Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 juillet 1898, samedi 2 juillet 1898
^ -h W 157 RUE SANGUINET No 181 BOITE 2184 REVUE POLITIQUE ET LITTERAIRE POLITIQUE-THEATRE-LITTERATURE-BEAUX-ARTS Vol VIII.Montreal, 2 juillet 1898.No.181 SOMMAIRE: Question de chefs, Vieux-Rouge—L'Odyssée d'un marmiton, La direction — Le dessus du panier, Cocardasse — Coups de crayon, Rigolo - Et le Concordat ?Et la Loi ?Jean dc Bonne/on — L'évolution de la morale, (suite et fin) J.Bourdeau— Feuilleton : De toute son âme, René Bazin.DE CHEFS Les conditions d'abonnement au Réveil ne sont pns les conditions ordinaires des autres journaux.Nous livrons le journal à domicile [ franco,] n raison de 25 cts par mois, payable au commencement de chaque mois.Tout ce que nous demandons au public est de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal sont payables tous les quatre mois et d'avance.Nous adresserons un numéro échantillon gratuitement à tous ceux qui en ferons la demande.Ceux de nos abonnés qui ont des travaux d'impresssion à faire voudront bien s'adresser au No 157 rue Sanguinet.La mort de Chapleau et le pessimisme du Soleil ont fait pour de bon entrer dans le domaine de l'actualité ia question des chefs de demain, de l'avenir.Ce n'est pas dans la grande presse que cela s'étudie et se discute — chacun sait que la grande presse est irrémédiablement condamnée aux petites choses — mais dans le monde où l'on a du poids, de l'œil, du souci, on s'en occupe sérieusement.Pour le Soleil, c'est la race qui court le risque de n'avoir plus de Mentor une fois l'honorable M.Laurier disparu.Dans le parti conservateur de ce district, l'absence de chef est un fait courant.Les aspirants ne manquent pas, mais aucun d'eux n'a assez de calibre pour arriver au poste par la seule grâce de ses attributs, de son prestige, de son éloquence.L'état-major est nombreux, et brillant — le chef sera vraisemblement un article d'importation.M.Bergeron qui semble prévoir cela et qui sent déjà frétiller chez 96 408 LE REVEIL lui certaines ambitions indiscrètes, a déclaré, l'antre jour, que lc parti conservateur avait eu trop de chefs, que pour lui c'avait été un mal heur.C'est vrai, du moins dans une certaine mesure, mais l'autre extrême ne serait pas moins dangereux.L'homme ne vit pas seulement de pain, dit l'Evangile.C'est vrai, dirons-nous encore, mais cela n'empêche pas qu'il en faut.S'il finit se guérir de l'oligarchie par l'anarchie, vraiment la pharmacopée des partis est devenue d'une pauvreté déplora ble.Mais tout cela nous tient loin de ce que nous voulons écrire aiijoun.'hui.C'est la question du chef libéral dans cette province qui nous préoccupe.Il est parfaitement entendu, qu'on lc crie ou qu'on le chncliolte, que M.Tarte n'est pas le chef dans cette province.Il s'est bien permis des audaces, mais jamais celle dc s'annoncer comme tel.Il a été accapareur, absorbant, néfaste, tarai, mais il a ''u ce brin de décence.Or, voici que le parti libéral semble vouloir se réorganiser.Beaucoup de députés laissent l'alêne parlementaire ct donnent la place à de nouveaux éléments.Un portefeuille de ministre pour notre province va être remis au chef:-celui de M.Joly.Voilà une belle occasion de donner au parti liberal de cette province le chef qu'il doit et mérite d'avoir.L'hon.M, Laurier est le chef du parti dans le Canada ; il a eu grand soin de donner le com-mandement dans les autres provinces à des homines triés sur le volet.11 n'a qu'à en faire autant pour nous.Une personnalité s'impose par elle- même au choix de M.Laurier, et nous n'avons aucun doute que !a personne que nons ne voulons pas nommer aujourd'hui sera ministre, à moins qu'on ne l'envoie à Québec, lorsque tout ce qui touche à la famille Marchand aura été casé.Ce ne sera pas long du train dont on y va.Maintenant,'en ^dehors de toute mesquine considération de'choix, il nous sera permis de dire à tous ceux qui prétendent que la race Canadienne-française ne compte plus que sur un homme pour la tenir au rang des races qui l'environnent, qu'ils commettent une grave erreur.Il est reconnu, dans l'histoire de tous les peuples, que dans les époques de crise, au moment où il fallait trouver des têtes bien organisées pour sauver un pays des hoinim s surgissaient inopinément, arrivaient, par la force des événements, à la tête des affaires, et devenaient de grands hommes du jour au lendemain.Nous avons vu dans notre petit pays Papineau.Doutre, Cartier, Chapleau, Mercier, qui sont arrivés à leur heure.L'histoire se repétera, et avant la grande crise finale, avant la culbute fatale, il est permis de croire que le peuple canadien ne sera pas complètement oublié et qu'un sauveur lui arrivera à temps.On a cru un moment que cet homme pouvait être l'honorable M.Laurier, qui arrivait au pouvoir dans les meilleures conditions possibles, et qui pouvait tout faire pour sa race et son pays, en ne commettant aucune injustice envers les autres.Jusqu'à présent on a semblé s'être trompé.Mais l'avenir prouvera peut-être que c'est un grand homme.vieux rouge. LE RÉVEIL 409 L'Odysee d'un Marmiton Cette intéressante nouvelle, que nous avions l'intention de publier cette semaine, est forcément retardée par des recherches que nous avons été obligé de faire pour avoir les document*! nécessaires.Nos lecteurs ne perdent rien pour attendre.Quant à la Cantate à Monseigneur, nous n'avons réussi à obtenir ce morceau de choix que ces jours derniers.Mais elle vient.LA DIRECTION.AUX MERES DE FAMILLES La coqueluche est une terrible maladie qui menace tous les enfauts, ayez toujours sous la main une bouteille de BAUME RHUMAL, l'étiquette vous dira comment l'employer.2ôc.partout.181-84 Uue lettre unanime (comme dirait un ex-éche-vin de Moutréal) uous arrive en droite ligue de Varenues, et contient les Couplets [du Cinquantenaire.Nous les dounerons aussitôt que possible.LE PAUVRE HOMME I La fortune du pape dépasse deux milliards.En dehors des espèces sonuantes et trébuchantes, le pape ue possède pas moins de trois mille maisons, châteaux, fermes, couvents et pensionnais, avec nue uue étendue de plus do 30,000 hectares.Naturellement, les caves du Vaticau sout les mieux fournies de l'univers.Elles renferment au moins 800,000 bouteilles des meilleurs Bourgogne, Bordeaux, Champagne, Porto, Alicaute, Tokay, Lacryraacristi ; 30,000 bouteilles de.co- gnac extra vieux, de fine champagne hors concours, de rhum de la Jamaïque, de curaçao; de puuch, sans parler de toutes les bénédictines, trnppistines et de la célèbre chartreuse.Cependant, le peuple italien meurt d'inanition.HATEZ-VOUS A la moindre atteinte de trouble daus les voies respiratoires, vite prenez une dose de BAUME RHUMAL, cela vous sauvera d'un gros rhume 181-82 L'eau.maudite Le professeur Vincenzi a eu l'idée d'analyser l'eau du bénitier d'une église très fréquentée.Il y a trouvé des bactéries staphylocoques, et aussi des steptocoques, et encore des colibaccilles ct des baccilles de Loiiler.Ces derniers et intéressants sujets ont été cultivés par M.le professeur.De pauvres cobayes, peu habitués à l'eau bénite, ont succombé à de très faibles inoculations, avec lésions diphtériques.L'eau bénite, véhicule du croup ! Quel 6avant sujet de dissertation pour les académies! ILS SONT LEGIONS Ceux qui vous déclareront que par le seul emploi du BAUME RHUMAL ils ont été soulagés et guéris du rhume."] 