Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

La Revue moderne., 1943-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
CHASSE A ! L'ES PI Di les méthodes employées pour le cootre espionnage coftiel Préparé par Martha Logan, Experte eu Economie Ménagère Je Swift, suit ,int le programme d'alimentation du C an ad a, pou f un repa\ écohomique lie temps de guerre.Recherchez la rubriaue culinaire de Martha Logan, publiée une Jois par semaine dans votre journal.Veau Premium Swift 1.Des côtelettes de veau, bien dorées et assaisonnées .une par personne afin d'épargner la viande .quel bon plat cela fait! Elles sont nourrissantes parce qu'elles fournissent des proréines de qualité supérieure, de la vitamine B, et des sels minéraux essentiels.Elles sont succulentes si vous avez pu trouver de la viande de qualité Premium Swift 2.Des olives et des Poires à la Mayonnaise servies chaudes sur des lits de cresson de fontaine .voici une salade qui accompagne à merveille le plat principal et qui est nourrissante parce qu'elle est riche en viramines et sels minéraux.Les poires sont faciles à préparer—remplissez-les simplement de mayonnaise, saupoudrez de paprika, et faites légèrement griller.3.Des pommes de terre gratinées, chaudes er crémeuses —excellentes pour un repas d'hiver.En plus des vitamines et de I énergie que vous fournissent les pommes de terre, vous obtenez aussi les éléments nutritifs du lait.Pour qu'elles soient encote plus savoureuses et plus nourrissantes, ajoutez-y un peu de fromage râpé.4.Le Brocoli devrait occuper une place importante sur votre liste de légumes car il est riche en dtux vitamines: C et A.Et ne jetez pas les tiges car elles sont également bonnes.5.Les petits pains croustillants devraient être faits avec de la farine Approuvée par le Canada.Le beurre ou le fromage offrent d'excellents moyens de consommer davantage de produits à base de lait.6.Si vous n'avez jamais essayé des pamplemousses grillés, vous ne savez pas ce que vous avez manqué.Parsemez-les de petites pointes de shortening, faites-les griller jusqu'à ce qu'ils soient légèrement dorés, et remplissez le centre de gelée (ou mettez-y de la cassonade avant de les faire griller).C'est délicieux, et riche en vitamine C.Comme breuvage, il est probable que vous voudrez du café ou du the—et pourquoi pas .pourvu que les enfants aient du lait, et que les grandes personnes en consomment quotidiennement une demi-chopine au déjeuner, au lunch ou entre les repas.5.Petits Pains; Marinades LA SWIFT CANADIAN CO.LIMITED, organisation connue dans tout le se consacre à la conservation et à la répartition efficace des ressources alimentaires du "Je ne sais pas comment j'ai pu faire sans!" disent les femmes en parlant du nouveau Manuel intitulé "VIANDES" et traitant de la Cuisson des Viandes, par Martha Logan.Nombreuses caractéristiques spéciales, y compris des tableaux qui vous aident à voir si vous équilibrez bien vos repas.81 recettes de viande, chacune étant répertoriée à la fin du livre suivant le temps requis pour la cuisson.Des recettes pour le premier jour il des recettes pour l'utilisation des restes le lendemain et le surlendemain! Envoyez 10c, avec vos nom et adresse, à Martha Logan, Swift Canadian Co.t Limited, Dcpt.G2, Montréal.Canada, Canada.6.Pamplemousses Grillés \ m "MANGEZ CES ALIMENTS TOUS LES JOURS!" disent les Services d'Alimentation du Gouvernement fédéral VIANDE, POISSON, etc.—Une portion par jour de viande, poisson ou volaille.Foie, coeur ou rognons une lois par semaine.FRUITS—Une portion par jour de tomates ou d'un fruit du genre citrus, ou du jus de tomate ou de fruits du genre citrus, et une portion d'autres fruits, frais, de conserve ou secs.LEGUMES (ainsi qu'une portion de pommes de terre) —Deux portions par jour, de préférence des légumes feuillus et verts, ou ]aunes, et souvent crus.PAIN - Quatre à six tranches de Pain Approuvé par le Canada.Pain bis ou pain blanc.LAIT Adultes: chopine.Enfants: plus d'une chopme.Du fromage, lorsque vous en trouvez.OEUFS—Au moins trois ou quatre par semaine.À CELA, AJOUTEZ TOUT CE QUE VOUS VOULEZ LA REVUE MODERNE M N FÉVRIER VOL.24 No 10 Préaident : Hector AUTHIER, M.P.V.-président et directeur : Roland BEAUDRY Dlrocluur WtlfMQW Rover KIIIOON Pa««a féminines: Luctenn« BOUCH1R SOMMAIRE Ho4fum complet Mission secrète Nouvelles L'amant de Vénus Le meilleur danseur du monde Le légionnaire de Miss Brent Une chanson Chasse à l'espion Lte général Sikorski Un peintre, Borduas Chrysanthèmes PAC ES Annie-Pierre Hot 34 Ringuet André de Labonne Robert d'Estez Marîus Barbeau Frédéric Sondern, Jr Rosalie Sliwowska Maurice G a gnon J.-A.-P.Hurtubise Roger Duhamel La mode — Face au vent! Lucienne La beauté — Vingt doigts gracieux Lucienne La cuisine — Sonnette d'alarme Line Granpré Le crochet — Coussin et tabouret Line Granpré Les livres Les mots croisés La petite poste Vous répondez?SditasUol Entre nous 4 Gauue/Uuie Plaisir de vivre! (Photo Arnott & Rogers) 5 10 11 7 8 13 16 18 19 22 23 24 15 26 33 42 Les manuscrits fournis aux éditeur» reçoivent toute la considération possible, mais a\ec la restriction qu'il* le «ont aux risquée de l'auteur et sans que* les éditeurs s>nira«eiit A les accepter ou a les publier.L-a REVITS MODERNE laisse a ses collaborateur* rentière responsabilité de leur» écrit*.AltONNRMKNT : $1.60 pour un an.Dlats-Unls.%2.l»ar année.Faire toutes remutes par mandat postal, bon de poste ou chèque acoejHé.Enregistré comme matière postale de seconde claaee au bureau de poète 4e Montréal.LA RJBVITK MODERNB est publiée mensuellement pe.T la Revue Moderne Umttée, à se» bureaux et ateliers, 320 «et.rue Notre-Ekame, A Montréal; MArquette 1231.J Plus alerte, plus vive, grâce à l'action rapide, intégrale de SAL HEPATICA Le Sal Hepatica soulage plus rapidement, plus intégralement, plus agréablement les effets de la constipation.DANS des milliers de foyers, à travers le Canada, les gens connaissent les bienfaits de Sal Hepatica.Dans plusieurs de ces foyers, c'est le seul laxatif dont on fasse usage.Faites vous-même l'essai de Sal Hepatica, Voyez s'il ne vous procure pas tous les avantages que vous cherchez dans un laxatif.L'un des premiers bienfaits que l'on découvre dans le Sal Hepatica, c'est l'effet rapide.Toutefois, il agit doucement, intégralement, en canalisant une masse liquide dans la voie intestinale.Rafraîchissant, et agréable à prendre, le Sal Hepatica ne cause aucun malaise, aucune colique, ne produit aucune conséquence fâcheuse.Vous trouverez que c'est précisément le laxatif dont vous avez besoin.Combat aussi l'acidité Non seulement le Sal Hepatica vous apporte un soulagement complet de la constipation, mais il aide, en plus, à combattre l'excès d'acidité gastrique.Tant que cet état se prolonge, il vous est inutile d'espérer le soulagement que vous souhaitez.Procurez-vous aujourd'hui, chez votre pharmacien, un pot de Sal Hepatica, et la prochaine fois que vous-même, ou un membre de votre famille, aurez besoin d'un laxatif, essayez-en deux cuillerées à thé dans un verre d'eau.Vous aurez tôt fait de retrouver votre entrain joyeux lorsque vous vous confierez au Sal Hepatica rapide, pétillant.RHUMES MAUX D ESTOMAC MAUX DE TETE * Une récente enquête faite auprès des usagers de laxatifs démontre que le Sal Hepatica est pris dans plus de foyers canadiens que tout autre laxatif.Lorsqu'il vous faut un laxatif, prenez le SAL HEPATICA rapide ECONOMISEZ—Acheté: te format économique de famille.Vout épargnez 28% comparé au petit format. Soua cette rubrique noua publions le* opinion» et les critiques de nos lecteurs choisies parmi le* lettres les plus Intéressantes que nous avons reçues pendant le mois.Toute lettre publiée mut a son signataire un dollar.L'an passé, aux fêtes, j'ai reçu comme cadeau, un abonnement d'une année à votre intéressante revue, cadeau d'une substance originale et très apprécié.Mes présentes occupations ne m'accordant que de très rares moments de liberté, je n'ai pas tenu à renouveler cet abonnement.Néanmoins, veuillez conserver mon nom dans vos filières car je me propose bien un peu plus tard de devenir l'une de vos fidèles lectrices.Je saisis l'occasion et vous adresse mes félicitations au sujet de votre revue.De tous les magazines canadiens que je connaisse, la Revue Moderne figure parmi les premiers et le succès de chaque nouveau numéro est d'avance assuré avant sa sortie.Vraiment, il y en a pour tous les goûts; chacun peut s'y délecter à plaisir tout en se meublant l'esprit de nouveautés et en acquérant à sa lecture, la connaissance de faits variés et intéressants.R.C.* * * Depuis deux ans déjà nous sommes abonnés à votre revue et jamais je n'ai trouvé aussi intéressant et varié votre numéro de décembre.Inutile de vous dire avec quel agTément il a su me faire passer d'agréables heures par sa lecture si captivante et instructive.La première année lorsque nous nous sommes abonnés nous prenions plaisir de la lire du plus jeune au plus grand, ensuite je la passais à mes compagnes qui l'estimaient beaucoup; cet année elles 6e sont abonnées et elles m'ont toutes dit que jamais elles n'avaient lu d'aussi beaux romans et qu'elles avaient toujours hâte d'un mois à l'autre pour la recevoir.Je souhaite donc qu'avec l'année 1943 la Revue Moderne se propage de plus en plus car c'est la lecture idéale pour la Jeunesse ainsi que les autres membres de la famille.Mlle Ghislaine Caron, Les Escoumains, P.Q.Depuis quatre mois déjà je lu la Revue Moderne.Je n'ai rien à lui reprocher sinon de ne l'avoir connue plus tôt.Lorsque j'en ai un numéro de lu mon plus grand désir est de lire le suivant.Parmi les changements qui seront faits pour 43, je crois que plusieurs comme moi seraient heureux de pouvoir dire que leur revue favorite possède maintenant un magnifique courrier qui nous renseigne beaucoup.Avec la hâte de voir la revue de janvier, je me permets de lui souhaiter pour 1943 une année heureuse et prospère.Cécile Gauthier, Matane Est.Puisque le tirage de la Revue Moderne a eu oie puis Jeux ans une progression plus rapide que celui de la plupart des autres magazines canadiens, à /'exception peut-être de New World, l'ordonnance qui réduit la consommation du papier durant 1943 affecte la Revue Moderne probablement plus que n importe quel autre magazine, toujours à cette même exception près.Il y a à peine cinq mois, nous vous annoncions que notre tirage avait dépassé 70,000 copies par mois, une augmentation de près de 20.000 copies par rapport à notre tirage de 1941.Nous avions raison de croire que 1943 nous aurait permis une vente mensuelle de 75.000 copies, si nous avions eu du papier.Nous savons aujourd hui que ce sera impossible; et voici ce que cela signifie.Afin de servir tous nos lecteurs, il nous faudra réduire considérablement le nombre de copies mises en vente chez les marchands de journaux dans toutes les parties du pays.Ceux-ci recevront de 5.000 à 6,000 copies de moins tous les mois qu'ils n'en auraient désiré.Ceci veut donc dire que la demande sera plus élevée que la disponibilité.Ceux qui nous lisent constamment depuis des années devront s empresser d acheter leur copie dès la mise en vente s'ils ne veulent s'exposer à en être privés, l^es premiers arrivés seront nécessairement les premiers servis.Permettez-nous de vous conseiller de vous entendre avec votre marchand de journaux pour qu'il réserve votre copie tous les mois.Il pourra s'assurer de recevoir la quantité qu il lui faut tout en sachant qu'il n'aura pas de rebut.Une seconde conséquence de la réduction de la consommation du papier est qu'il nous devient impossible de continuer l envoi de votre revue préférée, une fois votre abonnement expiré.Jusqu'ici, nous accordions à nos lecteurs un délai pour leur permettre de renouveler leur abonnement.Dorénavant, nous devrons malheureusement cesser l envoi de la Revue Moderne aussitôt que I abonnement sera terminé.C est la guerre pour tous, pour les éditeurs comme pour les lecteurs et ceux-ci, nous en sommes sûrs, ne nous tiendront pas rigueur du nouvel étal de choses nécessité par les circonstances.En renouvelant ponctuellement leur abonnement ou en retenant d avance leur exemplaire citez le dépositaire, nos lecteurs pourront s'assurer de lire la Revue Moderne régulièrement comme par le passé.Ceux de nos nouveaux amis qui voudraient commencer à l'adopter comme lecture favorite devront tenter leur chance.Nous espérons pouvoir contenter tout le monde, mais il faut aussi que tous saclient qu'il faut qu'ils y mettent du leur.Nous nous rendons compte, de plus en plus, de l'importance qu'a, pour le succès de notre cause commune, la lutte que font nos alliés sur tous les fronts du monde.Parmi ces alliés il en est pour qui la bataille a commencé plus tôt; la Chine, par exemple, lutte contre l'envahisseur Japonais depuis bien avant que nous n'ayons fait front commun contre l'Allemagne, l'Italie et le Japon.Lutter contre le Japon, sous une forme ou sous une autre, n'est pas chose nouvelle pour le peuple de Chine; son histoire est faite des résistances à l'envahisseur nippon.Dans notre numéro de mars, Roger Duhamel qui sait si bien traiter des choses internationales, nous fait revivre vingt siècles d'histoire de la Chine et de ses habitants.Bien documenté, Duhamel met en relief les raisons qu'ont les Chinois de lutter à nos côtés, et il ne fait pas de doute que son article sera du plus haut intérêt pour nos lecteurs.Nous avons eu la main heureuse lorsque nous nous sommes assuré le manuscrit de Robert Destez, qui nous permet de publier le mois prochain une nouvelle intitulée: "La Route du Nord".Il nous a rarement été donné de lire un récit aussi dramatique, aussi enlevant que celui-là; rares sont les nouvellistes qui savent en arriver à une conclusion aussi imprévue que celle qui attend nos lecteurs en mars.Un auteur canadien que nous n'avions pas lu depuis longtemps nous revient dans ce même numéro de mars.C'est Germaine Guèvremont qui présente à nos lecteurs une nouvelle fort spirituelle: "Un Sauvage ne rit pas".Là aussi, la nouvelle se termine sur une note qui surprendra le lecteur et qui l'égayera assurément.Les fabricants de produits alimentaires de toutes les parties du pays ont choisi le mois de février pour demander à ceux qui vendent leurs produits, épiciers et bouchers, de faire leur part pour la vente de timbres d'Epargne de guerre.Ne soyez donc pas surpris si durant les 28 jours de février, votre épicier vous offre votre monnaie ou partie de votre monnaie en tombres d'épargne de guerre, et vous demande de contribuer de cette façon à l'effort canadien vers la Victoire.Chaque timbre d'épargne de guerre que vous achetez est une contribution directe à l'écrasement de l'ennemi; chaque timbre que vous achetez est un coup d'épaule que vous donnez à la roue qui nous mène vers le triomphe final. 5 une p&mtune.—il jjCuit dtutaiA.co+tt-tneut cela le jjcUt pA&pAio- d'un ùasi à Saint- Mata.C'ETAIT Edouard, Edouard Legendre que la fantaisie avait pris de nous réunir; cela n'arrivait plus souvent, à peu près jamais.La vie, qui nous avait autrefois assis sur les bancs durs de la même université, nous avait depuis séparés; et à mesure que nous avancions en âge, nous cherchions de moins en moins à nous retrouver ainsi.Ce que nous avions été liés pour- tant! Nous formions une petite bande connue que les étudiants regardaient un peu comme une ménagerie; et certes nous faisions figure de bêtes sauvages dans ce milieu trop apprivoisé à notre gré.Nous étions le "groupe des bohèmes".Ce qui nous agrégeait et en même temps nous séparait des autres, c'était une curiosité commune pour des choses extra-universitaires; les vers de Guillaume Apolli- par RINGUET LA REVIT.MUDKKNIJ — f ÉVKII K, ltat- l4tùi e t ca+u&uït avec uha méiltode, u*t cau-xaae.et utte fLatiesi.ce.e*£iè/Leme*U j^Uictueu^c.Reproduit de l'American Mercury avec la permission de l'auteur et des éditeurs.par FREDERIC SONVERN, Jr.£'eûpfoH> traduit de l'anglais par Roger Auger.Les Etats-Unis avaient l'habitude d'être le paradis des espions.L'agent de la Gestapo, l'agitateur du Comintern et le photographe du service de l'intelligence japonaise parcoururent le pays à leurs aises.Aujourd'hui ce n'est plus un paradis.Le FBI et nos services d'intelligence de l'armée et de la marine ont formé des organisations dont les méthodes scientifiques, le personnel et l'efficacité, sont de taille à rencontrer les émissaires des dictateurs.Et nos hommes font leur travail sans la brutalité et la cruauté qu'ont subies les pays opprimés.En deçà d'un an le service du contre-espionnage du Fédéral Bu- reau of Investigation a mis à jour un des coups les plus ingénieux de l'histoire de l'espionnage.De bonne heure en 1940 la Gestapo avait arrêté un nommé William Sebold, naturalisé américain et qui était à visiter sa famille en Allemagne.Durant la dernière guerre il avait été un mitrailleur allemand.Les Nazis lui enlevèrent son passeport et lui firent comprendre qu'ils ne le laisseraient pas sortir du Reich avant qu'il n'entre d'abord à leur service.A la fin Sebold accepta et fut envoyé à Berlin pour le sévère entraînement des agents de la Gestapo.Il reçut ensuite ordre de retourner aux Etats-Unis et d'établir un poste de radio a ondes-courtes.Ce poste devait constituer le principal centre d'échange de renseignements sur le mouvement des vaisseaux anglais, le réarmement américain et autres questions d'intérêt pour le Grand Commandement allemand.Mais Sebold était meilleur Américain que nazi.Il alla directement au FBI.Il installa un poste transmetteur, tel que demandé, dans une paisible maison de Centerport, L.I.mais il était conduit par les G-men.Pendant un peu plus d'un an ils furent en relations quotidiennes avec un poste de la Gestapo près de Hambourg, se servant du code détaillé qu'avait reçu Sebold.Les G-men nourrirent le Grand Commandement de révélations plausibles mais fausses et ils obtinrent en retour des informations détaillées sur l'organisation nazie locale.Les nazis qui vinrent au bureau de Sebold furent photographiés d'une chambre voisine par une caméra cachée, leurs conversations furent enregistrées sur un dictaphone.Finalement en juin dernier, 33 hommes et femmes — la base de l'organisation nazie — furent arrêtés simultanément.La Gestapo américaine avait reçu un coup fatal.Plus récemment, le tragique dimanche de Pearl Harbour, des Japonais qui auraient pu causer des ennuis étaient sous arrêts dans l'espace de quelques heures.Quand les déclarations de guerre arrivèrent de Berlin et de Rome, la plupart des agents allemands et italiens que le FBI avait laissés libres pour en attirer d'autres, furent bientôt derrière les barreaux.Cela parut dans les journaux.La presse ne mentionnait pas toutefois les opérations des services d'intelligence militaire et naval.Quand la guerre sera terminée, ils auront LA REVUE MODERNE — FÉVRIER.1Q43 I beaucoup à raconter.Evidemment il y a encore des espions et des saboteurs au large.Aucun pays ne peut entièrement se débarrasser d'eux.Mais ils n'auront pas la partie facile.La chasse aux espions ne demande pas seulement de l'expérience, du courage et une patience sans borne — ce que doit posséder tout bon détective — mais aussi une connaissance étendue des peuples étrangers, de leurs langues, leurs mentalités et caractéristiques.L'agent du contre-espionnage doit surtout avoir un talent particulier qui lui permette de reconnaître les "chasseurs de mouches" parmi les citoyens sérieux, ces derniers étant de précieux informateurs.Chaque jour le FBI reçoit un déluge de lettres, d'appels téléphoniques et de visiteurs.Mme Smith écrit qu'un Allemand du nom de Schultz, son voisin, se promène dans les environs avec une caméra.Il y a un aqueduc près de sa maison, et deux ponts importants.Elle a vu M.Schultz photographier ces endroits.M.Jones téléphone pour dire qu'il y a près de sa maison une taverne appartenant à un Italien.Quoiqu'il n'y ait pas d'Italiens dans le voisinage, il s'en réunit toujours un groupe dans l'arrière-partie de son établissement.Ils se servent beaucoup du téléphone, agissent d'étrange façon et disparaissent au deuxième étage par un escalier privé.Une fois ou deux, il a entendu un phonographe jouer l'hymne national fasciste.Mme O'Brien, femme de peine dans un grand édifice, travaille de 9 p.m.à 5 a.m.Dans un grenier, de l'autre côté de la rue, il y a un atelier d'imprimerie.On travaille souvent tard le soir, les stores baissés.Il y a quelques nuits, un courant d'air soulevant l'un des stores, elle put voir à l'intérieur.Les hommes ressemblaient à des Allemands.Et avant de fermer boutique, ils firent brûler tout ce que contenaient les paniers à rebuts.Elle avait vu des espions agir de la sorte au cinéma: elle avait décidé alors d'appeler le FBI à ce sujet.Le bureau a reçu quantité de "tuyaux" comprenant inévitablement ceux de ces dames inquiètes qui ont vu des signaux mystérieux de lumière dirigés des toits aux sous-marins allemands dans le port.Mais les trois cas mention- nés semblent mieux mériter de retenir l'attention des enquêteurs.On fait des recherches dans les dossiers contenant les photographies des suspects, tant étrangers que du pays, et des informations à leur sujet.Ce qui est une des armes les plus importantes du système de contre-espionnage.Ehrich Schultz est un réfugié de Vienne.On n'a rien contre lui.Mais il y a eu de faux réfugiés, avec des dossiers et des preuves d'internement par la Gestapo, et certains portaient même des cicatrices de flagellation.Un agent interroge la police locale, le facteur, le propriétaire de la boutique où Schultz fait développer ses photographies et.enfin, Schultz lui - même.L'agent constate que Schultz est un vieillard inoffensif qui aime photographier les fleurs.Signor Benito Ricco, le propriétaire de la taverne fut trouvé moins inoffensif.Il fut une fois arrêté pour un acte de félonie et libéré par un juge politicien d'honnêteté douteuse, n était membre du parti fasciste de New-York.Il alla en Italie et reçut une décoration fasciste.Ses dernières activités avaient échappé à la connaissance du FBI.L'agent gui De gauche à droite: le général Draper, le chef de la Sûreté de Toronto; sir James MacBrien, le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada; M.Fernand Du-fresne, le chef de la Sûreté de Montréal, et le commissaire Collier de New-York visitent les quartier» généraux du Fédéral Bureau of Investigation, à Washington, sous la direction de M.J.Edgar Hoover, qui se trouve à l'extrême droite.va chaque soir à la taverne de Signor Ricco pour y prendre un verre et casser la croûte trouve que les rapports du voisin sont exacts: Des Italiens d'allure suspecte fréquentent l'endroit, qui sent la conspiration.L'agent en charge décide leur surveillance.Sur un ordre de la cour, la compagnie de téléphone branche un fil qui conduit à un poste d'écoute du FBI.Chaque fois qu'on utilise le téléphone de Ricco, une lumière s'allume à ce poste d'écoute et un agent enregistre la voix sur un dictaphone.Les conversations enregistrées ne sont pas admises en preuve devant le tribunal, mais ordinairement elles font si peur à l'accusé qu'il fait des aveux complets.Durant ce temps, près de la taverne de Ricco il y a toujours dans un automobile deux hommes qui attendent.Si Ricco ou un de ses amis part en voiture le FBI le suit.S'il part à pied, un des G-men s'attache à ses pas.C'est ici que la filature demande de la ruse.La poursuite est la plus dure partie du métier, la plus ennuyeuse et la plus difficile.Elle est exclusivement réservée aux spécialistes.L'espion entraîné est mis en garde contre la filature.Il connaît un tas de trucs.Par exemple, il entre dans le métro, juste comme la porte va se fermer, il saute sur la plate-forme.Si un autre individu fait la même chose, l'espion est passablement certain qu'on est à ses trousses.Dans un grand édifice, le suspect qui a la puce à l'oreille prend l'ascenseur pour atteindre un étage quelconque, ensuite il se tient devant l'indicateur des adresses de cet étage, faisant mine de chercher à quelle chambre il doit aller.