La presse, 18 septembre 2010, P. Plus - Forum
[" POUR LES JEUNES DUNUNAVIK CHUM: UN GÂCHIS SIGNÉ COUILLARD EXTRAITS EXCLUSIFS D\u2019UN LIVRE-CHOC PAGE 7 NUNAVIK Les Nordiques oubliés L\u2019ÉDITORIAL D\u2019ANDRÉ PRATTE PAGE 6 PLUS FORUM GRANDS REPORTAGES, ANALYSES VIDÉO Cinq voiliers géants sont de passage à Montréal, voyez notre vidéo sur cyberpresse.ca/voiliers CARICATURES Regardez nos caricatures de la semaine à cyberpresse.ca/caricatures Il y a trois ans, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse a lancé un cri d\u2019alarme sur la situation des jeunes du Nunavik.À la veille de la divulgation d\u2019un nouveau rapport sur les enfants du Grand Nord, La Presse vous présente de jeunes Inuits qui, dans un centre de réadaptation de Salluit, essaient de recoller les morceaux de leur vie fracassée.Pendant une semaine, notre journaliste a partagé leur quotidien et celui de leurs éducateurs.Comme ses jeunes pensionnaires, le centre Sapummivik revient de loin.Il y a trois ans, c\u2019était un exemple de ce qu\u2019il se faisait de pire.Plusieurs éducateurs se souviennent avec effroi de l\u2019époque où 14 garçons et filles s\u2019entassaient dans une bâtisse aux planchers arrachés et aux murs couverts de graffitis grossiers.Il y avait des cas d\u2019agression, des tentatives de suicide.Certaines filles retrouvaient à Sapummivik des gars qui les avaient violées avant d\u2019être placés.À la suite de la publication du rapport, le centre a été fermé.Il a rouvert ses portes un an et 400000$ plus tard.Fini la mixité.Le centre accueille un maximum de 10 garçons à la fois.Les locaux sont d\u2019une propreté impeccable, il y a une télé, une table de ping-pong, des jeux vidéo, des motoneiges et des VTT \u2013 indispensables pour sortir dans la toundra.Les jeunes sont encadrés, ils ont des objectifs à atteindre.La situation s\u2019est améliorée.Mais les difficultés restent énormes.MONTRÉAL SAMEDI 18 SEPTEMBRE 2010 / SEULEMENT MOIS 2$ POUR LES ABONNÉS VERSION PAPIER 2SEMAINES D\u2019ESSAI GRATUIT LAPRESSESURMONORDI.ca OÙ QUE VOUS SOYEZ, LA PRESSE SUR VOTRE ORDINATEUR EN VERSION INTÉGRALE.87 Les photos qui illustrent ce reportage ont toutes été prises par les jeunes du centre Sapummivik.Chacun d\u2019eux a reçu deux appareils photo jetables.Leur mission : montrer aux jeunes du Sud à quoi ressemble la vie des adolescents dans le Grand Nord.QUANDNOAHA AGNÈS GRUDA SALLUIT,NUNAVIK «Qui a brisé le monde ?» demande le prof, David Veillette, à une poignée de jeunes Inuits, de grands ados en séjour temporaire dans un centre de réadaptation du Nunavik.Sa question paraît plus dramatique qu\u2019elle ne l\u2019est en réalité.Car le monde brisé auquel il fait référence, c\u2019est un globe terrestre gonflable dont l\u2019air a fui à travers une déchirure.David Veillette a l\u2019habitude d\u2019utiliser ce ballon pour enseigner la géographie.Il le lance à un élève en disant: Algérie! Ou: Australie! Le jeune tourne alors le globe dans tous les sens pour situer un pays qui, vu de sa perspective, du haut du 62e parallèle, pourrait tout aussi bien se trouver dans une autre galaxie.C\u2019est qu\u2019ici, nous sommes carrément au bout du Québec.Le bâtiment vert et gris du centre Sapummivik domine le village de Salluit, logé au creux d\u2019un fjord qui débouche sur le détroit d\u2019Hudson.Autour, il n\u2019y a qu\u2019une étendue infinie de rochers et de glace.Et au-delà du détroit, invisible à l\u2019oeil nu, il y a la terre de Baffin.Quand j\u2019ai quitté Montréal, un dimanche de la fin du mois de mai, les lilas avaient déjà fini de fleurir et les boutons des pivoines étaient sur le point d\u2019exploser.Huit heures et cinq escales plus tard, j\u2019ai atterri dans un village de tuques, de mitaines et de doudounes.La neige avait fondu peu avant mon arrivée, mais la baie du fjord était encore prise dans un bon pied de glace.De la fenêtre du centre Sapummivik, les motoneiges qui glissaient dessus ressemblaient à des fourmis.Lundi matin, me voici donc dans la classe de David Veillette, qui brandit un ballon crevé aux continents enfouis dans des replis de plastique.Qui a percé le trou par où a fui l\u2019air du ballon?«Pas moi», protestent les jeunes.Puis, l\u2019un d\u2019entre eux, Lucassie, a cette idée qui fait rire tout le groupe: «On n\u2019a qu\u2019à réparer le monde avec un Band-Aid.» À 13 ans, Lucassie est le cadet des sept garçons qui séjournaient au centre Sapummivik au moment de mon passage.Sept jeunes qui ont tous vu leur monde, le vrai cette fois, éclater en mille morceaux.Ils ont connu la négligence ou les sévices, ont été témoins de suicides ou d\u2019agressions, ont des parents «sur le party» ou ont euxmêmes tendance à s\u2019abîmer dans les vapeurs de solvant.Certains sont ici parce qu\u2019ils sont dangereux pour la société, d\u2019autres parce qu\u2019ils ne sont pas en sécurité à la maison.Tous ont en commun le fait d\u2019être des «cas» lourds, impossibles à loger en famille d\u2019accueil dans l\u2019état où ils se trouvent.À 13 ans, Lucassie a déjà un historique de vols et de consommation de drogue à son actif.Mais c\u2019est aussi un garçon brillant dont le sourire fait craquer tous ses éducateurs.Plusieurs de ces garçons reviennent de loin.Prenez Tomassie, un adolescent de 14 ans perpétuellement emmitouflé dans un chandail kangourou.Tomassie a été élevé par sa mère à Inukjuak, un village de la baie d\u2019Hudson.Il y a trois ans, son grand frère s\u2019est suicidé.La dernière fois qu\u2019il a parlé à Tomassie, c\u2019était pour lui crier : «Va te faire foutre.» Puis DERNIÈRE ESCALE POUR LES JEUNES DUNUNAVIK llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 2 P L U S L A P R E S S E M O N T R É A L SA M E D I 18 SE P T E M B R E 2 0 1 0 Pour des raisons de confidentialité, les noms des jeunes et certains détails de leur histoire ont été changés.il s\u2019est tiré une balle dans la tête.Secouée, la mère a craqué.Elle a mis le cap sur Montréal.Resté avec sa famille élargie, Tomassie a digéré le choc comme il a pu: alcool, pot, petits vols.Puis il a atterri à Sapummivik.Il y a aussi Willie, 15 ans, originaire d\u2019Akulivik, sur la baie d\u2019Hudson.La grand-mère qui l\u2019élève boit beaucoup.Trop.Il a grandi un peu à la va-comme-je-tepousse, au milieu d\u2019adultes plus ou moins toxicomanes.Willie sursaute au moindre bruit.Et il multiplie les fugues.Dans son ancien foyer de groupe, il lui arrivait de disparaître, pieds nus dans l\u2019hiver arctique.Quand on le retrouvait, il était couvert d\u2019engelures.Et puis, il y a Yossipi, originaire de Quaqtaq, sur la baie d\u2019Ungava, où il a été élevé par une tante qui l\u2019a adopté à sa naissance.C\u2019est lui-même qui, à l\u2019âge de 11 ans, a appelé un enseignant pour se plaindre de ce que, dans son frigo, il y avait beaucoup à boire et rien à manger.Le prof a alerté la DPJ.Et la famille a perdu la garde de ses trois enfants.Yossipi se sentil responsable de l\u2019éclatement de sa famille?Chaque fois qu\u2019on lui trouve une famille d\u2019accueil, il fugue, provoque.Jusqu\u2019à ce que ses parents de passage le renvoient à la DPJ.Contexte explosif Des histoires comme celles-ci, on en trouve aussi dans ce qu\u2019on appelle ici «le Sud.» Mais l\u2019isolement des 14 villages du Nunavik, les maisons surpeuplées, la haute concentration de problèmes sociaux, tout ça crée un contexte explosif.D\u2019autant plus que les éducateurs locaux, majoritaires à Sapummivik, sont issus du même terreau que leurs «clients », comme le souligne la conseillère clinique Gentiane Perrault.