La Revue moderne., 1 avril 1926, avril
AVRIL 1926 MONTREAL, CANADA 7e ANNEE, No.6 LA REVUE MODERNE 'mm ¦ i LA DUCHESSE DE DEVONSHIRE Par GA1NSBOROUGH Un chef d'œuvre de naturel et de grâce.Tout est, délicat et charmant dans ~ette femme à la po-,e alanguie -emblc rêver au crépuscule.REVUE MENSUELLE PRIX: 25 SOUS mm, mm .gz'g^g,____ Le Luxe des Palais A la portée des petites bourses LES Chesterfield Kroehler se distinguent des autres marques non seulement par la plus jolie ligne de leurs modèles exclusifs et la qualité de leurs couvertures, mais encore et surtout par leurs qualités cachées.C'est là leur caractère distinctif car, dans ce genre d'ameublement une couverture très artistique, et souvent de bonne qualité, cache une multitude de défauts que seul l'usage révélera.11 importe donc dans l'achat de ces ameublements d'être bien renseigné sur leur construction intérieure.A une charpente construite en entier de bois franc les Chesterfield Kroehler allient une construc- tion intérieure radicalement différente des autres.En effet, aux trop faibles bandes de support en coton, on a substitué des supports en acier très souple et fortement trempé de fabrication Kroehler.Les coussins réversibles Kroehler sont faits de fins ressorts, à haute proportion de carbone, très serrés et recouverts de couches épaisses de coton blanchi et l'agencement de ces ressorts est tel que les coussins conserveront indéfiniment leur forme.Tous les bons marchands vous les feront voir.Faits à Stratford, Ontario, par les plus importants fabricants de Chesterfields au Canada.Kroehler Mfg.Co., Limited.Ameublements Chesterfield de KROEHLER Avril 1026 LA REVUE MODERNE 1 Les Grands Reportages Français (Jn exemplaire envoyé aussitôt sur demande Le Courrier de France Directeur: MAXIME BAZE 106, Boulevard Haussmann PARIS ECRIVEZ-NOUS Si vous avez besoin d'un renseignement, d'une aide, d'un conseil, d'un appui politique pour une cause d'intérêt général.Nous vous aiderons et vous renseignerons sur tout car parlementaires éminents, avocats de grand talent, gens de théâtres, de lettres, d'affaires, de commerce, d'usines, tous de tout premier ordre, par notre intermédiaire vous tendrons la main.Joindre des timbres-poste pour la réponse.LA SOCIETE D'ADMINISTRATION GENERALE, ^j^SS^SSSL^ Capital souscrit : $500,000.„.„ ., Capital payé: $250,000.Réserve et Profits non distribués: $110,323.15.Fonds Administrés et fiduciaire pour Emissions d'Obligations: $32,050,132.79 Administration de Successions de Fidél-commls de Fortunes PrlTéet Téléphoner on écrivez pour renseignements Syndic autorisé du Gouvernement Fédéral pour les liquidations et faillites VOUTES DE SURETE ASSURANCES: Incendie, Bris de glaces.Automobiles, etc.direction SIB HOBMISDAS LA PO ETE, Président.J.-THEO.LECLEBC.Directeur Général.BANQUE PROVINCIALE DU CANADA Capital autorisé.$5,000,000.00 Capital payé et réserve.4,500,000.00 350 succursales et sous-agences dans les provinces de Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick et de l'Ile du Prince-Edouard.Président: L'Hon.SIR H.LAPORTE, C.P.Vice-Président : M.W.-F.CARSLEY, Vice-Président : M.Tancrède BIENVENU.extrait des reglements approuves par les actionnaires Aucun prêt ne sera fait par la Banque à ses Directeurs ni à aucun d'eux.Un montant égal à au moins cinquante pour cent (50%) de tous les dépôts d'Epargnes, tel que constaté par le dernier rapport au Gouvernement Fédéral, sera tenu continuellement en espèces, en prêts garantis par actions ou obligations, et autres valeurs facilement négociables.Bureau de contrôle pour le département d'épargne (Commissaires-Censeurs) Président: L'Hon.N.PERODEAU, Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec.Vice-Président: L'hon.E.-L.Pathnaudb, c.p., m.p.p.L'Hon.Paul Tourigny, cl.- TELEPHONE EST 1235 - LA SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE DE FRAIS FUNÉRAIRES 242, RUE SAINTE-CATHERINE EST : MONTREAL Constituée an corporation par Acte dn Parlement de la Province de Québec le 16 Août 189k ASSUBANCE FUNERAIRE.—Nouveaux tanx en conformité avec la nouvelle loi des Assurances sanctionnée par le Parlement de la Province de Québec, le 22 Décembre 1916 Assurance pour Enterrements de la valeur en marchandées de $60 00.1100 00 ei Slfto un Fonds de réserve en gwantle pour les porteurs de POLICES approuvé par le Monterncmeni.DEPOT DE $25,000.00 AU GOUVERNEMENT La première Compagnie d'Assurance Fnnéralre autorisée par le Gouvernement.DEMANDEZ NOTRE PROSPECTUS 2 LA REVUE MODERNE Avril 1926 "faire appel aux aimables lectrices de la Revue Moderne est pour moi un réel plaisir." J.Jutras.Lançant sous peu un nouveau parfum de luxe (puisqu'il se vendra $8.00 l'once).Je viens solliciter votre concours, pour la suggestion d'un nom heureux à ce nouveau parfum.Vous pouvez faire autant de suggestions qu'il vous plaira, elles seront toutes considérées.Adressez vos lettres comme suit : La Parfumerie J.Jutras Dept.Sug.5270, Ave.Papineau, Montréal.Nota.—Chaque empaquetage de nos parfums et poudre Faites-moi Rêver, Boule-de-Neige et Parfait Bonheur, contiennent un coupon pour notre " Voyage au Saguenay ".$ 7t "RTiTt ftîTc Ij: COND H" K>NS — lû * «•» du 1» CkMM •!¦ d*""*» Itn KdMiMnb dw «cm n 4m 1 idn »¦ 4a ! tnn>«n» Vo.Le» annonce» d«*«< no»» *tn «inWr* »v%n« W du mot* VU prteAd- U publtotlM i.U R£VTJE Afin de (^prwnrt Cou' abus pourrait • immu iuuj U fVot» Pob« U iirocntm 4* U R*vu» Modéra* -•éarrv* ie troti rd avec sa carrosserie en acier, finie en laquée et comportant bien des commodités nouvelles dans la carrosserie comme dans le châssis est l'automobile idéal pour la femme — Vous aimerez particulièrement le filet de couleur sur le vernis, le réservoir à çazoline sous le tablier permettant de le remplir de l'extérieur, l'élargissement du compartiment arrière, le pare-vent d'une seule pièce avec la visière-pare-soleil, et surtout le confort inégalable.Voyez le dépositaire autorisé de Ford de votre localité LA REVUE MODERNE Il n'est pas accepté d'abonnement pour moins d'une année.Toute année commencée est due en entier.Tout chèque pour paiement d'abonnement doit être fait payable au pair à Montréal.Littéraire - Politique - Artistique Directrice: Madame HUGUENIN (Madeleine) Rédigée en Collaboration Abonnement 1 an: Canada, $3.00 - Etranger, $4.00 198 EST, RUE NOTRE-DAME Tel.Main 3272 .Montréal Chèques,mandats, bons de poste, doivent être faits payable à l'ordre de la "Revue Moderne".Prière d'adresser les lettres, etc., simplement comme suit: "LA REVUE MODERNE" Montréal 7e Année—No 6 S'unir pour grandir Montréal.Avril 1026 ORGANE FRANÇAIS OFFICIEL DE L'ASSOCIATION DES AUTEURS CANADIENS SOMMAIRE: SI L'ON VOULAIT POUR FAIRE SUITE A LA CONVERSATION AVEC MADELEINE LE RIRE DES PROVINCES FRANÇAISES COUP D'AILE (poésie) EMILE CHEVALIER ET " LA HURONNE " NOTES ET ECHOS PRISER.SUR L'ART VOCAL LA FAMILLE D'AILLEBOUST ROMAN : — L'OR PUR (complet) FEMINA : — LES CHOSES FEMININES LA DAME BLANCHE (musique LES OUVRAGES FEMININS L'ACTUALITE LITTERAIRE LA PESTE BLANCHE COURRIER DE MADELEINE LA FLEUR OUI CHANTE PELERINAGE AU GRAND-BE DEFAUTS ET QUALITES DU JEUNE HOMME MODERNE CONFIDENCES POUR RIRE EN SOCIETE UNE AMIE DE SOEUR THERESE DE L'ENFANT JESUS PETITE POSTE .COURRIER GRAPHOLOGIQUE Madeleine L.-P.Picard A.Calvet.Madeleine Genêt.E.Fabre-Surveyer Luc Aubry Pierre de Trevières Salvator Issaurel La Rédaction .Mary Hella Sœur Marthe F.A.Boieldieu Mme Vennat Louis Claude .Dr.J.M.E.Prévost Madeleine Robert Choquette Claude Rehny Luc Aubry Lise .M \ riam Thelen Pages 9 10 12 14 14 15 17 18 20 23 48 46 50 51 52 54 56 57 58 60 61 62 2 44 NOS ILLUSTRATIONS : —M.Alfred Bienvenu ; —Madame Morin-Labrecque ; — Mlle Jeanne Labrecque ; M.Henri Bourassa ; — 3 illustrations pour l'article " Priser " ; — Mlle M.A.Bélanger ; — J.Cartier ; — Mont-calm ; — Beauharnsis ; — Duquesne ; — De la Gallssonnière ; — De Vaudreuil.La Revue ne répond pas des manuscrits communiqués CLINIQUE PRIVEE DU Dr PREVOST Des hôpitaux de Paris - Londres - New-York Voies Génito - Urinaires ffialaMre bre rrtna, br la nraatr tt bri nruanra grnttaux 34, rue Hutchison JSalabu-a ornrrtmnra rt malairura br la prau Tél.Plateau 6347 i ki.Lancastri tO'>5 24*J Sherbrooke Est {Pris Sl-Dtnil) Drs.Arthur & Henri Lemieux Chirurgiens-Dentistes 8 LA REVUE MODERNE Avril 1926 son) mu a Les livres de la belle saison La nature et les voyages DE SPLENDIDES OUVRAGES, MODERNES, VIVANTS, PITTORESQUES, MAGNIFIQUEMENT ILLUSTRES PAR LA PHOTOGRAPHIE D'APRES NATURE.RELIURES ARTISTIQUES.Grand format : 32 x 25 centimètres.(COLLECTION IN-4o LAROUSSE).LES PLANTES par J.Costantin, membre de l'Institut, professeur au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, et F.Faideau.La botanique présentée sous une forme nouvelle et attrayante.796 gravures photographiques, 26 planches en noir et en couleurs.Relié.$8.40 LES ANIMAUX par L.Joubin, membre de l'Institut, professeur au Muséum et à l'Institut Océanographique, et Aug.Robin, correspondant du Muséum.Toutes les espèces du globe, leurs mœurs, leur classification, etc.910 gravures photographiques, 1110 dessins, 29 planches en noir et en couleurs.Relié.$8.80 LA TERRE par Aug.Robin, correspondant du Muséum de Paris.Géologie pittoresque.760 gravures photographiques, 53 tableaux de fossiles, 24 hors-texte, 3 cartes en couleurs.Relié.$8.40 LA MER par Clcrc-Rampal.Tout ce qu'il est intéressant de savoir sur la mer et la vie maritime.636 gravures photographiques, 316 dessins, 26 cartes et planches en noir et en couleurs.Relié.$8.40 LE CIEL par A.Berget.L'astronomie mise véritablement à la portée de tous.710 gravures photographiques, 275 dessins, 26 planches et cartes en une ou plusieurs couleurs.Relié.$8.40 NOUVEL ATLAS LAROUSSE Géographie universelle pittoresque : le monde entier décrit, expliqué, photographié, tel qu'il est aujourd'hui.82 cartes en couleurs et en noir, 1519 gravures photographiques.Relié.$10.80 LA FRANCE Géographie Illustrée en deux volumes, par P.Jousset.L'ouvrage le plus vivant et le plus pittoresque qui existe sur la France (Nouvelle édition refondue et entièrement à jour).1942 gravures photographiques, 47 hors-texte, 54 cartes en noir et en couleurs.Relié.$17.60 PARIS ET SES ENVIRONS par Dauzat et Bournon.Le plus récent tableau de la capitale française et de la région environnante (paru fin 1925).704 gravures photographiques, 31 planches et 30 cartes ou plans en noir et en couleurs.Relié.$9.60 LA BELGIQUE ILLUSTREE par Dumont-Wilden.Nouvelle édition refondue (1926).585 gravures photographiques, 20 planches et 24 cartes en noir et en couleurs.Relié.$8.40 L'ITALIE ILLUSTREE par P.Jousset.Toute l'Italie au point de vue artistique, pittoresque, etc.(Nouvelle édition refondue).748 gravures photographiques, 36 planches et cartes.Relié.$8.40 N.B.—Ces publications viennent d'obtenir une médaille d'or de la Société de Géographie de Paris.Un nouveau livre sur la France: TOUTE LA FRANCE sa terre, son peuple, ses travaux, les œuvres de son génie, par Emile Saillens.Le livre qui permettra d'avoir une idée exacte de la France : en 450 pages, une prodigieuse documentation, rien que des faits et des données précises.Relié $2.00.EDITIONS LAROUSSE, PARIS.EN VENTE CHEZ TOUS LES LIBRAIRES DU CANADA Avril 1926 LA REVUE MODERNE o Si r on vou Par MADELEINE lait.y'AI fait un rêve, m'écrit une correspondante, " un lève qui pourrait si bien être viai, mais que de mon coin de campagne je ne puis faire revivre, et que je vous confie, dans l'espoir que vous pourriez peut-être inspirer aux nombreuses femmes qui vous lisent, l'idée bienheureuse d'en faire une belle et claire réalité." Ce rêve inspiré des " marraines de guerre ", ces délicieuses marraines, au cœur généreux qui se dépensèrent sans compter au service des filleuls, leur dispensant, non-seulement la gentillesse de leurs billets, mais encore la libéralité de dons plaisants et utiles qui tombaient dans les tranchées, et faisaient sourire les pauvres héros boueux et lamentables qui y étaient détenus comme des prisonniers, prisonniers de l'honneur et de la liberté, jusqu'au moment, souvent, d'y mourir.Je me rappelle, non sans émotion, que pendant cette période effroyable plus de six mille marraines s'enrôlèrent à mon appel, et que cette vaillante petite armée tint bon jusqu'à la fin, et soutint de ses sourires, de ses générosités, de ses billets qui disaient l'admiration et insufflaient le courage.Ce fut peut-être de toute la guerre, l'œuvre qui m'a laissé le plus rayonnant souvenir.Nous sortions alors du don anonyme, nous savions où s'en allait la lettre ou le bienfait, nous recevions des réponses ; souvent une petite marraine m'arrivait en disant : " le cher filleul que vous m'aviez donné, et que j'avais tant de joie à gâter, il est tombé dans l'attaque, à telle et telle bataille, ainsi que me l'annonce le camarade qui me transmet son dernier souvenii : j'ai du chagrin, comme si j'avais perdu un parent ou un ami tiès-cher ; voulez-vous m'en donner un autre pour que je puisse, en souvenir du premier, qui m'était devenu indispensable, faire encore un peu de bien à un héios ".Aujourd'hui, nous n'avons plus de guerre, mais combien de cœurs inoccupés trouveraient l'emploi de leur générosité native en l'utilisant au service des tout petits de chez-nous qui n'ont ni papa, ni maman, et qui dans les hospices grandissent pendant des ans et des ans, sans jamais aller au parloir.Vous sentez tout ce que cela représente de tristesse et d'amertume : ne jamais aller au parloir ! Nous avons tous et toutes passé par les collèges et les couvents, et nous nous rappelons la tristesse des jours consacrés aux visites où, dans l'énervement, nous attendions l'appel qui nous jetait : Mademoiselle ou Monsieur X.au parloir! Qui pouvait venir?Des paients, des amis?Et tandis que nous rajustions, ces messieurs leurs cravates et réparait la raie de leurs cheveux, nous nous redressions nos boucles frivoles, nous arborions le ruban neuf des Enfants de Marie, souvent la médaille que nous avions le droit de porter toute la semaine, parce que nous avions été des enfants sages et nous témoignions d'une joie un peu neiveuse, mais tellement sincère.Et les jouis qui s'étaient passés sans ces visites, nous laissaient à l'âme un désarroi piofond.Nous nous sentions oubliés, presque perdus dans notie petit monde d'enfeimés.Il y a de petits enfants qui sont élevés dans les grands couvents où tous les soins et les attentions leur sont accordés, qui voient cei tains de leurs petits camarades appelés quelquefois au parloir, et qui, eux, ne franchissent jamais le cercle de leur vie uniforme.Ils savent qu'il existe une grande pièce où l'on reçoit des visiteurs qui appoitent des bonbons, des jouets, quelquefois des vêtements, et l'on envie les heureux petits qui ont accès à cet espèce de paradis terrestre.Tout ce qui peut se passer dans l'âme de ces pauvrets voués à l'isolement, et qui, un jour, s'en iront à l'apprentissage de la vie, le cœur ulcéré d'avance, et haïssant d'instinct cette humanité riche et heureuse qui n'a jamais eu aucune pitié de leur enfance désolée.Alors ce que des mai raines ont fait pour de grands et fiers soldats, pourquoi ne le ferait-on pas de nouveau, pour les petits enfants, sans parents, qu'un rien amuserait, qu'une attention comblerait de bonheur, et qu'une affection ferait s'épanouir comme de belles fleurs ?Les marraines demanderaient des filleuls ; chacune choisirait dans sa localité, l'orphelinat où trouver ces enfances abandonnées.Si la marraine ne peut se rendre auprès de son filleul, elle lui écrira, et l'enfant îépondra, laissant son jeune cœur déborder de toute sa gratitude.Que de bien pourrait être ainsi accompli, sans qu'il en coûte grand effort de la part des marraines.Il s'agirait de les adopter, sans que cette adoption compoite aucune responsabilité.Petits, c'est au parloir du couvent qu'on les verra, et combien de conversations avec ces êties tout neufs fournira à nombre d'entre vous l'idée de faire développer un talent, d'orienter un avenir, de permettre à un être humain d'atteindre à son plein développement.Certaines marraines pourront aider matériellement leurs filleuls de leurs propres deniers ; d'autres seront impuissantes à leur accorder elles mêmes le secours dont ils pourront avoir besoin, mais par leur travail et leur influence, souvent, elles sauront leur dénicher le protecteur rêvé qui prendra charge de cette petite vie et voudra s'attacher à une bonne action.Les marraines garderont la liberté de choisii une petite fille ou un petit garçon, et pourquoi l'œu\ie des marraines n'entraînerait-elle pas celle des parrains ?Les jeunes gens de nos jours — quoiqu'en disent nos jeunes et sévères conespondantes à l'enquête sur le jeune homme moderne — sont sérieux et bien pensants.Ils savent le prix de la vie et n'ignoient rien des difficultés de la lutte matérielle dont la crise ne fait que s'accentuer ; aussi une invincible sympathie doit-elle les attirer vers tous ces petits livrés sans défense aux combats de la vie, et que le vice entraine si souvent.faute de pain.Que de bien il y aurait à opérer autour de tous ces petits, et quelle large protection pouriaient exercer les parrains et les marraines qui, par un joli désir de faire du bien, se seiaient penchés sur les enfances misérables et les auraient guidés de leur bonté, tout simplement.Je ne regrette qu'une chose : ne pouvoir fonder cette œuvre qui me passionnerait, et rester celle qui exprime un vœu et lance une idée, idée qui lui a été transmise d'ailleurs par une âme généreuse qui voit en rêve tous les enfants pauvres consolés et guéris de leurs petites blessures moi aies, grâce à des sourires, â des bonbons, à des jouets, et plus tard, à une direction éclairée et sincère.Si l'on voulait pourtant.Et ce serait si beau ! MADELEINE. 10 LA REVUE MODERNE Avril 1926 Pour faire suite à la conversation avec Madame Huguenin Par LOUIS-PHILIPPE PICARD Madame la Directrice : — Je crois qu'il entre un peu dans l'idéal de tout directeur de revue de voir se former, autour de celle-ci, une grande famille composée des rédacteurs et des lecteurs, dont l'échange d'idées et la compréhension mutuelle ne peuvent que contribuer à étendre l'action de la Revue.Vous accueillerez donc, peut-être dans vos colonnes les remarques provoquées par la lecture d'un article paru dans votre revue, article que l'on vient de porter récemment à mon attention.Il faut vraiment que l'on attribue bien peu d'importance aux paroles d'un auteur pour que personne n'ait, avant aujourd'hui songé à répondre à l'article que le Commandant Maurice Quedrue a servi aux lectrices et aux lecteurs de la Revue, en livraison de décembre.Je suis de ceux qui croient qu'il ne faut pas laisser passer inaperçues de semblables erreurs, fussent-elles écrites par un charmant garçon, et sous l'égide d'une femme d'esprit.Le Commandant Quedrue est, je n'en doute pas, un homme du monde et un gentilhomme.Il est de plus sincère et de bonne volonté à notre égard.Il demeure parmi nous et croit pouvoir nous aider à corriger certains défauts, en nous indiquant la source du mal ; il n'est donc pas inopportun d'accorder au moins autant d'intérêt que lui à la question qu'il traite, à savoir : le penchant qu'ont les jeunes gens et surtout les jeunes filles du monde à adopter la langue et les habitudes anglaises.Remercions le caprice des vents et les hasards de la haute mer qui ont envoyé sur nos bords un aimable commandant, en séparation de corvette, pour qu'il puisse avec " donquichottisme ", venir endiguer le danger qui nous guette à certains pas de notre enseignement primaire féminin.Fort d'un séjour intermittent de quelques années parmi nous, et grâce à une psychologie et à une perspicacité, peut-être un peu émoussées par le roulis et le tangage, l'auteur de la " Conversation avec Madame Huguenin " a pu dans deux petites pages nous donner quelques constatations et quelques conseils très amusants, enveloppés dans l'ouate d'une doucereuse protection et d'un dilettantisme élégant." Cette dangereuse anglicisation de quelques bons éléments canadiens-français" qui alarme M.Quedrue, consiste pour les jeunes filles et les jeunes gens de chez nous à trop parler anglais, et à s'assimiler trop vite les coutumes anglaises.Le Commandant Quedrue semble très sérieux lorsqu'il nous en explique les causes.Nous allons juger de sa haute perspicacité.Cet état de choses est dû, d'après lui, en partie au clergé canadien-français, en partie à la famille canadienne et aux jeunes canadiens eux-mêmes.Il faut avoir parcouru bien des océans pour découvrir que le clergé canadien-français est responsable il'.inglification ; on lui a déjà reproché de ne pas donner un enseignement anglais adéquat aux besoins de l'époque, il fallait cette récente assertion pour rétablir la balance.Si les jeunes filles qui ont eu l'avantage de rencontrer M.Quedrue parlaient trop l'anglais, ce serait parce que le clergé aurait confié dans certains couvents l'enseignement des mathématiques à des sœurs de race irlandaise, et le Commandant ne rit pas lorsqu'il voit la un des grands dangers pour notre race.Après avoir développé cette idée, il y revient dans une autre partie de son article en répétant : " Ainsi donc, pour en revenir à l'éducation mathématique des jeunes filles par des sœurs irlandaises, il y a lieu de craindre que le clergé français, travaillant à l'encontre de son plus grand désir, ne devienne lui même un propagateur de l'esprit anglais chez les canadiens-français ".Tous ceux auxquels les dangers de la navigation n'ont pas enlevé le loisir de suivre de près, et d'étudier la question des langues telle qu'elle se pose dans notre province, comprennent facilement que même, si dans un ou deux couvents, l'on enseigne les mathématiques en anglais, ce n'est pas là une sérieuse raison d'anglification de nos jeunes filles, et que d'ailleurs cette pratique n'est suivie que dans très peu d'institutions.Les jeunes filles lisent trop de revues américaines de peu de valeur ; à qui la faute ?Au clergé, répond M.Quedrue, " qui donne une formation française trop étroite dans les couvents et les collèges ; à la famille canadienne-française qui est trop sévère quant à la lecture des romans français ".Que les méthodes de formation littéraire, en usage dans nos couvents et nos collèges puissent être élargies pour le plus grand bien des élèves, c'est très possible ; que les méthodes actuelles soient si mauvaises qu'elles conduisent à l'anglicisation, en ne donnant pas assez le goût des œuvres françaises, c'est absolument faux.Dans le système actuel, l'on ne tient pas compte des auteurs très modernes.A-t-on entièrement tort ?Je ne le crois pas.Le cours d'études au collège ou au couvent a pour but de développer l'esprit, de l'ouvrir à la science et aux connaissances multiples qui contribuent à donner une culture passable; c'est un avant-goût de tout ce que l'on donne aux jeunes gens, pour les inciter à se renseigner et à s'éclairer.La langue française est la plus belle au monde ; lorsque l'on veut inculquer aux jeunes le goût de la littérature française, ne doit-on pas leur faire part des chef-d'œuvres du génie français ; monuments élevés par les auteurs du dix-huitième et du dix-neuvième siècle, où l'on retrouve, dans toute sa beauté, cette langue délicieuse qui a " la pureté du cristal et la force de l'airain ".Libre à eux lorsqu'ils auront compris la beauté du fond de se tenir au courant de l'évolution des genres et du style.Que les mamans canadiennes surveillent les lectures de leurs jeunes filles, c'est très heureux et elles ne le feront jamais trop ; que cette pratique conduise à l'an-glification, encore une fois c'est puéril de le penser.Les mamans qui censurent les livres français ont aussi l'œil aux revues américaines, et les jeunes filles qui lisent les revues américaines, où l'on parle de " love " au lieu d'amour, comme dit M.Quedrue, trouvent bien aussi le moyen de se procurer les romans français dont l'on ne parle pas au couvent.A propos des auteurs modernes, je ne sais si votre interlocuteur, Madame, a remarqué que les récentes productionsfrançaisesfont souvent montre, elles aussi, du grand penchant vers la langue anglaise qu'il reproche actuellement aux canadiennes.Il n'y aurait nullement lieu d'être surpris de lire dans un roman d'aujourd'hui une page dans le genre de celle-ci : Avril 1026 LA REVUE MODERNE 11 " Le beau capitaine depuis qu'il est retourné à la " vie civile est devenu très sport et très fashionable "." Il est huit heures ; le lift du palace où il a son " appartement vient de le laisser à son étage et il n'a " que deux minutes pour revêtir son smoking car tantôt " il doit rencontrer une star de cinéma qu'il a invitée à " l'accompagner au music hall." " Ennui des corvées mondaines ! Il arrive à peine " d'un five o'clock tea où l'on ne servait que des lemon squash et des ice cream sodas et sans même avoir le temps " de prendre son tub, il doit s'habiller et repartir aus-" sitôt." " Il sourit malgré tout en pensant que cette star " qu'il va rencontrer et dont les journaux publiaient " hier les typiques interviews, c'est lui qui l'a découverte " il y a à peine deux ans au paddock de Longchamps, " où un clubman de ses amis la lui avait présentée." " Il se souvient qu'en revenant dans son touring " ils avaient décidé de finir la party dans un dancing " où un jazzband frénétique les avait fait tourner jusqu'au " matin aux harmonies des blues et des foxtrott ".Les anglicismes cités plus haut et qui font de ces phrases un pot-pourri polyglotte, peuvent être trouvés dans beaucoup de récents ouvrages dont quelques uns sont signés de noms d'auteurs très en vue.Ce sont des œuvres decegenrequin'entrentpasdans l'étroitesse des méthodes actuelles et qui font partie des romans que les mamans déconseillent à leurs jeunes filles.Mais voilà une longue digression, et M.Quedrue a fait encore une autre découverte sur laquelle il est bon de dire un mot.Comme tout le monde n'est pas officier, les canadiennes ne peuvent toutes trouver de compagnons assez distingués chez leurs compatriotes, " voilà pourquoi votre fille sera muette ", à moins qu'elle ne consente à s'habituer à parler anglais, car les anglais, eux, comme les militaires et les marins, sont dignes qu'on leur accorde de l'attention.Donc le grand péril qui conduira à l'anglicisme chez nous, à part de " l'éducation mathématique des jeunes filles par des sœurs de race irlandaise " c'est " l'esprit gouailleur et souvent malicieux des jeunes canadiens-français qui choque les jeunes filles de même race dans leurs sentiments intimes " ; les jeunes gens ont un aspect un peu rude et peut-être trop désinvolte" et sont ici les grands coupables.M.Quedrue blâme le penchant de nos jeunes filles vers les jeunes anglais, mais il a les termes suaves rapportés plus haut pour faire l'apologie des jeunes français.Franchement, en ouvrant les yeux, constate-t-on assez de différence entre les deux races, à égalité de classes sociales, pour que l'on doive d'emblée accorder la palme de la correction aux anglais ?De plus est-il si fermement établi que les jeunes filles délaissent leurs compatriotes ?Il se peut que quelques uns des jeunes filles que M.Quedrue a rencontrées aiment mieux danser avec un bel uniforme, ou avec un impeccable habit, même s'ils enveloppent un chic imbécile, mais la grande majorité des jeunes filles du monde est heureuse de fréquenter les compatriotes chez lesquels elles rencontrent, en même temps qu'une allure distinguée, un esprit plus pétillant et plus intéressant.Il est possible que, sur un parquet de danse, quand la conversation se borne à fredonner les derniers 7022, la langue anglaise soit, de ce fait, plus en vogue, mais nos jeunes filles ne sont pas toujours à danser, et elles savent causer en français avec les jeunes gens de chez nous.Au déclin de sa vie, alors qu'il aura conduit son dernier vaisseau au port, le Commandant M.Quedrue, en revenant dans notre Province, verra que nos jeunes filles auront marié nos jeunes gens, que leurs enfants parleront encore français, que les sœurs irlandaises n'auront pas encore complètement réussi à nous faire renier notre langue, et que nos nièces trouveront encore moyen de lire des livres français écrits en français, et que, si elles veulent entendre parler de palace, de dancings et de jazzbands elles aimeront autant, comme les jeunes filles d'aujourd'hui, voir ces mots dans un texte anglais plutôt que dans un roman français.Tout ceci n'est pas écrit dans un sentiment de malice à l'égard de l'auteur de la " Conversation avec Madame Madeleine Huguenin ", bien au contraire nous restons persuadés de la bonne volonté de M.Quedrue, de ses qualités de gentilhomme et de l'élégance de sa phrase, mais ces quelques remarques n'ont pout but que de faire observer à ceux qui nous critiquent, ou nous donnent trop gratuitement leurs bons conseils, qu'un peu de réflexion leur éviterait de prendre quelques cas isolés pour la règle générale, et de s'alarmer sur le sort de nos institutions les plus chères, à cause du snobisme de quelques anglifiés.Croyez-moi ; Madame, voilà, exprimés bien inha-bilement sans doute, les sentiments de beaucoup de vos lecteurs sur le sujet.Mes remarques, je vous le répète, n'ont rien d'intentionnellement désagréable pour l'auteur, et prouvent l'intérêt et l'importance que vos lecteurs accordent à votre revue.Je laisse à votre entière discrétion le soin de décider si ces notes devraient avoir la même publicité que l'article qui les a suscitées.Je vous prie d'agréer, Madame, l'assurance de ma haute considération, et de mon meilleur encouragement pour l'œuvre que vous poursuivez avec tant de persévérance et de talent.Louis-Philippe Picard.NOTE DE LA RED A CTION.— Tout article dont se dégage une pensée, ou un enseignement, suscite une réponse.De la discussion nait nécessairement Vidée nouvelle qui oriente mieux les aspirations, aide à corriger les erreurs et à promouvoir les progrès.L'article, sous forme de conversation, où le Commandant Maurice Quedrue, en livraison de décembre, soulignait certains de nos errements au point de vue éducationnel, ainsi que le snobisme — que nous avouons nous-même librement, — de certaines jeunes filles qui affectent de parler trop souvent l'anglais, devait amener la réplique de M.Picard.Cette réplique est toute courtoise, mais il semble que l'auteur ail été froissé du fait que la critique était signée par un Français.Evidemment, nous n'aimons pas que ceux du dehors nous fassent la leçon.Si le Commandant Quedrue est français, ce n'est évidemment pas une chose à lui reprocher, et s'il a trouvé ici des Canadiens autres que ceux qu'il avait rêvés, pouvons-nous lui en tenir rigueur ?Quand le Commandant Quedrue s'étonne que nous subissions l'influence des Anglo-saxons, nous n'avons pas à en être vexés.Ce qu'il y a de vraiment nerveilleux c'est que cette influence ne se manifeste que chez certaines petites mondaines, et, qu'en somme la masse de la population soit demeurée aussi complètement canadienne et française.M.Picard exagère plaisamment dans sa composition d'une page de roman français émaillée de mots anglais {dont la plupart ne sont jamais usités en France), mais qu'il nous permette de lui dire que ces fantaisies ne mettent pas en danger le sort de la langue française à Paris et en France, tandis que dans la province de Québec, il est nécessaire de défendre, même avec exagération, la langue de nos pères.Tout anglicisme est dangereux pour nous.Nous avons choisi de parler français, et il nous faut lutter contre les empiétements journaliers de l'américanisme.Quand le Commandant Quedrue souligne le danger de l'anglicisation de nos jeunes filles, nous devons avouer qu'il a un peu raison et que nous ne saurons jamais assez combattre cette tendance ni la réprouver. 12 LA REVUE MODERNE Avril 1926 L P F e rire aes x rovinces a rançaises Par M.l'abbé J.CALVET LE rire n'est pas e sourire.Le sourire a quelque chose d'égoïste ; il réserve tout le plaisir pour soi.Le rire est altruiste ; il jette la joie au dehors, il la disperse, il la distribue largement.Ce n'est pas du sourire français que je veux parler ; le sujet est trop vaste ; le sourire est partout dans notre littérature, même dans les œuvres les plus graves où il se dissimule derrière une restriction imperceptible derrière la poussière impalpable des petits mots.Il est le charme toujours vivant de nos livres, comme il était le charme de notre conversation, quand on savait encore causer.Le rire franc, qui n'a pas peur de l'éclat, est plus rare.Chez nous, il est plutôt provincial.Le rire de Paris est une chose à part, malaisée à définir, d'essence délicate et fragile : article de Paris.Il est fait de rien ; mais il est fait ; ce n'est qu'un à peu près, on le croirait inachevé, mais il a la ligne essentielle qui révèle une main d'ouvrier.Ce n'est pas une création de la nature, c'est une création de l'esprit ; on ne le comprend, on ne le goûte, on ne se laisse gagner par sa contagion que si on a respiré longtemps un certain air qui flotte entre Montmartre et Montparnasse.Tout autre climat lui est mortel ; transporté ailleurs, il grelotte, il est plat et ennuyeux.Mais Molière.Molière est parisien, mais non pas son rire.Son rire est national.Le comique de Molière est un confluent et une somme ; il s'est promené à travers les livres français et les provinces françaises, il y a ramassé le meilleur des situations, des attitudes, des gestes, des grimaces, des mots, qui de tout temps ont amusé la France et l'humanité, et il en a fait son trésor.Molière a vécu en province de vingt à quarante ans ; c'est un provincial qui a gagné sa fortune en province et qui est venu dépenser à Paris en quelques années son capital et son revenu.Il a donné beaucoup à Parts, Paris lui a peu donné.Notre rire ne s'épanouit à l'aise que dans la nature.Une " revue " rosse a besoin des quatre murs d'une salle parisienne ; une bonne grosse farce ne supporte pas d'être enfermée, elle n'est à sa place que dans l'air libre.Ce rire provincial est spontané et naturel ; il jaillit brusquement et bruyamment de la réalité ; rien de compliqué de' cherché, d'amené, de tarabiscoté dans le comique qui le provoque ; un enfant le comprend aussitôt, aussi bien il est tellement simple qu'il paraît souvent enfantin ; et d'ailleurs sa puérilité fait en grande partie son charme, rire c'est redevenir enfant.Ce rire n'est ni retenu ni timide ; il ne s'excuse pas de paraître ; il est large, il est bruyant, il utilise toute la respiration des poumons et toute la richesse des cordes vocales ; il lui faut beaucoup de place, car il provoque l'agitation et les gestes excessifs en province française, rire entre les dents, rire du bout des lèvres en levant le nez, ne s'appelle pas rire ; c'est sourire ; et on sait sourire aussi ; mais quand on rit, c'est un autre genre littéraire.Ce rire n'est pas méchant ; je veux dire qu'il n'est pas cruel, mais il est malicieux ; il s'égaye des accidents, des déconvenues, des malheurs même dans un certain ordre et jusqu'à certaines limites, de la sottise surtout et de la vanité qui est toujours sottise.Au lourdeau qui vient de choir, on va porter secours en riant de sa mala- dresse ; s'il se lamente, on rit de plus belle ; s'il est gravement blessé, on ne rit plus.Ce rire n'est pas obscène et cynique ; il est souvent réaliste, volontiers scatologique, parfois grivois.Mais il ne se complait pas dans les doubles sens et dans les allusions libertines ; ses grossièretés sont claires ; ses nudités sont sans voiles ; somme toute, malgré les excès où il entraîne et où il glisse, même entre gens de bonne compagnie, il reste droit et sain.On n'a pas encore imprimé chez nous d'œuvre littéraire importante qui trahisse cette décadence, cette décomposition du rire.Les livres qui circulent sous ce signe sont désavoués par l'esprit français ; on les fabrique dans des officines secrètes, parfois hors des frontières et c'est un article d'exportation.