La ruche littéraire et politique, 1 juin 1859, juin
RUCHE LITTERAIRE.Volumr III.JUIN 1859.Numéro 4.DE L'HOMME DE LETTRES.et de bon influence hub la societe.{Suite.) Kpoqar Honulnt-.I.La Grèce avait dû sa civilisation A l'influcn-ce des lettres; Rome ne dut son prodigieux accroissement qu'A la puissance des armes et A la politique de son sénat.Pendant plusieurs siècles, lecrour du peuple romain ne battit que pour la conquête.Après l'asservissement de l'Italie vint la destruction de Carthage; après Carthage, l'Espagne; après l'Espagne, la Gaule, la Germanie, les royaumes de l'Asie et de l'Afrique.Tant qu'il y eut sous le soleil une nation indépendante, les aigles romaines reprirent, sur la foi des oracles, leur vol victorieux, et la **".'.e du Tibre devint la capitale du monde.Lea richesses de l'univers s'entassèrent dans ses murs ; les chefs des nations vaincues, captifs et enchaînés, rehaussèrent l'éclat de ses triomphes.Durant tout ce laps de temps, la carrière militaire fut la seule honorée.Elle seule conduisit ans plus grandes dignités ; la plupart des familles patriciennes lui durent leur origine éclatante.II.Pendant que les soldats romains combattaient nu dehors pour la gloire nationale, le peuple luttait nu dedans pour sa liberté contre les envahissements des patriciens.Chaque jour des disputes s'élevaient nu milieu des places publiques, et le forum fut plusieurs fois ensanglanté.Cee querelles sans cesse renaissantes furent Clquefols apaisées par l'Image de la patrie on ger.Pour y mettre un terme, le peuple obtint la création de quelques magistrats qui sous le nom de tribuns étaient chargés de dé- fendre sa cause dans les assemblées.Cette création donna naissance A la science du droit, dont les Romains furent les véritables fondateurs.L'éloquence devint dans leur bouche une arme terrible, et souvent l'épée du guerrier recula devant la toge de l'avocat : l'éloquence devint bientôt indispensable pour arriver aux honneurs.La carrière militaire et celle du barreau furent A peu près les seules que connurent les Romains ; le commerce y fut peu estimé, et n'y fut exercé que par les dernières classes.En dehors de l'armée et du barreau, aucune carrière ne leur parut mériter une attention sérieuse.III.Ln carrière littéraire fut donc A peu près inconnue A Rome.Aussi, nous ne trouvons véritablement d'hommes de lettres qu'au siècle d'Auguste, c'est A dire A l'époque lu plus brillante de l'histoire romaine.Aux époques antérieures, elle se trouve presque constamment confondue avec celle de l'homme politique ou du jurisconsulte.Ge fut une singulière société que la société romaine au temps des Césars.Lorsque la fortune publique te fut accrue de tout l'or dei nations vaincues, U» moeurs se transformèrent, et le luxe le plus effréné remplaça l'antique simplicité des premiers Ages.Ce grand peuple blasé se lança dans toute sorte de rumne-ment s inouïs : il lui fallut des amusements grandioses comme sa puissance.Tout homme politique qui voulut donner carrière A eon ambition fut obligé de lui faire des distributions d'argent, et de bâtir de nouveaux cirques ou de nouveaux théâtres.Le théâtre de Balbus contenait treats mille spectateurs.Le théâtre de Marceltus, terminé par Auguste, en contenait également trente mille, et celui de Pompée, bâti A son retour d'Asie, n'en contenait pas moins de quarante mille.Le grand cirque élevé par Jules César usait des proportions gigantesques : il avait plus de 122 LA BUCHE LITTÉRAIRE.six cents mètres, carrés, et recevait environ 260,000 spectateurs.Il fut encore aggrandi sous l'empereur Constance.IV.La spectacle était d'accord avec les immenses proportions de la scène.On comprend combien une couvre littéraire, renfermée dans les étroites limites d'une tragédie ou d'un drame, aurait paru froide à ce peuple guerrier.Il fallait, pour l'émouvoir, que l'arène fut arrosée de sang humain.Trois genres de spectacles étaient donnés dans les cirques : ils ne différaient entre eux qne par une cruauté plus ou moins marquée.Dans l'un, on exposait les hommes i la fureur des bêtes féroces ; dans l'autre, les bêtes féroces se déchiraient entro elles ; dans le troisième, des hommes armés se massacraient entre eux.Sylla, prêteur, fit combattre en un jour cent lions A crinières ; Scaurus fit égorger cent cinquante panthères pendant son édilité ; et César, dictateur, donna le spectacle de trois cents éléphants combattant contre trois cents lions.Les combats des gladiateurs avaient quelque «hose de plus féroce encore.Gordien, édile, donna quelquefois des combats de cinq cents paires de gladiateurs ; Trajan en fit paraître dix mille en un seul jour, pour célébrer l'anniversaire de son avènement au trône.Sous Néron et sous Domitien on vit, au rapport de Tacite, des sénateurs et des femmes de premier rang se prostituer publiquement sur l'arène.Les frais que ces spectacles occasionnaient A l'Etat étaient immenses.Sous les guerres puniques, ils n'avaient été que de deux cent, huit cent, trois mille piastres par jour ; sous Claude, ils s'élevèrent A la somme énorme do quatre-vingt millions do sesterces, environ trois millions de piastres.V.Les fortunes privées avaient grandi dans les mêmes proportions que la fortune publique.Dans cette société profondément ma té rial is te, lu découverte d'un plat nouveau ou d'une volupté nouvelle était accueillie comme nn grand événement.On se mettait A table A la sixième heure du jour, et le repas se prolongeait fort avant dans la nuit, A la clarté de mille flambeaux.Tout le génie des Romains était passé dans l'art culinaire ; un bon cuisinier se payait au poids de l'or.On aurait peine A croire aujourd'hui aux sommes fabuleuses dépensées dans un seul do leurs repas, si le fait ne nous était attesté par les auteurs les plus dignes de foi.Duns nn festin de réception, Lucullus dépensa, d'après le récit do Pline, la soiumo de $91,905.Le filsd'Esopu8,le tragédien,faisait dissoudre des perles dans des essences et les buvait avec sou vin : on prétend que ebaque perle lui revenait A $50,000.Jules César dépensa une fois dans un souper politique, pour fêter sa réconciliation avec Pompée, le revenu de trois provinces, plus de cinq millions de piastres.Cette société dégénérée, sans principe et sans croyance, semblait frappée de vertige : elle avait accepté pour devise cette maxime d'Epicure : Vivre demain ; e'est vivre trop tard : vie aujourd'hui ! VI.L'empereur Auguste, au milieu de ce débordement de vices, conserva une simplicité de mœurs qui contraste singulièrement avec celle de ses successeurs.Quoique petit de taille, il semblait fait pour dominer une telle époque.Suétone nons a tracé son portrait : il avait cinq pieds un pouce environ.Ses cheveux étaient bouclés, tirant sur le blond ; ses oreilles, moyennes; ses yeux, extrêmement grands, ver-dâtres, si brillans et si pleins de feu, qu'il était difficile d'en supporter l'éclat.Il avait des sourcils qui se rejoignaient, le nez aqnilin, lc3 dents un peu écartées, courtes et rouillées, et le teint légèrement basané.Il habitait sur le mont Palatin une petite maison fort modeste, dont on voit encore quelques ruines.Les portiques en étaient peu spacieux, et les colonnes simplement en pierre.On n'y trouvait ni marbre ni pavé précieux ; sa vaisselle, ses tables, ses ameublements atteignaient A peine ù l'élégance d'une fortune ordinaire.L'été comme l'hiver, Auguste habitait la même chambre ; il eût été impossible, danB cette ville si pleine de luxe, de reconnaître dans cette habitation la demeure du maître du monde, si l'on n'eût aperçu des gardes qui en surveillaient les abords, comme dans un camp.11 avait dû ses succès plutôt A la fermeté de son caractère qu'A ses talents : il avait compris qu'A nn tel peuple il fallait un maître, et le pouvoir était venu se placer de lui-même dans sa main.VII.Une telle société, enlaçant chacun de ses membres dans un réseau centralisateur, devait être pou favorable au développement du génie littéraire; cependant le siècle d'Auguste donna naissance à quelques hommes de lettres de premier ordro.Cela tient A des causes que nous expliquerons plus tard.Son règne, au lieu d'être le commencement du despotisme, fut plutôt le magnifique coucher du soleil de la république romaine.La littérature latine fut loin toutefois d'avoir la puissante originalité de la littérature grecque ; elle porta toujours en elle le cachet de l'imitation.Elle ne fit que reproduire ct calquer servilement tous les chefs-d'œuvre de la Grèce.Cicéron s'exerça souvent lui-môme à traduire lo grec, et ce fut par cette lutto bardio entre la mélodieuse délicatesse de la langue do Platon ct t aspérité de la langue latine, qu'il parvint A la composition de cette phrase harmonieuse ct redondante A laquelle il a donné son nom.Virgile le plus grand de tous les poètes latins, imita presque toujours Theocrite et Homère : il traduisit tout son second chant de YEniidt de Pisandre, poète grec, et il fut loin de surpasser son modèle.Properce initia les Latins aux chœurs sacrés de Philétcs et de Callimaque.Catulle copia Sapho et Anncréon ; et Tércncc LA RUCHE LITTÉRAIRE.183 le premier de ses auteurs comiques, emprunta la forme des poètes grecs, et surtout de Mé-nandre.La littérature romaine prit donc une couleur et un vêtement grecs : elle ne garda d'Individuel que ce qui faisait le caractère dis-tinctif de sa physionomie.Rome fit pour sa littérature ce qu'elle avait fait pour ses institutions politiques: elle s'assimila les inspirations, les doctrines, les mœurs de toutes les nations vaincues, et au-dessus de tout cela elle plaça la grande image de 1» patrie et de ses aigles triomphantes tenant le monde dans leurs serres.VIII.Dans le principe, la langue latine ne fut qu'un dérivatif de la langue étrusque.Elle fut plutôt le vocabulaire de brigands que l'idiome d'un peuple civilisé.La carrière littéraire y manqua toujours de ce qui fait la force et la grandeur de sa mission, c'est-ù-tlire de liberté : cependant, après la conquête do la Grèce, elle y jouit d'uno certaine considération.On rapporte quo Pompée, venant pour rendre »i.sitc & Possidonius, célèbre philosophe, défendit au licteur de frapper à sa porte, suivant l'usage ; et celui qui avait vu l'Orient ct l'Occident à ses pieds baissa ses faisceaux devant la maison d'un littérateur.Marins, ce paysan d'Arpinum, qui semblait peu apte à apprécier le mérite littéraire, rechercha l'amitié des poètes Arcbias et Plotius.Malgré cela, rien ne fut plus ingrat et moins productif que cette profession.En Grèce, la littérature était cultivée par les premières familles ; à Rome, elle fut souvent l'apanage des dernières classes do la société.Térence, Phèdre, Horace, le favori d'Auguste, étaient des fils d'affranchis.La littérature dramatique offrait seule quelques ressources aux poètes, encore ces ressources étaient-elles bienminimes.L'Eunuque de Térence rapporta à son auteur huit mille sesterces, environ $320.Cette somme parut même si exorbitante qu'on eut soin de l'inscrire après le titre de la comédie.Palnte, ayant perdu la petite fortune qu'il avait ramassée au théâtre, se trouva obligé, pour vivre, de travailler dans une pistriue à tourner la meule d'un moulin, ct il finit sa vie dans la dernière misère.IX.La profession d'avocat obtenait une tout autre récompense.Presque tous les jurisconsultes romains vécurent dans le luxe et laissèrent à leur mort uno grande fortune.On assure que Cicéron reçut environ deux millions do sesterces ($828,000) pour défendre P.Bylla, accusé de complicité avec Catilina.Sénèque, dont la vie fut si peu d'accord avec les préceptes, écrivait ses plaidoyers sur une table d'or massif.Varron, l'homme le plus savant de son siècle, avait une fortune royale.Il possédait des bergeries, des haras, des parcs, de spacieux pâturages; ses troupeaux hivernaient en Apulie et passaient l'été sur les monts voisins de Rietl.Il avait des biens de campagne, grands et productifs, un d Cumes, un autre à Tusculum, un troisième A Pomplinum, et un quatrième plus magnifique encore sur les bords du lac Cassin où l'on admirait une superbe ménagerie des animaux les plus rares.X.L'empereur Auguste, parvenu au faite de lu puissance, améliora beaucoup la position des hommes de lettres.Il admit Horace, Ovide et Virgile dans sa familiarité la plus Intime ; mais en échange de ses bienfaits, il exigea leurs complaisances et leurs éloges ; l'homme de lettres subit la volonté du maître et se fit courtisan.Virgile reçut des domaines considérables : sa gloire fut grande de son vivant.Un jour qu'il parut sur le théâtre de Naples, les spectateurs se levèrent avec respect, et lui rendirent les mêmes honneurs qu'à l'empereur lui-même.Les gens de lettres de cette époque jouèrent, à leur insu sons doute, un rôle déplorable, et amenèrent en partie les désordres épou vantablt s et la dégradante corruption qui signalèrent la décadence romaine.Ils préparèrent peu à peu les esprits à l'obéissance ; ils adoucirent insensiblement ct changèrent en admiration les regrets de la liberté.V.Paterculus se constitua le flatteur de cette bête féroce qu'on nommait Tibère ; et Valère Maxime, empiétant sur son exemple, ne craignit pas de prodiguer son encens à Séjan digne ministre d'un tel maître.XI.Cette complaisance envers le pouvoir fut assurément très coupable, mais ello fut en quelque sorte obligée.L'homme de lettres ne fut pas comme en Grèce un homme politique : la puissance ombrageuse des empereurs ne lui laissa aucune autorité.La servitude était d l'ordre du jour ; les plus hauts fronts se courbaient devant la volonté du chef, et ceux qui se permettaient de penser autrement étaient brutalement supprimés.La question de dignité morale n'était plus rien pour le peuple : les jeux du cirque ct les combats de gladiateurs étaient tout pour lui.La voix du poète parlant au nom de la liberté ct do la justice n'aurait donc trouvé nul écho.Les âmes étaient fermées à l'honneur : la vieille vertu romaine était morte avec Caton se déchirant les entrailles, ct avec Brntus dans les plaines de Philippcs.Horace fut le véritable poète de cette société voluptueuse.Issu du peuple ct lié avec les plus grandes familles de Rome, il sut allier aux instincts populaires toute l'élégance d'un esprit raffiné.11 avait dans sa jeunesse affiché des idées républicaines, et pris parti pour Antoine dans sa lutto avec Octave.Après la bataille d'Actium, il comprit que la liberté était désormais éteinte, et il se retira de la vie publique en répétant le mot de Brutus : " O vertu, tu n'es qu'un nom !" XII.Présenté par Virgile à Mécène, il fut entraîné à la cour, qu'il éblouit bientôt par l'attrait de son esprit et les charmes de sa conversation.Sa philosophie fut celle d'un sceptique, sa vie fut celle d'un voluptueux.Auguste lui offrit des richesses; il n'en prit que ce qu'il lui fallait LA RUCHE LITTÉRAIRE.pour vivre gaiement sans souci du lendemain.8a lyre chanta tour i tour l'amour, le plaisir et le vin.—C'est l'heure, disait-il, de boire et d'ouvrir une dense légère avant que le néant n'englou-tisse ea proie.Lorsqu'il quittait la cour, il allait à sa poétique retraite de Tibur, immortalisée dans see vers.LA, au doux bruit des cascades murmurant A son oreille, le front couronné de lierre, la coupe en main, il s'enivrait de volupté sur le sein de Lydie, et effeuillait les roses de Pré-neste ou courant des ondes limpides.En vain la liberté descendait de plus eu plus dans la tombe ; en vain la pierre angulaire se détachait du vieil édifice romain ; en vain ou entendait dons le lointain les Barbares frapper aux portes de l'Empire; le joyeux épicurien eborchait l'oubli dans les yeux de sa maîtresse, et cliasjait comme importune l'image dc ln patrie en deuil.XIII.La vie du ponte fut exempte d'ambition : il refusa l'emploi de secrétaire que lui offrit Auguste.Il savait combien est capricieuse l'amitié des grands, et il préféra à une grandeur trompeuse une existence tranquille.La société romaine était condamnée A mort ; loin de s'apitoyer sur elle, il allait danser et rire sur sa tombe.L'empereur mendia souvent ses éloges et ne les obtint pas toujours.—" Je suis irrité contre vous, sachez-le bien, " lui disait-il dans une de ses lettres : vous ne " parlez point de moi dans vos épi très.Crain-" driez-vous d'être diffamé auprès de la posté-" rite en paraissant avoir été mon ami?" Horace est assurément la figure la plus saillante des hommes de lettres de ce temps-là, car, comme nous l'avons déjA dit, c'est lui qui caractérisa le mieux le scepticisme dc son époque.Malgré sen esprit et sou désintéressement, son influence fut pourtant funeste.Il y a quelque chose qui fait mal dans son éternel sourire, on croit y lire l'absence de toute croyance et le profond mépris des hommes.Ses écrits furent l'incarnation de l'esprit matérialiste dans sa société corrompue.On assure que Néron fut un de ses lecteurs nssidus : Horace fut vraiment le poète d'une société mourante.XIV.Si les hommes de lettres ue brillèrent pas toujours par leurs vertus publiques, ils se firent du moins remarquer par leurs Qualités privées, l'aménité de leur caractère, la douceur de leurs manières, lu bienveillante amabilité de leurs relations sociales.Ils furent toujours sensibles A l'amitié, cette vertu dee grondes Ames et des notées ecrurs.Rien n'est touchant comme l'admirable correspondance de Cicéroa et d'A t-tiens.L'amitié la plus étroite lia Horace et Virgile ; quoique rivaux ea poésie, ils n'éprouvé-rent lassais les aiguillons de celte basse jalousie qui distingue lee note res vulgaires.Lorsque Virgile statii la mort s'approcher dc lui, il dessouda eee tablettes : Preues soin d'Horace comme di moi-même, ' écrivit-il A Augusta.Il èn fut de même de Tibulle et d'Ovide, et plue tard de Tacite et de Pline le Jeune.Lorsque vint l'ordre barbare qui exila Ovide sur les rives du Pont-Euxin, Rome accueillit la fatale nouvelle comme un malheur public : Tibulle laissa croître sa barbe et pousser ses cheveux; la lyre mêla toujours des soupirs de tristesse A ses chants d'amour.Cette noble amitié des gens de lettres fut quelquefois partagée par let hommes politiques les plus importons : le grand Seipion avait une véritable affection pour Terence le comique ; César affecta toujours de rechercher l'amitié dc Cicérou; et Mécène, l'homme le plus puissant dc l'empire après Auguste, fit sa société habituelle des poètes de son temps.Phèdre le fabuliste, quoique affranchi, fut toujours reçu et fêté dans les premières maisons des patriciens.XV.Auguste avait vu monrir tous les grands littérateurs, et lui-même ne tarda pas à les suivre.En mourant il emporta dans su tombe lc génie littéraire de Rome.Autant sa tyrannie avait été douce et intelligente, autant celle dc ses successeurs fut insupportable et féroce.La décadence des lettrés fut précipitée par la servitude publique commencée sous son règne.Tous les vices, toutes les hontes et toutes les dégradations semblaient s'être donné rendez-vous a la cour des Césars.Tacite nous a tracé, dc main de maître, lc tableau des turpitudes de cette époque, où, suivant sa magnifique expression, il était également dangereux de parler et de se taire.Les délations, les exils, les supplices furent le cortège habituel des empereurs.Les hommes de lettres furent rares dans cette période : ceux qui parurent no furent pas toujours exempts de faiblesses et de lèches complaisances.Ils assiégèrent quelquefois les anti-chambres, et mendièrent les faveurs; c'était le malheur des temps.Mais s'ils ne surent pus toujours tien vivre, ils surent du moins bien mourir.Sénèque avait près de quHtrc-vingts ans lorsqu'il tomba en disgrace.II s'ouvrit les veines, ainsi que sa femme Pauline, qui ne voulut pas l'abandonner A cette heure suprême.Lucain avait débuté jeune dans la carrière littéraire.Ses succès promettaient un digne successeur au chantre de YKniUt.Néron ne put lui pardonner d'avoir fait l'éloge de Pompée et de Brutus.Lucain, a pre s quelques hésitations, sentit son âme grandir en face de la mort ; il récita jusqu'à son dernier souffle des vers républicains.Triste époque que celle où le suicide, devenant la vertu des grands cœurs, était le seul refuge contre un despotisme sans limites ! XVI.Cette période ne fut pas cependant stérile.Elle vit naître deux hommes qui furent lee vengeurs de lu vertu proscrite : ce furent Jnvénal, satirique implacable, et l'auteur des Jmmln, écrivain sublime, qui voua aux imprécations dc l'histoire tonte cette cohue des vices humains Parmi les empereurs, si quelques-uns se firent LA BUCHE LITTÉRAIRE* r • » remarquer eu milieu des mœurs farouches de leur époque par une certaine douceur de caractère, ils ne le durent qu'A la culture des lettres et de la philosophie : tels furent Trajan, Antonin, Marc-Aurèle.Les lettres s'éteignirent doucement.L'empire était menacé de toutes pasts ; d'un côté, (Vêtaient les barbares qui renversaient ses murailles ; de l'autre, c'était l'Evangile qui renversait ses dieux.Une lueur se fit entrevoir du côté de Byzance, puis l'esprit humain se reposa pendant plusieurs siècles.Telle fut l'époque romaine : ses hommes de lettres n'y jouèrent en politique qu'un rôle se- ndaire, et pourtant elle ne fut pss sans grandeur.Par ses armes, elle prépara l'unité politique ; par ses jurisconsultes elle établit la science du droit, et jeta les bases de nos codes modernes.Par une étonnante singularité, ce fut A Rome que prit naissance la première feuille périodique dont l'histoire fasse mention.Jules César, pour répondre aux fausses nouvelles, créa une espèce de Moniteur quotidien, sous le nom à?Acte* diurnauz du peuple romain ; de telle sorte que celui qui prépara les chaînes de Rome, fut également celui qui créa le premier journal, ce grand levier de l'affranchissement des sociétés modernes.