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Titre :
Le Réveil : revue politique et littéraire. --
Faisant suite à Canada-Revue (1891-1894), condamné pour son anticléricalisme, Le Réveil lutte pour la liberté sociale, le progrès politique et l'avancement national.
Éditeur :
  • Montréal :O. Desmarais,1894-1901
Contenu spécifique :
samedi 19 février 1898
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
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    Prédécesseur :
  • Canada-revue
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Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1898-02, Collections de BAnQ.

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BOITE 2184 No 163 TELEPHONE 892 Revue Politique et Littéraire F OLITIQUE—THEATRE—LITTERATURE—BEAUX-ARTS Vol vu.Montreal, février 181)8.No.163 Lc SOMMAIRE Sénat, Vieux-Rouge— Les efforts pratiques à propos du mouvement proliibitionniste, Gambrinm — Le nouveau conseil, Civis — Le comble de l'au'ace, Libéral — Coups de crayon, Rigolo -r- La lettre, G.d'Es-partes - Le bon pasteur, F.Enne — Traité du jeu de Whist " — Feuilleton : De toute son âme, René Bazin.LE SENAT Les conditions d'abonnement an Réveil ne sont pas les conditions ordinaires des antres lournaux Nons livrons le jonrnal à domicile [ franco,] à raison de 25 cts par mois, payable an commencement de chaque mois.Tont ce que nons demandons au public est de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal sont payables tous les quatre mois et d'avance.Nons adresserons nn nnméro échantillon gratuitement àtons cenx qui en ferons la demande.Cenx de nos abonnés qui out des travaux d'impresssiou à faire voudront bien s'adresser au No 157 rue Sanguinet on au No 1560 rue Notre-Parae.Nous ne pouvons pas nous empêcher de parodier quelque peu le mot de l'abbé Siéyès : Qu'est le sénat ?A peu près rien ; que peut-il être ?Tout.Ce n'est pas insulter cette solennelle institution que de déclarer que de 1867 à 1897 elle n'a pas donné de bien tangibles preuves de son utilité.Elle a, au contraire ct trop souvent, prêté le flanc aux accusations de parti-sannerie.Mais il se peut que l'on ait exagéré, d'un côté, sa stérilité, de l'autre, sa partialité.Depuis une douzaine de mois toute une évolution sefait sentir au Sénat.Les " coups de chemins de fer " y trouvent leurs Fourches Caudines ; ils ne vont pas plus loin.Les sénateurs font la besogne que, par discipline ou manque de courage, les libéraux des Communes n'osent entreprend dre et mener à terme, 194 LE REVEIL Ces députés objectent en catimini, en caucus, dans des cabinets fie ministres et les retiros des whips, mais là se borne leur réclamation ; plus loin ce serait, pa-rait-il, do l'insubordination, de la révolte.Le parti avant le pays, ct puis, la crainte d'une dissolution prématurée, les ennuis et les frais d'une élection nouvelle, sans compter la possibililé d'une défaite.C'est donc au Sénat qu'incombe la mission d'interpréter l'hostilité de députés trop timorés et de monter pour tout de bon la garde autour du Trésor.Ses membres sont au-dessus des colères gouvernementales et des soucis du scrutin, Ils peuvent comme le sénateur Boul-ton iuger toutes questions suivant leur vrai mérite et non a travers des lunettes coloriées.Ce bon M.Boulton est la véritable boîte à surprises de la Chambre Haute.Un des premiere, et sur un ton qui ne permet pas la risée, il s'est permis d'avoir des opinions à lui, Encore tout récemment, il poussait une terrible botte au gouvernement au sujet de la route pour aller au Yukon, et portait un défi qui n'a pas été relevé.Et tout indique que la musse des sénateurs s'apprête ù faire, chaque fois qu'il le faudra, une opposition non factieuse, mais digne, logique, Idle que la veulent l'intérêt et l'honneur du pays.C'est ainsi qtc le £énat qui n'était presque rien do\ iendra une institution de précieuse utilité.11 protégera le pays contre les excès des partis.Il protégera, remarquez bien ceci, il protégera les gouvernements contre leurs propres partisans du dedans et du dehors.C'est notre franche opinion que dans les questions du Drummond et du Yukon, le gouvernement Laurier est plus protégé par le Sénat que par quelques uns des mi-nistres eux-mêmes.Ces ministres'poussent à la pente dangereuse, aux aventures les plus téméraires, à la culbute qui attend fatalement au bout du fossé.Le Sénat, lui; remplissant son rôle de censeur libre, met les freins, retarde la marche affolée, Jorce le gouvernement à reconsidérer, à tempérer, à ouvrir les yeux sur la vraie situation.Les véritables amis du gouvernement ne sont-ils pas'du côté du Sénat ?U y a des adversaires qui valent cent fois certains amis.Les quelques ministres qui ne veulent voir après eux que le déluge, passeront, eux ; mais le Sénat restera.L'honorable M.rLaurier restera, lui aussi, mais non dans la haute et brillante situation où nous le voyons, s'il n'écoute que ceux-là.On crie beaucoup contre le Sénat dans certains quartiers et dans certains journaux.La provenance de ces cris donne exactement là juste valeur de la position actuelle du Sénat.Ceux qui se plaignent et qui parlent de réviser la constitution (on sait ce qu'ils veulent dire) sont exactement les gens qui y perdront perso, nellenient si le Sénat se montre inexorable." Vous êtes orfèvre, M.Josse 1 " c'est-à-dire que les criards ne défendent que leurs intérêts quand ils récriminent.Nous n'objectons pas à certaines réformes pour le Sénat.Ces réformes peuvent être de deux sortes : Celles qui seraient imperatives, c'est-à-dire couchées en noir sur lo parchemin de la Constitution.£ Celles qui seraient laissées forcément à la discrétion du gouvernement.La principale réforme statutaire, et peut-être la seule, consisterait selon nous à rendre électif le tiers du Sénat, cette LE REVEIL 195 élection devant se faire an moins nn an après celle des députés.De cette façon on atteindrait ces résultats : Le Sénat refléterait plus fidèlement l'opinion courante ; On ne verrait pas un gouvernement nouveau dans l'impossibilité d'avoir un nombre suffisant de champions dans la Chambre Haute ; on ne compterait plus sur la mort pour créer des vacances.En élisant ces sénateurs un an après les élections générales, le peuple pourrait, s'il y a lieu.corriger quelque peu son premier vote.Il pourrait aussi s'assurer le .service d'hommes utiles, d'hommes précieux laissés sur le carreau aux élections pour les Communes.Les autres réformes sont plus difficiles à définir ; elles dépendent du savoir-faire, du tact, de l'élévation de cœur et d'esprit du gouvernement.Elles consisteraient surtout, dans les nominations à vie, à choisir dès " utilités de premier ordre, " à tenir compte non de la cocarde, mais de la valeur des hommes ; à appeler au Sénat, autant que possible des représentants de tous les corps, de toutes les classes.C'est ce que l'on commence à pratiquer dans certaines institutions financières et commerciales.Pourquoi* le gouvernement n'en agirait-il pas ainsi ?Ce n'est pas lui qui y perdrait.Plus fortes sont les collaborations dont il s'entoure, plus fort, plus en sécurité se trouve un gouvernement.Cleveland, au début de son second terme présidentiel, a donné un éclatant exemple de la mise en pratique bien entendue de l'axiome : " Prendre son bien là où on le trouve J " Il lui fallait choisir un secrétaire d'Etat personnage qui dans l'organisation administrative américaine est pratiquement le Premier Ministre.Que fit-il ?Il choisit le juge G-reshani qui était