* * * Entre le sourire dédaigneux qui se retient et le rire large qui est débridé, il y a place pour le franc rire qui donne sa joie par petites secousses comme une source claire sur les cailloux.C'est le rire champenois.Le Champagne a une réputation bien établie de finesse et de malice ; dans ce pays aux nuances éteintes et aux lignes maussades, toutes les forces de joie sont en dedans ; mais elles sont si abondantes qu'elles se communiquent aux habitants qui naissent observateurs et narquois, aux bêtes qui, si nous en croyons la légende de Renart, sont moins bêtes là qu'ailleurs, aux plantes et en particulier à cette vigne de Reims et d'Aï qui donne de l'esprit au monde entier.C'est La Fontaine qui a interprété le rire champenois et l'a enfermé dans les lignes nettes qui le conserveront jusque dans la postérité la plus reculée ; il l'a mis en bouteilles.En visitant les eaux et forêts dont il était conservateur, ce jovial fonctionnaire a rencontré bien des fois des paysannes qui se hâtaient vers le bourg voisin et à leur allure élastique, au sourire de leurs lèvres retroussées, il a deviné le rêve que vivait leur imagination, rêve comique et pitoyable parce qu'il s'écrase sur la route et qu'on ne peut pas en recueillir les morceaux ; La Fontaine l'a ramassé en riant et si les paysannes de son temps sont mortes elles vivent toujours en Perrette, plus vivante même pour nous que les fermières d'aujourd'hui qui portent leur lait à Château Thierry et qui font de tout autres rêves puisqu'elles ne vont plus à pied.Perrette qui cherche la fortune, la fourmi qui défend ses économies, le bûcheron qui se plaint de la vie et qui ne peut pas mourir, Renard qui toute ruse connaît et pratique, voilà des visages de Champagne qui nous regardent en riant et qui s'amusent de nous quand nous croyons naivement nous amuser d'eux.La riche et grasse Touraine, bien nourrie par son vin pétillant et ses rillettes substantielles, étale son rire plantureux dans Rabelais.La Touraine est à table et sur la porte de la tonnelle où elle tient son banquet champêtre, elle a écrit : " honni soit qui mal y pense " ! Nous sommes donc avertis, si nous entrons, que nous entendrons maints propos de haute gresse qui ne sont pas propos d'enfants.Ceux qui n'aiment pas Rabelais peuvent pousser jusqu'à Vouvray où ils trouveront M.Vernier en train de " gaber " l'illustre Gaudissart, le commis voyageur parisien qui se croyait le plus malin des hommes et qui trouva son maître en pays de Tou- Avril 1926 LA REVUE MODERNE 13 raine ; Balzac, tourangeau comme Rabelais, a raconté cette histoire et c'est " une bonne histoire ".Mais ceux qui aiment Rabelais, j'entends en choisissant parmi ces facéties, peuvent entrer sous la tonnelle où on mange des rillettes, des jambons et autres mets propres à provoquer à boire " qui est proprement le plaisir des dieux ".Après boire, Rabelais goûtera ses grosses farces et à sa voix la Touraine tout entière sera agitée d'un grand rire.Il y a de tout dans ce rire : une pointe d'ivresse, la naïveté de l'enfant qui se récrée au soleil, la joie de l'animal qui se roule sur le pelouse, de la délicatesse, de la finesse, du cynisme, de la canaillerie ; c'est un grand cri de nature.Ceux qui n'ont pas pratiqué la Provence s'imaginent qu'elle est incarnée dans Tartarin et avec leur géographie fantaisiste qui ne fait nulle différence entre Bordeaux, Toulouse, Carcassonne, Montpellier, Nîmes, Taïascon, Marseille et Nice — huit cités, huit races—ils voient dans Tartarin tout le midi de la France.A ce compte, le midi de la France ne rirait pas, il prêterait à rire et je devrais parler non pas du rire méridional, mais du ridicule méridional.Croyez que de Tarascon à Toulon en passant par Aix, par Arles, par Marseille et par Dragui-gnan, il y a bien des ridicules, comme partout d'ailleurs, mais aussi bien des éclats de rire.Daudet a vu les gestes excessifs, les prétentions boursouflées, la vantardise gonflée des Provençaux ; il a cru y discerner les caractères distinctifs d'une race qu'il a incarnée dans Tartarin, l'homme qui ne rit pas mais qui a fait rire l'univers.Il s'est trompé.Le Provençal a une manière bien à lui de rire et de se moquer de nous quand il nous arrive de nous moquer de lui ; il se vante au delà de toute mesure, il invente des histoires invraisemblables auxquelles il paraît gravement ajouter foi ; en parlant, il nous surveille du coin de l'œil pour juger de nos réactions son triomphe, qui l'amuserait pour de longs jours, ce serait de nous faire croire qu'il croit ce qu'il dit.C'est ce qu'on appelle la galéjade, la source toujours jaillissante du rire provençal.La galéjade est fort ancienne et aussi française que provençale.Au Moyen-Age on disait " gaber " pour galéjer, et la gaberie tient une grande place dans nos chansons de geste.Dans une épopée pieuse, " Le Pèlerinage de Charlemagne ", qui est du commencement du douzième siècle, nous voyons le grand empereur et ses douze pairs couchés dans les treize lits de la salle d'honneur du palais où le roi de Constantinople les a reçus ; avant de s'endormir, ils boivent du " claret " et puis ils gabent, chacun à leur tour, Charlemagne comme les autres ; leurs " gabs " sont énormes, truculents, bouffons et jamais aucun Marseil ais, en plein mois d'août, n'inventa des galéjades de cette taille.Il y a ainsi beaucoup de tartarinades dans notre épopée médiévale ; elles sont un aspect de notre rire national parce que l'auteur les écrivait en riant intérieurement et en s'amu-sant d'avance de l'étonnement du lecteur.On a joué cet hiver dans un théâtre de Paris un divertissement lyrique tiré de l'immortel " Maurin des Maures " de Jean Aicard.Bien mieux que Tartarin qui n'est qu'un sot enflé de prétentions, Maurin incarne la Provence rieuse.Le roi des Maures, comme un Charlemagne d'opéra.bouffon, son camarade Pastouré et ses amis qui l'entourent comme les pairs entouraient l'empereur à la barbe fleurie, racontent des traits énormes, tout comme Tartarin ; mais on voit bien qu'ils s'amusent et ils sont les premiers à rire avec nous quand le jeu a assez duré.Et leur rire est strident comme celui des cigales qui bruissent sur les pins et sonore comme celui de la mer qui vient battre les rocs de porphyre de la côte.De tous ces rires provinciaux réunis, il ne faudrait pas songer à faire un concert ; ce serait un jazzband un peu dissonnant.Il vaut mieux les goûter chacun à son tour, dans les synthèses qui tuent la vie individuelle.Et si on pouvait lire chaque livre qui garde le rire français, sous le ciel qui le vit naître et qui l'inspira, la joie serait totale.De loin ce n'est qu'un écho, mais l'écho a son charme ; il évoque peu à peu un des multiples visages de la France, son visage " au rire incomparable ".J.CALVET.Professeur à l'Institut Catholique de Paris.Lorsque j'allume ma lampe.Lorsque j'allume ma lampe pour me coucher le soir, je vois toujours un clou planté en haut du mur avec son ombre noir.Il est ià, solitaire, dans son rêve éternel et infini.Il est là tous les soirs comme s'il voulait suspendre quelque chose dans la nuit.Dans ma chambre en silence je fais ma prière en m'adressant à lui.Parfois je crois qu'il pleure.Il est là tous les soirs devant mon lit.Il est comme une étoile dans le ciel de ma chambre, une étoile oubliée.Jamais je ne le vois lorsque je me réveille, mais le soir il est là comme un veuf silencieux.Pauvre clou solitaire je suis son seul ami, je lui offre mon âme tous les soirs dans ma prière avant de m'endormir.Il me sera fidèle, il suspendra mon âme quand je ne serai plus .Lorsque j'allume ma lampe pour me coucher le soir, je vois toujours ce clou planté en haut du mur avec son ombre noire.HEC10B \ ALADt. 14 LA REVUE MODERNE Avril 1926 LE CONCOURS DES POETES Par un heureux hasard, nous avons pu nous procurer la poésie avec laquelle Mademoiselle Madeleine Genêt a remporté le deuxième prix au concours institué par la Société des Poètes de Québec.Cette pièce a un charme infini ; on y sent palpiter une âme comprenante et sincère qui a senti la beauté des choses et s'en est éprise profondément.Coup d'Aile C'est l'ardente beauté d'un crépuscule fauve.Le soleil déclinant semble éclabousser d'or L'horizon tourmenté, les monts teintés de mauve, Et le Lac où frémit ce dantesque décor.L'air est humide et doux, fleurant les fraîches mousses, Dans le bois où sans but, je marche le cœur las, Foulant l'étroit sentier, où mille feuilles rousses Avec un frêle bruit, s'éctasenl sous mes pas.La forêt, sourdement, gronde dans la rafale, Comme un orgue géant.Les grands arbres flétris Se défeuillent, courbés sous l'étreinte brutale Du vent, dont l'âpre voix couvre les autres bruits.Dans le ciel qui pâlit, des nuages livides Se bousculent, fuyant comme des gens pressés ; Les feuilles maintenant, se hâtent plus rapides.Semblant courir vers des rendez-vous insensés.Furtives, je les sens me frôler le visage, Toutes tièdes encor d'un reste de chaleur, Et les yeux clos, je crois recevoir au passage, Les baisers attristés de la saison qui meurt.J'en aperçois là-bas, tournoyer en folie, Nerveuses se heurtant, comme pour s'étourdir ; Ivres de liberté, de danses et de vie, Trouvant l'air trop léger et trop doux pour mourir.El ce soir, dans les bois aux senteurs émouvantes.Mon cœur semble soudain plus grand et plus léger ; Mes regrets emportés par les feuilles fuyantes, Je goûte le bonheur infini d'exister ! Je vis ! chante tout bas mon ardente jeunesse, Evoquant le Passé, mes jeunns ans ravis, Souriant au Présent qui mord et qui caresse, Rêvant à l'Inconnu de l'Avenir ! Je vis Pour aimer et souffrir dans la beauté des choses.Jouir intensément et sourire d'espoir A l'extase des nids, à l'Amour et aux roses Et puis me souvenir lorsque viendra le Soir ! Pour le don précieux de mon âme ravie, De mon cœur trop vibrant de tout ce qu'il attend.Et pour m'avoir donné un lumineux printemps.Avec ma jeune foi, je vous adore, â VIE ! M adele1ne genet.Lac Labelle.Emile Chevalier et " La Huronne " L'article de M.Edouard Fabre-Surveyer, juge poui le plus grand bien de la magistrature, et écrivain pour la plus grande gloire de la littérature canadienne, article publié dans la Revue Moderne de février, nous vaut, après la lettre de M.le Chanoine Char lier, que nous avons insérée dans notre livraison de mars, cette mise au point de M.le juge Fabre-Surveyer lui-même: " Au mois de février dernier, la Revue Moderne dévoila à ses lecteuis un de mes péchés d'âge mûr, que j'intitulais : " A propos d'un livre oublié ".Il s'agissait de " La Huronne ", d'Emile Chevalier.Mon article décelait une ignorance du livre et de son auteur.Un ami m'éclaire charitablement en ces termes : " Cet Emile Chevalier, dont vous parlez dans la der-" nière Revue Moderne, n'est pas tout à fait inconnu." Vous trouverez sui lui des renseignements au cours du " chapitre que Lareau consacre au roman dans son " Histoire de la littérature canadienne-française.Vous y " apprendrez que sa Huronne parut en première édition " dans une revue fondée et dirigée par Chevalier lui-" même, à Montréal, en 1852 ; que la Revue, appelée " la Ruche littéraire, vécut environ deux ans ; qu'enfin " le rédacteur rentra en France en 1855, ce qui explique-" rait la " nouvelle édition " à Paris en 1861.Quant au " volume annoncé par cette nouvelle édition, ne serait-ce " pas Vile de Sable, déjà publiée en première édition " aussi dans la Ruche?L'ami Fauteux doit avoir tout " cela à Saint-Sulpice." Un autre me signale la notice de Morgan dans Bibliotheca canadensis ", où l'on trouve qu'un des ouvrages de Chevalier : " L'héroine de Châteauguay ", a été, en 1858, apprécié par le " Leader " de Toronto de la façon suivante : " A pleasing and interesting addition to our native literature ".Honteux de mon ignorance, je feuillette l'index du Bulletin des Recherches Historiques " où je trouve plusieurs renvois à Chevalier, et en particulier un article de M.E.Z.Massicotte, qui débute ainsi : " Quel est le liseur — je ne dis pas le lecteur —qui ignore le nom d'Emile Chevalier ?" Au cas où ce liseur se rencontrerait, je le renvoie au "Bulletin des Recherches Historiques" (IX, 122; XII, 288 ; XIII, 54 ; XX, 200), et surtout à la biographie définitive de M.Massicotte (XX, 157).Ed.Fabre-Surveyer.La Colonne Ionique Elle est comme une jeune fille silencieuse qui médite.Ses rêi'es ont la pureté des lignes géométriques et ses seins mystérieux dessinent des volutes.Elle est digne, elle est grave.Elle est comme une jeune fille devenue statique.Sa chair est faite de marbre et son âme de musique.Hector Valarde. Avril 1926 LA REVUE MODERNE 15 Notes et Echos Par LUC AUBRY UNE PIECE DE THEATRE CANADIENNE.Le théâtre Canadien dirigé par M.Sylvio a attiré toute la semaine du 15 mars dernier, un grand public, avec la pièce intéressante d'un écrivain canadien, M.Alfred Bienvenu, dont nous connaissons déjà les travaux littéraires.Nous félicitons M.Alfred Bienvenu et nous souhaitons que de plus en plus nos auteurs canadiens abordent le théâtre et s'y taillent de substantiels succès.M.Alfred Bienvenu auteur d'une pièce remarquable jouée au " Canadien " avec grand succès." BENVENUTO *'.Deux femmes, mais quelles femmes ! ont osé cette chose énorme de représenter, avec des élèves, un opéra qui a jusqu'ici été interprété par des artistes consacrés, et y ont brillamment réussi.Tout le public réuni au Monument National n'a pas ménagé ses applaudissements enthousiastes, applaudissements qui allaient certes au talent des interprètes, mais qui s'adressaient surtout aux femmes d'élite qui avaient dirigé tous les détails de cette vaste et magnifique organisa tion et en avaient tiré de surprenants résultats.Rentré dans la salle, avec la ferme conviction que ce pauvre " Benvenuto " ne sortirait pas de là sans de nombreuses et cruelles écorchures, j'en sortis positivement ravi, et le mélomane qui s'éveille rarement en moi avait subi le bel et cher enthousiasme.Un ami me narra tout d'un trait la conduite admirable des deux femmes directrices, non-seulement des chœurs, mais encore de l'orchestre de cette représentation.C'est ainsi que j'appris que nombre de leurs musiciens, que leuts moyens restreints retenaient loin de leur art trouvaient en elles de véritables amies, qui, non satisfaites des leçons données gratuitement, lorsqu'elles se trouvent en présence de vraies valeurs, leur procurent aussi les instruments qui leur permet la pratique de leur art favori.J'ai cru bon, en félicitant ces deux femmes artistes, de trahir quelque peu les charités musicales qu'elles accomplissent silencieusement, avec une ferveur qui n'a certes rien de profane et qui comporte de leur part, des sacrifices d'autant plus admirables qu'elles gagnent elles-mêmes leur matérielle et que jamais la bénédiction des grands, sous forme de manne, n'est tombée chez-elles.BRAVO ! La " Patrie " qui améliore sans cesse son service de rédaction, vient de faire en M.Léo Pol Morin une acquisition d'une valeur inestimable.Enfin la musique est traitée par un vrai musicien, et qui déploie dans ses critiques de réelles qualités d'écrivain pour envelopper l'art de dire aux musiciens, aux.chanteurs ce qu'il pense exactement d'eux Quelquefois, il faut savoir lire, et savoir lire notamment M.Morin pour bien saisir même ce qu'il ne veut pas dire, par un souci d'extrême délicatesse.M.Morin a conquis d'emblée une première place parmi les pianistes canadiens, et tout ce talent ne l'empêche nullement d'être journaliste et critique d'art d'une valeur également inestimable.Au moment de mettre sous presse, nous apprenons encore que la " Patrie ", non contente de toutes les lumineuses améliorations apportées récemment dans son service de rédaction, vient d'ouvrir une nouvelle rubrique qui sera consacrée à l'art, et dont M.Fernand Préfontaine aura la seule diiec-tion.Nul choix ne pouvait être plus éclairé ni plus heureux.MAGAZINES AMERICAINS.C'est encore la " Patrie " qui décidément s'octroie le monopole des idées heureuses qui souligne le fait injuste des magazines américains qui empiètent de plus en plus sur les magazines canadiens, tant de langue française que de langue anglaise, sans payer les taxes que nécessitent de tels abus.Le journal propose fort judicieusement au Ministre des Finances du Canada de frapper lesdits magazines dont les Etats-Unis nous infestent, magazines qui ne conviennent nulle- sidérons que cette littérature de pacotille colporte un nombre immense d'annonces qui viennent ici faire une réclame intensive au détriment des industriels et commerçants canadiens, l'on a vite fait de comprendre que nos forces vives sont sapées à leur source même par cette invasion dangereuse.En effet, si les éditeurs de revues et magazines se trouvent spoliés du fait de cette distribution intensive de gazettes et revues américaines, notre commerce en est encore plus gravement frappés.Et si libre-échangiste Madame Albertine Morin-Labrecque directrice artistique de la représentation de " Benvenuto ", opéra de Diaz, qui a été donné, le 11 mars, au Monument National.ment à notre mentalité et font plus de tort que de bien aux lecteurs qu'ils trouvent chez-nous, d'un droit d'entrée de dix sous la livre, ce qui ferait, paraît-il rentrer dans nos finances une somme annuelle de cinq millions de dollars.Le chiffre est tentant.Si nous con- Mlle Jeanne Labrecque qui dirigeait, avec sa sœur, Mme Albertine Morin-Labrecque, la représentation de "Benvenuto", le 11 mars dernier.que puisse être le gouvernement qui nous régit en ce moment, il est trop patriote pour ne pas s'effarer de la répercussion d'une cause qui.en elle-même semble assez anodine, mais qui entraine des résultats désespérants.Nous devons savoir gré à la " Patrie " d'avoir sonné l'alarme, à sa manière vigoureuse et précise, et d'avoir ouvert les yeux à tous ces faux aveugles qui ne veulent rien voir, de crainte que cette vision ne les entraîne vers des réformes qui troubleraient et leur quiétude et leur plaisir.Nous notons également la belle conférence prononcée par M.Paul à l'Association rie Publicité, et qui traitait du même sujet avec une maîtrise qui ne peut étonner de la part du journaliste éminent du " Saturday Evening Post ".I \ HOMME SEUL VAUT QUELQUEFOIS tout un parti.Et c'est à l'heure qu'il est la position qu'occupe l'unique M.Henri Bou-rassa.Il n'appartient à personne ; il est l'élu de son choix, et le député le plus libre de la Chambre.De son siège, il étudie les partis qui se divisent si maigrement le pouvoir, et en politique avisé il analyse le pour et le contre des situations.Les articles dont le " Devoir " a commencé récemment la publication sont tout à fait remarquables, et M.Bourassa y déploie les admirables qualités de clairvoyance, de pénétration et de finesse qui lui ont valu la réputation dont il peut se montrer fier.11 nous est arrivé de critiquer cet homme qu'en certains lieux l'on considère comme une idole, et notre crime a paru en ce moment très-grand.Nous n'avons rien à 16 LA REVUE MODERNE Avril 1926 retirer de ce que nous avons dit déjà parce que nous nous sentions dans la vérité et la justice.Maintenant que M.Bourassa a repris la seule place où il peut autrement qu'avec des écrits et des discours, mais par une action qui sera toujours loyale et éclairée, rendre à sa race les plus importants services, nous serons les premiers à lui rendre les hommages qu'il méritera.Et nous savons d'avance que l'homme politique restera à la hauteur de la tâche qu'il a acceptée de remplir.M.Henri Bourassa député de I.abelle dans le parlement fédéral.AUDITION D'OEUVRES CANADIENNES Madame Jarry, la distingué pianiste, que Montréal connaît bien, organise en ce moment, une audition des œuvres canadiennes des auteurs les plus réputés qui aura un très-grand et très-juste succès.En effet, il convient que de plus en plus, notre public s'intéresse aux œuvres du terroir et leur fasse une large place dans nos auditions.Nous avons eu des compositeurs tels que Alexis Contant, Calixa Lavallée, Lavallée-Smith, Kortler, Chamberland, Couture, Gagnon, Bernier, Beaudoin, I.aliberté, Tanguay, etc., nous en avons tels que Rodolphe Mathieu et Adonai Champagne qui nous font le plus grand honneur, et qui peuvent rivaliser avec bien des auteurs européens.Certaines de leurs pièces ont d'ailleurs eu l'honneur d'être jouées à Paris dans de grands concerts.Madame Jerry a retenu pour cette audition des artistes de renom tels que M.Léo-Pol Morin, M.Jean Béland, Rodolphe Plamondon, Melle Lebel, Dr.Yercheldcn, le quatuor Chamberland.la petite Symphonie de Montréal, sous la direction de M.J.J.Gagnier, et le Chœur de Saint-Jacques, sous la direction du Dr.Fred.Pelletier.Nous félicitons vivement Madame Jarry de sa belle pensée patriotique, et tous ceux qui se sentent canadiens — car il y en a beaucoup qui le sont et ne semblent pas s'en douter — seront au Monument National en avril pour applaudir avec enthousiasme et les compositeurs de chez-nous et leurs merveilleux interprètes.PRO MUSICA.Signalons la naissance à Montréal d'une œuvre qui aura des attaches internationales et destinée à nous amener chaque année les grands musiciens ou chanteurs qui viendront en Amérique, ce qui a pour notre population une aubaine incomparable.Plusieurs personnes ont répondu à l'invitation dès la première réunion qui a eu lieu dans les salons de la Baronne d'Hallewyn et où M.Schmidt, le fameux pianiste, a expliqué le but de la fondation, ses puissantes ramifications et le bien artistique qu'elle était appelée à produire.Les adhésions sont déjà nombreuses et nous ne doutons pas du triomphe d'une œuvre si hautement patronnée, et qui a pour la servir des artistes du pays de la plus haute valeur, et des mélomanes convaincus et sincères que cette fondation enthousiasme fort justement.MESDAMES ! MESDEMOISELLES ! QUE DE SEVERITE ! ! ! Nous publions, dans nos pages féminines de la présente lvraison, les dernières opinions données sur le " jeune homme moderne " et je reste un peu bouleversé du résultat de cette enquête, moi, homme moderne qui ne suis pourtant ni un mécréant, ni un égoïste.Il m'a paru que les opinions de ces messieurs vis-à-vis la jeune fille moderne, avaient pris dans leur très-grande majorité, une tournure bénévole, et de sentir la colère et la rancune gronder dans les réponses, et presqu'unani-mement, de ces dames m'a donné le petit frisson, je l'avoue." Se peut-il que l'on soit aussi méchants que cela ?ai-je demandé à Madame Madeleine, de mon ton le plus consterné.Elle s'est mise à rire tout doucement, et m'a dit : Mon pauvre Luc, je ne comprends rien à ces colères de jeunes filles ou de jeunes femmes, car il est évident que les vieilles se sont tenues à l'écart de la discussion, et c'est dommage, car elles y auraient apporté leur calme et leur tact, sans compter leur expérience.— Mais votre opinion à vous qui connaissez tant de monde, qui recevez tant de confidences, avec qui les jeunes causent si volontiers ?— Mon avis, à moi, est fort favorable à la génération présente, je trouve les gens travailleurs et sérieux.Je constate chez eux, notamment chez les professionnels, un désir de pousser leurs études, et nombre d'eux consentent aux plus graves sacrifices pour atteindre leurs idéal.Je les trouve plus pratiques que leurs devanciers, infiniment plus camarades avec les jeunes filles que les jeunes gens d'autrefois ne se le seraient permis, mais tout cela se passe gentiment, poliment, sans accroc.Et puis ils apprécient mieux leurs compatriotes et sont plus fiers de leur race.Le talent de quelqu'un des leurs les ravit, ils sont prêts à se réjouir de tout ce qui arrive d'heureux à leurs collègues et à mesure que la vie nationale s'élargit de façon à faire une place à tous ceux qui ont de la valeur, il semble aussi que l'esprit de jalousie et de lutte diminue et s'apaise.Enfin je vois peut-être toute cette jeunesse qui m'intéresse à travers des lunettes roses, mais les jugements ultra-sévères de nos jeunes filles n'ont pas réussi à entamer mes tenaces certitudes qui sont peut-être des illusions ! Qu'importe tout cela vieux Luc, cela n'empêchera pas ces petites enregées d'aimer de tout leur cœur le jeune Canadien promu à leur bonheur, et à ce moment, c'est à moi qu'elles confieront qu'elles ont changé d'idée ".Il n'y a pas à dire, je comprends qu'on prie, de presque toutes les latitudes, Madame Madeleine, de consoler sa peine, elle met du baume sur toutes les blessures, même sur celles de l'amour-propre d'un vieux garçon comme Luc Aubry.DANS NOTRE PROCHAIN NUMERO.Nous commencerons un roman à suivre, œuvre de M.Henry Bordeaux, et que nous qualifions volontiers du meilleur roman de cet auteur qui en a écrit pourtant de bien jolis.Dans celui-ci, intitulé : " Les Jeux Dangereux ", et qui est le dernier-né du fameux romancier, M.Henry Bordeaux ne se contente plus de nous tracer le caractère de deux héros, mais c'est toute une société qu'il dépeint et avec un coloris charmant, une précision d'observation, dans une vie pleine d'animation et d'incidents, mais où chaque incident prend sous la plume du célèbre académicien une situation de premier plan.Nos lecteurs comme nos lectrices apprécieront ce roman que nous leur servirons par tranches, il est vrai, mais par larges tranches et qui occupera pas plus de quatre ou cinq éditions de notre revue.Le roman complet est un roman délicieux comme Léon de Tinseau sait en écrire et s'intitule : " La Lampe de Psyché ", œuvre sentimentale et fine qui plaira, nous le savons à tous les amis de la belle et bonne lecture.Nos articles de fond, nos Nouvelles, nos Notes et Echos, nos pages féminines seront soignées avec le plus grand soin, et cette prochaine revue promet à tous des moments heureux.Luc Aubry.Pour Rire Un vaudevilliste assez malheureux en ménage avait donné une saynète qui avait grandement réussi.On causait de ce succès, et quelqu'un disait : — Ce garçon débute à merveille.Sa pièce est bourrée de traits.— Parbleu ! s'écrie Barrière, il aura mis dedans tous ceux qui sa femme lui a faits ! o o o Febvre disait, en parlant d'une artiste dont les yeux sont aussi grands que ternes : " Ses yeux ressemblent à des lanternes d'omnibus qu'on a oublié d'allumer." o o o On parlait devant S., d'un jeune gom-meux doté d'énormes pieds longs et plats.— Ce ne sont pas des pieds, dit S., ce sont des planches dans lesquelles on a vissé des tibias.o o o Instructions d'un concierge à son fils : " Pour le premier étage, mon fils, salue toujours en t'inclinant et en tenant ta casquette à la main." Pour le second, découvre-toi seulement." Pour le troisième, la main simplement portée à la visière." o o o Dialogue entre un concierge et un aspirant locataire.— Combien votre appartement ?— Mille francs ; mais vous savez, le propriétaire ne veut pas d'enfants dans la maison.— Je suis célibataire.— Alors c'est convenu.Quelques jours après, le locataire manque d'écraser dans l'escalier une bande de marmots.Il demande naturellement au concierge ce que fait là cette marmaille, puisqu'il était convenu qu'on ne recevait pas d'enfants dans la maison.— Ça, Monsieur ?répond le concierge, oh ! c'est pas des enfants.c'est les fils du propriétaire ! Avril 1926 LA REVUE MODERNE 17 Les Beaux Usages — -o Pri riser C'EST une nouvelle qui court insidieuse, mystérieuse parmi les salons et les bars, les courts de tennis et les loges de théâtie : on assuie que les femmes, lasses de fumer, se décideiaient à prisei.Au premier abord, on ne peut se défendre d'une certaine surprise, d'un vif émoi.Hé quoi ! les Parisiennes fines et délicates, les mondaines aux gestes giaciles et dont les raffinements exquis enchantent le monde, toutes ces déesses, ces muses délicates consentiraient à introduire dans leurs fines narines rosées, la poudre sternuatoire ?Et cependant nos aïeules en usèrent avec passion, sans modération.Notre charmant et désinvolte dix-huitième siècle, élégant et musqué, nous offrit ce spectacle curieux des belles dames en paniers soyeux se passant leur tabatière.On prisait à Versailles malgré la majesté du lieu et la grandeur du Roi.Le duc d'Harcourt et le maréchal d'Huxelles étaient célèbres par la prodigalité avec laquelle ils parsemaient leur jabot de grains de tabac.Les femmes également adoptèrent cet usage.Vers 1830 nos grands-mères n'avaient-elles pas repris goût à cette passion ?Réfléchissez un instant.Cette mode n'est pas dépourvue d'une certaine grâce.Les belles marquises n'avaient pas tardé à créer un rituel délicat pour manier ces charmantes tabatières ciselées, peintes, décorées, serties de pierres précieuses.Il existait toute une science subtile pour sortir sa tabatière, la secouer légèrement, l'ouvrir, la refermer d'une main après avoir prélevé une pincée de tabac, rester un moment immobile, humer l'air environnant, placer la poudre dans la narine, en respirer tout l'arôme.Il est bien certain que les élégantes de notre époque sauront encore modifier ce protocole et l'enrichir de grâces nouvelles.Les femmes savent poétiser leurs moindres gestes : la duchesse de Bourgogne se montrait charmante lorsqu'elle allait avec ses demoiselles d'honneur fumer la pipe au corps de garde.Les dames vont donc priser.Et, inévitablement, des industriels ingénieux vont leur fournir du tabac parfumé.Car il y a l'odeur, la fâcheuse odeur ! Bientôt nous connaîtrons sans doute le tabac à la rose, au chypre, au musc ou à la berga-motte.Et puis nous reverrons sans doute de charmantes tabatières au goût du jour qui rivaliseront avec ces bibelots délicats que les collections célèbres ont rassemblés.Et ce seront les tabatières émaillées de Genève, le carton vernissé d'Alsace, l'humble et démocratique queue-de-rat, les tabatières niellées de Russie, les boîtes émaillées de Sarreguemines, le bois d'Ecosse, l'écaillé demi-feuille, que sais-je encore ?Attendons avec anxiété la tabatière du jour.On saura bien la dissimuler adroitement dans le sac-dancing avec le poudrier, la houppette et le bâton de rouge.Acceptons ces nouveaux destins : les dames vont priser.Souhaitons seulement qu'elles en usent avec modération et parcimonie.Un rien de poudre c'est charmant.Mais éter- nuer sans mesure peut paraître déplaisant.Suivons le conseil de cette chanson du temps passé qui dans un rapprochement inattendu proclamait : Tabac et tendresse se ressemblent fort bien Beaucoup peut faire mal, un peu ne \gâte rien ! Réjouissons de ces temps nouveaux.Il sera sans aucun doute fort plaisant de voir dans les salons mondains les dames manier avec charme et grâce la tabatière à la mode, le nouveau bibelot du jour.Pierre de Trevieres.lUuitrations dt "La Ftmmt dt Franct " 18 LA REVUE MODERNE Avril 1926 SUR L'ART VOCAL Par SALVATOR ISSAUREL FAIRE " chanter " les gens, au sens péjoratif du mot, c'est engendrer, à coup sûr, la mauvaise humeur.Mais faire chanter, au bon sens du mot, c'est répandre de la joie dans le monde." La Société des nations s'en avisera peut-être un jour." Si les nations chantaient mieux et plus souvent, elles ne songeraient pas à faire la guerre.La musique adoucit les mœurs.et le chant, les maux.Chanter sa douleur, c'est un peu la faire évaporer dans l'air, c'est en jouir pour ainsi dire.La joie inexprimable s'exprime aussi par le chant.L'ouvrier qui travaille en chantant, aime son métier.Sur les ailes du chant, les soucis s'envolent.Le chant religieux est la prière par excellence.Chanter, c'est se sentir vivre, c'est faire parler son âme.Le chant est la splendeur du verbe, expression de la vie.Aussi, le chant est-il la forme la plus répandue de la musique.On chante partout, au pays des Esquimaux comme à l'équateur.Avant d'articuler des mots, le bébé commence par gazouiller dans son berceau.Un mythe a voulu que les cygnes chantassent avant de mourir, mythe poétique dont s'est enrichie la langue courante.