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Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
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Références

La Revue moderne., 1931-11, Collections de BAnQ.

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A Roman complet: L'ANCETRE, par Eveîine Le Maire Les biscuits sont meilleurs lorsque faits avec la POUDRE À PÂTE "MAGIC" Wlt Dmlttn, fw ïtn r*tt ui tUni i* ensuit ixfirimtntslt, vint Jt ttrmimr ttx-etlltnli kttmlli à thi, rinJmi llitti eemmt la flmmt fsr l'misgi it PmJn i PJn "Mjgu" N«U MM ei-emtre s* rt-atti prifi'it ftmr U frifirdtitn it ai tiicuiti.Mlle Gcrtrude Dutton, l'une des cuisinières les plus en vedette de l'Ouest canadien, est la directrice de la Section Culinaire du "Western Home Monthly" de Winnipeg.Chaque mois, ses suggestions et recettes sont attendues avec impatience par des milliers de ménagères des provinces de l'Ouest.Voici ce que dit Mlle Dutton : "Je recommande la Poudre à Pâte "Magic" parce que je sais par expérience que sa qualité uniforme produit toujours des résultats certains.La plupart des pâtisseries paraissent mieux et ont meilleur goût lorsque la Poudre à Pâte "Magic" a été utilisée pour leur préparation".Et c'est ainsi que le témoignage d'une autre experte en art culinaire vient s'ajouter à tous ceux que nous avons déjà reçus au su|et de la "Magic" .la poudre à pâte favorite des ménagères canadiennes depuis plus de 30 ans .et aujourd'hui le choix de trois ménagères canadiennes sur quatre* qui cuisent à la maison.Essayez la recette de Mlle Dutton pour BISCUITS À THE 2 taises *farinc à pâtisserie 4 c.à thé Poudre à Pâte "Magic" Ici thé sel 1 c.à soupe graisse 1 tasse lait froid ou moitié lait moitié eau.le.à soupe beurre.•Si vous employez de la farine a pain, rcmplacei-in deux cuillerées à soupe de chaque tasse par deux cuillerées à soupe de corn starch.Tamisez farine, poudre à pâte et sel.Incorporez le shortening froid.Ajoutez ensuite le liquide refroidi pour faire une patc molle.Versez la pâte sur la planche enfarinée et ne manipulez pas plus que nécessaire.Abaissez à la main ou roulez légèrement.Découpez à I emporte-pièce à biscuits enfariné.Faites cuire sur une tôle beurrée de 12 X 15 minutes dans un fourneau chauffé X 450° F.Si vous cuisez à la maison, demandez le nouveau livre Culinaire Magic.Il contient des recettes pour cuire des plats succulents et en peu de temps vous préparez des menus délicieux.• Ce fait a été révélé au cours d'une enquête faite parmi les ménagères du Canada tout entier.La Poudre à Pâte "Magic" est la seule qui ait été essayée et approuvée par l'Institut Châtelaine, maintenu par le Magazine "Châtelaine".Châtelaine In si i ru ic Vérifie" la pr«i*nci decett e muqu«iur ch.4 .¦ botte I ' - 1 une b munie qn- 11 "Moj-ir u.* eontlcfij ni aivi i ni ingftdkutl nuisit les.Standard Brands Limited, ^vi 11 :¦ Fraser Ave, & Liberty St., Toronto, Ont.Veuillez m'envoyer—GRATUITEMENT— le Nouveau ' Livre de Cuisine "Magic".Nam Adrtut Vtllt au village Prov Achetez (tes produits fabriqué* au Canada La Revue Moderne — Montréal, \'.v.y e ml r t 19 31 Paye 3 Montréal, Novembre 1931 [VUEjVpCEE DÉFENDONS NOTRE LANGUE Revue mensuelle Président-Directeur: Noël-E.Lanoix Rédacteur en chef.Jean Bruches! Pages féminines.marjolaine Bureaux: 320 est, rue Notre-Dame Tél.HArbour 6195 Représentants: G.-M.Rae, Toronto J.-W.Hastie, New-York Franklin-E.Wales, Chicago Thomas-J.Stobart, Londres, Ang.PRIX D'ABONNEMENT: Canada: 1 an____$1.50 — EUts-Unii: 1 an.»2.00 S, ommaire Défendons notre langue.3 Jea-n Bruchesi Poésies .* Josette-Alice Bernier - Alfred Droin Pour une architecture vivante.5 Henri Girard Une protestation de Murray's.6 J.B.Un artiste disparu: Lucien Lachance.6 M.G.L.La sculpture chez nos tribus indigènes.7 Marius Barbeau Page littéraire.8 J.B.Mariage arabe." Sadok Resouka Réminiscences ontariennes.46 Renée des Ormes Le secret pour acquérir une personnalité 16 Puisqu'elle le désire .21 Agréable et confortable.28 Les modes.31-36 Les entrées chaudes.™.44 En causant.47 Le courrier du mois.49 La Petite Poste.54 Etudes Graphologiques.64 Marjolaine Curiosités de la nature.4 La Vie Canadienne.10 En Collaboration ROMAN L'ANCÊTRE Par Evcline Le Maire C'est la lutte d'une volonté de femme contre la puissance mystérieuse du regard d'un étranger que la jeune fille a rencontré sur le paquebot qui la ramène en France, et qui se retrouve sans cesse sur son chemin.11 Par Jean BRUCHESI DEPUIS plusieurs mois déjà, il se poursuit une grande campagne de publicité en faveur des Canadiens français de la Saskatchewan et cette campagne a redoublé d'intensité ces dernières semaines.Nos lecteurs savent, soit qu'ils aient lu les différents journaux de cette province, soit qu'ils se souviennent des articles parus dans La Revue Moderne, au milieu de quelles difficultés se débattent — magnifiquement, disons-le — nos compatriotes de l'ouest.Ils n'ignorent pas que le gouvernement conservateur de M.An-derson, faisant fi de la justice, des droits naturels et de l'histoire, plus préoccupé de plaire aux loges maçonniques que de travailler au maintien de l'unité nationale, s'est donné pour tâche de bannir le caractère religieux des écoles publiques, fréquentées très souvent par une majorité de catholiques, et d'y supprimer l'enseignement du français.Dans un pays officiellement bilingue pourtant, où nous sommes arrivés les premiers, que nous avons découvert et colonisé dans la plus grande partie, mais où nous formons une minorité, nos adversaires, plus ou moins conscients, ne nous laissent pas un moment de répit.Il est écrit que nous serons toujours sur la brèche — ceux d'entre nous du moins qui ne'sont'pas encore prêts à "dételer" — pour défendre, en un point quelconque du territoire, notre langue, nos institutions et nos droits.Il y a cent ans et plus, nos pères luttaient pour obtenir la reconnaissance de leurs libertés politiques en invoquant les principes mêmes de la loi commune anglaise.Et quand l'union complète se fut momentanément produite autour de LaFontaine — comme on le rappelait l'an dernier, à l'occasion du centenaire de cet illustre homme d'Etat — la victoire nous sourit, nos droits furent reconnus.Plus tard, grâce à notre bonne volonté et à notre collaboration, la confédération canadienne devint une réalité.Mais la condition primordiale de son existence et de son bon fonctionnement était le respect des droits de chacun, la parfaite égalité, en face de la loi, des deux groupes ethniques qui s'unissaient pour constituer un puissant Etat.Généreux — nous le sommes souvent jusqu'à la bêtise,— nous avons alors accepté le travail en commun et fait confiance au pacte qui rapprochait les vainqueurs et les cédés d'autrefois.Depuis, la lutte n'a pas cessé.Dans toutes les provinces de la Puissance,— sauf dans le Québec où la majorité française et catholique a fait preuve, à l'égard de la minorité anglaise et protestante, d'un esprit de justice et de tolérance sans égal, au dire môme de cette minorité, et où nous nous heurtons à l'indifférence et aux idées fausses de trop des nôtres — dans toutes les provinces originaires de la Confédération comme dans celles qui, par la suite, adhérèrent au pacte, nous avons eu à nous défendre.Quand ce n'était pas au Manitoba, c'était dans le Nou-veau-Brunswick ou la Nouvelle-Ecosse; quand les faits nous eurent donné raison en Ontario, la bataille recommença en Saskatchewan.Elle y dure encore; et c'est pour venir en aide â nos compatriotes de là-bas que les appels se multiplient depuis quelque temps, dans la presse et à la radio.Ce qui importe, par ce temps de crise générale, ce n'est pas de faire l'union de tous les cœurs et de tous les bras, ce n'est pas de collaborer, dans un même esprit, au progrès du Canada, chacun restant libre de garder son caractère ethnique, ses particularités de croyance, de langue et de culture; ce n'est pas de chercher à résoudre les problèmes particuliers à la Saskatchewan.Non! Non! Mais parlez-nous de brimer les descendants des découvreurs et des défricheurs de l'ouest, de s'attaquer à la langue qui a été, en Amérique du Nord, le premier a véhicule de la civjji^v*j»^y^ienne, de s'en prendre à des religieux et à des religieuses coupables d'enseigner les principes qui font les bons citoyens.Tout cela est bien triste, à une époque où l'on se plait à souligner la prétendue intolérance des régimes d'autrefois comparée à la "liberté" qui caractérise, paraît-il, notre siècle."Mais, comme l'écrivait l'infatigable apôtre qu'est M.Raymond Denis, tout ceci ne nous inquiète pas outre mesure, parce que nous sommes bien déterminés à maintenir l'enseignement du français dans nos écoles, malgré toutes les lois qui pourront être votées, comme nous sommes bien décidés à garder nos religieuses Pour cela, il faut une forte dose de courage, une énergie inlassable, une ténacité à toute épreuve, l'étroite union des intéressés, de l'initiative et de l'esprit combattif.Mais il faut aussi le "nerf de la guerre": l'argent.Nous ne soulignerons jamais assez les innombrables sacrifices généreusement consentis par nos compatriotes'de la Saskatchewan pour soutenir leur'Association catholique franco-canadienne, leur vaillant journal, Le Patriote de l'Ouest, leurs maisons d'enseignement libre, leurs œuvres de charité et leurs paroisses.Ils reconnaissent eux-mêmes qu'ils ont reçu, dans leurs diverses campagnes en faveur du Patriote de l'Ouest ou des concours de français — le septième avait lieu au printemps dernier — l'appui financier de leurs frères de l'est.Mais cela ne suffit pas.C'est pourquoi, invités du reste à la faire, nos compatriotes de la Saskatchewan se sont adressés à nous, encore une fois.Dans cette nouvelle campagne de souscription, amorcée par la Sooiété Saint-Jean Baptiste de Montréal qui vient de donner naissance à un comité de la Pensée française, notre devoir est tout indiqué.Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ce qui se passe en Saskatchewan, ni nous boucher les oreilles à l'appel de nos frères de l'ouest.Toute atteinte portée aux droits et aux libertés de ces derniers est, au fond, dirigée contre nous.Toute défaite de nos compatriotes des autres provinces sera notre défaite, comme leur victoire sera notre victoire.Répondons généreusement.Il ne faut pas des millions.Si 300,000 Canadiens français envoyaient chacun 25 sous à la Société Saint-Jean-Baptiste, celle-ci pourrait remettre $75,-000 à nos compatriotes de la Saskatchewan.Et 25 sous, c'est un paquet de cigarettes ou un billet d'entrée dans un cinéma de quartier.Qui peut refuser une somme aussi modique ?Nous trouvons, quand nous le voulons, de fortes sommes pour nos amusements, quand ce n'est pas pour spéculer follement en bourse.Et, après des appels multipliés, après des mois et des semaines, nous n'avons pas réuni 85,000,00 pour permettre à nos frères de la Saskatchewan de maintenir leur organisation de défense scolaire! Que faisons-nous donc de ce patriotisme dont nous sommes si fiers au moins une fois par année?Dans quelles oubliettes avons-nous enseveli notre devise: "Je me souviens" ?La Revue Moderne veut faire sa part, si modeste soit-elle.Nos lecteurs trouveront à la page 4 de ce numéro un bulletin de souscription.Qu'ils le remplissent, quelle que soit la somme, et qu'ils nous le retournent.Nous transmettrons, en leur nom, à qui de droit les montants reçus.Nous avons des abonnés en Saskatchewan.Plusieurs nous écrivent qu'ils sont incapables de payer les réabonnements dus.Ils continueront de recevoir quand menu la revue qui leur apportera les voix du Québec et peut-être aussi un encouragement dans la lutte.Une revue comme la nôtre ne sert-elle pas les intérêts de la langue française le >i squ'elle distribue de la bonne littérature dans les loyers d'où elle voudrait chasser tous les magazines (Suite à la page j) Page La f?e.v.u e .M o.d.e r.ne — Montréal, Novembre 1 9 *l 1 LE JARDIN :DU POETE CET AIT TOI Je comprends maintenant cette facilité Que j'avais d'être heureuse et d'aimer toute chose, Pourquoi j'avais guéri de mon âme morose, Pourquoi tant de douceur] pourquoi tant de clarté] Je croyais qu'être heureux, c'était bien ordinaire.Le bonheur m'avait fait le coeur impertinent.Tu fis bien de partir: je comprends maintenant Ce qui me transformait les choses familières.Tout est redevenu âpre comme autrefois: Le vouloir, le désir, la pensée et la peine; Comme autrefois, je suis redevenue humaine, La résignation a remplacé la foi.Mais depuis, comme il fait sombre et froid sur le monde ! Comme j'ai peine à voir où je risque mes pasl Alors, cette clarté, c'était toi tout cela?Je comprends, je n'ai pas besoin que tu répondes.Jovette-Alice Bernier D'un livre en préparation: "Mon Deuil en rouge".LE JOUR ETERNEL Voici l'obscurité.Sur l'infini des choses.On sent l'ombre tisser diligemment ses rets: Dans le duvet des nids dorment les ailes closes; Mon regard cherche en vain le fuseau des cyprès.Silence.Des lueurs.Vagues paillettes blanches Qui rendent plus profond le manque de clarté] Plus rien, ni sol, ni ciel: Des fantômes de branches.Le foin nouveau répand son arôme exalté\ Des parfums dans du noir; mes yeux sont inutiles.Je suis moins qu'un grillon aux pentes d'un talus: L'herbe entrave mes pas de ses liens mobiles; Les sentiers familiers, je ne les connais plus.Et pourtant, visité par de brûlants éclairs, L'esprit, rebelle au joug de la chair qui le nie, Evoque tous les feux épars dans l'univers, Tous les astres dont Dieu gouverne l'harmonie.Et tandis qu'ici-bas notre soleil s'éteint.Je vois d'autres soleils, foyers multicolores, Nourrir de leur ardeur un éternel malin Et féconder la nuit d'un milliard d'aurores.Alfred Droin (Ecrit spécialement pour La Revue Moderne) CURIOSITES DE LA NATURE Photo C.N.R.LE MASCARET DE MONCTON Il arrive parfois que les marées produisent, à l'embouchure de certaines grandes rivière» ou de certains lleuves, des phénomènes qui ne sont pas sans danger pour la navigation.En temps normal, le courant du fleuve ou de la rivière est assez fort pour lutter contre le flot montant.Mais, à l'époque des grandes marées, le courant n'est plus assez fort pour se maintenir en face du flot qui s'avance rapidement, sous forme de vagues énormes et puissantes.Celles-ci emportent tout sur leur passage.Quand le choc se produit, ces vagues plus ou moins hautes remontent à l'intérieur, sous la poussée du large, avec une force d'autant plus développée que le lit du fleuve ou de la rivière est plus étroit.Un tel phénomène, qu'on appelle aussi barre de flot, barre d'eau ou raz de marée, se manifeste dans tous les pays maritimes.Nous donnons ici la photographie du mascaret de Moncton.Non loin de cette jolie ville du Xou-veau-Brunswick, où habitent un grand nombre de nos frères acadiens, la rivière Petitcodiac fait un brusque détour à un endroit appelé La Courbe (The Bend), avant de se jeter dans la baie de Shepody.La marée, qui remonte la baie, depuis sa large embouchure jusqu'à l'estuaire en forme d'un entonnoir, a une amplitude moyenne de cinquante pieds.Il se forme alors un mascaret dont la hauteur varie entre quatre et six pieds.Les vaisseaux, qui étaient à sec et inclinés sur le flanc, se redressent, et le lit vaseux de l'estuaire se transforme tout à coup en large bras de mer.Pour ne pas être emportés par le courant ou brisés, les petits navires sont contraints de s'échouer sur la cote.Photo C.N.R.CHUTES REVERSIBLES A SAINT-JEAN A l'entrée du port de Saint-Jean (N.B.) la rivière du même nom, devenue forcément très étroite, coule à travers un canal ou gorge formé par des murailles rocheuses hautes de cent pieds.Cela est cause de l'unique phénomène de chutes réversibles qui soit peut-être au monde.Large d'un demi-mille à Fredericton, et encore plus large en d'autres endroits, la rivière Saint-Jean est ainsi renfermée, sur une distance de 400 verges, dans ce canal qui a tout juste 400 pieds de largeur.Or, dans le port même de Saint-Jean, l'amplitude de la marée atteint 25 pieds.L'étroitesse du canal rend impossible le passage rapide des eaux au moment des marées montantes ou descendantes.A cause de cela, le flot de la marée montante ou descendante ne peut passer rapidement par le canal.A marée basse, par exemple, le niveau de la rivière Saint-Jean varie de 11 à 15 pieds au-dessus de la mer.A marée haute, c'est le niveau de la mer qui est de 8 à 12 pieds au-dessus de la rivière.D'où, à chaque marée, la formation de deux chutes: une à la marée montante, l'autre à la marée descendante.Quatre fois par jour seulement, pendant 10 ou 15 minutes chaque fois, il y a égalité de niveau, ce qui permet aux navires de passer.Le reste du temps, le passage est dangereux ou même impossible, suivant l'amplitude de la marée. La Revue Moderne — Montréal, Novembre 19 31 l' par le* plu* eritnilN chefn de QBMm el dl^létUle» In.ompnrjiltlf pour frl-I un- .i Nulitde*.CORN STARCH BENSON Ce livre de recettes primées vous sera expédié sur réception de 10c.Ktmplitin.tt (ouptn The CANADA STARCH CO., Limited, Montréal Veuille! m'envoyer votre livre de recettes.Ci-inclus 10c pour couvrir 'es Irais de poste.Nom.___ Adresse.Ville Page 20 La Revue Moderne — Montréal, Novembre 1931 L'ANCETRE pas malade "seulement fatiguée" ELLE se propose toute une journée de travail, mais dès le midi elle est déjà brisée de fatigue.Le soir, elle ne songe plus qu'à se mettre au lit.Ce n'est pas de la paresse, c'est un malaiae.C'est le nom que les médecins donnent à cette lassitude mentale et physique qui enlève toute ambition personnelle.Et cet état est dû généralement à une cause si facile à contrôler.Trop d'acide dans le système amoindrit votre vitalité.Le moindre effort occasionnne un mal de tête, ou, dans un autre cas, vous avez continuellement le rhume.Vous n'avez plus d'appétit; ce que vous mangez vous cause une aigreur d'estomac.Les intestins sont paresseux et l'haleine est mauvaise.Ce sont là des preuves que vous avez besoin de plus d'alcali que vous en fournit la nourriture que vous prenez.Les médecins precrivent fréquemment le Lait de Magnésie de Phillips pour remédier à cet état.Par ce moyen, la balance normale alcaline est vite équilibrée et le surplus d'acide rapidement neutralisé.C'est la méthode scientifique — la méthode des médecins — pour obtenir ce que prendraient des semaines et des mois de diète.Important: Les résultats remarquables de ce traitement alcalin ne sont pas attachés à tous genres de magnésie ou à toute préparation portant l'étiquette "Lait de Magnésie".Servez-vous du produit recommandé connu sous le nom de Lait de Magnésie de Phillips qui garantit une parfaite suspension colloïdale de magnésie.(Fait au Canda.) Phillips' •v\ilk l Magnesia Elle attendit en tremblant qu'il retournât sa carte, Grâce à Dieu! ils étaient adversaires.Un sourire aux lèvres, elle s'assit en face de M.Barousse, le dos tourné aux joueurs de la première table.Mme Pascal faisait le jeu.— Je passe parole, déclara-t-elle.M.Marteville compta lentement ses cartes.Depuis que Geneviève était là, il n'avait pas encore parlé.Pendant une seconde, elle resta suspendue au mot qu'il allait dire, avec le désir fou et maladif d'entendre sa voix.Quel serait ce mot, ce premier mot de l'être mystérieux qui troublait tant son âme?On lui avait dit, sans qu'elle eût jamais voulu y croire, que les cartes ont une signification prophétique, que trèfle veut dire "fortune", cœur, "amour", carreau, "intelligence et volonté", pique "malheur".Ce jour-là, elle y croyait et tremblait devant le mot inconnu, comme à l'approche du destin.— Eh! bien ?demanda Mme Pascal — Carreau.Il dit cela nettement, d'une voix grave, un peu sourde.Et Geneviève fut secouée du même choc qui l'avait ébranlée, lors de son premier regard, sur le pont du Suf-folk; ce fut une impression douloureuse de peur et de révolte, avec une vague réminiscence inexplicable, quelque chose de déjà entendu.Cette impression fut brève, suivie aussitôt d'un sentiment exquis de délivrance: "Carreau" ne voulait rien dire, en somme, elle avait tant redouté "cœur" ou "pique"! — Ah! ça, mais je deviens folle, conclut-elle.La partie commença silencieusement.M.Marteville donnait, sans mot dire, les cartes que lui demandait sa partenaire.Pas une fois il ne leva les yeux sur Geneviève, pas une fois Geneviève ne le regarda.Pourtant, elle se sentit sûre qu'il était occupé de ses moindres gestes, sûre qu'il devinait sa préoccupation et ses pensées.Cette certitude la gêna, le malaise qu'elle avait ressenti plusieurs fois en sa présence, connue ou soupçonnée, devenait intense ce jour-là.Elle joua mal, l'indignation de M.Barousse à chacune de ses fautes l'irrita, des larmes lui vinrent aux yeux, une peur étrange lui serra la gorge; elle aurait voulu fuir, aller n'importe où, mais ne pas rester là si près de lui.D'un mouvement brusque, M.Marteville recula sa chaise, se leva et fit quelques pas dans la direction de la pelouse.Geneviève respira plus à l'aise, elle osa rire d'une saillie de son partenaire et, humblement, promit de se rappeler à l'avenir que l'as de cœur n'était pas encore tombé M.Marteville s'était arrêté, face au tennis.Son ombre allongée se bossuait sur un massif de fougères, montait en biais sur la table de jeu, et se terminait onduleuse comme sa chevelure épaisse, sur les mains de Geneviève Rollay.Celle-ci, tout à fait rassurée, joua un moment à y cacher sa dernière carte, un sept de pique, avant de la jeter sur la table; puis l'ombre glissa, laissant dans la lumière les mains de la jeune fille, et la petite carte morose disparut sous un atout glorieux jeté d'en face, un roi de carreau, tout éblouissant de soleil.Cette partie de bridge fut si sérieuse que les joueurs échangèrent à peine quelques mots.Quand Mme Pascal et M.Marteville eurent gagné le robre, et que M.Barousse eut marmotté que, dans de telles conditions, il était impossible de ne pas perdre, les joueurs de l'autre table s'approchèrent et l'on causa.Madeleine était venue, sous les platanes, se reposer un peu.Ce fut elle qui demanda s'adressant à M.Marteville: — Mon cousin, êtes-vous toujours décidé à vous installer par ici ?La voix nette et sourde qui impressionnait tant Geneviève répondit: — Oui, Madeleine.