«J\u2019ai des travailleurs dont le mari ou l\u2019enfant s\u2019est suicidé; certains ont été aussi poqués que mes jeunes.C\u2019est difficile pour eux de réagir de façon adéquate alors qu\u2019ils n\u2019ont pas encore réglé leur propre souffrance.» Son patron, Jimmy Atagotaaluk, coordonnateur du centre, confie qu\u2019il se sent souvent coincé entre l\u2019arbre et l\u2019écorce.Avec sa cinquantaine d\u2019employés inuits, Sapummivik est l\u2019employeur principal dans ce village d\u2019un millier d\u2019habitants où tout le monde se connaît.Dans des situations délicates, quand Jimmy doit sévir contre un employé, par exemple, la pression monte.Il se sent montré du doigt au Northern ou à la Coop \u2013 les deux seuls magasins du village.«C\u2019est difficile de garder mes amitiés.» Mais en même temps, sans leurs collègues capables de décoder les jeunes et de communiquer en inuktitut, les éducateurs blancs se retrouveraient\u2026 dans le noir.Avec une patience infinie, les éducateurs, blancs et inuits, s\u2019évertuent donc à reconstruire les vies fracassées de ces jeunes.À commencer par leur estime d\u2019euxmêmes, qui est «petite comme ça », dit David Veillette en approchant le pouce à quelques millimètres de l\u2019index.Ce lundi matin-là, donc, David essaie d\u2019intéresser ses élèves aux incendies de forêt qui ravagent le sud de la province.Les jeunes tapent «fire» et «forest» dans Google, sans enthousiasme.Un des garçons sort à répétition de la classe pour aller péter bruyamment dans le couloir.Un autre se couche sous la table.Impassible, David essaie de garder le cap.À l\u2019écart de la classe, Noah, un gaillard de 16 ans qui terrorisait ses parents pour leur soutirer de l\u2019argent et acheter du pot, tente de boucher le trou du globe terrestre en plastique.Il l\u2019inspecte, cherche le bon endroit où fixer le ruban adhésif.Puis, il le tend, tout rond, audessus de sa tête.Un des élèves s\u2019écrie «Regardez, Noah a réparé le monde!» Et l\u2019adolescent bombe fièrement le torse.RÉPARÉ LEMONDE Il y a trois ans, son grand frère s\u2019est suicidé.La dernière fois qu\u2019il a parlé à Tomassie, c\u2019était pour lui crier : «Va te faire foutre.» Puis il s\u2019est tiré une balle dans la tête.DERNIÈRE ESCALE POUR LES JEUNES DU NUNAVIK SALLUIT QUÉBEC MONTRÉAL llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 8 S E P T E M B R E 2 0 1 0 P L U S 3 Scènes de la vie boréale DERNIÈRE ESCALE POUR LES JEUNES DU NUNAVIK LA MUSIQUE EN CADEAU Tous les jeudis, David Veillette donne des leçons de guitare, avec quelques instruments ramassés ici et là.La plupart des jeunes se contentent de taper le plus fort possible sur les cordes.Avec Tomassie, c\u2019est différent.On le voit souvent se promener avec une guitare acoustique un peu défoncée dans les mains.En quelques semaines, il a saisi la logique de l\u2019instrument.Et il s\u2019amuse à reproduire des morceaux que David fait jouer en classe.Comme cette chanson de Johnny Cash qui a une résonance toute particulière, ici : I hurt myself today, to see if I still feel, I focus on the pain, the only thing that\u2019s real.(Je me suis blessé moi-même aujourd\u2019hui/Pour voir si je sens encore quelque chose/Je me concentre sur la douleur/La seule chose qui soit réelle).Tomassie a la musique dans le sang, croit David.Et il le dit souvent à l\u2019adolescent, qui hausse les épaules et disparaît sous son capuchon.Un jour, Tomassie a confié à David que son grand frère jouait de la guitare.Et aussi qu\u2019il s\u2019était suicidé.«Tu vois, avant de mourir, ton frère t\u2019a laissé un cadeau, a dit David après avoir reçu cette rare confidence \u2013 Quoi, sa carabine?\u2013 Mais non, la musique.» Un hurlement de rage retentit dans le couloir, suivi du bruit sourd d\u2019objets que l\u2019on lance contre des murs.Celui qui crie, c\u2019est Kullulak, un écorché de 17 ans qui a passé les quatre dernières années à se faire trimballer de famille d\u2019accueil en foyer de groupe.Le lundi demon arrivée au centre Sapummivik devait marquer un grand moment dans la vie de Kullulak.Il devait retourner vivre avec sa grand-mère à Puvirnituk, le grand village de la côte de la baie d\u2019Hudson.Au lieu du grand jour, c\u2019est la grosse crise.La veille de son départ, Kullulak est sorti sans donner de nouvelles.Le centre a alerté la police, qui a fini par ramener cet adolescent maigrichon en plein milieu de la nuit.L\u2019équipe d\u2019éducateurs a réagi en retardant de quelques jours le départ du garçon.Et Kullulak, tel un volcan, est entré en éruption.Toute la journée, son éducateur, Pascal Brûlotte, l\u2019a approché à petits pas.Pour l\u2019empêcher de retourner sa colère contre luimême.Et pour tenter de saisir ce qui s\u2019était passé.Il finit par comprendre.Deux fois par mois, la grand-mère de Kullulak encaisse son chèque de paie et fait la fête avec son compagnon.Ce dernier a le coude léger et la main lourde.À la dernière paie, la soirée a dérapé.Et quand Kullulak a rendu visite à sa grand-mère, il l\u2019a trouvée couverte de bleus.S\u2019il a lancé des chaises contre les murs du centre Sapummivik, c\u2019est pour protester contre ce qui lui apparaissait comme un traitement injuste.Mais aussi parce qu\u2019il voulait à tout prix arriver chez lui avant le prochain jour de paie.Pour protéger sa grand-mère.LA CRISE LA CHASSE AU PHOQUE Nous filons depuis une vingtaine de minutes, deux motoneiges et deux VTT, sur la baie glacée de Salluit, quand Pierre Lebreux, responsable des activités culturelles de Sapummivik, freine brusquement.