(Fin de l'époque romaine.) A 1AIIK.la mklaxcomb.Les rêves de malheur s'accomplissent toujours.Je rêvais, et voilé de cela bien des jours Et même bien des ans ; mais je me le rappelle, la levais que la vie A mes regards si belle, Si helle A son printemps, si riante d'abord, N'était plus qu'un désert silencieux et mort.Poussé de tout côté par mon inquiétude, J'errais abandonné dans cette solitude, De tristesse et d'ennui j'allais enfin mourir.Hais Maris apparut; je cessai de souffrirI Im sont veaus ces jours que j'avais vus d'avance, Ils sont venus ces jours voués A la souffrance, lit sont venus ces jours désolés du malheur, Iks seat venus tomber écrasants sur mou cœur.Ht mon cœur u'eu peut plus supporter l'amer- [tume .le seas que je succombe eu mal qui me consume.Mes pas sont chancelants, mon front est abattu ; Et si pour rappeler un reste de vertu Ma bouche su ciel encor murmure une prière, Des larmes A l'instant inondent ma paupière.Jour et nuit cependant, pour calmer mon cha- [grin, J'invoque un nom puissant que nul n'invoque en fvain.A ma voix suppliante, ô me mère chérie, Vous ne répondes pas lorsque pour moi la vie M'est plus qu'un briaement cruel et que mon cœur Ne peut plus soulever le poids de sa douleur.Je m'égare, laseasé ! pardonnes-moi, me mère, Ja pleure sacor, c'e4t vrai, mais A vos pieds j>*- (père.Moa rêve tout entier per vous s'accomplira, Vues se chères mes pleurs,mon cœur vous bénira.UBSUI UILLIOX.LA CI0I\ M JEANNETTE.Quoique rude, escarpée, inégale et boueuse, la rue dés Blanct-Manteaux est peut-être une des rues les plus fréquentées de Paris.Tont le jour, il circule sur ses trottoirs étroits tout un monde d'hommes, et de femmes, de toutes les classes de la société, fourmilière bigarrée, où toutes les Individualités sont confondues, où tous les costumes se coudoient.C'est uns succession de passants chargés de paquets de toutes les dimensions et de toutes les formes, une animation qui commence A-huit heures du mutin pour durer jusqu'au soir.C'est que c'est dans la rue des Blanct-Mm-teaux qu'est située l'administration centrale du Mont-de-Piété.Le Mont-de-Piété I ce nom seul éveille dan» l'esprit du penseur bien des réflexions sérieuses ; il rappelle bien des histoires drôles et comiques, bien des aventures tristes et désolées ; le rire et les larmes, le vice et la vertu, la pauvreté honteuse et la richesse dissipatrice.On ferait un livre rempli d'intérêt, tout émaillé d'actualités palpitante! et de détails inédits, eu publiant tous les mystères de turpitudes, d'infamie et de misère qui conduisent dans ce gigantesque capharnaùm do l'usure cette multitude aux physionomies si diverses.Le hasard m'a fait assister dernièrement A un petit drame qui s'est déroulé dans la salle des ventes de cette administration.Le selle des ventes du Mont-de-Piété de Pari» ne diffère des autres locaux de ce genre que par sa vaste proportion.C'est un immense parallélogramme dans lequel se vendent, A certain* jours déterminés, les objets qui a'oat pas été dégsgés dans les délais fixés par les règlement».Donc, il y a quelques mois, je me tt ou vais par hasard dans cette immense enceinte, au milieu d'une cohue de curieux ou d'intéressés.J'examinais avec indifférence la scène qui se passait sous mes yeux, lorsqu'une voix de femme, faible et tremblante, résonna A mes oreilles.— Est-ce que j'arrive A temps ?chevrotait la voix.Ma pauvre croix est-elle encore IA ?Je me retournai et je vis alors A mes côtés une petite vieille, pauvrement vêtue, mnis propre dans sa mise, oui se hissait sur la pointe de ses sabota et tâchait de découvrir un objet sur le bureau des vendeurs.Elle émit tout émue et de grosses larmes remplissaient ses yeux.Enfin elle poussa nne exclamation dans sa joie.— La voilà, monsieur, me dit-elle, la voilà, ma pauvre croix I et elle me prenait les main» et elle m'aurait embrassé de joie.— C'est que ma croix, continuait-elle, c'e*t mon seul bien ; elle a été le premier ami de mon enfance, elle a été le dernier cadeau de ma pauvre mère mourante, et si je l'avais perdue, je crois que je serais morte de chagrin.Et elle riait, elle trépignait d'aise, et tout ls monde souriait autour d'elle ; mais indifférente A tout, elle continuait avec volubilité : — Vous permettes que je vous parle de ma croix, monsieur, me dit-elle en ¦'adressent à 126 LA RUCHE LITTÉRAIRE.moi, cela me fera prendre patience, ca attendant quo je puisse la toucher et l'embrasser.— d'est uno bien vieille croix ea or, émailléo avec de belles pierres vertes tout alentour ; co fut le cadeau de noco que mon pauvre père fit i ma mère, et je me rappelle qu'étant tout enfant, lorsque la bonne femme me faisait sauter sur ses genoux, je m'amusais à tourner et retourner dans mes petites msins le précieux bijou dont les pierres étincelaient sous mes regards.Plus tard, quand je grandis, cette croix devint l'objet do mes désirs et de mes rêves de chaque jour.Quelquefois, le dimanche, quand elle me faisait belle, ma mère me la mettait au cou, et je me promeaais toute fière de ce beau joyau au milieu de mes petites compagnes, qui me regardaient avec envio ; le jour de ma première communion, on me la laissa toute une semaine et, ma mère m'avait promis de me la donner le jour de mon mariage.Hélas I je devais entrer bion plus tôt en possession de l'objet de ma convoitise ; un jour, ma mère me la passa, en pleurant, autour du cou.— C'est tout ce que je possède, ma fille, me dit-elle en m'embrassaut, et je te lo donne ; que cette croix te rappelle les derniers vœux de ta mère mourante.Sois toujours pieuse et bonne, et n'oublie pas que le seul héritage que je te laisse est le souvenir d'une vie irréprochable.Le lendemain, j'étais orpheline.Depuis, j'ai vécu au jour le jour, gagnant mon pain en travaillant, et soignant mon pauvre vieux père, que le bon Dieu m'a conservé.Elle est bien difficile, allez monsieur, la vie d'une pauvre fille qui veut rester honnèto.Mais quand j'éprouvais quelques défaillances dans ma pauvre existence, lorsque les mauvaises pensées me venaient à l'esprit, jo regardais ma croix, je pensais à ma mère et jo mo sentais consolée, et jo me remettais au travail avec courage et persévérance.L'année dernière, mon pero tomba malade.Il était bien Agé, lo pauvre homme, il avait 89 ans.Jo dépensai pour le soigner toutes mes petites économies, jo travaillai jour et nuit ; mais vint un jour où mes ressources furent épuisées, où mes forces faiblirent ; alors jo pris ma croix en soupirant et jo l'apportai ici ; on me donna vingt-cinq francs, et je m'en retournai lc cœur bien gros.Mais grâce à cet argent, je pus soigner mou porc, et Dieu n béni ces soins.Quand il fut guéri, il s'aperçut quo je n'avais plus ma, croix; il fallut tout lui dire: il se fâcha, il pleura.— J'aurais mieux aimé mourir, Jeannette, dim.— Et moi doue?répondis-jc en sanglotant et l'embrassant.Depuis ce jour, nous n'avons pas cessé de travailler pour pouvoir racheter co legs précieux, mon pauvre pére et moi.Ah ! nous avons ou bien du mal 1 Enfin nous avons pu y aboutir, et jo suis arrivée à temps et jo vais l'avoir.J'ai IA trente francs, jo l'aurai, jo l'aurai.Et mon pauvre pore sora-t-il heureux ! Il m'attend à lu porte; je n'ai pas voulu qu'il entre, j'ai craint l'émotion pour lui.En ce moment, la voix du crieur se fit entendre : —Une croix en or, entaillée avec émeraudes (vieux style).—Quinze francs.—Vingt francs, dit ma voisine.— Vingt francs, répéta le crieur.A ce moment, une personne s'approcha, examina le bijou.—Tiens, c'est vieux, dit-elle ; cela redevient de mode.— Vingt-cinq francs.—Trente francs, râla la vieille femme.— Trente-cinq francs, répéta la voix du crieur.La petite vieille s'affaissa sur elle-même.— Je ne les ai pas, dit-elle en pleurant, je suis perdue.— Trente-cinq francs, tonna lc crieur.Ma voisine était folle.Quarante francs, s'écria-t-elle, et son regard désolé me disait : " Je ne les ai pas.—Quarante-cinq.— Cinquante.—Soixante francs, dit triomphalement l'a-cheteusc.La petite vieille sanglotait.En ce moment, une nouvelle voix s'éleva A nos côtés : — Soixante-dix.La lutte recommença avec lc dernier enchérisseur.— Soixante-quinze.— Quatre-vingts.— Cent francs.La croix fut adjugée à un jeune homme qui se trouvait près do nous ; il la reçut en souriant et, regardant la pauvre vieille, il la lui glissa dans les mains.— Gardez-la, ma bonne, lui dit-il, jo ne rachèterai pas ma montre ; et il disparut.Ivre de joie, Jeannette sortit en embrassent sa croix ; je ln suivis à distance, et je la vis de loin qui embrassait un vieillard sous lc porcho de la grande porte.Et elle lui montrait la croix ; et elle lui racontait sans doute ce qui venait de so passer ; puis ils disparurent à leur tour alertes et joyeux.En m'en allant, j'aperçus, caché dans l'angle dc la rue, le jeune homme, qui les regardait s'éloigner les larmes aux yeux, LtTDovic nu Baictb.La licence, cette hardiesse de la liberté, est l'acte qui franchit les limites, «oit des nuages, des convenances, de la raison, dc la justice, de la morale ou dc la loi.Née du dérèglement, elle peut conduire à la faute, à l'abus, au vice et à l'insubordination.L'abus, cette témérité brutale de la force, cette hardiesse iudélicate do la position, est un excès dc pouvoir, un manque do probité.C'est un devoir que dc faire le bien, quand on lc peut, et autant qu'on le peut. LA BUCHE LE NIAflABA.un de ces lieux où l'on croit voir aire ln roue à ce paon magnifique, qu'on appelle la nature.victor hugo.a m.le marquis de m.i.Sne pourrait ajouter ma clameur S la Hionne, ou obscurité neuve à sa splendeur ancienne, et mes vers à «es flots toujours en action ?anéanti, laissant dans le ciel chanter l'ange, le poète s'arrête et, pour toute louange, pose un point d'admiration ! ainsi je méditai quand, du haut du rivage, je plongeai du regard dans le gouffre sauvage ; devant cet infini je compris mon néant, la peur mit un bâillon sur ma voix périssable quand, au soleil levant, je me vis, grain de sable, face à face avec le géant.kt tout autour de mol semblait pris de vertige, l'arbre sur aon rocher et la fleur sur sa tige ; les chênes frissonnaient ainsi quo des roseaux ; lea pins n'osaient rien dire au vent qui lea balance ; tous les bruits do la terré, enfin, faisaient silence autour du tonnerre des eaux.je m'assis sur la mousso.o grandour ! 6 tempête ! rugissement du ilot que la vague répète t cri suprèmo que jette un fleuve en succombant ! — oh 1 je m'élancerais, joyeux, dans la mort noire, si je pouvais, couvert d'un arc-eu-ciel de gloire, faire autant de bruit en tombant I II.où sont les syllabes exactes pour représenter a l'esprit l'emportement des cataractes, 80 ruant vers lo but prescrit.où pourrais-tu trouver, ô mage, fila de l'orient exalté, une plus grandiosu image de l'aveugle fatalité î une vague ceumeuse passe : kst-ce un vain rêve?est-ce un éclair?— non, car j'entends frémir l'espace, — non, car jo vois s'obscurcir l'air.fn avant le fleuve se run ; hien ne s'oppose a son dessein.plus d'un rocher, noire charrue, creuse un sillon blanc dans son sein ; mais qu'importe au monstrueux fleuve, a l'inéluctable torrent Su'un morceau de granit s'abreuve ans lo milieu do son courant ?en vain lo temps forma ces iles Sui surnagent dans la terreur ; mu ces obstacles inutiles ne font qu'irriter va fureur.voycs comme l'eau dans sa rage ronge cet tlot redouté, bouquet échoué dans l'orage, suspendu sur l'éternité t de ne roc, penchez-vous, livide, ceci répond-il a vos vœux f devant l'attraction du vide ken tes-vous roidir vos cheveux?LITTÉRAIRE.127 trembloz-vouB de ne voir personne.d'être là, les yeux égarés, seul, entre l'herbe qui frissonne et les grands chênes effarés ?contemples, spectacle aublime! de ce rocher vertigineux l'horrible beauté da l'abîme a la fois sombre et lumineux.de l'abtme que nul n'affronte, que pou admire eu frémissant, d'où le morne nuage monte, où l'arc-on-ciel joyeux descend.iris semble, en ouvrant son aile, faire planer en liberté sur cotte tourmente éternelle l'éternelle sérénité.car ce grand fleuve solitaire mêle, terrible et gracieux, toutes les horreurs de la terre a toutes les gloires des deux.liien, niagara I bien, tonnerre ! mêle ton bruit aux vents ailés fier, élance-toi de ton aire sur les rochers échevolés ! —poème admirable et sans règle, chaos effroyable et brillant, 8ne n'oserait visiter l'aigle, ù se plaisait chateaubriand ! chateaubriand, l'ame infinie.le lutteur, comme toi troublé, le grand cœur, l'orageux génie, sous lui-même, enfin, accablé.— rugis, ô fleuve où l'esquif sombra, et coule, de débris couvert! jette au ciel bleu ton reflet sombrai jaspo d'écume ton flot vert ! travaille sans fin et sans trêve a ton gouffre mystérieux et mis trembler au loin la grève au choc do tea bonds furieux! poursuis ton cours plein de désastres et fais gronder sinlstrement ton tonnerre affreux dont les astres ont peur au fond du firmament.iii.eh bien 1 tu couleras, un jour, calme et timide ; ta vague expirera sur ton rivage humide, molle comme un baiser d'amour du premier soir ; kt l'astre traversant l'étemel empyréo Verra tant do douceur dans ta vague azurée qu'il la prendra pour un miroir.tu ne mêleras plus au bruit do la ramure que des accents douteux, ineffable murmure; nul brouillard ne ceindra tes fraternels ilots les roseaux verdiront devant ta chute absente, et, sans lo moindre effroi, la vierge rougissante viendra se baigner dans tes flots.toute cette eau d'argent, nappo immense et brillants qui couvre de ses plis ton écluse effrayante, < 'oinine un autre déluge s grand bruit arrivant, et qui semble, d'en bas, quand la nuit est sans voiles, la tunique d'un ange accrochée aux étoiles et flottant au souille du vent.un jour, on la verra baiser, tranquille et lente, les méandres sans un de ta rive indolente.des saules voileront son cours de leurs rideaux.veuve de ces écueils qu'en nos jours elle lave, les fils de l'avenir la verront, souple esclave, apprendre ù porter des fardeaux. 128 LA RUCHE LITTÉRAIRE.Devant l'humanité la nature rtoule.L'aube de ea pars sera ton crépuscule.L'avenir à ton But dira :-Cest pour jamais ! — tans qu'on •fracas un roe 4 ta chute superbe, Tu subiras la loi qui régit le brin d'herbe la murmurant ;— Je me soumets.Tu la comprends delà, dans ta rude carriers, It.pWndedésespBV.tuboodUensrriere, O bseu fleurs uwtisn si Isr de ta splendeur ! Mais Dam ne pourrait rien contre la Destinée ; logis dene, aujourd'hui ! bondis ds roche en roclt Pais redouter k tous ta formldabls approche t IsbeUs, doubla sucor le bruit que tes flots font ! —Un jour, tu couleras, doux, patient, Adèle, lt le steamer puissant etUfaible hirondelle Riderontseuls ton flot profond! IV.Ainsi, dans son eseuset La nature, sans r suite, Mal sss eheft-d'oeu v re et les t rai u forme, Lasse de son éternité.LHmmushto et le véritable Ne sont pas de m moud* instable Qu'us* volante redoutable Mine toujours par un eoté: lt, dans les jours d'effervescence, Meuvent suur une entre nelassnce Tous les prodiges de puissance, Tous les muuslwi de beauté.Sans ss transformer, rien ne dure.Ifflns tWfVsTAUsl On voit s'sSsmilWr la'vsrdurs sr le surfers su Êuo4vsrll vagus osecaAs fraîche et nacrés irsut ss^ofesyly durée Quelques siècles gutiquea - U a jour, sur les choses g Ss rsrmsut des crêpes funèbres ; On voit sufttr daas les ténèbres Lss sujets fihlouisssmrnte.Quand Us ont passé sur la terre, Arrimaaii au milieu du deuil, Qu'ils ont, ¦ mutest tossrtemps, fait TMlts?VOtil (afoVmn%t_ IsMli* OCpJuts5tl, taire Un Twfe.sffrsnat ssrt 4 proches ou lointaine», «au.chutes hautsinss, les fontaines même niveau! Vsa llovss.L'Allll lUss'euvoalU.baa.en tsesseu, Mais lui ne peut les suivre et son aile impuissante Ne peut trouver d'appui dans les airs, chancelante.II rase las guérètset s'arrête soudain.De sa mourante voix U sassie, il module Un dernier chant d'adieu, qu'au temps du crépuseul* les fatras rediront coaame un écho lointain.ït'poirïfrèteroseau qu'un doui séphrr balance, Quand le Ciel nous sourit, au seuil de la sou (Trance, Ah i pourquoi u'es-tu pas le frère de Ytdùmî Avec toi, la douleur en serait moins amère: Et quand tu Is soutiens, sa peine passagère N'est qu'un Men court regret que l'on confie à Din !.' Québec, IS avril, Ils*.h.t.t.MUVIMIS IloTtlItlIES.On parlait dernièrement, A propos do u brochure intéressante du colonel Beateon, d'une lettre extrêmement attachante écrite par Montcalm à M.do Berrver, quelques semaines avant sa mort ; nos lecteu s liront avee plaisir cette lettre presque proplétlque dn caeveHrerque guerrier dont la glorieuse dépouille repose dan?les murs de Québec et qui a inspiré A notre collaborateur, M.L.J.0.Fleet, les halles strophes que nous publions A la suite do cette lettre.—(Rsu.Rucht.) " Monsieur et cher Cousin, " Me voici, depuis plus de trois mois, aux prises ovee M.Wolfe : il ae cesse jour et nuit de bombarder Québec, avee une furie qni n'u guères d'exemple dans le siège d'une place qu'oo veut prendre et conserver.II a déjà consumé par le feu presque toute la Russe-ville ; une grande partie de In Haute est écrasée par les bombes.Mais ne laissA-t-il pierre sur pic m, il ne viendra jamais A bout de s'emparer de cette capitale de la colonie, tendit qu'il se contentera de l'attaquer de la rive apposés, dont nous lui avons abandonné U possession.Aussi, après trois mois do tentative, n'est-il pus plus avancé dans son dessein qu'an premier jour.11 nous ruine, mais il m s'enrichit pas.La campagne n'a guères plus d'un mois A durer, A raison du voisinage de l'astomme—terrible daas cet parages pour une flotte, par lee coups de vent qui régnent constamment et périodiquement." 11 semble qu'après on si heureux prélude, la conservation de la colonie est presque assurée Il n sa est cependant rien : ln priée 4e Québec dépend d'un coop do main.Lee Anglais scat maîtres do la rivière: ils n'ont qu'A effectuer une descente sur la rive, où cette fille, sans fortifications et sans défense, eet située.Loi voiUeuéUtuemess^Mnterlas»teille«ii/> nt fourni plue rrftorr, «f eut k us sVsvni pus g o-gntr.M.Wolfe, en effet, s'il entend son nu • tier, n'a qu'A essorer le premier (bu, venir en* suite A grands pas sur mou armée, mire a bout portent sa décharge: mes Canadien*, sans discipline, sourds A la vois du tambour et des instrumenta militaires, dérangée pur cet escarre, ne sauront plus repreudw lenrs rangs Ils sont d'ailIturs sons bujeuuettee pour ré pou-dre A celles de leunemi ; U ne leur rosis qu'A fuir, et me voilé battu sans ressource.VoilA an position !.Position bien fAehtuse pour uo LA RUCHE LITTÉRAIRE.129 général, et qni me fait passer de bien terribles momeni.I * connaissance que j'en ai m'a fait tenir jnsqv'icl sur la défensive qui m'a réussi: mail rém*ire-t-elle jusqu'à la fin T Les événement en décideront ! Mail une assurance que je puis vous donner; c'est, que je ne survivrais pas probablement à la perte de la colonie.Il est des situations où il ne reste plus à un général que de périr avec honneur : je crois y être : et sur ce point je crois que jamais la postérité n'aura rien à reprocher A ma mémoire.Mali il la Fortune décide de ma vie, elle ne décidera certainement pas de mil sentiment— ils tout français et ils le seront jusque dam le tombeau, il dans le tombeau on est encore quelque chose 1 Je me consolerai du moins de ma défaite, et de la perte de la colonie, par l'intime persuasion où je suis, que cette défaite vaudrait un jour A ma patrie plu qu'une victoire, et que le vainqueur en s'ag-grandissait, trouverait un tombeau dam ion agrandissement même."Ce qne j'avance ici, mon cher cousin, vous paraîtra un paradoxe ; mais un moment de réfuxioo politique, un coup d'oeil sur la situation des choses en Amérique, et la vérité de mon opiaion brillera dans tout son lour.Non, mon cher cousin, les nommes n'obéissent qu'A la force et A la nécessité ; c'est-à-dire, que quand ill voientarmé de vant leurs ysus.ua pouvoir ton-joanprattttoujourtsuffisantpourleiy contraindre, ou quand la chaîne de leurs besoins leur eu dicte la loi.Hors de IA point de joug pour eux, peint d'obéissance de leur part ; ils sont A eux ; ils vivent libres, parce qu'ils n'oat rien au de-daas, rien au dehors, qui les oblige A se dépouiller de cette liberté qui est le plus bel a-paaage, la plus précieuse prérogative de l'hu-maaité.VoilA les hommes t—«t sur ce point les Anglais, soit par l'éducation, soit par sentiment, sont plus nommes que les autres.La gêae de la contrainte leur déplaît plus qu'A tant autre : Il leur faut respirer un air libre et dégagé ; sus cela ils soat hors de leur élément.Mais si os seat IA les Anglais de l'Kurope, c'est encore plus les Anglais d'Amérique.Uns grande partis de ces colons sont les enfans de ces hommes qui s'espatriéreat daas ces temps de trouble, oA lancienne Angleterre, eu proie aux divisions, était attaquée dans ses privilèges si droite, et allèrent chercher en Amérique une terre oé ils pussent vivre et mourir libres, et prcsquHndeseadants ; et ces enfants n'ont pas dégénéré des sentiments républicains de leurs pères.D'eu tree seat des hommes, esaesals de tout frets, de tout assujétissesseat, que le gou-vereesecat y a transportés pour leurs crisses.D'autres, eaAe, seat ua ramas de dliérentes ua-tiaas du risrope, qui tiennent très peu A l'an-citant Angleterre par le emur et le seatlmeat, team sa féaérai as se solicitai guerre du roi ni èm aarlssasat d'Aaglelerre.M Jt les cessais bien, noa sur des rapports étnagevs, suais sur des correspondance*, «t ésa msasmstluos secrètes, que j'ai utoMuéme ménagé ss, et daat ua Jour, il Dieu me prèle vit, je sierra» Mrs usage A l'avantage de ma patrie.Pesjssuwroltdtboebearpoureus.toesctscoloBi «sut parvesus dans ta étal très florissant ; Ils sont nombreux et riches ; ils reeueillont dam le sein de leur patrie, toutes les nécessités de la vie.L'ancienne Angleterre a été asses sotte, et assez dupe, pour leur laisser établir ches enx les arts, les métiers, les manufactures ; c'est A dire, qu'elle leur a laissé briser la chaîne de besoins qui les liait, qui les attachait A elle, Cl qui les fait dépendants.Aussi toutes cei colonies Anglaises auraient depuis longtemps second le joug, cheque province aurait formé une petite république indépendante, si la crainte de voir les Français A leur porte n'avait été un (rein, qui les avait reteam.Maîtres pom maîtres, ila ont préféré leurs compatriotes aux étrangers, prenant cependant pour maxime, de n'obéir que le moins qu'ili pourraient ; mais que le Canada vint A être conquis, st que les Canadiens et ces colom ne fussent plus qu'un seul peuple, et la première occsslon, oA l'socienne Angleterre semblerait toucher A leurs intérêts, croyes-vous, mon cher cousin, que les colons obéiront ?Et qu'auraient-ils à craindre, sn se révoltant?