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Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
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Références

La Revue moderne., 1928-04, Collections de BAnQ.

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Le Yictory est l'auto que vous ne pouvez comparer avec un autre, car c'est le seul auto de son "cnre dans tout l'univers.Il n'y a pas de parallèle à la performance du Yictory.PAR DODGE BR.DTHBR5 La Revue Moderne Il n'est pas accepté d'abonnement pour moins d'une année.Toute année commencée est due en entier.Tout chèque pour paiement d'abonnement doit être fait payable au pair à Montréal.— Littéraire — Politique—Artistique — Rédigée en Collaboration 198 Est, rue Notre-Dame, MONTREAL, Canada Tel: Main 3272 Chèques, mandats, bons de poste doivent être faits payable à ordre de la "Revue Moderne".Prière d'adresser toute communication à "LA REVUE MODERNE" Montréal ue Année No.6 "S'Unir pour Grandir' Avril IÇ28 m 1 • « • as «• • «• • m **,* s» Yâ m «s SX 1 m | • * SX Les "Cloches" qui bientôt vont s'apprêter à partir pour Rome laissent entendre qu'elles ramèneront des certitudes de beau temps, et à cette occasion, toute la gen* féminine ne manquera pas de se rappeler le vieux dicton consacré par la vogue et la tradition: "Pour que Pâques ne nous fasse pas la grimace, il faut que nous portions, ce jour-là, un chapeau neuf ou une robe nouvelle".m L'heure est donc venue de sacrifier aux exigences de la "Mode", ce délicieux et enrubanné petit tyran, qui asservit si aisément nos libertés et sait jouer, comme personne, des délicates ficelles sensitives que sont les nerfs des femmes.Les grands oracles de la Déesse se sont prononcés!.Alea jacta est."le sort en est jeté", comme disait l'impérial César.Et les vitrines des marchands de nouveautés apparaissent comme les serres aguichantes d'un paradis enjôleur et fascinant, où triomphent d'enchanteresses créations, qui sollicitent le caprice du moment, tout en constituant la cible de convoitises vers laquelle s'arquent et convergent les flèches d'irrésistibles tentations.C'est une gaieté de rubans, de tulles, de dentelles, de brocarts, de passementeries, de noeuds, de plissés; c'est un frou-frou de soieries, de broderies, de ruchettes, de crêpes de Chine, de festons, de toilettes légères, mousseuses, savonneuses et comme battues et fouettées en crème.Le printemps est bien là, éclos au coeur de cette effloraison de tissus clairs et délicats, de gazes fluides, de ravissantes lingeries.O les coupables vitrines, qui expriment avec une éloquence toute de charme et de séduction le langage des choses! La perpétuelle invite à.la bourse! l'invitation au voyage des divers et multiples rayons! Elle appelle, elle danse, elle affriole, elle chante, elle capture, la vitrine.Ce n'est plus la tentation de saint Antoine.C'est la tentation de la vitrine.9t**9**9t********9**9tt99*99ttr*9***** Variations sur les ******* 4 1 11 I ******* toilettes de % * D * * g raques % * * ******* Et cette éclosion de jolis modèles, fixant définitivement la mode printanière, que nous réserve-t-elle?.Les jupes seront-elles étroites comme des pinces à sucre, ou évasées comme des cerceaux?Longues à dissimuler les chevilles ou écourtées comme celles que portaient les Lilliputiennes de Gulliver?Adhérentes comme un maillot, ou crinolisées comme celles qui étaient en cours à l'époque d'Yseult la Blonde ou de Berthe au grand pied?.La taille sera-t-elle plus haute ou plus basse?Les manches seront-elles gainantes, à moufle, à crevés, à la Merveilleuse.façon qui consistait, comme vous ne l'ignorez sans doute point, à ne pas en porter du tout?.Oh! le joli bouquet de mots chantants qu'il y aurait à tresser, en faisant tintinnabuler les vocables prometteurs de quelques-unes de ces merveilleuses créations de la Haute Couture: "Nuages", "Départ", "Rendez-vous", "En flânant", "C'est moi", "Déjà"."Vers le Jour".Ht Ht Et les chapeaux!.ces amours de petits ou grands chapeaux, qui rafraîchissent si joliment une toilette!.Ces "toques", ces "canotiers", ces 'trotteurs", vont-ils accorder leur préférence aux fleurs, aux fruits, aux feuilles, aux épis.Seront-ils petits, légers, impondérables et discrets comme un rêve.comme un soupçon de nuage osant à peine se fixer.ou plutôt, s'ingénieront-ils, avec une crânerie de lutin, à camoufler, dans le secret de leur treillis, l^YtYJYSYSYJYSYlYlYlYlYSY/Yl des petites ailes de faisan, des pompons en bouledeneige ou des nids fragilement tressés de rouge-gorge?.« A quels cuirs, — crocodile, daim ou antilope, — confierez-vous vos mignons petits pieds qui, perchés sur ces impertinents talons Louis XV, simulent des coquetteries d'oiseaux qui voltigent, ou semblent à peine vouloir se poser pour effleurer le sol?.Le frétillement mutin de vos souliers décolletés, ira-t-il rhythmiquement faire résonner sur l'asphalte, le souvenir évocateur du siècle de Mme de Pontpadour, du règne aventureux du calife Haroun-Al-Raschid ou de la charmante légende de Cendrillon?.¦ M m Quant aux bas.(oh! parlons-en plutôt.bas), seront-ils clairs ou foncés, blancs ou de couleur; ceux que vous élirez pour qu'ils s'harmonisent avec votre nouvelle toilette seront-ils à coins, à facettes, et rappelleront-ils de quelque façon ceux qui portent les jolis noms de bas d'Arlequin, bas Mazarin, bas Watteau, bas Directoire.bas.Sylvie.Corvette.Manon.Bérangère.ou.Ecureuil?.Seront-ils simples comme ceux que portait Mimi-Pinson, ou "coloriés comme un langage", à la façon de ceux dont parle un poète quelque part, ou plutôt brodés, carrelés, rayés, losanges, lamés d'argent, résiliés de fils d'or, couverts d'une pluie de pétales de roses, mouchetés de fanfreluches, d'ornements arachnéens, égayés de motifs pomponnés, amignar-dés, ou encore, adornés de colifichets, d'arabesques, de barbes de .;inge ou de poils de ouistiti?.m m m Quelles que soient les nouvelles combinaisons ou les insoupçonnables trouvailles que les ardeurs du soleil vont faire éclore dans le jardin vestimentaire de la nouvelle saison, que votre toilette de Pâques soit couleur de sous-bois, de lune, couleur de temps ou encore de la même couleur que celle de Peau-d'Ane; ou même d'or rebrodé d'or, comme cette robe que décrit en se pourléchant Madame de Sévigné, la Mode du Printemps revient comme un conte prestigieux et ensorceleur des Mille et une Nuits.Et soyez-en.Mesdames et Mesdemoiselles, les gracieuses et fortunées "Princesses".Voici du bleu, du blanc, du gris, du mauve, toute la gamme des colorations inimaginables: violet-préla», buvard, vert pistache, héliotrope fané, rose mourant, caramel, camomille, beurrefrais, bois-de-rose, tabac, cuir, mordoré, chocolat, émeraude, bouteille, fraise écrasée.tout le' chatoiement des nuances, tout l'enchantement des teintes.Choisissez-les, harmonisez-les, et avivant l'attrayante ondulation de votre silhouette élégante, que tant de poètes ont chantée sur les cordes les plus exquises de leur lyre, que ces toilettes de Pâques, évoquent à nos yeux, les allégresses d'un ciel d'azur, les images d'un rêve rajeuni, la fraîcheur, l'irrésistible jeunesse d'une nature qui se rénove et nous engaillardit.c'est-à-dire, tout ce qui fait fuser en nous de la lumière, de la chaleur, de la beauté, ajoute à notre joie de vivre, et contribue à nous aimanter davantage vers les êtres et les choses dont le sourire et les printemps.se renouvellent sans cesse.m Yi • • • m m 1 1 I 1 1 Page Variations sur les toilettes de Pâques, Armand Renaud.3 A la Recherche du Bonheur.4 Poissons d'Avril!.A.Descours.4 Pour Faire Penser, Dr G.Le Bon.,.4 Quand les Cloches sonneront T'Alleluia', Arnaud 5 La Robe de "Madame", A.Visan.' 5 La moustache de "Monsieur", George Cecil.5 Les Oeufs de Pâques, D.Latour.6 Allo! Mademoiselle, "L'Enquêteur".T 6 Evitez.1"'A Peu Près".6 Plaisir de Donner, Arnold.6 Habitudes de quelques écrivains, Rigobert.7 Ce qui se joue à Paris.8 Méditations Gastronomiques, Montjoie.9 En Feuilletant quelques Livres Nouveaux,Omar 10 SOMMAIRE Page Quelques Poèmes Chinois, "Mandarin".11 Les Feuillets de mon Album, "Le Fureteur".11 A travers le Jardin de l'Art Musical, Brador 12 La Femme devant son Miroir, Dr Abécassis .15 Petits Echos des grandes Capitales.15 Effeuillez mon Bouquet.15 Aimez-vous notre époque?Yvonne Sarcey.22 Découpures, Cid.23 Quelques souvenirs en marge de B.Ibanez.47 A travers quelques Imprimés français.54 Hommage à Jules Verne, F.Berge.55 Sur la Coquetterie, Cécile Sorti.55 La vie Internationale.56 Page NOUVELLES Le Sonneur de Garlan, (Conte de Pâques), par A.Le Braz.13 L'Epreuve, par Martine Clmntal.16 ROMAN Le Secrétaire de Mme la Duchesse, par de Tinseau.(A suivre).24 FEMINA Le Courrier du Mois, Rose monde.50 Etudes Graphologiques, Pierre Lumen .51 Les Lettres pleines d'Intérêt, Milisande.62 Les Choses Féminines, Soeur Marthe.57 Comment élever nos Bébés, Dr Pironneau .58 La Petite Poste.58 La Revue Moderne — Avril 19 2 8 A la Recherche du Bonheur.Si l'on ne voulait qu'être heureux cela serait bientôt fait; mais on veut être plus heureux que les autres et cela est presque toujours difficile parce que nous croyons les autres plus heureux qu'ils ne sont.— Montesquieu.— • * Le plus souvent on cherche son bonheur comme on cherche ses lunettes, quand on les a sur le nez.— G.Droz.— * * * On n'est jamais malheureux quand on a beaucoup de bon sens et beaucoup de bons sentiments.— Joubert.— Rien ne peut embellir notre visage, nos allures et nos manières comme le désir de répandre la joie et non la tristesse autour de nous.— Emerson.— Très certainement, le bonheur de notre vie dépend en grande partie de notre aptitude à choisir de bons amis.— Lubbock.— * * Pour être heureux, il faut savoir faire deux choses: fermer les yeux et ouvrir les mains.— Labiche.— * * .Il en est du bonheur comme des montres: les moins compliquées sont celles qui se dérangent le moins.— Chamfort.— * * Etre bon, ce n'est pas assez, il faut l'être avec bonheur.— Barratin.— * Soyez bons; la bonté contient les autres choses, La bonté est le fond des natures augustes.D'une seule vertu Dieu fait le cœur des justes.Comme d'un seul saphir la coupole des cieux.— Victor Hugo.— iPoissons d'Avri M Ml Pour Faire Penser.On ne se conduit pas avec son intelligence mais avec-caractère.+ I .(.-> crin re> importantes d'un grand effort, que d'une efforts.résultent plus accumulation rarement de petits pas qu i L'amour élève ou abaisse, de rester nous-même.il ne nous permet donc L'art des grands meneurs, est de créer chez ceux s entraînent, des personnalités nouvelles.Un peuple n'essaya jamais de rompre brusquement avec ses aïeux, sans bouleverser profondément le cours de son histoire.* * Le milieu et l'exemple sont deux grands générateurs de la morale.* * Acquérir une méthode, c'est posséder l'art d'économiser le temps et, par suite, d'en prolonger la durée.* * * L'intelligence fait penser.La croyance fait agir.Reculer devant l'effort qu'on noncer d'avance à tout succès.* croit inutile, est re- On ne gouverne pas un peuple en tenant compte seulement de ses besoins matériels, mais aussi de ses rêves.* * * L'homme qui, suivant le conseil du bouddhisme, tuerait en lui le désir perdrait toute raison d'agir.Le choix d'un système d'éducation, a plus d'importance pour un peuple, que celui de son gouvernement.Persuader faire agir.n est pas sirrpUrrcr.t ccr.\aircre, irais — Gustave Le Bon.— Mystifier son prochain, jouir de sa crédulité, puis de sa mine déconfite quand on s'aperçoit qu'il a été joué, est un plaisir dont raffolent bon nombre de plaisants.Parmi les plaisanteries qu'ils inventent, il en est de franchement amusantes, si parfois il s'en présente de fâcheuses et môme de méchantes.Le plaisir que l'on prend à mystifier les autres, "à se payer la tête' de quelqu'un, s'est réservé un jour dans l'année où il se donne libre carrière: le premier avril, et cette date est une institution, tout comme le carnaval et la mi-carême.De temps immémorial, les rues sont sillonnées, ce jour-là, d'enfants et de petites bonnes que l'on envoie chercher une corde pour lier le vent, un bâton qui n'ait qu'un bout ou un brochet sans arêtes.Quelle est l'origine de cette coutume?Pourquoi est-elle placée au premier Avril plutôt qu'à une autre date ?D'où vient qu'elle porte ce nom singulier de "poisson d'avril ?" L'origine de cette coutume bizarre se perd dans la nuit des temps."Est-ce dans quelque mer immense, Trou béant, ou Dans quelque fleuve qui commence On ne sait où; Est-ce dans la Seine ou le Rhône, Au fond du Nil, Qu'on te pêche, ou dans la Garonne, Poisson d'Avril ?" Les chercheurs n'ont pas manqué d'entrer en campagne, et ils n'ont pas manqué davantage de nous rapporter d'ingénieuses solutions.La pêche, disent quelques-uns, ouvre d'ordinaire le 1er Avril; or, les pêcheurs sont le plus souvent dupes des poissons.Suivant d'autres, il faudrait se souvenir que François, dur de I.orraine, retenu prisonnier au château de Nancy par l-ouis XIII, s'échappa le 1er Avril en traversant la Meurthe à la nage.Les Lorrains, dit-on, s'écrièrent après cette évasion qu'on avait donné aux Français un poisson à garder et que ce poisson leur avait joué un bon tour.Mais ces façons d'expliquer le "poisson d'avril" ont un peu l'air d'être elles-mêmes des mystifications.Voici une origine moins mystérieuse, dont la version est la plus généralement acceptée: Autrefois, jusqu'au temps de Charles IX, l'année commençait le 1er Avril, avec le printemps, et, à cette occasion, l'on donnait des étrennes quelquefois sérieuses, d'autrefois drolatiques.On se mystifiait par des faux messages ou encore, on envoyait à ses amis et connaissances une paire de chausses trouées, un sac de noix creuses, de la paille soigneusement empaquetée, etc.En 15f>4, pendant un séjour qu'il fit en Dauphine, au château de Roussillon, Charles IX rendit une ordonnance en vertu de laquelle était reporté au 1er Janvier le premier jour de l'année qui, jusqu'alors, avait commencé au 1er Avril.Par suite de ce changement, les étrennes ne se donnèrent plus qu'au jour initial de Janvier et, le 1er Avril, oh se livra en manière d'ironie, à des félicitations moqueuses et à des plaisanteries envers les personnes qui ne s'accommodaient qu'avec humeur du nouveau régime.De là même à les mystifier par des cadeaux simulés ou de faux messages, la distance n'était pas grande et, finalement, comme c'est en avril que le soleil quitte au Zodiaque le signe des Poissons, nos aïeux donnèrent à ces simulacres le nom de poissons d'Avril qui leur est resté.Quoiqu'il en soit, c'est surtout avant la Révolution que le poisson d'Avril fût en honneur.Il s'était fondé au Palais Royal, un club spécial, le "Club des Mystificateurs," dont faisaient partie, entre autres, le marquis de Sade et Grimod de la Reynière, un goinfre célèbre.Le 1er Avril, ce club ne manquait jamais d'organiser un dîner extraordinaire auquel était convié quelque naif.Au dessert, les mystificateurs lui avouaient, par exemple, qu'il venait de manger de la chair humaine et lui demandaient sérieusement son opinion au point de vue gastronomique, sur le dîner servi.L'impression de terreur et de dégoût qui se peignait aussitôt sur les traits du bonhomme les amusait beaucoup.Le "poisson d'avril" n'est plus, maintenant, qu'un prétexte à échange de cartes postales ou de mondanités intimes; et, en songeant aux nombreuses manifestations de "bluffisme" qui, en ces jours de bruyant étalage, tentent de faire passer des vessies pour des lanternes, un rimeur humoristique, auquel l'esprit d'ironie n'est pas étranger, a commis sur ce sujet la sarcastique pochade suivante: "Jadis, on était sur le gril Dès l'aube de cette Journée A quelque blague destinée.Aujourd'hui, jeu moins puéril.C'est de bout en bout de l'année Qu'on lâche les poissons d'Avril.Les promesses et les façons De tous les nouveaux ministères, Les boniments parlementaires Répétant les mêmes chansons Sur l'avenir des prolétaires: Poissons d'avril, tout ça, poissons! Les impôts que nous déboursons Pour la sécurité des rues, Pour les souffrances secourues, Les rapports que nous compulsons Sur les misères disparues Tout ça, poissons d'avril, poissons! En art, les ours et les oursons De certaine littérature, Les mascarades de peinture Donnant des tons bleus aux buissons, Soi-disant d'après nature, Poissons d'Avril, poissons, poissons! Mais, malgré toutes les leçons, Nous nous laissons encore surprendre.Toujours enclins à nous éprendre Des grands mots, ces vieux hameçons Auxquels mordent, s'y laissant prendre Les badauds comme les poissons!" A.Descours. La Revue Moderne — Avril 19 2 8 5 la moustache "M.onsieur .Quelle moustache préférez-vous Mon cher ami, il faut que vous diminuiez un peu cette monstrueuse moustache.Elle ne vous va pas, et, surtout, elle m'agace.Rasez-vous à l'américaine, ou, au moins, portez la moustache à la Chariot —si vous voulez vous rendre ridicule.Sans témoignage du contraire, admettons que le mari d'Eve portait une moustache qui n'avait jamais connu rasoir ni ciseaux, puisqu'au temps d'Adam, ces utiles accessoires de toilette de Monsieur n'étaient pas inventés.Joseph, au contraire, ne portait pas de moustache, bien que son père, le vénérable Jacob, fut doué d'une magnifique cascade de poils qui tombait jusqu'à sa poitrine.Et, plus tard, les Yikings étaient fameux pour des moustaches blondes —comme les blés — et longues.Mon Dieu, qu'elles étaient longues ces moustaches!.Eh bien, jeune Monsieur, ou même, Messieurs — n'importe votre âge.Si vous ne voulez pas vous priver de votre moustache chérie, tâchez au moins de vous conformer à la grâce, à l'hygiène et à la mode.La moustache à la Napoléon III, ronde et effilée aux extrémités, n'est plus fashionable.La moustache à la Viking cache les angles de la bouche, et celle pour laquelle le père de Joseph était renommé couvre le menton.Le hors-d'œuvre de Charlie Chaplin est une horreur — même si vous n'avez qu'un petit bouton de lèvre qui ne peut supporter aucune chose plus pesante qu'un léger baiser.,.Alors, je vous conseille de diminuer un peu la plus basse partie de cet ornement masculin : gardez une ligne |)lus ou moins droite, et surtout, ne masquez pas la lèvre.Quant iux extrémités, abrégez-les jus-iu'à une longueur convenable.— Mon cher ami, vous objec-era Madame, j'ai suivi votre laborieux exposé avec beaucoup le patience.Mais savez-vous e que l'homme chic fera de sa noustache ?.George Cecil.1^ ^ 13" ^ V la robe Quand les Cloches X ^ Sonneront ï Alléluia s» "Pâques! le soleil brille et les cloches résonnent." "L'Alléluia s'élance, et l'orgue lui répond;" "Les grands arbres là-bas sous la brise frissonnent," "Et dans son nid la grive pond." "Pâques! saison charmante et pleine de mystères," "Où la sève remonte aux vieux arbres penchés," "Et l'espoir dans les cœurs, et le sang aux artères," "Et les carillons aux clochers!" "Verte saison d'amour, où tout se sent revivre," "Qui te fête le mieux, du prêtre ou de l'oiseau ?" "L'eufant-Dieu renait-il aux champs ou dans le livre." "Sur l'autel ou dans le berceau ?" Ce jour là, résonnent joyeusement les carillons de tous les temples chrétiens.C'est jour de triomphe, c'est la fête destinée à rappeler le souvenir de la résurrection de Jésus-Christ.Sa date, dont dépendent toutes les fêtes dites mobiles, est fixée au dimanche qui suit le 14ème jour de la lune qui commence en Mars.L'établissement de la fête de Pâques remonte à l'origine même du christianisme.On réservait ce jour pour le baptême d'un grand nombre de catéchumènes.La fixation de la date de Pâques donna lieu à de longues discussions.Les Occidentaux, se conformant aux usages romains, avaient toujours célébré cette fête le dimanche qui suit le 14 ème jour de la lune de Mars.Mais en Orient, beaucoup de chrétiens, s'autorisant, dit-on, de l'exemple laissé par l'apôtre Saint-Jean, la célébraient le jour même où tombait le 14cme jour de la lune.En l'an 325, le Concile de Nicée imposa à toute l'Eglise les usages romains et chargea le patriarche d'Alexandrie de faire exécuter chaque année les calculs nécessaires pour la fixation de la date de la pâque.La Pâque juive avait été instituée en mémoire de la sortie d'Egypte et du passage de la mer Rouge.Le jour qui précéda la sortie d'Egypte, Moïse, sur l'ordre de Jéhovah, commanda aux Israélites d'immoler dans chaque famille un agneau mâle d'un an et de teindre de son sang les deux jambages ainsi que la traverse supérieure des portes de leurs maisons.De plus, ils devaient faire cuire cet agneau et le manger, la nuit, sans en laisser un seul morceau, faire ce repas à la hâte, un bâton à la main et les pieds chaussés.Ils devaient aussi manger des herbes amêres et du pain sans levain.Les Israélites observèrent ce que Jéhovah leur avait commandé: le lendemain, celui-ci parcourut l'Egypte et fit mourir tous les premiers-nés, excepté ceux des Israélites dont les portes étaient teintes du sang de l'agneau.En souvenir de cet événement, la Pâque eut lieu dans le mois Amib, plus tard le mois de Nisan, qui cor- respond à la fin de mars et au commencement d'avril.A Rome, pendant longtemps, le jour de Pâques, le Pape trouvait à la basilique de Latran une table richement servie auprès d'un lit, sur lequel il se plaçait à la mode orientale.A ses pieds, un escabeau destiné au prieur de la basilique qui devait jouer le rôle de Judas; sur la table, un agneau rôti.Dés que ce dernier avait été béni et découpé par le plus jeune des cardinaux, le Pape en prenait un morceau et le donnait au prieur qui représentait Judas, en disant: "Ce que tu fais, fais-le promptement ; mais ce que Judas reçut pour sa damnation, reçois-le pour ton salut." Après quoi l'on distribuait l'agneau entre tous les assistants.La tradition de ce repas est perdue; mais, dans le Missel et le Rituel romains, on peut lire encore la formule de la bénédiction de l'agneau pascal.Comme nous ne l'ignorons pas, le plat traditionnel de la fête de Pâques a été, depuis les temps les plus reculés, le tendre agneau.On le mangeait autrefois rôti, avec du pain sans levain (azyme), trempé dans le suc d'herbes amères.Cette coutume s'est perpétuée chez les Grecs et les Romains, et jusqu'à nos jours.En l'année 1300, il existait même en France une pièce d'or marchande, appelée agnel, qui portait l'effigie de l'agneau pascal.Pour nous, Canadien?, nous accueillons l'agneau avec plaisir, parce qu'il vient à point, avec sa chair délicate, savoureuse et de digestion facile, à un moment où l'estomac n'a pas besoin de viande lourde et échauffante.Pâques est, après Ncêl, la fête de famille par excellence.Pâques, c'est la joie complète et sans mélange, la joie de revivre après l'hiver, comme revit la nature printa-nière, la joie de l'équité satisfaite, la joie de la victoire remportée sur la mort.En Pologne, en Russie, tout le monde s'embrasse ce jour-là; ainsi faisait-on au cours des premiers siècles, dans tout l'univers chrétien."Christ est ressuscité!": on échangeait cette parole comme un souhait de bienvenue, et, pour un jour au moins, on voulait que l'anniversaire de la Résurrection du Christ supprimât d'ici-bas toutes les infortunes: les prisons s'ouvraient devant les criminels, les riches affranchissaient leurs esclaves, les besaces des pauvres se remplissaient; et les criminels et leurs juges, les esclaves et leurs maîtres, les pauvres et leurs bienfaiteurs, tressaillaient d'une commune exaltation.Christ était ressuscité.On appelait Pâques le jour des jours, la fête des fêtes, le jour de la joie.Le soleil de Pâques resplendissant, ramenant la joie, la lumière et la vie, c'est le symbole de la résurrection des êtres et des choses, l'image du printemps dans toute la création.Et la fête de Pâques, pour faire parler un vieil auteur, qui ne manquait pas de pittoresque: "C'est un jour aussi élevé au-dessus de tous les autres, que le soleil est au-dessus des étoiles." Arnaud DE "Madame" Quelle robe avez-vous le mieux aimée?.$ Les robes que nous avons portées restent-elles dans notre souvenir ?Gardent-elles, pour nous, un parfum du passé, un attrait sentimental ?Enfin, parmi toutes les toilettes, si impatiemment attendues, et que la mode capricieuse nous fit bientôt a-bandonner, en est-il une qui demeure particulièrement présente à notre mémoire, éclipsant l'éclat de toutes les autres, soit qu'elle fût d'un style qui nous plût davantage, soit que nous n'y puissions rêver aujourd'hui sans l'associer à un événement heureux.?Voici la réponse qu'a bien voulu faire à cette question, le plus grand poète féminin d'aujourd'hui, la comtesse Mathieu de Noailles: _ "Vous me posez une question bien embarrassante pour toutes les femmes, car tant de robes ont passé dans leur vie qu'elles ne sauraient vous raconter le roman de chacune, ni bien discerner le roman préféré.Je vais donc tirer à la courte paille dans mes souvenirs.Je ferme les yeux, j'interroge ma mémoire et voici ce qu'elle m'offre en réponse à votre amicale curiosité." "C'est une robe de petite fille, en andrinople couleur de coquelicot, ornée au bas de la jupe, aux hanches et au col d'une série d'ancres blanches imprimées comme au pochoir, et, chose incroyable, reliées entre elles par des chaînes toujours imprimées, dont le dessin rappelait fidèlement celles qui retiennent les embarcations dans les ports." "Cette robe absurde que je convoitais et que j'obtins à l'âge de neuf ou dix ans, au moment de partir pour la campagne, me causa une joie immense, poétique, et qui dura tout l'été.Je trouvais à cette robe la fraîcheur des cerises, telles qu'elles brillent, enchanteresses et naïves, dans une page de Jean-Jacques-Rousseau; par les ancres et par les chaînes, cette humble robe m'éblouissait comme l'eau, le plus beau des éléments, et je me sentais moi-même navire, promise ainsi à toutes les vagues et à tous les horizons." "Voilà'une réponse véridique et précise, qui m'attendrit un peu, parce que je vois bien, en vous écrivant ces lignes, que l'affreuse petite robe était portée par une enfant qui rêvait et qui baignait dans la poésie." A.Visan. € Ce n'est point geste tout nouveau que celui d'offrir à Pâques, aux enfants, aux amis, sous forme d'oeufs, le joli symbole de la résurrection du printemps et l'espoir d'un bel été rajeuni.La touchante coutume d'échanger des oeufs de Pâques est plusieurs fois centenaire, et d'origine purement religieuse.Au temps jadis, le carême était d'une extrême rigueur, les fêtes et les jeux étaient suspendus, on se vêtait d'étoffes plus sombres, on se faisait reproche du moindre divertissement.En ce qui regarde la table, on était astreint à des règles sévères, et ''interdiction ne portait pas seulement sur le gibier ou les morceaux de choix, mais encore sur des aliments qui nous paraissent aujourd'hui de première nécessité, tels que le beurre et les oeufs.Quant à ces derniers, la pénitence semblait dure; aussi les mettait-on soigneusement en réserve, et, dès le samedi saint, aussitôt l'alléluia chanté, après les avoir soumis à une longue ébullition, afin de les rendre moins cassables, on les offrait à ses amis et à ses pro- ches, ou encore on les donnait aux enfants qui les utilisaient en d'innombrables jeux.Pour si simples qu'ils fussent, ces présents n'étaient pas dénués de fantaisie.Les coques étaient teintes en rouge, en vert, en jaune ou d'autres couleurs vives.Chaque ménagère possédait des recettes jalousement gardées grâce auxquelles elles obtenaient des nuances délicates, des coloris irisés qui transformaient ces humbles produits de basse-cour en bibelots précieux ; et quand un amant en offrait à sa belle, il les adornait de devises amoureuses.Nous ne saurions prétendre, aujourd'hui, posséder des oeuvres d'art de ce genre.Les artistes, fort occupés par ailleurs, se désintéressent plutôt de ces objets consacrés et, seuls, les confiseurs s'efforcent de présenter aux étalages, des oeufs enrubannés que couvent des poules au plumage chatoyant.Et pour les uns ou pour les autres, oeufs sérieux ou amusants, qu'un peu d'imagination, d'adresse et de goût vous fassent découvrir la décoration inédite qui rendra plus précieux les cadeaux de Pâques."D.LATOUR " eviTez "L'A PEU PRES" Viser "à peu près" juste, c'est pour le chasseur, la certitude de revenir "bredouille".Fermer "à peu près" sa porte, c'est risquer de se faire voler.Se couvrir "à peu près", quand il gèle, c'est aller au devant d'un bon rhume.Que d'"à peu près" du même genre ne rapportent que misère! Si la mère de famille n'élève qu'"à peu près" ses enfants, deviendront-ils vraiment des hommes?Si le père n'est qu"'à peu près fidèle à ses devoirs, s'il n'est qu"'à peu près" dévoué, travailleur, économe, sincère, sobre.que fera-t-il de bon?L"'à peu près", d'ailleurs, est parfois criminel.Criminel, le chauffeur qui surveille "à peu près" sa chaudière.Criminel, le pilote qui dirige "à peu près" le navire.Que de morts d'hommes a causées l'"à peu près" ! Nos pères, jadis, ignoraient cette formule ; ils avaient le souci du bel ouvrage, solide et bien fait, du travail "en conscience", du devoir accompli.Aujourd'hui on se croit quitte, en règle avec soi-même, parce qu'on a bâclé "à peu près" ce que l'on avait à faire.C'est une erreur profonde.L"'à peu près" est toujours néfaste pour nous-mêmes ou pour les autres.Faisons donc tout "comme il faut", comme l'exige le devoir, c'est-à-dire parfaitement.La Revue Moderne — Avril 1928 Plai isir chat du cadeau.Il y faut de la psychologie et de l'imagination.L'observation d'un caractère, son sérieux ou sa frivolité, ses désirs ou ses besoins : voilà des guides précieux.Vous avez réfléchi : première étape, purement spirituelle, de la donation.Vous vous êtes à peu près fixé et vous passez au matériel.Vous entrez dans une de ces boutiques où sont assemblés tous ces menus objets pratiques ou inutiles, vous hésitez, vous observez que celui-là est plus commode, mais cet au-tre-ci plus distingué et vous vous dites: "Celui-ci pour ma soeur qui aime gentiment l'inutile, cet autre pour Jean qui est pratique." Ainsi, peu à peu, vous organisez vos achats.Ces hésitations, ces courses, ces trouvailles, vos efforts pour le plaisir des autres, regardez au fond de vous-même, si vous n'en ressentez pas de la joie.Il y a bien quelquefois de petits soucis : les magasins encombrés, la tentation d'une jolie chose, trop jolie pour votre bourse.Il y a tout cela, mais avec de l'ingéniosité, de la bonne humeur, on y remédie.Et puis, l'instant arrive où vous voyez les mains aimées, les mains émues, démailloter vos paquets avec lenteur ou vivacité.Vous voyez un regard de joie, des yeux qui brillent.Vous avez fait plaisir: moment exquis.