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Titre :
La bibliothèque canadienne
De vocation historique, encyclopédique et littéraire, La Bibliothèque canadienne contient autant des articles de fond à teneur éducative que des textes littéraires contemporains. [...]

La Bibliothèque canadienne, ou miscellanées historiques, scientifiques, et littéraires est une revue mensuelle publiée à Montréal de 1825 à 1830. Chaque livraison offrait des textes de son fondateur, Michel Bibaud, des extraits d'oeuvres de divers auteurs et plusieurs rubriques (biographies, anecdotes, variétés, notices nécrologiques, etc.)

De vocation historique, littéraire et encyclopédique, La Bibliothèque canadienne contient autant des articles de fond à teneur éducative que des textes littéraires contemporains. Jacques Viger, premier maire de Montréal, y publie régulièrement Ma Saberdache, chronique d'observations et de retranscriptions historiques.

Michel Bibaud, dans La Bibliothèque canadienne, se fait tour à tour botaniste, géologue, zoologiste, agronome, physicien, économiste ou mathématicien. Toutes les sciences exactes ont de l'attrait pour lui. D'esprit patriotique, il est aussi passionné par l'histoire du Canada et par la littérature. En plus de poésies, de satires et de chansons, on trouve dans chaque numéro de la revue une tranche de l'Histoire du Canada dont l'ensemble sera publié en volume par Bibaud en 1837.

La principale préoccupation de Michel Bibaud est l'avancement des Canadiens dans les sciences, les arts et l'étude de l'histoire du Canada. Pour stimuler leur volonté, il les compare à la population anglophone.

Avant de publier La Bibliothèque canadienne, Michel Bibaud est cofondateur, avec Joseph-Victor Delorme, de L'Aurore (1817), puis, en juillet 1819, il est rédacteur pour Le Spectateur canadien. En octobre de cette même année, il devient aussi rédacteur pour le Courrier du Bas-Canada. À La Bibliothèque canadienne, il se voue à la propagation des arts et des sciences, mais pas à la politique. Pour permettre à son rédacteur de prendre part aux débats politiques houleux du tournant des années 1830, La Bibliothèque canadienne fait place à L'Observateur, un hebdomadaire qui sera publié pendant un an à partir de juillet 1830, dans lequel il poursuit la publication de son Histoire du Canada. Il fondera plus tard d'autres publications : Magasin du Bas-Canada (1832) et Encyclopédie canadienne (1842).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, vol. I, p. 49-53.

« Les revues de Michel Bibaud », Bulletin des recherches historiques, vol. 13, no 5, 1907, p 156-159.

SICOTTE, Louis-Wilfrid, Michel Bibaud, Montréal, s. é., 1908, 30 p.

TOUSIGNANT, Claude, « Michel Bibaud : sa vie, son oeuvre et son combat politique », Recherches sociographiques, vol. 15, no 1, 1974, p. 21-30.

Éditeur :
  • Montréal :M. Bibaud,1825-1830
Contenu spécifique :
janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Observateur
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Références

La bibliothèque canadienne, 1829-01, Collections de BAnQ.

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La Bibliothèque Canadienne.Tome VIIL JANVIER 1829.Numéro II.HISTOIRE DU CANADA.Continuation.A la prière de Téganissorens, M.de Callières fit accompagner les envoyés iroquois, à leur retour, des mêmes personnes qu'il avait députées vers les Cantons, l'année précédente.Ils furent à peine arrivés dans la principale bourgade d'Onnontagué, (pie le conseil s'assembla.Quoiqu'il y eût alors sur les lieux des députés du gouverneur d'Orange, les seuls envoyés Français y furent introduits.Le P.Bruyas commença par déclarer que le gouverneur général était déterminé à ne plus souffrir de remises, et voulait enfin savoir à quoi s'en tenir avec les Cantons; que les députés de toutes les nations ne manqueraient pas de se rendre à Montréal, au temps marqué, pour y terminer la grande alfaire qui avait été si heureusement commencée l'automne précédente, et que si les Iroquois ne s'y trouvaient pas, on ne les écouterait plus; qu'ils devaient surtout se souvenir de la parole qu'ils a-vaient donnée à Ononthio de lui rendre tous les prisonniers français ; qu'il pourrait bien se faire que la guerre recommençât entre les Français ct les Anglais, mais qu'il serait de l'intérêt des Cantons de ne point entrer dans le démêlé.Ce discours fini, on se sépara; trois jours après, le conseil se rassembla pour y répondre, et les députés anglais y furent admis.Téganissorens présenta d'abord a leur chef un collier, pour l'engager à ne pas traverser l'accommodement qu'il était près de conclure avec les Français.Il en mit ensuite un autre aux pieds du P.Bruyas, en disant qu'il rendait la liberté à tous les Français qui étaient encore captifs dans son canton." J'ouvre toutes les portes, coninua-t-il ;je n'arrête personne: je veux vivre en bonne intelligence avec Ononthio mon père, et avec Colar mon frère : je les tiens tous deux par la main, résolu de ne me séparer jamais ni de l'un ni de l'autre.Cinq députés vont partir pour Montréal, et deux pour Orange: quanta moi, je demeurerai sur ma natte, pour faire connaître à tout le monde Tome VIII, F.N°.II. 4>2 Histoire du Canada.que je ne prends point de parti, et que je veux demeurer dans une exacte neutralité." Le P.Bruyas et M.de IMaricourt, qui avaient envoyé Joncaire à Tsonnonthouan et le sieur de la Chacvignekie à On~ neyouth, crurent pouvoir compter sur une telle déclaration, et leur confiance fut encore augmentée par l'arrivée du sieur de ViLLEDONNE*, lieutenant d'infanterie, avec la nouvelle que le P.Anjelran était à Montreal, ayant pris les deyans pour avertir le général que les députés de toutes les nations se rendraient incessamment auprès de lui.Mais la Chauvignerie étant revenu d'Onneyouth, rapporta qu'il avait trouvé ce canton assez mal disposé, et (ju'il n'en avait pu retirer aucun prisonnier.Joncaire avait négocié plus heureusement dans les cantons de Tsonnonthouan et de Goyogouin, et il en amena des députés et plusieurs prisonniers.Les Onnontagués n'en remirent que cinq à M.de Maricourl, prétextant que les autres ayant été a-doptés et s'étant mariés dans le pays, leurs parens ne voulaient pas entendre à les laisser partir.Enfui les Onneyouths, suivant l'exemple qui leur avait déjà été donné par trois cantons, envoyèrent aussi des députés à Gannentaha, où le P, Bruyas s'était rendu.Ceux des Agniers promirent de descendre par le lac Champlain, et les envoyés français, suivis de deux cents Iroquois, se mirent en route pour Montréal, où ils arrivèrent le 21 Juillet.Le lendemain, sept ou huit cents sauvages des quartiers du nord et de l'ouest y débarquèrent aussi.Les uns et les autres furent reçus au bruit du canon, et Kondiaronk, chef et orateur de la deputation des liurons de Michillimakinac, lit à M.de Callières un très beau compliment, au nom de tous.Le 25, le général commença à traiter en particulier avee tous les députés; mais avant de rendre compte de ce qui se passa à Montréal, nous exposerons en peu de mots les difficultés (pie M.de Courtemanche et le P, Anjelran avaient rencontrées dans leur négociation.En arrivant à Michillimakinac, ils trouvèrent presque tous les sauvages partis pour la chasse : ce (jui les obligea à faire partir des courriers pour les avertir du sujet de leur voyage.Courtemanche laissa ensuite son collègue à ce poste, pour y négocier avec les liurons et les Outaouais, et se rendit à la rivière St.Joseph, où il arriva le 21 Décembre 1700.Outre les Miamis qui y étaient établis depuis longtemps, il y rencontra des Porteouatamis, des Sokokis, des Mahingans, des I lurons et des Outagamis, Il apprit que les deux premières de ces tribus avaient envoyé des partis de guerre contre les Iroquois, et que les Miamis se (lisj)osaient à en faire autant.Il engagea ces derniers, en les menaçant de l'indignation du goirver- Histoire du Canada.'13 neur general, non seulement à retenir leurs guerriers, mais encore a faire courir après les autres, pour les obliger à revenir sur leurs pas.11 vint aussi à bout de leur faire entendre raison au sujet des prisonniers iroquois qu'ils avaieni adoptés, et il tira d'eux la promesse de se rendre a Montréal, au temps marqué.Cela fait, il se rendit auprès des tribus illinoises.Toutes, à l'exception des Kaskaskias, étaient sur le point d'aller en guerre contre les Iroquois, et il les en détourna par la même voie qu'il avait employée pour retenir les Miamis.Il revint ensuite à Chicagou, où il trouva dus Quyatanons*.tribu miamisc, qui avaient chanté la guerre contre les Scioux et contre les Iroquois; ils les obligea de désarmer, et tira d'eux parole qu'ils enverraient des députés à Montréal.Le 5 Mai, il arriva chez les Mascoutins, qui faisaient de grands préparatifs île guerre, et il réussit, quu'qu'avec peine, à leur faire prendre des sentiinens pacifiques.Il continua sa route vers la Haie, où il arriva le 14 : il v rencontra des Sakis, ries QtcJiagraS) ou Puons, des Oulagamis, des Pouteouatamis, des MaUiomineS) ou Follës-Avôinès, et des Kikapous".11 parla à chaque tribu en particulier, puis il les assembla toutes, et a-près bien des contestations, il arrêta trois cents guerriers, qui allaient partir pour courir sur les Scioux, et il obtint de chacun de ces peuples des députés pour la paix générale.Il arriva le 2 Juillet, à Michillimakinac, après une course de plus de quatre cents lieues : il y trouva toutes choses mises en bon ordre par les soins du P.Anjelran Ils convinrent cn-tr'eux (pie le jésuite partirait incontinent pour Montréal, et que M.de Courtemanche attendrait à Michillimakinac les députés qu'il n'avait pas amenés avec lui.Après avoir surmonté encore quelques difficultés, particulièrement au sujet des prisonniers iroquois, ce dernier partit pour Montréal avec une flotte de cent quatre-vingts canots.Après les audiences privées dont nous venons de parler, et où M.de Callières n'eut pas peu à faire pour donner satisfaction à tout le monde, et pour amener les chefs ii ce qu'il désirait, la première conférence publique eut lieu, le 1er.Août.Comme il allait commencer sa harangue, Kondiaronk tomba eri défaillance.On le secourut avec d'autant plus d'empressement que le gouverneur général fondait sur lui sa principale espérance pour le succès de son grand ouvrage.U lui avait presque toute l'obligation de ce merveilleux concert* et de cette réunion, sans exemple jusqu'alors, de tant de tribus sauva,/ :.pour la paix générale.Quand on l'eut fait revenir > iui, on le fit asseoir dans un fauteuil, au milieu de l'assemblée, ct chfc eun s'wpproeha pour l'entendre. 44 Histoire du Canada.Il parla longtemps, et comme il était naturellement éloquent, et que personne parmi les sauvages n'eut peut-être jamais plus d'esprit que lui, on l'écouta avec la plus grande attention.11 fit avec modestie et en même temps avec dignité le récit de tous les mouvemens qu'il s'était donnés pour ménager une paix durable entre toutes les nations: il fit comprendre la nécessité de cette paix, les avantages qui en reviendraient à tout le pays en général, et à chaque peuple en particulier, et démêla avec une singulière adresse les différents intérêts des uns et des autres.Pins, se tournant vers le chevalier de Callières, i) le conjura de faire en sorte que personne n'eût à lui reprocher d'avoir abusfé de la confiance qu'on avait eue en lui.Sa voix s'afTaiblissant, ii cessa de parler, et reçut de toute l'assemblée des applaudissernens qu'il ne manquait jamais de recevoir lorsqu'il parlait en public, même de la part de ceux qui ne l'aimaient pas."Il ne brillait pas moins, ajoute Charlevoix, dans les conversations particulières, et on prenait souvent plaisir à l'agacer pour entendre ses reparties, qui étaient toujours vives, pleines de sel, et ordinairement sans réplique.Il était en cela le seul homme du Canada qui pût tenir tête au comte de Frontenac, lequel l'invitait souvent à sa table, pour procurer cette satisfaction à ses officiers.Dans les commence-mers, il disait qu'il ne connaissait parmi les Français que deux hommes d'esprit, le comte de Frontenac et le P.Carheil.Il en connut d'autres dans la suite, auxquels il rendit la même justice." Le gouverneur général lui fit répondre qu'il ne séparerait jamais les intérêts de la nation huronne de ceux des Français, et qu'il lui donnait sa parole d'obliger les Iroquois à satisfaire les alliés des unset des autres, particulièrement sur l'article des prisonniers.Il se trouva plus mal à la fin de la séance, et on le porta a l'hotel-dieu, où il mourut, vers les deux heures du matin, après avoir reçu les derniers secours de la religion chrétienne, qu'il avait embrassée.Sa mort causa une affliction générale, et ii n'y eut personne, tant parmi les Français que parmi les sauvages, qui n'en donnât des marques sensibles.Son corps fut quelque temps exposé, en habit d'officier, ses armes à côté, ayant dans les troupes françaises