• •••••••• " Je ne puis cependaat pes dissimuler que l'encienne Angleterre avec nn peu de bonne politique pourrait toujours se réserver dans les mains une ressource toujours prête pour mettre A la raison ses anciennes colonies.Ls Csnada considéré dans lui-même, dans ses richesses, dans ses forces, dans le nombre de ses habitants, n'est rien en comparaison du conglobat du colonie* Anglaises ; mail la valeur, l'Industrie, m fidélité de ses habitants, y suppléent si bien, que, depuis plus d'un siècle, ils se bottent avec avantage contre tontes eu colonies; dix Canadiens sont suffisants contre cent colons Anglais.L'expérience journalière prouve ce fait.81 l'ancienne Angleterre, après avoir conquis le Csnada, savait st l'attacher par la politique des bienfaits, et se ls conserver A elle seule, si elle le laissait A sa religion, A ses lois, A sou bagage, A ses coutumes, A sou ancien gouvernement, le Csnada, divisé dam tom ses points, d'avee les autres colonies, formerait toujours un pays isolé, qui n'entrerait jamais dans leurs intérêts ;.mais ee n'est pas IA la politique britannique.Les Anglais font-ils une coaquAte, Il mut qu'Us chsngent la constitution du pays, Ils y partent leurs lois, leurs coutumes, ste.Ac.VoilA les Canadiens transformés ea politiques, eu négociant, en nommes infatués duet préteadue liberté qui enta la populace tlsat see veut ta Angleterre de la Hecace,.Je suis ti sur de ce qua j'écris que je et donnerais pas dis ans après la conquête du Caaada pour en voir raecompliastmeat.41 VoilA ee qui, comme Français, me console aujourd'hui du daager eminent que court ma pétrie, de voir cette colonie ptrdue paw elle." MOSVCALH." " Du camp devant Québec.24 d'août, 1758. 130 LA RUCHE LITTÉRAIRE.IMTCALI.poilu.Le* te aulnes, let mois te postent, Le canon tow e, nuis en vain 1 Dev .nt la ville de Champlain Wolfe témit, ses vœux se lassent ; Et déjà sur s» flotte on brûle de partir Sans de Montmorency laver lt souvenir.Set bataillons, torrents do lavo, Seront dignes de ton grand cœur, Mais enfin, pour être vainqueur 11 ne suffit pu d'être brave.-.A U gauche broyés, pourront-ils sous nos yeux, Au centre, à notre droite escalader les cieux ! * Horreur 1 l'ennemi dans sa rage Dévaste les champs, let lunieaux, Et let flammes au bord des eaux Partout signalent son passage».De ruines s'emplit l'héroïque cité : Qu'importe I a nous la gloire, à nous la liberté ! Mais que fait donc la noble France ?Sans doute elle arme l'océan.Non, pour l'honneur du drapeau blanc, AU» cour de Louis on danse i Juste ciel, qui permets ce cruel abandon, Grace, grâce pour nous, pour la France, pardon ! Ah ! si trop longtemps elle oublie Bon sang, son glorieux dépôt, Aux fleurs-de-lis l'Anglais bientôt Arrachera notro patrie.Aux armes I jeunes gens, vieillards et laboureurs : Montcalm commando encor : vous aurez des vengeurs ! La vietoire fc sa voix soumise A Carillon subit ses lois.Oawégo, mille autres exploits Ont fait rayonner sa devise! Un contre cinq, sans fer, sans secours «t sans pain, t Comme hier, Dieu le veut ! uous los battrons demain ! Dieu ne le voulut pas.», Un soir qu'avec mystère Le héros prolongeait sa ronde solitaire Vers un poste éloigné sur la marge des flots, On dit qu'uno ombre immense intercepta sa vue, Et qu'une voix profonde, ineffable, inconnue, Au milieu des éclairs laissa tomber co* mots : " Soldat, digne héritier de* preux do Charlemagne, Comme au sago Moïse, au bord do la montagne, Jo veux to révéler mes décrets éternels.Four la première fois, fils ni né de la gloire, Ma justice à ton bras refuse la victoire, En couronnant ton front de lauriers immortels." " Le peuple de Clovis quo j'armai do mon glaire, Etoile du matin, phare que sur la grève Je plaçai pour guider, sauver los nations : Nouvel ange déchu, le blasphème à la bouche.Foule aux pieds mos autels dans son orgueil farouche : A te* yeux, met bienfaits ne sont qu'illusions ! " " Tel qu'un arbre géant jetant au loin son ombre, Fidèle, il eut régné sur des peuples sans nombre : J'aimais A voir en lui lo roi de l'univers: Parjure,dépouillant ses branches encor saines, Dana l'empire du mal.qu'il vivo sans domaines Comme un tronc foudroyé sur les sables déserts !" * Wolfe avait assailli la gauche do l'armée do Montcalm au Sault do Moutmorency, où il avait essuyé une sanglante défaite.—Le centre et la droite étaient protégés par des rochers inaccessibles.t Montcalm en parlant de ses troupes disait dans une lettre adressée par lui à M.de Berner quelques semaines avant sa mort : " Us sont d ailleurs sans bayonnettes." "Plus tard, toujours rebelle à U vols qui l'inspire, guand il aura franchi dans son affreux délire es bornes que J'impose à son iniquité, Je veux qu'en sa fureur déchirant ses entrailles, Far l'exemple effrayant de tant de funérailles U instruise k jamais le monde épouvanté t" " Puis arrêtant ses pas au penchant de l'abîme, Suand il aura compris sa mission sublime, pure, pour toujours au creuset des douleurs, .Un jour il bénira son épreuve cruelle, Et de félicités sa part sera si belle, Que les rois envirout jusque» à ses malheurs ! " " Et tant qu'il soutiendra sa lutte colossale, Sous un sceptre étranger, k ce sceptre fatale, Cette terre bénie, uile de la roi, Héritant des vertu de la première France, Conservera toujours dans la paix, l'innocence, Le vrai, le seul bonheur : le culte de m t'M." " Mais toi, dont U sagesse honore ta pauie.Sut vois, lani murmurer, dam ton Ame flétrie, e te* vastes projet! l'édifice croulant, Jl u i pleures let destins de la France, ta mère, e te laisse A choisir dans ta tristesse amère, De longs jours fortunés ou la mort de Roland." Pondanti longtemps Montcalm, incliné sur ia plage.Prête une oreille avide au mystique langage Dont le tublimo accent le glace et le poursuit, Mali U n'entend plus rion que le vol de la nuit : Le sourd bruissement des ondes sur la rive, Du rossignol aimé la roulade plaintive, Du nocturne grillon le babil argentin, Et d'une sentinelle un cri vague et lointain.Le olel est doux et pur ; l'astre aux regards timides Se levant radieux du sein des Laurent ides, De ses rayons brisés mit miroiter les eaux, Et d'ombre et do reflets parsème los berceaux.Pareille A Jeanne d'Ara sur le bûcher funèbre, Consumée A domi sur sou rocher célébra, La ville étincelant loua ses blancs corselets, A l'horizon, là-bas, menace encor l'Anglais.Mai* lui, dans l'amertume où son Ame se plonge, Comme A peine éveillé du plus horrible songe, lt compte avee effroi les pas de l'avonir, Et voudrait do la nuit la course retenir.Tout-a-coup, dos rameurs sur la rado prochaine Entonnent le doux chant de "laclaire fontaine," Dont l'écho qui s'éteint lentement par degré Répète au loin les mots : "jamais ne t'oubllrai ;" Et ces sons répondant A son Ame attendrie Comme un demie* adieu do sa belle patrie : " Vous dont la majesté taisait trembler Sion ! " O Diou ! " s'écria-1 -il," béni soit votre nom ! " Mais si pour apaiser enfin votre justice, " Il faut sur vos autols un nouveau sacrifice, " Ah ! pour venger la foi, s'il vous faut un martyr, " Epargnez mon pays, et faites-moi mourir I" " Rien ne répond: tout dort!.Ah ! ma raison s'égare, ' Sur mes sons en délire un fantôme bizarre " Qu'enfantent les soucis, les veilles, les travaux, " Piano corn m o la mort aux abords des tombeaux I " Ils ne sont plus cos jours, où.déposant ses voiles, " Mer d'nzur que d'un souffle il a brodé d'étoiles." L'esprit daigna s'asseoir au foyer de* humain*, " Et soumettre ses lois A l'œuvre do ses mains ! " Quo lui fait co point noir qui roule dans lo vide f " Chaos où le hasard, où le malheur préaide ! " Mais que dis-je?Insensé! le doute ténébreux " Que l'enfer a vomi pour insulter aux cieux, " Nouveau-né do l'orgueil, ct fléau de ma race, " Jusqu'au fond de mon cœur, a-t-il déjà pris plate ?• Non, non, qu'il soit maudit 1 Quo la France A genou* " Du maître universel désarme le courroux ! " Mai* si, pour effacer aa faute passagère, " Il ne lui suffit plu* d'une ardente prière." Et s'il ne mut, mon Dion ! quo le sang d'un martyr." Epargnes ma patrie, ct faites-moi mourir !" **' HéiâuVii'ii'e«fe pVùa temps'! l'hourë fùït i l'heure aeuâioé." Et le Dieu de* combats fut pe icher sa balance»» LA RUCHE LITTÉRAIRE.131 " J'adore sot décrets : plus do vœux superflus ! " Je te perds, France, adieu ! jo ne te verrai plus I " Je ne survivrai pas à ta gloire ravie : " Dans ton sein déchire que m'importe la vie ! " Gémis sur tes destins, ne pleure pas mon tort : " Pour anoblir te chute il te fallait tn» mort !" " Et vous! Canadiens, race héroïque et fièrëi" " De la foi des croises, de leur sang héritière, " Qui toujours noblement aves suivi met pas, " A l'appel de l'honneur défiant lo trépas ; " Vous qui tachant braver votre longue souffrance, " Dans nos jours de malheur ue plaignes que 1» France ; " Germe qu'en ce beau toi Dieu lui-même a plante "Pour t'y faire fleurir, sainte fidélité! " Vous dont le tort futur m'inspira tant d'alarmes ! " Qui prodigue de sang, ne gardes que vos larmes ! " Je vous lègue mon cœur ! amis, peuple martyr, " Vous que j'ai tant aimés, adiou ! je vais mourir !" L'oracle s'accomplit : lo héros tint parole.Depuis un siècle il dort sous l'auguste coupole, Dana le lit quo la gloire avait creusé pour lui ! * Et sur ces bords fameux qu'illustra son courage, Tel qu'un flocon de neige, emporté par l'orage, Hon drapeau a'e*t évanoui.Vous quo Dieu nous ravit, nobles couleurs, grande [ombre ! Evoquant a regret les maux du passé sombre, Ces chants n'ont pas pour but d'accuser ses rigueurs ; Mais comme d'un ami dont ou pleure l'absence, Nous venons sans espoir vous parler do la France Toujours, toujours chère à nos cœurs ! L'esprit fort dans ces sons ne vena que chimères : Plus simples, mais plus grands, ces paysans, nos pères, No savaient quo mourir pour lour roi, leurs autels I Et leurs fils céderont, comme eux, dans cette histoire, Non pas à leurs rivaux, mais a Dieu la victoire ! A Dieu qui nous fit tous mortels ! i.J.c.fisbt.Québec, mai 1850.* Les restes mortels de Montcalm furent déposés sons la voûte du la chapelle des Dames Ur>ulincs do Québec, daus une cavité qu'avait formée une bombe rn «¦•datant.LE VIEUX CIATEAI IE LA FORET MIRE.Dans la nuit de Noël 1858, nous étions réunis enc douzaine d'étudiants, ù la taverne de YJigle •¦lore, l'une des plus renommées de Carlsruhc.Un bol confié à mes soins avec la mission importante de remplir les verres, toujours vides, de mes joyeux compagnons.Comme ces voiles pudiques ct ces rideaux déserts, où l'amour délicat aime A renfermer ses plaisirs mystérieux, un nuage épais, formé de la fumée qui s'échappait de uos pipes, confondue avec la vapeur du généreux breuvage, s'étendait mollement sur nous et nous enveloppait de toute part.Nos figures n'apparaissaient 411e confusément, semblables à ces images fantastiques que l'on voit voltiger il travers les brouillards du matin, r.vant que les rayons du joyeux soleil levant aient dégagé l'horizon du voile qui l'obscurcit.Les rudes atteintes que nous avions portées au noble vin, commençaient A opérer sur nos cerveaux ; la conversation, presque aussi nuageuse que l'atmosphère qui nous enveloppait, raenaçuit do devenir bientôt tout à fait chari-varique, quand la porte de In salle s'ouvrit ct 1 ivra passage A notre ami Wildherr le peintre ; il s'avança pâle, triste ct soucieux comme d'habitude ; mais son arrivée n'en excita pas moins an mouvement général d'intérêt.— Bonjour, Wildherr.Tu es un brave garçon d'être venu.Et les verres, frappés i coups redoublés par nos couteaux, appelèrent l'hôte, qui arriva avec un nouveau bol et un verre de plus.Wildherr s'assit à table, répondant par un serrement de main A ceux des amis qui étaient près de lui : mais il gardait le silence ; ses yeux erraient tristement autour de lui, et quand son regard rencontra celui d'Arnold Blatnenhagen, placé à l'autre bout de la table, il tressaillit si vivement que nous ne pûmes nous empêcher d'en faire la remarque.— Eh bien ! dit Arnold, qu'os-tu à tressaillir de la sorte ?Te fais-jc peur ?— Ce que j'ai ?répondit Wildherr avec embarras et en détournant les yeux, je n'ai rien.je ne sais.Comment te portes-tu Arnold?— Par le diable I Wildherr, tu me dis cela d'un air contraint, qui ne convient pas à un bon camarade.— Je ne suis nullement contraint.N'interprète pas mal co que je te dis ; je suis malade, comme vous le savez tous ; pardonnez-moi mes bizarreries.Le fait est que, depuis longtemps, Wildherr semblait accablé par un mal cruel ou quelque peine secrète.Lui qui jadis était l'âme de nos parties do plaisir, n'était plus reconnaissablc.Chaque jour, sa tristesse augmentait, son front devenait plus sombre, sa santé plus chancelante Nous l'aimions tous ce bon Wildherr.Il était si généreux, si brave, plein de talents et de nobles pensées.Nous étions désolés de ne pouvoir pénétrer la cause de cette noire mélancolie qui usait sa vie.Ce jour-là, enhardis par le vin, nous réunîmes nos efforts pour le presser de nous instruire de ce qui le préoccupait ; Arnold surtout y mi4, tant d'instances qu'il ne put uous résister Apres avoir trempé ses lèvres dans un verre de vin, qu'il eût vidé d'un trait quelques mois avant, Wildherr nous parla ainsi, tandis que nous l'écoittions en lançant de nouvelles bouffées de tabac dans le brouillard odorant qui nous étreignnit.Mes chers amis, je suis presque tenté de vous remercier do la manière pressante dont vous m'avez engagé à vous faire ce terrible récit.Kt puis vous pouvez m'aider de vos conseils Dans tous les cas, c'est à votre honneur et i votre discrétion que je confie ce que vous aile» entendre.Vous savez que j'entrepris, vers la fin de l'été, un voyage pédestre à travers la forêt Noire, duns l'intention de dessiner et de publier les sites les plus remarquables, les ruines intéressantes qui existent encore nu milieu de la forêt.J'étais parti de Carlsruhc, le cœur léger ct joyeux, occupé de pensées bien différentes de colles qui m'accueillirent depuis, et ne m'altcndant guère aux scenes dont je devais être témoin.Le troisième jour de mon voyage, vers onze heures d'une belle matinée, j'avais déjA esquissé plusieurs paysages La chaleur était étouffante.Coucbé derrière un buisson, je reprenais des forces avant de monter sur la colline, sur laquelle sont situées les ruines du vieux château d'Adlerabourf, ces 132 LA BUCHE LITTÉRAIRE.nobles débris du moyen-âge.J'aperçus bientôt dans le sentier que je Tenais de quitter quatre personnes qui le gravissaient péniblement.Il y avait d'abord an bonne d'une cinquantaine d'année», rigoureux encore et dont la taille droite et majestueuse loi aurait fait donner un âge bboIbs avancé.J'ai rarement rencontré one plus belle figure que celle de cet homme ; son front bout et dé» convert, ses yeux biens et pleins de feu, ses sourcils et ses moustaches noires, ses cheveux grisonnant, mais épais et frisés ; cet ensemble donnait i sa physionomie on caractère de mar-tiale franchise, tel qu'un artiste aurait pu le désirer pour peindre un noble soldat.A côté de lui, et soutenue par son bras vigoureux, marchait uno Jeune fille de six ans environ, fraîche ot Jolie comme les fleurs des églantiers qui nous entouraient.Un antre homme, dont jo no pus voir la figure, maie jeune et d'une belle taille, donnait le bras à une femme jeune aussi, admirablement belle, pâle, mais dont la personne respirait nne langueur pleine de douceur, une mollesse ravissante.Ses yeux noirs veloutés, couronnés de sourcils d'ébène, étaient Mimés d'une Inexprimable volupté, i laquelle aae teinte do mélancolie ajoutait un nouvel attrait.Les yeux à demi fermés par le sommeil qui me gagnait, je suivais avee plaisir ces voyageurs qui, semblables A dee esprits de la forât, glissaient silencieusement devant moi.Lo sentier serpents entre les broussailles et dans le sable, jusqu'au sommet de la colline et vers le milieu de In montée ; ea passant sous un berceau de ronces, de roeiers sauvages et de plaatee de toutes espèces, Il fuit un circuit dnns uuravlnaasesprofond,creuséparleséboulements du sable.Les deax jeunes gens ne tardèrent pas A prendre l'avance snr leur compagnon plus Agé, arrêté A chaque instant par les espiègleries de In jeune fille ; ils suivirent le sentier sans s'apercevoir, A l'entrée du ravin, qu'une trouée faite Anns le taillis, permettait d'arriver par un chemin plus direct et plos facile A l'extrémité do estai oA ils s'oagognient.Co dernier, A ln vérité, malgré lee accidents qui to hérissaient, était beaucoup plus agréable que l'autre par la chaleur qu'il faisait, Lo soleil no perçant qu'A do rares Intervalles le dense do verdure qui s'arrondissait au-dessus de leurs tètes, Ils jouissaient d'une fraîcheur quo le chemin le plus direct no leur aurait point oflurt Arrivée au milieu du ravin, précisément tu fhoe de l'endroit oA j'étale étendu, ln Jeune dusse s'assit pour reprendre haleine, sur uno pierre couverte do mousse, et eon Jeune cavalier oe plaça prés d'elle.Ile restèrent IA quelques nannno, attendant tours compagnons et respirant les suaves émanations des rosiers et dee égtoutiart, an gasouillemeut des oiseaux qui vcé^igeatoatdunsUfcuUlée.C'était vraiment uns) situa tion pleine do charme.Je n avais jasants inspiré d'air aussi pur que cette brise p assurai i de In furet.U dame avait été son ehofcuu de paille, sus autre cheveux, dont la ehoW avait déformé ho boucles brillaatse étsJont smiumloo eut see épautos, rt relevaient la laantheot de sou cou.Elle ee plaisait, lorsque le vent les soulevait, A diriger leu: vol vers la figure de son compagnon, oui, lea {feux fixés sur elle, semblait en extase.L'amour e plus passionné brillait dans les regards de, cette femme charmante.Je ne pouvais m'em-pôoher de porter envie A l'amant d'une femme aussi belle.Les autres voyageurs n'avaient pas Suivi le sentier du ravin.La petite fille s'était élancé* dans ht trouée dont j'ai perlé, et avait entraîné l'homme A cheveux gris.Tandis que la petit* folle faisait, ea chantant, une ample moisson de fleurs, je ne vis pes sans ua serrement de cœur involontaire, cet inconnu suivre la ligna directe du chemin.Chaque pas qu'il faisait le rapprochait des autres voyageurs, et un funeste pressentiment m'avertissait qu'un drame nllah commencer devant moi.Retenant mon haleine dans la crainte d'èt;» aperçu, je voyais avec effroi les deox jeune* gens entraînés per le charme de leur amour.Le vieux soldat n'avait plus que quelques pas a faire pour arriver A l'extrémité du chemin, et de 1A sa vue plongeait daas le ravin.J'aurai i voulu pouvoir avertir de son approche les imprudents qne j'avais devant lee yeux ; mais avant que j'eusse pu prendre un parti, U n'était plu j temps.La mousse sur laquelle il marchait amortissait le bruit de ses pas.H arriva silencieusement derrière les malheureux et s'arrêta comme frappé de la foudre.Je vis son visage se couvrir d'une pâleur livide.Il lança sur eox ua regard que Je n'oublierai jamais ; mais son émotion passa comme un éclair ; il étendit son poing fermé comme s'il eut proféré un horrible serment, grimaça ua sourire amer qui me glaça d'effroi, au moment même oA le bruit d'ua baiser arrivait insqu'A lui.—Il n'était plus temps.George s'élança, mais trop tard.Un seul cri, mais affreux, retentit.Puis j'entendis le sifflement d'un corps qui fendait l'air, frappent A droite et A gauche, avec un retentissement sourd.Puis enfin un choc terrible.Mes yeux se voilèrent ; au moment où George sentait déjA l'étreinte du poignet de fer du colonel, je serais tombé dans le fossé du chateau el l'étroite ouverture de la meurtrière et', permis A mon corps de passer.La pauvre petite fille était aux pieds dc st-: père et criait : —O maman I Je ae vis plus rien.Je fus rappelé A la vie par un cri effrayant.Je jetai un regard dan » In tour, George n'y était plus.Lo colonel, lee habits ea désordre, comme rs une lutte désespérée, emportait la petite dans ses bras.II sortait promptement des ruines.Je m'élançai sur ses pas; to voulais arrêter ce misérable; mais un portefeuille que £ramassai prés dn puits m'arrêta quelques étante qui suturent pour rendre nn poursuite veine.Lorsque J'arrivai A la porte, je ne pus que voir le colonel descendre rapidement le colline, se Jeter dans nne voiture qui, sens doute, _« *__A -Il-A-«- - l'avait amené, et tout disparut enfin dans un not do poussière, dorée par les rayons do Je m'évanouis de nouveau.soleil LA RUCHE LITTÉRAIRE.133 Wildherr se tut.Nous-mêmes nous étions hors d'état de rompre le silence.Carie Hantelraann prit le premier la parole.—Tu as parlé d'nn portefeuille, Wildherr; Vas-tu ouvert ?—Nob.Je sais que c'est-là qu'est renfermé le nom des acteurs de ce drame ; niais je n'ai pu the résourdre encore i y jeter les yeux.Que dois-je faire, mes amis?Ces horribles scènes ne quittent pas ma pensée ; j'entends toujours A mes oreilles, retentir les cris des victimes.Donnez-moi un conseil: faut-il chercher et livrer le meurtrier.—Certainement, dis-je, dans toute autre circonstance, ton devoir serait de dénoncer un pareil crime ; mais ici on ne saurait nier çue quelque chose milite en faveur du malheureux colonel.Et puis, avant de faire une démarche décisive, ne faudrait-il pas découvrir quelle part notre ami Arnold peut avoir dans les faits que tu nous as racontés.Où est le portefeuille ?—Chez moi.Voulez-vout que je l'aille chercher ?Je suis tout disposé A me laisser guider par vos avis.Au moment où j'allais sortir pour accompagner Wildherr chez lui, un domestique se précipita dans la salle, portant sur sa figure les signes non équivoques d'un effroi mortel.—Ah! messieurs, s'écria-t-il, quelle chose affreuse! mon maître est mort! M.Arnold s'est tué.Tenez.Le pauvre diable remit à Wildherr une lettre à son adresse, qu'il avait trouvée sur la table de son maître.Voici ce qu'elle contenait : "Je croyais ce secret de sang et do mort renfermé entre le ciel et moi.Puisque le destin t'en a rendu le maître, Wildherr; apprends tout : Le colonel, c'était mon père ; la malheureuse femme, était ma belle-mère, et le jeune homme c'était George Blumenbagen, mon frère ; , ma jeune sœur est folle.Quant à mon père, après m'aroir révélé, dans les transports d'une fièvre ardente, la catastrophe dont tu fus témoin, il a mis fin A ses jours de la manière que je vais employer pour me délivrer d'une vie désormais insupportable.