2ïc.la^bouteille partout.181-83 AUJOURD'HUI COMME HIER Vous ne trouverez qu'un seul remède vraiment efficace contre les affections de la gorge ct des |poumohs, c'est le BAUME RHUMAL.] 77 500 LE EÉVEIL LE DESSUS DU PANIER Très bien l'article de la Vérité «m la prohibition.Le confrère devrait plus souvent uous eau ser de ces surprises : En voici la principale partie : Disons, lout d'abord, que le Soleil emploie, sans doute par ignorance, uu terme tout à fait impropre en parlant de la tempérance absolue.C'est abstinente totale qu'il veut dire.La tempérance, c'est l'usage modéré et légitime des dons de la Providence.Un homme peut être parfaitement tempérant tout en faisant nn certain usage de boissons alcooliques, de vin, de bière, etc.Tons doivent, non seulement être partisans de la tempérante absolue, mais la pratiquer.Taudis que personne n'est oblige d'être partisan du tee-totnlisme on de le pratiquer on aucune façon.L'abstinence de tonte liqueur enivrante peut être une vertu, si on la pratique avec les dispositions nécessaires : par mortification, pour donner le bon exemple, pour se garantir contre les excès, etc.Mais c'est une vertu ju'il ue faut pas cheicher à imposer à son voisin, autrement que par la porsnation.Les Trappistes et les Chartreux fout très bieu de ne jamais manger de viande.C'est une pénitence agréabb à Dieu, sans aucun doute, et un sujet d'édification pour les autres chrétiens.Mais les Trappistes et les Chartreux feraient très mal s'ils se.prétendaient les seuls hommes vraiment tempérants, s'ils se scandalisaient de voir les antres'-anger de la viande, s'ils voulaient imposer leur régime particulier à tout le monde.Us ne commettent aucun de ces excè-, et c'est en cela qu'ils différent entièrement de la plupart des partisans de Xabstinence totale, des teetotalers.Ceux ci sont, généralement, des fanatiques qui veulent imposer leur manière do voir, non par la persuasion, non par le bon exemple, mais par une loi.Ils confondent, tout comme le Soleil, Xabstinence avec lu temperance.Pour eux, un homme n'est tempérant que s'il professe une grande horreur pour toute boisson dans laquelle il y a uue quantité quclonqnc d'alcool.Ce nVbl pas tant l'abus de l'alcool qui excite leur zèle et leur indignation, que l'usage même de ce produit qui, en soi, est bon, comme toutee qui vient de Dieu.Ces teetotalers sont de vrais sectaires ; leu doctrine est radicalement fausse et subversive.Ils se proclament les seuls tempérants, et, en réalité, ce sont des intempérants fieffés.Car on peut pécher contre la vertu de tempérance par paroles et par actes, aussi facilement que par l'usage immodéré des boissons alcooliques.Ils sont des sectaires, parce que leur campagne est dirigée, en réalité, contre la célébration dc la sainte messe.Eu ell'ei, si leurs idées prévalaient, la fabrication dn vin serait vigoureusement prohibée, et il n'y aurait plus moyeu pour nos prêtres de dire la messe qu'en violant la loi civile.C'est là, vraisemblablement, un des buts que veut atteindre Satan qui a suscité cette secte comme toutes les autres : restreindre, autant que possible, la celebration du saint sacrifice de nos autels.Et leur infernale campagne produirait un autre résultat, si leurs prétentions venaient à prévaloir : on verrait augmenter l'ivrognerie et les désordres qui en résultent.Ce résultat, le diable, très certainement le prévoit.Voilà pourquoi il n'hésite pas à prendre le masqué de la vertu en se faisant teetotaler.Les prohibnionnistes prétendent que le seul moyen de faire disparaître le fléau de l'ivrogue-rie, c'est de prohiber, par une loi sévère, la fabrication de tout spiritueux, de tout vin, de toute bière, de toute boisson, et un mot, dans la composition de laquelle il entre uue quantité appréciable d'alcool.Or l'expérience prouve que de telles lois, par cela môme qu'elles sont excessives, font infiniment plus de mal que de bien.La fabrication, l'importation et le commerce des boissons alcooliques se fout quand même, malgré la loi, mais en cachette, saus aucun coutrôle de la part des autorités ; ce qui, on le comprend, donne lieu à des abus et à des désordres très graves.Des personnes qui ont de l'expérience en ces matières disent que, loiu de prohiber l'usage des vius, le pouvoir civil devrait, au contraire, l'encourager, attendu que ce serait un moyen efficace de l'aire la guerre à l'usage immodéré du gin et du whisky.11 est certain que daus les pays viuicoles l'ivrognerie exerce beaucoup moins de ravages que dans les pays du Nord où l'ou u'a guère que des eaux-de-vie.Les teetotalers, à quelque point de vue qu'où se place, fout donc uue œuvre néfaste.Et M.Laurier a eu grandement tort de leur promettre quoi que ce soit ; et il a eu eucore plus tort de leur accorder ce qu'il leur avait si iuconsdé- LE RÉVEIL 501 mont promis.Car si c'est nue faute de faire une promesse téméraire et nuisible, c'sst une faute plus grande encore d'exécuter cette promesse.Ce plébiscite ra occasionner une fo»te dépense au pays et ne mettra pas fin à l'agitation dos sectaires de la prohibition.Si, par malheur, le vote leur est favorable, ils insisteront sur uno loi prohibitive ; s'ils sont battus, ils continueront la campagne in-demandant un nouveau plébiscite.Mais la plébiscite devant avoir lieu co sera le devoir des électeurs de.se rendre aux urnes, au jour fixé, et de voter contre le projet inseusé des sectaires.• * .Il est à la mode, dans certains milieux de décrier la science ei ses progrès.M.Berthelot a vivement relevé ces appréciations si peu exactes, mais il uous a semblé utile, dit la Nature, d'opposer à l'éhquence des paroles de nare savaut compatriote, l'éloquence, plus grande encore, des faits scientifiques, dos grandes conquêtes dont cette fin de siècle peut s'euorgu-illir à juste titre.Supposons donc, pour rendre notre démonstration plus grande, uu simple inoilol tombé en léthargie au lendemain de la friuetuie de l'Exposition de 1889, c'est-à-dire il y a moins de neuf aus, et ne eonnaissaut par suite que les progrès réalisés et cousacrés à l'époque de uotre deruière graude manifestation internationale.Son admiration et ses études devraient se porter sur : 1°.La bicyclette, qui révolutionne les mœurs actuelles, et dout il n'existait alors que des spécimens bien grossiers comparés à la petite reine de nos jours ; 2e.l'automobile à pétrole ou électrique, dont l'avenir est peut-être plus graud eucore que celui de la bicyclette ; 3°.les chemins de fer électriques qui n'existaient pas en 1889 (il n'y avait que les tramways) et qui modifieront les conditions d'exploitation des grandes lignes an siècle prochain ; 4.les courants polyphasés, qui permettent de répandre et de distribuer à toutes distances les firces motrices naturelles ; 5°.la turbine de Laval, un procédé nouveau — au poiut de vue industriel — de l'utilisation mécanique de la vapeur à haute pression ; 6°.le moteur à combustiou intérieure, de M.Cresel, qui constitue le plus économique procédé actuellement connu de trausformatiou do la chaleur eu travail ; 7°.le carbure de calcium, qui doune naissance à l'acétylène, l'un des illuminants du siècle prochain, 8°.les rayous Rœntgen, qui révolutionnent l'art de guérir ; 9°.le cinématographe dont ou nous a émerveillé jusqu'à saturation.