non seulement un républicain distingué, mais qui fut un des candidats proposés par le parti adversaire pour lui contester le siège présidentiel.Cet exemple, qui n'est pas isolé, est de ceux qu'un gouvernement pourrait, sans honte, suivre quant à notre Sénat, surtout un gouvernement qui ne s'est pas montré si scrupuleux quand il s'est agi de trier et de grouper ses propres éléments.Notre vœu est que notre Sénat qui n'était presque rien devienne une quantité importante, au-dessus des partis et des coteries, pour le plus grand bien du pays et, par-dessus le marché, des gouvernements.VIEUX-ROUGE.Une antre belle et grande figure vient de disparaître : Wilfrid Prévost vient d'être reconduit à sa dernière demeure par les représentants des générations qni l'ont connu, aimé, admiré.Homme de bien, patriote sans alliage, libéral vrai, il a creusé un sillon profond partout où il a passé, apécialemeut daus ce Nord auquel il s'était si intimement identifié.Son souvenir vivra et dans les mémoires et dans le livre de l'Histoire.Tous ceux qui reviennent d'Ottawa s'accordent à dire que l'honorable Wilfrid n'a plus celte belle humenr d'antan.Où l'a-t-il perdue et à quel sujet ?Il est fort plus que fen sir John ne le fnt aux meilleurs jonrs.Ses partisans an Parlement lui sont fidèles.Qu'a-t-il donc ?De quoi souffre-1 il ?Ah ! s'il voulait, s'il pouvait le dire, quelle grimace ferait l'ami Tarte.Mais l'honorable Wilfrid pousse la discrétion jusqu'au Yukon. 196 LE RÊVKTL LES EFFORTS PRATIQUES — a propos du — Mouvement prohibitioniste La controverse très chaude ct non moins intéressante que viennent dc terminer lc Principal Grant et le ltvd M.Lucas au sujet de la prohibition absolue de la distillation et de la vente des boissons alcooliques peut, être regardée comme le premier engagement sérieux de la campagne qui va bientôt s'étendre à toutes les provinces.Plusieurs journaux ont déjà pris position ; chaque jour la question dans ses deux aspects recrute de nouveaux champions ; le Réveil qui n'en est plus à faire connaître ses couleurs en la matière ne vient aujourd'hui qu'étançonner par de nouveaux faits une attitude préalablement prise et proclamée.En réfléchissant à tout le mal que l'alcoolisme cause à l'humanité, on no peut qu'applaudir au vœu exprimé par le récent Congrès international d'anthropologie criminelle à Genève, tendant à ce que " les efforts pratiques laits pour combattre " l'alcoolisme tant chez l'individu que " dans ses causes sociales soient redoublées * ' et so u ten us par I es go u ve rne m a 11 ts coin m o "par l'action individuelle de chacun." Oui, les Efforts Pratiques, mais quels sont-ils ?Faut-il accepter cette réglementation qu'ont essayée certains pays ct qui viole les principes supérieurs du travail, de la liberté du commerce, de la liberté individuelle et qui souvent ne tardent pas à se transformer en vexation politique?Ainsi, en certaines contrées, sous le prétexte que le vin, le cidre, la bière contiennent do l'alcool on va jusqu'à proscrire d'une façon absolue toutes ces boissons, Nos prohibitionnistes ne veulent rien inoins que cette prohibition absolue.Lc remède n'est pas non plus dans une augmentation dc l'impôt sur l'alcoal.Pour preuve cet extrait d'un rapport de M.C'aude sur l'alcoolisme en Fiance: " En 1830, la consommation moyenne de l'alcool par tête, calculée d'après le chiffre de la population eutière, sans distinction d'âge ni de sexe, était de 1 litre 12 ; l'impôt, alors de 87 fr.40.inférieur an prix d'achat de la matière, frappait 365,182 hectolitres et produisait 20,241,000 francs.En 1885, la consommation, atteint 3 litres 85 ; l'impôt, maintenant de 156 fr.25, plus de trois fois supérieur au prix d'achat, frappe 1,4(4.342 hectolitres et produit 288,-833,000 francs.".Une augmentation d'impôt sur l'alcool n'a jamais diminué, en aucun pays, la consommation.En Ângletene, en Norvège, dans les Pays-Bas, le droit sur l'alcool est lc double, le triple de ce qu'il est en France, et, dans ces pays, la consommation do l'alcool est presque égale ou supérieure.Depuis 1860 on remarque que généralement le droit sur l'alcool a quadruplé et que la consommation a triplé* Ce n'est donc pas dans une surtaxe, quelqu'élcvée qu'elle soit, que le législateur peut trouver la digue à opposer au flot mon tant de l'alcoolisme; si même l'impôt pouvait sérieusement influer sur le prix de la marchandise, la passion ne s'arrêterait pas à cette faible barrière.Ce n'est donc pas là que sont les moyens pratiques : où sont-ils donc ?Ils sont d'abord dans le développement de l'instruction et de la moralité, dans l'élévation du niveau intellectuel et moral dc tous ; ils sont ensuite dans ce que je peux appeler les moyens d'à côté.Faire rectifier l'alcool et poursuivre impitoyablement les fraudeurs qui mêlent à LE RÉVEIL 197 l'alcool des produits dangereux, de vrais toxiques, cela serait un commencement' Supprimons ensuite les droits sur les vins et la bière.P£Comme on le voit nous sonnies de ceux dont les exigences sont raisonnables ct les projets peu compliqués.Il y aura peut-être toujours des ivrognes il y aura toujours des joueurs, mais le vice individuel ne sera plus transformé, comme à l'heure présente, eu épidémie publique.L'humanité et la patrie y auront trouvé leur compte.oàmbrinub.Le Nouveau Conseil Le nouveau Conseil de vihe a été brillamment inauguré lundi dernier sous la présidence de M.Raymond Préfontaine.Grande afHnence de dames, toilettes spleudides, décorations artistiques, rien ne manquait pour rendre la séance attrayante.La formation des comité* semble satisfaire à peu près tout le monde, même ceux qui ont été choisis dans les divers départements de la municipalité.Sans être en aucune façon dans les secrets de uos gouvernante actuels, nous croyons pouvoir assurer nos lecteurs qu'avant bien longtemps l'autonomie de la ville de Montréal sera reconnue par la Législature, et quo lorsque les citoyens de Montréal jugeront è propos de dépeuser leur argent pour des amélioration* jugées nécessaires et convenables, ils ne seront pas obligés d'aller à Québec mendier la pei mission de députés ru-raux qui ne connaissent rien des besoins de la municipalité.Une autre questiou qui se présente à l'attention des législateurs civiqu* s est la répartition de la taxe de l'eau, et surtout les moyens de perception qui nons semblent étranges.Sons ce rapport, Toronto est en avance sur Montréal, et le système est très satisfaisant et pour la ville et pour les contribuables.D\ns lus premiers jours de janvier les premières factrres trimestrielles sont adressées à tons les consommateurs, aux- quels on alloue 60 | our cent d'escompte s'ils se mettent eu règle avant le leriévrier.etc.Eu général tout le monde paie, et la ville ue perd rien.Nous ne voyons pas pourquoi Montréal ne pourrait pas faire la même chose et faoiliter le paiement do cette taxe.Mardi soir, brillante réception à l'hôtel de ville par Son Honneur le maire.L'élite de la société montréalaise se pressait dans le vaste édiliee municipal et le succès a été le plus complet possible.Nos félicitations les plus sincères au premier magistrat de Montréal.avis.Le comble de l'audace Dans notre carrière de journaliste, qui couvre déjà nne période de vingt-cinq années, nons avons vu des couleuvres de toutes nuances et de tontes grandeurs ; il y avait même des serpents parmi ces couleuvres.Nous avons été obligé d'analyser dos gens dont l'audace et l'outrecuidance surpassaient les bornes de toute raison ; mais il nous a