- ARNOLD — Don ner N'est-il pas de bon ton de se plaindre de l'approche de certaines Fêtes: elles sont lourdes d'obligations.Quel est celui de vos amis qui n'assurera pas qu'il donne beaucoup et qu'il ne reçoit rien et qui ajoutera: "Je voudrais bien être au dimanche de la Quasimodo"! Rompons un peu avec cette tradition du gémissement périodique et persuadons-nous, parce que cela est vrai, qu'il est peu de plaisirs plus doux que de donner.D'abord, c'est un plaisir multiple et fin.Le premier de son agrément est dans le choix et l'a- Op L m Fi'Àe moi/elle tue ccupez pay "Lui": A cette question: "Traveiserie:-vous l'Atlantique, Mesdames/", savez-vous les réponses envoyées par quelques-unes des personnalités féminines françaises les plus en vedette?"Elle": Je n'en ai lu aucune encore, mais il me serait fort agréable, vous savez, de prendre connaissance de quelques-uns de ces envois."Lui": Alors, pour me rendre à vos désirs, je m'empresse, chère amie, de lire textuellement pour votre plaisir, quelques lettres dont le communiqué sera publié dans les journaux de demain: GYP a un coeur jeune si elle a des cheveux blancs.Mais les inventioris modernes ne sont pas de ses amies.L'auteur délicieusement spirituel du "Mariage de Chiffon" exclame avec toute sa franchise: Jamais de la vie!.Gyp.COLETTE YVER ne périra pas de sa main.Si elle a écrit ce beau livre "Princesses de Science", elle ne se risquera pas à conquérir dans les nuages le titre de Princesse de la science ailée.Elle nous dit donc: Si l'on me proposait, même avec un excellent pilote, la traversée de l'Atlantique en avion, je déclinerais l'invitation, mes principes et mes goûts m'interdisant le suicide.Je vous demande pardon d'une réponse qui témoigne de dispositions si peu aventureuses et vous prie de ne pas me juger en bloc sur cette déclaration ultra prudente.Colette Yver.* • ISABELLE SANDY n'aimant pas l'eau, comment l'auteur d"'Andorrah ou les hommes d'airain" et de bien d'autres beaux livres partirait-elle pour le pays du régime sec?Pourtant, s'il le faut.Mais gageons que ce serait à la condition que cette charmante maman pût emmener le premier poupon qui traverserait l'Atlantique.Votre lettre m'arrive seulement ce jour! Vous voyez bien que j'ai manqué le coche: je veux dire l'avion.A vrai dire je n'en suis pas fâchée.J'ai peur de l'eau! Et puis je suis maman.Mais s'il le fallait absolument je ferais comme les autres sans doute.Isabelle Sandy.* * RAYMONDE MACHARD, elle, c'est en nageuse et "à l'indienne" qu'elle traversera un jour peut-être l'Atlantique.L'auteur d'un roman qui fut vivement discuté, nous écrit entre deux plongeons: J'ose faire au volant de mon auto du "Looping", à toute allure, dans les routes tortueuses et cahotiques de la Bretagne! J'ose même, par ce froid de canard, faire des plongeons dans une mer.de glace, et nager à "l'indienne" la tête sous l'eau pour arriver la première au but! Mais.mais.je n'oserais pas, je crois, monter dans un avion.Je me sens toutes les audaces sur la terre, mais dans l'air il me semble que je serais privée de tous mes moyens.C'est une sensation.Il est difficile de raisonner une sensation.Donc je refuse d'avance toute invitation pour effectuer même sur un avion perfectionné avec un pilote d'élite la traversée de l'Atlantique.surtout cette traversée là.hélas! Raymonde Machard."L'ENQUETEUR" La Revue Moderne — Avril 1,91S 7 Habitudes et Petites Manies de Quelques Ecrivains Nous venons de lire un livre qui nous a charmés, d'assister à la représentation d'un drame qui nous a émus.Comment ce livre a-t-il été écrit?Comment ce drame a-t-il été composé?Nous sommes curieux de le savoir.Nous aimerions à surprendre l'écrivain au moment où il travaille, à nous pencher sur la table où il est accoudé, pour lire à mesure les lignes qu'il trace.En effet, il n'en est presque pas un, parmi les écrivains les plus richement doués, qui n'ait sa méthode, ses habitudes, ses manies.Tel ne peut écrire que dans certaines conditions où justement son voisin ne pourrait aligner deux phrases.Celui-ci n'a toute la liberté de son esprit que le matin, et cet autre a besoin du silence et de la solitude de la nuit.Il y a plus.Vous pouvez en croire un écrivain s'il vient vous dire qu'il n'écrit que sur un certain papier d'une dimension comme d'une pâte déterminées, avec des plumes, une encre, qui parfois n'ont d'autre particularité que d'être ses plumes et son encre.Mettez-le dans le cadre qui lui est ordinaire, donnez-lui ses outils familiers, il travaillera avec allégresse et facilité.Changez quoi que ce soit à ces accessoires indispensables, le voilà malheureux, gêné, réduit à l'impuissance.Bizarreries! direz-vous, puérilités! Cela est possible, mais telle est, en effet, la nature de l'habitude.C'est ainsi qu'elle peut devenir tour à tour une aide ou un obstacle.Satisfaite, elle facilite le travail de l'auteur, et pour ainsi dire en exécute une partie grâce à l'activité inconsciente qu'elle crée en nous.Contrariée, elle empêche l'écrivain de rien produire.Elle est tout ensemble pour lui une servante et un tyran.Un Forçai du Travail A ce point de vue, aucun ne s'impose à l'attention d'une façon plus frappante que Balzac.Il lui a suffi de quelques années pour écrire la Comédie humaine, ce vaste répertoire de documents humains.Mais, pour réaliser ce tour de force, quel prodige .quelle débauche de travail! Aux exigences de ce labeur, de ces "travaux forcés", Balzac subordonne tout le reste de sa vie; il y plie bon gré, mal gré, son corps, et se fabrique une hygiène spéciale.Chaque soir, à six heures, après avoir pris son repas, et, comme il dit, "son dîner dans le bec", il se couche.A minuit, il se lève, s'enveloppe du froc de moine qui lui sert de robe de chambre, avale un grand bol de café, et, à la clarté d'un flambeau à sept bougies, travaille, travaille sans s'arrêter jusqu'à midi.A mesure qu'il écrit, il jette chacun de ses feuillets derrière lui sans les relire et sans les numéroter.A midi, son domestique entre pour lui apporter son déjeuner, ramasse les feuilles éparses et les porte chez l'imprimeur.Terrible pour l'auteur, la méthode de composition de Balzac ne l'était guère moins pour l'imprimeur.En effet, son roman, tel qu'il l'envoyait en manuscrit, n'était guère qu'une ébauche.Il le revoyait, Te complétait, le refaisait entièrement sur les "épreuves".Aussi les épreuves si chargées de Balzac sont-elles, dans le monde où l'on imprime, célèbres à la manière d'un cauchemar.La Maladie du Scrupule et les Affres du Style Le métier d'écrire ainsi compris est sans doute un des plus rudes qui soient.Il a été plus pénible encore pour un autre écrivain, Gustave Flaubert.Ce qui caractérise celui-ci, ce n'est pas, comme pour Balzac, l'énor-mité de la production : au contraire, il a peu produit, étant de ces écrivains difficiles pour eux-mêmes, qui n'arrivent jamais à se satisfaire et qui sont sans cesse arrêtés et désespérés par la différence entre l'idéal qu'ils se proposaient et l'oeuvre réalisée.Flaubert restait presque toute l'année dans sa propriété de Croisset, près de Rouen, et passait presque tout son temps seul dans son cabinet de travail.Par les nuits d'été, les fenêtres du cabinet restaient ouvertes et le silence n'était troublé que par la rumeur lointaine de la Seine qui coulait au bas du coteau.Vêtu d'un large pantalon noué à la ceinture par une cordelière de soie et d'une longue houppelande de drap marron qui lui tombait jusqu'aux talons, Flaubert était assis dans son fauteuil de chêne à haut dossier, la tête rentrée entre ses fortes épaules, penché sur sa feuille de papier."Sa figure rouge, que coupait une forte moustache blanche aux bouts tombants, se gonflait sous un afflux furieux de sang, écrit Guy de Maupassant.Son regard ombragé de grands cils sombres courait sur les lignes, fouillant les mots, chavirant les phrases, consultant la physionomie des lettres assemblées, épiant l'effet comme un chasseur à l'affût.Puis il se mettait à écrire, lentement, s'arrêtant sans cesse, recommençant, raturant, surchargeant, emplissant les marges, traçant des mots en travers, noircissant vingt pages pour en achever une et, sous l'effort de sa pensée, geignant comme un scieur de long." Quand, après mille hésitations, Flaubert avait enfin achevé une phrase, il prenait la feuille de papier, relevait à la hauteur de ses yeux, la parcourait rapidement, puis se levait et, arpentant à grands pas son cabinet, déclamait sa prose d'une voix haute et mordante, scandant les syllabes.C'est ce qu'il appelait faire passer la phrase par son gueuloir.Il retournait ensuite à sa table, corrigeait ce qui avait choqué son oreille dans la musique des mots, et recommençait une autre phrase, toujours torturé, toujours gémissant.Il a lui-même maintes fois comparé les tortures de ce travail à celles de l'agonie.Il a souffert des "affres" du style.Fleuves d'Encre et Nappes de Prose A ces forçats du travail on peut opposer des écrivains dont l'heureuse fécondité n'a, du moins en apparence, jamais connu l'effort.Telle était l'inépuisable romancière George Sand.Elle avait passé la journée, parlant peu, agissant moins, comme absente de la vie réelle, et ruminant dans sa tête les belles histoires qui se passaient dans le monde imaginaire créé par elle.Le soir, après le dîner, à huit heures, elle s'asseyait devant sa table de travail.Elle y trouvait une abondante provision de feuilles de papier toujours coupées»suivant une mesure uniforme, et se mettait à écrire.Elle reprenait le roman où elle l'avait laissé la veille, et sans une hésitation, continuait de le rédiger.Elle travaillait ainsi jusqu'à quatre heures du matin.Un roman se terminait-il au cours de cette période de huit heures?Elle pliait son manuscrit pour l'envoyer le lendemain à la Revue des Deux Monde* et se mettait tranquillrmrnt à en rédiger un autre.La Régularité, Véritable Secret du Travail Fécond Le cas des écrivains chez qui des dons remarquables ont été stérilisés par le désordre et l'excentricité de leur vie est déjà bien significatif.Il nous donne à deviner que la régularité ,1a suite patiente, l'opiniâtreté calme, sont encore les plus sûres garanties d'un travail fécond.Et c'est en effet ce que prouve avec éclat l'exemple de presque tous les grands écrivains qui nous étonnent par l'abondance de leur production tant que nous n'en avons pas découvert le secret.Buffon, pour se mettre au travail, se parait-il de ces fameuses manchettes de dentelle que lui attribue la légende?Ce n'est rien moins que sûr.Ce qui l'est davantage, c'est qu'on le voyait chaque matin, à cinq heures exactement, sortir de sa maison, traverser son parc, et s'acheminer vers sa salle d'étude installée dans une vieille tour au fond du jardin.Là, il commençait à dicter à son secrétaire.A neuf heures, son valet de chambre venait l'accomoder et le coiffer, sans qu'il cessât un instant la dictée.Goethe consacrait au travail toutes les matinées invariablement.Dickens écrivait chaque matin trois pages, pas une de plus.Trois pages par jour, cela fait au bout de l'année plusieurs volumes; au bout d'une vie, cela fait une bibliothèque.Victor Hugo est en France le type de ces travailleurs au labeur uniforme et inlassable.Levé à cinq heures, il se mettait immédiatement à sa tâche.Il écrivait debout sur un bureau élevé, placé dans sa chambre à coucher près de la fenêtre.Une marge ample et régulière encadrait ses vers tracés sur papier de grand format avec une plume d'oie, d'une écriture fortement empâtée, nette et virile.Pe même que l'ickens rédigeait toujours trois pages, Hugo écrivait chaque jour à peu près le même nombre de vers, quatre-vingts environ.Durant toute sa carrière, Victor Hugo travailla avec cette même exactitude et ce même calme.Obligé de livrer à une date rapprochée le manuscrit de Xotre-Dame de Paris, voici comment il procéda."Il s'acheta, nous rapporte le "Témoin de sa vie", une bouteille d'encre et un gros tricot de laine grise qui l'enveloppait du cou à l'orteil, mit ses habits sous clef pour n'avoir pas la tentation de sortir, et entra dans son roman 'comme dans une prison.Il était fort triste."Dès lors, il .ne quitta plus sa table que pour manger et dormir.Sa seule distraction était 'une heure de causerie après dîner avec quelques amis qui venaient et auxquels il lisait parfois ses pages de la journée." Mais, ce qui est admirable, c'est que, "dès les premiers chapitres, sa tristesse était partie ; sa création s'était emparée de lui, il ne sentait ni la fatigue, ni le froid de l'hiver qui était venu; en décembre, il travaillait les fentêres ouvertes.Le 14 janvier, le livre était fini — et la bouteille d'encre aussi : il était arrivé en même temps à la dernière ligne et à la dernière goutte." Telle est, en effet, la vérité.Ces procédés parfois bizarres des écrivains, ces tics et ces manies ne nous surprennent pas, et nous ne songeons pas à les leur reprocher, l'homme étant un être d'habitude.Mais ce qui BALZAC d'après une caricature de Benjamin fait les grands écrivains, ce ne sont ni les manies, ni les travers, ni les excès: au contraire, leurs excès, leurs travers et leurs manies sont ce qu'il y a en eux de plus facile à imiter.Tout le monde peut abuser du café comme Balzac, ou, plus dangereusement, de l'alcool comme Musset, faire du jour la nuit et de la nuit le jour, écrire debout comme Hugo, ou couché comme Rousseau.Ce qui est plus difficile, c'est d'avoir l'éloquence de Rousseau, la puissance verbale de Victor Hugo, la vision de Balzac, l'imagination de George Sand.En définitive, veut-on savoir la recette pour faire de belles oeuvres?Supposons d'abord le don naturel, sans lequel on n'a rien à espérer: pour développer ce don naturel et lui faire produire tous ses fruits, le meilleur, le plus utile, le seul infaillible des procédés de travail, est.le travail.Peut-on Stimuler Artificiellement l'Imagination?Y a-t-il des moyens d'activer la production, de stimuler l'imagination?L'un de ces moyens consiste pour beaucoup d'écrivains à travailler la nuit: l'insomnie et la fièvre qu'elle provoque surexcitent leurs nerfs.Quelques-uns ont poussé cette superstition du travail nocturne jusqu'à se donner en plein jour l'illusion de la nuit : Musset se plaisait à composer ses vers, les rideaux des fenêtres tirés et les bougies allumées, bien qu'il fît grand jour; déjà, au XVIIIe siècle, s'il faut en croire la chronique, le poète tragique Crébillon se livrait à pareille excentricité.La musique peut, on le comprend, être une utile inspiratrice: suscitant chez celui qui l'écoute tout un monde de sentiments et d'émotions, elle contribue à mettre l'imagination en activité.Tel était le cas pour Alexandre Dumas fils, qui aimait à entendre jouer du piano tandis qu'il écrivait ses romédies, tout au rebours de Théophile Gautier qui définissait la musique: "le plus désagréable et le plus cher de tous les bruits".Mais les stimulants dont les écrivains font usage ne sont pas toujour; aussi immatériels.Si Dumas père se contentait do lamper un grand verre de limonade, Balzac faisait une effroyable consommation de café; beaucoup usent et abusent du tabac.Chez George Sand ce besoin de fumer était si puissant que d'après Théodore de Banville, elle cessait d'être intelligente si elle était privée de tabac.Quelle leçon à tirer de cette étude, sinon : que la régularité d'un travail opiniâtre et méthodique est toujours la meilleure condition d'une production abondante, l'auxiliaire indispensable au génie lui-même.— Rifcobcrt Comment Travaillaient La Revue Moderne — A i> r il 1928 Un Service Supérieur de Traiteur —pour ceux qui reçoivent QUE vous donniez votre réception chez vous ou en un endroit plus commode, nous sommes très bien outillés pour répondre à toutes vos nécessités.Nos chefs, qui ont appris leur art dans les capitales de l'Europe, donneront à toute réception sociale, ce cachet de distinction qui en fera un succès.Notre service fournit (si vous le désirez) tous les garçons de table, servantes et le service de table.Pour vos mariages, banquets, réceptions, danses et dîners, grands ou petits, appelez Kerhulu & Odiau.Nos succursales : SUCCURSALE DO HAUT l>F I \ VILLE :iin-:ii;n rue.Ste-Catherine rune aux yeux noirs, sera difficile à porter pour une brune aux yeux bleus.L'ombre du vert, étant rose, avivera parfois un teint pâle, fâcheusement influencé au contraire par le rouge dont l'ombre est verte; les tons clairs recommandés aux brunes peuvent accentuer avec maladresse leur coloration chaude, tandis que le jaune éteint l'éclat des cheveux blonds.En résume, le meilleur moyen de bien choisir un tissu est de considérer attentivement son reflet près des yeux et près du visage, sans s'imaginer que les artifices de l'art permettront de supporter les nuances difficiles.Dialogue ^e docteur: "Vous faites une propa-¦ gande en faveur de l'existence de l'âme.entre Un Avez-vous jamais vu une âme?— Non., , — En avez-vous jamais touché une ?— médecin Non.— En avez-vous jamais odoré une ?, — Non.— En avez-vous jamais goûté et SOn une?Non.— En avez-vous jamais senti malade une ' — Oui.— Alors, de votre propre aveu, il y a contre vous quatre sens pour un en votre faveur.Il en résulte logiquement qu'il n'existe pas d'âme." Le malade: "Vous avez pour tâche de soulager la douleur.Avez-vous jamais vu une douleur ?— Non.— En avez-vous touché une?— Non.— En avez-vous odoré une ?— Non.— En avez-vous goûté une ?— Non.— En avez-vous senti une ?— Oui.— Alors, de votre propre aveu, il y a contre vous quatre sens pour un en votre faveur.Il en résulte logiquement qu'il n'existe pas de douleur.Or, vous concluez que la douleur existe; je conclus donc que j'ai une âme." J^g$ On a calculé qu'une femme sous Louis XVI avec ses paniers et sa queue de Modes cour occupait un espace de sept pieds _ et demi.(changent Sous le premier Empire, quand elle était sans manteau, elle n'occupait que dix-huit pouces.Avec la crinoline, elle occupait cinq pieds.Mort ^n cornrnerçant de Londres qui mou- rut en 1776, voulant rendre une sorte de d'hommage au Stock-Exchange où il a- „ .vait gagné soixante mille livres sterling, Opleen légua sa fortune à un de ses parents, sous cette clause formelle qu'il serait obligé de se rendre tous les jours à la Bourse et d'y rester depuis deux heures jusqu'à trois.L'héritier qui n'était pas négotiant et ne comprenait rien aux mouvements de la Bourse, trouva cette obligation pénible.Il vécut en esclave, maudit sa fortune et mourut de spleen.J^a "Cette nuit, j'ai composé une chanson, mais vous n'étiez pas là.Fugitive J'ai trouvé les mots que j'avais en vain cherchés tout le jour.Oui, du sein de la paix nocturne, ils se sont rythmés en musique, tandis que les étoiles, une à une, s'allumaient.Mais vous n'étiez pas là.Je voulais, ce matin, vous chanter ma chanson; mais si je n'en ai pas oublié la musique, les mots rebelles m'échappent, à présent que vous êtes là!" (Tagort.) La Dame "Recevoir est un art.Il y faut de la bonne grâce, de la politesse, une certaine qui Sait chaleur de ca-ur, le goût de distinguer les amis qui |>euvent se plaire et le soin KeceVOir de les assembler, une manière de confiance qui les mette à l'aise, et ces égards délicats, ces complaisances affectueuses par quoi les gens sont assurés du plaisir qu'apporte leur présence.La dame qui sait recevoir se reconnaît à un signe infaillible: cela l'amuse.Elle ne sait qu'inventer, ni quoi faire jaillir do sa cervelle, pour marquer à ses amis la joie qu'elle éprouve à les divertir; elle met de l'ingéniosité, de l'imagination, de la coquetterie à vouloir très belle une fête dont l'unique motif est de réunir ceux qu'elle aime ou les gens pour lesquels elle a du goût.La place qu'ils tiennent dans le monde, les avantages qu'ils ont reçus de la fortune, lui importent peu.Ce qu'elle veut, c'est sentir près d'elle la chaleur de leur gaieté, la poésie aimable de leur sympathie, et leur présence et leur nombre, et leur visage et leur âme." ( Yvonne Sarcey.) "LE Fl'RETEl'R" 12 La Revue Moderne — Avril 19 2 8 "Origines de la Musique" Nous connaissons mal les origines de la musique.La sculpture égyptienne représente quantité d'instruments; nous en avons exhumé un certain nombre des tombes royales; le Louvre possède des flûtes de quinze siècles antérieurs à notre ère, des tambours sans doute moins âgés, trois harpes dont l'une, la plus complète et la plus élégante, est un prodige de conservation.Malheureusement aucun papyrus, aucun bas-relief, aucune inscription ne nous livre le secret des cantilènes soupirées par ces flûtes, rythmées par ces tambours, accompagnées par ces harpes.( Widor.) $ • "La Voix de l'Orgue" L'orgue décompose et ramène, sous l'empire des lois musicales, le son indéfiniment complexe de la cloche.Pour l'étendue, l'éclat, la puissance, il n'a point de rival.Il est la voix de l'église chrétienne, et comme l'écho du monde invisible, qu'elle manifeste symboliquement.Ses proportions, sa forme, ont un aspect architectural, et de ses profondeurs sort un volume de son suffisant pour remplir l'édifice le plus vaste.Tantôt il provoque le recueillement et la contemplation par une harmonie voilée, mystérieuse; tantôt il émeut d'une tristesse sainte, ou enflamme les désirs d'une céleste ardeur.Quelquefois il gronde comme l'orage, mugit comme la tempête sous les voûtes tremblantes; quelquefois on dirait les soupirs des esprits, devinés plutôt qu'entendus.Parmi les organes que l'art s'est crées, aucun ne saurait être comparé à l'orgue: il les domine tous des hauteurs de sa royauté solitaire.Son lieu, c'est la vieille cathédrale, et ce qu'il dit n'a de sens véritablement symbolique que dans cette atmosphère sacrée.(Lamennais.) "La Mort de Bach" Au milieu du dix-huitième siècle, Jean-Sébastien Bach a la réputation, dans toute l'Allemagne, d'un organiste incomparable, et ses admirateurs, ses intimes, ses élèves, ses fils, ses filles, sa femme, savent qu'il est l'auteur des compositions admirables qui feront, un jour, la conquête de l'Allemagne, puis du monde musical tout entier., un jour, c'est-à-dire cent ans après, cent trente cantates religieuses, cinq messes, les Passions, une innombrable quantité de morceaux pour orgue et clavecin,des concertos, des pièces de chambre.Il est le grand Bach, il a donné sa forme définitive à la polyphonie, il a crée le grand style religieux; c'est le plein épanouissement.C'est aussi l'approche de la fin.La cécité l'envahit peu à peu, sa santé s'altère, il s'éteint dans la soirée du 28 janvier 1750, après avoir dicté à son gendre, Altkinof, un choral sur ce thème de circonstance: "Seigneur, mon Dieu, je m'approche, maintenant, de ton trône".Sa famille était groupée autour de lui, ses fils, ses filles, celle qu'il appelait, dans sa lettre à Erdman, "ma femme actuelle".Il finit comme il avait vécu, en patriarche.La mort l'avait endormi doucement, maternellement, et nous pouvons dire que cet assoupissement suprême fut vraiment le soir d'un beau jour."L'Amour chez Beethoven A Travers le Jardin DE l'Art Musical — "LA MUSIQUE" — A l'heure où l'ombre noire Brouille et confond La lumière et la gloire Du ciel profond, Sur le clavier d'ivoire Mes doigts s'en vont.Quand les regrets et les alarmes Battent mon sein comme des flots, La musique traefuit mes larmes Et répercute mes sanglots.Elle me verse tous les baumes Et me souffle tous les parfums; Elle évoque tous mes fantômes Et tous mes souvenirs défunts.Elle m'apaise quand je souffre, Elle délecte ma langueur, Et c'est en elle que j'engouffre L'inexprimable de mon coeur.Elle mouille comme la pluie, Elle brûle comme le feu; C'est un rire, une brume enfuie Qui s'éparpille dans le bleu.Dans ses fouillis d'accords étranges Tumultueux et bourdonnants, J'entends claquer des ailes d'anges Et des linceuls de revenants; Les rythmes ont avec les gammes De mystérieux unissons; Toutes les notes sont des âmes, Des paroles et des frissons.O Musique, torrent du rêve, Nectar aimé, philtre béni, Cours, écume, bondis sans trêve Et roule-moi dans l'infini.A l'heure où l'ombre noire Brouille et confond La lumière et la gloire Du ciel profond, Sur le clavier d'ivoire Mes doigts s'en vont.C'est vers 1802 qu'éclate chez ce géant de la musique, la double crise physique et morale.Sa surdité, qui le menaçait depuis quelques années, s'aggrava subitement.Il essaya d'abord de tromper les autres et de se tromper lui-même, il joua au distrait, à l'étourdi, mais en vain; la vérité terrible éclatait chaque jour davantage: il n'entendait presque plus.De ce temps, date la période qu'on peut appeler lyrique; "Ce que j'ai dans le cœur, déclare-t-il alors, il faut que cela sorte; et c'est pour celàjque je compose".Désormais, chaque grande crise dans l'âme de Beethoven aura son écho dans son œuvre.C'est ainsi qu'il composa la sonate appasslonata, dont le grave andar.te et le vertigineux finale, sont parmi les plus beaux chants d'amour de la littérature musicale.Composée à l'époque où il se fiance avec Thérèse de Brunswick, le meilleur commentaire de cette sonate, nous le trouvons exprimé dans ce fragment de lettre écrite en 1806 par Beethoven à Thérèse: "Mon ange, mon tout, mon moi., j'ai le cœur gonflé du trop que j'ai à te dire.je t'aime, comme tu m'aimes, mais bien plus fort.Ah! Dieu! Quelle vie ainsi, sans toi! Si près, si loin.Mes idées se pressent vers toi, mon immortelle aimée.Je ne puis vivre qu'avec toi, ou je ne vis pas.Jamais une autre n'aura mon cœur, jamais, jamais! O! Dieu! pourquoi faut-il s'éloigner quand on s'aime?.Ton amour m'a fait à la fois le plus heureux et le plus malheureux des hommes.Aujourd'hui, — hier, — quelle ardente aspiration, que de larmes vers toi! toi, toi, ma vie, mon tout.Oh! continue de m'aimer.Ne méconnais jamais le cœur de ton aimé.Eternellement à toi, éternellement à moi, éternellement à nous!" "Muses Inspiratrices de Chopin" L'œuvre de Frédéric Chopin est le miroir de sa vie et l'expression des deux sentiments qui remplirent son cœur: le patriotisme et l'amour.Chopin n'a su qu'aimer et souffrir de ce qu'il aimait.Rien ne surpasse l'ardeur de sa passion ou l'accablement de sa douleur.Nous sommes transportés ou attristés sous l'empire de sa musique.La souffrance y trouve ses plaintes, l'amour ses extases, la mort des glas lugubres, ie plaisir des résonances allègres, la colère des élans sauvages.La tempête y gronde et l'enfant peut y entendre le plus doux bercement à un calme sommeil.Pas une mesure qui ne soit expressive et troublante, pas une page qui ne résume un moment de l'éternité et ne laisse l'âme ravie.Chopin avait trouvé, pour ses œuvres et lui-même, un cadre, une société, merveilleusement appropriés à ses goûts.Du commencement à la fin de sa vie, il fut entouré d'admiratrices jeunes, belles et fortunées.Il ressemble au Prince Charmant d'un conte, où des fées ravissantes le garderaient dans un palais enchanté.Toute la noblesse française, polonaise, étrangère le reçoit; ses élèves portent les plus beaux noms historiques, et ces jeunes filles lui font un cortège princier et enchanteur.En souvenir, il a gravé leurs noms au frontispice de ses œuvres."Le Parsifal de Richard Wagner" Parslfal est une œuvre de douceur, de tendresse, de rédemption et de pardon: le héros, Parsifal, le pur, l'être sans tache, a pour mission de racheter et de sauver les êtres coupables que la Destinée met sur sa route: Amfortas, le roi du Graal, qui n'a pas su résister aux tentations; Kundry, l'incarnation de la femme perverse.Dans les avatars de sa destinée, Kundry a rencontré le Christ, que l'on traînait au Golgotha.Elle a ri avec la foule, elle a raillé lâchement le Sauveur, et le Christ lui a dit, avec douceur: —"O femme, toi qui ris de ma souffrance, tu souffriras jusqu'à ce que tu aies désappris de rire, jusqu'à ce que tu aies connu et appris les larmes." C'est au troisième acte que l'œuvre de rédemption va s'accomplir.Parsifal, qui a parcouru le monde en chevalier errant, est entré, revêtu de son armure, dans les jardins du Graal.Le vieux chevalier Gurnemanz le reconnaît, et s'étonne de le voir en armes le jour du Vendredi-Saint.En songeant qu'à pareil jour, Christ est mort sur la croix, Parsifal fond en larmes.Il enfonce en terre la lance du Graal, qu'il a reconquise, il dépose son casque, son épée, sa cuirasse, et il tombe à genoux, en murmurant à voix basse une prière d'actions de grâce.Mais l'émotior est trop forte, il défaille, Gurnemanz vient à son aide, et Kundry, à son tour, est émue de pitié.Elle apprend, enfin, l'attendrissement et les pleurs; elle trempe ses cheveux dans l'eau claire d'une source, et, de sa chevelure dénouée, elle essuie, en sanglotant, les pieds de Parsifal, qui la baptise et la bénit.C'est le pendant de la scène du Christ et de Madeleine: La Rédemption, pour Kundry, est accomplie par la vertu du Graal.L'orchestre seul accompagne cette scène muette d'une incomparable grandeur, et il est difficile de la contempler, sans qu'involontairement les yeux se mouillent de larmes, de ces larmes bienfaisantes et douces qui purifient, qui relèvent et qui consolent."Brador" — "Maurice Rollinat" — Lu Revue Moderne — Avril 1 !) 