La presse, 23 octobre 2010, P. Plus - Forum
[" LES «TRAPPES À TICKETS» L\u2019ÉDITORIAL DE FRANÇOIS CARDINAL PAGE 6 PLUS FORUM GRANDS REPORTAGES, ANALYSES BLOGUE New York est le bouc émissaire des élections de mi-mandat, constate Richard Hétu sur cyberpresse.ca/hetu DOSSIER Pour comprendre les enjeux entourant le débat sur le gaz de schiste, allez sur cyberpresse.ca/schiste PLACE PUBLIQUE Retrouvez les éditoriaux de la semaine et réagissez à l\u2019actualité sur notre Place publique sur cyberpresse.ca/place-publique PHOTOMONTAGE PHILIPPE TARDIF, LA PRESSE Y a-t-il une révolution tranquille en cours à Cuba?L\u2019idée d\u2019une réforme du régime cubain, aumieux, fait hausser les épaules à La Havane.Habitués à tellement de promesses non tenues, les Cubains, lucides, se préoccupent surtout de trouver eux-mêmes un moyen d\u2019améliorer leur quotidien.Mais une nouvelle «menace» guette le régime, le web et son lot de blogueurs.État de la situation et rencontre avec une blogueuse qui ne veut pas se taire.LA BLOGOSPHÈRE EST-ELLE EN TRAIN DE FISSURER LE RÉGIME CUBAIN ?LE WEB ATTAQUE CARICATURE L\u2019ACTUALITÉ VUE PAR SERGE CHAPLEAU PAGE 6 UN DOSSIER DE JUDITH LACAHAPELLE À LIRE EN PAGES 2 À 5 MONTRÉAL SAMEDI 23 OCTOBRE 2010 / SEULEMENT MOIS 2$ POUR LES ABONNÉS VERSION PAPIER 2SEMAINES D\u2019ESSAI GRATUIT LAPRESSESURMONORDI.ca OÙ QUE VOUS SOYEZ, LA PRESSE SUR VOTRE ORDINATEUR EN VERSION INTÉGRALE.87 CUBA RÉVOLUTION TRANQUILLE PHOTO JAVIER GALEANO,AP Yoani Sánchez, la blogueuse la plus connue de Cuba, photographiée chez elle.Les Cubains bavards ne sont pas différents des autres : l\u2019internet leur offre une formidable occasion de se faire entendre, et ils sont désormais de plus en plus nombreux à s\u2019en emparer.L\u2019une des pionnières s\u2019appelle Yoani Sánchez.Depuis 2007, cette délicate trentenaire à la longue natte noire raconte dans son blogue les frustrations du quotidien cubain.Un recueil de ses chroniques sera lancé cette semaine à Montréal, mais elle n\u2019a pas eu la permission de quitter le pays pour venir le présenter.La Presse est donc allée à sa rencontre.LA BLOGOSTROÏKA DE YOANI SÁNCHEZ JUDITH LACHAPELLE ENVOYÉ SPÉCIALE LAHAVANE «J\u2019habite une utopie qui n\u2019est pas la mienne.Mes grands-parents ont fait le signe de croix devant el le, et mes parents lui ont donné leurs meilleures années.Moi, je la porte sur mes épaules sans pouvoir m\u2019en débarrasser.» Yoani Sánchez a écrit ces phrases en 2008.En cette soirée d\u2019octobre 2010, dans un café en face du grand cimetière Cristóbal Colón, elle persiste et signe.Yoani Sánchez, 35 ans, est la blogueuse la plus connue de Cuba.Depuis 2007, des millions de personnes dans le monde suivent Generación Y, maintenant traduit en 19 langues.Elle a reçu, notamment de l\u2019Espagne et des États-Unis, des prix prestigieux de journalisme.Le magazine Time, en 2008, l\u2019a nommée parmi les 100 personnalités les plus influentes dans le monde et, l\u2019année suivante, a cité son blogue comme l\u2019un des 25 meilleurs du monde.Mai s c u r ieus ement , Yoa ni Sánchez n\u2019est pas une superstar dans son pays.Nombre de Cubains interrogés ne la connaissent pas, ou vaguement.Raison principale : l\u2019accès internet est encore limité et coûteux \u2013 seulement 1% des Cubains en bénéficient \u2013 et son blogue, signé de son vrai nom et où l\u2019on voit sa photo, est parfois inaccessible dans l\u2019île.Qu\u2019importe, dit Yoani, ses chroniques arrivent tout de même à se frayer un chemin jusqu\u2019aux lecteurs cubains.«Ceux qui y ont accès les impriment ou les mettent sur CD et les distribuent à d\u2019autres », dit-elle.Un recueil a été publié en Espagne et une nouvelle version en français sera lancée cette semaine au Québec (Éditions Michel Brûlé).Ce que ses lecteurs peuvent y lire?Des instantanés de la vie ordinaire cubaine, comme la visite à l\u2019hôpital de la mère d\u2019une amie (où elle doit tout apporter, de l\u2019oreiller aux produits ménagers pour nettoyer la salle de bains crasseuse et, évidemment, les médicaments), ou une longue file d\u2019attente au marché, au bout de laquelle il n\u2019y aura pas de légumes à rapporter à sa famille.Et beaucoup de réflexions sur la situation politique de son pays, sur l\u2019espoir suscité par l\u2019arrivée de Raúl Castro et le désenchantement qui a suivi, sur l\u2019avenir qui attend les trentenaires et jeunes parents comme elle, qui est mère d\u2019un garçon de 11 ans.«J\u2019ai trouvé ma voix », dit-elle, en ajoutant qu\u2019elle s\u2019est tue pendant 32 ans avant de découvrir les blogues.Mais sa prise de parole n\u2019est pas sans risque.Sa famille a reçu des insultes et des menaces.«On m\u2019a écrit pour dire que mon fils ne devait plus aller à l\u2019école avec ses chaussures rouges.Ce jour-là, il portait ses chaussures rouges.» A-t-elle songé à arrêter?«Ce n\u2019est pas possible.Mon expérience cubaine m\u2019a montré que, lorsqu\u2019on arrête, on est plus faible.On ne nous pardonnera jamais d\u2019avoir du courage.» «Mais je ne veux pas avoir le rôle de la victime.Je pense que le mouvement des blogues à Cuba a ouvert une brèche qu\u2019on ne peut pas refermer.» Autour de la table du ca fé, Claudia Cadelo et Orlando Luis Pardo acquiescent.Eux aussi ont choisi le blogue comme moyen d\u2019expression.Ils n\u2019ont pas la renommée internationale de Yoani, mais ils en bénéficient.« Si l\u2019internet était plus accessible, il y aurait des centaines de blogues », dit Orlando.Le phénomène porte même un nom: «blogostroïka», en référence à la perestroïka, ce célèbre programme de réforme de l\u2019économie soviétique.Si le présent est émaillé de frustrations, Yoani croit que son fils vivra dans une Cuba bien différente de la sienne.Déjà, dit-elle, il reconnaît à peine la barbe de Fidel Castro et ne s\u2019intéresse guère à la politique.Elle s\u2019en réjouit : «Si l\u2019apathie ne prépare pas à la rébellion, elle ne prépare pas non plus au fanatisme.» «Son avenir sera sans doute meilleur parce que sa génération ne croira pas ce qu\u2019on lui raconte.Je rêve qu\u2019un jour mes petits-enfants me diront : \"Grand-mère, comment il s\u2019appelait, déjà, ce monsieur dont tout le monde parlait ?\"» Cuba libre, vivre et écrire à La Havane, Yoani Sánchez, Éditions Michel Brûlé, 320 pages, 21,95$ SUR LE WEB Yoani Sánchez : www.desdecuba.com/generaciony Claudia Cadelo : octavocerco.blogspot.com Orlando Luis Pardo : orlandoluispardolazo.blogspot.com LA TÉLÉVISION PLUTÔT QUE LA PRISON Rafael Hernández n\u2019aimerait rien plus qu\u2019en découdre publiquement avec Yoani Sánchez.Le directeur de la revue Temas, financée en partie par l\u2019État cubain, regrette que le régime ne permette pas \u2014 encore?\u2014 d\u2019inviter sur le plateau de la télévision nationale les dissidents du régime pour contredire leurs propos.Il a une bien piètre opinion des écrits de Yoani Sánchez, qu\u2019il qualifie de «propagande».Il accuse la jeune femme de disposer de ressources techniques de pointe et d\u2019un financement étranger (lire : des États-Unis, qui seraient prêts à tout pour faire tomber le régime), ce qui enlève à ses yeux toute crédibilité à sa démarche.Les autres dissidents et elle «n\u2019ont pas de programme politique crédible.Ils parlent d\u2019ouverture du marché, de liberté, mais ne proposent pas comment le faire».C\u2019est pourquoi il ne faut pas envoyer les dissidents en prison, mais à la télévision «pour les forcer à s\u2019expliquer » et laisser les Cubains juger.