La presse, 16 septembre 1989, K. Arts et spectacles
[" Arts et spectacles LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMED116 SEPTEMBRE 1989 La vie imaginée du premier architecte au Québec REGINALD MARTEL Jt imagine le sourire en coin du romancier qui pose à ses lecteurs innocents cette question pié-.gée: qu'est-ce qu'une vie?Si un être humain, même bien vivant et bien bavard, peut être oublié par ceux qu'il aime, songeons que les morts, eux, se sont tus à jamais.Qui prendra la peine d'écrire leur histoire, de l'inventer au besoin, pour que reste une trace de ce qui fut tout et rien, naissance, connaissance et mort, à travers quoi s'insinuent, pour le meilleur et pour le pire, les joies et les souffrances de l'amour?M.Jacques Folch-Ri-bas a fait cet effort; qui remet dans la vitrine de l'Histoire, par la petite porte de la littérature, une figure qu'elle avait négligée.L'architecte Claude Baillif, disais-je à mon ami romancier, non, mille regrets, jamais entendu parler.Et je songeais, sans oser le dire, qu'il suffit de regarder d'un oeil objectif le paysage urbain du Québec contemporain Ftour comprendre que les oeuvres de 'estimable Baillif, s'il en reste, n'ont -pas suffi à créer dans notre coin de Nouveau-Monde cette architecture originale qui nous aurait définis, nous Québécois, d'une façon ample et vraie, comme ce fut le cas de notre littérature.Nous imitons les autres, je songeais aussi, tristement, qu'on ne peut bâtir beau et nouveau, mais utile seulement, dans un pays qui méprise la culture.Hérésie peut-être, car rien n'empêche d'avancer que l'utile est forcément beau et le beau, forcément utile, jouant les pédagogues de manière discrète, presque clandestine, l'auteur de la Chair de pierre nous invite à méditer \u2014 mais sans douleur\u2014 sur une discipline artistique qui nous semble trop tributaire des mathématiques pour que nous puissions espérer en comprendre même l'abc.Il \u2022 nous apprend pourtant que les réalisations architecturales, finalement,.ne se regardent pas autrement que celles de la nature, qui nous atteignent parfaitement, malgré les voiles que la culture impose à notre regard.Qui dit architecture dit durée?* Rien n'est moins sûr, à moins de consentir à dissocier l'art et la vie.Claude Baillif explique à un apprenti ce qui à la fois rend l'art légitime et le condamne à disparaître: «L'Ame' n'est pas dans les objets, mais dans ' l'invention, et dans la façon.Tout ce qui se peut transmettre à ceux qui viendront après nous, ce sont les ma- .nières que nous avions.De nos constructions, bientôt, il ne reste plus rien.» Et ailleurs: «Ainsi l'architecte croit lutter contre la mort.La seule chose immuable est la vie.Quoi que l'homme dise ou fasse, il ne peut changer cela, qu'il vit.S'il vit, il \u2022 meurt aussi.La seule architecture vivante est celle qui est destinée à disparaître,» Après ces grands romans dont les protagonistes étaient la littérature, faute de documents suffisants, le romancier ne fait pas que célébrer un art; relisons les deux passages cités, où il célèbre la vie et condamne ce qui l'empêche.Ainsi les romans de la trilogie sont-ils tous traversés par une même espérance, encore qu'elle soit bien fragile.Oui, il y a l'art, mais il y a aussi la misère des humains opprimés.Le roman comprend trois parties de longueurs inégales.La première est consacrée aux apprentissages de Claude Baillif, presque enfant, arrivant à Paris où il fuit la peste.Ap- puis la musique, la Chair de pierre ne devait pas décevoir, il ne déçoit-pas.Encore et toujours, un artiste et son art, certes, mais aussi dans cet artiste l'homme, ses angoisses et ses doutes, son pessimisme incurable et, surtout, sa perception aigué de l'injustice.En inventant la vie de Claude Baillif, prentissage de l'amour, grâce à Catherine qu'il perdra (et qui nourrira toujours ses lancinants regrets), jugeant trop dangereux de l'emmener avec lui, par des routes infestées de bandits, en Italie ou il