le rang et là paie de capitaine.Le gouverneur et l'intendant allèrent les premiers lui jetter de Peau bénite, et ensuite le sieur Joncaire, à la têt* de soixante guerriers du Sault St.Lpute, (jui pleurèrent le mort et le couvrirent, c'est-à-dire firent des présens à ceux de sa nation.Le 'lendemain) ou fit ses funérailles, qui curent quelque Histoire du Canada.45 those (le magnifique et de singulier.M.dl St.OuttS, premier capitaine, ouvrait la marche avec soixante soldats sous les armes.Ensuite venaient seize guerriers* hurons, marchant quatre à quatre, vêtus de longues robes de castor, le visage peint en noir, et le fusil sous le bras.Le clergé venait après, et six chefs de guerre portaient le cercuil, qui était couvert d'un poêle semé de fleurs, sur lequel il y avait uu chapeau a-» vec un plumet, un hausse-col et une épéc.Les frères et les enfans du défunt étaient derrière, accompagnés de tous les chefs des nations, et M.de Vaudreuil, gouverneur de la ville, fermait la marche.A la fin du service, il y eut deux décharges de mousquet, et une troisième, après que le corps eut été mis en terre.Il fut enterré dans la cathédrale, et l'on grava sur la tombe cette inscription : Cy git le Hut, C/uf Huron."Kondiaronk.son vrai Inom, dit un autre historien, eût été aussi harmonieux et aussi convenable." Une heure après les obsèques, AL Joncaire mena les Iroquois de la Montagne complimenter les Hurons, auxquels ils présentèrent un soleil et un collier de porcelaine i ils les ex* hortèrent à conserver l'esprit et à suivre toujours les vues du grand homme qu'ils venaient de perdre, et a ne se départir ja-mais de l'obéissance qu'ils devaient à leur père Ononthio.Les I Murons le promirent, et tinrent parole.Cependant la maladie s'était mise dès le commencement parmi les sauvages, et plusieurs des plus considérables en étaient déjà morts, surtout parmi les Hurons.Cet accident \ obligea le gouverneur à presser la conclusion du traité.Il était convenu de tout dans les audiences particulières, et il ne s'agissait plus que de signer les articles et de publier la paix.Il indiqua la dernière assemblée générale au l Août, et il voulut qu'on n'omit rien pour qu'elle fut aussi solennelle que possible.1 On choisit pour cela une grande plaine hors de la ville; on y i fit une double enceinte do cent vingt-huit pieds do long sur soixante et douze de large, l'entro-deux en avant six.On mé-[ nagea, à l'un des bouts, une salle couverte d'environ trente pieds I en quarré, pour les dames et le beau inonde de la ville.Les I soldats furent placés tout autour, et treize cents sauvages fu-I rent arrangés dans l'enceinte en très bel ordre.M.de Cham-|P'£ny> Mi de Vaudreuil et les principaux officiers environ-I anient le gouverneur général, qui était placé de manière à pou-jvoir être vu et entendu de tous, et qui parla le premier.Il dit |en peu de mots, que l'année précédente, il avait arrêté la paix ¦ entre toutes les nations ; mais que comme de toutes celles du ¦nord et de l'ouest il ne s'était trouvé à Montréal que des Hu- 46 Histoire du Canada.I runs et des Outaouais, il avait lait savoir aux autres qu'il désirait qu'elles lui envoyassent des députés, afin (pie tous étant assemblés, il pût leur oter solennellement la hache des mains, et déclarer à tous ceux qui le reconnaissaient pour leur père, (ju'il voulait être désormais le seul arbitre de leurs dilTérens ; (ju'ils oubliassent donc le passé, et qu'ils remissent tous leurs intérêts entre ses mains, devant se convaincre qu'il leur rendrait toujours une égale justice; qu'ils devaient être las de la guerre, dont ils n'avaient tiré aucun avantage, et que quand ils auraient une lois goûté les douceurs de la paix, ils lui sauraient gré de tout ce (ju'il avait fait pour la leur procurer.Les interprètes avant répété aux sauvages, dans leurs différentes langues, le discours que M, de Callières venait de leur adresser, tous applaudirent avec de grandes acclamations.On distribua ensuite des colliers à tous les chefs, qui se levèrent les uns après les autres, et qui marchant gravement, revêtus de longues robes de peaux, allèrent présenter leurs prisonniers au général, avec des colliers, dont ils lui exj)liquèrent le sens.Ils parlèrent tous avec esprit, et même avec |)olitesse ; mais ils eurent grand soin de faire entendre qu'ils sacrifiaient leurs intérêts particuliers au désir (ju'ils avaient de contenter leur père.Le général leur répondit a tous d'une manière obligeante, et à mesure qu'ils lui présentèrent des prisonniers, il les remit entre les mains des Iroquois.Cette cérémonie, très sérieuse de la part des sauvages, fut pour les Français une espèce de comédie burlesque, qui les réjouit beaucoup.La plupart des députés, surtout ceux des tribus les plus éloignées, s'étaient habillés et parés d'une manière tout-à-fait grotesque, et qui faisait un contraste fort plaisant avec la gravité (ju'ils affectaient.Le chef des Algonquins était vêtu en voyageur canadien, et avait accommodé ses cheveux en tête de coq, avec un plumet rouge, qui en formait la crête, et descendait par derrière.C'était un jeune homme de haute taille et de belle mine, et le même (jui avec trente jeunes guerriers de sa nation, avait défait, près de Catarocouy, le parti d'Iroquois où avait péri le grand chef de guerre onnontagué aj)j)ellé La-Chaudicrc-Noirc.Ce brave s'avança vers le gouverneur d'un air noble et dégagé, et lui dit: u Mon père, je ne suis point homme de conseil, mais j'écoute toujours ta voix ; tu as fait lu paix, j'oublie tout le passé." Onanguicé, chef des Pouteouatamis, s'était coiffé avec la peau de la tête d'un jeune taureau, dont les cornes lui pendaient sur les oreilles.Le chef des Outagamis s'était peint tout le visage en rouge, et avait mis sur sa tète une vieille j)crruquc fort poudrée et très mal peignée; ce qui lui donnait un air affreux et Histoire du Canada.ridicule tout à la lois.Comme il n'avait ni chapeau ni bonnet, et qu'il voulait néanmoins saluer le gouverneur à l'européenne, il ota sa teignasse; ce qui produisit un grand éclat de rire, qui pourtant ne le déconcerta pas, et qu'il prit sans doute pour un applaudissement.Le chef des Sauteurs s'était fait avec un plumet une espèce de rayon autour de la tète, en forme d'auréole.Après que tous les chefs, tant des nations d'en haut que des sauvages domiciliés et des IroquoisJ se furent approchés du gouverneur et lui curent fait leurs complimens, on apporta le traité de paix, qui fut signé de trente-deux députés, puis le grand calumet de paix.M.de Callières y fuma le premier; ensuite M.de Champigny, puis M.de Vaudreuil, et tous les chefs et les députés chacun à leur tour, après quoi on chanta le Te Dcum.Ensuite parurent de grandes chaudières, où l'on avait fait bouillir trois bœufs.Chacun fut servi à sa place, sans bruit et sans confusion, et tout se passa gaiement.Il y eut à la fin plusieurs décharges de boè'tes et de canons, et le soir, illumination et feux de joie.Le gouverneur donna encore audience aux députés des tribus de l'ouest et du nord, le G, et à ceux des Iroquois, le 7, pour leur faire les recommandations, ou leur donner les explications qu'il croyait nécessaires.Les Agniers n'avaient point envoyé de députés à l'assemblée générale, comme ils l'avaient promis, et M.de Callières en avait témoigné son ressentiment à ceux des autres cantons ; mais ceux-ci étaient à peine partis de Montréal, que les Agniers y arrivèrent.Ils firent leurs excuses, et signèrent le traité.Quelques temps après, Joncaire revint avec très peu de prisonniers, le plus grand nombre ayant absolument refusé de le suivre.L'on crut, ou l'on feignit de croire qu'il n'y avait pas de la faute des Iroquois, et la chose en demeura là.L'année suivante, les Cantons firent à M.de Callières une deputation solennelle, pour le remercier de leur avoir donné la paix, et pour lui demander des missionnaires jésuites.Ils lui apprirent en même temps la mort de Garakonthié, qui jusqu'à son dernier moment n'avait cessé de servir utilement les Français auprès de sa nation ; et ils lui présentèrent son neveu, qui s'offrit d'être, à la place de son oncle, le correspondant du gouverneur, et fut agréé.Le général n'avait garde de ne pas prendre au mot les Iroquois au sujet des missionnaires, et il en fit partir un grand nombre pour leur pays, persuadé que s'il n'y avait pas à espérer qu'ils fissent beaucoup de prosélytes, il était néanmoins impor- 48 Histoire de Càrâmourorît tant pour h colonie qu'il y eût parmi ces barbares des personnes revêtues d'un caractère capable de leur en imposer, dont la présence les assurât qu'on voulait vivre en bonne intelligence avec eux, qui pussent éclairer leur conduite, avertir le gouverneur général de leurs démarches, les gagner par leurs bonnes manières, ou du moins se faire des amis parmi eux, et surtout éventer et déconcerter les intrigues et les projets des Anglais.Ces derniers sentaient tellement combien la présence des jésuites était préjudiciable à leurs intérêts dons les Cantons iroquois, qu'ils ne tardèrent pas à intriguer de toutes manières pour les en faire chasser.Peu après avoir reçu la nouvelle que la guerre était déclarée entre la France et l'Angb U rre, le chevalier de Callières apprit par un envoyé de M.de Bronillan, qui avait succédé à M.de Villebon dans ie gouvernement de l'Acadie, qu'on attendait à Boston dus vaisseaux d'Angleterre pour assiéger Québec, et croiser dans le golfe et même dans le fleuve St.Laurent, afin qu'il n'y pût entrer aucun bâtiment français.Il fut en même temps informé que les milices de la Nouvelle York étaient en route pour se rendre à Boston.Après avoir écrit à la cour de France, pour avoir des recrues, M.de Callières songea à achever les fortifications de Québec, et prit toutes les autres mesures que lui suggérèrent son habileté et son expérience dans la guerre." Il était lui même, dit Charlevoix, la plus grande ressource de la Nouvelle France, mais elle eut le malheur de le perdre dans le temps qu'il lui était le plus nécessaire.Il mourut à Québec, le 2G Mai 1703, autant regretté que le méritait le général le plus accompli 3u'eût encore eu cette colonie, et l'homme dont elle avait reçu e plus importants services." A Continuer HISTOIRE DE CARAMOURON*.San Salvador âe Bahia fut d'abord la capitale du Brésil: aujourd'hui même que llio Janeiro lui enlève sa prééminence, elle est encore, parson étendue, ses fortifications et ses édifices, par sa population, ses chantiers, ses magazins et sa vaste baie, une des villes les plus importarjtes du nouveau monde.L'origine de cette ville a quelque chose de si singulier et de si romanesque, que nous ferons sûrement plaisir au lecteur, en lui en faisant connaître les principales circonstances. / ïistoirc tic Carantouron.•U» La baie magnifique de San-Salvador avait été reconnue par CnuisrovAL jacques, qui en iit un tel éloge à Jean III, roi de Portugal, que ce prince résolut d'y fonder un établissement.Il v envoya CoUTINJTO, en le nommant gouverneur de tout le pays qui s'étend depuis la grande rivière de Sau-Fnnicisco jusqu'à la Punta du Padram de Bahca.Celui-ci équippa quelques vaisseaux, et se mil en route pour aller entreprendre la colonisation projetée.Dans l'intervalle, un hazard singulier avait déjà mis ces parages au pouvoir d'un jeune compatriote de Continbo, enflammé, comme lui, de la passion des voyages et des découvertes.Ce Portugais, nommé DlEGO ALVAUES CoRREA de Viana, allait aux Indes Orientales.Battu par la tempête, ainsi (pie l'avait été Car u al, il fut entraîné de même à l'occident, vers le Brésil.Moins heureux ou moins habile que ce navigateur célèbre, et ne pouvant plus gouverner son vaisseau, Alvarès iit naufrage sur les bas-fonds, au nord de la barre de Bahia.Une partie de l'équipage périt : ceux qui échappèrent aux vagues furent pris par les naturels du pays et mangés à la vue même d'Alvarès, qui était resté près du vaisseau échoué, pour recouvrer différents objets dont il espérait se servir pour se rendre favorables les sauvages.Ceux-ci étant rentres dans leur aidée, Alvarès, armé d'un mousquet, osa s'aventurer tout seul sur la côte, et se mit à reconnaître le pays.Alvarès, frappé de la beauté de tous les lieux qui s'offraient à sa vue, leur donna le nom de San-Salvador (Saint-Sauveur,) parce qu'il y avait trouvé son salut.Il apperçoit tout-à-coup une troupe de Brésiliens, armés de flèches et de massues, mais (jui n'avaient pas l'air de s'avancer en ennemis.Plusieurs d'en-tr'eux avaient vu comme sortir de la merle jeune Alvarès, et s'étaient tenus d'abord cachés ; mais, s'avançaut ensuite pleins d'étonnement, ils répondirent aux signes de bienveillance et de paix que leur fit Alvarès, s'approchèrent pour recevoir ses présens, et le traitèrent en ami.Conduit à la plus prochaine aidée, il fut présenté au cacique, dont il devint le captif, mais il reçut do lui, ainsi que de toute sa peuplade, autant d'égards que de soins.Ces Indiens