L'Echo du Cabinet de lecture paroissial de Montréal., 1 octobre 1859, samedi 15 octobre 1859
li ECHO i cuit de mm riiu de pu.PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS.Volume I.Montréal, (Bas-Canada.) 15 Octobre 1859.No.20.SOMMAIRE :— Chronique do la Quinzaine.Discours «lu Rév.Messire Laroctpie sur la Si.l.-l!ap., (Suite.)—Présence dit l’rûlre dans un Cabinet do Lecture par le R.I’.Viunon SJ.— Une l'inqunnliomo année —La prière sous un chêne, (Suite ni fin.)—David Téniers, (Suite.) — I,e langage des Heurs.— L'homme Machine.—Comment il mut aimer Dieu, (Poésie.) CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.Nous ayjons annoncé avec douleur les craintes que faisait concevoir à tous les cœurs catholiques Peint de la santé du Saint-Père ; nous sommes heureux de pouvoir dire aujourd’hui, que d’après les plus récentes nouvelles, cette santé précieuse est en voie de rétablissement ; et que S.S.a pû venir elle-même, le 23 Septembre, au consistoire dans lequel l’un des plus illustres prélats rie France, Mgr.Mazenod, evêque de Marseille a du être élevé à la dignité de Cardinal.Après ces quelques lignes qui ouvrent naturellement cette Chronique, nous demandons à nos lecteurs la permission de reporter, pour un instant, les yeux sur notre pays, afin d’enrégistrer les faits les plus importants qui se sont passés pendant la dernière quinzaine.Nous ne consacrons ici que quelques lignes a la touchante cérémonie dans laquelle hi Supérieure de la Congrégation, sœur Sic.Magdeleine, a renouvelé se» vœux, le 28 septembre dernier.Ce n’est pas à nous de redire les vertus qui ont l'ait de cette vénérable Religieuse, l’ornement de sa communauté, depuis le le 28 septembre 1809, où elle s’est consacrée au service de Dieu.Les Klèves des pensionnats de la Congrégation et de N illa-Maiia les ont racontées dans de charmants dialogues qui ont ému tous les cœurs.N'os lecteurs trouveront dans une autre colonne de notre revue, un récit de cette cérémonie a laquelle avait bien voulu présider S.(!.Mgr.de ( ydonia, et a laquelle assistaient MM.les curés de Notre-Dame cl de St.Rochde Québec, ainsi que plusieurs prêtres des diocèses des Trois-Rivières, île St.Hyacinthe et de Montréal.Ainsi que l’a dit éloquemment Mgr., le monde a îles élimines qui pèsent lourdement, tandis-qtie les liens religieux ne sont qu'une force et un secours, avidement recherchés par ceux qui en connaissent le charme et la douceur.Quatre jours après, le dimanche '2 Octobre, une antre cérémonie également touchante réunissait une foule nombreuse et recueillie dans la belle église de lu paroisse de Vurennes.Mgr.de Montréal entouré de son clergé, officiait pontilicalemeiit.1 otite la paroisse était là, et un grand nombre d’habitants des environs avaient voulu s’associer a la fête qui se célébrait en ce moment.Quel était donc le but de ce concours, la raison de cette joie sans mélange, Se pieux motif de cette solennité ?Varennes était en lête pour recevoir les hôtes bénis que lui envoyaient les sœurs de charité de Montréal ; elle célébrait, dans la personne de ses filles, le retour de la sainte femme née dans cette paroisse, il y a 158 ans, et dont l’esprit de piété, de charité, d’abnégation sera, désormais, toujours présent et vivant au milieu des habitants.Pour dire à nos lecteurs comment s’est accomplie cette œuvre, il est nécessaire que nous rappelions quelques faits, qui sont encore, d’ailleurs, dans la mémoire de tous.Près du village de Varennes, à l’endroit même ou sc trouvent les sources qui portent le môme nom, s’élève un vaste édifice qui a été pendant plusieurs années, un rendez-vous de plaisir, et que la mode a déserté depuis 3 ou 4 ans, après un engoûment passager.Depuis lors, la maison solitaire attendait de nouveaux hôtes ; les eaux n’étaient plus visitées, il appartenait à la charité seule de venir habiter des lieux que le plaisir avait abandonnés.Le digne curé de Varennes, M.Desautels, songea donc à convertir en hospice l’ancien hôtel, à recevoir là les pauvres, les infirmes, les orphelins et tous les délaissées, qui forment la famille adoptive de la Charité Catholique.Il s’adressa à la famille Brodeur, qui était propriétaire de l’hôtel, et dont le désintéressement et la générosité rendirent toutes les transactions faciles.11 ne lui restait plus qu’à faire agréer la direction du nouvel hospice par les