fera l'apprentissage des métiers que doit maîtriser l'artiste.C'est une évocation savante et sensible d'une époque dont on sait qu'elle fut dure pour les petits, mais riche d'idées et de débats scientifiques et artistiques.A la demande de Monseigneur de Laval, on retrouve Claude Baillif en Nouvelle-France en 1675.Pourquoi est-il parti?Il n'est pas interdit de penser que la recherche de Catherine est désormais inutile, que la petite amoureuse est certainement morte.Notre premier architecte va vite connaître ce que le pays élu peut offrir: le froid, évidemment, et les incendies, et la menace constante d'une attaque amérindienne, mais aussi plus de libertés que n'en consentait le vieux pays, y compris celle, grisante certainement, d'être le premier a tenter de résoudre selon les exigences de l'art et de la science les problèmes spécifiques que suscite le pays physique.M.Folch-Ribas a résisté à la tentation de refaire l'histoire de la Nouvelle-France.Cette deuxième partie, malgré les allures d'épopée qu'elle doit forcément avoir \u2014 nos ancêtres étaient des héros et des héroïnes, ils n'avaient d'ailleurs pas le choix\u2014, est remplie de ces séductions sans lesquelles la littérature se refuse aux lecteurs.On verra par exemple défiler, comme simples figurants, des personnages auxquels le romancier donne des noms qui ne sont pas très fictifs: le vinaigrier Michel Chartrand, « Robert le vidangeur, qu'on appelait Boue-Boue», le jésuite Pierre-Ëlie Trudeau, Jean Drapeau le coureur des bois et même \u2014 dur coup pour ma vanité \u2014 le Père Reginald Martel.Autant de sourires qui échapperont aux Français de France! Et la vie de Baillif se dénoue dans la troisième partie, en quelques pages.Il disparait, confiant qu'un biographe du XXe siècle saura bien se débrouiller avec cela aussi.Un mot de la narration, astucieusement partagée entre le narrateur en titre et Claude Baillif lui-même; du ton apparemment très juste de dialogues qui ont lieu il y a plus de trois siècles; de l'utilisation, mais sans abus, d'un lexique professionnel sans lequel il eût été bien difficile de parler vraiment d'architecture.Quant au style, une citation le décrit fort bien, même si c'est d'architecture qu'il est question : «Si tu ne peux rien emsvr.r ni rien ajouter, c'est fini.» Jacques Folch-Ribas.LA CHAIR DE PIERRE, roman.Robert Laffont, Montreal et Paris, 1989.I 'Gilles Marcotte entre la réalité et la fiction JEAN BASILE (collaboration spéciale) i mr écris parce que j'ai cessé «¦P de fumer.» Vrai ou faux?Ça, on ne le saura jamais.Ce que Ton sait, par exemple, c'est qu'il y a quinze ans d'intervalle entre Un voyage, qui est un roman, et La Vie réelle1, un recueil d'«histoires», qui vient de paraître.Gilles Marcotte n'est pas un écrivain pressé par le temps, qu'il fume ou qu'il ne fume plus.C'est même «un écrivain timide» selon lui.Entre temps, c'est vrai, il y a bien des choses: des cours de littérature à l'Université de Montréal, des essais, des critiques dans les magazines et les revues et un passé de journaliste puisqu'il a travaillé au Devoir et à La Presse avant de faire le saut universitaire.Un nouvel essai repose sur le chantier dont le sujet sera Lautréamont et Réjean Ducharme.En fait, depuis plus de quarante ans maintenant, Gilles Marcotte est une des voix autorisées de la littérature québécoise.Qu'en est-il de sa propre littérature de fiction?«J'ai toujours eu et j'ai toujours le goût d'écrire des oeuvres d'imagination, précise-t-il aussitôt, mais je suis un écrivain lent.D'ailleurs, je n'écris pas dans le but d'être publié.La publication vient après, éventuellement, lorsque mon travail est fini.La rédaction de La Vie réelle m'a pris cinq ans.Ce sont des textes courts regroupés en quatre parties qui se répondent de l'une à l'autre en empruntant des tons différents.Leur unité tient à l'atmosphère.