étaient de la race des Tupinambas, dont le nom signifie braves, et qui, de tous les naturels du Brésil, sont les plus jaloux de leur indépendance.Ces sauvages eurent bientôt occasion d'admirer l'intelligence et l'adresse d'Alvarès.Un jour, ayant tué avec son fusil, un oiseau devant ces sauvages, les femmes et les enfans s'écrièrent : Caramouron ! cara-mouron ! c'est-à-dire homme de feu, et témoignèrent la crainte de périr ainsi de sa main.Alvarès, se tournant alors vers lej 50 / ïislou t di Cat amow %.hommes, dont l'étonncment était mêlé d une moindre frayeur, leur fit entendre qu'il irait avec eux à la guerre, et qu'il tuerait leurs ennemis.Ils marchèrent aussitôt contre les Tajmyas* La renommée de l'arme terrible de l'homme de jeu le précédait, et les Tapuyas s'enfuirent, CaRAMouuon fut le nom sous lequel Alvarès Correa fut connu depuis chez, les Tupinambas, et même parmi les Portugais.Bientôt lez Tupinambas attribuèrent à Caramouron une puissance surnaturelle, ct curent pour lui des respects et des déférences qu'ils ne rendaient pas au même degré à leurs chefs.Caramouron devint le souverain absolu de ces sauvages.F.n signe de respect, ils le revêtirent d'une espèce de manteau ou tunique de coton, lui firent présent de leurs plus belles plumes, de leurs meilleures armes, et lui prodiguèrent les produits de leur chasse.Ils lui offraient à l'envi leurs biles pour épouses, • t s'estimaient heureux qu'il voulut bien les recevoir.Caramouron fixa son séjour dans le lieu où la Villa Vvlha (la vieille ville) fut ensuite fondée.Il devint le père d'une famille nombreuse, et encore aujourd'hui, les maisons les plus distinguées de Bahia rapportent ù lui leur origine.Il fit élever d'abord quelques cabanes sur le rivage de la baie ; bientôt ces cabanes, butes à la bâte, furent remplacées par des habitations plus convenables.Il établit et maintint une sorte de police dan, son nouvel établissement.Des débris du navire brisé il fit construire de petites barques plus solides que les pirogues des Brésiliens, avec lesquelles il espérait reconnaître tout le golfe.I leureux et tranquille parmi ces sauvages, il s'efforçait de les civiliser^ il faisait même des dispositions pour donner a 8< u établissement plus de consistance et une forme plus régulière, se croyant à jamais confiné parmi les Tupinambas, lorsque parut tout-à-coup, à l'entrée de la baie, un navire normand, parti de Dieppe pour faire des découvertes dans le Ibésil.I Caramouron ct les sauvages reçurent amicalement les Fran-çais, avec qui l'on lit, pendant plusieurs jours, un commerce d'échanges.Mais l'arrivée imprévue du navire européen a-vait fait naître l'idée à Caramouron de retourner dans sa patrie, et d'aller tendre compte au roi de Portugal, de son naufrage et de son heureux établissement à San Salvador.Il espérait par là mériter la protection et les encourngemens du monarque.Il obtint facilement le passage pour lui et pour Paragïjazon, sa femme favorite, dont il ne voulait pas se séparer.Il promit a ses hôtes de revenir bientôt, et s'embarqua, emportant avec bu des échantillons de la richesse et des curiosités du Brésil.Mais ses autres femmes indiennes ne purent supporter cet abandon : ?30413 5421 05 Hitioire de Caramouron, 51 elles suivirent le vnisseau à la nage, dans l'espoir d'être prises à bord, La plus courageuse ou la plus passionnée s'avance si loin, qu'avant de pouvoir revenir au rivage, ses forces l'abandonnent, et elle meurt victime de son amour pour Caramouron.Arrivé en France, Caramouron parut «à la cour de Henri II.sous les auspices du capitaine auquel il devait son retour » u Europe.Lui et Paraguazon furent reçus et traités avec amitié par catherine deMedicis, La jeune Indienne attirait surtout la curiosité des courtisans français, étonnnés devoir la lille d'un chef de sauvages au milieu de la cour la plus polie de l'Europe.On s'empressa de la conquérir à la religion, et Paraguazon fut baptisée avec solennité.La reine lui donna sou nom de Catherine et lui servit de marraine.Le roi lui servit de parrain.Cependant Caramouron, voulant partir pour Lisbonne, le roi de France lui en refusa l'autorisation.On avait l'intention de se servir de lui dans les pays qu'il avait découverts.Il fit donc une convention avec un riche commerçant français, en vertu île laquelle deux vaisseaux chargés d'objets utiles pour le trafic avec les naturels brésiliens, furent mis à sa disposition, de même que les munitions et l'artillerie de ces vaisseaux, dès qu'ils seraient arrivés a Bahia.Caramouron s'engagea, de son coté, à les charger pour leur retour de bois de bresil et d'autres objets de commerce.Mais, avant de partir, il avait fait connaître au roi de Portugal, par une voie secrète, la découverte importante qu'il avait faite dans le nouveau monde.Arrivé à San-Salvador avec sa femme Catherine, il fut reçu par les sauvages avec d'incroyables transports de joie.Sa femme Paraguazon, flore du nom de Catherine et des talens qu'elle avait acquis en Europe, fit tous ses efforts pour convertir et pour civiliser ses sauvages compatriotes.Déjà au milieu des premières cabanes, une église venait d'être élevée; déjà même Caramouron avait distribué plusieurs plantations à sucre, commencé la culture des terres, rassemblé par des bienfaits les naturels, jusqu'alors errants et dispersés, lorsque parut dans la baie l'expédition préparée à Lisbonne, et commandée par Cou-tinho, pour venir prendre possession de h> province entière ; apparition sinistre, quijetta la consternation dans toute la colonie.Armé de l'autorité royale, Coutinho s'établit dans la colonie de Caramouron.Bientôt ne voyant dans celui-ci qu'un rival secret de son pouvoir, il commença à déployer l'appareil de la force, à condamner tout ce (jui avait été tait par lui, et à blâmer surtout les voies de douceur dont Caramouron s'était servi pour civiliser les sauvages.Les soldats signalèrent leur arrivée par toutes sortes de violences et île rapine:,: hin d'eux tua le fils 14 52 Histoire de Caramouron, d'un chef des naturels.Coutinho paya chèrement cette nouvelle offense.Les fiers Tupinambas, ne respirant plus (pie vengeance, deviennent l'objet d'une longue persécution qu'ils endurent d'autant plus impatiemment qu'ils sont moins accoutumés à la servitude et à l'oppression.Caramouron veut plaider pour ses amis, pour ses hôtes, pour ses bienfaiteurs: il est, par ordre de Coutinho, enlevé à sa femme, et transféré à bord d'un navire.Le bruit de sa mort,faussement répandu, jette le désespoir dans l'âme de Paraguazon, qui appelle à la vengeance, non seulement les sauvages de sa nation, mais encore leurs voisins les Tamoyos* Les redoutables Tupinambas, les plus vaillants de tous les Brésiliens, font tête aux Portugais, brûlent les sucreries, détruisent les plantations, tuent un fils de Coutinho, et après une guerre de plusieurs années, ils emportent enfin les ouvrages élevés par les Portugais, et forcent leur chef à chercher son salut sur ses vaisseaux.Mais à peine était-il parti que quelques chefs des Tupinambas, (pli regrettaient les marchandises d'Europe, devenues enfui des besoins pour ces malheureux sauvages, firent un traité avec lui, et rengagèrent a revenir à San-Salvador.Coutinho revint donc, suivi de Caramouron, qui était dans une caravelle séparée.Mais comme ils étaient à la vue du golfe, une tempête, s'élevant tout à coup, les fit échouer sur les bas-fonds de l'île d'Itoporica.Témoins de ce naufrage, les Tupinambas, qui avaient reconnu leur oppresseur, s'arment de leurs massues de guerre, malgré l'opposition de ceux de leurs chefs qui avaient rappelle Coutinho, et se jettant en foule dans leurs pirogues, ils joignent les insulaires, qui étaient aux prises avec l'équipage de Coutinho.Ce capitaine avait déjà gagné le rivage; mais il n'était échappé à la fureur des flots que pour tomber sous les coups des sauvages.Sa tète, détachée de son corps et parée de plumes, fut portée en triomphe par les vainqueurs.Les prisonniers furent assommés et dévorés ; il n'y eut que les équipages de Caramouron qui furent épargnés; et lui-même, rentrant dans son ancienne habitation, releva sa colonie avec le secours des Tupinambas, sur lesquels il reprit son premier ascendant.La colonie resta dans cet état jusqu'en 1549, où donc Thome' de souza fut nommé gouverneur général du Brésil.Il vint aborder à Bahia, où il fut reçu par Caramouron, déjà vieux, qui lui concilia le cœur des habitans, et lui donna ainsi les moyens de poser les fondemens de la ville de San-Salvador, à une demi-lieue de l'ancien établissement.Cette ville devint bientôt la plus florissante du Brésil.(Beautés de ï Histoire d'Amérique.) o»* NOTICE SUU MADAME DE KllUDNER.Mme de Krudner a brillé à Paris, comme jolie femme, comme femme auteur, comme chef de secte.De la beauté, des talens, de l'enthousiasme porté à l'extrême, voilà plus de titres qu'il n'en faut pour devenir promptement célèbre.Mme de Krudner le fut beaucoup, durant sa courte mais orageuse carrière.Elle esseya d'abord de l'empire de la beauté.Il serait inouï qu'une femme douée de cet entraînant prestige, ne l'eût regardé que comme un accessoire aux charmes de son esprit; une foule d'adorateurs tomba à ses pieds.Elle eut un moment de bonheur ; mais son cœur impatient voulut aller au-delà même de ce qu'elle avait désiré avec tant d'ardeur, et de cruels mécomptes la désabusèrent.Détrompée sur la puissance persévérante de la beauté, elle voulut conquérir un autre sceptre qu'elle était digne sans doute de porter ; et elle composa Valerie.Le succès qu'obtint cet agréable ouvrage plaça Mme de Krudner au-dessus de Mme Cottin, et à côté de Mme Flahaut nE Souza.Les lauriers se mêlèrent alors aux myrtes pour former sa couronne; mais elle prétendit les relever merveilleusement en y joignant les épines de la pénitence et les palmes du martyre.Toute l'énergie de la tête masculine la plus fortement constituée eût à peine suffi pour supporter le fardeau qu'elle s'imposait: car il ne s'agissait de rien moins que de subjuguer, que d'entraîner, à la fois, les rois et les peuples, les armées combattantes et les spectateurs inoffensifs dont les intérêts venaient de se discuter à coups de canon et de se régler sans leur avis." La Providence est grande, disait Mme de Krudner ; Jesus-Ciirist naquit dans une ctablc, et son adorable mère partage aujourd'hui la gloire inefîable du Dieu des chrétiens." Toutefois elle ne se présenta que comme une Madeleine pénitente ; mais elle se mit à prêcher.11 y avait du charme dans ses discours, bien qu'à force de torturer le dogme, qu'elle ne comprenait certainement pas, elle finit par poser des principes que la religion chrétienne et la morale universelle pouvaient considérer comme des blasphèmes.Elle fit spectacle, et c'est là surtout ce qu'elle ambitionnait.L'empereur Alexandre parut à ses conférences mystiques, à Paris.J'eus l'honneur d'y assister, et son entourage me rappela les scènes fantasmagoriques de Robertson, ou plutôt les mystérieuses soirées de Caglios-tro.Vêtue de blanc," prosternée d'abord, se relevant ensuite avec grâce, les cheveux épars, l'air inspiré, la voix haute, elle semblait jouir de l'étonncment qui se peignait dans les regards des assistans.Sa fille, jeune et belle, l'accompagnait sous le même costume; ses charmes purs et l'innocence qui brillait ô 1 Notice sur Madame de Krudner.dans toute sa personne, détournaient plus d'un néophyte de l'attention qu'oïl devait aux discours de lanière.Je l'avouerai, je ne fus nul lenient touché.Cette comédie, jouée à Taris, nie parut une honteuse profanation des cérémonies des religions chrétiennes.La présence de plusieurs grands personnages me donna lieu de supposer que ces réunions avaient un but politique que l'on cachait sous ce voile singulier.En effet, on a prétendu que Mme de Krudner avait été l'inspiratrice du traité connu sous le nom de Sainte-Alliance* Je ne puis le croire encore.Un traité conçu dans l'ombre, et sous le honteux at-tirai 1 de la déception, ne pouvait être qu'une œuvre de ténèbres, et des princes chrétiens ne l'eussent pas hautement avoué.D'ailleurs, Mme de Krudner avait un cœur tout dévoué à l'amour du prochain, et ce n'est pas exactement là le sentiment qui domine dans le traité.On n'est pas longtemps dupe à Paris des prétendues inspirations divines.Mme de Krudner sentit qu'à Fétonnement allaient succéder le dédain et le ridicule ; elle se hâta de partir pour la Suisse, où elle ouvrit son temple, qui se remplit à l'instant d'une foule de gros Teutehcs, suivant l'expression de J.