«Regardez», dit-il en montrant un minuscule point noir au milieu de la glace.Le temps que je l\u2019aperçoive, Noah a déjà fini d\u2019enfiler sa combinaison et sa cagoule blanches.Pierre, un Blanc qui vit depuis 20 ans au Nunavik, lui passe sa carabine surmontée d\u2019une puissante lunette.Le phoque se trouve à 300 m de nous.Noah avance lentement, en silence.«Mets ton fusil dans ton dos », lui dicte Pierre.Les trois autres jeunes qui nous suivent dans cette partie de chasse sont immobiles.Ça semble durer une éternité.Soudain, Noah s\u2019arrête et appuie la crosse de sa carabine contre son épaule.«Trop tôt», chuchote Pierre.Dès que le coup de feu éclate, il lance sa motoneige vers l\u2019endroit où était apparu le phoque.Mais l\u2019animal a filé dans son trou.Nous le verrons resurgir ici et là, pendant quelques heures, sans jamais lui mettre le grappin dessus.Cette partie de chasse exige de la concentration, de la patience.Scrutant la baie glacée, les jeunes restent impassibles.Ils sont parfaitement concentrés.Tout le contraire de leur attitude au centre Sapummivik, où ils bougonnent ou bougent sans arrêt.Dans la nature, leurs yeux pétillent.Ils sont complètement LÀ.Je su i s a s s i s e der r i è r e Kullulak qui, la veille encore, était prêt à tout casser.Mais là, sur le land, comme on dit ici, ses traits sont apaisés.Il conduit la motoneige d\u2019une main sûre.Et je lui fais confiance, les yeux fermés.Ces sorties, c\u2019est le coeur de la philosophie du centre Sapummivik.Toutes les semaines, Pierre Lebreux organise une partie de chasse ou de pêche.Parfois, il amène les jeunes chez lui, dans son garage, pour leur montrer comment réparer un moteur en panne.Dans la toundra, «les jeunes se sentent compétents, ils retrouvent un sentiment d\u2019appartenance », constate Lynn Hanley, qui dirigeait les services de réadaptation dans le Grand Nord au moment de mon passage.Il faut savoir que, dans cet univers rude, l\u2019habileté et la débrouillardise sont des qualités de survie.«Ici, ce n\u2019est pas honteux de ne pas savoir lire ou écrire.Mais ne pas savoir chasser, ça, c\u2019est honteux», dit la conseillère clinique Gentiane Perrault.On va donc dans le land pour renouer avec le mode de vie que les gens de plus de 50 ans ont connu dans leur enfance.Mais aussi pour fuir ces maisons où l\u2019on s\u2019entasse à 15 dans trois ou quatre pièces exiguës.«Le land, c\u2019est aussi une échappatoire», dit Gentiane Perrault .Une manière de préserver un minimum d\u2019équilibre mental.« Quand j e suis dans le land, ma tête se vide», résume un des gardes de sécurité de Sapummivik.Pour Pier re Lebreux, «le land, c\u2019est magique, les jeunes y sont heureux».Un éducateur inuit du centre de réadaptation.llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 4 P L U S L A P R E S S E M O N T R É A L SA M E D I 1 8 S E P T E M B RE 20 1 0 DERNIÈRE ESCALE POUR LES JEUNES DU NUNAVIK LA VIE D\u2019EXPAT Qu\u2019est-ce qui peut pousser des gens du Sud à passer deux ou trois ans dans un village où la tuque et les mitaines se portent jusqu\u2019à la mi-juin, où il n\u2019y a que deux magasins et pas même l\u2019ombre d\u2019un boui-boui?L\u2019aventure, la beauté des paysages et le sentiment de «faire la différence », m\u2019ont répondu les quelques «Qalounaks» qui travaillent à Sapummivik.«Nous voulions travailler en coopération internationale, puis nous nous sommes rendu compte qu\u2019on n\u2019avait pas besoin d\u2019aller en Afrique, qu\u2019il y avait d\u2019importants besoins au Québec», dit Mireille Lachance, éducatrice.Avec son conjoint, Pascal Brûlotte, et leurs trois enfants, la famille aura passé un peu plus d\u2019un an à Salluit.Ce qu\u2019ils ont tiré de cette expérience?La découverte d\u2019un univers dont ils ne soupçonnaient pas l\u2019existence.Et cette conviction qu\u2019il y a une vie au-delà de la course effrénée à la consommation.Car le vendredi soir, à Salluit, il n\u2019y a carrément nulle part où aller.Pour se rapprocher de la population locale, il n\u2019y a pas 36 manières.Pour Pascal, ça a été la chasse et la pêche.Mireille, elle, a réussi à impressionner les femmes du village en cousant des mitaines.Mais la vie dans le Nord comporte aussi son lot de frustrations.La meilleure des volontés se heurte à la distance, aux délais de livraison interminables et aux prix astronomiques.Prenez l\u2019atelier de mécanique que le centre Sapummivik veut mettre sur pied pour ses pensionnaires.Les outils ont été livrés après des mois d\u2019attente.Mais il faut maintenant un endroit où les entreposer.Avec un peu de chance, le bois pour agrandir l\u2019entrepôt sera livré par le dernier bateau, en octobre.Sinon, ce sera l\u2019année prochaine.Mais il y a aussi les moments de grâce.Un jour qu\u2019il donnait une leçon de guitare à Willie, le jeune fugueur, David Veillette a remarqué que le garçon se débrouillait bien avec l\u2019instrument.Il l\u2019a félicité et a reçu en retour un rare et grand sourire.«C\u2019est pour des moments comme ça qu\u2019on vient ici.» Et puis il y a ces petites victoires qui font oublier tout le reste.Gentiane Perrault se souvient d\u2019un ancien pensionnaire, Jaaka, un gars qui cassait tout à la moindre contrariété.Un jour, dans un état second, il s\u2019était mis à tirer autour de lui avec un fusil.Il a atterri à Sapummivik, avec une peine de travaux communautaires.«Nous cherchions un endroit où il pourrait servir de modèle à d\u2019autres enfants», dit Gentiane.Il a donc commencé à aider le prof d\u2019éducation physique à l\u2019école du village.Quelques semaines avant la fin de sa peine, un élève lui a donné un coup de bâton de hockey sur le mollet.Le genre de coup à vous faire hurler de douleur.Jaaka s\u2019est isolé dans une pièce, puis il est allé fumer une cigarette dehors.Et la rage est retombée.Ce jour-là, le prof de gymnastique a appelé Gentiane Perrault pour lui dire: «Aujourd\u2019hui, il s\u2019est passé une chose extraordinaire.» Une toute petite chose.Mais extraordinaire quand même.Quelques mois plus tard, la colère de Jaaka a repris le dessus.Il est retombé dans ses travers: alcool et tout ce qui s\u2019ensuit.La victoire a été brève.Mais elle a été.Et les autres jeunes?Que leur est-il arrivé depuis l\u2019été?Tomassie devait retourner vivre avec sa mère, à Inukjuaq.Mais il y a eu un autre suicide dans la famille.Elle n\u2019a pas été capable de reprendre son fils.Yossipi, celui qui avait dénoncé sa situation à un enseignant, a suffisamment progressé pour pouvoir s\u2019intégrer dans un foyer de groupe.Et Noah, celui qui extorquait de l\u2019argent à ses parents, est rentré chez lui.Aux dernières nouvelles, il va bien.LE DÉFI DU NORD Jeudi matin, c\u2019est le branlebas de combat à Sapummivik.Une éducatrice inuite qui avait quitté précipitamment le centre hier ne s\u2019est pas présentée au travail.Sans l\u2019ombre d\u2019un avertissement.J immy At agot a a lu k e t Gentiane Perrault s\u2019arrachent les cheveux pour trouver un remplaçant.Gérer les absences, c\u2019est ce qui est le plus difficile dans le Nord, confie Gentiane.