sœurs de Charité ; or, tout le monde sait avec quel empressement ces bonnes sœurs vont au-devant des tâches nouvelles qu’il plait à Dieu de confier à leur zèle ; et dans cette occasion, il leur parut qu’elles ne pourraient rendre à leur sainte fondatrice un hommage qui fût plus agréable à sa mémoire.Elles accouraient donc ; et c’était pour bemr leur pieuse entreprise que Mgr de Montréal s était rendu A Varennes ce jour-la.Nous ne décrirons ni la bénédiction (Je la cloclie, ni (relie du lieu, de l’hospice et de la nouvelle chapelle ; nous ne redirons pas l’admirable allocution que Mgr de Montréal adressa à l’assistance attentive et recueillie.La grandeur des cérémonies catholiques est plus facile a sentir qu’a décrire ; et nous craindrions qu’une froide analyse restât trop au-dessous de ces paroles pleines de la sainte ardeur de la foi.Nous croyons eependunt, devoir reproduire l’adresse suivante remise à S.G.par M.Girard, parce qu’elle est un témoignage des sentiments qui animaient en ce moment toute la paroisse de Varennes, Cl qu’elle marque bien l’émotion religieuse qui a su faire accepter par tous les paroissiens les sacrifices nécessaires à l’établissement du nouvel hôpital. 306 L’ECHO DU CABINET Après quelques paroles bien senties, Mr.Girard a donné lecture, en son nom et au nom de ses eo-pa-roissiens du document suivant : A Sa Grandeur Monsctgneur Ignace Bourget, Evêque de Montréal, MoNSEIGtfEUK, Permettez-moi d’exprimer humblement à Votre Grandeur, l’hommage et le respect que nous vous portons, el la reconnaissance que nous vous devons, pour avoir bien voulu venir au milieu de nous, prendre part à cette fête et assurer par votre présence le succès de l’Hospice qui est inauguré en ce jour.“ L’établissement de cette maison, au milieu de nous, sous les soins dès'dignes filles de Madame d’Vouville, doit nécessairement réveiller bien des souvenirs, car nous n’avons pas oublié que c’est dans cette paroisse que cette femme, célèbre par ses tvu-vres, est née et a grandi : qu’elles soient les bienvenues, elles seront nos sœurs comme leur illustre fondatrice a été notre sœur.Cette maison sera un monument élevé à la mémoire de cette illustre fille de Varennes ; elle dort maintenant du sommeil du juste; mais son esprit veille sur ses œuvres, et il devra, de temps à autre, s’arrêter avec complaisance sur celles de sa patrie.Animé de ce motif, notre vénérable curé n’a pas hésité à s’imposer des sacrifices immenses afin de doter sa paroisse de ce nouveau gage de son esprit publie et de sa charité; veuille Dieu lui tenir compte de ses sacrifices ; bientôt les pauvres et les nécessiteux, qui lui devront un abri, le remercieront ; en attendant, permettez-moi de lui exprimer toute ma gratitude de ce qu’il a bien voulu faire pour nous.Et qu’il plaise à Votre Grandeur qu’à ces sentiments, j’ajoute les remerciments, bien mérités, à bon nombre de Daines de cette paroisse, qui ont puissamment contribué au succès de l’œuvre.Elle existe maintenant cette œuvre; qu’elle progresse! Elle progressera, .Monseigneur, votre présence en cette circonstance est une garantie «le son succès, et vous l’avez bénie à son début, comme o uvre de Dieu.M.A.Gihahd et autres.Ste.Anne de Varennes, 2 Octobre.Le soir, un dîner de plus de 100 couverts, donné aux frais et par les soins îles dames de charité du village, vint terminer cette belle journée, dont tous les témoins garderont un long souvenir.Parmi les convives, et à côté des sœurs, on remarquait une pauvre vieille femme et deux petites orphelines, premiers hôtes de cette maison, qui grandira certainement sous la protection divine.Les habitants de Varennes n’ont fait, du reste, en cette circonstance, que rester fidèles aux sentiments catholiques qui animaientjnos pères, qui lesontconduit à l’établissement de cette colonie, et dont on retrouve une trace plus marquée dans quelques personnages illustres, depuis les premiers compagnons de .1.Cartier, jusqu’au héros qui tomba sur le dernier des champs de bataille.Plusieurs journaux ont déjà reproduit deux admirables lettres adressées par Montcalm à des religieuses, auxquelles il demandait le secours de leurs prières et de celles de leur communauté.Il était de ces hommes vaillants, qui ne se confient pas seulement dans la force de leur épée, mais qui savent que le sort des empires et le destin désarmés, dépendent