-J.IloussBAU, gens essentiellement admiratifs, et peu portés à la réflexion.La prêtresse se trouva bientôt à l'étroit dans l'enceinte des édifices construits par la main des hommes ; elle éleva son autel en plein air; quatre ou cinq mille personnes la suivirent de village en village ; ct, comme la charité est encore de l'amour, une troupe nombreuse de niendians dut à l'auteur du Valerie la nourriture et le logement.Alors commencèrent les miracles et les persécutions.Mme de Krudner annonça la fin du monde, imposa les mains aux malades, et enseigna une doctrine quelque peu contraire à la fidélité conjugale.11 en résulta que plusieurs femmes, ou filles abandonnèrent leurs maris et leurs familles, et suivirent la Madeleine qui leur ouvrait des routes inusitées pour gagner le ciel.Mais les gouvernemens ne goûtèrent pas un code tie morale d'une si étrange nature.Invitée à quitter la Suisse, et successivement le grand duché do Bade, la Prusse et la Russie, Mme de Krudner prêcha et voulut convertir les officiers de police : un peu de martyre eût assuré sa mission ; on lui refusa jusqu'à ce plaisir : et tout ce (ju'elle put obtenir, ce fut la permission d'aller en Crimée se faire des prosélytes parmi les Cosaques, les Baskirs ct les 'Futures du Kouban.Elle y trouva le dénouaient de son roman, et ses cendres reposent sur les bords de la mer d Asof.Voilà l'histoire de la vie publique de Mme de Krudner, telle que je l'ai connue, fille possédait toutes les qualités qui peuvent Jaire une femme accomplie: ii ne lui manquait que du bon sens Nouvelles Scientifiques* >5 Tourmentée d'un désir insatiable de célébrité, elle y sacrifia jusqu'à ce vernis de décence qu'aiment à conserver les femmes les plus corrompues ; et cependant, si elle lut faible, elle n'était point dépravée.Sa conduite, durant ses dernières années, ne fut qu'un long accès de folie.Il faut la plaindre; il faut gémir sur le triste sort d'un être si remarquable, si bien fait pour plaire et pour être aimé, et quia manqué sa destinée.NOUVELLES SCIENTIFIQUES.Découverte iVunc mâchoire fossil le du plus grand des quadrupèdes connus* M.CuVlËB présente à l'Académie le dessein, qui lui a été envoyé par M.ScHLEÏR Mâcher, directeur du comté de Dar-nestadt, de la mâchoire d'un énorme animal inconnu.On avait déjà rencontré plusieurs dents semblables à celles que porte cette mâchoire.Ces dents, carrées et à deux collines transverses, assez semblables à celles du tapir, avaient fait croire à l'existence antédiluvienne d'une espèce gigantesque de ces animaux.La découverte de M.Schleïr Mâcher détrompera les naturalistes.L'animal dont il a trouvé un reste si précieux appartenait à un genre nouveau, et ses dimensions étaient vraiment extraordinaires.En supposant en effet que chez lui le corps lut aussi peu volumineux en proportion de la tête qu'il est chez rhvppopotamc (celui de tous les Quadrupèdes chez lequel la proportion de la longueur de la tête a celle du corps est la plus petite) ; on trouverait encore que la longueur totale aurait été de lî) pieds.Jusqu'ici le quadrupède connu le plus volumineux était un paresseux gigantesque, fe mégalonix, qui n'avait pourtant que 12 pieds de longueur.La mâchoire dont il est ici question a été trouvée à Eppcn-heinï, canton d'Arrcy, sur la rive gauche du Rhin, pays de Darnestadt.Le dessin envoyé à M.Cuvier était exécuté au quart de la grandeur naturelle.M.Cuvier l'a fait copier de grandeur naturelle.Nouvelles découvertes defossiles dans la Montagne de Verier.M.Cuvier fait un rapport verbal sur le premier volume de l'ouvrage intitulé : Recherches sur les ossemens du département du Pinj de Dome, par MM.l'abbé CroïSBT et JoBERT ainé.Mi le rapporteur commence par rappeller un autre ouvrage bi> Nouvelles Scientifiques.sur le même sujet publié par MM.Deveze de CllABltÔL et Bouille* Cohdieii sur lequel M.a fait un rapport* Aux lumières que ces deux écrits nous fournissent, on doit ajouter plusieurs renseigneniens communiqués à MM.les commissaires par M.le comte de Laiser, minéralogiste distingué, qui, dès 1821, avait, dans une séance publique de la Société géologique d'Auvergne, présenté quelques échantillons des os des mêmes lieux, qui font l'objet principal de ces deux ouvrages, et des coupes indiquant les positions des terrains qui les recèlent.C'est d'après ces documens que M.Cuvier donne une idée du gîte intéressant qui a occupé ces différents observateurs.Les fossiles de la montagne de Périer ou de Boulatlc (car elle porte ces deux noms selon le village par lequel on y monte) se trouvent répandus dans trois couches distinctes.Les deux premières appartiennent à la troisième époque des alluvions anciennes, à celle qui a succédé à la deuxième époque des productions des volcans : la dernière couche fossile appartient à lu quatrième et dernière époque des alluvions anciennes.Cependant toutes les couches ne se trouvent pas dans la montagne même de Périer, et c'est du rapprochement et de la comparaison des diverses montagnes du même ordre que les auteurs eu ont déduit l'ensemble.* Le nombre des espèces reconnues par MM.Croiset et Jo-bert est maintenant de près de quarante, savoir ; un éléphant, un ou deux mastodontes, un hippopotame, un tapir, un cheval, un sanglier, cinq ou six/elis, deux hyènes, trois ours, un canis, une loutre, un castor, un lièvre, un rat d'eau, quinze cerfs, et deux bœufs.Leursfelis et leurs cerfs forment surtout une augmentation très importante pour la zoologie fossile ; et quand il n'y aurait que ces espèces-là de constatées, cette couche ossifère de Périer prendrait son rang parmi les monumens les plus remarquables de l'ancien monde.Or, sans vouloir garantir que toutes les différences que les auteurs ont remarquées soient spécifiques, M.Cuvier déclare pouvoir, sur plusieurs espèces de ces deux genres, dont ils lui ont montré des fragmens, joindre son témoignage au leur; et, sur le seul aspect des figures, qu'ils ont données des bois, il n'est, dit-il, aucun zoologiste qui ne convienne que ce doivent être des es- * MM.Jobcrt ct Croizct ne s'accordent pas entièrement 'avec MM.Devèse ct Bouille sur l'énumération des différents terrains supérieurs au calcaire lacustre; mais ces observateurs sont tous unanimes sur la position relative des couches de sable qui contiennent des ossemens, des couches de galets et de déjections volcaniques qui les recouvrent, et des immenses dépôts de calcaires d'eau douce qui leur servent de base, c'est-à-dire sur les- points les plus importants. Nouvelles Sàtnttjiquei.è'è péces différentes de celles que nous connaissons.En général, on ne saurait assez louer la patience ingénieuse avec laquelle MM.Croiset et Jobert ont rapproché et comparé tant de frag-mens, surtout quand on considère qu'ils n'ont eu souvent pour point de comparaison que les figures des livres, ressource presque toujours si insuffisante.Le point qui paraît avoir été le plus fécond en fossiles est un ravin dit des ituaires, où la couche qui les renferme est à jour des deux, côtés.On y a trouvé des os de plus de trente espèces.Quelquefois ceux d'un même individu sont encore rapprochés; plus souvent ils sont épars.Les genres, les espèces y sont entassés pêle-mêle ; on y trouve des os de tous les ages.Les individus de certaines espèces s'y trouvent en très grand nombre.Il y en a beaucoup de brisés : d'autres qui portent l'empreinte de la dent des carnassiers.Les excrémens de ces mêmes carnassiers s'y montrent aussi; mais aucun de ces os n'est roulé, et aucun fossile marin ne les accompagne.Tout fait croire aux auteurs que la couche qui les supporte était le sol même sur lequel ils ont vécu, et que les lignites que l'on y rencontre sont les débris des végétaux qui les nourrissaient.Ces messieurs n'ont encore décrit dans leur premier volume que les pachydermes et les carnassiers; ils ont déjà livré au public les figures des ruminants des mêmes terrains.Ils font espérer des descriptions et des figures d'autres ossemens trouvés dans des terrains plus anciens, et qui appartiennent, comme on devait s'y attendre, à des genres tout différents* et qui rentrent dans ceux de l'avant-dernière époque de M.Cuvier, et se rapprochent plus ou moins des paheotherium, des ano-plotherium, ou des lophiodons.Déjà, depuis longtems, M.Bjiogniaht avait découvert une mâchoire de palœotherium dans un terrain semblable, au Pays en Vêlai.M.Cuvier met sous les yeux de l'Académie un échantillon de ces animaux de terrains d'eau douce.C'est une portion de mâchoire d'un pachyderme qui parait avoir eu de grands rapports avec son genre anthracotherium.Malheureusement il ne s'y trouve que deux dents incisives, et l'intervalle entre ces dents et les premières molaires a été mutilé.C'est aussi dans ces terrains, d'une origine plus ancienne, que se trouvent les os d'oiseaux, dont l'Auvergne est si riche, et MM.Croizet et Jobert en ont fait, une collection qu'ils rapportent à trois ou quatre espèces.Ils ont trouvé jusqu'à des œufs parfaitement conservés.Ces découvertes d'objets d'une autre époque ont engagé les auteurs à étendre leurs recherches au-delà de la montagne de Pericr ou de Boulade, qui en avait d'abord été l'objet unique. f«s Nouvelles Scientifiques* ils ont cru devoir embrasser dans leur discours préliminaire l'ensemble des couches de l'Auvergne, et ils ont même présenté un système applicable à la théorie de la terre tout entière.Leur exposition des couches de l'Auvergne a do l'intérêt comme présentant en abrégé la disposition d'une province ou la géologie offre des phénomènes très particuliers.Toute la formation secondaire n'y est représentée (pic par le terrain houiller.Quant aux formations tertiaires, les auteurs reconnu! s< nt aujourd'hui, comme M.Brogniàrt l'avait annoncé dès 1811, et M.Delaizer en 1824, (pie, dans les contrées qu'ils décrivent, ii n'en existe aucune d'origine marine, et que des masses immense?, uniquement remplies de produits de la terre et de Peau douce, y sont tellement liées entr'elles, qu'elles doivent, de toute évidence, avoir été déposées dans une période non interrompue, et sans qu'aucun événement géologique un peu important soit venu morceler leurs points de contact ou altérer leur régularité.Il y en a des couches accumulées sur 200 mètres d'épaisseur; les plus élevées se portent à près de 800 mètres au-dessus du niveau de la mer, et on peut en trouver jusqu'aux bords de l'Allier qui n'est guère qu'à 800 mètres, ce qui leur fait supposer que cette formation s'est faite dans des lieux placés à des niveaux différents.Les es y sont épais, non roulés; sou vent ces os très grêles y sont entiers : ce qui prouve qu'ils étaient déposés à mesure que les animaux dont ils proviennent mouraient.Dans le gisement deVoIvic, les es d'oiseaux sont confondus avec des lymnes et des hélices.Le sol habité ne se composait que des sommités granitiques qui s'élèvent de 300 et de 600 mètres au-dessus des plus hautes coud ; d'eau douce.M.Cuvier ne suit les auteurs ni dans leurs observations (d'ailleurs pleines d'intérêt) sur les terrains volcaniques de leur province, ni dans leur système général sur ia théorie de la terre, système à la vérité entièrement original et même contraire à tous ceux (jui existent, car c'est de l'intérieur même du ^lobe qu'Js font sortir à mesure de son refroidissement beaucoup de mjti l'es qui l'enveloppent et même l'eau qui en a couvert si longtemps une grande panic.Ils y font une application ingénu use des idées de M.Delaplace et de celles de M.Cordier ; mais ce système aurait besoin de plus grands développemens.Le mérite de l'ouvrage de MM.Croizet et Jobert consiste surtout à faire connaître une multitude d'espèces fossiles auparavant inconr.ee et à confirmer déplus cn plus cette présomption du rapporteur que ce que l'on a découvert en ce genre n'est qu'une petite partie de ce qui reste à découvrir. .59 METEORES.Le nom de météores se donne indistinctement à tous les corps ct phénomènes qui se forment et apparaissent dans le ciel.* Nous ne nous occuperons ici que de ceux qu'on appelle globes de feu, et qui, .se montrant tout à coup dans les régions les plus élevées de l'atmosphère, où ils se meuvent en ligne horizontale, et avec une vitesse extraordinaire, disparaissent, soit sans bruit, toit avec explosion, en laissant après eux une trainee lumineuse qui subsiste pendant quelques secondes, Tout porte à croire qu'ils sont de la même nature que les étoiles tombantes, dont ils ne diffèrent effectivement que par l'étendue de leur volume, l'éclat de leur lumière, et des intermédiaires qui les ^missent évidemment les unes avec les antres.Parmi les météores dont l'apparition a été la plus remarquable, celui qui a été vu à l'orient de Cumana, dans l'Amérique méridionale, tient le premier rang.Ce fut le 12 Npvemure 1799, à deux heures et demie du matin, que ce phénomène se manifesta par la présence de mille globes qui se succédèrent dans une direction régulière du midi au nord.L'air était frais ct le ciel serein.Ces météores remplirent d'abord dans le ciel un espace qui s'étendit de l'orient environ 50 degrés du côté du midi, parurent ensuite s'élever de soixante au-dessus de l'horizon, dans la direction de l'est-nord-est, et décrire àd'estdes arcs qui tombaient tlu côté du midi, après avoir suivi la direction du méridien, plusieurs de ces arcs atteignirent une hauteur de 40 degrés, et tous s'élevèrent au-l|essus tie 2j ou 30.On remarqua que dans le premier moment où ce phénomène fut apperçu, ii y eut dans le ciel un espace égal eu étendue à quatre diamètres de la lune, où il ne parut ni globes de ieu, ni étoiles tombantes; mais tous ces météores s'étant bientôt réunis, ils laissèrent derrière eux ties traces lumineuses longues île cinq jusqu'à tlix degrés, et dont la durée était de sept à huit secondes.On voyait distinctement dans la plupart des globes, un nucleus aussi large (pie le disque de Jupiter, d'où partait une vive lumière accompagnée d'étincelles, et lorsqu'ils éclataient il y avait toute apparence que c'était à la suite d'une explosion.Cependant les plus grands, qui avaient un degré et quinze minutes île diamètre, disparaissaient sans scintillation, en laissant toutefois derrière eux une trace phosphorique de 15 à 20 minutes.La lumière de ces météores, au lieu d'être couleur de feu, était blanche, ce que l'on doit attribuer à l'absence des vapeurs, ou à l'extrême transparence do l'air; de même que * Le tonnerre, les (clairs, la pluie, la neige, la gr£le, ct Tarc-eu-ciel tont dei météores. 