— Avez-vous trouvé le toit et les quatre murs que vous cherchiez ?Je cite votre expression textuelle, mon cousin.— J'ai trouvé mieux que cela, Madeleine, une jolie chaumière, une vraie, couverte de vrai chaume et entourée d'un jardin, à deux cents mètres du village.La femme qui me l'a louée l'appelle "la maison Rousseau".— Je connais! Non, c'est pour rire, vous n'allez pas habiter là! — Pardon, Madeleine, j'y entre demain.— Alors, c'est^sérieux ! fit Mme Pascal étonnée.— Que voulez-vous ma cousine! faute de grives.Et puis, sincèrement, ma chaumière me plaît beaucoup.— C'est pas ce que je voulais dire, reprit Mme Pascal, je demande: c'est donc sérieux, cette idée de vous installer à Saint-Rémy.— Vous le voyez, ma cousine.— Je vous avoue que je n'y croyais guère, continua Mme Pascal.Et votre saison à Aix ?— Je ne la ferai pas, ma cousine.Si M.Marteville avait regardé Geneviève, il l'aurait vue pâle comme une morte, les lèvres blêmes et tremblantes, mais il regardait obstinément les brunes arabesques faites par l'ombre d'un arbre sur le sable de l'allée.Très calme, très maître de lui-même, avec peut-être un peu de défi dans la voix, il répondait à toutes les questions.Mme Rollay se leva, donnant le signal du départ.Des groupes se formèrent pour les adieux.Dans l'un d'eux, on commentait la décision du cousin Marteville.— Conçoit-on qu'on vienne habiter une chaumière quand on possède un des plus beaux châteaux de Normandie, et qu'on est riche à millions! gémissait Mme Pascal.— C'est un caractère impossible, affirma M.Barousse.Pendant ce temps, Geneviève s'était éloignée.Ne voulant donner à personne le spectacle de son trouble, elle attendit d'être calmée pour dire adieu à ses amis.Elle revenait lentement par un petit sentier caché sous les clématites en berceau, quand elle se trouva soudain face à face avec l'homme qu'elle fuyait.— Décidément, il était écrit que nous nous rencontrerions, Mademoiselle, dit-il très grave.Elle répondit: — Tout est écrit là-haut, Monsieur.Ce furent les premiers mots qu'ils échangèrent.X Les de Saint-Ogan arrivèrent au premier appel de Mme Rollay.Le samedi suivant ils débarquaient aux Platanes, elle toute menue, vive, gracieuse, fort satisfaite d'échapper pour quelque temps à l'hospitalité d'une belle-mère sans charme; lui, aimable, correct, soumis comme toujours à sa jolie Marianne.Profitant d'un moment où Geneviève n'était pas là, Mme Rollay souffla à l'oreille de la jeune femme: — Je vous serai très reconnaissante de secouer ma grande fille qui ne veut plus sortir et devient une vraie sauvage .Puis-je compter sur vous ?— Soyez tranquille.L'après-midi de ce même jour, lorsque les trois dames, leur broderie à la main, se furent installées sur la terrasse, Mme de Saint-Ogan dit à Geneviève: — Quels sont tes projets pour mon séjour ici ?Moi j'en ai quelques-uns que je te soumettrai ensuite.Geneviève rougit; elle n'avait aucun plan pour la visite de son amie, elle y avait même si peu pensé que son arrivée l'avait presque surprise.Comment avouer cela! Elle mit précipitamment dans sa tête l'ébauche de quelques occupations et répondit: — Nous ferons ce que tu voudras, Marianne, tu n'auras qu'à choisir, le repos, la promenade, le bridge.— Mes projets à moi étaient plus ambitieux, reprit Mme de Saint-Ogan, malicieuse.Je n'ose pas le dire.— Va toujours.— Alors .J'ai un désir fou de faire du canotage! Naturellement, il n'y a pas de rivière, ni de lac près de chez ma belle-mère, il n'y a rien d'amusant là-bas.Aussi, quand j'ai dû venir aux Platanes, ai-je immédiatement pensé à l'Arbelle.C'est un bijou, cette rivière-là! — Ce sera bien facile de vous faire plaisir, Marianne dit Mme Rollay.— Quel bonheur! Tu m'apprendras à ramer, n'est-ce pas, Geneviève?— Hélas! je ne sais guère moi-même, répliqua Geneviève.Si Georges était là, tu aurais un professeur de première force, mais moi!.— Alors, qui me donnera des leçons ?— Ton mari.— Oh! ma chère, quand on a, comme lui, passé les trois quarts de sa vie dans un pays où l'onde perfide est représentée par un abreuvoir bourbeux et quelques puits, on ne sait même pas ce que c'e9t qu'une rame.Du reste, ajouta-t-elle d'un air entendu, je n'ai pas I intention d'emmener Robert partout avec moi, il faut qu'il travaille.Tiens, voilà du monde.Dans l'allée qui montait en pente douce jusqu'à la terrasse, deux personnes venaient.Elles étaient encore loin, à demi-cachées par les branches d'un cèdre, au premier plan; pourtant Geneviève reconnut aussitôt Mme de Gailly et M.Marteville.— Qui est-ce?demanda Mme Rollay.Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais les sons ne vinrent pas à ses lèvres.— C'est une vieille dame et un monsieur, dit Marianne.Ah! je reconnais Mme de Gailly.Comme elle est devenue vieille! Quelques instants plus tard, les visiteurs arrivèrent sur la terrasse.Mme de Gailly semblait un peu gênée.— Oui, oui, je vais très bien, merci, répondit-elle aux questions qu'on lui posait, mon rhumatisme n'est plus qu'un mauvais rêve.Vous avez déjà rencontré dimanche mon cousin Paul Marteville, je n'ai donc pas à vous le présenter.Il doit passer l'été à Saint-Rémy et vous fait une visite d'arrivée aujourd'hui.Mme Rollay, très gracieuse tendit la main à son visiteur en lui disant un mot de bienvenue.Quant à Geneviève, elle était si occupée à ramasser les laines et les soies de sa tapisserie qu'elle s'inclina simplement sans un geste d'accueil.Marianne de Saint-Ogan avait vu Mme de Gailly quelques années plus tôt; elle s'empressa de renouveler connaissance.Grâce à son verbiage, le petit groupe eut un faux air d'animation.On parla des récoltes qui s'annonçaient médiocres, de la vendange prochaine, du charme de la campagne bourguignonne; et par un adroit détour, la jeune femme toute à son idée put enfin parler de l'Arbelle et prononcer le mot "canotage".— Ça y est! pensa-t-elle contente.— Le canotage est en effet une des grandes distractions de la contrée, déclara la châtelaine de Gailly.Marianne tourna son visage souriant vers M.Marteville et demanda: — Savez-vous ramer, Monsieur ?— Oui, Madame, assez bien.— Alors c'est parfait, s'écria-t-elle en frappant dans ses mains, me voilà sauvée, si vous voulez me donner des leçons, puisque Geneviève prétend qu'elle n'en est pas capable.Il regarda Geneviève qui travaillait sans mot dire.— Je serai très heureux de vous donner des leçons, Madame, répondit-il lentement.— Alors, c'est entendu! s'écria-t-elle ravie.Quel jour êtes-vous libre ?¦— Tous les jours, Madame.— Moi aussi, naturellement.Et toi, Geneviève ?Celle-ci, l'oreille tendue, ne perdait pas un mot de la conversation.— Quel jour seras-tu libre pour une promenade en barque ?poursuivit Marianne.— Je ne suis jamais libre .j'ai tant à faire! répondit Geneviève d'une voix blanche.Mme de Saint-Ogan se rappela les paroles de Mme Rollay: "Geneviève devient une sauvage, nous comptons sur vous pour la secouer un peu".Aussi reprit-elle d'un air à demi-fâché et protesta-t-elle: — Ma chère petite, je suis certaine que tes occupations sont des plus importantes, mais tant que je serai ici, tu n'en auras pas de plus sacrée que de te dévouer à ma précieuse personne.Quel jour irons-nous en barque ?— Je n'aime pas les promenades sur l'eau, gémit l'interpellée.— C'est possible, mais pour ne pas m'en priver tu pousseras l'abnégation jusqu'à en faire quelques-unes, n'est-ce pas?Je savais bien que tu dirais oui, tu es si gentille.Geneviève n'avait pas dit oui, mais elle ne pouvait dire non.Tout, en elle, se révoltait à l'idée de la chose projetée; cependant, ses lèvres mues par une puissance étrangère prononcèrent un "oui" distinct tandis qu'elle frissonnait sous le regard retrouvé de l'homme du "SufTolk".— Hourrah! cria Marianne Alors ce sera pour lundi si vous le voulez bien.Pourra-t-on nous prêter le bateau de Georges?— Sans doute.— A lundi ?— A lundi.(.Suite à la page 22) La Revue Moderne — Montréal, Novembre 19 31 Page 21 Puisqu'elle le désire, pourquoi ne pas la laisser cuisiner 1 LES vieilles sentences ne sont pas toutes d'absolues vérités.Cependant, celle qui dit que "l'arbre penche du côté que le pousse le vent" en est une bien en rapport avec le sujet qui nous intéresse.En effet, si une jeune fille a un attrait marqué pour l'art culinaire, pourquoi ne pas encourager son penchant, incliner gentiment le rameau du bon côté en cultivant son talent et en lui permettant de développer ses capacités?Rien n'est plus aimable pour une maman que de voir sa fillette à l'oeuvre, que de lui enseigner les petits secrets des bons plats, que de l'initier de bonne heure à la tâche de ménagère, et surtout de constater ses progrès.Toutes celles qui commencent jeunes ne le regrettent jamais.On entend souvent des mères dire: "Oh! ma fille n'aura pas à s'occuper de cuisine".Cela se peut.Mais encore, celles-là qui semblent destinées à la faveur de la fortune, sont-elles assurées de ne jamais être obligées de se servir elles-mêmes ?Ne doivent-elles pas être préparées à se tirer d'affaire au besoin, à être des mai-tresses de maison compétentes si elles en ont la charge, à savoir conduire les autres si tel est le cas?L art culinaire devrait être à la base de toute bonne éducation.C'est un point essentiel qui embrasse tout à la fois l'ordre et l'économie, ce dont nos jeunes filles ont plus besoin que de savr danser.Celle qui s'entend en cuisine, qui sait la manière de préparer et présenter les plats, conduira sa maison avec succès et se révélera maîtresse de maison accomplie, quelque soit le nombreux personnel qu'elle aura sous ses ordres.Il ne faut jamais refuser à l'enfant le plaisir de faire un gâteau, une crème ou un potage, mais au contraire l'aider de vos conseils et de votre .patience.Jouer à la cuisine ne satisfait pas leur ambition et rien n'est plus encourageant que le succès.Ce qui veut dire que si la fillette commence par vous aider ou faire quelques petits plats faciles qui réussissent bien, elle aura à cour de faire plus et mieux, et elle le fera avec courage et joyeusement.Un bon moyen serait d'ajouter un plat très simple à à votre menu du diner ou du souper, une gelée, par exemple, et d'en confier l'exécution à la cuisinière en herbe en lui donnant tout ce qu'il faut pour la préparation, en lui disant comment procéder et en lui aidant si nécessaire.Cela lui permettrait d'exercer son habileté et l'habituerait à se