d’une volonté toute puissante qui fléchit surtout devant les larmes des humbles et des pauvres.Au momcntîjoîi le Canada Catholique célébrait le centième anniversaire de la mort de Montcalm, rien ne pouvait mieux honorer la mémoire du héros que la publication des deux lettres suivantes, que nous empruntons au Courrier du Canada : première lettre (1).A Montréal, ce 26 Juin 1756.Rien n’est au-dessus, Madame, de vos soins et de votre charité.Ma reconnaissance est infinie des soins que vous avez bien voulu prendre pour mon domestique ; je vous Jais tous mes remercmîents, et à vos Dames.Je serai toujours à vos ordres quand vous voudrez que j’écrive (2).Le crédit du Maréchal de Richelieu doit augmenter par la conquête du pl)rt Malion (3).Je pars demain avec le chevalier de Lé-vis pour le camp de Carillon (4).Je me recommande vos prières et à celles de votre Illustre Communauté.Elle ne peut les accorder à personne qui leur soit plus dévoué.Je joins à ces sentiments ceux du respect avec lequel j’ai l’honneur d’être, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.MONTCALM.SECONDE LETTRE.Adressée à la Mire Saint Claude, Supérieure de VHôtel-Dieu de Québec.A Montréal, le 27 août 175(i.Madame, Continuez, à m’accorder vos prières et celles de votre sainte Communauté.Ce n’est pas le tout que d’avoir pris Choueguan (5), il faut aller à Carillon.J’arrivai hier et je repars dans trois ou quatre jours.Je me flatte que celui qui a pris Choueguan, saura repousser à Carillon les ennemis de sa religion.C'est Dieu (C) qui a fait un vrai prodige dans cette occasion.lia voulu se servir de mes faibles mains; aussi je lui reporte tout.Et je n'Çois avec reconnaissance votre compliment et celui de votre Illustre Communauté.Jay l’honneur d’être avec respect Madame Votre très humble et très obéissant serviteur, __________________________________________ MONTCALM.(1) I.'original de cotte lettre ne porto plus d’adresse.Kilo a du être adressé a la Mère Supérieure, qui était alors la Mère île St.Claude.Ci) Nous voyou», par des lettres subséquentes, que les Dam en de j’Hôtel-Üieu avaient demandé au Marquis .le Montcalm qu’il écrivit et à M.le Maréchal île Kichelieu et à Madame la Duchesse d’Aiguillon pour leur “ recommander lus intérêts d’une maison fondée par leur aïeule.” (.i) l.e Port-Mahou, capitale de l'Ile de Minorque fondée par le général Malion, avait été pris par les Anglais en 1708.An moment uu le Marquis de Montcalm écrivait ces mots, le Maréchal Richelieu achevait le siège île cette place, qui passa ainsi a 1s I1 rance le 28 juin 1756 Port-Malien lut rendu il l’Angleterre par le traité de 17H.‘t, et repris eu 1782 par l'armée franco* espagnole.(4i ( arillon était situé dans l’angle formé par la décharge du lac.St.Sacrement, (aujourd’hui lttic Ucorge) nommée Kivicrt' pérance d’y rencontrer des biens plus nombreux et plus accessibles que tous ceux de la terre étrangère.Pourquoi encore ces infortunés canadiens que l’on rencontre assis sur les fleuves de l’exil, et qui pleuraient d’abord au souvenir de la patrie, de ses chants sacrés, de ses cérémonies saintes, de ses temples et de ses prêtres, comme autrefois les enfants d’Israël sur les fleuves de Babylone ; pourquoi ont-ils abjuré la foi antique pour devenir des apostats ?C’est que le prêtre n’était point là pour les instruire ; c’est qu’ils ne connaissaient pas assez l’Eglise ; enfin qu’ils n’ont point eu le Cabinet de lecture, ni même un livre dont l’enseignement fut proportionné à leurs besoins ; le Cabinet de lecture est donc encore utile pour fortifier l’àme dans la foi, l’aider à vaincre l’erreur et à faire triompher la vérité.Pourquoi enfin, lorsque des hommes impies ou téméraires proclamèrent, au milieu même du Canada des doctrines subversives de la Religion et des bonnes mœurs, pourquoi les hommes de courage et de fui sont-ils restés muets d’epouvante et de douleur?pourquoi ont-ils laissé au prêtre le soin de défendre seul la vérité 5 c’est qu’alors, sans doute, on ne comprenait pus assez qu’il y a un apostolat sacerdotal et un apostolat laïque ; et que si le prêtre doit défendre la vérité, tout citoyen vertueux doit la défendre aussi ; oui, messieurs, c’est un devoir, et si pour le remplir il faut le livre de la science, le Cabinet de lecture sera là pour nous l’oll'rir.Tel est, Messieurs, le but du Cabinet de Lecture ; je le répète, i] me paraît sublime, considéré au point de vue humain et au point de vue chrétien.Mais la présence du prêtre y est-elle vraiment utile ?Tel est le problème que je dois résoudre.La solution se présente devant moi sous deux aperçus que je vous prie de distinguer ; les voici : Y a-t-il de la part du prê- tre de puissants motifs pour paraître dans le Cabinet ?N’y a-t-il pas en dehors du prêtre des circonstances qui semblent demander son éloignement ?Je réponds d’abord, Messieurs, que de la part du prêtre tout semble réclamer sa présence.Qu’est-ce que le prêtre, en filet ?n’est-il pas l’homme choisi par la Providence pour faire du bien à ses semblables ; Ne doit il pas employer toute sa vie à rendre les autres plus heureux eu les rendant plus vertueux?N’est-ce pas à lui, enfin, à éclairer toutes les ténèbres de l’esprit, à guérir toutes les plaies du cœur, et à trouver un remède pour tous les maux de l’humanité ?¦l’en conclus qu’il doit aimer le Cabinet de Lecture, car le ( abinet c’est la science, et les lèvres du prêtre sont gardiennes de la science [Malachic 11.î.j Bien plus, Messieurs, il y a entre la science et le prêtre comme une alliance indissoluble et une solidarité réciproque.Voyez comme la science grandit le prêtre, comme elle environne son front d’une auréole de gloire, et comme elle le rend vénérable aux yeux des peuples, et terrible aux ennemis de l’Eglise.La | science n’est pus seulemi nt l’ornement du prêtre, elle est sa gardienne, elle le défend contre la calomnie et elle le protège contre son propre cœur, ''lais voyez ensuite combien le prêtre, à son tour, aime la science, comme il la lait briller avec éclat, comme il la rend accessible et comme il la garde contre les ténèbres i de l’erreur ; en vérité, messieurs, on ne peut lire les : annales de la science sans lire en même temps l’éloge du prêtre.\ ous savez, par exemple, comment le déluge des peuples barbares engloutit la civilisation romaine et couvrit le monde des ténèbres de l’ignorance ! Que lit alors le prêtre pour sauver la science du naufrage et de la nuit ?il la recueillit entre ses bras, avec amour; il la porta dans l’intérieur même du sanctuaire, il la plaça dans l’arche du salut ; puis demeura assis, près du dépôt sacré, pour en être lui-même le fidèle gardien, en attendant le réveil des peuples.Plus tard, lorsque la jeune Europe, fatiguée du sommeil et de la nuit, leva vers l’horizon ses yeux avides de la lumière, que fit le prêtre ?a-t-il retenu la science dans la solitude des cloîtres ?Non, Messieurs.il a lui-même allumé le flambeau, il l’a montre aux regards de l’Europe, tous les peuples en ont reçu la lumière, et tous ont aussitôt senti le travail de la fécondité et du progrès ; car la science, c’est le soleil des nations. DE LECTURE PAROISSIAL.311 Enfin, pourquoi toutes ces associations de prêtres qui se multiplient et se renouvellent dans la suite des âges ; d’une main, ils cultivent l’arbre de la foi, mais de l’autre, il» cultivent celui de la science et en distribuent les fruits aux hommes, comme une nourriture de vie.N’est-ce pas le prêtre qui a fondé les Universités les plus savantes du monde, en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne, en Angleterre, et maintenant au Canada ?N’est-ce pas le prêtre qui a élevé de toutes parts des tribunes à la science ?N’est ee pas le prêtre qui a fourni à la science, ces hommes d’un génie si extraordinaire, qu’après avoir éclairé le monde pendant leur vie, il sont devenus après leur mort comme les anges de l’Ecole, c’est-à-dire, les maîtres de la science enseignée à l’humanité.(il Continuer.) A MM.les Editeurs de i’Echo.Messieurs, J’ignore si ces quelques lignes que vous adresse un voyageur inconnu, méritent votre attention ; c’est une page déchirée de mes notes de voyage tjue j’ai la prétention de croire utile à la gloire de votre beau pays, et que j’ose vous offrir avec la chance possible d’intéresser un peu vos lecteurs.L.G.Montréal, 28 Septembre 1850.Hier, je descendais harrassé d’un voyage dans les Etats-Unis, chez un de mes amis de Montréal.“ Vous arrivez fort à propos, me dit-il, après la poignée de main et les premiers compliments d’usage.Je suis invité pour demain à une cinquantième, et vous serez de la partie.J’accepte avec plaisir, lui répondis-je ; j
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