60 Météores.sous les tropiques les grandes étoiles ont une lumière infiniment plus blanche qu'en Europe.Ce ne fut pas sans effroi que les habitans de Cumana virent ce phénomène, car les vieillards se rappelleront que le tremblement de terre de 1766 avait été précédé d'une apparition semblable.Tous les pécheurs, qui avaient profité de la beauté de la nuit pour tendre leurs filets dans le golfe, assurèrent qu'il avait commencé à une heure après minuit, par quelques petites étoiles tombantes qui s'étaient montrées du côté de l'orient.Ils affirmèrent aussi, d'après les observations que leur état les met souvent dans le cas de faire, qu'il était très rare de voir des météores paraître sur ces côtes, après deux heures du matin.Quatre heures s'étant écoulées, pendant lesquelles l'air ne cessa pas d'être en feu, les globes et les étoiles tombantes devinrent moins fréquents; mais on apperçut cependant encore quelques unes de ces dernières un quart d'heure après le lever du soleil.Leur lumière, à la vérité, était entièrement blanche, et leur disparition plus prompte.Cette circonstance, qui peut paraître d'abord extraordinaire, cessera de l'être, lorsqu'on saura qu'en 1788 toutes les maisons de Papoyan furent frappées d'une brillante lumière par un météore d'une immense grandeur, qui passa sur la ville à une heure après midi, et le 21 Septembre 1800, un savant, M Boxpland, ayant observé à Cumana, l'immersion du premier satellite de Jupiter vit très distinctement la planète jetter encore de la lumière, après que le soleil eut paru sur l'horizon.Cela s'explique facilement par la pureté et la transparence de l'atmosphère sous la zone torride.Des contrée Des recherches faites postérieurement, à la Guiane, dans la ntrée sauvage qu'arrose le Rio Negro, soit auprès des habitans qui passent la nuit en plein air, soit auprès des missionnaires et des religieux qui sont établis à Oronoko et à Maroa, ont prononcé que le 12 Novembre 1799, la voûte du ciel avait été extraordiuairement éclairée par un grand nombre de globes de feu et d'étoiles tombantes.Maroa, situé au sud-ouest de Cumana, en est distant de cent soixante quatorze lieues; d'où l'on peut conclure que ce phénomène a dû être visible au vingtième degré de l'horizon.Il paraît également certain qu'il a été vu à San-Gabriel de Cachoeiras, sur les frontières du Brésil, c'est-à-dire à l'équateur même.Si l'étonnement est déjà grand de savoir que ce phénomène du 12 Novembre 1799 a été vu le même jour à Cumana et sur les frontières du Brésil, dans une ligne de deux cent trente lieues de long, que sera-t-ii donc, lorsqu'on apprendra qu'il a encore été observé, à la même époque, dans le golfe de Flori- Météores, Cl de, à "Weimar, en Allemagne, et A Ilerrenhut, dans le Groenland?La distance de Weimar à Rio Negro est de 1800 lieues de mer; et de Rio Negro à Ilerrenhut, dans le Groenland, de 1300.En admettant maintenant que le même météore a été apperçu, en même temps, a des points si éloignés les uns des autres, et dans un espace de 921, 000 lieues carrées, il faut nécessairement admettre aussi que son élévation a été de 4-11 lieues.Des observations faites récemment sur les étoiles tombantes et leurs parallaxes f peuvent les faire considérer comme dés météores qui appartiennent aux points les plus reculés de notre atmosphère, entre la région des aurores boréales et celle des nuages légers.On a vu de ces météores qui n'avaient pas plus de 14,000 toises, ou cinq lieues d'élévation.Les plus élevés paraissent n'en avoir que trente.Leur diamètre est souvent de plus de cent pieds, et leur vitesse est telle, que leur lumière frappe presque dans le même moment un espace de deux lieues.On en a mesuré plusieurs.Leur direction, prise d'en haut, était presque perpendiculaire, et formait un angle de 50 degrés avec la Hume verticale.Cette circonstance conduit naturelle-ment à conclure que les étoiles tombantes ne sont pas des aé-rolithes.(J) qui après avoir parcouru, pendant un assez long temps, l'espace qui se trouve au dessus de notre atmosphère, éclatent en y Centrant accidentellement, et tombent ensuite sur la terre.Nous ne finirions pas si nous entreprenions de rendre compte de toutes les dissertations et discussions auxquelles ont donne lieu l'existence et l'origine des météores dont nous parlons.D'ailleurs, cela ne conduirait à aucun résultat certain, puisque M.Hum bolt, et plusieurs autres savans d'aussi bonne foi que lui, avouent que nous sommes aujourd'hui presque aussi ignorants sur ce point qu'on l'était du temps d'ANAXAGoRE.(Merveilles du Monde) (t) On Appelle ainsi l'angle formé dans le centre d'un astre par deux lignes qui se tirent, l'une du centre de la terre, l'autre de l'œil (Je l'observateur.(t) Météores dont le résultat est une chute de pierres iur la terr«, Voyez Bib, Canad.Tome V, N°.1, page 34. INSTITUTION pour V éducation de la jeunesse, sous la direction du général LalleMAXT, établie à Vancienne maison de plaisance du Colonel Yarick, et comprenant le carré formé par Bleecker, Thompson, Sullivan, et Houston Streets.* Former des hommes, leur offrir les moyens de prendre rang dans la société avec plus d'avantage:; pour elle et pour eux-mêmes, tel est le but que l'on se propose dans .'education.L'enseignement pratique dans les collèges ne la constitue pas entièrement; il en po.^e lus bases, en exerçant les facultés naturelles, en donnant l'habitude de l'application, le goût des sciences, et la méthode qui en ouvre la route ; les leçons des parens, leurs exemples, ceux dont un jeune homme bien préparé sait profiter sur la scène du monde, les études d'un ordre supérieur auxquelles il se livre alors, achèvent l'œuvre.C'est ainsi que se dessinent les charactères.A cette partie de l'éducation (jui est du ressort des collèges sont donc attachées d'importantes fonctions.Des résultats d'un haut intérêt pour les individus, pour les familles, pour la société, découlent nécessairement de la première direction donnée aux facultés physiques, intellectuelles et morales.Comme elles ont entre'elles une action réciproque, leur développement doit être ménagé sur un plan raisonné qui embrasse leurs rapports et favorise leur marche progressive.Un bon système d'éducation doit encore être en harmonie avec les institutions, les besoins et l'esprit du pays.Aux Etats-Unis, le citoyen ne voit à son élévation d'autres limites que celles de ses connaissances et de son talent.L'éducation doit être libérale, étendue, en rapport avec les droits que l'homme est appelé à exercer, avec les devoirs (ju'il doit remplir, avec la vaste carrière offerte à sa contemplation.Dans le plan de rétablissement, seront donc comprises toutes les études propres à disposer les élèves pour les professions diverses qu'ils désireront embrasser, pour les situations auxquelles ils peuvent être élevés.Ces études seront dirigées par des professeurs instruits et habiles.L'enseignement des lan- *Nous devons a la politesse de notre compatriote, Mr.le Dr.F.O.Doucet, de New-York, l'envoi du prospectus que nous transcrivons ici en partie.Nous mettons d'autant plus volontiers cet article sous les yeux de nos lecteurs, (ju'ils y trouveront sur l'éducation l'énoncé de principes lumineux qui ne devraient jamais être perdus de \uc, et (juc l'établissement de Mr.le général Lallemam nous parait digne d'un encouragement libéral «t Institution, est.63 (hies modernes ne sera confié qu'à des professeurs qui enseigneront leur langue maternelle.Sons le rapport des langues, l'Amérique doit être considérée comme partagée en deux grandes régions.Les peuples qui les habitent sont unis par des intérêts politiques et commerciaux qui doivent se multiplier et resserrer les liens.Aussi la connaissance des deux langues est elle un besoin chaque jour plus fortement senti par les habitans des deux Amériques.Une application soutenue sera donnée à l'étude des langues Anglaise et Espagnole.Les élèves seront de bonne heure exercés à prononcer correctement, a s'énoncer clairement et avec aisance.Le don de la parole est une des facultés les plus précieuses et qu'il est le plus important de cultiver dans les états libres et républicains.La langue française sera également usitée dans rétablissement; son utilité est universellement reconnue pour les richesses qu'elle offre dans la littérature, les sciences, et les arts.C'est la langue de la diplomatie, et le moyen de communication le plus général dans la société européenne.Les langues Grecque et Latine, ces deux langues mères de la plupart des langues modernes, leur littérature qui offre de si beaux modèles de goût, des sources d'instruction si fécondes, seront enseignées avec toute l'attention que commande leur importance.Toutes les connaissances se lient.C'est sur ce principe créateur que l'enseignemement sera conduit.Ainsi par exemple : L'étude des mathématiques comprendra l'application de leurs diverses branches aux sciences et aux arts, auxquels elles se rapportent ; L'histoire et la géographie, dont la connexion frappe notro esprit plus vivement, à chaque pas que nous lésons dans l'investigation de l'univers, ne formeront qu'un même cours; et la géographie, embrassant ses raj ports mathémathiques, physiques politiques, maritimes et commerciaux, offrira une utilité générale ; L'étude de la philosophie, comme analyse de l'entendement, l'éclairé, le développe et le fortifie; la logique apprend à penser, d raisonner, à démêler le faux et le vrai : In morale inculque les vérités fondamentales, initie à la connaissance du cœur humain.La grammaire générale, en donnant des idées nettes sur h* foi •mation du langage, en multiplie les richesses.La literature orne la mémoire et l'esprit, agrandit le domaine» de l'imagination.Après ces études propres à rectifier le jugement, à épurer le goût, les élèves, possédant déjà quelque fonds, pourront,-avec espoir de succès, tenter de premiers essais dans l'art oratoire. Institution, c\c.C'est en suivant cette marche méthodique ; c'est en obseivant avec soin l'enchaînement des connaissances, afin d'en faciliter l'acquisition ; c'est surtout en aidant les élèves à bien étudier, que l'on tachera de leur éviter la perte du temps et de poser de concert avec eux, une base solide pour leur avancement dans l'ordre social et politique.A une surveillance active sur les progrès de l'instruction se joindra une sollicitude constante sur la santé des élèves, sur leurs habitudes, sur le choix d'exercices gymnastiques appropriés aux constitutions individuelles que des soins bien entendus rendent plus robustes, La discipline adoptée dans l'établissement, rejetant toutes ces punitions corporelles qui flétrissent ou irritent les cœurs, sondera les dispositions pour les corriger et les perfectionner, Procédant par le raisonnement, les avis, l'émulation et l'honneur, elle proposera de donner la connaissance du juste et de l'injuste, d'inspirer le sentiment du bien, le noble amour de la vérité et le respect pour le bon ordre.Conditions.La règle première de l'établissement est que les Jeunes gens pour y être admis, aient été vaccinés, ou que leurs parens oa tuteurs donnent, par écrit, l'autorisation de les faire vacciner, Le système d'instruction se composera des Cours suivans: Ecriture ; Langues Anglaise, Espagnole et Française.Cours complet de Mathématiques ; Dessin linéaire; leur application à l'Architecture, à l'Arpentage, au Génie civil et militaire; aux Constructions navales.Histoire et Géographie.Philosophie; Grammaire générale; Littérature comparée ; ancienne et moderne; Art oratoire.Elémens de Physique, de Chimie, de Géologie et de Minéralogie.Principes du Droit public universel et des Négociations.Elémens d'Economie politique.Exercices Gymnastiques, en y comprenant la Natation.Pour les cours indiqués ci-dessus, pour la pension, le blanchissage et le raccomodage, pour les fournitures de papier, encre, plumes et crayons, le prix sera par an, de ^300.Les payemens se feront par quartier et d'avance.Nous tenons d'un témoin oculaire et digne de foi (Mr.le Dr.Doucçt) les renseignemens suivants ta ajouter à ce qu'on vient de lire sur rétablissement de Mr.le général Lallemant.Cet établissement est dans New-York même, mais sur un Ûccouement Héroïque de deux Dames Anglaises* 65 DEVOUEMENT HE'ROIQUË DE DEUX DAMES ANGLAISES.Les croisades qui jadis ouvrirent au génie urte si vaste, une si belle carrière, n'ont guère fourni de traits aussi frappants que ceux que nous offre la première guerre d'Amérique : elles n'en ont certainement point fourni de si authentiques.Ecoutons le Général Burgoyne, publiant sa malheureuse campagne terminée par le désastre de Saratoga.