, elle encourageait et soutenait l’église de Cartilage, désolée par la persécution et par l'apostasie d'un grand nombre de ses enfants.Enfin, après un long veuvage, elle put avoir son pontife, le saint pape Corneille, dont Cypricn a loué le désintéressement, le zèle, la résolution et la foi.Il mourut exilé à Civita-Vecchia.Sous le pontificat de Lucius s'éteignit une vie glorieuse usée par des travaux gigantesques.Origène, après avoir confessé 1" foi dans les prisons, mourut Tyr, léguant à la postérité “ autant de disputes après sa mort que durant sa vie.” (3.) Sa vie avait été pauvre et austère, il jeûnait liabi- (1) Chateaubriand.(2) Saint Cyprien.Ep.62.(3) De Tillemoüt.tuelleinent, dormait peu et marchait nu-pieds.Dès l’âge de dix-huit ans, il étonnait les plus savants pur l'étendue de sa science et l'éclat de son éloquence.Chargé de remplacer Clément d’Alexandrie dans l’importante fonction de l'enseignement public, il s’acquitta de cette tâche difficile avec tant de zèle et tant de succès qu'on vit bientôt se presser autour de sa chaire les païens et les ch, ;ens, et même les philosophes.Admiré par des homm s vieillis dans l’étude qui ne rougissaient pas de venir s’instruire aux leçons d’un jeune homme, il fit un grand nombre de convenions, et l'enthousiasme qu’il inspirait à ses auditeurs était tel, que plusieurs en sortant de ses leçons couraient sur-le-champ nu martyre.Tels furent les débuts d’Ori-gène; ils vérifiaient à la lettre cette parole de saint .Jérôme, “ qu’il fut un grand homme dès l'enfance.” On ne connaît point d’homme qui joignit â des dons • si brillants de l’esprit, un zèle aussi infatigable et qui les appliqua d'une manière plus digne qu’Origène.Sou activité, son inébranlable volonté, son courage dans les dangers, sa patience et sa soumission dans les peines qu’il n’avait point méritées, sa douceur et la faible opinion qu’il avait de lui-même tandis que ses contemporains le regardaient comme l’un des plus grands hommes de son siècle, son amour ardent pour Jésus-Clirist et l’Eglise; toutes ces qualités le rendent extrêmement aimable.Les décrets des conciles pouvaient exclure de l’Eglise des hommes égarés ; mais la science d’Origène, sa douceur et son éloquence les ramenait dans son sein.Le pasteur des âmes trouvait en lui le modèle de ce que peut exécuter une âme enflammée de zèle et une vertu toujours prête à se sacrifier.Origène fut un des écrivains les plus féconds ; il composa, dit saint Jérôme, plus de volumes que d’autres n'en pourraient lire.Selon saint Fpiphano, le nombre de ses ouvrages s'élevait â plus de six mille, et cependant ce grand homme, loin d'être tourmenté de la p:iSîion d’écrire, ne se décidait qu’avec regret â publier ses œuvres, et ne cédait qu'aux pressants besoins de l'Kglisc.La plupart de scs écrits ne sont point parvenus jusqu'à nous : celui do ses ouvrages qui le place à l'un des premiers rangs parmi les défenseurs de l'Eglise c’est son Apologétique contre Celse, philosophe de l’école d'Epicure, et qui heureusement nous a été conservé.Celse avait publié un ouvrage intitulé : Discours vin-tables, dans lequel il s’efforçait de combattre le Christianisme, sous le point de vue philosophique et politique.Tout cc que la raillerie la plus méprisante, la sophistique la plus dédaigneuse et la plus frivole purent imaginer d odieux et de blessant, y a été prodigué contre les chrétiens.Cette satire était longtemps restée sans réponse, et Origène répugnait à la réfuter d’une manière régulière et scientifique, disant que la meilleure apologie du chri>tianisme devait sc trouver dans la vie de ceux qui le professaient.Mais enfin, cédant aux instances de son ami Ambroise, il composa cette défense, un des derniers écrits sortis de sa plume.Il y déploie une vaste érudition, une profonde pénétration, mais surtout une tranquillité d’âme qui se répand sur le lecteur, et qui provient du sentiment intime qu'il avait de la vérité et sa supériorité spirituelle.Cette tranquillité ne l'abandonne pas un seul instant dans tout le cours de son ouvrage, et n'est point ébranlée par la fureur passionnée de son adversaire.Toutes le-?faites contre la Beligion chrétienne, tant par DE LECTURE PAROISSIAL.181 les païens que par les Juifs, y sont pesées et réfutées: aussi les anciens regardaient-ils cet ouvrage comme la meilleure et lu plus comp'ète apologie qui eût été composée en faveur de l’Eglise.Aujourd'hui même elle est inappréciable non-seulement pour l'histoire de l'Eglise, mais encore pour la tradition historique et dogmatique: elle l'est d'autant plus sous ce rapport, qu'on n’y trouve iiucuno de ces opinions singulières qui se rencontrent quelquefois dans les autres écrits d’Origène.Dans sa réfutation, le célèbre docteur, suit pas pas son adversaire, et celui-ci ne conservant aujun ordre exact, il s’en suit que les matières y sont quelquefois traitées à plusieurs reprises : mais cet inconvénient est abondamment racheté par la puissance du raisonnement, par la profondeur do la science, par la fermeté des principes, par la force et la clarté des preuves, qui font de cet ouvrage un des plus beaux monuments de l'antiquité chrétienne.CM e avait épuisé toutes les objections que pouvait faire contre le christianisme une philosophie formée aux subtilités de l’école et animée de la haine la plus ardente.Origène ne se contente pas de les réfuter toutes, il va plus loin et établit la vérité chrétienne par des preuves directes it solides qui ne laissent rien à désirer.Les deux premières années du pontificat de saint Etienne furent marquées par une peste des plus horri-bles dont l'histoire ait conservé le souvenir.De l'Kthiopic elle se répandit dans tout l’empire; il Rome, cinq mille personnes moururent en un jour.Ce Souverain-Pontife envoya des secours en Syrie, en Arabie, partout où sévissait le fléau.Dans lîomo.pendant que les païens, oubliant les lois de la nature, jetaient leurs malades par les fenêtres, les chrétiens s’assemblaient à la voix de leur évGque, se partageaient les diflérents quartiers de la ville, assistant indistinctement les chrétiens et les idolâtres, les riches donnant leurs biens, les pauvres sacrifiant leur personne.Los païens, touchés d’un dévouement si sublime, se convertissaient en foule.Valérien occupait alors le trône impérial ; pendant cinq ans il favorisa les chrétiens, et cinq ans il fut heureux.Il se mit à les persécuter à la sollicitation des magiciens, et trois ans après il fut fait captif par le roi des Perses, qui s’en servit comme d’escabeau pour monter il cheval, et qui, après sa mort, le fit écorcher,, et après avoir fait teindre sa peau en rouge, la fit sus-1 pendre dans le temple du soleil comme un monument de honte pour les Romains.Le Pape Etienne fut une des premières victimes contre lesquelles s’exerça la rage du tyran.“ C’est donc toi, lui dit l’Empereur, q' i cherche à renverser la République et qui persuade nu \ uplc d’abandonner le culte des Dieux ?