rendre utile.Puis, en servant la gelée — ou tout autre plat — maman pourrait dire un mot du met si bien réussi et de la bonne volonté de l'enfant.Ce en quoi les autres membres de la famille pourraient l'imiter.Ce serait la meilleure récompense et donnée avec raison.La préparation de la pâte à "cookies" n'est pas trop difficile pour les commentantes.Elles peuvent aisément mesurer la farine, le sucre, battre les œufs, travailler la pâte.On la met au froid dans le réfrigérateur et en quelques minutes elle est prête à rouler et à couper.Il est préférable de choisir de petits ustensiles pour ces petites mains afin qu'elles puissent s'en servir sans difficulté, par exemple, la batteuse à «vufs, la cuiller à battre la pâte, le rouleau.Un pâté de pommes de terre n'est pas à dédaigner; d'une confection rapide, il aura vite la faveur des fillettes, et pendant la cuisson, elles pourront employer leur activité à préparer une coupe de fruits ou une salade.Les mères constateront avec quelque surprise, quelle ingénieuse combinaison de couleurs conçoivent ces jeunes imaginations et quelles jolies décorations elles inventeront.Il ne s'agit que de les encourager.Nous apprenons toutes par la pratique.Certains gâteaux peuvent aussi leur être confiés, et quand les jeunes cuisinières les réussissent parfaitement, quelle joie est la leur d'entendre la famille en vanter la saveur.Pourquoi ne pas initier les petites filles à ce plaisir qui les rend utiles et les habituer à bien employer le temps?Cela doublera leur ambition de savoir qu'une part du menu est leur a uvre.Personne n'aime à faire quelque chose qui n'est pas apprécié.Sous ce rapport, les fillettes sont comme les grandes personnes, elles ont des idées surprenantes, et quand elles mettent toute leur bonne volonté à atteindre le succès, les mères doivent reconnaître leurs efforts par un mot d'éloge qui est tout un encouragement.Si vous êtes aussi intéressées que vos fillettes, les résultats seront merveilleux.En leur enseignant la manière de procéder quant aux Quantités et \ I i tmnAfmturn Ait f#»•«¦• ;-I-.- I- véritable sens de la cuisine qui est de savoir la valeur des aliments et leur emploi pratique.Elles feront rapidement la différence entre les modes de préparation, la durée de la cuisson et la manière d'opérer.Les enfants sont aptes à comprendre plus qu'ils ne voient, ils sont intuitifs.Et la petite fille qui a le goût de la cuisine montre un esprit pratique et un jugement sûr, car sans ces qualités elle n'aurait pas cet attrait.C'est un grand talent que celui d'être bonne cuisinière.De grandes artistes, des cantatrices, peintres, écrivains, estiment leur habileté dans l'art culinaire tout autant que leur art.Ce leur est une délicieuse distraction.Et toutes celles qui ne vivent pas sous l'œil du public, sont hautement admirées de leurs compagnes quand elles ont la renommée d'être de bonnes cuisinières.C'est réellement un honneur pour une femme et très flatteur pour elle que de posséder cette réputation parmi ses connaissances et ses amies.Puisque la richesse, le rang social et le génie sont orgueilleux de l'art culinaire, si parmi les intelligents du monde, la bonne cuisine est considérée comme un véritable trésor, le désir de cuisiner que témoignent les fillettes, devrait recevoir tout l'aide et tout l'encouragement possibles. Page 22 La Revue Moderne — Montréal, Novembre 19 31 iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiainiiininiiiiui L'A N C E T R.E La Santé de (Suite de la page 20) Votre Enfant Vous Préoccupe-t'elle ?Peu importe la quantité de bonne nourriruxe que vous donnez à votre enfant, s'il n'est pas heureux, en santé et s'il ne profite pas comme il le devrait.Les enfant ont besoin d'une nourriture qu'ils puissent assimiler et qui leur donne juste les ingrédients d'aliment nécessaires à leur croissance et leur développement.Les résultats dans les milliers de cas ont prouvé que Virol est un merveilleux facteur de santé pendant les années critiques de l'enfonce et de l'école.De plus, les bénéfices restent —Virol agit pour la vie.Fait le* Beaux Enfant* Port* a A2P — Cette petite Saint-Ogan fait des miracles, chuchotait Mme de Gailly à l'oreille de son amie.Ma parole! elle est en train d'apprivoiser mon ours, je ne le reconnais plus.Après le départ des visiteurs, un silence morne pesa sur la terrasse.Marianne elle-même prise dans cette gêne, n'osa pas parler tout de suite .L'attitude de Geneviève, pâle et déprimée, l'inquiéta.Pour chasser ce malaise, elle se leva d'un bond et entraîna son amie jusqu'à la rampe de pierre enguirlandée de géraniums odorants.— Ce monsieur est drôle ne trouves-tu pas?dit-elle enfin pour rompre le silence.Geneviève répondit: — Je ne trouve jamais drôle ce qui me déplaît.— Quand je dis drôle, je ne veux pas dire amusant, protesta Marianne, je veux dire .pas ordinaire.Alors il te déplaît ?— Horriblement.Pendant toute la matinée du lundi suivant, Geneviève espéra qu'un orage éclaterait vers midi.L'air était lourd, chargé d'électricité; au dehors, les fleurs sans éclat se penchaient sur leurs tiges.Dans la maison, il fallait tenir les fenêtres closes pour pouvoir respirer un peu.Trois fois, Geneviève sortit sur son balcon pour surveiller les progrès d'un nuage qui pointait au-dessus des vignobles.Elle le vit grossir, s'approcher du soleil où tant de lumière l'imprégna qu'elle en fut éblouie, puis, il continua son voyage, coupant en biais la voûte céleste, et courut à l'horizon où il disparut.Vers une heure, un peu de vent frôla les arbres engourdis, un oiseau chanta parmi les marronniers, quelques volubilis entr'ouvrirent leurs conques nacrées.— Je crois décidément que l'orage ne sera pas pour aujourd'hui, déclara Mme de Saint-Ogan.Quel délice qu'une promenade sur l'eau par un temps pareil! A quatre heures, M.Marteville vint chercher les deux amies.Cette fois, il ne s'approcha pas de Geneviève, pour la saluer, et sans perdre de temps, tous trois traversèrent le parc et se rendirent à la prairie où coulait la rivière.Le parc était grand, la chaleur encore lourde.Geneviève se sentait triste à mourir; la piqûre des insectes, leur bourdonnement, et surtout la voix de Marianne l'irritaient.De l'autre côté du mur qui fermait le parc, c'était la prairie sans arbres.Les pas des promeneurs éveillaient des myriades d'insectes qui voletaient et sautaient avec des crissements et des bourdonnements.Ce fut enfin l'Arbelle aux rives enfouies dans les roseaux et cachée sous les saules, la barque blanche et verte était à l'amarre, dans une petite crique.Marianne poussa un cri de joie.— Enfin! me voilà au comble de mes vœux, dit-elle.Dépêchons-nous de commencer.Et la barque, se frayant un passage entre les joncs et les nénuphars, fut bientôt au milieu du courant.— Maintenant, je travaille, avec votre permission dit Mme de Saint-Ogan.Elle s'assit à côté de M.Marteville et, bous sa direction, s'efforça de ramer.H.- i.iT.nï.l.ni.hi |» nihlcment soulevées, retombèrent avec un grand bruit, une gerbe de gouttelettes éclaboussa les trois promeneurs, Marianne se secoua en demandant pardon.Deux ou trois fois encore l'eau jaillit sous son effort tenace, sans que le bateau bougeât.Enfin, rendue plus calme par son insuccès, elle accepta le concours que lui offrait son voisin et la Musette remonta l'Arbelle avec un bruit léger de soie qu'on déploie.Geneviève tenait le gouvernail.Son grand chapeau blanc mettait ses yeux dans l'ombre, mais sa bouche fine aux lèvres rouges, restait ainsi en plein soleil.L'homme placé en face d'elle oublia tout, la rivière onduleuse, les saules en détresse, la r.nnr qu'il tenait, pour ne voir que le pli triste de cette bouche et, dans l'ombre du chapeau, les grands yeux pleins de rêve; il chercha la pensée de ces yeux, leur secret troublant ; il y appuya son regard | Geneviève, le cœur gonflé, ne vit et n'entendit plus rien.— Mon Dieu, mon Dieu! nous chavirons! Mme de Saint-Ogan, cramponnée à sa rame, poussait des cris perçants.La Musette, mal conduite et mal gouvernée, avait buté contre la rive, à un tournant brusque de l'Arbelle.Son avant, pris dans les joncs, était soulevé par les plantes qu'il écrasait.Un mouvement de Marianne fit incliner la barque sur la gauche et l'arrière s'enfonça doucement.En un clin d'oeil, M.Marteville vit la situation; un coup de rame, un geste maladroit, l'arrière s'enfoncerait encore, l'eau s'y précipiterait, et la Musette coulerait sûrement, entraînant Geneviève qui tenait toujours le gouvernail.Il rugit: — Au nom du ciel, ne bougez pas.Souple comme un serpent, il s'approcha de Geneviève terrifiée, la prit dans ses bras, l'emporta d'un bond jusqu'à la rive, renversant Marianne sans la voir; et ses mains tremblantes déposèrent dou-eement leur fardeiu sous les branches pleureuses d'un saule.Tout avait été si prompt que la jeune fille ne comprenait encore pas.Il revint en hâte près du bateau où l'appelaient les cris de Mme de Saint-Ogan.Délivré de son poids, l'arrière de la Musette s'était relevé, mais la chute soudaine de Marianne avait accentué la position défectueuse du côté gauche: l'eau y pénétrait en larges nappes et la jeune femme affolée cherchait en vain à sortir de là.— N'ayez pas peur, cria-t-il, me voici! Puis il ajouta: — Pouvez-vous me tendre une rame ?La peur décupla les forces de la mignonne Marianne; elle saisit à deux mains la chose demandée et, de toute la longueur de ses bras, la tendit à M.Marteville.— Doucement!.c'est bien, je l'ai, ne lâchez pas, dit-il.Mettez-vous derrière le banc .non pas comme cela .Bien serrez fort, cramponnez-vous .je tire.— Mon Dieu! Comme vous êtes au bord, disait Marianne en pleurant.Vous allez tomber dans la rivière et je serai perdue! Cette prédiction ne se réalisa pas.La Musette étant près de la rive, un petit effort suffit à l'amener jusque-là.Avec un cri de joie, Mme de Saint-Ogan se jeta dans les bras de son sauveur et s'en alla sécher au soleil ses bottines mouillées.Pendant ce temps le jeune homme délivra la Muselle des joncs qui la soulevaient et put sans peine écoper la barque remise à Mot.— Voilà, tout est bien, dit-il en revenant auprès des deux amies.Vous pourrez, quand vous le voudrez, continuer votre promenade.Pardonnez-moi ce petit accident, je serai plus vigilant désormais.— Le fait est que vous donnez de singulières leçons, M.le professeur, déclara Marianne, tout-à-fait remise de son émotion.Je vous dirai franchement que j'en ai assez pour aujourd'hui; je ne bougerai pas avant que mes bottines ne soient sé-chées.— Comme vous voudrez, Madame.Sous les branches du saule, à la place même où son sauveur l'avait apportée.Geneviève n'écoutait pas et regardait très loin les coteaux chargés de vignes qui paraissaient tout noirs.Le sentiment de révolte qui la troublait toujours en présence de cet homme, grondait en elle, montait jusqu'à ses lèvres, tandis que sa raison combattait son instinct et voulait lui opposer, sinon de la gratitude, du moins une reconnaissance polie — Hein, Ginette! nous l'avons échappé belle! cria Marianne à son oreille.Enfin à quoi penses-tu ?Voilà trois fois que je te provoque à remercier la Providence et son représentant, M.Marteville.La raison commandait, ce fut l'instinct qui parla.