« Il nous est arrivé d\u2019avoir jusqu\u2019à huit employés qui n\u2019entrent pas au travail durant un seul week-end», renchérit Benoît Asselin, conseiller au programme.Tous reconnaissent que le problème est chronique.Et qu\u2019il est en partie culturel.Entraînés à survivre dans des conditions extrêmes, les Inuits ne sont pas des as de la planification.Ils s\u2019adaptent aux circonstances.Si la journée est bonne pour chasser, on prend la motoneige et on file.Mais d\u2019autres raisons expliquent aussi les absences de dernière minute.Avec leurs maisons surpeuplées, des employés sont souvent témoins de crises familiales éprouvantes qui leur font passer des nuits blanches.Ces crises peuvent provoquer une réaction en chaîne dans toute la communauté.Si une monitrice de garderie ne se présente pas au travail après une nuit difficile, l\u2019éducatrice de Sapummivik n\u2019a plus d\u2019endroit où laisser son enfant.Pas évident d\u2019aller travailler.En été, quand tout le monde va dans le land, la gestion des ressources huma ines peut donner de méchants maux de tête.Au lieu de se battre contre ce phénomène, le centre Sapummivik a décidé d\u2019en tirer parti.Pendant l\u2019été, un éducateur qui va dans la toundra avec un jeune du centre est considéré comme présent au travail.Et rémunéré comme tel.Comme ça , on évite les conflits avec les employés.Les jeunes vont dans la nature.Et le centre fait l\u2019économie de quelques remplacements de personnel.Tout le monde y gagne.De tels « accommodements culturels» sont la clé des services sociaux du Grand Nord, selon les dirigeants du centre.Pour répondre aux besoins des jeunes, il faut puiser dans les forces de chacune des deux cultures, croient-ils.Et aider les jeunes, mais aussi leurs éducateurs, à renouer avec leurs racines, à retrouver un sentiment de fierté et d\u2019appartenance.Mais brancher les Inuits sur leurs racines, cela exige aussi de laisser ses préjugés au vestiaire, avec les gros manteaux et les chaussures que l\u2019on retire, ici, avant d\u2019entrer dans une maison.Les Inuits laissent les enfants jouer dehors tard dans la nuit, sans supervision?Ils ont de la difficulté à leur imposer des limites?Vrai.Mais c\u2019est beaucoup demander à une société où, il y a deux générations à peine, la vie arctique imposait ses propres limites.Et où la première qualité à inculquer à un enfant était sa capacité de survie dans des conditions extrêmement rudes.LEÇONDE SEXUALITÉ Deux étudiantes d\u2019une université ontarienne viennent donner un cours d\u2019éducation sexuelle aux garçons de Sapummivik.Deux belles filles blondes qui viennent de passer un mois à l\u2019école de Salluit : j\u2019imaginais comment Tomassie, Willie ou Lucassie allaient leur en faire voir de toutes les couleurs, avec leur habitude de gigoter ou de s\u2019affaler de tout leur long sur leur pupitre.Erreur: pendant la présentation, on aurait entendu voler le plus petit des moustiques.Et c\u2019est consciencieusement, sans ricaner, que les garçons se sont appliqués à enfiler un condom sur un pénis en bois.«Avez-vous des questions ?ont demandé les étudiantes après leur présentation.\u2013 J\u2019en ai une, a lancé Lucassie, le petit malin du groupe.Ça se fabrique comment , des condoms?\u2013 Euh.à vrai dire, nous ne le savons pas.» Un à zéro pour les jeunes\u2026 David Veillette, enseignant au centre Sapummivik.llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 8 S E P T E M B R E 2 0 1 0 P L U S 5 André Desmarais > Président du conseil d\u2019administration Guy Crevier > Président et éditeur Éric Trottier > Vice-président à l\u2019information et éditeur adjoint Mario Girard > Directeur de l\u2019information André Pratte > Éditorialiste en chef ÉDITORIAUX DROITS RÉSERVÉS / apcote@lesoleil.com OPINION CYBERPRESSE.CA/PLACE-PUBLIQUE EXCLUSIF Médicaments: un régime universel public pour tous lesQuébécois Si le régime québécois d\u2019assurancemédicaments obligatoire assure un meilleur accès aux médicaments, ce régime est complètement inefficace pour contenir les coûts.LE BLOGUE DEL\u2019ÉDITO Le scandale des résidences pour aînés par Ariane Krol JEAN-FRANÇOIS TROTTIER L\u2019auteur est un consultant en informatique de Greenfield Park.Le climat de suspicion qui r è g ne à la c ommi s s ion Bastarache apparaît comme un microcosme du monde politique auQuébec depuis quelques années.Rien n\u2019est sûr, personne ne croit qui que ce soit, chacun lance des déclarations publiques hors de l\u2019enceinte.Il en ressort une vague impression que tous les intervenants sont plus pourris les uns que les autres, ou en tout cas qu\u2019ils ont quelque chose à cacher.En tant que consultant informatique, j\u2019ai travaillé dans des dizaines de compagnies différentes et j\u2019ai pu constater comment l\u2019expression «ça va comme c\u2019est mené» est toujours vraie.Pour moi, il suffit de trouver ce qui motive une corporation pour comprendre l\u2019intention qui se cache derrière les demandes des usagers, pour mieux les desservir.Dans tous les cas, quand j\u2019ai la chance de situer là où les personnes prennent les décisions, il devient évident que la structure de la compagnie leur ressemble en tous points.Ma façon de saisir chaque parole s\u2019en trouve enrichie.et je sauve des jobs parce que je sais dans quel sens je dois apporter ma contribution.J\u2019ai mis en pratique cette façon de voir en observant ce qui se passe à l\u2019Assemblée nationale et au gouvernement.Force est d\u2019admettre que, parmi nos politiciens, personne ne tente de trouver des lignes de force pour alimenter une certaine foi en l\u2019avenir dans la population.Au contraire: on s\u2019entre-déchire à qui mieux mieux.Si «ça va comme c\u2019est mené», alors il faut fixer nos yeux sur Jean Charest.et en effet, on y trouve des réponses très claires.Je ne suis pas un mordu de l\u2019analyse transactionnelle, mais j\u2019en connais tout de même assez pour trouver qu\u2019elle colle très bien à M.Charest: il est un bel exemple de «I\u2019m not OK, you\u2019re not OK».À chaque critique à l\u2019endroit de son gouvernement, qu\u2019elle vienne de l\u2019opposition ou d\u2019un groupe de pression, sa réponse a toujours la même saveur: il tente de démontrer que la personne qui le critique est aussi mauvaise que lui! Jamais un seul mot pour défendre ses actions, ou si peu.Par contre, il pourfend l\u2019adversaire de procès d\u2019intention, lui reproche tout ce qui pourrait le mettre en contradiction avec son passé, il met en doute le porteur de nouvelle au lieu de répondre au message.Si le climat politique est si mauvais à Québec pour l\u2019instant, bien.