2 8 18 CONTE de l'AOl'E.S Le Sonneur de Garlan Par A NA TOLE UBRAZ Oui pourrait lire sans émotion cette dramatique et touchante histoire d'amour qui met en présence deux êtres simples d'une exquise sensibilité et nous laisse, jusqu'à la (in, anxieux de l'événement qui décidera de leur sort! M.le Braz excelle à donner des choses de la Bretagne une vision pittoresque et une évocation pleine de tendresse.Au nombre de ses nouvelles les plus parfaites 11 faudra mettre ce récit merveilleux où il a égalé la poésie naïve des légendes populaires.C'est une vieille petite paroisse, là-bas, au fond du pays morlaisien, dans la direction de la mer, sur l'autre versant de la combe du Dourdû.Une ceinture de collines l'enveloppe et l'isole.Elle est là, comme nichée dans un creux de verdure, loin des routes passantes.N'était la pointe aiguë de son clocher, n'étaient surtout les gracieux carillons qui s'en échappent aux dimanches et jours de fêtes, rien ne signalerait au monde son existence.Son joli nom de Garlan lui vient, paraît-il, d'un vieux saint oublié.Toute la bourgade se compose de l'église, du presbytère et de quelques maisons basses, rangées autour du cimetière, qui projette sur leurs vieux toits l'ombre de ses grands ifs.Dans l'une d'elles, fleurie à son seuil d'une touffe de sureau, habitait, au temps de cette histoire, Agapit Quesseveur, plus connu sous le sobriquet affectueux de Gapit, abréviation de son étrange prénom.Il avait commencé, vers ses quinze ans, par être apprenti tonnelier à Morlaix.Puis, un soir, n'ayant pas encore l'âge de tirer au sort, on l'avait vu rentrer au village, mais si maigre, si triste, si changé!.Longtemps il était resté comme entre vie et trépas.Ses membres, disait-on, étaient travaillés d'un mal secret et sans remède.Cela lui était venu tout d'un coup, sans qu'il sût lui-même comment.Sa mère, veuve, et qui de cinq enfants n'avait plus que lui, le soigna du mieux qu'elle put, avec des onguents, des oraisons et des pèlerinages aux chapelles les plus réputées.Il guérit, mais demeura infirme, la taille comme cassée en deux par le milieu des reins, objet d'étonnement et de commisération pour les voisins que déconcertait le spectacle de cette tête de jeune homme sur ce corps de vieillard.Il fut des mois sans se risquer hors du courtil familial: son infortune lui pesait comme une honte.Le recteur lui apportait de temps à autre les consolations d'usage: "Il n'est que de se soumettre à la volonté de Dieu, mon enfant." Il hochait la tête, murmurait: "N'empêche que je serai toujours un propre à rien." Mais ce n'était pas cette pensée dont il souffrait le plus: il y en avait une autre, tout au fond de lui, qu'il n'eût jamais avouée, pas même en confession à l'article de la mort, et qui l'emplissait d'une tristesse infinie.Peu à peu, cependant, il prit sur lui de sortir, de se montrer, et, pour se sentir moins à charge à sa mère, la vieille Gritta, qui n'avait pour vivre que son métier de cardeuse d'étoupes, il essaya de quelques vagues besognes, comme d'éfibrer du chanvre ou de teiller du lin.A les exercer ainsi, il lui sembla que les forces lui revenaient, il rêva d'une résurrection possible: l'espoir, le désir violent de la santé ranimèrent son jeune sang.Un dimanche de printemps, il alla jusqu'à se faire beau, comme avant sa maladie, et parut à la grand'messe.11 constata, durant l'office, qu'on ne le regardait plus avec les mêmes yeux de pitié.Ce fut chez lui plus que du soulagement, presque de l'orgueil.Dans le cimetière, à l'issue de la cérémonie, il se mêla aux groupes des autres jeunes hommes, ses camarades d'antan, échangea des bonjours avec les visages de connaissance, s'enhardit à ne point détourner la tête lorsque les jeunes filles débouchèrent du porche pour se répandre parmi les tombes.Une d'elles, l'apercevant, vint à lui: "Dieu merci, vous voilà sur pied, Gapit Quesseveur, dit-elle d'une voix joyeuse dont le timbre le pénétra jusqu'aux moelles.— Oui, Jeanne-Louise," balbutia-t-il.Ce fut tout ce qu'il put répondre.Il restait devant elle, pâle, la gorge sèche, tout son sang formant boule dans son cœur étranglé.Alors, Jeanne-Louise fut comme gênée, elle-même, et, feignant de chercher quelqu'un des yeux, dans la foule, elle jeta d'un ton rapide, où perçait une légère nuance d'embarras: "Puisque vous êtes mieux, si vous passez à notre porte, entrez prendre un verre de cidre, n'est-ce pas, Gapit ?" Il répondit pour la seconde fois: "Oui, Jeanne-Louise." Elle avait déjà tourné l'allée: il vit son châle vert et sa coiffe blanche disparaître derrière les ifs; ses prunelles se voilèrent, et, de nouveau, il sentit au fond de son âme l'infinie marée de tristesse qui montait.Il avait connu Jeanne-Louise Mével sur les bancs du catéchisme; ensemble ils avaient fait leurs trois Pâques; et, bien souvent, sous prétexte de chercher des nids, il l'avait accompagnée, avec d'autres fillettes du même parage, le long du chemin creux qui menait du bourg à la tenue du Kergoz où ses parents étaient fermiers.Leurs deux pères avaient été liés d'une vieille amitié de régiment.Lorsque, à treize ans, Gapit avait perdu le sien, Pierre Mével, qui portait la croix à l'enterrement, avait proposé à la veuve de prendre l'orphelin à son service comme gardeur de vaches, si toutefois il se destinait à l'état de laboureur."Mais, voyez-vous, avait-il ajouté, il n'y a plus grand'chose à faire de ce côté-là, si ce n'est à misérer.A la place de votre garçon qui est intelligent, et qui a de l'école, moi, j'irais en ville chercher un gagne-pain, qui fût, sinon moins dur, du moins plus profitable." C'était donc sur son conseil que Gapit Quesseveur était entré en apprentissage chez un tonnelier de Morlaix.- "Quand tu seras à trois francs par jour, avait dit le vieux, repasse au Kergoz, il y aura chez nous une colombe pour toi!" Et Gapit était parti, son petit baluchon de paysan noué dans un mouchoir de couleur.Il était parti.Et voici qu'il était de retour, hélas! traînant un corps dévasté par un mal incurable, où, dans les ruines de sa santé détruite, s'était enraciné d'autant plus vivace son premier, son unique amour d'enfant.Jamais il ne les gagnerait, les trois francs par jour; jamais elle ne serait pour lui, la colombe du Kergoz! Et il songeait avec amertume que, si pourtant il n'avait pas suivi le conseil du vieux Mével, peut-être le malheur ne lui serait-il pas arrivé.Puis, de cette pensée même, voici qu'il lui venait soudain comme une lueur d'espérance.Puisque c'était, après tout, la faute du vieux Mével s'il avait couru ainsi au-devant du mauvais sort, qui sait si le père de Jeanne-Louise ne se sentirait pas tenu de lui donner sa fille, pour se mettre en paix avec sa conscience, et en quelque sorte par manière de dédommagement ?D'ailleurs, Jeanne-Louise elle-même eût-elle témoigné une joie si sincère de le revoir sur pied, comme elle avait dit.si, comme lui, elle n'était demeurée fidèle à leurs sentiments d'autrefois?Et puis, enfin, pourquoi ne réussirait-il pas à vaincre le mal qui nouait son dos, à redevenir la belle plante humaine, robuste et droite, qu'il avait été ?Qui veut peut, Et il avait une telle envie, une telle fureur de vouloir! "Non, se jura-t-il, malgré l'obligeante invite de Jeanne-Louise, je ne franchirai le seuil du Kergoz que lorsque je me serai presque entièrement redressé." A quatre ou cinq mois de là, dans le courant de l'hiver, le sonneur de Garlan, qui depuis longtemps n'allait guère à cause d'un refroidissement qu'il avait pris un jour de grand baptême, vint à mourir de langueur.Gapit Quesseveur lui avait souvent donné la main, persuadé que cet exercice était la gymnastique la plus capable d'assouplir son échine ankylosée.Il sollicita sa place et l'obtint.Dès lors, il se crut assuré de l'avenir.Sans être lucrative, la fonction rapportait bon an mal an une pièce de quatre cents livres.Car, si les émoluments fixes étaient insignifiants, il y avait le casuel et il y avait surtout les quêtes."l'ai de quoi faire vivre un ménage," se dit Gapit Quesseveur, le dimanche où.pour la première fois, il sonna tout seul le carillon de la grand'messe.Il fut, du reste, très vite un incomparable sonneur.La souffrance avait affiné ses nerfs et comme éveillé chez lui des sens d'artiste.Il s'était pris de passion pour ses cloches."Il leur fait chanter tout ce qu'il lui plaît," se disaient entre eux les gens de Garlan, émerveillés.C'était vrai, à la lettre.Mais, lorsque Jeanne-Louise Mével était de grand'messe, elles ne chantaient pas seulement, elles s'animaient, elles s'exaltaient en un prestigieux épanouissement d'harmonies.La grande cloche surtout roulait des vibrations si puissantes et si profondes que tout l'espace en était comme attendri.Ainsi Gapit Quesseveur, par les voix retentissantes du bronze, répandait à tous les vents du ciel l'infini de passion dont il avait le cœur débordant.Adossé au mur du porche, sous les cordes encore agitées d'un long mouvement serpentin, il demandait à Jeanne-Louise, lorsqu'elle passait parmi ses compagnes, à l'issue de l'office: "Avez-vous trouvé que c'était bien, aujourd'hui ?— Très bien, Gapit, admirablement bien," répondait-elle un peu rougissante, avec une jolie inclinaison de tête qui ramenait dans l'esprit du jeune homme l'image de la colombe.Le printemps arriva.Les premières verdures hésitantes ennuagèrent le pays boisé.C'était l'usage de la paroisse que le sonneur fit dans la semaine sainte l'une des deux quêtes auquelles il avait droit, celle qu'à cause du temps pascal on nommait la "quête des œufs".Gapit Quesseveur s'était promis de ne faire la sienne qu'autant qu'il pourrait se présenter sans trop de désavantage à la ferme du Kergoz.Or, a se balancer pendant des mois, suspendu aux câbles des cloches, quelque chose de leur élasticité s'était comme insinué dans ses membres.Les nœuds de ses reins s'étaient desserrés.Une sève vivante sourdait confusément jusque dans les parties les plus mortes de son être.Donc, dès le lundi des Ramaux, il se mit en route, et, durant tous les après-midi qui suivirent, on ne vit que lui par les petits chemins accidentés, entre les talus fleuris de primevères, ou sur les sen-ters en lacet déroulés à travers champs dans le vert tendre des blés nouveaux.11 allait de seuil en seuil, partout salué d'une parole de bienvenue, partout comblé de rustiques offrandes.Le jeudi soir, cependant, il n'avait pas encore approché du Kergoz.Plus d'une fois, il s'était arrêté au sommet de quelque colline pour en contempler, avec un singulier mélange de désir et d'angoisse, les fines cheminées anciennes, blanchies à la chaux, pareilles à des "amers" marins dans la houle naissante des feuillages.Il aspirait de toute son âme vers ce logis, et, néanmoins, reculait de jour en jour l'instant à la fois si craint et si souhaité où il en franchirait la porte.Enfin, le Vendredi-Saint, il s'arma de courage.Il faisait une matinée délicieuse, exqui-sement tiédie par les haleines île Manche, un ciel léger, pommelé de nuées roses, un vrai printemps de fiançailles.Comme il pénétrait dans la cour, il croisa Jeanne-Louise, qui se dirigeait vers les étables avec une brassée d'herbe odorante, entre ses bras nus, les manches retroussées sur les coudes."Ah! c'est vous, Gapit!" dit-elle.Et, laissant tomber l'herbe, qui joncha le sol à ses pieds, elle le précéda dans la maison.Pierre Mével, assis à la grande table de la cuisine, achevait de déjeuner d'un morceau de pain de seigle graissé de lard.Il essuya sa main droite à son genou et la tendit au sonneur: "Bonjour, dit-il.Assieds-toi et mange.Je commençais à croire qu'on ne te verrait plus au Kergoz." Gapit, après avoir pris place, et s'ef-forçant de raidir sa taille, répondit: "Ce n'est pas faute d'avoir désiré venir.— Oui, je sais., ta maladie., tu n'as vraiment pas eu de chance," interrompit le vieux.Jeanne-I-ouise, à ce moment, déposait sur la table un pichet de cidre et deux verres.L'allusion à sa "maladie" faite sur ce ton d'apitoiement banal, et devant celle qu'il aimait, froissa l'orgueil du jeune homme."Je ne suis plus malade, protesta-t-il avec vivacité, et dans peu je ne serai plus du tout infirme.Le médecin me l'a dit, ajouta-t-il plus doucement, non sans rougir un peu de ce mensonge.— Dieu le veuille!" conclut le fermier.Mais dans ses yeux se lisait l'incrédulité, et aussi le mépris inconscient de l'homme robuste pour l'être chétif.Il y eut un silence pénible.La jeune fille, par compassion pour son ami d'autrefois, intervint."Ce qui est sûr, dit-elle, c'est que vous êtes un fameux sonneur.Il n'y a qu'une voix dans la paroisse pour l'attester." Les yeux de Gapit Quesseveur brillèrent d'un éclat reconnaissant."N'est-ce pas?'" s'écria-t-il.Pierre Mével avait quitté son banc.On entendit grincer un battant d'armoire.Quand le fermier reparut, il tenait entre ses doigts une pièce de cent sous."Tu sais, déclara-t-il, il y aura la pareille pour toi à chacune de tes quêtes." Et il fit mine de glisser l'écu dans la main du jeune homme.Celui-ci secoua la tête, très pâle."Hein?.Tu refuses?." balbutia le paysan interloqué.Le sonneur s était levé.Par un miracle de volonté farouche, les poings cramponnés au rebord de la table, il s'érigeait presque droit.Il regardait la jeune fille.Tous ses muscles étaient tendus à se briser.Le bleu gris de ses prunelles était passé presque au noir."Jeanne-Louise, prononça-t-il lentement, c'est à vous que je suis venu demander mes œufs de Pâques.Répondez-moi, s'il vous plaît, selon votre cœur.Vous serez ou ma vie ou ma mort.Dites-moi donc si c'est oui, ou si c'est non." Elle le dévisagea une seconde, comme frappée de stupeur.Une attente tragique bouleversait les traits du malheureux."Jeanne-Louise!" implora-t-il, avec un accent de supplication passionnée.Elle baissa le front, défit, puis renoua d'un geste machinal les cordons de son tablier,—et s'enfuit, comme traquée par une mystérieuse épouvante.Gapit Quesseveur, en traversant la cour pour s'en aller, ramassa une poignée de l'herbe que leannc-Louise.à son arrivée, avait laissée choir, et ne cessa de la mordiller jusqu'au bourg, les jambes ivres et la tête égarée.Le samedi, veille de Pâques, après les ileux jours de funèbre silence consacrés par la coutume, les cloches, comme on sait, reviennent de Rome, ("est un retour impatiemment attendu par les gamins des bourgades bretonnes.(In leur a conté que les aériennes voyageuses rentrent pleines de dragées papales.11 n'est que de se coucher sur leur passage, la bouche ouverte et les yeux clos, pour recevoir en pluie de sucre cette manne enchantée.Toute la polissonnerie de Garlan ne manqua donc pas de guetter axidement le départ du sonneur pour l'église.Gar- La Revue Moderne — Avril 19 88 çonnets et fillettes, attroupes dans le cimetière, l'acclamèrent dès qu'il se montra."C'est le moment de sonner ta plus belle sonnerie, hein, Gapit! — Vous ne croyez pas si bien dire, mes enfants," murmura-t-il.Il avait un air doux et triste.Son corps semblait plus courbé, comme si l'ancien mal l'avait repris.Quelques-uns des petits galopins voulurent s élancer derrière lui dans le porche, mais, à leur grand éton-nement, ils virent que, contrairement à son habitude, il s'engageait dans l'étroit escalier de la tour."Tiens! pourquoi donc va-t-il là-haut ?" se demandèrent-ils.Un d'eux trouva cette explication: "Probablement pour mieux sonner." Ils se couchèrent sur le dos parmi le gazon funéraire.La silhouette de Gapit Quesseveur se dessina dans l'ajourement de la galerie des cloches, et tout aussitôt les trois battants se mirent en branle.C'était évidemment pour mieux sonner, en effet, qu'il avait inauguré cette manière nouvelle, car jamais encore, de mémoire d'homme, on n'avait entendu à Garlan musique aussi merveilleuse.Cela tenait si bien du prodige que le recteur lui-même était accouru pour mieux ouïr ces sons surprenants.C'était comme un chœur céleste planant d'une palpitation immense dans l'azur.Toute l'espérance humaine ressuscitée, toute la beauté rajeunie de la nature, vibraient sur le monde avec ces voix éperdues."Il y a un don merveilleux chez ce Gapit," songeait avec admiration le recteur.Mais, brusquement, l'hymne d'allégresse se changea en une sorte de plainte douloureuse.Les coups s'assourdirent, s'espacèrent.C'était un glas, maintenant, Le Sonneur de Garlan un glas indicible, une poignante traînée de larmes entrecoupée de larges sanglots.Puis, il y eut un silence singulier, suivi d'un vaste soupir d'agonie où l'on eût dit que l'âme de la grosse cloche s'exhalait.Toute la bourgade aux écoutes s'interrogea des yeux avec anxiété.Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ?On eut le pressentiment de quelque chose de funeste, et peut-être d'irréparable."Jannou, montez vite!" commanda messire Guéguen au sacristain.Celui-ci hésitait: deux paroissiens de bonne volonté, le maréchal et le charpen-jier, l'accompagnèrent.L'instant d'après, ils réapparaissaient, découpés en noir, dans le grand trou d'azur du clocher.On vit leurs ombres s'agiter confusément sous les gueules de bronze encore frémissantes; puis, l'un d'eux, penché sur le rebord extérieur de la galerie, et les mains disposées en porte-voix, cria: "Monsieur le recteur!.Monsieur le recteur!." Le vénérable messire, malgré son grand âge, se dirigea précipitamment vers le porche, et, pour la première fois de sa vie depuis qu'il était recteur de Garlan, escalada les quatre-vingt-six marches qui menaient au couronnement de la tour.Il était tout haletant quand il déboucha sur la plate-forme."Eh bien, quoi?Qu'est-ce qu'il y a?Où est Gapit ?— 11 y a qu'il a voulu se périr, le pauvre!" dit Jannou.Printemps Eté 1928 Modèle Exclusif "Lemire Spécial" Le Soulier "Lemire Spécial" dépose aux pieds de Madame un hommage Flatteur de distinction, de charme et de confort.Distinction dans la variété des Formes et des modèles — Charme dans l'harmonie des couleurs — Confort dans leur Modèle Exclusif "Lemire Spécial" Modèle Exclusif "Lemire Spécial" heureuse Fabrication ; avec le soulier (Lemire Spécial) l'ajustement n'est plus qu'une question de choix.Grande variété de modèles exclusifs pour la maison Lemire, faits par les meilleur!: manufacturiers au Canada dans toutes les nuances a la mode, répartis comme suit: Beige, Beige-miel, Rouge, Bleu-Rosette, Gris, Marrons et Vernis.Bas dans toutes les nuances pour assortir celles des souliers, au deuxième étage.J.T.LEMIRE Bottier du Stvle.380 RUE SAINTE-CATHERINE EST Entre rues Saint-Hubert et Berri.Les hommes, en s'écartant, découvrirent au prêtre le corps du sonneur, allongé sur le dos, la tête appuyée à l'un des contreforts de la flèche.La figure était toute marbrée de plaques bleuâtres: à la commissure des lèvres quelques gouttes de sang avaient perlé."Le malheureux!" murmura messire Guéguen d'un ton où la sévérité du blâme s'attendrissait d'une infinie pitié."J'ai dû couper la corde de la grosse cloche au ras du levier, reprit la voix dolente du sacristain.C'est vrai qu'elle n'était plus neuve, ajouta-t-il en manière d'excuse, comme s'il avait craint que le recteur ne lui fit reproche d'avoir détérioré le bien de l'église.— Vous n'avez jamais donné une plus belle marque d'intelligence," fit messire Guéguen, presque bourru.Il s'était agenouillé auprès du suicidé et, d'un doigt preste, avait dégrafé les vêtements, arraché le bouton de la chemise de chanvre, mis à nu la poitrine, d'où un papier glissa auquel personne ne prit garde."Aidez-moi à le soulever un peu," com-manda-t-il.Tous ces curés des campagnes bretonnes sont, par nécessité, médecins des corps en même temps c>ue des âmes.A palper la dépouille inerte de Gapit Quesseveur, messire Guéguen eut la satisfaction de constater que la peau était encore tiède, que les vertèbres de la nuque jouaient normalement, que les membres avaient conservé leur souplesse.Il n'attendit pas davantage pour procéder aux pratiques recommandées en pareil cas.Les autres le regardaient faire, immobiles et pleins d'un trouble superstitieux, persuadés sans doute que c'était là quelque opération de magie."Vous verrez qu'il va le ressusciter d'entre les morts," chuchota le sacristain.Et, presque aussi vite, en effet, le travail de résurrection commença.Le frisson de la vie détendit les traits gonflés du sonneur; ses paupières battirent; sa gorge eut une aspiration éperdue, comme pour boire d'un seul coup toutes les puissances régénératrices éparses dans le vent printanier."Te Deum laudamus!." prononça le prêtre radieux.Il tira de la poche de sa soutane un cordial qui ne le quittait jamais et en versa quelques gouttes entre les lèvres de Gapit.Celui-ci entr'ouvTit les yeux, les fixa deux ou trois secondes au-dessus de lui sur les cloches dont l'airain grondait mollement à la caresse sonore de l'air vif, puis les referma d'un clignement brusque, tandis qu'une contraction douloureuse crispait son visage."Il va falloir le descendre en douceur, dit messire Guéguen.Nous le sauverons, je l'espère." Le maréchal et le charron, gens robustes, saisirent Gapit, l'un par les jambes, l'autre par les épaules, et suivis du sacristain ils s'engagèrent avec leur faix humain dans l'étroit escalier tournant.Le curé était sur le point de s'y enfoncer lui-même, derrière eux, lorsqu'il aperçut à terre un bout de papier qui traînait.Il se baissa pour le ramasser.C'était une vieille enveloppe contenant une de ces images de première communion, où sont représentés des fillettes et des garçonnets agenouillés pour recevoir l'Eucharistie.Elle était fanée, jaunie, cette image, mais dans un état de conservation qui témoignait éloquemment de quel soin pieux elle avait dû être l'objet.Au dos, une écriture enfantine avait tracé ces mots naïfs: "Pour mon camarade Gapit Quesseveur, en souvenir de nos Pâques, Jeanne-Louise Mével, du Kergoz, paroisse de Garlan." "Tiens! tiens! tiens!.songea le vieux prêtre.Voilà quatre lignes qui, dans leur brève simplicité, m'en apprennent plus long que tous les radotages de cet imbécile de Jannou!" Ses regards allèrent de la petite image au levier de la grosse cloche, veuf de sa corde, plongèrent à plus de cent pieds au-dessous de lui dans le fouillis de vallons et de collines dont il était le maître spirituel, s'arrêtèrent un moment sur les toits du Kergoz, reconnaissables à leurs cheminées blanches, dorées de soleil, puis s'élevèrent vers le ciel souple, le jeune ciel velouté d'avril, tendu comme une soie immense sur les lointain?resplendissants, "Vos voies, Seigneur, sont impénétrables, " murmura-t-il en inclinant sa vieille tête grise.Et il descendit.Gapit Quesseveur fut pendant cinq semaines entre la vie et la mort.Et, pendant cinq semaines, Jeanne-Louise Mével ne bougea pour ainsi dire pas d'auprè9 du lit-clos où il se débattait en proie à d'effrayants accès de délire, suivis de longues torpeurs encore plus effrayantes.Enfin la fièvre céda.Le docteur, qui venait de Morlaix tous les seconds jours, annonça que l'on allait entrer dans la période réparatrice.Gapit Quesseveur était sauvé.Tout Garlan, que le drame avait passionné, bien qu'il n'en soupçonnât point les vraies causes, tout Garlan poussa un cri de soulagement, comme si les destinées de la paroisse eussent été liées à celles du sonneur.Mais nulle action de grâces n'égala en ferveur celle que Jeanne-Louise Mével exhala dans le secret de ses pensées.Vers la tombée du soir, elle dit à la vieille Gritta: "Puisque le voilà hors de danger, il est plus que temps que je m'en retourne chez nous où les choses du ménage sont à l'abandon.D'ailleurs, votre fils ne tardera plus à reprendre sa connaissance, et l'avis de M.le recteur est que je m'éloigne, avant qu'il ait complètement recouvré ses esprits, de peur que ma vue ne lui donne une émotion trop vive.Il ne faut même pas qu'il sache que je l'ai soigné, entendez-vous.Si cependant il s'informe de moi, alors, mais alors seulement, vous lui remettrez une lettre que je m'en vais incontinent lui faire.— "Qu'il en soit selon votre volonté et celle de M.le recteur," répondit avec componction l'excellente femme qui, depuis le "malheur" de Gapit, vénérait en l'héritière du Kergoz une incarnation de la bonté céleste, l'ange même du dévouement.La fiole d'encre et la plume dont le médecin se servait pour libeller ses ordonnances étaient sur la table.Jeanne-Louise tira de sa devantière, d'abord une enveloppe, évidemment préparée d'avance, puis une feuille de papier à lettre qu'elle s'était procurée chez l'instituteur, et, de sa main la plus posée, elle écrivit: "Ceci, mon cher Gapit, est pour vous expliquer que le lendemain du jour où je vous fis, sans le vouloir, un chagrin si grand, M.le recteur vint au Kergoz m'ap-porter l'image qui est sous ce pli."S'il meurt, me dit-il, épinglez-la au mur près de votre bénitier, afin que, matin et soir, elle vous fasse souvenir de prier pour son âme.S'il réchappe, eh bien! votre cœur vous conseillera si vous devez la garder ou la rendre." Merci à Dieu, vous allez guérir, Gapit.Je vous la restitue donc.Elle est à vous, comme la petite camarade de Pâques qui vous l'avait donnée." Et elle signa, en gros caractères comme jadis, au temps de leurs amours enfantines: "Jeanne-Louise Mével, Du Kergoz, paroisse de Garlan".Un quart d'heure plus tard, après une courte visite au presbytère, elle dévalait, avec une alacrité d'alouette, la pente humide, ombreuse et odorante du chemin creux que, cinq semaines auparavant, Gapit Quesseveur avait gravi comme un calvaire, l'âme triste jusqu'à la mort.Trois jours passèrent, trois jours qui parurent trois siècles à l'attente angoissée de la jeune fille.S'il allait ne plus vouloir d'elle, maintenant ?.Si elle lui était devenue un objet d'exécration et d'horreur, précisément à cause du péché sans rémission qu'il avait failli consommer pour l'amour d'elle?.Car, de supposer un retour offensif de la fièvre, l'idée ne l'en effleura même pas.La convalescence du malade était chez elle plus qu'une certitude: c'était un article de foi.Le matin du quatrième jour, comme les domestiques de la ferme se rendaient au travail, Dorik Mélégan, le petit acolyte qui répondait à l'ordinaire la messe de M.le recteur, franchit tout courant, pieds nus et ses sabots dans les mains, la grande aire à battre du Kergoz.Jeanne-Louise, qui achevait de mettre sa coiffe devant le miroir accroché à l'espagnolette de la fenêtre, ne lui laissa pas le temps d'arriver jusqu'à la maison.(Suite à h page 47) La Revue Moderne — Avril 19 2 8 15 La Femme devant son Miroir T O U T "Obésité et Maigreur' Elle fut — et elle sera — longtemps à l'ordre du jour, cette question qui intéresse les élégantes, au premier chef.Ni l'obésité, ni la maigreur ne sont, à proprement parler, des maladies, mais ce sont des signes d'un déséquilibre profond de la nutrition générale.Ce déséquilibre a nécessairement pour effet de détruire-peu a peu cette harmonie des formes, cette pureté de la ligne, cette plastique des mouvements et des gestes qui constituent votre beauté, mesdames.Voyez cette femme: elle est toute jeune, mais déjà se marque aux joues et au menton un épaississement disgracieux; 6a face est ronde et lunaire; son cou est épais et court; son abdomen est proéminent.Elle est atteinte d'obésité pléthorique, par opposition à l'obésité atonique, qui donne au visage un aspect pâle ou bouffi, avec chairs molles, cyanose des lèvres et couperose des joues.Considérez, par contre, cette autre femme: c'est une maigre.Ses joues sont creuses et son teint déjà vieilli par des rides prématurées; son buste n'est qu'une ossature qui dévoile une anatomie sans attrait; toute sa personne donne la pénible impression de maladie et de misère physiologique qui caractérise l'amaigrissement.Vous devez, mesdames, combattre la maigreur comme l'obésité, non seulement par souci de votre beauté, mais dans un but de bonne santé.Sans être des maladies, elles entraînent l'une et l'autre des déchéances fonctionnelles: troubles cardiaques, accidents pulmonaires et rénaux, affection du foie, diminution de la résistance aux infections, etc., sans compter les petits malaises tels que: digestions lentes avec balonnement, oppressions, palpitations, qui conduisent peu à peu à l'asthénie, au découragement, au renoncement de toutes les joies qui font le charme de la vie.Que faire pour éviter de tels inconvénients ?Dans la plupart des cas, rompre d'abord avec quelques-unes des mauvaises habitudes que vous cultivez avec amour.Vous êtes paresseuse et vous passez de lon-ques heures, le matin, au lit; vous êtes gourmande et vous savourez les bonbons et entremets sucrés; vous êtes nerveuse et vos nuits, au lieu d'être l'occasion d'un réparateur, sont occupées à des lectures qui entretiennent une insomnie pernicieuse.Il faut renoncer à ces habitudes dangereuses qui finissent par rompre l'équilibre de votre organisme et suivre bravement les règles d'hygiène qui sont génératrices de santé, autrement dit de beauté.Contre l'obésité: la marche avec entraînement progressif (attention au cœur!), le sport modéré, l'hydrothérapie froide — si vous pouvez la supporter.Comme régime: pas de féculents ni de mets sucrés, ni de graisse; peu ou pas de boisson aux repas, mais par contre, pour assurer le fonctionnement des reins, boire entre les repas d'une façon suffisante.Le pain sera remplacé par des biscottes.Contre la maigreur: alimentation substantielle et inverse de celle qui est interdite dans l'obésité, hydrothérapie chaude.Tout ce qui précède concerne les cas les plus simples, ceux où les recettes alimentaires sont supérieures (obésité) ou inférieures (maigreur) aux dépenses.En pareille occurrence, les résultats se constatent facilement par le poids qui doit être fidèlement et régulièrement enregistré.Et, pour que ces résultats soient eificaces, il faut la continuité dans l'effort que l'on s'impose, sous peine de voir perdre en peu de temps le bénéfice recueilli.—Dr Albert Abécassis.