\u2014 Votre recueil s'appelle La Vie réelle, pourtant on ne peut pas dire que ce soit des histoires réalistes, si l'on en juge par les personnages, surtout dans la première partie où certains des protagonistes sont des animaux! PHOTO RENE PICARD, U PrefS» I Ne touchez pas à Tintin A lire en pace k 2 B 'fk I Des livres que l'on raconte Gilles Marcotte.\u2014 Dans mes premiers roma j'attachais une grande importance a la logique des événements et à la psychologie des personnages.Maintenant, cela n'a plus d'importance pour moi.Je ne donne plus d'explication, j'écris.Le titre de mon recueil est donc un paradoxe.La «vie réelle» n'est pas forcément réaliste bien qu'elle soit vraie au sens strict du terme, comme le rêve dont on ne peut pas dire s'il existe ou non.11 en va de même pour le fantastique qui vit secrètement en nous.» suite a la pace k2 A lire en pace k 6 '} DES LIVRES La saison (2) REGINALD MARTEL Les choses vont ainsi : une maison, pour un temps, parait drainer ce qui se fait de plus vivant dans la littérature québécoise.Ensuite, et c'est presque systématique, la maison grandit vite et la littérature y perd la première place, au profit de l'édition générale, plus rentable.La maison a la mode, ces temps-ci, c'est Boréal, pourtant déchirée récemment par le départ d'Antoine Del Bus-so.La rentrée nous apporte deux livres de Gilles Marcotte, bien connu comme critique et qui a aussi tâté du roman, avec un moindre bonheur.Des nouvelles, la Vie réelle, et un essai sur Rimbaud.De Madeleine Ferron, dont on n'oubliera pas le précédent recueil, Un singulier amour, douze histoires réunies sous le titre le Grand Théâtre \u2014 de la vie, bien sûr.De Pierre Morency, aussi savant que poète mais qui ne prétend pas au premier titre, /'Qei7 américain, oeuvre issue de l'extraordinaire série radlophonique du même nom.Raymond Plante, on le sait, a transporté sa passion pour la littérature de jeunesse de Québec/Amérique au Boréal.Il y crée deux*nouvelles collections, Boréal/Junior et Boréal/Inter.Dans la première, un ouvrage de François Gravel (oui oui, celui de Bs-nito et de l'Effet Summer-hill), un autre de Philippe Chau-veau (oui oui, le complice de François Benoît dans l'Acceptation globale).Dans la deuxième, un premier roman de Roger Pou-part et un ixieme de Plante lui-même, qui raconte un avatar du Dernier des raisins, puisque le Raisin devient banane.Du côté des essais, une nouvelle édition de l'Histoire du Québec contemporain du trio Desrochers-Robert-Ricard ; une exploration de Réjean Beaudoin sur la Naissance d'une littérature, la nôtre.Et parmi les hors-d'oeuvre, les amusantes dictées de Jean-Christian Pleau, déjà recensées dans ces pages.Ajoutons que Boréal mise beaucoup sur le premier roman de Marie Laberge, à paraître en novembre.Aux Éditions des Herbes rouges, l'information diffusée est plus mince, il y aura des récits de France Théoret, l'Homme qui Ceignait Staline, du théâtre de éo Spychalski et de Pol Pelletier et, dans la collection Typo, des oeuvres d'André Roy, Berthelot Brunet et Jean Hamelin.La revue du même nom annonce un nouveau Christian Mistral (ce.gar- 8on est partout) et, d'André eaudet, les Interventions du parlogue 3.À L'Hexagone, le dernier roman de Pauline Harvey, Pitié pour les salaudsj déjà en vente, des Lettres à Ephrem de Raymond Lévesque.un premier roman de Denise Boucher, les Crapauds, et dans la collection Fictions, Miljours, de Julie Stanton.Autres auteurs de la saison : Alphonse Piché, Gilbert Choquette, Jean Royer, Pierre Perrault, Paul Zumthor, Paul Chamberland, Jacques Renaud, Gemma Tremblay, Reginald Boisvert, Yves Préfontaine et Lucien Francoeur, ce dernier proposant son anthologie de la poésie québécoise de 1968à 1978.Trois essais à signaler aux Éditions du Remue-ménage, en plus de l'Agenda des femmes 1990 qui soulignera le 50e anniversaire du droit de vote des Québécoises.Sous la direction de Louise Lafortune, Quelles diff&-rencss^ \u2014Les femmes et l'enseignement des mathématiques; de Diane Lamoureux, Citoyennes?Femmes, droit de vote et démocratie; et de Simonne