À ces neuf découvertes on grandes inventions dout les résultats sont acquis et dout nous f lisons chaque jour notre profit ou notre agrément, il convient d'ajouter : 10e.L'air liquide industriel, aujourd'hui acquis par les travaux récents de M.Liude ; llu.la photographie des couleurs dout les derniers résultats obtenus par M.Lumière viennent d être présentés à l'Académie des sciences par M.Mas-cart ; 12u.La télégraphie saus fil, pleine de de promesses ; 13°.la lumière froide, obtenue par luminescence de gaz raréfiés traversée par l'eilluve électrique ; 14u.les courants de haute fréquence, dont M.Testa et le Dr d'Arsouval out tiré un si merveilleux parti.En moins de dix aus, daus le seul domaine de la physique, c'est quartorze numéros nouveaux à sensation que uous devons ajouter à la liste déjà lougue d- s conquêtes scientifiques du XIXe siècle, et qu'il nous faudrait expliquer à uotre léthargique à sou réveil.Et nunc erudimini.**# L'article suivant, de V Auroret, recevra l'approbation de tous ceux qui savent aller au foud des choses : J'ignore et ue veux pas savoir qui le premier a conçu la pensée do célébrer une messe solennelle sur le penchant de la montagne à l'occasion de la Saint Jean-Baptiste, l'eut être faut il regretter les autorités compétentes uo l'aient pas4rpous-sée.Ce n'est pas que personnellement la chose me déplaise.Si ça vous fait plaisir, allez-y ! Et que le ciel daigne vous sourire ! Je veux dire : qu'il fasse beau ! Vous voyez que je suis accoininodaut, et même complaisant, parce que je veux la liberté pour tous.Mais avez-vous bieu îéflèohi aux conséquences possibles de.cette maniTestation publique de votre culte V 502 LE REVEIL La montagne appartient, à tout le monde, ce qui siguiiîc qu'elle n'est à personnes en particulier.En y célébrant la messe, vous l'affectez à une Eglise, au moins en partie, car le lieu où l'hostie sera transsubstautiée au corps, au sang et à la divinité de Jésus-Christ sera pour vous terre sainte.Supposez maintenant qu'à votre exemple les Orangistes (ou toute autre organisation, soit politique, soit religieuse,) choisissent précisément cet endroit pour une contre-manifestation.Supposez qu'un orateur se lèvent et démontre violentent que la doctrine de là transsubs tau tion n'est pas enseignée daus l'Evangile, et môme,—je pousse les eh ses au noir, qu'elle est une idolâtrie.Supposez qu'où y renouvelle le serinent, de combattre le papisme, an besoin par la force, nou parce qu'il est uue religion, mais parce qu'il est un parti dangereux.Aurez-vous le droit de vous plaindre ?N'avez-vous pas vous mômes provoqué le fanatisme et réveillé les passions religieuses endormies ?Vous crierez à l'intolérance, à la persécution.Après '! On vous répondra froidement que vous avez commencé, que les droits der orangistes sont égaux aux vôtres.Plaise à Dieu qu'il n'y ait pas effusion de sang et qu'il ne coule que des Ilots d'encre ! Si je suis bieu renseigné, — et je crois l'être, — on ne renonce pas en haut lieu à dresser sur la montagne uue statue colossale de la Saiute Vierge.L'artiste chargé de ce soin fera bien de ne pas trop s'appliquer.Son chel'd'œnvre court le risque, de ne pas passer à la postérité.Je suis qu'il y a des hommes, eu assez grand nombre, peu soucieux de la conversion des catholiques romains, mais zélés pour la défense de leurs propres droits, qui sont résolus à ne point permettre un tel envahissement de la propriété publique.Us en appelleront d'abord au bon seus et au bon goût des promoteurs de cette entreprise.Et si l'on reste sonrdjn leurs remontrances, ils sont prêts à se faire entendre d'une autre manière.Je parle à bou escient.L'intelligent archevêque qui préside aux destinées religieuses du grand diocèse de Montréal ne voudra-t-ii pasjyévenir uu tel malheur1?Il le peut s'il le veut fermement.Qu'on ne s'abuse pas sur le silence de la presse anglaise.Elle se tait, parce qu'elle craint, les effets d'uue parole imprudente.Nou*, vrais amis du peuple canadien, et cte même race, nous osons élever la voix.Au nom du Dieu do paix et d'amour, qu'on s'en tienne à la messe sur la montagne.Qu'on se garde d'ériger aux yeux de tous uu symbole permauent de la domination romaine dans la métropole du Canada.Il provoquerait toutes sortes d'explosions.Ce qu'à Dieu ne plaiso ! #*# Uu barbier de Lowell, Mass., est revenu du Klondike passablement désillusionné.Il n'a pas fait de l'argent là-bas.Presque pas de cheveux à couper, les gens se les arrachant de dépit en ne trouvant pas le précieux métal sur lequel ils comptaient.Quant aux barbes, ça ne payait pas du tout.Le savou coûte cher comme tout le reste et il eu faut des masses, car les ligures s'allongent là-bas que c'est effrayant.COCARDASSE.PAS DE NEGLIGENCE Aux premières atteintes de rhume prenez du BAUME RHUMAL.C'est le seul moyen d'éviter les complications qui pourraient devenir fatales.25c partout.181-81 UN SACRILEGE SIMULE Les moines du couvent de Kursk, en Russie, ont inauguré uu singulier moyen de réclame, en provoquant une explosion daus leur couvent.Us espéraieut aiusi s'attirer la générosité des naïfs.De tout temps, les moines ont jeté de la poudre aux yeux.Maintenant, Us la font sauter : ils eont en progrès.Uue bombe de dynamite avait été placée dans la chapelle ; une partie de l'édifice avait sauté mais la statue miraculeuse de la Vierge était restée intacte.Une instruction judiciaire fut ouverte et elle a eu un épilogue inattendu.Dix moines ont été arrêtés.U a été établi que les compères.daus le but de faire affluer les dons au monastère, avaient fait éclater le terrible explosif après avoir mis en lieu sûr l'image sain te,qu'après l'explosion ils avaient remise en place ! La petite combinaison avait admirablement réussi : le couvent voyait affluer les pèlerins et les offrandes. LE REVEIL 503 COUPS DE CRAYON Jules Lemaltre vient de porter à l'enseigne-ment routinier du latin ot du grec uu coup mortel.Nos professeurs canayens eux-mème en sont a'Iblés.On entend parler que de députés fédéraux qui se hâtent de se faire caser.La confiance daus l'avenir n'a pas l'air bien fortt du côté ministériel.Il y a de quoi.Ou attribue une remarquable parole à Léon XIII, lorsqu'il a mie les précieuses archives du Vatican à la disposition des historiens : " Si on écrivait les Evangiles, de nos jours, ou omettrait la trahison de Judas et le reniement de Saint-Pierre, par crainte de compromettre les Apôtres." Très raide l'appréoioiion que fait l.i Vérité du phénoménal article pudlié par le nommé Firmin Picard, sur la mort de M.Chapleuu, dans le Monde III mire En voiui les dernières ligues: En résumé, Firmin Picard paraiI ie presque rien connaître de la «.arrière de M.Chapleau et, étant dans cet état de blessed ignorance, il aurait mieux fait de ne pas sortir ses pipeaux.Il n'y a aucun doute, dit le Temps, que les Américains ont montré jusqu'ici uue grande connaissance dss règles de la guerre, pour n'avoir pas fait la guerre depuis assez longtemps et n'avoir pas d'armée permanente.Us se sont montrés hommes dc téte, pratiques et prudents.Il est évident que les chefs militaires américains ont, pendant la paix, passé leur temps à autre chose qu'à s'amuser.Les apparences de succès pour la prohibition ne sont pas brillantes dans la province de Québec, dit le Canada Français.Le Herald voulant se reLdre compte dn sentiment public sur cette question du plébiscite à commencé une enquête à Saint-Hyaciuthe et à Québec dout les résultats laisse ntpeu d'espoir à messieurs les buveurs d'eau.La grande majorité de ceux qu'on inter roge se déclareut adverse