— £ "Petits Echos des Grandes Capitales'' N C A U S A N T A Berlin."Un Peu de Statistique Théâtrale" Berlin possède aujourd'hui trente-cinq théâtres qui, au cours de l'année passée, ont donné plus de 10,000 représentations.On compte un tiers seulement d'œuvres allemandes; pour les deux tiers restants, U France vient en tête avec 30 p.100 de représentations.L'auteur le plus joué est Bernard Shaw, avec 261 représentations.La Prisonnière, de Bourdet, a vu 153 fois les feux de la rampe.Le Hongrois Franz Molnar arrive, avec 150 représentations, avant Hauptmann, l'auteur allemand le plus joué, mais qui n'atteignit toutefois que 149 représentations.Goethe et Molière totalisent 22 représentations.Les Scandinaves et les Russes sont, par contre, fort délaissés, et le dramaturge allemand Suder-mann, dont L'Honneur a fait le tour du monde, n'a été joué que deux fois à Berlin en 1927.Pour l'opéra, Wagner tient le record, avec 92 soirées; puis viennent Verdi et Puc-cini, avec, respectivement, 87 et 74 représentations.A Londres."Le Secret Diplomatique" Le Foreign Office étudie actuellement une nouvelle machine à écrire pour correspondance secrète, qui serait appelée à rendre de grands services.Elle a été inventée par un fermier de Brighton, il y a quelques années, au moment où les socialistes, avec cette candeur qui leur est propre réclamaient "la diplomatie au grand jour." A Paris."La Couleur à l'Ecran" M.Alex.Nalpas a présenté dernièrement un film en couleur réalisé d'après un procédé nouveau qu'il va exploiter en France.Le film composé simplement de quelques prises de vues d'intérieurs, de gros plans et de vues documentaires a donné une idée exacte des possibilités du cinéma en cou-leure.Les intérieurs tournés soit à l'aide de lampes à incandescence, soit avec des lampes à arcs, sont la fidèle reproduction des coloris naturels des objets photographiés.De très belles vues prises dans les Alpes, au bord de la mer, dans les squares de Londres et sur les bords de la Tamise, permettent d'entrevoir les nouveaux horizons que ce procédé ouvre aux metteurs en scène de l'avenir.Au maniement de la lumière, le cinéaste de demain devra ajouter l'art de la distribution des couleurs.On a employé différentes émulsions pour se rapprocher le plus possible de la réalité.Avec la panchro, on est parvenu à interpréter la lumière et les ombres, à les asservir aux besoins de la mise en scène, mais du blanc au noir, la gamme des gris est invariable.En sorte qu'au point de vue photographique, il n'y a aucune différence entre une scène tournée en Egypte et une scène réalisée en Norvège, si les conditions de luminosité sont suffisantes sous ces deux latitudes.A Paris."Le Bal de la Couture" C'est l'apothéose du chic et de l'élégance française.Ainsi que chaque année, le Bal de la Couture a obtenu le plus vif succès.Les toutes dernières créations des grands couturiers furent présentées à un public fort élégant et qui fêta ces mille chefs-d'œuvre destinés à parer les coquettes.Parmi les créations les plus remarquées, citons les robes de style rose ou noire de Jeanne Lanvin, princesse de la Couture, dont l'inspiration se renouvelle merveilleusement et crée de si seyantes parures.Des symphonies, légères, impalpables de blanc et d'argent pour les grands soirs.La création audacieuse et d'un esprit si moderne d'un jeune couturier qui s'inspira notamment des Arts Décoratifs pour une robe qui semblait tissée de clair de lune et de I éclair argenté des jets d'eau, la nuit.La robe de style triomphe pour le soir et la silhouette qu'elle donne fait un curieux et amusant contraste avec nos strictes robes sportives si pratiques, pour le jour.La troupe du Moulin-Rouge: l'élégante Jane Aubert, les espiègles Dollie et Billie, le clown noir Johnny Hudgin et les inimitables et aériennes Albertina Rash girls, vinrent rehausser de leur présence, cette belle fête qui dura jusqu'aux premiers feux du matin."Effeuillez Mon Bouquet" "Que m'importent la source où l'arbre doux se mire, ' Et l'odeur de la terre et la couleur des cieux, | Puisque c'est sur ta bouche où sourit et respire! La rose d'un printemps que j'ai vu dans tes yeux,' —H.de Régnier,—de l'Académie française."Partir, c'est mourir un peu." Les départs laissent les âmes pareilles aux maisons d'où vient de sortir un cercueil aimé."Partir, c'est mourir un peu." .Mais quelle horreur, quand c'est mourir des jours d'amour!." —P.Aguélant.— * * "Car la vie, avec tout ce qu'elle nous offre, joie ou tristesse, espoir ou crainte, n'est que notre occasion de comprendre l'amour, de savoir ce qu'il est, ce qu'il pourrait être, ce qu'il a été." — Browning.— * • • "Il n'y a pas, je pense, sur cette terre, de plus désirable bonheur qu'un long et admirable amour.Mais si vous ne trouvez pas cet amour, ce que vous avez fait afin de vous en rendre digne ne sera pas perdu pour la joie de votre cœur, pour la tranquillité plus courageuse et plus pure du reste de votre vie.—Maeterlinck.— * * • "Un esprit peut méditer sa pensée pendant des milliers d'années, et ne pas acquérir autant de connaissance de soi que la passion de l'amour lui en apprendra en un jour." — Emerson.— • * "Pour que l'homme accomplisse son devoir, il faut qu'il soit entre les mains d'une autre force que celle qui dit: "Fais ceci, évite cela, autrement gare à toi".Cette autre force est une force intérieure, c'est l'amour".— Ch.Wagner.— * * "C'est un bien qu'on maudit, c'est un mal qu'on adore," "C'est un poison mortel dont on demande encore".— M.Zamacoxs.— 16 La Revue Moderne — Avril 1 9 2 8 NOUVELLE L'EPREU VE -Par MARTINE CHANTAL- I Du bleu.du bleu.Un ciel calme, d'un azur atténué et parsemé de petit nuages; tantôt blancs et mousseux comme des taches de neige; tantôt gris, sombres et allongés, courant très vite les uns après les autres comme pour se livrer un assaut belliqueux; ou bien d'un noir menaçant, derniers vestiges de la tempête de la nuit.La mer bleue, elle aussi, montait.Au loin, les crêtes blanches des vagues moutonnaient au soleil comme une chevauchée de licornes, exécutant quelque diabolique "fantasia" à la surface de la mer.Les alcyons, ramenés à la côte par le vent du large, les effleuraient comme des baisers, pour reprendre aussitôt leur grand vol d'êtres sans attaches, avec de longs cris rau-ques.La plage, unie, monotone, était presque déserte.Avril n'avait pas encore ramené les baigneurs bruyants.Quelques canots de pêcheurs, dépeints et tristes, attendaient, couchés sur le flanc, la lame qui viendrait tout à l'heure agiter leur frêle coque de grands soubresauts, avant de les redresser définitivement pour les bercer d'un rythme régulier et bref sur les courtes vagues qui leur feraient secouer leurs amarres.Ils se promenaient, là, tous deux, ces enfants de la solitude; Lui, marin, presque sans patrie, Elle, désenchantée, sauvage et sans affection.Ils s'étaient rencontrés , quinze jours plus tôt, comme se rencontrent fatalement les gens de même naissance, dans un bourg de pêcheurs.Ils étaient timides, silencieux et sensibles, et, tout cela faisait qu'ils se retrouvaient, maintenant, chaque matin, sans s'être jamais demandé pourquoi, leurs pas les conduisaient invariablement vers le lieu où chacun savait rencontrer l'autre.Comme de coutume, ils suivaient la bordure d'écume, que les lames, en se retirant l'une après l'autre, avec un bruit discret de papier froissé laissent sur le sable humide, incrusté de petits coquillages.De temps en temps, Simone faisait un léger saut de côté pour éviter la vague qui, dépassant le niveau des précédentes, menaçait de recouvrir ses pieds.Ils parlaient.parlaient.de tout, de rien, chacun semblant éviter de faire allusion à sa propre vie, comme s'ils avaient craint de gâter le charme de leur promenade et de leur conversation, en se dévoilant leurs soucis.Yves, le marin, disait souvent de vieilles légendes, apprises dès l'enfance, à la veillée, quand le vent faisait rage, dehors, par une aïeule disparue depuis longtemps, et dont les traits eux-mêmes s'estompaient dans la mémoire du jeune homme pour n'y laisser que la douceur incertaine d'une vieille estampe patinée par les siècles.Et Simone, qui n'était pas du pays, s'enthousiasmait des belles et puériles croyances de ces enfants de la mer.Elle exaltait son imagination fiévreuse à sonder les mystères de leur foi, ce qui, ce jour-là, fit dire à son ami: — Vous vous plaisez donc bien à vivre d'irréel ?Et Simone de répondre, comme à elle-même: — C'est que la réalité m'a beaucoup menti! Il ne voulut pas avoir l'air de comprendre; mais cette phrase, pensée tout haut, plutôt que dite à son adresse, par la jeune femme cheminant à ses côtés, et qu'il connaissait à peine, le laissa songeur .N'avait-il pas souffert, lui aussi.et la réalité n'avait-elle pas été, pour lui, une cruelle chose ?Resté seul au monde, ses études à peine achevées, n'avait-il pas dû s'embarquer pour fuir et garder intacts à la fois, les chers souvenirs qui l'attachaient à cette lande?.N'était-il pas sans liens, sans but, errant par le monde depuis longtemps déjà sans y rencontrer jamais le bonheur qui fixe pour longtemps, sinon pour toujours, le cœur là où il s'est enchaîné ?La vie des marins est une chos étrange; on en parle beaucoup dans les romans; on lui prête les attraits et les aventures les plus extravagants; mais, au fond, cette course/perpétuelle aux quatre coins du globe, ces réveils sous des climats nouveaux, ces soleils aveuglants, ces forêts inexplorées; les mœurs des différentes peuplades que l'on quitte toujours avant de les avoir comprises, défilent dans le cerveau, avec la rapidité — et bientôt avec la banalité — du film sur un écran de cinéma.Les sens exaltés peuvent, quelquefois en consacrer les charmes, mais le cœur n'y entre jamais tout entier.Et la solitude du cœur est bien la pire solitude! .On s'abuse un moment; et puis, bien vite, les bras se tendent vers le rivage où demeurent vos pareils, et peut-être — on l'espère du moins — l'élue qui partagera votre vie en lui donnant sa véritable raison d'être.Quelle âme sensible n'a pas connu le mal du pays ?La joie, toujours angoissante des retours vers la terre qui vous engendra ?Comme il semble beau, alors, le village gris et monotone que l'on quitta pour des horizons féeriques!! Mais, lorsque dans ce village, aucune affection ne vous retient; on s'y sent rapidement en voyage comme ailleurs: la hantise de nouveaux départs, de nouveaux inconnus vous reprend de plus belle, et dans l'âme des grands vagabonds qui parcourent la terre, on trouverait, en l'analysant bien, plus de nostalgie que de désirs.Yves, songeant à toutes ces choses, refaisant pour la centième fois sa propre psychologie, se taisait; une sorte de pudeur, commune aux âmes solitaires, l'empêchait de confier le secret de sa vie errante.Il devinait bien, dans la compagne que le dieu Hasard lui prêtait pour un moment, une lassitude pareille à la sienne; mais il était loin de supposer quel douloureux calvaire elle avait dû gravir.Elle le lui confia, d'elle-même, après ce long silence.— Vous revenez toujours dans votre petite maison ?demanda-t-elle, pour rompre par un bruit de voix, la rêverie qui les entraînait tous deux très loin ¦— ou trop près — l'un de l'autre.— J'y passe quelque temps à chacun de mes retours en France, répondit Yves.Quand le bruit des grandes villes m'a lassé, j'aime à me retremper dans les souvenirs de mon enfance avant de repartir encore."Je me demande toujours si ce ne sera pas la dernière fois!.— Vous n'êtes pas gai! fit Simone, en riant d'un rire clair qui la surprit elle-même.— Notre vie est pleine d'imprévu !, — Sans doute.Cependant, vous l'avez librement choisie ?— C'est le destin! Vous n'imaginez pas combien ce village m'est cher, quand je le quitte!.C'est presque un culte que je lui ai voué.— Je l'aime aussi, dit-elle.— Le quitterez-vous ?— Qui sait?Ma petite villa renferme à présent tout mon univers; j'y vis, avec la vieille bonne qui m'éleva, dans une tranquillité qui m'est douce.Je ne me sens pas le courage de retourner dans la ville; je crois bien que je n'y trouverais pas le bonheur! C'était la première fois que Simone parlait ainsi d'elle; Yves la regarda curieusement.— C'est une réclusion! fit-il.— Je vous intrigue, reprit la jeune femme.Il est vrai que notre amitié est une curieuse chose.Nous allons l'un à l'autre, d'instinct, non par ce besoin de sociabilité qui réunit ici, chaque saison, une poignée de baigneurs assoiffés de mouvement et de bruit; mais parce que nous avons deviné que nous tomberions d'accord."Vous allez donc savoir quelque chose de moi; Je suis toute seule.c'est peu, direz-vous ?Mariée sans amour, je suis devenue veuve sans chagrin.Orpheline de bonne heure, presqu'entièrement ruinée, il ne me reste que ce coin de terre, légué par un vieil oncle misanthrope qui l'habita longtemps.C'est toute mon histoire.Yves lui sut gré de ne pas s'attarder en vaines complications sentimentales; il remarqua seulement, "en homme", qu'une femme jeune et jolie peut aisément conquérir le monde.— A votre âge, dit-il, la vie ne devrait avoir que des sourires! Bien des hommes, dignes de vous, seront heureux de se consacrer à votre bonheur.Les beaux jours reviendront, soyez sans crainte! Simone secoua la tête.— Non.fit-elle gravement, l'amitié seule demeure parce qu'elle est le plus pur des sentiments.L'amour est éphémère.Et brusquement, comme si elle avait craint de son partenaire une réponse peu conforme à ses vœux, elle ajouta en lui tendant sa main fraîche, hâlée par le vent du large : — Voulez-vous que nous soyons amis ?S'il le voulait?Certes! c'était là son plus cher désir! Il pensait même confusément que l'amitié conduit tôt ou tard à l'amour; et ce fut d'une voix vibrante d'émotion inavouée, qu'il répondit, en se courbant jusqu'à la petite main brune qui restait sans défiance dans la sienne: ¦—Amis toujours! Pour le meilleur et pour le pire, comme dans la liturgie anglaise! — Alors venez me voir chez moi, à la Mouette, tout là-haut, sur la pointe de la falaise ?— Je sais.merci.Midi sonnait; ils se quittèrent, le cœur léger, comme si une parcelle du joli soleil printanier qui dissipait les derniers nuages, à l'horizon, venait d'entrer dans leur vie.II Quinze jours passèrent.Yves renonçait décidément à entreprendre un voyage dans le Midi, où l'attendaient un camarade de bord et la femme de celui-ci.Il n'avait jamais fait part à Simone de ce projet abandonné, de crainte d'éveiller dans cette amitié sans détour, le soupçon de son amour naissant.Naissant ?.Yves se le demandait, à certaines heures, avec un bonheur mêlé d'angoisse.Il s'était senti invinciblement attiré vers Simone du jour où ils s'étaient rencontrés.Le grand marin avait gardé un cœur trop pur pour songer immédiatement à des distractions de La Revue Moderne — Avril 19 2 8 17 L'Epreuve permissionnaire; cependant, il avait trouvé, dès leurs premières rencontres, un plaisir trop vif à sentir cette jeune femme près de lui pour pouvoir s'abuser longtemps sur la nature de ses sentiments.Peut-être se serait-il laissé aller à lui avouer son trouble s'il n'avait connu à temps les préventions de Si1111 me a ce sujet.I Vé\ en 1 ii innées, sans doute, d'une expérience malheureuse; mais qui semblaient si profondément enracinées, qu'il eût été périlleux — pour le moment du moins — de passer outre.Les jours succédaient aux jours, sans amener de la part de la jeune femme, le moindre changement d'attitude.— M'aimera-t-elle ?se demandait Yves.Rien ne le laissait supposer; et dans la bonne et franche camaraderie qui les rendait à peu près inséparables, il ne semblait pas rester la moindre place, pour tout autre sentiment.Yves l'aurait même souhaitée moins grande, cette camaraderie! Simone, confiante, "bon garçon", retrouvait sa gaîté d'antan; elle harcelait son ami de taquineries enfantines, et sa liberté d'allures, qui ne cachait aucune effronterie, le décontenançait quelque peu.Yves prenait maintenant plusieurs fois par jour le chemin de la Mouette; à chacune de ses visites, il se demandait: — Sera-ce pour aujourd'hui ?Il fallait bien finir par ouvrir son cœur, maintenant qu'il s'était pris au charme de Simone, au point de ne plus pouvoir vivre loin d'elle.et cependant, il n'osait pas.— Je l'ai laissée aller trop loin, pensait-il.Elle me traite comme un grand frère et je n'ai pas eu assez tôt le courage de la détromper.Le moment est passé où j'aurais pu faire dériver cette camaraderie.Il s'ensuivait des silences brusques de sa part, pendant lesquels il essayait de rassembler trois mots, toujours les mêmes; mais Simone le regardait alors avec tant de candeur, qu'il n'osait plus les dire.! — Voilà mon grand rêveur qui forge des chimères! plaisantait-elle en montrant toutes ses dents.Elle lui prenait les mains et les secouait avec force, désarmant ainsi l'amoureux prêt à tout plutôt que de renoncer à la voir.Quelquefois, quand le temps le permettrait, ils entreprenaient ensemble de grandes promenades silencieuses sur le bord des falaises.L'océan grondait à leurs pieds; alors, Simone s'appuyait au bras vigoureux du marin pour s'approcher du gouffre et répétait, fascinée: J'aime tant la mer! c'est si beau! — C'est grand et beau comme la passion vraie, répondait Yves.Mais Simone, tout de suite, se cabrait: — Ah! non! Pas l'amour! l'amour n'est que laideurs, que mensonges, que chimères! — Mais vous avouez vous-même ne pas le connaître! — Ce que j'en ai vu m'a suffi! Elle frissonnait toute à des souvenirs inconnus d'Yves, et c'étaient ceux d'un amour possible, étouffé à sa naissance par un mari fruste et brutal qui ne l'avait jamais comprise.— Je ne veux plus jamais aimer! Cette phrase, lancée comme un défi, elle détournait doucement la tête pour cacher ses yeux remplis de tristesse.Yves avait vu passer le nuage.Parler d'amour à ce moment, c'était risquer de la perdre à jamais.Il courba la tête.C'est qu'il n'avait, pour ainsi dire, jamais aimé, lui! Depuis qu'il voyageait, avait-il eu seulement le temps de fixer quelque part son cœur de grand enfant abandonné ?Assoiffé de tendresse, il n'avait connu que des passades, vite nouées et aussi vite oubliées.Voilà qu'il rencontrait enfin une femme, une vraie, une femme avec une âme et un cœur comme les siens; une femme pour laquelle il sentait naître en lui des sentiments profonds, insurmontables, et justement celle-là reniait l'amour! A son insu cependant, un grand changement s'opérait en Simone; elle avait rouvert son piano et chantait certains soirs, pour Yves, de vieilles chansons françaises évoca-trices d'un autre siècle, et qui résonnaient drôlement dans la petite demeure.Son bonheur, cependant, chancelait.Aux dernières heures du jour, quand le silence se fait plus oppressant et que la voix baisse instinctivement de ton, comme si l'on craignait de réveiller quelque fantôme endormi doucement dans les plis des rideaux, Simone éprouvait comme un vague besoin de cacher sa tête au creux d'une épaule.Yves attirait alors ses deux mains qu'il cherchait à couvrir de baisers.Simone, le cœur battant, saisie d'une crainte dans laquelle elle ne savait pas découvrir l'émotion se levait précipitamment pour allumer une lampe dont la clarté inondait bientôt la pièce, dissipant les dernières chimères.Yves cachait la tête dans ses mains et Simone cherchait un prétexte pour rompre ce silence.Ces instants équivoques devenaient de jour en jour plus fré'-quents; Yves se taisait davantage, contracté, malheureux; Simone tremblait plus fort, recherchant, sans s'en douter, le danger des heures crépusculaires.Un soir, ce fut l'inévitable scène.La nuit tombait, mélancolique, allumant les premiers phares dans le lointain avec les premières étoiles.Ils rêvaient, regardant à travers les vitres, la mer changer de teinte, et les feux s'allonger en dansant sur les eaux miroitantes.— Simone!.dit Yves.Elle lui sourit.Alors, sans réfléchir, il se jeta à ses genoux, balbutiant des mots sans suite; des mots d'amour, de supplication, de désespoir.Simone haletait.D'un bond, rapide comme un réflexe, elle fut debout.Elle ne le vit pas, lamentable, effondré sur le tapis; son affection pour lui, la plus élémentaire pitié même, ne franchirent pas son cœur; elle eut peur; une peur animale, inexpliquée, annihilant tout autre sentiment.— Levez-vous! Il se dressa.— Quelle femme êtes-vous donc ?demanda-t-il, plein d'une colère soudaine.Vous vous jouez de moi! Je vous sers de hochet et de souffre-douleur!.Vous voyez bien que je vous aime!.Je n'en peux plus, Simone, ma Simone, et vous m'aimez aussi, n'est-ce pas ?Simone avait bondi sur la porte; la lumière du vestibule entra, cinglante comme un coup de cravache; rassurante aussi.Elle eut l'impression d'échapper à un cauchemar très pénible; elle se reprit.— Yves, dit-elle, mon cher Yves., je ne peux pas! Il prit son chapeau, sa houppelande sans qu'elle songeât à le retenir, et sortit, la tête basse.Simone revint près du divan; une immense tristesse l'envahissait.C'était la fin de son tranquille bonheur.III Il était neuf heures du matin, lorsqu'Annette pénétra dans la chambre.Le soleil, filtrant à travers les rideaux, projetait une ligne oblique, lumineuse, qui barrait la pièce d'un bout à l'autre.Simone, écrasée de fatigue, dormait encore.Après minuit, sa vieille bonne, inquiète de n'avoir encore pu l'approcher, était furtivement entrée dans la véranda.Elle y avait trouvé Simone, prostrée sur les coussins du divan, et l'avait emportée, sans résistance, jusque sur le lit ou elle reposait maintenant.— C'est dommage de l'éveiller!.elle dort si bien ! Cependant, il le fallait.Elle ouvrit les rideaux, laissant entrer à flot ce jour aveuglant qui fait faire la grimace aux dormeurs.— Simone!.Elle étira ses bras et grogna.— Qu'y a-t-il?— Une lettre pour toi, ma mignonne, qu'un vieux pêcheur vient d'apporter.Simone reprit contact avec le monde réel.Oh! l'horreur de ces réveils brusques, en plein drame, après le repos lourd et bienfaisant pendant lequel rien n'existe! — Une lettre ?D'un coup elle fut sur son séant.— Une lettre d'Yves.Mon Dieu!.pourquoi ?.Elle tenait déjà l'enveloppe entre ses doigts, n'osant l'ouvrir.Elle y parvint enfin, et, devant la vieille femme haletante d'émotion, elle lut: ".Simone, je pars."Lorsque ces quelques mots vous parviendront, je serai déjà dans l'express qui va, tout à l'heure m'emporter à Paris, vers ce bruit, cette fièvre que je hais, mais qui NAVY CUT La cigarette par excellence dont la vente est la plus considérable au Canada.m'aideront peut-être à me reprendre."Simone, ô mon amour, ne m'accusez pas de lâcheté! Je sais que je n'aurais pu demeurer votre ami.Eussé-je eu la force de le faire, vous savez vous-même qu'après la scène pénible que nous vécûmes tout à l'heure, nous n'aurions plus rien à nous dire! "Je vous aime, Simone, depuis que je vous connais.votre cœur s'est endormi.tant pis! J'avais espéré le réveiller un jour, de ma tendresse.Vous n'avez pas voulu.Je m'en vais!."Je m'en vais en vous rendant votre liberté, aussi simplement qu'en ouvrant la main, je délivrerais un petit oiseau.Vous oublierai-je ?.Je ne le crois pas; mais pour tout le souvenir ému que je garde vous, je vous dis: "Vous avez raison, n'aimez jamais! On souffre trop! "Votre Yves".Simone retomba, stupide, sur ses oreillers.— Il est parti! Il est parti! Elle ne pleurait plus.Ses yeux secs, encore rouges et brûlants des larmes de la nuit, elle se tourna vers sa vieille compagne et dit très doucement: — Laisse-moi.veux-tu ?Annette sortit, sans mot dire, brisée du chagrin de son enfant, car c'était toujours son enfant, la petite fille qu'elle avait élevée et qui souffrait, maintenant, comme une femme.Elle écouta, derrière la porte, le bruit probable de nouveaux sanglots.elle n'entendit rien et s'éloigna.Ayant pleuré toutes les larmes qui détendent, Simone commençait à souffrir. 18 La Revue Moderne — Avril 19 28 L'Ep reuve Conseils pour les Bruits dans les Oreilles Entendez-vouH dans votre tête comme le tintement de» cloche» — le bourdonnement des Insectes — ou encore ttu bruit comme celui que fait la vapeur sortant d'une locomotive — ou autre chose?Peu Importe ce que sont ces bruits.Il sont ennuyeux.Ils vous empêchent de dormir — Ils vous rendent nerveux, mais ce qu'il y a de plua dangereux, c'est qu'ils conduisent à une plua grande ourdit* dans plusieurs caa.Consultation Gratuite Vous devriez demander conseil et soigner ces maladies tout de suite.Le spécialiste Kproule pour les oreilles.377.Cornhill Building.Boston, n Invente uno nouvelle méthode do consultation par la poste, de sorte qu'il n'a pas besoin de vous voir pour vous conseiller ou vous soigner, si votre caa en est un qui convient a cette méthode, Cetto méthode a obtenu des résultats des plus satisfaisants dans le traitement de divers cas d'ennuyeux bruits dans la tête et de surdité par tout le Canada et les Etats-Unis.Sam (au long) Adresse SI vous souffrez de bruits dans la tête ou les oreilles, de quelque genre que ce soit, rempl.ssez ce coupon et mettez-le & la poste aujourd'hui.Une femme du Mlchlgan fit cela 11 y a quelque temps et aujourd'hui elle écrit: "Quelques lignes seulement pour vous laisser savoir que Je me sens toujours bien.Il y a presque trois ans que Je n'ai plus de bruits dans la téte, ot je me dis chaque Jour que c'est certainement une bénédiction d'être débarrassée de co terrible bourdonnement dans la têt»" Ecrivez en français ou en anglais.Pour recevoir une consultation gratuite sur les bruits dans la tête, remplissez le coupon et envoyez-le au Spécialiste Kproule pour les Oreilles, 377, Cornhill Building, Boston, Mass.— Il est parti!.Eh bien, qu'y avait-il donc là de si tragique?C'était elle, qui avait, en somme, ordonné ce départ ?Un mot, un geste, auraient définitivement enchaîné le fugitif; ce geste, elle l'avait refusé.Perdre un ami, c'est donc une chose si terrible ?La douleur ne se trouvait pas en rapports avec l'événement; des idées folles tournoyaient dans sa tête; — S'il n'était pas parti ?.Si cette lettre n'avait été écrite que pour l'éprouver une dernière fois?Ou bien, si, au dernier moment, il avait manqué de courage ?Mais il n'y fallait pas songer.la résolution d'Yves devait être inébranlable.Comme il allait souffrir, tout de même! .Elle aurait voulu qu'il fût là pour le consoler elle-même de tout le chagrin qu'elle lui causait.En vain, essaya-t-elle de se raisonner; elle se redit pour la millième fois qu'elle n'accepterait jamais l'amour d'aucun homme; mais sa conviction chancelait.Elle commençait à comprendre le danger de leurs tête-à-tête.Le plaisir qu'elle y trouvait et qu'elle attribuait à la seule amitié, n'était-il pas aussi mêlé d'autre chose ?.Que devenir, sans lui ?Elle essaya d'imaginer sa vie.Seule, de nouveau; non plus seulement avec de mauvais souvenirs et le profond dégoût qui lui faisaient apprécier le ciel sans nuages de sa solitude; mais avec en plus — et surtout — le regret d'un bonheur entrevu qu'elle n'avait pas su garder; et le remords.le remords d'avoir brisé une vie!.la seule qu'elle eût voulu choyer! Deux larmes roulèrent sur ses mains.Elle n'y tint plus; elle appela: — Yves.Yves! ! Et la conclusion vint, (oui naturellement.— Comme je l'aime!.Yves! Yves! mon chéri! S'il faut pour vous retenir que mes bras vous élreignent, je suis prête! S'il faut que mon amitié devienne de l'amour pour que vous ne me quittiez plus jamais, revenez Yves! Revenez!.Je suis votre chose.votre petit enfant.votre esclave, mais revenez! Elle sanglotait, mordant ses poings.Enfin, elle s'apaisa, d'elle-même; une lassitude, très douce, détendait ses nerfs; l'air semblait rentrer plus librement dans sa poitrine.Elle avait enfin compris! Le premier élan de joie dissipé, elle revint au présent.Yves était à Paris.mais où le prendre ?Comment lui faire savoir qu'elle partagerait, désormais, ses sentiments ?Prestement, elle sauta du lit et appela: — Annette! La vieille femme, telle un chien fidèle, rôdait aux abords de la chambre; elle accourut, les yeux dilatés.Simone l'attendait, pieds nus, grelottante sous sa fine chemise.Annette leva les bras au ciel: — Ma Doué, tu vas prendre froid ! — Ecoute.— Couvre-toi d'abord! Elle prit un peignoir et le jeta de force sur les épaules de la jeune femme.— Je l'aime!.dit Simone, et maintenant, il est parti.La vieille bonne, prête à tout pour le bonheur de sa "petite", demanda: — Que faut-il faire ?— Le retrouver, coûte que coûte! Dis-moi, ma bonne Annette, que nous le retrouverons! Elle avait pris la vieille femme aux épaules, et couvrait de baisers sa figure ridée, avec ce besoin d'expansion qui nous pousse à faire partager notre joie à tout l'univers.— Sans doute.sans doute, concédait Annette, en étouffant sous l'étreinte, mais il n'a pas laissé d'adresse!.— Comment le sais-tu ?— Je l'ai déjà demandé au matelot qui est venu porter la lettre.— Alors ?— Alors, il faudra s'y prendre autrement!.— Comment Annette?dis-moi comment."Faut-il que j'aille voir moi-même le pêcheur qui garde sa maison ?— Garde-t'en, ma petite! Il doit avoir des ordres; il est fidèle.il ne te dira rien! Pour la seconde fois, l'interrogation vint aux lèvres de Simone: — Alors ?— Laisse faire, assura la bonne femme avec un sourire entendu, on te le rendra ton "M.Yves", mais ne sois pas si pressée! — Annette, tu es mon sauveur! — Ma Doué! ne me secoue pas si fort, tu fais chavirer mon bonnet! Je vais questionner les gens du village.peut-être sauront-ils.à cause des bagages.Simone eut un nouvel accès de désespoir: — Nous ne saurons rien ! — Que si! Laisse-moi faire! L'entreprise d'Annette fut rap dément couronnée de succès, mais il ne fallut rien moins que l'entremise du maçon, mis au courant de la situation par la vieille femme, à bout d'expédients, et qui, sous prétexte d'une facture restée impayée, obtint du matelot discret l'adresse de son maître.Elle était presque illisible, cette adresse, écrite au crayon, sur le dos d'une enveloppe, par une main lourde et malhabile.Cependant, quelle joie causa ce boni de papier! Annette, le maçon et sa femme, en pleurèrent en se la transmettant.Les gens simples ont de ces sentiments délicats qui vous remuent jusqu'aux entrailles.Simone pensa défaillir de joie.Elle avait préparé plusieurs lettres pour Yves.elle y disait son amour, ses souffrances, son humilité.Mais aucune ne lui parut, à ce moment, digne de son bonheur! Elle écrivit simplement ces quatre mots, le grand cri de son cœur bouleversé: "Je vous aime, revenez! Simone." IV - PsttL.chauffeur! Le taxi vint se ranger au bord du trottoir.