« Adieu." Nous courûmes en toute hâte au logement d'Arnold, pour voir s'il n'était pas possible de le sauver.Le mal était sans remède; le malheureux s'était fait sauter le crâne et n'existait plus.Wildherr ne put se remettre de la maladie de langueur qui le minait.Il est mort il y a six ans, après avoir anéanti, sans l'ouvrir, le portefeuille de George.Quant A nous, qu'il avait pris pour ses confidents, nous nous jurâmes d'ensevelir cette lamentable histoire dans un inviolable secret, mais de longtemps nous n'oublierons " ee que ?it le peintre Wildherr dans un vieux château de la forêt Noire." Caslb.L'homme vertueux est celui qui regrette les fautes du passé, s'étudie A faire le bien dans le présent et songe A mieux préparer l'avenir.LE CIANT IE L'ALIIETTE.Trois poètes do seizième siècle, Ronsard, Du Bsrtas et Gamon, ont essayé d'imiter en vers le chant de l'alouette.Voici leurs trois compositions, qui ont plus d'étrangeté que de bon sens, qui sont plus curieuses que poétiques.Bile, guindée du Zéphire, Sublime en l'air vira et revire, Et y décligne un Joli cri, Qui rit, guérit et tire l'ire (chagrin) Des esprits mieux que je u'écri.boisawê.La gentille alouette, avec son tire-lire, Tire lire a l'ire, et tire-lirant tire Vers la voûte du ciel, puis son vol vers ce lieu Vire, et désire dire: Adieu, Dieu! Adieu, Dieu! Dit Babtas.L'alouette en chantant veut au Zéphire rire, Lui crie: Vie! vie! et vient redire a lire : O ire ! fuy.fuy, fuy, quitte, quitte ce lieu I Et vite, vite, vite, adieu, adieu, adieu.Gamov.Ces deux derniers vers de Gamon, vivement et habilement chantés, ont du moins quelque analogie avec le chant de l'oiseau.•ININE IE LA UAIE1TE IE FRANCE.Le Mercure de France, recueil purement littéraire, avait été publié dés le règne do Henri IV ; aucun journal politique n'existait encore en France, lorsqu'au mois de mai 1651 parut le premier numéro de la Gazette.* Le fondateur de ce journal était Théophrastc Reuaudot, médecin poitevin, né A Loudun en 1S84.Reçu docteur A Montpellier en 1606, il voyagea beaucoup, vint s'établir dans sa ville natale, puis, en 1612, se fixa A Paris avee le brevet de médecin du roi.Plus tard, il se fit connaître du cardinal de Richelieu, qui sut npprécler l'esprit, l'activité et le savoir de son compatriote.Renaudot fut successivement nommé par le cardinal commissaire général des pauvres valides ct invalides dn royaume, directeur d'un Mont-de-Piété, mettre général des bureaux d'adresses, aujourd'hui remplacés par les journaux d'annonces et les petites affiches; enfin, en 163l.il obtint le privilège pour l'établissement de la Gazette.On raconte de la manière suivante l'origine de ce journal : le célèbre généalogiste d'Hosier avait une correspondance très considérable, et communiquait A son ami Renaudot les lettres qu'il recevait des diverses villes de l'Europe.Renaudot, de son côté, tout en faisant visite A ses malades, leur lisait ces lettres, et il le" amusait au moins, s'il ne les guérissait.Voyant le succès de ses causeries, il pensa qu'il pourrait les faire imprimer.Il en parla A Richelieu, et lui demanda l'autorisation nécessaire.Le cardinal comprit aussitôt de quelle importance serait pour le gouvernement une gazette qui * Avant uni, il existait en Espagne ct en Italie des journaux appelés galettes, du même nom de la pièce do monnaie (gaeetta) qu'on payait pour lea lire. 134 LA RUCHE LITTÉRAIRE.ferait connaître les événements tele qae le pouvoir les Tondrait présenter an public.Il se bâta d'accorder le privilège qu'on lui demandait : il fit plus, il écrivit souvent dee nouvelles, des articles sur les traités, sur les capitulations, sur les batailles et les sièges ; il communiqua des relations de généraux et des dépêches d'ambassadeurs ; on dit même que Louis XIII travailla au recueil.Sans parler de l'utilité dont les gazettes de ce temps peuvent être pour l'histoire, surtout pour l'histoire diplomatique, en raison de la coopération de tels rédacteurs, il importe de faire remarquer que c'est nu ministère de Richelieu que l'on doit cet établissement de la presso périodique, qui devait jouer plus tard un tout autre rôle que celui que concevait le cardinal.Il nous a paru intéressant de faire connaître les deux préfaces du recueil dont nous nous occupons : très rares, elles sont aussi très curieuses.Ju Roy.« Sire, " C'est bien une remarque digne de l'histoire, que dessouz soixante-trois rois, la France, si curieuse do nouveauté/., no se soit point avisée de publier la gazette ou recueil par chacune semaine dos nouvelles tant domestiques qu'étrangères; â l'exemple des autres Estate, et mesme do tous ses voisins.Mais ce ne peut estre saas mystère qu'elle ait attendu pour ce faire le vingt et uniesme an du règne de Vostre Maiesté, célèbre par les avantages qu'elle a remportes sur tous ses ennemis, et par la prospérité de ceux qu'il luy a pieu favoriser de sa protection et bienveillance.Jusques icy l'heur et la valeur de Vostre Malosté (Sire), ont mis les affaires do ce royaume â un point qui lui sert de panégyrique éternel et d'apologie effective â son premier ministre.Chacun reconnaissant que Vostre Maiesté, par ses diûins conseils, est plus absolue chez soi, plus chérie de ses alliez, redoutée de ses ennemis, et respectée de tout le mondo : bref, s'est acquis plus do gloire au près et au loin que tous ses devanciers ensemble.Co sont les louanges que la vérité tire aujourd'hui des bouches autrefois les plus venimeuses, que les pères racontent â leurs enfans, et dont les compagnies s'entretiennent pour en conserver la mémoire." Mais, Sire, la mémoire des hommes est trop labile pour luy fier toutes les merveilles dont Vostre Maiesté va remplir le Septentrion, et ensuite tout le continent.Il la faut désormais soulager par des escrlts qui volent comme en un instant du Nord au Midy, voire par tous les coins de la terre.C'est ce que ie fay maintenant, Sire, d'autant plus hardiment que la bonté de Vostre Maiesté ne dédaigne pas la lecture de ces feuilles.Aussi n'ont-elles rien de petit que leur volume et mon st ile.C'est au reste le journal des royset des puissances delà terre.Toot y est par eux et pour eux, qui en font le capital i les autres personnages ne leur servent que d'accessoire.Ainsi, Vostre Maiesté va prendre le mesme plaisir (mais â meilleur titre) qu'autrefois iEnée, se voyant meslé parmy les autres princes, dans les tableaux que je vais peindre de ses victoires ; et cependant je luy i offre en toute humilité ce recueil de toutes mes 1 gazettes de cette année ; laquelle je finirai par i mes prières â Dieu, qu'autant que sa protec- i tion est assurée â cet Estât, elle accompagne Grtout Vostre Maiesté qui en est la vie et le i nheur inséparable.Ge sont les vœux et l'espérance de cinquante millions d'âmes, et entre elles, Sire, " Du très humble, très fidelle, et très obéissant serviteur et sujet de Vostre Maiesté, " Théophraste Rinaodot.On ne s'étonnera point de ce ton.humble, soumis et essentiellement monarchique du premier article de journal qui ait paru en France.Mais si l'on compare cette préface avec la suivante, quelle différence I Comme Renaudot sait expliquer les avantages qu'il peut concevoir de la publication do son journal 1 Quelle amusante critique des exigences du public, et combien de remarques s'adresseraient encore à beaucoup do lecteurs do notre temps! Préface au Public." La nouveauté do ce dessein, son utilité, sa difficulté et son sujet, mon lecteur, vous doivent une préface." La publication des gazettes est à la vérité nouvelle, mais en France seulement, et cette nouveauté ne leur peut acquérir que de la grâce, qu'elles se conserveront tousjours aisément moyennant la vôtre ; se renonvellant même commmetre, st In In dt se fortune.Duns sss m au coses d'or, l'avare l'amassa avee soin, mais seyes sur que son prodigue héritier la perdra ; elle comme ace tout espoir ; termine touts casta ; elle pris •vee l'ermite, elle treat avec le son vernie ; sens Jlls ls guerrier et le matelot et tauraitat «lister, ssals malheur nu misérable qui la choses luit ée ses foyers! Dsns les murmures dt U toaseitBce ou trouée encore sa vois, en ne peut jpèms l'éteunVr «Uns le fougue ses sussions ; •Ile us psut adoucir l'âme, et quoique nue foie tuecttt 4 l'oreille, une fois aussi «Ut y fait tait adra sou son aigre et puissant.Mais laisses la reposer daas l'ombre eomme une leur 4411-eate —Oal punis doucement sur elle, ear elle Vf éteint dans une heure t u.u.e.LB IUM III lARECltL COITE UIAC.Le nom de Lobsu est un des noms militaires les plus populaires en France.Pendant sept ou huit ans, le maréchal a commandé lu garde nationale de Paris, dans laquelle il était célèbre par sa brusquerie et ses bourrades rabelaisiennes.Tout le monûs connaît l'artillerie 4 laquelle il a donné si plaisamment son nom dans nos jours de discordes civiles; cette homérique plaisanterie est nn souvenir qu'il fau» garder pour la gloire de cet excellent coeur.En 1857, il pessait un matin en revue le détachement de la 11* légion, qni venait monter la garde aux Tuileries.Devant ls front de le compegnie, il avisa un garde national dont les bufHeteries avaient l'air d'un échantillon dt marbrure.Justement le propriétaire de es malencontreux fourniment était peintre-vitrier.—Quelles ignobles bufHeteries! s'écrie le maréchal.Vous n'eves donc pas ds blanc ?—Il en vend, répond un voisin.—line vsut donc rien, votre blanc T.Ih bien, vous n'eves qu'à passer ches mol, je vous en donnerai du blanc, taligaud que vous êtes I Uns fob le maréchal passé, les gardes nationaux se prirent ' rire et 4 narguer leur Infortuné camarade.Celui-ci était intérieurement fort humilié, mais il essayait de faire centre fortune bon coeur.—Eit-ce qu'il croit qu'il me bit psur evte sa grosse voix, ce vieux bourru f Js ne me laisse pes tmSromgtr comme celé, moi, s'écria-t-il en st rtBforgctnt.—Tu n'irais pas tout 4e usasse lui demaadtr du Wane ches lui T dit un espérai.—Il ne faudrait pet m'en défier.Et, eu fait, puisqu'il me l'n dit, jt vais y aller, pour voir.Le délié terminé st In garde roi t vee, notre notasse ss dirige vers les bureeex 4s l'état-esa-jor st dtmss4t 4 parler nn maréchal.Vous lui dirts, dit-il 4 ïbuitiler 4e survies, 3us e'est le garde national 4 qui il doit donner u blanc.Dsns minutes après il est it trod ult.—Ahl e'est vous, csmarads, s'écria le maréchal sn le voyant entrer, je suis bits aies 4e vous voir ; 4tes vos bufflcteriei st remettes-lei nu domestique.Il dit slovs quelques mots 4 l'oreille 4s celai- Squi sortit su important le fournissent du lieqeaat.Un instant sprts, il rentre uvec un pleteea sur lequel U j avait une bouleiUs, «Vus verres et est biscuits.—Teoes, remsrsdt.voilé du blanc, et vous m'en dires «les nouvelles 4s celui-là.Je veut 4e mon meilleur, ait qu'il vous reste U tète st que vous u'ouMlits plus une entre fois 4e vous tenir propre pour venir 4 la Puis 11 trinqua joyeusement uvee le garde nat ioeel, tout sol 4e sen m ce pad*, et le roundels tusuits, après lui avoir fait rendre ses Burnett ries d'eue entiers blanc hear.a.itrriv 138 LA RUCHE LITTÉRAIRE.a histoire dunk FAMILLE CANADIENNE depuis L'AN MIL SIX CENT SIX, JUSQU'A L'AN MIL HUIT CENT CINQUANTE.DEUXIÈME ÉPISODE.A TRAVERS L'ATLANTIQUE.I.la mkiî.Le Phoque était an navire do deux cent cinquante tonneaux, destiné au commerce, quoique armé en guerre suivant l'usage d'alors.Une batterie de caroaades couronnait son château de poupe et ses soutes contenaient bon nombre d'arquebuses et de mousquets, sans compter des approvisionnements de tont genre, envoyés A la Nouvelle-France, pour ravitailler la colonie de Port Royal, fondée trois ans auparavant, par M.de Monts, sur les rives de la baie Française, en Acndie.A bord, le Phoque avait quatre-vingt A quatre-vingt-dix personnes, ses passagers et gens d'équipage réunis.11 quitta le port de Dieppe vers cinq heures de l'après-midi.Le temps était sombre, pluvieux, A l'unisson des tristes pensées qui affectaient la plupart des voyageurs, csr presque tous abandonnaient forcément ua pays, eher A leur cœur, une terre d'abondance, dee liens d'amitié ou d'amour, pour aller loin, biea loin, en une contrée étrangère, sauvage, Inconnue, au-delA des bornes de la civilisation, du commerce de leurs semblables, chercher A filer l'écheveau d'nne existence nouvelle.Hommes A l'esprit aussi vigoureusement trempé que le eorpe, pourtant,qt s tous ces proscrits.Lenr front bâlé,leurs joues creuses, témoignaient de bien des misères physiques, et l'éclat de leurs yeux, U souplesse de leurs muscles, annonçaient qne ces misères avaient été souffertes avec patience et stoïcisme, pour ne pas dire avec gafté.Pas un d'entr'eux qui n'eût vingt fois affronté la mort ; pas un qui n'eût accompli des prodiges de bravoure ; pas un peut-être qui ne fut prêt A risquer sa vie pour une bagatelle, et pas nn qui n'eut souri, sans donte en apprenant qu'au lieu du gibet, il aurait l'exil comme punition.Mois A l'instant où il fallait renoncer aux douceurs de la France, ces êtres si robustes, si habitués aux coups du sort, si insensibles uux revers, étaient saisis d'nne émotion soudaine, contagieuse, qui les énervait tous.Eux qui chantaient, riaient et devisaient bruyamment en montant sur le pont du Phoque; ils étaient A présent mornes et abattus.Plus de cris, plus de lazzis, plus de refrains joyeux dans l'entrepont oû on les avait enfermés ; mais des groupes silencieux qui se pressaient sous les écoutilles ou aux quelques rares et étroites ouvertures pratiquées dans les flancs du bâtiment pour en éclairer et aérer l'intérieur.Ils se tenaient lâ, les yeux fixes, les oreilles tendues, tâchant de recueillir un dernier son, une dernière image du pays natal.C'est que cette image, ce son devait être pour eux un impérissable souvenir de la patrie.Ce qui précède immédiatement les actes marquants de l'existence, ne rcste-t-il pas gravé en caractères indélébiles dans la mémoire de tonte créature intelligente, et quoi do pins marquant que lo bannissement I Seuls ils connaissent l'effroyable signification de ce mot ceux qui ont été bannis 1 On ne pleurait pas sur le pont du Phoque, mais une profonde affliction régnait sur les visages, et par intervalle une vocifération puissante traduisait la douleur générale.Ces gens, naguère si insoucieux de leur avenir, de leurs proches, venaient tout A coup de se trouver une fibre délicate an fond du cœur, et surpris de la découverte, ils semblaient se complaire dans le chagrin qu'elle leur causait.L'homme, dans certains cas, s'attache avec pins d'avidité A une pensée cuisante, qu'A un vif plaisir.Et les proscrits s'attachaient désespé-rëmment à l'idée qu'ils s'éloignaient de la France, peut-être pour n'y pins rentrer.Sur le tillac, la scène était animée.Les matelots grimpaient dans les haubans,couraient sur les vergues, et déployaient les voiles au commandement de leurs officiers.Dans la grande cabine d'arrière, plusieurs passagers présentaient un spectacle différent.C'étaient deux hommes, les armateurs du Phoque, qui causaient commerce en supputant chaleureusement les gains probibles, que leur rapporterait une affaire de pelleterie.Un moine, le père Benoit, lisait son bréviaire.Deux jeunes gens, deux jeunes époux, le baron de Noirmoutier et sa femme, se parlaient A voix basse, les yeux humides de.larmes, devant one pile de coussins sur lesquels reposait no charmant enfant, Agé d'un an A pen près.A l'autre extrémité de la cabine se tenaient, dans une position respectueuse, Pierre.Mignard domestique du baron de Noirmoutier, et une fille de chambre, nommée Catherine.Pierre Mignard avait l'air inquiet de ce qui se passait autour de lui ; la eervante lui jetait A la dérobée des regards empreints de curiosité.Enfin, dans un coin et presque enveloppé d'ombre, on apercevait an homme de haute taille, qui considérait les autres personnages avec un singulier intérêt.— Mon Dieu, comme U en coûte pour délaisser ses parents, disait la baronne, A son mari.— Ne me parles pas dc cela, car vous me brisez le cœur, Adeline, répliqua de Noirmoutier.— Je voudrais vous taire mes appréhensions, mais c'est impossible, Alphonse.Une voix intime me crie que ce voyage nous sera funeste, LA RUCHE LITTÉRAIRE.139 «t j'ai beau faire, ses accents résonnent toujours comme nn glas funèbre.— Folle 1 fit-il à son oreille presque gaîraent et en lui indiquant du bout du doigt la petite fille qui souriait dans son sommeil.— Folle, oh non 1 Elle secoua mélancoliquement la tête et regarda l'enfant.Lc baron lâcha la main de sa femme, qu'il avait tenue jusque là dans la sienne, et se mit à arpenter la cabine, comme s'il eut voulu cacher ses propres angoisses.L'individu qui les observait sourit ironiquement.Alors pour la première fois, M""' de Noirmoutier l'aperçut et tout son corps frissonna : — L'Ermite I murraura-t-clle.—- Que dites-vous?demanda son mari qui se trouvait près d'elle ù ce moment.La jeune femme ne répondit pas.Elle paraissait en avoir été empêchée par un commandement muet, mais impératif, du mystérieux passager, lequel, entendant la question, avait posé un doigt sur sc3 lèvres.— Il me semblait vous avoir entendu parler, reprit do Noirmoutier d'un ton brusque.— Moi, mais non, je vous assure, repliqua-t-elle, en baissant les yeux.Quand elle les releva, un Instant après, l'Ermite avait quitté la cabiae, et lo baron marchait près du père Benoit.MM de Noirmoutier ne put réprimer un geste de satisfaction, comme si elle eut été soulagée d'un grand poids.Se sentant troublée, elle appela sa fille de chambre, et lui demanda si le temps s'était éclairci.— Ln pluie a cessé et le soleil se couche, dit celle-ci.— Eh bien, Catherine, couche la petite dans son lit, et accompagne-moi sur le pont.Je yeux voir et contempler une dernière fois les côtes de ma bien-aimée Normandie.La domestique s'empressa d'obéir.— Voilez-vous nous accompagner, Alphonse?demanda la baronne â son mari, ea passant gracieusement sa main sous le bras du gentilhomme.— Mais je crains que le froid.— Ohl il fait beau.Voyez comme le soleil joue A travers les fenêtres de cette chambrette.— Vous avez raison, Adeline.Allons nous réjouir A la vue de cette France que, demain, hélael nous n'apercevrons probablement plus.Ln baronne tressaillit.— Vous souffrez, mon amie?lui demanda de Noirmoutier avec un accent plein de sollicitude.—Non, dit-elle en ébauchant un pâle sourire.Et s'odressout A l'ecclésiastique : Nous suivez-vous, mon père ?— Excusez-moi, répliqua-t-il; j'ai, en mettant le pied sur ce navire, fait vœu de ne pus revoir notre pays avant qne ma mission lût accomplie.Ces paroles furent prononcées sans emphase, avee ht douceur pénétrante et la simplicité qui sont les caractères propres de la vraie piété.— Alors., commença M01* de Noirmoutier.Mais aussitôt elle s'arrêta, incapable d'articuler une syllabe.La rentrée de l'Ermite dans la cabine l'avait complètement interdite.Il traversa l'appartement, sans se découvrir et d'une façon si grossière, que le baron en fût choqué.— Manant 1 grommela-t-il entre ses dents et en se retournant pour châtier cet acte d'inconvenance.Mais sa femme l'entraîna en dehors, en s'écri-ant: — Allons vite, Alphonse ; je ne veux pas perdre une seule minute du triste bonheur qui nous reste encore.—- Laissez-moi punir.