— Nous l'avons échappé belle! .n'exagérons rien, ma chère.La chose la plus terrible qui pouvait nous arriver en somme, c'était un plongeon dans l'Arbelle.Justement, j'adore les bains froids! Par une chaleur comme celle d'aujourd'hui nous ne risquions pas même un rhume, et j'ai une vieille robe qui ne craint rien.— Un plongeon dans l'Arbelle! protesta Marianne, parle pour toi qui nages comme un poisson, mais moi je me serais noyée, Ginette, noyée sans notre sauveur.— La rivière n'est pas tellement profonde! insista Geneviève.— Elle l'est assez pour me noyer, ma grande.Pour obéir à l'instinct qui grondait en c"e, Geneviève ajouta, la voix provoquante: — En tous cas, le plongeon aurait été infiniment moins désagréable que la frayeur que j'ai ressentie quand .Elle n'acheva pas.M.Marteville comprit.Marianne, occupée de ses chaussures humides, n'avait pas entendu.La conversation se traîna, languit et mourut.M me de Saint-Ogan, brisée de fatigue et d'émotion s'endormit; Geneviève ferma les yeux pour échapper à un tête-à-tête qu'elle redoutait, et, l'oreille tendue aux buits de la campagne, s'efforça de ne penser à rien.Le murmure continu de l'eau frôlant les joncs et les nénuphars faisait une musique douce .Parmi les branches d'un peuplier, une famille d'oiseaux chantait à cœur-joie; dans l'herbe, un insecte susurrait une plainte, comme la vibration d'une toute petite mandoline lointaine; puis la plainte cessa, remplacée par un bruit sourd, à peine perceptible, d'herbe foulée, et Geneviève ouvrit les yeux.En face d'elle, à une petite distance de la rivière, la prairie montait par une pente rapide et courte jusqu'à un plateau qui dominait légèrement le cours de l'Arbelle.M.Marteville était sur cette éminence, sa silhouette nettement détachée sur le fond lumineux de l'occident.En ouvrant les yeux, Geneviève ne vit d'abord que lui, démesurément grand, et qui semblait remplir tout le ciel, comme un être fantastique.Elle ne vit que lui, fascinée par la puissance et la volonté qu'elle sentait cachées en cet homme! Aussi, quand il se tourna vers elle, l'appelant d'un geste, obéit-elle, insouciante de son acte, et monta-t-elle comme en un rêve, la pente rapide qui menait au plateau.— Je me serais reproché de jouir tout seul de ce paysage, dit-il, j'étais sûr que vous seriez heureuse de le voir, Mademoiselle.C'était la plaine bien connue où se groupaient les Platanes, Gailly, le village et le bois, la plaine verte avec sa ceinture de garennes et de vignobles en coteaux, ses maisonnettes éparpillées au loin, ses troupeaux paisibles pâturant et, au sud, la tache blonde d'un champ de blé.Après la chaleur intense de midi, une brise fraîche avait condensé les vapeurs en brouillards; les arbres se peletonnaient dans des Hots de gaze chatoyante; quelques-uns traînaient dans la lumière, d'autres semblaient enfermer de l'ombre; dans l'enveloppement de leur caresse les formes se fondaient, les nuances atténuées se glaçaient de mauves et de gris aux tons irréels; c'était une vision de légende, molle et vaporeuse, sur le bleu hiératique, zébré d'or pâle, d'un ciel profond et mystérieux.Cette irréalité des choses continuait et achevait l'irréalité des pensées en Geneviève.Il y avait là une harmonie si complète quelle vécut toute une minute de douceur exquise.La voix de Paul Marteville l'en arracha douloureusement.— Je voulais aussi vous demander pardon, mademoiselle.Elle le regarda, étonnée, ne comprenant pas.— J'ai été brutal et ridicule, tout à l'heure, en vous sauvant d'un danger imaginaire continua-t-il.Pardonnez-moi la peur que je vous ai faite .j'avais perdu la tête.La raison soufflait à Geneviève le mot de remerciement qu'elle n'avait pas encore dit.Mais à la voix de l'homme, les principes d'éducation, le bon sens, la justice furent anéantis, et froidement elle répliqua: — Ne vous excusez pas, Monsieur, j'avais oublié ce petit incident.Mme de Saint-Ogan s'approchait, demandant à rentrer.La Musette, abandonnée au courant, redescendit l'Arbelle.Les rames se taisaient.Les yeux absents, la bouche dure, Paul Marteville tenait le gouvernail de ses deux mains crispées.Et la barque passa lente et silencieuse dans le brouillard, saluée très bas par les saules indécis de la rive.— Cette partie de plaisir est triste, pensa Marianne.XI Carnet de Geneviève.15 juillet Je me suis sentie mal à l'aise tout le jour .Je ne m'en suis pas inquiétée, sûre de savoir pourquoi, dès que je pourrais penser.Ce soir seulement j'en ai eu le loisir et maintenant je sais: J'avais besoin de parler de moi, et je n'osais pas.J'ai toujours cru qt mon moi LE LAIT Dans ïAlimentation de l'Ecolier Vu les efforts dus à son travail intellectuel et à son âge de croissance, l'écolier a besoin d'une nourriture saine et soutenante.Un verre de lait servi durant la classe l'avant-midi aide l'enfant dans ses études, et lui rend la tâche plus facile.Les statistiques dans d'autres pays où la chose est en pratique depuis plusieurs années déjà, le prouvent.Si cette coutume est bonne pour l'écolier étranger, pourquoi ne la serait-elle pas pour l'écolier canadien?MONTREAL FR.t\2l e v e vu c Moderne — Montréal, Novembre 1931 Pagf L'ANCETRE était une place claire et saine où circule le ^rand air et où les cliers miens ont un libre accès .Ce soir, j'y ai découvert un recoin secret r|uc je ne soupçonnais pas.l.a porte s'est enlr'ouverle, la cachette s'est révélée, mais je n'ose y conduire personne, je n'ose pas y entrer moi-môme.Depuis deux mois et demi je ne suis pas franche avec moi-même; à chaque minute, je mens: quand je ris, quand je crois être heureuse et insouciante, quand je parle d'art et de littérature, toujours, toujours.Parfois, à force de volonté, pendant quelque temps, je reste étourdie, mais je n'oublie pas.Depuis que j'ai vu cet homme sur le pont du "Sulïolk" son image m'obsède nuit et jour et jamais je n'ai voulu l'avouer! Depuis plus de deux mois, toutes les nuits je l'ai vu en rêve, et tous les matins je me suis éveillée le cour serré.Oh! cette image! .elle me hante au point de devenir une part intégrante de mon moi; ma personnalité s'altère, ma raison, mon imagination, ma volonté me deviennent en quelque sorte étrangères, et je ne puis rien pour empêcher cela! Ma mémoire même, cette dernière faculté que les déments gardent intacte, ma mémoire s'égare et me trompe; elle veut me rappeler un souvenir lointain de ce visage, de cette voix .de cette âme! Elle m'assure que j'ai déjà connu cet homme .Jusqu'à ce que ma raison intervienne et lui prouve son erreur.Tout cela est étrange, mais il y a quelque chose de plus inexplicable encore, et d'infiniment plus pénible.En analysant mon trouble, j'y vois deux causes: l'une extérieure: l'image obsédante; l'autre intérieure, fournie tout entière par moi-même: l'aversion qui l'accueille.C'est là le point douloureux.Toute ma vie, je me suis appliquée à la bienveillance envers mes semblables; j'ai voulu voir en chacun le bon et le beau; j'ai blâmé les antipathies sans causes et me voici bouleversée par un éloiçnement invincible pour un homme que je vois pour la première fois.Ici encore, ma mémoire égarée intervient Quand je veux me retracer les jours heureux où tout en moi était bienveillance et charité, j'y sens cette aversion latente.c'est le coin de mon âme que je ne connaissais pas.Je ne puis plus trouver, dans toute mon existence, une heure pure de cette antipathie, il me semble que je l'ai apportée en venant au monde! Ce sentiment est horrible! Il me rend injuste et méchante.Hier, cet homme m'a sauvée d'un danger certain, quoi que j'aie pu dire ensuite; pour me sauver, il a sacrifié la pauvre Marianne trop affolée pour s'en rendre compte.et ma révolte n'a pas cédé.Plus tard, j'ai vu dans ses yeux quelque chose qui m'a domptée, je sens à toute minute sa volonté dressée contre la mienne, et la sienne, plus forte, est trop souvent victorieuse.Je veux être franche jusqu'au bout .Il me domine! et moi, palpitante et vaincue, j'ai peur! XII Après une journée d'accalmie, la chaleur revint, encore plus intense.Les nuages s'accumulaient en masses grises, opaques et serrées; à l'est et au nord, le bleu du ciel s'épaississait; les hirondelles volaient très bas.— Vlà tout de même l'orage, déclara Auguste le jardinier, quand Geneviève descendit en courant les marches du perron.— Pas tout de suite, Auguste.Déjà elle atteignait la porte; une fenêtre s'ouvrit au rez-de-chaussée de la maison, laissant apparaître la figure contrariée de Mme Rollay.— Geneviève! La jeune fille s'arrêta.— Geneviève, c'est de la folie! — Je t'assure que j'ai le temps, chère maman.L'orage ne sera pas ici avant une heure.— Prends un parapluie, alors,.Elle s'approcha de la fenêtre et prit le parapluie que sa mère lui tendait.Elle traversa de nouveau la cour, et Auguste dit: — Faudra faire attention, ils ont fait un trou sur la route, ils l'ont coupée, quoi! C'est pas commode de passer.Son ton était si méprisant que Geneviè- ve comprit aussitôt qu'il s'agissait des travaux du chemin de fer pour lesquels le digne homme professait une méfiance non dissimulée.Elle se hâta vers l'est où le ciel était toujours d'un bleu mat.La violence qu'elle avait dû se faire en quittant le petit salon bien frais calmait un peu ses remords d'avoir deux jours durant, oublié la vieille Marceline.Deux cents mètres avant d'arriver à la cabane, elle rencontra les travaux annoncés par Auguste: une vaste brèche coupant le chemin; une passerelle construite hâtivement la traversait et permettait la circulation des piétons au-dessus des groupes d'ouvriers, des chansons et des coups de pioche.Devant Geneviève la route était baignée de soleil, non pas d'un soleil clair et bienfaisant, mais d'un soleil qui tordait les tiges des boutons d'or, fanait les corolles des pavots et crevassait la terre sèche des prés mourant de soif.Derrière elle, la plaine suffoquait dans l'ombre gigantesque et toujours grandissante d'une forteresse de nuages.Haletante et fatiguée, Geneviève atteignit enfin la maisonnette de Marceline.La vieille femme était couchée, grelottant de fièvre dans la chaleur insupportable de sa chambre sans air.Elle accueillit sa visiteuse avec moins de joie que de coutume, son regard sec semblait absent.— Je savais bien que vous étiez malade, Marceline, puisque vous n'êtes pas venue aux Platanes hier, dit Geneviève.Vous me laisserez prévenir la mère Gutte qui vous a soignée l'année dernière; elle vous aidera un peu.Quand il fait chaud comme cela, je n'aime pas à vous savoir sur les routes.