«J\u2019aimerais avoir autant de diffusion à l\u2019étranger que ce dont disposent les dissidents », dit-il.\u2014 Judith Lachapelle llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 2 P L U S L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 3 O C T O B R E 2 0 1 0 CUBA RÉVOLUTION TRANQUILLE EXTRAITSDUBLOGUE GENERACIÓN Y DE YOANI SÁNCHEZ PHOTO ADALBERTO ROQUE, AFP Raul Castro 25 FÉVRIER 2008 | Catégorie: Generación Y | Laisser un commentaire LA LIBERTÉ D\u2019EXPRESSION Le discours de Raul Castro, lors de son accession au poste de chef du Conseil d\u2019État et des ministres, auquel il vient d\u2019être nommé, n\u2019a pas dissipé les doutes, déjà chroniques, que j\u2019entretiens à son égard.(.) En essayant d\u2019adapter les mots du discoursàmon quotidien, cette phrase a retenu mon attention: «Arrêt de certaines gratuités (.) insoutenables.» Elle m\u2019a incitée à lancer cette modeste proposition: je change les trois livres de sucre brun et blanc, les 3 kg mensuels de riz et le paquet de café prévus au carnet de rationnement pour une dose plus forte de liberté d\u2019expression.5 OCTOBRE 2007 | Catégorie: Generación Y | Laisser un commentaire S\u2019INFORMER Quelle drôle de manière nous avons, nous, les Cubains, de nous informer de ce qui se passe ! Nous avons appris à lire entre les lignes, à nous méfier de chaque information et à douter de ce que disent ces messieurs en costume-cravate qui apparaissent aux bulletins de nouvelles.Quand un gros titre annonce que « tel service est rétabli », en fait, il y a deux nouvelles en une : celle qu\u2019on n\u2019avait jamais publiée et qui disait que «ça ne fonctionne pas en ce moment » et l\u2019autre indiquant que «ça a recommencé à fonctionner ».19 OCTOBRE 2008 | Catégorie: Generación Y | Laisser un commentaire LE RATIONNEMENT En faisant la queue pour la malanga (un tubercule), je me suis disputée avec une dame.Elle voulait faire passer deux de ses amies devant moi et j\u2019avais calculé que si j\u2019acceptais, je n\u2019aurais pas mes 10lb de légumes \u2014 qui sont rationnés depuis le passage des ouragans.Finalement, j\u2019ai laissé passer les deux vieilles devant moi et je ne les ai pas insultées quand le vendeur m\u2019a dit : « Il n\u2019y en a plus ! » Je trouve déprimant d\u2019avoir à me battre pour de la nourriture: c\u2019est peut-être pour ça que je suis si maigre.27 NOVEMBRE 2007 | Catégorie: Generación Y | Laisser un commentaire LA HAVANE Ma Havane détériorée achète peu à la fois, parle à voix basse et sent les eaux d\u2019égout, alors que dans la ville qu\u2019habitent les ministres, les hauts fonctionnaires et les diplomates se promènent dans les réceptions en mangeant des canapés et répandent un délicat parfum de crème hydratante.PHOTO JOHN PENDYGRAFT, ST.PETERSBURG TIMES 10 AVRIL 2008 | Catégorie: Generación Y | Laisser un commentaire L\u2019UTOPIE IMPOSÉE J\u2019habite une utopie qui n\u2019est pas la mienne.Mes grands-parents ont fait le signe de la croix devant elle, et mes parents lui ont donné leurs meilleures années.Moi, je la porte sur mes épaules sans pouvoir m\u2019en débarrasser.Certains, qui ne la vivent pas, essaient de me convaincre \u2014 à distance \u2014 que je dois la conserver.Mais vivre l\u2019illusion des autres, porter sur ses épaules le poids de ce dont les autres ont rêvé, rend fou.Je veux avertir dès maintenant ceux qui m\u2019ont imposé \u2014 sans me consulter \u2014 ce mirage: je ne pense pas le léguer à mes enfants.PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE PENSER DIFFÉREMMENT «Des temps difficiles s\u2019annoncent.Je suis optimiste à plus long terme mais le découragement s\u2019empare de moi quand je pense aux années qui s\u2019en viennent.Il y a trop de frustration accumulée.Ils ont systématiquement semé parmi nous le rejet de celui qui pense différemment et cela ne s\u2019efface pas en un rien de temps.» PHOTO ENRIQUE DE LA OSA, REUTERS Yoani Sánchez PHOTO ENRIQUE DE LA OSA, REUTERS llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 3 O C T O B R E 2 0 1 0 P L U S 3 CUBA Population: 11,117 millions Langue: Espagnol Monnaie: Peso cubain et peso convertible (CUC), devise utilisee par les touristes et alignee grosso modo sur le dollar americain Esperance de vie: 77,4 ans Taux dfalphabetisation: 97% PNB par habitant: 3900$ US Mer des Antilles Ocean Atlantique LA HAVANE 100KM CUBA REVOLUTION TRANQUILLE PHOTO CLAUDIADAUT, REUTERS Lfarrivee de Raul Castro au pouvoir en 2007, en remplacement de son frere Fidel, avait suscite beaucoup dfespoirs, qui se sont evanouis au fil des mois.Sfil faut en croire les nouvelles qui parviennent de Cuba, un certain assouplissement du regime fait esperer des jours meilleurs.Mais dans les rues de La Havane, rien de tout cela nfest vraiment perceptible.Si certains Cubains denoncent ouvertement lfheritage de la Revolution, la majorite dfentre eux ne cherchent qufa survivre dans une societe dont ils nfattendent plus rien.JUDITH LACHAPELLE ENVOYE SPECIALE LAHAVANE áAttendez, je vais vous raconter une blague cubaine.â Le comedien se leve devant son auditoire improvise, reuni dans le salon dfun petit appartement du quartier Vedado, en cette matinee dfoctobre.áCfest lfhistoire dfun fonctionnaire de lfONU qui fait une enquete sur la penurie de nourriture.Il se rend dfabord a Londres pour rencontrer un milliardaire.\"Quel est votre avis sur la penurie de nourriture ?\" demande-t-il.\"Penurie ?repond le milliardaire.Je ne sais pas ce qufest une penurie.\" áLe fonctionnaire se rend ensuite en Afrique.\"Quel est votre avis sur la penurie de nourriture?\" demande-t-il.\"La penurie, je sais ce que cfest, dit lfAfricain.Mais la nourriture, je ne sais pas.\" áLe fonctionnaire se rend enfin a Cuba, enchaine le comedien.\"Quel est votre avis sur la penurie de nourriture?\" demande-t-il a un Cubain.Le Cubain ecarquille les yeux: \"Un avis ?Cfest quoi , un avis?\"â Les eclats de rire resonnent dans la piece, sfechappent par la fenetre, se faufilent entre les cordes a linge, rebondissent sur les murs betonnes des immeubles serres de cette rue poussiereuse, bien loin des antiques palaces baroques de la Vieille Havane et des terrasses fleuries des cartes postales.Mais quand les rires sfeteignent, cfest pour faire place a un long soupir.Un spectateur se leve et ferme la porte .mieux vaut ne pas attirer lfattention des voisins, dit-il.Le comedien se rassoit.áNe publie pas mon vrai nom, demande-t-il.Je te dis ce que je pense, comme comedien et comme citoyen.Mais si on me reconnait, les censeurs saisiront lfoccasion pour mfembeter.Appelle-moi El.