— Venez plutôt, je vous en prie.Il était impossible dc résister aux accents de cette voix.Aussi, oubliant sa colère, le baron se laissa-t-il mener sur le gaillard d'arrière, réservé A cette époque,aux voyageurs de marque.L'atmosphère s'était dégagée des vapeurs qui l'avaient chargée pendant la plus grande partie du jour.De petits nuages blancs et arrondis pommelaient la voûto céleste, sans tacher ses larges zones d'azur et sans obscurcir les tièdes lueurs du soleil couchant qui empourprait les ondes.Une brise fraîche gonflait les voiles du Phoque et hérissait la Manche de légères vagues qui lutinaient gaîment aux flancs du navire.En avant, l'eau bondissait par-dessus son beaupré, scintillait aux rayons de l'astre dn jour, et retombait comme une pluie de pierreries dans le sein des flots, d'où elle jaillissait de nouveau, pour briller et retomber encore.En arrière se déroulait un sillon d'écnme bouillonnent autour du navire, et qui allait, en se dégradant insensiblement, se confondre, A perte de vue avec lc vert de mer.A gauche du bâtiment les falaises de la Normandie et de la Bretagne, dominées ça et 1A par des manoirs féodaux, se dessinaient hardiment ; A droite on distinguait les fies de la Manche, semblables A dee oiseaux perchés A la cime des vagues ; et tout autour se déployait un lumineux horizon.Le jeune baron et sa femme s'accoudèrent A la lisse de bâbord, et, après quelques mots, tombèrent dans cette méditation vague, navrante, qui nous envahit chaque fois que nous nous embarquons pour une lointaine traversée.C'était une belle et attrayante créature que M** de Noirmoutier.Grande, élancée, la taille bien prise, quoique nn peu forte, les cheveux bruns, lisses, quoique un peu durs : les yeux d'un ovule parfait resplendissant d'éclat, quoique le tour en fût bistré par l'inquiétude on une passion secrète ; le teint mot, les traits réguliers et harmonieux, quoique nn peu vivement accusés, elle séduisait par l'air de langueur répandu sur su personne.Elevée A lu campagne, elle eut possédé toute lu beauté fleurie des filles du peuple.Nourrie daas le grand moude, elle en portait le cachet physiono-mique, bien qu'un physiologiste eût pu assurer Îu'elle nvait, suivant l'expression d'alors, plus e sang roturier que de sang noble dans les veines.Cependunt Adeline passait poor u fille unique du comte et de la comtesse de Mornemar, 140 LA RUCHE LITTÉRAIRE.descendant, en droite ligne dc Guillaumc-lc-Gonquérant.C'était à cause dc ses titres que lc baron Alphonse de Noirmoutier l'avait recherchée en mariage et épousée.L'amour n'avait eu aucune part i leur alliance ; l'ambition avait inspiré le jeune homme, le désir d'être agréable au comte de Mornemar dirigé la volonté de la jeune fille.Cependant Alphonse et Adeline ne furent pas longtemps indifférents l'un pour l'autre.Lc premier, fougueux, mêlé activement aux luttes politiques, découvrit promptement qu'il avait dans sa femme, une confidente et une conseillère sûre, dont la fidélité était rehaussée par des qualités d'un ordre élevé.Par malheur, il était homme médiocre plutôt destiné A être commandé qu'A commander.L'enthousiasme tuait chez lui la réflexion, qui seule apprend A s'imposer anx masses.La franchise, l'impulsion du cœur sont des vices pour un chef de parti.Alphonse de Noirmoutier était franc jusqu'à la candeur.Aussi demeura-t-il obscur parmi les derniers défenseurs de la Ligue.Entre les mains du duc de Mercœur il fut un instrument utile pendant quelques années et dont 11 fallut se débarrasser dès que sa nécessité ne se fit plue sentir.C'est pourquoi, après s'être rallL au roi, le duc avait, sans qu'il s'en doutât, fait nommer de Noirmoutier agent des Ligueurs dans les provinces du Centre.II espérait qu'il succomberait dans un engagement des rebelles ovec les troupes royales.Frustré dans son attente, de Mercœur céda aux sollicitations d*Adeline de Noirmoutier, et ferma les yeux sur son évasion de France, alors qu'il eût pu facilement le foire arrêter.Lu baronne s'était bien gardée de révéler A sou mari lee démarches qu'elle avait faites près du duc de Mercœur ; car Alphonse lee eut regardées comme une insulte impardonnable, et U aurait mieux aimé mourir que de devoir lo vie A un homme qo'il considérait comme on traître.MM de Noirmoutier n'avait pas la même opinion, ear dosée d'une intelligence supérieure, fortifiée par la lecture, elle comprenait la nécessité de certaines compositions politiques quoiqu'elle n'eût pus voulu les approuver.Mois lo Ligue n'ovoit plus sa raison d'être, depuis l'abjuration et le sacra de Henri IV.Essayer de la continuer, c'était essayer d'en prolonger l'agonie, par conséquent entretenir sans motif une guerre civile funeste u U France.Aussi, caressant les goûts chevaleresques de sou mari, Adeline loi indique les pays récemmentdécoo verts par JacqnesCartier, comme un lien de refuge, en attendant " la chute du Béarnais.'' Alphonse s'enflamma A l'idée d'aller ci?Iliser les sanrages de l'Amérique et il prit possoge A bord du Moeur, avee la persuasion que su têts était mise A pris.Le père Benoit n'eut pus de peine A dévoiler le secret de In jeune ftmaae, qui nvait conçu pour non mari un profond attachement.Il ue réall-sait pas ses rêves de jeunes fillet, car Adeline ue concevait l'homme que comme le symbole de la puissance mentale.Cependant Alphonse était el sincère, el généreus, si Intrépide, qu'il méritait l'estime.Joignes A tels ce naturel aventureux qui plait toujours aux femmes, et vous ne serez pas surpris qu'Adeline eût fini par lui porter la plus tendre affection.Un es* faut vint resserrer les liens qui les unissaient l'un A l'autre.Et ils formaient apparemment un heureux ménage, lorsque la défaite des conjurés près de Paris, donna lieu A la détermination qui engagea la baronne et son mari à émigrer vers la Nouvelle-France.Toutefois Mw* do Noirmoutier semblait son-vent chagrine.Plus d'une fois son msri l'avait trouvée seule et pleurant amèrement.Par moment, son caractère perdait son aménité ordinaire ; elle devenait maussade, irritable, et, si on l'interrogeait, répondait par des sanglots.Alphonse ne savait A quoi attribuer cette inconstance d'humeurs, surtout chez une femme, dontles sentiments étaient anssi noblesqueeeui d'Adeline.Mais, du reste, en la voyant habituellement si prévenante, si affectueuse pour lui, si attentive pour leur enfant, il avait porté ces boutades en compte d'une trop grande sensibilité.Ils se tinrent appuyés au bastingage jusqu'A l'heure où le crépuscule étendit son voile sur les objets.Leurs lèvres étaient muettes, mais leurs cœurs gonflés de pensées.Adeline surtout ployait sous le poids de ses réflexions.Des larmes glissaient silencieusement le long de ses joues, et comme la dernière pointe de rocher, qui rappelait la France, s'enfonçait dans l'ombre, elle se pencha snr l'épaule de son mari.— Alphonse, dit-elle, je dois.— Gare A vous, monsieur! cria nne grosse voix derrière eux.Le heron de Noirmoutier se retourna et fit quelques pas en nvoet pour éviter le choc d'en Cquet de eordages qu'un matelot lançait de nt d'une vergue sur le pont.Pendant ee tempe, ua homme étendu sur des espère et A moitié caché par l'obscurité, soulevant sa tête et, l'approchant de MM de Noir moutier, loi disait, de façon A n'être entendu que d'elle-même : — Si vous ue vous taisez pas, l'Ermite parlera.Prenez garde ! — L'Ermite ! balbutia-t-clle en reculant d'épouvante.— Oui, l'Ermite.L'homme se replongea dans les ténèbres, tandisque le baron, revenu vers sa femme, loi demandait : — Vous disies dooe, mon Adeline?— Moi!.rient.je vous assure.— Js croyais, continua-t-il, saas remarquer son trouble, que vous ovies A me faire uoe de ces bonnet confidences.— Non.le serein me gagne.J'ai froid — Rentrons, ma chère amie.Et ils rentrèrent daus la eubine générale, ê l'instant oû deux personnages sortaleat eu écbengeant ces phrases : — Nous aurons une belle nuit, capitaine.— Pas trop, pas trop, monsieur, vous saves le proverbe : Temp* iMRitnrle\ famine rank**.Ne «ont pu de longue dur**. LA RUCHE LITTÉRAIRE.141 Le timbre de cette voix eut un tel effet sur Adeline, qu'elle chancela et serait tombée sans l'aide de son mari.II.l'atwaqui.Le Phoque naviguait depuis cinquante jours, et sauf quelques petites tempêtes, il n'avait pas trop souffert.Mais ces tempêtes le tenaient hors de sa route et les vivres diminuaient sen-siblement A bord.Il avait fallu mettre les proscrits à la demi-ration.Nous n'avons pas besoin de dire qu'ils s'étaient soumis en murmurant A cet acte nécessité par les circonstances.Peu s'en était jiême fallu qu'une révolte n'éclatât ; mais la terme té des officiers du Phoque et principalement l'influence que s'était acquise sur les prisonniers, un homme connu sous le titre de capitaine, le même que Mm' de Noirmoutier appelait l'Ermite, avaient étouffé les fermons de sédition.Ce personnage exerçait d'ailleurs une autorité singulière sur tout l'équipage.Il n'était pas jusqu'au commandant du navire qui ne le traitât avec une déférence voisine de la soumission.Il vivait seul, se montrait rarement dans la grande cabine, dormait ou travaillait le jour dans la chambrette que le charpentier du navire lui avait préparée sous le gaillard d'avant et passait la plus grande partie des nuits A se promener sur le pont.Personne autre que lui ne pénétrait dans son réduit.Une fois, un matelot curieux voulut s'y introduire, mais surpris par l'Ermite alors qu'il était en train de crocheter la serrure, le pauvre diable fut condamné A cinquante coups de garcette et aux fers pour le reste de ta traversée.Ce rigoureux châtiment intimida tellement ses camarades que de ce jour Y Enfer du Diable bleu (ainsi l'équipage nommait l'Ermite et sa cabine) demeura A l'abri de toute tentative.Quel était donc cet énigmatique personnage ?On se le demandait souvent A voix basse, mais nul ne lo savait ou ne voulait le dire.Posrtant son pouvoir pesait sur tous et A tous.La baronne de Noirmoutier le redoutait particulièrement, et quand, par hasard, il lui arrivait de le rencontrer, ello fuyait comme une tourterelle effrayée par un milan.Son mari souffrait impatiemment lo joug du terrible étranger.Voulant le counaitre, il interrogea le commandant du Phoque.— J'ignore, répliqua le vieux marin d'un ton qui coupait court A toute autre question.Les deux armateurs se montraient aussi ignorants ou aussi réservés.Seul Pierre Mignard so disait parfois in petto: — Mais je le connais.C'est l'Ermite, le garde-chasse A M.le comte de Ganay.Mais comment faire accorder la haute position dont paraissait jouir l'Ermite du Phoque avec l'Ermite de la forêt de Maulnes ?Le problème était trop fort pour un naïf seysaa de le trempe de Pierre Mignard.lt il avait beau se répéter : — Je parie que c'est lui, il eut été si en peine de se le prouver même A lui qu'il n'osait faire part de ses soupçons au baron de Noirmoutier et se contentait de les communiquer A Catherine, la femme de chambre de Madame.Encore celle-ci lui riait-elle in-civilement au nez, quand il touchait A ce sujet.Puis, comme elle avait pour Pierre un caprice très prononcé, elle faisait vite trêve A son accès de gaf té et disait fort gravement : — Non, non, mon beau Bourguignon, le Diable bleu n'a pas plus été garde-chasse que je n'ai été duchesse.C'est un prince déguisé.A moins pourtant que ça ne soit satan lui-même, ajoutait-elle avec un signe de croix.— Satan I nonnit répondait Pierre, en hochant la tête.—Ab ! reprenait la fillette, vous ne savez pas ce que nous savons nous autres gens nés sur les bords de la mer.J'ai souvent oui raconter aux pêcheurs que satan s'embarquait quelquefois sur les bâtiments, qu'on le voyait danser la nuit A la pointe des mâts et que.Tenez, regardez I s'écria-t-elle un soir, en indiquant du doigt une lumière phosphorescente qui voltigeait A l'extrémité du perroquet de misaine.— Ce n'est rien, le feu St.Elme, la belle, dit un matelot qui avait entendu ce dialogue.Mais Catherine n'en demeura pas moins sous l'impression que le diablo avait pris passage A bord du Phoque et Pierre Mignard se sentait d'autant plus volontiers enclin A partager cette idée qu'elle flattait son amour du merveilleux et expliquait jusqu'à un certain point la ressemblance physique de l'étranger avec le garde-chasse du comte do Oanay, sa métamorphose sociale, et le prestige surnaturel qui l'entourait.Un matin, au lever do l'aurore, l'Ermite Oious continuerons de lui donner le nom dont il s'est servi en parlant A Mmu de Noirmoutier), entra dans la chambre du commandant.— Debout, et apprêtez-vous au combat, lui dit-il d'un ton calme.— Au combat ?— Oui.— Mais.— Monsieur, un navire de guerre uous donne la chasse depuis hier soir.Je l'ai suivi toute l'après-diner.Espérant lui échapper, je vous ai prié d'exécuter un virement de bord.Il parait que l'ennemi a vu ou deviné cette manœuvre, car A l'heure où je vous parle, il iille dans nos eaux.— Diable I diable t marmotta le capitaine en sautant A bas do son cadre où il était étendu toit habillé ; diable, c'est une rencontre peu plaisante avec la damnée cargaison que nom avons A bord.En toute autre circonstance,j'aimerais asiez.Est-ce un anglaii ou nn espagnol ?— Espagnol ! s'écria l'Ermite avec une expression de joie farouche.-J'aurais préféré un anglais, dit le commandant.Les démons d'Espagnols ne sont jamais A la mer qu'armés comme des démons.Mais est-il fort?—Venes et vous jugerez.Ils montèrent sur la dunette, et l'Ermite 142 LA KUCIIE LITTÉRAIRE.tendit au commandant un petit télescope qu'il portait, d'habitude, dans une des poches de son justaucorps.— Diable, diable i fit-il, après avoir examiné longuement, c'est nn trois-mâts, armé de douze canons, ot nous n'en avons que huit, dont deux dc faible calibre.La partie ne sera pas égale, surtout, avec cette fourmilière de rats à deux pattes que nous avons dans l'entrepont.— N'en parlez pas si mal, ce sont eux qui nous sauveront.— Noub sauver ! cette bande de chenapans ! — Oui monsieur.Vous avez des arquebuses?— Mais sans doute.— Combien! — Deux ou trois cents.— Parfait.— De par tous mes sabords, monsieur, où voulez-vous en venir ?— Commandant, vous allez faire monter toutes ces armes sur le pont.— Et puis?— Et puis vous les ferez charger.— Ensuite.— Avant d'abord vous masquerez votre batterie, et lorsque vos armes seront chargées, vous tendrez des toiles sur tout le pont.Le vieux marin branla la tête d'un nir qui voulait assurément dire : M Je suis tout prêt A vous obéir, mais du diable si je comprends votre intention." L'Ermite répliqua ainsi à cette pantomime : —Votre équipage se compose de vingt hommes valides et uous avons dans l'entrepont soixante déportés.Nous logerons trente de ceux-ci A l'arrière du bâtiment avec chacun quatre arquebuses ou mousquets chargés A ses côtés.— Gela est impossible, ce serait leur donner nos armes pour nous massacrer.— Non, commaudant.Ecoutez.Je suis sûr de ces gens.Ils se battront dur.Je prendrai soin d'eux.D'ailleurs, vos matelots se posteront derrière avec un pierrier chargé A mitraille pour le cas où nos gaillards voudraient faire les mauvaises têtes.Ils demeureront couchés A terre et sur eux on étendra des toiles pour que l'ennemi ne suspecte pas leur présence.— J'entends, j'eutends, interrompit lo commandant eu se frottant les mains.—Et maintenant, cootinuu l'Ermite, ferlez quelques voiles, car le corsaire gagne rapidement sur nous.Il est bon qu'il croie que nous nous rendons.Lc plan fut aussitôt mis A exécution.L'Ermite descendit dans l'entrepont et s'adressent eux proscrits, il leur fit une allocution chaleureuse qui ue pouvait manquer d'enflammer l'ardeur de ces hommes, militaires pour la plupart, habitués aux dangers, que dévorait l'inactivité et qni n'avaient jamais rêvé que plaies et bosses, suivant leur pittoresque loeution.La nouvelle i' un combat les combla dc ravissement.Leur joie m traduisit pur des exclamations bruyantes.Pour les calme r l'Ermite dû t en appeler A tout l'empire qu'il avait sur eux.Tous voulaient participer A l'engagement, et ce ne fut pas chose aisée de faire un triage au milieu d'eux.Cependant l'Ermite réussit par des promesses A apaiser la jalousie des rejetés et les bruyantes manifestations des élus.Au bout d'une heure, les préparatifs étaient terminés.Le bâtiment ennemi se voyait alors â l'œil nn.Deux coups de canon retentirent.— Diable I diable ! Us grondent fort les marsouins, msrronna le capitaine, qui, son porte-voix d'une main, sa lunette de l'autre, se promenait, en grand uniforme, sur le pont dti Phoque.Ensuite il commanda de mettre en panne.Taudis qu'on exécutait ce mouvement, lc navire étranger envoyait une bordée au Phoque.— Faites abattre le pavillon, cria l'Ermite au capitaine.— Oh 1 pour cela, jamais, répliqua-t-il avec énergie.Le drapeau français ne tombera pas devant un corsaire.— Mais vous cherchez donc â nous faire couler?reprit l'Ermite d'un ton violent.— Coulé ou non coulé, je ne m'humilierai pas A ce point, monsieur.— Votre entêtement vous coûtera cher.Tenez, encore une décharge comme celle-là et nous sombrons.Comme il parlait, un éclair immense, suivi d'nne détonation foudroyante, avait annoncé que l'ennemi était décidé A continuer l'attaque.— Bon Dieu, capitaine, vous voulez notre ruine 1 dit un des armateurs accourant sur le pont.— Je veux que l'honneur français reste intact.— Eh! riposta aigrement le marchand, il s'agit bien d'honneur français, quand nos biens et notre vie sont en jeu.Amenés votre drapeau.En ma qualité de propriétaire de co bâtiment, je vous somme de le faire.— Alors je résigne ma charge, dit noblement le vieux marin.L'armateur répliqua par un juron.— Bas le pavillon, dit-il ensuite nu second qui se conforma de suite â cet ordre.Le navire ennemi avançait A toutes voiles.Son pont était littéralement couvert d'hommes armés jusqu'aux dents.— Dites que nous nous rendons, enjoignit l'armateur au lieutenant, après s'être consulté une minute avec l'Ermite, qui, plus que jemsis paraissait exercer un irrésistible ascendant sur le personnel de l'équipage.L'officier obéit, et les corsaires poussèrent de bruyantes clameurs.Cependant, ils se tenaient toujours sur la défensive ; les canonniers étaient A leurs pièces, mèche allumée, et chaque homme avait son espingole prête A faire feu.— La barre â tribord, dit vivement l'Ermite au timonier.— Mais.L'Ermite lui darda un regard si menaçant que le matelot pAlit et opéra la manœuvre ; ce mouvement amena la poupe du Phoque en fsce LA KUCHE LITTÉRAIRE» m du flanc du vaisseau espagnol, qui n'avait pas encore ralenti son allure.— Et maintenant, feu I cria l'Ermite d'une voix tonnante.Les huit caronades du Phoque lâchèrent leur bordée, tandisque les proscrits, surgissant de dessons les toiles où ils étaient restés inaperçus, déchargeaient rapidement leurs armes.Un moment, étourdis par cette attaque imprévue, les corsaires répliquèrent mal aux coups de leurs adversaires.Mais bientôt ln voix de leurs officiers les ranima, et un chaleureux combat s'engagea.Heureusement le Phoque n'offrait qu'une faible visée au forban, qui, par contre, tout découvert, et gouvernant difficilement, parce que les premiers boulets avaient brisé un de ses mats, et ouvert une large voie d'eau, sous su poulaine, ne pouvait se garantir de l'artillerie du Phoque.Cependant, le capitaine des agresseurs encourageait son monde a l'action.Et lui-même, joignant l'exemple au conseil, ne cessait de tirer avec deux mousquets que lui chargnit alternativement un matelot.Chacun do ses coups portait juste, et si aguerris que fussent les anciens ligueurs, ils se serraient les uns contre les autres, eu le voyant ajuster sa terrible carabine.Remarquant cela, le baron de Noirmoutier qui, de l'autre côté, entretenait une fusillade nourrie contre les assaillants, monta imprudemment sur un mât de rechange, avec l'intention de viser lo capitaine corsaire.Hais celui-ci, dont le coup d'œil d'aigle embrassait tout, devina ct prévint le dessin du gentilhomme, eu le renversant d'une bulle.De Noirmoutier tomba lourdement sur le pont et personne ne remarqua sa chute, personne, sauf l'Ermite, dont les lèvres se contractèrent pour grimacer un odieux sourire de contentement.Il ramassa un lambeau de toile, ct le jeta sur le corps ensanglanté du pauvre baron.S'élançant ensuite vers le capitaine du Phoque A qui l'ardeur de l'engagement avait fait oublier sa récente querelle.— Monsieur, lui dit-il ; il faut en finir avec ces coquins, qui nous ont déjà tué trop de monde.Faites approcher, mais de façon cependant â éviter l'abordage, car si les gredins mettaient une fois le pied sur notre navire, ils nous feraient sauter, plutôt que de nous donner la victoire.Pendant ce temps, nous chargerons la batterie i mitraille et.vous m'entendes ?Le capitaine répondit par un signe d'intelligence et commanda aussitôt une évolution.Mais la brise fraîchissait.Le navire-corsaire était fort endommagé.Son commandant voyant qu'il avait è faire è forte partie, et courait chance de sombrer, en prolongeant le combat, avait jugé qu'il était temps de Mr.Aussi, après avoir lancé une dernière bordée, il profita du veut pour virer de bord et partir aussi vite que possible.Le capitaine du Phoque aurait voulu poursuivre ce " lâche vautour." Mais 1st- leurs, conseillés par l'Ermite, s'y opposèrent, et l'on se mit, incontinent en devoir de panser les blessés, jeter les morts à la mer et réparer les avaries.Au nombre des premiers se trouvait le baron Alphonse de Noirmoutier.U avait eu l'épaule fracassée par une balle.(La fin du deuxième Episode au prochain No.) LE NETE.Homo es, non ancelus j t'uro es, non spintus, Im i In (ion de Jétue-Chriet, Le poète n'est pas un ange ; Ce n'est qu'un homme comme nous.Voyez-le : la douleur le change, L'âge fait ployer ses genoux.Il comprend nos querelles vaines, Notre orgueil bouillonnant toujours ; Lui-même il n toutes nos haines Et, surtout, toutes nos amours.Sa voix souvent mordante et fièie Et qui purle en mots triomphants.En cessant de chanter sa mère Commence â chanter ses enfants.Car son cœur de chair est sensible Aux affections d'ici-bas.Il sourit au berceau paisible ; 11 pleure sur nos durs combats.l'nr cent nœuds il tient â la terre ; 11 ment en désirant le ciel.Il prend son amertume austère Dans son bagage officiel.En hasardant un œil timide Dans les plis dont il est drapé.Sous sa magnifique eblamyde On voit un habit noir rapè.Il pente au blé.daas les orages, Mien plus qu'à l'immortalité ; Tout en chantant dam les nuage*, Il vit dans la réalité.Il y trébuche et s'en console Comme tous les autres humain», Lui qui nous vante sa boussole, Il se |«rd sur let grands chemins.Il est toujours rempli d'alarme» Pour son amour et son repos.C'est une urne pleine de larme* Qui se répand à tout propos.C'est une girouette épuisée.In roseau, quand le veut sévit, Un lis trop rempli «Je reset, Moins encore—un hsmmt qui vit ! —Malt quand le justice l'éclairé, Il devient eusei grand qu'un «Use I Hou rire éblouit ! M cetera Est comme un fur sortent dt fée ' Nw.Vtrk,SrrrWe ISU.va 144 LA RUCHE •E L'ESPRIT UJUlRB'RÏI.I.Tout le monde se croit de l'esprit et veut passer pour en avoir.Accuser d'un vice, ce n'est pas une injure, c'est souvent même une flatterie ; mais accuser d'une sottise, quel crime im pardonable! On croit l'esprit si répandu, que l'on dit, l'on écrit A tout propos : Le spirituel écrivain, le spirituel inventeur, mon spirituel confrirt, mon spirituel adversaire, si bien que cette façon de s'exprimer est devenue bannie.D'autres ont été plus loin et ont prononcé ee mot célèbre : " L'esprit court les rues," c'est probablement pour cela qu'on ne peut plus le rencontrer.Car enfin, il faut bien le dire, il n'y a plus d'esprit aujourd'hui.II.Qu'est-ce que l'esprit?C'eet le luxe et le superflu de la civilisation; e'est le trop plein des vérités qui s'échappe en saillies nu courant du jour ou de la fantaisie ; c'est la petite malice que jette sur lui-même et sur son prochain l'homme de loisir, pour se venger de l'ennui qu'il ressent A ne rien faire ; aussi l'esprit n'a-t-il jamais mieux fleuri que daas lee sociétés complètement oisives : aussi le dix-huitième siècle a-t-il été le siècle de l'esprit par excellence.Pour avoir de l'esprit, il faut donc avoir du temps A perdre.La plupart des gens forcés do travailler beaucoup ont peu d'esprit ; ils n'ont que du bon sens.Les jeunes sociétés n'ont pas d'esprit, ni les sociétés A peine formées ; le sauvage n'a que de l'industrie.III.Eh bien I je vons le demande maintenant, le moyen d'avoir de l'esprit quand tout le monde est lancé comme uujourd'hui dans les affaires ; quand oa a couru toute In journée pour faire une bonne opération ou en éviter une mauvaise, qu'on arrive ches soi harassé comme un facteur rural?Quand on a peusé tout le jour aux actions de chemins de fer et au trois pour cent, quand on n étudié le Parfait notaire, quand la ménagère 0 longuement upprofondi lu l'uitinière tour-fréter f IV.On n'a encore de l'esprit qu'en admettant 1 inégalité des rangs et des conditions ; car alors il y a oppositioo, contraste, et parlé ridicule.Avec l'inégalité des rangs, lo chevalier de G ramènent peut raconter ses prouesses et Figaro os venger e> sa domesticité.Quand les uno sont très indépendante, et lue autres très Appendants, lee uns grands et les antres petits, les uns eut l'esprit d'attaque et les autres de "unuo*evec l'égalité d'aujourd'hui, comment os ammstr do sou égal ?Pour rira de sou pro-c sala, U