— Pourquoi êtes-vous venue ce soir, ma mignonne ?demanda Marceline.Je sens que l'orage est tout près.Sa main dure serrait comme un étau les mains de la jeune fille.— J'étais inquiète de vous, Marceline.Allons, ne vous agitez pas.Vous allez prendre gentiment ce que je vais vous donner.Elle lui fit boire quelques gorgées d'une boisson qu'elle avait apportée, en préapara un autre verre, le plaça près du lit de la malade et, tout en causant, mit un peu d'ordre autour d'elle.Elle se hâtait pour rentrer au plus vite, car la muraille de nuages était toute proche, la chambre sombre s'obscurcissait encore; devant la porte ouverte, des oiseaux passaient avec des cris plaintifs.— Je dois partir, à cause de l'orage qui vient, dit-elle.Buvez cela, et prenez ce lait quand votre fièvre sera calmée.Je reviendrai vous voir demain matin sans faute.Avant de répondre, la vieille femme prêta l'oreille un moment, puis elle dit: — Non, ne partez pas, voici l'orage! Geneviève entendit alors un grondement sourd, d'énormes gouttes de pluie tombèrent aussitôt avec un bruit mât sur la poussière de la route.— Ma mère va être inquiète, pensa-t-elle contrariée.Mais s'embarquer à ce moment eût été une folie: mieux valait attendre, à l'abri dans la cabane de Marceline.Encore un grondement; un éclair flamba dans les nuées; la pluie se pressa lourde et chaude; une odeur de poussière emplit la chambre.— Vous ne fermez pas la porte ?demanda Marceline.— La pluie ne vient pas de ce côté, dit Geneviève.Si je ferme la porte nous étoufferons.Elle revint s'asseoir auprès de la malade qu'elle voyait à peine, tant la chambre était sombre.Le passage des éclairs y mettait une lueur livide, effrayante, et l'obscurité se faisait ensuite plus épaisse encore.Derrière la maison, les arbres du bois se tordaient avec des sifflements aigus; des oiseaux affolés gémissaient parmi les branches; et le bruit du tonnerre se fondait dans les crépitements de l'eau contre la fenêtre et sur le toit.La vieille Marceline marmottait des mots inintelligibles.Geneviève, oppressée et vaguement inquiète, se sentait envahir par une impression d'irréalité qui donnait un sens surnaturel au déploiement de forces physiques dépensées par la tempête.Il lui semblait être transportée dans l'antre d'une sorcière dont les incantations infernales faisaient surgir devant elle quelque apparition fantastique ou quelque révélation du mystérieux Destin.Et cette ombre, là, au seuil de la porte, c'était l'être ou la cho- Véritable thé de Boeuf BO VRI L A mérité plus de 140 médailles et diplômes aar HArbour 3088 823 est, rue DORCHESTER Montréal J.H.Breton TEINTURIER & NETTOYEUR IF" Les Glorieuses Bermudes Belles plages basses de corail rose — d'un velouté de mousse pour les pieds .conduisant à l'eau chaude de soleil d'une mer opaline*.l'enchantement d'une vie.Toute la nature, aux Bermudes, est également ravissante et enchanteresse.Los hôtels modernes offrent tout le confort désirable dans ce pays historique et romantique.Pour joli livret Maître, écrive?à Bermuda Irait Development Board, 105, Bond Street.Toronto 2.CONTES POUR ENFANTS CANADIENS.50 EN VEILLANT .50 AU COIN DU FEU .50 (PORT PAYE) Par MARJOLAINE Trois volumes illustrés que les enfants de chez nous aimeront à lire et destinés à enrichir leur bibliothèque.Adresser mandat ou lettre recommandée à: "MARJOLAINE", La Revue Moderne, 320, rue Notre-Dame est, Montréal Page 24 La Revue Moderne — Montréal, N o v e m b r < i '.).; i LISEZ.La Petite Revue EN VENTE PARTOUT A 15e L'ANCETRE MAINTENANT OUVERT NEW YORk Le magnifique nouvel • • • HOTEL * • • PLYMOUTH 49e RUE A L'EST DU BROADWAY Chambres avec bain, eau glacée courante et radio rions chaque chambre.UAKAOE GRATIS $0 -50 Ipar jour SIMPLE DOUBLE $2.50 à $.1.50 $3.50 à $5.00 au centre des affaires, du commerça et des théâtres, II.& rURDW, Directeur Gérant Pour Cheveux Gris ! 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Que faire ?— En effet! c'est impossible, fit-il en s'approchant.— Je ne puis pourtant passer la nuit chez Marceline, reprit-elle en ¦'efforçant de rire, mes parents seraient trop inquiels.Il rélléchit un moment et dit: — Vous ne pouvez rentrer que par le chemin communal, de l'autre côté du bois.C'est là que passent les voitures depuis que la route est coupée.— Le chemin communal! fit Geneviève avec stupeur.La pluie recommençait, en grosses gouttes.Un coup de vent passa qui tordit les jeunes peupliers.— Hâtez-vous, dit Paul d'un ton ferme, plus vous attendrez, plus votre retour sera difficile .Alors, elle se jugea puérile de faire surgir une impossibilité quand un moyen de rentrer était là, très simple.Son parapluie ouvert à la main, elle se dirigea vers l'étroite prairie qui séparait le bois et la route; ses pieds enfonçaient profondément dans la terre molle et grasse; elle devait à chaque pas faire un effort pour les sortir du trou qu'ils avaient creusé.Paul Marteville lui tendit la main; elle le repoussa d'un geste prompt et lutta seule contre le vent et contre le sol qui voulait la retenir.En même temps, un coup de vent lui arracha son parapluie et le porta, en de longs soubresauts, jusqu'à la tranchée où il le déchiqueta, sans qu'elle pût rien tenter pour le reprendre.Elle dut tenir à deux mains son chipeau maltraité, ses cheveux épars frappaient son visage, sa jupe de toile battait l'air avec des claquements.— La position est intenable, déclara le jeune homme, dépêchons-nous d'aller dans le bois où vous serez un peu plus à l'abri.Sans attendre son consentement, cette fois, il prit le bras de Geneviève et, la portant presque, lui fit traverser en quelques secondes la prairies traîtresse.Dans le bois, les cîmes des arbres sifflaient, mais les taillis opposaient au vent une barrière qui, sans l'arrêter, modérait sa violence.Geneviève s'appuya au tronc d'un chêne, remit un peu d'ordre dans sa coiffure et ferma les yeux.Trop d'émotions la bouleversaient depuis un temps qu'elle ne pouvait calculer 11 lui fallait soutenir trop de luttes physiques et morales; maintenant, elle n'en pouvait plus! — De grâce, venez, la pluie redouble, supplia Paul Marteville.Elle fit quelques pas dans la mousse et les fougères mouillées; ses chaussures se remplirent d'eau.— Gagnons le sentier, dit-il, mieux vaut recevoir la pluie et marcher sur un terrain solide que patauger ainsi, avec les douches des arbres qui tombent sur nous.A ce "nous" qui réunissait en un seul mot, en une seule pensée leurs deux personnalités, Geneviève tressaillit et recula.Elle voulut dire à cet homme, qu'elle connaissait le chemin et désirait rentrer seule, mais l'idée lui vint que cette traversée du bois était, pour lui le meilleur moyen de retour, et qu'elle ne pouvait lui défendre de passer par là.Elle le suivit en silence, relevant très haut sa jupe lourde de pluie.— Vous feriez peut-être mieux de retourner chez cette vieille femme, suggéra Paul Marteville.Elle refusa.La pensée du petit salon bien clos où ses parents l'attendaient et s'inquiétaient, lui donnait le courage de poursuivre sa route jusqu'au bout.La pluie cinglait leur dos, venant un peu de gauche.Le jeune homme ralentit le pas et se plaça doucement au côté de Geneviève, de façon à l'abriter de son corps.Il penchait au-dessus d'elle sa haute taille, pour que le doux visage angoissé fût mieux protégé contre la tourmente, et, les coudes écartés, il tenait son habit ouvert, pour fournir à la trombe un obstacle plus grand.Il marchait du même pas que Geneviève, se hâtait comme elle, et, comme elle, s'attardait un peu, inconscient de l'eau qui tombait dans son cou et ruisselait sur ses épaules, insensible au froid et à l'horreur de cette temple.Elle, irritée de ce voisinage, marchait en avant, l'oeil dur, bouche serrée, sans se douter de rien.Sous le ciel chargé de nuages, le bois était sombre l'n éclair l'illumina, suivi des roulements sourds et prolongés du tonnerre.Pendant une minute, ils coururent en silence.Tout à coup, devant eux, passa une lueur aveuglante, tandis que l'atmosphère semblait se déchirer avec des grincements aigus el stridents; le sol ébranlé trembla sous eux; un fracas épouvantable se répercuta jusqu'aux collines lointaines.Ce fut si soudain que Geneviève se recula en poussant un cri! Les bras ouverts de Paul Marteville la reçurent; folle de terreur, affaiblie par tant d'émotions, elle s'y blottit en gémissant: — "J'ai peur!" Il referma ses bras sur le jeune corps qui tremblait, et durant une minute ineffable, il sentit contre sa poitrine les battements sourds, tumultueux, inégaux, du pauvre cœur épouvanté.Le cher visage exsangue reposait sur son épaule, avec ses yeux clos, et ses lèvres frémissantes! .C'était inouï, plus merveilleux qu'un conte, de l'avoir là, tout près, comme une petite chose faible el suppliante Il eût voulu clamer sa joie au-dessus du fracas de l'orage, mais une douceur divine l'engourdissait, et le tumulte de son cœur s'exhala, timide comme une plainte: — Mon amour .Ce fut le mot magique qui rendit à Geneviève tout son sang-froid.De ses mains crispées, elle repoussa l'audacieux et, très droite devant lui, demanda d'une voix sourde: — Comment osez-vous?.Toute son aversion, oubliée un moment, reparaissait, plus violente encore de ce qu'il avait dit.— Vous ai-je offensée?balbutia-t-il.— Oui.Ma mauvaise chance veut que par une circonstance exceptionnelle vous m'ayez vue folle de peur, comme une enfant ignorante et sotte.Et vous en profitez pour dire un mot que vous n'auriez jamais prononcé sans cette faiblesse dont je rougis maintenant.— Peut-être aujourd'hui n'aurais-je pas encore parlé, répliqua-t-il doucement, mais je l'aurais fait une autre fois, croyez-le bien, Mademoiselle.Ils se tenaient immobiles sous la pluie, sans voir les dégâts causés par la foudre; un hêtre superbe fendu jusqu'aux racines, s'inclinait vers le sol, avec des craquements.— Je vous l'aurais dit demain, sans doute, ou le jour d'après, continua-t-il.mais ne pensez pas que j'aurais pu ne point vous le dire.C'est pour cela, seulement, que je demeure ici, dans une chaumière, vous le savez bien! Elle rejeta sa tête en arrière, et les yeux clos, reçut en plein visage l'eau cinglante qui tombait des arbres et du ciel sombre.Paul Marteville insistait: — Vous le saviez, n'est-ce pas ?Les mains en avant, comme pour écarter quelque horrible vision, elle s'écria: — Non, je ne sais rien, je ne vous comprends pas.— Vous le saviez, dit-il, et vous savez aussi qu'un jour, prochain, je vous demanderai de devenir ma femme.A cette déclaration, le cœur de Geneviève bondit.C'était pire que tout ce qu'elle craignait, ou plutôt, non, elle le reconnaissait maintenant, c'était cela même qu'elle avait redouté.Comme elle ne répondait rien, il prit ses deux mains qu'il retint de force entre les siennes.Elle s'écarta de lui et, tenta de se délivrer de cette contrainte; ses yeux fuyaient le regard qui l'attirait et qui voulait la vaincre.