â El (áLuiâ, en espagnol) est une sorte de fou du roi qui pratique un art perilleux .la critique sociale .dans un pays ou les á contre-revolutionnaires â peuvent etre jetes en prison.Mais lui ne sevit pas dans les journaux etrangers ou sur lfinternet ni ne participe a des manifestations politiques.Il enfile un deguisement et monte sur scene avec dfautres comediens de sa troupe.Sous les projecteurs, ils parodient des vieillards revolutionnaires malades aux dentiers trop grands, vetus de chemises du Parti communiste elimees et dechirees.Des enseignants ignares et incompetents.Des chouchous du regime qui se plaignent de voyager a lfetranger.Des fonctionnaires payes pour surveiller des gens qui vont aux toilettes.Des condamnes a mort qui choisissent la chaise electrique.parce que, avec les nombreuses coupures de courant, ils ont une chance de sfen sortir ! Un miroir de la societe cubaine?áOui, dit El.Mais il faut choisir la maniere.Je fais rire les gens, mais je les fais aussi reflechir.Il y a beaucoup de gens qui poussent pour qufon aille plus loin.Mais quand on tombe, il nfy a personne pour nous rattraper.Ici, on peut critiquer, mais pas crucifier.â ¡¡¡ Cuba vit-elle une nouvelle revolution ?Certains signes laissent croire que, a tout le moins, le regime sfassouplit.Oscar Espinosa Chepe est une sorte de vieux routier de la critique castriste.Ancien economiste au service du regime, il a perdu son emploi au milieu des annees 90, quand il a emis des avis qui ont deplu aux dirigeants.Il publie desormais ses analyses dans les journaux etrangers et se fiche ouvertement de la surveillance dont il est lfobjet.Arrete lors du áPrintemps noirâ de 2003, il a obtenu une liberation conditionnelle lfannee suivante pour des raisons de sante.Le regime aimerait le voir parti r, mais le septuagenaire sfy refuse obstinement.áEncore hier, ils mfont appele pour me dire de mfen aller, raconte lfhomme, assis dans sa berceuse.Je les ai remercies, mais je leur ai dit que je ne partirai pas si je nfai pas la permission de revenir.â Car si lfEtat a libere 39 prisonniers politiques depuis le mois de juillet, a la suite dfune mediation de lfEglise catholique cubaine, cfetait pour mieux les expulser vers lfEspagne.LA NOUVELLE REVOLUTION CUBAINE LA LIBERTE OU LfARGENT?á La critique est un peu plus possible.Mais il ne faut pas aller trop loin.Il y a des regles.Mais plusieurs commencent a repeter ce que les dissidents disent depuis plusieurs annees.â llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 4 P L U S L A P R E S S E M O N T R E A L S A M E D I 2 3 O C T O B R E 2 0 1 0 CUBA REVOLUTION TRANQUILLE PHOTOS AFP La mefiance des entrepreneurs cubains est grande.Les taxes exigees pour lfexploitation de casas particulares, la bureaucratie et les difficultes liees a lfapprovisionnement en ont fait dechanter plus dfun.PHOTO AFP JUDITH LACHAPELLE LA HAVANE .Sfil y a une chose sur laquelle semblent sfentendre tant les revolutionnaires castristes que plusieurs dissidents, cfest que les Etats-Unis doivent lever lfembargo.La mesure instauree en 1962 empeche toute transaction financiere et commerciale (sauf pour les aliments et les medicaments) entre Cuba et les Etats-Unis.Selon le gouvernement cubain, lfembargo est a la source de lfetranglement des finances publiques du pays.Partout, du journal Granma aux murales le long de lfautoroute, lfembargo est decrit comme une mesure injuste sans laquelle Cuba pourrait enfin sfepanouir.Mais dans la rue, les Cubains sont cyniques.El, le fou du roi, empoigne une guitare invisible et se met a fredonner une complainte grincante entendue recemment sur une scene havanaise.áTu ne peux pas me tromper/Laisse le blocus tranquille/Arrete avec tes histoires/ On se met nous-memes dans la merde, dans la merde!â áIl y a des gens dont la maison sfest effondree en 2003 lorsqufil y a eu de gros cyclones, dit El.Leur maison nfest toujours pas reconstruite.Ce nfest pas la faute a lfembargo! Cfest la faute au gouvernement!â áLes Etats-Unis ont aide le totalitarisme a Cubaâ, dit Oscar Espinosa Chepe.Et les Cubains de Miami, historiquement en faveur de lfembargo?áCe nfest plus la majorite qui pense ainsi.Les jeunes sont en faveur de la reconciliation, dfune nouvelle ere.â LfEMBARGO Mais les temps changent, dit Oscar Espinosa, meme a Cuba, fige dans une ideologie adoptee en 1959.áLa critique est un peu plus possible.Mais il ne faut pas aller trop loin.Il y a des regles.Pour moi, cfest difficile, parce que je suis en liberte conditionnelle.Mais plusieurs commencent a repeter ce que les dissidents disent depuis plusieurs annees.â La critique existe et est possible a Cuba, martele Rafael Hernandez.Le directeur de la revue universitaire Temas, subventionnee en partie par l f Etat cubain, publ ie un magazine precisement base sur la critique.áCe nfetait pas possible il y a 20 ans.â Ses constats sont, en effet, tres proches de ceux que formulent les dissidents.La participation politique des citoyens est insuffisante, dit-il.Les medias officiels ne refletent pas les preoccupations de la population.La bureaucratie áFrankensteinâ de lfEtat nuit au bien-etre des citoyens.á Je suis dfaccord pour dire qufil faut des changements.â ¡¡¡ Le probleme, c roit M.Hernandez , c fest que les Cubains ne souhaitent pas vraiment du changement.áIls veulent augmenter leur niveau de vie.â Ce qui ne va pas necessairement de pair avec le tour de vis economique donne par le president Raul Castro.Dfici trois ans, le gouvernement cubain va mettre a la porte 1 million de ses fonctionnaires, dont la moitie avant le mois de mars prochain.Les finances publiques sont etranglees, lfEtat doit trouver de nouvelles sources de revenus.Deja, les metiers de chauffeur de taxi, de coiffeur et dfestheticienne ont ete liberalises .les travailleurs louent un local a lfEtat ou achetent une voiture et gardent pour eux les profits de leur labeur.Mai s l a mef iance des entrepreneurs cubains est grande.Dans les annees 90, lfEtat a permis a ses citoyens dfouvrir un restaurant ou de transformer leur demeure en gite touristique .les casas particulares.Mais les taxes exigees pour lfexploitation de ces entreprises, la bureaucratie et les difficultes liees a lfapprovisionnement en ont fait dechanter plus dfun.Certains ont abdique.Dfautres ont continue, mais sur le marche noir.Le licenciement des travai l leurs implique qufils devront se tourner vers le secteur prive pour gagner leur vie, mais les mesures pour faciliter leur transition ne sont pas encore claires.Une chose est sure: lfEtat devra inevitablement percevoir une part de leurs revenus.áEt nous ne sommes pas habitues a payer des impotsâ, souligne Rafael Hernandez.Leopoldo, par exemple, ne travaille pas.Du moins, pas officiellement.Il avait un emploi au gouvernement mais, a la suite dfune reorganisation, dans les derniers mois, sa tache a ete reduite de moitie.á Je me tournais les pouces de 8h a 17h pour un salaire de 315 pesos cubains par mois (12$).Je nfen pouvais plus.Jfai demissionne.â Il se consacre a sa petite entreprise .non declaree .qui ne connait pas la crise : il loue des DVD de films et feuilletons de chaines americaines captes grace a une antenne satellite illegale.