été donné en l'unuée 1898, sons nn régime qui ose te dire libéral, de voir le zénith de l'impudeuce, Nons devrions dire de l'impudeur d'un homme qui est ministre, qui repiéseute une bonne fraction de l'élémeut français dans le gouvernement et qui ne s'est jamais servi de sa position que pour l'avam ement de ses intérêts personnels et de ecu x de sa chère famille, car elle est très chère sa famille.L'honorable Joieph-Isracl Tarte ne s'est-il pas avisé, l'autre jiur, de dire eu pleine séance du Parlement, devant les représentants du peuple cauadien, qu'il espérait voir l'un de ses fils, peut-être même ioui les deux, venir uu jour se défendre contre les accusations portées par l'Opposition.D'après ce que nons avons déjà vu dans notre pays, il est permis de croire que tout peut arriver, car.enliu, François Martineau a représenté un des quartiers les plus populeux de Montréal 198 LE REVEIL à la Législature, le comté «le Maskinongé a envoyé Jos Lessard en Chambre, etc, etc.Mais entre ces deux hommes et Louis-Joseph et Eugène Tarte il y a encore un abîme ; et nous ne croyons pas que le père même de ces bambins puisse croire qu'ils seront jamais députés.Si jamais pareille chose pouvait arriver, nous proposerions comme compensation d'envo • yer Michel Campean et Ti-Pierre Leclerc au Sénat.LIBÉRAL.ON PEUT LES EVITER Pour éviter des complications fâcheuses dans les afleciions de la gorge, ou doit prendre quelques doses de BAUME RHUMAL.COUPS DE CRAYON Le Sénat semble décidé à pousser l'enquête sur le Drummond.Joseph-Israël Tarte est toujours ministre des Travaux Publics à Ottawa.Personne, pas même nous, u'a pu obtenir une entrevue du chevalier Gustave Drolet.Il y a déjà quelques jours qu'il n'y a pas eu de meurtre à enregistrer.Les journanx quotidiens sont dans le marasme.Où sont les Stalwarts dn vieux parti rouge ?Hélas ! quelques-uns sont déjà dans les rangs des Mugwumps les castors américains.Le Boom Chapleau bat son plein.Le mot d'ordre semble avoir été donné pour tenir l'ex-lieute-uant-gonverneur dovant le public.Pourquoi la Patrie u'a-t-elle pas, elle anssi, sa potence comme l'a eue la Presse ?Mystère ! comme répondrait Pouson du Terrail.Tardh el s'indigne dans la Vérité' contre les spécialistes qui ont osé soutenir que Tom Nulty pouvait être fou* " Et les démons, s'écrie-t-il, où les mettez-vous ?" Pas une ombre au tableau à l'iuauguration du nouveau conseil de ville.O'est dire qne Joseph Israël n'y assistait pas.Que n'en a-t-il paa été ainsi ponr le banquet Marchand ! On a toujours cru que le gris pommelé à Louis-Joseph'était d'extraction no ble.Vérification faite, on s'est aperçu qn'il n'avait pas le signe distinctif.Joseph Israël devrait se rappeler ce que disait Abraham Lincoln aux faiseurs de son temps ; " Von can deceive all the people for some time or some people all the time.bnt you can'tdeceive all the people all the time." Un nommé J.P.Dumontier se permet de faire des calembours dan» l'austère Vérité à propos des Poissons d'eau douce de Montpetit.Il est facile de prévoir que ses attaques tourneront en queue de poisson.Nous voyons approcher avec terreur le moment où les portraits de tous les Canadiens morts on vivants auront été publiés deux à trois fois dans les journaux quotidiens.Où dénicher des sujets quand il n'y anra plus personne à photographier ?Nons demandons dea têtes de chinois.Au cours d'un sermon nn brave cnré du comté de Terrebonne.dans le but d'engager ses ouailles à abouler pour l'œuvre de la Propagation de la Foi, leur diaait que les Chinois faisaient manger lenrs enfants par les cochons.Ceci nous rappelle le mot de Provencher, qui disait à une solliciteuse qni l'engageait à souscrire pour l'œuvre : —" Tiens, tiens, c'est très drôle, mais il me semble qn'ils feraient mieux de faire manger les cochons par les enfants." RIGOLO, i PAS NECESSAIRE 5 Nullement nécessaire de courir loin pour avoir le merveilleux BAUME RHUMAL on le trouve dans tontes les pharmacies et épiceries à 25c la bouteille. LB RBVEtL 199 LA LETTRE Il y avait dans l'une des compagnies dn régiment Saint-Blanca nn grenadier appelé Malsal-lez„ dit "Lise-Lison," dit "Jasmin," dit le " Furieux, " nn vieux petit soldat galant, bravo commo la charge, adoré de sou esconade, mais qui bouillait comme un pot, chaud au moindre petit mot.A l'époque où l'armée se rassembla en Alsace, M.de Saint-Blanca, confia la direction de son régiment à M.de Pry, lieutenant-colonel.M.de Pry, qui ne savait pas ".le soldat, " menait ses bataillons au fouet de chasse.Ou l'eût trouvé mort un matin, mais sa bravoure le gardait.Sous prétexte de rectifier, il punissait en masse, — ot ça faisait rire le vieux petit soldat qui, de son coin, voyait tout.Etrillé comme les autres, Malsallez, dit Jasmin, entrait au cachot en retroussant de coups de pouce les godets de son tricorne ; mais en sortant de la prison, Malsaliez, dit le Furieux, regardait son officier de travers.U l'avait anr-nommé "le cadeau de la cour" et pendant tonte la campagne d'Alsace, le nom resta.Un soir qu'envoyées par Noailles, qnaraure compsgnies s'en allaient rompre nn pont sur le Rhin, le régiment de Saint-Blauca qui se trouvait en tète, débarqua sur la rive droite sans être aperçu.Les soldats marchaient dans l'ombre.Il faisait un tel silence qn'on eût pu entendre, sous les chapeaux, l'aile de leur lèves, qu'on eût pu entendre aux branches nocturnes, le soupir des feuilles.lorsque tout à coup l'air s'enflamma ! Une imtn use décharge secoua lu plaine.Ce fnt comme si le ciel tombait sur le chemii^ ponrpre, en éclats de foudre ! Les palefreuiers, les valets et les chevaux de main firent volte-face sur la chaussée, renversèrent les files, trouèrent les escouades.— Tambours, la charge ! Et comme leg grenadiers s'étaient jetés à terre pour laisser passer les balles : — Messieurs, dit une voix moqueuse, où êtes-vons ?On ne voit pins vos têtes.Je ne sais comment vous pouvez dormir avec un bruit pareil.L'injnre, comme un coup de botte, releva les hommes, et le régiment gronda.- — C'est le " cadeau de la cour, " dit quelqu'un.Alors, vite, Malsaliez, rageur, tira sa baïonnette, et la jeta au ventre de l'officier.Dans le bousculant élan des tambours, M.de Pry regarda le soldat pour le reconnaître.essuya sa blessure, et s'enfonça dans l'enuerni.A sa suite, les troupes s'élancèrent.On compta le soir les Croates morts ; ils étaient mille.La nuit passa, au ronron des soupes.Mais au petit matin, comme Marsallez racontait "son coup" en jouant à l'Oie, quatre fusils vinrent le chercher.—Debont.Le lieutenant-colonnel to demande.—Parait que c'est comme ça aujourd'hui dit Malsaliez.Et, ferme, il se leva.M.de Pry était sous sa tente, au bout du camp, Il fit entrer le soldat, renvoya les ordonnances, et les deux hommes restèrent seuls.—Marohcb-tu bien ?— Oui dit Malaallez étonné.U y avait encore du sang sur la ceinture do M.de Pry.Le lieutenant-colonel cacheta uue lettre, et la tendit au soldat ; — Tu va aller immédiatement à Metz, où se trouve le colonel.notre colonel, M.de Saïut-Blauca, et tn lni remetteras ceci.ceci, entends-tu bien 'i U avait la lettre au dessus des yeux.Malsaliez dit : — Je la remettrai.— Tu connais la route, tu es un vieux soldat.Ne te fais point voler ce papier, et va sans tarder, sans t'arrêter en ronte un instant.11 contempla le grenadier de ses yeux profonds, lui dit adieu, et leva uu doigt.Malsaliez, content d'en être quitte, lit le salut, prit la porte : '• V'Ià une histoire, se dit-il, i ne m'a par parlé de mon coup de baïonnette." Et comme il quittait la tente, libre et seul, délivré des quatre hommes qui l'avaient conduit, l'air lui parut sentir les roses.Le vieux petit soldat, léger, traversa lo camp, 200 LE REVEIL vint à eon escouade qni s'étonna de le voir en vie.Malsaliez, dit Jasmin, sifflait nn air de matin.