— A l'hôtel des Princes! Yves entra dans la voiture, déposa sa valise et se laissa tomber sur la banquette, exténué.Il avait fait un voyage atroce; tantôt il souhaitait accélérer la marche du train pour rompre plus vite avec le souvenir qui l'attachait encore à la terre de Bretagne, et tantôt faire reculer le convoi à triple allure, afin d'apercevoir une dernière fois la petite maison où il avait cru découvrir le bonheur.A peine arrivé dans la banale chambre d'hôtel où tout vous est étranger, Yves changea de vêtements et ressortit.II se sentait affreusement seul au milieu de la foule dont la promiscuité le gênait jusque dans son chagrin.Désœuvré, il entra dans une brasserie; une épaisse odeur de tabac le prit à la gorge.Mélancoliquement, il s'assit au milieu de gens qui ne le remarquèrent même pas.Yves, qui avait désiré un moment se mêler à tous ces inconnus, regrettait, maintenant, d'être entré la.Il avait espéré détourner ses pensées de leur unique préoccupation; mais les réflexions que lui suggéraient tous ces visages inconnus, n'étaient pas de nature à l'égayer beaucoup.Là, il devinait le souci, caché sous un sourire, et croyait se découvrir des frères parmi tous ces gens dans l'âme desquels se déroulait peut-être un drame affreux, en dépit de leur masque impassible! Il avait honte, maintenant, d'avoir échoué à cette table, comme une épave.Le front dans les mains, il demeurait, sans savoir pourquoi, devant sa tasse vide, quand une main se posa sur son épaule: — Toi ici ?fit une voix enjouée, je te croyais au fin fond de la Bretagne ! Yves se retourna d'un bond et reconnut un ancien ami de collège Gin Canadien Melchers Croix d'or LA BOISSON LA PLUS SAINE Fabriqué à Berthierville, Que., sous la surveillance du Gouvernement Fédéral, rectifié quatre fois et vieilli en entrepôt pendant des années.TKOIS GRANDEURS DE FLACONS, Gros: 40 onces $3.65 Moyens: 26 onces 2.5S Petits: 10 onces 1.10 Melchers Di.tlllery Co.Limited MONTREAL La Revue Moderne — Avril 19 2 8 L'Ei •reuve joyeux vivant, avec lequel il avait longtemps conservé des relations amicales.— Bardac! fit-il, quelle chance! Sa figure s'était éclairée d'un sourire.Un visage connu, un ami à qui parler allaient le sortir de son rêve douloureux.Tout de suite, Bardac questionna: — Que fais-tu là, tout seul, comme un malheureux ?Tu attendais quelqu'un ?— Non.tu vois.je tuais le temps! Je suis arrivé à Paris seulement il y a deux heures.— Pour longtemps ?— Je ne sais pas.jusqu'à la lin de mon congé, sans doute.— C'est loin ?— Deux mois! — Mais c'est un siècle! s'écria Bardac, tout joyeux.On t'a changé, mon cher! Deux mois à Paris!.mes compliments! tu fais des progrès! Yves eut un sourire amer qui ne passa pas inaperçu à son camarade.— Au fait, reprit celui-ci, je te demande pardon, tu as peut-être des raisons spéciales que je n'ai pas à connaître.Yves fit un mouvement pour protester, mais l'autre interrompit- , .— Non.non.ne dis rien! Il eût un bon sourire clair de joyeux Parisien, puis ajouta gravement: — Parlons de choses sérieuses! Es-tu libre ce soir ?— Oui.— Eh bien, je t'emmène! — Où ça?— Où tu voudras.— Oh! moi, dit Yves, je ne sais pas; je suis un sauvage.— Tu sais danser ?— Vaguement.— Allons au dancing! décida Bardac, j'ai besoin de me dégourdir.Sur le boulevard, ils hélèrent un véhicule.— Au Friedland palace, dit Bardac.L'auto roulait en cahotant et Yves se demandait encore comment il pouvait être là à cette heure Il écoutait d'une oreille distraite les propos de son compagnon.( clui-ci s'en aperçut et garda le silence.L'auto stoppa le long du trottoir en raclant ses pneumatiques; Bardac descendit le premier, saisit son compagnon par le bras et dit à mi-voix en le poussant sous le porche inondé de lumière.— C'est plus grave que je ne pensais.nous allons soigner ça!.mon vieux! je m'y connais! C'est ainsi qu'Yves, le solitaire, fit son entrée dans la vie tumultueuse.Le dimanche suivant le vit aux courses.Il joua, perdit une bonne partie de ce qu'il avait en poche et décida de tenter une démarche au ministère de la marine, afin d'obtenir une mission qui abrégerait son séjour.En attendant, il continuait de mener une vie factice et déréglée.Ce que n'avaient pas réussi à faire les colonies et la vie maritime, un désespoir profond l'accomplissait, en brûlant les étapes.Yves, qui avait su garder un cœur pur, glissait, maintenant, sur la pente, aidé.Ce fut en s'éveillant, fort tard, dans la matinée qu'Yves trouva sur sa table la lettre de Simone.Elle attendait là, depuis la veille au soir, sans doute, mais il ne l'avait pas vue en rentrant.Qui donc pouvait lui écrire, à cette adresse provisoire, ignorée de tous, sauf de son vieux marin breton ?Cette plume élégante n'était évidemment pas la sienne ?.A-lors ?.—.Simone ?.Ce ne fut qu'une pensée.il avait déjà déchiré l'enveloppe et l'écriture dansait devant ses yeux."Je vous aime.Revenez!." .II ne sut pas, tout d'abord, s'il était joyeux.Il eut envie de pleurer comme les enfants auxquels on accorde enfin l'objet trop longtemps désiré.Simone avait écrit cela!.Simone! ! Et, brusquement, ces quatre mots balayèrent tout le reste.Le vieil homme n'était pas mort! En hâte, il boucla ses bagages, et, sans faire aucun adieu, prit le soir même le train die Bretagne, aussi allègrement que Paris dut s'embarquer, jadis, pour Cythère.V Simone était au piano.Aucune nouvelle d'Yves n'était encore parvenue.— Ce sera pour demain matin, se disait-elle, car elle ne doutait pas de recevoir une réponse.Yves était trop loyal pour la laisser dans l'incertitude après l'aveu spontané qu'il avait dû recevoir la veille.La lettre, quoi qu'elle contint, serait honnête.Quelle serait, maintenant, sa réponse ?Mieux valait ne rien présager cl vivre au moins jusqu'au lendemain dans l'incertitude heureuse (lui berçait doucement son cœur.Quand le bien-aimé reviendra Près de sa languissante amie.La vieille chanson de Dalayrac tremblait un peu sur ses lèvres.Doucement la porte s'ouvrit.Yves parut sur le seuil comme il avait coutume de paraître une semaine plus tôt.Simone se leva.Rien ne semblait changé; aucune trace de l'orage qui avait, un moment, bouleversé leurs deux vies ne subsistait, dans ce décor tranquille et familier.Yves entrait, et Simone quittait le piano pour le recevoir.Il y eut seulement un instant de silence angoissé.comme une hésitation de part et d'autre; enfin, Yves tendit les mains comme naguère.Tremblant, les larmes aux yeux, il interrogea son amie du regard; et ce fut elle qui, d'un élan, lui tendit ses lèvres.Leur baiser profond, s'éternisait.On donnerait parfois, toute sa vie pour revivre de ces minutes suprêmes, de ces minutes de plénitude heureuse qui donnent la sensation de toucher le fond du bonheur humain.Ils se séparèrent.— Simone! balbutia Yves.Ce n'est pas un sacrifice, au moins ?Pour toute réponse, elle chercha ses lèvres une seconde fois.C'étaient les premiers vrais baisers de sa vie; les premiers qu'elle prenait enfin, plutôt qu'elle ne les laissait prendre! L'amour la soulevait tout entière et le reste du monde avait cessé d'exister.Ils s'assirent sur le divan où, huit jours plus tôt, Simone pleurait toutes ses larmes.Elle ne s'en souvenait plus.le bonheur possède cet extraordinaire pouvoir d'effacer tout le chagrin qu'il vous a causé.Ils avaient tant de chose à se dire! Cependant, ni l'un ni l'autre n'osait rompre, le premier, ce merveilleux silence.A la fin Simone parla.—Comme je vous ai fait mal! dit-elle.Yves ne répondit pas; il n'osait accepter toute la gratitude de Simone; il était torturé entre le désir d'avouer la démarche qu'il venait de faire pour repartir au plus vite, afin de libérer sa conscience vis-à-vis de la jeune femme, et la crainte de jeter si tôt un nuage sur leur confiant bonheur.— Simone! Leurs mains s'étreignaient encore, et c'étaient de longues extases presque chastes; et de vrais baisers de fiançailles.Des questions, cependant, commençaient à venir aux lèvres de Simone; Yves y répondait maladroitement, comme un grand enfant qui ne sais pas mentir.Si confiante qu'elle fut, la jeune femme flaira pourtant un mystère.Elle s'en alarma, tout d'abord.mais Yves était là! Elle était certaine, maintenant, de le conserver près d'elle; alors, comprenant bien que toute explication leur serait une peine, Simone fit bon marché de sa curiosité et dit, simplement en prenant à deux mains la tête du jeune homme: —¦ Ne me dites rien, mon chéri.Fermons, si vous voulez, la parenthèse douloureuse qui faillit nous séparer à jamais, et dites-vous que vous n'avez jamais quitté ce petit village.Oh ! comme il la remercia de cette parole, la seule qu'il fallait dire, en pareil cas! Yves dut partir.Malgré tout son désir de demeurer encore auprès de son amie, il ne voulait pas la compromettre aux yeux des villageois qui savaient déjà son retour au pays.A son tour, elle lui sut gré de sa délicatesse et trouva, en lui rendant son dernier baiser, l'aveu qui devait à jamais sceller leur amour: — Je ne savais pas aimer, lui dit-elle.Je t'attendais!.-* •.* * Yves avait quitté la Mouette vers minuit, comme à l'ordinaire.Peu après son départ, l'orage qui menaçait depuis quelques heures, éclata.Simone qui croyait son ami déjà rentré, ne résista pas à la tentation de revenir dans la véranda pour contempler le spectacle grandiose qu'offrait à ce moment, la mer en furie.Sans lumière, le front collé à la vitre, elle se tenait immobile, séduite et apeurée à la fois, en face de la puissance des éléments déchaînés.La mer était phosphorescente; des éclairs, par intermittences, barraient le ciel de leurs zig-zags éblouissants, qu'accompagnaient des roulements sourds, en partie dominés par le fracas des vagues bondissant contre les rochers.Les fenêtres de la petite demeure grinçaient sous la poussée du vent, comme pour céder à chaque nouvelle rafale.Annette, accourue, implorait "Ma Doué" en joignant les mains; et Simone, fascinée, regardait au dehors sans chercher à analyser ses pensées.Quelqu'un secoua violemment la porte.Simone eut peur; mais une voix méconnaissable dans l'ouragan se fit entendre.Elle courut ouvrir.Yves s'engouffra, plutôt qu'il n'entra, dans le vestibule."—Quel temps! dit-il.Son suroit de marin dégouttait; il avait l'air défait, hagard.Simone qui l'avait tenu dans ses bras, à cette même place, une heure plus tôt, heureux et confiant, n'en croyait pas ses yeux.— Simone.Il lui avait brusquement saisi les mains.— Mais que se passe-t-il ?Venez Pourquoi êtes-vous ressorti par ce temps ?— Je craignais seulement gue vous n'osiez pas m'ouvrir, si tard! répondit-il.Ils entrèrent sans pouvoir en dire davantage: lui, comprenant bien qu'il ne serait pas assez fort pour cacher sa détresse; elle, pressentant une catastrophe.Il dit enfin: — Simone.c'est fini! Elle le considérait, sans comprendre.Il répéta: — C'est fini!.et plus bas: Je pars!.Elle eut un cri de bête blessée et se jeta dans ses bras.Il dit très vite.— Un ordre brusque.juste le temps de boucler mes malles.— Mais ce n'est pas possible! Tu disais dans deux mois seulement! Alors, il l'attira sur ses genoux, et cachant sa tête douloureuse dans le cou de la jeune femme, il se confessa.— C'est vrai, Simone, je t'avais caché.J'espérais que ma démarche n'aurait pas de suite.J'avais demandé à repartir au ministère, à Paris,.Je souffrais trop.je ne pouvais plus!.Simone ne comprit que ces derniers mots.Yves allait repartir et c'était la faute de son orgueil imbécile, puisqu'elle n'avait pas voulu s'avouer à temps qu'elle aimait! 20 La Revue Moderne — Avril 19 2 8 Au hasard, elle regarda dehors.„ l'ouragan redoublait, la mer semblait soulever des montagnes de feu et la pluie tombait, maintenant, torrentielle.Le vertige la saisit.Bien loin, à l'horizon, elle imagina quelque bâtiment sombrant dans cette géhenne.Elle sentit sur son cou les larmes brûlantes de son ami.— Ne pars pas, mon amour! cria-t-elle, perdant la tête, je t'en supplie! — Simone, c'est impossible!.Je suis officier, le refus d'obéissance serait pour moi le conseil de guerre.le déshonneur.et te perdre à jamais!.Alors Simone mêla ses larmes à celles du marin, cependant que la mer, creusant implacablement les DOULEURS L'Ei •reuve Soulage rapidement toutes les douleurs, sans affecter le coeur.Migraines, Névralgies, Maux de Tête, Maux de Dents, Fièvres, Courbatures, Fatigue, etc.: : ,10 et .35 Chez tous les Pharmaciens U Qualité du VERRE TAILLÉ portant celle étiquette est Garantir par THE NATIONAL ASSOCIATION OF OJT GLASS MANUFACTURERS Inc.'•'*"•'•*.« * Moniré»lp«i GEO.PHILLIPS & CO.LTD.• o6s, , u.-,i 11,,„.,, x«|.¦.niai 45-S-J.o-o " roches grises, répétait la plainte éternelle des êtres à jamais disparus dans ses bras.VI Pelotonnée au creux d'un fauteuil, Simone, les yeux dans le vague, revivait sans cesse les dernières heures passées auprès de son fiancé.Elle l'avait accompagné jusqu'à l'embarcadère, et là, cramponnée au parapet pour ne pas défaillir, elle avait vu les marins dérouler le tapis rouge sur lequel Yves allait passer pour prendre place dans la vedette qui le conduirait jusqu'à son bord.Longtemps, longtemps, elle avait attendu, les yeux rivés sur l'énorme navire qui possédait maintenant son bien-aimé, et qu'elle ne pouvait pas joindre.A la marée, quelques heures plus tard, le bâtiment avait enfin ievé l'ancre, viré de bord, et pris doucement le large avec de grands cris de sirène qui fendaient le cœur.Yves était parti! Cette dernière vision remplissait toute la pensée de Simone.Tenaillée de remords qui rendaient plus cuisants encore ses regrets, elle répétait son mea culpa.— C'est ma faute! Mon Dieu, pourquoi l'avais-je laissé partir?Elle se sentait reprise par la religion de son enfance, et trouvait une certaine consolation à prier, dans la petite église sombre où des plaques de marbre, scellées à la muraille, rappelaient tragiquement les noms de tous ceux que la mer avait gardés.Il y en avait de très vieilles, déjà patinées par le temps et la moisissure; d'autres étaient toutes blanches et or, fraîchement posées et par cela même plus émouvantes.Souvent, une femme de pêcheur s'agenouillait devant un cierge à demi consumé; et Simone unissait sa prière à celle de cette pauvresse; son égale devant la clémence de Dieu, comme leurs absents étaient égaux devant le péril.Les mois passèrent.Simone connut l'ivresse des longues épitres tout imprégnées de tendresse, et qui disaient les moindres détails de la vie du cher marin.O ces lettres! Elle les dévorait d'abord hâtivement, frissonnante à chaque mot d'amour, comme sous une caresse; et puis les relisait encore, les savourait, les disséquait, cherchant à découvrir, entre les lignes, ce qu'elles contenaient encore d'inexprimé.QUEL AGREMENT pour la personne qui fait usage de verres que d'avoir des lunettes bien ajustées, et convenant à sa figure tant par la couleur que les proportions.A ceux qui se procurent de nouvelles lunettes, n'oubliez pas l'importance de l'ajustement.CARRIERE Se SE NEC AL OptomttTlatM-OptlcIcna A 807, RFE 8TE-CATHERTÎIE EST.Ilftl.l l>lfll TEL.LA.7070.Brusquement, les courriers manquèrent.Plus un mot, pas même une carte, banale mais rassurante.Simone pensa qu'on venait de lui retirer sa raison de vivre.D'abord, elle patienta; essaya d'inventer des raisons pour justifier cet affreux silence; mais le temps passait sans apporter la moindre explication; alors elle s'inquiéta, se sésespéra; peut-être même se crut-elle oubliée.Elle souffrit le martyre; sauvagement cramponnée à son dernier espoir, le plus beau de tous, le plus chimérique aussi: Yves revenant sans prévenir comme il l'avait déjà fait à son retour de Paris.Pour bercer sa tristesse, Simone imaginait le retour.Un jour prochain sans doute, tandis qu'elle rêverait au bien-aimé, dans la petite véranda qui avait si souvent abrité leurs confidences, sa haute silhouette se profilerait dans l'encadrement de la porte.et ce serait son rêve matérialisé; un rêve qu'elle pourrait conserver toute sa vie! L'espoir affluait.à son cœur tant l'évocation devenait précise.Mais aurait-elle encore la force de supporter un tel bonheur ?Depuis plusieurs mois, Simone vivait ainsi.Pour les vieux pêcheurs qui commentaient l'événement, instruits par Annette, Yves était mort, d'accident ou dé maladie, dans une colonie lointaine, et nul n'avait pensé à prévenir au village.Cette idée, qui s'était peu à peu enfoncée dans les esprits, prenait figure de cette certitude.On avait essayé de provoquer doucement le doute dans le cœur de Simone; mais il était trop rempli d'illusions pour céder la moindre place à des suggestions raisonnables.A la grande surprise de ceux qui l'approchaient; la jeune femme ne proférait jamais une plainte.elle ne semblait même plus souffrir de ce silence qui l'avait, tout d'abord, si profondément affectée.Elle demeurait des heures en tières, absorbée dans ses rêves, et ne sortait de cet état de prostration que pour recommencer, seule .ivi'i m's souxi-nirs, les promenades qu'elle faisait autrefois avec Yves, sur le bord des falaises.Elle avait ainsi l'illusion de se rapprocher de lui.Elle croyait saisir des baisers avec le souffle de la brise; son cœur se dilatait en face de l'horizon.de cet horizon indéchiffrable, au-delà duquel voguait sans doute son unique tendresse.Elle aimait aussi à parler dans le vent, et sentait, avec une indicible volupté ses paroles enlevées une à une au bord de ses lèvres et que la grande haleine de la mer emportait loin, très loin, vers Celui auquel elles étaient destinées.Elle croyait alors converser réellement avec Yves et percevait des échos de sa voix caressante avec le clapotis des vagues.A 10 mètres en bas, la mer battait le roc à grands coups répétés.Des algues couleur d'émeraude, des varechs, plus sombres, escaladaient les lames, trahissant la présence de rochers à fleur d'eau., ou bien se balançaient sous la nappe diaphane comme les bras attirants de quelque antique sirène.Simone restait là, en contemplation, penchée sur le gouffre.Annette qui la suivait de loin dans ses randonnées solitaires, craignait pour sa raison.Un jour, sur le conseil de voisins, la vieille bonne décida de parler sans détours d'un malheur possible.Mais, aux premiers mots, Simone éclata dun rire convulsif qui se changea bientôt en une violente crise de larmes et Annette, après de vains efforts pour ramener un peu de calme dans l'esprit de sa jeune maîtresse, dut la transporter dans son lit, grelottante de fièvre, et en proie à un abominable délire.Bientôt cependant, la fièvre tomba; on put saisir une lueur de raison dans les yeux agrandis de la malade.puis, ce fut la convalescence.On était au printemps, et le soleil qui chauffait doucement les TADOUSSAC."Que de souvenirs historiques! C'est là qu'abordèrent les premiers marins français qui vinrent au pays et c'est là que se déployèrent aux premiers souffles du pays nouveau les belles couleurs de la vieille France.On y conserve comme une relique précieuse une vieille chapelle dont la modeste charpente de bois es* la plus ancienne du Canada." La Revue Moderne — Avril 19 2 8 21 vitres de la véranda, aidait la pauvre Simone à retrouver ses forces.Elle était calme, à présent; au-i une des e\.lit.liions i|iii avaient précédé sa maladie, ne subsistait.Son esprit avait en partie retrouvé son équilibre.Elle conservait seulement son espoir chimérique, et attendait dans le calme et la confiance, le retour du bien-aimé.Il fallait en passer par là.Annette, le cœur brisé, n'osait plus douter devant elle, et le temps passait, monotone, indifférent, sur la vie de cette femme immobilisée dans un rêve.VII La soirée s'achevait, tristement, comme à l'ordinaire.Simone tournait les pages d'un livre, auprès de la vieille servante qui n'osait plus la quitter.La lampe projetait un cercle lumineux sur la table, entre les deux femmes qui n'échangeaient pas une parole, et sans le rais de lumière qui filtrait à travers les contrevents, on aurait pu crcire la maison déserte.Au lointain,un roulement de voiture se fit entendre.C'était la carriole du père Gal-len, ramenant sans doute un voyageur de la petite gare la plus proche.Le roulement se rapprocha et même le cheval s'arrêta devant la porte.Simone rejeta son livre brusquement: Qui donc pouvait venir, à cette heure, troubler le repos de deux femmes ignorées du reste de la terre ?On frappa.— C'est Yves! dit Simone en se levant.Annette reçut le choc.Il fallait ouvrir, et cette dernière désillusion n'allait-elle pas terrasser de nouveau la pauvre Simone ?Courageusement, elle sortit dans le vestibule, obligeant la jeune femme à demeurer à sa place; mais quand elle eût entrebaillé l'huis, ce fut Annette qui poussa un cri et faillit tomber.Yves était là.! Yves, maigri, changé, la face jaune et décharnée, les yeux agrandis de fièvre.Il semblait un revenant.Annette, incapable d'agir, le laissa pénétrer tout de go dans la véranda sans même songer à préparer les nerfs de Simone, encore convalescente! — Simone! — Comme vous avez tardé! dit-elle simplement.Elle crut se réveiller, après un mauvais rêve; et dans un élan, s'écria: — Je savais bien que vous alliez revenir! .Tous me croyaient folle d'espérer encore, mais je savais!!!.je savais que vous ne m'abandonneriez pas! ! ! — Ma chérie! fit le jeune homme, au comble de l'émotion.j'ai tant souffert depuis que vous êtes sans nouvelles!.J'avais attrapé la fièvre jaune.j'ai été transporté dans un bateau hôpital sans connaissance, et dans un état désespéré, parait-il.Je ne sais plus combien de temps dura mon martyre!.Simone semblait n'avoir jamais L'E reuve été malade; ses yeux brillaient en éclat très pur, tout comme avant les heures de trouble.Le phénomène qui devait rétablir son cerveau s'était produit, et cette malade d'amour guérissait par l'amour.Yves paraissait aussi moins a-maigri que tout à l'heure; du sang circulait sous sa peau sèche.Il racontait à Simone comment il n'avait pu débarquer en France, au moment prévu, le vaisseau hôpital sur lequel il se trouvait ayant à bord des marins atteints du charbon et autres maladies virulentes.De là, les attentes interminables, les délais renouvelés sitôt que révolus.puis une sorte de convalescence prisonnière dans un hôpital maritime, où Simone n'aurait même pas pu venir le voir!.Enfin, la liberté et le retour tant attendu! Simone aussi contait ses transes et ses tourments; et la vieille An-nette qui ne les avait pas quittés, les regardait comme une mère.— Mes chers petits! dit-elle.Yves sourit: — Nous avons bien souffert, Annette, dit-il, mais maintenant, c'est fini! — Quelle année! soupira Simone.— Et comme vous l'avez supportée, remarqua Yves.Pas un doute, contre toute évidence.C'est trop beau, ma chérie! Je ne méritais pas cela.— Pourquoi ?J'ai seulement racheté ma méfiance d'autrefois.vous étiez parti par ma faute.il fallait bien que j'expie.Il fallait cette épreuve définitive à notre amour pour me punir d'en avoir tant douté!.Nous avons triomphé de tous les obstacles.l'avenir nous appartient maintenant! — Comme nous allons être heureux! dit Yves.Et comme Simone fermait à demi les yeux, il ajouta en déposant sur ses paupières un long baiser: — L'épreuve est finie!.maintenant pensons au bonheur! Quelques jours plus tard, le village était en fête.Yves et Simone se mariaient, selon leur désir, dans la petite église accueillante et tout illuminée.Le vieux prêtre les avait bénis, simplement, de toute son âme, et les amoureux traversaient la petite place du village sur un tapis de verdure et de pétales de fleurs.Les cloches sonnaient à toute volée.Leur bonheur ne semblait pas encore sorti du domaine du rêve.A la joie de s'aimer, s'ajoutait pour les deux jeunes gens, celle, très douce, de se sentir chéris de tous ces paysans au cœur simple qui leur faisaient escorte.Il y eut un repas de pêcheurs auquel les mariés firent les honneurs, et ce fut en passant sous un arc triomphal où l'on avait dû réunir tout ce que les jardins contenaient encore de fleurs nouvelles, que les nouveaux époux franchirent le seuil de leur demeure.— Quel bonheur! dit simplement Annette.quand ils eurent disparu dans la villa.— Oui, répondit un vieux pêcheur.ça c'est du vrai bonheur!.celui qu'on paye avec de vraies larmes.il dure.Il réfléch un instant, aspirait CONFITURES aux (DlDraï(IJroiEdece(riEMME \ CJaifede/misesdesboiset'de % sucre de canne Plia dispendieuse .que la confiture aux fraises de I.jardins, mats si différente I CONFITURES^ FRAISES** BOIS _SToiBin"£i Old City Mfg Co Ltd ÇNGaOS ,16 Put ST PtÇPQE Mon t q, al une longue bouffée de sa pipe et conclut: — Le bonheur facile, voyez-vous, c'est comme un filet de pêche acheté au bazar.II a l'apparence, mais non la qualité.Dès qu'on le met sérieusement à l'épreuve, il crève.et tout est à recommencer!.FIN Découpez ce Coupon -Il Vaut $1.00 LA REVUE MODERNE CONTIENT CHAQUE MOIS: Romans - Nouvelles — Critiques — Voyages - Décors de la Table — Embellissement dt V Intérieur — Recettes de Cuisine - Soins du Bébé ¦ — Secrets de Beauté — Culture Physique — Modes —- Broderie — LA SECTION BUTTERICK En nous envi yant ce Coupon avec la somme de $2.00, ($3.00 aux Etals-Unis), vous recevrez chaque mois LA REVUE MODERNE.Cette publication devient de plus en pins populaire.Profitez de ce Prix Spécial.Vous y trouverez votre profit.La Revue Moderne, 198, rue Notre-Dame Est, Montréal, P.Q.Messieurs, Je profite de votre Offre Spéciale, et vous prie de me faire le service de LA REVUE MODERNE pendant une période de douze mois.Ci-joint, veuillez trouver la somme de $2.00, ($j.no aux Etats-Unis.) Nom____'.__ Ville ou Village- 1 Ointe La R c i> u eM o (I i i ii < — Avril 19 28 %mf Xmf t» •» %9f %?P %9f %9f *9f %9f M£ -%j>- - -%4> ^> -*sL> ^> ^+«.-4-^ -4"» .-W UN vieil adage affirme qu'il faut vivre avec son temps .Evidemment; mais la nécessité imposant le mal, le mérite à le supporter reste négatif.Tandis qu'essayer de comprendre son époque., voir au delà des incommodités qu'elle vous impose., mettre la sérénité d'un recul imaginaire entre la déception de vos vieux rêves et la course au galop du jeune temps, c'est déjà mieux.Et puis, l'aimer, la saison de sa vie, l'aimer passionément, comme le matelot accroché au grand màt aime son navire, même sous la tempête, même en détresse, cela, c'est tout à fait bien.Et si l'on peut aider son temps, ne fût-ce que d'un bout d'effort, à peu près celui de la fourmi portant sur son dos la brindille de paille qui l'écrase, alors tout de suite le ciel devient bleu, la vie vaut la peine d'être vécue, l'indulgence et l'immense pitié éclairent sa route.Mon avis, — et j'ose à peine l'exprimer, car le pessimisme est à la mode, — c'est que nous sommes les spectateurs aveugles d'un temps inouï, unique peut-être dans l'histoire, et qui fera dire à nos petits-enfants: "Grand'mère, grand'mère, vous l'avez connu!." Et ils regarderont, émerveillés, les témoins de cette révolution affolante qui changea le cours humain.Aurons-nous vu de sublimes horreurs! La guerre, d'abord.Et d'effrayantes inventions, contes de fées réalisés par des ogres!.D'un bout à l'autre de ses frontières, la France obscurcit le ciel de ses fumées, poisse l'air de ses graisses, assourdit les oreilles de son tintamarre.Le monde n'est plus qu'une vaste et malodorante machinerie.Pouah ! Mais qu'on y regarde bien : dans ces forges, de modernes Vulcains sont en train de conquérir les airs.Ils lancent dans les espaces d'immenses véhicules qui, bientôt, nargueront les océans et feront que nos petits-fils riront en pensant aux pauvres patients d'avant guerre qui enduraient des semaines de supplice pour arriver à Hanoï ou à Tombouctou.La distance, — et c'est le grand phénomène moderne, — la distance est vaincue.Que ce soit la petite Citro bondissant sur les routes, avalant d'une bouffée les côtes arides, ou l'avion léger battant des ailes au-dessus de la mer qu'il domine, ou l'antenne répandant au bout du monde le mystère des voix et des sons, le sentiment de la limite n'existe plus.Par un rythme secret de la nature, les digues qui marquent les frontières de la sagesse se trouvent du même coup rompues.On va au delà, en deçà, parce que certains phénomènes amènent des réactions certaines.D'ailleurs, les secrets les plus hermétiques ne sont-ils pas crûment dévoilés?Grâce à leur magie, les savants franchissent aujourd'hui les zones impénétrables du corps.Ils voient le dedans de notre pauvre guenille et répandent à travers le mur de la chair le radium qui guérit.Eux aussi ont aboli la limite de la raison et pénétré le dedans des mystères.Bientôt peut-être capteront-ils d'autres sources mystérieuses qui permettront d'autres diableries : voir à distance, par exemple, comme, aujourd'hui, peut entendre le concert de la Tour Eiffel quelque vieille dame de Melbourne douillettement couchée dans son lit.Comment voudrait-on que, dans cette explosion d'inventions, de renaissance, et de folies en activité, la jeunesse gardât son calme, tes vieux, leur tranquillité, et la fortune, son équilibre?.Tout n'est qu'effervescence, passion, lutte, transformations: les hommes et les choses ont leur coup de soleil et les esprits dansent sur des volcans.Une force créatrice soulève le monde.Ici, on capte l'eau des torrents et des mers pour réaliser de formidables progrès.Du balais au fourneau, des chemins de fer aux bateaux, toute la machinerie devient électrique.Là, on mène campagne contre le taudis; des architectes férus d'hygiène adaptent un art nouveau Aimez-vous notre Epoque ?aux besoins du jour et, par une conception hardie, demandent au soleil sa radieuse collaboration.Les artistes s'émeuvent, cassent les vieux moules et, dans une fièvre prophétique, créent les chefs-d'oeuvre de demain.Le mouvement social s'organise.Les oeuvres pour les femmes, les enfants se multiplient.Jamais peut-être, en aucun temps, on ne sentit bouillonner une telle sève; jamais on n'aperçut de si radieux printemps.A vingt ans, les enfants ont du génie, et partout le travail va, grandit et renouvelle la face du monde.La jeunesse, dit-on, est trépidante, brutale, audacieuse, rapace, désordonnée, indépendante, suffisante, inconsciente, détraquée, mufle.Bien sûr, elle est tout ça, mais elle est la jeunesse, le courage, l'audace, l'ardeur, la furieuse volonté, l'ambition sans limites; née du miracle de la Marne et jetée dans une féerie shakespearienne, la jeunesse se débrouille comme elle peut.Trop jeune pour sentir la grandeur du temps, elle croit à sa seule puissance, et les vieux, trop vieux pour saisir la beauté de l'heure, croient à la fin de tout.J'en demande pardon à tous, jeunes et vieux, qui gémissent en choeur.L'époque à laquelle nous vivons, je la trouve belle, épou-vantablement