à ce moyen draconien d'imposer l'abstinence totale à ceux qui n'en veulent pas.RIGOLO.Et le Concordat?et la Loi?Aux pro/esseuss d interpella-lions parlementaires, ceci est respectueusement dédié.Pourquoi donner la ligue physique et morale des évêques nouveaux ?Ou a tant parlé d'eux avant leurs nominations qu'ils ont perdu l'intérêt accroché à leurs espérances.L'avenir seul pourra uous dire s'ils deviendront évêques apostoliques ou fonctionnaires modèles.Us sont évêques : c'es l'important pour eux, et les lecteurs de Y Eclair les connaîtront par de flattés portraits en bois.Le salon d'attente du spirituel directeur qui préside aux cultes va rester vide pendant quelques semaines malgré les trois mâts d'espérance Alger, Coutances et Oran où grimperont les broyés de la dernière promotion.Jusqu'au consistoire prochain l'antichambre de la rue Bellechas-se reprendra, eu son administrative sévérité, le morne aspect du purgatoire, selon sainte Brigitte.Elle sera le sanctuaire sombre des ambitions trompées, où l'ou ue verra plus personne mais où l'on entendra parfois des voix basses qui sortiront des murs épais, des canapés nobles et des tentures usées.Ainsi, les âmes douloureuses des vaincus de l'épiscopat erreront parmi les lieux où elles espérèrent le triomphe ct où elles trouvèrent la défaite.Et pendant ce temps et longtemps après, le Concordat sera de nouveau négligé.oublié.relégué, écrasé, refoulé.Les candidats, leurB protecteurs, les feuilles de profession catholique moutreront le mépris où sont tenus non seulement les articles organiques des lois de l'Etat,mais le texte du traité passé entre.Bonaparte et le pape.Hier, uu journal qui se cache, je crois, sous le nom de Vérité, a inséré ces lignes : " Nous n'avons pas oesoin de faire ressortir de nouveau l'inconvenance, des piocédés du ministère a l'adresse du Saint-Siège. 504 LE RÉVEIL " Cotte façon de prétendre imposer au Souverain Pontife, à la dernière heure, par injouction télégraphique, des choix qui n'ont pas été uoti-liés eu temps convenable, est uuu v-rit able indignité que ressentiront vivem sut tous les cath di-quos ; elle est le fait de personages dout la conduite eu cette circonstance échapperait difficilement à la qualification de malotrus, si l'ou ne savait que ce sont surtout autant de pautiusdont l'homme-lige des loges, M.Duinay, fait mouvoir les ficelles pour les asservir, comme lui, anx desseins de la secte." Mais eu quels temps vivous-nous pour que des incidents de ce genre puissent se produire saus que la révolte du sentiment public en fasse justice, dans les vingt-quatre heures, pour ceux qui en assument la responsabilité ! ' La paternelle condescendance du Saiut-Père a mis fin an conflit imminent annoncé.Espérons que le gouvernement saura le reconnaître par de meilleurs procédés à l'avenir." Il y a dans cet article deux idées : l'une d'elles est tout à fait joyeuse.La Vérité désigne M.Dumay à la vindicte publique ; il faut pendre ou rouer cet homme.Je sais des Seigneurs qui resteraient fort en peine si la direction des cultes était pillée brusquement : leurs dossiers au grand jour feraient un b.'au scandale.Mais passons: la Vérité croit que le gouvernement manque de courtoisie eu pressant un p u la réponse du pape.Or légalement, concordataire-ment le ministre ne devrait jtmais consulter le Saint Siège avant de faire les nominations.Les textes sont formels Voici l'article 5 du Concordai : " Les uouiiu liions aux évôchés qui vaqueront dans la suite seront laites par le premier consul, et l'institution canonique sera donnée par le Saint Siège." 11 ue s'agit pas, ou le voit, de nominations à faire après entente entre les deux pouvoirs : le gouvernement peut nommer insérer au Moniteur ei alors seulement le pare intervient pour donner l'institution canonique, ou la refuser.Les articles organiques précisent simplement cette situation daus leur article XVIII aiusi rédige : " Le prêtre, nommé par le premier cousu fera les diligences pour rapporter l'iustitutiou du pape." Ce u'est même pas le gouvernement qui doit communiquer au Saint-Siège le nom de l'élu.C'est l'évêque nommé qui doit s'efforcer à obtenir les bulles.L'empire procédait aiusi ; la République, plus pieuse, cause avec le représentant du pape, lui soumet des dossiers, lui demande des couseils et les nominations se fout après accord.En pratique, c'est uue heureuse concession ; mais les catholiques sont mal inspirés de crier à la tyrannie quad ou viole les lois à leur profit.#*# La cour romaine ue semble pas apprécisr beaucoup les salamalecs dont on l'honore diplomatiquement.Au moins, elle ue le prouve pas en certaines affaires où elle joue avec la loi telie qu'uu enfant avec uue poupée Le gouvernement, après trois ans de conilit, a obtenu, l'autre semaine, la démission de Mgr Carmeué, évéque de Saint-Pierre et Fort-de-France depuis 1876.Cet homme, maigre mais excellent, avait tous les mérites du moude si mal appréciés daus 60u diocèse qu'il n'y pouvait plus mettre les pieds.Il avait'porté eu sautoir certaiu neveu, comme les évéques d'autrefois portaient le collier des ordres du roi, et le neveu avait nui au succès de l'oncle.La démission donnée, la pension réglée, on croit peut-être que l'affaire fut terminée.C'est ue pas compter avec les agitations romaines.Saus consulter le ministre des colonies, le Saint-Siège a nommé Mgr Carmeué archevêque in partions d'Hieropolis.C'est un hochet.que ce vain ture saus juridiction.Mais c'est uu grand et rare honneur.Je sai6 un étiucelaut prélat qui fut révoqué pour avoir obtenu quelques croix de Saint-Grégoire ou quelques étiquettes de missionnaires apostoliques à des prêtres basques privées de traitement par le gouvernement Aujourd'hui ou ue demande même pas une explication au Saint-Siège pour cette nomination.Et elle n'est pas seulement faite eu l'orme de démenti à la République.Elle est faite en opposition directe avec uue loi d'Etat uou abrogée. LE REVEIL 505 Lc décret du 7 janvier 1808 dit exactement : " Art.I : En exécution de l'article 17 du code civil, nul ecclésiastique français ne pourra poursuivre, ni accepter la collation d'un é.'éché in parlibus, faite par le pape s'il n'y a été autorisé par nous." Art.II : Nul eccclésiastique français nommé à uu évêché in parlibus, conformément aux dispositions de l'article précédent, ne pourra recevoir ia consécration avaut que ses bulles aieut été examinées eu Conseil d'Etat et que nous en ayons permis la publication." Et la sauctiou de ce décret >.Elle est double.Vis-à-vis du Saint-Siège* rappel immédiat de notre ambassadeur et mise eu carrosse du nonce, via Mout-Ceuis.Vis-à-vis de l'archevêque in partibu* : la perte da la gualité de Français.Saint Louis n'aurait pas hésité : il fut eu certaine circonstance plus énergique encore.jean de bonnefon.L'évolution de la morale Suite et fin.Est-ce à dire que le niveau de la moralité générale demeure toujours aussi bas et qu'il faille désespérer de tout progrès ?Spencer rappelle que l'histoire de l'Europe fut remplie, pendaut raille ans, de guerres perpétuelles, publiques et privées, de meurtres et de rapines.La paix est devenue plus lougue et plus fréquente.L'idée de justice, avec des pénalités régulières et de plus eu plus adoucies, s'est dégagée peu à peu de la vendetta farouche et aveugle.La générosité, le pard n jouissent de l'estime générale.L-.véracité même, qualité rare et précieuse, tend à