— J'vas voir du pays, ordre du lieutenant-colonel.— Le " cadeau de cour " t'a fait grâce ?— In' m'a rien parlé, dit le vieux soldat.Et, joyeux, Malsaliez, dit Lise-Lison, boucla son ceinturon.Il s'habilla comme ponr la campagne, prit ton havresac, y glissa la lettre, mit des balles dans le pnlvérin, pnis criant : bonjour ! bonsoir ! tourna aur ses talons, comme à l'exercice, du côté de Metz.Les alouettes chantaient.Il s'en alla comme une bonne nouvelle, gai, ô gué, l'arme à l'épaule.et au bout d'une heure son régiment le vit disparaître, tout gentil, tout gris, dans le clair soleil»• • Guêtre, tapé, sanglé, brossé, le tricorne en cœur, et frappant la ronte du talon, Malsallez pensait à son pays, par là bas, dans le Bordelais, du vieux vin et de gaies images défilaient dans sa bonue tête.Que fait le soldat quand il est seul?Il pense s sa famille.Malsallez revit sa mère, une vieille qui devait le croire mort, et il se dit : — Elle me r'verra, la vieille me r'verra chantant, la maman.• U traversa des villages, mais ne s'arrêta pas : le soldat n'a qn'une consigne.Pressé, en levant le pas, et la pipe au bec, il reprit son rêve, et aperçut dans le lointain de sa mémoire la maison où il était né, la grange qui sentait bon, les douze nids d'hirondelles accrochés aux poutres dans le corridor, les petites roses des fenêtres qu'il essayait de prendre, enfant, avec ses mains ; et il se dit.J'en cueillerai à mon grand congé des roses, j'en cneillerai.•.Il traversa d'autres villages, vite.U marcha la nuit, vite, vite.Et comme, la nuit, les gens ne plaisantent plus, l'âme de Malsallez, blottie au pays natal, prit nn chemin triste.Il voyait tout, comme s'il y était.On longeait un mur, près de la Garoune, flenri rose et comme une guirlande de mariée.C'était là que passaient les enterrements.Il y avait on pré, avec des tom- bes tranquilles.Vieux, très vieux, âgé de cen ans au moins, Malsallez s'y vit allongé, la barbe blanche.— C'est ainsi que sera ma mort : tout doux; les balles des batailles ne me tueront pas.Il traversa bien d'autres villages.Il marchait, marchait toujours ; i! ne devait se reposer' qu'à Metz.Quand on dit au grenadier : " Va, " il va saus tourner la tête.Malsallez eut un souvenir' pour le " cadeau de cour " qui l'avait gracié.Malgré sa blessure au ventre, au lieu de le punir, M.de Pry l'avait choisi pour aller au roi, Malsallez eut des remords ; son cœur dans sa veste, et il se dit : — C'est nn bon officier tout de même ; c'est sûr, oui, voilà le meillenr chef.•.Comme il disait cela, le soir était venu, il s'assit.D'ailleurs, se sentant près de la ville, il voulait refaire son sac.Il le prit, le brossa, l'ouvrit ; mais, comme il enlevait sou linge, la lettre glissa par terre.Sans donte qu'on l'avait mal cachetée,, elle s'était rouverte.Malsallez la tourna, et le cœur curieux, sortit le papier de l'enveloppe.Il se déplia de lui-même, avec son écriture large, aux gros bâtons noirs.Masallez hésita une fois, denx fois ; et il se dit : " Pisqn'il m'a fait grâce, me v'ia quasi son ami.J'vas voir c' qui d'maude, mon officier, j'vas donc voir c' qu'i veut." Et dans le sang du couchant, à voix haute, le vieux soldat épela : " Monsieur le colonel, " Vons avez su devant moi quelles irrésolutions M.le maréchal de Noailles apportait à commencer les hostilités en Alsace.C'était, je c'îois, d'un homme sage, mais insuffisamment averti.M le duc de Grammont, M.le duc de Boufflers et vous-même, monsieur, ne cessiez de le presser ; j'étais présent à vos sollicitations dans son cabinet ; on saisit le moment où il dit oui, et l'armée se porta sous Strasbourg ; c'est mon sentiment qu'on ne le regrettera^ pas."Je suis heurenx, monsieur, de vous annoncer le premier succès : nons avons détruit un pont sur le Rhin qu'y avail fait mettre le prince Charles.Les grenadiers et les pique'.s de M.Maubourg ont fait de lenr mieux, mais votre ré- LE RÉVEIL giraent a fait plua : il s'est surpassé.Millo Croates, dout on peut attribuer la défaite a.vos hommes, sont demeurés sur le terrain, et vons n'avez que trois tués, et vingt-deux blessés.Demain, l'armée repart pour aller camper à Bisch-wilier ; c'est de là que je vous enverrai tout ce qui pourra vous éclairer sur la campagne." Cependant, monsieur, j'ai à déplorer le funeste esprit, qui, dans les premières heures, m'a fait craindre pour le succès de nos armes.L'homme qui vous portera cette lettre s'appelle Malsallez ; il est de la Se compagnie aux ordres de M.de Sauvée our t, qui me l'a abandonné.Cot homme, à une observation que me suggéra le manque de tenue de sa compagnie, me lança un coup de baïonnette dont je ne suis point encore guéri.Le' régiment connaît cet acte ; et comme il a été entendn à notre dernière convenance, qne je n'instruirais aucune affaire criminelle sans vous en prévenir, qu'en outre, en un moment tel quo celui-ci, où, pour bieu faire, un.chef a besoin du dévouement de chaque soldat, une exécution capitale serait de nature à porter les hommes à des excès de révolte, je vous envoie le nommé Malsallez [Jean,] sans escorte — car je ne puis me dessaissir d'aucun homm-î va-ide.Voua approuverez, j'espère, ce souci, en même temps que mon désir d'apprendre que votre Conseil m'a rendu justice en faisant passer ce rebelle par les armes.Je snis, avec les sentiments qne vous avez accoutumé de faire naitre en vos snrbordonnés, monsieur le colonel, votre très hnmble et très respectueux serviteur." Marquis de Pry.Le vieux soldat.•.Le vieux soldat, la lettre sur les genoux, leva lentement le front.Assis sur ce coteau, il sentit son cœnr immobile.La nuit, maintenant, chantait un doux air triste envolé des eaux et des arbres.Le vieux petit soldat revit son rêve, sa vieille mère et son village.Tout ça partait, s'en allait de lui, avec des adieux.Il se leva tout paie' D'nn côté, dans la nuit, c'était la fuite sûre, la vie aux grands chemins, ia liberté.De l'autre, au loin, luisaient des lumières, Metz, une grande ville.Alors, comme il se tenait debout sous la lune, on vit le paradis passer dans l'œil du soldat : les saints et les saintes, et les anges blancs, en file, avec des palmes.Il dit : — L'officier^ p't'êt' ben raison.El redressant sa taille, il ne prit ni par la gauche ni par la droite ; mais la lettre dana le sac et le sac au do-, il s'eu alla au pas, comme à l'exercice, vers la grande ville, vera la mort.GEORGES D'ESPABBÈS.PAS DE RIVAL Comme remède de famille le BAUME RHUMAL n'a pas de rival.LETOfTPÂSfEUR Dernièrement, place Saint-Sulpice, je vois passer un prêtre fort comme un Turc, faisant des .enjambées de Juif Errant; il s'arrête devant moi et se met à rire ; je le regarde hâtivement, et il me semble reconnaître la tête d'un ami perdu de vue depuis douze ans.—Oui ! c'est moi, Roger ; je suis curé de campagne, maintenant, cela t'étonne ; je suis pressé, je cours au tiain, je voudrais renouer connais* sance et amitié avec toi, voici mon adresse."Au ValGiboux,près Monlbard." Si tu viens par là, télégraphie-moi, il y a un lit d'ami ; je te conterai mon histoire.J'eus à peine le temps de lui donner ma carte ; il sauta dans un fiacre et.de la portière, me cria: A bientôt.Je n'ai pas hésité ; huit jours après, j'étais en route pour Val-Uiboux et j'arrivais deux heures avant le déjeuner.