* * * Tout le monde chante, ou à peu près, mais les vrais chanteurs, on le sait, sont rares.Bien parler n'est pas l'apanage de tous, à plus forte raison, bien chanter.Outre la prononciation correcte et l'articulation nette qu'implique l'expression " bien parler " le " bel canto " comporte des difficultés malheureusement insoupçonnées des audacieux qui prennent le " hurlage ", pardonnez-moi l'expression, pour le chant.Il ne suffit pas d'avoir de la voix pour chanter ; encore moins pour s'intituler chanteur ou artiste (!).La nature accorde parfois une voix sonore à des sujets dépourvus de toute musicalité et de tout instinct du chant.Dans l'introduction d'Une année d'études, manuel théorique et pratique, ouvrage admirable qui livre à ceux qui savent le comprendre et s'en servir le secret du chant, Faure dit au sujet des voix : " Une grande voix est-elle indispensable pour réussir au théâtre ?" Non.Il ne saurait y avoir de doute à ce sujet.En effet, combien de chanteurs ayant à lutter avec des artistes infiniment mieux doués qu'eux sous le rapport de l'éclat et du volume de la voix, les ont néanmoins surpassés par le charme, la douceur et l'expression de leur talent." Une grande voix n'est donc pas indispensable pour aborder la scène "." Ce qu'il faut rechercher avant tout dans un élève, c'est une vocation véritable et des aptitudes sérieuses, un travail assidu et bien dirigé devant amener forcément le développement de la voix." Cela est encore plus vrai du chanteur de concert, du chanteur d'église ou du chanteur' de salon, que du chanteur d'opéra.La beauté du timbre passe avant le volume, et la science du chant avant même la beauté du timbre." Un travail assidu et bien dirigé " amène " forcément le développement de la voix ", dit Faure, appuyé sur l'expérience.Hélas ! une triste expérience nous apprend aussi que le manque de travail et de direction, que l'ignorance ou la méconnaissance des lois du chant amènent aussi forcément, d'abord la fatigue, puis la perte de la voix.Çe sont les " mauvaises " voix qui arrivent, qui sur- vivent.Cette affirmation paraît un pur paradoxe.Mais voyez Clément, voyez Maurice Renaud, voyez Francell et bien d'autres et voyez ce qu'il advient des grandes voix sorties du Conservatoire.La plupart du temps, ces étoiles commencent par jeter un éclat intense, puis, vont en s'éteignant.Les autres voix, les " mauvaises ", bien dirigées et fortifiées par le travail, brillent de plus en plus comme une planète qui se rapproche et scintillent longtemps au firmament de l'art.Pourquoi cela ?Le chanteur à l'organe médiocre est obligé de travailler constamment, méthodiquement et intelligemment.Pour obtenir des résultats, il est tenu de respecter l'hygiène de la voix.Chez lui, les moindres défauts d'émission apparaissent comme les moindres cailloux au fond d'un petit ruisseau.Mais une grande voix comme une rivière a moins de transparence.Au printemps de la vie, alors que la " grande voix " coule à pleins bords, les défauts d'émission sont presque imperceptibles.Ils ne semblent pas entraver la nappe sonore.Mais lé tronc d'arbre ou l'obstacle quelconque, invisible dans la rivière au printemps, émerge quand l'eau baisse, accumule les débris et finit par dévier le cours d'eau raréfié.Le ruisseau clair, si l'on prend soin de démolir les barrages, coule toujours et grossit d'année en année.Le jeune chanteur qui fatigue sa voix se remet de sa fatigue en une nuit.Le lendemain, l'organe est frais.Le téméraire se flatte de perpétuer indéfiniment les mêmes abus.Erreur.A mesure que la jeunesse fuit, l'enrouement vient, le registre se rapetisse, l'effort s'impose de plus en plus, des " trous " se font jour, la voix se perd.Lilli Lehmann, l'artiste parfaite, auteur de cet ouvrage classique : Mon art du chant, affirme que le bon chanteur ne perd pas l'usage de son talent, même momentanément." Un bon chanteur ne peut jamais perdre la voix.Des émotions, de forts rhumes peuvent momentanément porter atteinte à ses moyens vocaux, ou les compromettre grièvement.Mais seuls ceux qui chantent sans être conscients de leurs organes ont lieu de s'inquiéter ; ceux qui savent s'en tireront toujours plus ou moins facilement, et par la gymnastique vocale seront sûrs de remettre leur voix en bon état." D'où l'importance primordiale des études et d'un bon entraînement journalier.C'est la base de la carrière du chanteur.Passer outre, c'est construire sans fondations, c'est se vouer à une catastrophe.Le malheur, c'est que la voix est un instrument dont même les ignorants peuvent jouer ! Si l'organe est excellent, il rend de beaux sons, même aux mains d'une personne inexperte.Cette sonorité n'est pas ce qu'elle pourrait être et elle s'obtient au détriment des cordes vocales, mais le chanteur n'en a pas d'abord conscience.L'impunité première, le succès relatif de son audace enfonce le novice dans une impénitence fatale.Au contraire, aucun instrumentiste ne songerait à devenir virtuose sans connaître à fond son instrument.Il faut des années de pratique au pianiste, au violoncelliste, au violoniste pour acquérir une sonorité agréable, pleine ou veloutée.Certains élèves de chant, après quelques mois d'études, parfois peu sérieuses, s'imaginent n'avoir plus rien à apprendre.Faut-il s'étonner que la voix se ruine en pareil cas?La voix est le plus merveilleux mais le plus délicat des instruments.Consultez un traité de physiologie, éludiez la nature et la posi- Avril 1926 LA REVUE MODERNE 19 tion des cordes vocales dans le larynx et vous comprendrez quels effets produisent sur ce délicat organe la pous6ée de l'air lancée à pleins poumons par le chanteur qui " force sa voix " ! Qu'est-ce, si la contraction se joint à la poussée ?Le larynx résiste étonnament au surmenage, mais il y succombe tôt ou tard.Les pianos et les instruments à corde malmenés comme les larynx crieraient vite leur fatigue.Et un piano et un violon ne dépendent pas de la respiration, fonction elle-même de l'état de l'organisme et des nerfs, et du réseau de muscles et de nerfs qui commandent le jeu vocal.Le trac ne leur imprime pas de contractions involontaires, invincibles.Muscles de l'abdomen et du diaphragme qui donnent l'appui à la voix, muscles qui dirigent et règlent la respiration, série de muscles du larynx, muscles de la face, de la bouche, de la langue, du voile du palais, combien de muscles président à l'émission du moindre son et quel travail de coordination exige la formation du moule sonore appropriée à chaque syllabe et chaque note, sans compter le travail de la mémoire et des yeux et de l'expression musicale ! L'art du chant est un art complexe, celui dans lequel s'affirme par excellence la maîtrise de soi.Il possède par là une grande valeur éducationnelle, outre sa valeur hygiénique incontestable (mécanique respiratoire et satisfaction morale).Dans le chant, on a toujours quelque chose à apprendre.Citons encore la grande Lilli Lehmann : " De même que beauté et tenue du son ne consistent point en la force de pression du souffle, la force des organes nécessaires au chant ne consiste pas non plus en roidissement convulsif, mais en cette susceptibilité de contraction et détente, d'une élasticité de serpent, que doit posséder en pleine conscience un artiste de chant.L'étude à laquelle il faut s'astreindre pour cela remplit toute une existence : non seulement parce que le chanteur doit toujours aller se perfectionnant dans les rôles de son répertoire, même après les avoir interprétés durant des années, mais parce qu'en poursuivant sa carrière il doit s'imposer des tâches dont la réussite requiert encore plus de puissance, encore plus de force, et par conséquent impose une nouvelle étude." " QUI NE PROGRESSE PLUS, RECULE " Pour en finir avec ces définitions judicieuses mais qu'on trouvera peut-être un peu arides, rappelons que Rameau avait déjà écrit avant Lehmann : " Pour bien chanter, il faut prendre la peine de n'en prendre aucune." Et explique Vernaelde : " Qu'a-t-il entendu exprimer par là ?Tout simplement qu'au point de vue de l'émission, ce qu'il faut c'est de la souplesse, de la souplesse et encore de la souplesse." La souplesse ne s'acquiert que par le travail méthodique, le travail persévérant.Il ne faut pas craindre de multiplier les exercices.Au comble de la gloire et de sa réputation, Faure, le grand baryton, commençait à en faire à six heures du matin.Et il travaillait toute la journée.Ce grand artiste recommandait aux élèves de n'aborder les morceaux qu'après plusieurs mois d'exercices spéciaux.Mais au siècle de l'automobile, on veut aller vite en besogne et fabriquer des artistes à la vapeur.* * * Chanter, c'est travailler au bonheur de l'humanité ; chanter bien ! Nous avons malheureusement tous entendu dans notre vie, des gens au nez sonore ou à la gorge " d'animal égorgé ", dont on pourrait dire qu'il devraient être muets ou grenouilles dans un marais.Outre la façon de chanter, il faut considérer ce qu'on chante.De même qu'un " hurleur " ennuie les voisins au lieu de les charmer ou de leur faire voir la vie rose.Nous n'incitons pas la Société des nations à propager des chants de haine comme l'Internationale ou la Carmagnole ou même d'inoffensives platitudes.Une platitude n'est jamais inoffensive.Le laid prend la place du beau, comme une mauvaise herbe, celle du bon grain.Un ironiste a dit que ce qui ne vaut pas la peine d'être dit, on le chante.A voir dans l'univers entier le succès de tant de fadeurs et de sottises, plates paroles qui prennent leur envolée sur les ailes vermillon d'une mélodie rococo, les pessimistes seraient tentés de dire : c'est vrai.Heureusement qu'il n'en est rien.Le vrai chant a pour mission d'exprimer les émotions et les sentiments que la parole toute unie est impuissante à rendre.Il y a que ce chant-là qui compte.C'est le seul digne de son nom.Il occupe une large place à Montréal.Les Canadiens-français ont le goût et l'instinct du chant.Les belles voix abondent.Ce ne sont pas les dons qui manquent, mais plutôt le travail persévérant et bien dirigé.D'année en année, l'art vocal se développe.La crise économique qui raréfie les tournées d'opéras et les récitals d'artistes étrangers paraît stimuler les énergies.On compte sur soi.Les artistes locaux se font entendre plus souvent.Diverses sociétés chorales rivalisent.La Société d'opérette révèle au public les sujets qui ont des aptitudes pour la scène et elle s'affermit.C'est bon signe.Avant peu Montréal aura tous les éléments d'une troupe d'opéra.Le goût pour l'opéra n'est pas à créer, il existe déjà.On l'a vu en 1910 et depuis.Le beau chant français repoussera la musiquette américaine qui envahit le peuple.L'encourager et l'aimer, c'est servir la civilisation française sur ce confinent, la civilisation tout court.Les chanteurs ont un autre devoir que de recevoir les applaudissements du public, ou de lui plaire.Ils sont les éducateurs et les défenseurs du goût ; les serviteurs de l'Art.SALYATOR ISSAUREL.MIA ISOLA (Mlle M.A.Bi.lanclk,) Collaboratrice au " Soleil," et membre de la "Société Symphoniquc" dé Québec. LA REVUE MODERNE Avril 1926 NOS GRANDES FAMILLES CANADIENNES La F ami lie d'Ailleb oust (Suite) C'EST à la suite de ce voyage que, frappé du sage tempérament [que mettait M.de Musseaux dans tous 'ses rapports avec les sauvages, M.d'Argenson, successeur de M.d'Ailleboust dans le gouvernement de la Nouvelle-France, songea à le demander à la Cour pour son Lieutenant." Il est absolument nécessaire, écrivait ce haut fonctionnaire, que j'aye sous moi deux personnes à qui je puisse laisser le commandement, lorsque je suis obligé de quitter Québec, et même que je puisse envoyer contre les Iroquois.L'une d'elles commanderait à ma place, et je destine pour cela M.d'Ailleboust de Musseaux devint le second du Gouverneur, position qu'il garda jusqu'en 1663.Pour les mettre à la raison, M.de Tracy, alors Gouverneur-Général, se décida à aller les attaquer dans leurs cantons.M.de Musseaux, avec M.Lemoyne et quelques autres, fut chargé de commander le Corps de troupes de Villemarie.Mieux combinée que celle qu'avait entreprise M.de Courcelles, cette expédition eut tout le succès possible.De retour à Villemarie, M.de Musseaux re- prit ses fonctions de Juge.A la vérité, dans ces temps où les crimes étaient rares, la justice avait peu de chose à faire.Cependant, en 1668, divers particuliers s'étant rendus coupables de vol, il les condamna à être exposés sur la place publique avec un écriteau sur la poitrine, et, de plus, à soixante livres d'amende.Deux ans après, quelques sauvages ayant été assassinés, M.de Musseaux porta contre les meurtriers une sentence de mort, et, en attendant qu'on pût se saisir de leur personne, les fit brûler en effigie.Tant de services ne pouvaient rester sans récompense.Aussi, en 1672, les Seigneurs de l'Ile de Montréal voulant donner à M.de Musseaux une preuve de leur satisfaction, lui firent une large concession de terres sur le lac des Deux-Montagnes.Ne voyant dans cette gratification qu'un motif de plus de s'acquitter dignement des devoirs attachés à sa charge, M.de Musseaux y donna plus que jamais toute son application, ce qu'il fit jusqu'à sa mort, arrivée quelques mois après, le 20 novembre 1700, alors qu'il était dans sa soixantième année.Par contrat du 3 septembre 1632, M.de Musseaux avait épousé, à Québec, Melle Catherine LeGar-deur de Repentigny, fille de Pierre LeGardeur de Repentigny et de Dame Marie de Favery.De ce mariage sont nés neuf enfants qui j.Cartier montcalm — beauharnais duquesnb De la Galissonniere — De Vaudrecil ont été la souche des belles familles de Musseaux, de Coulonge, de Périgny, d'Argenteuil, de Mantet, et ont fourni au Cloître des religieuses distinguées.I.Jean-Baptiste d'Ailleboust, sieur de Musseaux.— M.Jean-Baptiste d'Ailleboust, sieur de Musseaux, fils I aîné de M.de Musseaux, entra d'abord dans le service et devint lieutenant.Ayant tourné ensuite ses vues du côté de l'agriculture, il se fit concéder, en 1680, sous le gouvernement de M.de Frontenac,' à titre de fief, deux lieues de terre, à partir du Long Sault, la rivière du Nord y comprise, et en descendant vers Montréal, sur quatre lieues de profondeur.Son intention, en acquérant cette Seigneurie, était, à l'exemple de son grand-oncle, d'y faire des défrichements, et d'y former ensuite des établissements, ce qu'il réalisa en partie.M.de Musseaux épousa Melle Anne Picard et laissa une nombreuse postérité.Marie Catherine, sa fille aînée, épousa M.Gode-froy, sieur de Linctot, Capitaine d'une Compagnie des troupes de la Marine ; — Philippe, son cinquième fils, devint prêtre et fut Curé de Repentigny ; — Félicité Josephte, la septième fille, épousa M.Nicolas-Auguste Guillet de Chaumont, notaire royal ; — Ignace René, sieur de Périgny, son sixième fils, épousa Melle Marguerite Josephte Coureau de la Cote, et eut six enfants ; — Charlotte, la plus jeune de ses filles, épousa M.Jacques Barsalou, garde-magasin du roi ; — Nicolas, sieur de Musseaux, son dernier fils, épousa Melle Louise Trottier des Rivières.II.Louis d'Ailleboust, sieur de Coulonge.—M.Louis d'Ailleboust, sieur de Coulonge, frère cadet du précédent, s'est rendu recomman-dable par le zèle qu'il mit à faire maintenir les enfants de Pierre, son frère, dans leurs titres de noblesse.M.de Coulonge épousa aussi une Demoiselle Picard, et en eut six enfants, parmi lesquels Louis Hector, qui fut père de quatre enfants, et Louis, qui, ayant épousé Melle Miré de l'Argenterie, sœur de la mère de Melle Le Ber, devint oncle du Chevalier Benoist, au mariage duquel on l'a vu assister en 1743.III.Paul d'Ailleboust, sieur de Périgny.—M.Paul d'Ailleboust, sieur de Périgny, autre fils de M.C.de Musseaux, né le 15 mars 1661, ayant embrassé la carrière des armes, devint successivement Lieutenant en 1691, Capitaine en 1713, et reçut la Croix de St-Louis, le 20 mers 1734.Plvsieurs anrrcs Avril 1926 LA REVUE MODERNE 21 avant de recevoir cette dernière distinction, en 1693, M.de Périgny avait obtenu à titre de fief, l'Ile du Grand Menane, d'environ quatre lieues de tour, située en Acadie, à l'entrée de la Baie Française.M.Périgny mourut à Montréal, le24juin 1876.Il avait épousé Mlle Louise Marganne de la Valterie.Il en eut trois enfants : Hector-Louis, Louise-Catherine et Thérèse-Judith.Cette dernière épousa M.Hertel de Montcour, Enseigne dans la Marine, et mourut le 2 avril 1738.IV.Pierre d'Ailleboust, sieur d'Argenteuil.—M.Pierre d'Ailleboust, sieur d'Argenteuil, frère du précédent, étant aussi entré dans le service, parvint également aux grades de Lieutenant en 1691, et de Capitaine en 1710.Il mourut peu de temps après, laissant une veuve, Madame Louise Denis, fille de Pierre Denis, sieur de la Ronde, et de Dame Marie-Catherine LeNeuf, et onze enfants, ceux-là même pour lesquels M.de Coulonge, leur oncle, obtint la confirmation des titres de noblesse, ainsi qu'on l'a vu.Charles-Joseph, l'aîné de ses enfants, servit comme Enseigne à l'Ile Royale, et épousa à Louis-bourg, en 1628, Melle Josephte Bertrand, fille de François Bertrand et de Dame Jeanne Giraudet, de Plaisance, veuve du Capitaine Gabriel de Viljoin.Il mourut en 1759, après avoir été fait Lieutenant du Roi et Chevalier de St-Louis, et laissa deux enfants : Pierre-Antoine et Jean-Charles.—Charles-Jean, troisième fils de M.d'Argenteuil, après avoir servi comme Enseigne dans les troupes du Canada, passa dans les Iles d'Amérique, où il devint Lieutenant et reçut la Croix deSt-Louis.—Louis Gordian, sieur de Cuisy, un autre de ses fils, après avoir épousé, en 1755, Melle Marie Madeleine de Jon-caire, se remaria à Melle Marie-Josephte Baby Chenne-ville, et mourut en 1772, après s'être signalé dans la première guerre contre les Américains.—Hector-Pierre, sieur de Villemer, frère des précédents, épousa à Louis-bourg, en 1726, Melle René Daccareth.Peu d'années après son mariage, il fut fait prisonnier par un corsaire anglais, avec sa femme et ses enfants, et conduit à Gênes, d'où il ne parvint à revenir à St-Domingue qu'avec une peine extrême.—Paul-Alexandre, sixième fils de M.P.d'Argenteuil, après avoir servi dans les troupes, mourut le 11 décembre 1782.Il avait épousé Melle Thérèse Fournier du Vivier, dont il eut cinq enfants, parmi lesquels Gabrielle, qui devint Religieuse Hospitalière.— Philippe, sieur de Cerry, frère du précédent, devint Capitaine des portes à Québec en 1748.V.Nicolas d'Ailleboust, sieur de Mantet.—M.Nicolas d'Ailleboust, sieur de Mantet, cinquième fils de M.C.de Musseaux, né en 1663, fut un intrépide guerrier.A la tête de l'un des trois Corps de troupes envoyées par M.de Frontenac en 1690 contre la Nouvelle-Angleterre, il attaqua Corlar, de concert avec M.Le Moyne de St-Hélène, et tailla en pièces tout ce qui fit résistance, ne perdant que vingt hommes.C'est à ia suite de cette brillante expédition qu'il fut promu au grade de Lieutenant, et peu après celui de Capitaine.De son mariage avec Melle Denis, il eut plusieurs enfants, Marie-Françoise, la seconde des filles, épousa M.Jean-Baptiste Jarret, sieur de Verchères.—Charlotte, sœur de la précédente, contracta mariage avec M.Morganne de la Valterie, Capitaine d'Infanterie et Chevalier de St-Louis.—Antoine Gabriel, fils aîné de M.de Mantet, après avoir épousé Melle Marie Louise de Villedenay qui lui donna six enfants, se remaria en secondes noces, au mois de février 1742, avec Dame Marie Thérèse Duchesnay, veuve de M.Denis de Vitré, sieur de St-Simon, de Beauport.— Catherine, sœur du précédent, épousa M.Jean-Baptiste Charly, Colonel des Milices de Montréal, et eut un fils qui épousa Melle Louise Lienard de Beaujeu.—Marie-M ideleine, une autre des filles de M.N.de Mantet, épousa M.Levreau, Lieutenant dans les troupes, et mourut à l'âge de 80 ans, le 10 avril 1782.Pendant que M.Nicolas d'Ailleboust, sieur de Mantet, se distinguait ainsi à l'armée et devenait chef d'une nombreuse famille, Catherine, une de ses sœurs, née en 1668, épousait, le 18 février 1702, M.Nicolas Daneau, sieur de Muy, Capitaine renommé.Une autre, Elizabeth, d'autres disent Madeleine, née vers 1673, se faisait Religieuse.C'est ici le lieu de dire un mot de ces âmes d'élite, qu'a donné au Cloître l'illustre famille d'Ailleboust.La Mère de Sainte Croix.—La première de cette famille qui embrassa la vie religieuse, fut Melle Elizabeth d'Ailleboust.Après avoir commencé son éducation à Villemarie, sa ville natale, elle alla la compléter à Québec chez les Dames Ursulines, où elle prit le goût du Cloître.Ayant obtenu de ses parents la permission de quitter le monde, elle retourna s'enfermer chez les Ursulines.C'est là que pendant 51 ans, sous le nom de Mère de Sainte Croix qu'elle avait pris pour honorer la Passion de Notre Seigneur, elle ne cessa de donner l'exemple des plus solides vertus.Après avoir suivi tous les exercices de la Communauté, jusqu'à ses derniers moments, elle s'éteignit doucement, le 4 septembre 1739, à l'âge de 70 ans, laissant toutes ses compagnes embaumées du parfum de ses vertus.La Mère de Saint Nicoles.—Melle Marie-Joseph d'Ailleboust, seconde fille de M.Nicolas de Mantet, et nièce de la Mère de Sainte Croix, fut une autre fleur charmante que Dieu se plut à retirer du monde, pour la placer dans le parterre de ses épouses privilégiées.Elle succomba lors de l'épidémie de 1749, dans la 48ème année de son âge.Déjà une autre de ses sœurs, Religieuse à l'Hôpital Général de la même ville, sous le nom de Sainte Clotilde, l'avait devancée de quatorze ans dans la tombe et était allée l'attendre au Ciel.La sœur Marguerite d'Ailleboust.—Villemarie ne devait rien avoir à envier à Québec.Mlle Marguerite d'Ailleboust, autre rejeton de la noble famille, était entrée à l'Hôtel Dieu ; après avoir achevé son Noviciat, elle fit profession le 27 avril 1695.L'Hôtel-Dieu ayant été détruit par l'incendie, la cérémonie eut lieu à l'Eglise paroissiale, en présence d'un grand concours de personnes.Il y avait 37 ans que cette Religieuse parfaite se dévouait avec la tendresse d'une mère au soulagement des malades, lorsqu'une épidémie des plus désastreuses, apportée par les vaisseaux du Roi et communiquée par un soldat, éclata à l'Hôtel-Dieu.Vainement on chercha à empêcher les bonnes Religieuses de soigner les pestiférés : elles ne voulurent jamais y consentir.Neuf d'entre elles succombèrent.De ce nombre fut la Sœur d'Ailleboust : elle mourut au milieu d'atroces douleurs, heureuse de sacrifier sa vie pour ses frères.Sa perte fut d'autant plus sensible, qu'à une grande piété elle joignait un caractère aimable qui la faisait chérir de tout le monde.La Sœur Gabrielle d'Ailleboust.—Un autre fruit de grâce que produisit cette famille bénie, se vit dans la personne de Melle Louise Gabrielle d'Ailleboust, petite-fille de M.P.d'Argenteuil.Elle embrassa la vie religieuse à l'Hôtel-Dieu, six ans seulement avant la conquête.Après avoir rempli divers offices avec une perfection sans égale, la Sœur Gabrielle devint Assistante et enfin Supérieure, charge qu'elle exerça pendant 18 ans.Cette digne Religieuse était dans sa quatre-vingtième année, lorsque Dieu l'appela à lui, le 30 juin 1811.Ainsi, remarquable par les hommes distingués qu'elle a donnés, la famille d'Ailleboust ne fut pas moins féconde en femmes de mérite.Le Canada possède encore plusieurs descendants de cette famille, répandus dans le comté de Laval.Suivant diverses publications asaej récentes, il en existe également en France. 22 LA REVUE MODERNE Avril 1926 Parfums Supérieurs de GODET Société au Capital de 1,400,000 frs.Neuilly-Paris.PRIX DE VENTE Petite Fleur Bleue 1 Oz.Flacon réclame.$1.00 1 " " cristal.2 30 2J " " cristal.5.25 5 " " Baccarat.11.20 Porte Fleurs.9.50 Sous Bois J Oz.Flacon réclame.1.00 1 " " " .1.25 2 " " cristal.2.70 4 " " " .4.50 Divinité — Chypre 1 Oz.Flacon Petit Modèle.2.30 2J " " Luxe.5.25 Rose Ambrée, Parmi les Fleurs, Gentil Muguet, Le Gardénia,.Brindilles, Violettes de Nice.1 Oz.Flacon Petit Modèle.1.25 2 " " Luxe.1.95 EAUX DE TOILETTE Petite Fleur Bleue, Le Chypre de Godet, Rose Ambrée 9 Oz.4.10 Sous Bols, Gentil Muguet, Parmi les Fleurs 5 Oz.2.15 9 " .3.25 LOTIONS 7 Oz.Petite Fleur Bleue.2.70 4 " Sous Bois.1.25 7 " Sous Bois.2.60 POUDRES No.50 Petite Fleur Bleue.0.75 1950 Ecrin 0.95 250 Sous Bois, Parmi les Fleurs, Gentil Muguet, Rose Ambrée.0.95 CREME TRESOR DE BEAUTE Pot Grand Modèle.0.95 Tube pour le Sac.0.25 En vente dans toutes les bonnes Pharmacies.Agents Exclusifs pour le Canada: Canada Import Company 14 Carré Phillips, Montréal TELEPHONE : LANCASTER 7614 Avril 1926 LA REVUE MODERNE 23 L'Or P ur Par MARY HELLA PREMIERE PARTIE ETINCELLEMENT ET TENEBRES " S'aimer, c'est se comprendre." I On était à la fin de mai 1904.La fertile plaine d'Orgon en Provence, étalait au soleil levant les richesses de ses immenses jardins unies aux beautés agrestes des Alpines, ces montagnes grandioses dans leur petitesse, dont les sommets crayeux s'érigent en dentelures tantôt hardies et bizarres, tantôt fines et onduleuses, sur le ciel profond, et dont les flancs se strient de ravines odorantes où croissent à plaisir la férigoule et le romarin, la lavande et le serpolet.Une forte pluie d'orage tombée la veille avait abattu ia poussière des chemins et rafraîchi la température.Dans la campagne, tout semblait plus vert, plus jeune, plus pimpant, et l'atmosphère débarrassée des milliers d'atomes qui l'embrumaient, laissait transparaître avec une netteté admirable un relief saisissant, les horizons les plus lointains.Sur la route nationale ombragée de vieux platanes, on entendait, se mêlant aux joyeux drelin, drelin, des grelots, une voix fraîche légèrement chantante, redire par intervalles : — Allez !.Hop, Mouret !.Nous sommes en retard.Le petit poney ainsi émoustillé agitait mu-tinement ses oreilles — en signe de protestation — mais trottinait avec une ardeur nouvelle entraînant sans effort la charette anglaise à moitié remplie de fruits et de fleurs, et dont le siège était occupé par deux femmes en costume arlésien.S'il trottait docilement, le petit poney, ce n'était pas qu'il eût peur du fouet.Ah ! certes, non ! La douce main qui le guidait n'en usait jamais à son égard : Mlle Marise Dartigues et Mouret faisant une paire d'amis.Chacun le savait nien à plusieurs lieues à la ronde.Aussi, quiconque briguait les faveurs de la maîtresse octroyait une tape amicale, une flatterie, parfois même un morceau de sucre au cheval qui croyait joyeusement la friandise, pendant que la jeune fille remerciait et.riait sous cape.— Allez donc, Mouret !.Plus vite, mon petit !.Un dernier coup de collier et l'on arrivait aux portes d'Orgon.Le marché battait son plein.Le long de la route nationale bordée d'un côté par les cafés du " Cours ", de l'autre par la voie du petit chemin de fer des Bouches-du-Rhône et le canal de Boisgelin, dont les eaux prises à la Durance vont arroser la coquette plaine de Saint-Andiol, les bancs et les éven-taires installés depuis l'aube offraient aux consommateurs une profusion de denrées en tout genre et de premier choix.Enfin, circulant d'un bout à l'autre, des " paniéraires " offraient aux ménagères leur paniers d'osier blanc ou leurs corbeilles multicolores.Quelques vendeuses s'interpellaient.— Hé ! la mère !.Avez-vous une bonne étrenne, ce matin ?— Assez.Et vous Jeannette ?— Mes haricots sont déjà partis.— En voilà-t-y pas d'une chance ! — Pourquoi donc ?— Parce que, moi, j'ai pas encore pesé un kilo de pommes de terre ! — Ça viendra, ma fille.Té désole pas ! — Moi, ripostait une matrone, je suis bien tranquille.J'ai des clients, des bons, qui m'enlèvent toujours la marchandise.— Et puis, s'exclamait une autre.Que de monde !.La foule grossissait, en effet, de minute en minute.Ce fut bientôt une cohue, un tapage assourdissant, une mêlée curieuse où la diversité des costumes, le bariolage des couleurs, la sonorité des voix aux finales chantantes, la mimique expressive des gestes, se fondaient en un ensemble digne à la fois du pinceau d'un peintre, de la verve d'un humoriste et des rêveries d'un poète.Charme caractéristique de cette terre provençale qui, formée de contrastes, n'est cependant qu'une harmonie.Aidée de sa vieille domestique, Norette, Mlle Dartigues avait prestement disposé ses corbeilles de fuits et de fleurs.La clientèle affluait.Au début — il y avait un an de cela — l'assiduité de cette clientèle spéciale, choisie, mais en majeune partie masculine, avait provoqué la jalousie des vendeuses et fait naître de malveillants commérages.Puis les rancunes avaient désarmé, les langues s'étaient tues devant l'aimable simplicité, la grâce ingénue de la jeune fille.Et lorsqu'on avait constaté que le produit de ses fleurs revenait intégralement aux enfants ou aux miséreux, la haine latente de ces âmes méridionales dont l'un des traits dis-tinctifs est de toujours pousser à l'extrême les sensations et les sentiments, avait cédé la place à un courant sympathique bien près de l'enthousiasme.Donc ce matin là, comme d'habitude, les chalands se succédaient sans interruption, se bousculaient, prenaient d'assaut les gerbes odorantes.— Mademoiselle?.Ces roses rouges, s'il vous plaît ?— Voilà, Madame.C'est 1 franc 50.— Et ces deux œillets blancs ?interrogeait un jeune homme.— Cinquante centimes.— J'en donne deux francs?enchérissait un autre.— Prenez, Monsieur ! adjugeait la vendeuse avec son plus gracieux sourire.— Quatre francs, la botte de jasmin ! ripostait alors le premier, voulant se montrer plus généreux encore.— Elle est à vous.Merci pour mes pauvres, ajoutait-elle malicieusement.Et c'est ainsi que les pièces blanches rejoignaient les pièces blanches dans la petite sacoche de cuir jaune, tandis que les fleurs s'en allaient, les unes aux corsages des dames, les autres, soigneusement couchées par-dessus fruits et légumes dans les paniers ventrus, beaucoup, fièrement arborées à la boutonnière des jeunes gens, qui tous, plus ou moins, selon leur situation de fortune ou leurs qualités personnelles, nourrissaient la secrète ambition d'obtenie la main de la demoiselle du " Castéou ".A qui serait-elle ?Bien fin qui l'eût deviné.Car, si Mlle Dartigues semblait tolérer cette discrète cour d'amour, elle n'avait jusqu'ici encouragé nulle avance, ni permis la moindre privauté.Son vingtième anniversaire approchait cependant.Mais que lui importait ! En attendant l'arrivée de " l'élu ", de celui que, dans sa foi robuste de chrétienne, elle espérait bien tenir de la Providence, elle se livrait à l'une des occupations les plus chères aux nobles cœurs : faire le bien.A cette heure, où il lui restait à peine quelques fleurs dans son éventaire, Marise distribuait aux enfants les fruits mis en réserve à leur intention.Et la tableau était simplement exquis.Svelte et souple dans sa robe de percale bise, à la jupe légèrement froncée, au corsage largement ouvert sur une guimpe de tulle blanc, au léger fichu laissant deviner la rondeur du buste, n'ayant pour coiffure que l'étroite pointe de dentelle entourée du ruban noir retenu par des épingles d'or dont se compose ce " diadème arlésien " qui donne aux Provençales un air de souveraines, elle ressemblait, debout au milieu du cercle enfantin, à l'une de ces Madones virginales que nous a léguées le génie de Murillo.Etait-elle jolie ?Non.Car il lui manquait cette régularité des traits, cette impeccabilité des formes qui constituent le beau absolu.Mais le front, large et haut sous les ondulations brillantes de ses cheveux noirs, le nez aquilin, la bouche d'un dessin pur et ferme, aux lèvres un peu fortes, indice d'une bonté excessive, les yeux surtout, ses grands yeux aux prunelles sombres, tantôt emplis de rêve, tantôt illuminés de multiples rayons, enfin la vivacité harmonieuse des gestes et de la démarche formaient un ensemble qui retenait l'attention.En elle, rien de banal ou de médiocre.Si on ne l'admirait pas forcément, on la regardait .Et malgré soi, on subissait le charme, en quelque srote grandiose, de cette physionomie où transparaissaient une intelligence subtile, une volonté fière et dou e, une âme courageuse et tendre, un cœui—vibrant et passionné comme en possèdent les ferventes des cloîtres aussi bien que les amoureuses de nos sentiers humains." Elle est très prenante " avait dit d'elle quelqu'un qui la connaissait depuis l'enfance.Ce mot la peignait assez bien.Mais il était également vrai de dire qu'on devait la détester ou l'adorer, car elle était de ces femmes que les natures étroites, égoïstes, vulgaires, haïssent, pour leur involontaire supériorité, et dont les natures élevées, nobles, sincères dans leur jugement peuvent seules apprécier la délicatesse et la beauté morales.Quoi qu'il en fût, aimée du plus grand nombre ou jalousée en secret, Mlle Dartigues venait chaque semaine à Orgon.Elle se mêlait à la foule des besogneux, prodiguait aux enfants pauvres les douceurs qui rendent l'existence moins rude et travaillait ainsi à neutraliser, dans ces jeunes cerveaux, les ferments d'envie se muant plus tard, chez les déshérités, en révolte haineuse contre les favoris du sort ou de la fortune.I I — Bonne Mère !.— Quoi donc, Norette?interrogea Mlle 24 LA REVUE MODERNE Avril 1926 TRANSPORTAIT SA FEMME A SON LIT Souffrait tant qu'elle ne pouvait marcher.Ramenée à la santé par le Composé Végétal de Lydia E.Pinkham Minesing, Ont.—"Je suis garde-malade et recommande le Composé Végétal de Lydia E.Pinkham aux femmes qui souffrent.Pendant trois ans, j'étais presque infirme, ne pouvais m'asseoir à table, même le temps de boire une tasse de thé.Souvent, j'étais si faible que mon mari me transportait au lit.Ayant vu dans le journal qu'une femme souffrant comme moi était devenue mieux après avoir pris le Composé Végétal de Lydia E.Pinkham, mon mari m'en acheta.Après trois bouteilles, j'étais une nouvelle femme et, depuis, j'ai toujours joui d'une bonne santé.J'en prends dès que j'ai des douleurs dans le bas du corps; soit une demi bouteille ou plus suivant mes besoins.C'est mon seul remède, et j'en ai parlé à plusieurs.Je répondrai avec plaisir à celles qui voudraient se renseigner sur le Composé Végétal de Lydia E.Pinkham.Je le recommande beaucoup, car je sais que je lui dois ma vie et mon énergie."