Monet-Chartrand, Femmes en mouvement, une anthologie des débats publics à propos des droits des femmes québécoises.En pl.us de deux romans, les jeunes Éditions du Pélican proposent deux essais.Une Histoire militaire de la ville de Québec, par Gérard Filteau, et la Croix et le Scalpel, de François Rousseau, premier tome ( 1639-1892) d'une histoire des Augustines et de l'Hôtel-Dieu de Québec.g Te pense donc je Ils \u2014-c\u2014'-î-1-\u2014-r\u2014 1Érilfli>ilf^0211-2RG).Minicritiques SCHUBERT Symphonies no S, en si bémol majeur, D.485.et no 6, en do majeur, 0.589 Orchestra of St.Luke s.dir.Julius Rudel I Mu-sicmasters.compact.MMD60163H; ?33t.et cassette).¦ Premier disque d'une intégrale Schubert de l'ancien chef du New York City Opera et cet orchestre de chambre newyorkais créé en 1979.Rudel laisse parler Schubert dans sa plus attachante simplicité.La «nouveauté» est ailleurs: le nombre restreint de cordes clarifie les lignes et donne du relief aux bois; l'absence de réverbération souligne cette intimité; enfin, l'exécution de toutes les reprises sans exception (et on en compte ici 21!) confère au discours un charme irresistible.POUlfNC: Gloria 11960»; Statut Mite, (19501.Kathleen Battle, soprano, Choeur di Festival de Tanglewood et Orchestre Sym-phonique de Boston, dir.Seiji Ozawa ( Deutsche Grammophon, compact, 427304-2; * cassette).¦ Un enregistrement insatisfaisant à tous les niveaux: petite voix d'opérette et style affecté chez le soprano, absence d'inspiration chez le chef, distorsion dans les tutti choraux et orches- traux, prise de son métallique.Vraiment, ce jour-là.SATIE ; Trois Gymncpedies.Six Gnossiennes.Sports et Divertissements, embryons disse ehés.etc.Anne Oueffelec, pianiste ivirgir Classics, compact.VC90754-2; + 33-1.et cas sette).¦ Un menu copieux: 53 petites pièces, 76 minutes.La moitié durent moins d'une minute.Les pièces qui exigent charme, délicatesse et naïveté en reçoivent le maximum.Mais celles qui se veulent des plaisanteries sont abordée* avec un sérieux.Belle sonorité du piano, un peu réverbérée.C0PLAN0: Suite du ballet Appalachiar Spring; Short Symphonr.Three latin Ameri can Sketches: Quiet City.Orpheus Chamber Orchestra I Deutsche Grammophon.compact 427 335-2; ?cassette I.¦ Un programme assez représentatif de ce compositeur américain né avec le siècle et qui, à travers de nombreux emprunts (folklore, jazz, ostinatos stravinskiens), réussit à affirmer une certaine personnalité.Exécution et prise de son font bien ressortir ce que cette musique contient de fraîcheur, de tendresse et d'humour.ALAIN MUNIT collaboration spéciale Alain Bashung est un cas.Pilier du nouveau rock français, il a déjà été un visiteur /; privilégié du pal-§ Jfj mares parisien.Cette fois-ci, ce ne sera pas le cas.Mais attention à Novice, car voilà tout un cas: une des meilleures productions sur disque que la francophonie a générée en cette décennie.Charrié?l'ai fait mon petit sondage chez bien des connaisseurs de différents milieux, je ne prend pas ça tout seul sur mon dos, car ce disque n'est pas évident pour les vendeurs de plastique.Une des meilleures productions, certes, mais pas évidente à digérer.On imagine une consommation plus sélecte, pas un succès de masse potentiel.Et pis après?Bashung a fait les choses en grande, invitant de très grosses pointures britanniques à se joindre à son équipe.Ainsi donc, Colin Newman (fondateur de Wire, un des plus importants groupes anglais à s'être imposés à la fin des années soixante dix, aux côtés de loy Division, The Cure, etc.) a réalisé la majorité des arrangements, sans compter l'inconnu claviériste Vie Emerson (le petit neveu de l'autre?) qui a fait le reste du travail.Et que dire de la participation de Phll Manzanera (ex-Roxy Music), qui a insisté pour faire quelques pistes de claviers sur Novice.Tout est concluant, je vous dis.Cet équipage a produit un emballage des plus matures, qui ne peut être compare à tout ce qui s'est fait iusqu à maintenant