s'accronre.D'après Spencer, les hommes d'Etat anglais se moutre aujourd'hui beaucoup moins faux qu'au temps de la reine Elisabeth ; et il déplore comme un làcheux paradoxe, presque comme un scandale, l'engouement de Gladstone pour Homère et le héros Ulysse, le priuce des menteurs.Ces améliorations successives, dont chacun complétera aisément le tableau, à quelles causes à quelles influences devons-nous les rapporter ?Ou comprendra saus peine l'importance capitale de la réponse : tout système d'éducation en dépend et en découle.L'école positiviste cherche les preuves d'un développement parallèle de la moralité et de la science.Buckle a soutenu qu'aucune découverte n'a été faite en morale do-puis le temps de Confucius et de Hillel.L'institution religieuse contribue à maintenir la somme de moralité existante ; elle ne peut l'accroître car est soumise elle-même aux conditions supérieures qui détormiuent l'état social.La science, au contraire, étend les adoucissements des mœurs, d'une part, eu diminuant la folie des imaginations, l'aveuglement des superstitions, d'autre part, en modifiant profondément par ses inventions les conditions de la vie, et, par suite, les rapports des hommes entre eux.Daus l'état de guerre absolu, les sociétés humaines ne pouvaient se maintenir, i accroître que par la conquête : de la une morale de l'iutimitié au dehors, uue coopération forcée, autrement dit le despotisme au dedans, l'esprit d'agression, de ruse et de mensonge.Au fur et à mesure du développement industriel qui procure aux hommes le moyen d'étendre indéfiniment leur bien-être, morale de la paix internationale gague du terrain : les contrats sont mieux respectés, parce que chacun trouve son intérêt à leur observance ; la coopération devenant volontaire, l'odéissauee politique est restreinte.Los peuples se sentent plus libres et plus heureux.Autant que la morale sociale, la morale individuelle tire profit de cette évolution.La sanction de la conduite t >nd se dégager de l'autorité temporelle ct spirituelle, à s'affranchir de .'idée de châtiment et de récompense, voire même des jugemeuts de l'opiuiou, à se transporter daus la conscience.Ce u'est sans doute encore que le cas d'uue élite restreinte.Mais, selon Spencer, cette élite ira toujours s'accroissant, à mesure que l'homme comprendra mieux son intérêt, qu'il verra daus l'honnêteté la meilleure des politiques, qu'il éprouvera mieux l'avantage des sacrifices réciproques, qu'il rencontre dans les sentiments égo-altruistes généralisés les LE REVEIL meilleures conditions du bonheur.Daus sou lissai d'une morale tans obligation ni sanction, M.Guyau a poussé ces raisonnements optimistes à leurs dernières conséquences.Il prévoit un état de l'humanité où l'homme pourra se patser non seulement d'uu Dieu et d'un maure, mais même d'uue foi et d'uue loi, parce qu'il sera devenu d'une bonté organique: la contrainte lui sera aussi étrangère que le repentir.Il fera de plus en plus son devoir, tout en ayant perdu la notion du devoir, parce qu'il l'aura dépassée.La conclusion de M.Berthelot couronne ces grandes espérances.Sur la terre, désormais riante et commode à tous, grâce aux progrès de la chimie, les hommes n'éprouveront plus ui douleurs morales, ui l'inquiétude du problème de leur destinée, ni l'effroi de la mort.l'iirtis de l'observation, uous aboutissons ainsi au pur prohétisme.IlAtons-nous de constater que, tout à l'opposé de Tolstoï, Spencer est bien loin de croire que les temps sont proches.L'humanité accomplit son acheminement vers la perfection à pas de tortue boiteuse, parfois même à pas d'écrevisse.Il lui faudra peut-être des milliers et encore des milliers d'années pour se rapprocher sensiblement de bon idéal.Jotez quelques ombres sur le tableau enchanteur, considérez le revers de la tapisserie.La civilisation par certains côtés ressemble fort à une maladie Même pour ses privilégiés, elle distille un mécontentement sans fin, elle exaspère les désirs, elle affaiblit les volontés, et il semble que l'homme, à mesure qu'il gagne do l'empire sur la nature, soit exposé ù en perdre sur lui-même.Des fléaux ont disparu de la surface du globe : la peste et la lèpre ne seroul bientôt bientôt plus qu'un souvenir ; mais est-il un seul vice, orgueil dureté, défaveur, cupidité, animosité, joie du mal, qui soit anéanti ?Tous démissent, au contraire, au seiu des sociétés avancées, avec plus d'éclat peut-être que chez les tribus primitives.I a volouté mauvaise est smlemeut tempérée par la réllexion et la prudence.On n'assassine plus par le poignard, mais par la calomnie.Une âpre concurrence a succédé à la guerre privée.II est insensé de croire que l'ère des conquêtes va se clore.Nous ue soin mes par antropophages mais nous restons sociophages.Aux yeux de Spencer les Anglais jouent eu Afrique le rôle de sauvages vêtus de gros drap en face d'autres sauvages velus de peaux de bêtes.Il cite le sermon d'uu évéque anglicau sauctifiaut la gnerre.Une mince couche de christianisme et d'humanité, toujours prompte à s'écailler, recouvre ainsi uu loiul épais d'antique barbarie.Gardoits-uous doue de ces utopies dangereuses qui reçurent en France, à la fin du siècle dernier, uu démenti si cruel et si imprévu.J.HOUROEAU.QUI VEUT GUERIR, GUERIRA Si vous toussez, si vous êtes enroué, si vous êtes atteint de grippe, de bronchite, prenez du BAUME RHUMAL, c'est le remède vraiment efficace.181-80 De M.Henri Rochefort sur le travail des enfants daus les couvents : Tout cet argent si odieusement acquis va aux communautés et au pape qui, sans scrupule ni remords, l'empoche pour son Denier de Saint-l'ierre.C'est pour que cet octogénaire puisse se payer des tiares enrichies de diamants et nourrir grassement sa fainéantise que des orphelines peinent uue aiguilles à la main, les doigts mutilés et les jambes repliées sous elles pendant quatorze heures consécutives.— XIntransigeant, Paris.QUI POURRAIT LE NIER?Après succès sur succès pour guérir les affections des voies respiratoires, le BAUME RHUMAL e»t le remède par excellence que chaque famille doit toujours aroir sous la main.181-79 Scandale daus la haute société sicilienne : La fille d'un richissime baron de.Palerme vient de se faire enlever par sou précepteur, un gaiant abbé napolitain nommé Aurelio Ferrari.La demoiselle a dix huit aus, et l'abbé en a quarante-cinq.L'amour souffle où il veut. LE RÉVEIL FEUILLETON DE TOUTE SON AME PAR REWÉ BAZIN — C'est pas vrai ; je n'ai rien dit.— Mais je sais tout, j'ai appris tout.Le jour où je l'ai su, je suis parti pour ne plus vous voir.Je n'ai jamais rien été chez vous, et elle y a toujours fait la oi.Dites doue que ce u'est pas vrai ?Niez-le donc ?Pourtant je suis le fils du père Madiot, moi ! Quand je la rencontre, le cœur me tremble de jalousie.— Antoine, tais-toi maintenant, tais loi ! — Si c'est ça ce que vous êtes venu chercher, vous êtes servi : jo la déteste ! A ce mnt-là, Antoine s'était levé.Il ne faisait plus attention à l'oncle Madiot, qni courbait de honte ses grosses épaules.Il regardait, autour de la salle, les consommateurs devenus attentifs, et qui tournaient la téte, cauteleusement, du côté du bruit.Mais, au fur et à menue qu'ils rencontraient les yeux gris de l'ouvrier, ils se remettaient à considérer leur verte, comme indifférents à tont le reste.Quand il jngea le cabaret reutré dans l'ordre, Antoine tira de son gousset une pièce de quarante sous, et la jeta sur le marbre.