—Mme Neal Bowser, R.R.l, Minesing, Ontario.Vous sentez-vous parfois épuisée, nerveuse et affaiblie?Avez-vous ce sentiment de crainte commun chez la femmme indisposée ?Le Composé Végétal de Lydia E.Pinkham est très efficace à cette période.Pris régulièrement et avec constance, il fait disparaître cet état.t^H A "TTC Cette mon-IjIVAI IO,„|,ract|et.J Demandez 50 paquets de graines- Ou notre catalo-de 500 nouveautés utiles.Adressez.Allen Nouveautées, St-Zacharie, Que.An premier ETERNUMENT An moindre PICOTEMENT dans le NEZ ou dans la GORGE recourez DE SUITE aux Pastilles VALDA ANTISEPTIOUES Elles préviennent, combattent, suppriment l'Inflammation des muqueuses et Augmentent leur résistance aux RHUMES, LARYNGITES, BRONCHITES.ETC.Les Pastilles Valda empêchent le Rhume de cerveau de tomber sur ta Poitrine MAIS SURTOUT, EXIGEZ BIEN LES VÉRITABLES Vendues partout à 35 cents la boite.portant te nom VALDA Dartigues surprise de l'agitation insolite de la vieille Provençale.— Monsieur Mirail !.Un jeune homme en complet de toile blanche, panama à larges bords sur lequel flottait un couvrenuque doublé de vert, accourait en effet vers elles, jouant des coudes avec une désinvolture contre laquelle la foule était bien près de s'insurger.Lorsqu'il fut à deux pas : — Bonjour, Marise!.A vous aussi, Norette ! dit-il d'une voix sonore, en embrassant les deux femmes.— Vous, Fabien ! s'exclama la jeune fille.Par quel hasard ?.Il répondit haletant : — Je vous expliquerai.mon arrivée.intempestive — que je vous prie d'excuser d'ailleurs — mais.pour l'instant, ne bougez pas, de grâce ! Gardez autour de vous tous ces enfants.Et vous-même, reprenez votre pose de tout à l'heure, la tête légèrement inclinée, souriante, les mains distribuant caresses et fruits.— Enfin, me direz-vous ?— Accordez simplement.Le temps passe et je n'aurais bientôt plus ce rayon de soleil qui joue dans vos cheveux.Au fait tenez ! Regardez là-bas, à l'angle du café des Alpines.sur une estrade rustique, vous apercevrez.— Ah ! oui, je vois, je comprends.Votre chevalet, tout votre bagage de peintre.C'est donc cela !.Elle ajouta, un éclair de malice dans ses grands yeux : Et si je ne voulais pas, moi ! — Oh ! Marise, ne soyez pas taquine ! Dites oui, bien vite.— Allez ! Mais dix minutes.Pas une seconde de plus.Fabien Mirail avait déjà regagné son poste et fiévreusement, d'une main experte, mélangeait ses couleurs.Un quart d'heure à peine s'était écoulé qu'il agitait son chapeau à bout de bras et Mlle Dartigues, comprenant le signal, rendait la liberté à ses petits amis.Elle-même était impatiente maintenant de contempler l'ébauche que le peintre venait de jeter sur sa toile.Dans un paysage ayant pour cadre, à droite, le sévère rocher d'Orgon, à gauche, le canal de Boisgelin ombragé de ses platanes, au feuillage vert-argent, et pour fond, une onduleuse échappée s'ouvrant sur le ciel d'un bleu intense, la silhouette de la jeune fille s'érigeait claire, gracieuse, déjà très précise, au milieu de la bande enfantine se pressant autour d'elle.Après un assez long examen, Marise affirma : — Ce sera joli, très joli même, une fois terminé.Mes compliments, Fabien.Les yeux du peintre sourirent.— Bien vrai ?Mais il se rembrunit soudain et, dans un hochement de tête : — Vous le dites pour m'être agréable.Elle protesta énergiquement.— Pas du tout ! Il n'est pas dans mon caractère de flatter mes amis.— Alors, je dois en conclure?.— Que votre toile, qui me semble déjà fort belle, peut devenir un chef-d'œuvre.C'est tout.Et maintenant, avez-vous autre chose qui vous retienne ici ?¦— Plus rien.— Vous me suivrez donc au " Castéou "?— Naturellement.— Vous ferez une bonne surprise à mon père.— Ma dernière lettre disait bien à ce " cher parrain " que j'arrivais.— Oui, niais la semaine prochaine seulement.Aussi ai-je été très étonnée de vous voir.— Ah ! j'étais impatient.J'avais l'intuition que vous seriez ici.l'rfpoir c"e trou- ver quelques petites machines à peindre .Enfin mû par je ne sais quelle impulsion j'ai " bâclé " mes visites à Tarascon et me voilà.— Parfait ! Vous ne pouviez être plu9 intuitif.Donc je vous enlève — c'est moderne, hein ?— Tout modestement, par exemple, avec Mouret, mon brave petit cheval.— Oh ! ravissant ! exquis i In aura du moins le loisir de causer et d'admirer le paysage.— Eh bien, venez.Norette et mon équipage rustique nous attendent là-bas.En deux minutes, le chevalet fut démonté et le tout hissé sur la charette anglaise où chacun prit place à son tour : la veille domestique sur le siège d'arrière, le peintre à côté de Marise.— Allez !.Hop, Mouret !.Et sur la route nationale d'Orgon à Saint-Andiol s'égrenèrent plus joyeusement encore, semblait-il, les drelin des grelots correspondant au trot rythmique du petit poney brun.III L'artiste-peintre, Fabien Mirail, arrivait d'Italie.De taille moyenne, bien découplé, c'était un jeune homme de vingt-six ans, d'aspect vigoureux et sain, à la figure ouverte et franche dont les contrastes, s'il en existait, se fondaient en un tout d'une harmonie parfaite.Chez lui, rien de heurté, pas une note discordante, mais au contraire cet équilibre rare des facultés physiques et morales dévolu aux seules natures d'exception.Néanmoins ce qui attirait, captivait surtout, dans cette tête aux lignes fines quoique nettement accentuées, c'étaient le front et les yeux.Le premier, immense, disait la force créatrice d'un cerveau puissant, les rêves, les élans de l'artiste et du poète .Les seconds, largement fendus, reflétaient en leurs prunelles d'or brun la luminosité d'un ciel oriental.Ils étaient, ces yeux, avec leurs regards vifs, clairs, rieurs, parfois délicieusement veloutés, la personnification de la Provence aux gais ensoleillements et aux brûlantes passions.Véritables yeux de peintre ouverts sur la Beauté.Admirables yeux prometteurs de bonheur qui étincelaient ou caressaient tour à tour, suivant les vibrations intérieures dont ils étaient les fidèles et inconscients miroirs.Originaire de Tarascon où sa famille avait possédé une magnanerie importante, Mirail ne l'habitait plus depuis une dizaine d'années.La mort de son père survenue à ce moment lui avait permis de s'orienter vers la peinture, dont sa mère, depuis longtemps confidente de ses rêves, n'eut pas le courage de le détourner.Mais lorsque Fabien dut aller demander à Paris, ce foyer de tous les arts, la flamme nécessaire pour refondre et ciseler son talent, mère aussi vigilante que tendre, elle l'accompagna.Ainsi l'âme de son fils, inspirée, modelée par la sienne, demeurait fidèle à Dieu comme à l'honneur et s'imprégnait d'une " féminité " dont serait heureusement atténuée la rudesse d'une nature un peu trop fougueuse et virile.Elle y réussit pleinement, car le jeune peintre était de ceux en qui-—selon la jolie appréciation d'un auteur moderne " les femmes sentent cette nuance de tendresse délicate, cette intelligence exquise du cœur que n'a jamais l'homme élevé par des hommes." Attirés en Provence, autant par la vieille et cordiale amitié qui les unissait, de temps immémorial, à la famille Dartigues, que par leurs intérêts matériels, ils y revinrent d'abord chaque année.Puis brusquement, Mme Mirail sembla se détacher du pays natal ; la inafnarcric fut Avril 1926 LA REVUE MODERNE 25 vendue et Fabien seul continua à passer la majeure partie de ses vacances au " Cas-téou ", jusqu'au jour où lui-même pris dans le tourbillon de sa carrière artistique, élu enfin premier grand-prix de Rome, s'envola vers d'autres cieux.Aujourd'hui, voyageur lassé ou cœur hanté par les souvenirs, il revenait auprès des amis d'autrefois.Et c'est pourquoi, sans doute, dans l'air brasillant de midi, les grelots argentins de Mouret tintinnabulaient de plus en plus gaiement, comme pour souligner la causerie amicale et bruyante de Mlle Dartigues et de son compagnon.— Oui, disait celui-ci, il m'a été impossible de décider ma mère.— C'est étrange ! L'aurions-nous peinée, blessée sans le vouloir ?— Je suis sûr que non.Si vous saviez comme elle vous aime ! ;— Elle a dû cependant vous donner une raison ?— Heu !.assez vague.Sa santé qui ne s'accommode plus du climat.— Le meilleur des.prétextes.— Evidemment.Aussi ai-je pris le parti de la laisser dans les Pyrénées, chez notre vieille tante.J'avais la nostalgie de la Provence, moi ! La jeune fille s'étonna : — Vraiment ?.Je n'aurais pas cru.— C'est un tort.— Mais enfin, pourquoi tant tarder à revenir parmi nous ?— Pourquoi, petite amie ?Je vous le dirai.sans doute.— Vous n'êtes guère .1 Mi mut il — C'est que.cette confidence ne viendra qu'après d'autres dont elle sera la résultante.— Oh ! Oh ! Voilà qui m'intrigue.Des révélations.sensationnelles, à moi ! s'é-cria-t-elle rieuse.— Ne raillez pas surtout, je vous en prie .Ou je n'oserai jamais les faire.— Alors je serai rudement punie car, bien fille d'Eve, je brûle déjà de les connaître.A quand, dites, ces révélations?— Dame !.Je ne puis préciser .Avant mon départ sûrement.— Qui aura lieu ?— Eh bien ! je ne sais encore.Je suis libre jusqu'à fin juin, mais.— Il n'y a pas de mais.On vous gardera jusqu'à l'extrême limite, là ! Mon père sera si heureux ! Car il chérit son filleul comme un fils et vous en voulait — oh ! beaucoup ! — de nous avoir délaissés si longtemps.— Cher parrain !.Et vous, Marise, étiez-vous fâchée aussi ?— Moi?.J'étais, selon les jours, triste ou furieuse.Il éclata d'un rire heureux.— Comme c'est bien vous, cela ! Et maintenant ?— J'attends vos explications.-— Vous les aurez.Mais patience, chère curieuse ! Tout arrivera à son heure.Ils allaient atteindre Saint-Andiol.D'abord on n'avait aperçu que son église découpant en grisaille ocrée sur un fond de lazulite la couronne imposante de ses créneaux avec la haute tour carrée qui la domine.Puis le village avait surgi, délicieux et coquet dans son fouillis de verdure.La charrette anglaise le traversa dans la direction de la gare où elle franchit la voie ferrée.Dix minutes plus tard, à droite de la route, surgissaient — oasis verdoyante au sein de la campagne brûlée de soleil — les frondaisons arborescentes d'un parc touffu.Au premier plan du frais décor, un vaste bâtiment rectangulaire à deux étages, aux murs duquel s'agrippaient et se fondaient en un mélange capricieux les souples lianes des cignes-vierges et des clématites, des chèvres-feuilles et des rosiers grimpants : c'était le " Castéou ".Pour le printemps, offrez des fleurs, comme emblème d'amitié envers vos parents et amis.1405, rue Saint-Denis MONTREAL Tel Est 1878 POURQUOI LES CANADIENS DOIVENT S'ABONNER à la REVUE MODERNE: PARCE QUE Elle est une ceuvie nationale, la seule du genre qui existe au Canada, rédigée en langue française.rédigés qui développent intellectuelle.5° PARCE QUE leur culture 2° PARCE QUE Elle a été fondée dans le but de remplacer dans tous nos foyers, la revue américaine qui y prenait une tiop large 6° PARCE QUE place.Nos abonnés trouvent dans chaque édition un roman (complet) d'un bon auteur fiançais.3° PARCE QUE Elle rayonne en dehors de notre pays, et fait honneur à la race dont elle incarne l'idéal.4° PARCE QUE Nos abonnés reçoivent dans chaque édition des articles bien pensés, bien Les abonnés trouvent dans nos pages des Courriers des Conseils pratiques, des modes, de la graphologie, des nouvelles, des illustrations, etc, etc.7° PARCE QUE Nos abonnés reçoivent leur revue régu lièrement par la poste à domicile, sans dérangement tous les mois.Mesdames et Messieurs, abonnez-vous et faites abonner vos amis.Aidez à la diffusion d'une publication qui reflète les aspirations comme les traditions de notre race.Les abonnements doivent être adressés à la Revue Moderne, 198, Est rue Notre-Dame, accompagnés du montant en chèque (au pair à Montréal), mandats ou bon de poste tous, à l'ordre de la Revue Moderne.Compagnie Générale Transatlantique Ligne Française Service luxueux et rapide NEW-YORK — PLYMOUTH — LONDRES NEW-YORK —LE HAVRE —PARIS par les paquebots :-PARIS et FRANCE Service économique et confortable de NEW-YORK au HAVRE par les paquebots à une classe de cabine De Grasse — Rochambeau — La Savoie — Suffren Service de BORDEAUX à HALIFAX avec retour de NEW-YORK sur VIGO et BORDEAUX par les paquebots ROUSSILLON ET LA BOURDONNAIS GENIN, TRUDEAU & CIE Limitée Tél.Main 8346 Agents Généraux Canadiens 21 Notre-Dame Ouest Montréal 26 LA REVUE MODERNE Avril 1926 Diner au Bacon Quelque chose de nouveau et d'appétissant Déjeuner au bacon est une douce tradition.Préparez-le de cette manière; Coupez des tranches minces et faites-les frire.Placez les sur du pain rôti et couvrez les d'une sauce assaisonnée avec LEA&PERRINS SAUCE t'authentique Worceateribire Empêchez votre enfant d'avoir l'eczéma, ou la peau gercée en vous servant de VONGUENT duDr CHASE Teignez-le à neuf avec la "Teinture Diamond" Saucez simplement pour teinter ou faites bouillir pour teindre.Chaque paquet de 15 cents contient des instructions si simples que n'importe quelle femme peut teinter en couleurs douces ou délicates ou teindre en couleurs riches et permanentes lingerie, •oies, rubans, jupes, blouses, robes, manteaux, bas, chandails, draperies, couvertures, tentures, bref toutes sortes de choses.Achetez des " Teintures pas d'autre sorte — et dites à votre pharmacien si le tissu que vous désirez colorer est de la laine ou de la soie, ou bien si c'est de la toile, du coton ou des étoffes mélangées.WELLS & RICHARDSON CO., Limited WINDSOR, ONTARIO Diamond IV Dans le coin du parc avoisinant le donjon, unique vestige du castel médiéval sur les ruines duquel avait été édifié le " Castéou " moderne, Fabien donnait le dernier coup de pinceau à l'ébauche d'Orgon.— Repos ! lança-t-il tout à coup de sa voix de clairon où vibrait l'allégresse de l'artiste satisfait son œuvre.— Enfin, soupira Marise, il était temps ! Je commençais à ressentir crampes, fourmis dans les jambes, tous les agacements qui résultent d'une immobilité prolongée.— Oh ! une demi-heure à peine ! Que feriez-vous donc si vous étiez " modèle " ?— C'est que je n'ai pas du tout la vocation, pas du tout ! Elle esquissa un pas de farandole.— Ouf ! j'ai cru que j'allais exploser ! — Quelle torpille ! Ils rirent tous les deux, et se prenant la main en un geste fraternel, ils allaient à quelques mètres du chevalet pour mieux jouir de l'ensemble, lorsque des exclamations s'élevèrent derrière eux.— Le joli tableau !.C'est superbe !.Ils se retournèrent surpris.— Tiens ! fit la jeune fille à mi-voix, M.et Mme Ciramas.Vous souvenez-vous de la belle Marthe ?— Certes ! De ses prétentions aussi .Quelle.timbale a-t-elle décroché?— Un notaire.Mais chut!.Ilssontlà! Et tout à son rôle de maîtresse de maison, elle accueillit gracieusement les visiteurs.— C'est gentil à vous de ne pas nous oublier.M.Ciramas, je vous présente mon ami d'enfance et filleul de mon père, M.Mirail, artiste-peintre.— Enchanté, Monsieur, de faire votre connaissance.Ma femme m'a parlé de vous en termes si élogieux.— C'est beaucoup d'honneur, Madame .— Quelle modestie pour un grand-prix de Rome ! Voyons, vous devinez fort bien que je dois être fière de vous compter parmi mes relations.Si, si ! ne niez pas ! Mais lança-t-elle aussitôt avec un regard de malice aux deux jeunes gens, on vous dérange peut-être ?— Nullement.Je venais d'interrompre mon travail, d'ailleurs presque terminé.— C'est une bien jolie peinture, dit le notaire.Mlle Dartigues est d'une ressemblance frappante.Quant au groupe enfantin.— Il est admirable ! apprécia sa femme.Une allégorie sans doute ?— Non, Madame.Une scène de la vie réelle : mon amie distribuant des fruits et des fleurs aux enfants pauvres du marché d'Orgon.C'était charmant, très " couleur locale ".— Vous l'avez rendu à souhait.Mille compliments.Fabien s'inclina en silence.Ja jeune fille, profitant de cette courte trêve, offrit des sièges rustiques à ses hôtes.Une fois installé, M.Ciramas reprit la conversation.— Si je ne craignais d'être indiscret, je vous demanderais le nom, le titre de ce tableau ?— Reine de Provence.— Oh ! très bien ! Voilà qui doit te ravir, Marise ?— En effet.Rien de ce qui glorifie ma petite patrie ne m'est indifférent.— Pas même le costume ! Se tournant vers le peintre : Faites-lui donc comprendre, Monsieur, qu'elle est un peu .ridicule dans son obstination.— Qui consiste ?— A ne porter sien.que " l'uniforme " arlé- II secoua sa tête expressive et ses yeux s'emplirent d'étincelles.— Vous choisissez un bien mauvais avocat, Madame, car cet "uniforme" — comme vous dites — est, pour moi, le seul qui convienne aux filles d'Arles.—: Attention, Fabien ! Vous allez manquer de galanterie, plaisanta Mlle Dartigues.— Soyez tranquille.Mme Ciramas ne saurait m'en vouloir d'émettre l'opinion que, très bien dans sa toilette " dernier cri ", elle serait cent fois mieux encore sous le costume provençal.— Mais enfin, Monsieur, la raison ?— Je la trouve dans la race.La femme du Nord — la Parisienne surtout— de taille élancée, souple et mince comme un roseau, délicate comme une statuette de Saxe, fine comme un bibelot de choix, a besoin des fanfreluches et de toutes les recherches de la mode pour affirmer son élégance ou la mettre en valeur.La femme du Midi — notre Arlésienne — issue de cette Vénus antique si ardemment chantée par Théodore Aubanel, a la robustesse et la grâce, l'impeccabilité des formes et la noblesse du maintien, la splendeur des fruits veloutés par le soleil.La revêtir de falbalas inutiles est un outrage à son corps de déesse.La Parisienne est jolie, certes !.C'est une pierre précieuse, un étincelant bijou.Mais l'Arlésienne est belle : c'est un camée.Or, Mesdames, si la.joliesse s'agrémente souvent d'une parure ou d'un décor, la Beauté se suffit à elle-même.— Bravo, Fabien ! interrompit Marise.Le jeune homme la remercia d'un sourire et continua : Du reste la beauté naît de l'harmonie.Si, dans ce tableau admiré par vous tout à l'heure, je remplaçais le modeste diadème de ma " Reine " par un chapeau luxueusement empanaché ou fleuri, mon oeuvre vous apparaîtrait banale, quelconque, parce que j'y aurais introduit un élément disparate.— C'est vrai, reconnut Mme Ciramas qui, tout en étant vaniteuse, ne manquait ni de goût ni d'intelligence.— Peut-être, concéda son mari.Mais vous parlez en esthète, Monsieur.Dans la vie, il faut savoir se plier à certaines exigences de position.Ainsi, je trouve inadmissible que ma femme s'habille comme une femme du peuple.— Pourquoi ?Ses charmes n'y perdraient rien.— Son autorité.son prestige en seraient amoindris.— En êtes-vous bien sûr ?dit la jeune fille.Marthe y gagnerait beaucoup en affection et serait, croyez-moi, aussi respectée que ses aïeules.— Oh ! tu es une traditionaliste enragée, toi ! — Plus que cela : régionaliste et même " socialiste " au sens chrétien du mot.— Enfin, Mademoiselle, vous êtes pourtant de la haute bourgeoisie.— Il paraît, acquiesça-t-elle avec un haussement d'épaules.Mais j'ai, grâce à Dieu, l'instinct fraternel aussi développé que l'amour du pays natal.J'aime les humbles, les paysans, tous ceux qui, par leur rude labeur, aident à la fécondité de la terre.Je voudrais me les attacher pour les rendre heureux.— Chose difficile, observa le notaire.Le peuple est âpre au gain, vindicatif, jaloux, plein d'animosité contre le riche.— Parce que le riche le tient trop à distance, le traite en paria.Croyez-moi : nos paysans ont l'âme ouverte à toute sympathie vraie.Ils ne détesteraient pas ce que vous appelez " la bourgeoisie " et ne déserteraient pas la glèbe si, frayant avec eux, les soutenant de Avril 1926 LA REVUE MODERNE 27 ses conseils, de son or quelquefois, cette bourgeoisie allégeait leur fardeau et leur faisait entrevoir, non seulement les avantages, mais aussi la noblesse de leur tâche.— Pensez-vous, Mademoiselle, qu'ils soient capables de la comprendre ?— Oui, car ils ont, presque tous, le sens inné de la beauté.— Très bien ! très bien, Marise ! applaudit Fabien à son tour.— Seriez-vous aussi enthousiaste de la vie rurale que Mlle Dartigues ?interrogea le tabellion.— Tout autant, sinon plus, Monsieur.— C'est extraordinaire! Pourquoi l'avoir quittée alors ?— Ma vocation artistique l'exigeait.Mais j'espère m'en rapprocher bientôt et pour toujours.Ce fut un abahissement général.— Pas possible ! .Quoi !.Vous renonceriez à Paris ?— Sans regret.— Ce serait en tout cas pour une de nos grandes villes: Marseille .Nice .Ou bien une crique de la Côte d'Azur.— Non, Madame.La Côte d'Azur, avec ses jardins somptueux, ses flots brillants, ses stations princiè-res, ses décors féeriques, me fait songer à une coquette poudrée et fardée.On s'y amuse quelques jours, on ne s'y fixe pas.Ce qu'il me faut à moi, c'est la Provence agreste, celle des ruines antiques patinées par les chaudes rousseurs solaires, la vraie Provence enfin.Comme ses auditeurs, figés d'étonnement, ne soufflaient mot, il reprit : Mon désir serait de me fixer par ici tout simplement.— Mais c'est un crime que vous méditez ! s'écria Mme Ciramas.Vous enterrer dans cette campagne !.Enfouir votre talent !.Vous n'y songez plus?— Je songe au contraire que de grands émules m'ont donné l'exemple.Ai-je besoin de nommer Roumanille, Aubanel, Mistial, notre incomparable Mistral ?.Tous, amants fidèles de cette terre de dilection, qu'on ne saurait aimer à demi, ont eu à cœur d'y dresser leur tente.— Poète!.Et, qu'y ferez-vous dans cette solitude?— Ce que j'y ferai?.Eh bien ! Madame, des tableaux dans le genre de celui-ci.Je reproduirai les sites qui nous entourent.Et, de ces œuvres, que je voudrais très belles afin qu'elles puissent aller au loin glorifier la Provence, je consacrerai le produit à faire des heureux autour de moi.Mais, reprocha-t-il gaiement, vous m'avez entraîné à un véritable plaidoyer, sorte de profession de foi ridicule.— Que nous sommes fort heureux de connaître, assura vivement Mme Ciramas, puisqu'elle nous apprend votre retour définitif.— Je vous remercie de cette affirmation.C'est d'autant plus aimable à vous, Madame, que j'ai dû vous sembler déplaisant avec mes idées, mes tendances .plébéiennes.— Loin de là ! Vos théories sont intéressantes, mais resteront, je le crains, dans le domaine de l'utopie.Mlle Dartigues répliqua : — Moi, j'ai confiance en leur réalisation, Monsieur.Ainsi que je le disais tout à l'heure, le paysan est plus accessible qu'on ne croit a la poésie des choses, à la sympathie des êtres qui l'entourent.— Ne le juges-tu pas beaucoup avec ta propre mentalité ?— Non, Marthe.Je l'ai étudié, observé de très près.C'est une civilisation mal comprise, des sophismes impies surtout, qui l'ont détourné de la saine nature, lui ont fait prendre en dégoût l'humilité de sa condition.S'il nous voit aimer la glèbe, apprécier la vie calme et simple des champs, il aimera, il appréciera à son tour.— Est-ce bien sûr?objecta M.Ciramas toujours sceptique.— Répondre du succès serait évidemment téméraire, avoua le peintre.Néanmoins, avec du tact, du zèle.— .de la charité chrétienne, souffla Marise.— .j'allais le dire, petite amie, — un résultat satisfaisant n'est pas douteux.L'essentiel est d'amener l'agriculteur à reconnaître que son travail, en somme le plus utile et le plus noble de tous, fait de lui l'être le moins asservi de la nation, car il est, dans sa sphère, comme le capitaine à bord de son navire, " seul maître après Dieu ".Le jour où, grâce aux efforts sincères des classes dirigeantes, il sera bien persuadé de cette vérité, l'économie politique et sociale aura, je crois, remporté une grande victoire Des aboiements se firent entendre.— Rap et Folichonne qui annoncent le retour de mon père, dit alors Marise en se levant.Je cours l'avertir de votre présence et faire ajouter deux couverts.— Mais je vous remercie.Il faut que nous partions, Mademoiselle.— Vous rentrerez au clair de lune.Ce sera charmant.Légère, elle s'en fut vers la maison.Ce soir-là, Marise ne pouvait dormir.Etait-ce la fatigue d'une journée un peu mouvementée?Etait-ce la chaleur qui, même à cette heure tardive, persistait encore, alourdissant les êtres et les choses ?.Ou bien, cet excès d'activité cérébrale qui suit parfois les conversations auxquelles on s'est adonné avec ardeur?.Elle n'aurait su le dire.Mais ce qu'elle constatait, c'est que l'insomnie s'agrippait à elle, l'énervait insensiblement, semblant envelopper son âme et son corps dans l'invisible étreinte de multiples rets.En vain, essaya-t-elle de clore ses paupières, se condamna-t-elle à rester sans penser dans une immobilité absolue : ses efforts n'aboutirent qu'à augmenter l'étrange fièvre et, lasse enfin d'une lutte inutile, elle déserta son lit pour le balconnet donnant sur le parc.Accoudée à la balustrade en fer forgé où s'entrelaçaient des glycines, des clématites et des vignes vierges, elle s'abandonna peu à peu au charme reposant de cette nuit d'été.Mais bientt les idées flottantes devinrent stables, les images se précisèrent et, sans trop savoir pourquoi, la jeune fille se retrouva au temps de son enfance.Elle se revit fillette insouciante et heureuse auprès d'un père et d'une mère qui l'adoraient Puis, un jour cette aube riante dont il ne lui restait que le souvenir d'un songe s'endeuillait soudain.Sa mère succombait à une pneumonie infectieuse et, durant des années, malgré la tendresse, les soins dévoués dont la bonne Norette entoura l'orpheline, malgré l'affection de M.Dartigues qui ne vécut désormais que pour cette enfant, une secrète mélancolie sembla voiler toutes ses joies.Ce fut ensuite le pensionnat d'Avignon où, dans une atmosphère de piété ardente, se développèrent les qualités affectives de sa nature.Car, si elle était foncièrement pieuse, son âme n'avait jamais ressenti l'attirance du cloître.Non ! Elle voulait vivre, elle, toute la vie de la femme, avec les tribulations mais aussi les douces joies du foyer, avec les peines secrètes, les désillusions — qui sait ?— les angoisses indicibles dont le cœur agonise parfois, mais trouve sa récompense dans le devoir simplement, chrétiennement accompli.Et lorsqu'à dix-neuf ans, rayonnante de fraîcheur de grâce, d'espoir en l'avenir, elle rentra au " Castéou " la tristesse d'antan s'enfuit à tire d'ailes.On la vit prendre en main la direction du " MIMEOGRAPH " Machine rotatolre à copier.Mécanisme parfait.Simple, économique, pratique.Capacité: plue de 100 copies a la minute.JOSEPH FORTIER, Limitée FABRICANTS PAPETIERS 210, rue Notre-Dame Ouest Angle de la rue S.-Pierre, MONTREAL 9- a.m.a 5 heures p.m.Engagement par téléphone Dr ARTHUR BEAUCHAMP CHIRURGIEN-DENTISTE STOMATOLOGIE 3617, RUE S-DENIS (529, ancien numéro) Tel: Est 3549 La Véritable Aspirine est sans danger Prenez-en sans crainte suivant les Indications que vous trouverez dans la botte de " Ba> er " N'affecte pas le coeur' A moins de voir la " Croix Bayer " sur la boîte ou sur les tablettes, vous n'obtenez pas les véritables tablettes d'aspirine de Bayer que des millions de personnes ont trouvé inoffensives et recommandées par les docteurs depuis plus de vingt cinq ans pour Khumes Névrite Mal de den( Névralgie Mal de téte Lumbago Rhumatisme Toutes douleurs Chaque boîte contient les instructions.Commodes petites boîtes de 12 comprimés coûtent quelques cents.Les pharmaciens vendent des bouteilles de 24 et 100 comprimés 28 LA REVUE MODERNE Avril 1926 LE MEILLEUR ANTI-DOULEUR INFAILLIBLE CONTRE : Migraines Névralgies Maux de tête Maux de dents Fatigue Fièvres Courbature Rhumatisme FEMMES Souverain contre les douleurs particulières de la femme.En vente chez tous les pharmaciens, en boîtes de un cachet à lOcts et de quatre cachets à 35cts.LES LABORATOIRES P.METADIER TOURS FRANCE Seul GPOCCMCniuif* pour le Canada LE LABORATOIRE M la KALMINE JM STE CATHERINE EST.MONTREAL 1 ¦ Ojnsvoirtiniuei d'Imitations Prenez Garde! 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Fabien ! " Un trouble immense l'envahit.Que se passait-il?.Pourquoi semblait-il si beau, ce nom auquel elle était habituée pourtant et qu'en cette minute, elle saluait avec une étrange émotion ?Fabien serait-il donc celui qu'elle attendait, celui qu'elle aimait, qu'elle avait dans l'âme, à son insu, depuis qu'enfant elle l'avait eu pour compagnon de jeux, pour frère dévoué, respectueux et tendre à mesure qu'elle avait grandi ?"Fabien.murmurait-elle à mi-voix, Fabien !." Comment allors avait-elle tant tardé à démêler la trame de ses sentiments ?Serait-elle une de ces natures complexes n'aboutissant à la ligne droite qu'après mille détours et tergiversations ?.Non.Elle s'ignorait, voilà tout.Ce qu'elle avait pris jusque-là pour de l'amitié fraternelle, cet attrait irrésistible, mais très pur dans son inconscience, qui la poussait vers le jeune peintre, qui la faisait s'intéresser aux diverses étapes de sa carrière, qui l'épanouissait lorsqu'elle le revoyait après une longue absence et l'embrumait à l'heure des adieux, était.ne devait être que de l'amour.Oui, sans doute.Elle comprenait maintenant pourquoi nulle vibration ne s'était éveillée en elle aux recher- ches, pourtant flatteuses, dont elle avait été l'objet, pourquoi nul prétendant n'avait trouvé grâce à ses yeux.Ses yeux?— il fallait bien se l'avouer enfin — ses yeux, qu'ils fussent langoureux ou rieurs, ne contemplaient, ne reflétaient jamais, que l'image présente ou lointaine de " l'aime "." L'aimé ! " c'est-à-dire Fabien Mirail.Et si tout s'éclairait d'une lueur fulgurante, c'est que, dans cette conversation avec Marthe Ciramas et son mari, le jeune homme avait dévoilé ses ambitions d'artiste n'ayant qu'un but : glorifier la Provence et rattacher au sol des ancêtres ses filles et ses fils hantés par le mirage de la désertion.Cela, c'était bien le rêve de Marise, mais embelli par l'essor d'un poète qui semble déifier tout ce qu'il effleure.Jusqu'alors elle avait cru leurs deux vies séparées par la situation, les circonstances, le milieu, surtout les tendances si opposées de l'une et de l'autre.Elle, attachée à la petite patrie comme le chêne centenaire au sol qui l'a vu naître.Lui, emporté dans le tourbillon fiévreux et brillant qui, seul, permet au talent de se mettre en lumière et de moissonner à pleines mains les lauriers de la gloire.Et soudain, tout semblait devoir changer de face.Par quel miracle ?Simplement par cette mystérieuse affinité des âmes-sœurs qui, malgré les obstacles, malgré les sentiers divergents suivis d'abord par chacune d'elles, les fait se retrouver inéluctablement, se reconnaître et s'unir, à l'instant marqué par la Main divine qui régit avec une égale sollicitude l'humble destinée des mortels et l'évolution des mondes au sein de l'éther.La nuit s'achevait.A l'orient, le ciel s'éclairait et s'opalisait.tandis que la lune, se hâtant vers la région sud-ouest des Alpines, caressait déjà le sommet de Baus-Maniéro de sa faucille couleur d'ambre jaune.Les étoiles aussi, lasses peut-être d'avoir trop palpité, s'évanouiraient bientôt au fond de l'azur et, sur le rocher d'Orgon enfin débarrassé des voiles nocturnes, Notre-Dame de Beauregard érigerait, tel un phare virginal, la svelte blancheur de sa flèche délicatement rosée par l'aube d'un nouveau jour.L'horloge lointaine de Saint-Andiol vibrant dans l'espace fit tressaillir la jeune fille.Deux heures ! murmura-t-elle.Et je n'ai pas dormi une seconde.C'est insensé ! Un instant encore, elle se laissa néanmoins ressaisir par la magie du rêve.Puis tout à coup son front s'embruma et ses sourcils se froncèrent pendant q'une vague inquiétude noyait l'éclat de ses yeux.Le doute, cet éternel supplice de certaines amoureuses, venait de lui infliger sa première b/essure.Elle aimait Fabien Mirail.Oh ! oui, de cela elle était sûre.Mais Fabien l'aimait-il, lui?Angoisse question, cruelle énigme qui serra douloureusement son cœur.L'aimait-il?.Pouvait-il l'aimer seulement ?.Son regard monta vers la colline où, dans la claire pénombre de cette nuit finissante, s'estompait le coquet sanctuaire de la Madone qui veille sur la vallée de la Durance.Bonne Vierge, pria-t-elle avec ardeur, faites qu'il m'aime un jour ! Et rassérénée, confiante en l'efficace et tendre protection de sa Mère du ciel, Marise regagna sa couche où elle ne tarda pas à s'endormir, le sourire aux lèvres, balbutiant encore : " Marie.Fabien.M'aime-t-il ?." VI Le peintre et Marise causaient avec animation lorsque M.Dartigues les rejoignit dans la salle à manger.Sirop GAUVIN Pont fy fÇhttt'f Avril 1926 LA REVUE MODERNE 29 — Bonjour, mes enfants ! dit-il en embrassant la jeune fille et tendant la main à Mirail.Ça va, aujourd'hui ?— A merveille, parrain.— Et toi, cher père ?— Comme quelqu'un qui vient de respirer longuement l'odeur saine des foins coupés.Cela vivifie les poumons et donne un furieux appétit.A table donc, fillette.Assieds-toi, Fabien.De haute stature, mais svelte et nerveux comme au temps de sa jeunesse, le teint frais, le regard toujours -if sous les sourcils abondants, la barbe et les cheveux encore noirs, le maître du " Castéou " marchait allègrement vers sa quarante-huitième année.Il venait, ce matin, de faucher à la machine une de leurs vastes prairies.— La fenaison est-elle en bonne voie ?questionna Fabien.— Tu en jugeras cet après-midi mon garçon.Je vous ai annoncés tous les deux à mes faneurs et faneuses qui sont ravis.— Bien sûr qu'on y va ! s'écrièrent ensemble les jeunes gens.— Fort bien.Alors, dépêchons-nous un peu, mes petits." M'aime-t-il ?" se redemandait Mlle Dartigues, pour la centième fois, en activant le trot de Mouret vers le Mas de Miougrano, sur la route qui va de Saint-Andiol à Caban-nes.Folle espérance !.Elle était si loin de lui, de son talent, de ses qualités morales, et surtout — oui surtout — si loin de son cœur ! Depuis son arrivée, il se montrait aimable, prévenant, heureux d'être là, certes!.Mais rien, dans son attitude, qui ressemblât à de l'amour, rien !.Oh ! non !.Il était même plus distant qu'autrefois.Allons, il fallait renoncer à cette chimère, briser cette affection naissante.ne pas laisser deviner qu'elle avait pu, un instant, caresser cette illusion.Sa tête inclinée se redressa.Très prompte au découragement, parce que très tendre, elle puisait toujours dans son énergie la force de se ressaisir.L'adversité pourrait la courber un moment.Elle ne la vaincrait pas, car son âme était de celles qui regardent la vie en face, de celles que Dieu semble avoir créées pour la lutte et à qui la chance sourit parce qu'elles sont inaccessibles à la peur.Aussi, faisant trêve à l'obsédante hantise, elle se mêla à la causerie de ses compagnons, sur les monuments et les chefs-d'œuvres artistiques de la Provence.