— Laissez-moi! gémit-elle enfin, trop faible pour lutter davantage.Mais comme il l'attirait à lui, la colère décupla ses forces de femme.D'un coup brusque elle lé repoussa, mit entre elle et lui la largeur du chemin ,et cria: — Moi!.devenir votre femme!.Jamais!! Très calme, il répliqua: — J'étais sûr de votre réponse; cela ne fait rien, j'attendrai jusqu'à ce que vous disiez "oui".Je sais que nous sommes destinés l'un à l'autre, je vous ai attendue toute ma vie, je puis vous attendre encore.— Nous sommes destinés l'un à l'autre, répéta lentement Geneviève.Il la dominait de toute la tête, l'enveloppant de son regard aigu qui voulait pénétrer jusqu'à l'âme.Elle se détourna et, d'une voix angoissée, cria à pleins pou- — Non, jamais, jamais! Il la suivit dans sa course à travers les pervenches et les fougères La pluie se calma peu à peu et cessa.Sur le chemin communal, quelques paysans abrités sous des sacs de toile, revenaient au village.Paul soupira, sa présence détestée n'était plus nécessaire à Geneviève.Il la regarda s'éloigner et disparaître au tournant du La Revue Moderne — Montréal, Novembre 19 31 Pag< 2.5 L'ANCETRE chemin, puis il rentra lentement ijans le bois pour regagner sa chaumière.XIII Geneviève rentra aux Platanes, grelottant de froid dans ses vêtements mouillés.Elle se mit au lit avec la fièvre; personne ne s'étonna de la voir souffrante après l'orage et la pluie qu'elle avait dû subir, Le lendemain, elle se ne leva pas et, sur sa demande, resta seule une partie du jour, les rideaux tirés devant sa fenêtre ouverte.Elle se sentait étrangement calme, comme elle ne l'avait pas été depuis son retour d'Angleterre; il lui semblait enfin redevenir elle-même.Peu à peu, la fièvre tomba, le besoin de solitude persista cependant, mais sa pensée trop vague cherchant la forme des mots, elle prit son petit livre brun et écrivit: "Le malaise dont je souffrais depuis trois mois me laisse une trêve, ou plutôt je veux le croire, a disparu pour toujours.C'est sans doute parce que je sais, maintenant, la nature du danger que je sentais là sans le connaître; je suis plus brave devant un ennemi découvert qu'à le soupçonner autour de moi sans pouvoir le saisir."Je connais le danger: Hier, il m'a dit qu'il m'aime et m'a laissé voir ses projets d'avenir.C'est le pressentiment de cette chose monstrueuse qui m'oppressait à rn'étouffer.J'avais imaginé des folies; je savais que, entre lui et moi, quelque chose de grave surgirait, que rien d'ordinaire ne pouvait vibrer dans nos âmes l'un pour l'autre; un sentiment très grand devait naître, j'en étais sûre, l'horreur, l'aversion, la haine, mais jamais, jamais je n'avais supposé l'amour! "Est-ce bien de l'amour qu'il a pour moi ou plutôt, n'a-t-il pas traduit ainsi l'intérêt que je lui inspire, cette préoccupation de moi que je comprends puisque j'ai pour lui un sentiment semblable et que, plus pondérée, plus sûre de ma raison, j'appelle.une antipathie aiguë, et parfois, de la haine.Grâce à Dieu! moi, j'ai compris, je suis armée pour la résistance, je n'ai plus peur.L'ombre que m'annonçait hier la pauvre démente, le danger s'est montré, il est là, mais il passera et je reverrai la lumière.Oh! revoir la lumière, effacer cet homme de ma vie, oublier que je l'ai vu, un tel bonheur est-il possible ?' Vers le soir, Mme Rollay vint auprès d'elle suivie par Marianne qui entra en coup de vent.— Cela va mieux?Oui, je le vois.Tu nous en auras fait une peur! Aussi, a-t-on idée de sortir par un temps comme celui-là! Ta mère t'a-t-elle raconté! !.— Comment l'aurais-je fait, ma chère petite?dit Mme Rollay avec calme.— C'est vrai, quand je suis là, ce n'est pas facile aux autres de parler.— S'il y a quelque chose à raconter, dis-le, fit Geneviève intéressée., — Oh! pas grand'chose, c'est seulement M.Marteville qui est venu faire visite cet après-midi.— Monsieur Marteville! répéta Geneviève pâlie.— Je suppose qu'il était un peu inquiet des suites de la promenade en bateau.— A-t-il parlé de cette promenade ?demanda Geneviève d'un ton qu'elle voulait rendre indifférent.— Non, répliqua Marianne, mais je crois qu'il l'avait sur la conscience, car ne te voyant pas, il a demandé de tes nouvelles avec un intérêt! comme si tu avais été à l'article de la mort.— Ah ! .et que lui a-t-on répondu ?— J'ai répondu que tu avais pris froid hier et que tu te reposais aujourd'hui, dit Mme Rollay.— Il a eu l'air atterré, continua Marianne, bien sûr il pensait encore à la promenade en bateau.Ainsi, comme elle, il n'avait pas parlé de leur rencontre de la veille.Sans s'être rien dit, ils avaient été d'accord sur ce point! Du reste, une fois déjà, il y avait eu entre eux un accord tacite pour garder le silence, puisqu'en se retrouvant chez les Pascal, ni l'un ni l'autre n'avait fait allusion à leur rencontre précédente sur le pont du Suffolk.Cette connivence avec l'homme qu'elle voulait effacer de sa -ie lui fut insupportable.— Ce n'est peut-êtrt pas à la promenade de lundi qu'il pensait, lit-elle, c'est plutôt à l'orage d'hier.Le fait est qu'il devait s attendre à ce que je fisse malade.— Comment cela ?demanda Mme Rollay.— Après l'averse que nous avons reçue ensemble, lui et moi!.Sa mère et son amie faisant un geste d'étonnement, elle expliqua: — Il a été surpris par l'orage et s'est mis à l'abri chez Marceline.Comme moi, il a voulu profiter de l'accalmie pour rentrer et, comme moi, il n'en a pas eu le temps.— Tu ne nous avais pas raconté cela, dit Marianne.— C'est bien possible.Est-ce que cela t'intéresse ?Plus tard, dans la soirée, elle se demanda si elle dirait à sa mère la proposition de mariage dont il avait parlé.D'abord elle résolut de tout raconter, mais au moment d'aborder cette question, une timidité si grande lui vint, qu'il lui fut impossible de rien dire.Laisserait-elle donc subsister d'elle à lui ce lien des âmes, un secret ?— Cette fois, c'est différent, pensa-t-elle: mes parents ne verraient là que le beau mariage pour leur fille et ne voudra-draient jamais comprendre le sentiment profond et compliqué, le sentiment insurmontable qui m'éloigne de lui .Il faudrait lutter, souffrir encore.Pour être sûre de ne pas faiblir, je ne dois point donner d'alliés à mon ennemi.Cette raison La rassura et elle ne dit rien.Un peu pâle, mais vaillante, elle descendit le jour suivant sur la terrasse.Comme elle était sûre qu'il reviendrait et qu'elle ne voulait plus le fuir, elle se fit souriante et pleine d'entrain pour qu'il vit bien son énergie et crût à son oubli de toute la scène de l'orage.Cet entrain redoubla quand elle le sentit tout proche, avant même que sa mère et son amie ne l'eussent aperçu.Jamais les saillies de Mme de Saint-Ogan n'avaient eu tant de succès.Elle s'arrêta soudain en reconnaissant la haute taille de M.Marteville derrière les arbustes du chemin montant.Marianne qui le trouvait ennuyeux s'écria d'une voix étouffée: — Encore lui! c'est un cauchemar, cet homme-là.— Oui, c'est un cauchemar, approuva Geneviève.Mme Rollay qui, en bonne mère de famille, voyait les choses de loin, s'empressa.Elle tendit la main avec enthousiasme à son visiteur millionnaire; Geneviève ne put, cette fois éviter la poignée de main obligatoire, mais toute sa bonne humeur tomba en sentant ses doigts retenus, un peu plus longtemps qu'il n'était nécessaire, dans l'étreinte nerveuse du jeune homme.— Je suis bien heureux de vous voir aujourd'hui, Mademoiselle, fit-il.Mme Rollay m'ayant dit hier que vous étiez souffrante, je me suis permis de venir prendre de vos nouvelles.— Que vous êtes aimable, Monsieur, s'exclama la mère de famille, ravie.— Je vais très bien ce soir, dit Geneviève le regardant bien en face, demain il n'y paraîtra plus.Avouez que je m'en suis tirée à bon compte Mais vous-même, comment avez-vous supporté cet orage épouvantable?N'en avez-vous pas rapporté au moins un rhume ?Elle voulait lui faire comprendre tout de suite qu'elle n'était pas complice de son silence de la veille et qu'il n'y avait pas de secret à garder d'elle à lui.Il le comprit peut-être, car il sourit en disant: — On ne rapporte pas toujours du mal, dans de telles circonstances, Mademoiselle .11 y a dans les orages, un déploiement de forces insoupçonnées dont nous ne voyons qu'une très petite partie, et qui produisent parfois des réactions bienfaisantes .Puis il ajouta en se tournant vers Mme Rollay: — L'électricité est une puissance si mystérieuse! — Et si merveilleuse!.acquiesça l'aimable dame.— Les savants eux-mêmes ne la connaissent pas tout entière.— Et ne la connaîtront sans doute jamais, continua Marianne d'un ton lugubre.Son air était si drôle que Geneviève ne put réprimer un petit rire.Mme Rollay contrariée, voulut détourner de ces jeunes impertinentes l'attention de M.Marteville.— Nous sommes très fiers, Monsieurs, que notre pays ait su vous retenir un peu, fit-elle.Le fait est que, s'il n'a pas des beautés de premier ordre, il a du moins^un AUX FUTURES MAMANS < b&qur année, les statistiques canadiennes dous révèlent que les mortalités maternelles et infantiles, à la naissance des enfants, sont beaucoup trop éleréea.La plupart des décès par accidents de natalité, peuvent être prévenus par l'hygiène PRENATALE, OB8TKTK1CALK «t POSTNATALE.Pour le propre Intérêt de chacun, pour l'amour de vos bébés et de votre .famille.Instruises-vous afin que, possédant les connaissance* nécessaires, vous puissiez, vous et vos enfants vous maintenir en santé et être heureux.Vous n'avez, pour vous instruire très facilement, qu'à demander les lettres maternelles qui vous seront adressées gratuitement.Adressez le coupon el-deseoa* à LE CONSEIL CANADIEN DE LA SAUVEGARDE DE L'ENTANCE ET DE LA FAMILLE 240, rue Copper, Ottawa, Ont.Nom .A.dresse .•.Date probable de la naissance attendus:.Nom du médecin retenu:.Adresse du médecin :.OTEL STRAN ATLANTIC CITY, N.«I.// n'y a rien de meilleur pour la santé et le bonheur qu'une semaine passée à cet hospitalier hôtel (Boardwalk) où la plus grande courtoisie vous est témoignée afin de rendre votre séjour plaisant et économique tout à la fois.Livret et prix envoyés sur demande.AT THE OCEAN END OF PENNSYLVAN1A AVE.L^bbbbbbjBH DOLLFUS-MIEG&C- SOCIÉTÉ ANONYME MAISON FONDÉE EN 1746 MULHOUSE - BELFORT - PARIS cûTON lin a soie: POUR BRODER-CROCHETER TRICOTER ^fl D M- C MARQUE OC FABRIQUE DÉPOSÉE COTONS A BRODER D-M-C, COTONS PERLÉS.D-M-C COTONS À COUDRE D-M-C, COTON À TRICOTER D MC COTONÀ REPRISER D-M-C, CORDONNETS____D-M-C SOIE À BRODER .D-M-C, FILS DE LIN____D-M-C SOIE ARTIFICIELLE D-M-C, LACETS DE COTON D-M-C PUBLICATIONS POUR OUVRAGES DE DAMCS Ci peut se procurer les fils et lacets de la marque D-M-C dans tous les magasins de mercerie et d ouvrages de Dames Page 26 La Revue M o d e rne — Montréal, Novembre 19 3 1 L'ANCETRE grand charme .Je serais curieuse de savoir ce que vous aimez le mieux en lui.Une lueur passa dans les yeux du jeune homme.