áJe ne fais rien de mal, ditil.Je donne un bon service, mes clients sont satisfaits.Et jfaimerais pouvoir avoir le droit de travailler legalement ! âComme personne ne peut vivre seulement avec la libreta (le carnet de rationnement qui fournit certaines denrees de base), une bonne proportion des Cubains arrondissent deja leurs fins de mois avec un revenu dfappoint, souvent obtenu aux depens du principal employeur de lfile : lfEtat.La cigariere qui subtilise une boite pour lfecouler sur le marche noir, le barman de lfhotel de lfEtat qui sert ses cocktails avec son propre rhum et qui empoche toute la vente, la preposee a lfentretien menager de lfhopital qui revend la moitie du detergent.Tout ca,marchandise illegale et pesos gagnes au noir, devra donc disparaitre.áBienvenue dans le vrai monde ! â lance Rafael Hernandez.¡¡¡ Lfarrivee de Raul Castro au pouvoir en 2007 avait suscite beaucoup dfespoirs, qui se sont evanouis au fil des mois.Aujourdfhui, lfamertume est parfois telle que les acquis les plus notables de la Revolution semblent nuls aux yeux de ceux qui en ont herite.Lfacces aux services de sante gratuits ?áNos hopitaux sont malpropres et sous-equipesâ, dit Rosita, jeune trentenaire.Le nombre impor tant de medecins cubains?áIls sont ou, nos medecins ?Ils sont au Venezuela ou a Haiti, mais pas ici â, dit son conjoint, Leopoldo.áDe toute facon, si on avait de la meilleure nou r r i tu re , on n fau r a i t moins besoin de medecins!â rigole El.Le taux dfalphabetisation parmi les plus eleves au monde?áPour repondre a la penurie de profs, raconte Luis, artisan rencontre dans son atelier, ils ont pris un paquet dfetudiants qui nfavaient pas fini leurs cours et les ont mis comme profs.Tu peux imaginerc â Leopoldo rencherit : áA lfuniversite, tu peux meme acheter ton diplome.Tu donnes de lfargent au prof, et il te fait passer le cours.â á Ceux qui ont fa i t la Revolution se sentent coupables, dit El.Certains de ma generation croient qufils peuvent encore ameliorer les choses, mais les jeunes de 20 ans, eux, ne veulent meme pas essayer de comprendre : ils veulent partir.En fait, nous elevons nos enfants en les preparant a faire leur vie ailleurs.â Ont-ils espoir que les choses sfameliorent ?áNon.Avec un grand Nâ, dit Maria, la conjointe de Luis.Pas question pour eux de se joindre non plus a une árevolution de la Revolutionâ.áOn connait deja ce systeme, on a appris a survivre avec, dit Luis.Pourquoi changer?â áCertains de ma generation croient qufils peuvent encore ameliorer les choses, mais les jeunes de 20 ans, eux, ne veulent meme pas essayer de comprendre : ils veulent partir.En fait, nous elevons nos enfants en les preparant a faire leur vie ailleurs .â PHOTO DESMOND BOYLAN, REUTERS llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R E A L S A M E D I 2 3 O C T O B R E 2 0 1 0 P L U S 5 André Desmarais > Président du conseil d\u2019administration Guy Crevier > Président et éditeur Éric Trottier > Vice-président à l\u2019information et éditeur adjoint Mario Girard > Directeur de l\u2019information André Pratte > Éditorialiste en chef ÉDITORIAUX DROITS RÉSERVÉS / serge.chapleau@lapresse.ca OPINION CYBERPRESSE.CA/PLACE-PUBLIQUE QUESTIONDUJOUR Condamné à la prison à vie, le colonel Russell Williams devrait-il être privé de sa pension des Forces canadiennes?OUI > 76% NON>24% Résultats à 13 h, hier : 13 240 répondants Transports en commun: EXCLUSIF > offrir un choix de qualité aux automobilistes PIERRE CHÂTEAUVERT L\u2019auteur a été directeur de cabinet du ministre Guy Chevrette et directeur général du Parti québécois.Depuis quelques mois, les chroniqueurs et les journalistes commentent régulièrement le leadership de Pauline Marois, certains allant jusqu\u2019à lui prédire des problèmes lors du vote de confiance d\u2019avril prochain.Il est de bon ton de taper sur les «politiques» et on s\u2019en donne à coeur joie avec Mme Marois.Un journaliste m\u2019affirmait même en début de semaine qu\u2019il n\u2019avait jamais vu un chef de l\u2019opposition constituer un tel poids pour son parti.Étonné, j\u2019ai cru bon vérifier la véracité de ses propos, de voir comment s\u2019inscrit la situation actuelle dans l\u2019histoire récente du Québec.Cet exercice va d\u2019ailleurs dans le sens de ma conviction profonde que les références historiques constituent la meilleure base d\u2019analyse d\u2019une problématique.Pour comprendre le traitement accordé aux chefs de l\u2019opposition, commençons avec le plus célèbre d\u2019entre eux, René Lévesque.Même s\u2019il n\u2019a jamais formellement occupé le poste, il était clairement celui qui désirait prendre le pouvoir en 1976.La réalité est loin de l\u2019idée qu\u2019on se fait généralement de l\u2019époque.En effet, dans un sondage CROP d\u2019octobre 1976, M.Lévesque n\u2019obtenait que 27% d\u2019appui.Si on ajoute la demande inconvenante de Claude Charron réclamant le départ du fondateur du PQ, facile d\u2019imaginer le contexte.Est-ce que M.Lévesque était un poids pour son parti?La réponse est évidente.Neuf ans plus tard, ce fut le tour de Robert Bourassa.Nul besoin de regarder les sondages de l\u2019époque pour comprendre la situation : le 2 décembre 1985, le PLQ a fait élire 99 députés, mais sans M.Bourassa qui a perdu dans Bertrand et qui a dû se réfugier dans Saint-Laurent pour siéger à l\u2019Assemblée nationale.Était-il un poids pour son parti ?L\u2019érection méritée de sa statue devant l\u2019Assemblée nationale répond à cette question.La démonstration continue neuf ans plus tard avec un autre chef de l\u2019opposition, Jacques Parizeau.Était-il populaire?Était-il un poids pour son parti?Ce ne fut pas facile pour lui.Sa popularité a joué au yoyo, descendant même à 12% dans un SOM de mars 1994.Un CROP de juillet 1994 indiquait que 29% des Québécois le considéraient le plus apte à occuper le poste de premier ministre.Était-il un poids pour son parti?Le chemin qu\u2019il a parcouru démontre que non.La performance de Jean Charest en 2003 nous enseigne aussi que le poste de chef de l\u2019opposition n\u2019est pas la meilleure position pour cultiver sa popularité.Un sondage du 12 mars 2003 indiquait que seulement 22 % des Québécois le considéraient le meilleur pour être premier ministre.Était-il un poids pour son parti?Est-ce que cela l\u2019a empêché de mener ses troupes à la victoire ?Poser la question, c\u2019est y répondre.Toutes ces données nous amènent à relativiser les choses.Deux sondages récents, le premier effectué par CROP en septembre et le second par Léger Marketing en octobre, nous indiquent que 26% des Québécois considèrent Mme Marois comme la meilleure personne pour occuper le poste de premier ministre et que 38% des gens ont une bonne opinion d\u2019elle.Au fond, Mme Marois n\u2019a pas plus de problèmes que René Lévesque en 1976, Robert Bourassa en 1985, Jacques Parizeau en 1994 et Jean Charest en 2003.