(S.V.P., lisez la suite en page 28) r De c u u• h f à droK>, HrnnM Otto Neabraoar.Heinrtch Heinck.Rd* John Kf rliii, Worner Thlei mi Robert tjulris, cinq arent* naal* descendu* d'oa vous-marin povr orjraniwer le •*-botace de l'effort de ruerre de* Américain», *j-r*té» gnrnco à l'excellent service de contre-*»-plonnare du F.b.1., ont éU trouvé* coupable* par une oonr militaire et pécule* l'Automne dernier.LA revue moderne — FÉVRIER, 1943 lu "Moins trois"."A midi juste décida Douglas O'Kirk, je me suicide." Il essaya un sourire qui voulut être ironique et ne fut que funèbre."Je regrette, déplora-t-il, avec une amertume indicible, d'avoir dilapidé ma fortune pour les ingrates et les cyniques qui, le jour venu, m'ont refusé l'aide qui m'eut sauvé la vie." "D'ici dix secondes songea encore Douglas avec une sueur d'agonie, je me tue»" Il eut un geste mécanique vers l'arme et à cet instant, deux petites mains se posèrent sur ses yeux, tandis qu'une voix questionnait avec une joie d'enfant."Devinez qui?devinez qui?" Il se libéra sans violence et se retournant, vit une belle fée souriante qui lui faisait une profonde révérence.Puis Dora Dear, la danseuse étoile du Cirque de l'Empire s'élança vers Douglas, lui étrei-gnit les deux mains et dans un gracieux gazouillis, l'accabla de phrases tour à tour tendres, inter-rogatives, amicales."Dear friend, répéta-t-elle, que je suis heureuse d'être de retour.Un an déjà que je vous ai quitté.Grâce à vous Dora est devenue une grande vedette."Vous avez appris mes succès par mes lettres et les journaux du Nouveau Monde."J'en reste confondue, mais je n'avais qu'une pensée: revoir le vieux pays, home, sweet home, et vous Douglas."Je suis arrivée avant le câble car de Paris, comme dans le plus charmant des films, j'ai volé vers la joie de notre rencontre dans un grand aéroplane tout blanc." Tant de gratitude au moment où tout et tous l'abandonnaient, éblouit Douglas O'Kirk, qui devint livide et s'appuya à la corniche d'un meuble pour ne pas tomber."Croiriez-vous, poursuivit avec indignation l'artiste, que sans Madame Simpson, qui avait l'air toute chavirée, entre parenthèses, votre porte m'était refusée sous le prétexte formel et sans réplique que vous ne vouliez voir personne."Usant d'autorité, la bonne vieille dame m'a fait entrer de force heureusement."Mais qu'avez-vous Douglas?Pourquoi cette pâleur et que signifie cet affreux presse papier?" Elle montrait un long browning à crosse plaquée de celluloïd grjs perle qui écrasait un pli scellé de cinq cachets."Souvenir des Flandres.Came-ron Hidlanders.un bataillon de joyeux drilles et un état-major de damnés sacrés aimables vieux bons garçons" tenta de plaisanter l'homme.Les bruits sinistres qui couraient sur le compte de la mauvaise fortune de Douglas n'étaient sans doute pas étrangers au retour brusque de Dora et une ligne entrevue sur l'enveloppe précisa ses soupçons."Oh! Douglas; s'écria-t-elle tout à coup, les yeux agrandis, vous n'alliez pas faire cette horrible chose! "Une dette de jeu, 2,000 guinées à régler demain et pas un penny pour payer, avoua humblement l'interpellé alors." Il eut un geste las."Vous ne vous êtes donc plus rappelé Douglas, gémit la jeune femme sur un ton de reproche, passionnée, la petite mendiante qui attendait, une nuit, les pieds dans la neige à la porte d'un grand restaurant à la mode, avec quelques fleurs fanées, dans une corbeille."Vous êtes arrivé dans un groupe de gais convives et rien qu'à vous voir, j'ai su que c'était vers vous qu'il fallait tendre mes horribles fleurs."Vous m'avez regardée et votre figure a changé." Quelle jolie expression de pitié, tendre et bonne vous aviez et qu'il faisait tiède dans votre auto lorsqu'elle a dérapé au milieu de l'ovation amusée et des pur que la note la plus élevée d'un arpège sur le clavier d'une âme."Cependant Dieu sait de quel coeur je vous l'aurais donné! "Alors j'ai travaillé, comme j'ai travaillé pour devenir aussi séduisante que vos ladies dans leurs robes de soie.Je songeais que chaque effort, chaque succès me rapprochaient de vous."J'ai connu le succès foudroyant, inespéré."J'ai essayé de devenir coquette, de plaire."Ils disent que j'ai réussi, mais, malgré tous leurs efforts, jamais je n'ai rien fait de mal." Elle fixa dans les yeux de Douglas, les miraculeuses topazes de hourras de vos fashionables amis."Vous m'avez conduite chez votre femme de ménage la bonne Madame Simpson, qui m'a soignée car j'avais quelque chose comme une vilaine angine."Puis, comme la petite fleuriste dansait bien, vous lui avez fait donner les meilleurs leçons par les grands maîtres."Pourtant, vous ne me connaissiez guère; j'aurais pu être une mauvaise fille comme tant d'autres." "Vous avez été chic, si chic, reprft la belle voix chantante, et le prix, le prix, jamais vous ne l'avez demandé."Cependant." Elle eut un cri d'amour aussi par André de Labonne ses prunelles dont rien n'altérait la pureté."Lorsque je reviens enfin toute frémissante de joie à la pensée des vacances passées près de vous, vous parlez de mort."Nonsense."Ce n'est rien pour moi, cette somme, la joie inespérée d'acquitter une dette et un film à tourner"."No" interrompit violemment Douglas et sa figure maigre aux grands traits tendus prit une expression de résolution invincible."Travaillez alors"."Je ne sais que soigner un cheval et composer des cocktails.Jamais un barman si bien payé fût-il, n'a gagné 2,000 guinées dans une nuit"."O Douglas, pauvre Douglas."Ils vous ont bluffé, dupé, volé, comme toute votre vie durant.Pauvre pigeon plumé, votre entêtement est stupide à la fin! "Les dettes de jeu ne sont pas reconnues par la loi, ne payez pas et voilà tout!" "Vous n'y pensez pas, petite amie, réprouva Douglas, profondément choqué, ce ne serait pas "correct".Dora se mit à réfléchir.Tout à coup son visage s'éclaira.Elle se prit à siffler avec cette irréprochable perfection qu'atteignent seules les Américains.Puis lentement avec une oscillation imperceptible de tout le corps, elle s'avança vers Douglas et lui imprima, une main posée sur l'épaule, l'autre au poignet, d'abord le rythme, sorte de mouvement très doux.Douglas inconsciemment s'abandonnait à la femme qui le guidait et l'instant d'après le gros Boudha ventru de ra cheminée souriait avec indulgence en contemplant cet étrange couple d'un homme qui aurait dû être mort dansant un impeccable tango avec une jolie fille qui sifflait: "Manelas-flirt"."Douglas, commença-t-elle, tout à coup, je vais vous dire une bonne chose." L'interpellé devint attentif."Douglas, reprit-elle au bout d'un moment, avec une conviction impressionnante vous êtes plus grand que Sir Douglas Haig; plus grand que le Maréchal Foch; plus grand que Charlie Chaplin; plus grand que Lindberg!" Le visage de son interlocuteur exprima un ahurissement profond.Vraiment, en toute sincérité, il ne se croyait pas si remarquable."Douglas ,articula-t-elle lentement, vous êtes le meilleur danseur du monde: alors c'est très simple, je ne peux pas danser seule, ce n'est pas "propre".Il me faut un danseur et je ne m'accorde qu'avec vous.Nous gagnerons des Elderados et ce sera délicieux Pour commencer vous prenez 2,000 livres d'acompte sur votre part.Vous ne pouvez pas dire non.Jusqu'à ce jour, vous ne m'avez rien refusé, Douglas."Vous ne pouvez pas me refuser, My Love! Ce fut délicieux en effet.Ils furent ce couple de "danseurs mondains masqués" qui parcourut l'Europe et fit fureur dans les dancings élégants des grandes capitales.Ame à âme, leurs corps entrelacés, ils vécurent à travers les décors somptueux des Casinos et des Palaces, un admirable rêve de tendresse.Leur farandole joyeuse se poursuivit à travers l'Europe jusqu'au jour où un vieil oncle de Douglas, pedagre, atrabilaire et misanthrope, mourut en laissant à son neveu un château historique avec, sur le gazon des pelouses, des vases enguirlandés de roses et, sous la feuillée des charmilles, des bancs veloutés de mousses.Puis une plantation de cannes à sucre à la Jamaïque, une banque à Hong-Kong, des mines dans le Rand, des gratte-ciel à Madison-Square, et un tas d'autres choses encore très appréciables.Ce jour-là, vite, vite, Douglas contracta mariage et c'est ainsi que Dora la petite bouquetière irlandaise devint milady O'Kirk, seizième vicomtesse de Montrose et d'Argyle.LA REVUE MODERNE — FEVRIER.1Q45 de teMosU de I'IuAUha*.pAlivélù^e de Ro/t&U oMasuuood, de MU4.Bletti et du p&Ut 'JnotL par ROBERT V'ESTEZ AUNT DOLLY — tante Dolly — sortit des bureaux de la Peninsuiar, ouvrit son ombrelle au-dessus de son casque, et s'engagea bravement, à pied, sur la pente de l'avenue Stanley.Elle habitait l'Adelphi, le meilleur hôtel de l'De, et la distance était insignifiante.Aussi ne répondait-elle que par des regards méprisants aux appels des indigènes assis sur le marchepied de leurs petites voitures, côté ombre.L'animation était plus grande que d'habitude.Le drapeau de l'Empire flottait un peu partout au-dessus des terrasses blondes.Cela, et le discours mâché par la T.S.F.qui vous poursuivait de maison en maison, cela donnait un air de fête insolite à cette heure qui était la plus chaude.Au bas de l'avenue, un immense triangle de la mer de l'Inde brillait au soleil comme un couperet d'acier bleu, d'un bleu si jaillissant qu'il semblait hors de sa place dans le paysage.Depuis quelques heures qu'on savait la guerre déclarée, là-bas, en Europe, tante Dolly vivait dans une sorte d'enthousiasme.Elle avait fait tout ce qu'il fallait faire.D'ailleurs, en toutes circonstances, elle n'ignorait jamais comment il convenait d'agir ou de parler.Elle était surtout contente d'avoir mené à bien sa démarche à la Peninsuiar et conquis de haute lutte une double cabine sur le Princess of India qui partait le lendemain.Cela n'avait pas été chose facile.On ignorait quelles consignes allaient recevoir désormais les compagnies et comment pourraient s'effectuer les départs.Aussi tous ceux que leurs projets ou leurs obligations poussaient vers le continent s'arrachaient les derniers coupons de passage.Miss Dolly avait dû mettre en avant le nom de son beau-frère, sir Edward Grenhor, attaché au War Office et bien connu à Ockley, comme partout où il eût tant soit peu séjourné.Elle avait parlé haut et ferme et obtenu gam de cause.Tout était en ordre.Comme toujours, elle avait dominé l'événement.Elle ferma son ombrelle en franchissant le seuil de l'Adelphi et retira son casque en péné- I té i \ trant dans son appartement du rez-de-chaussée.— Comment va Trott?Sans s'attarder dans l'entrée, elle avait poussé la porte de la chambre aménagée en nursery.Poal, la vieille servante transformée en nurse, leva son joyeux petit visage ridé, posa son fer électrique et mit un doigt devant ses lèvres: — Trott va très bien.Il dort.Elle avait eu un clin d'oeil vers le berceau enseveli sous sa moustiquaire, devant la fenêtre ouverte.Miss Dolly y était déjà penchée.Elle retenait son souffle pour ne pas troubler l'air qui appartenait à l'enfant.Elle se releva enfin et vint s'établir devant la glace pour faire mousser sur ses tempes ses cheveux collés par la sueur.Ses cheveux gris fer convenaient à son visage coloré que le soleil de l'Inde enflammait sans le brunir.Cela tenait, disait-elle, à ce LA REVUE MODERNE — FÉVRIER, 1Q4J 12 qu'elle ne souffrait pas du foie.Dieu soit loué.Sa santé était excellente.Poal regardait sa maîtresse se poudrer le nez, bien en vain à son avis.Elle la regardait affectueusement, car elle avait une chose désagréable à lui annoncer, mais elle ne se pressait pas.— Poal! Vous m'écoutez?J'ai les cabines.Deux pièces communicantes, un peu comme ici.Une pour moi.Une pour Trott et vous.On vous y servira vos repas.Je mangerai à table avec tout le monde.Je veux dire à la table du commandant, bien entendu.Nous nous occuperons des bagages ce soir.Toutes les rides de la petite vieille exprimaient l'admiration, pleine et entière.Il fallait pourtant qu'elle prît sur elle de se décider.Elle le fit brusquement: — Miss Brent.Quelqu'un est venu.Quelqu'un.Elle avait prononcé le terme imprécis avec une nuance d'imprécision supplémentaire, une nuance à quoi tante Dolly ne devait pas se tromper.Elle se retourna d'une pièce.— "11" est ici?.Bien entendu, il a dit qu'il reviendrait?— Ce soir.— C'est bien, je le verrai.Son visage avait marqué de l'effarement mais c'était déjà fini.Elle avait songé que, décemment, elle ne pouvait être effarée devant Poal.Elle enchaîna: — Je me demande si ce bridge tient toujours à cinq heures, chez les Wonder.Pour elle, c'était déjà trop que la question pût se poser.Guerre ou pas guerre, un bridge était un bridge.Une voix menue se fit entendre sous la moustiquaire: — Trott, Trott.Les premières syllabes que les lèvres du bébé eussent formulées et qu'elles retrouvaient d'abord au réveil.— Oh! Oh! fit tante Dolly.Serait-ce déjà l'heure de la petite soupe?Le repas du bébé eut lieu avec le cérémonial habituel.Après quoi, l'enfant roulé dans du linge frais comme une pâtisserie qu'on va mettre au four, se rendormit et miss Doliy s'en fut téléphoner dans sa chambre.Naturellement, le bridge tenait.Miss Dolly s'étendit pour faire un somme en attendant.Plus que jamais il s'agissait de garder intacts ses moyens.A l'heure précise où la Home-Fleet mobilisait, elle se sentait parfaitement capable de contrer cinq trèfles, si on les demandait imprudemment.* * * Miss Dolly — mais il y a peut-être de l'irrévérence à la nommer ainsi familièrement et l'irrévérence à son égard était ce qu'elle admettait le moins — miss Dolly Brent, n'avait, personnellement, pas d'histoire.Ou plutôt son histoire tenait en quelques mots: elle ne s'était pas mariée.Elle avait eu deux soeurs, l'une un peu plus jeune qu'elle, l'autre beaucoup plus jeune, et ces deux-là avaient connu la vie, les fiançailles, le mariage.Toutes deux étaient mortes.La dernière avait épousé sir Edward Grenhor, du War-Office, récemment promu brigadier général.Sir Edward devait passer deux ans dans l'Inde et il avait emmené sa femme.Au moment où Trott allait naître, on avait câblé à tante Dolly qui était accourue, flanquée de Poal.Cette naissance, dans la clinique d'Ock-ley, avait été un drame.La maman n'avait pas survécu.L'enfant avait été sauvé, et miss Brent y était bien pour quelque chose.C'était elle qui connaissait la place des médicaments, elle qui savait toujours l'heure, elle qui faisait marcher le personnel indolent de la clinique.Le brigadier général, encore plus avare de paroles depuis son deuil, disait: — Il n'y a pas au monde une autre belle-soeur comme vous! Chez elle, le chagrin avait été en quelque sorte effacé par un sentiment nouveau: la certitude d'avoir désormais à elle le petit être qui lui devait un peu d'exister.* * * La nuit était venue, enfin.Miss Brent soupira d'aise.Elle avait assisté, comme chaque soir, à la toilette de Trott, puis dîné légèrement.Auparavant, chez les Wonder, si l'occasion ne lui avait pas été donnée de contrer cinq trèfles, du moins s'était-elle tirée avec honneur de quelques situations difficiles.L'ennui, maintenant, c'est qu'il fallait remettre à plus tard la confection des bagages, puisqu'elle attendait "quelqu'un".Poal devrait veiller, mais la bonne vieille en avait l'habitude depuis la naissance de Trott.D'autre part, il restait encore aux deux femmes la matinée du lendemain.Le Prin-cess of India ne quitterait Ockley qu'à cinq heures.Elle avait donné ses ordres et s'était installée pour attendre dans le jardin de l'Adelphi, sous les palmes.Elle avait soigneusement choisi son fauteuil.Elle gardait un livre sur ses genoux mais elle ne lisait pas, quoique l'éclairage du dernier lampadaire de la terrasse fût suffisant.Au-dessus d'elle, au-dessus des larges feuilles sombres, c'était le ciel de l'océan Indien, ce ciel unique à la coupole duquel semblait tendu un voile palpitant, plus foudroyant d'astres que partout ailleurs.C'est à peine si elle entendit approcher celui qu'elle attendait.— C'est moi.Bonsoir, tante Dolly! Elle le regarda d'abord sans répondre.Il lui semblait étrange qu'il ne changeât pas, qu'il fût toujours aussi jeune — elle faillit penser: aussi séduisant.Exactement son portrait à elle, à cet âge-là.Mais ce que les traits de miss Brent avaient d'un peu trop prononcé ajoutait au contraire de l'intérêt à ce profil mâle.Elle pensa encore: "Beau.bien trop beau, scandaleusement".Et elle dit: —¦ Je vous ai défendu, une fois pour toutes, de m'appeler tante Dolly.— Pardon.Oh! excusez-moi.J'étais venu cet après-midi, a l'heure de la sieste, pensant.— Vous cherchiez, je suppose, à ne pas attirer l'attention sur votre personne?— Je vous remercie de m'avoir reçu ce soir.Vous savez que je ne suis pas un mauvais garçon.Elle l'avait jusqu'ici regardé de biais.Elle le regarda bien en face: — Je sais exactement quel garçon vous êtes.Je vais résumer, ne fût-ce que pour vous prouver deux choses: d'abord que j'ai de la mémoire, ensuite que je suis renseignée.Vous êtes mon m~veu, quoique je vous défende de m'appeler ma tante.Vous avez quitté l'Angleterre alors qu'à peine majeur vous étiez déjà perdu de dettes, de vilaines dettes, et compromis dans une abominable histoire.Vous êtes passé en Amérique et votre conduite sur le bateau fut telle qu'on vous mit en prison à votre arrivée.Vous y êtes resté deux mois et, en sortant, vous faisiez partie d'une bande de filous.Il y a de cela cinq ans.C'est vou* maintenant qui êtes chef de bande et il parait que la chose est exceptionnelle à votre âge.Il est vrai que parfois, dit-on, vous opérez seul.Ces cinq dernières années se marquent pour vous par trop d'exploits pour que j'en sache le nombre.Trois fois on vous a pris et condamné au hard labour, trois fois vous avez eu l'art de vous échapper.Car vous êtes intelligent.Votre réputation est venue jusqu'à votre pays natal.Heureusement, on ne vous y connaît paa sous votre vrai nom.On considère que vous êtes le plus moderne perceur de blindages et ouvreur de serrures de votre temps.Les journaux à grand tirage disent de vous: "Le plus dangereux".En attendant votre tête est mise à prix par toutes les polices.Vous êtes la honte et le désespoir d'une famille honorable.Ma première soeur, votre mère, est morte de chagrin à cause de vous.Elle se tut.L'homme, auprès d'elle, regardait le ciel à son tour.— Ce sont les femmes qui m'ont perdu.Tante Dolly se surprit à tressaillir.Ce qu'il disait là devait être vrai.Du moins elle l'imaginait ainsi.Elle ne voulait pas réfléchir que c'était lui qui était taillé de sorte à faire souffrir les femmes.Elle comprenait seulement que toutes les passions pouvaient s'expliquer, suscitées par un tel visage, et elle n'aimait pas s'avouer qu'elle comprenait cela.D'ailleurs là n'était pas la question.On n'est pas cambrioleur.Il n'y a pas de cambrioleurs dans les famille*.Cela ne convient pas.Il reprit, toujours de la même voix légère: — J'ai appris que j'avais un petit cousin.Trott! Son cousin, en effet! Une nouvelle horreur! — J'aurais bien aimé le voir.Elle poussa presque un cri, tant elle était frappée d'indignation.— Ecoutez-moi, dit-elle.Il faut en terminer.Vous n'êtes pas venu ici pour vous attendrir en famille.Voici la troisième fois que vous traversez les mers pour me trouver.Les deux premières fois, je vous ai donné de l'argent.J'étais même disposée à continuer, dans la mesure de mes moyens, tant que vous continueriez à porter votre dégoûtant sobriquet de Hervé (S.V.P., lisez la suite en page 28) LA REVUE MODERNE — FÉVRIER.IQ43 11 SiKOQSKi QUELQUES jours s'étaient à peine écoulés, et déjà la sanglante guerre-éclair imposée par Hitler à la Pologne approchait de sa fin.Les villes polonaises étaient encore plongées dans une brume acre de fumée et de sang — les rues, routes et champs étaient jonchés de cadavres, et Varsovie — la ville-martyre — venait à peine de se livrer à l'oppresseur, après trois semaines de résistance héroïque.C'était le 1er octobre 1939.Dans une modeste chambre d'hôtel de la rue Jacob à Paris, un groupe de patriotes polonais s'était réuni.Ces hommes ont pris la décision de constituer un gouvernement polonais et de former une armée polonaise en exil, répondant ainsi à l'appel de la Patrie en danger et à la volonté du peuple polonais de continuer la lutte aux côtés des alliés.Ils ont élu comme Chef du Gouvernement et de l'Armée l'homme dont le corps de solide carrure semblait dominer l'assemblée et dont la figure ferme et mâle était animée d'un esprit farouche de combat: Ladislas Sikorski.On pourrait presque croire que le général Sikorski reçut de la main du Destin la mission de sauver la Pologne ressuscitée, chaque fois qu'elle était en danger.Le général Sikorski avait déjà été en 1922 Chef du Gouvernement polonais; le 16 décembre de cette année, Gabriel Narutowicz grand savant et démocrate, à peine élu Président de la République polonaise fut assassiné par un fanatique, un certain Niewiadomski.Ce meurtre eut de graves répercussions dans le pays et menaçait de jeter le peuple dans une révolution.Le Gouvernement démissionna, ayant perdu tout contrôle.Pour dominer la situation il fallait un homme résolu, au dessus des partis politiques, sachant agir rapidement et prendre ses responsabilités.C'est alors que le général Sikorski prit la tète du gouvernement et ramena l'ordre et le calme dans le pays, sans user de violence ou des mesures draconiennes, grâce uniquement à son autorité personnelle et à sa connaissance de l'âme du peuple polonais.Le peuple l'aimait, mais les partis politiques lui étaient hostiles et lui reprochaient ses idées démocratiques "trop avancées".Il n'a été Chef du Gouvernement que pendant cinq mois.Durant ce temps le maréchal Foch est venu en visite offioielle en Pologne et cette visite a inauguré l'alliance franco-polonaise.La nation polonaise a fait au maréchal Foch une réception enthousiaste.Le général Sikorski est parvenu à réaliser, durant ce court espace de temps, quelques-unes de ses idées de démocratisation et de modernisation de la Pologne.Il réussit à faire accepter par la Diète polonaise son projet d'assurances sociales, qui sont devenues depuis un modèle pour plusieurs pays en Europe.Il a aussi conçu et mis en exécution le plan de transformation du petit village de pêche Gdynia en un plus grand port maritime sur la Baltique, libérant ainsi la Pologne de sa dépendance de Dantzig.Au mois de février 1924 Sikorski est de nouveau entré dans le Gouvernement polonais, cette fois comme Ministre de la Guerre.Quand le maréchal Pilsudski a fait au mois de mai 1926 son fameux "coup d'état", il a transféré le général Sikorski à Lwow, en le nommant Commandant militaire de cette ville.Cela signifiait la disgrâce et son écartement complet de la vie politique de Pologne.En 1928 il a été mis en retraite et s'est retiré du service actif dans l'armée.Ces onze années de retraite forcée ont donné au général Sikorski pour la première fois — dans sa vie si active et mouvementée — l'occasion de se consacrer à la science militaire et à l'histoire, qui le passionnaient depuis toujours.GAsnée fuolo+tcUAe, AlUU "pxui* uatn& et nette par ROSALIE SUWOWSKA Le général Sikorski à sa table de travail, en compagnie de l'un de ses aides-de-camp.LA REVUE MODERNE — FÉVRIER, lO-H 14 Il publia plusieurs livres, qui l'ont mis au premier rang des historiens militaires.Parmi ses oeuvres figurent: "Ferdinand Foch", "Le Problème de la Paix et le Jeu des Forces Politiques en Europe Centrale".Partisan acharné du réalisme, il attribue pourtant une haute importance aux forces morales du soldat et du citoyen et aux valeurs spirituelles des nations.C'est ainsi que dans son livre "Sur la Vistule et Wkra", où il analyse la campagne militaire polono-soviétique de 1920 — et dans l'issue glorieuse de laquelle l'armée, sous son commandement, a eu une si large part — il écrit: "Je voudrais décliner les faux jugements, qui portent à sous-estimer les forces morales pendant la guerre, car une armée possédant même le meilleur équipement du monde est vouée à la destruction, si elle n'est pas animée par une grande idée, soutenue par un peuple conscient de sa mission, uni et solidaire".Le général Sikorski avait aussi prévu le rôle prépondérant de l'armée motorisée et mécanique dans son oeuvre "La Guerre Future".Le général Sikorski est sorti de la retraite où l'a mis "le régime des colonels" — à l'heure où la Pologne vivait sa plus grande tragédie, pour devenir le Défenseur de Sa vie et de Son honneur.Le credo moral du général Sikorski ressort de ses actions, de ses oeuvres et de ses déclarations: "Il n'y a aucun Polonais qui ne soit pas prêt à porter les plus grands sacrifices à l'autel de la Patrie.De vos sacrifices renaîtra une Pologne démocratique, juste pour tous les citoyens, basée sur des principes d'égalité et de justice sociale" — disait Sikorski dans son allocution radiodiffusée le 18 octobre 1941, en s'adressant aux Polonais déportés et prisonniers de guerre en Russie.Le général Sikorski n'est pas un démocrate de date récente.Etant né à l'époque où la Pologne se trouvait sous la triple domination étrangère, partagée entre l'Allemagne, la Russie et l'Autriche, il voyait dans l'idéal démocratique, le libérateur futur de sa patrie.Tandis que le peuple polonais était opprimé et privé de toute liberté culturelle et nationale, sous la domination russe et allemande, les Polonais avaient le droit d'autonomie nationale dans la partie sous la domination d'Autriche et ils pouvaient librement y nourrir leur culture et leur langue, et leurs écoles étaient officiellement reconnues.Ladislas Sikorski est né dans la partie de Pologne autrichienne, dans une petite localité Tuszow, le 22 mai 1881.Il provenait d'une famille de modestes conditions et perdit ses parents en bas âge.Une tante à Lwow s'est chargée de son éducation.Ne voulant pas être à la charge exclusive de sa parente, le jeune Sikorski donnait des leçons, étant à peine étudiant du gymnase (collège).Il était brillant élève et très aimé par ses camarades et par ses professeurs.Sikorski reçut en 1908 le diplôme d'ingénieur civil de l'Ecole Polytechnique de Lwow.Le jeune Ladislas était animé, comme toute la jeunesse polonaise de son temps, d'un ardent patriotisme.La libération et l'unification de la Pologne étaient le thème invariable des étudiants.Sikorski défendait non seulement l'idée d'une Pologne indépendante, mais encore la structure future du pays, où chaque citoyen devait avoir sa place au soleil.Durant ses pnnées d'études il fut plusieurs fois président de l'Association Estudiantine d'Assistance Mutuelle et il fonda à Lwow l'organisation paramilitaire "Le Franc Tireur".Sikorski a fait son service militaire dans l'armée autrichienne et il en est sorti en 1906 comme lieutenant de réserve.En 1914 quand éclata la guerre, il a été appelé sous les drapeaux comme lieutenant-colonel et transféré dans la Légion Polonaise, qui venait d'être formée par Pilsudski, en entente avec le gouvernement autrichien.Il était en 1916 commandant du Ille Régiment sur le front de Wolyn.Après la défaite de l'Autriche et de l'Allemagne, il est devenu général dans l'Armée de la Pologne libérée, dont il était l'organisateur principal.Il s'est couvert de gloire immortelle durant la guerre polono ¦ bolchevik en 1920.Comme commandant de la cinquième armée^ il a battu l'armée rouge et le fameux corps de cavalerie de Budenny sur les rivières de Wkra et de la Vistule.Cette victoire a joué un rôle décisif dans la défense de Varsovie et elle a permis de vaincre l'armée soviétique dans la bataille, qui est entrée dans l'histoire comme "La vingtième bataille décisive du monde" — et que les Polonais ont appelée "Le Miracle sur la Vistule".A la fin de cette campagne Sikorski fut nommé Chef de l'Etat Major Polonais.Ce glorieux Soldat prit au mois d'octobre 1939 la charge de faire revivre le vieux mot d'ordre de la Pologne Combattante: "Pour votre et notre liberté", qui était gravé sur les bannières et dans les coeurs de Kosciusko et Pulaski qui combattaient pour l'indépendance de l'Amérique.Six mois après l'invasion de la Pologne, le général Sikorski disposait déjà d'une division de grenadiers, d'une division d'infanterie, d'une brigade motorisée, et d'une brigade de chasseurs de Carpathes.L'aviation polonaise était en voie de se former en France et en Angleterre et la flotte polonaise — elle n'a jamais arrêté le combat.L'armée polonaise en France recevait un courant continu d'hommes combatifs, brûlant de haine et d'envie de vengeance contre les nazis.Ces hommes arrivaient de partout.—¦ Aux émigrés polonais en France et en Belgique, qui sont venus les premiers former le (S.V.P., lisez la suite en page 30) Le général Ladislas Sikorski en conversation avec M.Wendell Wilkie, lors de l'arrivée du général aux Etats-Unis.Le général Sikorski, premier ministre de Pologne, en uniforme, serre la main du premier ministre du Canada, lors de son arrivée récente à Ottawa.LA REVUE MODERNE — FEVRIER.1Q43 On peut OU r- ¦ a ¦ - lem frai» Mit ^h- DUHAMEL SUZANNE ET LES JEUNES HOMMES Georges Duhamel, Edition* de l'Arbre.