belle et formidablement intéressante.Je la trouve émouvante aussi, parce qu'elle a ses victimes et ses morts, et que, sur des cendres, sur toutes ses vieilles pudeurs piétinées, des êtres de bonne volonté, en larmes, cherchent à tâtons la vérité nouvelle.Mais quand je considère l'activité de nos usines, le travail merveilleux des femmes, la foule qui se rue dans nos magasins, les étrangers qui envahissent nos hôtels, — parce qu'eux ne s'y trompent pas, ils savent bien que notre pays est le meilleur, — j'ai une peine incroyable à imaginer que la France soit perdue.Elle évolue et n'a pas encore retrouvé son assiette, — mettons, plus respectueusement, son équilibre; — mais je l'adore, je la vénère, ma France qui a supporté héroïquement la guerre et a su si bien vaincre, travailler et créer! Les villes et les villages ne sont-ils pas reconstruits?.Les champs dévastés n'offrent-ils pas leurs moissons?.Les usines saccagées n'ont-elles pas retrouvé la rude chanson de leurs métiers?.Les mines détruites ne donnent-elles pas leur pjein rendement?.Le commerce n'a-t-il pas repris un essor prodigieux?.Et là-bas, à la Société des Nations, sans que personne y prenne garde, la France ne travaille-t-elle pas à la paix du monde?.En somme, dans la fièvre d'un effort magnifique, ne peut-on trouver la trace lumineuse de quelque idéal encore obscurci qui, pourtant, laisse, à travers les nuages, percer le soleil?.Le franc baisse, — c'est vrai, — mais demandez donc à ceux qui crient le plus fort contre la dégringolade de notre crédit, ce qu'ils ont fait pour aider le pays!.Oui, demandez-leur cela bien en face, les yeux dans les yeux.Bien entendu, ils ne vous répondront pas, car ils seraient obligés d'avouer qu'ils ont joué à la baisse, les traîtres, ou qu'ils ont acheté des devises étrangères, les capons, ou qu'en fraude ils ont fait filer leurs capitaux en Suisse ou ailleurs.Ce qui est abominable d'abord, et imbécile ensuite, car si tout notre argent restait chez nous, les choses iraient mieux.Et, pourtant, si bas que soit notre franc par la couardise de quelques mauvais Français, les coups de bourse de banquiers véreux et la faiblesse d'un gouvernement qui ergote au lieu d'agir, jamais je ne douterai du pays qui vient, en si peu d'années, d'accomplir ses travaux d'Hercule., du pays qui donne, à tous ceux qui lui demandent l'hospitalité, la sensation que nulle part ailleurs on ne saurait être si heureux.Aimez-vous notre époque?Avec passion, avec confiance, comme j'aime la jeunesse, — et c'est tout dire.Ah! si seulement elle trouvait son chef! U ne lui manque plus que cela., un chef.YVONNE SARCEY. %9p x?p %9p %9f k9p x9p ngp k9p %9p %9p \9p k9p x9p ^> « *~fr*./-W * >»+^./Hr»» La Revue Moderne — Avril 1928 "L'Hymne à la Vie" IHHIItH 9 * La vie est un spectacle incomparable < (Juc (le richesses, que d'exubérances dans l'œuvre de la Vie! Elle est l,i Inné, elle est le Mouvement, elle est la Permanence; nous donnons notre note dans un Concert qui ne s'arrête jamais.Et si la part nécessaire tenue par nous dans cet orchestre immense s'arrête, un autre la reprendra immédiatement : il n'y aura jamais eu d'interrupti m.La Vie est surtout l'Amour, c'est-à-dire tout ce qui incarne ici-bas la Force, la Permanence et la Beauté.Et si l'expression la plus belle et l'acte le plus élevé de la vie est l'Amour, c'est que, par lui-même, l'Amour n'est autre chose encore que la Vie, lorsqu'elle se donne, lorsqu'elle s'unit, se confond et se transmet.L'Amour devient ainsi une parcelle d'éternité.C'est un désir, mais un divin désir.Enfin ce qui, peut-être, en dernière analyse, fait encore la beauté la plus rare, la beauté sublime de l'Amour, c'est qu'en réalité et par essence il constitue le don de soi absolu et apparaît comme l'incarnation même du sacrifice.L'Amour nous apparaît aussi comme l'empreinte des siècles disparus transmise dans le Présent; c'est l'écho du passé répercuté dans l'Avenir.Est-ce qu'en chacun de nous des millions de morts ne dorment pas, prêts à s'éveiller parfois, et s'éveillant même dans un de ces penchants plus ou moins nobles qui semblent surgir en nous inopinément, mais qui ne sont plutôt qu'un simple et lointain rappel de la Race?"georges maze-sencier." W de côté attaché-e au devant.Dos d'une seule pièce.Largeur du bas à plis tendus: 53} pouces.Telle qu'illustrée, la taille 36 requiert 2J de tissu de laine souple en 54 pouces.Plusieurs autres tissus peuvent être employés pour réaliser ce vêtement tel qu'on le conçoit.Tailles pour dames et jeunes filles: 32 à 35 ( 15 à 18 ansl 36 à 44 de buste:.Prix: 45c.1556—La ligne droite est toujours en faveur Ce manteau à épaules tombantes, à bord droit, à col en deux largeurs, est très bien réussi.On peut omettre la couture du sous-bras, si on emploie un tissu dans les grandes largeurs.Largeur du bas 45 pouces.Taille 36 requiert 2] verges de tissu à manteaux de 54 pouces de largeur.Plus } de verge de bande de fourrure en 10 pouces de largeur.Fort seyant, pour dames ou jeunes hllcs.32 1 35 (15 à 18 ans) M à 44 de buste.Prix: 45c.1819 1910 1550 "Ce sont des PATRONS MTTERICK.Si \oirv niarclmnd local nr peut mus fournir ce- patrons.clenwimle/-les directement n lin Itnlleriek PuMIshtag Company.H'.s Wellington Street Mest, Toronto»." 38 La Revue Moderne Avril 1 uces de crSpe satin.Très seyante pour jeunes femmes ou jeunes filles.32 à 35 (15 à 18 ans) et 36 à 44 de buste.Prix: 50c.l')42 Kiilic dernier i ri, avec jupe attachée en avant, a godets obtenus indifféremment sur le droit ou le biais de l'étoffe.1 )os deux-pièces, la partie supérieure l'allongeant pour former ceinture drapée.Décolleté de jour ou de soir.Largeur au bas: 2| verges.Taille 36 requiert 3J verges en 39 pouces de crêpe Romain.Toutes les taillef, pour dames et jeunes filles, 32 à 35 (15 a 18 ans) 36 à 42 de buste.Prix: 50c 1950 —Robe ronde avec jupe et tunique d'une seule pièce attachées au ong corsage.Décolleté de jour ou de soir.Avec manches, et tour de bras normal ou non.Largeur au bas: 45 pouces.La taille 36 requiert (avec la jupe coupée sur le travers de l'étoffe pour éviter les morceaux) 3} verges en î9 |iniii e- de i rèpe de < lune.I unies les tailles pour dames de 34 à 52 de buste.Prix: 50c.1940 " 1930 1954 La brusque interruption de la ligne est devenue.La Suprême Elégance 1936—Robe très élégante, avec jupe godée (deux-pièces) attachée au long corsage, en ligne festonnée.Décolleté de jour ou de soir.Tour de bras coupé ou normal avec manches.Largeur au bas 3J verges.Taille 36 requiert 3J verges en 39 pouces de largeur de crêpe Gecrgette, jupe taillée en travers de l'étoffe pour éviter le raccordement des morceaux.Cette robe est d'un effet délicieux, en belle dentelle, avec bordure appropriée.Toutes les tailles pour dames et jeunes filles de 32 à 35 (15 à 18 ans) 36 à 44 de buste.Prix: 50c.1954—Robe ronde.Jupe à deux volantf.Décolleté de jour ou de soir.Tour de bras coupé ou normal avec avec manches.Avec ou sans la draperie du dos ou l'effet bouffant.Largeur au bas 46 pouces.Taille 39 requiert 3J verges en 39 pouces de largeur de crêpe satin.On suggère aussi tous les crêpes souples: le Gecrgette, le Romain etc.Très à la page, pour dames ou jeunes filles de 32 à 35 (15 à 18 ans) et 36 à 44 de buste.Prix: 50c.1924—Costume deux-pièces de très belle apparence.Corsage sans manches et jaquette séparée.Largeur a u I as, 46 | i,uces Taille 16 requiert 5} \ erget en 19 ( cuces de crêpe Romain.On peut aussi employer les crêpes de soie, les voiles et les satins souples.Tris attrayante pour dames et jeunes filles de 32 à 35 (15 à 18 ans), 36 à 44 de buste.Prix: 50c.Le tïcalque: 40c.10340 ¦Ce *"ni de- PATRONS BUTTE KICK, si rotre ¦arehaad local ne peut rona fournir oes patrons, dennadea-lM directement ù The Bntterlck Pnbllsiilng (uni pan), Ills » c Milicien Slreel M est, Toronto." La Revue Moderne — Avril 1028 LES TAILLEURS se mettent en chemin avec le Printemps V Té A Kl > 1751 m VA Oh/ 1747 1743/ L 1779 1773 1731 1781—Robe avec jupe à plis plats attachée en avant.Dos d'une seule pièce.largeur du bas, à plis tendus 2j verges.Taille 36 requiert 3} verges en 3° pouces de crêpe de soie.Tous les autres crêpes ou les tissus de laine légers peuvent être également bien employés.Pour dames et jeunes filles de 32 à 35 (15 à 18 ans) 36 à 44 de buste Prix: 45c.1747—Robe drapée d'une seule pièce.Décolleté de jour ou de soir.Tour de bras coupé ou normal, avec manches.Taille 36 requiert 2J verges en 39 poucesTde soie imprimée, plus J'de verge en 35 pouces de soie unie.Crêpe satin réversible est suggéré, parcequ'on peut se servir de l'envers pour la garniture.Pour dames et jeunes filles 32 à 35 (15 à 18 ans) 36 à:44 de buste.Prix: 50c.1743—Robe d'une seule pièce, à godets insérés et à veston détachable, ou fixe.Largeur du bas: lf verge.Taille 36 requiert 2J verRes en 54 pouces d'un tissu souple et léger avec j de verge en 35 p.m de tissu contrastant pour le veston.Charmant quand on a le soin d'harmoniser les tissus et les couleurs.Toutes les tailles de 32 à 46 de buste.Prix: 45c.1751—Robe ronde avec jupe à godets, deux-pièces, largeur au bas 3 verges.Taille 36 requiert (jupe coupée en travers) 1 verge en 35 pouces de soie imprimée pour la partie supérieure du corsage, plus 2| verges de crêpe satin uni pour la partie inférieure du vêtement.Vn velours léger ou un broché métallic seraient aussi d'un bel effet.Pour dames et jeunes filles 32 à 35 (15 à 18 ans) 36 à 44 de buste.Prix: 50c.1779—Robe a jupe droite, ayant un joli groupe de plis en avant.Dos d'une seule pièce.Largeur du bas à plis tendus 1| verge.La taille 36 requiert 2\ verges en 54 pouces d'un tissu de laine souple.Pour dames et jeunes filles 32 à 35 (15 à 18 ans) 36 a 44 de buste.Prix: 45c.1773—Robe dont le dos et les manches sont en un seul morceau avec goussets sous les bras.Jupe deux pièces avec devant a godets taillé sur le biais ou sur le droit.Côtés et dos du corsage légèrement bouffants.Largeur du bas 2 verges.Taille 36 requiert (godets taillés sur le biais) 3} verges en 39 pouces de largeur de crêpe de soie réversible.Pour dames et jeunes filles 32 à 35 (15 à 18 ans) 36 à 44 de buste.Prix: 45c.1731—Robe ronde d'une seule pièce, légèrement (mm < o mit les .6t.s et le devant, avec plis insérés au côté gauche, avec ou sans l'effet boléro dans le dos.Largeur du bas à plis tendus 1} verge.Taille 36 requiert 3J verges en 39 pouces de crêpe de soie réversible.On Mégère aussi les crêpes satin, les jersey de laine souples et légers 11.Pour dames et jeunes filles 32 à 35 (15 à 18 ans) 36 \ 44 de buste.Prix: 45c.Te sont des PATRONS BTTTERM'K.Si voira ninrrlinnil loenl ne peu! ml fournir ces pntrons.ilentnndez-les directement A The Ktitterick l'iihllshlng l'onipitnv, 405 Wellington Street "est, Toronto." La Revue Moderne — Avril I '.) J 8 "LES MULES" d'un vert ou d'un bleu brillant.écarlates ou pourpres et en peau, sont d'un effet merveilleux avec des négligés en tons neutres.Les plus franchement féminin des ces souliers de boudoir sont faits de satin broché, avec pompons de plumes d'autruche, dentelle ou petites fleurs, s'harmonisant avec le déshabillé ou la lingerie fine.Les plus jolies teintes et les plus nouvelles sont les bleus les roses, les jaunes très râles, un peu pastel.Les verts printaniers.orchidée.etc.2858 2858—"Step-in" d'une seule pièce.Le 38 de hanches requiert 1| verge en 40 pouces de crêpe de Chine.Tailles 24 à 40 de ceiniure ou 35 à 52 tour de hanches.Prix: 30c.6975— Pyjama, (Vêtement flottant pour la chaise-longue ou la toilette.Taille 36 requiert: 4J verge en 36 pouces de largeur de soie imprimée, plus j de verge en 54 pouce» de soie unie.Tailles 32 à 37 (15 à 20 ans) 38 à 40 de buste.Prix: 35c.1516 -Robe de nuit (ronde).Largeur au bas 54 pouces.Taille 36 requiert 2\ verges en 40 pouces de largeur de Georgette imprimé.Taille 32 et 34 (15 et 17 ans), 36 à 48 de buste.Prix: 35c.6947 -Pyjama.Taille 36 requiert 3| verges en 39 pouces d» largeur, de crêpe de Chine.Radium ou pongée.32 à 44 de buste.Prix: 35c.6786-Sous-Robe.Largeur au bas à plis tendus: 55 pouces.Taille 36 requiert 2} verges de crêpe de Chine en 32 pouces ou 39 de largeur.Tailles 32 à 48 de buste.Prix: 35c."(> «ont des PAnOWI BÏ'TTFHH'K.10390 LES VETEMENTS DE NUIT ET LA JOLIE LINGERIE 1923—Brassière-bandeau et bouffants.Taille 36 requiert 1J verge en 39 pouces de largeur de crêpe de Chine.Pour dames et jeunes filles de 32 à 35 (15 à 18 ans) 36 à 44 de buste.Prix: 35c 1704—Deux-pièces: Brassière et pantalons.Taille 36 requiert 1$ verge en 35 pouces de crêpe de Chine: 32 à 37 de buste (15 à 18 ans).Prix: les deux-pièces: 35c.Le décalque: 30c.1534—Deux-pièces, pour la danse Brassière bandeau et "step-in".Taille 36 requiert \\ verge en 35 pouces de soie imprimée.Tailles 32 à 44 de buste Prix: 35c.1373—Sous-vêtement: le "Step-in" relié à la brassière bandeau.Taille 36 requiert 1J verge en 35 pouces de largeur de soie Italienne.Pour jeunes femmes ou jeunes filles: 32 à 40 de buste.Prix: 35c.1871—Combinaison: brassière et bouffants.La taille 36 requiert (brassière coupée double) 2| verges en 35 pouces de largeur de soie à gants.Tailles 32 à 35 (15 à 18 ans) et 36 à 44 de buste.Prix: 35c.1764—Sous-robe.Largeur au bas 49 pouces.Taille 36 requiert 2\ verges de crêpe satin en 32 ou 39 pouces de largeur.Tailles 32 à 35 (15 à 18 ans) 36 à 44 de buste.Prix: 35c.6975 1516 6947 67S6 1764 SI rotlC marchand local nr penl >nn« fournir ces patrons, rionuinriez-los dirootemont il The Bnllêrlok Company, ir,s Wellington Street West, Toronto." Puldislilng La Revue Moderne — Avril 1928 il 5098—Petit habit à bretelles.Deux pièces: le corsage et la culotte.Poitrine 22 requiert 1} verge en 32 pouces de largeur de Dimity pour le corsage.Plus J verge en 35 pouces de largeur, de toile pour la culotte.Pour petits garçons 21 à 24 de poitrine (2 à 6 ans).Prix: 30c.6620—Joli petit habit deux-pièces: corsage et culotte droite.Taille 23 requiert 1 verge en 35 pouces de largeur de coton, et 1 autre verge de même largeur de coton contrastant pour la culotte et le col, etc.Pour petits garçons de 2 à 6 ans.Prix: 30c.6732—Autre petit habit à culotte droite.Taille 22 requiert 1} verge en 35 pouces de largeur, de fine toile, plus | de verge en 32 pouces de tissu contrastant.Poitrine 21 à 24, pour petits garçons de 2 à 6 ans.Prix: 30c.10934 1181—Ce charmant petit habit a un corsage (genre vareuse) flottant, avec culotte droite.Taille 22 requiert 1J verge en 32 pouces de largeur de pongée plus } de verge en 32 pouces de contrastant pour le col et les manchettes.21 à 24 de poitrine (2 à 6 ans).Habit et décalque: 30c chacun.NOS PETITS GARÇONS SONT DEJA DE PETITS HOMMES .1385—Ce col dans le ton masculin donne une petite allure déjà homme à ce bambin.Poitrine 23 requiert 1 verge en 35 pouces de largeur de coton rayé pour le corsage, plus i de verge de coton uni pour la culotte.23 à 25 de poitrine, (3 à 8 ans.) Prix: 30c.1680—Un délicieux petit habit à culotte droite.Le 22 requiert 1} verge de Rep en 35 pouces de largeur, plus j de verge de tissu contrastant en 32 pouces pour le col.Pour garçonnets 21 à 23J mesure de poitrine.(2 à 5 ans.) Prix: 30c.5365—Cet habit de jeu (couvre tout) genre salopettes, possède un corsage attaché à la culotte.Taille 23 requiert 2J verges de denin.En 27 pouces de largeur.Très à son aise, le garçonnet dans cet habit de jeu.22 à 31 de poitrine (3 à 14 ans.) Prix: 30c.3691—Cette chemise de jour (genre Sport ou négligé) peut avoir indifféremment un col permanent ou une simple bande.Col 15} requiert 3} verges de Madras en 31 pouces de largeur.Toutes les grandeurs de 11 à 18} de col.Prix: 40c.6564 6210 1442 48S0 6210 -Cette chem ise sautoir a un col assez haut et de larges poches, qui conviennent aux mécaniciens.Taille 40 requiert 3} verges en 27 pouces de largeur de denin.Toutes les tailles pour nommes et jeunes gens.30 à 34 (12 à 17 ans) 36 à 38 de poitrine.Prix: 35c.4414 -Chemisette—et 4875—Bouffants (knickerbockers.) Taille 24 requiert pour la chemisette, 1} verge en 32 pouces de largeur: pour les bouffants | de verge en 44 pouces.22 à 24} de poitrine (3 à 7 ansl les bouffants 22 à 24} tour de ceinture (3 à 8 ans.) Prix: 25c.chacun.1442—Corsage—4880—Culotte.Col 11} requiert (25 de poitrine) J | verge en 35 pouces de largeur.Pour la culotte f de verge en 44 pouces.Tailles: lia 12} de col (4 à 12 ans.) La culotte 22 à 27 de taille (3 à 12 ans.) Prix: Chacun, 25c."Ce sont des PATR0>S RrTTFRIOK.Si votre mnrchnnd local ne peut rffHS fournir ces patrons, demandez-les dire, ini» H | Th.Itnil.ii.k PubUsklfig Comparu.Nis Wellington Strtel Wevt, Toronto." i2 La Revue Moderne — Avril 19 2 8 209—Rien de plus attrayant que ces décorations spéciales et dans le goût personnel.Notre figure 209 illustre un de ces motifs charmants qui trouvera sa place aussi dans la "Nursery".Le cachet que donne l'application de ces motifs est incroyable.Vous en trouverez deux dans ce patron de 6} pouces de'diamêtre, 2 de 4J pouces et 6 de 3 pouces de diamètre.C'est si vite fait: un peu de colle, l'agilité du doigté pour étendre et aplanir en évitant les plis, un'peu de vernis, et le tour est joué.Prix: 50c.216—Motifs en couleur spécialement créés pour la chambre des garçons, leur salle d'études, ou le boudoir.L'appartement ayant des meubles ainsi décorés ne présentera pas un air banal, surtout si on s'y entend au mariage des couleurs.Les garçonnets eux-mêmes feront des suggestions qui vous étonneront, car ils y seront intéressés.Outre les meubles, les_ abat-jour, les boites etc.Tout prendra un air de^vie.2 motifs: 6| pouces par S.2 autres: 4J pou-~'us 6 motifs de 3\ pouces par 3.Prix: 50c.LA DERNIERE TOUCHE AUX DECORATIONS PEINTES 215—La variété est le piment de la vie, et nous vous présentons un motif de forme bien spéciale et ne ressemblant en rien aux précédents.On emploiera avec succès ces motifs pour décoration de paneaux, aux portes, aux armoires etc.Ce dessin est tellement joli qu'on lui trouvera facilement plusieurs emplois.2 Motifs de 13J par 4} pouces.2 autres motifs: i par 3}, et 6 motifs de 6J par 2\ de pouces.Prix: 50c.210—Avez-vous jamais vu rien d'aussi prenant que ces motifs colorés que vous pouvez employer sur n'importe quel meuble, en vous servant simplement de colle et de vernis ?.Et voilà que vous avez tout de suite un effet d'art des plus attrayant.Vous pouvez étendre cet effet à tant de petits accessoires, et non pas vous borner à l'ameublement.Les mêmes motifs peuvent servir soit pour le panier aux rebuts, soit pour les abats-jour de lampes, soit pour les boites à mouchoirs, à faux-cols etc.2 motifs: 7 par H pouces, 2 autres 5 par 3j pouces et 6 motifs: 3 par 2 pouces.Prix: 50c."Ct sont des PAXB0H8 itl 111 KM h \"ln marchand local ne pfnf >o"s fournir ce* patrons (lciiuimlcz-lrs directement îi Tlie Bultcricli l'iiMMiinç Company, 168 Wellington Street M'est, Toronto." t La Revue Moderne — Avril 1928 US DE TOUTES NOUVELLES IDEES POUR LES DOIGTS AGILES 215—Motifs en couleur pour usages décoratifs.2 motifs 13 j par 4J pouces, 2 autres 9} par 3} pouces et 6 motifs de 6J par 2J pouces.Ces motifs décoreront tout ce qu'on voudra: petites ou grandes choses.Quel que soit l'endroit où on les place, ce sera tout bénifice pour la beauté.Très simples à exécuter, puisqu'il suffit d'un peu de colle, de vernis et d'habileté.Prix: 50c.217—Dessins de décalque pour petits motifs, à employer sur serviettes, petits centres en toile etc.6 de dix différents motifs de 1} pouce à 2J pouces de haut.On peut se servir de soie à broder en couleur (6 brins) ou bien blanc.On peut même les peindre sur toile ou tout autre chose au choix.Si on ajoute aux serviettes une jolie dentelle ou un point d'ourlet, le fini y gagnera sûrement.Prix: 30c.Bleu ou jaune.218—Dessin de décalque pour deux patrons: "point d'abeille".S verges du dessin "A" en 5 pouces de largeur, puis 2\ verges du dessin "B" 2n 4J pouces.Peuvent servir en rond ou tout droit.Ce genre est très populaire et très facile d'exécution.Une feuille spéciale d'explications accompagnée d'un diagram du travail est comprise avec le patron.Prix: 40c.Bleu ou jaune.220—Dessin de décalque spécial pour la "Nursery", à broder ou à peindre, sur les couvertures, les carpettes etc.On peut exécuter ces motifs au simple point de tige, ou en nœuds français.Feront un joli effet sur des pointes ou des carrés qu'on réunit ensuite pour en faire de jolis petits couvre-pieds.Prix: 30c.Bleu ou jaune.219—Dessins de décalque à peindre sur des mouchoirs, des écharpes, etc.6 dessins différents, chacun en deux grandeurs.Les plus petits mesurent 4} par 5j pouces; et les plus grands, 6 par 8.Ce sont de petites figurines peu banales et fort amusantes.Elles forment d'attrayantes décorations exécutées avec la peinture spéciale pour toile.Des idées pour le mariage des couleurs sont données avec le patron.Prix: 30c.Bleu ou jaune.216—Dessins décoratifs: Motifs en couleur.2 motifs, 6| par 5 pouces, 2 autres 4J par 4, et t> motifs, 3| par 3 pouces.Ces motifs apporteront un intérêt charmant aux chambres de garçons.Ils peuvent aussi être employés avec un bon résultat en n'ini|>orte quel endroit de la maison.Ils demandent si peu d'efforts pour être réussis.Prix: 50c.219 Ce sont des PATRONS BUTTERICK.SI votre marchand local ne peut vous fournir ces pntmns, demandez-le* flirt et—¦< i l'he Kullcrick l'ubllshlnK Company, 4CH Wellington Street Wcsû TorontOw" L a R e v u e Moderne — .4 v r il / a S s (SuiU de le page 35) Madame veuve Hurault à son fils Philippe.Nancy, le 8 août.Tu n'as pas écrit avant-hier dimanche; nous voilà toutes tristes.J'ai calmé et consolé Madelon en lui faisant comprendre que tu es surmené de travail et qu'une lettre en moins représente, pour toi, une demi-heure de sommeil en plus.Car je l'élève à la brochette pour mon fils, cette bonne et charmante fille.Si elle est égoïste, celle-là, ce ne sera pas de ma faute, — ni la tienne.Les meilleurs d'entre vous ont une manière très simple, encore qu'inconsciente, de faire perdre aux femmes l'habitude de l'égoïs-me.C'est d'accaparer pour eux-mêmes cet ustensile de ménage.Mais tu n'en es pas là encore, Dieu merci! L'égoïste est un avare; toi, au contraire, tu es un prodigue, qui te dépenses pour les indifférents.Je n'ai pas en vue, cela va sans dire, la peine que tu te donnes pour remplir tes fonctions.Ce ne serait rien, si ton travail de secrétaire fini, ces gens-là te laissaient tranquille.On te met à toutes les sauces, mon pauvre ami; et je suis trop franche pour ne pas avouer que j'en suis un peu fière, tout au fond de mon cœur maternel.Je n'en suis pas plus fière, cependant, que je n'en suis effrayée pour toi.Ce qui est anormal ne peut produire que des résultats fâcheux.Tu n'as pas quitté ta mère, ta fiancée, ton pays, pour te promener à cheval, endosser des armures, jouer la comédie, et BONNE SANTE RECOUVREE Une Mère de onze enfants loue le Composé Végétal de Lydia E.Pinkham Son intéressante expérience Buckingham, P.Q.—"Je suis mère ants, et mon bébé a 5 mois.Je n'ai Mue 38 ans, et j'ai pris le Composé Végétal de Lydia K.Pinkham pour faiblesses et les nerfs.Ma belle-soeur Mme Ed.Bellefeuille, de Ramsayville m'en avait parlé.Pendant 6 ans, j'ai souffert et tou-,ours prête à pleurer.Je suis maintenant si heureuse de jouir d'une bonne santé.Ma fille, âgée de 18 ans, en a pris aussi et .sera heureuse de le recommander à toutes les jeunes filles."—Mme William Parent, Casier 414, Buckingham, P.Q.Pourquoi souffrir tant d'années de nervosité, maux de dos, et autres, propres aux femmes depuis la jeunesse jusqu'à l'âge moyen, quand le Composé Végétal de Lydia E.Pinkham peut vous soulager ?Dans une récente enquête tarte chez toutes les femmes oui emploient le Composé Végétal de Lvdia E.Pinkham, plus de 250,000 ont répondu, et 98 pour 100 disent qu'elles ont bénéficié de son emploi.Le Secrétaire de Madame la Duchesse tourner la tête des admiratrices d'Octave Feuillet à son beau temps.Et moi, je ne t'ai pas mis au monde pour être un homme du monde.J'ai voulu faire de toi un modeste et un simple.Si tu conquiers un rang au-dessus de ta naissance par le travail et le génie, nul n'en aura, plus que moi, un juste orgueil.Prends garde, au contraire, que c'est ta tournure et ta bonne mine qui te valent tes succès.Prends garde aussi qu'elles vont t'attirer des jalousies.Au milieu de jeunes gens qui se considèrent comme tes supérieurs par la position, et qui le sont à coup sûr par la fortune, je te vois jalousé, attaqué, tourné en moquerie; et tu ne pourras te défendre.Les Clerval te jouent, sans le vouloir et sans le savoir, un bien mauvais tour, mon bon Philippe.Dieu veuille qu'ils ne rendent pas un service plus mauvais encore à Madelon et à moi, qui t'attendons comme notre unique espoir! Cher pigeon voyageur, même si tu reviens avec toutes tes plumes, ne vas-tu pas trouver ta cage bien peu brillante, après les splendeurs de cette volière, peuplée d'oiseaux de riche plumage et de savant ramage ?Pas besoin de te dire que je garde ces craintes pour moi seule.J'assure Madelon, tout au contraire, que tu reviendras affamé de la vie simple et tendre qu'elle te donnera, que je t'ai donnée de mon mieux, après avoir tâché d'en faire goûter la douceur à celui qui n'est plus.Oh! n'oublie pas ton père! Tu m'as conservé sa voix, ses gestes, son visage.Conserve-moi tout de lui, son sens si juste de la vie, son mépris pour le clinquant du monde, son humble attachement à la médiocrité.Il appelait cela: être républicain,-— cela fait sourire aujourd'hui.Es-tu bien sûr que tu es encore républicain dans cette acception élevée, noble, permise ?Et ne trouves-tu pas au moins singulier ce résultat que tu viens d'obtenir: l'argent de ton premier mois passant aux mains d'un tailleur ?Fais attention que ceci n'est pas un blâme du fait lui-même.La seule idée qu'un habitant de Clerval maître ou domestique, pourrait sourire de ta tenue me fait monter la rougeur au front.Oui, certes, il faut soutenir ton rang.Mais je déplore que tu aies un rang à soutenir, et non pas seulement le poids d'un travail à supporter.Je t'écris ces choses, mon cher enfant, parce qu'il est de mon devoir de te les écrire, et aussi pour une autre raison plus douce et non moins sacrée: je t'aime de tout mon cœur, n'ayant plus que toi à aimer.Philippe Hurault à sa mère.Clerval, le 9 août.Votre lettre m'a un peu peiné, chère mère.Venant de toute autre personne, je dirais qu'elle m'a un peu froissé.L'idée fort restreinte que vous semblez avoir de mon bon sens me ramènerait, s'il en était besoin, à la sainte vertu de l'humilité.Soyez sûre que je n'ai pas oublié ce que je suis, ni surtout ce que je ne puis pas être.Je ne m'attendais pas à me voir dans l'obligation de vous parler comme j'ai parlé à la chanoinesse de Pontbre-ton.Je croyais être connu de vous mieux que je ne suis connu d'elle.Evidemment, les bavardages de mes lettres — que je n'ai pas ,1e temps de relire,—ont produit un résultat tout opposé à celui que j'en attendais.Au lieu de vous distraire, ils vous fournissent des arguments de critique et des motifs d'inquiétude.Vous me voyez déjà perdant la tête au milieu des grandeurs, servant de jouet à la moquerie, jusqu'au jour où, le cœur plein d'amertume, je reviendrai, malheureux du contraste, à mon foyer sans luxe, auprès d'une femme vêtue de laine, sans équipage et sans bijoux.Ceci est ma punition pour ne pas vous avoir écrit dimanche.Il est certain que j'ai eu tort, que j'aurais dû vaincre ma fatigue, résister quelques minutes à la tentation du lit, où je suis allé tomber, déjà endormi avant que ma tête eût touché l'oreiller.Je ferai cet effort à l'avenir, coûte que coûte, afin de ne plus m'attirer de réprimande.Je le fais en ce moment car la journée a été rude: quinze personnes nous arrivent demain, et cela m'a donné de la besogne, vous pouvez le croire, sans compter que la duchesse a été de mauvaise humeur.Elle m'a fait souvenir, elle aussi, que je suis poussière et retournerai en poussière.Soyez tranquille: on ne me traite pas toujours en "homme du monde" au château de Clerval.J'avais presque envie de "donner mes huit jours" et de retourner à la saine atmosphère de la famille que, selon votre avis, implicite sinon exprimé, j'aurais mieux fait de ne pas échanger contre l'air enivrant des hautes cimes.C'est pour le coup, ne le pensez-vous pas?qu'on se serait moqué de ma tentative malheureuse! Donc, je reste encore.J'ai un fauteuil (gratuit) au parterre de cette vaste comédie dont le rideau ne tombe jamais, et qui se nomme le grand monde.Je veux en voir un acte ou deux.M'avez-vous trouvé moins satisfait de mon sort les lendemains de ces soirées que je passais au théâtre de Nancy ?Pensez-vous que je regrettais la soie et le velours des princesses, la voix des sirènes ?Etais-je en retard à mon bureau le matin suivant ?S'il vous plaît, chère mère, veuillez croire que jè retournerai à "mon bureau" avec le même détachement d'esprit, quand l'heure sera venue de quitter le curieux et rare spectacle qui m'est offert en ce moment.Ce n'est pas même une épreuve pour ma philosophie; c'est une étude, voilà tout.J'ai la tête solide, j'aime Madelon et je vous aime; ne craignez rien.Je ne ferai pas de folies, même avec mon tailleur.Et si quelqu'un se moque de moi.nous verrons bien.Yvonne de Clerval à son frère.Clerval, le 11 août.La série de.l'"ouverture" est arrivée hier.Le Journal des abrutis, comme lu l'appelles, eu donne déjà la liste ce matin avec — encore bien plus déjà, — le programme sommaire de nos fêtes du mois prochain.Donc, tu en sais aillant que nous, puisque tu es un des "abrutis" de ce journal.Pendant le déjeuner, nous avons eu un grain.Le blond Carissan a mis la conversation sur la chronique citée plus haut, et papa, d'un air radieux, a dit qu'il espérait avoir "une bonne presse".Alors maman a foudroyé Carissan du regard, tout en disant qu'il est insupportable de ne pouvoir éter-nuer sans qu'un imbécile en fasse un article, et que ça sent le parvenu d'une lieue.Le silence a régné dans l'assistance.Papa n'a répondu que par d'imperceptibles mouvements des os maxillaires (j'ai commencé l'anatomie au cours, ce printemps).Puis il a regardé Carissan comme tu me regardes quand nous avons été pinces à faire un mauvais coup ensemble.Evidemment ils sont complices.Daisy Fenton, dont je te parlerai tout à l'heure, a rompu le silence, pour dire de sa voix traînante et de son style exotique que j'aime assez : — Oh! duchesse, nous avons chez nous des expériences de ce genre si terrible! Quelquefois des reporters prétendent qu'ils sont des domestiques, et viennent servir la table pour noter les toilettes et les noms, et même les figures.Dernièrement, après un dîner au "Hol-land", un de ces faux maîtres d'hôtel, tout en m'offrant le plateau des tasses, a désigné ma jupe avec son nez: "Doucet, je soupçonne ?" a-t-il demandé tout bas.J'ai répondu: "Non, Paquin.Deux morceaux de sucre." C'était drôle, n'est-ce pas ?Alors maman a encore plus foudroyé Carissan et a répondu: — Tout à fait drôle pour l'Amérique, peut-être.Il faut croire que votre reporter du "Holland" s'est fait engager dans ma maison.Clerval est à présent comme je l'aime, assez plein pour que je m'y fasse du bon sang à l'occasion, pas assez encore pour qu'on m'envoie chez grand'mère, loin des conversations "au-dessus de mon âge".Cependant on ne me voit plus qu'aux repas, où il m'est impossible de ne pas sentir que je suis une gêne considérable pour tout le monde, notamment pour la nièce du général et pour l'intarissable Carissan qui, à l'autre bout de la table, se disent à demi-voix des choses qui font tordre les voisins.L'Américaine et sa fille (voir la liste) (sont toutes deux mises à ravir et jolies à les embrasser.Je me demande même si la mère n'est pas la plus jolie des deux avec ses cheveux blancs de neige et son teint de lys et de roses, naturel, mon cher; en matière de maquillage, on ne peut pas en imposer à bibi.Elle est veuve; son mari a cassé sa pipe en France.Elle a pieusement ramené la dépouille du défunt à Baltimore.Les ba- La Revue M o d e rne — A vril 1928 Le Secrétaire de Madame la Duchesse teaux n'acceptent pas les cercueils, elle a fourré le pauvre chéri dans l'intérieur d'un piano à queue, et le cadavre a passé comme une lettre à la poste.C'est elle qui nous a raconté cela.Ce matin, avant de commencer mes gammes, j'ai regardé dans mon Erard, de même qu'on regarde sous son lit avant de se coucher, quand on a entendu des histoires de brigands.Madame Le Remouleur, l'autre veuve, a pris un petit air dégoûté au récit de sa collègue.Elle déteste les deux Fenton qui sont, pour ses toilettes et pour sa figure, des rivales sérieuses, mais qui l'enfoncent pour la taille malgré sa saison d'eaux amincissantes.Moi j'aimerais beaucoup causer avec Daisy Fenton; seulement il n'y a pas moyen.Elle a toujours trois ou quatre hommes autour d'elle, plus amusants qu'une gamine de mon espèce.Le chambellan amateur, autrement dit Thorigné, la suit comme son ombre et lui récite l'almanach de Gctha.Encore tout à l'heure, en sortant de table, il a voulu l'épater en lui parlant de la Cour d'Angleterre, comme on parle du palais des fées aux petits enfants.Alors, sans rien dire, elle est allée dans sa chambre et en est revenue avec une photographie la montrant dans son costume de drawing room; car elle a été "présentée".Tout le monde s'est réjoui de la déconfiture du chambellan.La mère Fenton, pendant que la photographie, superbe, faisait le jour de la société, nous a lâché cette confidence: — Oh! c'était un caprice terriblement coûteux! — Une toilette comme celle-là vaut dans les six mille francs, a estimé madame de Besque, d'un air froid et entendu.