Être chef de l\u2019opposition, c\u2019est un travail ingrat qui génère peu de sympathie dans la population, mais c\u2019est un poste essentiel à la démocratie.Relativement aux scores de ses prédécesseurs, on doit donc la féliciter pour le travail accompli.Mme Marois est la cible d\u2019un tir groupé, elle reçoit les coups, mais elle continue d\u2019avancer.Elle contrôle son parti comme aucun chef auparavant, la décision d\u2019écarter le SPQ libre étant la démonstration de cette réalité.Un poids ?Pas du tout ! Pauline Marois est aussi populaire que les Lévesque, Bourassa, Parizeau et Charest comme chef de l\u2019opposition Être chef de l\u2019opposition, c\u2019est un travail ingrat qui génère peu de sympathie dans la population.FRANÇOISCARDINAL francois.cardinal@lapresse.ca Il y a clairement un problème de comportement sur les routes du Québec.La plupart des automobilistes dépassent les limites de vitesse\u2026 mais n\u2019y voient rien de répréhensible, ce qui les rend imperméables aux campagnes de sensibilisation.En milieu urbain, plus d\u2019un conducteur sur deux roule audelà de la vitesse permise.Sur les routes principales, ils sont deux sur trois.Et sur les autoroutes\u2026 pas moins de huit sur 10! Maisdemandez-leurpourquoi ils agissent ainsi, en contravention avec les règlements censés protéger la vie de tous, ils vous répondront que dans leur cas précis, ce n\u2019est pas un problème.Soit parce qu\u2019ils s\u2019estiment aussi habiles que Gilles Villeneuve, soit parce que les limites sont de toute façon trop basses.En un mot, personne ne se considère menaçant.Donc tout le monde le devient\u2026 C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il faut juger de la pertinence des radars photo qui, plus que n\u2019importe quelle campagne, réussit à freiner les plus téméraires.À l\u2019approche des cinémomètres, conclut le rapport dévoilé mercredi, les excès de vitesse diminuent des deux tiers et les grands excès disparaissent carrément.Voilà d\u2019excellentes nouvelles qui militent pour une généralisation des radars photo, mais aussi pour un changement de paradigme.Si les radars sont aussi efficaces, ne nous limitons pas à les étendre à d\u2019autres points chauds, dissimulons-les.Car l\u2019installation de cette technologie à des endroits précis, signalés à l\u2019avance, permet de régler des problèmes ponctuels, mais n\u2019infléchit pas les comportements ailleurs sur le réseau routier.Ce que seuls des radars mobiles et des radars camouflés peuvent faire.Cela est d\u2019autant plus vrai qu\u2019un effet pervers, appelé «effet kangourou», accompagne immanquablement l\u2019installation de cinémomètres : les automobilistes ralentissent à la vue des affiches, puis repartent en fous après avoir croisé le radar.Pire : ils roulent plus vite encore, afin de «rattraper le temps perdu».Dans son rapport, le MTQ soutient que «les données ne semblent pas appuyer cette thèse».Mais le jupon idéologique du Ministère dépasse: non seulement il se fie à un seul des 15 radars, il a aussi choisi celui qui l\u2019assurait d\u2019une conclusion positive! Aurait-il évalué celui de l\u2019A- 15, à la hauteur d\u2019Atwater, qu\u2019il aurait fait un tout autre constat\u2026 Pour éviter l\u2019effet kangourou, donc, mais surtout pour diminuer réellement les vitesses de circulation, le Québec doit aller plus loin, en s\u2019inspirant des pays où l\u2019on retrouve des cinémomètres depuis longtemps.En France, la tendance est de cacher les radars, justement, afin d\u2019accroître leur efficacité et «d\u2019éviter le petit coup de frein suivi de la ré-accélération », comme le résume un quotidien de l\u2019Hexagone.En ajoutant à cela la surveillance aérienne, avec laquelle la SQ a renoué, et les voitures banalisées, qui se multiplient au SPVM, on se dotera d\u2019outils permettant non seulement de s\u2019attaquer aux segments les plus dangereux, mais aussi, au comportement imprudent des automobilistes.Les «trappes à tickets» LEBLOGUE DEL\u2019ÉDITO Une idée pour le gaz par André Pratte MARIOROY mroy@lapresse.ca L\u2019application du concept a été très différente d\u2019un pays à un autre.Mais le concept lui-même, celui du multiculturalisme, est partout sérieusement écorché.En constatant l\u2019échec du «multikulti », la chancelière Angela Merkel n\u2019a en effet rien dit qui ne l\u2019ait déjà été presque partout ailleurs en Occident.Certes, chez elle, en Allemagne, la situation des immigrants a été aggravée par l\u2019accès difficile à la citoyenneté, tout comme elle l\u2019a été ailleurs par d\u2019autres facteurs particuliers.Mais cela n\u2019infirme en rien le constat général: la «nouvelle» immigration, celle issue de sociétés \u2013 en particulier musulmanes \u2013 dont les valeurs sont très différentes de celles des sociétés d\u2019accueil, entre partout en collision avec celles-ci.Il y a faute des deux côtés.Ainsi, il débarque en quatre ans un million d\u2019immigrants au Canada, dont 20% au Québec.Pourquoi viennentils?Essentiellement, pour la prospérité, la sécurité et la liberté qu\u2019ils n\u2019ont pas, ou peu, dans leur pays d\u2019origine.Or, nous n\u2019avons pas encore suffisamment compris que ces attraits doivent leur existence aux valeurs communes des nations occidentales, dont la nôtre.L\u2019égalité des sexes, la liberté d\u2019expression ou la laïcité de l\u2019espace public, par exemple, ne sont pas des figurines décoratives que l\u2019on pique au sortir du four sur le gâteau de la prospérité, de la sécurité et de la liberté.Ce sont les ingrédients essentiels à partir desquels on le cuisine! Pas de valeurs inspirées des Lumières, pas de gâteau! Comment se fait-il alors qu\u2019il se trouve des minorités pour s\u2019attaquer à ces valeurs?Et qu\u2019il se trouve des majorités pour tolérer cette suicidaire entreprise?Car voilà bien le travail du multiculturalisme, non pas théorique, mais appliqué: scier ensemble la branche sur laquelle nous, les «de souche» comme les nouvelles pousses, sommes tous assis! Que faire?Partout, on a constaté que le fait religieux est, pour la «nouvelle» immigration, le principal frein à l\u2019intégration.Or, 40% des immigrants entrés au Canada entre 1982 et 2001 manifestent un haut niveau de religiosité.Danger! Il faut consacrer nos efforts, non pas à accommoder toujours davantage les fétiches religieux, ce qui a pour effet de les exacerber.Mais bien à livrer la marchandise annoncée: liberté, sécurité, prospérité.Pour ce faire, nous devons mieux informer les immigrants sur ce qui a fait notre prospérité et fera la leur.Nous devons desserrer les freins à l\u2019éducation et à l\u2019emploi, ceux que nous leur infligeons comme ceux qu\u2019ils s\u2019infligent eux-mêmes.Nous devons garantir à chacun \u2013 et surtout à chacune \u2013 sécurité et liberté, par rapport à leur propre communauté au besoin.Enfin et surtout, nous devons prévenir la résurgence des guerres de religion, y compris la guerre de l\u2019une ou l\u2019autre religion contre la société qui l\u2019entoure, et dont nous aurions tous à souffrir.LEBLOGUEDEL\u2019ÉDITO Le «multikulti» fléché! Liberté, sécurité, prospérité Non, ce n\u2019est pas une doudoune multiculturelle que les immigrants viennent chercher ici.llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 6 P L U S L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 3 O C T O B R E 2 0 1 0 LYSIANE GAGNON lgagnon@lapresse.ca VOUS AVEZ UNE NOUVELLE À NOUS TRANSMETTRE?