— C'est moi qui paye, dit-il tout haut.La pièce souna ; la fille rousse se redressa ; et, l'œil sur la rue, entre les tables, Antoine s'avança, pâle comme ceux qui vont s'évanouir.L ¦ vieux marchait derrière, à petits pas mous, ron lionnant ou ue savait quoi, les yeux baissés, la mousta he blanche relevée par uu pli terrible.Plusieurs eurent l'idée que les deux hommes allaient se battre, eu effet.U u'eu fut rien.Antoine s'arrêta sur le seuil des Sept frères tranquilles Il examiua la boue qui blondissait, puis l'ouverture de la rue, par où venait un soleil d'automne incliné et faible, et il monta vers la gauche Alors, derrière lui, une voix formidable, faussée par la colère et par le vin, nne voix qui fit sou-uer les les devantures de la rue Salut-Similien, cria : — Vermine ! Ce fit la dernière parole, l'adieu à jamais.L'ouvrier haussa les épaules, et continua son chemin.U alla droit chez sa maitresse, et, dans la Les oeuvres de René Dazin sont en vente 1 la librairie C.O.I'-eal'.cumin *• Vils, 2.56 et 2j8, me Saint-Paul, Montréal.cour, outre des murailles habitées comme des cloisons de ruche, lui, pour la première fois, au lieu de se glisser, il appela : — Marie ! XXIV Elle l'attendait.Pour elle aussi, cette journée marquait l'entrée daps l'inconnu.Deux fois déjà, Marie Schwarz avait éprouvé l'angoisse des abandons saus remède probable, la première fois lorsqu'elle s'était vue chassée par 6a mère, la seconde fois en arrivant seule à Nantes, dans ces heures de détresse où elle avait rencontrée Henriette.A présent son amant partait ; et ce n'était pas seulcmeut la misère pour le lendemain, c'était encore, pour le soir même, la séparation certaine, peut-être à jamais.Mais telle est la prodigieuse jeunesse : elle souriait, quand elle apparut, d'avoir à faire uue dernière promenade avec lui.Antoine tout pâle encore, la saisit par le poignet, et dit : — Arrive ! J'ai besoin do prendre l'air.Je vieus de faire mes adieux à l'oncle Eloi, et, je crois, pour longtemps.Elle comprit qu'il avait bu uu peu, qu'il s'était disputé, et que sa mauvaise tête de Breton était aux champs.Alors, voi'ant le sourire qu'elle avait eu pour lui, et douce pour qu'il n'y eût pas de scene dans la rue, elle suivit l'ouvrier qui racontait sa matinée.U se teuait droit, mais il avait les yeux étrange.Elle avait passé le bras dans celui d'Antoine, bile allait, glissaut sur le pavé gras, saus autre volonté que de ne pas contrarier l'homme qu'elle sentait irrité.Ils fureut bientôt dans le quartier commerçant de la rue Crébrillon.où Marie travaillait autrefois, et où elle évitait d'ordinaire de passer, à présent.Un sentiment de pudeur qu'il n'aurait pas compris écartait Marie de ce chemin, qu'elle avait parcouru seule en honnête fille pendant tout l'été Derrière les glaces des magasins, elle apercevait la silhouette d'employés qu'elle connaissait de vue, et qui s'étaient souvent retournés quand elle descendait, à la nuit dorée de sept heures, les soirs de mai.Elle croisait les clientes de madame Clémence, roses sous leur violette serrée, le cou enfoui dans des fourrures, et pour lesquelles elle avait essayé des chapeaux, peut-être ceux mêmes qu'elles poriaieut.Les dames ne la regardaient pas, ayant deviné de très loin, entre leurs cils, à l'ensemble du groupe, qu'elle n'était pas du monde.Cependant elle se sentait gênée.Elle avait peur de se heurter tout à coup LE REVEIL à quelqu'une de ces demoiselles de l'atelier, ou à un commis de chez Mourieux.Aussi, elle accepta vivement, lorsque, dégrisé par l'air, Antoine di t au tournant d'une rue : — Jo ue sais pas ce que je l'as ici.Veux tu venir à la campagne ?Ils remontèrent aussitôt à l'ouest, vers la Vil -lé-èn-BôiS et vers Ghaùtenay.Ils s'écartèrent des quartiers riches.Taisant le tour par des ruelles du banlieue qui leur étaient familières.La marche fatiguait Marie, mais Marie ne se plaignait pas.Antoine, redevenu lui-même, ne gardait de l'équipée et de la dispute du matin qu'uue mélancolie noire où elle l'avait vu plougé, et qui n'était que la domination, à certains moments de irise, de la race autrefois associée aux tristesses de la mer bretonne.Il lui parlait bas.Il essayait de la consoler, sans rieu trouver qui lût un allé gemeut à une double douleur qui n'en comportait pas.t'était nt des mots qui n'avaient d'autre va-bur que d'être dits doucement et daus la peine.— Je t'enverrai mon prêt, ça t'aidera un peu.deux aus.Je serai peut-être réformé.Quand je serai libéré, je me marierai avec toi, dis, Marie Y lil le écoutait.Elle savait que le prêt ne la ferait pas vivre deux jours ; qu'Antoine ue reviendrait pas ; que, libéré du service, il ne l'épouserait pas.Et cependant la femme, l'être de dévouement et d'immortel amour qu'elle aurait pu être, s'épanouissait au son des paroles laites pour d'autres, pour celles qui ne sout pas tombées et qui ont le cœur dans l'avenir.Au large du coteau de Miséri.vers le milieu d'une montée, comme ils marchaient toujours, ils se trouvèrent eu lace du soleil qui descendait.Une moiteur les pénétra.Marie pensa au jour très lointain où.avec Henriette, elle était allée chez les Loutrel de la prairie dc Mauves, par ce grand chaud qui énervait.Et tout de suite elle demanda : — Tu iras lui dire adieu, Antoine?U répondit durement : — Non.Elle se tut, elle détourna, contrarié, son visage du coté des murs de jardins qui bordait la rue faubourienne.Il y avait des pinceaux île feuilles jaunes an bout des branches dégarnies.Quand le vent souillait, ils balayaient la vieille chaux des clôtures, tout verdies de mousse et noircie de fumée.On entendait ce glissement funèbre, celui des ruisseaux eu pente le ronflement des volants d'usine.Très haut, dans la lumière, des liiiots voyageaient, attirés par les terrains vagues où sèchent les derniers chardons.Antoine et Marie ne se donnait plus le bras.Lo nom d'Henriette les avait séparés en pensé).Tout à coup, par la brèche d'une clôture en ruines, ils aperçurent quelques maisons à leurs pieds, et, au-delà des prés qui emplissaient la pente, 1;\ campagne et uu homme qui labourait uu champ ; sur la gauche, un peu eu avaut, la porte ouverte d'uu cimetière.— Tiens, dit Antoine, je ue croyais pas être si près.Puisque je suis venu jusque-là, je ne partirai pas sans la revoir.— Tu as raison, répondit Marie.Dans deux minutes uous serons rue d) l'Ermitage.Si elle rentrée, elle sera si heureuse! Mais, lui, prenant les devants, tourna au bout de trente pas, et pénétra dans le cimetière.Marie cria : — Antoine ! Je ne veux pas ! J'ai peur des cimetières, moi, tu sais ! Il continuait.Lorsque Marie se décida à entrer elle-même, — en 6e signant par habitude,— il était déjà loin.D'uu geste alarmé, elle releva sa robe des deux côtés, comme s'il eût traîné des germes de mort dans le sable.Les tombes blanches, alignées,' la repoussaient au milieu de l'allée, où il y avait, de place eu place, des couronnes fanées qu'elle évitait.Toute lasse qu'elle fût elle courait pour rejoindre Autoiue.L'ouvrier s'était enfoncé, à droite, dans une partie du cimetière où les croix de pierre mêlées de croix de bois étaient moins hautes.Il se tenait debout, le chapeau à la main et appuyé contre le gilet, comme uu paysau embarassé, et il regardait une croix de bois uoir, vieille, penchée, sur laquelle était écrit, en lettres blanches ponctuées de larmes : " A Prosper Madiot, manœuvre, âgé de quarante-quatre aus, six mois, deux jours, et à Jacqueline Mélier, son épouse, âgée de trente et un aus et huit mois, leurs en-entants iucousables.Marie le rejoignit, et s'agenouilla derrière lui.Il disait tout haut, avec cet air de rêve qu'elle lui connaissait : — Si c'est pas pitié ! Us n'ont pas- été heureux ces deux-là ! | Un bouquet de roses du Bengale, encore frais, écrasé par les dernières pluies, était posé en travers sur l'herbe de la tombe.Autoiue le poussa du pied hors de l'enceinte où reposaient ses morts.