$1.25 Nous avons bien connu la famille Pasquier, nous avons pénétré dans l'intimité de cette cellule familiale où chaque personne se forme à elle-même son propre univers.Duhamel nous a présenté tour à tour l'étonnant docteur Pasquier, sa femme, douce et effacée, Joseph, l'arriviste enrichi, Laurent, le savant et comme le propre juge de sa tribu, Ferdinand, si obscur, Cécile, musicienne ailée.Et voici maintenant la petite Suzanne, devenue une belle actrice du théâtre des Carmes, sous la direction d'Eric Vidaimme, qui ressemble à Jacques Copeau.Ils sont entiers, ces enfants Pasquier! Laurent s'est donné à la science, Joseph, aux affaires, Cécile à la musique, et Suzanne elle aussi ne vit que pour son art.Pour elle, la réalité ne prend corps que sur le plateau, alors qu'elle n'est plus Suzanne, mais l'une des grandes héroïnes classiques à qui elle prête tout son être.Sa personnalité propre s'abolit dans ces créatures de fiction.Et l'amour?Suzanne sait-elle aimer?Les jeunes hommes Beaudoin qu'elle enchante de la séduction de sa présence en subissent un véritable charme ma- léfique.Les trois frères, Philippe, Hubert et Marc sont épris de cette femme merveilleuse qu'ils ont amenée dans leur pays un peu féerique de Nesles vivre pendant quelques semaines l'existence patriarcale de la famille.Elle partira un jour pour ne plus revenir.Le démon du théâtre sera plus fort que tout; la vie simple et radieuse n'a pas réussi à l'exorciser.Suzanne s'en va en tournée et la veille de son départ, elle se donnera, désespérée, à Hubert.Suzanne et les jeunes hommes possèdent beaucoup de ces pages de plénitude lyrique où excelle le sensible écrivain qu'est Georges Duhamel.Son écriture voisine toujours l'émotion, sans se priver d'un humour sam, de bonne compagnie.Il a décrit merveilleusement le milieu du théâtre et les passions qui s'y jouent et l'emprise qu'exerce sur ses fidèles cette religion exigeante.La Chronique des Pasquier est l'une des oeuvres maîtresses des lettres contemporaines.Réjouissons-nous quelle soit toute rééditée à Montréal.TROIS EPREUVES Daniel Hattvy, Editions Variétés.$1.00 Les années présentes sont propices à la méditation et à la réflexion.Surtout pour les Français qui, plus que tout autre peuple, ont souffert cruellement du déchaînement des forces mauvaises.(S.V.P., lisez la suite en page 32) Suzanne et les jeunes hommes Paris M ! M H S * M X M g 0ems LA part Oiable M H M M M H H M H H H H M H VA xxxxi LA REVUE MODERNE — FÉVRIER, I Q/8 vges pour le pantalon.Taille: 12 à 20; 30 à 44.Prix: 50c.2377 BUTTERICK.—La robe de lainage est toujours utile.Grandeur, 16 ans; 2% vges de 54 pces.Tailles: 12 à 20; 30 à 42.Prix: 50c.2360 BUTTERICK.—Tenue de travail, pour celles qui se rendent aux usines de guerre.Les poches sont larges et commodes.Grandeur 34 à 36.Toutes les tailles.Prix: 25c.LA UVUC MODERNE — FEVRIER. AU SOIR Si ces patrons Butterick ne sont pas en vente dans votre localité, vous pouvez les obtenir en écrivant à The Butterick Co., Inc., 468 rue Wellington W., Toronto, Ont.Tous les patrons Butterick en vente dans la province de Québec sont expliqués en français et en anglais 2384 BUTTERICK.—De ligne sobre et nette, ce deux-pièces en lainage habille bien les tailles minces.Grandeur, 13 ans; 3V4 vges de 39 pces; Vz vge de 35 pces.Tailles: 12 à 20; 30 à 40.Prix: 50c.• 2348 BUTTERICK.—Voici une charmante version de la robe "peg-top".Surtout pour les tailles délicates.Grandeur, 13 ans; 2% vges de 54 pces.Tailles: 11 à 15; 29 à 33.Prix: 50c.• 2382 BUTTERICK.—Cette robe en deux pièces dont le corsage est agrémenté de lacets convient surtout aux tailles menues.Grandeur, 13 ans; 2% vges de 54 pces.12 à 20; 30 à 38.Prix: 50c.BUTTERICK 2344.—Modèle simple sans prétention dont on ne se fatigue pas.La ligne amincissante fait valoir une jolie taille.Le col légèrement drapé referme bien l'encolure, avec ou sans fermeture-éclair.Sous le blouson du corsage se noue une ceinture qui ne requiert que le métrage réglementaire.Jupe à cinq godets et manche taillée en deux morceaux.Taille 16 ans; tissu exigé, 27/b vges en 39 pces; 2Vfe vges en 54 pces.Patrons 12 à 20 ans.Tailles: 12 à 20; 30 à 38.Prix: 50c.la revue moderne — février.ig43 VIDGT D0I0T5 CjlCLCLeUX (Photo Peggry S&ce) IES ennuis des uns font parfois le plaisir des autres.J'expli-^ que sans tarder cette phrase péjorative.il s'agit ici de la pénurie d'essence qui, empêchant la croisière annuelle de mes amis "yachtmen", me valut à moi la faveur de belles promenades sur le lac St-Louis, l'été dernier.Ne pouvant entreprendre de longues randonnées, le propriétaire accueillant de "l'Ogopogo" et son joli mousse décidèrent de faire profiter leurs amis d'un contretemps.qui n'en était un que pour eux! Au cours d'une de ces ballades marines j'entendis le "Skipper" énoncer une phrase qui me surprit vivement, tant elle était inattendue.Il dit ceci; "Il est vraiment déplorable de constater combien peu de gens prennent soin de leurs pieds; pourtant la même attention s'impose pour ceux-ci que pour toute autre partie du corps, non seulement pour l'esthétique mais aussi pour la bonne tenue et la santé." C'était la première fois que, devant moi, un homme remarquait cette négligence quasi-générale.Très souvent j'avais noté sur les plages un laisser-aller évident clans la toilette des femmes; bien vêtues, bien maquillées et coiffées, tout dans l'ensemble était plaisant jusqu'au moment où les yeux s'arrêtaient sur les doigts de pieds, libres dans des sandales décolletées.A côté des ongles bien taillés et vernis des mains, ces dix autres doigts faisaient figure de cousins pauvres.Parce qu'ils sont presque toujours cachés on ne s'en soucie guère et faute de soins ils vieillis- sent vite et mal.Combien de jolies femmes pourraient à n'importe quel temps montrer leurs petits pieds comme elles exhibent leurs mains soignées?Pourquoi mépriser les pieds qui nous sont si nécessaires, quand ce ne serait que pour nous amener auprès de l'être aimé?Autrefois une femme n'était artistes; la sculpture célèbre de Pauline Borghèse à Rome et le non moins célèbre portrait de Madame Récamier au Louvre nous donnent un exemple parfait de beauté.On peut dire de ces femmes illustres qu'elles étaient belles "de la tête aux pieds".Il n'est jamais trop tard pour bien faire, et comme je ne peux vous recommander d'aller consulter un pédicure chinois — spécialistes dans l'art de soigner et d'embellir les pieds très populaires a Paris avant la guerre — je vais vous donner quelques conseils très simples pour rendre à vos pieds leur beauté perdue.Si vous avez des durillons, des cors, etc., procurez-vous ces isolateurs gommés, qui à la longue ramollissent la peau durcie et finissent par la faire disparaître.Le premier soin est de faire trem-per_les pieds dans une eau chaude savonneuse —¦ même procédé en somme que pour le manucure; — essuyez bien et avec de l'huile tiède dégagez les ongles en vous servant pour cela du repoussoir d'acier; travaillez avec le bout spatule et prenez soin de ne pas vous blesser car une entaille sur la peau des pieds prend plus de temps à guérir à cause du poids du corps qui retarde la cicatrisation.Ne coupez jamais les petites peaux, tous les soirs enduisez le bourrelet d'un liquide émollient, ceci dissout peu à peu les peaux superflues.Massez bien tout le pied jusqu'à la cheville avec l'huile tiède et restez ainsi toute la nuit.Comme il est fort désagréable de dormir lorsque les pieds collent aux draps, achetez des socquettes en coton blanc que vous garderez toute la nuit.Refaites ce traitement plu- Par LUCIENNE pas classée belle si sa marche était déformée par des pieds malades ou mal entretenus.Regardez les oeuvres d'art de cette époque, il est à remarquer combien la forme des pieds est idéalisée par les sieurs jours de suite; lorsque vous êtes dans votre baignoire poncez au savon, très doucement, les parties cornues du talon ou du dessous du pied.Lorsque vos pieds auront (S.V.P., lisez la suite en page 30) LA REVUE MODERNE — FÉVRIER.1Q43 23 Par Une Granpré LES derniers rapports sur les terribles progrès / de la tuberculose et sur la mortalité infantile — plus élevée dans la province de Québec que dans toute autre du Dominion — sont assez alarmants pour que l'on comprenne l'importance de la campagne de nutrition préconisée et organisée par le gouvernement.L'urgence des dispositions à prendre pour éclairer le peuple sur la question de l'alimentation éclate aux yeux de tous, car si la maladie, les logements insalubres, le manque de soins sont des causes de dépeuplement, il faut bien admettre qu'une mauvaise nutrition est souvent l'agent provocateur de désordres organiques qui peuvent entraîner des complications mortelles.La menace qui pèse lourdement sur l'avenir de notre nation devrait inquiéter chacun de nous et il est grand temps d'envisager les moyens à adopter pour prévenir l'affaiblissement physique et psychique (l'un entraînant l'autre) de notre peuple.Cette campagne de nutrition ne peut réussir sans le concours des femmes parce que c'est à elles qu'incombe le soin de surveiller et d'apprêter la nourriture.Ce cri d'alarme s'adresse donc à elles tout particulièrement.Il n'est heureusement pas trop tard pour parer au danger national, à condition de commencer immédiatement la lutte contre la nutrition fautive.Dans un numéro précédent, celui de novembre, je vous avais donné ici même un tableau des aliments protecteurs à consommer tous les jours.Chaque ménagère devrait le découper et le placer bien en vue dans sa cuisine; ceci faciliterait grandement sa tâche au moment de faire les provisions.La mauvaise habitude de manger n'importe quoi, n'importe où et n'importe comment, habitude hélas! assez répandue ohez-nous, doit être le premier point à étudier et à changer.Il faut à tout prix que l'on comprenne la nécessité de prendre le temps de manger "lentement" des aliments choisis pour leur valeur nutritive.Malheureusement trop de gens ne mangent que ce qui leur plaît, mettant ainsi de côté des plats qui doivent figurer aux menus de la semaine.Celui-ci n'aime pas le poisson et les jours maigres il ne mange que des oeufs ou des pâtes: c'est une grave erreur puisque l'iode et le fer sont indispensables au bon fonctionnement de l'organisme.D'autres capricieux exigent tous les jours leur "steak"., faute aussi car les abattis, comme le foi, le coeur, les rognons constituent un apport favorable à la santé.J'ai vu des enfants refuser pendant des années les légumes offerts sur la table; à mon grand éton-nement la mère répondit: "Pourquoi insister et discuter avec lui, il n'aime pas cela".Pauvre excuse à l'indolence maternelle.Autre cas non moins extraordinaire que celui d'un homme qui n'avait jamais goûté aux oeufs avant l'âge de cinquante ans! Je pourrais vous citer quantité d'exemples de même ordre, mais ici je note avec regret combien la faiblesse des mamans — souvent confondue avec la bonté — peut amener des perturbations dans la santé de ceux qui sont à leur charge.La mère doit être énergique, ce qui est donné aux repas ne doit pas être dédaigné ou remplacé par autre chose, car aucun budget ne peut se boucler s'il est assujetti aux fantaisies de chaque membre d'une famille nombreuse.Ne nous plaignons pas trop des privations qu'entraîne cette longue et lourde guerre, considérons avec joie la réduction du prix de certaines denrées comme le thé et le café, et surtout le lait et les oranges, absolument indispensables au régime quotidien.D'après un recensement, fait sur une période de vingt-quatre heures, les statistiques ont prouvé que, dans son alimentation, le Canadien néglige surtout le lait, les fruits citriques (le pamplemousse, le citron, l'orange, la tomate) et les autres fruits que l'on doit consommer tous les jours.Consultez à nouveau le tableau précité, qui nous avait été fourni par les soins de ceux qui s'occupent activement de la campagne de nutrition.Il faut que chacun s'intéresse à cette question afin que le problème qu'elle pose soit rapidement résolu par l'effort de tous collectivement.Pour bien se porter il faut "bien" manger; bien manger ne veut pas dire "beaucoup" manger, mais tout simplement se nourrir d'une façon logique en suivant les directives données par les diététiciens qui tentent d'améliorer tous les jours la façon de choisir et de cuire les aliments nécessaires au développement et à la conservation de l'individu.LA REVUE MODERNE — FEVRIER. XLDOWICI COUSSIN No 9091-A Fournitures: Coton Perlé "An-chor" de Clark, grosseur 5; 3 pelotes de couleur unie et 2 pelotes de couleur ombrée.Crochet en acier "Ship Brand" de Milward, No 8.Une demi-verge de tissu à doublure de teinte assortie au fil de couleur unie.Un petit coussin mesurant environ 10 pouces de diamètre et 2 pouces de profondeur.Commencer au centre, avec la couleur ombrée; faire 4 p.de ch.1er tour: 11 m.d.dans le 4e p.de ch.à partir du crochet, joindre la dernière m.d.au 4e point de la ch.de 4 par un point coulé.2e tour: Faire 3 p.de ch.(pour compter comme 1 m.d.), 1 m.d.dans le point coulé, 2 m.d.dans chaque m.d.tout le tour (on a 24 m.d.J.3e tour: Faire 3 p.de ch., * dans la m.d.suivante faire 1 p.de blé d'Inde.— Le point de blé d'Inde se fait comme suit: 1 p.de ch., 5 m.d., retirer le crochet de la bouclette, introduire le crochet dans le p.de ch.et attirer la bouclette à travers — Jeter le fil, piquer le crochet dans la m.d.suivante, jeter le fil et l'attirer à travers 2 bouclettes.Laisser la couleur ombrée; nouer le fil de couleur unie et attirer à travers les 2 bouclettes sur le crochet; travaillant par-dessus la couleur ombrée pour la cacher, faire 3 m.d.de couleur unie dans la m.d.suivante (2 m.d.de plus), compléter la 3e m.d.avec la couleur ombrée.Avec la couleur ombrée faire 1 m.d.dans la m.d.suivante, cachant la couleur non utilisée comme auparavant.Répéter de * tout le tour.Joindre.4e tour: 3 p.de ch.et compléter 1 p.de blé d'Inde, * 1 m.d.au bout du p.de blé d'Inde suivant, 1 p.de blé d'Inde dans la m.suivante, 1 m.d.dans la m.à.suivante, laisser la couleur ombrée et nouer le fil de couleur unie; 3 m.d.dans la m.d.suivante (2 m.d.de plus), laisser la couleur unie; reprendre la couleur ombrée; 1 m.d.dans la m.d.suivante, 1 p.de blé d'Inde dans la m.d.suivante.Répéter de * tout le tour.Joindre.Continuer de cette manière, faisant 3 m.d.dans la m.d.du centre de chaque partie de couleur unie et faisant alterner les m.d.avec les p.de bl.d'Inde le long des parties ombrées jusqu'à ce qu'il y ait 6 p.de blé d'Inde dans chaque partie.Tour suivant: 3 p.de ch., * 1 p.de blé d'Inde dans la m.d.suivante, m.d.dans le p.de blé d'Inde suivant, p.de blé d'Inde dans la m.d.suivante, m.d.dans le p.de blé d'Inde suivant; laisser la couleur ombrée et reprendre le fil de couleur unie, m.d.dans les 2 m.d.suivantes, 3 m.d.dans la m.d.suivante, 2 m.d.dans les 2 m.d.suivantes; laisser la couleur unie, reprendre la couleur ombrée; (1 m.d.dans le p.de blé d'Inde suivant, 1 p.de blé d'Inde dans la m.d.suivante) 3 fois, 1 m.d.dans le p.de blé d'Inde suivant.Répéter de * tout le tour.Joindre.Continuer de cette manière, augmentant comme avant et faisant 2 m.d.de plus en couleur unie à chaque tour dans les parties en couleur unie jusqu'à ce que tous les points de couleur ombrée soient remplacés par des points en couleur unie.Couper le fil de couleur ombrée et faire des m.d.en couleur unie tout le tour, augmentant de 12 m.d.à chaque tour (voir à ce que les augmentations ne soient pas prises après les précédentes) jusqu'à ce que le morceau mesure environ 11 pouces de diamètre.Ne pas arrêter le (S.V.P., lisez la suite en page 30) LA REVUE MODERNE — FÉVRIER.1Q43 L'AMAN 'I' DE VENUS* (Suite de la page 6) que j'étais au marché à poisson, vide à cette heure, évidemment.J'étais un peu fatigué, j'avais soif.Sur un côté de ce petit espace il y avait une façade illuminée, une seule: un estaminet.J'y entrai, un peu gêné de ma mise d'étranger et de touriste.Pas d'erreur, c'était un trou.Et sans pittoresque encore.Sept ou huit tables de marbre gras; à gauche le comptoir de zinc surmonté des robinets à bière où pleurait une goutte indécise.Le décor classique du café-bar populaire dans toute son écœurante banalité.Derrière les bouteilles aux étiquettes criardes, une glace dont la fumée avait à la longue rongé le tain.Dans le coin, quatre individus à face de naufrageurs plutôt que de corsaires, et qui faisaient claquer les cartes de leur manille.Je choisis une table près de la porte.Je n'étais pas à l'aise tout en sentant le ridicule de mon inquiétude.Ah! la littérature! J'essayai de me mentir en me disant que près de la sortie l'air serait plus frais et moins chargé du parfum lourd des harengs et des langoustes.Mais jamais je n'avais vu pareil lieu.Une serveuse s'approcha; je commandai un vermouth-cassis et me mis à feuilleter mon guide.Un des habitués, un sec avec un mouchoir sale autour du cou, me regardait de temps à autre à la dérobée.Je le vis murmurer quelque chose.Il n'y avait pas de quoi me mettre à l'aise.La porte du fond s'ouvrit brusquement.En manches de chemise, traînant d'innommables savates, c'était évidemment le patron.Il était gros et costaud, le ventre en barrique, les bras solides, des bras habitués à vider la place à l'heure de la fermeture.Le visage était mou, avec des sillons gras et une moustache qui roussie par le tabac et le tord-boyau faisait un rideau sordide devant la bouche comme devant un mauvais lieu.Je regardai les yeux.Mais ce que je vis, ce fut le front.Pur et net, il s'étalait comme le fronton d'un temple miraculeusement préservé parmi l'éboulis de la façade."C'était une surface divine." Pas possible!.Sabourin! Ce front là c'était, ce ne pouvait être au monde que mon Sabourin! Je lui fis signe.Il me regarda lourdement et vint vers moi.— Qu'est-ce que c'est?Il se penchait un peu, la tête affalée sur l'épaule, les yeux bestiaux à la fois vagues et fixes.Je ne disais rien, regardant son front, attendant qu'il me reconnut, oubliant moi-même, comme on l'oublie si facilement, que j'avais vingt-cinq ans de plus.— Eh bien !alors! quoi?Qu'est-ce vous avez à me dire?Cette façon de parler si particulière à nos gens aurait levé mes derniers doutes si j'en avais eu.Mais il commençait à s'impatienter.Ses pupilles étaient deux mires noires qui me visaient menaçantes.— Non sans blague, ca va durer longtemps?Faudrait voère à pas se payer la gueule à Sabourin, non?Je vis ses biceps se dilater de colère.A mi-voix, car les manil-leurs s'étaient arrêtés, je récitai: Les torches des cyprès ornant [le crépuscule Le soleil va s'offrir au bûcher [du couchant Ah! ma peine! Ah! mon coeur! astre mort où plus [rien n'est vivant O tombeau majuscule Crypte où s'évanouit le charme [de l'encens Offert à l'Anadyomène.C'était le début de sa Cantate à Vénus, qu'il récitait volontiers dans nos soirées un peu bachiques.Je pensais qu'il allait sursauter comme tout poète en entendant les vers qu'il croit oubliés.Je vis le moment où il allait exploser mais de colère.Je me hâtai, un peu déconfit: "Puisque tu ne me reconnais pas, je pensais au moins que tu reconnaîtrais tes vers!" Il se rapprocha de moi.tout près.Je sentis le vent pénible de son haleine.Mais je voyais ses bras qui tout doucement se dégonflaient comme une baudruche."Voyons, Sabourin.Montréal?.l'Université?.Marsan, Jacques Marsan?" Alors la conscience du passé se fit jour en lui.Il se prit le menton, le coude gauche dans la main droite, et se mit à murmurer."Ah ben! ah ben!.m.alors!.Non, ça alors!.Ça parle au maudit.! Ah non, alors!." Il se tourna brusquement "Josette!" D'une voix de tonnerre "Josette!" la serveuse apparut."Apporte une bouteille de Saumur, du Saumur de l'éclipsé".Et se tournant vers moi, il s'assit en disant encore: "Ah ben non.alors!.Eh ben.mon cochon,.par exemple.!" La bonde avait sauté et le vin de l'amitié jaillit.Ce que je faisais à Saint-Malo?Ce que j'étais devenu?Ce qui s'était passé depuis vingt ans?Il fallut reprendre la vie commune où nous l'avions rompue, à la fin de la guerre.Penché sur la table, remplissant sans arrêt mon verre du Saumur frais comme un soleil de Pâques, il coupait ma phrase commencée: "Et Phara-mond, ce vieux Pharamond, où qu'il est.?Et Legendre, le Cré-sus.hein?" Il guettait alors ma réponse, bouche ouverte, les mains à plat sur la table, attendant l'explication comme un affamé attend la première bouchée.Et quand il l'avait, vidant son verre d'un trait et se renversant sur sa chaise pour redire à mi-voix."Ah non!.Ah non!.Ah non!." Je n'avais pas satisfait sa curiosité sur l'un d'entre nous que des tiroirs du passé il m'en sortait un autre.Et pendant tout ce temps je cherchais le moment où je pourrais à mon tour dire."Mais toi.mon vieux Saboure.vas-tu me dire par quel extraordinaire hasard." Vint un moment où nous eûmes (S.V.P., lisez la suite en page 26) 25 L'hon.Ian A.Mackienzie.Major général M.A., Ml; C.R.L'hon.L.R.Laflèche, D.S.O.M iiii-i r- de, l.r.» • i de ril>.Minière de» Servie» de Guerre Nationaux Chers concitoyens.Nous sommes présentement engagés dans une guerre sans merci d'où nous sortirons vainqueurs seulement au prix de l'effort total de tout autre peuple.Or.pour être complet, cet effort suppose, chez ceux qui le font, une santé aussi parfaite que possible.Les maladies vénériennes minent la santé et occasionnent une perte de temps considérable.On peut enrayer ou.du moins, réduire les effets nocifs de ces maladies, ainsi que le prouvent les statistiques, dans les localités où l'on a pris des mesures dans ce sens.Les forces armées ont besoin d'hommes forts et robustes, les usines et les fermes, d'ouvriers sains et bien portants.Toute période de chômage due à la naladie constitue une perte sèche dont se ressent notre effort de guerre.Dans cette lutte contre les maladies vénériennes, l'individu et l'autorité locale sont solidairement responsables.Tandis que la part de l'individu consiste à mener une vie saine et à éviter les sources d'infections, celle des autorités locales consiste à adopter les trois mesures suivantes: 1.La suppression des conditions locales de nature à propager ces maladies.2.L'organisation d'un programme d'enseignement dont l'objectif serait de faire connaître aux jeunes les maladies vénériennes, la façon de les éviter et les personnes à qui s'adresser pour se faire soigner.3.Fournir de nombreuses occasions de saine récréation.La lutte contre les maladies vénériennes constitue un engagement auquel tous les Canadiens peuvent prendre part.Venez donc renforcer nos rangs dans cette lutte pour l'amélioration de la santé publique.* Canadiens : En temps de guerre, il ne suffit pas que l'individu seul veille à ce que nul élément ne nuise à l'effort national.L'autorité locale doit prêter main-forte à l'individu La santé de l'individu, dans l'industrie, comme dans la vie militaire, est d'importance primordiale.Or, les maladies vénériennes, même lorsqu'elles sont dépistées de bonne heure et lorsqu'on a recours aux moyens de guérison les plus avancés, occasionnent une perte de virilité et de temps précieux.Quoique la vie militaire multiplie peut-être les dangers de contamination, elle favorise l'enseignement, le dépistage précoce et les soins immédiats.Par suite, il se produit une diminution dans les dangers de complication qui affectent pour toujours la santé et l'efficacité de l'individu.En temps de guerre, on ne saurait nier les effets salutaires d'un programme d'enseignement qui mettrait le public en garde contre le danger des maladies vénériennes et au courant des méthodes de prévention.Un tel programme raffermirait en même temps le pouvoir des services d'hygiène, dans leurs efforts à mettre en pratique des lois visant à refréner la marche de ces maladies.Metropolitan Life Insurance Company (COMPACNIE À FORME MUTUELLE) NEW-YORK Frederick H.Eeker, PRESIDENT DU CONSEIL Leroy A.Lincoln, PRESIDENT DIRECTION GENERALE AU CANADA, OTTAWA Mercredi, le 9 février 1043, a été proclamé Journée île l'Hygiène Sociale Nationale.Le hareuu central de lu.I.lanc d'Hygiène du Ou n ad a, 111 Avenue R.ad.Toronto, Ont., •>m-pre«»eru rie voua envoyer des brochure» ou des i-enNcIgi".ulou.—Distinguée, élégante, Instruite, déaire correspondante Jovials 20 a 32 ana d>-Montréal ou Laurentldes.320 eat, rue Notre-Dame, Mont réal.a a a Mlchelle.— i een te.25 A 35 a>ns.820 eet, rue Notre -Dame, Montréal.a a a Mireille.—Désire correspondants professionnels ou commerçant», 40 a 50 ans.réponse assurée.320 est.rue Notre-Dame, Montréal.a a a LUI.—.T^une fille désire correspondants distingués de 92 A 30 ans.320 eat, rue Notre-Dame, Montréal a a a Ninon.—Demanda correspondant de 30 a S5 ans distingués, $20 eat.rue Notre-Dame, Montréal.a a a Pu «-fu m Mystérieux.—Délirerais eorres nondre avec Jeune homme Instruit de 26 a 30 an s.320 eat.rue N o t re-Dame.Mon tréal.a a a Thérèse.—îr-strulte.bonne apparence, dê-¦»ir« rnrreepon.lants.dlsttnjrués.de 27 A 37 ans.320 est.rue Notre-Wame, Montréal, a a a Irène.—Dem « n de rorre«pon dant s.dlsj in -irués, Instruits, de 40 ft 60 ans.but: sérieux 820 est.ruo Notre-Dam>\ Montréal.a a a Frnnee.—Demoiselle française.habitant les EtaM-Unis.sérieuse, instruite, bien élevée, désire correspondre avoc monsieur do 6n CJUVC II«' S«• »» Il «• «» ^3L«rlc% ej 4-Lc H^ïli- Pour un Tcinl Ra>i-anl du MATIN au SOIR pr0lon8e LA DURÉ DE VOS APPAREILS ÉLECTRIQU S'ils ne servaient jamais, vos appareils électriques dureraient sans doute toujours! Mais qui voudrait se priver de serviteurs si commodes, si efficaces?Tenez-les donc propres.Quand vous ne les employez pas, gardez-les dans un endroit spécial, à l'abri des avaries et des poussières.Démêlez les cordons tordus et écartez-les des surfaces chaudes.N'utilisez l'électricité qu'au besoin.KRS-GRILU-Pfll CHAUffÉRCTTÉS POÉLCS CT FOURRCAUX RENFREW ELECTRIC AND REFRIGERATOR COMPANY LIMITED • RENFREW.ONTARIO POURSOULAGER LES ENGELURES Les engelures, causées par une circulation défectueuse du sang, sont l'une des maladies des pieds les plus ennuyeuses et les plus douloureuses.Si l'on porte l'hiver des chaussures serrées qui gênent la circulation du sang dans les pieds et les chevilles, il suffit d'avoir très froid aux pieds pour souffrir d'engelures.Il faut toujours enlever ses chaussures avant d'essayer de se réchauffer les pieds et une chaleur doucement pénétrante est préférable à des moyens plus énergiques.Le moyen le plus simple et le plus employé de combattre les engelures, dit une autorité en la matière, c'est le bain de pieds à l'eau chaude immédiatement avant de se mettre au lit.Une cuiller à dessert de moutarde ajoutée à l'eau active la circulation du sang et procure une chaleur qui dure plusieurs heures.S'ils se baignent ks pieds à l'eau chaude, le soir, chaque fois qu'ils ont les pieds gelés et s'ils portent des chaussures chaudes et confortables, ceux qui souffrent d'engelures aux pieds ne tardent pas d'ordinaire à éprouver un soulagement.valeur que celle qu'il me plaît de lui attribuer.Vous le garderez en témoignage d'une estime que j'ose espérer mutuelle.Vous le voyez, j'ai signé ce talisman.En retour je vous demanderai d'apposer votre signature sur la moitié que voici et que, moi, je conserve.Ce n'est pas bien grave, n'est-ce pas?et ce petit jeu ne vous compromettra guère.J'ai l'impression qu'en dépit de votre sauvagerie, plus feinte que réelle, nous pouvons être d'excellents camarades.Je suis sportive, vous devez l'être.Vous êtes brave et j'aime le risque.Vous me paraissez détester le flirt et je l'exècre.Rien donc, à première vue, ne s'oppose à un contrat d'amitié.Il n'y manque que votre paraphe.A vrai dire cela ne vous engagerait pas beaucoup, attendu que j'habite Briey, au Meurthe-et-Moselle, et vous êtes Parisien! Le plaidoyer fit sourire Patrick.Décidément cette petite n'était pas comme les autres.Pas la moindre coquetterie! Tout cela était dit simplement, sincèrement.Certes le problème ainsi posé le comblait de joie, encore qu'il en éprouvât quelque désillusion.Mais Corinne pouvait-elle deviner que l'ours avait une sérieuse raison de se calfeutrer dans sa tanière et qu'il avait déjà franchi le stade de la pure amitié?Cependant, à l'idée qu'il resterait en contact avec elle, il éprouva une telle satisfaction que, retrouvant sa verve naturelle, il répondit en riant: — C'est peut-être justement grâce à la distance de tout repos qui nous séparera que vous me proposez de signer ce pacte d'amitié qui, pour vous, en fait, ne comporterait que fort peu de risques d'en être importunée?Corinne haussa les épaules.