— Oh! la toilette n'était rien, a soupiré la bonne femme avec un clignement d'yeux.Mais le chaperon!.Alors on a parlé de la noblesse anglaise.Daisy, qui est de ma force sur les gaffes, en a fait une première en disant que la noblesse d'Angleterre est bien supérieure à la nôtre.—- Pourquoi ?a demandé maman.— Parce que, à Londres, si j'étais countess, on me ferait asseoir à table avant une grand'mère non titrée.En France, les titres ne signifient rien.Carissan a protesté avec une galante indignation: — Vous, comtesse! Allons donc! c'est une couronne ducale qui se posera un jour sur cette jolie tête.A quoi Daisy en veine décidément, a répondu par cette deuxième et plus forte gaffe: — Oh! non.Cela coûte trop cher de "supporter" un duc.Tu vois que j'avais raison de dire qu'on ne s'ennuie plus à Clerval.Christine Le Remouleur, qui est une flatteuse de la plus belle espèce, avait la mine scandalisée d'une dévote qui voit un chien entrer dans une église.C'est elle, tout de même, qui a le plus de succès auprès des hommes, sauf un: le beau Philippe.Celui-là, d'ailleurs, semble n'admirer personne et se tient parfaitement à sa place.Ou du moins il voudrait s'y tenir.Mais la nièce du général est tout le temps après lui et tâche de le faire parler.Quant à la superbe Christine, elle se borne à lui couler des regards longs d'une aune, qu'il semble ne pas voir.Ce n'est pas étonnant, puisqu'on dit qu'il est très amoureux d'une jeune fille qu'il doit épouser et qui est d'une beauté extraordinaire.(Il y a encore trop de qui dans ma phrase, mais zut!) Je tiens ces détails de la cousine Pontbreton, qui est la confidente de monsieur Hurault.L'autre jour, elle est venue, et rien qu'à les voir se regarder avec des têtes de complices, j'ai deviné qu'ils manigançaient quelque chose.Naturellement j'ai voulu savoir et ce n'a pas été long.J'ai pris la chanoinesse dans un coin et l'ai confessée.Je lui fait dire tout ce que je veux.Ohl ma chère, si tu savais\ comme chante papa quand une Américaine gaffeuse ne l'a pas mis de mauvaise humeur.Le beau Philippe est allé à Pontbreton; mais c'est un secret d'Etat, paraît-il.Ma curiosité semblait évidemment suspecte.La pauvre cousine, dont le cerveau s'affaiblit, me voyait déjà sur une pente dangereuse.Avec une agitation qui faisait trembler les dentelles de son bonnet, elle a exigé ma promesse de ne pas répéter ce qu'elle allait me dire.J'ai promis, naturellement.Alors elle a pris ma main dans les siennes, puis elle a murmuré à demi-voix: — Nous ne devons jamais nous occuper d'un homme, lorsqu'il appartient à une autre, mon enfant.Ma main a frémi d'un mouvement nerveux.— Quoi! il est marié! ai-je fait d'une voix émue.— Pas encore; mais c'est tout comme.Sa foi est engagée.Il m'a permis de voir le portrait de celle qu'il aime.C'est un ange de beauté et d'innocence.Bref, la cousine m'a tout à fait découragée.Tels sont les renseignements que je me suis procurés et qui complètent ceux que j'avais déjà.De plus en plus je m'intéresse à cette petite et à son fiancé.J'ai dit à la chanoinesse qu'elle peut dormir tranquille après ces révélations.Pauvre bonne vieille! Elle doit avoir eu un Philippe dans sa jeunesse.Mais, tout en la blaguant, je l'aime de tout mon cœur et suis de l'avis de Kathleen qui répète en toute occasion: "She is a lady." Nous avons un jeune ménage que je surveille: les Melmont.Lui, brun, taillé à coups de serpe, assez laid, des joues roses de paysanne et des yeux qui luisent comme braise.Elle, grosse comme deux sous de beurre, plutôt bien, toujours fatiguée.Ils semblent s'adorer; on les surnomme les deux-pigeons.Le fait est que je les ai déjà surpris une fois en flagrant délit de bécotage derrière les massifs, au fond du parc où ils passent des heures entières, assis sur un banc, avec, sur les genfoux, des livres qu'ils ne lisent pas.Ce matin, au déjeuner, la petite madame s'est donnée une indigestion.Elle a dû sortir de table, escortée par son Ludovic.Tout le monde s'est mis à rire dans sa serviette, ce que je trouve plutôt bête.Qu'y a-t-il de drôle à voir quelqu'un s'en aller avec une figure verdâtre, le mouchoir sur les lèvres ?Moi, ça m'a remuée.J'ai senti une sueur froide et j'ai dit à Miss, un peu trop haut : — Je crois que je vais en faire autant.Alors on s'est tordu.L'affreuse Corysandre, ¦— c'est le nom de baptême de cette affreuse Besque, — a crié : — Mon cher duc, voilà un mot de plus pour votre revue.— Oui, a répondu papa.Mais voilà une actrice de moins.Comme si une indigestion durait cinq semaines! Papa exagère toujours.Après-demain dimanche, ouverture.Corysandre et Daisy vont chasser avec ces messieurs.Je sais par les femmes de chambre que la Remouleur avait apporté un costume, mais qu'elle n'ose pas le mettre, sachant qu'elle ne peut pas piger avec Daisy qui est bâtie comme une nymphe des bois.Daisy joue au tennis sans corset, mon cher! J'ai voulu faire comme elle; mais ça n'a pas pris.Maman tient aux baleines.L'Amérique triomphe sur toute la ligne.Voilà une lettre, hein! Je suis en vacances.T'écrire m'amuse un peu plus que mes devoirs de style.Mes qui, mon argot et mes que, peuvent s'épanouir en toute liberté.A bientôt la suite de la chronique clervalienne.Philippe Hurault à Madeleine Cor-meroy.Clerval, le 13 août.Je n'aurai garde, Madelon, de manquer le courrier d'aujourd'hui.Cela me vaudrait une nouvelle réprimande, pour ne pas dire un nouveau réquisitoire.Car c'est un acte d'accusation en règle que j'ai reçu de ma mère l'autre jour: vraiment je n'aurais jamais cru avoir commis tant de crimes et témoigné tant de dispositions funestes.Avec les femmes les meilleures on est pris dans un dilemme.Ou on leur cache ses actions, ce qui est un procédé pénible à leur égard, quand elles méritent notre confiance par leur tendresse.Ou bien on leur conte ses histoires sans rien cacher, sur quoi elles épluchent, retournent, dénaturent, pour y trouver la preuve que nous ne valons pas la corde pour nous pendre.Il est certain que la vie qu'on mène à Clerval ressemble fort peu à celle que nous menons à Nancy.C'est même pour cela que les gens chez qui je suis ont besoin d'un secrétaire.On doit admettre, assurément, qu'ils me traitent beaucoup mieux qu'ils n'y sont obligés.Chacun est libre d'en chercher la raison et d'examiner s'ils ont raison d'agir ainsi.Je quitterai sans la moindre hésitation les Clerval si, en restant chez eux dans une situation par trop supérieure à celle d'un domestique sans livrée, je dois causer des insomnies à toi et à ma mère.A-vant tout, je tiens à être un fils et un fiancé irréprochable.Je suis venu ici avec l'unique désir de ramasser les quelques billets de banque nécessaires pour notre entrée en ménage.Préférez-vous, toi et ma mère, que je rentre à Nancy et que j'attende là un miracle ?Dites un mot: j'obéirai, avec l'agréable perspective de pouvoir enfin dormir.Il est une heure du matin: je tombe de fatigue, mais j'ai vu pour la première fois de ma vie, et probablement pour la dernière, ce que c'est qu'une vraie chasse.Tout s'est terminé sans accident, et c'est cela qui vous intéresse.Demain et les jours suivants, je laisse le duc et ses invités se mettre en campagne sans moi.Mon service me réclame.Ce n'est pas une mince besogne que de loger, nourrir, voiturer, amuser une quinzaine de Parisiens des deux sexes.Nous y parvenons, j'ose le dire, tout en demandant pardon à Dieu et aux hommes de m'amuser un peu trop moi-même, ce qui n'est pas évidemment le rôle pour lequel Dieu m'a mis dans cette vallée de larmes.Je l'oublierai maintenant moins que jamais, après me l'être entendu si bien rappeler.Au revoir, Madelon.Voici deux baisers: un pour toi, un pour "maman".Quoi que vous puissiez en croire, mes pensées restent souvent avec vous deux.Madelon à Philippe.Nancy, le 15 août.Tu es fâché contre nous, chéri; plus fâché que tu ne t'en doutes.Quelle ironie dans ta lettre! Je ne l'ai pas montrée à "maman".Que t'avait-elle donc écrit ?Des reproches ?Mon bien-aimé, je te jure que je n'y suis pour rien.Donc il ne faut pas punir ta pauvre petite par ta sévérité et ta froideur.Ecris-moi encore des lettres comme les premières.Je vais supplier "maman" de ne plus te rendre nerveux.Tant mieux, mille fois, si tu t'amuses! Parle-moi un peu, seulement un peu de ta vie.Je voudrais t'intéresser en te parlant de la mienne.Hélas! tu la connais.Ou plutôt, chéri, tu ne peux savoir combien elle est devenue terne, insipide, depuis ton départ.Il ne tient qu'à toi, avec quelques paroles douces et tendres, de lui redonner un peu de lumière.Sois bon pour ta petite.Je t'aime! Yvonne de Clerval à son frère.Clerval, le 15 août.Jour de fête.J'en profite pour t'envoyer un "devoir de style", Jeannot.Ceux-ci m'amusent plus que les autres.Miss ne les corrige pas avec son crayon bleu.Il y paraît, tu vas dire! Je vois, sans être censée les voir, des choses si drôles que j'éclaterais comme un ballon trop gonflé si je n'avais pas un frère avec qui je peux bavarder à l'aise.D'abord, 46 La Revue Moderne — Avril 1928 avant-hier, nous avons eu la fameuse "ouverture".lTn abbé du petit séminaire est venu dire la messe dans la chapelle, à huit heures du matin.Les chasseurs y assistaient, sans compter les chasseresses: Corysandre et Daisy.Comme je l'avais prédit, madame Le Remouleur avait la migraine.Maman nous a joué sur l'orgue un morceau de sa composition, — et de circonstance, — où l'on entendait le son des trompes, les aboiements des chiens, voire même, a dit Carissan placé derrière moi, les gémissements d'un pauvre rabatteur à qui l'une de ces dames a envoyé du plomb.J'ai cru que l'officiant ne pourrait jamais finir son offertoire, tant il était distrait par cette musique.Il a même oublié le coup d'encensoir féodal aux seigneurs, ce qui a fort mécontenté papa, toujours à cheval sur les traditions.Mais on nous a apporté l'Evangile à baiser, ce qui a paru impressionner vivement le républicain Philippe.Après la messe, toute la bande est partie en voiture pour les tirés de la forêt.N'étant pas forte en description, je te fais grâce des costumes.Daisy, plus nymphe des Iimis que |.un.il-,, montrait un peu ses jambes qui sont charmantes.Corysandre avait sans doute des raisons pour cacher les siennes.Thorigné faisait mal aux yeux, tant il était ciré, nickelé, verni des pieds à la tête.Il paraît que son fusil a coûté deux mille francs.( .iriss.ni portait des espadrilles, un casque indien, un pantalon tout effrangé d'explorateur, et pas de guêtres.Aussi je n'ai pas manqué de lui dire que les vipères grouillent dans les bois.Pour toute réponse il a tiré de son sac une énorme pharmacie de campagne, avec des scalpels pour sacrifier et des seringues pour injections sous-cutanées.— Si l'un de nous succombe, vous avez tout ce qu'il faut pour l'embaumement, a dit Thorigné en pinçant les lèvres.— Ce ne serait pas mon début, a riposté l'autre.Comptez sur moi à l'occasion.Malgré toutes ces plaisanteries, j'ai bien vu que l'histoire des vipères, que je ne rate jamais, a produit son effet, sauf sur Daisy qui a dit qu'elle a chassé dans les "swamps" de la Floride, qui sont pleins de serpents à sonnettes.Monsieur Hurault, en blouse grise et en chapeau de paille, était bien un peu "braconnier".Daisy, qui ne fait attention qu'aux jeunes gens ."éligibles", n'a pu, tout de même, s'empêcher de me dire, dans le dos de celui-ci.— A handsome }ellow\ — Prenez garde, ai-je prévenu.Il parle anglais aussi bien que vous.Moi, à la place de Daisy, je me serais déguisée en homard.Klle n'a pas bronché; c'est le beau Philippe qui a rougi, tout en tâchant d'avoir l'air de n'avoir rien entendu.Evidemment, pour donner de l'aplomb à quelqu'un, Madeleine Cormeroy ne vaut pas Daisy Fen-ton.Les chasseurs sont rentrés ù six heures et demie.Nous étions toutes sur le perron: maman, moi, madame I-c Remouleur, madame Le Secrétaire de Madame la Duchesse de Melmont (qui a eu des rechutes.Quel estomac de papier mâché!) et le mari de cette frêle personne qui ne la quitte pas d'une semelle.Carissan dit que c'est une lune non pas de miel, mais de glu.Il a un peu raison.Ces messieurs, naturellement, n'étaient plus aussi jolis à voir que le matin.Carissan était simplement hideux.Papa et Thorigné, revenus ensemble dans mon tonneau, avaient tourné à la grille des écuries et gagné leurs appartements par la poterne du secrétaire.On ne les a revus qu'au dîner, propres, reposés, éblouissants.Monsieur Hurault a été le roi de la chasse et a fait semblant de n'en être pas plus fier.Madame Le Remouleur l'a félicité chaudement, sans pouvoir en tirer autre chose qu'un grand salut.Elle avait pourtant un tea gown.je ne te dis que ça! Hier on a chassé encore.Papa, est resté à la maison.Monsieur Hurault était retenu par son travail.N'empêche que madame Le Remouleur, à déjeuner, lui a monté le coup de l'armure, et a désiré le voir dans cet affreux costume.Il était facile de deviner que ce pauvre garçon aurait donné vingt francs pour qu'on le laisse tranquille.Mais papa s'est joint aux instances de la veuve.Il a fallu s'exécuter.J'aurais voulu que tu visses (n'oublions pas que ceci est un devoir de style) que tu visses la figure de la Remouleur.—Mon cher duc, a-t-elle dit, arrangeons pour un de ces soirs des tableaux vivants.Nous allons faire, monsieur Hurault et moi, la Force protégeant la Faiblesse.(La faiblesse de Christine, qui pèse dans les cent cinquante! Où c'qu'est mon fusil!) Alors ils ont essayé des poses.Je voyais la belle enfant grelotter comme sous une douche quand le gantelet d'acier se posait sur son épaule.Kathleen, à ce moment, a découvert que l'heure était venue d'aller frotter mes gammes.Les tableaux vivants sont pour demain soir.Mais je serai couchée, naturellement.Je ne le regrette qu'à moitié.Voir ce grand diable de Philippe mené comme un toutou par cette femme prétentieuse et minaudière, plus âgée que lui de quinze ans, cela m'agace.Madeleine Cormeroy, j'en suis sûre, ne serait pas moins agacée si elle pouvait le voir.Je compte, à la première occasion, le faire attraper sur ce sujet par la cousine Zoé.Les vêpres sonnent.Communication terminée.A bientôt.Philippe Hurault à Pierre d'An-douville.Clerval, le 16 août.Ou plutôt le 17, car il est une heure du matin; mais je n'ai pas sommeil.Je commence à comprendre que les gens du grand monde soient capables de vivre sans dormir.Peut-être dort-on seulement parce qu'on s'ennuie.Par la sam-bleu! mon gentilhomme, on ne s'ennuie pas chez nous.Donc, je viens bavarder avec toi.J'ai dû renoncer au journal que j'envoyais à ma mère.Elle ne comprend pas la situation.et ne peut pas la comprendre.Je ne me serais jamais cru si dangereux.La chanoinesse de Pontbreton a peur que je n'enlève une héritière.Ma famille craint qu'une héritière ne m'enlève.Or, l'unique héritière que nous possédons, une beauty, de Baltimore, est précisément la seule qui me traite ici comme on devrait le faire, c'est-à-dire comme le teneur de livres de cette somptueuse auberge.Quand je dis qu'elle est la seule, j'ai tort.Je suis tancé d'importance par la patronne si quelque chose va mal; et tu ne me croirais pas si je te disais que tout va toujours bien, du sous-sol aux combles, dans ce petit royaume où les gendarmes manquent, tandis que les voleurs ne demandent qu'à s'y multiplier.Mais la duchesse, en dehors du travail, me prête à ses invités — et à son mari — comme elle leur prête ses chevaux, ses voitures, ses automobiles, ses costumes, son théâtre et ses lampes électriques.Justement, ce soir, j'ai vu s'ouvrir, ou plutôt s'entr'ouvrir la salle de spectacle qui ressemble, avec plus de propreté et d'élégance, à une salle de casino.Passer une semaine à Clerval sans monter sur les planches était un carême au-dessus des forces de la belle Christine.Nous avons eu des tableaux vivants, pour nous faire prendre patience jusqu'aux calembours de la revue de monsieur le duc.C'était un impromptu, et l'on avait invité seulement quelques voisins, les plus rapprochés et les moins bégueules, pour nous faire un public.Tu devines déjà qu'on m'avait fourré dans mon armure.Je brandissais une colichemarde effroyablement lourde, et tenais à distance les ravisseurs invisibles, tandis que madame Le Remouleur, fort visible celle-là, se cramponnait à moi comme un couvreur surpris par le vent se cramponne à un tuyau de cheminée.A vrai dire, elle ressemblait beaucoup moins à un couvreur que je ne ressemblais, moi, à l'appareil métallique désigné plus haut.Naturellement, on nous a blagués à qui mieux mieux, par jalousie.On a proposé pour notre groupe, des légendes aussi variées que malveillantes.Une certaine baronne Courvoisier (noblesse de Louis XVIII, pouah!) laide et maligne comme un singe, nous a appelés, juste assez haut, Armure et Armature, faisant allusion à la taille visiblement comprimée 'de la belle Christine.Cette baronne Courvoisier, notre voisine de campagne, m'a tout l'air de professer à l'égard des Clerval les sentiments d'un bandit corse à l'égard de la gendarmerie.Que s'est-il passé entre eux, je l'ignore.Mais si jamais le feu prend au château, sois sûr que c'est elle qui aura frotté l'allumette.J'éprouve quelque satisfaction à te dire que bien des hommes à ma place, toi le premier, auraient la tête moins froide que n'est la mienne en ce moment.J'ai tout à la fois l'impertinence de rn'amu-ser et le bon sens de ne pas montrer que je m'amuse.Madame Le Remouleur ne peut se vanter de m'avoir troublé.Quant aux hommes qui sont chez nous, je défie aucun d'eux de faire trois pas avec le harnais d'un chevalier de Charles VII sur leur dis.Je conserve cette opinion dans mon for intérieur, et ne m'occupe guère de ces messieurs, me bornant à leur répondre quand ils me parlent.Toutefois j'ai un ennemi dans le nombre: le vicomte de Girode.Il est tout jeune et semble pressé de faire son chemin.Le Jockey-Club vient de lui ouvrir ses portes; il est grand homme de cheval, grand comédien de salon, grand "fusil" dans les battues à la Rode (ce qui n'empêche pas que je l'ai battu dimanche de cinq perdreaux) et presque aussi grand tueur de femmes, [—¦ métaphore empruntée aux Anglais, — que grand tueur de pigeons à Trouville et à Monte-Carlo.Une seule chose est petite en lui, la taille, d'où il résulte que la vue d'un carabinier de mon espèce lui donne des idées de meurtre.Il fait le siège en règle de Madame Le Remouleur; mais celle-ci, comme tu l'avais annoncé fort justement, vit dans la crainte de Dieu et de la duchesse.Elle occupe l'"appartement de la tour" isolé du reste du château, inaccessible, pour comble de précaution, elle fait coucher sa femme de chambre à côté d'elle, se disant très peureuse la nuit.Pendant le jour, elle rend le grand service d'occuper les hommes et de laisser Daisy Fenton un peu plus accessible aux emprises matrimoniales de Thorigné qui, à vrai dire, me semble avoir peu de chances.Tout à l'heure ils faisaient ensemble Judith et Holopherne, ou — texte corrigé par Carrissan — Judith se payant la tête d'Holopherne.Il paraît que Miss Daisy avait dans les cheveux pour deux cent mille francs de bijoux.Les petits Melmont, pour les appeler par leur désignation ordinaire, ont modestement représenté VAngelus de Millet.J'en passe, et tu vois que tout le monde y passe.L'ensemble forme un contraste plutôt saisissant avec ma vie antérieure et même avec ma vie future, sans parler du contraste avec les châtelaines qui restaient des mois à broder, assises dans ces embrasures profondes de deux toises, les bannières de leurs époux.Moi seul, moi le vilain sorti de la glèbe, je suis dans la note avec mon casque et mes gantelets.Le monde a marché et marchera encore.Nos automobiles feront tordre de rire les fils de nos fils ?.Allons! me voilà en train de philosopher, ce qui est bon signe.Le sang s'est rafraîchi.On va pouvoir dormir, pas longtemps, car la duchesse m'attend à neuf heures, qu'il pleuve ou qu'il vente, avec ses carnets à souche et les échantillons de coquinerie ou de misère apportés par le facteur.Ceci, c'est toutes les époques.(A suivre) Lu Revue Moderne — Avril 1028 Le Sonneur de Garlan 47 (Suite de la page 14) "Dis vite, qucstionna-t-elle.C'est C.apit Qucsscveur qui me demande, n'est-ce pas?" Le gamin, trop essoufflé pour repondre, fit oui de la tête, en secouant sa tignasse crépue.Pendant qu'il dévorait une tartine de pain beurré, Jeanne-Louise s'habilla de ses hardes les plus neuves, comme pour un "pardon".Llle devait à Gapit, lui semblait-il, de se montrer à lui dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa beauté.Quand elle traversa le bourg, les commères qui tricotaient sur les seuils se récrièrent d'arlmiration: "Vous allez donc au bal de Morlaix, Jeanne-Louise, que vous voilà si parée?.Elle, cependant, marchait sans entendre, comme dans un rêve.Parvenue à la chaumière des Quesseveur, elle s'arrêta, défaillante, prise d'une sorte de détresse de toute l'âme, dans l'émotion de cette minute décisive.Mais, avec la mystérieuse divination des malades — et des amoureux, — Gapit avait pressenti son approche.Il appela faiblement: "Jeanne-Louise!." Alors elle entra.Un rayon de soleil, glissé par l'entrebâillement des menus rideaux de percaline qui garnissaient la fenêtre, coupait comme une grande lame d'or la pénombre diffuse du logis.Des flammes roses s'allumaient de-ci delà dans les luisants des vieux meubles.La chanson discrète d'un rouet décelait seule la présence de Gritta au bas-bout de la chambre.Assise près du lit, sur le banc-dossier, où elle avait passé tant de veilles, Jeanne-Louise n'osait lever les yeux sur Gapit.Lui, en revanche, l'enveloppait tout entière du regard profond et doux de ses prunelles pâlies.Et il y avait entre eux un silence plein de choses ineffables, un silence enchanté.Enfin Gapit parla: "Ainsi, murmura-t-il d'une voix si basse qu'on eût dit un souffle, ainsi, c'est vrai, tu consens à être mienne?" (Instinctivement et sans y tâcher, il avait repris avec elle le tutoiement de leur enfance.) Elle répondit, les yeux toujours baissés: "Oui, Gapit." Il respira longuement, puis, après une pause: "Et tu n'auras pas honte de moi, infirme, maléficié.plus maléficié encore, peut-être, qu'avant.la chose?" Elle dit, très ferme, et en le regardant bien en face cette fois: "Non, Gapit.— Eh bien! non, répliqua-t-il, avec une énergie soudaine qui la fit sursauter, non, tu n'auras pas honte de moi, en effet, car, grâce à toi, Jeanne-Louise, grâce à toi, tu m'entends?je serai aussi droit que n'importe quel jeune homme pour conduire ma femme à l'autel." Elle fixa sur lui des yeux inquiets, se demanda s'il ne parlait pas de nouveau dans le délire de la fièvre.Il pénétra son sentiment."Tu crois que je divague, dit-il, ou que je te débite un conte de fées.C'est pourtant la vérité vraie.Je sens bien que, depuis.l'accident, mon corps n'est plu?le même.Je suis comme si l'on m'avait mis des ressorts tout neufs, à la place des autres qui étaient cassés.Tiens, pas plus tard que cette nuit, pendant que ma mère s'était laissée aller au sommeil, je me suis campé tout debout sur le banc où te voilà.J'avais les reins aussi élastiques que ceux d'un jeune poulain.N'eût été la faiblesse, j'aurais été capable de bondir jusqu'au Kergoz.Je te le dis: parce que j'ai essayé de mourir à cause de toi, mon mal est parti du coup.Regarde plutôt!" D'un mouvement brusque, et sans effort aucun, il s'était dressé sur son séant.Elle demeurait devant lui, les mains jointes, muette, pétrifiée.Il dit, avec l'accent d'une tendresse ardente: "Tu as fait ce miracle, ô ma douce! — Il n'y a de miracles que de la part de Dieu!" lança du dehors, par la porte ouverte, une voix semi-joviale, semi-cour-roucée.C'était messire Guéguen qui, à l'issue de sa messe basse, servie par Dorik Mélégan, venait savoir des nouvelles du sonneur et s'offrir le malin plaisir de surprendre en tête-à-tête les deux fiancés.Au prône du dimanche suivant, qui était le dimanche d'avant la Pentecôte, les gens de Garlan furent officiellement avertis qu"'il y avait promesse de mariage entre Agapit Quesseveur, du bourg, et Jeanne-Louise Mével, de la tenue du Kergoz"."Les personnes qui connaîtraient quelque empêchement à cette union, prononça le recteur, selon la formule sacramentelle, sont dans l'obligation de nous la révéler, sous peine d'encourir les foudres de l'Eglise." Il ne se trouva pas d'empêchement valable, paraît-il, car c'est de la bouche du propre fils de Jeanne-Louise Mével et d'Agapit Quesseveur qu'ont été recueillis les détails de cette véridique histoire.Anatole LE BRAZ."Quelques souvenirs en marge de Blasco Ibanez" Un grand travailleur Blasco Ibanez écrivait ses œuvres avec une rapidité étonnante; certaines sont nées en trente jours.Il avait en horreur la recherche; il sacrifiait tout à l'action.Il ne voulait pas que ses lecteurs fussent arrêtés par une construction bizarre ou un mot précieux.— L'unique secret de mon succès ?disait-il: me faire oublier! * * * Blasco Ibanez et Victor Hugo Un beau mot de Blasco Ibanez et qui plaira à M.Paul Souday, hugophile passionné.C'était en pleine guerre.Le grand écrivain espagnol travaillait pour la cause des Alliés, tenant au jour le jour son Histoire de la guerre, faisant < onférence sur conférence, un tract iprès l'autre, multipliant les articles dans les journaux hispano-iméricains, fournissant un labeur luotidien si considérable qu'une mit, comme il veillait encore, la plume tomba de ses doigts crispés par la fièvre.Il était à bout.L'article cependant qu'il écrivait lui avait été demande par un journal des Etats-Unis jusqu'ici assez fermé aux efforts des Alliés.Une larme douloureuse roula sur la face tirée de Blasco, mais il eut un suprême sursaut et reprenant la plume: — C'est pour la France, fit-il, c'est pour Victor Hugo! Oubli Lorsqu'il avait achevé d'écrire un ouvrage, il ne s'intéressait plus à lui; bien mieux, il l'oubliait.Lisant un jour un livre sur Saint François d'Assise, il fut frappé par une citation qu'il crut avoir déjà lue, mais où ?il n'en savait rien.Il fut profondément étonné d'apprendre, par la lecture d'une note, qu'il avait écrit lui-même cette phrase dans son recueil Au pays de l'art.KOTGX 4 Raisons qui font dire au Médecin: "Employez Kotex" les serviettes sanitaires scientifiques J Sûres pour la santé.Les serviettes préparées à la maison sont souvent cause de maladie.2 Confortables — Souples — S'ajustent parfaitement (De forme scientifique).