faudrait d'abord permettre que l'on rie LITTÉRAIRE.de soi, et l'orgueil contemporain ne le souffrirait pas.V.On n été bien plus loin.En proclamant l'égalité, il y a quelque soixante ans, l'on pouvait croire qu'on s'en tiendrait 1A.Nenni.C'était pour en arriver A se poser, comme aujourd'hui, en hautes capacités, en prophètes, en pontifes, que sais-je, moi?Qui n'a pas été, nn jour on l'autre, plus ou moins pontife?Le moyen, ensuite, de rire avec de pareilles gens, et aussi avec la morgue britannique qu'on u mise A la mode.Quand on est tiré et pincé A quatre épingles, qu'on a le cou serré dans cette horrible cravate blanche qui vous fuit toujours ressembler A un notaire en fonction, un sourire pétillant d'une malice spirituelle ne troublerait-il pas l'imposante majesté du visage ?Plaisanter quand on se croit un grand personnage, quand on porte nn monde en sa tête, serait irrévérencieux.Est-ce que les hommes importants se prodiguent ainsi ?VI.Il n'y a plus guère aujourd'hui que des riches et des pauvres.Or, ni l'un ni l'autre ne se peuvent railler.On ne se moque pas d'un pauvre diable : ce serait pitié ; et le pauvre diable ne songe pas A faire de l'esprit, il cherche A gagner de logent.Figaro lui-même, de nos jours, ne perdrait point son temps A rire do son maître, pae si sot I U en visiterait sa position d'un oeil sûr et trouverait le moyen d'en sortir ; il mettrait A la caisse d'épargne, il monterait un cabinet d'affaires, il jouerait A la Bourse et prêterait A la petit» semaine.VII.Ce ne sout pas seulement les affaires et l'ambition qui ont tué l'esprit, c'est l'abolition du souper, la falsification des vins, le développement de l'imprimerie, le journalisme, l'abus dn cigare.L'imprimerie a répandu l'esprit des autres ches ceux qui n'en avaient point, mais elle a arrêté l'esprit de ceux qui pouvaient en avoir.Qusnd les livras étaient rares, oo lisait peu et on écrivait encore moins.N'ayant de distraction que par la société, on était tenu d'amuser son prochain pour le supporter et s'en faire supporter soi-même.Aujourd'hui que lee livres s'imprimeut A profusion, que les journaux, devenus une nécessité du siècle, sout forcés d'être spirituels par condition d'existence, tout le monde se nourrit de l'esprit de l'écrivain et personne n'en fait plus.A quoi boo, en effet, avoir de l'esprit, lorsque tant d'auteurs en ont poor vous?On fait com • me l'écolier paresseux qui achète une traduction et copie son devoir.Aussi vous ne sauries croire combien celui Ïni o beaucoup lu rencontre dans lee causeries s mots spirituels qa'il a déjA applaudi dans les livrée et les jonrunux.VIII.Non, l'esprit n'existe plae.On n'a plus d'esprit, pas même l'esprit e> LA RUCHE LITTÉRAIRE.145 conduite, pes même l'esprit de son âge, témoin les enfans précoces et les vieux de vingt ans.Il n'y n plus que l'esprit de calomnie, qui a commencé avec le monde, et l'esprit de médisance, qui est éternel.Soyez donc sûr que lorsqu'on rit dans nn groupe, ce n'est pas d'un trait fin, délicat; approchez-vous et vous vous en convaincrez : c'eet dn héros d'une anecdote peu charitable.IX.Cependant l'amour-propre exige que l'on ait au moins les apparences de l'esprit.Par quoi a-t-on donc remplacé l'esprit ?Par bien des choses.lo.Par le talent d'abord.Tout le monde a du talent.Les gens de talent courent les So.Par la fantaisie et l'originalité.3o.Par le paradoxe, qni n'est parfois que la moitié d'une idée spirituelle et n'en est, la plupart du temps, qu'une fausse imitation.Les conversations d'aujourd'hui sont pleines de paradoxes; la littérature quotidienne en est remplie, c'est la ressource de ceux qni n'ont pss assez de bon sens pour parler simplement.4o.Par le style et lc langage pittoresque, la charge, qui est pour l'esprit ce qne le galop est poor le manvais cavalier,—la blague, et dans ces derniers temps l'argot.X.Après tout, aujourd'hui a-t-on besoin d'avoir de l'esprit?Demandez aux gens d'affaires leur oploion snr les gens d'esprit.Des Incapables, vous répondent-ils d'an too dédaigneux; co n'est pas de l'esprit qu'il nous faut, mais du zèle, de l'activité.L'or dont on a mit son ealteaeremplece-t-il pas toutes choses et même, hélas I nu besoin il procure pas mal de gens d'esprit.Aussi c'est un spectacle singulier que cette rapide disparition de l'esprit.L'homme spirituel a si bien compris qu'il était inutile en ce monde qu'il se cache comme Adam s'aperce van t après sa mute de sa oudité ; en effet il humilierait ses voisins et manquerait ainsi à la charité chrétienne.Si cela continue, vous verrez qu'il en sera de l'esprit comme de la pauvreté, qu'il n'est pas ua vice, mais bien pis.On en viendra à crier après lui: Hort A l'infâme t Alors l'homme d'esprit oe marchera plus dans la société moderne que comme ces voyageurs dans nne contrée nouvellement découverte, qui ne peuvent se faire comprendre que pur signes des naturels do pays.XI.Nons avons parlé plus haut des gens qui reproduisent uvec une spontanéité parfaitement jouée l'esprit de leurs lectures ; nous pourrions citer bien d'autres espècee de faux spirituels, nous nous bornerons aux deux suivants : Lee gens qni ne disent rien afin de paraître spirituels, semblables A ces poètes de saloa qui restent toujours inédits poor conserver leur réputation intacte.lt oeox oui rient toujours et branlent lu tête avee satisfaction, semblent faire approu- ver le peu d'esprit qu'ils entendent par une immense provision d'esprit qu'ils tiennent en réserve dans lenr cerveau et qu'ils montreront toujours A la prochaine occasion.XII.Ces derniers sont, sans le savoir peut-être, les plus habiles.Jusqu'à trente ans, oo se pare de son esprit comme d'un bijou, on le cache ensuite comme un remords.C'est qu'on arrive bien plus vite en celant son esprit qu'en le laissant paraître.Tont l'esprit d'aujourd'hui n'est que du savoir-faire, ItODOLPHE de vibm090.L'AIME B'UNE INMEMK.Il y a bien des années, sur les bords du lac Huron campait un parti d'Indiens appartenant A lu tribu des Ojibbewoys.Parmi ces sauvages vivait la belle Aw-mid-way, nom oui veut dire en notre laogue " il y a de la musique dans sa démarche." Cette jeune et charmante fille habitait nn wigwam avec son père, sa mère et son frère.Douée de charmes peu ordinaires, elle avait fait une profonde impression sur tous les jeunes guerriers du voisinage.Mais bientôt elle repoussa leurs attentions poor se livrer â l'amour que lui inspirait Muck-e-tick-now, ou " l'Aigle-noir." C'était un vaillant chef, un chasseur intrépide fort connu depuis les bords du lac Ontario, jusqu'à l'embouchure de la rivière Rouge.Aw-mid-way ne lui cacha pu la prédilection dont il était l'objet.Suivant la coutume nationale, nn jour, elle éteignit le morceau d'écorce enflammée qne Muck-e-tick-now avait lancé sur la rivière qui coulait devant la butte où elle demeurait.C'était reconnaîtra qu'elle l'acceptait pour amant.Aussi, l'Aigle-noir, sûr de posséder le cœur de la jeune squnw, fit-il tous ses efforts pour se rendre favorable ses parents et chercha-t-il ardemment A les indemniser de la perte qu'ils feraient en lui accordant une fille qui leur était si chère.Dans ce but, il partit pour one chasse lointaine ; mais, tandis qu'il déployait toutes ses facultés physiques et intellectuelles A réunir les trophées et présents qui devaient les luicon-cilier et prouver son dévoûment A l'objet de ses affections, nn mauvais destin permit que Sbawwanossoway, " qui a la face tournée vers In soleil," alors un chef puissant et redouté, vint au village Ojibbeway.II était dans toute la force de l'Age et arrivait d'une guerre où il avait accompli des prodiges dc valeur.Ayant entendu vanter les attraits d'Aw-mid-wuy, il voulut la voir st se présenta devant elle couvert des chevelures de ses ennemis.Fatale entrevue I Sbawwanossoway s'éprit aussitôt du • violente passion poor la jeune indienne et résolut de la posséder A tout prix.U lui parla des nombreuses batailles qu'il avait gagnées, des ennemh qu'il avait tués ; étala sous ses yeux leurs sanglantes dépouilles; oomma les chefs qu'il avait obligés A solliciter la poil.Enfin, il mit tout en œuvre pour se 14G LA BUCHE LITTÉKAIRE.gagner les parents d'Aw-mid-way.Ceux-ci, tiers de la superbe conquête qu'avait faite leur fille, l'écoutêrcnt avec délices et lui promirent qu'elle serait son épouse.Mais, fidèle à sa parole, Aw-raid-way ferma les oreilles aux discours vaniteux de Shuw wunossoway ,et repoussa avec dégoût la proposition de s'unir à lui.Lo chef ne se découragea point.Les obstacles attisèrent le feu qui couvait dans son sein.Il continua d'obséder la pauvre enfant,qui,tourmentée par ses parents, prit enfin la détermination do faire un appel à la générosité de son persécuteur et de lui déclarer ses sentiments pour Muck-e-tick-now.Mais ello avait compté sans l'égoïsme de Shawwanossoway.Apprenant la cause de la froideur qu'elle lui témoignait, il résolut aussitôt d'assassiner son rival.11 arracha A l'imprudente Aw-mid-way le secret de la route suivie par Muck-e-tick-now, trouva sa piste, le surprit au moment où il apprêtait son repas et le perça d'une flèche.Puis il cacha le cadavre dans les broussailles, s'empara du gibier tué par Muck-e-tick-now ct reprit le chemin du village.Il espérait que les présents dont il était chargé changeraient les dispositions d'Aw-mid-way.Il n'enfutrien.Elle rejeta ses ouvertures avec plus d'indignation encore qu'auparavant, jusqu'à ce que, pressée par les commandements et les menaces de sa famille, elle consentit enfin, dans l'espoir de reculer le moment fatal, à désigner un jour où elle accepterait Shawwanossoway pour mari.Malheureuse amante, elle pensait que, pendant cet intervalle, Muck-e-tick-now reviendrait et la sauverait d'un danger qu'elle appréhendait plus que la mort 1 Cependant l'époque fixée arriva, et, comme de raison, sans ramener Muck-e-tick-now.Aw-mid-way ne se doutait guère, hélas ! qu'il était tombé sous l'arme d'un assassin et que les bêtes fauves avaient dévoré sou corps.Elle se flattait encore de l'idée qu'il apparaîtrait avant que le sacrifice fût consommé, et elle fixait anxieusement ses regards vers la route qu'il avait prise, alors que l'avenir leur offrait de si brillantes perspectives de bonheur! Mais l'horizon restait muet comme la tombe.Les heures s'écoulèrent, le soleil se coucha rapidement derrière les arbres de la forêt, et l'instant où Aw-mid-way devait irrévocablement unir sa destinée A celle d'un homme qu'elle abhorrait, cet instant approcha.DéjA le canot nuptial se balançait mollement dans la baie.Suivant la coutume indienne on l'avait garni de toutes les provisions nécessaires aux nouveaux époux, pour un voyage d'un mois, car c'est IA l'unique cérémonie matrimoniale en usage chez les Ojibbcways.La nuit répandait les ombres sur les bois et les campagnes.Dans la cabane du père d'Aw-mid-way on avait préparé le festin des noces, le dernier qu'elle dût partager avec ses parents, quand tout-A-coup, on s'aperçut que la fiancée manquait! Qu'étalt-elle devenue?On l'appela, rien us répondit aux appels ; on chercha, les recherches furent raines.Malt bientôt le frère de ls jeune fille dit A Shuwwsnossowuy.— Le canot nuptial a disparu.Aw-mid-way l'a pris pour fuir.Volons A sa poursuite.— Volons A sa poursuite ! répliqua le chef d'un ton sombre.Ils s'élancèrent le long de la rive, et, après quelques heures d'une course furieuse, ils aperçurent le canot qui filait légèrement A une courte distance d'eux.Redoublant de vitesse, ils atteignirent nn petit cap, que l'embarcation devait nécessairement doubler pour continuer sa marche.Shawwanossoway se précipita à l'eau dans le but de l'arrêter au passage.El quand Aw-mid-way approcha, il la supplia de s'arrêter et de l'écouter.Mais ses paroles furent inutiles.Alors, il tenta de saisir l'esquif.Cette tentative ne lui réussit pas mieux que la première.La fugitive joua si bien de l'aviron qu'elle le contraignit A renoncer A son dessein.Désespéré, fou de rage, le chef regagna la grève.A peine était-il hors de la rivière qu'une tempête effroyable éclata.Malgré le tonnerre, les éclairs, les éléments déchaînés, Aw-mid-way continua de fuir et les autres de la poursuivre.Les ténèbres la leur cachaient, toutefois, entièrement.Lorsque l'aube se montra, Shawwanossoway distingua un canot qui gisait dans une anse profonde.Supposant qu'enfin ils atteignaient l'objet de leur chasse, les deux jeunes gens allongèrent le pas.Mais jugez de l'horreur dont ils furent saisis, en trouvant une bande de loups qui se disputaient le cadavre de l'infortunée Aw-mid-way I Ils recueillirent précieusement ces restes chéris et les rapportèrent au village où ils furent inhumés suivant les rites de la tribu.La mort de celle qu'il aimait fit une impression si forte sur l'esprit de Shawwanossoway que, déposant le tomahawk, il se fit jongleur.M.Paul Kane, qui le vit en 1848, A Manitou-awming, village indien situé sur l'Ile du Grand Manitoulin, dans le lac Huron, dit qu'il avait " la physionomie vénérable et digne." * I.a.* Wandering of an artist, among the Indians of North America, by Paul Kane.Loudon, Longman.Hrown, 1830.L'AVEMflEOT I'M PACIA.hibtoibe os damas.Dans aucun pays sur la terre, les annales ne nous présentent des exemples d'hommes l'élevant d'un état infime au sommet dei richesse* et du pouvoir comme celles de l'empire Ottoman.Les coutumes et les institutions des terres favorisent ces soudaines transitions de la fortune, et A tel point qu'en vérité la majorité des pachaliks attachés Ala Porte et de tous les hauts emplois de l'état ont été, pour la plupart, occupés de temps immémorial, par des aventuriers capables, des esclaves émancipés et des hommes de la plus humble origine.Cependant de tous les exemples d'élévation rapide qus montre l'histoire de l'empire, aucun peut-être ne fut aussi remarquable dans sou caractère, et accompagné de plus de circonstances étrange* LA RUCHE LITTÉRAIRE.147 que celui de Mohammed Pacha-cI-Admc, gouverneur do Damas, pendant vingt-cinq ans du siècle dernier.Mohammed ct Conrad étaient fils d'un riche marchand do Constantinople qui mourut au moment où ils arrivaientà la virilité.Les jeunes gens héritèrent de richesses énormes, et avec sa portion individuelle, Conrad continua les affaires commerciales de son père, qui prospérèrent dans ses mains ct augmentèrent considérablement sa fortune.Mohammed d'un autre côté consacra son héritage à la poursuite du plaisir.U rassembla autour de lui uno troupe de jeunes gens do son caractère ct se plongea avec eux dans des folies et des extravagances do tout genre.Les prodigieuses dépenses, suite d'une telle muniére de vivre, engloutirent lu fortune de Mohammed en une seule année, ct alors le prodigue vit ses compagnons B'éloigner peu à peu.Son frère môme sous le prétexte de l'avoir averti de sa ruine, ferma sa porte à Mohammed et refusa de le voir.Quoique ce fut le cours usuel ct habituel des choses, le malheureux jeune homme fut d'abord frappé et stupéfié du traitement qu'il reçut, mais comme il était d'un esprit léger il revint bientôt à son apathie naturelle, ct se raidit pour supporter les revers avec patience.Il ne vit d'autre moyen de se subvenir qu'en acceptant les aumônes des mosquées, ce qu'il tit pendant quelque temps, espérant toujours que la chance tournerait en sa faveur.Il advint ensuite dos circonstances qui opérèrent une révolution frappante dans sa condition.Chaque jeudi, en ce temps, le sultan venait à midi faire ses dévotions dans l'une des principales mosquées de Constantinople.Il était accompagné des hauts dignitaires de sou royaume, vêtus de leurs costumes les plus' riches, ct à son côté marchaient deux officiers, portant des sacs d'argent qu'il avait coutume de répandre avec ses propres mains parmi le peuple.Le contenu de ces sacs n'était pas néanmoins entièrement composé d'espèces.Outre l'or ordinaire, et les monnaies d'argent du pays qui étaient toutes renfermées dans des fragmens de papier, il y avait aussi de petits morceaux de verre enveloppés de la même manière, mais avec cette différence que les enveloppes des morceaux de verre étaient marquées de courtes sentences de l'écriture du sultan.Ces sentences étaient habituellement des maximes en l'honneur de la pauvreté ou des apophtegmes dans lesquels les riches étaient décriés.On pense aisément que ce précieux métal était beaucoup plus convoité par la foule qui se pressait sur les pas du sultan que les morceaux de verre.Un jour, après sa réduction é la pauvreté, Mohammed se joignit au cortège indigent qui attendait la royale cavalerie.Il surveilla anxieusement les mouvements du sultan, vit sa main plonger dans les sac» et lorsque la pluie désirée tomba i l'entour, il s'empara d'un des morceaux enveloppés de papier.Mohammed n'ouvrit pas immédiatement sa capture, mais il laissa passer la foule et puis regarda.Sa mortification fut indicible quand, au lieu d'or, il ne trouva qu'une pièce de verre arrondie.U était sur le point de la jeter à ses pieds contre les pauvres, lorsque l'écrit frappa ses yeux.Tels en étaient les termes : " L'artifice et l'adresse conduisent toujours l'homme aux dignités." Cette maxime, par quelque accident, était très dissemblable do celles choisies habituellement pour ce même motif.Mohammed réfléchit longtemps sur les mots qui étaient sous ses yeux et puis il mit soigneusement le papier ct le verre dans ses vêtements.Cela fuit, il partit d'un pas ferme et déterminé.Il avait conçu un projet.Il y n, à Constantinople, des marchands qui font le métier de louer toute sorte de costumes, depuis celui de visir, étineclunt de pierres précieuses jusqu'à la modeste robe de derviche.Les magasins de ce genre semblent n'avoir été inventés que dans le but d'aider ies hommes a s'accommoder des rapides changemens de la fortune si communs daus ce pays.Et ces marchands ne bornent pas leur trafic aux objet* de toilette.Us procureront à une heure donnée, des chevaux, des domestique0 des gardes, des officiers de maison et tout l'api ire convenable à un grand établissement.*\ louent leurs articles et se font payer ù semaine ou au mois.Mohammed s'adressa à un de ces négociants ct comme il avait une noble prestance et un air imposant, il amena lo marchand à lui fournir à l'instant le plus riche habillement de pacha, uu beau cheval ct une suite do domestiques superbement vêtus.Une heure suffit pour transformer le mendiant en un magnifique dignitaire qui charmait tous los yeux par sa gracieuse physionomie ct ses manières aisées.Tout cet équipement devait être payé daus un délai très court.Mohammed n'avait pu* d'argent, mais il avait un génie inventif : ac-compagne d'une partie de sa suite, il dirigea sa marche vers la maison de son frère.Arrivé là, il arrêta son cheval sur le seuil de la porte ct dépêcha un de ses serviteurs pour dire à Conrad que sou frère désirait le voir.Conrad allait donner une dure réponse, lorsqu'il remarqua par hasard à travers la fenêtre l'éclat de Mohammed et do son cortège.A son étonne-ment tout parlait de la présence d'un grand pacha.Mohammed étiucelant de joyaux et Mohammed le gueux étaient deux êtres différent», ot Conrad fit toute bête possible pour atteindre l'entrée de la maison.— Conrad, dit Mohammed, saluant son frère sans abandonner son cheval, notre seigneur le sultan m'a nommé pacha de Damas.J'ai besoin d'une grosse somme d'argent pour m'étn-blir avec honneur dans mon gouvernement Tenez-moi prêt cet argent pour demain.Je vous lu rembourserai comme doit le faire un frère et un pacha.— Que le ciel prolonge les jours et accroisse la gloire de notre seigneur et maftre le su'tan, répliqua Conrad: Mohammed vous étiss né pour faire honneur à notre famille.Ma fortune vous appartient désormais, prenez la tout entière si vous le désirez.Pacha de Damn* I 148 LA RUCHE LITTÉRAIRE.puisse Allah! vous récompenser suivant votre mérita ! Mohammed employa la nuit A compléter ses arrangements.U enrôla cinquante hommes comme gardes du corps.Il ajouta A sa suite un nombre de courriers tartares.Il envoya le matin son trésorier A la maison de son frère pour demander vingt milles pièce d'or.Après avoir reçu cette somme, Mohammed paya tout ce qu'il était absolument nécessaire de payer en ce moment, et bientôt après il traversa le Bosphore avec sa suite, et s'achemina, où le lecteur pense bien, vers Damas.Mohammed n'était pas un chevalier d'industrie bâtissant des plans vulgaires.Le haut emploi qo'il assumait audacieusement aussi bien que la fréquence de telles élévations rapides, avait persuadé sa suite, ainsi que tous ceux avee lesquels il se trouva en contact, de la réalité de son avènement au pacbalik de Damas.Mohammed toutefois, resta fort tranquille jusqu'à ce qu'il fut A une courte distance de Stamboul.En approchant du territoire damas-cénien, il commença A distribuer des présents dans les villes A travers lesqne.es il passait.11 était partout reçu avec les honneurs dus à un pacha et échangeait des dons avec les divers gouverneurs qui, se rappelant l'étendue du pouvoir du pocha damascénien, no voulurent pas que le nouveau possesseur de ce titre fut partie perdante dans ces échanges.Lorsque Mohammed arma enfin A trois jours de marche de Damas, il ordonna A sa troupe de faire balte et d'élever des tentes.Il appella alors son secrétaire et lui dieu une lettre adressée aux principaux émirs de Damas dans laquelle il leur était annoncé que lo sultan ayant de grands motifs d'être mécontent de sou grand visir A Constantinople l'a ait disgracié et décapité, et que le fils du visir, le pacha de Damas, ayant pris part au crime de son père était condamné A la même punition.Mohammed écrivit cette lettre eu son nom et conclut en établissant qu'ayant été nommé le nouveuu pacha, il était venu pour exécuter les ordres du sultan et commandait maintenant aux émirs de s'emparer du fils du visir et de le retenir en attendant son sort.Avant d'envoyer cette lettre, Mohammed toutefois dépêcha un courrier fidèle et actif avec ordre de s'introduira dans le palais du pacha de Damas, et d'informer secrètement le fils dn visir que son père était décapité et qu'il était lui-même sur le point d'encourir le même châtiment A l'arrivée d'un successeur au pacbalik, alors eu route vers la ville.Le courrier arriva avant le porteur de la lettre aux émirs et tel tut l'efet de ses révélation* que le pauvre pacha, croyant d'ailleurs la mort inévitable, et se sachant lui-même très impopulaire,quitta le pelais en secret, monte son cheval le plus agite, et fut bientôt en pleine fuite de Damas, laissant ses trésors, ses femmes, et toot derrière lui.Quant uns émirs, dès qu'ils reçurent la lettre qui leur était adressée, ils s'assembl treut poor délibérer sur lo parti qu'un devait Copier.Tundls qu'ils discutaient aiasl, U leur arrive oa second con rr 1er avec dei lettres d'uae importance semblable.Mohammed leur expédia un troisième et un quatrième messagers, chacun portant des mandats plus impérieux que les précédents.Sérieusement alarmés A la fia des conséquences de leur refus, les émirs ramassèrent leurs nartisans et excitèrent les citoyens A s'emparer de l'ancien pacha et A recevoir le nouveau.Après avoir réuni les citoyens, ils s'avancèrent avec une grande foule vers le palais et personne ne mettant opposition, ils le fouillèrent de fond en comble.Mais quelle fut leur consternation de trouver que l'oiseau s'était envolé.11 n'y avait point de pacha I Alors la foule excitée, blâma les émirs de leur lenteur et des excès, et le pillage aurait suivi si l'on n'avait entendu A peu de distance le bruit de vigoureuses acclamations.Une ou deux minutes après, Mohammed apparut au milieu de sa suite, splendidement vêtu et répandant l'or de toutes parte parmi le peuple.