¦ Roger me reçut avec nne simplicité franche qui n'avait rien des usages ecclésiastiques.C'était bien le même grand gaillard sans façon que j'avais connu jadis étudiant en médecine.Ses cheveux ébouriffés avaient grisonné, ila semblaient fumer autour de la tonsure ; sa lace rasée laissait voir des rides, l'œil était toujours perçant sous des sourcils épais d'un noir d'ébène — Nous bavarderons à table, me dit-il : je vais tout d'abord te faire voir ma paroisse, mon presbytère et lee alentours ; — tout cela est merveilleux.Et il me prit par le bras, s'appnyant nonchalamment contre moi ; de la main q l'il avait libre, il geaticulait immodérément, il parlait avec avidité d'art, de peinture, de musique, de littéra- £0 2 LE RÉVEIL tare, tout cela à propos de ce qu'il avait sous les Yeux.—Tiens ! ici, là, dans l'ombre, ne dirais tu pas un Rousseau, ce gros hêtre illuminé an faite par le soleil ?.Il y a à Barbizon des coins comme cela.Un jonr, Métra, si tu t'en souviens, nous y a improvisé une valse sur la guitare de ce grand sauvage qui s'appelait.comment donc ?Ah ! la mémoire s'en va.Et il rapprochait tout ce qu'il me montrait de souvenue parisiens d'antan ultra-profanes.Admirable, en efiet, le pays du Val-Giboux.Au-dessus du village dans des rocs inaccesi-bles couverts de bois, s'élève la ruine d'uu vieux bourg enfoui sous des bandelettes de lierre qui descendent à travers les mousses et les ronces jusqu'à mi-côte ; quelques mâchicoulis et une poterne à demi-écroulée crèvent le ciel.Au pied du burg, le village est bâti ; il s'étend gracieusement jusqu'au centre du vallon qu'arrose le petit ruisseau torrentueux, dont les casca-telles bruissent entre deux raugées de peupiiers.Partout des prairies vertes et fraîches tachetées par les robes noires, blanches et rousses des vaches qui pâturent et ruminent en paix.L'église est moderne et inachevée, c'est un bâtiment sans style, fait de pierres ramassées dans la montagne et crépies à la chaux ; l'intérieur est propret ; les piliers sont des stations réglementaires du chemin de la croix achetées à la douzaine chez les fabricants de bondieuseries de la rue de Sèvres.Le maître-autel est simple : une croix entre deux pots de fleurs artificielles et six cierges.Roger me montre tout cela avec une pointe de âédaiu.sachant bien qne je n'y prends aucuu intérêt ; il me fait voir dans un coiu, pourtant, deux saints de pierre, c'est tout ce qui reste de l'ancienne abbaye qui servait d'église.— Et le clocher?iuterrogeai-je.— Ah! dit Roger, il n'y a pas de clocher, le conseil ne vent pas faire les frais; moi je me garde de protester ; je trouve l'église beaucoup plus originale ; les cloches sont là, derrière sous un auvent, on les sonne tout de même c'est l'essentiel.Il me ftt aussi visiter son presbytère : uue grange divisée en plusieurs pièces par lui, meublées avec goût ; — un jardin touffu, mal soigné, où les légumes et les.fleurs s'entremêlent indistinctement, ct enfin, son cabinet de travail encombré de livres, de revues et de journaux de toutes nuances ; c'est là qn'on mit le couvert.• -Pour bonn», voilà ma nourrice Anastasie, me dit Roger ; c'est elle qui me soigne.Je vis s'avancer uue petite vieille accorte, sèche comme un pruneau et qui me salua d'un air bougon.A table, il prit la parole et ne la lâcha pas.Je la lui laissai.— Eh bien ! ça t'étonne, une fin de ce genre, n'est-ce pas ?J'aurais pu être médecin de campagne ; c'eût été mieux, mais que diable veux-tu ?Les événements en ont décidé autrement.J'étais fatigué et honteux de la vie folle, j'avais l'estomac délabré.Il y avait uu peu d'alcoolisme en moi., Nous ne nous sommes plus vus, dès lors ; j'ai été pion à Sainte-Barbe, répétiteur libre, puis, élève chez un pharmacien, l'argent des examens allait tu sais où ?Enfin, après une fièvre cérébrale, on s'est emparé de moi peu à peu, et, pour ètre tranquille, j'ai choisi les ordres, sur celui de mon oncle qui est chanoine, comme tn sais.Il se.mit à rire de sa formule calembou-resque.U reprit : — Je te dirai qu'ici je suis en pénitence, je ne m'en plains pas.—Histoire de femmes, peut-être ?osai-je dire.Roger toussa.— Hum ! hum ! un peu, comme ci, comme-ça ; il y a eu des potins ponr une actrice de théâtre —j'étais à Dijon—qui avait des accès de ferveur pieuse et venait se confesser ; oh ! presque rien.On n'eût pas fait attention sans mon étourderie.J'ai nn certain talent de causeur et même de prédicateur : je faisais salle comble le dimanche ; mais voilà qu'uu jour.tu sais, je prêche d'abondance, jamais de préparation ; doue un jour, je m'emballe dans une digression politico-religieuse : voilà que je tombe, dans une incidents, sur la Révolution française, et, au lieu de fulminer contre les hommes do l'époque, je LE RÉVEIL 203 plaqnc dans mon prêche an portrait apologétique de Danton et je raconte les victoire», et je parle absolument comme si j'avais fait nn cours libre d'histoire.L'actrice! Penh, c'est Danton qui est cause de tont.Il éclata de rire de nouveau.—Et comment te trouves-tu de l'état, sincèrement l lui dis-je.—Je suis nn vrai et un bon prêtre, je te jnre ; ici ils m'adorent, jamais je ne parle d'enfer, des bêtises quoi ! Je prêche peu, si ce n'est pour lenr donner des avis agricoles, je me suis abonné à des revues d'agricultnre, va m'instruit d'abord, .'i puis je leur rends service ; quand les jeunes gens viennent se confesser.je les flanque è la porte en lenr demandant s'ils n'ont rien de plus sérieux à 'air».Je fais strictement mon devoir;je chante la messe-—un peu vite et pour ue pas ennuyer les bonnes gens ; ris sont très contents de moi et moi d'eux ; seulement il y a une chose qui me gêne, je ne peux plus boire, ça me rend malade et dame! c'est gênant.—Et pas de galanterie ?— Ah ! m'a-t-il dit, ça ne te regarde pas ; et le secret professionnel, donc?Tu ne sauras rien.— Mais enfin, la foi, la foi, as-tu la foi ?Il me semble qne jadis on ne croyait guère.— Vraiment ?fit-il avec étonnement; je ne me souviens pas bien ; cependant il me semble qne j'ai toujours eu nne petite tendance à croire en Dieu ?francis enne.LA COQUELUCHE VAINCUE A un enfant atteint de cette vilaine maladie, faites lui prendre quelques doses de BAUME HHUMAL Nous commençons aujourd'hui la publication da dernier roman de René Bazin : De toute son me; les lecteurs du Canada-Revue et dn Réveil ont déjà eu l'occasion de lire quelques binettes dn même autenr dans les colonnes t'e ces deux journaux, U est donc inutile ici de faire l'éloge de cet écrivain distingué.Les œuvres de René Bazin sont en vente à la librairie C.O.Beauche-min & Fils, 256 rue St Paul Montréal.TRAITE DU JEU DE "WHIST" I i introduction Le mot whist est une interjection qui signifie silence ! c'est dire que ce jeu exige une complète attention.Anssi regarde ton comme un axiome que le meillenr joueur de whist est celui qui approche le plus de l'état du sourd-muet.Le whist selon la définition de Matthews, est un jeu de calcul, à'observation et de position.Par le calcul, on apprend à diriger le jou et à tirer avantage dès lé début : par l'observation, on parvient, après quelques coups, à rendro le calcul presque inutile ; enfin, par la position, qui est la science la pins difficile à acquérir, on fait concourir le calcul et l'observation au succès de la partie.U exit te un grand nombre de traités sur le jeu de whist.Le plus ancien est celni d'Edmond Hoyle, qui a paru en Angleterre vers l'année 1750.La première traduction