— Soyez sérieux, dit-elle, et laissez-moi parler, car nous approchons de la Richardais; et si M.Morgan m'a longuement éclairée sur votre compte, par contre, vous ne savez rien de moi.-— Je sais déjà que vous êtes une jeune fille peu banale.— C'est un compliment ou une critique?Patrick fut sur le point de lâcher auelque nouvelle taquinerie; mais il se ravisa et répondit simplement: — Si je vous affirme que c'est un compliment, me croirez-vous?— Pourquoi ne vous croirais-je pas?J'ai horreur des poncifs, et il me parait que nos caractères s'accordent sur ce point.C'est là ce qui me plaît en vous.D'autres, à votre place, non seulement n'auraient point cherché à m'éviter, mais se seraient empressés d'amorcer quelque entreprise sentimentale.Vous, au contraire, dédaignez les congratulations et n'accordez votre amitié qu'après mûre réflexion, et encore peut-être ne consentez-vous à cet abandon que mû par de vieux principes de galanterie.Eh! bien, voyez-vous, tout cela m'enchante.Malgré des apparences quelque peu ébouriffées, je suis en général très distante.C'est peut-être parce que je suis habituée à vivre seule ou presque.— Vous êtes orpheline?— Non! J'ai mon père, qui me tient à la fois lieu de père et de mère.Et il est pour moi tout cela.véritablement.Une petite brise aigre s'était levée.Machinalement Corinne ferma le col de son pyjama.— Vous avez froid?s'inquiéta Patrick, empressé.Et, sans attendre, il lui jeta son ciré sur les épaules.Elle le laissa faire, murmura un merci et poursuivit: —'J'espère qu'un jour j'aurai le plaisir de vous recevoir à la maison.Les journalistes, par destination, sont en quelque sorte des globe-trotters.— En effet, approuva Patrick en souriant.Il no pouvait détacher son regard du visage que l'ombre de la nuit estompait.Quelle étrange petite fille! Elle était seule, en plein» Rnnce, à neuf heures du soir, avec un homme qu'elle ignorait cinq jours plus tôt, et elle semblait aussi à l'aise que s'ils eussent été de vieilles connaissances."Une nature exceptionnellement droite!" songea-t-il.Et son désir s'accrut de devenir son ami.— C'est dommage, dit-il, que vous quittiez Dinard dès demain, puisque nous voici de vrais camarades.J'aurais eu tant de plaisir à vous faire mieux connaître ce beau pays.Mais peut-être ne l'i-gnorez-vous pas?— C'est la première fois que je viens en Bretagne.Il a fallu l'insistance de Diana Morton pour me décider à faire ce voyage.— Mistress Morton est votre amie?— Depuis l'hiver dernier.Je l'ai connue à Mégève aux sports d'hiver.Là j'ai commis la maladresse de me donner une entorse, au cours d'une compétition de skis.Elle s'est montrée en cette occasion une véritable soeur pour moi.Depuis nous sommes restées très liées, bien que de situations fort différentes; car, ne vous déplaise, je ne suis pas milliardaire, hélas! Elle riait, non sans malice.— Mon père est filateur à Briey.Notre usine se trouve à La Mar-nière, à trois kilomètres de la ville.— En pays occupé par conséquent?— Oui.et c'est là que je suis née au mois de janvier 1915, en pleine fournaise.Patrick ne pouvait y croire.Corinne portait à peine vingt ans, alors qu'en réalité elle en avait vingt-quatre.Une fois de plus, il admira sa franchise, d'autant plus que c'était là un sujet généralement évité par le beau sexe.Toutefois, il ne se hasarda point à un compliment banal.Corinne poursuivit: — De mon enfance, je ne me rappelle rien ou pas grand'chose.J'ai cependant le souvenir de soldats vêtus de gris qui me caressaient et s'amusaient avec moi.J'y prenais grand plaisir et ces jeux innocents n'avaient à mes yeux rien de tragique.Mais depuis que j'ai lu ou entendu les récits de l'occupation, j'ai frémi en songeant à ma pauvre maman qui avait eu le courage de rester au pays, en butte à toutes les vexations, à toutes les grossièretés de nos ennemis, pour ne point abandonner la maison et sauver si possible ce qui nous appartenait.— Votre père était mobilisé?— Dès le premier jour, comme officier de complément.Au cours de la retraite, il fut fait prisonnier.A l'armistice, il y avait de longs mois qu'il ne donnait plus de nouvelles, si bien que tout le monde le croyait mort.Or, en janvier 1920, donc un peu plus d'un an après la fin de la guerre, il nous revint malade, épuisé, mé- LA REVUE MODERNE — FÉVRIER, 1Q45 ^ot/iamonHùLe/cw TIMBRES 1> ÉPARGNE DE GUERRE ACCEPTEZ SANS HESITATION Contribué à l'effort de guerre par LA REVUE MODERNE vousAwmz À GAGNER LA GUEM Il connaissable.Maman, déjà minée par le chagrin et les privations, ne put supporter pareille émotion et mourut subitement la nuit même de son retour.Mon père se réveilla près d'un cadavre.Vous comprendrez maintenant si je vous dis qu'il a beaucoup souffert et que son caractère s'en est aigri au point de rompre avec toutes ses relations d'avant-guerre.Son unique dérivatif à un chagrin toujours aussi vivace, il le demande à un travail acharné que fort heureusement l'usine lui procure.Nous vivons seuls avec une vieille gouvernante qui, depuis la mort de maman, a dirigé la maison et m'a élevée.Aussi, jugeant qu'à mon âge un tel isolement pourrait m'être pénible, mon père me laisse une grande liberté.Je pratique les sports.Chaque hiver je vais à Mé-gève.De temps à autre je me rends à Paris chez une cousine de ma mère que, pas plus que les autres, mon père ne veut voir.Je passe chez elle des jours très agréables.Patrick déjà n'écoutait plus.La perspective d'un revoir à Paris l'enthousiasmait; mais il garda pour lui ses impressions.Cependant Le Cormoran arrivait en vue de la Richardais.A quelque distance, l'embarcation frétée par Corinne le suivait fidèlement.Crispante, la pensée de la réparation vint à Patrick.Sans réfléchir, il proposa: — Que diriez-vous si je vous emmenais dîner dans notre ermitage?Vous pourriez ainsi prouver à ce bavard de Morgan que vous avez gagné la partie.Corinne leva des yeux rieurs, pleins de simple franchise comme une mer unie sans remous hostiles Du tac au tac elle répondit: — Oh! il est très perpicace et doit vous connaître mieux que vous ne le pensez.La preuve, c'est qu'avant vous il m'a invitée à dîner ce soir et, ma foi, j'ai accepté.De sa main libre, Patrick attira Corinne et, dans l'ombre, la fixa intensément, pour s'assurer sans doute qu'elle disait vrai.Que lut-il dans le clair regard accroché au sien?Nul ne le sait; mais, très troublé, il la libéra.Puis, comme ils arrivaient, il coupa les gaz et, sans bruit, Le Cormoran, glissant sur son erre, vint accoster docilement le long de la petite cale.La première, Corinne sauta à terre.Lorsque Patrick la rejoignit, il remarqua qu'elle contemplait le fleuve.Suivant la direction de son regard, il vit le canot suiveur qui Doursuivait sa route vers Dinard La jeune fille se mit à rire.— Mais oui, dit-elle; lui aussi était dans le coup!.Il a parfaitement tenu son rôle.Vous voyez?Et maintenant, hâtons-nous!.Je meurs de faim!.Patrick passa son bras sous celui de Corinne, afin de l'aider à gravir la sente abrupte accédant à la crique.Tout semblait avoir brusquement rajeuni, l'atmosphère, les pensées et jusqu'aux souvenirs, comme rajeunit la terre desséchée sous la caresse de la pluie bienfaisante CHAPITRE IV — Oh! Mamy, pourquoi ne m'a-voir rien dit?.pourquoi ne pas m'avoir appelée?— Ton père n'a pas voulu, mon petit.Et tu sais qu'il ne peut être question de le contrarier.Surtout en ce moment.Le visage ravage par les larmes, Corinne était effondrée sur une chaise dans sa chambre, et Mme Lasne, sa vieille gouvernante, s'efforçait en vain de la consoler.De fait, elle était en proie à un profond chagrin.Sur les instances de Patrick, elle s'était décidée à prolonger de huit jours son séjour à Dinard.Son père, auquel elle avait demandé l'autorisation, s'était empressé de la lui accorder, négligeant volontairement de lui apprendre qu'il était souffrant.A son retour elle l'avait trouvé tellement changé qu'elle ne put cacher son inquiétude.M.Saindré affirmait n'avoir qu'un peu de fatigue; mais il sautait aux yeux qu'un mal secret le minait.Etait-il physique, moral, ou les deux à la fois?Là résidait le problème.A tort ou à raison, Corinne se persuadait que sa trop longue absence était pour quelque chose dans cet affaiblissement.Leur affectueuse intimité les liait à tel point que l'éloignement, lorsqu'il se prolongeait, leur devenait insupportable.Aussi Corinne avait la conviction que la solitude ayant ravivé chez son père le foyer jamais éteint de ses anciens chagrins, la neurasthénie renouvelait ses assauts morbides.Le moment eût été mal choisi pour Corinne de lui exposer le véritable motif qui l'avait incitée à prolonger ses vacances.En vrai, elle ne rentrait pas à "La Mar-nière" dans le même état d'esprit qu'à l'heure du départ.L'ombre d'une silhouette élancée, d'un visage tour à tour sévère et moqueur l'avait escortée jusqu'au terme de son voyage, et semblait s'être installée à demeure dans son soleil.Quelques jours en effet avaient suffi à Corinne pour qu'elle se sentit unie à Patrick par quelque secrète attache qu'elle définissait encore mal.C'était entre eux comme une sorte d'amitié amoureuse, qui se traduisait non par des paroles maladroites, mais par un simple regard, un sourire, une pres- sion de main.C'est qu'en dépit de leur désir d'emprunter a la vie moderne ce qu'elle offre de large, d'enthousiaste et de libre, leur éducation, bien que différente, les bridait quelque peu.Patrick, sous son aspect bourru, avait le plus grand respect de la jeune fille, spécimen qu'il appréciait d'autant mieux qu'il le jugeait plus rare; et ce respect s'amplifiait en l'occurrence d'une certaine réserve, provenant du fait qu'il était amoureux.Quant à Corinne, peu compliquée d'ordinaire, elle éprouvait une impression jamais ressentie, faite de joie sans raison définie, de curiosité sans but arrêté, d'un immense plaisir de vivre; et ce délicieux cocktail, elle hésitait encore à lui donner un nom.Cependant elle rapportait de ses derniers jours à Dinard un souvenir exquis.Quelles bonnes parties n'avait-elle pas faites en compagnie de Diana Morton, de Patrick Guermain, auxquels Achille Mor- gan venait parfois se joindre! Une charmante intimité s'était établie entre La Richardais et le "Gallic Hôtel." Mistress Morton elle-même se montrait entichée de Patrick.Il la reposait de son habituel entourage obséquieux, intéressé et superficiel, de ses dithyrambes, de ses hyperboles et de ses platitudes.Pour Patrick elle était une femme comme les autres et de ce fait, il l'assaillait de ses boutades, ce dont elle se montrait ravie, tellement même qu'elle l'avait invité à la venir voir en Amérique.Il n'avait répondu ni oui ni non, n'écartant point a priori cette occasion possible d'un reportage à sensation.Aussi, quand vint le jour du départ, tous, pour des motifs différents, regrettèrent cette Bretagne où ils avaient connu de si rudes émotions, mais aussi tant de joies.Corinne et Mistress Morton partirent les premières.Patrick tint à les accompagner à la gare.Quand il vit disparaître le train, tout en répondant aux adieux que les deux femmea lui adressaient de la main 11 lui sembla qu'il se trouvait soudain perdu en plein désert.Ce fut d'un pas pesant et le coeur lourd de l'aveu qu'il n'avait point osé faire à Corinne qu'il regagna La Richardais.Celle-ci pourtant lui laissait l'espoir de la retrouver bientôt.Comme chaque annnée, elle comptait venir à Paris au début d'octobre pour ses achats d'hiver et descendrait chez sa cousine, Mlle Loyse-leur, qui habitait rue Guynemer Ce n'était donc là que trois semaines de patience écourtée par un échange de lettres.Au surplus Patrick trouverait bien le moyen d'aller jusqu'à Briey.Ainsi Corinne rentrait à "La Marnière" le coeur en liesse à l'idée de revoir son père et de lui conter par le menu ses journées de vacances que, dans ses fréquentes lettres, elle n'avait fait qu'esquisser, surtout en ce qui concernait l'aventure tragique du Go-Ahead.Quand, à la descente du train, elle l'aperçut, son émotion fut telle qu'en l'embrassant elle ne put retenir cette exclamation: — Quelle mine tu as!.Tu es malade?M.Saindre la serra contre lui.tendrement, ne pensant qu'à la joie de retrouver sa fille.C'était un homme d'environ cinquante ans, d'une taille au-dessus de la moyenne, mais que la maladie et le désagrément d'une calvitie très prononcée faisaient paraître plus âgé.Dans la force de la trentaine, il avait dû être d'une vigueur peu commune.A cette heure le masque légèrement empâté et marqué par les soucis, gardait encore, sous la lumière des yeux extraordinaire-ment vivants, le reflet d'une énergie farouche qui, selon les circonstances, savait céder la place à la plus grande et la plus affectueuse indulgence.— Mais non, mon petit, répondit-il.Un peu de surmenage seulement.Et toi?.Laisse-moi te regarder!.Sais-tu que tu es magnifique!.Ces vacances te furent certainement très profitables.— Plus qu'à toi, sûrement, mon pauvre papa! murmura-t-elle.L'auto les attendait à la sortie Le chauffeur s'occupa des bagages, et ils eurent vite fait de gagner "La Marnière".Il était sept heures et demie.En cette soirée du 8 septembre, terne comme la pluie fine qui commençait à tomber, la nuit était déjà presque venue.Le long du trajet, Corinne répondait sans enthousiasme aux questions de son père, car elle sentait monter en elle le remords de l'avoir laissé seul aussi longtemps.Enfin ils arrivèrent.La grille était ouverte et l'auto vint se ranger devant le perron.Bien que les gens de la contrée donnassent à "La Marnière" le nom pompeux de château, c'était plutôt une grande villa très confortable.Le corps de logis comprenait un bâtiment principal flanqué de deux ailes basses, et dont le rez-de-chaussée s'élargissait sur la façade, d'une sorte de jardin d'hiver.L'ensemble, aux lignes classiquement régulières, ne se signalait par aucune originalité de style, mais donnait à première vue l'impression d'une habitation pratiquement ordonnée.Un parc ombragé, ménageant sur la campagne da belles perspectives, l'encerclait de ses bosquets, de ses massifs et de ses pièces d'eau.Si vous répondez à 9 de ces questions, vous êtes remarquable; à 7, vous êtes excellente; à 5, dans la moyenne; au-dessous.meilleure chance la prochaine fois.1—Qu'est-ce qu'un "chaud-froid"?2—Comment nomme-t-on les habitants de Monaco?3—De quelle reine a-t-on dit "la femme sans homme"?4—D'où vient le chamois avec la peau duquel on fait des gants, et comment se défend-il contre les chasseurs?5—Quel est cet orateur célèbre que l'on surnomma "l'Aigle de Meaux"?6—Qui a inventé le paratonnerre?7—Quel est le juif de la secte des pharisiens qui se déclara disciple de Jésus?8—Savez-vous ce qu'est un mirador?9—Qu'est-ce que la cellulite?10—Parmi les rois "Louis" de France, lequel fut surnommé le "Bien-Aimé"?(Voir réponses page 44) LA REVUE MODERNE — FÉVRIER, 104} 43 Dès la porte, Corinne se trouva en face de la bonne Mme Lasnes, dont le visage, à sa vue, s'éclaira.KlIo étni^riit l;i petite fille qu'elle avait élevée comme son enfant.M.Saindré souriait, visiblement heureux.Les domestiques eux-mêmes semblaient ravis du retour de l'absente, dont la présence allait restituer à la maison morne son animation et sa gaieté.Refoulant son souci relatif à la santé de son père, Corinne retrouva son entrain coutumier pour recréer l'atmosphère.La transition, pour elle aussi, se faisait sentir un peu brusque, au sortir de l'ambiance de Dinard, mais elle voulait réagir contre des souvenirs récents et déjà trop lointains.L'horloge Louis XV à longue caisse, au cadran cerclé de cuivre, scanda dans son coin le quart de huit heures.— Ah! fit Corinne, cela fait du bien de se retrouver chez soi! Simplement elle serra la main de la femme de chambre et, comme le visage de la vieille cuisinière se montrait dans l'entrebâillement d'une porte, elle lui sourit: — Bonjour, Léontine! J'espère que vous avez préparé un dîner solide?.Je meurs de faim! — Oh! oui Mademoiselle!.Un poulet à la crème.— A la bonne heure! Ayant ainsi répondu avec grâce à l'accueil de son entourage, Corinne revint vers son père lequel, debout sur le seuil du salon, la dévorait des yeux.— Ai-je le temps de faire un brin de toilette?lui demanda-t-elle.— Certainement, mon enfant.D'autant que je dois achever de signer mon courrier.Dans un quart d'heure on pourra servir.Cela te va?— A merveille.Après un dernier baiser, Corinne se dirigea vers l'escalier qui conduisait à sa chambre.Passant près de Mme Lasnes, elle glissa son bras sous le sien en disant: — Montez, Mamy, venez bavarder un peu avec moi.Mais la vieille gouvernante, jetant un imperceptible coup d'oeil dans la direction de l'industriel, se récusa.— Oh! ma chérie, si tu le permets, nous remettrons notre bavardage après le dîner.Nous sommes en lessive, et le petit salon est encore tout encombré.Il faut que je le débarrasse.Au reste tu n'as que le temps de t'habiller.Tiens, voilà François qui va monter ta malle.Le chauffeur, mari de la cuisinière, était comme celle-ci depuis quinze ans au service de la famille.Très dévoué, il appréciait, comme tout le personnel, le retour de Corinne.Quand il eut déposé le lourd bagage dans la chambre de sa jeune maîtresse, celle-ci lui glissa une pièce dans la main, avec un petit clignement d'oeil.— C'est pour le petit extra, François! Puis, un doigt sur les lèvres, elle ajouta: — Et pas un mot à Léontine.Ce sont là nos petites affaires.Le chauffeur eut un sourire complice et empocha.— Merci, Mademoiselle.Ah! vrai! je le disais tous les jours que la maison n'est pas habitable quand vous n'êtes pas là! Ils sont tous si sérieux!.Ils ne comprennent pas.comme Mademoiselle! Corinne avait bien envie de rire.Ce qu'elle comprenait si bien, c'était le léger penchant du brave François pour le genièvre.Oh! certes, ce n'était pas grave.Jamais personne ne l'avait vu ivre; mais Léontine portait la culotte dans le ménage et, dame, elle ne lâchait les cordons de la bourse qu'avec parcimonie.Aussi bien Corinne suppléait-elle parfois à ce petit inconvénient, de sorte que l'excellent homme lui avait voué un véritable culte.En somme elle était reine à "La Marnière", mais une reine simple et serviable, que tous ses sujets, à des titres divers, aimaient profondément.Elle en eut une preuve nouvelle en prenant à table sa place accoutumée.L'argenterie des grands jours avait été sortie.Les fleurs couvraient la nappe, c'était le grand tralala des jours de fête.— Comme je suis gâtée! mur-mura-t-elle émue.Lui faisant vis-à-vis, M.Saindré souriait à sa joie; mais elle devinait que ce sourire masquait une émotion profonde qu'il voulait à tout prix dissimuler.Près d'elle, Mme Lasnes, faisant fonction de maîtresse de maison, semblait mal à l'aise, et Corinne sentit nettement que tous, par le truchement de cette mise en scène, s'efforçaient de lui cacher quelque chose.Nonobstant elle ne parut pas s'en apercevoir et, tout au long du dîner, elle narra mille petits faits amusants de son séjour en Bretagne; mais pas une fois elle ne prononça le nom de Patrick, craignant que ce nom, jeté ainsi dans la conversation, ne fit pressentir à son père un nouveau danger.Encore que jamais M.Saindré n'y ait fait allusion.Corinne était certaine qu'il appréhendait l'instant où elle devrait le quitter.Sans doute était-ce là le motif pour lequel jusqu'alors elle avait fait la sourde oreille aux déclarations plus ou moins sincères de certains jeunes gens de son entourage.Au reste elle se trouvait parfaitement heureuse, et le désir de se marier ne l'avait point tourmentée jusqu'à ces derniers temps.C'est ainsi qu'elle raisonnait avant son départ pour Dinard; mais là, un perturbateur imprévu avait surgi, démolissant en quelques heures le bel échafaudage de sa philosophie.Le doute était venu et, avec lui, un brouillard s'était levé sur son horizon, brouillard dont elle rêvait de percer le mystère.Toutefois elle jugeait le moment inopportun de le laisser %roir.Après le repas, qui se prolongea assez avant dans la soirée, M.Saindré parut soudain très las, tellement même que Mme Lasnes ne put s'empêcher de lui conseiller.— Si vous montiez.Monsieur; vous avez beaucoup travaillé aujourd'hui.Il tressaillit et la fixa durement.Corinne intervint.Glissant ses bras autour de son cou, elle dit: — Mamy a raison.Tu as mauvaise mine.Toi-même, à mon arrivée, m'as avoué ta fatigue.Va te coucher, papa; j'irai te dire bonsoir avant de me mettre au lit, et demain nous reprendrons notre vie habituelle.SERVEZ DES BISCUITS CHAUDS TRAITES de ces délicieux biscuits à thé "Magic" qui fondent littéralement dans la bouche! Servis chauds, ils sont un régal à tout repas! Ils se prêtent aux Menus-du-Jour .ils se font avec des ingrédients faciles à obtenir.Pour tous vos biscuits, gâteaux et plats cuits au four, employez la Poudre à Pâte "Magic".Elle est si pure et si efficace qu'elle constitue une véritable assurance contre les non-réussites.Elle protège les ingrédients précieux .réduit le gaspillage coûteux.Elle vous coûte moins de lff par cuisson ordinaire.Les experts en art culinaire recommandent la "Magic".Achetez-en aujourd'hui! tains no aL^L LA PREFEREE DEPUIS 3 GENERATIONS LA REVUE MODERNE — FÉVRIER.IQ45 44 — Allons! répondit l'industriel, je ne veux pas te désobéir le soir de ton retour; mais Mamy radote! Je ne suis pas malade et je ne veux pas être traité comme tel.— Personne ne dit que tu es malade.Tu as besoin de repos; c'est tout.Le prenant par le bras, Corinne l'accompagna jusqu'à sa chambre en riant et plaisantant.Puis elle revint chez elle pour y faire quelques rangements.Mais à peine y fut-elle entrée qu'elle ressortit et s'en fut à la recherche de Mme Lasnes.Le moment était venu de s'informer de ce qui s'était passé en son absence, pour que son père fût à ce point déprimé.Seule Mamy pouvait la renseigner.Celle-ci essaya bien de se dérober, mais connaissant Corinne, elle comprit que ce serait reculer pour mieux sauter et elle se décida.Dès qu'elles furent installées loin des oreilles indiscrètes, Corinne demanda: — Peux-tu me dire, Mamy, ce qui est arrivé pour que je retrouve papa dans un tel état?Ses affaires l'inquiètent?— Ma petite fille, tu connais suffisamment ton père pour être assurée qu'il ne m'a fait aucune confidence.Il est indéniable qu'il souffre.Pour moi c'est le moral qui est atteint.L'origine du mal, je l'ignore encore.Il s'est énergi-quement refusé à faire venir un médecin et pourtant, pendant huit longues journées, il est resté calfeutré chez lui, ne mangeant presque rien, ne voulant voir personne, à l'exception de François qui lui portait ses repas.si on peut appeler repas les quelques aliments qu'il consentait à prendre.— Tu n'allais pas le voir?— Si, chaque jour, et malgré lui.Mais je n'ai pu obtenir de lui que ces mots: "J'ai beaucoup d'estime pour vous, Mamy; mais si vous rappelez Corinne, vous quitterez cette maison séance tenante!" Aussi je te supplie de ne pas lui laisser entendre que j'ai bavardé, n va mieux du reste.Il a repris son travail depuis une semaine.Avant-hier, il est même allé en voyage.— M.Vilmart, le sous-directeur de l'usine, ne t'a rien dit concernant ses affaires?— Il paraît que tout va pour le mieux, et lui-même ne s'explique pas l'état de dépression de M.Saindré.Il pense comme moi que c'est tout le passé qui remonte à la surface.— Tu as raison, murmura Corinne, c'est le passé.parce que je l'ai laissé seul.en tête-à-tête avec lui! Puis, laissant couler ses larmes, elle ajouta: — Oh! Mamy, pourquoi ne m'as-tu pas appelée?— Je te l'ai dit, ton père n'a pas voulu, mon petit.Le chagrin de Corinne bouleversait la bonne gouvernante, car elle le comprenait.Elle le comprenait d'autant mieux que M.Saindré s'était toujours montré pour sa fille non seulement affectueux et tendre, mais un véritable directeur de conscience.Aussi le tenait-elle en profonde estime.Mais, depuis longtemps déjà, en l'observant, elle devinait chez lui un chagrin intérieur qui le rongeait comme un ermite, et qu'elle attribuait à l'effroi de voir sa fille le quitter un jour, sa fille qui était sa seule raison de vivre.Intérieurement, elle se disait que seule l'absence prolongée de Corinne avait provoqué ce nouvel accès de neurasthénie, dont jadis il s'était si difficilement libéré.Mais, pour rien au monde, Mme Lasnes ne l'eut avoué à la jeune fille déjà si désolée.Il fallait au contraire écarter d'elle cette pensée.Ce fut dans cette intention qu'elle demanda: — Parle-moi donc un peu de toi.As-tu trouvé là-bas de bons camarades?Corinne leva les yeux sur sa gouvernante, la fixa un moment sans rien dire; puis, à travers ses larmes elle murmura: — Mieux que des camarades, Mamy; peut-être même plus que des amis, mais.Elle paracheva sa pensée d'un geste de découragement, peu habituel chez elle, et la brave femme pressentit que sa petite fille avait, elle aussi, son secret.Se penchant, elle posa sa main sur la tête de Corinne, comme pour la protéger.— Que dois-je penser, mon petit?demanda-t-elle doucement.Se blottissant contre sa poitrine, ainsi qu'une enfant dont le chagrin semble soudain trop lourd, Corinne, dans un souffle, répondit: — Ce que toute mère penserait à ta place, ma bonne Mamy.Et n'es-tu pas ma maman?Je vais tout te dire.Tu me conseilleras, tu m'éclaireras.Bien que moderne et d'un caractère indépendant, je me trouve soudain à un carrefour, et j'hésite sur la route à prendre.J'ai besoin d'être guidée.Toi seule peux m'être utile, puisque papa doit ignorer.