- Je ne cherche point à renverser la République, lui répondit Etienne, mais j’exhorte le peuple à abandonner le culte des démons, qu’on adore dans les idoles, et à reconnaître le vrai Dieu et celui qu'il a envoyé, Notrc-Scigneur Jésus-Christ.” Valérien le lit conduire au temple de Mars et lui fit trancher la tête.A Carthage, saint C'yprien versait aussi son sang en témoignage do la même foi.Disciple de Tertulim, il conserva toujours pour lui une affection et une admiration particulière, Né dans le paganisme, il passa dans 1 erreur toutes les années de sa jeunesse.Il enseigna avec éclat la rhétorique il Carthage, puis converti au christianisme, il devint évêque de cette ville qu’il illustra par son génie, ses vertus et son martyre.Ecrivain admirable et dévoré d'un zèle ardent pour les intérêts de 1 Eglise, scs écrits eurent une portée plus élevée peut-être que sa parole et son influence per-sounclle.De ses dignes efforts naquit pour la littérature ecclésiastique une riche moisson de fleurs suaves et immortelles.Les écrits de Saint Cypricn sont autant d'émanations de son génie, pleines à lu fois de grandeur et de force.Sairt Augustin, Saint Jérôme, Lactancc lui ont rendu tour-à-tour les plus éclatants témoignages : le promier assurait que nulle langue ne pouvait louer dignement ce grand évêque et ce vénérable martyr : saint Jérôme compare ses ouvrages i une fontaine très-pure dont le cours est doux et tranquille.Lae tance admire son génie, facile, abondant et suave, qui possède à la fois tous les ornements de l’éloquence, la beauté et la richesse de l’élocution, la puissance et les charmes de la persuasion.La tendance de saint Cypricn était éminemment pratique ; il nous a laissé peu d'ouvrages dirigés contre les héritiques, les Juils ou les païens.Son génie se porto vers un but différent de celui de la controverse, il veut surtout former les fidèles il la vie chrétienne.Saint Sixte II, succcs.eur de saint Etienne, le rejoignit bientôt au ciel.Pendant qu’il célébrait les saints mystères dans les catacombes de saint Callixte, des soldats survinrent, s’emparèrent de sa pers' une et le conduisirent au supplice.Laurent, archidiacre de l'Eglise romaine, le suivit en pleurant : “ Où allez-vous, lui dit-il.mon I’èrc sans votre fils?où allez-vous,saint Pontife, sans votre diacre?Vous n’avez pas coutume d’offrir le sacrifice sans ministre : permettez encore que je joigne mon sacrifice au vôtre.—.Je ne vous abandonne pas, mou fils, répondit le vénérable vieillard, mais le ciel vous réserve pour un plus grand combat ; vous me suivrez dans trois jours," et il lui ordonna de distribuer aux pauvres les trésors de l’Eglise dont il était le dépositaire.L'Eglise romaine avait dû s lors des richesses considérables, fruit des aumônes dis fidèles : elle les employait à entretenir scs ministres, à soulager les veuves, les orphelins et les pauvres, et à envoyer d'abondantes Iaumônes pour le soutien des missions: les païens convoitaient leurs richesses et souvent tentèrent de s’en emparer.Le Préfet do Rouie lit venir Laurent et lui dit: " Je ne vous mande pas pour vous envoyer au supplice ; je ne vous demande qu’une chose qui 'i.'pend de vous.On dit que vous avez des vases d’or et d'argent et de grands trésors; l’empereur les réclamé, rendez-les-nous.—Il est vrai, répondit Laurent, notre Eglise e.-t riche, et l’Empereur ne l’est pas autant.Je vous montrerai ce qu’elle a de plus précieux, donnez-moi quelque temps pour mettre tout en ordre.Le Préfet lui accorda trois jours.Laurent parcourut la ville, rassembla tous les infirmes, aveugles, boiteux, paralytiques, tous les malades et les pauvres que l’Eglise assistait et les réunit dans une vaste cour, puis il alla trouver le Préfet et le pria de venir voir les trésors qu’il avait promis de lui montrer : “ Vous verrez, lui dit-il, une grande cour pleine de vases précieux et de lingots d or entassés sous les galeries.’’ 182 L’ECHO DU CABINET Il lui montra donc cette foulo do malheureux et il dit à ce païen , pour lui faire comprendre combien les richesses de la terre sont misérables : “ L’or que vous désirez n'est qu’un métal sans valeur réelle, la cause de bien des crimes.L'or véritable, c’est la lumière du ciel qui éclaire ces pauvres que vous voyez.Ils trouvent dans leurs souffrances patiemment supportées les avantages les plus précieux : voilà les trésors que j'ai promis de vous montrer.J’y ajoute les perles et les pierres précieuses de l'Eglise, les veuves et les vierges consacrées à Dieu ; c’est la couronne de l’Epouse du Christ; profitez de ces richesses pour Home, pour l’Empereur et pour vous-mOmc.” Le Préfet gardait un sombre silence et pour toute réponse fit apporter un immense gril de fer.sous lequel 011 alluma des charbons.L?saint Diacre, dépouillé de ses vêtements, fut étendu et lié sur ce gril dont oa active par degrés l’intensité de chaleur.Laurent conservait un visage serein et tranquille; sa pensée était au ciel et il ne semblait pas souffrir ; après un certain temps, il dit doucement au tyran : “ Faites-moi retourner, je suis assez rôti de ce côté." Les bourreaux le retournèrent, et au bout d'un peu de temps, s’adressant de nouveau au Préfet : “Ma chair, lui dit-il, est maintenant assez cuite, vous pouvez la manger.” Le Préfet ne répondit que par des injures.Cependant h martyr priait avec ferveur: il demandait à Dieu la conversion de Home, et priait Jésus-Christ d’accorder cette grâce aux saints ApôtresJPierre et Paul, qui y avaient planté la croix et l'avaient arrosée de leur sang.Ayant fini sa prière il leva les yeux au i ciel et rendit l’esprit, martyr de la foi et de la charité.I Après l’immolation des victimes vint le châtiment des persécuteurs: à la mort de Valérien tout l’empire fut puni avec lui.La peste sévissait de nouveau avec plus de fureur: pendant plusieurs jours le monde fut i couvert d’épaisses ténèbres, la terre s’ébranla aveci d’horribles mugissements, le sol entrouvrit des gouffres' effroyables où disparurent nombre de maisons avec leurs habitants, des villes entières furent englouties par les flots de la mer, et grand nombre d’hommes effrayés séchèrent de crainte et de terreur.A ces calamités se joignaient d'horribles famines et des guerres plus désastreuses que jamais.Déjà Dieu commençait à déchaîner contre la grande Babylonnc ces hordes innombrables de barbares qu'il tenait en réserve pour le jour de ses vengeances sous les glaces du nord ou dans les steppes arides de l'Asie.Les Perses, les Goths, les Scyttes, les Isaures et les Germains ravageaient les extrémités de l'Empire et accouraient vers Kome qui commençait à trembler.Les esclaves, les voleurs désolaient par leurs brigandages la Sicile et l’Afrique.Ce fut comme une horrible tempête, où les vents soufflaient de toutes parts et renversaient tout ce qui s'opposait à leur fureur : ‘cent soixante-dix ans après, on voyait encore des villes grandes et populeuses réduites à un petit nombre de pauvres cabanes.’’ (1 ) L'Empire, comme un homme ivre et chancelant sur ses bases, s en allait déclinant rapidement vers sa ruine.Après une vie de débauches et do crimes, les Empereurs se suicidaient par le poison et le meurtre; pas moins de quatre-vingts passèrent en moins de cent ans.La pour- (1) Rohrbaehcr.pre était mise à l'enchère, vendue par les soldats, et lo sénat ratifiait lo marché.Pendant que les prétoriens trafiquaient de l’empire, les légions des provinces proclamaient des Césars : trente tyrans se levaient à la lois: la guerre civile éclatait sur tous les points, les proscriptions de Sylia et de Marins renaissaient et les exilés s’en allaient apprendre aux barbares la tactique romaine.L’univers éprouvait une crise comme ù la veille d'uno transformation.Le monde romain semblait vouloir crouler.Mt pendant ce temps que lésait lo successeur du Valérien ?I l courait déguisé,pendant la nuit, les cabarets et les lieux de débauches, passait les jours en festin avec des histrions et des courtisanes, vendait les provinces pour une concubine, appliquait tout son esprit à inventer de nouveaux raffinements de faste et de luxe, bâtissait des palais avec des feuilles de roses élevait des forts avec des fruits artutement rangés et quand 011 venait lui annoncer que l'Egypte avait proclamé un autre Empereur: •' Eh bien ! répondait-il, ne pouvons-nous pas vivre sans le lin de l'empire?’’ Profitant de cette insouciance, Sapor se précipitait sur les provinces voisines de la l’erse, et lésait des multitudes incroyables do captifs, massacrant les uus parce qu'ils lui avaient résisté, égorgeant les autres et se servant de leurs cadavres comme de fascines pour combler les ravins qui se trouvaient sur sa route, ne donnant do nourriture aux survivants que pour les empêcher de mourrir de faim, et dans leur soif 11e les faisant conduire à l’eau qu’une fois le jour, comme un troupeau de bétail.Toutes les parties de l’empire, toutes les conditions étaient frappées, car toutes attiraient le châtiment en se rendant complices de la guerre acharnée que l’on fesait au christianisme.* * * 11 tallut attendre un an avant qu’on put élire le successeur de saint Systc.Saint Denis, qui porta le bâton pastoral après lui, se rendit illustre par l'intégrité de sa i'üi et 1 éclat de ses vertus.Ce saint pontife possédait la ; science la plus profonde des doctrines do l'Kglisc.! Ensuite saint Félix renouvela l’usage de célébrer sur le tombeau des martyrs, et ordonna de consacrer les autels en y plaçant les reliques des saints: il mourut martyr dans lu persécution d’Aurélien, prince d’un ; grand talent militaire, mais faible, superstitieux et se ! laissant trop facilement dominer par les cnnumis du j christianisme qui lui arrachèrent de sanglants édits de I mort et de proscription contre les chrétiens.Sous le beau règne de Probus, l’Eglise, retrempée dans le sang de ses martyrs, prit un nouvel essor.Ou vit les chrétiens en foule envahir jusqu'aux palais des Césars, et même pl- cés à la tête du gouvernement des provinces.Les temples devenus insuffisants, étaient remplacés par des édifices plus vastes.Le saint pape I Eutychicn mourut pendant que l’Eglise jouissait de ; cette prospérité.Saint Caïus qui revêtit la pourpre pontificale après lui, vit presque en même temps Dioclé-| tien, son parent, monter sur le trône impérial ; ce fut peut-être à cette parenté quo l'Eglise dut la laveur de vivre en paix pendant encore dix-huit années.Le nouvel empereur régna surtout par l'habileté de sa politique : il eut le talent de s'associer des hommes DE LECTURE PAROISSIAL.183 qu'il put dominer, et qui le laissaient tout diriger du fond de son palais.11 proclama donc Auguste-Maxi-niicti Hercule, un de ses compagnons d'armes, fils d'un pauvre manœuvre de Pannonie, qui dans un seul jour so vit proclamé César, pontife, et dieu.Dioctétien régna en Orient, et Maximien en Occident.Le fardeau de l'empire leur paraissant encore trop pesant, les deux Augustes nommèrent deux Césars.Constance Chlore dans les Gaules, et pour l'Illyrie et la Grèce, S.Galère, un gardeur de troupeau, qui surpassait les bêtes féroces en cruauté, et à son avènement devait cesser la paix de l'Eglise dont les progrès éclatants excitaient la fureur jalouse des prêtres idolâtres et des philosophes orgueilleux.Le relâchement aussi commençait à se glisser parmi les chrétiens, et tout concourait à amener l'épreuve la plus terrible que l'Eglise eût encore subie jusqu’il ce jour, et qui fut le dernier combat entre le Paganisme et le Christianisme pour savoir qui resterait la vie et l'empiro.Cette dixième persécution fut si cruelle, si sanglante, qu'on l'appelle XEre tira Murh/rs.Dioctétien, de lui-mOine, ne se sentait point porté i\ persécuter les chrétiens, quoiqu'il ne les aimât pas.Prisca, sa propre femme, et, sa lillc, Valérie, passaient même pour chrétiennes.Mais la cour, le sénat et l’armée étaient pleins de fidèles, et Maximien et Galère, effrayés de leur nombre, n'étaient point disposés à les supporter plus longtemps.Vers la fin de l’an 302, Dioctétien se trouvant à Nicomédie, Galère le pressa vivement d'en finir avec cette race odieuse.Le vieil empereur résistait.11 II est dangereux, disait-il, de troubler le repos du monde et de verser des flots de sang; les supplices d’ailleurs n’auront point de résultat, les chrétiens ne demandent qu’à mourir.” Cependant, on assembla un conseil de magistrats et de gens de guerre, qui, redoutant la colère de Galère, se prononcèrent pour lu persécution.Diocléticn hésitait encore; on envoya chercher l’oracle d’Apollon.Il répondit: “ Les justes répandus sur la terre m’empêchent de dire la vérité,” et le Dieu resta muet.“ Ces justes, s'écrièrent les prêtres païens, ce sont les chrétiens, " et Dioctétien n'hésita plus.Le 23 février 303 parut l edit d'extermination : “ Les églises seront renversées et les livres saints brûlés; les chrétiens seront privés de to is les honneurs, de toutes les dignités et condamnés aux supplices sans distinction d'ordre ni de rang; ils pourront être poursuivis devant les tribunaux, et ne seront admis à poursuivre personne, pas même en réclamation de vol, réparation d'injures ou d'adultère.Les affranchis chrétiens redeviendront esclaves.” Et en même temps il était pro.