— Où est mon prisonnier?furent les premiers mots que prononça Mohammed lorsqu'il sauta de son cheval devant la façade du palais.Les émirs furent alarmés de l'intonation ferme et sévère donnée à ces paroles.— U a, s'il plait A votre Excellence, dit l'un d'eux, sans doute reçu des nouvelles privées de Constantinople, car lorsque nous visitâmes le palais, il était parti.— Parti ! échappé ! cria Mohammed.Malheureux émirs, saches que mes ordres étaient les ordres du sultan lui-même, notre maître.Vos têtes me répondront du fugitif.Retires-vous, vous connaîtrez bientôt le châtiment réservé A ceux qui manquent d'exécuter la volonté du mltan.Cette dernière menace remplit les émirs de crainte et de consternation.Le nouveau pacha s'était déjA concilié la faveur du peuple par sa libéralité.La résistance A son autorité semblait impossible.Tandis que des peniées de cette nature oppressaient les esprits des émirs damaicénieui, Mohammed les envoya chercher les nm aprèi les autres et déposant entièrement ta colère, il donna A chacun une réception trèi gracieuse, Ici congédiant tous avec de riches présenti (du trésor dn dernier pacha), aprei les avoir consulté sur le sort et les besoins du pay*.Leurs craintes se changèrent ainsi en joie; le i émirs, ou ne pensèrent ou n'osèreot demander nu nouveau pacha de se soumettre A la coutume d'exhiber soa bref ou sa commission du sultan aux nobles et aux graods dignitaire* du lieu.Heureux que leur faiblesse A l'égard du dernier pocha fut passée sous silence, ils ne voulurent i«i risquer une nouvelle ofibuse.Cependant Mohammed,«pii était réellemeat nn homme de haute talents, et doué «le plusieurs bonnes qualités, employa les commencements de son administration A soulager les charges du peuple et A établir de nouvelles et sages réglée pour In protectloo do commerce et de l'agriculture.In acquérant ainsi l'estime des honnêtes gens il acheva do se rendre populaire par des fêtes spleudides tt par le gêné- LA RCCHK LITTÉRAIRE.reuz déboursement des fonds de Bon prédécesseur.Il se comporta avec une extrême libéralité i l'égard de la famille du dernier pacha et éleva tous les principaux émirs A de nouvelles charges.Il y avait relativement A cette époque peu de communications entre Damas et Constantinople, et un temps considérable s'écoula en partie par les soins de Mohammed avant que quelque information touchant ces événements extraordinaires, parvint A la capitale du sultan.Le pacha si étrangement déposé fut la personne par qui la vérité fut enfin connue.En quittant Damas, le pacba passa par des lieux difficiles A travers lo désert et enfin arriva A Bagdad.D'abord, il fut obligé de subsister sur la charité des mosquées, mais ensuite il se loua comme nide A un pâtissier, cachant son nom et son histoire de crainte de trouver le sort qu'il pensait que son père le grand visir, avait encouru A Constantinople.Familiers avee les événements spontanés, les Turcs sont également accoutumés anx chutes rapides, et le pauvre pacba souffrit pendant quelques mois en paix et avec résignation, Vosant laisser échapper de ses lèvres le nom de son père, et évitant toute société publique dans la crainte de quelque reconnaissance du hasard.A la fin, un agent secret du gouvernement rencontra l'aide du pâtissier.— Comment, monseigneur t s'écria l'agent, votre Excellence ici T et dans cet état I Sûrement, sûrement vous êtes le pacha de Damas.— Vons vous trompes, monsieur, fut la réponse donnée nvec nn tremblement visible, je suis nn pauvre artisan, un pâtissier de cette ville.—Oh I non, non, dit l'autre, je vous reconnais parfaitement, vous êtes le fils de mon maître, du grand visir.Que dirait votre père, s'il vous voyait sous ce misérable déguisement?— Au nom d'Allah I murmura le pauvre ex-pacha, si vous sees été l'smi de mon père, par sen ombre, je vous conjure de rester silencieux et ds ne pes me trahir.— L'ombre, dites-vous, monseigneur, répondit l'agent, votre père n'est pas mort, hier encore j'ai reçu des lettres de lui.Ceci conduisit A une explicetion complète, et le fils du visir ravi, consentit A se rendre A l'habitation de l'agent, o* il fut revêtu d'nabil-lemeuts digues ds sou rang.Après s'être consult* ensemble, touchant l'imposture maintenant maaifeste qui l'avait privé ds son gouver-nemeet, l'ei-pacha résolut de se rendre immédiatement A Constantinople avee l'agent pour demander justice en sultan lui-même.Ce voyage fut entrepris sens délai.A leur arrivée A Constantinople,rien ne peut surpasserl'éton-nesseat avec lequel le vieux visir écouta le récit des malheurs de son fils.Cette affaire lai sembla tout-A-fait mystérieuse einsi qu'au sultan, lorsque son ministre sollicita nne audience et lui relata les circonstances.Néanmoins ls sultan promit réparation et dépêcha vers Dumas un V^éjhBarka ou officier evec des ordres pour amener A Constantinople le pacha usurpateur.Quatre cents gardes accompagnaient le messager du sultan.Durant les huit mois que Mohammed avait gouverné A Damas, il avait fait bénir sou administration par les habitants qui tror-vaient en lui plutôt un père qu'un pacl.Lorsque l'officier du sultan arriva, Mohammed baisa le mandement impérial, le plia sur son front en signe de soumission et ne demanda que quelques heures pour se préparer au voyage qui lui était enjoint.Dans cet intervalle, il convoqua les émirs, leur annonça que le sultan l'avait appelé A Constantinople, et prit un touchant congé d'eux.A peine avait-il quitté la ville avec ses gardes que les émirs prirent la résolution d'adresser au sultan une pétition pour maintenir Mohammed A Damas.Ils envoyèrent cette pétition ; mais comme après une seconde considération elle ne leur parut pas assez forte, ils écrivirent un autre document, dans lequel ils détaillèrent les bienfaits conférés sur le pachalik par Mohammed et déclarèrent fermement qu'ils ne recevraient point d'autre gouverneur.Comme si l'exemple même de Mohammed, A son arrivée les avait inspiré, les émirs envoyèrent encore d'autres lettres dont quelques unes laissèrent percevoir des menaces de révolte assez intelligibles.Pendant ce temps Mohammed poursuivit son voyage vers Constantinople et fût amené en présence du sultan.— Qui es-tu, malheureux fripon ?s'écria le sultan.— L'un de vos pachas, reprit Mohammed avec respect, mais sans crainte.— Qui a signé ton bref d'investiture, misérable imposteur?— Votre bautcBse, répondit Mohammed d'un ton ferme.— C'en est trop! cria le sultan, montre-le, montre-le moi, si tu ne veux mourir A cette place.— Voyez-le ! fit Mohammed tirant de son sein le fragment de papier qui enveloppait le morceau de verre trouvé dans la rue.Le sultan prit l'amulette, l'éleva jusqu'A lui, examina les mots et reconnut son écriture.Il reste pendant quelques moments enseveli dans ses réflexions, tandis que le grand visir se tenait un peu A l'écart plein d'espoir de vengeance, et que Mohammed fléchissait le genou plein d'espoir de pardon.En ce moment arriva le premier courrier envoyé par les émirs.Sur son assurance que ses missives étaient de première importance, elles furent immédiatement remises nu sultan.Elles sauvèrent la vie de Mohammed ou du moins décidèrent l'esprit dn sultan sur ce point Bientôt arrivèrent courriers sur courriers evec des lettres pour le même but et toutes pins instantes les unes que les autres.Le résultat fut que le sultan adressa ces mots au visir et A Mohammed qui se tenaient tous deux devant lui : —Visir, je ne puis infliger une punition A cet homme sans mettre en péril la tranquillité de l'empire.Je donnerai A votre fils un antre pachalik.Mohammed, je vous rends A votre gouvernement,'mais rappelez-vous que si c'est par artifice que vous vous êtes élevé au rang 150 LA RUCHE LITTÉRAIRE.«le pacha, c'est parce que vous avez montré de grande" capacités et un bon naturel que je ratifie votre titre, et vous accorde votre par-don.Il est heureux qu'une aussi mauvaise maxime ne soit pas tombée en de mauvaises mains.Retirez-vous.Mohammed gouverna sagement et heureusement à Damas pendant vingt-cinq ans.Traduit do l'Anglais par b.db montioxy.IKSSY BELL ET S A El «EU.Kl'ISODB DB LA PESTE DE 1GC6.Bessy Bell était fille du laird de Kinniard, et Mary Gray, du laird dc Lyncdoch.Toutes deux d'une rare beauté, se chérissaient depuis l'enfance, et leur affection s'était tellement accrue avec Tige, qu'elles ne pouvaient vivre l'ane sans l'autre.La mort leur ayant enlevé leurs parents, les jeunes orphelines, décidées à ne jamais se quitter, s'étaient bâti un joli cottage nux environs de I.ynedoch-house, dans le Pethshire, où ret'-, ces et solitaires, elles coulaient des jour tranquilles, lî umbrae s était leur Eden.Mais voilà qu'une tristesse inhabituée se répand sur leurs traits.Elles ne se parlent plus avec le même empressement, ni avec le même abandon.Les deux amies ont l'air d'avoir nn secret douloureux qu'elles n'osent se confier.C'est toujours la même tendresse : ce n'est plus la même confiance ! D'où venait donc ce changement ?Un jour, franchissant un fossé, le cheval d'un jeune chasseur s'abat du côté de Burnbraes.John Douglas, blessé, se relève, il ne peut marcher qu'avec peine ; égaré de sa route, il aperçoit un cottage et y demande un asile.Bessy Bell et Mary Gray l'accueillent avec nn égal intérêt.Douglas était aimable et beau.Plus* surs mois s'étaient écoulés depuis cet é vénement.Le jeune chasseur ne se présentait point à Burnbraes, mais les deux amies l'avaient revu, tantôt ici, et tantôt là, à la campagne ou à la ville.Bessy Bell et Mary Gray ne vivaient plus aussi recluses qu'autrefois ; elles acceptaient avec empressement, daas le voisinage, certaines parties de campagne.Elles n'en étaient pas plus gaies, U est vrai ; mais u dissipation leur était devenue tout A coup un besoin.Le temps change les caractères, disaient-elles.Le temps n'était pas le mot propre ; il eût fallu dire : tamour.La peste de 1C60 éclate sur l'Ecosse.Le Perthshire est ravagé par u contagion.Adieu les plaisirs et les fêtes ; on n'entend parler que de maladies et de décès.Chacun s'isole et fuit ses semblables.Consternation générale.Les orphelines de Burnbraes, protégées par la Providence n'ont point encore été frappées par le fléau.Néanmoins une souffrance poignante est la continuelle expression de leur physionomie; elles s'embrassaient parfois en pleurant.—Je voudrais mourir, disait l'une.—Et moi aussi, répondait l'autre.—Ah ! Mary I reprenait la première, nous ne nous aimons plus comme autrefois I —Crois-tu ?répliquait la seconde.Et leurs larmes se remettaient à couler avec une nouvelle abondance ; et elles ne se demandaient pas pourquoi.—Mary ! dit un matin Bessy Bell A sa compagne, je souffre horriblement ; je veux me retirer plusieurs jours A Kinniard, dans lc Car se de Gâterie: j'ai peur que la contagion ait soufflé sur moi, et je ne veux pas qu'elle t'atteigne.—Je comprends, tu voudrais partir, et tu me défends de t'accompagner.Mais si tu venais à mourir, est-ce que je pourrais te survivre?—Je me le demandais, Mary.—Et qu'est-ce que tu t'es répondu ?—Je ne sais, .je n'ai plus d'idées.—Ecoute, Bes3y reprend Mary d'une voix plaintive, il s'est passé, depuis quelque temps, je ne sais quel désordre dans nos esprits, qui a troublé la paix de nos cœurs.La peste en serait-elle la cause ?—Non, répondit Bessy Dell en passant la main sur son front avec une sorte d'égarement; non, l'épidémie n'est ponr rien dans le dérangement de notre être.U doit y avoir outre chose.—Je suis du même avis, Bessy.Mais cette autre chose, qu'est-ce que c'est?—Là est lu grande question.N'y aurais-tu jamais réfléchi?—Si fait.Mais aussi, comme toi, je ne sais, je n'ai plus d'idées.—Mary I reprend Bessy Bell d'un ton grave.Je me suis scrupuleusement interrogée ; nous sommes toutes deux dons l'erreur; notre amitié n'a subi aucune altération ; nous nous aimons toujours de même ; seulement.je crois.il me semble.—Achève t.que te semble-t-il ?—Que la vie a plus d'un mobile ; que plusieurs itentiments.ou intérêts.peuvent s'allier suas se nuire ;.que le tout est de savoir les comprendre.et les diriger; qu'en e'expUquant .on peut s'entendre ; et qu'enfin .n'est-ce pas, Mary ?—Oui, c'est possible.Bessy Bell ; mais franchement, ce n'est pue clair.—J'y réfléchirai davantage ; et c'est pour eela que je m'en vain.Tiens! chère Mary, j'ai un plan.Je reviendrai te lo soumettre.Oh I si je ne meurs pas, d'ici là, avec quelle joie nous nous retrouverons I et pour nous aimer plus que jamais.—Cest un bien beau plan, Bessy.Mais je ne sais pourquoi, j'en ai peur.—Tu as tort, Mary t tu verrai.Mais avant de quitter Burnbraes, j'ai nne grâce A te demander.Promets-moi une, quelque chose qui advienne, il n'y aura jamais aucun refroidissement dans notre amitié.—Je te le jure.Kl toi?-Mol de même.Bessy Bell part le lendemain.Mary l'a vue s'éloigner avec au affreux serrement de cœur ; puis seule ou tond de sa chambre, et tout a la secrète pensée qi.i depuis longtemps lu dévore LA RUCHE LITTÉRAIRE.151 " Hélas I murmure-t-ello tout bas, il est peut-être mort maintenant." John Douglas avait été frappé par le fléau ! et les deux amies le savaient.D'après la fatale nouvelle arrivée à Burnbraes, Douglas, réfugié A Perth, était A son heure suprême." Oh ! sans mon dévouement à Bessy Bell, continuait la pauvre Mary, je me serais rendue déji où il eat: j'aurais été le secourir.La seule chose qui m'a arrêtée, c'est que, pouvant rapporter la peste avec moi, j'aurais tué ma pauvre compagne., celle que je préfère A tout .excepté peut-être i Douglas, et encore sais-je s'il l'emporte !" La naïve jeune fille, en prononçant ces mots, jetait sur ses épaules un plaid écossais, s'enveloppait la tête d'un voile, et sortait â pas pressés de sa demeure.Soudain, «'arrêtant sur la route : "O" vais-je?se demande-t-clle." Et.reprenant sa marche, elle ajoute : " Je vais voir s'il existe encore." Elle arrive A Perth ; elle frappe doucement à 1a porte de la maison de Douglas.Il est dans son lit expirant.Elle avait le visage caché ; elle pense que dans l'état de fièvre où est le malade, il ne pourra la reconnaître.Personne ne saurait sa démarche.L'épidémie n brisé toutes les sociétés.Qui penserait, nu milieu des calamités publiques, A des convenances sociales I Mary Cray veut s'assurer par elle-même de l'état du mourant ; et, si elle ne peut le sauver, du moins elle aura pu le regarder encore, lui adresser tout bas ou dernier adieu, prier pour lui nu pied de son lit.Le porte s'ouvre devint elle.L'appartement était obscur, ou en avait fermé soigneusement les rideaux et les volets, pour qu'une trou vive lumière ne fatiguât pas les yeux affaiblis du ssalade ; elle s'avance A pas légers.Douglas tspsssit en ee moment ; Mary Gray aperçoit A sen cue vet la blanche figure d'une femme.Elle approche.O ciel! un cri sourd.Cette femme I,.c'est Beaiy Bell.Mary Gray reste confondue.Les deux amies, eu fàec l'an* de l'autre, auprès du jeune Douglas, se regardent sans se parler.Que de pensées au fond de leur âme t Pâles, immobiles, glacées, elles semblaient deux statues funèbres auprès d'us sarcophage.Mary rompt enfin le silence.—Ih quoi t ifcsty Bell ! tu l'aimels t —Oui, Mary ! de toute mou âme.Et toi t toi aussi, n'est-ce pus ?—Tu le vois bien, puisque me voici.—Pourquoi ai avoir caché ton amour ?—M'avais-tu avoué le tien T.Mary, ce n'était pas nécessaire Tiens, con-tsmeue su toi et moi, uous taisions nos efforts peur ne pas uous < otaprvedrr, mais au fund smufl noes dsviuioui.Vous étions rivales, nous le sevioes, suais nous vonlieus nous le cacher.II.ea cela, étions-nous coupables ?Non ; car esse prouvait que uous regardions l'amour camus» ua intrus qu'il ne fallait pas admettre au suuetaaire de l'amitié.Te rupêelles-tu nos preset sets T Oh f je tiendrai la mitent, Mary I —lt mol au**».jusqu'à lu mort.—Ahl ne perlons pas du tombrae! —Pourquoi ?nous y touchons.Regarde ! Le visage inaminé du mourant semblait en effet ne plus appartenir A la vie.Ses paupières étaient fermées.Néanmoins son front mâle ct ses nobles traits conservaient encore leur charme.—Quel dommage! dit Bessy Bell.Mourir tléjà, si jeune et si beau ! —C'est toi que sans doute il aimait ?demande Mary d'une voix tremblante.Que, du moins, il aimait le mieux ! —Moi!.répliqua vivement Bessy Bell.J'allais te faire la même question ! —Vraiment ! reprit la fille de Lynedoch.Eh bien, ne nous répondons pas, ne cherchons ù rien découvrir.La tombe emportera son secret.—Mais s'il survit ?—Il choisira.—Et moi sa femme, ou toi la sienne, nous continuerons A nous aimer de même ?.—Oh I j'en répondrais, quant A moi ! —Mon cœur, aussi, Mary ! en est sûr.—Bien : je me sens maintenant moins malheureuse, dit la douce amie de Bessy Bell en poussant un profond soupir.Adieu! je te laisse avec lui.Tu seras aujourd'hui sa garde ; mais, demain, tu me céderas ta place.Je veux avoir mon tour.Et Mary retourne A Burnbracs.Le lendemain, Bessy Bell, au chevet du lit de son amant, s'attendait A revoir son amie.Douglas evait repris des forces.Son regard se fixait sur la fille du laird de Kinnnird avec l'expression de l'amour et de la reconnaissance.Elle se dit tout bas : " il m'aime." Le malade entrouvre tes lèvres.—Je suis sauvé, murmure-t-il.Comment surais-je pu mourir t deux unges gardiens prêt de moil —Deux t dit Bessy Bell étonnée.—Hier, réplique Douglas, met yeux ne pouvaient regarder, mais mou âme pouvait entendre.J'ai senti Mary Gray près de moi.—Vous l'aimes ?reprend la jeune fille avec un accei.t doux et triste.—Ahl qui ne l'aimerait t dit Douglas.Puis, pressant le meiu de Bessy Bell evec une expensive tendresse ; —Comme mou cœur but I poursuit-il.Vous loi nves rendu l'existence.Il renaît par vous et pour vous.—Mary Gray viendra tout â l'heure, interrompit Bessy Bell A voix basse.—Qu'elle vienne I s'écrie Douglet.Oh ! qu élit vienne I jt l'attends.Souacceutétsitpastiouué.La fille du laird de Kinnaird demeure un Instant sues parole.Tombée dans une morne rêverie tt le main appuyée sur son front, elle semble cacher ses larmes.Tout A coup, te levant nvec un mouvement dt terreur: —Ahl t'éerie-t-tlle, il ttt midi; et Mary Gray n'est pas vtaue I Mou Dieu t que lai serait-il arrivé ?.Elle s'élance hors dt le chambre.A peint a-t-tlle dit adieu A sou assaut, nu horribls près-sentiment s'est emparé d'elle ; U le poursuit, il LA RUCHE LITTÉRAIRE.la domine ; elle court an cottage de Burnbraes.Elle entre, elle appelle Mary.Hélas! Mary Gray, dans la chambre do Douglas, avait respiré l'air fatal.Elle a reçu lo coup de la mort.—Bessy ! ne m'approche pas! dit la pauvre victime étendue sur sa couche funèbre.L'épidémie te frapperait.Je me meurs, retourne vers lui!.je ne Voterai pins ta place.—Non, Mary, tu la reprendras ! répond son amie éperdue ; et je ne te la retirerai plus.pour son bonheur.le tien.le nôtre ; et tu la gardens : cor il t'aime.—Il te l'a dit?—J'ai cru le comprendre.—Nous ne devions pas questionner.—Il est vrai : j'ai eu tort, n'importe.Il t'aime, il sera te mari.—fu t'es trompée.Je sens le contraire.Mary expira dons la nuit.Doughs, une semaine après, était complètement guéri.Inquiet de n'avoir revu ni Bessy Bell ni Mary Gray, depuis qu'elles s'étaient rencontrées ches lui, il saisit le premier moment où ses forces le lui permettaient, et court en hâte à Burnbraes.Hélos I les deui amies étaient mortes.H ne trouva que leurs cercueils.Sur lequel pleura-t-il le plus?Ce fut impossible è connaître: ils étaient dans la même tombe.UEIETES.Lee hommes qui veulent atteindre A one honte situation savent ss lever do bonne heure.Lord Chesterfield disait A son fils: "Voulez-vous, mon fils, occuper on rung élevé daas votre pays?levés-vous A quatre heures du mutin."