connue de cet opuscule a été publiée en France en 1766.Au nombre des continuateurs ou des.commentateurs de Hoyle, on cite Pigot, Payne.Jones, Matthews, Whitty, sous le pseudonyme de Bob-Bhort, Y Encyclopédie métliodiqm, [Académie universelle des jeux ; enfin, M.Deschappelles, qui a tracé naguère en style brillant et vigoureux la léga-isl-latiou du jeu de whist.Ces diffé ents ouvrages, malgré leur mérite réel, ne sont pas à la portée de tous les amateurs dn .whist.Les uns sont incomplets et ne conviennent plus à l'époque actuelle ; les autres sont trop savants ou trop volumineux pour 'être consultés avec fruit par les personnes qui font du jeu un délassement et non une laborieuse spéculation.C'est pourquoi uous avons entrepris le présent traité, qui résume en pen de pages la théorie du whiat et la codification des lois, règles et conventions généralement admises dans les salons et dans les cercles.II termes techniques 1.Appeler ou Chanter: Lorsqu'au whitt en dix points, nu des partis est à huit, et que l'un des partenaires a deux honneurs dans 204 LE REVEIL la maiu, il a le droit de le faire connaître en disant : J'appelle ou je citante.Si son partenaire pent montrer un autre honneur il gagne la partie sans jouer le coup.Appeler se dit aussi du droit qu'ont deux de partenaires do luire jouer à leurs adversaires une carte que eutix-ei ont montrée.2.Atouts : Cartes de la couleur indiquée par la retourne.Faire un atout vent dire levée ; couper, c'est jeter un atout sur une autre couleur dont ou a aucune carte.8.Oit Ki.k.m : Faire le chelem signifie faire les I reize levées.4.Carte-roi : La plus haute carte restante d'uue couleur.ô.Consolation : Ou appelle ainsi les fiches qu'on est convenu de payer en sus des parties gagnées pour gain de la robre.0.Couleur : Ou dit les quatre couleurs par allusion aux cœurs, pique 3, t relies, carreaux, quoique les cartes ne soient réellement que de deux couleurs .7.Défausser : Jeter une autre carte que l'atout sur une couleur qu'on u'a pas.8.Donne : Le joueur qui eu tiraut pour les cartes prend la plus basse, donne les cartes on a la donne.!*.Doriii.K: Gagner la partie avaut que les adversaires aient marqué cinq au whist en dix points, trois au whist en cinq poiuts, six au whist aux tricks doubles.10.Dumhy [le mort] : Quand on joue le whirt à trois personnes, la quatrième maiu vacante prend le nom de mort et se joue à découvert sur la table.11.Fine- se : La finesse consiste à gagner un avantage, par la manière dont on dirige son jeu.12.Forcer : C'est jouer la couleur dont le partenaire ou l'adversaire n'a pas, afin de l'obliger de mettre uu atout pour gagner la levée.18.Honneurs: On appelle niusi Vos, le rot\ la dame et le valet d'atout.14.impasse : Faire une impasse, c'est ne pas jeter la carte maitresse de la couleur qui est jouée.15.Invite : C'est jouer nue petite carte de sa couleur la plus forte eu nombre ou eu qualité, pour inviter sou parteuaire à y mettre uue carie gagnante, et tacher de prendre la levée et reu-voyer de la même couleur.16.Long atout : C'est avoir en main le ou les derniers atouts, tons les antres ayant été 17.Love: Terme anglais qni signifie an whist rien, zito.Par exemple two love deuxà point.'''Pi _ 18.Main (avoir la) : C'est donner ; être m mains, c'est commnv-ncer à jouer.On appelle aussi mains les levées, mais improprement.19.Marque : Le nombre de points marqués.Ou dispose les jetous devant soi de la manière suivante ponr marquer les différents points : 1 2 o 4 o oo ooo oooo Ou bien : o o 00 6 7 o 00 000 0 000 0 0 o o 0 0 0 00 0 o 00 o 0 0 0 0 00 0 o 00 o 00 00 0 o 20.Navette : C'est la manière de jouer de deux partenaires qni, ayant chacun une renonce, jone chacun la couleur dont l'antre n'a pas et emp oient ainsi leurs atouts séparément à couper.21.Phaser: Faire échange du jeu de cartes avec lequel ou devrait donner, contre le jeu de cartes dout se servent les adversaires : chose défendue nu whist, à moins du consentement préalable et unanime des joueurs.22 Points ; Ce que l'ou gagne par les levées ou les honneurs.Dix points constituent la partie : elle est triple lorsqu'un des joueurs est h dix points avaut que les adversaires n'en aient aucuu ; double, quand ils n'en ont que cinq, et enfin, simple, quand ils out cinq et an-dessu*.Quatre honneurs comptent quatre poiuts ; troii honneurs deux points.Chaque joueur ayaut chacun 18 cartes, le nombre des levées doit être nécessairement de 11.et la différence des levées décide des points, à partir de la sixième seulement.Si donc un côté fait sept levées, il marque un point ponr cette septième levée, nommée par les Anglais odd-trick, ou levée impaire, le parti opposé n'en ayant que six Huit levées se comptent deux poiuts, neuf levées trois points, et ainsi du reste.suivre J joués. LE REVEIL 205 FEUILLETON DE TOUTE SON AME PA» RENÉ BAZIN I Ils sortaient dos ateliers et des usines de la VilIe-eu-Bois, les mains et le visage ronillés par la fumée, par les débrin dn fer, dn enivre, du tau, par la poussière qui vole autour d-s poulies en marche.Sept heures sonnaient eucore à des horloges en retard, et c'était vers la fin de mai.due doucur était dans l'air.Us sortaient.Le rondement des machines diminuait ; ' au-dessus des ch 'minées de briqua, les spirales de charbon en poudre commençaient à s'amincir ; des voix s'élevaient entre les murs de la rue Hautière et dn vieux chemin de Gonëron, dans la partie haute Nantes, voisine de Chantenay.Heure saisissante où le travail lâche son ar niée par la ville ! Recrues, vétérans, filles, - femmes, petits auxquels on aurait donué dix ans, si le timbre de leur voix et la perversité précoce des mois n'avaient révélé en eux de jeuneaJiom-mes, ils se divisaient au delà des p>rtes des usines, montaient, descendaient, coupaient par les ruelles, vers le gite où la soupe les attendait.Les groupes sa formaient en route.Les femmes retrouvaient leurs maris ; les frères, les amants, les camarades logés dans le même garni se rejoignaient, sans hâte, sans plaisir apparent.Quelque chose de morne et d'usé, même chez lea jeunes, ternissait l'éclat dea regards ; le poids de la journée pesait sur tout ce monde, et la faim com-m nul tit en eux.Ou se disait des chose lourdes, des plaisanteries sans entrain, des bonsoirs rapides.Cependant, il y avait, ça et la.des visages roses de gamines ; des têtes imb-rbes et vagues, d; jeunes Bretons des pays d'Auray et de Qui m-per, que l'usine n'avait pas encore entamés ; des yeux qui s'en allaient, levés, avec nn rêve, quelques aunciens, rudes comme de vieux soldats, qui tenaent dans leurs mains de* mains d'enfants, ot marchaient sans rien dire, dans une joie lasse et muette.Le veut souillait de la Loire, de la mer lointaine.Des grappes de lilas, débordant l'arête des murs, en deux ou trois endroits pendaient sur la foule grise.Uue partie de cette populati m ouvrière, — ceux qui étaient mariés on qui vivaient en famille, — laissant les autres se disperser dans les Le- ouivres de René Bazin son! en vente n la librairie G.O.llF.au-chimin Fils, 2^6 et JjS, nie Sa'mt-I'aul, Montréal.quartiers bas, montait vers les collines de Chantenay, d'où venaient des groupes pareils qui retournaient à Nantes.Au milieu de chassé-croisé de blouses, de jaquettes, de corsages de percale m il ajustés sur des jupons défraîchis, un homme, nn bourgeois, eu haut du chemin de la hautière, avait arrêté sa charrette anglaise.U était grand, avec une figure-jeune et empâtée déjà, qu'allongeait uu peu la birbe noire en