dans le rock français.Le concept est homogène, les textures orchestrales produisent un effet inédit, les synthétiseurs sont de la plus haute subtilité, les guitares de tout acabit et les rythmes carrés.Tout Si se mêle parfaitement aux in-exions de Bashung, la finesse de cette esthétique est le produit d'une décennie de post-punk européen.Notre homme n'est pas un grand poète.Depuis longtemps associé au parolier Boris Bergman, Bashung a fondé un tandem expert dans la phonétique rockeuse, dans le futé calembour.L'équipe peut parfois réussir de beaux textes, mais il ne s'agit point de fine moelle poétique.On dira même qu'il y a parfois suren- -chère de mots utilitaires dans les Bashung brille dans les ténèbres pensées d'Alain (.).Ses textes sont psalmodiés, tels des bribes de pensée qui se succèdent sans logique prédéterminée, ses slogans sont énumérés comme des onomatopées au service de la musique.Les états psychiques de Bashung donnent dans le monde de l'étrange, sa déprime apparente peut toutefois être savamment ruminée; ces histoires de passions inassouvies, ces envolées nocturnes vers un monde quelque peu schyzolde, ces arides réflexions sur la femme insaisissable, tout ça est gris, très foncé.Un peu comme lan Curtis, Peter Murphy, Robert Smith, Morrissey et autres scribes de la brume british.De l'autre côté de la manche, Bashung est phosphorescent dans la pénombre.Marché d'ici?Il faut le dire, notre homme a fait plusieurs dis- ques qui n'ont atteint que de petites sphères branchées en Amérique francophone, contrairement aux tubes importants qu'il a pondus pour l'Europe \u2014 Caby, L'arrivée du tour, pour n'en nommer que quelques-uns.Depuis peu, CkMF fait tourner Novice en rotation légère, c'est tout pour l'instant.Or voilà, l'artiste a bien assez de fric pour vivre confortablement et faire ses expériences de labo.En agissant ainsi, Bashung peut paraître prétentieux, braillard, torturé, à la limite psychotique, mais ses détracteurs jamais nier son audace.Créateur d'outre-tombe, sempiternel downer.Peut-être.mais lorsque ces états sonores sont ainsi livrés, il faut faire attention au rejet facile.A défaut de radiodiffusion, demandez à votre disquaire de vous faire jouer quelques extraits de Novice.que voulez-vous.Ici, on se nourrit prioritairement de pop bien dodue.Le rock nord-américain roule dans une grosse Chrysler, le rock britannique se promène dans une bagnole plus compacte, et on a longtemps pensé que le rock français vacillait en Mobylette.Avec Bashung entre autres, il peut piloter un véhicule européen de premier plan.Avec Novice, ce véhicule brille dans tes ténèbres Novice.Bashung.Barclay 339-246-2 ?cassette ?virtyte Joe cocker, ordinaire ¦ Depuis son retour avec le su-! perbe microsillon l?ubylee(avec.la section rythmique jamaïcaine -formée par Sly Dunbar et Robbie! Shakespeare), Cocker ne nous a pas surpris.\u2022 Les chansons de One Night Of' Sin sont enlisées dans un très rustique premier degré, dans le genre / will live for you ou je ne sais quelconque «je t'aime à mourir».Ah! ces nuits de péché} - \u2022, - Le style de production est tout' à fait retardataire et rappelle le bon vieux temps, avec l'orgue, la section de vents et tout et tout.Un peu de corporate rock-pour polir le tout, et voilà le travail.Mais voilà, le bon vieux temps est disponible sur disque compact.Bien sûr, il y a de l'émotion là-dessous.Cocker met à nu ce qui lui reste de foie, pour vous dire que ses tripes sont toujours à découvert.Mais nous sommes en 89 et un dinosaure doit aussi se renouveler et choisir un producteur qui respecte à la fois le passé d'un personnage et ce qui le fait bien vieillir.En ce sens, Charlie.Midnight n'a pas rempli son mandat.Cocker non plus.À noter en passant, la présence de Bryan Adams à la guitare sur une des chansons.ONE NIGHT OF SIN, Joe Cocker.C4-92861 + vinyle + disque compact - '.