- rit aux juges d'épui-str leur imagination à inventer le.supplices les plus cruels.Cet édit de sang fut exécuté dans tout l’empire avec une barbarie inouïe, à l’exception des Gaules où commandait Constance Chlore.Partout ailleurs, les églises s'écroulaient sous les mains des soldats ; les magistrats établissaient leur tribunal dans les temples ou près des statues des faux dieux, et forçaient, la multitude à sacrifier; quiconque refusait d'adorer les dieux était condamné et livré aux bourreaux ; les prisons regorgeaient de victimes ; les chc i ins étaient couverts de troupeaux d'hommes mutilés, qu'on envoyait mourir au fond des mines ou dans les chantiers publics.Les fouets, les chevalets, les ongles de fer, la croix, les bêtes féroces déchiraient les tendres enfants avec leurs mères.Ici, r ’on suspend par les pieds des femmes nues à des poteaux, et on les laisse expirer dans ce supplice honteux et cruel ; là, on attache les membres des martyrs à deux arbres rapprochés de force : les arbres, en se redressant, emportent les lambeaux do la victime.Chaque province a son supplice particulier: le feu lent en Mésopotamie, la roue dans le Pont, la hache en Arabie, le plomb fondu en Cappadocc.Souvent, au milieu des tourments, on apaise la soif du confesseur, et on lui jette de l’eau au visage dans la crainte que l’ardeur de la fièvre ne hâte sa mort.Quelquefois, fatigués de brûler séparément les fidèles, les païens les précipitaient en foule dans le bûcher; les ossements des victimes réduits en cendres étaient jetés au vent.(1 ) Il n'y a point de religion qui ait été autant persécutée, qui ait résisté à de pareils supplices et à île tels assauts.La victoire que le catholicisme a remportée sur les tyrans et contre toutes les puissances de l'empire romain est une des preuves les plus frappantes de sa divinité.Quatre papes, saint Caïus.saint Marcellin, saint Marcel et saint Eusèbe, des cent.iines d'évêques, des milliers de chrétiens périrent dans cette persécution qui dura dix ans, et à elle seule (it plus de martyrs que toutes les autres ensemble.L’âge le plus tendre ne fut pas épargné, et nous citerons un fait pour montrer à quels excès d’inhumanité se livraient les juges et les bourreaux.A Antioche, on amène dans la salle des interrogatoires, Barallah, un enfant de sept ans.— Faut-il adorer plusieurs dieux ou un seul?lui demanda le'gouverneur.L’enfant sourit et répond : — Il n'y a qu'un seul Dieu dont Jésus Christ est le fils.— Qui t'a instruit ainsi, petit impie ?— C’est ma mère qui m'a appris ces vérités, et c’est Dieu qui les a apprises à ma mère.La mère est appelée, des bourreaux dépouillent le petit confesseur de ses habits, le suspendent en l'air, et les verges coupent en mille endroits sa chair innocente.Chaque fois que l'impitoyable osier frappe cette tendre victime, il revient couvert d'un nouveau sang.Tous les assistants fondent en larmes ; les bourreaux eux-mêmes frappent en pleurant.Cependant, le pauvre enfant se sent comme brûlé par la rigueur des tourments : “ ¦ J'ai soif ! s’écrie-t-il, donnez moi un peu d'eau.’ Mais sa mère, en qui la grâce triomphe de lu nature, le regarde d un œil sévère et lui dit : “ Bientôt, mon fils, tu seras à la source des eaux vives.” L’enfant ne songe plus qu au ciel.Le juge le condamne à avoir la têie tranchée.La mère de Barallah le porte elle-même dans ses bras au lieu du supplice.Elle le baise tendrement, se recommande à scs prières, le remet à l'exécuteur et étend sou voile pour recevoir la tête du jeune martyr.(2) Les tyrans sont vaincus, et l’enfer avec eux.Dioclt-licn, menacé par Galère, abdique l’empire et sc retire a Salonc ; là, dévoré par les remords, il ne dort plus, il ne mange puis, et il meurt en vomissant sa langue rongée par les vers.Maximien, forcé de se dépouiller de la pourpre, se (1) Etudes Historiques.(2) L'abbé Leroy. 184 L’ECHO DU CABINET retire près de Constantin, son gendre, dont il complote lii mort ; le projet est découvert et il s’étrangle de ses propres mains.Enfin, la main de Dieu s’appesantit sur Galère.Un ulcère affreux et les vers le dévorent tout viva it : dompté par l’atrocité des douleurs qu’il endure, il révoque ses édits de persécution ; mais son repentir hypocrite ne trompe pas la miséricorde divine, il meurt comme An-tiochus : il avait vécu comme lui.Ainsi périssent les persécuteurs, et l’Eglise voit approcher les jours de son triomphe.L’année 312 est arrivée*; Constantin, (ils de Constance Chlore, et Maxcnce se partagent l’empire d'Oecident.Maxence voulant régner seul, déclara la guerre à Constantin qui, à la tête de quarante mille vétérans, marche sur Rome et vient camper en face du Pont-Milvius.Comme Maxence lui était supérieur en non.bre, il demande au ciel l'assistance, et reconnaissant la vanité des idoles, il s’adresse au Dieu «les chrétiens.Un jour qu'il marchait à la tête de son armée, priant avec affection, peu après midi, lorsque le soleil commençait à baisser, il aperçut dans le ciel, au-dessus de cet astre, une croix lumineuse sur laquelle on lisait en lettres de feu ces mots latins : lu hoc sijno vinccs : vous vaincrez par ce signe.Constantin fut étrangement frappé de cette apparition, et toute l'armée qui en fut témoin n'en fut pas moins étonnée.Longtemps après, en présence d’Eusèbe, évêque de Césarée, l'empereur racontait ce prodige et assurait avec serment n’avoir pas été trompé ; l’événement en effet justifiait le miracle.Cependant, Constantin ne comprenait pas encore ce que ce signe pouvait signifier, mais la nuit suivante, Jésus-Christ lui apparut, portant le même signe et lui ordonnant de faire un étendard sur le modèle qu'il lui présentait.De ce jour le Labarum détrôna les aigles romaines et l'armée de Constantin devint invincible.Le combat se livra, le Paganisme et le Christianisme se disputaient Rome sous scs murs même, Maxence fut vaincu, se noya dans le Tibre, et l’Eglise avec Constantin conquit le monde avec l'empire.Le successeur de saint Eusèbc, saint Melchiade, recueillit dans la gloire ce que ses successeurs avaient semé dans les larmes.Trente-et-un papes venaient de se succéder depuis saint Pierre.Quelle magnifique série de saints et de martyrs ! On les a vus tous briller par l'éclat de la sainteté, de la fni et de la doctrine ; tous les évêques leur ont rendu hommage, et ils ont montré qu'ils partageaient la sollicitude de toutes les églises.L'hérésie a trouvé en eux les plus intrépides adversaires, la discipline ses plus fermes soutiens; ils étaient bien les évêques des évêques ; c’était bien l'Eglise Romaine qui était la mère et la maîtresse de toutes les autres ; c'était bien là le siège do Pierre et ces portes contre lesquelles l'enfer ne doit pas prévaloir.Les faits sont 1;\ ; l'histoire sérieusement étudiée dissipe tous les nuages qui pourraient rester dans les esprits; la fausse science, le i/.asphüme et la raillerie ne peuvent rien contre l’écrasant témoignage de tous les siècles.J.P.I!.La premiCrc Fleur du Printemps, ou la Sanguinaire du Canada.Parmi les joies quo nous apporte le printemps, je n’en connais point de plus vive que celle que fait naître en nous le spectacle de la nature à son réveil.Quand ou voit les germes des nouvelles plantes percer avec une force irrésistible, malgré leur extrême délicatesse, les couches de la terre durcie par un long hiver ; ou, encore, les bourgeons des arbres