pointe Son Costa me, de coupe soignée et d'étoffe commune, la façon dont il tenait les guides, indiquaient, aussi bien que U bon goût du harnais et les tons calmes de la peinture, une famille riche, parvenue depuis au moins quinze ou vingt ans Que faisait-il là, au milieu d'ce peuple dea usines que tant de ces pareils évitent volontiers, quand ils le peuvent, et sans savoir pourquoi ?Il aurait pu tourner et d»sceudre par quelque rne voisine, moins encombrée.Mais nou, il restait, un peu penché en avaut, sur le coussin de drap bleu, les mains gantées, le fonet croisant les guides lâch -s, les yeux fixés en avant, sur l'étroite rue en pente Dévisagé par tout les ouvriers qui passaient, durement par quelques-uns, indifféremment par les antres, salué rarement d'un coup de chapeau honteux, montré, du bout du bout du doigt, par les bandes de femmes eu cheveux qui cambraient la taille et riaient, d'uue mauvaise envie, fascinées par le nickelage des boucles et le vernis de l'attelage, il regardait les fils d'hommes qui ae suivaient, du même regard impassible de maître habitué aux foules.A peine aurait-on pu saisir, dans l'expression reposée et t-rne de son visage, une nuance de pitié et de tristesse, quand certains de ceux qui frôlaient les roues de la voiture affectaient de ne pas saluer, ou.se retournaient en disant : " C'est le fils à Leniarié ! " Le mot courait, comme transmis par une force électrique, le long de la voie toute brune d'hommes eu mouvement ; il courai- et revenait, chuchoté sur tous les tous, de l'indifférence, de l'élonuemeut ou de la colère so.irde : " Le fils à Lemarié ! le fils à Le-marié !" Lui, cherchait quelqu'un*.Tou1 à coup, sa main qui tenait le foaet s'éleva au-dessus des guides, et fit signe.Un jeune homme d'nne vingtaine d'années, qui montait au bras de deux autres de son âge, tourna la tête vers lui.Ses camarades essayèrent de le retenir, par enfantillage insolent et presque inconscient.Il s'échappa, s'approcha du marchepied, en touchant le bord de son chapaau de mauvais feutre, et il attendit Ses yeux aigus, d'nn grW changeant, avait rencontré ceux 'du fils du bourgeois qui 206 LE RÉVEIL l'appelait, et il dressait sa tig un?en lame de couteau, barrée de denx petites moustaches droites, sa figure vivante, ardente, où se reflétait le continuel remuement de la passion, comme si des houles se fussent écroulées et reformées sans cesse an fond de ses prunelles.— Antoine, dit posément M Letnarié, est-ce que votre oncle va mieux ?— Non, il ne va guère.— La miiu ne revient pas ?A t-il pris les remèdes que ma mère avait envoyés ?— Il crie une partie de la nuit, dos fois.El; puis, c'est le tremblement qui le gêne.— Pauvre homme ! — En effet ! Des remèdes, est-ce que ça sert quand on a la main écrasée .' Persoune ne croit qu'il ne guérira, voyons ! C'est de la comédie, tout ça Lui faudrait sa pension, monsieur Le-marié ! Celui-ci, un peu embarrassé, répondit, on regardant le bas de la me : — Que voulez-vous?U fera bien d'esayer encore.•» mais qn'il y aille lui-même ! Pas de lettre, pas de menaces timbrées, surtout ! Ça ne réussit pas avec mon père, vous le savez bien, Antoine.— Il ira, n'ayez pas peur ! répondit le jeune homme, dont uu rire haineux tendit en ligne droite les lèvres'.Il ira, et puis on le mettra à la porte comme moi.En voilàuu pourtant qui a travaillé trente ans dans l'usine.Vous lui devez un bou morceau de a-os chevaux et de vos voitures.De sa main gantée, Victor Lemarié, voyant qne des camarades approchaient, fit signe à l'ouvrier de continuer son chemin.— Vous oubliez, dit-il froidement, que pendant trente ans mon père l'a fait vivre.Je voulais simplement d ¦mander des nouvelles de Madiot.Pour le reste, je ne suis pas le maître.L'homme s'éloigna de trois pas, puis revint, en enlevant, cette fois, à moitié son chapean : — Et si vous étiez le maître, monsieur Lemarié ?Victor Lemarié n'eut pas l'air d'entendre, et regarda de nouveau vers le creux du chemin, d'où montaient toujours des bandes inégales d'hommes et de femmes.Au-dessus de la terre piétinée, une graude poussière s'élevait maintenant, et le soleil s'élevait maintenant, et le soleil couchant, à la hauteur des toits, la traversait et la dorait Peudant uue minute, l'ouvrier, qui avait rejoint ses compagnons, attendit pour voir si le lils du patron lui répondrait ou s'il fouetterait le cheval.Puis, il tourna les talons, et se perdit dans les groupes qui avaient dépassé la voiture et que poussaient d'un mouvement continu Im foules venues d'en bas.Elles étaient déjà plus sombres, ces foules, et plus lamentables, dans le jonr qni diminuait.Parmi elles, Victor Lemarié n'attendait pins personne.Il assistait, les yeux vagues, à ce long défilé d'êtres inconuns, tous pareils, qui se succédaient à intervalles réguliers, comme les anneaux d'une chaîne.Et il soutirait, dans le fond de son âme qni n'était pas mauvaise, dam son amour-propre aussi, de sentir contre lui et si près de lui tant de haine imméritée.Elle l'enveloppait, l'étreignait.Il était resté droit im son coussin de drap, aussi froid d'apparence, ayant l'air d'être occupé de quelque scène lointaine, si bien que des gens se détournaient pour examiner la partie basse de la rue, vers l'usine ; mais il ne fixait son regard sur aucune figure ni sur ancuue scène déterminée -, de tout's let imagea mobiles que recevaient ses yeux, une seule image se formait et il la contemplait ; c'était la foule grise qui n'a qu'un visage et qu'un nom, l'ouvrier d'usine qui roulait, le frôlait, continuait son chemin, n'ayant que denx sentiments, la lassitude du travail et la haine du riche." Que leur ai- je fait, pensait-il.Pourquoi étendre leur inimitié jusqu'à moi, qui ne suis pas leur patron et qui n'ai pas affaire avec les ouvriers de mon père ?Une des choses qui ont adonci en moi le regret de ne pas être mêlé à la vie active de l'usine c'était que j'é'happerait à la défiance de ceux-ci.Et ils me traitent en ennemi-né.Quelle affreuse guerre, que celle qui nons range ainsi en deux camps, sans qie nom le voulions! Que de fautes il a fallu, de la part de ceux qni possèdent, pour en arriver là ! Et qne c'est dur d'être détesté de la sorte, de l'être ici, ailleurs, partout, à cause de l'habit que je porte ct du cheval que je conduis ! " Ils montaient toujours.Cependant les rangs s'espaçaient.Quelques vieilles femmes, marcheuses traînantes, indiquaient que l'arrière garde défilait.Les pointes des hautes branches, les tuiles des pignons, les cheminées blondes de lumière, émergeaient de l'ombre où les choses basses étaient plongés.Car là-bas, derrière Chantenay, le soleil devait mourir et tremper son globe fauve dans la verdure des herbes ; des voiles de bricks et de goélettes, tendues par le vent qui fraîchissait .blanches seulement au bout des hunes, remontaient sans doute la Loire, de l'autre côté des maisons, là, tout près, Daus l'ouverture du cheraiu, le peu qu'on apercevait de LB REVEIL 207 la ville, entre les toits d'usines, se voilait d'une brume venue du fleuve et qui gardait encore la transparence des eaux bleues.Une vitre ét incelait, très loin.Victor remarqua aussi que les hautes cheminées des manufactures avaient cessé de fumer, et que les petites, autour de lui, partout, se couronnaient de l'humble panache couleur de cendre, qui se tordait, s'élargissaient et ee perdait dans l'air, signe qu'on était rentré ; que la famille se retrouvait ; que, pour une heure de veille bien courte et bien douce, la mère avait tous ses enfants