- Vidéocassettes Trois pommes à côté du sommeil : /'homme râpai Hé de Jacques Leduc LUC PERREAULT A40 ans passés, (acques Leduc vient de livrer avec Trois pommes à côté du sommeil la somme de ses expériences vécues à la fois comme homme et comme cinéaste.Dans ce film où se projettent les rêves et les désillusions de la génération des 40 ans, Leduc a réussi à trouver le ton juste pour parler de ce vécu haïssable entre tous, celui du moi.Cet homme, on ne connaîtra pas même son prénom mais on le verra vivre pendant une journée d'hiver à la manière d'un nomade, dormant dans le bureau d'un ami, promenant dans sa voiture le peu de biens qu'il lui reste et ressassant de vieux souvenirs.Parmi ces derniers, insistants, ceux des trois ou quatre femmes qui ont compté dans sa vie.Mais aussi les projets politiques et d'autres plus personnels, tous avortés.Homme insaississable.toujours en fuite, il prendra quand même le temps, la nuit tombée, de revoir de vieux amis, le temps de feter avec eux ses 40 ans.La grande qualité du film de Leduc est incontestablement la maturité dont il fait preuve pour parler sur un ton à la fois désabusé et sensible de ce que fut sa génération.Le scénario, écrit en collaboration avec Michel Lan-glois, utilise la technique du collage avec un certain bonheur.On découvre à la fin l'unité de toutes ces petites pièces de puzzle.La trame musicale, signée René Lus-sier et Jean Derome, est remarquable.A noter également l'audace de la distribution qui, outre Normand Chouinard criant de vérité et les comédiennes qui lui donnent la réplique avec assurance, fait appel à Hubert Reeves roulant violemment ses « r » ainsi qu'à France Castel, une des révélations du film.»?TROIS POMMES A COTE DU SOMMEIL de Jacques leduc.Quebec.1989.Int.: Normand Chouinard.Paule Baillargeon, Paule Marier Josée Chaboillei.Hubert Reeves, France Castel Couleur Hi-fi mono.1h31.Malo ViiJeo Vf K.':» Iyivi i kAN(,.AI'¦>I: fugue de imilien lick is fugue de Maxlmlllen Gllck Un appel à la tolérance ¦ Un adolescent juif de 13 ans dans une petite ville des Prairies.A la veille de sa bar mitzvah qui marque le passage de l'enfance à la vie adulte, il doit apprendre à s'affirmer face à une famille qui l'écoute peu.Ses talents lui valent d'être choisi pour un duo de piano avec une fille de son âge.Mais jouer avec une non-juive : jamais sa famille ne l'accepterait.Heureusement que le nouveau rabbin, un homme drôle et compré-hensif, va lui faciliter les choses.Ce film tout au plus gentil est sauvé de la médiocrité par la performance de Saul Rubinek dans le rôle du rabbin.Il parvient à mettre un peu de vie dans cette histoire stéréotypée.On sent longtemps à l'avance venir le message, un appel à la tolérance chez des personnes de religions différentes.v ++ LA FUGUE DE MAXIMILIEN GUCK (V.f.de The Outside Chance of Maximilian Click), de Allan A.Goldstein.Canada, 1988.int.: Saul Rubinek.Jan Rubes, Fairuza Balk.Moam Zyl-berman.Couleur.Hi-fi mono.1 h31.MCA/Alliance Vivafilm Video.passion meurtrière Un modèle de biographie ¦ Le 9 août 1967, le dramaturge anglais loe Orton était assassiné à coups de marteau par son compagnon de vie Kenneth Halliwell, lequel ensuite se suicida en avalant une bouteille de somnifères.Après cette brutale entrée en matière, le film effectué un retour arrière pour raconter l'histoire de ce couple.La recherche du biographe d'Orton, John Lahr, servira de fil d'Ariane.Le film évoque leur première rencontre, la décision du jeune Orton ( 18 ans) d'al- ler vivre avec cet homosexuel de 25 ans, et leur projet commun d'écrire des romans.Tandis qu'Halliwell initiera Orton à 1 écriture, ce dernier lui apprendra comment draguer dans les toilettes publiques.Ils partageront le même appartement pendant 16 ans.Seule interruption : leurs six mois de prison pour avoir endommagé les livres d une bibliothèque.C'est en prison qu'Orton écrira seul son premier texte, une dramatique pour la radio.A mesure qu'il connaît la gloire, son compagnon, de plus en plus jaloux, chauve et aigri, va sombrer dans la neurasthénie.Raconté par Stephen Frears, le metteur en scène britannique le plus in de l'heure, ce récit n'a rien d'ennuyeux.Frears souligne ce que pouvait avoir de scabreux l'homosexualité à l'époque des Beatles.Mais il s'attache également à décrire le quotidien du couple et sa lente dégradation qui aboutira à la tragédie finale.Un modèle de biographie.