écarter leur écailles et leur duvet protecteurs pour laisser les feuilles s'épanouir, on se croirait transporté au moment sublime de la création, et du fond de son coeur on s'écrie aveo l’Ecclésiastique : “ Ecoutez-moi, germes divins, fructifiez comme les rosiers plantés près du courant des eaux ; répandez des parfums comme le Liban ; fleurissez comme le lys ; exhalez une douce odeur ; parez-vous de vos rameaux ; chantez des cantiques et bénissez la Seigneur dans ses œuvres." Chose digne d'admiration ! plus les froids de l'hiver sont longs et rigoureux, plus la végétation printannière est rapide.Dans les montagnes de la Laponie, il ne s’écoule que huit jours entre la germination et le parlait développement des plantes.L ur croissance, quoique moins prompte dans nos climats, est encore extrêmement frappante.Au moment où j'écris ces lignes, le froid est i\ peine disparu et déj.» la terre commence s'émailler de fleurs.Dans les marais, la Cultha f.iit briller ses larges corbeilles d’or; au sein de la forêt, s'étalent il nos regards les riches couleurs de YEn/throne, de Pllépatique, de la belle Cori/dalis, de la S'uifiiujr, de la blonde L'ailuire et de la Clu;/lonic, si justement surnommée •* ln beauté du printemps." Que de choses délicieuses n aurions-nous pas à dire de chacune de ces fleurs ! Mais il en est une autre qui les a précédées, qui vient chaque année, la première de toutes, réjouir notre vue.C’est pour elle que seront aujourd'hui nos préférences.Les savants l’appellent sanouinairr iiu canada, le peuple la nomme sano-duaoon.Hâtons-nous de donner l’explication de ces noms qui pourraient faire naître des préventions dans l’esprit do quelques-uns de nos lecteurs contre l’une des plantes canadiennes les plus intéressantes et les plus utiles.Mlle n’a, assurément, rien do commun avec les affreux‘dragons de la mythologie; elle n'est en aucune façon altérée de carnage: ce n'est pas la mort mais la vie qu'elle mène à sa suite, comme on pourra bientôt s’en convaincre.Que peuvent donc signifier ces mots : sans-dragon, sanguinaire?Ils nous avertissent tout simplement qu'il y a dans la plante qui nous occupe quelque ressemblance avec le corps humain qu'on ne retrouve pas dans les autres plantes.Notre cor|i3 est sillonné par une infinité de veines et d'artères dans lesquelles circule le sang ; la sanguinaire possède aussi des vaisseaux où circule un liquide analogue au sang par sa couleur qui est d'un beau rouge orangé.Brisez l’une quelconque de ses parties et vous la verrez aussitôt saigner comme une blessure quo vous vous seriez faite à la main.L’étude de la sanguinaire présente diverses particularités du plus haut intérêt : La tige diffère grandement de celle de la plupart des DR LECTURE PAROw,r __________________ ' A L.•végétaux ; car nu lieu do s'élever vers le ciel, humble et modeste, elle se tient cachée sous terre pour se dérober aux regard» des curieux.Au premier coup d’œil ou la j ' '* , une racine, et c’est pour rappeler ce fait que les botanistes lui ont donné le nom iL> Rhizome, o'cst-ü-dirj tige-racine.Le vulgaire, qui n’y regarde pas d'aussi prés, considère comme tige la hampe qui porte la flour, mais en cela il se trompe.Voulez-vous faire plus ample connaissance avec notra rhizome ?Commencez par enlever la terre «pii le recouvre à la profondeur de trois ou quatre pouces; vous lu verrez alors couché horizontalement sous la forme d'un court bfiton, de couleur rouge et do la grosseur du doigt.Pour l’arracher, il sera nécessaire d’user des plus grandes précautions, car il est très fragile.Maintenant que vous pouvez l’examiner votre aise, considérez attentivement ses deux extrémités.Ne voyez-vous pas que l’une d’elles est déjà flétrie tandis quo l’autre e.-t pleine do vigueur ?Que signifie cet étrange phénomène ?Il nous apprend quo notre sanguinaire meurt et naît tout la fois : elle meurt d'un côté et naît de l'autre.A gauche elle entre en décomposition, rend à la terre co qui venait de la terre; adroite elle s’approprie de nouveaux éléments et acquiert une nouvelle croissance.On dirait qu’elle veut obéir à ce.précepte célèbre: “ Oublie ce qui est derrière toi pour t'élancer dans les choses à venir.” Elle quitte sa demeure aussitôt qu’elle en voit les provisions épuisées et s'avance pour en chercher une nouvelle.Ainsi elle change continuellement de position, et quoique son déplacement se fasse avec la plus grande lenteur, il ne peut manquer de devenir considérable avec le temps.Qui sait le lieu où se trouvait, il y a quelques milliers d’années, la sanguinaire que vous tenez aujourd'hui à la main ?qui pourrait dire eu quel endroit elle a commencé A germer '! Ne quittez pas votre intéressant rhizome sans donner une plus grande attention au bourgeon qui termine son extrémité vivante.l>éjù il est plein de vigueur et d’une sève abondante, et n'attendait plus qu'un rayon du soleil pour se montrer à la lumière.Vous voyez ces quelques écailles brun-rougeâtres qui l’entourent.Ecar-tez-les.Elles vous laissent apercevoir, au milieu d’elles, deux petits mamelons qui allaient bientôt s’allonger et monter de compagnie dans l'air, sous la forme de deux jolies pousses rosées.Ce sont elles que nous allons considérer maintenant.Kicn de beau, je dirais presque rien d’attendrissant, comme de voir s'élever ces tendres rejetons ! L’un d’eux, couronné par un bouton florifère, est extrêmement grêle; l’autre, que termine une feuille unique, est plus gros et se trouve creusé sur le devant d'un canal peu profond.C’est dans co canal que le premier rejeton vient se loger comme dans l'asile que lui a ménagé la Providence.La fleur avait droit, à raison de sa délicatesse et de son importance, à une protection encore plus eflioacc : aussi rien n'a été oublié pour la mettre ;\ l'abri des frimats.C'est la feuille qui a été chargée de e- beau rôle : au moment où elle sort de terre, elle est complètement repliée sur elle-même et enveloppe la fleur.On dirait uno mèro réchauffant sur son sein l'enfant que le ciel lui a donné et tenant ses bras enlacés autour de sa tête pour le préserver do toute atteinte.Qui n’a pas été témoin de l'impatience que témoignent les enfants lorsqu’ils sentent la vigueur naître dans leurs petits membres! ii„ main qui les soutient et prendre sculs’ïBÎent quitter la un spectacle analogue que nous offre parfois1 ïJts.C'est la sanguinaire.Aux premières chaleurs elle se hfittde quitter son berceau et sépinouit sous leu feux du soleil.Mais voici reparaître le froid.Un veut glacial fouette notre imprudente qui resserre bien vite ses folioles et prend un air tout piteux.Que fait pendant ce temps sa protectrice î Ilélas ! elle se desole.Ne pouvant ramener sous ses plis la fugitive, elle veut du moins lui prodiguer tous les secours dont elle peut disposer; c’est pourquoi vous la voyez se presser autour de la hampe qui porte cette fleur chérie et la tenir