— Je ne trouve pas que ce pays soit beau, répliqua-t-il avec calme.— Cependant, balbutia Mme Rollay qui ne comprenait plus, cependant tous les étrangers le trouvent joli.— C'est peut-être qu'ils n'ont jamais vu autre chose, continua M.Marteville.Mais moi qui connais les sites les plus merveilleux d'Europe, d'Algérie et d'Orient, non seulement les sites fameux, mais encore ceux que l'on ne connaît pas, je dois avouer que votre vallée de l'Arbelle me semble bien insignifiante.— Et pourtant vous y passez une saison, fit Mme Rollay piquée.— Pardon, la beauté de l'endroit n'y est pour rien, Madame.Marianne le regardait d'un air effaré comme si elle se fût trouvée en présence d'un être inquiétant.Comme Mme Rollay ne disait plus rien, elle demanda: — Alors, pourquoi restez-vous dans cet affreux pays, Monsieur ?— Parce que j'y suis plus heureux que partout ailleurs, Madame.Et puis je n'ai jamais dit qu'il était affreux.— Comprends pas, dit l'enfant terrible.Geneviève, qui comprenait, regardait au loin les reflets de lumière qui serpentaient dans les prairies avec le cours de l'Arbelle.Lentement elle dit: — Pour moi, le bonheur tient aux choses elles-mêmes, à la connaissance profonde ue nous en avons, aux souvenirs qu'elles voquent, aux superstitions qui s'y rattachent.Je ne conçois pas qu'on puisse être heureux en pays étrangers.— C'est que vous ne savez pas encore ce qu'est le bonheur Mademoiselle, Quand vous l'aurez appris, vous ne comprendrez plus les petites joies qu'apportent.les choses.— Dieu merci, je n'ai pas eu besoin d'attendre si longtemps pour savoir ce qu'est le bonheur, dit-elle sèchement.Puis elle ajouta, les yeux fixés aux lignes molles des collines éblouissantes de lumière: — J'adore ce pays! — Vous n'aurez pas à le quitter, si vous l'aimez tant, dit Paul d'une voix grave.Elle seule pouvait comprendre l'intention cachée de cette phrase; elle fit un léger mouvement de recul et ne répliqua rien.Pendant ce temps, Mme Rollay cherchait à s'expliquer M.Marteville.A son étrange déclaration d'avoir choisi Saint-Rémy, non pour sa beauté, mais parce qu'il s'y trouvait heureux, tout un travail s'était fait dans la tête de l'excellente mère de famille.Ce monsieur, que ses proches appelaient un sauvage, avait demandé à Mme de Gailly de le présenter aux Platanes, il était venu deux jours de suite prendre des nouvelles de Geneviève.Ne serait-il pas facile de deviner quelle sorte de bonheur le retenait en ce pays ?Mais, la réflexion suivant son cours, tout le joli roman bâti en une minute dans la tête de Mme Rollay s'effondra: Quand pour la première fois il avait vu Geneviève chez les Pascal, le jour du bridge, elle s'en souvenait bien, il avait déjà décidé son séjour à Saint-Rémv: il avait déjà loué la chaumière des Rousseau.Alors.ce n'était pas Geneviève!.De quel bonheur voulait-il parler?Elle le regarda du coin de l'œil et vit maintenant sans plaisir son menton volontaire et son air absent.Lui, inconscient de l'examen dont il était l'objet, disait à Geneviève: — J'ai envoyé quelqu'un chez cette vieille femme à laquelle vous vous inté- ressez; j'y suis allé moi-même ce matin et j'ai pensé que vous seriez contente de savoir qu'elle va mieux.J'étais sûr que la situation navrante dans laquelle vous l'avez laissée, vous préoccupait et je craignais que, étant vous-même souffrante, vous ne fissiez quelque imprudence pour lui venir en aide.La femme que j'ai mise auprès d'elle ne peut, certes, donner à la malade la joie que vous lui apportiez, mais du moins, vous pouvez être certaine que votre protégée sera bien soignée et ne manquera de rien.Le visage de Geneviève s'était empourpré.Depuis l'orage, pas une seule fois elle n'avait pensé à Marceline, sauf la veille, quand elle avait parlé de sa rencontre avec l'ennemi, mais alors, le nom de la vieille femme était passé sur ses lèvres, comme une abstraction, sans évoquer d'images, sans faire naître de sentiments.Et l'homme détesté avait rempli pour elle le devoir d'humanité dont elle s était chargée, la promesse qu'elle avait faite d'envoyer du secours.Malgré son orgueil en révolte, il fallait reconnaître en lui une fermeté, une présence d'esprit supérieure à la sienne.L'instinct gronda, tandis que la raison disait: "Il a bien agi".Sa contrariété fut si grande qu'il n'y eut pas dans son remerciement, la chaleur qu'elle aurait voulu y mettre.— Vous êtes bien bon d'avoir pensé à Marceline, Monsieur, je vous remercie.Ce fut tout, mais jamais elle n'avait rien dit d'aussi doux à Paul Marteville, et quoique la contrainte de ces mots fût apparente, même aux indifférents, il se leva aussitôt pour emporter, comme une relique le souvenir de cette joie qu'elle venait de lui donner.XIV Après un joyeux dimanche passé à Brunay chez les Pascal, M.et Mme de Saint-Ogan dirent adieu à leurs hôtes et quittèrent les Platanes.En attendant l'arrivée de Georges annoncée pour la semaine suivante, Geneviève et ses parents firent de jolis projets pour les vacances de l'étudiant.Pendant ces quelques jours, Paul Marteville vint chaque après-midi aux Platanes, sous un prétexte ou sous un autre: Une commission de Mme de Gailly, une greffe de rosier à demander, une adresse dont il avait besoin.ou tout simplement il disait: "Je passais devant la porte, et je suis entré".Il s'établit alors entre lui et Geneviève un genre de relations qu'ils étaient seuls à connaître.Presque toujours, quelqu'un se trouvait avec eux quand il faisait sa visite quotidienne, mais à chaque fois, il lui disait des choses que les autres ne comprenaient pas.Après son départ, Geneviève rentrait dans sa chambre et prononçait des mots énigmatiques ou écrivait des pages nombreuses dans son petit livre brun.C'est ainsi qu'un jour il parla de l'Algérie où il avait de grandes propriétés, en un lieu peu connu des Européens, tout près du désert.— Ce doit être fort triste, fit Mme Rollay.— Je ne sais pas.En tout cas, c'est merveilleux.Il faut avoir vu le désert comme je l'ai vu pour en comprendre la beauté.Rien au monde ne peut égaler la splendeur des couchers de soleil là-bas, le vertige des horizons désolés, des courses folles, à cheval, sur ces plaines où de quelque côté que l'on regarde, on ne voit plus rien d'humain, rien de vivant, où l'on se croit seul au monde, où l'on devient fou de grand air et de liberté! 11 s'était animé en parlant.D'une voix redevenue très calme, il continua: — Tout le monde n'apprécierait peut-être pas le charme du désert; moi, j'en ai joui immensément.Son animation s'était communiquée à Geneviève.Les quelques mots qu'il avait dits du désert avaient été pour elle comme une fenêtre ouverte sur la lumière, cette lumière qu'elle recherchait avidement, tant elle souffrait des ténèbres de son cœur.Ses lèvres prononcèrent machinalement: — Je crois au charme du désert.Paul la regarda un moment et dit: — Il me semblait bien que vous deviez le comprendre.Quand vous aurez vu mon désert, je suis sûr que vous l'aimerez et que vous ne pourrez plus l'oublier.Mme Rollay ne remarqua pas le sens précis de ces mots, mais Geneviève qui en comprenait l'intention répliqua vivement: — Je n'aurai pas à craindre de l'oublier, puisque je ne le verrai jamais.Tout en regardant tomber les pétales d'une rose qui se mourait près de lui, Paul dit avec calme.— Mademoiselle, on ne doit pas dire "jamais".A ce moment, il leva la tête, et Geneviève, incapable de détourner les yeux dut supporter le regard qui pesa sur elle, lourd comme l'avenir et mystérieux comme le destin.Puis la conversation dévia.Paul parla de son frère malade et infirme, en Normandie.Les voix avaient repris leurs accents accoutumés.Geneviève redevenait elle-même.Elle devina sa mère contrariée de la voir en dehors de la causerie qu'on poursuivait, et pour dire quelque chose, elle demanda: — Monsieur votre frère est-il tout seul en Normandie ?— Oui, Mademoiselle; nous avons l'habitude des séparations, du reste, elles n'en sont pas moins douloureuses.— Alors, pourquoi vous séparez-vous ?— Il le faut souvent pour les questions d'intérêt dont j'ai naturellement la charge.— Très bien; mais cette fois-ci ?.Mme Rollay, tout en blâmant l'indiscrétion de Geneviève, tendait l'oreille pour recevoir la réponse que donnerait M.Marteville.A ce moment précis, Auguste arriva pour demander un ordre important; M.Marteville ne répondit pas, elle dut s'éloigner sans rien entendre.Quand elle fut assez loin, il s'approcha de Geneviève et dit enfin: — Cette fois-ci ?.Vous le savez bien.Il eût été mesquin de paraître ignorer le sens de cette réponse.Elle releva la tête en disant: — Ne trouvez-vous pas odieux de sacrifier votre frère infirme à vos chimères?—- Je n'ai pas de chimères, Mademoiselle, et je n'ai pas l'intention de sacrifier mon frère.Je veux retourner auprès de lui, mais au lieu d'y arriver seul et soucieux comme je le suis toujours, je lui amènerai de la joie et du soleil dont sa pauvre vie sera illuminée.— Cette persécution durera-t-elle longtemps, Monsieur?— Cette persécution, puisque vous avez choisi ce mot, durera autant que vous le voudrez, Mademoiselle.—Que puis-je pour la faire cesser, Monsieur ?Il dit très bas: — Consentir à vous laisser aimer.— C'est atroce! murmura la jeune fille en frissonnant.— Atroce pourquoi ?Ce doit être si bon d'inspirer un grand amour.Cette déclaration amena sur les lèvres de Geneviève un petit rire méprisant.— Je ne crois pas à l'amour, dit-elle d'un ton bref.Il n'essaya pas de la convaincre et tous deux attendirent en silence le retour de Mme Rollay.Mais les minutes passaient, très lentes, et celle-ci n'arrivait pas.La chaleur était lourde.Geneviève se sentait mal à l'aise; la situation ne pouvait se prolonger davantage.A la fin, elle n'y tint plus.— Excusez-moi de vous laisser, dit-elle en se levant, ma mère va revenir bientôt.et je ne me sens pas très bien.11 la vit pâle et le front moite.— Qu'avez-vous ?.demanda-t-il vivement.— Un stupide mal de tête, ce ne sera rien.— Vous avez eu tort de sortir sans chapeau, dans le parc, ce matin, dit-il.Ne faites plus cette imprudence une autre fois.— Comment cela?J'ai été dans le parc.— Sans chapeau, à dix heures ce matin, oui, Mademoiselle.Geneviève, qui s'était éloignée revint auprès de son interlocuteur.- — Comment le savez-vous?demanda-t-elle étonnée.— Pardonnez-moi de ne pas vous répondre, Mademoiselle, dit-il d'un air contrit.— En ce cas, pardonnez-moi de vous avoir interrogé, Monsieur! Sans lui tendre la main, elle s'éloigna, très intriguée des dernières phrases du jeune homme, car elle savait fort bien que, des chemins enviroi nants, personne ne pouvait voir, dans ie parc bien clos, le banc où elle s'était ; ssisc ce matin-là et où elle était restée un I Hlg moment sans souci (Suite il la page J7) 261 Années de Débit -
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