*** PASSION MEURTRIERE (v.f de Prick Up Your Ears), de Stephen Frears.G -a., 1987.Int.: Gary Oldman.Alfred Molina, Vanessa Redgrave, Wallace Shawn.Couleur.Hi-fi mono.1h«8.Malo video.Mois qui est Horry Crumb?Un gros privé pas très subtil ¦ Dernier descendant d'une lignée célèbre de détectives privés, Harry Crumb croupit dans une lointaine succursale de l'agence familiale.Rappelé d'urgence à la maison-mère, il se voit confier l'affaire du kidnaping de la fille d'un multi-millionnaire.Imbu de sa supériorité.Crumb est en fait un incapable qui se lance dans cette histoire avec la même inconscience qu'un éléphant dans un magasin de porcelaines.En cumulant les bourdes et les déguisements, il va pourtant aboutir à des résultats surprenants.Cette comédie pas très subtile semble avoir été taillée sur mesu- re pour John Candy, un acteur jusqu'à présent cantonné dans les rôles de faire-valoir.Son personnage se situe dans la lignée de l'inspecteur Clouseau et de la célèbre série des Pink Panthers.Mais Candy est loin d'avoir la finesse de Peter Sellers.D'abord sa taille le condamne à jouer gros.LE PALMARES * (9) (2) (4) (-) (3) d) 1.Rain Man vo/vf 2.L'agent fait la farce (The Naked Qun) 3.Tequila Sunrise vo/vf 4.Les banlieusards (The Burba) 5.Twlns/Jumeaux 6.Lo Mississippi brûle (Mississippi Burning) 7.Bill and Ted Excellent Adventure* vo/vf (\u2022) 8.Mais qui est Harry Crumb ?(Who's Harry Crumb?) (-) 9.Futur immédiat (Alien Nation) (\u2022) 10.Entre deux plages (Beaches) (8) * Cette liste est établie avec la collaboration du Club international video film.Le classement précèdent est indique entre parentheses.Son jeu n'a guère l'occasion de donner dans les nuances.Restent les gags, quelquefois hilarants, qui parsèment un canevas pas spécialement imaginatif.Il est toutefois curieux de retrouver le même gag du piranha qu'on pouvait voir dans The Naked Gun.Qui a volé qui ?*+ MAIS OUI EST HARRY CRUMB ?(v.f.de Who's Harry Crumb ?).de Paul Flaherty.É.-U., 1989.Int.: John Candy.Jeffrey Jones, Annie Potts.Tim Thomerson, Barry Corbin.Shawnee Smith.Couleur.Hi-fi mono.1h3l.RCA-Columbia Pictures Home Video.Nos cotes * Moche.Inutile de se déplacer au vidêoclub.* Potable.Emprunter la copie a la rigueur.** Intéressant.Mais pas sans défauts.+* * Remarquab'e.Se laisse voir avec plaisir.* * * ?Extraordinaire.A louer sans réserve.LES NOUVEAUTES action Counterforce Cybqrg Pow Wow Highway aventure et action Dangereuse association La proie nue comédie Bachelor Girl Esclaves de New York vo/vf Funny Farm vl Hot to trot vf Out Cold document Au pays du tigre La forêt tropicale La guerre des rhinos L'ours polaire Les requins Les secrets du Titanic drame L'amour à quatre temps Beauty and the Beast 2 Cocoon 2, le retour enfant/famille Undercover Gang guerre Farewell to the King horreur Edge of Sanity musical Sing science-fiction Bébé Plutonium sport Summer Slam 89 thriller Duel de tueurs Passeport pour une nuit blanche Rooftops To Kill A Priest/Le complot NOS choix.I T LA PRESSE, MONTREAL, SAMED116 SEPTEMBRE 1989 K5 Qui donc se préoccupe de la Planète Amazone?CLAUDE PICHER a destruction de la forêt amazonienne est devenue un sujet de préoccupation majeur.des pays industralises.Partout, aux États-Unis, en Europe, les biens pensants s'émeuvent, publient des chiffres effarants, tentent d'alerter- l'opinion.Le chanteur Sting eo;a fait une cause personnelle.