ça va comme c\u2019est mené.Que je sache, ce n\u2019est ni Pauline Marois ni Marc Bellemare qui dirigent.Le gouvernement est de plus en plus englué dans un climat de batailles de ruelle.parce que le coq du quartier ne connaît que cette façon de faire.C\u2019est déplorable : M.Charest salit des gens qui ne le méritent pas.Je ne sais pas si Mme Marois sera unebonne première ministre, mais je sais qu\u2019elle est une administratrice hors pair.Je sais aussi que par nature, elle fait confiance à son entourage, ce qui est plutôt encourageant.Mais actuellement, dans ce climat, elle n\u2019a aucune chance de faire ressortir des qualités humanistes ou même humaines dans ses interventions : elle, comme toute la chambre bleue, est sale de la boue que M.Charest se plaît à lancer à tort et à travers, obligeant tout un chacun à se conduire de la même façon.Non mais, sortez-le! Je ne veux même plus savoir s\u2019il est malhonnête, ou trouillard, ou roi-nègre.Il est simplement pourri comme premier ministre.Je ne lui confierais même pas un stand de cireur de chaussures, à peine un job de remplisseur de hot-dogs dans une cantine éloignée.pour qu\u2019il ne puisse pas démolir les autres remplisseurs, ceux qui sont compétents.Ça va comme c\u2019est mené Le premier ministre Charest est responsable du climat politique pourri qui règne au Québec À chaque critique à l\u2019endroit de son gouvernement, M.Charest tente de démontrer que la personne qui critique est aussi mauvaise que lui ! FRANÇOISCARDINAL francois.cardinal@lapresse.ca Le dépôt des nouveaux rôles d\u2019évaluation de Montréal est une excellente nouvelle pour la collectivité, un peu moins pour les individus qui la composent.La hausse de 23,5% des évaluations de la région témoigne en effet de la vitalité économique de la métropole, dont le marché immobilier, peu affecté par la crise, est en croissance soutenue depuis 2005.On le constate dans le secteur résidentiel, avec des augmentations plus prononcées dans les quartiers centraux, mais somme toute bien réparties dans l\u2019île.On le constate aussi dans le secteur commercial, qui attire jusqu\u2019aux investisseurs étrangers, américains, saoudiens et allemands.Mais cette effervescence, évidemment, a un revers pour les Montréalais: la menace d\u2019augmentations appréciables des avis d\u2019imposition.D\u2019ici le dépôt du prochain budget municipal, il sera en effet tentant pour la Ville de n\u2019abaisser que légèrement les taux d\u2019imposition, ce qui ferait grimper les impôts et, donc, les revenus engrangés.L\u2019administration aurait ainsi beaucoup plus de facilité à boucler son budget.Défendable économiquement, une telle décision le serait aussi politiquement, puisque les Montréalais ont profité de très nombreux gels d\u2019impôt foncier dans le passé, tant sous le règne de Pierre Bourque que celui de Gérald Tremblay.Le laisser croître aujourd\u2019hui, au rythme de sa valeur, serait donc justifié.Mais attention! La voie facile pourrait jouer de bien mauvais tours à Montréal, en faisant fuir ceux que l\u2019on tente désespérément d\u2019attirer: les jeunes familles des quartiers centraux.Comme l\u2019a souligné Projet Montréal, celles-ci élisent souvent domicile au coeur de l\u2019île afin de se débarrasser d\u2019une de leurs autos, voire de leur seule voiture.Laisser croître l\u2019impôt foncier de façon importante grèverait cet avantage financier: l\u2019argent économisé en transport serait siphonné par une hausse d\u2019impôt (ou de loyer).Pour éviter que le départ annuel de milliers de familles vers la banlieue se transforme en exode, la Ville doit donc limiter le plus possible la hausse de l\u2019impôt foncier, en plus d\u2019étaler son impact sur trois ans.Elle pourrait fort bien ajuster les taux d\u2019imposition afin que l\u2019augmentation suive de près l\u2019inflation.Cela créerait un manque à gagner au moment même où l\u2019on exigedes investissementsmassifs en transports en commun?Oui, mais ce n\u2019est pas dans le portefeuille des citadins qu\u2019il faut puiser pour bonifier le réseau.Après avoir créé deux fonds basés essentiellement sur l\u2019impôt foncier, l\u2019un pour la voirie, l\u2019autre pour l\u2019eau, la Ville pourrait fort bien en créer un troisième, consacré cette fois à la modernisation des transports collectifs.À la différence que ceux-ci ne seraient alimentés que par la tarification (péage, taxe sur l\u2019essence, sur le stationnement, sur l\u2019immatriculation, etc.) Cen\u2019estpasauxMontréalais, qui font déjà un effort, de payer pour une mesure qui rendra le réseau routier plus fluide, mais bien aux automobilistes qui en profiteront.Tarifer au lieu de taxer La Ville doit limiter la hausse des taxes foncières à l\u2019inflation pour éviter l\u2019exode.PHOTO ARCHIVES LA PRESSE Jean Charest PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE ANDRÉPRATTE apratte@lapresse.ca L\u2019émouvant repor t age d\u2019Agnès Gruda, publié aujourd\u2019hui dans ce cahier, ouvre une nouvelle fenêtre sur les conditions de vie pénibles des 10 000 Inuits habitant au Nunavik, dans le nord du Québec.Malheureusement, les reportages et les appels au secours ont beau se multiplier, la population reste indifférente.Par conséquent, les gouvernements bougent, mais trop peu, trop lentement.Les problèmes qui minent la société inuite du Nunavik \u2013 abus d\u2019alcool et de drogues, violence familiale, suicides \u2013sont d\u2019une grande complexité.Il n\u2019y aura pas de solution facile ou rapide.Toutefois, une chose est sûre : tant qu\u2019on n\u2019aura pas comblé la pénurie de logements, aucun autre problème ne pourra être résolu.Les logements du Grand Nord québécois sont surpeuplés depuis des décennies.Québec et Ottawa financent la construction d\u2019habitations, mais la population croît beaucoup plus vite que le nombre de logements.Par conséquent, la situation se détériore au lieu de s\u2019améliorer.De 1996 à 2006, la proportion d\u2019habitants du Nunavik vivant dans des logements surpeuplés a même augmenté, passant de 47% à 49%.«Le surpeuplement conjugué à la violence, à la toxicomanie et à d\u2019autres formes d\u2019abus affecte directement la sécurité ou le développement des enfants», concluait la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse il y a trois ans.