-" Ce jour (8 Octobre 1777,) fut remarquable par une circonstance d'infortune privée trop extraordinaire, trop attendrissante pour être omise; je veux parler de la résolution qui prit Lady Harriet Ackland, de traverser l'armée ennemie, en Amérique, pour porter ses secours à son mari blessé et prisonnier de guerre.On aura de la peine à regarder comme déplacés ou superflus les détails relatifs à cette dame, à sa marche à la suite de l'armée, &c.:—ils seraient intéressants, quand même ils n'auraient pour objet que de donner de l'authenticité à une anecdote tenant du merveilleux.Ces détails, bien écrits^ offriraient dans un tableau touchant le courage, l'esprit d'entreprise, les détresses du roman ; le tout réalisé et réglé sur les chastes principes d'un amour raisonnable et du devoir conjugal.t0mj5 VIII—No.11 I vaste terrain élevé de plus de trente pieds au-dessus du sol primitif.Le général s'applique personnellement à former le cœur et l'esprit des enfans ; les meilleurs professeurs l'assistent dans les autres parties de l'éducation.Tous les enfans sont instruits dans la religion de leurs perens : un savant et pieux ecclésiastique catholique est le professeur de belles-lettres.Le général, les professeurs et les enfans mangent ensemble ; il en résulte ces double avantage, que les jeunes gens profitent d'une conversation intéressante et instructive, et qu'ils se forment aux bons usages.Enfin, il serait difficile de trouver de ce cote-ci de l'Atlantique un établissement d'éducation supérieur ou même égal à celui de Mr.le général Lallemant, tant par la situation, que par la tenue de ia maison, et le système d'enseignement qui y est suivi ; et nous espérons que quelques uns au moins de nos jeunes compatriotes iront y puiser des connaissances qu'ils ne pourraient pas probablement se procurer ailleurs aussi sûrement et avec autant de facilité. Co Dévouement Héroïque de deux Dames Anglaisa." Au commencement de 177G, Lady Harriet Ackland avait accompagné sou mari en Canada : dans le cours de cette campagne, elle avait traversé une vaste étendue de pays, ayant'! coaibattre les extrémités opposées des diverses saisons, et étant environnée do difficultés dont il n'est pas facile de se former une idée* L'objet,de tant de fatigues était de venir trouvera Chambly sou mari, rnalade dans son lit, ct de le servir dans une misérable hutte.« A l'ouverture de la campagne de 1777, les injonctions positive:, de sbn mari ne lui permirent pas de partager avec lui les fatigues ct les dangers auxquels on s'attendait devant Jï-conderogu : le leiHlèmninde la prise de cette place, il fut dangereusement blesse, et elle pnssa le lac Ghrtmphiin pour le joindre.Sitôt qu'il fut rétabli, Lady Harriet s'attacha à en femme pour le cours de la campagne.Au fort Edwaftt, ou au premier endroit où lés troupes caftîpèr'cfir, elle lit l'acquisition d'une espèce de tombereau à deux roues, construit par les artilleurs, u ressemblant d-pëu-près aux chariots qui portent des malles sur les grands chemins d'Angleterre.Le major Ackland commandait les grenadiers anglais, qui, attachés au corps du général Fraser, formaient toujours, par conséquent, le poste le plus avancé de l'armée, et se trouvaient dans un état d'alerte si fréquente, (pie personne ne se déshabillait pour dormir, Comme ils se trouvaient dans cette situation, le feu prit subitement dans la tente où le major et Lady Harriet reposaient, Lu sergent des grenadiers, au grand danger d'être suffoqué, a'y précipita et en retira la première personne qui se trouvait sous sa main ; c'était lo major.Doits l'instant même, Lady Harriet, sans savoir ce qu'elle faisait, et peut-être, dormant encore à demi, s'échappait, en se traînant ventre à terre sons les derrières de la lente : à peine a-t-elle repris ses sens que Je premier objet qui In frappe, est le major qui s'était élatUe dans le feu pour la chercher; le sergent le sauve encore, mais le ramène : vaut le visage grièvement hrfdé, ainsi que diverses parties de son corps : tout ce qu'ils avaient dans la tente fut la l roi*-* des damm.es.»• (Jet accident arriva un peu avant que formée passât la rivière Hudson; il n'altéra en rien ni lu fermeté ni même l'enjouement de Lady Harriet, et continuant la marche, elle partager, toutes les fatigues du corps avancé.—L'épreuve à laquelle sou courage fut mis ensuite, a été d'une nature différente, et iofluimer.t plus pénible, eh ce qu'elle fut plus longs-tëirrps en suspens* Dans la marche du 10 Septembre, comme les grenadiers avaient à combattre à chaque pas qu'il* faisaient, le Dévouement Héroïque Je deux Dames Anglaises.67 major avait engagé son épouse à suivre l'artillerie et les bagages, pareeque leur route n'était point exposée : au moment où l'action commença, elle se trouvait près (Tune petitewtte in-habitée où elle s'arrêta.—Les chirurgiens de l'hôpital s'aperce-vaut que le combat devenait general et sanglant, prirent possession de cette même hutte, comme étant l'endroit le plus convenable pour recevoir les blessés (jui avaient besoin un premier appareil : c'est ht que, pendant quatre heures consécutives, Lady Harriet entendit le feu non interrompu du canon et dïla liioiisqueterie, sachant que son mari, à la tète des gr^m.oier.s, se trouvait nécessairement dans l'endroit le plus exposé ; là, s'aggloméraient devant eîie les blessés et les mouians, dont le triste sort semblait lui présager celui de leur vaiila.il officier.Lady Harriet avait, il est vrai, trois dames avec elle, la baronne de II kidksll, les femmes du major Harnagé et du lieutenant Reynjbll, ufliciers anglais ; mais, par l'événement, la compagnie de ces dames fut moins qu'une consolation pour elle: on ne tarda pas d'apporter aux chirurgiens le major Ila; — nage dangereusement blessé, et peu de tems après arrive la nouvelle que le lieutenant lieynell est tué : i! est inutile d aider l'imagination pour se figurer l'état dans lequel se trouva le malheureux groupe."De ce moment au 7 Octobre, Lady Harriet conservant sa sérénité ordinaire, parut préparée à de no:iv."îi.> épreuves ; sa destinée voulait que leur cruauté augmentât en proportion de leur nombre: elle se vit encore exposée à entendre tout le tracas du combat; et enfin, en apprenant la calamité générale, elle reçut le.coup qui la frappait personnellement.Nos troupes étaient défaites, et le major Aekland, plus que dangereusement blessé, était pris prisonnier !.Lady Harriet et ses compagnes passèrent la journée du 8 dans un éi-.l de détresse commune: point de tente, pas d'autre appentis que celui qui appartenait à l'hôpital ; elles n'avaient de refuge qwe parmi les blessés et les mourans."Après la halte dont j'ai parlé, farinée se trouvant sur le point de se mettre en marche, je reçus de Lady Harriet une lettre, dans laquelle elle soumettait à ma décision la proposition de passer dans le camp ennemi, et de demander au général Gates la permission de donner ses soins à son mari ; proposition qu'elle paraissait avec solljcitud,e déterminée a executei:, :i elle ne contrariait pas mes dessein ." Quoique, d'après mon expérience personnelle, je fusse disposé .à croire que la coustuaucc et le courage, portés au plus haut degré* pouvaient se trouver, ainsi que toutes les autres v*r- 68 Dévouement Héroïque de deux Dames Anglaise* tus, déguisés sous les formes les plus délicates ; néanmoins, cette proposition ne laissa pas de m'étonner beaucoup.Qu'une femme, après una si longue agitation d'esprit, épuisée, non seulement par la 0rvation du sommeil, mais par le manque absolu de tout aliment, ayant été exposée, pendant douze heures, à une pluie continuelle et glaciale, fut capable d'une entreprise aussi hardie que L'était celle de se livrer à l'ennemi, probablement pendant la nuit, sans savoir en quelles mains elle pourrait tomber en ar-rivant, me paraissait être un effort au-dessus de la nature humaine.Le secours que j'avais à lui offrir était mince en véri-té; je ne pouvais même pas lui envoyer un verre de vin.On me dit que quelque main bienfaisante avait eu le bonheur de lui offrir un peu de mm et d'eau bourbeuse.Tout ce que je pus lui fournir fut un bateau découvert, et quelques lignes écrites sur du papier sale ct humide pour le général Gates, à la protection duquel je la recommandais.C'est dans cet état de dénuement absolu que mon héroïne est allée à la poursuite du digne objet de ses affections, tandis que tous les cœurs la suivent au milieu des dangers qu'elle affronte si généreusement." Quant un militaire s'exprime avec une telle onction, tout autre éloge serait languissant: bornons-nous donc à faire con-naître la fin attendrissante de Mistress ltoss, rivale d'Harriet Ackland en héroïsme, et dont la vertu s'exerça aussi dans notre hémisphère;.Lorsque les troubles de l'Amérique éclatèrent, la nouvelle 'Emma dont ii s'agit avait contracté avec le capitaine Charles ltoss des engagemens que ses parens refusèrent de ratifier.Pour ajouter à son désespoir, le devoir et l'honneur lui enlevèrent celui qui ne pouvant être son époux, ne cessait pas d'être son.amant ; il partit pour l'Amérique, ou elle ne tarda pas de le suivre sous les vêtemeus d'un homme.A peine arrivée, elle apprend que le capitaine a été détaché quelques jours auparavant contre un parti d'Américains et de sauvages: elle vole sur ses pas,-parcourt rapidement les lieux qu'on lui a indiqués Quelqu'un l'informe qu'à tel endroit, sur la lisière de tel bois, il v a eu la veille une escarmouche san-glartte ; elle s'y rend: tout était dispersé: il ne restait sur le champ de bataille que quelques cadavres épars, parmi lesquels le corps du capitaine était étendu et palpitait encore ; elle le reconnaît, se précipite sur lui, découvre une étroite blessure, cherche à étaneher le sang, et finissant par sucer la plaie, le ramené insensiblement à la vie.Le capitaine ouvre les yeux, et les tourne languissamment sur elle : elle croit remarquer quelque émotion ; prévoyant la révolution que produirait infail- Le Chien de Liverpool 0% liblcment une reconnaissance trop prompte, et craignant que ses habits d'homme ne la déguisent pas assez à des yeux si accoutumés à lire dans les siens, elle couvre sa peau d'uueiinfusion • jaunâtre, et continue avec la même assiduité de soignw le convalescent : six semaines s'écoulent avant qu'il soit en état de marcher ; pendant cet intervalle, le souvenir de son amante renaît dans son cœur; il en entretient le généreux inconnu devenu, à de si justes titres, son ami, son confident." Si je meurs, lui dit-il, portez-lui mes derniers soupirs, mes derniers sermens ; dites-lui qu'aux yeux du ciel je suis mort son époux." Enfin il se rétablit; on se met en chemin, on arrive à Philadelphie, où le capitaine ne tarde pas à reconnaître celle qui ne prend plus la peine de se déguiser: un ministre couronne aux pieds des autels une des plus respectables passions dont on ait des exemples.A peine Mistress Hoss avait elle joui du prix de sa constance, qu'on la vit tomber dans un état de langueur, interrompu quelquefois par des accès de douleur aigiie: le capitaine se désole; on examine, on consulte, on pèsel«s circonstances : on découvre que la plaie sucée avait été empoisonnée: horreur que les sauvages se permettent !