Écrivez-nous à nouvelles@lapresse.ca VOUS VOULEZ EXPRIMER VOTRE OPINION?forum@lapresse.ca Seule la Presse Canadienne est autorisée à diffuser les informations de La Presse et celles des services de la Presse Associée et de Reuters.Tous les droits de reproduction des informations particulières à La Presse sont également réservés.ISSN 0317-9249.Le quotidien La Presse est publié et édité par La Presse, ltée dont le siège social est sis au 7, rue Saint-Jacques, Montréal (Québec) H2Y 1K9 et il est imprimé à Transcontinental Métropolitain, situé au 12 300, boulevard Métropolitain Est, Pointe-aux-Trembles, division de Imprimeries Transcontinental G.T.inc.Guy Crevier.Président et éditeur.ABONNEMENT (514) 285-6911 ou 1 800 361-7453 cyberpresse.ca/abonnement DÉCÈS (514) 285-6816 deces@lapresse.ca RÉDACTION (514) 285-7070 commentaires@lapresse.ca CARRIÈRES (514) 285-7320 carrieres@lapresse.ca PETITES ANNONCES (514) 987-8363 ou 1 866 987-8363 petitesannonces@lapresse.ca PUBLICITÉ (514) 285-6931 POUR NOUS JOINDRE La Presse, 7, rue Saint-Jacques, Montréal (Québec) H2Y 1K9 Le gouvernement Charest ne semble pas comprendre que l\u2019éducation est un droit et doit être accessible de manière égale, indépendamment du revenu, par tous les Québécois.La prochaine génération portera les stigmates de la loi 115 qui favorisera les enfants les mieux nantis dans le choix de leur langue d\u2019éducation.\u2014 Michaël Lessard À BIEN Y PENSER DENIS VAUGEOIS L\u2019auteur est éditeur et historien.Ce texte est tiré de la préface qu\u2019il signe dans l\u2019ouvrage Duplessis, Son milieu, son époque, publié par les éditions du Septentrion.Le livre sera en librairie la semaine prochaine.On a diabolisé Maurice Duplessis et on a inventé une période de Grande Noirceur dont il aurait été l\u2019artisan.Tel Josué, Duplessis aurait arrêté le soleil! Un jour, j\u2019ai voulu y voir clair.J\u2019ai tapé «Grande Noirceur» sur Google.J\u2019ai eu droit à une belle entrevue de Fernand Dumont; j\u2019ai appris que sous Duplessis, il s\u2019était créé 100 000 emplois en 10 ans (1946-1956) (Robert Bourassa devancé par Maurice Duplessis!), que le salaire moyen avait plus que doublé pendant la même période, qu\u2019un million de jeunes étaient fortement scolarisés en 1960 et qu\u2019ils furent en réalité les vrais artisans de la Révolution tranquille.J\u2019ai surtout eu droit à une entrevue avec le sociologue Jean-Philippe Warren racontant, sourire en coin, que lors d\u2019un colloque tenu en 1972, Jacques Ferron, grand contestataire devant l\u2019Éternel, avait demandé: «La Grande Noirceur dont vous parlez, elle a bien eu lieu autour des années 1950?C\u2019est curieux, ce sont mes belles années, je ne me suis rendu compte de rien.» J\u2019ai le même problème que Jacques Ferron.Moi non plus, je ne me suis rendu compte de rien ou, du moins, je n\u2019ai pas eu plus de griefs contre Duplessis que j\u2019en ai eu contre Pierre Elliott Trudeau.Duplessis pratiquait la chasse au communisme alors que Trudeau la faisait au séparatisme \u2013 et avec pas mal plus de dommages.Si je mets la Loi du cadenas en parallèle avec la Loi des mesures de guerre, franchement la cause est vite entendue.J\u2019ai toujours pensé que Duplessis avait pris la vague et faisait du surf sur la peur du communisme.Je conserve des dizaines de brochures qui lui ont appartenu.On lui en envoyait par paquets.Il devait s\u2019en moquer.Dans ce cas, je crois volontiers qu\u2019il ne les lisait pas, ce qui n\u2019est pas nécessairement révélateur de ses habitudes de lecture en général.Il ne voulait pas projeter une image d\u2019intellectuel.Récemment, j\u2019entendais à la radio une de mes voisines d\u2019enfance raconter que son père lui avait expliqué qu\u2019elle n\u2019avait pasobtenudebourse«parcequesonpère était un bon libéral».Curieusement, les deux filles de ladite famille ne reçurent pas de bourses, mais leur frère (qui avait le même père, c\u2019était courant à l\u2019époque) fit des études universitaires.La même voisine rappelait qu\u2019elle était bien avertie de ne pas s\u2019humilier avec les autres gamins qui se jetaient sur la monnaie que Duplessis lançait par terre lors de ses visites traditionnelles au parc Pie- XII.C\u2019est niaiseux, me dira-t-on, mais j\u2019ai bondi.J\u2019ai été moniteur de terrain de jeux pendant plusieurs années et j\u2019en garde plusieurs bons souvenirs.Chaque été, M.Duplessis faisait au moins une visite officielle au parc Pie-XII.Il était fier à juste titre de cet immense parc, tout comme il soutenait l\u2019O.T.J.(l\u2019oeuvre des terrains de jeux), responsable de l\u2019animation dans les divers parcs de la ville.Les activités y étaient nombreuses et variées.L\u2019ordre et la discipline y régnaient aumoins autant que dans une polyvalente d\u2019aujourd\u2019hui.Dès l\u2019arrivée du premier ministre, les moniteurs sifflaient le rassemblement et les jeunes se plaçaient en rangs; le visiteur leur adressait quelques mots, tel un grand-papa, puis circulait lentement parmi eux.Il demandait les noms, posait des questions précises, faisait mine de connaître les parents et discrètement glissait une pièce de 10 sous dans la main du jeune.Il n\u2019y avait pas de bousculade.La scène n\u2019avait rien d\u2019une basse-cour où les poules se précipitent sur les grains qu\u2019on leur lance.Autrement dit, depuis un demi-siècle, on raconte n\u2019importe quoi.(.) Celles et ceux qui ont dirigé le Québec dans les années 1960 avaient été formés pendant cette fameuse Grande Noirceur.Les plus âgés se souviennent de ces mandarins de l\u2019État québécois qui avaient piqué la curiosité des observateurs du reste du Canada.Ils surgissaient de partout, bardés de prestigieux diplômes.Ils étaient nombreux à avoir émergé de la Grande Noirceur.Ce fut le cas également de ces ingénieurs canadiens-français formés dans les chantiers de la Bersimis (I-1956 et II-1959) et dont les réalisations firent la fierté des Québécois et l\u2019émerveillement des spécialistes étrangers.(.) La Grande Noirceur inventée Les mandarins de la Révolution tranquille ont été formés pendant le règne de Maurice Duplessis (.) Issu d\u2019une famille à l\u2019aise, Maurice Duplessis a tout de même vécu parmi des gens de condition modeste.Au Col lège de Trois- Rivières, qu\u2019on appelait le Séminaire Saint-Joseph, il ne développe pas sa légendaire dévotion à saint Joseph (elle date plutôt de ses années de pensionnat à Montréal pendant lesquelles il a côtoyé le frère André), mais tout simplement une réelle amitié pour des fils d\u2019ouvriers ou de cultivateurs, ses confrères de classe.Contrairement, là aussi, à une fausse idée reçue, les collèges classiques n\u2019étaient pas les repères d\u2019une petite élite bourgeoise.Ils accueillaient des jeunes dont les parents étaient conscients de l\u2019importance de l\u2019instruction.Les parents faisaient les sacrifices nécessaires, les curés des paroisses qui avaient repéré les enfants les plus talentueux cherchaient de généreux bienfaiteurs, les autorités des institutions en cause géraient de façon serrée, les prêtres ne gagnaient à peu près rien.Bien sûr, la fonction première de ces institutions était de former de futurs prêtres, mais les autorités acceptaient que tous n\u2019aient pas la vocation.