—Le file mit A profit l'avis do père et devint, oa le sait, nn des hommes les plus émi-aoûts de notre siècle.Oublier ss mère, c'est presque devenir athée.Colporter les sottises des autres, c'est se charger d'uae marchandise prohibée.On eet responsable dn débit.Ce sont rarement ceux qui parlent le plus qui pensent et agissent le mieux.Le vieillard vicieux ressemble beaucoup A une tour ruinée que lee plantes parasites lé-sardeat de tous côtés.Ln paresse est l'engourdissement de l'amour-propre : elle pèse sur lu volonté.Lo vice se donne des attraits en se fardant d'hypocrisie : c'est nus de ses chances de réussite.H c'est rien qui étouffe mieux les inimiUés que l'approche de l'intérêt.LA IMOME IE LUETTE.premiere parue, QUEBEC CHAPITRE IX.od lb lecteur n'entreverra pas excors m lien qui unissait alfred bous au mysterieux etranger.Vous nous permettrez d'aller retrouver notre ami Alfred Robin que nous uvons laissé A la fin du chapitre Y, entrant vers quatre heures et demie du soir duos la rue Champlaio, en compagnie d'un très mystérieux étranger.Le jour baissait, et déjA on voyait s'éclairer les cabarets borgnes, qui pullulent des deux côtés de la voie publique.Une foule do matelots, sur le point de partir, circulait on tous sens ou se pressait dans les tavernes, dont les portes, en s'ouvrent, donnaient issue A dee senteurs nauséabondes, et eux chants éraiUés de l'orgie.Il fallait presque du courage pour traverser A ce moment la rue Champlain, sorte de boyeeu étroit, tortueux, qui s'allonge entre de hautes masures branlantes et que menacent d'un côté les grandee marées et de l'autre le cop Diamant, énorme masse de rochers perpendiculaires, couronnés par la citadelle A près de quatre cent*, pieds au-dessus dn nivenu de ln mer.En marchant nu pied de cette gigaatosque falaise, on se sent pris d'an sentissent d'effroi comme si elle devait récrouler soudaiae-ment.Et de fait, souvent, trop souvent dee blocs do granit se détachent de eon sommet et viennent avec on fracas horrible s'abattre sur les maisons qu'elle surplombe.Cependant, ni Alfred Robin, ni son guide ne semblaient faire attention aux marina qui les coudoient, on aux émanations pestilentielles échappées dos eer-ro©**.Ils allaient d'un pas rapide, fiévreux, le second comme d'il cet été appelé par une affaire pressante, le premier comme nn magnétisé entraîné par le vouloir du magnétiseur.Après vingt minutes de cette marche forcée, ils arrivèrent A un endroit oA loi maisons se faisaient plus rares et oA la montagne, arrondissant ses contours, se boisait de broussailles épaisses, nn milieu desquelles ça et lâ pelotaient quelques pins rabougris.Lanuitapprochaitrapidement,—nuitsombre, orageuse.Le del était marbré de nuages opaques, aux extrémités grisâtres et qui roulaient, avee nne majestueuse lenteur de l'eet è l'ouest Le vent soufflait furieusement ot le 8t.Laurent mugissait dues son lit, comme noe bête fauve en furie.Toot faisait pressentir nne de ces terribles tempêtes, particulières A l'Amérique du Nord, LA RUCHE LITTÉRAIRE.m et que, duns leur langage, aussi simple qu'il ciU énergique, les franco-canadiens désignent soua le nom do bordée de neige.L'étranger siffla d'une façon particulière et bientôt un esquif, monté par quatre vigoureux rameurs parut prés de la grève.—Embarquez, fut-il dit à l'artiste.Le jeune homme obéit sans mot dire et s'assit sur un des bancs do la chaloupe.Son compagnon se plaça près de lui.A l'autre bord I dit l'étranger.Malgré les flots, les rafales et les ténèbres, le bateau, habilement dirigé, atteignit au bout d'une heure environ, la rive méridionale du St.Laurent.La traversée s'était faite dans un silence troublé seulement par le bruit de la tempête.—Vous attendrez 1 ordonna l'inconnu aux rameurs, en sautant à terre.La nuit était noire comme l'ébène.L'étranger prit la main d'Alfred Robin et le mena d une maison élevée près du fleuve.Us entrèrent dans une pièce basse, éclairée par des bougies, et l'inconnu ferma la porte à la clé.—Asseyez-vous, dit-il à Robin, en lui indiquant un fauteuil près du poêle qui chauffait l'appartement.Le jeune homme, transi de froid, et inquiet de cette singulière i.venture se laissa machinalement tomber sur le siège qu'on lui montrait.Son hôte s'assit en face de lui et attacha sur son visage un regard brûlant.—Vous me reconnaissez, n'est-ce pas?de-manda-t-il au bout d'un moment.—Je le crois, balbutia Robin, fermant les yeux sous co regard incisif.—En êtes-vous sûr î —Oui, vous êtes le capit.—Chut 1 c'est assez ; pas un mot de pins, s'écria l'inconnu en faisant un brusque mouvement.Il y eut une pause ; puis le singulier personnage reprit d'un ton bas, mais saisissant : —Vous vous rappelez la nuit du 12 novembre 1836 ?Alfred frémit.—Vous la rappelez-vous ?réitéra son interlocuteur d'un accent encore plus guttural.—Oui, articula Robin avec effort.—Eh bien, avez-vous tenu vos engagements ?—Il me semble.—Vous y avez manqué, vous avez menti à votre parole, à votre serment, vociféra l'étranger en frappant du pied sur le parquet.—Jo ne sache pas., commença Alfred.—Ah 1 vous ne savez pas, interrompit l'autre, vous ne savez pas I Est-ce que vous avez oublié à quelles conditions.?—Non, répliqua l'artiste, fixant à son tour l'étranger." —Pas de contradiction, jeune homme et écoutez-moi.—Vous aviez juré par tout ce qu'il y a de plus sacré de ne jamais trahir mon secret et vous Paves trahi.—Hais, monsieur.—Qui est l'auteur de ce livre ?—Ce livre ! quel livre ?—Celui-ci, poursuivit violemment l'éiraugcr tirant de sa pocho un volume à couverture jaune —Ma foi, jo ne vous comprends pas.—Vous no me comprenez pas, et moi je vous somme de me dire qui a écrit ce livre.—Virginie I fit Alfred jetant les yeux sur la couverture ; mais c'est un de mes amis, Alphonse Mougenot.—C'est donc à cet Alphonse Mougenot que vous avez révélé ce qu'il importait tant que le monde ignorât.Et co n'était pas assez d'en parler, il fallait le publier par la voie de la presse ; il fallait initier des milliers de gens à nn acte que nul, sauf les intéressés, ne devrait savoir I —Monsieur, dit Alfred d'une voix ferme, jo vous assure que je ne comprends pas ce que vous me dites ; que je n'ai jamais parlé à qui que ce soit de cette affaire, et que je n'ai pas même lu l'ouvrage de mon ami.L'inconnu fronça les sourcils, et ses yeux lancèrent des lueurs ardentes.Mais l'artiste en soutint l'éclat avec la sérénité de l'innocence.—Comment expliquer?murmura son hôte en croisant ses mains sur son front de l'air d'un homme occupé à la solution d'un problème.Il se leva, fit deux ou trois tours dans la salle et revint s'asseoir prés d'Alfred.—Et si j'avais confiance en vous ?dit-il d'un ton plus calme.—Vous auriez raison, monsieur.—Mais quelle preuve ?—Ma parole doit vous suffire, répliqua fièrement l'artiste.—Voub êtes prêt à exécuter les autres clauses de notre convention.—J'ai promis, dit Alfred avec une noble simplicité qui excluait toute idée qu'il eut dessein de tromper.—Pourtant, marmotta l'inconnu, encore une fois eomment se fait-il que ce soit là, écrit, imprimé.tiré à plusieurs mille exemplaires sans cloute?S'adressant à Robin : —L'auteur est votre ami ?—J'ai eu l'honneur de vous le dire.—Et dans vos confidences, vos épanche» ments.?—Jamais un mot.—Un moment d'ivresse ?—Je me respecte trop pour jamais m'enivrer.—Bon Dieu I comment expliquer cela ?je m'y perds I —Mais hasarda Robin, qu'y a-t-il dans ce livre?—Ce qu'il y a I reprit l'étranger dont l'emportement se ranima à cette question ; ce qu'il 7 a ?Il y u tout, monsieur, détaillé mieux que ma mémoire elle-même ne pourrait le faire.Oui, tout.excepté les noms de famille.—Vous me surprenez.—Eh ! j'ai eu lieu d'être surpris, moi aussi, répliqua-t-il amèrement.Ensuite, il saisit le volume, l'ouvrit d'une main convulsive et mettant lo doigt sur une page froissée, il dit au jeune homme : —Lisez ! 154 LA RUCHE LITTÉRAIRE.—" Pas un mot do pluB où je te fais administrer cent coups de gnreettes I —" Pour la dernière fois, monsieur, dit lentement le pilote, jo vous le répète : nous sommes menacés d'une bourrasque, et, à cette saison de l'année, lo golfe St.Laurent est plus traître même que la mer.Croyez-en mon expérience.Depuis quarante ans, je navigue dans ces parages, et.—« M.de Pontécoulant, interrompit le capitaine en apostrophant un jeune enseigne assis à quelques pas de lui, veuillez envoyer quatre matelots pour me prendre, garrotter et jeter A la cale cet imbécile qui déraisonne.En mémo temps, vous prierez l'officier de quart de déferler les bonnettes hautes et basses.—" Déferler les bonnettes, ô mon Dieu?exclama le pilote avec une expression indéfinissable." Puis, quittant l'air de déférence qu'il avait montré jusque-là, il s'élança vers le capitaine, lui saisit rudement la main et lui dit avec véhémence: —" Monsieur, vous n'allez pas donner cet ordre, je vous le défends.—" Misérable ! proféra le commandant de ln Calypso, pâle de colère et essayant de dégager son bras.—" Arrêtez, jeune homme ! cria le vieux pilote à l'enseigne qui se disposait à sortir ; arrêtez, car si l'ordre insensé que vous venez de recevoir est exécuté, c'en est fait de nous tous.—• " Monsieur de Pontécoulant, vous aurez huit jours d'nrrê t s forcés, pour votre hésitation, dit furieusement le capitaine à l'officier, indécis sur ce qu'il devait faire." Mais, à ce moment, une saute de vent d'une violence extraordinaire, prit le navire en prouo et lui imprima un balancement d'avant en arrière tel que plusieurs des passagers furent renversés contre les lambris de la cabine." Un cri d'épouvante jaillit de leur poitrine ; un horrible craquement répondit comme un écho à ce cri.*' Aussitôt le pilote lâcha lo capitaine et s'é-lançant sur le pont.—" Amenez les huniers en bande sur le ton ! s'écria-t-il." Par malheur, cet ordre arrivait trop tard ; car, déjà, la risée avait défoncé un petit foc et cassé l'arc-boutant du grand bras à bâbord.—" Envergucz un foc de rechange 1 dit l'officier de servit» aux matelots qui s'efforçaient do serrer les voiles dans lesquelles le vent hurlait avec rage.—" Impossible, monsieur ; c'est impossible, lui dit le pilote.La nuit est trop noire.Ces pauvres gens ne sauraient vous obéir sans compromettre leur existence.D'ailleurs, il est plus utile dc mettre à la cape.—" Pare à virer lof pour lof! continna-t-il, en B'adrcs3ant à un groupe do matelots qui attendaient autour du cabestan.—" Halte-là, et quo pas un ne bouge ! vociféra le capitaine apparaissant au capot d'échelle." Le pilote, qui, adossé nu bastingage, surveillait le temps et la manœuvre, vola vers le capitaine.CHAPITRE X.dm chapitre db VIRGINIE.Alfred Robin prit le livre à l'endroit indiqué et en commença silencieusement la lecture, tandisque l'inconnu arpentait la chambre." chapitre V." Tempête dan* le golfe 8t.Laurent." Le pilote entra brusquement dans la grande cabine." Réunis autour d'une table de jeu les officiers de la barque et les passagers jouaient aux cartes.•I Capitaine, s'écria le pilote,vite, faitcH serrer les voiles." A ces mots un homme, qui sommeillait sur le canapé, se souleva avec peine et toisant avec dédain le nouveau venu : —" Que veut ce rustre?demand a-t-il.—" Je dis que nous sommes en péril, répondit le pilote d'une voix forte, quoique sans émotion." Tons les assistants se retourneront.—"Lo lourdeaunbu, fit le capitaine, en bâillant.A ton poste, animal, ou je te mets aux fers pour le reste de la traversée, ajouta-t-il après un coup d'oeil au baromètre pendu vis-à-vis de lui." Sans relever cette grosse impertinence, le pilote croisa les bras sur sa poitrine et s'écria d'un ton solennel : —" Messieurs, je prends Dieu et ar la colonne d'eau, le mât de misaine grinça âprement, m courba à droite et à gauche, comme un roseau, et rompit an moment où la bnrquo commençait à se redresser.Une scene de confusion indescriptible accompagna la chute de l'arbre gigantesque qui, en «'abattant â l'arrière, écrasa deux des hommes employés au gouvernail.Durant une minute, le vacarme de l'ouragan, le sifflement des cordages se froissant les uns contre les autres, le gémissement des blessés, les imprécations des marins dominèrent la voix du commandant.Quand elle put se mire entendre, le pilote cria : —" Largues, largaesl les étais et les carlingues." Le bruit de la hache mordant le bois retentit." Mais la situation de la Calypso empirait au lieu de s'améliorer.—" Bientôt une sinistre rumeur so répandit de la cale aux cacatois : —" Le navire fait eau I le navire fait eaul —" Aax pompes I tonna le porte-voix da pilote." Cette injonction venait d'être donnée, lorsque le maltre-culier apparut sur le jtont.II se précipita sur lo capitaine qui était demeuré immobile et comme cloué â «ton bmir •! Italien»! une glorieuse ère Va commencer pour votre beau par»; Levés-vou» tous pour cette sainte guerre ] Du sol sacre chasses vos ennemi» ! Avec l'appui nue vuu» oflre la r nuira De vos guerrier» le triomphe r*t certain.Mm.l'applaudi» » voire Indépendance; * , Kilo est écrite au Uvre du destin.j Bt voua, Français qui, guide» |*r la gloire.A vu franchi le mont tVnts ncigeui.lUpiN 1.1 « ou* que souvent la victoire Kn Italie eworta vos aient.Le souvenir de Hareng", d'.trmle 1ht champ mu tn».«• le chemin, ladea vainqueur»l'éclatante aunVile .Caiwlra «o» front» ; .-'rat Parrot dullest In.( "K a.m aos* i » Mont AV.Jfifair», ttjaia i%5.».AGRICULTURE.les hares.Heureux les habitants de la campagne, s'ils possédaient l'instruction qui enseigne uno bonne culture, et le capital, qui décuple le produit des champs I Les habitants des villes sont soumis à des maladies nombreuses, variées, mystérieuses et graves, qui deviennent plus graves et plus mystérieuses dans leurs causes, à mesure que l'agglomération de la population augmente.L'habitant n'a pour ainsi dire pas de maladies, ù l'exception de celles qui lui viennent de son ignorance, de sa misère ou de son imprudence.Consultez les médecins de campagne ; leur clientèle no sort pas d'un cercle déterminé.La fièvre d'abord.A quoi tient la fièvre?Aux contrées marécageuses : ou peut les draiuer.Aux étangs : on peut les dessécher.Aux habitatious insalubres : ou doit les assainir.La pleurésie ensuite.Si les citadins commettaient la dixième des imprudences que se permettent les campagnards, recherchant l'eau fraîche et les ombrages lorsqu'ils sont en sueur, les villes seraient dépeuplées.On peut éviter la pleurésie.La fièvre et la pleurésie, voilà les deux grandes plaies des campagnes.La pleurésie tient A l'ignorance et & la sottise des gens.La fièvre tient i la pauvreté des campagnes ct A l'entêtement des campagnards.Il ne nous appartient pas de détruire la première de ces causes fatales; nous pouvons essayer de modifier la seconde.Lorsque la ferme n'a pas une fontaine limpide on un puits suffisant, on y ménuge uue mare.C'est IA que vont chaque jour s'abreuver les bestiaux.La mare est A proximité de l'étable, et rotable touche A la maison.L'eau stagnante se putréfie rapidement ; souvent les jus du fumier voisin vivnnent la corrompre par l'infiltration.Les animaux, en pénétrant dans la mare pour y boire, apportent avec eux des éléments do putréfaction.Or, cette eau corrompue rend malades les animaux qui la boivent, et détruit la sauté des hommes qui respirent ses émanations.Quand on n'a pas d'autres moyens de se procurer de l'eau, il faut bien faire des mares ; mais quand ou construit une mare, pourquoi no pas prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter qu'elle devienne un f,,\er pestilentiel ! Un savant agrououie, qui a rendu ù la science et A la pratique agricole de grand- ht» ire», kl.Girardin, indique les inoven* d'avoir les marc» dont les eaux ne iiourrout nuire à la aanté de» animaux ni A celles des homme».Il faut établir la mare dan» un endroit rn |*ate, ou le» eaux pioirmuit du toit* et dci LA RUCHE PROFILS DE PARIS.I.e gentil |»oot«> dont no* licteurs aiment tant Ira rnmiKMtionx, notre coiniiatriote, Stéphane Polin, est en ee moment :'.I'nrin et voici «pi'il y crayonne do ravis-haute» «ilhouettes.Regardes celle-ci : Note de ("éditeur.I.IN amateur de musique.Définition.—Un amateur de musique est un monsieur qui fait de la musique è ses moments perdus, et qui trouve ainsi le moyen de faire perdre les moments des autres.J'en vois un d'ici, gros et court, en lunettes, qui cultive l'alto: son médecin le lui a peut-être recommandé pour se faire maigrir.Il est en ce moment sur le boulevard, devant le café Cardinal,— car ou sait Oue lea rélclirité* iln inonde musical l'rciini nt leur demi-tasse au café t'ardillll, nonchalamment étendu sur une chaise de canne, siège peu moelleux, mais économique., savourant une chopp»—bot k hier.— en compagnie d un «i'ii ami oborgé, «ans le «avoir, bien en LITTÉRAIRE, 157 terres voisines se rassemblent.Si, à l'aide d'une source ou d'un petit ruisseau, on peut obtenir un renouvellement permanent, quelque léger qu'il soit, l'eau restera toujours pure.Eloignez la mare des fumiers, des é tables et des maisons d'habitation.Rendre la mare profonde et ménager un moyen d'écoulement des eaux, afin de pouvoir la nettoyer.Rendre le fond imperméable par un enduit de chaux hydraulique, d'argile et de ciment romain.Par-dessus cet enduit, répandre du gravier, des cailloux, et si cela est possible, quelques fragments dc charbon de bois.La partie accessible aux animaux devra être pavée, afin que lc piétinement ne forme pas une boue noire et fétide.Dans toutes les directions qui peuvent fournir de l'eau à lu mare, on creuse des tranchées ; le fond de ces tranchées est garni de grosses pierres disposées de manière ù laisser entre elles des intervalles que l'on comblé avec de plus petites pierres ; on recouvre le tout avec de la terre.L'eau coulant dans ces tranchées passe pour niusi dire par un filtre et arrive ù la mare dé-burrassée des débris végétaux et de toutes les impuretés dont elle est chirgée.Abriter la marc contre les rayons du soleil par d'épaisses plantations, ce qu'on ne fait presque jamais, et enlever les lentilles d'eau i mesure qu'elles apparaissent à la surface de la mare, qu'elles couvriraient bientôt d'une nappe verte.Enfin, lorsque, pendant les grandes chaleurs do l'été, l'eau baisse, prend des couleurs diverses, devient louche et rapide, il faut y jeter plusieurs kilogrammes do noir animal grossièrement moulu ; l'eau est aussitôt purifiée.Ces procédés d'assainissement sont simples et peu coûteux ; ils ne demandent que des soins.C'est peu, et souvent, c'est beaucoup.tendu, dc lui donner la réplique.Ils ne sont pas seuls, sans cela ils ne seraient pas là : d'assez nombreux consommateurs déploient leurs grâces aux yeux émerveillés des passants tout en faisant mille réflexions et commentaires sur les chapeaux des hommes ou les mollets des dames.Lo dialogue commence : L'ami, abattant la cendre de son havane sur le bord de la table.—Et qu'avez-vous fuit hier de votre soirée ?L'amateur.—Ah ! mon cher, une soirée délicieuse t Nous sommes allés faire de la musique chez Mme X.vous savez, cetto grande blondo qui.que.mais là, de bonne musique, ce qui s'appelle de la musique, quelque chose de— ilfait le geste d'envoyer un baiser.L'ami.—Ab, bah! ab, vraiment?ab, comment donc ?L'amateur.— Nous avons d'abord exécuté avec trois de ces messieurs un quatuor.Réflexion : Co mot—exécuté—est parfait, il peint la situation.—Je reprends : L'amateur.— Nous avons d'abord exécuté avec trois de ces messieurs un quatuor.L'ami.—A vous quatre ?L'amateur.—Mais vous êtes charmant, parole d'honneur ; eussiez-vous préféré que nous fissions un trio?L'ami.—N'étant pas là, cela m'est indifférent.L'amatour.—Ha 1 ha t lia ! ha ! qu'il est doue bon, ah ! mon cher, que vous êtes donc bon.Observation judicieuse d'un voisin, jeune homme de beaucoup de cheveux, mais imberbe, à un autre jeune homme chauve, mais très-barbu.—Le plus bon des deux n'est pas celui qu'on pense.L'amateur.—Nous commençâmes donc par un quatuor de Beethov'n.•.L'ami.—Vous dites ?L'amateur.— Je dis : nous commençâmes donc par un quatuor de Beethov'n.L'ami.—J'entends bien.L'amateur.—Alors, pourquoi me faire répéter?L'ami —Parce que je ne comprends pas.L'amateur.—Quoi ?L'ami.—De qui était le quatuor?L'amateur.—De Beethov'n.L'ami cherche un instant, mais sans suce' .L'amateur.—Mais tout le monde commit cela, B.e.e.t.h.o.v.e.n.Beethoven.L'ami.—Ah I bien, bien, Beethoven ; avec votre v'n, v'n, vous aviez l'air de renifler.L'amateur.— C'est cependant ainsi que cela se prononce.L'ami.—Bab 1 moi qui avais entendu diro que l'allemand se prononçait comme il s'écrit.Le voisin chauve au voisin chevelu.—C'est juste, il s'écrit mal et se prononce de mémo.L'amateur.—Enfin, passons : après le quutuor qui fut délirant, je priai mademoiselle Y.de nous chanter la romance du Saule, ce qu'elle fit avec sa grâce ordinaire.L'ami.—Dans quoi est-ce, çà, la romance du Saule ?L'amateur.—Comment, vous ne le savez pas?dans Othello.L'ami.—Othello dc Mozart.L'amateur.—Qu'est-ce que vous dites donc? 153 LA RUCHE LITTÉRAIRE, L'Ami.—Ah i oui, de Musard, je me trompais.L'Amateur.—Oh t là t là ! mais vous êtes donc en musique d'une ignorance crasse ?L'ami vexé.—Crasse n'est pas le mot propre.Le voisin imberbe au voisin barbu.—Il est même assez sale.L'ami.—On peut aimer la musique et ignorer les noms de certains compositeurs.L'amateur.—Je vous apprendrai donc qu'Othello est de Rossin', du grand Rossin', du divin Rossin', il maestro Rossin' 1 Le voisin chevelu au voisin barbu.—Il dit Othello, et il ôte l'i Rossin'.Profonde stupéfaction et vive admiration d'un troisième auditeur qui a tout à la fois une grande barbe et de longs cheveux : il s'approche des deux autres.L'amateur.—Mademoiselle Y.nous a chanté le Saule à ravir, c'était à se pâmer : elle y mot une voix, un cœur, un feu I L'ami,—cherchant à se relever de l'accusation d'ignorance portée contre lui :—N'est-ce pas cette romance que chantait si bien cette fameuse cantatrice qui prenait deux petits verres avant d'entrer en scène, la Malibr'n T L'amateur.—Eh oui, la Mallbran.Oh 1 vous pouvez dire lu Mallbran sans vous gêner.L'ami.—Tant mieux, mon Dieu, tant mieux.L'amateur.—Après la romance.L'ami.—Encore.L'amateur.—Toujours, mon ami, toujours i La musique, ça ne fatigue jamais., Le troisième voisin aux deux autres auxquels 11 s'est réuni.—Ceux qni la font, c'est possible : mais ceux qui l'entendent t.L'amateur.—Donc, après la romance nous épr .îvâmes le besoin d'entendre quelque chose au piano.Le voisin chauve.—Faut-il être dépravé pour éprouver de semblables besoins.Le voisin imberb?.—Et surtout pour les satisfaire.Le voisin à tons crias.—En société.L'amateur.—D'un accord unanime nous demandâmes à MM Z.l'invitation à ln valse de Wèbre.L'ami.—Wébre, c'est Weber, n'est-ce pus?L'amateur.—Certainement ; mois Weber n'n l'air de rien, tandisque Wèbre.•.Ici l'amateur et son ami payent leurs choppss respectives—boch hier—et vont continuer plus loin leur conversation, laissant leurs trois voisins en proie à une vive hilarité qui dégénère en joyeuse discussion sur le plus ou moins d'opportunité de Wèbre et de Weber.L'un tient pour Weber sur la fol de Théophile Gauthier, qui a dit dons soo poème A'A tbtrtut ; " Ni Ludwl* Beethoven, ni Olurk, ni Meyerbeer, NI Théodore Hoffman, Hoffman le rentsatique, Ni le aros lossini, ce roi de la musique.Ni le chevalier Karl Maria de H V*r, A coup sur n'auraient pu, etc," L'autre assure qu'il Ihut imite - Gérard de Nerval lorsqu'il écrit : * 11 cal un air pour qui je daunersJa Tout Rrtfclnl, tout Moxart et tout P'sVe.Un air trtw-vieut.Iaiimii«aant H fmtriirv, Qui |ioui nu
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