— Allons, ma chérie, conte-moi ça! dit l'excellente Mme Lasnes, qui déjà était fixée.Très avant dans la nuit, l'entretien se prolongea; et, ce jour-là, Corinne put apprécier une fois de plus le tact, la délicatesse, et en même temps le coeur maternel de sa Mamy.Elle s'endormit légère et pleine d'espoir en l'avenir.CHAPITRE V "Corinne Sainbré à Patrick Guermain."La Marinière, ce 15 septembre."Mon cher Patrick, "Déjà huit jours que j'ai réinté-"gré le toit familial, et je suis sûre "que, plusieurs fois déjà, vous "avez pensé: "Corinne est comme "la plupart de ses congénères; elle "ne tient pas sa parole.Elle a pro-"mis d'écrire en arrivant et, naturellement, je ne reçois rien!" "Il y aurait sur ce point beaucoup à dire: mais ce n'est ni le "moment ni la raison d'en disserter.L'important est que je n'ai "point manqué à ma promesse, "puisque me voici.Après tout, "pour vous Parisien très occupé, "Dinard est-il déjà passé aux oubliettes et peut-être vous fau-"dra-t-il faire un effort de mé-"moire pour vous souvenir de certaine petite fille audacieuse qui, "malgré vous, s'est durant un mo-"ment, installée dans votre vie que "vous rêviez si calme."Je vois d'ici votre sourire plein "d'ironie, ce plissement de la pau-"pière gauche, précurseur habituel "de quelque boutade.Ça y est! "Vous m'avez tout de même reconnue, et si nous n'étions séparés "par quelque trois cents kilomètres, j'aurais encaissé déjà la "monnaie de ma pièce."Mais puisque j'ai l'appréciable avantage de pouvoir aujourd'hui vous dire tout ce qui me "passe par la tête, sans courir le "risque d'être interrompue par un "rappel à l'ordre ou une verte réplique, j'en profite."Et d'abord, la vie ici ne ressem-"ble en rien à celle de Dinard, oh! "mais là, pas du tout.Et pourtant, "il était grand temps que je rentre.En mon absence, père a broyé "du noir et je l'ai trouvé très déprimé.Il prétend que c'est la fatigue, mais moi j'ai la conviction "qu'il faut chercher ailleurs la rai-"son de cet état de choses.Il ne "veut me priver d'aucun plaisir "de mon âge et nous nous entendons si bien l'un et l'autre, que "toute séparation lui est pénible."A moi aussi, je l'avoue.Mais lui "reste seul, tandis que moi je vis "dans le mouvement et suis entourée d'amis délicieux."J'ai donc décidé de ne plus le "laisser seul à l'avenir.J'irai à "Paris pour quarante-huit heures "seulement et il est probable que "ce sera dans une semaine, le vendredi vingt-deux et le samedi "vingt-trois.Mon père doit s'ab-"senter ces deux jours-là; par conséquent, il n'aura pas à souffrir "de la solitude."Peut-être pourrions-nous nous "voir quelques instants, malgré la "brièveté de mon séjour, soit chez "ma cousine, soit chez vous, du "moins chez votre mère ou dans "quelque endroit de votre choix?"Je vois de nouveau votre petit "sourire pointu: "Ces petites filles "modernes ne doutent de rien, dites-vous.Elles disposent de nous "avec un sans-gêne!." "Que voulez-vous, il faut les "prendre comme elles sont; et ma "foi, elles valent bien les autres, "plus compliquées, moins franches "aussi.Mais, à tout prendre, le "fond de leur âme ne diffère pas "sensiblement, croyez-moi.Ce "n'est là qu'une simple formule de "présentation, et il faut avouer "qu'en ce qui nous concerne, ladite présentation ne pécha point "par manque d'originalité.Qu'en "pensez-vous?"Alors, pourquoi changer?Je "pourrais, par exemple vous don-"ner rendez-vous au troisième étape de la Tour Eiffel, ou encore "à une station d'autobus! Mais trê-"ve de plaisanterie.Sauf contre-"ordre, j'arriverai le vendredi matin à dix heures trois.Si les ha-"sards de votre profession vous "conduisent ce jour-là et à cette "heure dans les parages de la gare "de l'Est, il me sera agréable de "trouver à l'arrivée un visage ami."Mais oui, vous avez bien lu: ami! "C'est du reste à ce titre que je "compte vous présenter à ma cou-"sine.J'espère.je suis sûre mê-"me, qu'elle vous invitera à dîner; "il est non moins certain qu'elle "vous plaira.Bien qu'approchant "de la cinquantaine, elle est restée très jeune, et ce qui vous séduira c'est son esprit très personnel et toujours prêt à l'hu-"mour."Mais n'anticipons pas.D'ici la "semaine prochaine il peut surgir "un obstacle à ces projets."Je compte que vous daignerez "répondre à cette trop longue lettre et que vous garderez, pour "me les servir de vive voix, les ré- "flexions qu'elle vous aura suggé-"réos."Rappelez-moi au bon souvenir "de M.Morgan et présentez à votre maman l'expression de mes "sentiments respectueusement af-"fectueux."Quant à vous, mon cher Patrick, croyez-moi, je vous prie, "très sympathiquement votre Corinne "P.-S.— J'allais oublier de "vous dire que j'ai reçu des nouvelles de Diana.Elle m'apprend "qu'elle a dîné avec vous et M."Morgan à Paris, avant son départ.Elle parle de vous en des "termes.que ma plume se refus» "à traduire!.Vous deviendriez peut-être fat et insupportable!."Toute vérité n'est pas bonne à "dire, mon cher ami! "Good bye!.Et sans rancune!" La tête dans les mains, comme s'il était en train de déchiffrer quelque casse-tête chinois, Patrick lut et relut cette lettre.Il était seul ou presque dans la salle de rédaction et voulait répondre à la missive reçue la veille au courrier du soir.Mais les mots qui venaient à la pointe de son stylo lui semblaient absurdes, vides de sens, futiles ou maladroits.Garderait-il le ton léger, un tantinet railleur, dont se servait Corinne, ou bien tenterait-il de laisser poindre entre les lignes ce qui se passait en lui?Car il se passait réellement quelque chose.quelque chose qu'il ne pouvait même plus dissimuler à l'oeil averti d'Achille Morgan.Sa mère elle-même avait éventé une partie de la vérité.Patrick jeta les yeux vers la pendule qui marquait cinq heures, n lui restait tout juste le temps d'écrire avant l'arrivée du patron qui désirait lui parler.Après quoi il lui faudrait aller dîner en hâte, Morgan, empêché, l'avant prié de le remplacer le soir même à la répétition générale du nouveau spectacle des Bouffes-Parisiens.Il se remit donc à l'oeuvre, biffant, recommençant, raturant de nouveau.Il était tellement absorbé qu'il ne prenait aucune attention aux allées et venues de son collègue Jean Linart, lequel, passant et repassant devant lui.puis derrière son dos, risquait vers la table un oeil curieux, uniquement pour le taquiner.Constatant que son manège restait sans effet, celui-ci dit narquois: — Il y a des chances que ton papier n'usera pas les rotatives! Je crois que demain matin quelque élégante soubrette le glissera discrètement entre le croissant mollet et la tasse de chocolat de sa maîtresse.laquelle naturellemnt est fort iolie! D'un bond, Patrick se détourna, prêt à la riposte.Mais il vit le regard malicieux de Linart.Habitué à ses facéties, il haussa les épaules et répondit avec le plus grand sérieux:: — Pour une fois, mon vieux, tu te trompes.J'écris au Ministre.— Au ministre de ton coeur.C'est bien ce que je disais!.Désarmé, Patrick se mit à rire.— Quel que soit le ou la desti-naire, j'aimerais assez écrire en paix.— Il fallait le dire plus vite, voyons!.Je te croyais en panne d'inspiration.alors, n'est-ce pas, en bon copain, je me disposais à mettre la mienne à ta disposition.LA REVUE MODERNE — FÉVRIER.IQ4"J 45 Ne travaillons-nous pas souvent en collaboration?— Si cela ne te fait rien, je préfère pour cette fois prendre seul mes responsabilités.— Ah! bon!.très bien!.J'ai compris.Je ne suis pas idiot! Amusé, Patrick entreprit de parachever sa lettre.Mais il attendit que Liénart se fut éloigné.Enfin, sa signature apposée et gardant la plume en main, prêt à couper au besoin certains mots trop précis, il se relut."Ma chère Corinne, "De votre charmante lettre re-"çue hier soir, certains mots ont "plus particulièrement retenu mon "attention.Ces mots, vous le devi-"nez sans peine, sont les suivants: "J'arriverai, sauf contre - ordre, "vendredi matin à dix heures "trois".Cette petite phrase, bana-"le en soi, résume tellement bien "mes désirs et mes aspirations "qu'elle absorbe tout le reste.Je "veux dire par là que c'est à peine "si j'ai souci aux taquineries dont "pourtant votre lettre est remplie."Je n'ai pensé qu'à ceci: Dans huit "jours Corinne sera là! "Avez-vous songé à tout ce qui "peut se passer en quarante-huit "heures?Non?Eh! bien réféchis-"sez-y et, pour cela, il vous suffi-"ra de faire un rapide retour en "arrière et de vous souvenir de "l'aventure du Go-Ahead qui a "fait de nous, jusqu'alors étrangers l'un à l'autre, deux amis."Il n'a fallu pour cela que quelques heures.Que dis-je?Quelques minutes."Oui, je sais, il en a fallu davantage par la suite pour me "convaincre; c'est d'ailleurs un "épisode qu'il est préférable de ne "pas rappeler, pour moi tout au "moins, car j'y ai joué un rôle ridicule."Mais je m'embarque sur un su-"jet qui pourrait me mener plus "loin que je ne le voudrais aujourd'hui; nous aurons tout le temps "d'y revenir dans une semaine."J'ai en effet dîné avec mis-"tress Morton et mon brave Achil-"le Morgan.Maman, fatiguée, "avait dû, à son grand regret, décliner l'invitation.Aussi bien elle "compte que vous viendrez jusqu'à "la maison prendre une tasse de "thé.Nous devons déménager prochainement.J'ai trouvé à Asniè-"res une petite bicoque avec un "jardin, où j'ai grand hâte de l'installer.C'est donc dans notre mo-"deste appartement de la rue "Clignancourt que nous vous recevrons, si toutefois vous voulez "bien nous faire le grand plaisir "de venir."En tous les cas, je note le vendredi 22 à dix heures trois.En "descendant du train, vous pour-"rez apercevoir sur le quai un "homme qui, bien que sauvage, "bourru, voire même impoli par-"fois, a gardé de vous un souvenir.et puis non, excusez-moi! "L'adjectif approprié m'échappe!."Mais d'ici le 22, j'espère l'avoir "trouvé."Achille Morgan, toujours très "vieille France, me charge pour "vous de ses respectueux homma-"ges.Si je l'imitais, vous ririez de "moi, je suis sûr.Aussi je vous "prie simplement de me croire très "fidèlement votre ami, Patrick."P.-S.— Surtout pas de contre-"ordre! Vendredi 22, dix heures "trois!" Ce post-scriptum, Patrick l'ajouta après avoir relu se lettre, comme s'il craignait de n'avoir pas assez laissé percer son désir ardent de voir Corinne.Dès qu'il eut achevé d'écrire le chiffre trois, il regretta."En somme pensa-t-il, elle va tout de suite deviner que j'ai hâte d'être près d'elle et, comme elle est femme jusqu'à la pointe des cheveux, elle va tirer toutes sortes de conclusion!" Un vieux reste d'orgueil le saisit, et il s'apprêtait à déchirer sa prose lorsque, de nouveau, Linard surgit à ses côtés.— Le patron vient d'arriver, dit-il.Il te demande.Ce disant, il glissait un regard vers la feuille largement couverte de l'écriture fine et spirituelle de son collègue.— Oh! oh! ajouta-t-il avec un sifflement admiratif.Qu'est-ce que tu attends pour t'attaquer à la rubrique "Affaires de coeur"?Tu m'as l'air à la page! Patrick ne répondit rien.Revenant sur sa décision de déchirer sa lettre, il la plia consciencieusement, la glissa sous enveloppe qu'il cacheta mais, après un regard en coin vers son ami, il s'abstint de mettre l'adresse.Linart ricana.— La confiance règne! fit-il goguenard.Patrick eut un clignement d'oeil à son adresse, puis tout en se dirigeant vers la sortie, il répondit: — Secret professionnel, mon vieux! Et il s'engouffra dans l'ascenseur qui le déposa à la porte du cabinet directorial.Comme tous à La Vigie, le patron avait Patrick en grande estime; mais nul ne s'en serait aperçu à la manière toujours un peu brusque avec laquelle il accueillait son subordonné.Patrick qui, depuis longtemps, était fixé sur les sentiments du directeur à son égard, ne semblait nullement ému et même, au besoin, ne dédaignait pas la riposte.Ce soir-là, encore sous l'impression des lettres qu'il venait de recevoir et d'écrire, il eut un léger plissement de sourcils lorsque, dès le seuil du bureau, le directeur lui jeta hargneux: — C'est ça que tu appelles être là à cinq heures?Il va en être six! La réplique ne se fit pas attendre.Très calme, Patrick répondit: — Un rendez-vous, monsieur Blanchard, exige généralement la réunion de deux personnes au moins.Quand une manque à l'appel, l'autre n'y peut rien.Puis, marquant un léger temps, il ajouta: — Surtout quand cet autre n'a qu'à se taire! — Et qu'il ne se tait pas! grommela le directeur qui dissimulait derrière ses besicles une folle envie de rire, sachant fort bien qu'il était lui-même en défaut.Or, rien ne l'amusait autant que les ruades du jeune et bouillant reporter.Leurs regards s'étant rencontrés, ils y lurent leur mutuelle sympathie et ils eurent aux lèvres le même sourire.— Quel cabochard tu fais, mon petit Patrick! fit M.Blanchard en secouant dans un cendrier le contenu de son éternelle pipe.Je me « fournisse"1 .>e guerre-LeS ° Tes industrie* de g colle pour les fi çfcll * re QVlt , tes mélanger; ! toutes les gr^eSnS uoe boite W* uD es *u ^ % les mettez f-^ ^ g"°01en en -rte * ^a endroit rusuaendro^— ^ ^ ^ Voici ce que vous faites de la graisse et des os Les marchands de viande du Canada, dans un but patriotique, coopèrent avec le Gouvernement en ce qui concerne ce travail de guerre important, en mettant leurs facilités de récupération à la disposition de leurs clients.Vous pouvez vous débarrasser de vos graisses et de vos os d'une des manières suivantes: VOTRE MARCHAND DE VIANDE vous paiera 4'/if la livre pour la graisse, et lé la livre pour le gras.Vous pouvez garder cet argent pour vous, ou — VOUS POUVEZ LE REMETTRE au Comité de Récupération Volontaire de votre localité et ou à une Oeuvre de Charité de Guerre enregistrée.VOUS POUVEZ DONNER vos Graisses et vos Os au Comité de Récupération Volontaire de votre localité à l'endroit où on les reçoit, ou — 4VOUS POUVEZ CONTINUER de mettre vos Graisses et vos Os dehors pour qu'ils soient ramassés en même temps que les ordures.Chaque cuillerée de graisse, chaque morceau de gras et chaque os, cuit, cru ou sec, doivent être gardés.C'est un devoir quotidien.Vous n'en avez peut-être pas beaucoup, mais, même si nous n'avons qu'une once de graisse par personne par semaine, nous aurons 36,000,000 de livres de graisse par an pour faire de la glycérine.CETTE CAMPAGNE EST POUR LA DURÉE DES HOSTILITÉS MINISTÈRE DES SERVICES NATIONAUX DE GUERRE DIVISION DE LA RECUPERATION NATIONALE LA REVUE MODERNE — FÉVRIER, 1043 -46 demande parfois si jamais une femme parviendra à te mater! — Me mater !se récria Patrick.Je pense que si je me marie un jour, ce sera.— Ta, ta, ta,!.si tu te maries un jour — et je l'espère bien — tu feras comme les autres.Tu te draperas dans ton autorité maritale pour n'être, en fin de compte, que le très humble et très obéissant serviteur de celle qui aura su gagner ton coeur.L'amour, mon petit, quand on l'éprouve réellement, n'est plus à la merci d'un caprice, d'une décision ou d'une volonté soi-disant irréductible; il leur résiste, les dépasse et finit par les absorber.Sois tranquille! L'expérimentation se chargera de vérifier la théorie; car, sous l'enveloppe coriace et les airs de chien de garde que tu affiches à tout propos, bat un coeur que j'ai eu souvent l'occasion d'apprécier.Oh! c'est bien la première fois que je te fais un compliment! C'est pourquoi il n'en a que plus de valeur.A propos, tu ne m'as jamais conté que tu fus en quelque sorte le héros de l'affaire du Go-ahead à Di-nard?Tu sais, l'arrestation mouvementée du trop célèbre John Green?.Il paraît que l'inspecteur Launoy te garde une vive reconnaissance.A l'en croire, tu lui as sauvé la vie, — L'inspecteur exagère.M.Blanchard ne parut point avoir entendu.Il poursuivit: — Launoy s'y connaît en hommes et, pas plus que moi, il ne prodigue sa sympathie à tout venant.Pour avoir ainsi mérité la sienne, il faut que tu aies fait tes preuves.Je l'ai rencontré hier soir tout à fait par hasard.En ce moment, il enquête sur l'affaire du souterrain de la frontière belge, affaire qui, selon lui n'est qu'un épisode d'une histoire de grande envergure où l'espionnage tiendrait le principal rôle.C'est justement à ce propos qu'il m'a parlé de toi.D me faudrait, m'a-t-il dit, un type dans le genre de votre collaborateur celui-là même qui, dans le coup du Go-ahead, m'a donné un sérieux coup de main".Surpris, je l'ai questionné, et c'est ainsi que j'ai appris le rôle que tu avais joué.et aussi celui tenu par certaine jeune fille dont tu t'étais institué le défenseur.— Quel roman feuilleton imaginez-vous là?— Je n'imagine rien.Seuls les faits comptent pour moi.D'ailleurs ce n'est pas pour disserter psychologie que je t'ai fait venir.Veux-tu suivre pour le journal l'enquête de Launoy et au besoin l'aider?Cela t'intéresserait-il?Patrick réfléchissait.En temps normal cette proposition l'eût enthousiasmé, son esprit aventureux devant y trouver son compte.Mais à cette heure, rien ne l'aurait fait quitter Paris avant la visite de Corinne.— Non seulement cette affaire m'intéresserait, mais elle me passionnerait si je ne devais pas m'en occuper immédiatement.Il m'est impossible de quitter Paris avant le 23.Surpris, le directeur chercha son regard.— J'ai des affaires personnelles à régler d'ici là, précisa Patrick sans lever les yeux.— Oui?.Bon!.N'en parlons plus.parce qu'il te faudrait partir demain.C'est dommage, tu au- rais trouvé là de quoi satisfaire ton goût de l'aventure.— Je le regrette vivement, croyez-moi! Mais vous savez, monsieur Blanchard, l'aventure se rencontre parfois là où on ne la cherche pas.La preuve l'affaire de Dinard.— Je ne dis pas non; mais celle dont il s'agit est déjà accrochée.Enfin, ça te regarde.Réfléchis encore, et si tu te décides, tu me le diras demain matin.Sur ce, je file, j'ai un rendez-vous.Le directeur, tout en enfilant son pardessus, jeta un coup d'oeil vers la pendule.— Diable! Sept heures moins cinq! Je suis terriblement en retard! Après un congé hâtif, les deux hommes se séparèrent.Patrick revint à la salle de rédaction, mit sur sa lettre l'adresse de Corinne et quitta le journal.Son premier geste fut de jeter sa missive à la poste, ne voulant s'exclama-t-il, tu n'es pas plus léger qu'autrefois avec le "barda" sur le pied de guerre! Georges Alain ne réalisant pas tout d'abord fixa son interpella-teur.Puis: — Guermain! fit-il.Ça, par exemple, si je m'attendais! La plate-forme d'un autobus ne se prête guère aux confidences, surtout lorsqu'il s'agit de jeter un pont sur quatre années de séparation.Aussi bien, prenant rapidement une décision, Patrick, tout heureux de la rencontre, proposa: — Descendons à Barbes.Nous prendrons un "glass".J'ai juste un quart d'heure à te donner.— Soit! Pressés, malaxés, il leur était presque impossible d'échanger quelques vagues propos.Ils finirent par y renoncer; mais, quelques minutes plus tard, en sautant à terre, ils poussèrent l'un et l'autre un soupir de soulagement.— Mon vieux Pat, constata (Réponses aux questions de la page 42) J—Un chaud-froid est un plat contenant une volaille ou du gibier que l'on sert entouré de gelée ou de mayonnaise.2—On nomme les habitants de Monaco les Monégasques.3—Elisabeth d'Angleterre dont le dur destin fut toujours marqué par une enfance malheureuse.Elle ne se maria jamais: "La femme sans homme" disait-on à l'époque.4—Le chamois est un genre d'antilope des montagnes d'Europe.Très agile, il évite le chasseur en sautant de rocher en rocher.5—Jacques-Bénigne Bossuet mérita ce surnom alors qu'il était évêque de Meaux et combattait le quiétisme de Fénélon.6—Benjamin Franklin, américain natif de Boston, fut un physicien remarquable.C'est à lui que l'on doit l'invention du paratonnerre.7—Nicodème, juif, se rallia à la doctrine du Christ.La fête de saint Nicodème est le 3 août.8—Le belvédère qui se trouve au sommet de presque toutes les maisons espagnoles s'appelle un mirador.En temps de guerre, l'observatoire temporaire juché au haut d'un arbre porte aussi ce nom.9—La cellulite est un épaississement des tissus dû à une mauvaise nutrition ou assimilation.Les toxines s'y accumulent, s'y inscrustent.Se traite habituellement par des massages pinces.10—Dans la série des Louis, rois de France, ce fut Louis XV à qui l'on donna ce surnom à cause sans doute de la publicité donnée à ses conquêtes sentimentales dont la du Barry et la Pompadour furent les plus notoires.pas la mettre dans la boîte de La Vigie; puis il revint attendre l'autobus qui le conduirait rue de Cli-gnancourt.Mais, à cette heure d'encombrement, il dut en voir passer plusieurs avant de trouver une place.Enfin, jouant des coudes, il se hissa tant bien que mal sur une plate-forme déjà surchargée et fila en direction de son logis.Comme l'autobus repartait après l'arrêt de la gare de l'Est, un voyageur qui venait de monter en marche bouscula violemment Patrie et, pour comble de malheur, lui marcha sur le pied.Dans un réflexe de mauvaise humeur, celui-ci se détourna, prêt à invectiver le maladroit; mais sa colère tomba subitement, car il venait de reconnaître en ce dernier un de ses camarades de régiment qui répondait au nom de Georges Alain, et dont il avait conservé le meilleur souvenir.— Eh! bien, mon vieux Georges, Georges Alain, tu peux dire que le hasard me sert! Devant prendre à la gare de l'Est le train de six heures quarante-huit, je suis arrivé pour le voir filer.Alors, je vais prendre celui de neuf heures cinquante; mais je bénis ce contretemps qui m'a permis de te retrouver.Que deviens-tu?Toujours dans le journalisme?— Jusqu'au cou.Et toi-même?— J'ai pris la suite de mes parents, ou plutôt je seconde ma mère, puisque mon père est mort.— Ah! oui.En effet, je me souviens.un hôtel, n'est-ce pas?A Longwy, quelque part de ce côté-là?— A Saulnes, exactement, près de la frontière luxembourgeoise.Tout en parlant, ils s'étaient installés à la terrasse d'un café et, dès qu'ils eurent commandé leurs consommations, ils reprirent leur conversation: — Marié?demanda Patrick.— Non.du moins pas encore.mais ça peut arriver.tout arrive.Et toi?— Célibataire aussi.encore que, comme toi, mon vieux, je n'aie pas prononcé de voeux.Questions et réponses chevauchaient, passant d'un sujet à un autre, sans ordre et sans méthode, ainsi qu'il arrive lorsqu'on a beaucoup de choses à se dire et que le temps presse.— Tu sais que tu m'avais toujours promis une visite! fit observer Georges; et en somme, tu m'as froidement laissé tomber! — Détrompe-toi! Je n'oublie jamais les amis.Mais le fichu métier que je mène est tellement absorbant! — Veinard! C'est une profession qui m'aurait emballé.Se trouver chaque jour nez à nez avec l'imprévu sans parler des risques! Ça c'est épatant! — Evidemment, oui.Tiens, il y à peine une demi-heure j'ai refusé une mission qui pouvait être excellente pour moi et qui, ma foi, m'aurait conduit dans tes parages, ou presque.— Mais il fallait accepter.Ce m'eût été une grande joie de t'ac-cueillir, et maman, donc! à qui j'ai tant de fois parlé de toi! Patrick restait songeur.Il se disait que les événements s'enchevêtraient de telle sorte qu'ils semblaient le pousser malgré lui vers ce qu'il voulait éviter.— Et puis, ajouta Georges, dans notre petit coin de pays qui se situe presque à cheval sur les frontières belge et luxembourgeoise, il se passe tant de choses bizarres! Patrick leva brusquement les yeux sur son ami.— Que veux-tu dire?— Oh! rien!.Et pourtant, si j'en avais le temps, je te confierais certains petits faits curieux, un peu troublants aussi, qui éveilleraient peut-être ta perspicacité de reporter.— Tu m'intrigues.De quoi s'agit-il?— Peuh! De pas grand'chose, en fait, du moins je le souhaite.C'est plutôt chez moi une sorte d'intuition, pas très définie.-—Ouais! Je te vois venir! blagua Patrick.Tu jettes l'appât gui pourrait me faire mordre.Eh bien, sois satisfait.J'irai à Saulnes te rendre visite, mais après le 23.D'ici là, je ne peux quitter Paris.— C'est Alain joyeux.C'est juré?— Sur mes grands dieux! Aussi, comme à ce moment nous aurons tout le temps de passer nos souvenirs en revue, je te lâche; je suis pressé.Mais je bénis l'heureux hasard qui t'a fait ce soir m'écra-ser les pieds! — Après tout, cette rencontre aura peut-être des conséquences précises, observa Georges, n est possible qu'elle tienne une place importante dans le cycle de notre destin à l'un ou à l'autre.— Je vois que tu n'as pas changé! Toujours ta marotte d'attribuer un sens aux moindres détails de l'existence! — L'avenir arbitrera, pas vrai?En tout cas, mon vieux Pat, c'est bien la première fois que j'ai tant de plaisir à rater mon train! Alors, un mot et tu rappliques! Tu as notre adresse?Hôtel des "Trois Bornes".Quelques instants plus tard, Pa- promis?insita Georges LA REVUE MODERNE — FÉVRIER, IQ43 47 Née à Toronto l'exquise Margaret Knigbt se voit transplantée chez nous comme Secrétaire du Chef d'Escadrille de la RAF., en mission à Washington.D.C.Elle répond à nos remarques sur son jo'i teint en avouant: "Mon teint serait bien ordinaire sans le secours du Savon Woodbury.Grâce à lui.mes amis disent que mon teint reste crémeux et velouté." "Une Jolie Canadienne Travaille à la Uictoire" Elle conserve l'éclat de son teint au moyen du Cocktail Woodbury trick Guermain grimpait à nouveau dans l'autobus.Il ne pouvait s'empêcher de songer que selon les principes chers à son ami, un simple hasard peut changer la marche des événements.Dans l'invitation de Georges Alain, il ne voyait que le moyen de se rapprocher de Corinne, car dans la courte visite qu'elle ferait à Paris la semaine suivante, il comptait bien préciser ses sentiments.Peut-être môme voudrait-elle profiter de son séjour à Saulnes pour le présenter à son père.Tout ceci dûment pesé, Patrick se laissa bercer d'espoir.Et pourtant, était-ce vraiment vers le bonheur que l'orientaient les conjonctures?CHAPITRE VI Dans le petit appartement de Mlle Clotilde Loyseleur régnait ce matin-là une animation inaccoutumée.Le ménage avait été fait de bonne heure.Dans la coquette salle à manger, le couvert était déjà dressé et, de la cuisine, s'évadaient d'alléchantes effluves.Dans quelques instants, Corinne Saindré, la jeune et jolie cousine de Mlle Loyseleur, allait arriver.Aussi bien, servante et maîtresse s'affairaient pour accueillir de leur mieux la voyageuse.En fait, l'activité de Mlle Clotilde se bornait à s'assurer que tout était prêt.Depuis quelques jours, souffrant d'une crise aiguë de rhumatismes, elle marchait difficilement et ne quittait guère son fauteuil.Mlle Clotilde Loyseleur avouait quarante-neuf ans.Assez forte, les cheveux frisés, à peine grisonnants, elle avait le visage épais et sanguin.Ce qui séduisait chez elle dès le premier abord, c'étaient ses yeux très petits; mais pénétrants et rieurs.Les vieilles filles sont comme les présages, très bonnes ou très mauvaises.Il n'y a pas de demi-mesures.Ou bien elles se montrent revèches, accariâtres, le coeur desséché de n'avoir pas servi ;ou bien elles puisent dans ce coeur dédaigné par l'amour des trésors de tendresse et d'indulgence qu'elles prodiguent sans compter, faisant de ce dérivatif un but à leur existence hybride.Mlle Loyseleur rentrait dans cette catégorie; peut-être parce que, vingt ans plus tôt, le petit Dieu l'avait effleurée de son aile.Elle était très bonne, mais sa bonté s'amalgamait d'une certaine dose de malice, dans le meilleur sens du mot.Elle cultivait volontiers l'épigramme comme d'autres la romance, mais ses traits ne s'avéraient jamais blessants.Cette tournure d'esprit n'était chez elle qu'une sorte de revanche sur un passé qui malgré tout, lui avait laissé dans le coeur un vieux fond d'amertume.Assise dans son fauteuil à haut dossier, près d'une fenêtre qui prenait jour sur le jardin du Luxembourg, la bonne demoiselle restait ce matin-là indifférente au va-et-vient de la promenade publique qui, d'ordinaire, lui procurait le plus agréable et le plus divers des passe-temps.Son regard ne quittait pas le cadran cerclé de cuivre de l'antique horloge à gaine, lequel marquait onze heures moins le quart.Or, le train était à dix heures trois.Que pouvait faire Corinne?"Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé!" pensa-t-elle.Dans la cuisine, Perrette gro- gnait.C'était sa manière à elle de manifester sa joie.Soudain le ronronnement sourd de l'ascenseur, puis l'arrêt brusque à l'étage annoncèrent la voyageuse.Un coup de timbre vibra presque aussitôt dans l'antichambre.— Perrette! cria Mlle Clotilde.Va vite ouvrir! La vieille servante, dans un glissement de savates, se hâta lentement vers la porte.Sur le seuil, Corinne, les bras chargés d'une gerbe de fleurs, lui sourit.Mais elle n'était pas seule.Derrière elle, Patrick Guermain portait ses valises.L'espace d'une seconde, Perrette se troubla devant cet inconnu; mais déjà Corinne s'exclamait: — Bonjour! Comment va ma cousine?— Ça ira tout à fait bien dès qu'elle vous aura vue, Mademoiselle.Depuis une heure, elle est tout sens dessus dessous.A son tour, Patrick salua la brave servante, déposa les bagages, puis voulut se retirer.Mais, délibérément, Corinne le prit par la main et, bon gré mal gré, il dut la suivre.L'étonnement de Mlle Loyseleur ne fut pas moindre que celui de Perrette à la vue du reporter.Toutefois elle fut moins longue à l'identifier, même avant que Corinne ne l'eût nommé.— Permettez-moi, cousine, dit celle-ci, de vous présenter un ami dont je vous ai déjà longuement parlé dans mes lettres de Dinard.Les petits yeux de Mlle Loyseleur, à travers la grille des cils, dévisagèrent un court instant le jeune homme qui s'inclinait; puis elle déclara: — Je suis sûre que c'est ton héros, ce jeune et courageux journaliste dont?.— En effet! coupa Corinne en riant; et mon héros, comme vous dites, est aussi parfois timide.oh! pas souvent!.Mais j'ai eu toutes les peines du monde à l'amener jusqu'ici.Tendant la main à Patrick, Mlle Clotilde répliqua malicieusement: — La timidité n'est pourtant pas de règle chez les journalistes.en général.— N'écoutez pas Corinne! protesta Patrick; elle exagère.Cependant vous conviendrez.Mademoiselle qu'il n'est guère dans les usages de se présenter à onze heures du matin chez quelqu'un qui vous ignore.— C'est exact, en principe; mais il est des cas particuliers qui supportent l'exception, et les amis de ma petite cousine doivent profiter de ces prérogatives.— Vous êtes très indulgente.Mademoiselle.Corinne qui, pendant l'échange de ces courtes répliques, avait longuement embrassé sa cousine, cherchait des yeux un vase où déposer ses oeillets.Surprenant son regard.Mlle Clotilde lui désigna un tube de cristal.— Voici ce qu'il te faut.Tu es vraiment exquise de me gâter à ce point.Ces fleurs sont superbes! Corinne eut un coup d'oeil à l'adresse de Patrick et lui sourit.En réalité la gerbe d'oeillets lui ayant été offerte par le reporter à sa descente du train, d'avance elle avait prédit l'équivoque.Par discrétion, Patrick voulut do nouveau prendre congé; mais 1."Le trovoil ardu hisse peu de loisir pour se parer", dit Margaret."A la tin d'un long jour épuisant, j'ai recours au Cocktail Woodbury pour rendre à mon [uni sa fraiebeur et l'éclat de sa pureté." 3."Le mol du OQyS ?Pas entourée de tant de nos jeuneî gens", dit Margaret.Son savon de bcautc.Woodbury.contient un lenitif coûteux qui aide à vider les porcs de toute impure.é destructive.* ACHETEZ LES BONS DE LA VICTOIRE * 2."Ce voile ds poussière et de fard usé disparait.Je me tapote le visage d'une belle mousse veloutée faite de Savon Woodbury et je rince à l'eau froide." Essavez ce savon fait spécialement pour la peau.4.Woodbury nettoie la peau des impuretés qui bouchent les pores.Il est fait d'onguents fins, mousse rapidement Demandez à votre Woodburv "La peau douce au toucher".100 seulement.i FABRICATION CANADIENNE I LA REVUE MODERNE — FÉVRIER, I OIT 4:-: Mlle Clotilde, dont les yeux malins voyaient clair, avait acquis déjà la certitude qu'un sentiment peut-être encore à l'état d'embryon, unissait les deux jeunes gens.Aussi, posant sur le journaliste son regard incisif, elle le retint: — Je serais très heuruese de faire avec vous plus ample connaissance.Restez donc!.Vous déjeunerez avec nous sans façon.N'est-ce pas, Corinne?Celle-ci rougit violemment et son trouble soudain eût suffi pour éclairer complètement la bonne demoiselle si elle n'avait été déjà fixée.— J'en serais ravie!.d'autant plus que Patrick doit me retrouver tantôt.— Dans ce cas, c'est plus prudent qu'il reste, conclut en riant Mlle Clotilde.Sait-on jamais! S'il n'allait pas retrouver sa route pour revenir te chercher! Patrick qui, en arrivant, s'était fait tirer l'oreille pour monter jusqu'à l'appartement, se réjouissait maintenant d'avoir cédé aux instances de Corinne.Mlle Clotilde lui plaisait, car il pressentait en elle une alliée.— Alors, cousine, recommande Corinne, je vous le confie pendant que je vais faire un brin de toilette.— C'est cela!.tu veux que M.Guermain s'ennuie un peu en ma compagnie pour mieux apprécier la tienne.— Oh! protestèrent à l'unisson les deux jeunes gens.Dès que Corinne fut retirée, Patrick dit à son hôtesse: — Je crains vraiment d'être indiscret en acceptant votre si aimable invitation.Mlle Clotilde rajusta son châle sur ses épaules et répondit: — Quand vous me connaîtrez mieux, mon jeune ami, vous saurez que je ne suis pas du tout liante et que, pour cette raison, les invitations que je fais sont sincères et non guidées par la moindre contrainte.J'ai très mauvaise tête, vous savez!.Corinne a dû vous le dire.— Certes non, bien au contraire.— Chère petite!.Combien je regrette l'éloignement qui me prive de la voir plus souvent!.Si je pouvais circuler à mon gré, il y a longtemps que je serais allée à Briey m'expliquer avec son père pour qu'il me la confie plus fréquemment ;mais le pauvre homme a tant souffert, lui aussi, que je lui pardonne sa sauvagerie.— En effet, Corinne m'a conté son calvaire.et celui de sa mère.— Hélas! cette horrible guerre a tout chambardé, même les sentiments familiaux les plus sacrés.Nous étions si unis autrefois, mes cousins Saindré et moi-même! Albert est un homme de très grande valeur, un être exceptionnel.A son retour, miné par la maladie, mais heureux néanmoins de retrouver son loyer et de connaître sa fille qu'il n'avait jamais vue, puisqu'elle naquit en 1915, ce fut pour voir mourir sa femme.Il est logique que cette mort foudroyante, le soir même de son arrivée, ait altéré son caractère au point de le rendre méconnaissable pour ceux-là même qui jadis l'on connu serviable et accueillant.Il n'aime plus au monde que sa fille, ne vivant que pour elle, comme elle ne vit que pour lui.Seulement c'est avec angoisse que je vois venir le jour où, comme les autres, Corinne voudra fonder une famille.Qu'adviendra-t-il de ce malheureux?Sans trop réfléchir à ses paroles et soucieux seulement de calmer l'inquiétude qui, depuis quelque temps, le rongeait, Patrick demanda: — Vous pensez qu'il refuserait son consentement?Sa phrase dite, il regretta de s'être trahi, surtout lorsqu'il vit, fixé sur lui, le regard pénétrant de son hôtesse.— Certes non affirma celle-ci.Il souffrira, mais s'efforcera de s'en cacher.Vous savez sans doute qu'il a été très gravement souffrant pendant le séjour de Corinne à Dinard?Pour rien au monde il n'aurait abrégé ses vacances.Si je lui en veux un peu de me tenir à l'écart, comme il le fait pour ses anciens amis, je lui garde néanmoins toute mon estime et toute mon affection.Il en est digne.Patrick respira.Dans les heures qui allaient venir, il pourrait mettre définitivement les choses au point: et cette attente l'exaspérait.Depuis huit jours, il ne pensait qu'à cette minute où il préciserait ses sentiments, cette minute qui déciderait du bonheur de sa vie.Tout le reste lui demeurait indifférent.Malgré l'insistance de M.Blanchard, il avait refusé de rejoindre l'inspecteur Launoy.Après s'être assuré de l'amour de Corinne, il voulait garder ses coudées tranches pour se rendre à l'invitation de son ami Alain et tâcher de se réserver là-bas, si possible, quelques bonnes journées, pour les consacrer à Corinne.Saulnes n'est éloigné de Briev que d'une cinquantaine de kilomètres.Corinne avait une voiture qu'elle pilotait elle-même.Ce serait pour elle un jeu de le rejoindre et, avec Georges, ils pourraient excursionner.Les dollars de Mistress Morton avaient élargi ses possibilités.Sa mère à cette heure était assurée du lendemain et il gagnait suffisamment lui-même pour s'offrir quelques fantaisies.Au reste, il trouverait peut-être, au cours de son voyaee à glaner la matière de Quelques papiers pour son journal.En bref, Patrick voyait la vie en ro?e.Un seul point noir subsistait: le verdict de Corinne, et le procès était encore devant le juge.— Vous prendrez bien un peu de cette vieille fine, monsieur Guermain?Sa tasse à la main, Patrick regardait Corinne évoluer alentour ùu guéridon sur lequel café et liqueurs avaient été servis, et il se complaisait à admirer la grâce qu'elle déployait à cette simple besogne.Il était à ce point absorbé qu'il n'entendit que la fin de la question posée par Mlle Lovseleur, et il répondit à tout hasard: — Elle doit être délicieuse.— Attendez à l'avoir goûtée.C'est plus sûr! conseilla la bonne demoiselle en souriant.Pour cela, comme pour toute chose, l'expérience prime toutes les théories.Corinne, donne un verre à ton jeune ami.La jeune fille s'exécuta.Il semblait à Patrick qu'elle était intimidée ce qui, chez elle, prenait la tournure d'un paradoxe.Tout le temps du déjeuner, elle avait ba- vardé avec une inlassable volubilité, passant sans transition du coq à l'âne.Aussi, bien que peu fat, Patrick en venait à conclure que sa présence devait être pour quelque chose dans cette anormale nervosité.Pressentait-elle comme lui que le moment était venu d'une explication définitive?Il brûlait d'être fixé.C'est pourquoi il respira lorsqu'en déposant à sa portée le petit verre de fine, Corinne s'excusa près de sa cousine: — Après une réception aussi affectueuse, nous allons nous trouver confus, Patrick et moi, de devoir vous quitter si tôt; mais j'ai pris rendez-vous à trois heures chez Pirou pour un essayage, et il est deux heures déjà passées.— Allons donc! protesta Mlle Clotilde, c'est moi au contraire qui vous accapare, car je me doute bien qu'un journaliste n'a que faire chez un couturier, mais qu'il caresse quelque projet bien défini.Aussi, mes enfants, je vous rends votre liberté, avec l'espoir que j'aurai de nouveau le grand plaisir de vous avoir tous les deux à ma table.Rien que pour asseoir solidement une sympathie naissante.N'est-ce pas, monsieur Guermain?Ce petit discours, truffé de sous-entendus, ne trompa point Patrick, n comprit que sa clairvoyante hôtesse avait deviné beaucoup plus qu'on ne lui avait laissé entendre.Or ce qui se passa en lui fut étrange.Il eût aimé lui confier son secret, tout de go, sans réticences; car, avec le sens d'observation dont elle faisait preuve, elle ne pouvait ignorer ce que pensait Corinne et peut-être eût-elle calmé son angoisse.Il n'eut pas le loisir de s'attarder à ce concept.La jeune fille, soudain pressée, lui dit: — Je suis navrée de vous faire avaler cette liqueur à la façon d'un profane, alors que vous devez être un dilettante, mais si vous voulez bien me déposer chez Pirou, il faut se hâter.La rue Guynemer et la rue Miromesnil ne sont pas précisément voisines.Patrick s'était levé.— Ne l'écoutez pas, protesta Mlle Loyseleur.Je la connais.Vous avez tout le temps pendant qu'elle s'apprêtera.Avaler cela comme un purgatif, serait un crime de lèse-gourmandise! Ne trouvez - vous pas?Le jeune reporter, d'ordinaire prompt à la réplique, demeurait coi, car il ne voulait contrarier ni son hôtesse, ni Corinne.Celle-ci, lisant ses pensées, jeta en quittant la pièce: — Vous savez, cousine, que vous l'intimidez plus que moi.Si vous n'étiez là, il y a belle lurette que j'aurais reçu la réponse à mon invite! Il n'est que rarement muet.Sa petite flèche lancée, Corinne s'esquiva.Un silence se fit après son départ, silence que Mlle Loyseleur essaya de combler en plaisantant: — Evidemment un journaliste qui serait muet serait un phénomène! Puis, levant les yeux sur Patrick qui tenait encore les siens sur la porte fermée, elle ajouta: — Seulement sous le masque du reporter, il y a l'homme, un homme comme les autres, et c'est peut-être celui-ci qui se trouve aux prises avec une interview difficile .délicate.Patrick la dévisagea.Elle sourit; puis, presque aussitôt: — Voulez-vous m'offrir votre bras pour me conduire à ma chambre?C'est une mauvaise habitude que j'ai prise de faire la sieste.Vous attendrez Corinne ici, et j'ai idée qu'elle vous laissera tout le temps de savourer en paix votre verre de fine.Allons, venez! Plus troublé qu'il ne voulait le paraître, Patrick obtempéra, il escorta son hôtesse jusqu'à sa chambre, séparée du salon par la salle à manger.Au moment de la quitter, il murmura en s'inclinant devant elle: — Je tiens à vous dire, Mademoiselle, combien je suis touché par votre aimable accueil.et aussi par la confiance que vous voulez bien me témoigner.Les petits yeux de Mlle Clotilde brillèrent d'une soudaine émotion.Elle lui prit la main et l'étreignit fortement.— Tant de gens, dit-elle, ont manqué leur vie faute d'avoir saisi au passage le moment propice.Allez! et à bientôt.Revenu seul au salon, Patrick, le coeur battant, attendit Corinne.Mlle Loyseleur avait sans doute jugé qu'il valait mieux les laisser seuls.Un flirt peut s'ébaucher dans n'importe quel cadre et s'y développer.Mais, pour exprimer à Corinne ce qu'elle était pour lui, où serait-il mieux que dans cette ambiance familiale?Aux murs, les portraits de Mme Saindré et de ses parents semblaient veiller sur le bonheur de leur petite fille.A cette minute, où sa vie tout entière allait se décider, Patrick songea à sa maman à qui il avait confie son cher secret et qui devait être près de lui par la pensée.— Alors, demanda Corinne paraissant sur le seuil et prête à partir; nous filons?.Tiens! cousine n'est plus là?Patrick fit quelques pas à sa rencontre et lui prit la main qu'il amena jusqu'à ses lèvres.Il se sentait la bouche sèche, au point qu'il crut ne pouvoir articuler un mot.Il dut faire un violent effort pour répondre à la jeune fille qu'il retenait en face de lui: — Elle s'est retirée dans sa chambre.Elle a, paraît-il, l'habitude de prendre, à cette heure, un peu de repos.A l'étonnement qu'il put lire dans les yeux de son interlocutrice, Patrick eut la confirmation que ce n'était là qu'un prétexte invoqué par leur hôtesse.Aussi ajouta-t-il: — Je crois qu'en réalité elle a pressenti mon désir d'avoir avec vous un entretien confidentiel, et elle a pensé qu'il serait plus conforme aux convenances que cette conversation ait lieu dans l'intimité de ce décor familial.Un peu de rose monta aux joues de Corinne et Patrick constata que son émotion égalait la sienne.Ce fut d'une voix moins affermie qu'il poursuivit: — Petite fille, votre cousine ne s'est pas trompée.Depuis ce matin vous avez pu remarquer que je ne suis pas tout à fait moi-même.C'est que justement je cherche l'instant et le lieu où je trouverai le courage de parler.— Le courage?s'étonna Corinne en souriant pour dissimuler son trouble.Il en faut tant que cela.à vous.qui êtes brave jusqu'à la témérité?LA REVUE MODERNE — FEVRIER.1Q43 — Tout homme qui aime vraiment tremble à la seule idée de prononcer ces trois petits mots, pourtant si clairs, si simples, qui, dans tous les dialectes et sous toutes les latitudes, servent à traduire le plus beau des sentiment».Ai-je besoin de les répéter pour vous dévoiler mon secret?N'avez-vous donc pas compris que je vous aime, Corinne, et que mon voeu le plus cher est de faire de vous ma femme?Elle écoutait, grisée par cet aveu qu'elle espérait de toute son âme, mais qu'elle n'avait pas prévu si proche.Elle se taisait, par crainte de rompre le charme; mais ses yeux lumineux disaient ce que ses lèvres n'osaient exprimer.— Chérie! murmura Patrick en la serrant tendrement contre sa poitrine, dites-moi.ne ressentez-vous point ce rien, cet impondérable qui se manifeste en soi sous la forme d'une angoisse à la fois atroce et délicieuse, signe de l'amour?.Sinon, dites-moi que je puis au moins garder l'espoir?.Vous le voyez, j'ai perdu jusqu'à mon insupportable morgue.Devant vous, je ne suis plus qu'un pauvre type qui attend l'arrêt définitif, statuant sur le bonheur ou le désespoir de toute sa vie.Les yeux rivés à ceux de Patrick, Corinne répondit en souriant.Mais sa voix tremblait un peu.— Pour connaître ma réponse, il vous suffit de faire un retour en arrière et de vous souvenir de mon entêtement à vous relancer malgré vous.Inconsciemment, je vous aimais dès ce moment-là, mais je n'en acquis la certitude, comme vous, peut-être, qu'au départ de Dinard.En rentrant dans ma solitude, toutes choses me parurent changées.J'eus l'impression qu'en mon absence quelque démon taquin avait tout bouleversé.En réalité c'était moi qui n'étais plus la même.Certain visage, certains souvenirs se surimpressionnaient sur tout ce qui m'entourait.C'était comme si un dédoublement s'était opéré en moi.Je vivais, accomplissant les gestes habituels, mais il me semblait que c'était mon double qui agissait et que j'étais restée là-bas, quelque part sur la côte bretonne.et que je n'y séjournais pas seule.Sans prendre l'avis de Corinne, Patrick posait çà et là quelques baisers furtifs; mais elle ne songeait point à se dérober.— Comme nous allons être heureux! soupira-t-il.La semaine qui vient, je dois passer quelques jours à cinquante kilomètres de Briey, chez un vieil ami retrouvé, qui tient hôtel à Saulnes, près de la frontière.A vrai dire je n'ai accepté son invitation qu'avec l'ar-rière-pensée de me rapprocher de vous.J'espérais bien avoir dès aujourd'hui cet entretien décisif, et je comptais ainsi mettre à profit les circonstances pour me présenter à votre père et lui faire ma demande officielle.Corinne se dégagea brusquement, comme si Patrick venait de dire une énormité.— Oh! non, c'est impossible!.Il faudra d'abord que je lui parle de vous, que je le prépare.doucement, car je sais que ce sera pour lui un coup très dur.oui, très dur!.et vraiment, je dois vous avouer qu'à mon tour je manque de courage.Vous ne pouvez pas comprendre!.Patrick s'était assombri.Corinne s'en aperçut.Mais il s'absente souvent, reprit-elle.Je profiterai de ces échappées pour aller à Saulnes avec ma voiture.C'est l'affaire d'une petite heure.Le sourire reparut aux lèvres du reporter.Cependant il insita: — Vous me promettez que vous viendrez?.et que, d'autre part, vous plaiderez ma cause près de votre père?— N'en doutez pas.D'ailleurs je n'ai qu'une parole.et puis.Corinne se tut subitement.Doucement, Patrick l'attira de nouveau, l'obligeant à le regarder.— Et puis?répéta-t-il.Voyant quelques larmes perler à la pointe des cils, il se pencha les sécha d'un long baiser, cependant que Corinne, au comble de l'émoi, complétait sa pensée: — Et puis.je vous aime.CHAPITRE VII — Vous êtes en panne, mademoiselle Lina?— C'est ma chaîne qui a sauté Vous tombez à pic, mon cher Voilà une demi-heure que j'essaye de réparer, et j'allais me résigner à rentrer à pied.Il y a une place pour moi dans votre carrosse?— Certainement!.trop heureux de vous rendre service.En fait, la dite Lina Weigler était l'objet de toute l'attention de Georges Alain, depuis deux mois qu'elle séjournait chez son oncle Gustave Muller, propriétaire du chalet des Glandiers et voisin de l'hôtel des "Trois Bornes".Aussi s'empressa-t-il de hisser la bicy dette dans sa camionnette, puis il aida la jeune fille à s'installer près de lui.Il faut avouer que Georges avait du goût.Lina Weigler était une superbe brune aux yeux très noirs et les cheveux coupés court.Grande et fine, elle était vêtue simplement d'un costume de sport qui n'atténuait en rien son élégance naturelle.Intelligente et sans af fectation, il apparaissait normal qu'il l'ait remarquée, d'autant mieux qu'elle semblait elle-même lui témoigner une réelle sympa thie.Dès les premiers temps de son séjour, une circonstance fortuite les avait mis en présence.Lina courait sans cesse les chemins à bicyclette; Georges, appelé par ses affaires, faisait de même sur sa voiture.Il advint que.fatalement, ils se rencontrèrent.Lina s'était présentée sans façon.Elle était lorraine et son léger accent justifiait de ses origines.Son oncle aussi était lorrain.M.Gustave Muller vivait en solitaire en son chalet et sortait peu.Au dire des rares privilégiés qui avaient eu l'occasion d'entrer chez lui, sa maison était remplie de livres rares et il passait le plus clair de ses journées dans sa bibliothèque.Un unique domestique servait de factotum et Lina était la seule femme de la maison.A vrai dire, Gustave Muller n'avait que peu d'amis dans la con trée.Sa sauvagerie incitait à la méfiance, encore que rien ne vînt étayer ces soupçons.Mais, dans ce coin si proche de voisins trop eu rieux, la défiance n'était qu'une forme de la prudence.C'était peut DIS C»S^i0\i^ Mme J.C.Booty, ^j/^ Regina, Sask."Quoique vous ne le croiriez pas aujourd'hui, j'étais une enfant délicate, et je m'enrhumais facilement," dit Mme J.C.Booty, de Regina, Saskatchewan."Pour combattre ces rhumes fréquents, l'on me mettait beaucoup de cataplasmes à la moutarde, et je dis souvent à ma famille que la moutarde m'a certainement fait du bien." Un Traitement Simple mais le Meilleur "Quand j'eus la Fièvre Rhumatismale, deux médecins me soignèrent.Tous deux étaient d'accord sur le même traitement qui consistait en cataplasmes à la moutarde bien forts que l'on mettait tout autour de moi et que l'on ne laissait pas plus de vingt minutes, jusqu'à ce que je sente bien la chaleur dégagée par la moutarde.Alors, on les enlevait et l'on mettait un peu d'huile sur ma peau pour l'empêcher de brûler.Je peux dire en toute franchise que les cataplasmes à la moutarde me soulageaient.Petit à petit, la douleur disparut et je me remis.Je suis convaincue que, quoique la farine de moutarde soit un traitement simple que l'on peut facilement faire soi-même, ce n'en est pas moins l'un des meilleurs.Bien entendu, quand les symptômes sont graves, il faut consulter un médecin." On les Prépare suivant l'Age du Patient "Quand j'employais des cataplasmes à la moutarde pour mes enfants lorsqu'ils étaient jeunes," dit Mme Booty, "je mélangeais une cuillerée à soupe de moutarde avec cinq cuillerées à soupe de farine.Au fur et à mesure que mes enfants grandissaient, j'augmentais la quantité de moutarde suivant le» circonstances.Au cours de ces quelque» dernières année», j'ai fait beaucoup de cataplasmes en employant moitié moutarde moitié farine.Naturellement, je mets toujours un peu d'huile ou de vaseline sur la peau après avoir enlevé le cataplasme.La Moutarde Aide à Obtenir des Résultats La meilleure preuve que la moutarde est bonne pour le traitement de nombreux maux c'est que des milliers de gens comme Mme Booty en emploient continuellement.Fiez-vous à la moutarde pour vous soulager quand vous avez un rhume, la grippe, ou toute autre infection de ce genre.Employez-en pour aider à soulager la douleur des névralgies, rhumatismes, artnte, névrite, muscles surmenés, etc.Ayez soin d'employer la Moutarde Keen, entièrement faite avec de la graine de moutarde pure et de la meilleure qualité et vendue en boîte» pratiques qui en préservent la qualité uniforme et la force médicinale.En vente chez tous les épiciers et pharmaciens.Un Livret Gratuit Décrit ses Usages Médicinaux Pour le recevoir, écrivez à Reckitt 8s Colman (Canada) Limited, Station T, Montréal.Ce livret, intitulé "Le Traitement à la Moutarde pour Douleurs Rhumatismales et Autres Maux", décrit les usages médicinaux de la Moutarde et les différents mode d'emploi de ce remède.MOUTARDE DOUBLEMENT SURFINE KEEN Faite avec de la graine de moutarde pure Demandez une partie de votre monnaie à votre épicier en Timbres d Epargne de Guerre.DÉMANGEAISON ARRETEE en un instant Pour soulager promptement " OU 4R6INT REMIS la démangeaison causée par les boutons, pustules, ecteraa, pied d'athlète, et autrn affections cutanées provenant de causes externes, appliques la Prt*criptlon liquide, rafraîchissante, antiseptique D D D.Non graisseuse, non tachante.CalmeT Irritation et Tait cesser pmmptc-ment ta démangeaison même la plus Intense.Uno bouteille d essai de 35c vous convaincra, ou areent remis.Demandez aujourd'hui mAme à votre pnar-i.iii.-i.i.a PRESCRIPTION D D D.38P Mal au coeur?en autobus I*e» i' i m ¦ • * les etou.nliHseme.nt*, le mal de coeur peuvent être empêchée ou soulagée p*r Mothersill's contre le meJ de mer LA REVUE MODERNE — FÉVRIER, \Q4?> 50 être à cet état de choses que Georges Alain faisait allusion, lorsqu'il disait à Patrick qu'il se passait là des incidents troublants.Quoi qu'il en soit, cela ne l'empêchait point de se complaire en l'agréable compagnie de la belle Lina.— D'où venez-vous donc à cette heure matinale?s'étonna-t-il en remettant en marche.— Matinale?mais il est huit heures et demie! — Et vous trouvez que ce n'est pas tôt pour une jeune fille?— Certainement pas! surtout quand elle aime le sport.Rien ne vaut ces randonnées au saut du lit.— Vous vous plaisez dans ce pays?— Je sais me plaire partout.J'ai d'ailleurs l'intention de passer l'hiver aux Glandiers.Georges sentit son coeur battre dans sa poitrine.Quel aimable voisinage ce serait pour son habituelle solitude hivernale! Peut-être trouverait-il l'occasion de mieux connaître Lina, et qui sait s'il ne parviendrait pas à faire évoluer l'évidente sympathie qu'elle lui témoignait vers un sentiment plus tendre?Les quelques secondes qu'il mit à ces réflexions firent planer un silence que Lina interpréta à sa façon.— Cela ne semble guère vous emballer?fit-elle moqueuse.M se détourna vers elle, au risque de provoquer une embardée, et la fixa longuement.Elle soutint son regard avec, au coin des lèvres, l'esquisse d'un sourire.