— Vous rappelez-vous, Fabien, dit tout à coup la jeune fille, notre promenade entre la double rangée de sarcophages ?Un sourire éclaira le visage de Mirail.— Si je m'en souviens ! Il y aura bientôt deux ans.C'était en octobre.L'atmosphère s'imprégnait déjà des tonalités fauves de l'automne.— Oui, c'est bien cela ! reprit Mlle Dartigues, avec vivacité.Les feuilles se détachaient des cimes altières des hauts peupliers et retombaient, telles des larmes d'or, sur les sépulcres brunis.— .Et leur doux bruissement vous fit dire : "Il me semble entendre le mystérieux colloque des âmes errant à la recherche de ce qui fut leurs corps.C'est d'une imposante mélancolie." A votre tour, vous souvenez-vous, Marise ?— Oui, balbutia-t-elle bouleversée, oui, comme si c'était d'hier.— Et moi, murmura le jeune homme, d'une voix basse, infiniment suave, qu'elle ne lui connaissait pas, moi, je l'ai revécue bien souvent, dans mes heures de solitude, cette promenade.Toujours avec on nouveau charme.Elle pâlit d'émotion." Quoi ?.Que disait-il ?.N'était-ce pas un prélude à l'aveu attendu ?.Sanatorium PREVOST INCORPORE INSTITUTION UNIQUE SITUEE A CARTIERVILLE, P.Q.A 30 MINUTES DE MONTREAL Affections du Système Nerveux Cure de Repos, de Régime et de Désintoxication.Maladie de la Nutrition.Dr.ALBERT PREVOST Médecin légiste de l'Université de Paris, Professeur de Neurologie de l'Université de Montréal, Professeur de clinique de maladies nerveuses à l'Hôpital Notre-Dame.Dr EDGAR LANGLOIS Assistant à la clinique de neurologie à l'Hôpital Notre-Dame.Spécialiste en maladies nerveuses.Dt CHS.-A.LANGLOIS Assistant Radiologiste l'Ji6tel-DIeu.Radiologiste.Ecole des Infirmières dirigée par Garde C.Tassé, assistée de Garde L.Tassé.PAS DE MALADIES MENTALES OU CONTAGIEUSES Administration: Département des malades Atlantic 4052 1888 Ecrivez pour prospectus LA REVUE MODERNE est éditée par La Revue Moderne, Imprimeurs, Editeurs, Limitée, et imprimée par la Compagnie d'Imprimerie des Marchands Limitée., 198 est, rue Notre-Dame, à Montréal. 30 LA REVUE MODERNE Avril 1926 OIGNONS PEDODYNE " Dissolvant" Nouvelle manière d'arrêter la douleur immédiatement.La bosse disparait comme par magie.ENVOYE A L'ESSAI Nous vous enverrons avec plaisir une boite de " Dissolvant." 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Les aurions-nous perdues, ces illusions ?L'arrivée aux Miougrano permit à Marise d'éluder la réponse.Bondissant à terre, elle confia Mouret au valet de ferme et, suivie de ces Messieurs, alla vers la maison, sur le seuil de laquelle, Toinon, la femme du métayer, leur souhaitait la bienvenue.VII Dans l'étroit sentier bordé, à droite, par une haie d'aubépine, à gauche, par des saules et des micocouliers aux pieds desquels serpentait un ruisseau jaseur venu de l'étang où ies roseaux se mariaient aux grandes abeilles d'or des iris jaunes, les deux jeunes gens marchaient en silence.Il semblait qu'une gêne, une froideur inexplicable se fût glissée entre eux.— Marise, dit tout à coup le peintre, d'une voix grave, Marise, qu'avez-vous ?Elle tressaillit et balbutia : — Rien, mon ami.J'écoute.la chanson des cigales.Je ne vous reconnais plus.— Ne pourrais-je vous en dire autant, Fabien ?— A moi ?.— Oui.Je n'ai pas oublié certaine promesse de .confidences.Et.je les attends encore.Un soupir fut d'abord la seule réponse du jeune homme.Enfin, montrant du doigt les eaux miroitantes de la mare à travers le feuillage : — Voici qui me remet en mémoire un récit de " Vincent " à " Mireille ".Entendez-le, Marise.Mireille, écoute : dans le Rhône — disait le fils de Maître Ambroise — il est une herbe qu'on nomme l'herbette des frisons : — Elle a deux fleurs, séparées — bien sur deux tiges, et retirée — au fond des ondes fraîches.— Mais, quand vient de l'amour, pour elles, la saison.— Une des fleurs, toute seulette, — monte sur l'eau irisée, — et laisse, au bon soleil, épanouir son bouton ; — mais, de la voir si jolie, — l'autre fleur est bouleversée, — et vous la voyez, d'amour emplie, — qui nage tant qu'elle peut pour lui donner un baiser.Et, tant qu'elle peut, se dégage — des algues qui l'emprisonnent.— De là, pauvrette ! que se rompt son attache ; — et libre enfin, mais mourante, — de sa bouche pâlie, — elle frôle sa blanche sœur .Fabien se tut.Puis, d'un ton assourdi où vibrait une émotion intense : " Moi aussi, je connais une fleur dont la beauté m'enchante une fleur dont le parfum m'enivre, dont la grâce me ravit une fleur qui m'attire invinciblement .vers laquelle montent les ferventes aspirations de mon être à laquelle je rêve d'enchaîner ma vie, dussé-je mourir de l'avoir aimée et respirée ! ." Comprenez-vous, Marise ?Ah ! certes ! .Elle " croyait " comprendre.Un espoir fou naissait en son âme, l'inondait d'un bonheur immense Mais le doute, ce doute affreux qui paralysait depuis quelques jours les élans de sa nature expansive et tendre, le doute veillait et la fit se retrancher encore derrière une indifférence que démentait l'altération de sa voix.— C'est beau, dit-elle, comme tout ce qui émane de l'illustre félibre.— Et c'est tout ?.Vous n'y voyez pas autre chose ?insista-t-il.Après une hésitaton : — Si.Vous devez avoir un amour au cœur.Il se fit plus pressant.— Alors.dites-moi que vous.devinez l'orientation de cet amour.Seulement cela ! — Comment le pourrais-je?N'étiez-vous pas, depuis bientôt deux and, un être énig-matique.lointain, nous laissant tout ignorer de votre vie intime ?— C'est vrai.Et n'était le mobile impérieux auquel j'ai obéi, je me déclarerais vraiment coupable.— On l'est toujours, il me semble, de rester volontairement éloigné de ceux qui vous aiment.— Non.C'est agir en sage souvent, parfois.en héros.Voulez-vous m'écouter., petite amie?Ils avaient atteint la charmille où, sous la fraîcheur des rameaux entrelacés, parmi la pourpre sanglante des grenadiers fleuris, un banc rustique invitait au repos.— Asseyons-nous, dit la jeune fille, et parlez.Mais l'artiste demeura debout, la forçant ainsi à relever la tête, à montrer son visage enfoui sous la capeline aux larges ailes, à laisser lire, dans ses yeux expressifs, l'émoi qu'il soupçonnait, qu'il désirait avec toute l'impétuosité de sa nature ardente.Et ce qu'il vît le remplit d'une joie sans pareille.Il en oublia la plaidoirie si joliment élaborée et, tel un grand enfant — comme le sont d'ailleurs tous les vrais poètes — il ne sut que balbutier les mains tendues : Marise.Marise .voulez-vous être ma femme ! — Moi!.s'écria-t-elle, rougissant et pâlissant tour à tour.Moi, votre femme ?.O mon Dieu !.— Oui.Votre intuition féminine a dû vous avertir déjà.Il est impossible que vous ne sentiez pas que je vous aime.que vous êtes pour mon âme cette " sœur blanche et si jolie " sans laquelle je ne saurais vivre heureux .Ayant dominé son premier troublé, elle objecta : — Puis-je vous croire, après ces longs mois d'indifférence ! — Il " faut " me croire, amie, car c'est la vérité.Si je suis revenu, c'est pour vous convaincre, pour savoir enfin, selon le mot qui tomberait de vos lèvres, ce que je devais espérer de l'avenir.— Vous n'étiez guère pressé de l'entendre, ce mot ! essaya-t-elle de railler encore.— Ah ! ne soyez pas cruelle !.Ne cédez pas surtout à un mouvement de fierté que vous regretteriez ensuite.Il " faut " me croire, poursuivit-il avec une chaleur croissante, parce que ces deux ans d'apparente froideur que je me suis imposés ont été la " pierre de touche " faisant jaillir, d'un sentiment un peu incertain au début, un amour inaltérable dans son éclat, comme dans son intensité et sa durée.Il " faut " me croire, parce que, la trahison étant chose inconnue de moi, je n'ai retardé cet aveu que pour être bien certain de le formuler avec l'entière sincérité d'un être épris de vous.et de vous seule.— Ce qui signifie?.interrogea-t-elle anxieuse.— L'heure des révélations a sonné : vous allez tout savoir.S'esseyant auprès de sa compagne, le peintre raconta son existence à Paris, existence heureusement sauvegardée par sa mère des redoutables écueils où sombrent tant d'artistes .Il dit son roman d'amour avec une jeune fille dont la beauté, le charme enjôleur, l'intelligence fine et primesautière, l'avaient séduit.sa déception lorsque, par un hasard providentiel, l'idole lui était apparue ce qu'elle était vraiment : une de ces natures très en dehors, mais sans profondeur, ardentes, mais sans tendresses aimables et gaies, mais volontaires et fantasques.Une de Avril 1926 LA REVUE MODERNE 31 ces natures à qui la vie sentimentale et calme du foyer ne peut suffire parce qu'elles ne savent ni apprécier, ni ressentir les joies ineffables du cœur à cœur.— Vous avez dû bien souffrir ! laissa échapper Mlle Dartigues.Il prit une de ses mains qu'il serra tendrement et garda dans les siennes.— Oui, j'ai souffert.beaucoup, avoua-t-il.Mais aujourd'hui je remercie le ciel de cette meurtrissure, car c'est grâce à elle que, désemparé, je vins chercher une diversion en Provence.Alors mes yeux s'ouvrirent.Je reconnus en vous celle qui réalisait mon idéal.celle dont l'amour saurait à la fois bercer mes rêveries d'artiste et répondre à ma flamme celle dont le rayonnement intime m'attirait à mon insu.Je compris qu'en " l'autre " j'avais cherché, aimé votre " reflet ".Reflet trompeur et factice qui m'avait ébloui, mais se voilait maintenant, comme s'éteint la pâle étoile au lever du soleil.— Dois-je croire à tant d'amour?songeait Marise bouleversée.Ne se trompe-t-il pas lui-même?.O Vierge de Beauregard, inspirez-moi !.Et tout haut : — Pourquoi êtes-vous parti sans me révéler tout cela ?— Il eût été peu délicat de vous offrir un cœur où, malgré la désillusion, flottait encore l'image d'une autre femme.Puis je voulais, je " devais " éprouver la constance de ce sentiment nouveau.— Et si, ne sachant rien, je m'étais mariée ?— Ah ! cette crainte m'a torturé bien des fois ! Je n'ai jamais désespéré.Voyez-vous, amie, lorsque Dieu crée deux âmes semblables, il est impossible qu'il ne les achemine pas l'une vers l'autre jusqu'à l'union totale qui, seule, peut faire leur bonheur.— Est-ce bien vrai ?Une ombre envahit le front du poète.— Hélas ! c'est la question que je me pose depuis mon arrivée.Loin de vous, j'étais empli d'une confiance sans bornes.Maintenant, je doute, je tremble, j'ai peur !.Devant votre attitude réservée emprinte d'une sorte de méfiance, je vois peu à peu s'écrouler mes rêves, s'effriter le bonheur entrevu.Et je me demande si, trop présomptueux, je ne m'étais pas leurré, en jugeant mon âme à l'image de la vôtre.en me voyant digne de vous.— Fabien !.Oh ! Fabien, protesta ta jeune fille dans un élan de tout son être, ne dites pas cela !.Leurs regards éperdus s'échangèrent, se fondirent en une muette, mais ardente caresse, qui fut la plus éloquente des révélations.— Marise.Dites-le donc, ce mot que je suis venu chercher de si loin, ce mot d'où dépend tout mon bonheur.Marise, m'aimez-vous ?Un court silence qui lui parut une éternité.Et les lèvres frémissantes se descellèrent pour murmurer tendrement, dans un souffle : — Oui .Fabien, je vous aime ! — Enfin!.s'écria le jeune homme radieux.Enfin ! Il interrogea encore : Vous voudrez bien être ma femme ?— C'est à mon père qu'il faut d'abord poser la question.— C'est déjà fait.— Ah!.Qu'a-t-il répondu?— Que je n'avais qu'a vous conquérir.— Cher papa!.Il avait deviné sans doute.Alors, soyez tout à fait heureux : la victoire est à vous.Mais ne nous attardons pas davantage, conclut-elle en se levant.Quelle heure est-il ?— Je ne sais.,rp Î55HZJRCU te Gin Canadien Melchers Croix dbr C[ Fabriqué à Berthierville, Que., sous la surveillance du Gouvernement Fédéral, rectifié quatre fois et vieilli en entrepôt pendant des années.TROIS GRANDEURS DE FLACONS: Gros: 42 onces $3.80 Moyens : 26 onces 2.55 Petits: 10 onces 1.10 The Melchers Gin & Spirits Distillery Co., Limited MONTREAL Pour vous tenir au courant du Mouvement Scientifique contemporain LISEZ "La Science Moderne (3ème Année) ET LES CHRONIQUES DE RADIO Revue Mensuelle Illustrée paraissant sur 68 pages au moins Directeur-fondateur L.J.Dalbis Prix du numéro 25 sous Abonnement 3 dollars par année.Boîte Postale 132 rvr^y i ;1 ¦ Ste-Catherine Est, Station N.ou L'L^'lVl Libraire montreal Nous voulons des AGENTS partout Ceux qui ont de nombreux moments de libre peuvent se faire d'appréciables revenus en faisant de la propagande pour nous.Ecrivez immédiatement, pour de plus amples détails, au gérant de la circulation.LA REVUE MODERNE, 198 est, rue Notre-Dame, Montréal. 32 LA REVUE MODERNE Avril 1926 " Quand on est deux, l'heure s'oublie ", disait encore Vincent à Mireille.— Et nous l'avons oubliée, ami.Rentrons vite.Non sans regret, ils quittèrent la charmille témoin des doux aveux.A travers la campagne embrasée où stridait toujours la voix des cigales, amantes du soleil, ils marchaient en plein rêve, bercés désormais par la symphonie de leurs deux âmes vibrant à l'unisson.VIII A l'extrémité orientale de la chaîne d'Or-gon qui fait partie des Alpines, se dresse — telle une sentinelle avancée entre le département des Bouches-du-Rhône et celui de Vau-cluse — le fier rocher de Beauregard.Sur la cime de ce roc, propice aux méditations pieuses comme aux défenses guerrières, des augustins déchaussés avaient jadis construit un monastère, dont on montre encore un long corridor sur lequel s'ouvrent des cellules, veuves aujourd'hui de leurs habitants.Très dévots à la Reine du ciel, ces religieux l'honoraient sous les traits d'une statue qui la représenté sous les traits d'une statue qui la représente debout, tenant sur son bras gauche l'Enfant divin, tandis que sa main droite s'étend vers la terre.A cause du site merveilleux dont leurs âmes contemplatives appréciaient la beauté, ils la nommèrent Notre-Dame de Beauregard.En 1562, les guerres de Religion vinrent troubler leur sainte quiétude.Les moines furent chassés ; leur retraite en partie détruite, mais la Vierge ne quitta plus son rocher.Vers le milieu du siècle dernier, un zélé serviteur de Marie, M.Bonnard, curé d'Or-gon, faisait édifier la chapelle romano-byzan-tine qui charme aujourd'hui les regards des touristes et attire, chaque année de nombreux pèlerins.Et Notre-Dame de Beauregard trône désormais, dans cet abri digne d'Elle, au-dessus du maître-autel dont le tabernacle même lui sert de piédestal.C'est dans ce sanctuaire, qu'au matin du 24 juin, après une messe célébrée à leur intention et pieusement entendue, Marise et Fabien, ayant à leurs côtés Mme Mirail et M.Dartigues, échangèrent leurs serments de fiançailles.Ce fut simple et touchant comme tout ce qui a sa source dans le cœur.— Marise, demanda l'artiste, de sa voix chaude assourdie par le respect du lieu saint, voulez-vous être ma fiancée ?— Oui, Fabien.— Avant un an je ne pourrai faire de vous mon épouse.M'attendrez-vous ?— Aimante et fidèle, je vous attendrai.— Alors, continua-t-il en passant au doigt de la jeune fille une bague où scintillait un superbe diamant, comme gage de ma foi et de nos promesses mutuelles, je vous donne cet anneau.Très émue, elle balbutia : — Merci .C'est à ce titre que je l'accepte et qu'il me sera cher.Puis, de ses mains qui tremblaient un peu, elle ouvrit un écrin que son père venait de lui remettre.Sur le fond de satin blanc reposaient deux médailles d'or à l'effigie de la Madone de Beauregard.Le revers s'adornait d'une guirlande de lierre et de gui entourant la devise " Toujours plus " avec au-dessous, sur l'une, "' Marise à Fabien ", sur l'autre, " Fabien à Marise, 24 juin 1904 ".Mlle Dartigues offrit la première à son fiancé.— J'ai voulu, dit-elle que chacun de nous eût un souvenir pieux de ce jour mémorable.Prenez donc cette médaille et qu'elle soit, à votre chaîne de montre, non seulement un doux rappel d'amour, mais le plus efficace des porte-bonheur.Quand à celle-ci, ajouta-t-elle en lui tendant la seconde, suspendez-la vous-même à mon cou.Ce disant, elle inclina sa tête brune devant lui et, lorsque le collier fut agrafé : — C'est bien.Avec ce talisman, j'irai désormais sans crainte vers l'avenir, car j'ai l'assurance que Marie nous prendra tous deux en sa sainte garde.— Et fera que nous nous aimerons " toujours plus", n'est-ce pas, Marise?— Oui, murmura-t-elle radieuse, oui.Mais n'oublions pas, ami, que toute félicité n'est réelle et durable qu'avec Dieu pour base et pour fin.Ils sortirent du sanctuaire.C'était, au dehors, une intensité de lumière qui les éblouit.De l'azur, dont pas un nuage n'altérait la limpidité, le soleil déjà haut souriait à la terre et la terre tressaillante, énamourée, lui offrait à son tour l'épanouissement de ses fleurs, l'encens de ses parfums, le concert ininterrompu des êtres vivants qui la peuplent et concourent à la formation de ce tout, impondérable mais grandiose, qui est lame universelle de la création.Maintenant les nouveaux fiancés redescendaient au bras l'un de l'autre, les lacets rocailleux bordés de jeunes sapins qui, à travers la colline tapissée de férigoules, de romarins, de souples genêts aux rieurs d'or et de rampants serpolets, conduisent à Orgon.Leur joir intime s'amplifiait de toute la majesté sereine du décor qui les entourait.— A voir cette journée radieuse, observa le peintre, on croirait vraiment à quelque délicate complicité de la nature à notre égard.— Dites plutôt à i/ne attention de la Providence.Heureux augure pour l'avenir, mon ami.Les yeux du jeune homme se voilèrent un peu, tandis qu'il serrait sa compagne contre lui.— L'avenir.soupira-t-il, ah! Marise, comme je regrette de ne pas en faire je.présent ! — Vous savez bien que c'est impossible.— Pourquoi?.Je pouvais renoncer en somme, à cette dernière année de la Villa Médicis ! Qualle obligation ai-je d'y retourner ?— Celle de vous perfectionner dans votre art.C'est un devoir, cela.Quand vous l'aurez accompli, vous reviendrez.Et alors .plus rien ne vous empêchera de vous consacrer tout entier à votre.femme et à la Provence.— Oui, mais douze longs mois devront s'écouler avant ce jour béni.— Pensez-vous que je ne souffre pas de ce délai ?— Oh ! je voudrais ne pas partir, Marise ! Elle demeura un instant silencieuse.Puis, dans un sourire mouillé de larges.— Allons soyons braves.II faut accepter courageusement une séparation qui ne fera qu'aviver notre amour.Du reste, nul bonheur n'est gratuit ici-bas.Or, croyez-moi, Fabien, mieux vaut l'acheter d'avance que d'avoir à le payer ensuite d'une rançon.— Peut-être .Ayant atteint les premières maisons d'Or-gon, où les attendait la voiture qui devait les conduire tous les quatre à la Fontaine de Vaucluse, ils se retournèrent.Là-haut, la chapelle de Beauregard dessinait sa rayonnante blancheur sur le ciel bleu.— A l'an prochain ! s'écria Mirail, la saluant d'un geste ému et respectueux.— Au jour de notre union, bonne Mère ! compléta Marise.Quelques minutes plus tard, ils étaient rejoints par Mme Mirail et M.Dartigues demeurés en arrière.Ces derniers semblaient eux-mêmes fort heureux.Des auditeurs moins absorbés que les deux " promis " auraient sans doute découvert le motif de leur allégresse dans ces mots de la veuve terminant une conversation très animée : — Je vous l'affirme encore, nul autre obstacle ne s'oppose à la réalisation de ce projet.Le mariage de nos enfants accompli, l'obstacle aura disparu.Alors, mon ami, j'écouterai la voix de mon cœur qui est peut-être aussi celle du destin.A quoi son compagnon répondit simplement : — J'ai confiance et je vous remercie.IX Après un joyeux pique-nique au bord de la Sorgue, en compagnie de Mme Mirail et de M.Dartigues, Marise et Fabien entreprirent l'escalade du mont où se dressent les ruines du château de Pétrarque.Ces derniers vestiges d'un âge où la tendresse et le sentiment avaient encore droit de cité dans l'amour, épandaient autour des fiancés une atmosphère à la lois très intense et très douce.Car, glorieuse exception dans un siècle imbu de positivisme et de réalisme, ils s'aimaient.sans nulle pensée de lucre, sans le moindre calcul égoïste, ambitieux ou vain.Ils s'aimaient, parce qu'ils se comprenaient fortement, inévitablement, en vertu de ce principe : que l'union véritable des êtres est toujours subordonnée à leur compréhension mutuelle.Des romanesques ! dira-t-on peut-être.Eh bien, non ! Des âmes hautes et droites, des esprits sains et larges, des cœurs généreux, pour qui l'existence n'était pas seulement une course au plaisir ou aux honneurs, mais un bienfait divin qu'il est permis et bon d'idéaliser tant qu'on ne le détourne pas de son but.Et, tout à leur ivresse intérieure, selon la loi commune aux grands honneurs, ils alleient côte à côté, silencieux, presque recueillis, dans le sentier abrupt où les couches calcaires superposées formaient des échelons naturels Parfois, lorsque l'ascension devenait trop rude le jeune homme tendait la main à sa compagne.Parfois aussi le bras protec teur enlaçait la taille souple.les têtes se frôlaient.Ils échangeaient alors un sourire, un mot, un long regard, un de ces riens puérils qui, tant que l'amour est encore un rêve, sont et valent presque tout.Ils atteignirent ainsi l'ancien castel et, s'étant retournés, contemplèrent l'étrange site.En face d'eux, une autre montagne, aux flancs grisâtres, où quelques chênes nains étaleient leurs maigres rameaux, où les thyms allumaient çà et là, de menues lueurs roses se mariant à la teinte plus effacée, us mélancolique aussi, des lavandes aux épis bleus.— C'est beau ! .murmura enfin Mlle Dartigues, en s'appuyant de la main droite à l'épaule de son fiancée.N'est-ce pas, Fabien ?— Oui.merveilleux, petite amie.Et ce décor dit bien le génial artiste, au cœur passionné, qu'était Pétrarque.11 eût été difficile de mieux choisir.Voix du val et voix de la montagne devaient résonner sans cesse en l'intime du poète, tels deux hymnes aux beautés sans égales.De cet incomparable duo naquirent sans nul doute les " Rimes " qui ont immortalisé Pétrarque.N'est-ce pas votre avis, Marise?acheva-t-il, en regardant la jeune fille.Celle-ci tressaillit imperceptiblement.Son visage, tout à l'heure ensoleillé, s'ombrait d'une mélancolie dont le peintre s'inquiéta.Qu'avez-vous ?interrogea-t-il vivement.Dites, pourquoi cette tristesse en vos yeux ce pli à votre front ? Avril 1926 LA REVUE MODERNE 33 Elle hésita un instant, mais très franche, avoua : — En vous écoutant, je songeais que la part de I.aure de Noves avait été bien glorieuse, bien belle et.je souffrais.— De quoi ?.grand Dieu ! — Simplement de n'être pas elle, ou tout au moins de ne pas lui ressembler afin.— Laissez-moi parler, mon ami—afin d'être plus digne de vous.— Est-il possible de s'ignorer à ce point! Mais, vous les possédez toutes les qualités de l'amante idéale qu'elle fut.Et, de même que Laure avait à jamais captivé Pétrarque, de même, vous m'avez conquis, charmé jusqu'à une sorte d'adoration.Ayez donc plus de confiance en vous-même en moi aussi, car : l'amour est une force productrice que l'union des deux êtres qui l'éprouvent doit développer et décupler.Vous serez la Muse inspiratrice, le rayon lumineux Moi, la lyre qui chante et le miroir qui reflète.— Oui, parce que vous avez le don de tout poétiser.Mais au fond, je sais bien, moi, que ma part de collaboration sera restreinte.D'ailleurs, dût-elle être grande, je la rendrais aussi modeste que possible, afin de vous réserver tous les lauriers de la gloire.Qu'en ferai-je ?Vivre dans votre ombre, être aimée de vous, c'est là mon triomphe et restera ma seule ambition.— Vous oubliez celle de faire du bien autour de vous.— Non.Mais là encore, vous m'aiderez de votre talent et de votre cœur.N'est-ce pas vrai, ami ?Pour toute réponse, il l'attira près de lui, si près que Marise crut sentir sur son visage la flamme ardente de ses yeux qui la tenaient sous leur rayonnement.Ces yeux si beaux, où scintillaient tour à tour la gaieté, le sourire, les rutilances d'or de l'atmosphère provençale avec, par-dessus tout, cet ensoleillement, la poésie du rêve et l'étincelle du génie, ces yeux la fascinaient, la troublaient d'étrange façon.— Eteignez votre regard ! supplia-t-elle frissonnante d'émoi.Le jeune homme s'épanouit en un rire loyal et franc qui la rassura.— Je devrais vous adresser la même prière, car, si vos yeux sont profonds, langoureux, un brin énigmatiques même, ils viennent pourtant de me révéler, à leur insu.des choses qui me ravissent, me plaisent infiniment, et.— Dieu me pardonne ! — me rendraient un peu fou.Confuse, elle balbutia : — Oh !.Lesquelles ?— On vous le dira plus tard, Marise.En attendant, redescendons.Voulez-vous ?Ayant traversé le coquet village de Vau-cluse, ils s'engagèrent dans la gorge étroite et ombreuse qui conduit à la Fontaine.Là, sous l'arcade enguirlandée de souples et verdoyantes lianes, devant la source impolluée où tant de cœurs épris ont uni leurs sentiments au souvenir des légendaires et chastes amants, les fiancés renouvelèrent le serment d'amour.Ils seraient l'un à l'autre, quoi qu'il advint, car leurs êtres assoiffés du même idéal, s'étaient compris et ne se reprendraient jamais.X Le temps avait fui, rapprochant de semaine en semaine, la date du mariage.La mi-juin arriva.Par-dessus la haie de lauriers-tins qui, du côté de la route, bordait le " Castéou ", Marise guettait, ce jour-là, l'arrivée du facteur.Partout des bruissements d'ailes, des bourdonnements d'insectes, d'imperceptibles et de mystérieux frissons qui, joints aux par-lums capiteux et suaves de la flore provençale, émanations de son âme ardente, à la 1 Pour Personnes Raffinées Dans les meilleures familles, dans les hôtels et restaurants de premier ordre, partout où l'on cherche à procurer au goût le summum de saveur, d'arome, de pureté et de force, l'on sert le Thé Salada, parce qu'il est le choix des gens raffinés."SALADA' fois sereine et tourmentée, simple et complexe, font de la terre de Mireille une sirène enchanteresse dont ne se déprennent jamais les êtres qui l'ont connue.Tout enivrée d'espoir, le cœur à l'unisson de cette splendide matinée, Marise guettait et rêvait.Elle attendait une lettre : celle qui lui annoncerait sûrement le retour de " l'aimé ".Elle rêvait à ce retour.Oh ! comme la vie serait belle et bonne !.Elle l'était déjà malgré l'absence, malgré cette prolongation de séjour en Italie qui avait d'abord ennuagé son ciel.Nature vaillante et droite, elle s'était reprise, chassant le nuage pour ne garder que i'azur.Fabien s'attardait à Rome, parce qu'à la dernière heure sa mère avait manifesté le désir de connaître la Ville éternelle.En fils respectueux et tendre, il lui donnait satisfaction.Quoi de plus légitime, de plus louable même ?Et depuis, absorbé par son rôle de cicérone et les fêtes d'adieu organisées par ses camarades, ils n'écrivait pas : c'était Mme Mir.nl qui, dans d'affectueuses et fréquentes missives, transmettait les nouvelles du cher fiancé.Quoi de plus naturel encore ?Sans doute, correspondre leur était un besoin lorsque de longs mois les séparaient.Mais maintenant que le jour était proche où ils allaient avoir toute la vie pour échanger leurs âmes, ne pouvaient-ils demeurer silencieux ?Ils le pouvaient, certes ! Et Marise, derrière la haie de lauriers-tins, souriait à l'avenir.Soudain une lueur illumine ses grands yeux.Dans un tourbillon de blanche poussière soulevée par sa bicyclette, le facteur apparaît au tournant de la route.Deux minutes à peine et le voilà au portail.La jeune fille le hêle aussitôt : — Par ici, mon vieux Nouzias ! M'apportez-vous quelque chose?Il descend de sa machine, salue militairement, s'éponge le front, puis ouvrant son sac : — On va voir, Mademoiselle.Les petits papiers, ça ne manque pas.Tenez ! Des prospectus des journaux.une lettre pour M.Dartigues.— Rien pour moi ?— Rien d'autre.— Merci, mon brave.Elle a froid au cœur.Sur l'enveloppe grande et lourde qui vient de lui être remise, s'étalent le timbre de Rome et l'écriture de Mme Mirail.Aiguillonnée par une secrète angoisse, elle s'enfonce dans le parc à la recherche de son père.Il lui semble qu'elle n'arrivera jamais.Enfin elle touche au but.Là-bas, non loin du vieux donjon auquel s'appuie, d'un côté, le futur atelier du peintre, miroite la pièce d'eau, entourée de rocailles et verdoie la pelouse où des fusains jettent çà et là, dans un décor noyé d'ombre, la note à la fois claire et somptueuse de leur feuillage doré.M.Dartigues, en légers vêtements de travail, un immense chapeau abritant son visage contre les feux du soleil, achève la tonte du gazon.— Papa, s'écrie-t-elle haletante, papa ! Il relève brusquement la tête.— C'est toi, Marise?.Qu'y a-t-il ?— Une lettre de Rome.— Ah !.Tu m'as fait peur !.Ils arrivent, n'est-ce pas?— Je ne sais .Elle est à ton adresse.La voici, continue-telle, à bout de souffle, en se laissant choir sur le veloirs de la pelouse.— A mon adresse .balbutia M.Dartigue visiblement troublé.Il abandonna la tondeuse.L'enveloppe, qu'il a déchirée d'une main tremblante, renferme une courte lettre pour lui, un pli volumineux au nom de sa fille.Tiens, dit-il, cela te revient, petite.Et, s'adossant à l'un des ifs qui bordent l'allée, il déplie lentement sa missive, à lui.Mais à peine a-t-il lu les premières lignes qu'un exclamation douloureuse monte à ses lèvres : Quel malheur !.Qu'ai-je fait?Il bondit vers la jeune fille.Marise, rends moi cette lettre ! .Ecoute !.Je t'expliquerai.Trop tard ! Marise a déjà rompu le cachet ; Marise dévorée d'inquiétude, angoissée, étreinte par un affreux pressentiment, veut savoir.Je t'en prie, mon enfant, implore-t-il, obéis à ton père !.Aie confiance .Je te dirai tout .Mais, au nom du ciel, ne lis pas, Marise, ne lis pas ! 34 LA REVUE MODERNE Avril 1926 Elle ne l'écoute, ne l'entend même plus.Les traits subitement altérés, toute sa personnalité morale réfugiée, concentrée dans ses yeux, elle lit avec une stupeur croissante une longue, une admirable lettre dictée par Fabien à sa mère qui, nouvelle mère douloureuse, aurait pu l'écrire avec le sang de son cœur.XI Rome, 10 juin 1005.Marise aimée, " Lorsque, il y aura bientôt un an, nous échangions nos serments de fiançailles sous les auspices de la Madone de Beauregard, j'étais heureux au-delà de toute expression." Après de l3ngs travaux dans le milieu où m'avait entraîné ma carrière d'artiste, après une aventure décevante qui, si elle me fit souffrir, eut au moins l'avantage de faire la lumière en moi, j'avais trouvé l'âme-sœur." Nous nous étions reconnus, compris, aimés.L'avenir s'ouvrait radieux.Encore douze mois de solitude embellie par votre tendresse, lointaine mais intangible du plus beau rêve qu'ait jamais conçu mon âme de poète." Hier encore, la route m'apparaissait unie, fleurie, illuminée de soleil ; hier encore, l'enivrante certitude que le ciel de Provence allait rapprocher pour toujours nos cœurs, nos fronts, nos jeunesses avides de s'unir, m'emplissait d'une joie délirante ." Aujourd'hui, tout cela n'est plus."Le bonheur — tel un éclair fugace dans la nuit — s'est enfui, éteint à jamais.Je ne marche plus que sur des ruines ; je me traîne hésitant et craintif au sein d'épaisses ténèbres ." Car je suis — il faut que vous le sachiez enfin, ma pauvre grande chérie — je suis.aveugle ! " Aveugle T.Comprenez-vous ma désespérance, tout l'infini de ma détresse?.Aveugle ! moi qui vivait tant par les yeux !." Comment cela s'est-il fait." Ah ! je suis bien coupable de n'avoir pas cru à vos pressentiments ! Ils étaient d'essence prophétique, hélas ! La Corse m'a été fatale." Revenu dans l'île pour y brosser quelques esquisses de cette forêt de Valdoniello qui m'enthouaiasmait, je me suis trouvé, un soir, en plein incendie." Du drame épouvantable dont je fus à la fois spectateur et victime, je sortis la vie sauve, mais les yeux atrocement brûlés." C'est alors que ma bonne mère avertie par télégramme vint à Rome où l'on m'avait ramené." J'exigeai qu'on vous cachât l'accident parce qu'un unique souci dominait mes souffrances : vous éviter à vous, ma bien aimée, un choc douloureux et les angoissantes alternatives de mieux ou de plus mal qui allaient précéder ma guérison.Ma guérison ! — mot qui sonne maintenant avec une navrante ironie à mes oreilles.