— Je vas leur envoyer uue couronne et une LE REVEIL 509 belle, pour mou adieu.Ohé! l'ancieuuo qui dors là, je ne t'en veux pas.Tu peux dormir.Moi, jo m'en vas à l'armée.C'est à L-marié que j'en veux, lui qui t'a séduite pour de l'argent, ma mère de misère, et qui t'a passée à uu de ses ouvrier.Tu étais trop bonne eucore pour un manœuvre de l'usine.Ohé ! ma pauvre mère blonde, ou n'était pas heureux tous les jours, je me rappelle.Mon père te battait.Il détestait sou maitre et il le battait sur toi.Tu pleurais plus que ta part.Je suis le fils de vous deux, et c'e-t pour ça que je suis triste, des fois.Vieil e maman, je n'ai pas eu de chance, moi nou plus.J'aurais mieux aimé être ta nil", parce quo tu l'aimais mieux que moi.Tu la conduisais à l'école avec ton tablier blau, et tu cachais pour elle des pommes dans ta poche.Le soir, tu la chérissait pendaut que je m'endormais ton : seul dans le coin de la chambre.Et puis, quand tu as été morte, mon père ne me donnait que des coups de pied et des claques, parce qu'il buvait.Toi, au moins, tu ne me frappais pas.Je me rappelle tout, ma mèro de misère, et j'ai le cœur gros.Mais sois tranquille je u'ai jamais dit ce que je savais qu'à l'oncle Madiot, parce qu'il me provoquait.Je ne le dirai pas aux autres.Je ne veux pas qu'on parle mal de toi.Car, bien sûr, si tu étais là, tu me plaindrais, moi qui m'en vas au régiment.Ça me tourne le sang rien que d'y penser.Us m'enlèvent ma maitresse.Je serai un mauvais soldat.Peut-être que j'aurais fait quelque chose de bien, si j'avais eu ma maison, ma femme, et du travail pour faire aller le ménage, comme les très vieux qui n'avut pas de service, et comme ceux qui naîtront plus tard.Mais voilà, les temps ne sout pas encore venus.Adieu, la mère ! adieu, le père ! Je suis malheureux, aprèo vous qui l'étiez, seulement je uo suis pas comme vous qui preniez patience, j'ai la main plus près de mon droit.Adieu, les vieux ! Antoine se détourna, se peucha au-dessus de Marie agenouillée, et dit : — Je n'ai plus que toi.Il voulu l'embrasser, mais il la vit toute blanche, les yeux agrandis par l'angoisse, et fixes.—Qu'as-tu, Marie ?Elle ne répondit pas.Ce qu'elle avait ?Eu écoutant parler son amaut.elle venait d'apercevoir, pour la première fois avec tant de netteté, l'effroyable abaudon, ce que serait le lendemain sans Antoiue, sans métier, et sans plus l'amitié ni le courage d'autrefois.Et elle se sentait incapable de porter ce | oids de douleur.Et elle défaillait presque.— Qu'as tu ?demanda Antoiue, Parle donc Il la soutenait, et.du regard, cherchait un'"secours, quelqu'un qu'il pût appeler, si elle s'évanouissait.Vers la porte d'eutrée, il y avait une femme qui ratissait, avec une douceur de caresse un endroit fraîchement sablé.C'était tout.Lu soir descendait Les linots filaient dans l'air, éparpillés, inquiets, gagnant l'abri.Cependant, au bord des yeux de Marie, les .larmes apparurent, coulèrent, so précipitèreut, tandis que des sanglots secouaient le corps mince de là jeune fille.Et Antoine, voyant qu'elle pleurait, et que ce n'était qu'uu chagrin do femme, la repoussa, et dit brutalement : — C'est bon, c'est bon.Sè;hemoi ça et viens-t'en ! Elle répoudit, comme le font tant de pauvresses, par uue regard de douleur soumise, un fris-8)n de tout l'être, et elle se mit à le suivre, lais-saut trniuer, cette fois, sa robe sur les tombes.La femme qui ratissait crut qu'ils venaient de pleurer sur quelque mort à peine enfoui, de ceux dont ou se souvient encore.I Is n'avaient pleuré que sur eux-mêmes.XXV Du cahier gris : — " Mon frère est parti Bans me dire adieu.L'oncle Madiot est rentré si furieux que je n'ai pas pu le calmer.S'il m'avait racouté la discussion qu'il a eue, j'aurais peut-être mieux réussi Mais il s'est borné à me dire : " ileuriette.je ue veux plus que tu lui dounes de l'argent; je ne veux plus que tu le voies!" Je ue sais pas si je serai bieu fidèle à la défense.En somme, je suis l'aînée, et uotre mère est morte, et je suis première.Ça me fait trois devoirs, quaud il a tout dépensé." Lui-même, mon oucle Eloi, est allé ce matin voir les Loutrel.Il parait qu'Etieuue a pour ami uu sergeut du régimeut de la Roche-sur-You, et, par lui, mou oncle aura des nouvelles d'Antoine.•• Ce qui me fait le plus pitié, c'est Marie.La Voilà seule, avec la misère revenue, et j'en suis sûre, 1 ! remords en plus.Si je savais qu'elle voulût me recevoir ! J'ai encore sur la joue sou baiser de la prairie de Mauves, quand elle me disait: "Aimez-moi!" Mais je prierai madame Lemarié de s'informer.Elle ira, elle me dira si je puis aller à mon tour, puisque j'ai été repous-née.C'était la honte qui me chassât.A présent, si la pauvreté me rappelle, comme j'ouvrirai les bras, largement, joyeusement ! Cette joie de se pencher, et d'attirer à 6oi, je n'en sais pas de pa- 510 le reveil reille ! Antoine me l'a refusée.Marie m'en a vite privée." Que de choses se succèdent autour de moi, qui m'enlèvent la préoccupation de moi-même, Mou oncle m'inquiète aussi.Je le trouve, pour la premiere fois, eufermé.Il doit avoir bien du mal à me cacher ce qu'il a.Je ne lui croyais pas de secrets pour moi, et je sens qu'il en a un, maintenant.La maison est plus sombre.J'ai de la peine à rester celle qu'où nommait la gaie Henriette." Mieux vaut, de toute façon, penser aux autres.L'idée m'est venue de compléter les litanies que je trouve daus les livres.C'est facile Moi, je dis : "Seigneur ayez pi!ié des mères dont les enfants soutirent ; " Ayez pitié de ceux qui ont le goût de la jus* tioe et qui ne croient pas en vous ; " Ayez pitié de celles qui sentent grandir l'usure de leur jeunesse ; •'Ayez pitié des jeunes tilles qui s'abandonnent ; " Ayez pitié de ceux qui aiment et qu'où ne peut pas aimer ; "Ayez pitié des faibles que vous appelez tout bas." Dès la lin de décembre, les nouvelles d'Antoine, que l'oncle apprenait par Etienne, étaient, mauvaises.Réputation de mauvaise l'été, de querelleur.A la caserne, " on l'avait à l'œil, " et les punitions pleuvaient déjà, les unes justifiées, les autres s'ajoutant par surcroît, à cause du fâcheux renom d'Antoiue Madiot.qui payait pour d'autres.Le "ieil Eloi avait honte.Et quaud le premier janvier vint, il n'osa plus aller à la prairie de Mauves, comme il faisait depuis de si longues années, à pareille date.Il redoutait d'entendre encore : "Tristes nouvelles, monsieur Madiot." Ce lût le grand Etienne qui vint, quelques jours plus tard, uu dimanche que le soleil était doux.Et il ne cherchait pas l'oncle : il cherchait Henriette XXVI Henriette était sortie.C'était l'après-midi.A travers les bruines transparentes, ou voyait le ciel bleu pâle.Les pavillons des bateaux de la Loire ne remuaient pas.On ne sentait, dans l'atmosphère, que le mouvement égal des grandes couches d'air frais qui descendaient jusqu'au sol, et s'élevaient après l'avoir touché.Aussi, les gens du