«Beaucoup d\u2019appelés, peu d\u2019élus.» Le jeune Duplessis est un vrai Trifluvien : un petit dur.Bien élevé, mais toujours un peu rustre.Dans son milieu, la fin justifie les moyens.Il aime la bagarre, prend un coup solide, du moins jusqu\u2019à ce que les médecins l\u2019incitent à la modération vu ses prédispositions au diabète.Sa vie, ce sera la politique ; sa compagne, la province.Les libéraux lui ont montré la façon de gagner des élections.Il s\u2019en souviendra : le patronage fait partie du jeu politique depuis belle lurette.Mais rien ne remplace la ferveur populaire.Il le comprend vite.Il s\u2019inquiète de l\u2019emploi pour les ouvriers, des salaires aussi.Au lendemain de la guerre, la reprise économique est au rendez-vous ; les gens travaillent.À Trois-Rivières, les moulins à papier tournent à pleine capacité, la Canron (Canada Iron) perpétue la tradition du fer, la Wabasso ou la Westinghouse paient de moins bons salaires à leurs employées féminines, mais celles-ci font tout de même leur entrée dans le monde du travail.L\u2019activité industrielle de Trois-Rivières est à l\u2019image de celle de la région et, en un sens, de celle du Québec.Duplessis sait que cette reprise est fragile.La nervosité des patrons l\u2019inquiète, l\u2019agitation des syndicats aussi.Il veille au grain.Il ne veut pas de conflits.Il connaît le drame du chômage ; il l\u2019a côtoyé.Victorieux en 1936, Duplessis connaît la défaite en 1939.Elle lui servira de leçon et donnera l\u2019occasion à ses adversaires de commettre des erreurs dont ils ne se relèveront pas facilement.Duplessis ne pardonnera pas à Adélard Godbout, premier ministre de 1939 à 1944, les concessions faites au fédéral «pour le temps de la guerre ».Réformiste lucide, Godbout réalise pourtant plusieurs bons coups, dont la création d\u2019Hydro-Québec, mais il se laisse duper par Ottawa, confie au fédéral l\u2019entière compétence en matière d\u2019assurance-chômage et cède « le droit exclusif de lever les grands impôts directs ».Leur reconquête alimentera l\u2019action de Duplessis à partir de 1944 : protéger et défendre le « butin » du Québec devient son slogan.Le chef de l\u2019Union nationale sera le champion de l\u2019autonomie provinciale ; il luttera contre toute intrusion fédérale.Et il saura être convaincant ! J\u2019ai le souvenir de mon père qui refusait les allocations familiales instaurées en 1944 par le gouvernement King.Mon père appartenait à une famille libérale, mais l\u2019autonomie provinciale, c\u2019était sacré.Le champion de l\u2019autonomie provinciale Le slogan de Maurice Duplessis : protéger le «butin » du Québec contre toute intrusion fédérale.Sous Duplessis, il s\u2019est créé 100000 emplois en 10 ans, le salaire moyen a plus que doublé, et un million de jeunes étaient fortement scolarisés en 1960.PHOTO, ARCHIVES LA PRESSE Maurice Duplessis prononce un discours lors de la campagne électorale de 1956.L\u2019autre jour, le député libéral Denis Coderre annonçait son intérêt pour la mairie de Montréal.Tout le monde a ri, moi la première\u2026 Mais à bien y penser, cette idée n\u2019est peutêtre pas si saugrenue.Régis Labeaume n\u2019a pas plus de classe que Denis Coderre.Pourtant, les Montréalais crèvent d\u2019envie par rapport à Québec.Dans leurs rêves les plus fous, ils imaginent un maire actif, terre à terre et vigoureux, capable de faire aboutir des projets concrets, et qui se battrait pour sa ville avec autant de vigueur que M.Labeaume.Voyez ce qui se passe à Toronto.Au grand désespoir des élites, les citoyens pourraient bien, dans deux jours, donner le pouvoir à un populiste de droite qui se fiche de la rectitude politique (l\u2019été dernier, il a scandalisé les beaux esprits en disant que Toronto ne pouvait absorber plus d\u2019immigrants !).Ô horreur ! Ô humiliation ! se pourrait-il que Toronto, dont ses habitants s\u2019imaginent qu\u2019elle est une «world class city », soit représentée par un pareil plouc ?Pourtant, la campagne municipale a été marquée par l\u2019émergence de Rob Ford, un obscur conseiller d\u2019Etobicoke.Un bonhomme rondouillard, vulgaire et sans charisme\u2026 mais il a géré avec succès son imprimerie familiale et il est sur la même longueur d\u2019onde que nombre de contribuables excédés.« Certes », écr ivait récemment Margaret Wente, l\u2019influente chroniqueuse du Globe and Mail, «Rob Ford possède la distinction, l\u2019intellect et la vision d\u2019un bloc de béton.Il est aussi le seul qui a l\u2019air de comprendre ce qui cloche à l\u2019hôtel de ville».Ce qui cloche ?Au d i r e de Mme Wente et d\u2019un nombre croissant de Torontois tentés de voter pour l\u2019innommable, trop de budgets déficitaires, trop de bureaucratie, trop de bouchons, trop de déchets dans les rues et le métro, trop d\u2019édiles obsédés par les marathons, les pistes cyclables et la valeur esthétique des graffitis, qui ignorent les contribuables et ne prêtent l\u2019oreille qu\u2019aux groupes de pression.C\u2019est Rob Ford qui incarne aujourd\u2019hui la colère des simples contribuables qui en ont marre de voir leur argent s\u2019envoler en projets fumeux.Or, quelque chose me dit que le jour où un «doer », un type énergique plus porté sur l\u2019action que sur la vision, mettra le pied dans une course à la mairie montréalaise, il y a pas mal de gens qui seront prêts à lui donner une chance, parce qu\u2019à l\u2019instar des Torontois, ils en auront eu assez de voir leur ville dériver sous la molle gouverne d\u2019intellectuels distingués.Mieux vaut un chat de ruelle qu\u2019un impotent, se diront-ils, mieux vaut un Denis Coderre qu\u2019un clone de Gérald Tremblay, un homme qui prend ses jambes à son cou dès que point à l\u2019horizon l\u2019ombre d\u2019une controverse, et qui a littéralement laissé la ville aux mains des illuminés de Projet Montréal.Dans le marasme où Montréal a glissé, bien des gens seront prêts à voter pour n\u2019importe qui, à condition qu\u2019il ait l\u2019air d\u2019avoir un minimum de réalisme et de bon sens, et qu\u2019il manifeste la volonté de régler les vrais problèmes, ceux dont l\u2019administration Tremblay-Bergeron-Ferrandez ne s\u2019occupe jamais.Qu\u2019on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas.Je ne lance pas de mouvement en faveur de Denis Coderre, que je connais mal et qui est peutêtre, qui sait, un grand parleur et un petit faiseur.Je dis simplement, sans m\u2019en réjouir, que la colère populaire qui a favorisé Rob Ford à Toronto pourrait bien un jour se manifester à Montréal, et que Denis Coderre, s\u2019il manoeuvre habilement, est le genre de politicien qui pourrait en être le bénéficiaire.Coderre à la mairie?La colère populaire qui a favorisé Rob Ford à Toronto pourrait bien un jour se manifester à Montréal.llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 3 O C T O B R E 2 0 1 0 P L U S 7 L\u2019ENTREVUE PAUL JOURNET QUÉBEC Ce qui est intéressant avec la pensée unique, c\u2019est qu\u2019il en existe plusieurs.On connaît la pensée unique de la droite néolibérale, dénoncée par Québec solidaire et des militants de gauche.Mais il en existe une autre, celle en faveur du modèle québécois, foi de Joanne Marcotte.