«Tous les problèmes sociaux sont aggravés.Lorsqu\u2019il y a abus d\u2019alcool, de drogue, lorsqu\u2019il y a de la violence, les gens ne savent plus où aller», disait le maire de Kuujjuaq, Paul Parsons, à notre collègue Marie Tison (La Presse, 13 septembre 2010).Depuis la publication du rapport de la Commission, Québec a investi des sommes substantielles pour améliorer les services offerts à la population inuite.La rénovation du Centre Sapummivik, où Agnès a côtoyé des jeunes en difficulté, témoigne de cet effort.Il y a six mois, le fédéral et le provincial ont conclu une entente de 190 millions de dollars en vertu de laquelle 350 nouvelles habitations seront construites dans les 14 villages du Nunavik.Québec s\u2019est aussi engagé à bâtir et à financer l\u2019entretien pendant 20 ans de 50 logements supplémentaires.Ça ne sera pas suffisant.La Société Makivik, responsable du développement socio-économique de la région, estime qu\u2019il manque 1000 logements.La Société et le gouvernement québécois planchent depuis quelques mois sur un plan de rattrapage qui permettrait de combler ce déficit d\u2019ici sept ans.Cependant, le gouvernement fédéral tarde à s\u2019engager dans le projet.Les Inuits sont à bout de patience, au point où ils songent à poursuivre Ottawa.Car, au Nunavik, chaque jour qui passe amène son lot de tragédies humaines.Les Nordiques oubliés llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 6 P L U S L A P R E S S E M O N T R É A L SA M E D I 18 SE P T E M B R E 2 0 1 0 ROBERT LACROIX ET LOUIS MAHEU M.Lacroix a été recteur de l\u2019Université de Montréal de 1998 à 2005.M.Maheu a représenté l\u2019UdeM au conseil d\u2019administration du CHUM.Ce texte est extrait du livre Le CHUM: Une tragédie québécoise, publié par les Éditions du Boréal.L\u2019ouvrage sera en librairie la semaine prochaine.C\u2019est sur un fond de tensions et de dissensions au niveau du pouvoir politique exécutif que se déploya la controverse publique portant sur cette décision majeure pour la collectivité: le choix du site du CHUM.La controverse était importante, certes, et somme toute singulièrement atypique.Comme toutes les aut res controverses, elle fut d\u2019abord intense et mobilisa particulièrement plusieurs forces et groupes de la grande communauté montréalaise, qu\u2019une profonde fracture séparait, quand cette division n\u2019allait pas jusqu\u2019à traverser un même milieu de cette communauté.Et l\u2019un et l\u2019autre camp s\u2019adressaient, comme c\u2019est le cas dans les controverses publiques classiques, au pouvoir politique exécutif pour que ce dernier tranche leurs différends et désaccords.Chaque camp croyait en toute bonne foi et en toute rationalité détenir la meilleure option, tout en rejetant ce que l\u2019autre camp mettait de l\u2019avant.Mais cette image d\u2019une sérieuse controverse est tronquée si l\u2019on n\u2019y ajoute pas ce qui la distingue.Cette controverse publique fut atypique en ce que les camps opposés s\u2019adressaient à un pouvoir politique exécutif qui n\u2019était pas complètement extérieur à eux, à leur logique et à leurs stratégies d\u2019action, et qui était de surcroît, dans les circonstances, ni unifié ni solidaire dans l\u2019exercice de la gouvernance politique.Par ses propres tensions et dissensions internes, le pouvoir politique de l\u2019époque affrontait fortement divisé l\u2019importante prise de décision publique qu\u2019il s\u2019apprêtait à faire.Dans le camp des artisans du projet de technopole sise à la gare d\u2019Outremont, l\u2019allié était, on le sait, le principal acteur du pouvoir politique exécutif du moment: le premier ministre lui-même.Mais dans la conjoncture politique de l\u2019époque, la popularité du premier ministre et de son gouvernement ne lui donnait pratiquement aucune marge de manoeuvre.Fréquemment pris personnellement à partie dans les dossiers pol it iques de l\u2019heure que traitait l \u2019 é q u i p e gouvernementale, et fo r tement embarrassé par la querelle relative aux subventions majorées potentiellement accordées aux écoles juives qui faisait soudainement surface dans l\u2019actualité, le premier ministre n\u2019avait ni la force ni la légitimité voulues pour amener le ministre de la Santé à pencher vers les choix qu\u2019il estimait être ceux que devait faire le gouvernement du Québec.Et même s\u2019il caressait alors, selon des sources fiables, le projet d\u2019écarter de son cabinet un ministre de la Santé auquel il s\u2019opposait sur cette question, le premier ministre n\u2019avait pas l\u2019autorité requise à ce moment pour poser un tel geste.Le premier ministre ne pouva it donc pa s enca - drer et conteni r la force et la puissance du ministre de la Santé appuyé de son ministère.Le ministre Couillard avait fait le plein des solidarités qu\u2019il pouvait mobiliser au sein d\u2019autres ministères et instances de la machine étatique et bureaucratique du gouvernement du Québec.Qui plus est, il était, on ne sait trop pourquoi, un adversaire acharné du projet d\u2019une technopole de la santé et du savoir située sur le site Outremont.Au sein du pouvoir politique exécutif, le ministre de la Santé et son entourage étaient donc les puissants alliés du camp favorisant le projet du 1000 Saint-Denis.On ne peut comprendre comment la controverse a évolué si on néglige les interventions et l\u2019influence du ministre de la Santé lui-même, de son ministère, extrêmement interventionniste dans le quotidien et les menus détails de ce dossier, et de leurs alliés clés, en fait leurs subordonnés, les instances de gouvernance et de direction du CHUM.L\u2019Université de Montréal, à mesure que la controverse publique prenait de l\u2019importance, était de plus en plus déconcertée.Elle n\u2019avait pas prévu son déroulement, son ampleur et sa singula rité.L\u2019Université continuait à mener un débat d\u2019idées et de concepts dans un monde où la rationalité lui semblait, en toute logique, devoir ultimement triompher.Mais, sur le terrain des médias, de l\u2019opinion publique et des prises de position qui occupaient la sphère publique, la préférence était nettement accordée aux images porteuses, aux symboles, aux déclarat ions-chocs qui visent à atteindre l\u2019émotion et la sensibilité.Bref, on penchait pour tout ce qui nourrit plus facilement les motivations idéologiques que les raisonnements sophistiqués et bien documentés.L\u2019Université était appelée à exceller dans un monde qui n\u2019était pas le sien, et il est clair qu\u2019elle n\u2019y faisait pas bonne figure.Elle ne parvenait pas à maîtriser suf fisamment cet univers pour y faire valoir son point de vue avec l\u2019efficacité