— Je l'ai crue certaine durant quelques jours.Enfin, je l'ai espérée fermement de la Bonté divine." Attente vaine, confiance illusoire I c mal, trop profond, restera sans remède : Je suis incurable ! " C'est horrible, ô mon Dieu ! si horrible que ma raison a côtoyé les limites de la folie." Mais à cette heure, ma plus cruelle torture n'est pas d'être emmuré dans une nuit sans fin.Non.Elle réside surtout dans l'obligation où je suis de vous faire souffrir, vous que j'avais souhaitée, que je voudrais encore toujours, heureuse entre toutes." Oh ! puissiez-vous comprendre le mobile de ma décision et me pardonner l'involontaire blessure dont votre cœur saignera, longtemps hélas ! je le crains." Pour cela, il faut, ma douce, ma tendre amie, que vous me lisiez paisiblement, religieusement, si j'ose dire II faut que, Mutes les faculté» r|p vnffp âme tendues vers des régions inaccessibles au vulgaire, vous portiez votre regard haut et loin et que, ayant entrevu la divine harmonie des desrinées humaines, vous vous soumettiez courageusement à ce que doit être la vôtre." Il faut que vous acceptiez sans murmure un renoncement qui s'impose, auquel je me suis résolu après une lutte terrible entre ma conscience et mon amour — lutte dont Dieu m'a fait la grâce de sortir vainqueur — .Il faut enfin que vous repreniez la parole qui vous liait à moi." Ne protestez pas, Marise ; ne vous révoltez pas surtout.N'ajoutez pas cette amertume au calice que je me suis résigné à boire jusqu'à la lie." Soyez généreuse et dites-vous que seuls sont grands les caractères sachant se vaincre et s'immoler au devoir." Croyez-moi.Enchaîner vos vingt ans à l'existence inutile et absorbante de cette épave lamentable que je suis serait un sacrilège de votre part, un monstrueux égoïsme, de la mienne." Je ne dois pas, faisant de vous une garde-malade perpétuelle, nuire à la tâche sociale plus étendue, plus méritoire aussi, qui vous sollicite Je ne veux pas être " l'ombre " attristant votre foyer." Ce serait donner satisfaction à la partie inférieure de mon être, mais rabaisser un amour que j'ai l'ambition de garder tel que vous me l'avez inspiré : c'est-à-dire si noble, si pur, si désintéressé, qu'il demeure à jamais exempt du moindre alliage capable de ternir son éclat." Car cet amour, même loin de vous, restera encore le suave dictame de ma vie.Derrière mes yeux clos, vous m'apparaîtrez d'autant plus vivante et lumineuse que rien d'extérieur ne troublera l'intimité de ma vision et, dans la solitude absolue où ma cécité me relègue, vous serez celle que mon cœur chérira " toujours plus " avec l'ardeur et la chasteté d'un Pétrarque." Mais vous, Marise, vous à qui l'avenir peut sourire encore, ne vous refusez pas à édifier des joies nouvelles sur les ruines anciennes." Lorsque le temps aura — je ne dis pas effacé — mais cicatrisé la blessure dont vous agonisez aujourd'hui, s'il est un homme de caractère élevé, un homme au cœur brave, loyal et bon qui s'offre à vous pour compagnon de route, acceptez-le." En fondant une famille, vous comblerez les vœux de votre père et, tout en réalisant votre destinée, donnerez à l'ami aveugle la récompense d'un sacrifice qui du moins n'aura pas été inutile." Et plus tard, bien plus tard, quand un sentiment très,pur, immatériel, sera l'unique survivance de notre amour, je reviendrai vers la fiancée d'autrefois afin d'accorder à nos âmes-sœurs l'exquise et sainte ivresse de communier encore l'une avec l'autre avant l'ultime réunion du ciel." Courage donc, mon amie ! " Montrez-vous grande et forte dans l'épreuve.Donnez à mon cœur broyé, mais résolu à faire son devoir, la consolation de penser que vous me comprenez, que vous m'approuvez et que jamais vous ne vous êtes sentie mieux aimée qu'en ce jour où je me bannis impitoyablement de votre route." A Dieu et à la Vierge de Beauregard, je vous remets en garde." Ma mère et moi, quittons Rome pour une résidence inconnue de tous.Désormais, celui qui fut l'artiste-peintre Mirail est mort à vous comme au reste du monde, parce que, vaillant contre lui-même, il serait lâche devant le désespoir de la femme aimée et il ne veut point faiblir." Adieu.Je clos notre beau rêve par un sceau fraternel de mes lèvres sur votre front, suprême caresse de l'infortuné " promis " à celle qu'il souhaite heureuse avant tout.Fabien Mirail.C'est fini.Marise a lu jusqu'à la dernière ligne, sans une plainte, sans qu'une larme ait humecté le bord de ses paupières.Mais, d'une pâleur de cire, un grand cercle autour des yeux, un pli douloureux aux lèvres, son visage naguère si expressif, souriant et doux, n'a plus que l'impassible rigifité d'une statue de la désespérance.En vain M.Dartigues la prend dans ses bras, la couvre de caresses, cherche à l'attendrir par de douces paroles et le souvenir des bonheurs envolés.Elle demeure lointaine, absente, insensible à tout ce qui l'entoure.—Pleure, Marise, l'adjure-t-il, pleure, mon enfant ! Gémis, crie ta souffrance, révolte-toi.N'importe!.Mais dis quelque chose .Parle, ma fille chérie.Tout à coup elle se redresse, passe à diverses reprises ses mains fébriles sur son front, comme pour rassembler ses idées en déroute et, d'un ton saccadé : — Père, il faut .le retrouver !.Tu m'entends?.Il le faut ! — Oui.Mais que faire, pauvre petite ?— Télégraphier immédiatement, Villa Mé-dicis .Là, on saura.peut-être.On retrouvera leur trace.Va, je t'en prie !.C'est le dernier espoir .Après.Elle s'arrête.— Après ?interrogea anxieusement le malheureux père.— Eh bien .je ne sais pas, moi ! fait-elle d'une voix blanche, sans timbre, tandis que ses yeux reprennent leur désolante fixité.— Allons, viens ! dit-il, en étouffant un sanglot.Il la ramène à la maison où Norette, mise au courant de la catastrophe, se répand en lamentations et prodigue mille tendresses à la jeune fille.Marise ne s'émeut pas davantage.Nulle manifestation extérieure n'arrive plus jusqu'à ses sens.Son âme est là-bas, dans un coin de cette Italie, qu'elle ignore, hélas ! où un jeune aveugle, son fiancé, " son Fabien ", souffre la plus cruelle des tortures.En dehors de cette vision poignante, elle ne discerne plus rien ; en dehors de ce désir unique : retrouver " son aimé ", pour aller à lui et le reprendre aucune pensée n'effleure son cerveau.Avec des gestes d'automate, elle erre sans but durant toute cette journée dont les heures se traînent lentes et mornes, comme alourdies sous un invisible manteau de plomb.Elle vague un long moment dans l'atelier, descend au jardin, s'enfonce dans le parc, regagne cet endroit de la pelouse où, ce matin, elle a lu la foudroyante révélation, l'écroulement de son bonheur.Puis elle s'est rendue au salon et là entre la " Vierge à Vaucluse ", admirable souvenir de leurs fiançailles, et le portrait de celui dont les beaux yeux, éteints maintenant, lui sourient dans l'éclat radieux de leurs larges prunelles ensoleillées d'or brun, elle attend l'arrêt de la Providence.Vers sept heures il arrive enfin dans la réponse télégraphique de la Villa Médicis.Rome, 3 h.du soir." Sommes très affectés.Mirail et sa mère disparus sans laisser adresse.Regrets.Douloureuse sympathie." Le Directeur.Pauvre Marise ! C'est l'effondrement suprême du présent et de l'avenir.C'est la fin de tout, puisque Fabien aveugle, Fabien mû par une délicatesse excessive, par une générosité sans bornes, s'est héroïquement retranché de sa vie.Cette fois le coup est trop rude.Un sourd hémissement s'échappe de ses lèvres blêmes, et, le regard égaré, la tête en feu, elle retombe inerte, presque sans vie, dans les bras de M.Dartigues affolé. Avril 1926 LA REVUE MODERNE 35 Quelques heures plus tard, le médecin diagnostiquait une fièvre cérébrale avec prodromes de méningite, et le " Castéou ", déjà paré pour les fêtes nuptiales, s'endeuillait et frissonnait d'angoisse au contact de la Mort qui le frôlait.DEUXIEME PARTIE I On approchait de la fin de février.Depuis quatre heures environ, Fabien Mi-rail dictait, presque sans relâche, un des premiers chapitres de son futur roman.Les phrases naissaient abondantes et harmonieuses à l'égal des pensées qu'elles butinaient et l'auteur entraîné par sa fougue inspiratrice, vivant le drame éclos dans son imagina tion, s'abandonnait, à l'ivresse de son cerveau créateur.Et le rêve prenait corps sous la forme de feuillets noircis qui s'entassaient nombreux, à la gauche de la secrétaire, sur la table-guéridon installée face à la mer, près des grands eucalyptus ombrageant la " Villa des Mimosas ".Malgré les six années écoulées depuis le tragique événement qui lui avait fait rompre ses fiançailles, l'artiste avait à peine changé.Il semblait que le temps eût voulu laisser à ce visage que n'illuminaient plus les rayonnements d'or des yeux voilés à jamais, le privilège de la jeunesse uni à la gravité douce, à la mélancolie volontiers souriante, qui le rendaient plus séduisant encore.Naguère, le jeune homme attirait par son brio, sa joyeuse humeur, sa verve ctince-lante et fine comme son âme même Aujourd'hui, il subjuguait et retenait par le charme fait d'héroïque résignation et de sérénité dont tout son être s'auréolait.Chez Mme Mirail, au contraire, la vieillesse avait imprimé ses stigmates.Cette femme, admirablement conservée au moment où la cruelle épreuve s'abattait sur son fils, n'était qu'une mère douloureuse, aux traits creusés par le chagrin, au front sillonné de rides profondes qu'accentuait encore la neige des cheveux prématurément blanchis.Assise un peu à l'écart, son ouvrage abandonné sur les genoux, elle suivait avec un intérêt croissant les péripéties dramatiques si bien traduites par l'écrivain.C'était maintenant la description d'un incendie en pleine forêt.Les mots colorés, précis, rendaient avec une netteté saisissante la scène qu'il avait dû être le témoin horrifié Et cette évocation déchirait le cœur maternel qui revivait ainsi un à un les tristes souvenirs du passé.Après la sentence îles oculistes et la lettre d'adieu au " Castéou "', c'était leur départ furtif de Rome, les errances dans le sud de l'Italie, à la recherche d'un gîte bien caché à tous.Puis, l'installation dans un humble village de la Calabre, au milieu de paysans illettrés.C'étaient encore des heures d'atroce désespoir faisant craindre pour la raison de l'infirme et la détresse infinie de leurs deux âmes également broyées, également atteintes dans leurs rêves d'avenir .Enfin, une ère d'accalmie surgissant de l'excès même de la douleur et peu à peu, la résignation, plus apparente que réelle, hélas ! de l'aveugle, à sa destinée.Obligé de renoncer à la peinture, il orientait son esprit vers les lettres et, sur les instances de Mme Mirail, d'abord sa secrétaire, il publiait un volume de poésies, sous le pseudonyme d'Aimé Narbisef.Ce fut un triomphe.Deux autres oeuvres suivirent celle-là.affirmant le talent du jeune auteur dont le public féminin raffola d'autant plus qu'il fut impossible d'écarter le voile mystérieux dans lequel se drapait sa véritable identité.Six années s'écoulaient ainsi, au bout des- quelles Fabien Mirail, cédant au désir de sa mère que minait sourdement la nostalgie du pays natal, s'était décidé à rentrer en France.Dans une de ces criques minuscules et charmantes qui s'arrondissent entre Beaulieu et la colline d'Eze, en cette partie merveilleuse de la Riviera dont on a dit qu'elle est une " Côte d'Azur " dans la " Côte d'Azur ", se devinait, plutôt qu'elle ne s'imposait aux regards, la coquette " Villa des Mimosas ".C'est dans cette solitude, loin du bruit et de toutes relations mondaines, que l'écrivain et sa mère étaient venus se réfugier en novembre 1911.Leur incognito ne tarda pas à être dévoilé car, peu de temps après leur arrivée, ils avaient fait la rencontre du docteur Hérard.Celui-ci établi à Nice en qualité de médecin oculiste, fut heureux de retrouver en Fabien un de ses bons amis d'enfance.Mais il dut confirmer l'arrêt ancien : l'aveugle était, resterait incurable.Voilà pourquoi, les joues flétries de la pauvre femme ruisselaient de larmes amères au récit du passé.Et la verve du romancier s'éteignit soudain; son enthousiasme tomba, car un bruit de sanglots venait d'attirer son attention.Laissant en suspens la phrase commencée, il dit : — On pleure à mes côtés .Est-ce vous, Mlle Simone?La secrétaire allait sans doute répondre lorsque Mme Mirail la devança.— Non, Fabien, avoua-t-elle en se rapprochant de l'aveugle.C'est moi.— Tu étais donc là, maman ?Pourquoi n'être pas partie?gronda-t-il affectueusement, puisque tu savais que mon travail de ce jour rappellerait le.l'affreuse chose, enfin .! — Je voulais t'obéir.Mais, tes premières pages m'ont subjuguée .Et, malgré moi, je suis restée, parce que c'était beau, et que j'éprouvais une fierté indicible de ce talent.qui est le tien.Il l'arrêta du geste : — Chut !.chut !.Modère ton admiration.Tu m'aimes trop pour être bon juge.Se tournant vers la secrétaire : Ne l'écoutez pas, Mademoiselle.Maman exagère toujours quand il s'agit de moi.— Excès de modestie de votre part, répliqua la jeune fille.Mme Mirail est absolument dans le vrai.Elle ajouta : Je n'ai rien lu d'aussi poignant que le chapitre que vous venez de composer.L'aveugle eut un triste sourire.— Cela prouve que la fiction, si belle soit-elle, n'égalera jamais la réalité.Car j'ai vu, hélas ! C'est mCme l'ultime vision de mes yeux éteints.Aussi, l'ai-je conservée intacte comme au premier jour.Quel souvenir !.D'un mouvement convulsif, il étreignit son front où semblaient se concentrer, parfois, avec la luminosité du regard absent, toute la mobilité expressive de sa physionomie.Il souffrait visiblement.C'était en Corse, reprit-il, au déclin d'une belle journée de mai.A l'orée du bois de Valdoniello, j'esquissais un effet de couchant dont les jeux d'ombre et de clarté, les métamorphoses successives des chaudes colorations en teintes douces, presque indécises, mourantes, formaient un tableau d'une véritable grandeur.Et tout à coup, cette ligne pourpre se voila d'un gros nuage noir que des langues de flamme sillonnèrent par intermittences, pendant qu'un bruit étrange, sorte de ronflement lointain et continu, montait des profondeurs mystérieuses de la forêt Je crus à l'approche d'un orage.D'autant plus que l'atmosphère, tout à l'heure très fraîche, s'alourdissait sensiblement .Mais elle devint irrespirable et, malgré la fièvre artistique m'ôtant la perception nette des à-côtes de mon u'uvre, une forte-ndeur de Cherchez-vous une Cuisinière?"Les Cuisines Clark Vous aideront" Les ménagères que les soins de l'ordinaire accablent, peuvent acheter tout préparés de nombreux mets, que nos chefs expérimentés et leurs aides préparent dans nos immenses cuisines.Ils vous épargnent le gros du travail Le choix des viandes, la préparation, la longue cuisson— tout cela est fait, vous achetez chez votre fournisseur, en boites à l'épreuve de tout microbe, ces mets toujoursexcellentsquevous n'avez qu'à réchauffer et servir.L'Assortiment des Mets Clark comprend les treize délicieuses SOUPES CLARK Les célèbres Fèves au Lard Clark, le Diner Bouilli Canadien, Beefsteak et oignons.Boeuf salé cuit.Langues de boeuf et Lunch Tongue, les viandes en paté et en pain, etc.Il est bon de se prévaloir de cet aide que l'entreprise du jour offre aux ménagères pour leur épargnerde l'ouvTage.Ces mets sont peu coûteux.W.CLARK Limited, • MONTREAL - ' - - • ' r.t A 3-26 MONTREAL, P.q., ST.«CM,, P.q.ET m » R « o w ONT.MAIGRISSEZ ET RAJEUNISSEZ Avec le Savon Amaigrissant LA - M A R La nouvelle découverte.— Rien à prendre à l'intérieur et résultats surprenants.— Réduisez n'importe quelle partie de voire corps sans affecter les autres.Pas de diète, ni d'exercices.Devenez maigre à volonté.Réduisez le menton, les hanches, Ici bras, le venl»fe, comme par enchantement.Vendu directement par la malle, argent remis si pas satisfait.Prix : 50 cts le morceau ou 3 moiceaux pour $1.00.De 1 à 3 savons suffisent généralement pour une cure.Envoyez argent conptant ou mendat aujourd'hui.Les résultats vous sut prendront.H.J.BROWN Médecine Co.506 C, King Building.Toronto, 2 36 LA REVUE MODERNE Avril 1926 ésine, des crépitements sinistres, des colonnes de fumée jaillies de divers points à la fois m'enlevèrent à l'hypnose du rêve.J'étais en présence d'un de ces incendies redoutés et toujours redoutables, dans ces contrées, à cause de la brousse et des essences même des arbres éminemment combustibles.L'admiration me cloua sur place.— Quelle imprudence ! remarqua la secrétaire.Il secoua négativement la tête.— En lisière de la forêt, au delà d'un petit fleuve qui devait naturellement circonscrire le fléau, je n'avais rien à craindre.Et je m'abandonnai, avec une insouciance justifiée à la contemplation d'un spectacle nouveau pour moi.Combien de temps cela dura-t-il ?.Je ne l'ai jamais su.La nuit — une nuit effroyablement lumineuse par exemple — était venue, lorsque des clameurs déchirantes me firent tressaillir.Une femme, échevelée, hagarde, folle d'épouvante, accourait vers moi : c'était mon hôtesse, Lucia Ghisoni.— M.Mirail ! criait-elle, ma fille ! ma Ninetta !.— Eh bien ?demandai-je saisi, qu'est-il arrivé ?Elle désigna la zone incandescente: — Là !.dans cet enfer.Elle n'est pas rentrée, comprenez-vous?.Pas rentrée! L'enfant conduisait chaque jour les chèvres au pâturage.— Pas rentrée ! .Etes-vous sûre qu'elle soit dans le bois?— Oui.A la clairière, m'avait-elle dit en partant.Et la malheureuse allait peut-être courir vers la mort lorsque l'émotion la terrassa.Par un sentier détourné que le feu n'avait pas encore atteint, je m'élançai dans la direction indiquée.J'aperçus bientôt la petite, mais, affolée, elle s'éloignait de l'issue qui m'avait livré passage.— Comment n'avait-elle pas fui déjà ?— Ah ! mademoiselle, quand un malheur est dans l'air! .Elle s'était endormie, pour ne se réveiller qu'au craquement des arbres se tordant sous la morsure des flammes.La rejoindre me demanda un temps précieux.Lorsque, l'ayant dans mes bras, je me retournai vers le chemin qui m'avait amené, j'eus un cri de stupeur : le cercle infernal s'était refermé sur nous.— C'est horrible!.horrible!.— Vous avez dit le mot, continua Mirail, si horrible que, durant des mois, je n'ai vu que des lueurs d'incendie derrière mes yeux clos ! De pareilles affres sont inimaginables et inoubliables.Mes cheveux se dressèrent sur ma tête .une sueur abondante m'inonda : je crus que mon cœur allait cesser de bettre.Cette défaillance n'eut — heureusement ! — que la durée d'un éclair.Il fallait à tout prix s'évader de la fournaise, je m'évaderais !.Au pas de course, je retraversai la clairière.Un bond.puis un autre.un autre encore .et nous avions franchi la ligne embrasée.Je remettais la fillette, à peu près indemne, à sa mère .Et moi.Il s'arrêta.— Et vous, Monsieur, vous ?interrogea Mlle Simone.— Moi, je me roulai sur le sol, en proie à des douleurs atroces.Un jet de flammes pénétrant dans mes yeux les avait affreusement brûlés.— Vous avez dû souffrir le martyre.— Oui, durant quelques jours.Puis le mal perdit de son acuité.Mais l'ère des angoisses commença pour toi, pauvre mère ! — Sans te guérir, hélas ! — Vous fûtes le soigner en Corse, Madame ?— Non.A Rome, où des spécialistes distingué» déployèrent toutes les ressources de la thérapeutique Inutilement d'ailleuis.Quand j'arrivai, deux jours après l'accident, les paupières étaient closes sur les yeux tuméfiés.Mais, en les ouvrant avec les doigts, on constatait que la cornée gardait sa transparence : la vision existait encore.Le lendemain, cette transparence était déjà moins nette.Ainsi que les docteurs l'avaient pronostiqué, le blessé ne voyait plus qu'à travers un nuage.Des lors, les troubles de la vue augmentèrent avec l'opacité de la cornée.Au bout d'une huitaine, il fallait renoncer à toute guérison : la cécité était désormais certaine, absolue.Non seulement, mon pauvre fils ne reconnaissait plus personne, mais il distinguait à peine le jour de la nuit.Alors ce fut, pour nous deux, la désespérance, plus dure, je crois, que la douleur physique.— Cent fois plus ! affirma l'aveugle.Car, être frappé de cécité en pleine jeunesse, lorsqu'on a devant soi un brillant avenir, lorsque tout vous sourit et qu'on est à la veille d'atteindre le bonheur rêvé, est bien la plus cruelle épreuve du destin.Aussi, ai-je songé bien des fois que la mort eût été préférable.— Ne dis pas cela !.Tais-toi, Fabien ! C'est une révolte contre Dieu.un manque d'affection pour moi.— Tu as raison.Je suis un ingrat, mère chérie.Pardonne ! — De grand cœur, va !.Tu as tant souffert ! Un silence impressionnant tomba.L'artiste accoudé sur la table, la tête mélancolique dans une de ses mains, remontait les diverses étapes de son calvaire.Les deux femmes pleuraient.Mlle Andrey renoua l'entretien.— Nulle amélioration ne s'est-elle manifestée, jamais ?— Jamais! répondit Mme Mirail.Tous les traitements connus furent pourtant essayés : collyres, pommade jaune, massages, injections de fibrolysine, électricité.Ce fut en vain.— La brûlure était trop intense, intervint l'aveugle.La cornée, trop profondément lésée, ne retrouvera point sa transparence.— Qui sait?.Rien n'est impossible à Dieu.— C'est vrai.Mais il faudrait un miracle.Et puis, ajouta-t-il en s'efïorçant de sourire, on finit par s'habituer.Il y a des jours où je suis presque heureux, malgré mon infortune.— Heureux !.Tu cherches à me le persuader.— Pauvre chère maman ! Encore du chagrin, par ma faute ! J'ai eu grand tort de remuer ces souvenirs.D'un ton caressant : — Dis, veux-tu m'être bien agréable ! — Si je veux !.Parle !.Que dois-je te faire ?— M'embrasser d'abord .Aller ensuite te distraire sur la plage, tandis que Mlle Simone me relira ce que j'ai dicté.— Tu y tiens, vraiment ?— Vraiment.— C'est bien.Je t'obéis, mon fils.L'ayant longuement baisé au front, elle s'éloigna.II Un jour — peu de temps avant la date fixée pour un meeting d'aviation — le docteur Hérard vint aux " Mimosas ".A l'ombre des grands palmiers que le soleil allongeait d'heure en heure, sur la façade blanche de la villa, Mme Mirail confectionnait du linge pour les soldats au Maroc, pendant que Mlle Audrey écrivait, sous la dictée de l'auteur, la suite du roman en cours.Le visiteur les contempla un instant." S'ils savaient, pensa-t-il, tout en caressant d'un geste habituel sa fine barbe en pointe, s'ils savaient ce que je leur réserve d'heureux !." Le sourire aux lèvres, il fut vers le groupe.— Bonsoir, Mesdames.— Bonsoir, Docteur, dirent-elles en lui tendant la main.Mlle Simone, pria-t-il, voulez-vous offrir un siège à ce cher ami ?— Inutile, Mademoiselle.J'aime autant rester debout.Lui, si calme d'habitude, semblait ne pouvoir tenir en place.— Auriez-vous vos nerfs ?se permit d'interroger Mme Mirail surprise de cette fébrilité exceptionnelle chez le praticien.Il rit franchement.— Dieu me préserve de ce fléau! Je le laisse aux jolies femmes.— Alors?.— Eh bien ! Madame, c'est.une communication, reçue ce matin d'un de mes confrères, qui m'a ainsi réjoui le cœur.— Peut-on savoir?.Je te devine si bouleversé que mon amitié s'émeut.Néanmoins s'il s'agit du secret professionnel, je n'insiste plus.L'n court silence suivait.De son regard vif posé tour à tour sur chacun des trois personnages, l'oculiste mesura le chagrin concentré de la mère, la tristesse incurable de l'aveugle, la sérénité grave et mystérieuse de la secrétaire et il se dit encore : " Dois-je parler?.me taire?.Cette incertitude me trouble diablement, moi, l'homme des situations nettes.Ah ! tant pis ! Je vais laisser ces grandes âmes aller jusqu'au bout." Prenant délibérément son parti, il affirma .— Secret professionnel, en effet.Tu as vu juste, mon ami.— Riras-tu au moins quel bon vent t'amène ?— Le Comité d'aviation militaire.— Dont tu fais partie ?— Naturellement.Ce qui me vaut d'avoir été chargé, par le directeur du Casino municipal d'une ambassade auprès de toi.— Ah ! .De quoi s'agit-il ?— Voici.Tu sais peut-être que l'illustre compositeur Bassenet lui offre, pour son gala du 24, la primeur d'une de ses dernières partitions .— Un ballet ayant pour titres " Ailes de France ?" Je l'ai appris et m'en suis réjoui.Car, ajouta-t-il avec son enthousiasme d'artiste, j'aime beaucoup la facture de ce maître " dont les œuvres, a dit quelqu'un, renferment une sorte de magie humaine ".— C'est plus qu'un musicien, dit à son tour Mlle Audrey, c'est un poète à l'art léger, subtil, tout de tendresse et de passion, de charme délicat, de grâce troublante et souple.— Alors, riposta gaiement le docteur, espérons qu'il aura noté d'une façon exquise les ébats de nos grands oiseaux au fond de l'azur.Raison de plus pour faire droit à ma requête.— Qui a pour objet ?— La composition d'un poème qui serait à la fois un hymne à la gloire de nos " rois de l'air " et le prologue du ballet en question.— Et c'est à moi qu'on s'adresse ?— Mais oui.Qui mieux que toi, peut .chanter ces merveilles des temps nouveaux ?— Que je n'ai jamais vues ! remarqua ironiquement l'aveugle.C'est insensé, voyons, ce qu'on me demande là ! — Je ne trouve pas.Ta puissance imagi-native et ta subtilité sont assez grandes pour suppléer à la vision.— C'est facile à dire.— Du reste, Mlle Audrey ne se refusera pas à te lire Ides descriptions d'appareils, des comptes rendus de fêtes, jusqu'au moindre entrefilet se rapportant à l'aviation.Enfin, tu assisteras au meeting ; tu entendras le ronronnement, le " vrombissement " Avril 1926 LA REVUE MODERNE 37 des moteurs, les exclamations, Ie9 réflexions de la foule.autant d'indices propres à t'ouvrir des horizons.Ton talent fera le reste.Mirait devenu rêveur ne protestait plus.Son âme, déjà haut dans l'azur, planait.Ah ! comme c'était tentant ! périlleux aussi Quelle chute lamentable, humi- liante, si l'envol ne répondait pas à l'attente du public, comme à son idéal, à lui !.Il réfléchissait et ses traits s'éclairaient insensiblement du feu de l'inspiration.Oui, cette randonnée aérienne l'attirait .Puis, c'était du bien à faire.— Hérard, dit-il tout à coup mettant fin à ses hésitations, le Directeur aura son poème.— Merci.A dire vrai, j'y comptais bien, mon vieux.Mais ce n'est pas tout.— Quoi encore ?— Hem !.j'arrive au point délicat.On voudrait .On désirerait.L'ambassadeur improvisé perdait contenance.Enfin, brûlant ses vaisseaux : — Le Directeur te prie de servir toi-même ton ode à.l'auditoire.— Au théâtre ?.— Oui.Et je trouve que ce serait parfait.— Tu veux dire, pitoyable ! Fabien mordilla nerveusement sa mous-tacle, et d'un ton saccadé : — Me donner en spectacle dans cette ambiance de luxe et de plaisir !.Etaler ma misère physique au sein de ces splendeurs !.Me condamner à " sentir " que des centaines de regards s'apitoient sur mes yeux éteints !.Oh ! non !.non !.pas cela ! s'écria-t-il, dans un geste de révolte.Ne comprends tu pas que le courage humain a des limites ?•— Les cœurs comme le tien ne les connaissent pas.— C'est ce qui te trompe.— Mais voyons ! Il me semble que tu as accompli des sacrifices infiniment plus douloureux.— Certes !.Cela prouve que je suis à bout, que les natures réputées héroïques ont des heures de défaillances confinant à la lâcheté .que je ne me sens pas créé — mais pas du tout! — affirma-t-il violemment, pour le rôle de.bête curieuse que vous voulez me faire jouer !.Dans un élan de camaraderie fraternelle, Hérard prit les mains frémissantes de l'aveu- gle- .— Mon pauvre ami ! calme-toi.N'auras-tu donc jamais conscience de ta valeur?.Qu'importe une disgrâce physique — ayant surtout l'origine de la tienne — quand on possède ton génie Ignores-tu qu'à Nice, à Monaco, dans tout le Midi — je dirais volontiers, la France entière — tes œuvres littéraires font florès, qu'on se dispute les toiles — trop rares, hélas! — dues à ton pinceau ?Et que, certaines indiscrétions aidant, ton odyssée t'a conquis la sympathie de tous?.Mais les femmes raffolent de toi, sans te connaître !.Et j'affirme que, si tu consens à réciter ton poème, tu auras un succès fou.— La gloire m'est si peu de chose ! Qu'en dis-tu, maman ?— Car tu es la seule à ne pas avoir donné ton opinion.— Que dois-je faire ?— Te dévouer, mon fils.Je ne me suis point mêlée au débat afin de te laisser tout le mérite d'un sacrifice que Dieu récompensera, j'en ai le secret pressentiment.Ayant regardé sa montre, il eut un haut-le-corps.— Quatre heures ! Et je devrais être à Nice ! Allons, j'ai cause gagnée, n'est-ce pas ?— Oui, puisque tu juges mon concours utile.A une condition pourtant, reprit soudain l'aveugle, c'est que vous m'accompagnerez, Mlle Simone.Virot pour les demoiselles de bureau Le travail soutenu, la routine, le manque d'exercice, ont souvent un effet désastreux sur la santé et la vigueur de nombre de demoiselles employées dans les bureaux.Le Virol leur fait retrouver l'énergie et les forces physiques dont elles ont besoin, en enrichissant le sang et en aidant à la digestion.YIROL pour bébés invalides & vieillards Lait riche—Extraits de grains.Prépare»-le à la maison, pour toute ta famille: délayes vivement la poudre dans de l'eau chaude ou froide, tans cuisson.A toute heure il soulage la faiblesse ou la faim.Une fasse de " Horlicks " chaud au coucher provoque un sommeil reposant.Qui de vous désire augmenter ses revenus ?Nous avons besoin de percepteurs dans les grands centres, principalement Sherbrooke, Trois-Rivlères, Shawinigan Falls, Joliette, Hull, Sorel, et tout chef-lieu de la Province d'au moins 5000 âmes.A la personne hautement recommandée et qui ne craindra pas d'employer une partie de la Journée à nous représenter, nous ferons des offres très intéressantes.Prière d'écrire au gérant de la circulation de la Revue Moderne, donnant des références quant au caractère.Correspondance traitée confidentiellement.Ne Négligez pas le Catarrhe Maintenant ! 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Cette anthologie de M.Morpeau, à laquelle nous voudrions consacrer un grand espace, et dont nous publierons de larges extraits, est un sublime hommage à la langue française que les Haïtiens ont porté dans toute leur pureté, dont ils ont gardé la fierté et l'amour, qui leur sert à exprimer la poésie ardente et profonde qui repose en l'âme haïtienne et qui se traduit en des vers splendides que nous aurons, je le répète, grande joie à citer.Nous félicitons sincèrement notre ami, M.Louis Morpeau du beau travail dont il a assumé la lourde tâche pour faire connaître et apprécier dans toute sa splendeur poétique, la littérature haïtienne.Louis CLAUDE.La Peste Blanche Comment la prévenir, Comment la guérir.PAR LE DOCTEUR J.M.E.PREVOST Président et Directeur Médical de l'Institut de Prophylaxie.LA tuberculose, la grande faucheuse, comme certains 1 ont appelée, est de toutes les maladies chroniques la plus fréquente.Sur cinq décès, il y en a un en moyenne dû à la tuberculose.De trois à cinq ans, plus de la moitié de la mortalité incombe à la tuberculose.La tuberculose tue au Canada plus de 10,- 000 personnes par an (chiffre officiel).Et pourtant " la tuberculose est curable, elle est-même la plus curable des maladies chroniques et elle est encore plus facilement évitable , comme 1 a dit le professeur Gran-cher.La tuberculose n est pas la maladie des pauvres.C est la maladie des appauvris ; elle frappe ces derniers partout où elle les trouve et dans toutes les classes sociales.Si elle descend souvent dans la cabane, elle monte aussi chercher sa proie jusqu aux marches du trône.L hérédité ne crée pas la tuberculose ; elle donne seulement une réceptivité innée, une aptitude particulière au développement de la maladie, elle prépare le terrain : " On ne naît pas tuberculeux, mais tuberculinisable (Peter).Les parents transmettent à leurs enfants la tuberculose en expectative et non en nature.(Bouchard).Si la tuberculose est fréquente chez les enfants de tuberculeux, c est que, dès leur berceau, les chances de contagion tuberculeuse sont multipliés par eux.La réceptivité acquise est créé par le surmenage, la fatigue, la mauvaise alimentation, 1 irrégularité de la vie, les excès, et surtout par 1 alcoolisme.Après 1 alcoolisme, la meilleure façon de préparer le développement de la tuberculose, c est de vivre dans un milieu encombré, sans air et sans lumière, dans une pièce étroite et mal aérée ; c'est de vivre dans un bel appartement, riche en tentures, rideaux, doubles Avril 1926 LA REVUE MODERNE 53 rideaux, stores, bourrelets et où, les fenêtres ne s'ouvrent pas souvent, l'air est pauvre, vicié et inapte à la respiration.Car, lorsque l'air et le soleil ne pénètrent pas dans une maison, l'anémie, la chlorose prennent droit de cité, préparent ainsi le terrain à la mauvaise graine, au bacille de Koch.La graine tuberculeuse, la bacille de Koch, est presque uniquement transmise ou propagée par les crachats desséchés des malades tuberculeux.On peut impunément vivre à côté d'un phtisique sans gagner sa maladie, mais à condition que ceux qui l'entourent se mettent à l'abri des microbes dont son chargées ses expectorations.Pour éviter la tuberculose, il faut donc se maintenir en bonne santé et combattre la diffusion du microbe par tous les moyens possibles.Pour résoudre ces deux problèmes, il faut de la volonté, du désir de bien faire, et une certaine instruction sur la matière, qu'on peut acquérir facilement en lisant un petit nombre de travaux dont la littérature antituberculeuse s'est enrichie dernièrement.Pour guérir la tuberculose il faudra : la cure d'air, c'est-à-dire le plus d'air possible ; la cure de repos, c'est-à-dire la fuite de toute fatigue inutile et la recherche du plus de repos possible ; la cure d'alimentation, c'est-à-dire un choix éclairé et une augmentation bien dirigée de la nourriture." C'est pourquoi la meilleure manière, pour le moment, de combattre et de traiter la tuberculose, qu'on soit dans l'aisance ou dans la gêne, c'est d'isoler le tuberculeux, parce qu'ainsi on évitera la contagion, et parce que, dans les hôpitaux spéciaux ou dans les sanatoriums, les tuberculeux seront dans des meilleures conditions thérapeutiques ".En s'instruisant et en faisant instruire les autres, sur les moyens de combattre le fléau, en portant partout la bonne parole, en aidant de ses deniers la création de sanatoriums, en s'associant enfin à la Ligue Anti-Tuberculeuse ?Vous ferez œuvre humanitaire tout en défendant votre propre existence et celle de vos enfants que le néfaste bacille menace toujours.Recettes Utiles Procédé facile pour copier les lettres sans faire usage de la presse à copier.— Mettez un peu de sucre dans de l'encre ordinaire, écrivez avec cette encre sur votre papier.Pour avoir une copie, prenez une feuille de papier transparent, humectez-la légèrement avec une éponge ; appliquez celle-ci sur l'écriture, et en passant légèrement un fer plat, comme ceux des blanchisseuses, chauffé modérément, sur ce papier humecté, vous aurez immédiatement la copie désirée.Délustrage des vêtements.