autour d'elle.La journée était achevée.Et de rentir cette harmonie rétablie, et de la savoir si brève, et de penser qu'il y en avait nne autre, aussi nécessaire, et détruite cependant, brisée à jamais peut-être, il éprouvait une tristesse mêlée de colère contre ceux qni sont venus avant nons.U était d'uue génération qui souffre des rancunes amassées par les antres.Il sentait, d'ailleurs, plus de pitié que de courage.Et cela encore l'assombrissait et l'humiliait.Quelques pas de là.sans qn'il s'en doutât, sous le couvert de quelques arbustes et d'nn cèdre qui tonnait son jardin, un vieux prêtre habitué de la paroisse Sainte-A nne, se promenait, regardant le même horizon et pensant aux mêmes choses.Eu dehors du qnartier, il était presque aussi inconnu que ces humbles qu'il secourait.Chaque soir, quand l'armée de l'usine montait, ce vieil ami sans lassitude et saus récompense humaine sortait, gagnait la motte pelée de son cèdre entre les branches duquel on voyait tonte la ville, et, écoutant marcher, de l'antre côté du mur, cette misère qu'il connaissait, ému de la même sorte depuis douze ans qu'il venait là, il disait cette prière qu'avait composé son cœur tout simple : " Seigneur, bénissez la terre qui se voile, bénissez la ville et la banliene, les riches la-bas pour qu'ils aient pitié, les pauvres ici ponr qu'ils s'entr'aiment : surtout les pauvres, mon Dieu, et envoyez au-devant du père qui rentre les enfants avec l'ange qui les fait sourire.Ecartez les querelles entre les époux ; mettez la paix eut re les frères ; rendez heureuse pour tous la seule heure où il sont ensemble, les petits et les grands, afin qu'aucun d'eux ne vous maudisse ; qu'ils vous aiment plutôt, Seigneur ! Je vous prie pour tous ceux qui ne vous ne prieront pas ce soir, je vous aime pour tous ceux qui ne vous aime pas encore, je vous donne ma vie pour qne la leur soit meilleure et moins dure.Prenez-la! si cela vous plaît.Amen." Dieu ne la prenait pas.U la savait inutile.Le chemin était devenu tout sombra et près* que désert.Victor Lamarié rassembla les guides .et descendit an pas.Bientôt tournant par les rues du faubourg.il gagna l'avenue de Launay.et coupa au plus court vers le boulevard Delorme, où il demeurait.Les becs de gaz étaient allumés dans le jour très diminué.Victor Lamarié menait à grande allure.Au moment ou il arrivait à l'angle de la rue Voltaire, une jenne fille, qui allait traverser, recula, uu peu effrayée, et remonta sur le trottoir.Elle leva la tête, et, comme il la saluait, s'inclina légèrement- Dans le salut du jeune homme, il y avait eu cette hâte qu'un homme éprouve à se découvrir devant une ftmmr jeune .et agréable, et aussi quelque chose d'étonné qn'on aurait pu traduire : " Est-il possible que cette charmante fille soit la sœur do l'ouvrier qui m'a parlé là-haut ?" Dans le salut 'd'Henriette Madiot, rapid), à peine indiqué, rien ne trahissait la coquetterie, la surprise, on même une attention vive.Elle était de ces ouvrières fines, souples, toujours pressées, qu'on rencontre le matin dèi huit heures, deux par deux, trois par trois, filant snr la trottoir, vers l'atelier de la couturière ou de la modiste.Uu rien les habille, parce qu'elles sont jeunes, — que deviennent les vielles dans ce monde-là ?— et ce rien est délicieusement chiffonné, parce qu'elles ont des doigts d'artistes, un petit goût à elles et vingt modèles à copier.Quand elles ont passé, la rne perd uue grâce.Il y en a qui toussent et qui rient.Elles sont du peuple par le geste quelquefois, et toujours par leurs mains piquées, par l'ardeur fiévreuse; et la vaillance de leur vie ; elles n'en sont pas par lenr métier, ni par le monde où leur esprit pénètre, ni par les rêves qu'il leur donne! Pauvres filles, dont la mode affine le goût et désoriente l'imagination ; qui doivent aimer le luxe pour être habiles ouvrières, et sont par là plus faibles contre lni ; guettées à la sortie de l'atelier, considérées comme une proie facile à cause de leur pauvreté élégaate et de leur libeité nécessaire, entendant tout, voyant le mal d'en bas ct devinant celui d'en haut, resaisies par l'étroitesse de leur condition quaad elles rentrent le soir, et toujours comparant, qu'elles le veuillent ou non, le monde qu'elles habillent avsc celui d'où elles sortent.L'éprenve est dure, presque trop, car elles sont jeunes, délicates, aimantes, et plus que d'autres sensibles à la caresse des mots.A suivre 208 LE BÊVEIL Compagnie d'Assurance sur la Vie du Canada Siege Social, Meatrea ROBERTSON MACAU LA Y.Président Hon.A.W OGILVIE/Vicc-Président.IT.B.MACAULAY, Secrétaire.I IRA B.THAYER, Sur't.(dea*Agences d.F.JOHNSTON, Assistant Surintendant des Agences.L'année 189Ï a, jusqu'à mainteuaO été plus satisfaisante encore que 189* Elle montrera sans aucun douce un augmentation tont à fait anormale Cela veut dire beaucoup pour la com paagnie spécialement si l'on consi dère la crise commerciale qui se fait sentir partout.Ce résultat est surtout dû au fait que le " SUN " du Canada est devenu tout à fait populaire.L?police sans condition et son habile e prudente direction ont fait leu œuvre.-UNE AUTRE RAISON — l «Tarai Le " SUN " du Canada est la pre mière compagnie qui a introduit 1 police sans conditian ce qui a pen dant de longues années été nue de principales attractions de ses polices.Cette compagnie a.depuis fait un pas de plus en avant et émet des polices non confUcv bles.Le contrat d'assurance d'nn porteur de police ne pent d'après ce privilège et aprâs avoir été deux ans en vigueur étrt résilié aussi longtemps que sa réserve esé assez élevée pour acquitter une prime qui, sans qu!il ait besoin de le demander, est payée sons forme d'un emprunt remboursable à volonté.DEMANDEZ A NOS AGENTS DE VOUS EXPLIQUERA SYSTEME Capitaux assurés au 81 décembre 1891.$88,196,890 08 Actif au 81 décembre 1899.,,.6,888,142 60 Revenu pour 1896.1,886,258 00 O.LEGER, Gérant Département Français pour la ville et le District de Montréal TÊTE GRISONNANTE bt menacée DES CALVITIE On ente ce danger par l'uiage u La Vigueur des Cheveux d'AYER."Il y n près de quarante ans, apres quelques semaines tie maladie, mm cheveux commenceront à grisonner et se mirent ù tunilier si rapidement quo je fus menacée de calvitie imminente.Ayant entendu parler.fit termes élogieux Ai la Vigueur dea.Cheveux d'Ayer, je commençai' I usage de cette préparation; et je fus si satisfaite des résultats, que je n'ai jamais essayé l'usage d'autres pommades.Elle empêcha mes cheveux de tomber, provoqua une nouvelle pousse et me garantit le cuir chevelu contre les pellicules.Une seule application de temps en temps me conserve la chevelure dans sa n m leur naturelle.Je n'hésite jamais à recommander n'importe quelle médecine d'Ayer a mes amis." -Mrs.H.M.HAtoirr, Avoca, 111.La Vigueur des Cheveux d'Ay rnfrAKitE t'Ait m 1R.J.C.AYER t Os., LOWELL, MASS., U « K BO YEARS' EXPERIENCE Patents tradb Marks Disions Copyright» Ac Anyone sending « iketeh add description ma» quickly ascertain our opinion, free whether «n Invention » probably patentable.Communies- tlonsstrlctlycontldeMlal.HSdbookon Patents •ent free, oldest agency for securing patents.Patent» taker) through Mutin k Co.receive •penal notice, without cbnnje.Jn the Sckniiflc American.Unreat.clr-Ter AhandsomelyIllustrated weekly, culatton of an?selentiflo Journal.Terme.13 a jear i four months, II.Sold byall newidealer-.MUNN & Co.3818^— New York Branch Offtce, mi I' St., Washington.U.C.
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