-Ces faits sont* à n'en pas douter; monstrueux.La vaste région de.l'Amazonie, qui couvre les deux-tiers du Brésil, un pays presque aussi grand que le Canada, est demeurée à peu près vierge jusqu'à ces toutes dernières années.Le gouvernement brésilien a décidé d'ouvrir cette «nouvelle frontière».C'est par centaines de milliers que des colons, vomis par les dépotoirs de misère de la cote, affluent dans la région par les nouvelles routes qui quadrillent le territoire.Des forêts sont brûlées pour faire place à des pâturages qui deviendront des déserts trois ans plus tard.Les Indiens, considérés comme une nuisance, sont impitoyablement refoulés quand ils ne sont pas bêtement massacrés.Les rares défenseurs brésiliens de l'Amazonie disparaissent mystérieusement.La malaria fait des ravages.Les problèmes sociaux gonflent à vue d'oeil.C'est toute cette tragédie que racontent les journalistes français Gilles Bouleau et François Pe-Jion.dans Planète Amazone, un très beau livre que viennent de publier les Éditions TF1.C'est d'ailleurs un reportage pour le compte de TF1 qui est à l'origine du livre.La folle épopée du caoutchouc On y retrace l'histoire de l'Amazonie, de ses premiers habitants, de la folle épopée du caoutchouc qui a donné naissance à une ville aussi curieuse que Ma-naus, isolée en pleine jungle avec son opéra baroque et ses édifices construits par Gustave Eiffel (le père de la Tour).On y relate aussi une histoire plus récente et infiniment plus triste :1e désastreux fiasco du mégaprojet forestier du milliardaire californien Daniel Ludwig, le sordide assassinat de Chlco Mendès, le plus fascinant des défenseurs de la forêt amazonienne.Le texte commence dans le style capiteux qu'affectionnent (on se demande bien pourquoi) les éditeurs français de livres documentaires.Mais rapidement, le récit vivant de journalistes passionnés par leur sujet prend le dessus.La phrase devient souple, alerte.Planète Amazone est un li- vre qui se lit bien.Le corps du texte est accompagné de nombreux encadrés anecdotiques et de repères chronologiques.Des photos d'une qualité exceptionnelle, dignes du National Geographic, rehaussent le tout.Un document partial et partiel Les auteurs sont revenus d'Amazonie profondément engagés, fis nous présentent donc un document partial et partiel, dont le produit des ventes ira en partie a la fondation pour la forêt vierge créée par Sting et le Français lean-Pierre Dutilleux, un autre défenseur de l'Amazonie.Nulle part, dans le livre, il n'est question de présenter le point de vue du gouvernement brésilien.Celui-ci est pourtant intéressant, parce qu'il constitue une terrible accusation à l'égard des pays riches.Le Brésil est égorgé: une m uim: pu» ia«iuu-no* in KRH.ri l'IB HM'HN.E « MTU ET-1CA.V4L.UPC l«UU' monstrueuse dette extérieure qui frise les $120 milliards US, une inflation qui joue dans les mille pour cent, du chômage, de la mi- sère à tous les coins de rue.« Nous avons besoin d'argent et nous le prenons là où nous le pouvons», dit en substance Brasilia aux pays riches.« Vous voulez sauver l'Amazonie?Eh! Bien, laissez-nous respirer un peu.Ce qui arrive n'est pas notre faute, c'est la vôtre!» C'est dans cette optique qu'il faut lire ce livre, qui contient pas ailleurs un grave défaut.Comme seul élément cartographique, on se contente de reproduire une mauvaise carte unihngue anglaise du continent sud-américain, couvrant de l'Antarctique aux États-Unis.Pour un ouvrage centré sur l'Amazonie, faut le faire! S'il y a réédition, cette radinerie inexcusable (par rapport au reste de l'ouvrage) devra être corrigée par la publication de cartes mieux faites et plus détaillées.PLANETE AMAZONE.I5SS S5 5 rédaction de TF1 sous la direction de Michèle Cotta et Jean-Claude Paris.0ALERBES D'ART EXPOSITION EXPOSITION PEINTURES DE PROVENCE de Helmut Gransow,RCA.se continue jusqu'au 1er octobre G A LER IE B E R N A R1 ) 4) ES R ( 0:11 ES 1444.Kl't SHERBROOKE OUEST.MONTREAL QUE.MIC 1 K4 TEL !r.l-J) 8IJ-HM8 J2oartier& c/& Jfîontréal Scènes de la rue du 20 au 30 septembre Vernissage le mercredi 20 septembre à 19 heures GALERIE RELAIS DES ÉPOQUES 92, Sherbrooke ouest, suite 101, Montréal 843-7125 9
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