et la crédibilité voulues.Un gâchis signé Couillard En imposant sa volonté à Jean Charest dans le dossier du CHUM, le ministre de la Santé a fait perdre au Québec une occasion unique Cette victoire de Philippe Couillard et de ses hauts fonctionnaires ne conduisit pas seulement au gâchis que nous avons décrit.Elle tua aussi une occasion unique de donner à la population montréalaise et québécoise un établissement hospitalier mettant à profit, pour ses missions de soins et de formation, la présence sur son site des facultés des sciences de la santé de l\u2019Université de Montréal.Elle priva aussi la plus grande université québécoise et la société qu\u2019elle dessert d\u2019une technopole de la santé et du savoir de calibre international.Tou s l es ing r é d ient s éta ient là pour fa i re de ce projet un succès.Les médecins et les chercheurs y adhéraient avec enthousiasme .Toutes les instances de l \u2019Université de Montréal l\u2019appuyaient avec une unanimité jamais vue.Les facultés de la santé de l\u2019Université avaient toutes été intimement impliquées dans l \u2019élaboration de ce projet.Les secteurs pharmaceutique et biotechnologique montréalais le voyaient comme un catalyseur des développements présents et futurs.L es pr o m o t e u r s d e «Montréal, ville de savoir » ne pouvaient que rêver de ce développement majeur.Le milieu des affaires, sur lequel on comptait pour une partie importante du financement, avait déjà donné son adhésion publiquement.Tout cela dans un contexte où l\u2019on pouvait donner aux malades exigeant des soins hautement spécialisés, propres aux hôpitaux universitaires, une qualité de soins de cal ibre internat iona l.Les bureaucrates de Québec et le ministre Couil la rd ne pouvaient accepter que l \u2019Université de Montréal soit l\u2019initiatrice de ce grand projet.Comme ce fut le cas pour les quatre autres projets d\u2019hôpital universitaire qui avaient été conçus au cours des dernières décennies par ce grand établissement francophone, Québec refusa le projet de technopole de la santé et du savoir qu\u2019il avait mis de l\u2019avant.On constate présentement une très grande morosité au sein des médecins et des chercheurs du CHUM.Une infime minorité d\u2019entre eux s\u2019intéresse encore au projet en cours.Il ne semble pas facile non plus de mobiliser les forces vives de l\u2019Université de Montréal autour d\u2019un projet qu\u2019on lui a imposé au détriment du sien.Le milieu des affaires semble peu enthousiaste et, malgré les interventions répétées de Philippe Couillard du temps où il était encore ministre, la Fondat ion du CHUM n\u2019est toujours pas arrivée à convaincre un poids lourd du milieu des affaires de prendre la présidence d\u2019une grande campagne de financement .On est bien loin de la prévision de Philippe Couillard selon laquelle tous se rallieraient à sa décision lorsqu\u2019ils comprendraient qu\u2019elle est définitive.En somme, les fruits d\u2019une victoire politique à court terme sont de plus en plus amers, et ils ne seront jamais mangés par ceux qui les ont engendrés.Une victoire politique à court terme La victoire de Phillipe Couillard a privé l\u2019Université de Montréal et la société qu\u2019elle dessert d\u2019une technopole de la santé et du savoir de calibre international.PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE Dans le dossier du CHUM, le premier ministre Jean Charest ne pouvait pas encadrer et contenir la force et la puissance du ministre de la Santé d\u2019alors, Philippe Couillard, appuyé de son ministère.Le ministre Couillard avait fait le plein des solidarités qu\u2019il pouvait mobiliser au sein d\u2019autres ministères et instances de la machine étatique et bureaucratique du gouvernement du Québec.Même si M.Charest caressait le projet d\u2019écarter de son cabinet son ministre de la Santé, il n\u2019avait pas l\u2019autorité requise à ce moment pour poser un tel geste.Les fédéralistes sont partout, clament Pierre Curzi et Pauline Marois, même chez le Canadien.Ils tournent en dérision les quelques francophones qui évoluent au sein de l\u2019équipe, en les traitant de francophones de service et de joueurs marginaux.Ce qui n\u2019est pas très élogieux pour eux, qui tentent tant bien que mal de se démarquer soir après soir afin de vivre leur rêve de jouer pour la sainte Flanelle.\u2014 Henry Arthur, Montréal À BIEN Y PENSER VOUS AVEZ UNE NOUVELLE À NOUS TRANSMETTRE?Écrivez-nous à nouvelles@lapresse.ca VOUS VOULEZ EXPRIMER VOTRE OPINION?forum@lapresse.ca Seule la Presse Canadienne est autorisée à diffuser les informations de La Presse et celles des services de la Presse Associée et de Reuters.Tous les droits de reproduction des informations particulières à La Presse sont également réservés.ISSN 0317-9249.Le quotidien La Presse est publié et édité par La Presse, ltée dont le siège social est sis au 7, rue Saint-Jacques, Montréal (Québec) H2Y 1K9 et il est imprimé à Transcontinental Métropolitain, situé au 12 300, boulevard Métropolitain Est, Pointe-aux-Trembles, division de Imprimeries Transcontinental G.T.inc.Guy Crevier.Président et éditeur.ABONNEMENT (514) 285-6911 ou 1 800 361-7453 cyberpresse.ca/abonnement DÉCÈS (514) 285-6816 deces@lapresse.ca RÉDACTION (514) 285-7070 commentaires@lapresse.ca CARRIÈRES (514) 285-7320 carrieres@lapresse.ca PETITES ANNONCES (514) 987-8363 ou 1 866 987-8363 petitesannonces@lapresse.ca PUBLICITÉ (514) 285-6931 POUR NOUS JOINDRE La Presse, 7, rue Saint-Jacques, Montréal (Québec) H2Y 1K9 p«LA SAGA DU CHUM», UN DOSSIER EXCLUSIF DE SARA CHAMPAGNE À LIRE LUNDI.llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll L A P R E S S E M O N T R É A L S A M E D I 1 8 S E P T E M B R E 2 0 1 0 P L U S 7 PLUS L\u2019ENTREVUE PAUL JOURNET QVous dénoncez un certain «révisionnisme» concernant la crise d\u2019Octobre.Comment a-ton essayé de réécrire l\u2019histoire ?R Aujourd\u2019hui, on dénonce beaucoup la Loi su r les mesures de guerre.On entend plein d\u2019exagérations et d\u2019hyperboles.Les partisans de la violence sont devenus des victimes.Mais à l\u2019époque, la population appuyait notre mesure.