^ L'on en dispose facilement—jetez-les simplement comme vous feriez d'un papier de toilette.A Kotex déodorise tout en agissant, élimi-nant ainsi toute crainte d'incommoder.Procurez-vous les serviettes sanitaires Kotex dans tout bon magasin à rayons ou pharmacie.K O T e X Serviettes Sanitaires iUvimts ^ Deux Grandcuri: Kotex R-'aulir r et Kotex-Super; 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une seule collerette, en forme, est montée sur un petit empiècement; le bas du manteau est droit fil.Dans la figurine, ces manteaux comportent des manches;|onjpeut tout aussi bienjles faire sans manches, ce qui simplifie le montage; si toutefois, l'on désire en mettre, celles-ci sont simplement terminées par un petit poignet droit, monté sur un jour échelle, et sans broderie.Le bas du manteau lui-même est orné d'un ourlet à jour.L'unique collerette, a 15 pouces environ de longueur.De petites fleurs sont brodées au plumetis les courants sont au cordonnet.Les petits bonnets, et les châles sont traités de la même manière.Ces manteaux peuvent avoir 27 pouces ou 30 pouces de longueur suivant les goûts; il n'y a pas de mode absolue.Ces mêmes modèles peuvent aussi être faits sur cachemire; dans ce cas, on peut supprimer l'ourlet à jour du bas, plus minutieux à faire dans ce tissu, où les fils se tirent difficilement.Le troisième, plus long et compliqué, comporte une bordure au richelieu; il sera (ait sur crêpe plat, et tout le travail à jour sera fait au point de cordonnet.De préférence, pour la collerette, on travaillera ensemble le manteau et la doublure, afin de garder l'effet complètement ajouré.A moins que l'on ne préfère une fantaisie très gracieuse, que l'on trouve quelquefois dans les modèles importés, et qui consiste à doubler le manteau de rose très pâle, ressortant en transparent, sous les parties ajourées.Les numéros suivants présentent aussi un peu de travail ajouré; les motifs sont de grosseur moyenne, ce qui les met a portée de toutes les capacités; ils sont à la fois délicats et décoratifs.Pour les personnes qui n'auraient à disposer que de peu de temps, nous recommandons en particulier le no 32SO, avec son très joli motif de liserons; le cœur de la fleur est à jour; les bords de la corolle sont brodés pleins; tout le reste de la broderie est au point de tige très fin; motif relativement vite fait, et d'un aspect très gTacieux.Ces modèles seront aussi jolis sur cachemire ou sur crêpe.Enfin, dans les modèles plus courants, ce qui ne veut pas dire qu'ils soient moins jolis, voici des lys symboliques, d'un effet extrêmement décoratif.Les pétales sont contournés au point de tige, avec un peu de plumetis pour accentuer, les étamines sont formées par un petit pois au plumetis.Les feuilles sont demi-pleines, ainsi que les boutons.Le feston, bien que délicat, est d'une exécution rapide et son effet est des mieux réussis.Si l'on nous demande les tissus les plus employés pour les trousseaux de baptême, c'est comme par le passé, le cachemire français qui garde toutes les préférences.On fait aussi pas mal de crêpe plat.Quelques personnes emploient la faille française, un peu plus difficile à travailler, et qui demande un modèle pas trop délicat, mais très riche d'aspect.On compte généralement une hauteur de tissu pour le bas du manteau, sauf pour la faille, qui, plus étroite, demande une largeur et demie.Pour les quatre morceaux, manteau, bonnet, châle et kimono, on compte généralement 3 verges de tissu en 40 ou 42 pouces.Si le tissu a moins de 40 pouces, il faut compter 30 pouces de plus pour le bas du manteau.Nous sommes comme toujours à la disposition de nos lectrices pour les renseignements dont elles pourraient avoir besoin.Le coupon de la Revue leur assure toujours le meilleur service et les meilleurs prix.MADAME RAOUL VENNAT.Travaux féminins de La Revue Moderne Veuillez trouver ci-inclus le montant de.pour le modèle No.Adresse.Veuille» présenter ce coupon avec chaque achat a la Maison RAOUL VENNAT 3770, rue St-Denis, Mon tu., I.\> \ HISSII sicnlil.: -le 1 i.pln Hlanc du Nord" et veut dire aussi pour les Canadiens: "Un Coton de qualité supérieure produit au pays et l'équivalent des meilleures lignes tenant de l'étranger." La Cle WABASSO fabrique des Batistes, Madapolams, Shirtings, Nansouks, Cotons pour Lingerie, Voiles, Cotons à Draps de Lits Cotons Circulaires, etc., etc.; et depuis une année, a mis sur le marché, des Krnadcloths, des Toiles des Quadrillés à lingerie, etc., dans les couleurs pastels telle» que trente, Rose, Ciel, Mauve, Mais Nil, Pèche, Corail, etc.etc."Bon comme l'Or*' " Blanc comme la "wabasso" est au coton ce Neige " que "sterling" est a l'argent : "W A B A S S 0 " LA MARQUE DE QUALITE-The Wabasso Cotton Company, Limited TROIS-RIVIERES, QUE. 50 La Revue Moderne — Avril 1 n 2 8 CLAIRE DES OMBRES—Votre nom aussi est évocateur, et pour moi surtout qui n'aime que les ombres claires, ou les clairs obscurs.L'entre chien et loup a toujours fait trembler mon cœur d'une sourde appréhension, l'approche de la nuit m'était un cauchemar lorsque j'étais enfant, j'aurais voulu d'un crépuscule que l'aurore seule eut chassé, j'enviais la puissance de Josué, j'aurais voulu immobiliser l'astre des astres, ou encore, arrêter le geste des mains qui allumaient les lampes.Un petit fils que j'adore avait aussi cette pensée: "Ne fais pas la lumière intérieure, < ¦rand'maman, tu vas faire venir la nuit".me disait-il, alors qu'il était tout petit.Votre Pseudo chassera la nuit, et nous verrons toutes deux très clair en nous, Bovril fait souvent plus de bien qu'un repas complet LE COURRIER DU MOIS Par ROSEMONDE J Ce sont des FÈVES AU LARD HIRONDELLE CATELLI nii-v au four, délicieusement savoureuses ussi délicieuses que MACARONI HIRONDELLE CATELLI HIRONDELLE notre amitié en deviendra plus sincère, et je prévois des heures charmantes.Les impulsions de votre plume nous transporteront dans un jardin enchanteur, où les ombres du feuillage auront de belles échappées de lumière.Tout ce que vous dites de notre Revue Moderne est bien fait pour nous plaire, et Rosemonde, la toute première, à qui vous êtes venue si gentiment, veut vous en remercier de toute son âme.Les départs ont en effet quelque chose de triste, ils doivent être enfants de la nuit, et quelque soit l'être cher dont on pleure la disparition, il faut que la vie reprenne ses droits.et la vie continue.Comme vous me dites gentiment des rhoses gentilles, ma modestie, qui n'est pas trop grande, va sûrement s'en effaroucher.Je sens toute la bonté qu'il y a au fond de tout cela, et mon cœur en remercie le vôtre.Le vent méchant qui soufflait à votre fenêtre, s'est changé en une brise très douce qui a frôlé mon cœur, votre plume est une "FEE".Je bénis l'étoile sous laquelle vous êtes née, et surtout celle qui vous a gardée jusqu'à ce jour, pour le bénéfice de notre toute neuvejamitié.ROSELYNE.—Les invités de la onzième heure sont accueillis avec le même sourire que ceux de la première, n'en doutez pas, fidèle amie du Courrier de notre Revue.Vos ambitions ne sont pas trop élevées, ma jeune amie, mon amitié vous était acquise, peut-être même, avant votre venue.On vous espérait, et dans l'infini, quelques ondes propices ont relié nos âmes, sans doute parce qu'elles étaient sœurs.11 m'est très difficile de répondre à quelques unes de vos questions dans ce courrier, ce serait un peu long; si vous y tenez vraiment, envoyez moi une enveloppe adressée et affranchie, et je vous ferai tenir les renseignements que vous sollicitez.Je respire avec joie le parfum de la gerbe fleurie que vous m'offrez si gracieusement, et j'en apprécie le don, plus que je ne sais vous le dire, c'est je crois le plus efficace des stimulants.Ne laissez pas se faner ces belles fleurs d'amitié, revenez souvent leur verser au courrier, une rosée bienfaisante.Venez du joli sourire de votre amitié me faciliter la tâche que j'ai accepté de remplir."HUGUETTE |D'ORIENT'\—Comme c'est gentil à vous de m'offrir ainsi la primeur de votre amitié, une ancienne abonnée, qui pour la première fois s'adres- Les Produits "MEADOW SWEET" SONT TOUJOURS DE SAISON Garnitures de Tartes 'Pie Fillings' Les ménagères connaissent et aiment ces garnitures de tartes parce qu'elles savent qu'elles leurs permettent de faire en peu de temps des tartes délicieuses.Une boîte de 4 once^ suffit pour faire quatre tartes, sans employer ni beurre ni oeufs.Le mode d'emploi est indiqué sur chaque boite.Aux Oranges, au Citron, aux Ananas, aux Framboises, aux Cerises.MEFIEZ-VOUS DES IMITATIONS Beurre d'Arachides "MeadowSweet" (Peanut Butter) si estimé et si utile dans un ménage.Beurre de Sucre (à l'érable, au coco, au chocolat, etc.) — Blanc-Manger (chocolat, vanille, etc.) — Crème Brûlée avec Amandes.— Sirop de Table.— Patates Frites (Saratoga Chips).— Moutarde.— Gelée en Poudre, Etc.MFG.CO.LIMITED MONTREAL MEADOW SWEET CHEESE ,112 OUEST, RUE NOTRE-DAME TELEPHONE: MAIN 2796 se au Courrier, y est deux fois la bienvenue.Votre intuition ne vous a pas trompée; c'est le premier titre qui me convient et comme il renferme beaucoup d'autres titres infiniment doux dans leurs prérogatives, il se fait accueillant et attirant pour tous.Mais oui, la vie est belle et bonne, elle*ne demande, pour s'épanouir en beauté, que votre confiance juvénile; si elle se fait parfois décevante, elle porte en elle le remède à ses maux.Elle a des heures pures, d'amitié et d'amour, et l'humanité est bien mtilleure qu'on ne le croit, ou plutôt que certains pessimistes ne le veulent croire.A votre question, elle est fort délicate, mais je vous dis toute ma pensée: Cet homme, tout en subissant un entraînement momentané, peut être très propre et très chaste.J'ai plus de frayeur du cas No "2", car, partie la raison, partie, la force de réaction.Seulement, ici, on peut se trouver dans un cercle vicieux.Est-ce la première faiblesse qui pousse à la seconde, ou la seconde qui conduit à la première?Il faudrait une connaissance approfondie du sujet, mais si comme vous le dites, le cœur est bon, rien n'est perdu, il suffirait du délicat doigté d'une femme aimée pour remettre dans la bonne voie cette âme momentanément égarée; si vous êtes au nombre de ses amis, que n'essayez-vous discrètement et avec tact, d'être son bon génie.La tâche est belle, ne vous tente-telle pas?Toute l'affection dont vous manifestez le désir, vous est spontanément acquise, et il y entre même de la tendresse."FRAGILE".—Entrez tout de suite, gracieuse statuette, qu'on ne se propose pas de traiter en bibelot d'étagère; vous serez la porcelaine de prix sur laquelle se poseront avec complaisance, nos yeux fatigués, nous vous sourirons et nous parlerons à l'âme qui vous anime, car, il n'est pas d'objets inanimés vraiment; tout ce qui nous entoure possède une âme qu'on devine, et la vôtre dans sa fragilité me plait par dessus tout.Je vous vois d'abord en petite "Bergère" toute baignée de lumière, minaudant un peu avec le berger qui vous menace de sa houlette.petite coquette, et voilà que le tableau change et que je vous retrouve en robe à paniers, perruque poudrée, dans une révérence, animée de toute la grâce du XVIIle siècle.Vous me demandez avec tant de délicatesse: "Aimez-moi, voulez-vous?" que vous en êtes irrésistible, et que déjà tant je vous aime que j'en suis moi-même étonnée; vous avez des mots qui vous ressemblent dans leur grâce fragile, et on se sent attiré près de vous en un geste protecteur.On vous a tout de suite placée à portée des yeux et de la main, dans un coin tout baigné de soleil, il est vôtre exclusivement, surtout n'allez pas le déserter, on en aurait déjà un gros chagrin; car comme vous, déjà l'on vous aime.Ne vous semble-t-il pas qu'en cette saison, où tout chante la joie de vivre, votre envoi ne serait pas à sa place, que penseriez-vous, si on attendait l'automne ?.dites sincèrement ce que vous en pensez?.Voulez-vous que je vous le renvoie et vous me le feriez parvenir de nouveau les premiers jours d'octobre.Novembre, il me semble, serait tout désigné pour l'accueillir, puis d'ici là je pense que vous pourriez le revoir encore, et si vous décidez d'en refaire une toilette nouvelle, bien que tel qu'aujourd'hui vous savez je le trouve très intéressant.surtout les deux derniers tiers, et je vous en félicite sincèrement.Nous le metterons alors en pleine lumière, les coins d'ombre ne seront pas pour lui.Revenez-moi bientôt, petite Chose fragile et précieuse, qu'on ne cessera d'espérer.LEVRES CLOSES.—Oh.la belle éloquence des "lèvres closes".sur lesquels on devine des mots charmeurs, des mots grisants.Toutes les plumes se sont unies au courrier, pour me souhaiter une bienvenue qui me fait chaud au cœur, j'ai |K»ur vous et pour toutes une pensée affectueuse et reconnaissante.Votre appel muet a trouvé en moi son écho, que vos lettres se fassent nombreuses ainsi que vos sourires.Vous dites: "De quelles jolies réponses, je rêve".Permettez-moi de vous adresser unesupplique— ne me placez pas sur un piedsetal ?.si votre idole allait avoir des pieds d'argile.Ne voyez en moi qu'un cœur de femme qui répond à d'autres cœurs de femme et qui donne le meilleur de lui-même à qui l'en prie.Votre vieux Québec m'est cher.Je l'ai parcouru quelques fois, alors que j'y visitais des amis ou des parents.Je garde dans un coin de la mémoire de mon cœur, le souvenir très doux d'une émotion pure, alors que me fut accordée une grâce sollicitée dans votre vieux temple de Notre-Dame des Victoires.J'aime aussi vos vieilles "portes" et j'en verrais avec plaisir à notre Métropole, il est vrai que chaque ville a son cachet propre, mais la vôtre renferme des souvenirs qui font battre un cœur français.Dites-m'en les beautés qui vous sont familières et que sans doute j ignore, parce que dans des visites trop courtes, et où il faut faire la part de l'amitié, elles m'auront échappées.Instruisez-moi, pour que je m'y reconnaisse lors d'un autre voyage, ce sera charmant de voir par vos yeux.Aimante petite fille au silence si fécond, je me sens fort capable de vous aimer et de vous attendre avec une impatience.Voulez-vous vous le rappeler ?GRILLON.—De par delà les mers, vous m'arrivez aussi, comme mon criquet Laurentien, descendu de ses montagnes, pour m'apporter avec la bienvenue, un grand bonheur.Un Grillon doit être ce me semble cousin germain d'un criquet; n'ont-ils pas la même ascendance?.ce qui leur donne un petit air de famille, et leurs chansons à tous les deux, feront la gaieté du Courrier, et y garderont l'harmonie.Ne vous inquiétez pas de l'ingratitude de la tâche acceptée, comme vous je la crois noble et belle et je me refuse à la penser ingrate.J'ai un bel optimisme qui devra gagner tout le Courrier; et puis rien ne m'effraie, on m'accueille avec des sourires, on me dit des choses charmantes, il faudra bien que je m'efforce de les mériter?.S'il ne faut que beaucoup de cœur, de sympathie et de la bonne volonté, j'y arriverai peut-être?.Si j'ai su vous attirer toutes, il m'est bien permis de me payer la douce illusion d'apprendre à vous retenir.J'aime l'humanité, je ne vois pas de plus belle doctrine que celle qui veut que tous les hommes soient frères.et toutes les misères morales ont leur écho dans mon âme, je voudrais d'une caresse ou d'un sourire sécher toutes les larmes.Puis comme vous, j'aime les gens d'esprit, là, perce un peu d'égoisme, les bons mots font ma joie, l'humour, l'esprit gaulois, voilà un bon assaisonnement de la vie n'est ce pas?.Pour vous, petite compatriote, en exil au pays des brouillards, je voudrais au Courrier de jolies fusées de rire, pour vous remercier d'y être venue de si loin, si loin, me souhaiter une si aimable bienvenue.Amie lointaine et déjà si près de mon cœur, je vous quitte dans une promesse d'amitié durable.Cela vous plait-il ?LA VERITE.—Il ne faut pas avoir peur de la dire, ça rend quelques fois service à une administration: certains remaniements font qu'on tâtonne un peu, et je suis persuadée que les Directeurs n'ont pas d'autres ambitions que de plaire à leurs lecteurs et à leurs lectrices, d'ailleurs, il est dit au livre des Evangiles: "Demandez et vous recevrez".Ecrivez à l'administration, dites ce qui vous plait, et surtout ce qui vous déplait, faites même des suggestions, je suis prête à affirmer qu'elles seront bien accueillies; il ne faut pas être apathique et garder pour soi, faute d'initiative tout ce qu'on pense; on est plus satisfait, si on choisit dans le menu qu'on nous présente, le plat qu'on préfère.Ne dites pas que le mauvais, ne sortez pas la vérité de son puits sans l'en-mailloter un peu.Essayez.et vous m'en direz des nouvelles.Souhaitons aussi que d'autres suivent votre exemple, pour le plus grand bien de notre public et l'avenir de notre chère Revue.Amical bonjour, et surtout adressez-vous à notre Administration.TONTON DEAR.—Et ce bras?.comment se conduit-il?.la glace lui a été dure et ce n'est pas elle qui s'est rompue.L'Aumônier s'est tout de même fait remplacer par une bien gentille aumônière, mais c'est toujours à lui que revient la délicate attention suggérée par la mémoire des dates.Une bête de maladie m'a clouée au lit ces dernières semaines, et ce La Revue Moderne — Avril 10 2 8 Le Courrier du Mois (suite) ut sérieux, alors j'ai dû, bien malgré moi, négliger un peu les vieilles amitiés, pour arriver à dire un mot en temps, à toutes les nouvelles qui s'offrent si spontanément.Gomme le geste de l'absolution vous est familier, et que je vous sais inca-pafolc d'imposer une pénitence bien sévère; je suis sans peur, me sentant, d'autre part, sans reproche.A bientôt, dans une longue épitre, m.lis je veux vous dire I¦ oïl de suite, ici, que je vous garde toujours le meilleur de mon affection.P'TITE ANNE.—Ma fille d'adoption trouvera ici le mot affectueux que je brûle de lui dire depuis que le Courrier de France m'apportait de ses chères nouvelles.Avouons qu'elle ne m'a pas gâtée, et que même le premier de l'an fut muet.Je veux croire qu'il était de la famille des silences qui disent plus que les paroles.On m'a remis l'Etude graphologique faite par un graphologue français et qui m'a fort intéressée, car elle te peint bien; je vais suivant ton désir confier ta dernière lettre au Graphologue de la Revue Moderne, et ce sera amusant de comparer.Quelle surprise pour toi de me retrouver au Courrier de la Revue-?.On ne sait jamais ce que renferme pour nous l'avenir, mais ce que l'on sait, c'est que le passé et le présent sont une garantie de la force de notre amitié dans l'avenir.Mille tendresses à distribuer autour de toi.Oh, sais-tu qu'il y a un huitième péché capital ?.Je te le donne en mille.Voilà: "la négligence".CRIQUET LAURENTIEN-r-Vous êtes enchanté de mon accueil, et de l'ap-lation pleine de promesses que je vous ai trouvée?.Je crois vraiment que j'ai déjà ressenti les effets de votre chant si doux.si doux, et que je suis la première à qui il aura porté bonheur; car depuis notre dernière causerie, j'eus cet ennui de faire une terrible angine de gorge et votre chanson douce et harmonieuse fut une charmante distraction à mes maux.Je serai à l'avenir une fervente croyante des avantages de la musicothérapie.Je ferai tous mes efforts pour garder à mon foyer ce cher "Criquet Porte-bonheur".Il fait bon, voir l'attachement des Lectrices de la Revue à leur courrier, lequel je souhaite faire aussi intéressant et hospitalier que possible.Je ne désire rien tant, que les Courriéristes se sentent ici, chez eux, et que ce domaine soit pour chacun et chacune, suivant ses goûts: le véritable foyer où l'on prise la vie familiale, ou encore, le coin de boudoir où l'on cause, sous la lumière tamisée des lampes, ou le jardin aux sentiers fleuris où l'on se grise de parfums et d'harmonies.Je veux être le cœur où l'on endort ses chagrins, je veux surtout qu'on s'y sente aimé et protégé.La grande épreuve que vient de subir votre amitié m'a sûrement émue; dois-je comprendre qu'il s'agit du grand départ ?.ou seulement d'un éloignement ?Dans le premier cas, joli Criquet, la prière est un bien doux trait-d'union, dans le second: la correspondance est un bien doux lien.La plume, quelques fois, traduit mieux les âmes que les paroles, et les sentiments ne perdent rien de leur sincérité, parce qu'ils ne passent pas par les lèvres, Une lettre est un cher portrait; d'ailleurs, Madame Desbordes-Valmore l'a joliment exprimé dans ce vers: "Une chère écriture est un portrait vivant".Si le départ fut le dernier pas à franchir, il faut chercher dans son cœur des pensées consolantes, et dans ce cas essayer de ne penser qu'aux vicissitudes épargnées à la chère disparue.Oublier son moi, et tout en la pleurant, car Dieu ne défend pas les larmes, se réjouir de la grande paix qui vient de lui être accordée.Voyez comme la vie est bonne, puisqu'elle a pris soin de mettre à votre disposition tant de moyens de vous distraire de votre chagrin: la musique, les livres, ces précieux amis, la peinture, la broderie.Tant d'aptitudes réunies sont faites pour combler le vide de la vie d'un si gracieux Criquet.Voyez comme je me suis attardée avec vous, et jugez combien votre chagrin a retenu mon cœur?.Revenez-moi, sans crainte, ma pensée vous suit.AIME-A.—Cette belle œuvre du Refuge de la Merci a trouvé un écho dans votre cœur, et vous voudriez plus de détails; ie vous en procurerai dans mon prochain 1 ourrier, elle est des plus intéressantes et due uniquement à une initiative privée, des amis m'ont affirmé qu'on allait ajouter bientôt à cette œuvre une autre œuvre de philantropic admirable; il s'agirait, si j'ai bien compris, d'apprendre aux infirmes, pauvres, et dont les parents ne s'occupent guère, précisément à cause de leur incapacité partielle, de leur apprendre, dis-je un métier compatible avec leurs aptitudes, et de leur donner par ce fait une sorte d'indépendance relative.Est-ce assez beau cette pensée ?Parlez-en autour de vous, et si vous désirez plus de renseignements, et si d'autres au Courrier se sentent émues comme vous, adressez-moi toutes des enveloppes affranchies et nous vous donnerons plus de détails.RACHEL.—Je reçois à l'instant votre jolie lettre, et voilà qu'on me presse pour le Courrier; je ne déserterai tout de même pas, sans vous dire ma chaude sympathie, et que vous avez deviné juste, je vous connaissais pour vous avoir lue, et peut-être un peu plus.voilà qui va piquer votre curiosité, petite fille d'Eve au grand cœur.A propos, la radiographie a fait de nos cœurs deux frères, voilà de quoi nouer entre nous un autre lien de sympathie.Mais oui le Printemps est en chemin, il apporte la résurrection, vous verrez, petite amie chère, tout recommence, la chanson des nids, la sève nouvelle, les jeunes pousses, nous aurons encore le parfum prenant qui monte de la terre pour nous inviter à chanter la vie.J'aurai, moi, en plus le parfum de toutes les amitiés qui me sont venues si vite.si vite.que j'en suis émerveillée au point que je crois à un beau rêve.Par grâce ne m'en éveillez pas.Rappelez, moi au bon souvenir de votre chère Maman, et prouvez-moi que mon accueil vous est doux, en me revenant souvent.ROSEMONDE.Etudes Graphologiques ETUDES GRAPHOLOGIQUES:— Trois ou quatre paires d'écriture courante, à l'encre, sur papier non rayé, pas de copie, la lettre, tout simplement.Cinquante sons par "mandat-poste", plus une enveloppe adressée et affranchie, si on désire conserver le manuscrit.Etudes particulier es adressées directement, $1.00, plus l'enveloppe adressée et affranchie.Le Courrier Graphologique est fermé le 15 du mois courant pour l'édition du mois suivant.Adresser: "Pierre I.umen", Courrier Graphologique.La Revue Moderne, les Notre-Dame Est, Montréal.MAGDA.— Imaginative, impressionnable, très délicatement sensible; elle est à la merci de bien des illusions sur elle-même et sur les autres.Très bonne (je ne dis pas douce) tendre, généreuse, dévouée, loyale et sincère.Humeur variable, comme la volonté qui est tour à tour impulsive, ardente, active, à la fois résolue et obstinée, faite pour l'action et la résistance.Ma scriptrice a souvent une volonté à contradiction et en plus, une belle indépendance; de sorte qu'elle veut rarement ce que veulent ceux qui l'entourent.Tout cela ne l'empêche pas d'avoir assez de souplesse pour subir les fortes influences.Elle tient à ses idées qui sont fort personnelles et les défend avec ténacité, parfois jusqu'à l'agressivité.Sa grande im-pressionnabilité fait qu'elle sent profondément les froissements, en a plus de peine que de colère, car étant sans orgueil, elle n est nullement susceptible; mais étant tout cœur et tout sentiment elle est facilement blessée.Entrain, gaieté, avec des heures de mélancolie où elle se sent péniblement déprimée.Intelligente, spirituelle, cultivée.Idéalité, ouverture d'âme, franchise, amabilité, complaisance.Raison, logique, ce qui ne l'empêche pas d'aimer l'imprévu et la fantaisie, .fine mouche.un brin coquette aussi, mais plus sérieuse qu'elle ne le parait en réalité.DESENCHANTEE—Orgueil?.toute la gamme.unie à un égoisme combatif et aigu.Cette scriptrice ne veut pas qu'on l'embête et prendra tous les moyens pour qu'on ne trouble pas l'eau où elle se désaltère.Que de prétentions.Défend ses droits ou ce qu'elle croit être ses droits avec âpreté, agressivité, et ténacité.Contradiction.Elle se trompe sur elle-même, et si elle est autoritaire, comme elle le croit, quand l'orgueil et le sentiment personnel ne sont pas en jeu, elle est capable d'une belle patience.Sa volonté joue de toutes les cordes: tantôt vive, résolue, forte, despote, tantôt résistante et patiente.Esprit d'entreprise, activité physique et cérébrale.Logique, quand elle prend le temps de comparer.elle l'oublie souvent.Matérialiste plus qu'idéaliste.La sensibilité n'est pas profonde et est due à l'imagination, créatrice de rêves et d'illusions souvent hélas nuisibles au jugement.On manque de simplicité, on aime à tenir le premier rôle: "Le premier dans une bicoque, plutôt que le second dans Rome?."Bonne opinion de soi.Loyale, droite mais un peu fermée.Très très ambitieuse, c'est étrange, défauts et qualités sont outrés, avec elle, pas de demi mesures.On est entière.Mais on empiète sur l'espace.il faut s'arrêter: personnalité plus intéressante que franchement, aimable et bienveillante.YVOGER.—Impressionnable et d'une sensibilité, extrême.II n'a aucune volonté, peu d'ordre, et très dépensier.Le jugement, la tête sont tous deux dominés par l'imagination et le cœur qui le portent à des exagérations de sensibilité.Beaucoup de cœur, il en a même de trop, c'est un sentimental il l'est autant qu'une toute jeune fille: en réalité, sa sensibilité est un peu maladive.Il manque à la fois de force morale et physique.La volonté est à peu près absente et le peu qu'on y voit n'est que de la résistance passive: une sorte de force d'inertie.Il est très démonstratif et par conséquent franc et sincère.Très bon aussi puisqu'il est faible, et je ne lui vois comme mouvement énergique que le désir d'acquérir, mais du désir à la réalisation.L'n grand sens du droit et de la justice, beaucoup de dévouement, pas le moins du monde égoiste, un peu vaniteux, plutôt coquet, ayant le désir de plaire avec celui d'être aimé, (un caractère de demoiselle).Très très tendre, d'une tendresse quasi immatérielle; le cœur est d'une susceptibilité maladive.Si la tête pouvait réagir, on pourrait avoir un être actif et énergique et qui aurait de la valeur car il a l'esprit lucide et cherche en tout et partout la lumière.Il se resaisit 51 quelques fois.mais si peu.Cultivons notre volonté.MIENNE.—Ce graphisme si simple, si dénué de fioritures, dit bien la nature spontanée, naturelle, active, modeste, sans aucune vanité de cette scriptrice.Loyale, droite, sincère, mais discrète et réservée: elle tient même un peuàdistance, à cause de sa réserve, les trop vives démonstrations d'amitié et gêne les confidences.Bonne, généreuse, délicate, fine et dévouée; elle a du tact, fine fleur de la bonté, et chose aussi précieuse que rare.La volonté est surtout réfléchie, parfois hésitante, toujours humble et soumise.Elle a si peu d'orgueil, qu'elle sait obéir et ne cherche jamais à commander.Elle tient dans le monde, juste la place qu'elle doit, aussi, elle est bienvenue partout.Idéalité, religiosité et vénération, elle a le respect des vieillards et des faibles.Douce gaieté, entrain.Pratique et économe; ordre à la fois intellectuel et matériel.Plus dé-ductive qu'intuitive.Imagination gracieuse et pondérée.Adresse manuelle, un doigté d'une rare habileté.Délicatement sensible et impressionnable, mais pas du tout esclave de la sensibilité.Peu de besoins matériels et émotivité réglée.Conscience un peu trop délicate, sans mesquinerie.élargissons nos horizons et nos vues.Une créature d'équilibre, raisonnable (pas raisonneuse) sensée, n'ayant aucuns caprices.Persévérante.constante.Une femme de valeur et de mérite.CRAM.—Précision, bon sens, clarté, netteté.Esprit pratique et sérieux, au quel se joignent du soin, de l'ordre, de la méthode, de l'attention et de l'exactitude.Bon, généreux, dévoué, pas l'ombre d'égoisme: un bon soleil rayonnant avec prodigalité.Imagination d'une grâce presque féminine.Poète.Bonté où il entre de la douceur.Volonté douce, ferme, suivie, résolue et surtout entre prenante: que d'initiative: "TOUJOURS DE L'AVANT" semble être sa devise.C'est une garantie de succès, chez un être aussi exact, aussi logique, aussi posé.Pas d'inutile sensibilité, peu d'impressionna-bilité, pas de froideur, non plus.(Suite à la fiage 5J) $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ Vos moments de loisir valent de l'argent Des centaines de personnes, dans toutes les sphères de la société, consacrent chaque jour, une heure ou deux à divers travaux qui leur rapportent des bénéfices.C'est autant de gagné.LA REVUE MODERNE vous offre cette occasion, et vous permet de réaliser des bénéfices dès le début.Capital et expérience pas nécessaires.Envoyez-nous le coupon immédiatement.Dès que nous l'aurons reçu, nous vous ferons parvenir tout ce qu'il vous faut pour commencer votre travail.-VOICI LE COUPON- La Revue Moderne, 198, rue Notre-Dame, Montréal, P.Q.1/- meurt, Envoyez-moi tout ee qu'il me faut afin dr r, présenter La Revue Moderne, et me faire de l'argent durant mes moments de loisir.Adresse Nom $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ $ 4l4l(&,£4li,£|£*£
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