— Les jeunes filles sportives, ré-pliqua-t-il, sont aussi coquettes que les autres.Il leur faut des mots précis.Rassiir°z-vous, mon vocabulaire est suffisamment riche et, si vous donnez suite à vos projets, vous aurez tout le temps de l'expérimenter au cours de l'hiver! — Et moi qui redoutais de manquer ici de sujets de conversation! reprit Lina en riant aux éclats.Me voici rassurée.Mais qui aurait dit que vous avez l'âme d'un don Juan?— Vous vous moquez et vous avez raison! Je suis stupide.A une femme telle que vous, il faudrait, pour lui donner la réplique, un homme plus entraîné que moi .tenez, un homme dans le genre de l'ami de Paris que j'attends.Celui-là trouverait les phrases qu'il faut, je vous le garantis, et peut-être avec lui n'auriez-vous pas le dernier mot, car, autant qu'il m'en souvient, les femmes ne l'intimident guère.— Alors il faudra me le présenter.je raffole de ce genre là! Georges ne répondit rien.Au fond de soi naissait un soupçon de jalousie.Ah! certes non, il ne présenterait point Patrick! Ce serait, de gaieté de coeur, sacrifier sa dernière chance! Et il se prit à songer à la visite du journaliste.Un télégramme reçu la veille annonçait son arrivée pour ce même samedi 10 octobre, mais sans préciser l'heure.Aussi bien, pensant qu'il arriverait en auto au cours de la journée, il s'était empressé de faire ses courses.Après le voyage fait à Paris entre deux trains Georges Alain était rentré à Saulnes, enthousiasmé d'avoir retrouvé son camarade de régiment.Il se doutait bien qu'une raison sérieuse et féminine l'attirait dans ces parages et n'était pas loin d'entrevoir la vérité; mais il ne cherchait pas plus loin, se contentant du plaisir qu'il éprouverait à le recevoir.— Nous voici arrivés, fit Lina.Sans vous je serais encore en train de me morfondre sur la route! Ils stoppèrent dans la cour de l'hôtel.Lina, la première, mit pied à terre.Georges en fit autant; puis s'empressa de décharger la bicyclette.— C'est vous qui allez la réparer?demanda-t-il.— Je vais essayer.— Laissez-la moi, voulez-vous?J'arrangerai cela tout à l'heure et vous pourrez venir la reprendre ce midi.Lina, ravie, accepta sans discuter.— Vous êtes très aimable.quand vous le voulez bien! — Puis-je vous retourner le compliment?Tous deux se mirent à rire de bon coeur.Finalement, Lina tendit la main que Georges étreignit solidement; puis elle prit congé.Il la regarda s'éloigner, d'abord sur la grand'route, et s'engager ensuite dans le petit sentier ombragé qui conduisait au châlet.Ce ne fut que lorsqu'il l'eut aperçue franchir la porte du jardin qu'il prit ses paquets dans sa voiture et rentra chez lui.L'hôtel des "Trois Bornes", situe à une extrémité de Saulnes, n'avait rien du palace.C'était une maison confortable, réputée pour sa bonne chère, et dont la clientèle se composait en majeure partie de représentants de commerce, de auelques habitués et de personnel douanier.On était sûr de trouver là, en même temps qu'une table soignée, un accueil familial.Tout en secondant sa mère, demeurée à la tâche, Georges voyageait dans la région proche pour le compte d'une grosse maison de Bordeaux, vins et liqueurs, ce qui apportait à l'entreprise un sérieux appoint.Directement il se rendit à la cuisine, croyant y trouver Mme Alain, mais il ne vit que la jeune bonne Anna.— Maman n'est pas là?s'infor-ma-t-il surpris.— Elle installe votre ami de Paris qui vient d'arriver.— M.Guermain?— Oui, le monsieur que vous attendiez.Georges bondit à l'assaut de l'escalier et se dirigea tout droit vers la chambre qu'il savait préparée pour Patrick.Il entra sans frapper.En effet Mme Alain s'y trouvait avec le voyageur.— D'où sors-tu?Il n'y a pas de train à cette heure! — Dans ton bled, c'est possible! mais je suis descendu à Longwy et me suis fait conduire ici.Patrick semblait tout aussi ioyeux que Georges.Mme Alain, heureuce elle aucsi du bonheur de son fils, redoublait d'attentions pour son hôte.C'était une petite femme toute en nerfs et frisant la cinquantaine.Au premier abord on l'aurait crue timide et effacée; mais, dès qu'elle parlait, on avait au contraire l'impression qu'elle devait, en toutes circonstances, savoir trouver sa place et s'y tenir.Après les premières effusions des deux jeunes gens, elle dit à son fils: — Tu devrais laisser monsieur Guermain à sa toilette.Cela le reposera des fatigues du voyage.Vous déjeunerez ensuite ensemble dans la petite salle.Je vais tout préparer.Mais Georges ne semblait nullement pressé de partir.— Penses-tu! fit-il en riant.Ce ne sera pas la première fois que j'assisterai aux ablutions de ce vieux Pat! Va, maman! va! nous descendrons dans un instant.Mme Alain dut se résigner et, quittant la chambre, elle laissa les deux amis en tête-à-tête.— Ah! mon vieux Pat! s'écria Georges, en gratifiant son camarade d'une claque sur l'épaule; tu ne doutes pas du plaisir que j'éprouve à te recevoir chez nous.— Pas si vif que le mien! répliqua Patrick.Ces quelques jours loin de Paris, de sa fièvre et de ses salles de rédaction, vont me faire un bien!.A oronos, tu as le téléphone au moins?— Parbleu!.Tu as laissé derrière toi un coeur inquiet?— Idiot!.Le coeur inquiet — si toutefois il existe — je ne l'ai pas laissé d'où je viens, je m'en approche au contraire.— Ah! ah! tu m'en diras tant!.En somme, si je comprends bien, ta visite a deux buts bien différents?L'un sert de prétexte à l'autre?Patrick riait, moyen facile de se dérober, car il hésitait encore à mettre son ami au courant de ses fiançailles.C'était bien en effet à titre de fiancé qu'il avait fait ses adieux à Corinne, huit jours plus tôt.Après les aveux échangés chez Mlle Loyseleur, celle-ci.à laquelle sa jeune cousine s'était empressée de tout conter, n'avait point caché sa joie, se montrant pour elle en la circonstance une bonne et tendre maman.Aussi, Patrick avait-il passé avec Corinne la majeure partie de son séjour dans la capitale et, à l'heure de la séparation, elle promettait de préparer son père à la démarche officielle et, entre temps, de venir à Saulnes pendant une absence de M.Sain-dré.Elle téléphonerait son arrivée, ou bien l'avertirait par lettre.— Tu m'as vu rentrer tout à l'heure?demanda incidemment Georges, soucieux de savoir si Patrick avait aperçu Lina.— Ma foi non.ta mère m'a dit que tu étais à Hussigny.— En effet, je suis parti de très bonne heure afin de ne pas manquer ton arrivée et je t'ai "loupé" tout de même.— Tu dois manquer de distractions dans ce trou noir?— Je roule beaucoup.et puis j'ai des amis.— Et.des amies aussi je m'en doute?— Mon Dieu non.à part la nièce du voisin.Je l'ai justement ramenée tout à l'heure.Elle était en panne sur la route avec sa bécane.Patrick sourit dans son gilet.— Tiens, tiens! les petites filles sont matinales par ici!.Je ne te demande pas si elle est jolie, la nièce du voisin?.Tu avais du goût dans le temps jadis.Georges se rengorgea, partagé entre le désir de laisser poindre son intimité avec Lina et la crainte d'en faire un tableau trop attirant.— Tu pourras juger toi-même ce midi.Elle doit revenir à l'hôtel chercher son vélo.Je lui ai promis de le réparer.— On n'est pas plus galant.— Allez! ne te moque pas de moi et viens déjeuner.Cela vaudra mieux.Ensuite nous irons faire un tour.— Et la bécane?fit Patrick taquin.— Eh! bien, parbleu, tu m'aideras à la rafistoler! Ainsi fut fait.Aussitôt après le petit déjeuner, auquel Patrick fit honneur, les deux amis se dirigèrent vers le garage et, en un tournemain, eurent remis en état la fameuse bicyclette.Après quoi ils s'en furent flâner au hasard des rues de la petite bourgade.Du point de vue touristique, Saulnes ne présente aucun intérêt.Presque comiplètement détruite au cours de la guerre, elle fut en partie reconstruite et s'assimile à maintes agglomérations du Nord de la France qui, comme elle, subirent les affres de l'invasion.Patrick eût trouvé ce pays hideux, si la pensée d'y rencontrer Corinne n'eût enjolivé toutes choses.Maintenant il voulait parler d'elle à son compagnon, afin qu'il ne fût pas surpris quand elle viendrait le voir.Or.comme s'il était poussé par quelque intuition secrète, Georges lui dit à ce moment précis: — Alors ta dulcinée habite la région?Pris au dépourvu par cette question directe, qui répondait à ses préoccupations intimes, Patrick répondit néanmoins: — Oui.à Briey.et elle doit venir à Saulnes ces jours-ci.— Cachottier!.tu ne m'en avais rien dit à Paris! Patrick se décida.L'accueil si sympathique de son ami le touchait et l'incitait à la franchise.Par le détail il lui conta comment il avait connu Corinne et ce qui s'était passé lors de son bref séjour dans la capitale.Puis il conclut ainsi — Tu comprends pourquoi je ne voulais pas m'éloigner avant sa visite.Aimer une femme, c'est un danger; être aimé d'elle, c'est une victoire.Or, si nous sommes d'accord, elle et moi, il reste à convaincre son père qui n'a plus qu'elle au monde.J'ai grand peur que ça n'aille pas tout seul, car l'idée de la perdre provoquera chez lui une grosse émotion.— Bah! c'est le cas de tous les parents.— Sans doute, mais, en ce qui le concerne, ce sera beaucoup plus grave.Et Patrick apprit à son ami le douloureux calvaire de M.Sain-dré.Cette fois Georges ne trouva rien à objecter.— Ici, mon pauvre vieux, dans presque toutes les maisons, on pourrait te conter des histoires aussi sombres.Nombreux sont ceux qui ont souffert de l'occupation.La guerre c'est quelque chose d'atroce, et ceux qui la désirent encore.et qui la préparent en secret sont des monstres! Il était midi moins un quart lorsque les deux jeunes gens regagnèrent l'hôtel, où les attendait un repas succulent que Mme Alain avait tenu à préparer elle-même.Georges offrit l'apéritif de bien- LA REVUE MODERNE — FEVRIER, 10-fî 51 venue qu'il fit servir dans une petite salle réservée du rez-de-c-haussée.Tout en le dégustant, et sans en avoir l'air, il surveillait la route par où Lina devait venir.Dès qu'il l'aperçut, il s'excusa près de Patrick, vida d'un trait son verre et se précipita dehors en disant: — C'est pour la bicyclette! Patrick, curieux, s'approcha de la fenêtre et vit en effet la jeune fille des Glandiers qui, souriante, s'avançait vers Georges Alain.Le journaliste l'observait attentivement et constatait qu'en effet elle était réellement belle.Or, en l'examinant de plus près, une idée lui vint qu'il jugea absurde.Ces yeux troublants, cette bouche aux lèvres fines, qui semblait faite autant pour la morsure que pour le baiser, il les avait déjà vus.Mais où et dans quelles circonstances?Lina était entrée dans le garage avec Georges.Patrick, la tête appuyée contre la vitre, réfléchissait.Il ne doutait plus de s'être trouvé en face de cette femme.Un nom lui vint à l'esprit; mais il le repoussa.Celle à qui il songeait était blonde, il est vrai que de nos jours cela ne prouve pas grand'-chose; mais l'allure aussi était différente.Celle-ci, très simple dans sa mise, celle-là toujours vêtue avec une élégance peu commune.L'une, aux manières de petite provinciale; l'autre, à la démarche de reine.Tenant à la main sa bicyclette, Lina ressortit avec Georges.Patrick redoubla d'attention.Elle se trouvait à quelques mètres seulement de la fenêtre où il se tenait.Brusquement, il laissa retomber le rideau, redoutant d'être aperçu.Mais sa conviction était faite.Cette jeune fille qui prétendait s'appeler Lina Weigler, se nommait en réalité Bianca Ler-manska, la femme de Genève, la voleuse internationale et fortement soupçonnée de se livrer à l'espionnage.Or, pourquoi se trouvait-elle sous un autre nom à deux pas de la frontière, si ce n'était pour y exercer son métier d'agent secret?Patrick sursauta et fut sur le point de se précipiter vers elle et de la démasquer; mais il se maîtrisa.Il y avait mieux à faire.A cette minute il songea à l'inspecteur Lau-noy qui le réclamait pour l'aider dans une mission délicate.N'allait-il pas trouver ici-même la solution du problème que le policier cherchait à résoudre ailleurs?Lorsque George, cinq minutes plus tard, rentra dans la petite salle, il trouva Patrick, immobile à la fenêtre, et suivant des yeux Lina qui s'éloignait, juchée sur sa bicyclette.— Eh! bien, fit-il, trouves-tu encore que le patelin manque de distractions?Sans tourner la tête, le journaliste répondit d'une voix sourde: — Je crois même qu'il y en a d'imprévues et de sensationnelles.Se méprenant sur les intentions de son ami, Georges, dont la jalousie restait toujours en éveil, insinua: — Tiens, tiens! Serais-tu tellement sensible à la beauté féminine que tu songerais déjà à délaisser l'âme soeur qui t'attend sous l'orme?Patrick fit volte-face et montra un visage tellement sévère que l'inquiétude de Georges s'accentua.Mais il n'eut pas le temps de la manifester.—Il y a longtemps que cette jeune fille séjourne dans le pays?s'informa le journaliste, nerveux.— Deux mois environ.— Tu la connais beaucoup, je vois?— Oui.Du reste elle est aimable et simple avec tout le monde, et le plus modeste des douaniers a son sourire.Patrick ricana.— Je pense bien! Et même plus que les autres.L'amitié d'un ga-belou n'est point à dédaigner.surtout à la frontière! Ne comprenant rien à l'étrange attitude de son ami, Georges eut cependant l'impression très nette qu'il y avait là quelque mystère.— Qu'est-ce qui te prend?de-manda-t-il.Tu juges les gens comme ça, à première vue, sans même leur avoir adressé la parole?Sans rien savoir d'eux?Patrick, s'approchant de lui, mit la main sur son épaule; puis, le regardant bien en face, il déclara: — Il y a six mois j'ai eu l'occasion de juger cette femme, et pas à son avantage, puisque la dernière fois que je l'ai vue, c'était entre deux inspecteurs de police, qui venaient de la prendre en flagrant délit d'un vol important.Georges pâlit.— Que me chantes-tu là?.Tu es fou! Lina Weigler appartient à une famille messine des plus honorables.Sans quitter les yeux de son ami, Patrick, froidement, poursuivit: — Lina Weigler se nomme en réalité Bianca Lermanska; du moins c'est sous ce patronyme que j'ai fait sa connaissance à Genève.A cette époque, elle était blonde et portait les cheveux longs.Toujours luxueusement vêtue.J'ai aimé cette femme comme un fou.Mon devoir de reporter me contraignant à suivre cette vilaine affaire, tu peux te faire une idée de ce que j'ai pu souffrir.Tu ne t'étonneras plus si les traits de cette dangereuse sirène, que j'ai cru ne jamais pouvoir oublier, sont restés gravés dans ma mémoire, et tu comprendras au«si au» son changement d'allure et de personnalité ne pouvait suffire à m'égarer.Or.voici où l'affaire se corse.Lors de son arrestation avec son complice.Bianca était fortement soupçonnée de faire de l'espionnage.Mais il fut impossible d'en établir la preuve.On la relâcha, son complice ayant pris les vols à son compte.Que fait-elle ici, à deux pas de la frontière, dans ce pays qui n'a rien de particulièrement attrayant?Si Patrick avait pu ignorer que Georges était épris de la belle mystérieuse, il l'aurait appris rien qu'en voyant son air lamentable.— Mon pauvre ami! fit-il avec douceur.Elle t'a pris aussi dans ses filets! Mais toi et moi, nous sommes deux Français et, de plus, officiers de réserve.Notre pays passe avant tout sentiment personnel, n'est-il pas vrai?— Tu as raison! répondit Georges en se redressant.Je les confondrai, elle et l'oncle! Après ce que tu viens de m'apprendre, bien de menus faits, jusqu'alors inexpliqués, me reviennent en mémoire.Comment garder la paix chez soi _ et'rendre /a v/ep/t/s açmrofe POl'R SA BAKBK.POl'R BON T£1>'T.POtTK LES BRCXl- CONTRE L'IRRITA- Pe-pa m planait de aie fuyait!» miroirs: Autr«f o.«, Jean TION.L« mamu» wupure et d'inrtta.tion.se lamentait.Mainte- constatent que Noi- Maintenant, grâce â Noilema l'aide a eu naIlt p nwle — pour sema aide à «ruérir la Noxzema, 11 se rase débarrasser des taches Noxxema.Elle soulage peau et à la protéger vite, confortablement, réablea.rafraîchit, aide la contre l'irritation, aisément.guérlson.Le pot dont on se sert le plus! {* II est surprenant de constater combien de fois nous avons la peau Irritée! C'est pourquoi Noxzema est le pot Le plus en demande dans des millions de foyers.Cest Que oa n'e&t pas seulement une crème cosmétique.Cest une crème médicamentée qut contient des Ingrédients rafraîchissants, adoucissants — qui aide à guérir les taches, les mains gercé**, les brûlures, l'Irritation de la peau, après la barbe.Elle assouplit La peau — ramollit la "barbe.On l'applique avant le savon ou a sa place Des centaines de professionnels dont beaucoup de garde-malades se servent de Noxzema.Voyez combien elle peut aider votre famille.Procurez- vous en un pot aujourd'hui chez le pharmacien ou au magasin a rayons.Grandeur d'essai peu dispendieuse ou pots à 3»c (le.Il 25.* NOS COMBATTANTS AIMENT NOXZEMA — Ils s'en servent contre le vent, l'irritation de la !••.¦: i.- piedtt endolorie et surtout pour se faire ta barbe confortable ment, aJ-sémen t.El I e s ide 4 se raser même a l'eau froide.Moi, je veux le meilleur savon, le plus pur.c'est Baby's Own "Mon épiderme dSîcil a besoin ¦SZSSBSr d'un savon doux .un savon contenant les plus purs ingrédients.Voilà pourquoi maman emploie toujours du savon Baby's Own.Il est fait spécialement pour moi." Le meilleur savon au monde, Baby's Own, garanti par 75 ans de recherches scientifiques.Achetez Baby's Own aujourd'hui .et constatez pourquoi médecins et gardes-malades le recommandent depuis 75 ans.Demandez Baby's Own à votre pharmacien.DOUX POUR LA PEAU — CONTIENT DE LA LANOLINE LA REVUE MODERNE — FÉVRIER.1Q43 52 — Allons, vas-y !Dis-moi tout ce que tu sais, et si nous parvenons à démasquer ces misérables, nous aurons bien servi notre patrie: Tous deux s'étant assis, Georges commença: — Le châlet des Glandiers est une des seules maisons du pays que la guerre ait épargnée: Son propriétaire, un douanier en retraite, fut fusillé dès l'arrivée des premiers Allemands, qui en firent le siège d'un état-major divisionnaire.Ils y demeurèrent pendant toute la durée du conflit.En 1921, la propriété fut achetée par un certain Josef Sheffer lequel — cela a été prouvé — tenait depuis trente ans librairie à Strasbourg.Il est mort il y a quatre ans, et c'est Gustave Muller, un de ses amis, qui lui a succédé.C'est un homme de quarante-cinq ans environ, une sorte d'ours qui ne sort pour ainsi dire jamais."Or, il y a quelques semaines, je fus fort intrigué, et c'est à cela que je faisais allusion à Paris, en te disant qu'il se passait ici des choses troublantes.Un soir, très avant dans la nuit — c'était, il m'en souvient très bien, le 16 septembre — je flânais avant de me coucher, en grillant une cigarette.Le hasard de ma promenade me fit longer le mur d'enceinte des Glandiers.Je songeais à Lina, qui déjà avait produit sur moi une forte impression.Poussé par le désir de l'apercevoir, je grimpai sur un talus où je me dissimulai derrière un arbre et, par-dessus le mur, je vis de la lumière dans une pièce du rez-de-chaussée.M.Muller s'y trouvait avec un inconnu.Espérant que j'apercevrais sa nièce, je demeurai à mon poste d'observation.Ce que les deux hommes disaient, je ne pouvais l'entendre, mais je compris qu'ils discutaient avec animation.Enfin Ils se séparèrent et je ne vis point Lina.Vite, je sautai dans le chemin, afin de surprendre le visiteur à sa sortie.Or, voici où l'affaire devient étrange.Personne n'a quitté la maison.— Ton inconnu a couché aux Glandiers, pardi! conclut Patrick.— C'est ce que j'ai pensé tout d'abord.Revenu à mon poste de guet, je constatai que deux lumières seulement brillaient dans le chalet.Celle de la pièce où la conversation avait eu lieu et une autre au premier étage.Derrière cette fenêtre éclairée, je distinguai la silhouette de Lina.Où était passé le visiteur?— En effet, c'est bien étrange, approuva Patrick, qui pensa tout de suite au souterrain de Peru-welz, à la frontière belge.— Tout ceci n'a pris pour moi toute sa valeur, poursuivit Georges, que depuis l'instant où tu m'as révélé l'autre personnalité de Lina.Je rapproche de l'ensemble une conversation entendue à l'hôtel il y a une quinzaine de jours.— Tu m'intrigues de plus en plus! fit Patrick.— Ce jour-là avait eu lieu l'enterrement d'un fermier des environs, un brave type qui, pendant la guerre, ayant été fait prisonnier, était revenu d'Allemagne fort mal en point.Toute la contrée assistait aux obsèques.Chez nous ce fut l'affluence à l'heure du déjeuner.Tout à coup, un vieux menuisier de Longwy, ami intime du défunt, fit cette étonnante déclaration: "—J'ai ben failli y passer aussi certain jour, quand les Boches ont découvert la cachette des Glandiers."—Ah! oui! dit un autre, ton escalier truqué."— C'était du beau boulot! Personne ne pouvait se douter que c'était l'entrée d'une cave, où le père Masset, le douanier qu'habitait la bâtisse, avait caché tout ce qu'il voulait soustraire à la curiosité des Allemands.C'est à la suite de ça qu'il fut fusillé, le pauvre bougre.Ah! ils en mirent du temps à chercher celui qui avait exécuté le travail.Je fus interrogé là-dessus et, comme de juste, ils me cuisinèrent, me menacèrent, mais je me défendis comme un beau diable, si bien qu'ils en furent pour leurs frais.Après ils durent utiliser l'escalier pour leurs mauvais coups, parce qu'il n'en fut plus question.Ce qu'il y a de certain, c'est que la maison fut épargnée.Georges s'arrêta un instant pour jouir de l'effet produit par son récit, et il put constater que Patrick buvait littéralement ses paroles.Aussi tira-t-il cette conclusion: — Depuis ce jour-là, je me suis demandé plusieurs fois si l'escalier truqué n'avait point servi à des fins douteuses.Patrick n'eut pas le loisir d'émettre son avis.Mme Alain paraissait sur le seuil.— Eh! bien, mes enfants! s'ex-clama-t-elle, vous oubliez l'heure! Il est midi et demi!.Comme on voit bien que vous aviez une foule de souvenirs à échanger! .Allons! vite à table! CHAPITRE VIII — Et maintenant, mon petit, puisque nous voilà seuls, viens dire à ton vieux papa ce qui motive ce pli soucieux que je vois là sur ton front, depuis ton retour de Paris?Quelqu'un se serait-il permis de te faire de la peine?Corinne se laissa attirer sur les genoux paternels, comme lorsqu'elle était enfant, et son premier geste fut de jeter les bras autour du cou de celui qu'elle voulait convaincre.Le visage de M.Saindré s'était assombri.Sans doute avait-il conscience de ce qui allait être dit.L'industriel semblait très las.Seul le regard conservait toute son acuité.Devant le silence de sa fille, il insista: — C'est donc si grave que cela, que tu hésites à parler?— Grave?non pas, répondit Corinne; sérieux cependant.Puis, prenant une résolution subite, elle précisa: — Père chéri, as-tu quelquefois songé que ta petite fille avait vingt-quatre ans?M.Saindré était fixé.Corinne aurait pu terminer l'entretien.Toutefois, faisant un violent effort sur lui-même, il prit dans ses mains la tête de sa fille, la tourna vers lui et, doucement lui demanda: — La terrible minute est-elle donc arrivée, et devrai-je songer à perdre mon plus précieux trésor?Pour adoucir l'immense chagrin qu'elle devinait chez son père, Corinne répondit en souriant: — Perdre?Non!.partager seulement! Ils se turent l'un et l'autre, indécis et inquiets sur ce qu'ils devaient dire.Cet instant de silence leur parut énorme, comme un gouffre sans fond.Ce fut M.Saindré qui, le premier, reprit la parole.Dédaignant les préambules, 11 fonça sur l'obstacle.— Qui est-ce?demanda-t-il.Au moment de dévoiler le nom qu'en secret ses lèvres murmuraient si souvent chaque jour, Corinne hésita.— Quelqu'un de l'usine! insista l'industriel.La jeune fille ne put retenir un sourire.Décidément les hommes, et surtout les hommes d'affaires, ne sont guère perspicaces en la matière! Depuis son retour de Paris, elle avait à plusieurs reprises et pour préparer le terrain, jeté le nom de Patrick dans la conversation.Au surplus, ayant en son temps conté à son père son aventure de Dinard, il aurait pu et dû éventer son secret.— De l'usine?répondit-elle.Non! vraiment, je n'y vois personne susceptible d'attirer mon attention.Bosquet?Trop vieux! Dal-tour?Tros gros! Que dirais-tu d'un gendre journaliste, officier de réserve, brave, chevaleresque?— Serait-ce ton héros de Dinard?— Lui-même.Je crois que dès cette nuit tragique, mon coeur avait parlé.Mais je l'ai revu dernièrement à Paris et j'ai su que je ne lui étais pas indifférente.Pour être tout à fait franche, nous avons échangé des propos engageant l'avenir, sous réserve toutefois de ton approbation.Ayant dit cette dernière phrase, destinée à amortir le choc, Corinne embrassa de nouveau son père et, tout bas, à son oreille, elle murmura: — Tu l'aimerais, j'en suis sûre.M.Saindré eut un geste d'impuissance, presque désespéré.Corinne eut l'impression que cet homme, jugé par tous comme insensible et sévère, était prêt à pleurer.En vrai, seule cette petite fille parvenait à le faire sourire.Elle était son but, sa raison, son unique discipline.Aussi bien se rendait-elle parfaitement compte de la peine qu'il ressentait.Se blottissant contre sa poitrine, elle supplia: — Permets qu'il vienne ici.Tu le connaîtras et le jugeras?Cette solution, qui semblait si simple, si naturelle à Corinne, l'était beaucoup moins aux yeux de M.Saindré.— Il m'est difficile d'inviter chez moi ce jeune homme que j'ignore.Réfléchis! Ce serait prendre envers lui un engagement quelque peu risqué.Or, malgré mon grand désir de ne pas te contrarier, je suis fermement décidé à n'accorder ta main qu'à un homme vraiment digne de toi.— Eh! bien, ne pourrais-tu le rencontrer ailleurs qu'ici.comme par hasard?— Par hasard.par hasard!.C'est facile à dire! Corinne hésitait à révéler à son père que Patrick se trouvait à Saulnes, à l'hôtel des "Trois Bornes." Elle craignait qu'il ne prit ombrage de ce voisinage et ne se crût la main forcée.Elle allait pourtant s'y résigner lorsque, brusquement, M.Saindré décida: — Après tout, qu'il vienne à Briey.Je préfère en finir le plus tôt possible.et puis je te connais assez pour être certain que tu as bien choisi.Ivre de joie, Corinne s'était levée.Son père l'imita, fit quelques pas au travers du salon, puis s'arrêta devant la cheminée où flambait un gai feu de bois.Les mains croisées derrière le dos, il se tint immobile, remuant ses sombres pensées, et suivant des yeux, sans les voir, les arabesques de la flamme.Egoïste comme le sont les amoureux, Corinne était toute au bonheur de sa victoire.Dix heures sonnaient.Comme chaque soir, Mme Lasnes entra, suivie immédiatement de la femme de chambre qui apportait les infusions.Corinne servit son père, posa sa tasse près de lui sur la cheminée; puis elle reprit sa place.Mme Lasnes entretint un instant M.Saindré des affaires domestiques; mais il ne lui prêtait qu'une oreille distraite.Au moment de se séparer pour la nuit, Corinne voulut l'accompagner jusqu'à la porte de sa chambre, mais il l'arrêta: — Je vais dans mon bureau, dit-il.Qu'on ne me dérange sous aucun prétexte.J'ai à travailler.Puis il embrassa sa fille, plus tendrement encore que d'ordinaire, et lui dit à mi-voix: — Dors bien, petite.Ton vieux papa n'oublie point la confidence que tu viens de lui faire.Tu peux inviter ton journaliste pour mardi prochain.Je serai rentré de voyage et tu pourras me le présenter.Tout heureuse, Corinne se jeta au cou de son père.Celui-ci se libéra sans brusquerie, comme à regret; puis lentement, plus vieux, plus cassé que jamais, il se dirigea vers le coin retiré de sa vaste demeure où, à l'abri du mouvement et du bruit, il pouvait, dans le calme, se livrer à ses travaux.Cependant que Corinne courait s'enfermer dans sa petite chambre pour écrire à Patrick.