(\u2026) Selon un sondage Gallup publié en décembre 1970, 8 6% de s f ra nc ophone s étaient en faveur.QEt à l\u2019Assemblée nationale?Il y a eu un consensus, mais de courte durée\u2026 R La Loi sur les mesures de guerre avait été appuyée par les trois partis de l\u2019opposition, incluant le PQ.Camille Laurin, le leader parlementaire péquiste, avait même félicité Bourassa, comme le prouve le Journal des débats.Puis deux ou trois heures plus tard, il avait changé d\u2019idée.Il essayait de dire qu\u2019on l\u2019avait mal compris, qu\u2019il voulait parler de l\u2019assurance maladie.Les autres députés riaient.Ils se doutaient bien que René Lévesque venait de parler à Laurin.QDans votre ouvrage, vous soutenez que la position de Lévesque était ambiguë.Pourquoi ?R Au début, il dénonçait la Loi sur les mesures de guerre.Puis le 30 octobre, dans sa chronique du Journal de Montréal, il écrivait : «L\u2019armée occupe le Québec.C\u2019est désagréable, mais sans doute nécessaire en temps de crise.» Il avait humilié Laurin en le faisant changer d\u2019idée, puis il l\u2019a humilié une deuxième fois en lui disant que c\u2019était finalement une bonne chose.QVous racontez que la Loi sur les mesures de guerre avait d\u2019abord été demandée par le maire de Montréal Jean Drapeau, puis par le premier ministre Bourassa.Elle n\u2019aurait donc pas été imposée par Ottawa?R Absolument pas.Et les troupes de l\u2019armée étaient sous l\u2019autorité du chef de la Sûreté du Québec.Les policiers étaient contents de voir arriver les soldats, ils étaient débordés.QTrois raisons permettaient la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre: qu\u2019il y ait une guerre, une insurrection ou une insurrection appréhendée.Le gouvernement Bourassa a invoqué ce dernier motif.Il craignait que le FLQ ne passe à la dernière étape de son plan, les assassinats sélectifs.Était-ce une menace réelle, selon les informations que vous déteniez à l\u2019époque?Et selon ce qu\u2019on sait aujourd\u2019hui du FLQ et de sa désorganisation?R C\u2019était justifié.La preuve, le 15 octobre, dans ce qu\u2019on appelle le Grand soir, environ 3000 étudiants (et d\u2019autres sympathisants) scandaient «FLQ, FLQ».Il y avait des grèves dans les universités et des appels à la violence par des gens comme Pierre Vallières et Charles Gagnon.(\u2026) Vous savez, notre décision a été saluée par des gens de l\u2019étranger.Henry Kissinger (alors conseiller de la sécurité nationale) dit avoir envoyé une lettre pour nous féliciter d\u2019être le premier gouvernement à tenir tête aux kidnappeurs.On ne retrouve pas la lettre, on ne sait pas si elle a été envoyée, mais ça, c\u2019est une autre histoire.Vous connaissez Kissinger\u2026 QMalgré ces appuis, un parti fédéral s\u2019opposait à vous : le NPD.Selon son chef Tommy Douglas, la Loi sur les mesures de guerre revenait à «utiliser une masse pour écraser une cacahuète ».Votre décision était-elle dictée par la panique?R Je ne pense pas.QAprès l\u2019enlèvement dePierre Laporte, vous avez offert seulement deux choses au FLQ: la libération conditionnelle de cinq prisonniers qui y avaient déjà droit, et l\u2019exil à Cuba ou ailleurs pour les ravisseurs.Était-ce une décision précipitée?R Non.Le lendemain de l\u2019enlèvement de Laporte, Bou rassa a convoqué le Conseil des ministres à son bureau d\u2019Hydro-Québec.Durant la réunion, je me suis levé pour dire: «Nous avons la vie de Laporte entre nos mains, soyez prudents!» On s\u2019est rencontrés à nouveau le lendemain et le mardi.Après trois jours de délibération, nous avons voté à l\u2019unanimité.C\u2019était une décision difficile, pas du tout prise à la légère.Mais ce n\u2019était pas une décision paniquée.QDeux autres solutions s\u2019offraient au gouvernement : la Loi martiale, liberticide, qui paralyse les tribunaux.Et la simple utilisation du Code criminel.Le juriste Nate Nurgitz, alors président du Parti progressiste-conservateur, prétend que le Code donnait toutes les munitions nécessaires au gouvernement.Aurait-ce été une meilleure idée?R Le Code criminel exige que l\u2019on obtienne un mandat, que l\u2019on parle à un juge, etc.Cela prend du temps.Le seul moyen efficace pour répondre à la menace, c\u2019était la Loi sur les mesures de guerre.QOn retrouve en annexe de votre livre des extraits de votre journal personnel.À partir de quand avez-vous commencé à le tenir?R Au début de la crise.Je sentais que c\u2019était très, très important.J\u2019écrivais souvent au Conseil des ministres ou le soir, quand je soupais seul.J\u2019allais parfois dans le restaurant où Bourassa soupait à 23h, mais il ne m\u2019invitait pas avec sa gang.QDans ce journal, vous écriviez le 16 octobre: «Nos rafles n\u2019ont rien donné.(\u2026) Il semble que (les policiers) sont allés trop loin ».Vous dites qu\u2019on a «imprudemment appréhendé» des poètes comme Gaston Miron et Gérald Godin.Vous déplorez aussi qu\u2019on n\u2019ait pas permis aux détenus de parler assez rapidement à leur avocat ou à leur famille.R Oui, mais tout cela était difficile à gérer.Au total 497 personnes ont été arrêtées sans mandat.Parmi ces arrestations, 103 étaient injustes.Tous ces gens ont été indemnisés dès mars 1971 après une enquête indépendante du Protecteur du citoyen.Et c\u2019est le gouvernement Bourassa qui a commandé rapidement cette enquête.On leur a versé jusqu\u2019à 30 000$ (en dollars actuels).Mais ça, on n\u2019en parle pas.QLeministreLaporteestmort, comme on le sait.Regrettezvous de ne pas avoir répondu aux demandes des terroristes?R Bien sûr que je regrette la mort de Laporte.Mais quand on a un dilemme, il faut trancher.Je ne pense pas que nous sommes responsables de sa mort.Je note que depuis, il n\u2019y a pas eu d\u2019enlèvements.Et rappelez-vous aussi que les terroristes, eux, n\u2019ont jamais exprimé de regret pour l\u2019assassinat de Laporte.WILLIAM TETLEY LA CRISE D\u2019OCTOBRE ET LE «RÉVISIONNISME» PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE William Tetley était ministre dans le cabinet Bourassa au moment de la crise d\u2019Octobre.Selon lui, la décision d\u2019appliquer la Loi sur les mesures de guerre n\u2019a pas été prise de manière précipitée.Les « révisionnistes» ont détourné le sens de la crise d\u2019Octobre, dénonce William Tetley, qui était ministre des Institutions financières à l\u2019époque.Il leur répond avec Octobre 1970 \u2013 Dans les coulisses de la crise, qui vient d\u2019être traduit en français.L\u2019ex-ministre y rappelle entre autres que la Loi sur les mesures de guerre n\u2019a pas été imposée par Ottawa et qu\u2019une majorité de francophones l\u2019appuyaient.Même s\u2019il en déplore certains dérapages, M.Tetley reste convaincu : cette loi était nécessaire.Et il ne fallait pas négocier avec les « terroristes ».PHOTO MICHEL GRAVEL, LA PRESSE William Tetley arrivant à une réunion du Conseil des ministres à l\u2019édifice d\u2019Hydro-Québec, le 13 octobre 1970.llllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll 8 P L U S L A P R E S S E M O N T R É A L SA M E D I 1 8 S E P T E M B RE 20 1 0 "]
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