«Bien voyons! Au Québec, il faut que tu sois de gauche, lance la porte-parole du Réseau Liberté-Québec.Le PLQ et le PQ, c\u2019est la même chose, ils sont attachés au modèle québécois », lance-telle.Et ce modèle deviendrait un boulet.«Si ça marchait, on le saurait », résume-t-elle, souriante, dans un restaurant de Sainte-Foy qui sert des déjeuners à la chaîne.Elle hésite avant d\u2019argumenter davantage.Peut être parce que la thèse lui semble trop évidente.«Le constat est tellement clair ! Tout le monde sait ce qu\u2019on doit faire.» Mais personne ne le fait, note-t-elle, un peu découragée.Et elle ne veut pas grossir les rangs de la machine gouvernementale pour la réformer de l\u2019intérieur.«Ça ne peut pas se faire dans un parti en ce moment, j\u2019en suis convaincue.» On ne peut lu i reprocher de ne pas avoir essayé.Bachelière en informatique de génie, Joanne Marcotte est devenue militante adéquiste en 2003.En 2006, elle a réalisé le documentaire L\u2019illusion tranquille, un brûlot contre le modèle québécois, financé sa ns subvention .Mar io Dumont l\u2019a ensuite nommée au comité Castonguay qui étudiait le financement du système de santé.Elle poursuit maintenant une maîtrise en affaires publiques à l\u2019Université Laval.Les ex-ministres péquistes François Legault et Joseph Facal, qui prépareraient un nouveau mouvement politique, ont refusé l\u2019invitation du RLQ.Le député conservateur Maxime Bernier y sera.Tout comme le nouveau chef de l\u2019ADQ, Gérard Deltell.Mais Mme Marcotte a officiellement quitté le navire adéquiste.Un navire qui ressemble à une épave, à en juger par ses propos.«Honnêtement, je ne sais pas où l\u2019ADQ s\u2019en va, avoue-telle.Juste se tenir debout, ça semble difficile.Il doit y avoir beaucoup de difficultés de gestion à l\u2019interne.» Le RLQ ne deviendra pas un parti, insiste-t-elle.L\u2019organisme à but non lucratif veut faire la promotion des idées de « liberté et de responsabilité ».Un peu à l\u2019image du Manning Center for Building Democracy, think tank du Canada anglais fondé par Preston Manning.«Il existe plein de lobbys de gauche.On voit les syndicats et les environnementalistes sur toutes les tribunes.Ils en ont le droit et ils le font bien.Mais il manque un contrepoids.On veut l\u2019exercer pour ramener le centre plus à droite.» Liberté, ô liberté Liberté.Le mot revient souvent dans le programme du RLQ.De quelle liberté parlet- on?On peut se référer à la célèbre définition du défunt politologue Isaiah Berlin.Il faisait une distinction entre les libertés positive et négative (sans connotation péjorative).La liberté négative, c\u2019est quand l\u2019État n\u2019entrave pas les actions d\u2019un individu, par exemple en le forçant à choisir un type d\u2019école ou en lui interdisant de fumer à certains endroits.Selon l\u2019autre définition, la liberté n\u2019aurait de sens que si on détient certaines conditions minimales pour l\u2019exercer.Par exemple, manger à sa faim et être en santé.Joanne Marcotte semble surtout souscrire à la première définition.Le dégraissage de l\u2019État est pour elle une question d\u2019efficience.Et parfois aussi une question de principe.«Il y a des libertariens dans le RLQ, mais ce n\u2019est pas mon cas.L\u2019État doit jouer un rôle, comme avec les routes et la banque centrale.Mais pourquoi m\u2019empêcherait- on de payer pour avoir une assurance privée pour ma santé?» Elle salue le «travail de défrichage » du groupe des lucides.«Ils ont montré que le modèle québécois n\u2019était plus soutenable.Et ça, c\u2019était en 2005, en pleine croissance économique.Leur solution était de mieux le financer avec plus de tarification, moins d\u2019impôt.Parfait, c\u2019est bien.Mais ça ne suffit plus aujourd\u2019hui.Il faut carrément sortir de notre dépendance à l\u2019État.Chacun doit devenir plus responsable de ses frais de garderie et d\u2019éducation.» On ne peut l\u2019accuser d\u2019être inconséquente.Elle s\u2019oppose au financement public d\u2019un nouveau Colisée de Québec, même si plusieurs de ses militants proviennent de la région.Le premier événement du RLQ affiche complet, grâce à un «aff lux imprévu de plus de 450 personnes ».On y parlera d\u2019environnement, de médias, d\u2019économie et de nationalisme.Mais pas d\u2019avortement ou de peine de mort.Les pro-vie et les autres groupes de conservateurs sociaux n\u2019ont pas été invités.« Ça serait une diversion, explique Joanne Marcotte.On ne veut même pas se prononcer sur ces sujets-là, on ne s\u2019y intéresse pas.On se fixe d\u2019autres priorités.» Sceptiques L\u2019ex-mi n istre péqui s te Jacques Brassard et le sismologue Reynald Du Berger animeront un atelier sur le climato-scepticisme.Pourquoi ne pas avoir invité un climatologue?«Mais ça, on en voit partout dans les journaux », répond Joanne Marcotte.Sur son site, le RLQ annonce qu\u2019on entendra un «discours important que l\u2019élite médiatique traditionnelle refuse de diffuser».Choisi-t-on la conclusion avant d\u2019entendre les arguments ?« Non, dit Joanne Marcotte.Elle assure ne pas être une idéologue.Ce n\u2019est vraiment pas moi, ça, dit la passionnée de politiques publiques.Tout ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est que ça marche.» Joanne Marcotte, porte-parole du Réseau Liberté-Québec POUR EN FINIR AVEC LE MODÈLE QUÉBÉCOIS Le Réseau Liberté-Québec (RLQ) naît officiellement aujourd\u2019hui.Plus de 450 personnes sont attendues à Sainte-Foy pour les ateliers et conférences de son premier événement.Le RLQ ne veut pas devenir un parti politique.Plutôt un groupe de réseautage pour «déplacer le centre vers la droite », comme annonce sa porteparole, l\u2019ancienne militante adéquiste Joanne Marcotte.Au programme aujourd\u2019hui : discussions sur l\u2019équité intergénérationnelle, le climato-scepticisme, la redéfinition du nationalisme, le rôle des médias et une certaine vision de la liberté.«Il y a des libertariens dans le RLQ, mais ce n\u2019est pas mon cas.L\u2019État doit jouer un rôle, comme avec les routes et la banque centrale.Mais pourquoi m\u2019empêcherait-on de payer pour avoir une assurance privée pour ma santé?» «Il existe plein de lobbys de gauche.On voit les syndicats et les environnementalistes sur toutes les tribunes.Ils en ont le droit et ils le font bien.Mais il manque un contrepoids.On veut l\u2019exercer pour ramener le centre plus à droite.» PHOTO ÉRICK LABBÉ, LE SOLEIL Au Québec, on n\u2019a pas le choix d\u2019être de gauche, croit Joanne Marcotte.Le Réseau Liberté-Québec, qui prend forme officiellement aujourd\u2019hui, doit devenir un contrepoids à ce qui est, pour elle, le courant dominant dans la société.\u2022 llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 8 P L U S L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 2 3 O C T O B R E 2 0 1 0 "]
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