— Tiens! voilà ce qui va te réveiller! Ce disant, Georges Alain brandissait une lettre qu'il tendit à son ami, paresseusement allongé sur son lit, bien qu'il fût neuf heures et demie du matin.Reconnaissant sur l'enveloppe l'écriture de Corinne, Patrick se mit d'un bond sur son séant, décacheta et lut: "Mon cher Patrick, "Dieu soit loué! J'ai tout dit et "je vous crie ma joie! Si mon bon-"heur n'était atténué par le cha-"grin que je devine chez mon pa-"pa, je redouterais quelque catastrophe, tellement ce que j'éprouve "bouscule les limites des jouissan-"ces permises aux pauvres hu-"mains! "J'arrive au fait.Mardi prochain "vous êtes invité par mon père a "déjeuner à "La Marinière." Je "n'ai pas jugé à propos de lui dire "que vous séjourniez à Saulnes."Aussi, je compte sur votre discrétion.Pour lui, vous arriverez "tout droit de Paris.Par la suite, "je lui expliquerai.Si, comme je "le pense, vous venez en auto, "tout semblera plausible."J'attends mardi avec impatiente.Après cette visite qui, vraisemblablement, prendra un caractère officiel, je serai plus libre "pour vous voir, soit à Saulnes, "soit à Paris.Certes, il m'en coûte LA REVUE MODERNE — FÉVRIER.1Q43 53 "d'agir en cachette.J'aime pardessus tout la franchise, et si j'ai "cru devoir retarder cette confi-"dence, c'est que je savais par a-"vance Ja peine que je causerais "à mon père."Je suis sûre que vous êtes faits "pour vous comprendre et m'en ré-"jouis.Je suis heureuse, heureuse! "A mardi! Envoyez-moi un petit "mot pour me fixer approximativement l'heure de votre arrivée."J'irai au devant de vous sur la "route."Croyez-moi vôtre pour toujours."Corinne" — Mardi! murmura Patrick en repliant la missive.Je suis invité chez elle mardi! C'est après-demain.Pourvu que Launoy ne nous retienne pas ici!.Ma foi tant pis, je plaque tout! — Mais tu as déjà fait plus que ton devoir, et.— On ne fait jamais plus que son devoir en pareil cas.N'empêche que j'ai hâte de voir arriver Launoy, avant que nos lascars nous filent entre les doigts.Si nos petites manigances depuis trois jours allaient leur mettre la puce à l'oreille! — T'en fais pas, on les aura!.En attendant, je vais faire monter le petit déjeûner et nous nous reposerons encore un peu.Nous ne l'aurons pas volé!.En fait de cure de repos, voici trois nuits qu'on se couche à quatre heures du matin! — Tu le regrettes?— Fichtre non! Je me sens l'âme d'un sbire!.Dire que je me trouvais à deux pas de toute cette canaille et que non seulement je ne m'en doutais point mais que, sans toi, mon vieux, j'allais m'amou-racher de cette sirène! J'ai presque honte de moi.— Allez, allez! pas d'histoire: fais-nous monter le breakfast! J'ai faim! Georges s'en fut donner ses ordres et revint s'allonger sur le lit voisin de celui de Patrick.Abandonnant sa propre chambre, il était venu s'installer dans celle de son ami, se trouvant ainsi plus à portée pour discuter de leurs affaires.Depuis cinq jours que Patrick était à Saulnes, bien des choses s'étaient passées.Ayant découvert l'aventurière Bianca sous les traits de Lina Weigler, il avait tout de suite flairé l'affaire louche, et s'était refusé à toute présentation.Au contraire, ladite Lina devait ignorer sa présence.Le reconnaissant, elle se serait sentie démasquée, et nul doute qu'eJle n'eût cherché refuge par delà la frontière.C'est ainsi qu'une surveillance du chalet des Glandiers s'était organisée pendant la nuit, surveillance qui avait été fructueuse.Chaque soir, à partir de onze heures, une sorte de conseil se tenait dans la pièce du rez-de-chaussée, repérée par Georges; mais aucun des visiteurs, rarement les mêmes, ne franchissait la porte de la villa.Par où entraient-ils donc et par où sortaient-ils?C'est ce que Patrick voulait découvrir.Or, la récente affaire du souterrain de Peruwelz lui procurait des données précieuses, et il était persuadé que l'escalier, truqué pendant la guerre par le menuisier de Longwy.devait être l'entrée d'un passage secret conduisant au delà de la frontière.L'avant-veille, en territoire luxembourgeois, il avait repéré une bâtisse délabrée et semblant abandonnée où, selon lui, devait aboutir ledit souterrain.S'étant embusqué non loin de la maison, il avait aperçu le soir même, une puissante automobile stopper à quelque distance, deux hommes en descendre et pénétrer aussitôt à l'intérieur.Deux heures s'écoulèrent avant qu'ils reparurent.Cependant que Patrick montait sa garde, Georges, surveillant les Glandiers, voyait apparaître les deux quidams.Nul doute que ce fût ceux de la maison abandonnée.Leur signalement concordait exactement.La nuit dernière, les deux jeunes gens, voulant faire la preuve contraire, avaient échangé leurs postes d'observation: Georges du côté luxembourgeois, Patrick près des Glandiers.Risquant le tout pour le tout, celui-ci se laissa glisser dans le jardin; puis, à pas de loup, s'approcha de la fenêtre éclairée.Lina et Muller se tenaient dans une attitude pleine de déférence devant leur visiteur, seul cette nuit-là, et qui, à n'en pas douter, devait être leur chef.Or, pendant que l'inconnu s'absorbait dans la lecture de papiers posés devant lui sur le bureau, Patrick surprit un coup d'oeil de Muller vers Lina.Ce dernier ayant glissé la main dans la poche de son veston, Patrick eut l'intuition qu'il y cachait une arme et que.pour une raison quelconque, il allait tirer sur le chef.Mais à cette minute, celui-ci levant la tête dut comprendre le geste car.ayant fixé durement Muller, il parla.Patrick, qui savait l'allemand, s'efforça de saisir quelques bribes de ce qu'il disait, mais sans y parvenir.Durant un long moment, les deux hommes discutèrent âpre-ment, jusqu'à ce que Lina Weigler, élevant la voix, ces mots parvinrent aux oreilles de l'observateur.— Ce n'est pas à nous de vous juger, Reinart! Reinart! ce nom, Patrick le répéta pour le mieux retenir, de même qu'il dévisagea longuement cet homme dont il voulait graver les traits dans sa mémoire, afin de l'identifier, là où il serait susceptible de le rencontrer.Il le vit se lever, prendre froidement congé, Duis quitter la pièce, escorté de Muller et de Lina.Moins de deux minutes plus tard, ces derniers rentraient seuls.Lina semblait fort en colère: mais, bien qu'il prêtât l'oreille.Patrick ne put rien comprendre, tous deux parlant bas.par crainte sans doute du retour de l'inquiétant visiteur.Ce que voyant.Patrick, suffisamment édifié, franchit de nouveau le mur du jardin et regagna l'hôtel où Georges le rejoignit un peu plus tard après avoir assisté, de l'autre côté de la frontière, au départ du dit Reinart.Patrick décida d'alerter l'inspecteur Launoy.Il ne se sentait pas de force à lutter contre cette bande de malfaiteurs.Mais par précaution, il avait donné rendez-vous au policier dans un restaurant de Longwy-Bas, pour ne point donner l'éveil.Il l'attendait le jour même.Cependant, tout en se livrant à ces expéditions nocturnes, Georges, pour donner le change, recherchait dans la journée la compagnie de Lina, et redoublait d'at- Au coucher Quand vous éprouvez le besoin de boire quelque chose avant de vous mettre au lit, prenez le meilleur breuvage qu'il y ait— du Bovril.Avez-vous déjà essayé une cuillerée de Bovril dans du lait chaud avant de vous coucher?Essayez une tasse de BOVRIL CE SOIR sont combin dans Parado pour accor prompt soulageai* SI VOUS AVEZ DEMENAGE ¦ Faites-nous parvenir votre nouvelle adresse pour vous assurer la livraison de la REVUE MODERNE avec le moins de retard possible.Veuillez remplir cette formule très clairement.Nom.,.,y.„.-».* * *"V y w Adresse actuelle .MA NOUVELLE ADRESSE SERA à partir du prochain.LA REVUE MODERNE — FÉVRIER.IQ-H 54 tentions pour elle.Il s'agissait de ne point éveiller ses soupçons ni ceux de ses complices, et de prendre tout le lot au gîte.Quant à Patrick, il évitait soigneusement la jeune femme.Pourtant cette affaire imprévue, encore qu'elle répondit si bien à son caractère aventureux, ne l'enthousiasmait pas autant que s'il n'eût pas été amoureux.Il lui tardait de revoir Corinne, d'être présenté à son père et d'obtenir officiellement sa main.Après quoi il serait tranquille.Aussi l'invitation à la Marnière venait-elle raviver son désir d'en finir avec Lina et son mystérieux entourage, car il craignait que le fait d'être mêlé à cette histoire ne vînt entraver pour un temps sa liberté d'action et, partant, ses projets.— Où sommes-nous ici?.Nous approchons?— Un peu de patience, que diable! Nous traversons Mercy-le-Haut, pays natal de notre Président de la République.Veux-tu que nous arrêtions pour visiter?— Ce que tu peux être énervant quand tu t'y-mets! Georges qui pilotait son propre cabriolet, s'amusait de l'impatience de son ami et, depuis le départ de Saulnes, il ne manquait pas une occasion de le taquiner.Pourtant, afin de lui permettre de faire en auto le voyage de la Marnière, il n'avait pas hésité à prendre le prétexte d'une affaire à traiter à Briey.Peut-être aussi espérait-il connaître celle qui avait su plaire à Patrick, lequel, jusqu'à ce jour affirmait avec son humour un peu acide que J'épouse possible était aussi introuvable que la pierre philosophale.Quoi qu'il en soit, les deux amis avaient quitté Saulnes ce mardi-là, à la première heure pour être à "La Marnière" vers dix heures et demie, moment fixé la veille à Corinne par téléphone.Pendant qu'il roulait vers le bonheur, Patrick oubliait complètement ce qui l'avait si fort intéressé depuis une semaine qu'il était à Saulnes.Il est vrai de dire qu'il laissait sur place l'inspecteur Launoy, assisté d'un collègue et que les deux limiers allaient se charger de la surveillance qui serait aussi discrète que sévère.Aussitôt mis au courant, l'inspecteur n'avait pas caché sa satisfaction.— Savez-vous bien, dit-il aux deux policiers amateurs, que vous venez tout bonnement de découvrir ce que depuis de longs mois nous cherchons en vain?Depuis des années en effet, on sait qu'une bande d'espions draine, sur les frontières du Nord et de l'Est, des renseignements d'ordre militaire de la plus haute importance, sans que l'on ait jamais réussi à leur mettre la main au collet.Une fois cependant les soupçons s'étaient portés sur Muller; mais il fut dûment prouvé qu'il faisait partie d'une association d'anciens combattants lorrains et qu'il avait donné maintes preuves de son patriotisme.— Il est en effet patriote; mais son drapeau n'est pas le même, voilà tout! avait répliqué Patrick.Ainsi tout avait été mis au point pour que Launoy prit l'affaire en main, en même temps qu'il aler- tait la police luxembourgeoise, qui seule pouvait opérer de l'autre côté de la frontière, à la sortie du souterrain supposé.Mais Patrick avait reçu l'assurance que les policiers attendraient son retour pour le dénouement.Le journaliste, reprenant ses droits, entrevoyait déjà le papier à sensation qu'il publierait dans La Vigie, et il riait par avance de la tête du "patron".Cependant Launoy avait sagement conseillé: — Surtout que le reporter ne s'amuse pas à couper l'herbe sous le pied à l'agent de contre-espionnage! L'un est bavard par profession, tandis que l'autre doit être muet comme un tombeau.Patrick avait souri à cette recommandation.En fait, il ne songeait nullement à vendre la peau de l'ours.Où il se rendait les sujets de conversation ne lui manqueraient pas, sans ébruiter l'affaire avant sa conclusion.A cette heure, il se reprenait à douter de lui.Saurait-il trouver les arguments qui convaincraient M.Saindré?Réussirait-il à lui faire entendre qu'il aimait Corinne de toute son âme et que le bonheur de celle-ci passait avant toute autre considération?Corinne! rien qu'à prononcer mentalement ce nom, Patrick sentait son coeur battre dans sa pai-trine.Ils roulaient à vive allure, et bientôt ils aperçurent les premières maisons de Briey.— Dois-je conduire Monsieur jusqu'à domicile?demanda Georges blagueur.— Oui, si tu n'y vois pas d'inconvénient.D'abord je voudrais te présenter à Corinne et je serais surpris si elle ne t'invitait.— Tu ne penses tout de même pas que je vais troubler un si touchant tête-à-tête?Patrick se mit à rire.— Tu parleras au père pendant que je m'occuperai de Corinne! — Pas si bête au fond!.mais tu oublies que tu es sensé venir de Paris?— Bah! tous les chpmins mènent à Rome! et puis, crois-tu qu'on va nous poser tant de questions! Ils traversèrent la ville.Comme ils s'engagèrent dans la rue du Cloué, Patrick s'écria tout à coup: — Stop!.arrête!.la voilà! En effet, sur le trottoir, Corinne s'avançait dans leur direction, en faisant des signes désespérés.Les présentations faites, ce que Patrick avait prévu se produisit.Georges fut instamment prié à déjeuner à "La Marnière".Il accepta tout de go, séduit déjà par la simplicité charmante de Corinne Saindré.Elle avait pris place entre eux et, dès ce moment, le pauvre Georges sentit qu'il n'existait plus pour les amoureux.Ils parlaient peu; mais il n'y a rien de tel que certains silences pour être éloquents.— Vous prendrez bien quelque chose?demanda Corinne, quand ils arrivèrent en vue de la Marnière.Vous ne pourrez voir père qui est très fatigué, malade même, et je suis assez inquiète.Il sera là seulement pour le déjeuner.En attendant, si vous le voulez bien, nous irons faire un tour en forêt.Mais Georges, se voyant en tiers entre les deux jeunes gens, se récusa discrètement.— Vous irez! fit-il.Quant à moi je vais retourner à Briey où j'ai affaire et je reviendrai pour les hors-d'oeuvre, puisque vous me faites l'honneur de m'inviter.D'un coup d'oeil, Patrick le remercia rt dès qu'il les eut déposés à la grille de la villa, il rebroussa chemin.Une heure plus tard Corinne et Patrick rentraient bras dessus, bras dessous d'une promenade aux environs, tout en échafaudant projets et confidences.— Maintenant que je vous ai revue, déclara Patrick, il va m'être encore plus difficile de vivre loin de vous.Aussi je voudrais aujourd'hui même faire près de votre père ma démarche officielle.N'est-ce point aller trop vite?.Ne vais-jp pas l'indisposer?— Père a consenti.il est prêt à la séparation: mais il souffre et, bien qu'il s'en défende, c'est à cela qu'il faut attribuer son état actuel de dépression physique.Le médecin que, malgré lui, j'ai fait venir, ne disimule pas son inquiétude.Des larmes montèrent aux yeux de Corinne.S'efforçant de la consoler, Patrick la serra contre lui.— Ne vous alarmez pas, chérie; votre père finira par se rendre compte qu'il n'est pas dans mes intentions de vous prendre complètement à lui.Il viendra nous voir et nous ferons, nous aussi, de fréquentes visites à "La Marnière." — Dieu veuille qu'il en soit ainsi!.mais je ressens là, au coeur, une angoisse inexplicable.comme si un malheur irréparable nous menaçait.C'est pour moi mauvais présage.Subitement inquiet, Patrick la regarda.— Que voulez-vous dire?Un doigt sur les lèvres, Corinne lui imposa silence.Ils venaient de pénétrer dans le parc.Débouchant d'une allée, un homme s'avançait en souriant à leur rencontre.— Voici papa! dit la jeune fille.Ce disant, elle prit Patrick par le bras et le conduisit à M.Saindré, leauel, tendant la main à son hôte, dit aimablement: — Sovez le bienvenu monsieur Guermain.Vous m'excuserez, n'est-ce pas, de ne pas avoir été là pour vous accueillir à votre arrivée; mais je suis un peu souffrant.Tout en serrant la main offerte, Patrick, soudain très pâle le dévisageait.Ses lèvres remuèrent, mais aucune parole n'en sortit, à telle enseigne que Corinne s'exclama en riant: — Tu peux te vanter, papa, d'intimider un homme qui pourtant ne craint pas grand'chose!.Pour le remettre, si tu veux bien, je m'en vais faire avec lui le tour du propriétaire.Nous te rejoindrons au salon où j'ai fait servir le porto.M.Saindré, constatant lui aussi le trouble de Patrick, sourit en répondant: — Allez, mes enfants!.J'ai des ordres à donner à l'usine.Je serai de retour dans un quart d'heure.Corinne, entraînant Patrick vers une allée ombreuse, lui jeta dans un éclat de rire: — C'est vrai que vous êtes tout chose!.Vous tremblez, ma parole! Je ne vous aurais pas cru si timide! Mais Patrick évita de regarder 6a compagne.Son regard se noyait dans le vide, comme s'il redoutait de trahir ses pensées.— Pardonnez-moi! murmura-t-il avec effort.mais mon bonheur est en jeu, et.Il n'acheva pas sa phrase.Le pouvait-il vraiment?Il venait en effet d'éprouver une commotion si brutale qu'il avait cru s'évanouir, lui, le risque-tout, le coureur d'aventures, et, à la minute présente, il essayait encore de douter de l'effroyable réalité.Mais non! pas d'erreur possible! L'homme auquel il venait d'être présenté, le père de sa chère Corinne, celui dont il attendait la plus grande joie de sa vie, allait être l'artisan monstrueux de son désespoir; car, si invraisemblable que cela puisse paraître, M.Saindré, industriel, jouissait de l'estime de ses concitoyens, n'était autre que le mystérieux visiteur des Glandiers, le complice de Lina Weigler et de son faux oncle, celui en un mot que Georges et lui-même supposaient être le chef d'une bande d'espions qui se faisait appeler Reinart.Et Patrick songeait: "J'aime cette petite plus que ma vie.Or, mon devoir de Français et de soldat m'oblige non seulement à renoncer à elle, mais à démasquer son père et, de ce fait, infliger à une innocente la plus affreuse torture." Ainsi tout s'effondrait.Auraît-il le courage de poursuivre sa tâche?CHAPITRE IX Quiconque fût entré ce jour-là vers deux heures de relevée dans la magnifique salle à manger de "La Marnière", aurait eu le spectacle de la plus touchante réunion de famille et ne se serait jamais douté que le drame couvait, près à éclater.La table, recouverte d'une fine nappe ajourée, étincelait de cristaux de Bohême.Une gerbe de roses pourpres envoyée par Georges, suivant les instructions de son ami remplissait le surtout d'argent.Patrick placé à la droite de Corinne qui, en face de son père, présidait la table, souffrait mille morts.Georges, près de Mme Las-nes, avait lui aussi, dès son arrivée, identifié M.Saindré, mais il crut tout d'abord à une ressemblance extraordinaire.Patrick, l'ayant un court instant pris à l'écart, s'était empressé de le convaincre et il avait été convenu qu'après le repas Georges occuperait Corinne, tandis que lui, Patrick aurait avec l'industriel un entretien définitif.Nonobstant, d'ici là, nul ne devait soupçonner la moindre parcelle de l'affreuse vérité.— C'est pourquoi Georges Alain, avec sa verve intarissable, dissertait avec M.Saindré de la crise des affaires et de politique internationale.Quant à Patrick, tout en répondant distraitement aux mille questions posées par sa jolie voisine, il ne quittait pas des yeux son hôte, et, un à un, ses terribles soupçons commençaient à s'effriter.S'il se trompait?S'il ne s'agissait que d'une incroyable similitude?Etait-il admissible en effet que cet homme à l'accueil si cordial, ce LA REVUE MODERNE — FEVRIER.1Ç43 55 père si tendre pour sa fille, fût un espion, pis que cela, un traître?Grisé par la présence de celle qui se considérait avec juste raison comme sa fiancée, Patrick cherchait à se persuader lui-même qu'il était le jouet de sa propre imagination.Puis, tout à coup, surgissaient les arguments contraires.Georges avait lui-même été forcé de se rendre à l'évidence et de reconnaître l'industriel comme étant l'homme sorti en territoire luxembourgeois de la maison délabrée.En admettant qu'il ne fût pas un espion, pourquoi, dans ces conditions, ne se rendait-il pas ostensiblement chez le propriétaire des Glandiers?Le seul fait de connaître et d'utiliser l'entrée secrète était la preuve que les buts qu'il poursuivait n'étaient pas très avouables.Au surplus, Patrick, qui avait surpris sa dernière entrevue avec Muller et Lina, gardait ses traits présents à la mémoire.Sans erreur possible, le visiteur nocturne et M.Saindré ne faisaient qu'une seule et même personne.Or, en questionnant Corinne, Patrick avait appris que le samedi soir — bizarre coïncidence — son père était absent! Le samedi soir! Moment de la visite! A cette heure un problème ardu se posait.Devait-il alerter l'inspecteur Launoy et le laisser agir?La réponse à cette question ne pouvait être que négative.Corinne connaissait le policier et sa présence à "La Marnière" l'intriguerait.Ce qu'avant tout il fallait éviter, c'était le scandale et, pour cela, entre quatre yeux, il devait lui-même confondre le misérable, en lui faisant clairement comprendre qu'il était démasqué.Si, comme Je pensait Patrick, il aimait sa fille jusqu'au sacrifice, il trouverait peut-être le moyen de lui éviter au moins le déshonneur.Le temps se chargerait d'atténuer le chagrin.Cependant, au fur et à mesure qu'approchait l'instant qu'il s'était fixé pour intervenir, Patrick sentait grandir en lui l'angoisse, car ce serait aussi la minute de son propre sacrifice.De toute façon, Corinne était perdue pour lui.— Papa, dit tout à coup celle-ci, je pense que ces messieurs aimeraient visiter les filatures.Tu n'y vois pas d'inconvénient?— Pas le moindre, mon petit, répondit l'industriel.L'occasion favorisait Patrick.D se pencha vers Corinne.— Si vous le permettez, dit-il, je vous rejoindrai.Je désirerais, s'il y consent, avoir dès maintenant un instant d'entretien avec M.Saindré.Celui-ci eut un regard vers sa fille qui rougit.Elle avait cru comprendre, en effet, que Patrick voulait sans tarder préciser ses intentions.Surprenant dans des yeux de son père un voile de tristesse, elle lui dit avec son plus délicieux sourire: — Va, petit père!.Georges et moi, nous irons devant.Nous vous attendrons là-bas.Puis, s'adressant à Patrick, elle ajouta: — Vous savez, cinq minutes, pas davantage! Tant pis pour les longues confidences! Ce sera pour une autre fois! Le pauvre journaliste n'en pouvait plus.Il la contemplait avec une telle expression de détresse que Georges crut prudent d'intervenir.— Il y a loin d'ici 'les filatures?s'informa-t-il pour faire diversion.— Cinq cents mètres à peine, répondit l'industriel.Puisqu'il en est ainsi, je vous confie Corinne.M.Guermain et moi, nous vous retrouverons tout à l'heure.La jeune fille eut à l'adresse de Patrick une petite moue gamine.Puis elle lui tendit la main qu'il étreignit à la broyer.Il la suivit du regard, cependant qu'elle s'éloignait avec son ami Georges et, quand ils eurent disparu, il eut l'impression atroce qu'il ne la reverrait plus.La voix de M.Saindré l'arracha à cette ultime contemplation.— Mon bureau est à l'autre extrémité de la maison.Si vous voulez bien me suivre, mon cher ami, nous y serons tranquilles.Ainsi que sa fille, l'industriel avait la conviction que Patrick n'avait d'autre intention que de lui demander la main de Corinne et, malgré l'immense chagrin qu'il éprouvait à l'idée de se séparer d'elle, il ne voyait aucune objection sérieuse à opposer à ce projet.Aussi bien, dès qu'ils furent entrés dans le bureau-bibliothèque et qu'il eut derrière eux refermé la porte, il traversa l'immense pièce et prit place à sa table de travail.Puis, désignant un fauteuil en face de lui, d'un geste courtois il invita Patrick à s'y asseoir.Mais il s'arrêta, surpris de l'expression, impossible à décrire, qui bouleversait le visage du reporter.Celui-ci était blême et de grosses gouttes de sueur perlaient à son front.Indifférent à l'invitation de l'industriel, il se tenait debout, immobile comme une statue.— Qu'avez-vous?s'étonna M.Saindré.Vous souffrez?— Atrocement! mais le mal est sans remède.Vous allez tout de suite comprendre pourquoi.D'un geste saccadé, un geste d'automate, Patrick chercha et trouva son minuscule miroir de poche qu'il jeta sur le bureau.Les yeux exorbités, M.Saindré regarda cet objet, en apparence dénué d'intérêt et, à son tour, il devint d'une pâleur cadavérique.Devant ce trouble évident, tous les doutes qui subsistaient encore dans l'esprit de Patrick s'évanouirent d'un seul coup.Il avait bien devant lui un traître! Il faut savoir que le miroir est le signal conventionnel par lequel les espions sont avisés qu'ils sont démasqués et que leur visage, ainsi que leurs faits et gestes, sont désormais connus.Sans donner le temps à l'industriel de se ressaisir, Patrick, implacable, le souffleta de ces simples mots: — Je pense que Monsieur Rei-nart a compris?Mais, dans ce court laps de temps, l'industriel s'était cependant repris.— Ma foi, fit-il, très calme en apparence, j'avoue que jusqu'ici.Patrick le fixait de telle sorte qu'il dut baisser les yeux.— Peut-être pourrez-vous m'ex-pliquer ce que vous faisiez samedi soir au chalet des Glandiers, à Saulnes, et pourquoi, pour y parvenir, vous n'avez pas emprunté le chemin normal, mais avez uti- 2l y aura bientôt quatre-vingts ans.la plus importante compagnie d'assurance-vie du Canada était fondée à Montréal.La province de Québec a donc été le berceau de cette institution, qui apporte aujourd'hui le bien-être et la sécurité à plus d'un million d'assurés répartis à travers le monde.SECURITE SUN LIFE OF CANADA Mères Dont Les Enfants r Grandissent, Ecoutez- QUAND LE RHUME DE POITRINE, LA TOUX LES FRAPPENT Soulagez leurs souffrances à la façon Vicks perfectionnée, mise à l'épreuve dans les familles.Au lieu de courir des risques inutiles, suivez les conseils de nombreuses mères qui en ont fait l'expérience .soulagez les souffrances que le rhume cause à vos enfants, par le traitement Vicks perfectionné, qui ne prend que 3 minutes, et permet au Vicks VapoRub de donner des résultats encore meilleurs qu'auparavant! IL AGIT PENDANT DES HEURES pour calmer la toux, soulager l'irritation ou la con-striction des muscles, aider à dissiper la congestion de la partie supérieure des bronches, et apporter le bien-être.Pour jouir de ce traitement perfectionné .il suffit de vous frictionner teuaes" adoucissant».' pendant 3 minutes avec du VapoRub.IL STIMULE l» surface de / |e DOS, ainsi que la gorge et la poils poitrine et du do»./ trine; puis mettez-en une couche « rEtauftw! ^' épaisse sur la poitrine, et recouvrez J' u.«rrD.„4 *?IL PÉNÈTRE dans
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.