—Il n'y a pas de procédés parfaits, en voici deux qui donnent d'assez bons résultats.1.Après avoir bien nettoyé le vêtement, on y passe légèrement et toujours dans le sens de l'étoffe une brosse trempée dans une légère dissolution d'alun : 3 grammes d'alun pour un litre d'eau; pour les étoffes de couleur on ajoute un peu d'esprit-cle-vin ; 2.On frotte l'étoffe avec un papier de verre ou d'émeri, d'un numéro correspondant à la finesse du tissu.Ce moyen est excellent.AGENTS DEMANDES Nous avons besoin de collecteurs-solliciteurs dans tous les grands centres.Aux personnes pouvants fournir de bonnes références nous ferons des offres très intéressantes.S'adresser au gérant de la circulation, La Revue Moderne, 198 est, rue Notre-Dame, Montréal La Solution du plus vieux problème d'Hygiène de la Femme Et ce moyen en vous donnant confiance, vous permet de de conserver votre charme.Vous pourrez en disposer facilement, ce qui est un avantage appréciable.Par ELLEN J.BUCKLAND, Carde-malade diplômée.Huit sur dix des femmes du monde ont adopté cette nouvelle manière qui remplace si avantageusement les serviettes sanitaires de l'ancien temps.L£ plus vieux problème d'hygiène est chose du passé.En perfectionnant une nouvelle méthode, la science a fait disparaître le temps des anciennes serviettes sanitaires.Vos plus belles robes — votre plus fine lingerie, pourront être portées sans crainte — et vous pourrez remplir vos devoirs de femme moderne sans inconvénient.CE OUI CONTRIBUA A CHANGER LES HABITUDES DE MILLIONS DE PERSONNES KOTEX est son nom.Il fut découvert pour la première fois par des infirmières durant la grande guerre.Il est fait de Cellucoton extra absorbant, couvert d'une gaze hygiénique.Il absorbe seize fois son propre poids en humidité, il est cinq fois plus absorbant que les serviettes hygiéniques ordinaires.Pas d'ennui, pas de lavage.Jetez le comme un morceau de papier, sans plus de trouble.Chaque serviette Kotez est désodorisée par un nouveau procédé secret.Si vous n'avez pas encore essayé Kotez, ne retardez pas, vous constaterez une différence non seulement pour votre tranquillité d'esprit mais aussi dans votre santé.De nombreux spécialistes affirment que 60% des maux et malaises sont le résultat de méthodes précaires et sans hygiène.Et, c'est sur l'avis de leur médecin que des millions adoptent cette nouvelle méthode.VOUS LE TROUVEREZ PARTOUT DE NOS JOURS Procurez-vous Kotez en paquets sanitaires de 12 serviettes, deux grandeurs : Régulière et Kotex Super.Dans toutes les pharmacies ou magasins à rayons.Demandez aujourd'hui un échantillon de Kotex et remarquez la différence que cela vous procurera physiquement et mentalement.Notre brochure " Personal Hygiène " vous sera envoyée également.Ecrivez dès aujourd'hui.THE CELLUCOTTON PRODUCTS CO., LTD.1203, Northern Ontario Building TORONTO, ONT.KOTG X SERVIETTE — SANITAIRE ENVOYEZ CE COUPON POUR ECHANTILLON GRATUIT CRATIS Enuoyez moi gratuitement un échantillon de KOTEX et votre livre Personal Hygiène sous enveloppe.L.R.M.4 Fait au Canada KOTEX SERVIETTE SANITAIRE Cellucotton Products Co., Ltd., 1203, N.Ontario Bld£., Toronto, Ont.Nom___ Adresse- On s'en débarrasse Facilement et deux-autres avantages.Pas de lavage.On en dispose aussi facilement que d'une pièce d'étoffe — ce qui représente un gros trsess de moins.Protection extérieure — Kotex sbsorbe 16 fois son propre poids en humidité.5 fois plus absorbant que les serviettes hygiéniques ordinaires; 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ROMANESQUE—Il ne faut tout de même pas l'être trop dans ce siècle ou celles qui sont trop loyales ou trop généreuses dans leurs sentiments sont souvent les plus trompées.D'un autre côté votre délicatesse de sentiments ne peut qu'inspirer de l'admiration.Cependant, vous pouvez quelquefois sortir avec ce jeune homme, le recevoir également, tout en gardant avec lui une attitude qui ne pourra lui laisser aucun doute sur l'indifférence que vous lui accordez.Si l'amitié entre les deux sexes se réalise jamais, ce sera bien dans ce siècle-ci, car je connais nombre de jeunes gens et jeunes filles qui sont d'ex-lents amis, et n'ont jamais pensé que l'amour était possible entr'eux.MACHETA.—Je voudrais participer à votre acte de gentillesse envers cet enfant, mais il m'est malheureusement impossible d'hospitaliser ces vers ici, car ils sont encore d'une pensée et d'une forme trop jeunes pour avoir accès aux colonnes de la Revue où l'on n'admet que des choses de valeur, sans tenir compte de l'âge et des circonstances.Cependant, ailleurs, je pourrai donner asile, ou plutôt demander à la rédactrice de l'un de nr.s granr's quotidiens de l'hospitaliser dans ses colonnes.Et je suis certaine qu'elle ne me refusera pas.Cela vous convient-il ?Ainsi vous aurez fait plaisir à votre tout jeune ami, et moi, j'aurai satisfait à mon devoir d'amitié envers vous.Tout sera bien, pas vrai?Je serai toujours ravie de vous recevoir à la Revue Moderne, dont vous êtes l'amie, et qui plus est la propagandiste fidèle.Je vous remercie de tout cœur, de la faire ainsi connaître et aimer.MADAME PHILIPPE G—Vous n'avez qu'à écrire au Secrétariat de la Province, Département de l'Hygiène, le Dr.Lessard, pour recevoir le livre du Dr.Donnadieu, qui donne aux jeunes femmes tous les conseils pratiques avant et après la naissance de leurs bébés.Ce livre qui devrait être dans les mains de toutes les futures mamans est distribué gratuitement par le Département dont le Dr.Lessard est le chef.Je vous remercie du joli souvenir que vous me gardez et en retour je souhaite que vous deveniez heureusement une petite maman fort contente de son sort et de celui de son bébé.FRANÇOISE CARTIER—Je suis navrée de vous savoir malade, navrée surtout que ce malaise entrave votre belle énergie au travail, notamment au travail littéraire qui vous promettait de jolis succès, et qui vous en a déjà donnés d'ailleurs.Soignez vous bien pour guérir plus vite, et croyez à mon inaltérable amitié.MARCELLE.—J'essaie tout simplement de faire un peu de bien à celles qui se confient à moi, comme si elles me croyaient le don d'endormir leurs souffrances ; je tente de leur insuffler de la confiance et de l'espoir, et je me sens satisfaite quand je réussis à consoler et à ranimer des courages chancelants.C'est un petit apostolat qui se pratique bien doucement, je vous l'assure, et il suffit pour y réussir de comprendre la détresse de ceux qui veulent souffrir dans le silence, et ne confient leurs peines qu'à voix basse et à une inconnue, certaine de n'être jamais trahis.Le mal de se souvenir, oui, c'est le mal rongeaur qui fait les jours moroses et sans but et les nuits tourmentées et tremblantes.Oublier est un bienfait que bien peu reçoivent.Il me plaît de vous savoir mon amie, et de me sentir comprise par vous.UNE FEMME ABONNEE—Luc Aubry me passe votre lettre car il n'a pas de courrier, le pauvre, et je me charge d'autant plus volontiers de ses messages qu'il est la complaisance même et l'amabilité faite homme.En l'occurrence, après vous avoir dit que ce mois-ci, votre opinion sera publiée, il m'est agréable de vous adresser mon bonjour tout amical.FLEURETTE DE GIVRE.—Je n'ai qu'un regret, c'est que votre livre m'arrive trop tard pour le courrier que Louis Claude publie ce mois-ci.Il vous faudra donc passer en mai.En attendant les compliments de notre vieux Claude, laissez moi vous féliciter bien cordialement et bien amicalement.Votre œuvre m'est apparue charmante, et je l'ai à peine vue.Que sera-ce quand je l'aurai lue d'un bout à l'autre.Merci du gracieux envoi.UNE ABONNEE.—C'est avec plaisir que j'accède à votre requête et j'ai immédiatement demandé l'ouvre que vous préférez de Delly, afin de lui faire sa place le plus vite possible à la Revue Moderne, où nous allons, toute l'année, publier des œuvres que vous aimerez beaucoup, j'en suis certaine.MME J.S.BELAN—Combien votre lettre est gentille, et quelle joie j'ai à la recevoir.Je vous remercie de cette toute aimable attention de votre part et puissent vos si jolis vœux se réaliser.Alors un peu de mon propre bonheur s'épandra sur vous toutes qui m'aiderez à être heureuse ! CHARLOTTE G.—Avez vous reçu le petit mot que je vous ai fait parvenir?J'espère qu'il est arrivé assez vote pour vous permettre de fixer vitre choix.MME P.FOR .—Comme c'est beau ce rêve, que vous avez fait, et combien joli, rêve qui reflète bien la douceur de votre mentalité, comme votre ardent désir de faire du bien.Certes, je vais me faire l'écho de la belle œuvre que vous auriez voulu faire, et je ne regrette qu'une chose, c'est que ma vie totalement absorbée m'empêche littéralement d'entreprendre toute organisation en dehors du travail que je me suis assignée.GAETANE.—Certes vous êtes la bienvenue et nous ne demandons qu'à faire plaisir aux êtres délicats et sensibles qui apprécient notre œuvre et s'y attachent de toute leur intelligence comme de tout leur sentiment.Oui, la Revue Moderne a nécessité du travail, de l'effort, de la patience, et surtout de la persévérance, mais l'on n'a rien sans peine, n'est-ce pas?La sincérité de vos paroles me fait un sensible plaisir, et je suis ravie, je vous l'avoue, sans ambages, de connaître une petite amie aussi comprenante que sympathique.Revenez souvent, avec l'absolue certitude de m'être toujours fort agréable.C.COULOMBE.—Au moment où je vous écris, vos volumes ne me sont pas encore parvenus, mais soyez assuré que je les recevrai comme de véritables amis et que je recommanderai à Louis Claude qui a charge de cette partie de notre journal de leur faire un accueil empressé tout autant que sympathique.EMILIEN E.—Votre jolie lettre est vraiment de celles qui réconfortent, et je vous en remercie de tout cœur, en me félicitant de compter un ami tel que vous.Je vous sais un gré infini de la fidélité que vous accordez à notre revue qui peut se montrer heureuse et fière d'avoir rallié un suffrage tel que le vôtre.J'espère que nous continuerons de longues années encore à nous comprendre et à nous apprécier, et comptez sur mon invariable amitié.MAGDELEAN.—Si ce n'est ici où l'espace est tellement engagé d'avance, ce sera ailleurs, où j'exerce également une direction, que vos vers seront publiés.De toutes façons comptez sur moi.PAULINE B.—Vous pouvez rendre ces poils follets sur vos bras invisibles, en utilisant le peroxyde qui les blondit tant et si bien qu'ils finissent par ne plus se voir.Je ne vous conseillerai ni traitement ni usage de pâte dépilatoire, car vous auriez vos pauvres bras en marmelade, quand il est si facile de tout dissimuler par le péroxide.MUSICIENNE DESORMEAUX.—J'accepte l'hommage et je fais la petite place à qui me la demande si gentiment.Il est regrettable je vous l'avoue que vous éprouviez Avril 1926 LA REVUE MODERNE 55 quelques mépris pour la vie des champs qui reste la plus belle, la plus grandiose et la plus indépendante de toutes.Je conçois que vous n'ayiez aucun goût à vous consacrer aux métiers qu'exige la terre, mais il faut quand même reconnaître la noblesse et la grandeur de ceux qui les exercent.Il ne faudrait pas vous lancer à l'aventure, et si vous vous décidez à émigrer là-bas, rendez-vous parfaitement compte avant des conditions qui vous y seront ménagées.Je ne vous blâme certes pas de vouloir faire votre vie comme vous l'entendez et d'exercer la profession pour laquelle vous vous sentez du goût, mais usez de certaines précautions pour assurer votre bien-être là-bas, et ne vous livrez pas au hasard qui commet souvent de bien lourdes erreurs.Je vous fais avec empressement dans notre courrier la place que vous seriez contente d'y occuper, et je tiens à vous dire que je serai toujours heureuse de vous aider, dans la mesure de mes moyens, dans tout ce que vous voudrez faire pour améliorer une situation qui actuellement vous pèse par sa monotonie, et son peu de distraction.MME L.N.C.—Evidemment, vous n'admettez pas la liberté d'opinion, non plus que le droit de discussion.Vos idées là-dessus sont par trop arbitraires, et plus amusantes que sérieuses.Je n'entreprendrai certainement pas de vous convaincre, car je n'arriverais qu'à vous rendre plus furieuse, et j'estime que vous m'avez donné une suffisante mesure de votre caractère, comme de la largeur de vos idées.Tout de même, je tiens à vous dire que si je sais parfois blâmer, et vous admettres que lorsque je j'ai fait, je m'appuyais sur des précisions, publiées là même, ou cette personne a toute autorité et nullement sur des propos en l'air, je sais aussi reconnaître les beaux gestes et les actions méritoires des mêmes personnes que j'ai pu critiquer sur un autre point.Vous pouvez constater que ma mentalité est bien loin de la vôtre, et que nous risquons fortement de ne jamais nous entendre.J.D.BACHAND.—Vous ne sauriez croire combien m'a touchée votre culte envers la langue française que là-bas vous vous employez à développer, et que vous habituez vos enfants à pratiquer avec tant de dévouement.Je serai heureuse, je tiens à vous le dire, chaque fois qu'il me sera donné de faire connaître et aimer la belle propagande que vous poursuivez avec tous vos amis patriotes, dans votre Saint-Jean-Baptiste d'Amérique, pour le plus grand bien de la langue française et des traditions canadiennes.EVELINE GELINAS.—Lisez le petit entrefilet consacré à Magdelena, et vous aurez aussi votre réponse.Croyez également que je ne demande qu'à vous être agréable.BRUNE MOUCHE—J'ai aimé la tournure de vos petits articles, et leur grand accent de sincérité, et notamment les articles consacrés aux papas, les pauvres papas que l'on oublie trop souvent tandis que l'on chante si facilement les mamans, et celui si simple mais si juste de votre " cuisine ".Vous avez su d'un sujet peu inspirateur, en somme, tirer des effets inattendus.Continuez, et je suis certaine qu'un jour vous occu-prez la place à laquelle votre talent vous donne largement droit.Dans le moment, j'ai beau regarder, je ne vois aucune ouverture pour la petite fille si douée que vous êtes, autour de moi.Les journaux qui utilisent les services féminins ne songent qu'à recruter des expériences et des réputations consacrées, mais il viendra un moment où vous serez l'une de celles-là, et vous aurez alors droit de réclamer votre place au grand soleil.Le moment peut venir plus vite que vous ne l'espérez, il s'agit d'une chance, et la chance, petite fille nous arrive souvent au moment où nous ne l'attendons plus.Je serai toujours contente d'accueillir la chère affectueuse que j'aime déjà (Suite à la pa& s6) r i : ogdens UVERPOOL |2 pour |5?Si vous vous sentez affaibli, BOVRIL vous renfoveira en vous donnant du boeuf r '6 &un Htfo AfiBuranre (Hompattg nf (Eanaùa Siège Social: MONTREAL UN BILLION DE DOLLARS d'Assurance-Vie en Cours SUCCURSALES DANS TOUS LES PRINCIPAUX CENTRES 56 LA REVUE MODERNE Avril 1926 La Fleur qui Chante Par ROBERT CHOQUETTE A Constance, ma petite amie de trois ans.UNE fois il y avait un petit oiseau qui était plus joli que les autres.Lorsqu'il se posait sur le sol, son ombre était tel-tement mignonne qu'on avait envie de se pencher pour la ramasser.Mais il était triste comme un jouet brisé : une de ses amies, charmantes et légères comme seuls en ont les oiseaux, lui avait donné de gros coups de bec dans le cœur et s'était envolée pour ne jamais plus reparaître.Et lui, qui l'adorait de toute son âme et de toutes ses plumes, ne guérissait pas de ces mauvais traitements ; d'ailleurs il ne se sentait pas le goût de guérir, étant de ces personnes pour qui les chagrins d'amour sont des délices profondes.Ses parents décidèrent de le conduire à l'hôpital des oiseaux.On avait creusé cet hôpital dans un chêne magnifique, au coin le plus agréable de la forêt.Là, toutes les gardes-malades avaient été recrutées parmi les oiseaux qui ont des toupets, ou des huppes, si l'on veut bien parler.Elles avaient donc des huppes, et cela afin que les patients ne fussent pas à la merci d'intrus et de fausses gardes.Comme tu vois, ma-petite Constance, il y a plus d'un brin de sagesse dans la tête des oiselets du bon Dieu.Le jour de son arrivée à l'hôpital, notre gars fut très mécontent et tempêta tellement et si bien qu'il réveilla tous les malades.Puis, brusquement, il devint taciturne et regarda dans le vague de toute la force de son entêtement.C'est en vain qu'on lui parla et que les exquises gardes-malades firent passer leurs huppes devant ses yeux ronds : il ne remua pas d'une plume.On le laissa seul, et pas avant le lendemain lui fut-il permis de s'aller percher sur les branches d'alentour.Oh ! la jolie toilette qu'avait ce coin du bois ! Des gouttes d'aurore à tous les brins d'herbe, sur la pointe de tous les cailloux ; et quant au soleil, avec ses rayons dorés, il avait l'air d'une énorme pelote à épingles.L'oiseau regarda partout, à droite, en haut, à gauche, en bas." Eh ! dieu des oiseaux, que vois-je ?s'écria-t-il.Là, au pied du troisième arbre, cette fleur ! " C'était une fleur si belle, Constante, si rayonnante, qu'elle emplissait le paysage à elle toute seule.Sans mentir, notre jeune ami en reçut un choc au cervelet ; son cœur d'oiseau manqua d'haleine.Pour un temps il fallit oublier comment se maintenir sur une branche.Mais quand il eut dompté son trouble et retrouvé son âme, il ramassa toute sa grâce, comme les donzelles relèvent leurs jupes, et, pimpant, mignon, mutin, il se laissa choir près d'elle.Puis il la contempla longtemps longtemps, sans même remuer son bec.Je vais te dire pourquoi la dame était si belle : c'était une fleur magique.Née sous la baguette d'une fée de l'ancien temps, elle avait reçu une vie qui ne devait jamais mourir.En qualité de fleur magique elle savait toutes les choses du monde, comme tu peux le croire, et connaissait donc par cœur le chagrin de notre oisillon.Or, comme il taisait toujours ses paroles, c'est elle qui lia conversation, disant dans son langage de fleur magique : — Tu ne chantes plus, mon ami.Quel boudeur tu fais de garder tes chansons dans ta gorge pour un chagrin d'amour.— Quoi, madame la fleur, vous savez ma peine ?— Je sais ce que tu appelles ta peine.Mais à mes yeux, pauvre enfant, le plus pénible n'est pas d'avoir été détaillé d'une frivole amie, mais bien de ne plus chanter à cause de ce chagrin.— Oh ! madame.— Mais oui, tu ne dois pas te taire pour si peu.D'abord il y a une foison d'oiselettes bien plus jolies que ta cruelle, et puis .et puis.il y a moi.Ne veux-tu pas chanter pour moi ?— Madame, vous êtes si belle que je tremble devant vous et que mes yeux sont en lumière.Mais quand on a un tel bobo sur le cœur.— Enfant, va ! Ecoute-moi : je ne suis pas méchante ; seulement, je ne veux pas qu'on perde le bonheur de t'écouter.Tu dois chanter dans l'amertume comme dans la joie.— Mais, voyez-donc, mes chansons tristes feraient pleurer tout le petit bois.— Les larmes consolent du rire autant que le rire console des larmes ; d'ailleurs, les pleurs sont les plus vraies des paroles.Ne crains donc pas de nous faire pleurer.— Vous êtes fine, vous.Mais il y a du péril autour de moi.L'autre jour j'ai entrevu quelque chose de noir, caché derrière les feuilles courbes, et qui m'observait avec des yeux verts.Cela me tuera peut-être, si je chante.Et j'ai peur.— Lors même que ton corps dormirait au pied du chêne de l'hôpital, à moitié enseveli dans la mousse, ton chant vivrait encore ; ce sera mourir pour vivre.— Je ne comprends pas beaucoup, madame la fleur.Et puis, je ne veux pas mourir, vous pensez bien.— Tu ne comprends pas ; écoute d'abord.La bonne fée à qui je dois d'être immortelle m'a donné le pouvoir de conserver au creux de mon cœur le chant de celui qui saurait me charmer tout à fait.En t'écoutant mon cœur s'est ouvert comme des lèvres qui ont soif.Si tu meurs je recueillerai ta voix et te ferai vivre par-delà toi-même.Chante, veux-tu ?Mais, sans doute parce qu'il ne comprenait pas encore ces grands mots, il restait immobile et muet comme un caillou.Soudain la fleur eut une inspiration, et bien féminine, Constance : " Chante, mon beau prince, chante, reprut-elle d'une voix douce comme les étoiles, chante pour les malades qui sont dans le creux du chêne." L'oiselet la regarda.Une grosse larme de charité roula dans chacun de ses yeux pour les orphelins et les malheureux oiseaux de l'hôpital.Alors il gonfla sa poitrine et chanta une mélodie si enchanteresse et si tendre qu'une grosse bête vorace, cachée dans un buisson, se précipita sur lui et le mit à mort avec ses griffes et ses dents jalouses.On m'a dit que c'était un chat noir, quoique jamais auparavant on n'avait vu de chat dans cette forêt.Or, tu comprends bien, Constance, la mort du petit oiseau m'a tellement révolté, qu'afin de punir le coupable j'ai fait des fouilles dans tous les plis du bois.La9 I n'ai trouvé ni chat ni monstre d'aucune espèce.Cependant, par le miracle que la fleur avait prédit, l'oiseau n'avait pas aussitôt cessé de chanter par son bec à lui qu'il continua de chanter par la bouche de la fleurette ; Et depuis lors, le long de chaque jour, elle élève vers les branches la chanson éternelle qui gonfle et remplit la vie du petit bois.Et l'affreux chat noir ne peut pas la détruire, parce que l'âme de la bonne fée veille sur elle et qu'au premier mouvement il serait changé en caillou.Ma chère Constance, aujourd'hui et jusqu'à quelques années tu ne verras dans ce conte que l'oiseau, la fleur et le chat noir.Mais plus tard tu seras une jeune femme ; et les jeunes femmes ont une façon merveilleuse de lire entre les lignes.Alors seulement tu verras que le petit oiseau, c'est un poète, et que le chat noir, c'est la mort.Et la fleur charitable, Constance, c'est la Gloire, celle qui garde, par-delà la vie charnelle de l'artiste, la chanson impérissable et sacrée de son génie.Courrier de Madeleine (Suite de la page 55) profondément.Ces choses de deuil s'utilisent environ pendant huit mois, jusqu'à l'époque du demi-deuil.VICTORIEN ROBERT—Les pauvres drames du cœur, les tragédies des ménages dénoués, par caprice bien souvent, et qui laissent derrière eux des enfants qui paient si cher le prix de circonstances dont ils ignorent presque toujours le pourquoi.Je sens tout ce que vous souffrez, et j'y sympathise de toute mon âme.Il me semble pourtant qu'il doit être facile de faire abstraction de ces caprices quand des vies sont là comme enjeu de notre patience et de nos sacrifices.Maintenant, voulez-vous me dire le titre de votre article et comment il était signé ?Je crains qu'il ne se soit égaré et ait été jeté par mégarde avec des lettres déjà répondues.En ce cas, je vous en demanderais une copie, et je vous saurais gré de me faire parvenir une adresse par laquelle je pourrai communiquer rapidement avec vous.Soyez assuré que vous trouverez toujours en moi une confidente qui vous comprendra et une amie qui compatira à vos détresses.Seulement, ne cessez pas d'espérer en celle que vous aimez toujours, et qui vous reviendra repentante et plus aimante, parce qu'elle aussi doit souffrir de la situation qu'elle a créée, sans doute par défaut de réflexion.Et puis, dites, est-ce qu'une maman peut vivre longtemps loin de son petit ?Je comprends que l'on puisse abandonner un mari, mais son enfant ?Non ! Espérez, je vous le répète, des beaux jours vous reviendront et vous en sentirez d'autant mieux le prix que vous aurez vécu des heures difficiles d'isolement et de regret.JEUNE LAURENTIENNE.—La Vengeance de Ralph de M.Delly a paru dans l'édition d'avril 1922 de la Revue Moderne.Vous pouvez vous procurer ces numéros en vous adressant à notre administration, ainsi que celui de décembre 1923.JEAN DE KERJEAN.—Votre réponse est la bienvenue et nous l'insérons aujourd'hui même.Merci de votre aimable attention.NOTE.—Je prie instamment les correspondants qui veulent avoir leurs réponse dans le prochain courrier de Madeleine, de vouloir bien nous adresser leurs lettres avant le dix du mois qui précède la prochaine livraison de la Revue Moderne.MADELEINE. Avril 1926 LA REVUE MODERNE 57 Pél Grand-Bé erinage au ^aran Par CLAUDE REHNY La pluie noyait Saint-Malo quand j y suis arrivée un peu après midi Elle continue à tomber fine et pressée, imprégnant toutes choses d'une ineffable mélancolie qui fait aussi le siège de mes pensées.Je songe aux vers célèbres, si musicalement évocateurs de ce jour pluvieux.et de mon état d'âme." H pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville.Quelle est cette langueur Oui pénètre mon cœur ?" Le ciel est gris, grise est la ville ! Je n'y dois rester qu aujourd hui seulement.De la fenêtre de ma chambre, au-delà du rempart, j'aperçois des îlots et le lointain bleu de la mer.Sur la gauche, j'ai vite reconnu le Grand-Bé et je distingue la tombe qui m'a amenée ici.En breton, bé veut dire tombe.Est-ce pour cette raison que pour son tombeau, René de Chateaubriand sollicita de la cité malouine la concession d'un petit coin de terre ' à la pointe occidentale du Grand-Bé ?" Je pense à ce désir du voyageur qui voulut revenir dormir au lieu même de sa naissance et qui avait manifesté — s'il mourait en terre étrangère — la volonté que son corps ne fût repatrié qu'après cinquante ans d'un premier ensevelissement." Un cadavre courant la poste me fait horreur ; des os blanchis et légers se transportent facilement : ils seront mo ns fatigués dans ce dernier voyage que quand je les traînais çà et là chargés de mes ennuis." Je songe.et les heures passent.Bientôt la mer reviendra battre les rochers et le Grand-Bé sera inaccessible.Je pars, et sous l'averse, je gravis l'escalier qui conduit au rempart que des ravenelles d'or poussées entre les interstices des pierres embaument d'un parfum vieillot et tenace.Il m'accompagne et mon pas sonore rompt le silence des pierres tristes.Enfin, j'ai gagné la plage et pour aller plus vite, je m'engage sur le sable mouillé, couvert d'algues brisées et de coquillages Malgré les flaques d'eau, c'est tout près de l'îlôt seulement que j'emprunte l'étroite chaussée aux pierres lisses, verdies par endroits, et solidement jointes.Dans le vent et la pluie, la montée est pifficile Le sol humide est glissant.Le Grand-Bé est couvert d'une végétation où le vert fauve domine.Je suis le chemin de ronde Des ruines à droite.Ce sont celles du fortin qui couronnait autrefois l'îlot.Çà et là des touffes d'ajoncs fleuris.Quelques marches taillées en plein roc mènent à la plateforme, en contre-bas, où s'élève la tombe solitaire et simple, émouvante aussi.Une dalle de granit surmontée d'une courte et robuste croix est encadrée d'un noir grillage de fonte.Aucun nom n'y figure.Des mains pieuses ont déposé sur la pierre tombale une gerbe de ravenelles bretonnes à l'amère odeur.Je regarde la mer au loin.Je regarde la tombe.J'évoque celui qui dort sous la pierre grise et qui souhaitait d'être dans la mort une " Ombre heureuse ".Dans la préface testamentaire de ses Mémoires d'Outre-Tombe, Chateaubriand avait écrit : " J'ai porté le mousquet du soldat, le bâton du voyageur, le bourdon du pèlerin : navigateur, mes destinées ont eu l'inconstance de ma voile ; Alcyon j'ai fait mon nid sur les flots." Celui qui fut le compagnon de la mer et du vent repose au milieu des vagues Son dernier sommeil est bercé par la chanson marine qui enchanta les premiers jours de sa rude enfance.Mes lèvres se posent sur la croix grise, et je m'en vais mélancolique sous la rafale, avec aux doigts une branche de giroflée jaune, déjà fanée.De retour à l'hôtel de France et Chateaubriand dans la cour intérieure duquel s'élève la maison natale de l'écrivain, j'ai regagné ma chambre claire et longtemps je suis demeurée accoudée à la fenêtre à regarder la mer, et le point grisâtre où repose celui qui tant l'aima.Au soir tombant, la mer montante entourait le Grand-Bé.Une écume neigeuse en brodait les contours.Des barques entraient au port, dressant fièrement leurs voiles triangulaires.Puis la nuit vint avec le mystère attirant de son ombre.Le Grand-Bé devint invisible dans la confuse rumeur de la mer.Que racontent-ils au grand Dormant, les flots qui ne le quittent que pour lui revenir ?Claude Rf.hnv.•Des YEUX plus jolis en sont la récompense Quelques gouttes de Murine, soir et matin, suffisent pour garder vos yeux clairs et sains.Murine repose les yeux fatigués par la lecture ou travail de bureau, soulage l'irritation causée par le soleil, le vent ou la poussière.Ecrivez Compagnie Murine, D.°4, Chicago, pour avoir le pamphlet sur la beauté des yeux.VRML Pour vos YEUX ¦m Saviez-Vous Madame que lorsque vous achetez de la soie en rouleau marque FLEUR-DE-LYS vous encouragez une industrie de chez nous?En effet, ces soies sont filées à Montréal, par des experts canadiens, dans un établissement canadien, à capital canadien.Les soies FLEUR DE LYS sont de qualité égale à n'Importe quelles autres soies de provenance étrangère.Continuez à vous servir des SOIES FLEUR - DE - LYS 58 LA REVUE MODERNE Avril 1926 Quels sont les défauts et qualités du jeune homme moderne?Par LUC AUBRY Fin de notre enquête " Ce que je pense du jeune homme moderne ?Hélas ! pas grand chose de bon ; je suis sévère, mais je ne puis oublier qu'on nous a traitées sans ménagement.Le jeune homme moderne est égoïste, comme la majeure partie des hommes, vantard, indiscret, dépensier, prétentieux, sans galanterie.Il ne sait plus saluer que du bout des doigts.Il s'installe confortablement dans le tramway, sous prétexte qu'il a payé son passage, et les dames vieilles ou jeunes, qui elles aussi, ont payé leur passage, doivent se suspendre aux courroies pour ne pas tomber.Où est-elle allée la politesse de nos ancêtres ?Ils auraient honte de leurs descendants s'ils revenaient parmi nous.Mais le bon Dieu a pitié d'eux, et ils ne reviendront pas.Le jeune homme moderne pense seulement à son plaisir ; il prodigue ses attentions aux jeunes filles qui lui font des avances, et lorsqu'il est fatigué, qu'il a dépensé son argent, sa santé, sa bonne humeur, il songe qu'il s'annuie tout seul, puisque sa maman n'est plus.Alors, sans l'aimer beaucoup, il demande en mariage une jeune fille dont il ne s'est jamais occupé avant, parce qu'elle n'était pas le genre qu'il fréquentait.Comme est inconstant et qu'il a le cœur sec, il rend sa femme plus ou moins heureuse, la laisse seule à la maison avec ses enfants, lorsqu'il y en a, et très vite, il retourne à ses anciens plaisirs.Le jeune homme à la mode a sans doute des qualités, mais elles sont si peu nombreuses qu'elles disparaissent parmi ses innombrables défauts.KLIANE ".— Combien sévère vous trouve le vieux Luc ! Je serai bref, car on se repent toujours d'avoir trop parlé.Et j'ai en horreur les lohgues discussions qui amènent toujours aux mêmes conclusions.Alors ce que je pense de ces jeunes hommes : " C'est qu'ils sont tous enclins à rêver d'idéals impossibles sans être assez sérieux pour se créer une situation stable.Ils sont excentriques.Il est très malheureux que le miroir dans lequel ils se mirrent ne leur laisse pas voir exactement comment ils le sont.J'IONORE.Par le présent concours, la direction de la Revue Moderne donne une fois de plus la preuve de sa parfaite équité.Après avoir donné à ses gentils lecteurs l'occasion de dire force méchancetés sur notre compte, voilà maintenant le cri d'appel à notre adresse.Je sollicite d'avance l'indulgence de ces messieurs, si par hasard, je leur découvre plus de défauts que de qualités.Dame, ils ne se sont guère gênés à notre égard, et je ne vois pas la nécessité de mettre les lunettes de grand'mère " Indulgence ", quand ils ont eux-mêmes reconnu la franchise comme l'une de nos rares qualités.Voici donc ce que je pense du jeune homme moderne en général : Egoïste jusqu'à la tyrannie, il s'imagine être le seul être de la création capable de sentir, it ne tient aucun compte des sacrifices qu'il impose.Très soigné dans sa mise ; léger autant qu'inconstant, il cherche dans son entourage ce qui éblouit et fascine, il reste trop souvent aveugle devant les solides qualités que cache quelquefois un extérieur moins brillant.Il passe ainsi à côté du bonheur, pour aller à ses changeants plaisirs, oubliant qu'ils n'en sont qu'un faible reflet.Epris du nouveau, il court avec son siècle, ne laissant après lui que le vague souvenir d'un élégant poseur, une raquette de tennis à la main ou une paire de patins sur l'épaule, suivant la saison.Assez courtois, mais à ses heures seulement et toujours quand son affreux égoïsme n'a pas à en souffrir.Tenace jusqu'à l'entêtement, il sait vouloir et vouloir fermement.Très large d'idées, il parait avouer ses torts et ses travers, mais ne manque jamais d'en faire porter une part de responsabilités (et c'est toujours la plus large) à ses sœurs, les jeunes filles modernes.Sur ce point, avouons qu'il a quelquefois raison.(C'est si rusé les femmes ! ) Mais, ce n'est pas " moderne " cette question, puisque notre grand'mère Eve fût la première à mettre en évidence la faiblesse du sexe fort en provoquant la gourmandise de son chenapan de mari ! Bon, je m'arrête, car je vois déjà bon nombre d'épaules se hausser imperceptiblement, et si j'allais mettre à l'épreuve la patience de ces messieurs, brrr., .