étroitement embrassée.Quand la fleur est devenue assez forte pour n'avoir plus à craindre la gelée, le rôle protecteur de la feuille est terminé ; elle cesse donc do se tenir enroulée sur elle-même et so montre dans toute sa grandeur.C'est le moment d'en étudier la forme.Le pied qui la supporte, son pétiole, sc subdivise en trois nervures principales (pii se subdivisent elles-mêmes un grand nombre de fois pour former une sorte do réseau.Ces nervures sont colorées en rouge comme la tige.Le tissu qui les réunit est agréablement découpé sur les bords où il constitue sept lobes arrondis portant eux mêmes quatre ou cinq dentelures beaucoup plus petites.Cette fouille, dont la couleur est d’un vert assez pille, n’a guère (pie deux pouces de haut sur deux et demi do large, au temps de la floraison ; mais dans la suite elle continue à prendre de.l'accroissement et finit par dépasser la largeur de la main.Quant à la fleur, elle sc montre d’abord sous forme d'un bouton un peu aplati.Nous allons l’effeuiller avec soin pour nous rendre compte de sa structure.Sur les deux côtés bombés de ce bouton s'attachent deux folioles qui l'enveloppent presqu’en entier.Leur couleur est d'un rouge-brun entremêlé do vert.Elles sont extrêmement caduques et tombent au moment où la fleur s’épanouit.Ce sont elles qui forment lo calice.Sous lo calice se montrent quatre folioles ovnlaires dont la couleur blanche est agréablement tintée do pourpre ; elles en cachent quatre autres de même formo mais plus petites.C'est leur ensemble qui constitue la corolle et chacune d'elles porte le nom de pétale.Dans quelques cas très-rares et qu'on peut considérer comme des anomalies, lo nombre des pétales s’élève jusqu’à dix ou douze.Après avoir enlevé lo calice et la corolle, vous ne tenez plus à la main qu’un tout petit amas de corps jaunes portés sur de minces filets.Ce sont les étamines.Vous les voyez disposées sur trois rangées circulaires et d'inégale hauteur, au nombre do 24.Enfin, au centre des étamines s'élève une capsule oblonjnic, surmontée par une tête globuleuse portant l'empreinte d’un sillon profond.La capsule est ce quo les botanistes nomment l'ovaire et la tête globuleuse en est lo stigmate.Les premières fleurs de la sanguinaire ont paru, cette année, lo 21 du mois d’avril.Chacune d’elles ne dure guère quo huit jours, mais, comme tous les pieds ne fleurissent pas en même temps, nous pouvons jouir de leur présence pendant plus do trois semaines.Lorsqu'elles sont parvenues à l’état parfait et qu'elles s’épanouissent sous un beau soleil, elles mesurent près de doux pouces de diamètre.Elles jettent alors un vif 13313751 L.^ilO DU CABINET 186 .la vue que lu terre est éclat et charment d «uta^de ses autres ornements, encore privée da^vg ^ introduite dans les jardins do La siingi’oile occupe une place d’honneur.Pourquoi l’Eur accorderions-nous pa3 lu même fiveur ?Parce qu'elle croît spontanément dans nos bois, ce n'est pus une raison pour la rejeter.Si sa beauté ne suffisait pas pour lui mériter notre considération, rappelons-nous que c’est une plante indigène, une plante dont le Canada est la véritable patrie, comme l’indique son nom ; rappelons-nous aussi qu'elle est encore plus utile qu'elle n’est belle et qu’on peut en retirer les plus grands services.Les sauvages ont, les premiers, mis ses qualités i\ contribution : c'était elle qui leur fournissait la couleur ronge avec laquelle ils se teignaient autrefois le visage.Maintenant, elle est employée à de meilleurs usages.On a reconnu que le suc coloré qu’elle renferme en abondance, constitue un narcotique et un éméiiquo des plus énergiques.Pris en grande quantité, il produit une soif dévorante, un complet abattement et l’affaiblissement de la vue.Dans certains cas, il a .déterminé d'autres accidents plus gr ves et même la mort.Mais, entre les mains d'un habile médecin, il peut rendre d’importants services.On l’emploie avec succès dans des maladies très-diverses, telles que la fièvre pulmo-nique, la fièvre scarlatine, lescathai res, les rhumatismes, la jaunisse, les maux d'estomac, etc.Un grand nombre de docteurs s’en servent, à l'exclusion de tout autre remède, contre le croup.Des personnes dignes de foi m’ont assuré qu'elles avaient arrêté de violents maux de dents au moyen d une petite quantité de la racine de cette plante.Enfin on sait tout I usage qu en font les vétérinair s pour guérir les maladies qui attaquent la race chevaline.Le sue de la sanguinaire doit ses propriétés puissantes à un principe alcalin, auquel on a donné le nom de suitÿuinar.nt, et qui, étant isolé, se présente sous l'aspect d’un amas de petits globules.Son goût est très ûcre.Quand on le met en contact avec des acides, il forme des sels dont la dissolution donne une belle couleur rouge.Quoique ce principe réside dans toutes les parties delà plante, on ne fait guère usage que du rhizome (vulg.lu racine), que I on dessèche d'abord avec soin et qu on pulvérise ensuite.On peut prendre ce rhizome soit en poudre, soit .11 infusion ; mais le mieux est d’en faire des pilules, comme Cela se pratique pour le jdap, parce que de cette manière on évite l'action irritante qu une substance aussi active ne manquerait pas de produire dans la bouche.Ceux qui voudront, en l'absence des médecins, user du remède que nous leur signalons, devront se montrer d'une grande prudence et ne jamais le prendre qu'à faib'es doses.Ne terminons point cet article sans dire un mot de la fiinille à laquelle appartient la sanguinaire.Qucl-qu imparfaite que soit la description que nous en avons donnée, un botaniste ne saurait s'y méprendre.Son jus coloré, ses propriétés médicales, sa fleur solitaire, son calice à deux sépales caduques, sa corolle à huit pétales, ses étamines nombreuses et indépendantes des autres parties de la fleur, enfin lu forme de l'ovaire, sont autant de traits qui décèlent son origine et nous disent qu elle doit être l'un des membres de la famille .1 laquelle lo pavot a eu l'honneur de donner son nom En un mot, elle fait partie de la famille des Pupavérà-riet, et nous avons pu nous convaincre qu’elle soutient noblement la gloire de son nom.II n'y a que trois plantes appartenant aux papnvéra-céesqui croissent spontanément en Canada: l'Eclair le Coquelicot et lu Sanguinaire ; et si nous réfléchissons que les deux premières ont été importées assez récemment et que du reste ou ne les trouve que dans les environs îles maisons, nous conviendrons sans peine que la sanguin,liic est, en réalité, le seul représentant canadien de cette famille célèbre à laquelle nous devons l'opium.C est un titre de plus qu’a la sanguinaire à notre considérât ion.Les suites tl'unc adoption.(Suite el/in.) Marianne tendit scs deux mains au jeune homme.Il y déposa un baiser respectueux." Prévenez votre mère, la nôtre, ajouta-t-il avec tendresse, pour qu'elle m'accueille bien.’’ C était lu veille de l i Suint-Jean.Les cloclus sonnaient joyeusement pour annoncer la bénédiction des feux.Les paysans avaient quitté de bonne heure les travaux des champs.Les foins fraîchement coupés répandaient une odeur suave.Les oiseaux faisaient entendre leur gai ramage, cachés dans l'épaisse fouillée.Le soleil disparaissait lentement à I horizon.Groupés sur lu place, les enfants attendaient avec impatience de voir mettre le.fui au bûcher.Lu procession sortit do l'église de Saint-C.précédée par la croix ; le curé s’avancait pas lents.Prcsqu'au même instant, une voiture traînée par d< ux superbes chevaux apparaissait ù l’entrée de la rue par laquelle le cortège allait passer.Une femme eu grand deuil mit la tête 1) la portière et ordonna d'ariô-ter.Elle assista ainsi à lu cérémonie.Son regard semblait chercher quelqu'un dans la foule qui se pressait autour du bûcher.11 s'arrêta avec indifférence sur uno personne infirme assise dans une chaise roulante près de laqu.llc une jeune femme se tenait attentive.Mais il s’anima d’un singulier éclat en se fixant sur 1111 homme 11 1 air grave et recueilli, qui, lorsque la croix parut, ôta son large chapeau de paille et découvrit son visage pensif.Deux beaux enfants étaient à ses côtés.“ C est Edouard ! dit-elle.Oui, oui, c est lui ! " La procession reprit le chemin de l’église.La fl mime du bûcher s'éleva en colonne lumineuse.Les petits paysans formèrent uno ronde et dansèrent à l’un tour.Le brillant équipage était toujours stationnairc.Lu dame en deuil sc fit ouvrir la portière par le valet de pied qui attendait ses ordres, et sauta légèrement à terre.La chaise roulante emportait la pauvre malade, la jeune femme l’avait suivie.L’étrangère arriva tout près d'Edouard, qui, occupé avec scs enfants, ne l'avait pas vue venir.“ Edouard, dit clic d'une voix brève, ne me reconnaissez vous pas ?— Marthe I s’écria-t-il en reculant de surprise ; mais, voyant les yeux des paysants fixés sur eux avec curi- DU LECTURE PAROISSIAL.187 osité, il comprit que lu lien était mal choisi pour une scène de reconnaissance.Allez vers votre mère, dit-il aux deux petits garçons qui se pressaient contre lui, et avertissez-la que je lui amène une visite.” Puis, offrant sou bras à sa cousine, il ajouta : “ A ous aviez l’intention de venir chez moi, n’est-ce pas ?— Oui, dit-elle.Jo ne suis dans lo pays qu’en passant.J’ai appris par hasard que vous étiez ici : j'y suis venue.J’ignorais que vous étiez marié.Ces enfants sont-ils \ vous ?vous devez en être fier.Oh! j ai un autre trésor à vous montrer: ces deux beaux garçons ont une mignonne petite sœur, qui vous ressemble quand vous étiez enfant, autant que je puis m'en souvenir." Il parlait gaiement et ne manifestait aucune émotion.Le bras de Marthe tremblait sur le sien.Marianne, avertie par scs fils, attendait sur le seuil de la porte! Qui ét lit cette étrangère ?“ Chère amie, lui dit Edouard, je te présente notre cousine, madame la marquise de Chûteaufbrt.” Marianne pâlit visiblement: elle était femme, elle avait devant les yeux celle qui pendant si longtemps avait possédé tout le cœur de son mari.Mais ses craintes ne durèrent pas; un sourire d'Edouard suffit pour lui prouver que le passé était bien mort.Marthe (Mitra dans le salon, dont les larges portes-fenêtres laissaient pénétrer une délicieuse fraîcheur.Les senteurs parfumées entraient par bouffées, apportées par la luise du soir.Ah I dit Marthe en se laissant tomber avec nonchalance sur un fauteuil, qu'il fait bon ici ! " Elle semblait brisée de fatigue.“ Avec cette chaleur, dit Marianne, qui sc trouvait assez embarrassée pour entamer une conversation, vous devez souffrir dans vos vêtements de deuil.Non, dit Marthe, je les aime: ils me rappellent que je suis libre, libre! continua-t-elle avec une sauvage énergie.Comprenez-vous ce mot?Non: il faudrait avoir enduré mon martyre pour se faire une idée de ce que j'éprouve.Dix années, les plus belles de la vie, toute ma jeunesse, j’ai dû les passer enchaînée i un homme b zarre et jaloux.Mes chaînes étaient d'or, il est vrai, mais elles n en étaient pus moins lourdes.Ah ! combien de fois j ai été sur le point de les briser, de fuir bien loin! mais heureusement la réflexion venait" Elle poussa un éclat de rire strident qui faisait mal à entendre.“ Oui, et je restais, je me résignais A attendre.Il est si vieux ! me disais-je, il ne peut pas vivre toujours.Mais les jours et les années passaient et passaient.Ah ! quel supplice ! ” Marianne et Edouard écoutaient dans un muet étonnement.Marthe parlait sans se préoccuper de l’effet qu elle produisait.Ses paroles ne semblaient s’adresser i personne.^ Elle regardait fixement dans le vide : on efit dit qu elle éprouvait une forte de jouissance à évoquer une sombre vision.“Oui, quel supplice! répéta-t-elle: esclave do cet homme, sans un instant de paix ni de trêve, toujours à mes côté-, épiant mes gestes et mes regards! A que nie servait la fortune, pour laquelle j’avais tout sacrifié ?Enfin le jour de la délivrance a sonné : je suis libre, mais pas tout à fait cependant, dit-elle avec un ricanement amer: jaloux même au delà de la tombe, il m a tout laissé, tout ce qu’il possédait, si je reste veuve, rien si je me remarie.Mais que m’importe à présent?” ajouta-t-elle en lançant un sombre regard à Marianne.Edouard, le coude appuyé sur une table qui le sépa-init de sa cousine, la contemplait avec une indicible tristesse.Elle n’avait plus le jeune et frais vis ge que si souvent il avait revu dans ses rêves.Ses grands yeux bruns, entourés d’un cercle bleuâtre, avaient perdu leur limpidité ; leur expression état dure,presque farouche.Un pli profond était creusé entre l’are délié de ses sourcils ; son front, autrefois si pur, était sillonné de rides.La bouche flétrie ne savait plus sourire, les coins abaissés lui donnaient une expression triste et ennuyée.Les longues boucles de ses cheveux soyeux étaient entremêlées de fils d argent.Tous ses mouvements étaient brusquas et saccadés.Pour opérer un tel changement, il fallait que cette femme eût énormément souffert.“ Craud’inère voudrait rentrer,” dit un des petits garçons en présentant sa jolie tête à la porte du salon.Edouard se leva précipitamment et descendit en courant les marches du perron.“ ’1 oujours aussi bon ! murmura Marthe en le suivant des yeux.— Ioujours aussi bon!" répéta Marianne comme un écho.Marthe se tourna vers elle et lui latiça un regard de colère.“ Saviez-vous, lui dit-elle, que je devais être la femme de votre mari ?— Oui, répondit Marianne avec douceur.— Il m’aimait passionnément.Il a dû avoir peine à se consoler ?— Beaucoup, je le sais.— Et savez-vous s’il est consolé?dit la marquise en fixant sur Mari mne ses prunelles ardentes.— Je l’espère, ou plutôt j’en suis sûre : il me l’a dit, et il ne m’a jamais trompée.” Marthe détourna la tête.Un long silence s'établit entre les deux femmes : la marquise le rompit.