quartier, les femmes surtout et les enfants, étaient monté l'esplanade do l'église Sainte-Aune, longue place plantée, que termine au sud, brusquement, l'escalier monumental à deux branches, jusqu'aux quais de la Loire.Us étaient là chez eux, toute l'année, car les riches n'y viennent guère; et les voitures ne traversent pas l'avenue une fois par jour.La tiédeur bieufaisante de l'air avait mis dehors même les malades, les vieux et les nouveaux-nés.Marcelle Esnault avait été t rainé sur la butte dans sa voiture d'infirme, et, par tout sou visage que relevait l'oreiller, aspirait la lumière vivifiante, dont c'était une des bien rares fêtes.Les cloches sonnaient pour les vêpres.Une habitude ancienne assemblait en petits groupes, invariablement les mêmes, tous ceu qui dépassaient la quinzième année.Chaque arbre avait ses familiers, assis en rond sur des chaises apportées de la maison.On tricotait, on causait, on ne faisait rien, les mains sur le tablier ou dans les poches.De temps eu temps, une mère jetait un regard sur les enfants qui jouaient par bandes, le loug des murs ; eile reconnaissait les siens, les comptait, et reprenait l'attitude première Toute la misère se chauffait, Toutes les poitrines lasses ouvraient leur cavernes à la marée délicieuse de la tiédeur hivernale.Henriette, une habituée aussi, mais uue passante, allait de groupe en groupe, saluer ses amis.Elle était la seule qui eût l'air d'une riche, — elle ne l'était pas, —dans ces rassemblements qui, de loin, faisaient ioule, et où ou ne voyait que des tailles de percale, des tabliers sur des jupes noires ou à rayures, des chignons tortillés au-dessus de tempes dégarnies, des jaquettes de 'outos saisons, et les casquettes à oreilles des vieux compagnons du vent de Loire.Elle se penchait pour questionner, elle se cambrait pour écouter, fiue, longue, coiffée d'un tout p.tit feutre noir sur sa chevelure d'or, et se profilant pour tous ces bonues gens assis, dans la lumière laiteuse qui emplissait l'horizon.Les groupes voisins la regardaient d'un œil jaloux : " Elle parle à ceux-ci : vieudra-t elle à nous?" Elle allait à tous, et ceux qu'elle quittait la suivait aussi du ragard, comme une joie perdue.Sous le premier arbre, il y a uu groupe nombreux : Marcelle Esnaut.l'infirme, la mere et quatre Bretonnes, femmes de carriers.Personne n'a de sang.Les cheveux, mêlés et mous, ressemblent à du lin battu.— Figurez-vous, madame Esnault, que cette petite Marcelle a prétendu, l'autre jour, que j'ai. LE REVEIL 511 lais me marier, et elle eu pleurait ! Je pense que tu es consolée, mou amie Marcelle ï En parlant, Henriette caressait le visage de • l'enfant, immobile dans la charrette aux roues pleines.Les quatre femmes ont dit,' l'une après l'autre : — Ne vous mariez pas ! Ne vous mariez pao ! Ne vous mariez pas ! Ne vous mariez pas ! La mère a parlé la dernière : — Marièz-vous, si vous trouvez, parce que voue vieillirez.L'infirme n'a rien dit.Son amitié était comme ses souffrances, qu'elle ne disait que tout bas.Un peu plus loin, sont.assis trois autres amis d'Henriette, trois habitués*d-' la place : un vieil homme en blouse, aveugle ; une femme eucore jolie, brnne, proprement vêtue d'uue robe noire qui n'a plus d'âge ; et uue petite fille, trop pale et trop sérieuse, l'aïeul, la mère, l'enfant.Hen-rietre, qui sait le passé, et de quelle espéranee toujours déçue ces trois pauvres sont hantés, demande : Vous n'avez rien de nouveau, madame Lusi-gnan ?Le grand-père répond le premier : — Non mademoiselle Henriette; les bibliothèques des chemins de fer, c'est comme les choses qu'on promet aux enfants pour avoir la paix et qu'on ne d une pas.Pourtant Ernestine y a droit ! Son mari est mort d'accident, pour le service.La petite femme brune reprend vivement ; — Mais sans doute, papa.Personne ne prétend le contraire.C'est ce que tu ne veux pas comprendre.Les inspecteurs ont tous reconnu qu'il était mort d'accident.Malheureusement, il n'a pas été tué sur le [coup, et la Compagnie en fait passer d'autres avant moi.Elle regarda sa fille : — Et c'est bien long d'attendre.Elle regarde Henriette : — Il faudrait des protections, des hautes.Henriette a bieu causé un quart d'heure avec la femme qui attend une bibliothèque, et, comme elle conn tit nne riche, elle espère l'intéresser dans l'affaire si difficile, qui est tout l'avenir de ces trois êtres, et toute leur conversation.— Mademoiselle Henriette ?Cette fois, c'est uue voix fraîch qui a parlé, une porteuse de pain, en taille claire malgré la saison.Elle tient, appuyé contre sa poitrine, la tête de sa sœur jeune, une créature bien fiêle, anémiée, malade, qui est petite ouvrière dans une maison de couture.— N'est-ce pas, mademoiselle Henriette, qu'elle a tort de ne pas vouloir mettre un vési-catoire ?Ls lèvres blanche de la couturière ont répondu : — Il n'y a plus de place pour en mettre.Et puis j'ai mal partout.surtout aux yeux.Connaissez vous celte douleur-là, mademoiselle Henriette, sous les pcupières, comme des charbons?— Oui, quelquefois je l'ai eue, à force de veiller, et de voir passer des couleurs.Le grain de l'étoffe lime les yeux.La porteuse de pain a repris : Si vous pouviez la faire envoyer dans le Midi, ou dans une maison où on la soignerait mieux que chez nous ?El.comme la malade faisait signe que nou, étant de celles qui se sentent trop blessées, qui ue croient plus aux remèdes, Henriette 6'est mise à geuoux pour ètre plus près d'elle, et elle a parler si doucement, si bien, que la petite a fini par dire : —Vous croyez ?.Je peux guérir ?.Vous tiouverez l'argent qu'il faudra ?Les trois jeunes filles étaient serrées l'une coutre l'autre.Leurs visages, qui se ressemblaient si peu, avaient la fraternité charmante du même sentiment.Et ainsi de suite, d'arbre en arbre, Henrieett allait, f'aisanl ses visites Ce n'était pas seulement des malades ou des pauvres qu'elle rencontrait.Il y avait des demi-riches, c'est-à-dire des gens qui vivent de leur travail sans avoir peur d'eu mauquer ; et aussi des bieu portants, des vaillants, des ménagères qui avaient dix enfants et de la patience pour douze au moins, des gamins rouges comme des brugnons, et des jeuues filles dont le rire, par moments, s'envolait sur la Loire avec le bruit des cloches.Mais elle s'arrêtait plus longtemps auprès de ceux qui souffraient.On la désirait ; on la regrettait ; une bénédiction s'élevait vers elle de cette foule Henriette se sentait toute enveloppée de pensées qui disaient : " Ne nous abandounez plus ! Quelle autre que vous s'est penchée snr la misère de ceux-ci ?Les voilà meilleurs.Uue grâce est en vous, qui adoucit la peine.Versez la sur les abandonnés.Soyez celle qui laisse après elle comme un éton-nement d'être heureux.Mademoiselle Henriette, l'Espérance est malade en ce monde." A suivre. 406 LE REVEIL Imprimé et publié par Aristide Filiatreault, au No 157 Sau-jniinet.Montréal.CAVEATS, TRADE marks, DCSICrj PATENTS, 00PYRICHT8, «te Forlnfi.nnalliinanilfr.M- IfatidUin'c wrlloto m UNS li fit., SCI llllOAIIIHf.sri» v.ililt.OMfsi I iiriviu f.»r wi-nriii-r l'.-in-ni* In AiiH-rlfa.Kvcry t-.'iti-iit fnkenom I y n.|.Ir.HiKht h.'f.»n» tlio publia l'y n iiiiî.to tivtn ttvovl liiirgolu Uie #mtiiu ^mttitm bnMlotKiilAllonof any Brlondflopftpvrln Ou» World.VinViiiiMir llhiklrntul, N i lu' il.• nt man Mould l»- wit: ul H.UN ga.lJOu rrariil/
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.