ça ferait peut-être un défaut de plus dont nous serions responsables.SANS RANCUNE.Je ne veux pas me poser en critique, car je ne connais pas tous les hommes, loin de là.mais je vais tout simplement émettre une opinion : Volages et inconstants, ho ! ils le sont : sans grande décision de caractère, avec une forte tendance au snobisme ; à mon avis, ils manquent quelque peu de personnalité, car ils résistent difficilement aux influences.Ce sont de fougueux, quelque-même au détriment de leur devoir et santé.En un mot ce sont de grands égoïstes, qu'il faut entourer de soins et prévenances et qui adorent se faire dorloter.Mais en revanche, ils ont beaucoup de chic et de jolies manières qui leur valent des admiratrices.Leur ardeur ne dément pas leur ambition au travail, car ils ont à cœur de se faire un avenir.Oh ! Il y en a de délicieux et je les affectionne tout particulièrement ! Une qui en sait quelque chose.MARIETTE J.Cette enquête faite sur les qualités et défauts de la jeune fille moderne m'a fort intéressé.Je n'ai pas osé me prononcer, car plus on étudie la femme moins on la comprend, mais je prends la liberté de réfuter l'étude de Mlle Rawdonnienne, qui nous juge sévèrement.Le diable n'est pas aussi noir qu'on le peint.Le jeune homme moderne est plus hardi, moins routinier et possède une plus grande largesse d'esprit que ceux des autres générations.Il est égoïste, je l'admes, et ce n'est pas le moindre de ses défauts, mais cela est du bien souvent à l'exigence de la vie et aussi aux caprices extravagants de la jeune fille d'aujourd'hui, c'est une des raisons pourquoi plusieurs d'entre nous craignent le conjungo, et celui qui veut prendre femme doit y regarder par deux fois.S'il est parfois réfractaire à remplir son rôle social envers les jeunes filles, c'est qu'elles se plaignent souvent qu'il manque de générosité dans les sorties sociales, et cela n'est pas sans rendre indifférents sinon égoïstes beaucoup de nous nous soucions peu d'essuyer un simple merci des lèvres.Volage oui peut-être, mais les circonstances nous obligent souvent à l'être, et nous offrent l'occasion d'être peu sérieux, puisque tout ce que les jeunes filles désirent est s'amuser.Le jeune homme sérieux reste alors souvent de côté.Que donnent elles pour raison, ces demoiselles ?Pardonnez l'anglicisme, elles disent : c'est un " slow " ! Il a autant de foi, je dirai même il est plus pieux que celui d'hier.L'on se vantait autrefois d'avoir fait ses Pâques, quant aujourd'hui on communie souvent avec simplicité, sans bigoterie.Qu'ont fait nos volontaires en 1914?Ils sont partis en grand nombre et combien dorment leur dernier sommeil en terre étrangère.En général plus instruits, il lui est plus facile de lire, se renseigner et il s'intéresse davantage à la littérature, aux arts, à la musique que ne le pouvait celui d'hier.Melle Marie Estelle fait une remarque judicieuse au sujet de celles qui ne rêvent du jeune homme, où ne les voient-elles qu'à travers les héros de romans qu'elles ont lus, sans l'ombre d'un défaut, au moral comme au physique. Avril 1926 LA REVUE MODERNE 59 Je ne connais pas d'homme parfait, alors que les jeunes filles nous acceptent tels que nous sommes ; elles s'apercevront souvent que nous ne sommes pas aussi libertins ou légers que peuvent le faire supposer nos faits et gestes.Je ne doute nullement du grand cœur de la femme, mais l'homme aussi a un cœur, et si la femme voulait, elle pourrait le rendre si généreux ! JEAN DK KEKJEAN.* C'est une maman qui vous arrive, une maman qui a " bru et gendre " et encore des filles à marier ! Lui permetterez-vous de dire son opinion sur le jeune homme d'autrefois et celui d'aujourd'hui ?et bien consciencieusement : " Avec mes connaissances du passé et du présent.J'admire nos jeunes gens d'aujourd'hui en plaignant ceux d'autrefois.Et pourquoi ?Voici : Une forte instruction et beaucoup d'éducation leur était données puisque plusieurs d'entre eux étaient de familles distinguées et de hautes professions.Mais ces jeunes " à qui un brillant avenir souriait " n'eurent d'autres ambitions, après leurs leurs cours fini que de s'amuser et dépenser follement l'argent amassé avec tant de soin.Les uns, " le petit nombre " se corrigèrent très-tard, et les autres finirent sur un lit d'hôpital et comment ?" L'oisiveté et l'intempérance jouèrent leur grand rôle ".Aujourd'hui, que font nos jeunes gens?Ils travaillent jeunes et sans relâche, durant les études et pour ses études.Ils aiment à se créer un bel avenir, à faire honneur à leur race et à leur famille.On leur reproche un peu de sport, un peu de distractions si utiles à leurs durs labeurs.On dit même " qu'ils s'occupent plus de leurs toilettes que de leur cœur ".Oh ! une maman juste et clairvoyante " en aurait long à dire sur ce sujet ", mais passons.et retournons le bonnet à ces jeunes filles qui aisément s'en coifferont.Je m'attaque à ces jeunes filles mesdames, sans humilité, dépensant leur faible salaire en coquetteries de toutes sortes, même en théâtres ; comment voulez-vous que ces jeunes gens envisagent une vie future et viennent déposer à leurs pieds mignons leurs cœurs généreux et plein d'ardeur et d'espoir?A vous de réfléchir et de savoir attirer ces vaillants, généreux, distingués, fiers et sobres jeunes gens quitetront les bons époux de demain.Et n'en voulez pas à cette vieille maman qui parle ainsi ?JOSEPTE.F I N Pour rire en société U NE élégance sobre se reflète dans chaque série des nouveaux et ravissants modèles " Niagara Maid": et leur durée exceptionnelle les rend aussi pratiques qu'ils sont charmants.GANTS DE SOIE Chaque paire est " doublée aux extrémités " Produit Canadien Fabricants étalement de Bas de soie "Niagara Maid " et de fabriques a Sous-vêtements de soie italienne "Niagara Maid" brantford On parlait d'une ex-étoile de l'Opéra, mariée depuis longtemps, et mère de plusieurs filles qui chantent toutes à ravir.— Ce n'est plus une étoile, disait notre confrère S .c'est une constellation ! Le Ménestrel cite un joli mot attribué à un musicien d'orchestre, qui, — par le plus grand des hasards ! — était arrivé un peu tard à une répétition.C'était un trombonne.Il se glissait discrètement à son pupitre au milieu d'un morceau, lorsque l'œil vigilant du chef le découvrit.Il l'attendait pour faire exemple.Il arrêta tout court l'orchestre et s'écria : — Monsieur le trombone, vous n'avez donc pas de montre ?— Pardon nez-moi, maître ! balbutia humblement l'artiste en retard, j'en ai une, mais elle n'est pas à répétition !.Charte du Dominion ASSURANCE CONTRE LE FEU RELIANCE INSURANCE COMPANY OF CANADA "Une Puissante Compagnie a Tarif" Son actif est dix fois plus considérable que ses responsabilités vis-à-vis de ses assurés.— DIRECTEURS — Hon.J.P.B.Casorain— Ernest R.Decary—W.A.Ralston — Lieut.-Col.Royal.L.H.Ewinc.D.S.O.M.C.—Ma jor Walter Molson—Lieut.-Col.Robert Starke.J.W.Tatlev.Vice-Président et Gérant.28, CARRE VICTORIA - MONTREAL ON DEMANDE DES AGENTS 60 LA REVUE MODERNE Avril 1926 Confi< Par — " Et puis ?" — " Rien ! " — " Sans rémission ?" — " Sans rémission ! " " C'est dommage, trop dommage ! " — Je ne puis me décider dans le sens que vous désirez Lise : C'est si grave, voyez-vous ! " .Et dans le silence qui suit cet échange de phrases laconiques, la silhouette de la jeune fille dont il est question se profile sur l'écran de notre pensée : blonde, les yeux d'un bleu changeant, le nez droit, la bouche mignonne, un tantinet dédaigneux ; svelte et gracieuse ; somme toute : jolie, fine, aimable.Mais Dans sa jolie tête, les principes d'aujourd'hui poussés à l'extrême, le mépris total de l'opinion, l'aveugle soumission aux décrets de la mode.Pourtant, cette jeune personne appartient à une excellente famille ; elle a pour père un gentilhomme éminemment respectable.Sa mère est un modèle de dévouement à sa famille, très-intelligente, d'un jugement rare.Ce qui prouve qu'il ne faut pas toujours blâmer les parents des travers de leurs enfants.Ceux qui m'occupent ont fait tous les sacrifices pour assurer une bonne instruction et une bonne éducation à leur fille.Comment se fait-il, alors?.Tandis que je songe, le jeune homme parle de sa voix un peu basse : " Je suis peut-être trop difficile, mon amie : c'est ce que prétendent mes camarades.Mais je ne puis oublier que l'on ne s'épouse pas pour une journée seulement.Votre protégée possède des qualités attirantes, je ne le nie pas ; je sais qu'elle peut trouver dix prétendants pour me remplacer avec avantage.Je ne lui fais aucun tort en passant outre ".— " C'est égal, je regrette pour elle qu'elle ne vous ait pas conquis, vous l'eussiez rendue heureuse.— Non, Lise, parce que je ne pourrais pas la considérer comme une vraie compagne, une fois les premiers mouvements de passion conjugale éteints à jamais.Elle serait un joli bibelot et voudrait, comme tant d'autres, que je sois éternellement souriant, que je reste son esclave très-humble et très-soumis, ce que je ne puis promettre en conscience.Vous savez, mon travail est très-absorbant ; il m'arrive de paraître sombre, distrait, sans que je m'en rende compte.Du reste, vous connaissez mes rêves.Et puis." — " Et puis ?" — Lise, je ne pourrais pas souffrir, chez ma femme, ce souci constant d'être vêtue selon les exigences de la dernière heure, si extravagantes qu'elles soient.Je ne pourrais pas l'entourer de l'amour fervent que je suis certain d'éprouver pour celle qui sera vraiment mienne, parce que je ne pourrais pas oublier tous ces regards qui l'auraient effleurée, les remarques faites sur son .élégance." — " Mais, une fois mariée, ma petite amie serait plus prudente : elle vivrait pour son mari, suivrait ses idées et ses goûts.Vous la formeriez ".— " C'est vous qui dites-ça ?quand vous savez si bien ce qui se passe.Combien en connaissez-vous de maris qui ont réformé aences LISE leur femme, et à quel prix ?Je n'ai pas le moindre goût pour le métier de tyran et pas de dispositions, non plus, pour la profession d'éducateur ".— " Vous n'auriez pas besoin de ça, voyons.Ma petite amie est charmante, j'en sais beaucoup qui le trouvent ".— " Elle l'est, charmante, je ne le conteste pas.Je crois même que je l'aimerais mieux si elle l'était un peu moins.D'autre part, c'est justement ce qui m'enlève tout scrupule de ne pas l'épouser : elle trouvera vite des consolateurs ".— " Elle vous aime pourtant, je le sais de source sûre, et votre départ l'attristera ".— " Je ne suis pas assez fat pour le croire.Même si c'était le cas, mieux vaut pour elle cette tristesse d'un moment que le malheur de toute sa vie.Je consentirais à être moins heureux, moi-même, si j'étais sûr de lui donner ce qu'elle est en droit d'attendre de la vie ; mais ça ne pourrait pas être ainsi.Voyez-vous, Lise, " je n'aurais pas confiance ".Ah ! cette phrase que de fois je l'ai entendue ! Elle a souvent fait l'épilogue de conversations semblables." Je n'aurais pas confiance ! " Pas confiance en cette jeune fille qui se donne des apparences de garçon ! Pas confiance en celle qui va de thé en thé, de réception en réception, du tailleur chez la modiste et du magasin au théâtre ! Pas confiance en cette moderne à outrance qui se vante de tout connaître de la vie, qui se rit du danger moral et qui va même jusqu'à le nier !.Comment continuer à discuter des mérites réels d'une jeune fille quand un jeune homme sérieux affirme qu'il n'aurait pas confiance en elle ?Quel bonheur peut vivre et durer sans cela ?Le grand amour des premières années de mariage s'atténue, se change en une tendresse plus calme et plus douce, sans que les époux soient moins heureux.Mais la confiance demeure, rien n'a pu l'ébranler dans ces cœurs liés par la chaîne la plus étroite qui soit.Ma rêverie est interrompue par la voix de mon jeune visiteur qui continue son réquisitoire, pas seulement contre celle que nous lui avions souhaitée comme fiancée, mais contre toutes ses sœurs en général.— " Dans les circonstances actuelles, ma chère Lise, nous devons penser plus loin que nos devanciers.Un homme d'honneur est obligé de se demander s'il pourra fournir à sa femme le luxe qu'elle déploie, jeune fille.Nous ne pouvons pas aller demander aux pères le chiffre approximatif des toilettes de leurs enfants ; et nous savons le prix des gâteaux fins et des savoureuses friandises apportées de chez le pâtissier à la mode pour le five o'clock servi chez elles par des jeunes filles peu ou prou vêtues." — " Oh ! vous êtes sévère, savez-vous ?A ce compte, vous courez grand risque de rester vieux garçon ".— " Je le crois ; mais j'aime mieux courir ce risque que celui de rendre une femme malheureuse en lui devant interdire ce qui fait sa joie actuelle ".— Alors, vous désirez une femme pot-au-feu qui vous apporterait humblement les légendaires pantoufles, quand Votre Seigneurie daignerait rester au logis ?" — " N'allez pas plus loin que ma pensée, je vous en prie.Je ne prétends pas faire de ma future compagne une servante ou une femme de ménage.Je n'espère pas, non plus, trouver un merle blanc.Mais je ne saurais pas me contemter d'une de ces poupées fardées, plâtrées, dont tous les passants ont pu supputer la grâce et discuter les charmes'".— " Mon ami, toutes les jeunes filles ne sont pas ainsi : il y en a beaucoup qui sont mieux que le font croire les apparences.N'allez pas juger tout notre sexe d'après les évaporées dont le genre vous choque ".— " Je m'en garde, croyez-le, et je m'efforce d'être indulgent.Mais vous ne vous doutez pas combien c'est difficile, aujourd'hui, de conserver des illusions, dans ce sens.On dirait que les jeunes filles se font un plaisir de les faucher une à une, comme si c'était un sport nouveau ".— Vous allez maintenant leur reprocher jusqu'à leur entrain pour les sports, ai-je crié d'un ton plein d'impatience.— Ah ! Lise, pourquoi déplacer ainsi la question et exagérer l'expression de mes idées ?Je déclare, sans ambages, que les jeunes personnes d'aujourd'hui sont charmantes, gracieuses, jolies, intelligentes, aimables, modestes et sages ; tout ce que vous voudrez, puisque ça vous fait plaisir.".— " Qu'est-ce que ça peut me faire que vous disiez ainsi quand je sais que vous ne le pensez pas ?" — " Attendez, vous allez encore trop loin.Je répète que vos jeunes amies sont tout ça et plus tant qu'il s'agits, pour nous, de nous délasser, de nous amuser, de fleureter.Mais quand on arrive à songer au mariage sérieusement, dame ! ça n'est plus ça, du tout ".— " Fi donc, monsieur, ça n'est pas gentil pour nous, cette opinion.Etes-vous donc si parfaits, vous-mêmes?" — " Nous en sommes malheureusement très loin ; c'est justement pourquoi nous ne voulons pas courir plus de chance qu'il est nécessaire.Si nous ne voulons plus compter sur la femme idéale, nous voulons, tout au moins, tâcher de trouver une épouse convenable —¦ Et vous désespérez tout le monde avec votre intransigeance ".— " Non pas : nous attendons l'heure et.elle que nous pourrons aimer en l'estimant ".— " Oh !.Ainsi, vous n'estimerez pas celle à qui nous avons pensé, pour vous ?" .Un silence tomba, tandis que la fine silhouette s'évoquait encore, entre nous.— " Vraiment non.N'insistez pas, Lise.Vous augmenteriez inutilement mes regrets.Je ne désespère pas de rencontrer, un jour, une jeune fille comme celle à qui je me donne souvent la joie de rêver.Mais je n'épouserai certainement pas votre protégée ni aucune de ses amies qui l'imitent en nous désenchantant.N'ayez pas peur du désespoir de votre candidate : elle sera vite consolée de mon départ et ne manquera pas d'admirateurs qui effaceront la petite égratignure de son amour-propre, si tant est qu'elle se sente égratignée par mon dédain.Je lui souhaite tout le bonheur possible et c'est parce que je ne suis pas en mesure de le lui assurer que je m'écarte de son chemin ".Il est parti après m'avoir adressé ce joli salut que nul ne fait aussi gracieusement que lui.Et je livre tous les points de notre causerie à toutes les jolies lectrices de la Revue Moderne qui se targuent d'être modernes d'idées, d'allures et de sentiments.LISE. Avril 1926 LA REVUE MODERNE 61 Pour rire en société L'acteur Z.est connu pour sa manie de poser sans cesse pour l'homme à bonnes fortunes.L'autre jour, il prend à part un de ses camarades ; et, lui montrant une petite clef très élégamment ciselée : — Sais-tu bien ce que c'est cette clef-là?lui dit-il en grande confidence.— Oui, répond le camarade.— ?— C'est une clef de fat ! Sue le rideau-affiche de la Porte-Saint-Martin, on lit : MACHINE A FAIRE LE BEURRE EN CINQ MINUTES, MEME AVEC DU LAIT Voilà, au moins, un inventeur qui n'a pas d'illusions !.Le petit vicomte de B .racontait, devant une actrice de beaucoup d'esprit, qu'il était allé faire une partie d'ânes à Robinson.— Vraiment ! fit-elle, et.par qui étiez-vous monté ?Un jeune auteur dramatique offrait une tragédie à M.de la Rounat : — Ma pièce est un chef-d'œuvre, disait modestement l'auteur ; je réponds qu'elle aura le plus brillant succès, car j'ai cherché à satisfaire le goût du public : ma pièce est si tragique que tous mes personnages meurent au troisième acte.— Et quels sont donc les personnages qui occupent la scène au deux derniers actes ?lui demanda le directeur.— Les ombres de ceux que j'ai tués au troisième.Un auteur de mélodrame disait un jour au foyer de l'Ambigu : — Il n'y a que moi et Alexandre Dumas fils qui sachions faire une pièce ; et encore Dumas ne saura jamais charpenter un drame comme je sais le faire.— Cela ne m'étonne pas, lui répondit un artiste : pour faire une bonne charpente, il faut d'abord une bonne bûche.Entre deux soeurs qui étudient au Conservatoire l'art de vocaliser et de s'en faire cent mille livres de rentes : L'aînée.—Maman a bien tort de nous surveiller et d'être toujours sur nos talons.La cadette.—Le fait est qu'elle nous donnerait envie de mal faire.si nous n'y pensions pas.Il y a un an environ, le petit vicomte de F.a reçu une paire de gifles dans un théâtre du boulevard.Depuis cette époque, il a pris l'art dramatique en aversion ; et, lorsqu'on l'interroge à ce sujet : — C'est un serment que j'ai fait, répond-il ; je ne mettrai jamais les pieds dans un théâtre tant qu'on n'aura pas supprimé .la claque ! MADAME, MONSIEUR.POUR MIEUX VOUS SERVIR RAOUL VENNAT S'AGRANDIT ET DEMENAGE 3770, (Ancien 642), rue St-Denis, Tél.Est 0822-3065 Là vous trouverez Musique, Broderies.Etampages et Patrons irréprochables.Assortiment - Compétence - Prix raisonnables - Ser\icc.our vos: Coiffures, Teintures, Massages, Traitements, Manieur es.Vous avez avantage à aller dans une maison sérieuse et responsable ou chaque cliente est considérée et ou chaque coiffeur ou coiffeuse est un artiste.Très peu de Salons à Montréal peuvent se flatter d'avoir tout cela réuni aussi bien qu'à 326, rue Ste-Catherine Est Limitée PRENEZ VOS RENDEZ VOUS, EST 0052 LES PLUS BEAUX ROMANS: SJSgSSAA vous expédierons 6 volumes à choisir parmi les titres suivants : La Bachelière en Pologne, Reval.Jaboune, Franc Hohain.Melle Nouveau Jeu, Junka.Nelson Brown, Adrien Vely.La Ville Sans Clef, Canudo.La Couronne d'Epines, Bertheroy.Les Immobiles, Vàuquelin.Le Page, Boulenger.Petite Reine Blanche, Des Ombiaux.Aux Jardins, Georges Beaume.La Fraise de Sang, De Bovet.Jean des Brumes, Chs.Folcy.Gilberte, Paul Lacour.La Missionnaire, François de Nion.Alberte, Pierre Benoit, 85c par poste.Micheline et l'Amour, Bordeaux, 85c par poste.LIBRAIRIE PONY, 374 «^Sî.¦£ MONTREAL 2s55. 62 LA REVUE MODERNE Avril 1926 Une grande amie de S oeur Thérèse de 1 Enfant-Jésus Par MYRIAM THELEN Les cloches vibrent encore des battements du carillon qui, faisant écho à celui de Saint-Pierre de Rome, ébranla les clochers de France ; l'arôme de l'encens demeure encore aux voûtes des basiliques et chapelles, et l'on n'a point perdu le souvenir de ce jour où fut fêtée, dans tout l'univers, la douce Sainte appelée si jeune aux honneurs de la canonisation.Comment parler encore de Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus, mais si tout a été dit sur sa vie, ne pourrait-on rappeler à son propos le nom d'un être de dévouement et de bonté, dont la mémoire est resté légendaire à Alençon ?Pour ceux de son intimité, elle était " la Tante ", dans la ville on la nommait " Mam-zelle Pauline ".Cette appelletion populaire, substituée à un nom de famille grandement honoré de tous, lui donnait rang de préséance dans une corporation où elle s'était enrôlée de gaieté de cœur : celle des vieilles filles.Elle avait adopté toutes les charges de l'emploi, sans avoir adopté les innocentes manies qu'il comporte : dévouements obscurs, besognes absorbantes, complet oubli de soi étaient son lot.Ac-corte, primesautière, elle choisissait d'instinct le poste difficile que d'autres, avides d'honneurs, ne songeaient point à lui disputer.Non contente d'avoir pris, auprès de ses neveux et nièces selon le sang, le rôle charmant de " Tante berceuse ", étendant sa parenté spirituelle, elle avait répondu devant Dieu pour une honnête quantité de filleuls, au nombre desquels figurait Pauline Martin, l'actuelle prieure du Carmel de Lisieux." Mam'zelle Pauline " n'habitait point seule dans sa maison, tout en profondeur, et qui semblait extensible tant on pouvait y hospitaliser d'amis, alliés et parents.Elle l'occupait avec son frère " Mésieur Vital '.Ces deux prénoms inséparables l'un de l'autre formaient en Alençon, pendant la période qui suivit la guerre de 1870, une sorte de " firme charitable ", dont pauvres d'argent et pauvres de bonheur exploitaient l'inépuisable bonté.Si " Mésieur Vital ", fort expert en médecine, avait des recettes salutaires pour guérir les maux du corps, " Mam'zelle Pauline " savait à propos réconforter le cœur et l'âme.De cette fraternelle association émanait une force morale sur laquelle on aimait à s'appuyer.Si l'un et l'autre n'avaient point fondé de foyer, c'était avec l'idée qu'en mettant en commun deux dévouements d'égale valeur ils pourraient, étendant leur cercle d'influence, le faire rayonner sur la grande famille humaine.Par certains matins, où le brouillard normans embuait les ruelles enchevêtrées, il arrivait qu'un homme, de tournure puritaine et dont la redingote était outrageusement gonflée à l'endroit des poches, rencontrait sur quelque seuil une forme féminine, enfouie dans " la Rotonde ".dont les plis dissimulaient d'hétéroclites paquets : les arrivants, pris en faute, rougissaient comme des complices : c'étaient les deux associés ès bienfaisance qui.sans se l'être confié, secouraient la même misère.Entre autres fonctions, plus honorifiques que productives, " Mésieur Vital " était souvent promu à la dignité de parrain ; c'est lui qui tint sur les fonts du baptême Céline, quatrième fille de son ami d'enfance Louis Martin, et qui, une fois entrée elle aussi au Carmel, illustrerait plus tard les livres publiés sous la direction de sa supérieure.Nul ne se doutait alors du rôle que prendrait, dans l'hagiographie contemporaine, l'une des cinq fillettes qu'on appelait alors les " petites Martin ".On remarquait seulement leur extrême piété et la façon dont les aînées tenaient au foyer le rôle de la mère, enlevée depuis peu de mois par une cruelle maladie.En ce dimanche de l'an 1875, le groupe des jeunes svrs sort bien sagement d'une maison sise rue Saint-Biaise, sur la façade de laquelle, moins d'un demi-siècle après, serait placée une plaque de marbre blanc portant cette inscription : Ici est née la bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus.Elles sont en deuil ; mais si les grandes ont revêtu la sombre livrée, la dernière, tout de blanc vêtue, sautille entre Marie, qu'elle appelle sa petite maman, et Pauline, si intelligente, qu'on lui a confié la conduite de la maison.Les deux autres, Léonie et Céline, attendent leur père.Grand, maigre, voûté, il marche à longs pas pour les rejoindre : la famille Martin se rend chez tante Pauline.Ils regardent à peine la façade rose de la préfecture et descendent vers la place où s'élève l'église Notre-Dame, dont la façade, élevée par les soins d'une autre Bienheureuse, Marguerite de Lorraine, la bonne duchesse d'Alençon, semble, avec ses rosaces de pierre, faite comme pour servir de portique à la ville de la dentelle.— Entrons un instant, disent les aînées qui peut-être avaient déjà entendu dans leur cœur le divin appel.Au fond de la nef, la lampe tournoie dans la pénombre ; pieusement, les cinq sœurs s'agenouillent non loin de la chapelle des fonts baptismaux et le bon M.Martin dit à la petite Thérèse : — C'est là que tu fus baptisée par un de mes amis, M.l'abbé Dumaine.L'enfant exquissa un signe de croix sans se douter que cette chapelle lui serait un jour consacrée.Tous prolongeraient volontiers leur prière, mais il ne faut pas se faire attendre.On s'est remis en route : voici le Pont-Neuf sous lequel coule l'eau verdissante de l'Orne, et l'honnête M.Martin, fanatique de la pêche à la ligne, songe aux belles prises qu'il fit là au temps où, du jardin de la maison où s'élevait jadis son magasin d'horlogerie, il pouvait, dans ses moments de loisir, lancer sa gaule dans la rivière.Les voici au faubourg de Montsat, quartier mi-campagnard, où chacun les connaît, où les commères, jasant au seuil des portes, ne manquent point de dire : — Elles sont gentilles, les demoiselles à M.Martin.On s'engage dans la rue de Mans : voici l'hospitalier logis où le couple fraternel reçoit chaque dimanche nièces, neveux et filleules : pensionnaires et collégiens, auxquels parfois nulle parente ne les unit, mais qui sortent, les jours de congé, chez l'oncle Vital et la tante Pauline.A l'appel de la sonnette, terminée par un pied de biche, le long couloir stuqué de vert retentit sous le pas de Mathilde, l'antique servante à la faca paisible, auréolée du bonnet alençonnais à multiples tuyaux.D'un air amène, elle introduit les visiteurs dans le salon meublé de velours vert, communiquent avec une salle à manger dont la baie s'ouvre sur un jardin cerclé de buis, à la bonne ordonnance duquel les ébats des jeunes hôtes portent grand dol.A leur arrivée, tante Pauline s'est levée, bien prise en sa robe de roide alpaga qui, rebelle à la mode d'alors, ne s'ornementait ni de volants ni de retroussis.Elle est restée fidèle à la seyante " coiffure " de dentelle sous laquelle ses cheveux frisés drus mettent une mousse argentée.Dans son visage coloté luisent deux yeux clairs ; elle a le geste prompt, la parole brève, la bouche mobile et le baiser sonore.On se sent près d'elle tenté de risquer une confidence ou de demander un conseil.Le bon accueil qu'elle réserve à tous se fait doublement aimable envers les enfants qui n'ont plus de maman, et les " petites Martin ' ' sont toujours les bienvenues dans la vieille maison de la rue du Mans.Elles sont allées rejoindre dans le jardin la cohorte joyeuse dont l'auteur de ces lignes fit bien souvent partie, mais les futures Carmélites, plus sérieuses que leurs contemporaines, dont le malheur n'avait point encore mûri la raison, n'aimaient guère à partager leurs jeux.Elles se feront religieuses, disions-nous, et l'on ajoutait aussitôt : Pauline deviendra supérieure.Nous nous étonnions qu'elle s'intéressât aux vies de saints de l'année liturgique dont le père leur faisait lecture à la veillée, pendant qu'elle brodait, tradition venue de sa mère, si experte en dentelles, une aube en point d'Alençon.Quant â la petite Thérèse, nous la considérions comme une sorte de Jésus de cire, si rose, si diaphane, si fragile, qu'on avait toujours peur de le voir se briser.D'ordinaire, Pauline Martin ne prenait point part aux interminables parties de croquet qui nous passionnaient ; suivie de sa sœur Marie, elle allait se joindre aux gens raisonnables, groupés dans la salle à manger.Près de la table où Mésieur Vital paraphe les feuillets d'une Société de secours mutuels dont il fut le fondateur, son vieil ami Louis Martin s'est penché aussi ; ils ne sont pas toujours d'accord : le libéralisme de l'un, disciple fervent de Lacordaire, se heurte contre l'absolutisme de l'autre, intransigeant admirateur de Louis Veuillot ; mais un même catholicisme les réunit et une parole apaisante de tante Pauline calme la discussion.Maintenant, voilà qu'elle parle à voix basse avec sa filleule qui porte son nom ; peut-être celle-ci lui confie-t-elle ses soucis, peut-être aussi la prend-elle pour confidente de certains projets d'avenir, arrêtés depuis longtemps dans son vouloir.Marie Avril 1926 LA REVUE MODERNE 63 est là aussi, inséparable de sa cadette, et la petite Thérèse, trop jeunette pour s'intéresser à la partie de croquet, est venue s'asseoir auprès de ses deux grandes sœurs sur un coussin de tapisserie représentant un épagneul.Pour avoir tant peur du bruit, cette fillette de quatre ans serait-elle déjà une méditative r Comme elle est jolie ! Ses cheveux se sont épandus en masse dorée sur la jupe de sa sœur ; tout irradie en elle : sou teint, ses yeux, qui semblent, mi-clos, découvrir un coin du ciel.C'était un tableau charmant, ce groupe formé autour de l'active " Marthe " qu'était alors " tante Pauline ", par les trois futures " Marie " auxquelles il devait être dit un jour : Le Maître est là et il vous demande ! Il me souvient aussi d'un chaud dimanche d'été où l'une des habituées du " jour " de Mam'zelle Pauline ayant cueilli hélas ! sans permission, une rose merveilleusement épanouie, larcin dont l'oncle Vital, qui ne badinait point avec la consigne, l'eût sans doute réprimandée, vint poser le corps du délit sue la robe blanche de la petite Thérèse.Celle-ci prit la fleur, et ne voulant point conserver pour elle seule ce trésor printanier, elle en lança les pétales qui s'éparpillèrent sur chacun de nous.Les deux autres sœurs, deux élues aussi, Léonie entrée à la Visitation après la mort de son père, et Céline, la Carmélite en germe, reçurent leur part de l'odorante moisson.Ce geste de la benjamine d'une famille de prédestinées était un gracieux présage de la pluie de roses qui, tombant de la Coupole du Bernin, se répandit sur la mondiale assistance réunie pour fêter la canonisation de celle dont la dernier vœu si miraculeusement exaucé fut " de passer son ciel à faire du bien sur terre ".Il n'est pas douteux qu'au paradis, où les amis de la terre se rejoignent, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus voisine parfois avec sa vieille amie, tante Pauline.MYRIAM THELEN.Pour Rire On disait à Sarah Bernhardt : " Rentrez en vous-même." — Je ne peux pas, répondit la charmante artiste, il n'y a pas de place.Que n'a-t-on pas dit encore à propos de notre grande tragédienne ?Sarah Bernhardt ?c est le " plat " du jour.Sarah Bernhardt a dans son atelier la chaise sur laquelle elle s'asseyait quand elle était enfant ; cela s'appelle " le siège de Sarah gosse ".Sarah Bernhardt est devenue une immense actrice, " grâce à l'art ! " Sarah Bernhardt se mettant au bain : — Un coup d'épée dans l'eau.Un soir d'automne Sarah Bernhardt a été renversée par une feuille morte qui tombait.Un seigneur anglais ordonna à son cocher • chercher de la crème au village.Cette homme, offensé de la proposition, répondit que c'était l'affaire des servantes." Ah ! quelle est donc la vôtre ?demanda le maître.— Panser mes chevaux, les atteler et conduire les voitures.-— Eh bien, mettez donc les chevaux, prenez une des filles dans ma voiture, et qu'elle aille chercher de la crème." Je conseille, dit Coquelin cadet, aux personnes qui, la nuit, rêvent souvent qu'elles font de longues promenades à pied, de se coucher une canne à la main ; en se réveillant le matin, elles seront beaucoup moins fatiguées.En Quali(e comme en Nom V Cha se Sanborn THE Le Chic de Votre toilette de Pâques Mac! ame, — dépendra de l'éclat de votre teint et du soin apporté à votre coiffure.Passez donc à un quelconque de nos trois établissements ; notre personnel d'expertes coiffeuses est à votre disposition pour COIFFURES, MASSAGE, MANICURES, TRAITEMENTS D'EMBELLISSEMENT, ETC., ETC.Coupe de cheveux d'enfants par un barbier expert, une spécialité.Prix modiques — Travail soigne "Paraissez à votre avantage" Nous vendons le PETROLE ROGIER, souverain contre la chute des cheseux $1.25 Nos souhaits de Joyeuses Pâques à notre distinguée clientèle.NOS TROIS SALONS DE COIFFURE: Le Salon Princesse, Coin Ste-Catherine Est et Beaudry Téléphone, Est 0422 Le Salon Duchesse Le Salon Vanity 4166, rue St-Denis, près Rachel.5748, Ave.du Parc, coin Bernard.Téléphone, Bélair 0082 Téléphone, Atlantic 3894 NOUS ENSEIGNONS LA COIFFURE MONTREAL* Les Yeux et le Cinéma ¦ 11 n'est tle meilleurs indices d'un affaiblissement visuel que par la fatigue que vous ressentez aux vues animées.Aux premiers malaises de la diminution de votre vue, consultez un opto-métriste.CARRIERE Se SENECAL Optométrlstcs-Optlclcns à riIôtcl-Oleu.207, RUE STE-CATHERINE EST.TEL, LANCASTER 7070 64 LA REVUE MODERNE Avril 1926 oAsSpéciatix dc Troisième "^Tourisme d'Eté 1EVR0PE Consultez n'importe quel agent de navigation au sujet des cabines spéciales et des prix réduits de Troisième pour Tourisme d'Eté,ou écrivez à D R.KENNEDY Agent des Passagers 141, rue St-Jacques, montreal Vous pouvez compter sur une traversée confortable et agréable, si vous jugez à propos de profiter des prix spéciaux de Troisième pour Tourisme d'Eté offerts par le Pacifique Canadien à ceux qui veulent aller en Europe.c Cabines spacieuses et confortables, salon de repos, fumoir, danse, concerts, ponts spacieux, cuisine excellente, compagnons de voyage charmants et service du Pacifique Canadien partout.SERVICES MARITIMES 6 Pacifique Canadien ne Promesse tien remplie UN SEDAN DODGE BROTHERS POUR 1235/ F.O.B.TORONTO TAXES EN PLUS Pour exécuter le plut, grand programme de construction d'automobiles jamais vu jusqu'ici, la compagnie Dodge Brothers Inc.et ses filiales, ont placé des sommes dépassant SKI.000.000 pour aménager de nouvelles bâtisses et perfectionner leur matériel.De nouvelles améliorations dans nos machines permettent bien souvent à une seule machine de faire, avec une plus parfaite précision, le travail exécuté auparavant par huit ou dix machines.En outre, la main d'oeuvre s'améliorant, un seul homme peut faire, plus rapidement, le travail distribué précédemment à plusieurs, créant ainsi plus d'espace dans nos manufactures pour une production plus intense.La production ayant été augmentée, de grandes économies furent réalisées.La précision des machines a procuré des améliorations aux automobiles Dodge Brotheis, et pour faire suite à tout ce progrès des réductions s'imposèrent dans les prix.Vous participez à ce grand développement par l'argent que vous économisez en achetant, au plus bas prix, le meilleur automobile, produit de la Dodge Brothers Limitée (Canada).Auto de Tourisme - - $1095 Roadster.$1095 Coupé.H170 F.à B.Toronto {taxes en plus).Dodse- Brdthe-rs ( Canada) Li m it&d Toronto, Ontahio AUTOMOBILES DDDEE BRDTHER5 I A B R I C A T 10 N C A N A 1 ) I E N N E Q Le 1 racé magnifique et le modelage bien marqué de la décoration de chaque joli morceau donnent à l'argenterie Hampton Court une richesse somptueuse qui la distingue de tous les autres modèles.Q Sa beauté merveilleuse réveille parfois le doute sur la modicité de son prix, bien qu'elle ne soit pas plus dispendieuse que les autres modèles de CoMMUNITY Plate.Etant un assortimentlibre, le modèle Hampton Court vous permet d'acheter les morceaux dont vous avez besoin selon l'occasion et la commodité.
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