“ Et vous habitez toujours ici ?— Toujours.— Etes-vous heureuse ?” 0 était une question pour le moins singulière.Marianne se contenta de sourire, mais ce sourire en disait plus que bien des paroles.“Edouard., votre mari, veux-je dire, ne va-t-il jamais ;l Auch ?Marianne commençait ;\ trouver cet interrogatoire étrange; cependant elle répondit encore : “ Mon mari m'y accompagne lorsque je vais voir mes deux jeunes sœurs, qui sont dans un couvent.— Cette personne iîgée est votre mère?— Oui, e'ist ma mère, pour laquelle mon mari s’est uiontié le (ils le plus tendre et le plus respectueux.— Edouard ne revient pas, dit Marthe en frappant du pied avec impatience.Je veux pourtant lui dire adieu avant de partir.” Elle s'était levée.“ Vous partez, ma cousine?” dit Edouard rentrant dans le salon.Ni lui ni sa femme n’essayèrent de la retenir, “ Adieu ! dit-elle en lui tendant la main et en saluant seulement Marianne.J’ai cédé i\ une fantaisie en venant ici, muruiura-t-cllc, assez haut pourtant pour 188 L’ÉCHO DU CABINET DE être entendue.Il eût mieux valu pour moi m’en abstenir.” Et, sans attendre de réponse, elle s’élança dans la voiture.Avant de s’éloigner pour toujours, la marquise voulut revoir encore ceux quelle quittait : elle se pencha vivement à la portière.Edouard parlait avec animation à sa femme; elle, appuyée sur son bras, se laissait aller à un chaste abandon.Marthe se rejeta en arrière, et, étreignant son front de ses deux mains, elle murmura : “ Insensé que j'ai été ! insensée ! le bonheur était là.” l'n Terrible Secret.11 y a quelques années, me racontait le professeur d'un collège anglais, je résolus de profiter des grandes vacances de la Saint-Jean pour visiter l'Irlande avec un r&vérend maître os-arts, de mes amis, récemment sorti de la vieille université d'Oxford, J.Williams, un excellent jeune homme en dépit de l'éducation un peu arriérée qu'il avait reçue.Je ne lui connaissais qu'un défaut, qui lui était commun, du reste, avec tous les jeunes ministres; la rage de déblatérer sans cesse contre le catholicisme.Placé sur une espèce de terrain neutre à cet égard, je ne répondais que rarement et brièvement à toutes les provocations du révérend John \\ illams ; aussi finissait-il presque toujours par me dire que je le ferais mourir d'une controverse rentrée.Nous consacrâmes huit jours à visiter Dublin, puis nous descendîmes le grand canal jusqu’à Banagher ; et là, comme rien ne nous pressait, nous louâmes un cabriole^ et un cheval pour aller à Athlone, qui n’en est guère qu’à sept petites lieues.A mi-chemin, le révérend John Williams, qui se piquait de conduire un boglier comme un membre du Jocky-Club, trouva le moyen de nous verser au milieu de la plus belle route du monde.Nous nous relevâmes facilement, et examen fait de nos personnes, nous vîmes que nous en étions quittes pour quelques légères contusions.Il n'en était pas de même de notre cabriolet, le ressort en était cassé.Un homme de l’art, moitié forgeron, moitié bourrelier, accouru du village voisin, nous déclara qu'il ne fallait pas songer à repartir pour Athlone avant le lendemain matin.Arrivés clopin-clopant au village, uous nous cnqni-mes d'une hôtellerie où nous puissions souper et passer la nuit.Il n’y avait que de méchants cabarets à bière et à wiskey, contenant de quoi enivrer mille hommes, mais rien de ce qu’il aurait fallu pour en nourrir honnêtement deux.Attablés devant un monstrueux pot de bière et un morceau de pain de seigle beaucoup moins volumieux, nous nous apprêtions à faire contre fortune bon cœur, lorsque nous vîmes entrer dans la salle commune, où l'on nous avait servi ce repas d'anachorètes, un vieillard qu’à la coupe et à la couleur de scs vêtements nous reconnûmes tout de suite pour un prêtre catholique.Messieurs, nous dit-il, ôtant son chapeau, comme pour nous montrer mieux ses beaux cheveux blancs, vous ne pouvez rester ici : j’ai appris le petit malheur qui vous est arrivé ; mon presbytère n’est qu'à deux pas, et, si vous daignez accepter l’hospitalité d’un pauvre curé irlandais, à défaut de luxe, vous y trouverez bon accueil et bon lit, ” LECTURE PAROISSIAL.Nous répondîmes comme nous le devions à cette offre obligeante ; c'est-à-dire que nous refusions, en laissant clairement entrevoir que nous accepterions de grand cœur si nous n’avions peur de nous rendre importuns, lorsque le maître du cabaret survenant, s’écria d'un ton presque fâché : —Voilà comme vous êtes toujours, monsieur le curé ! Je finirai par vous dénoncer aux inspecteurs de l'excite, et je vous ferai prendre licence d'aubergiste.Il faut que chacun vive de son état, que diable! le hasard n'amène pas chez moi un voyageur que vous ne me l'enleviez.— Vous avez raison, mon brave Miller, répartit le vieux curé en riant, il faut que chacun vive de son état.Si donc ces messieurs veulent bien accepter l'hospitalité que je leur offre, ce n’est point une raison pour qu'ils ne payent pas celle que vous leur aviez préparée." Cette transaction qui nous était ouverte acheva do nous décider ; nous jetâmes sur la table cinq shillings, sur lesquels la main du cabareticr s’allongea avidement, et qu'il se hâta do mettre dans sa poche, tout en répétant qu'il ne lui était rieu dû.Nous primes chacun sous lo bras notre léger portemanteau, et nous suivîmes notre nouvel hôte.Chemin faisant, je m'approchai du révérend John Williams.— Pour Dieu, mon cher ami, lui dis je en français, vous voyez quel accueil nous fait cet excellent homme ; ce serait mal y répondre que d'aller attaquer devant lui les dogmes de son Eglise : par état, il doit y tenir plus que moi.Pour cette fois, je vous en conjure, laissez de côté vos éternelles controverses.— Messieurs, dit le curé, se retournant à demi, on m’appelle l'abbé Maurice ; ce serait mentir que de no pas vous avertir que j'entends encore assez bien le français, quoique j'aie bien rarement le plaisir de le parler; nous autres vieux prêtres irlandais, nous avons été élevés à Saint-Omcr, quand ncus no l’avons pas été à l’a-ris.— Eh bien, monsieur l'abbé, repris-jo, puisque vous m’avez entendu, ne m’approuvez-vous pas?Mon ami est tout frais remoulu d’Oxford, et, dans l'excès de son zèle, si je ne le retiens, il est capable d'entreprendro votre conversion, ce qui ne lui servira pas de grand'eho-se, j'espère, et ne peut que hâter le plaisir que nous nous promettons à partager votre souper.” Le révérend John Williams s'empressa do protester que mes avis étaient au moins inutiles; il était trop reconnaissant de l’hospitalité que le père Maurice voulait bien nous accorder; son âgo, son extérieur lui inspiraient trop de respect pour que je pusse raisonnablement craindre qu'il ne lui échappât en sa présence aucune parole qui dût lo blesser.Léo Smitii.(A continuer.) Imprimé par K.Sent cal, Xoe, 0, 8 et 10, rue St.Vincent.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.