—Le poison, attiré par l'aspiration, avait passé du flanc de l'époux dans le sein de l'épouse (ju'il minait lentement.Enfin, après trois années passées dans un état de crainte progressive, le capitaine s'afîècta si vivement de çe qu'il allait causer la mort de celle à qui il eût sacrifié mille vies, qu'il monrutau commencement du printems de 1779, à Juhn'sTowiif consumé par la douleur.Mistress Hoss sentant sa fin s'approcher, mais espérant avoir assez de temps et de force pour repasser en Angleterre, s'embarqua peu de jours après : elle arriva, dans le mois de Mai de la même année, chez ses parens, pour leur demander pardon des chagrins qu'elle leur avait causés ; et elle expira le 26 Juillet suivant, à l'age de 26 ans ! (LAbeille Canadienne.) LE CHIEN DE LIVERPOOL.Un fermier de Liverpool avait un chien plein de courage, d'intelligence et d'autres belles qualités; mais il avait un défaut nue rien ne peut excuser, du moins dans les chiens: il manquait de probité.Déjeunes agneaux disparaissaient de tems en tems de la bergerie du fermier.On ne pouvait pas accuser les loups ; il n'en existe pas en Angleterre.Le berger fut soupçounc, mais le vrai coupable ne tarda pas à être découvert, et le chien 70 Le Chien de Liverpool infidèle reçut le châtiment qu'il avait mérité.Il ne se corrigea pas; la récidive fut punie plus sévèrement.Le criminel est laissé pujH' mort, dans le champ même où il avait exercé ses rapines;' il se traîne dans un taillis voisin, il s'y blottit, et, grâce à la force de sa constitution, à l'énergie de son caractère, et peut-être à l'absence de toute intervention médicale, ses profondes blessures sont bientôt cicatrisées.A quoi lui sert-il d'être guéri ?Il se croit chassé pour toujours de la maison de son maître; il se regarde comme indigne de pardon, e.peut-être désespère-t-il de triompher de l'un de ses penchans irrésistibles, faciles à expliquer d'après le système fameux d'un physiologiste moderne.Il se lève, va loin de Liverpool, mène une vie vagabonde, et finit par s'enrôler dans une bande de voleurs de grands chemins, Deux ou trois années s'étaient écoulées, lorsque le fermier de Liverpool fit un voyage.La nuit et l'orage le surprennent auprès d'une auberge isolée et de mauvaise apparence; il entre.Une vieille femme, trois hommes étaient près du feu; un gros chien tournait la broche: le fermier reconnaît son ancien domestique et s'avance pour le caresser ; l'animal gronde avec fureur, il montre les dents et va se jeter sur l'étranger.Les maîtres de l'auberge interviennent; le chien battu va reprendre ses fonctions.Le fermier, ayant soupe, se retire dans l'appartement qu'on lui a indiqué.Il so disposait à se coucher lorsque des gemissemens se font entendre à la porte; il ouvre et il voit entrer le chien tourne-broche; ce n'est plus un être méchant et furieux, c'est un animal doux et caressant, qui se couche aux pieds du fermier, lui lèche les mains ct lui demande, pardon, en son langage, de ses emportemens.Après lui avoir rendu toutes ses carresscs, le fermier veut le renvoyer.Le chien refuse de sortir.Le voyageur consent a le laisser dans l'appartement, et il va fermer la porte.Le chien s'y oppose ; il saisit avec les dents les pans de l'habit du fermier, il cherche à l'entraîner dehors; celui-ci ne comprend rien à tout cela; il se demande pourquoi, quand il avance vers le lit, le chien le tire de toutes ses forces vers la porte: pourquoi, s'il annonce l'intention de sortir, le chien fait éclater la joie la plus vive.Tout cela lui donne à penser.Où est-il ?dans une maison isolée, au milieu d'un désert.Les individus qui l'ont reçu dans cette méchante auberge a-vaient des physionomies peu rassurâmes.Ne se trouverait-il pas dans une caverne de voleurs?Il prend son parti: il fait sortir le chien, arme ses pistolets, ouvre les volets, tire avec Extrait, (Jr.71 précaution les draps du lit, les noue à la fenêtre, cache la lumière sous la cheminée ; il se barricade et attend.11 n'attend pas long-tems; un ressort part, une trappe s'ouvre au pied du lit, le lit fait la culbute et s'engloutit.A cet aspect, le voyageur se laisse couler le long des draps du ht noués à ia fenêtre'; il cotut au hameau le plus voisin.On s'arme, on vole, le repaire est investi, les bandits sont arrêtés.On fait des perquisitions j le chien les dirige.La trappe cor-respondait à une fosse immense où gisaient plusieurs cadavres couverts de chaux, et un grand nombre d'ossemens humains.Le fermier reconnaissant ramena son çhein (jui ne vola plus d'agneaux.Avait-il fait un cours de probité à l'école des voleurs de grands chemins?EXTRAIT Du Voyage (mtnuscrit) d'un Canadien dans le Haut-Missouri.Les loups de hoir, gris et blanchâtres, sont très communs et par troupes (jui suivent la vache.On en rencontre souvent, dans Mars et Avril, d'enragés, qui attaquent et mordent tout ce qu'ils rencontrent.Les Ricaras perdent souvent leurs chevaux par ces accidens, et malgré leur défiance, en sont souvent les victimes eux-mêmes.Ces loujis sont toujours seuls et faciles à distinguer par leur marche et par les symptômes de la rage souvent .1 v * ki ¦ — - - - - —m —-| * ftft Comme les guerriers sauvages, ils attaquent le plus au point du jour.Mr.Vallk'e, chasseur, l'a mal- vertiire, sentit qu'on marchait sur lui.JCelevant le bord de.la couverte, il ne lit qu'appercevoir le loup, qui lui égratigna légèrement le bras dont il se servit pour se renvelopj>er aussitôt.Mais ses cris et ses mouvemens firent faire à Mr.Vallée et au loup chacun un bond, (jui les fit rencontrer corps à corps.Le loup furieux présentant sa gueule ouverte, Mr.Vallées nu et sans urines, en saisit fortement la mâchoire inférieure, et eut le courage d'entraîner le loup jusque près d'un f :sil, dont il ne put se servir qu'en le lui brisant sur la têtc.Pendant ce combat, Calvé court au canot, dont il rapporte une hache, qui tire enûn Mr.Vallée d'affaire.Pendant plus de six mois, il n'a pu se servir de sa main, dont le pouce surtout était mâché à 1 i Les plaisirs de Brigthon.plusieurs endroits.Le jour même, on pansa la plaie, crt mâchant une racine connue sous le nom rie bois-blanc de prairie, et fort commune aux Illinois.Soit que le loup ne fût pas effectivement enragé, soit que cette racine soit aussi efficace contre la rage qu'elle l'est certainement Contre le venin du serpent à sonettes, il n'en est résulté que les suites ordinaires d'une forte morsure.Les Ricaras m'ont assuré depuis l'avoir plusieurs fois employée avec succès, particulièrement sur leurs chiens et leurs chevaux, se On vo:t ici peu des espèces de serpens et de couleuvres qui rencontrent aux Illinois; mais en récompense, le serpent à sonnettes y est beaucoup plus commun.Heureusement que les plantes qui attirent le venin ne sont pas rares, et que tous les sauvages connaissent le bois-blanc de prairie, dont j'ai déjà parlé.Une sorte d'araignée noire, de la grosseur d'un œuf de pigeon, dont les pattes sont courtes, se tient ordinairement dans les pailles, et s'attachent quelquefois aux vêtemens des passans.Il faut que cet insecte porte un terrible venin, puisqu'un de mes hommes n'en ayant été que légèrement touché sur la main, a souffert une douleur insupportable, et qu'en moins d'un quart d'heure, tout le bras s'est enflammé étonnamment.Le bois-blanc de prairie a encore dans cette occasion produit son effet ordinaire.Les sauvages craignent cette araignée plus que le serpent a sonettes, et racontent mille histoires à ce sujet.LES PLAISIRS DE BRIGTHON.FRAGMENT.Ainsi mon imagination charmait la route.Cependant nous approchons de la ville sacrée dont les bourgeois de Londres ne parlent qu'avec respect.D'arides mamelons l'environnent: je n'aperçois à droite et à gauche qu'une terre stérile, et devant, la mer immense dans toute la monotonie de sa grandeur.O beautés pittoresques, qu'êtes-vous devenues?C'est ht Brighton ! point de gazons, de pelouses, de bocages ! partout des sables stériles.Je m'achemine lentement vers la mer.Hélas ! ces collines crayeuses achèvent de me désoler.Rentrons dans la ville.Au détour d'un roc, je lis avec étonne-ment des mots tracés en grandes lettres rouges sur un poteau barbouillé de blanc : Route du parc.Un parc à Brighton ! ou Its plaisirs de Rrigthon.)cut-il être, où se cache-t-il ?duns quelles profiteurs enseve-ï t-—11 sa verdure» ce parc mystérieux.Autour de la ville et dans la ville, je n'ai pu découvrir que des pierres et du sable ; une aridité dans le sol, une tristesse dans le ciel qu'il est plus facile de sentir et de déplorer que de décrire.Allons au parc, en quclqu'endioit qu'il se trouve ! Je dis et je suis la rue d'Egremont dans la direction que le poteau mystérieux m'a indiquée.Une porte en bois frappe mes regards; un suisse solitaire me demande deuxpennys pour droit d'entrée ; j'ai payé, je suis dans le parc.Imaginez-vous une espèce de fossé oblong, environné de ces collines de craie dont je viens de parler.Là une douzaine d'arbrisseaux mort-nés élèvent du sein de cette terre désolée leurs rameaux jaunâtres ; un gazon pelé tapisse quelques toises du sol.Je me demande avec douleur si ce sont là des plantes, si'ce sont là des arbres» Ah ! si ces parias du règne végétal, condamnés à languir dans le prétendu parc de Brighton, pouvaient parler, quelles tristes plaintes n'exhaleraient-ils pas?quelle lamentation universelle s'échapperait de ces fleurs fanées sur leurs tiges, de ces arbustes frappés de consomption, de ce gazon dévoré d'étésies, que les Brightoniens prennent pour des végétaux.Dans le fait, un citoyen de Brighton ignore aussi complètement ce que c'est qu'un arbre, qu'un bon gentilhomme qui n'est pas sorti des lagunes de Venise ignore la forme et l'utilité d'un cheval.Oui, si j'étais peintre ou poëte, et que je dusse personnifier la cité dont je parle, je la représenterais sous la figure d'une nymphe décrépite, sans cheveux, sans fraîcheur et couverte de rides.Cependant je fis le tour de la ville et j'y cherchai dans la beauté des édifices quelques compensations à l'incomparable laideur de la ville.Toutes les pompes et tous les agrémens de l'architecture ont été prodigués pour orner cette solitude.On trouve partout des frises, des chapiteaux, des colonnes, des portiques, mais point d'habitans.Le plus profond silence n'est interrompu que par le sourd mugissement des flots de la mer.Vous appercevez des palais magnifiques dont les fenêtres sont dégarnies de leurs vitrages.Sur une enseigne immense on lit : Café de P Univers ; la porte et les jalousies du café de l'Univers sont fermées, et ii est évident que l'ingrat univers a fait banqueroute à son hôte.L'auberge de M Europe est ouverte à tous les voyageurs; un garçon en tablier blanc se tient à la porte ; à l'indolence de sa contenance, à l'apathie de sou regard, il est aisé de voir combien il s'ennuie de sa sinécure.Tome VÏIL—No, IL K 7 t.Le Lapin de La Fontaine* ("eu a.,,ic >;; ce Brighton si vanté ; c'est pour obtenir ce résultat que toute lo noblesse anglaise, prodiguant le fér, le bois, le mai bre, l'acier et l'oi , Un it nut sou noble tnaitre et commandant des constructions' niagnitfqu*is dans le style grec, romain, oriental, égyptien, arabe, ;i fait naître du sein de ce territoire désenchanté, Une ville de féerie.te Pttv.ilIoil (tel est le nom que porte le palais de S.M.Georges IV,' n'a qu un seul défaut, c'est d'être liât) à Brighton.Bien de plus pittoresque que ces groupes de dômes, de minarets, de lanttofjs, de coupoles, de girandoles dont l'élégance bizarre semble cté'é'ë par l'imagination d'un conteur des Mille it une nuits: mais pourquoi ce choix malheureux?Le séjour de désolation, l'asile de stérelité qui environne ces édifices» leur fait perdre une partie ue leur prix.Une petite chaumière au milieu d'un joli paysage, dun* le fond d'une vallée riante, flatte davantage nos veux.Vous voilà donc, voluptés de Brighton ! et j'ai quitté pour vous Lombes, la foule des JMndi/s qui encombrent Bond Su cet, la gracieuse Mme.Yi:sTitis, Vit in, Clkioni, Debe-onis le roi des boutfes, et Mme Pasta! Uendez-moila fumée de la grande ville, et mes délices accoutumées! Ah ! je le sens, je sui-, guéri de lu manie des voyages—The Landau Magazine.LE LAPIN DE LA FONTAINE.Je m'étais ennuyé long-rems, et j'en avais ennuyé bien d'au-Ires, Je vendus aller m'ennuver tout seul.J'ai une fort belle lorèr.J'y allai un jour, ou, pour mieux dire, un soir, pour tirer un lapin.C'était l'heure de fallut.Quantité de lapereaux passaient, disparaissaient, se grattaient le nez, faisaient mille bonds, ïailîe tours, niais toujours si vite que je n'avais pas le téms de bu lier mon coup.In ancien, d'un poil uu peu gris, d'une allure plus posée, parut tout à coup au bord de son terrier.Après avoir fait sa toilette tout à son aise (car c'est de là qu'on dit, propre comme un lapin), voyant que je le tenais au bout tic mon fusil : " Tire donc, me dit-il ; qu'atteuds-tu ?" Oh ! je vous avoue que je fus saisi d'étonnement !.Je n'avais jamais tiré qu'à la guerre sur des animaux cpii parlent."Je n'en fêlai rien, lui dis-je, tu es sorcier, ou je meure! "—Moi, point du tout, me répondit-il, je suis un vieux lapin de La Fontaine." Oh ! pour le coup, je tombai de mon haut.Je me mis à tes petits pieds,«je lui demandai mille pardon-j, et lui fis des A3B jjja ttircrfss rf Jnx eÙtfonX TO freprô'clïes oTc re qu'il s'était exposé.Cl tCh ! îfoijl vient cet eu-, nui de vivre?.— IV tout ce que je \ois.-lb, bon .bru î n'avez-vous pas le même thvm, le même serpolet -Oui; niais ce ne sont plus les mêmes gens.Si 111 savais avec nul je suis obligé de passer ma vie! HcJae ! ce ne >ont plu- les bêles de mon temps; ce sont de petits lapins musqués qui cherchent dr.fleurs.Ils veulent se nourrir de roses au lieu de bonne feuille de chou, qui nous suffisait autrefois.Ce sont des lapins- géomètres, politiques, philosophes, (pie sais-jc ?d'autres (jui m» parlent qu'allemand ; d'autres qui parlent un IVançais qqeje n'entends pas davantage.Si "je sors île mon trou pour passer chez quelque gent voisine, c'est de même, je ne comprends plu* personne.Les bètes d'aujourd'hui ont tant dv>prit ! Enfin, vous le dirais-je, à force d'en avoir, iU en ont si peu, que noire vieux fine eh avait davantage que les singes de ce tems-ci, " de priai mon lapin de ne plus avoir d'humeur, et; je lui dis (pie j'aurais soin de lui et de ses camarades, si! s vu trouvait encore.Il me promit de médire ce qu'il dirait à La Fontaine, et de me mener chez ses vieux amis.Il m'y mena en eiî'et.Sa grenouille, qui n'était pas tout-à-fait morte, quoiqu'il l'eût dii, émit de la plus grande modestie en comparaison des autres animaux que nous voyons tous les jours.Ses crapauds, ses cigales, chantaient mieux que nos rossignols.Les loups valaient mieux due nos moutons." Adieu, petit lapin, je vais retourner dans nus bois, à mes champs et ù mon verger.J'élèverai nue statue à La Fontaine, et je passerai ma vie avec les bêtes de ce bonhomme."—Journal Français.DECOUVERTES KT INVENTIONS.On vient de découvrir à Voghera» royaume de Sardaighè, dans le torrent de la Stafibra, en tirant du sable, une très-belle statue en bronze antique, représentant Mincrvc-Pallnt ; elle est dans l'attitude d'une déesse, portant sur la paume de.la main droite, soit une patère, soit une choutte, soit une petite Victoire, car on n'a retrouve aucun de ces trois attributs.Le bras gauche est pendant: elle pose avec dignité sur une jambe; l'autre est légèrement ployée.Sa lail'e est svelte et celle que les Grecs donnent à Minerve.Elle a la robe longue sans manches, descendant jusqu'aux pieds (la colocasia des anciens ; ) la poitrine armée de l'égide au milieu de laquelle est la tète de Méduse, entortillée de petits serpens artistement TO Découvertes et Inventions* exécutés.Sur sa tète est un casque surmonté d'une crinière d'un travail exquis.Soit (jue l'on considère la proportion des membres, la beauté de la figure, et surtout celle des yeux, soit la draperie, d'une perfection inimitable, tout annonce un ouvrage des meilleurs tems de la sculpture antique du règne il'Auguste ou de celui de Tu a jan.Par un hasard des plus heureux, la statue est parfaitement conservée.Il ne lui manque que le bout du petit doigt de la main gauche et la tète d'un des deux serpens de Gorgone.Le bras gauche était endommagé, mais il sera très-facilement réparé.Les amateurs des arts, qui font tant de cas des statues en bronze, sentiront tout le prix de celle-ci, qui, dans sa dimension, surpasse toutes celles qu'on admire dans les musées de Naples et de Home, et qui les égale toutes en beauté.Ce nouveau chef-d'œuvre enrichit déjà le musée de Turin.Manière de condenser et conserver les substances végétales pour les provisions des naxvres.La quantité de liquide qui entre dans la constitution des végétaux est très-abondante; lorsqu'on les en prive, leur volume n'est presque plus rien.Cette préparation de la nourriture animale (appelée pemmican.) par laquelle six livres de viande .sont condensées et réduites en une seule, est simplement l'effet de l'abstraction du liquide.Les végétaux peuvent subir la même opération ; faites-les bouillir sur un grand feu de bois, de manière qu'ils conservent leur couleur après la cuisson ; ré-duisez-les complètement en pulpe, ainsi qu'on fait des pommes à faire le cidre, et alors soumettez-les à l'action du pressoir (les ayant d'abord enfermés dans des sacs de crin, ou disposés comme les grappes seraient pour faire le vin) jusqu'à ce que la partie liquide en soit complètement sortie; ce qui restera sera extraordinairement condensé, et aussi ferme que le marc de vendange; empotez, en pressant fortement, dans, des jarres bien vernies et imperméables à l'air, ou des boites de fer blanc, que vous soumettez au procédé de M.Appert, pour conserver les substances animales et végétales.Si vous vous servez de jarres, il suffira de les couvrir successivement de deux peaux de vessie ; lorsqu'on faisant chauffer, l'air qui s'y trouve renfermé sera absorbé, la pression de l'atmosphère rendra alors la surface de ces peaux concave ; et tant qu'il en sera ainsi, on peut être sûr que la matière intérieure sera bien conserved* Si Ton voulait conserver entièrement la saveur des végétaux. Le Sphynx et les Pyramides d'Egypte.77 on pourrait ajouter au marc un extrait du liquide exprimé.Mais les épinards, les choux, les laitues, et beaucoup d'autres légumes, ont assez de saveur, sans cette addition, quand ils sont desséchés.La préparation des végétaux pour l'usage se réduit à V mêler une quantité suffisante d'eau, de lait, ou de la jus de limon, et les faire chauffer.Que le gouvernement et les approvisionneurs de navires prennent connaissance de ceci: une quantité suffisante de ce végétal pemmican, embarquée à bord des navires, serait de la plus grande utilité pour les équipages, et dans de longs voyages, les préserverait du scorbut.On doit remarquer que les estomacs les plus irritables ne peuvent pas être incommodés par les végétaux prépavés de cette manière* (Phare du Havre.) I LE SPHYNX ET LES PYRAMipES D'EGYPTE.Extrait d'une lettre de M.Charles LexormjM), compagnon de voyage de M.Cu JMi'OLLiox jeune." C'estnonloin des quatre beaux sycomores plantés au milieu du désert, au pied des pyramides, que la roche calcaire élève de toutes parts ses crêtes nues, au nombre desquelles se trouve le fameux Sphynx, qui a partagé, sinon la durée, au moins la réputation des pyramides.Ce monument, sur lequel on a a-vançé tant de conjectures, n'est autre chose qu'une espèce de témoignage des excavations profondes pratiquées tout autour, et dont les pierres devaient servir comme de supplément à celles qui sortaient des immenses carrières du Mokatam.La tête, malheureusement fort endommagée, est le portrait du roi Thoutmosis XVIII, qui vivait environ 1700 avant Jésus-Christ.Cette tête, qui conserve des traces profondes d'une couleur rouge, que bien des voyageurs ont prise pour celle du granit, s'élève seule, avec le cou et une partie de la croupe, an-dessus du sable ; mais il n'y a pas long-tems qu'un nommé Caviglia a fait faire des fouill.es tout autour, et a découvert entre les jambes un grand monolithe, avec quatre lions et une inscription portant la date ci-dessus.11 est vrai qu'en véritable vandale, ce Caviglia a vendu un lion aux Anglais, et recomblé le reste ; mais la chose n'en est pas moins constatée, et fait cesser toute incertitude sur un colosse auprès duquel le Neptune de Jean de Bologne n'est qu'une figurine.f En se plaçant, juste en face du Sphynx, on découvre d'un 78 La Fontaine de Clermont.seul point de vue la grande pyramide, entièrement dépouillée de son revêtement, et dentelée dans toute sa hauteur ; la seconde, qui ne lui cède guère, conservant à son sommet comme une espèce de croûte polie, irrégulièrement interrompue aux trois quarts de la hauteur totale ; la troisième, vraiment lilliputienne auprès de ses aînées ; et puis tout autour une foule du petites pyramides, de débris de chaussées, d'enceintes et d'autres constructions; des portes de tombeaux sculptées dans leroc; enfin les restes encore magnifiques d'un des plus beaux spectacles que l'imagination humaine ait pu concevoir.C'est là le vrai coup de théâtre ; il perd un peu à l'analyse.D'abord, quand on s'occupe de la grande pyramide, on ne peut concevoir lagrandeur des pierres qui la composent qu'en les touchant, en se mesurant avec elles; puis l'imagination est importunée de ce grand amas de matériaux, dont «lie ne comprend plus ni la forme ni le but.—C'est donc avec une espèce d'ébahissc-ment stupide que l'on parcourt tout cela, qu'on escalade ces gradins interminables, dont les marches semblent faites pour aes géants, qu'on pénètre ces longs corridors, ces détours sinueux qu'on a peine à croire construits dans le seul but de mener à un tombeau.Il n'y a pas moyen, en définitive, de suivre une idée, de construire un système, quel qu'il soit.Aussi cela vous expliquera-t-il pourquoi j'ai éprouvé une véritable jouissance à me rejeter sur les bas-reliefs d'un tombeau assez commun, où du moins je trouvais des choses toutes formulées, des hommes paraissant agir dans un but." LA FONTAINE DE CLERMONT.La ville de Clermont possède une fontaine qui jouit de la singulière propriété de pétrifier toutes les substances végétales ou animales.On nous a montré une collection fort curieuse de ileurs, de fruits, d'oiseaux et de quadrupèdes parfaitement solides, et qui n'étaient pas soumis depuis plus d'un an à l'action de cette eau remarquable.Une pétrification énorme, un vrai rocher de plus de cinquante pieds de long, s'est formé aux dépens de la fontaine, ct par suite de ses depots successifs.Les corps qu'on y plonge n'éprouvent aucune altération dans leur composition intérieure ; ils se recouvrent seulement d'une espèce de cristallisation terne et grisâtre, dont l'épaisseur augmente insensiblement, ct finit par former autour d'eux un enduit unpenetrable.Un bœuf entier était exposé ct déjà à moi- Placila Vcterum.lié* pétrifie, le jour de notre visite à la fontaine.Plusieurs chevaux Tout été précédemment et contribuent aujourd'hui à l'ein-kllisserrient du jardin qui environne la source.Le temps et les réactifs m'ont manqué pour analiser cette eau singulière, dont aucun pharmacien de Clermont n'a cherché à connaître la composition.PLACITA VETERUM.Un auteur moderne (M.Dutens, à Ce que je crois,) a recueilli, sous ce titre, quelques passages des écrits des anciens philosophes de la Grèce qui m'ont paru curieux, ct qui paraîtront tels sans doute aiix lecteurs de la Bibliothèque Canadienne.On y peut voir du moins que souvent, en fait de physique et d'astronomie, les anciens ont deviné assez juste et se sont approchés du but, même en marchant à tatous.M.O.Les principes de toutes choses sont des monades, des figures et des nombres desquelles se sont formés les élémens.Hereclité introduit des atomes infiniment petits et exempts de parties (c'est-à-dire indivisibles.) Epicure dit que les principes de la matière, (atomes ou-monades) sont incompréhensibles, (ou insensibles), mais qu'il s'en forme des corps qui ont de la pesanteur, &c.Xenocrate et Diodore disent aussi que les principes des corps sont indivisibles.Pvthaoore, Platon, Abistote disent que la puissance formatrice, (ou créatrice) est incorporelle, comme l'âme qui meut le corps.Democrite dit qu'il est possible que des atomes forment des mondes : il dit aussi que la diversité des couleurs provient du mélange des élémens.Pythagore dit qu'il y a des antipodes : il est le premier qui se soit servi de ce terme.Rien de ce qui est produit (dans les règnes animal et végétal,) n'est produit sans semence.Empedocle reconnaît des sexes dans les plantes* Tout corps inspire et respire {exspire.) Les Stoïciens disent que le tonnerre est produit par le choc des nuées, et les éclairs par le frottement.Democrite dit que chacune des étoiles est le centre d'un monde (système) comprenant des planètes avec des atmosphères, &c.dans l'immensité du ciel. M Vat.\ Pmi.oiM's dit que lu" terre fait une révolution autour du feu (du soleil) par un cercle oblique.Eraclidk du Pont et le pithagoricien Ephantus font mouvoir la terre, non d'un lieu à un autre (translativement), mai* d'occident en orient sur son propre centre, comme une roue qui tournerait sur un essieu fixe.Platon dit que tous les astres se meuvent, non seulement cir-culairement avec l'univers, mais encore sur leur centre.Seleucus le mathématicien, qui est Un de ceux qui pensent que la terre se meut, dit que son mouvement de rotation et de révolution se fait en sens contraire à la marche de la lune.Tjme'e dit qu'il ne faut pas croire que la terre soit immobile au milieu du inonde, mais qu'elle tourne et se meut autour d'un centre (du soleil,) comme font démontré ensuite Aristarque et Sélencus, A r eu i m eue disait i Donnez-moi un point d'appui, et je mouvrai la terre.* Axixir.iANDUE dit que la lune ne brille pas d'une lumière qui lui soit propre, mais qu'elle réfléchit la lumière du soleil.Anaxaoore disait qu'il y avait dans la lune des montagnes et des vallées, et qu'elle était habitable ; et Démocrite soutient que les ombres qu'on y voit sont occasionnées par ses hautes montagnes; VERS.1 Les nouveaux meneciimes.De tous les points deux jumeaux ressemblants, En plein marché se donnaient en spectacle : Sandis ! s'écrie un Gascon, beau miracle ! J'ai bien vu, moi, des prodiges plus grands: J'avais un frère ; (Ah ! Parque trop cruelle, Sans tes ciseaux il vivrait aujourd'houi !) Sa ressemblance entre nous était telle, Qu'à chaque instant il me prenait pour lhn Epitaphe.Mortels, sous cet abri je ne suis plus des vôtres î Fortune, espoir, amour, vous en tromperez d'autres.* Dos moi pou stô, kai kinc-tèn ghen.Die ubi conriitW, (cœhtm) ter-
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