La presse, 1 mai 1988, B. Sciences et techniques
[" D D Sciences ipeçhniqiies \"La liberie est la fin et le but de l'autorité sans laquelle elle ne saurait subsister.' ' John Wmlhrop UKAUX COMMERCIAUX, INDUSTRIELS ET DE BUREAU DANS TOUT U CANADA fi,&4ï* ^A«k '737-3344 \u2022 LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 1er MAI 19B8 collaboration spéciale Agence Science-Presse n visage en-cadré de cheveux gris bien coupés, des yeux vifs qui ray-onnent d'intelli-gence, une voix chaleureuse et familière: Fernand Seguin.Une tête toute ronde, des cheveux noirs et frisés, des traits asiati-ques immanquables, une pointe d'humour perpétuellement ca-chée dans le plissement des yeux: David Suzuki.L'un a animé tant d'émis-sions de vulgarisation scientifi-que dans les trente dernières années, à la radio et à la télévi-sion, qu'il est devenu une légen-de: l'homme qui a éveillé deux ou trois générations de Québé-cois à la science vivante et con-viviale, loin des bancs de l'éco-le.Aujourd'hui à la semi-retrai-te, il réfléchit à l'évolution de notre société; il a récemment publié un beau livre au titre frappant, La bombe et l'orchi-dée.L'autre est un activiste de l'information, sautant dans des avions, de Toronto à Vancou-ver, en passant par le Japon et Fernand Seguin l'Inde.On le lit et on l'entend partout au Canada anglais et il vient de publier une biographie au titre symbolique de Meta-morphosis.Chaque semaine de-puis bientôt douze ans, il anime une émission en prime time à CBC, The Nature of Things, et entraine près d'un million et demi de Canadiens à la décou-verte du monde, de ses richesses naturelles, et aussi dans le silla-ge des nouvelles technologies.On n'ose les comparer, tant ils semblent différents.Ou bien est-ce parce l'un s'exprime en français, et l'autre en anglais, dans un domaine qui joue enco-re ce vieil air canadien des deux solitudes?Pourtant, par le for-midable impact de leur travail de vulgarisation scientifique de-puis une vingtaine d'années, ils n'ont pas d'équivalent à l'étran-ger.Des éveilleurs de conscience Bien sûr, on peut penser à Cari Sagan ou à Isaac Asimov aux États-Unis, au professeur I Bronovsky ou à Arthur Clarke ] en Grande-Bretagne, ou encore à François de Closets en France, j tous ces «grands noms» de l'in-formation ont fait un impres-sionnant travail, mais y en a-t-il qui ont eu un impact aussi re-marquable sur leur société que nos deux vulgarisateurs?|e sais que ces choses sont dif-ficilement comparables et qu'on va me répondre: en ne mesure pas ce genre d'impact.Mais je soumets humblement l'opinion que, grace à la grande qualité de leur travail, grâce à leur constance, Seguin et Suzu-ki exercent à eux seuls une in-fluence réelle sur la façon dont le public canadien voit la scien-ce et son développement au Ca-nada.Mieux que quiconque, ils ont contribué à rendre la scien-ce accessible, à la rendre inté-ressante \u2014 nous qui gardons souvent un souvenir un peu traumatisant de nos cours de science de l'école \u2014 et surtout à nous alerter sur ses conséquen-ces sociales.Quand on y regarde de près, on est en effet frappé cîe la simi-litude de leur action et de leur message.Voici deux scientifi-ques qui avaient, chacun de con côté, commencé une remarqua-ble carrière en recherche, niais qui ont bifurqué vers la vulgari-sation, et qui se veulent plus que aes informateurs, des «éveilleurs de conscience».Des gens qui aiment éveiller le sens critique de leur public.Poser des questions à la science, et se poser tout haut des questions sur les limites de la science, plu-tôt que prendre pour acquis que la science apporte automatique-ment le progrès social.À une époque où domine le «tout le monde il est beau, tout le mon-de il est gentil» en sciencs et en technologie, leur approche est pour le moins rafraîchissante.Souvent critiques, ils ne sont pas pour autant incapables de s'enthousiasmer ou de faire sen-tir le profond sens de l'aventure qui anime la science et ses ac-teurs.Des causes à défendre Tous deux n'ont pas hésité à s'engager publiquement sur des questions qui leur tenaient à coeur.Par exemple, Fernand Seguin a plaidé pour une socié-té ouverte, qui accueille les im-migrants et qui ne met pas à l'écart les handicapés.David Suzuki, lui, a milité pour la re-connaissance des droits des Noirs et des Amérindiens.Très jeune, entre 1942 et 1945.il a subi l'humiliation terrible infli-gée à tous les Canado-faponais: l'internement dans des camps au fond de la Colombie-Britan-nique, sous la Loi des mesures de guerre.Seguin et Suzuki ont eu tous les deux des mots assez durs en- David Suzuki vers les administrateurs de la science au Canada, et surtout envers les hommes politiques.Pour sa part, David Suzuki re-vient souvent sur ce point.Dans son style direct et souriant, il ne rate pas une occasion de dénon-cer ce qu'il appelle «l'inculture profonde de la classe politique dirigeante».«Nous sommes di-rigés par des illettrés scientifi-ques», se plait-il à lancer.Ce genre d'engagement ne va pas sans risques.Ni l'un ni l'autre n'est très populaire par-mi les politiciens, ni auprès de l'establishment scientifique.Et, pour une large fraction du pu-blic, ils demeurent malgré tout des professeurs un peu céré-braux.Aussi, on leur reproche de faire un peu trop souvent de la morale \u2014 et il est curieux que tous deux soient l'objet de cette critique, qu'on n'applique généralement pas à des gens comme Cari Sagan ou Isaac Asi-mov.Les leaders d'une solide tradition Bien entendu, ils n'oeuvrent pas seuls, ni dans un vacuum.Il existe une solide tradition de vulgarisation scientifique chez les anglophones des autres pro-vinces, axée surtout sur les sciences naturelles.Et cette tra-dition est peut-être encore plus forte au Québec: cela remonte à la première revue de populari-sation au siècle dernier, en pas-sant par le Frère Marie-Viclo-rin, les cercles des leunes natu-ralistes.Radio Collège, jusqu'aux Petits débrouillards, aux musées et aux multiples ex-périences d'animation en loisir scientifique.Mais la force de '_e milieu de la vulgarisation tient en grande partie à des individus, ici com-me ailleurs.Et si le Canada n'a eu que quatre prix Nobel dans toute son .histoire, il est remar-quable qu'il soit le seul pays au monde où ait été attribué deux lois le prix Kalinga de l'Unesco dans les quinze dernières an-nées.Ce prix prestigieux, mais peu connu, recompense «une personne qui a contribué de fa-con exceptionnelle à la compré-hension de la science et de ses enjeux en société».C'est une sorte de Nobel de la vulgarisa-lion.Fernand Seguin l'a reç\" en 1977.I978, Dtvid Suzuk.en 1986.\u2022 Is travaillent U fort, les physi-ciens, les mathé-maticiens, les in-formaticiens, les ingénieurs et les médecins attachés à la préparation de la station orbitale prévue pour 1994.Avec sa modeste participa-tion de 3 p.cent et de $1,3 mil-liard, le Canada est chargé de fa-briquer une sorte de station-servi-ce dotée de bras télémanipulateurs, pour saisir une navette, l'amarrer, la mani-puler, etc.Mais dans cette petite station en orbite à 500 kilomètres d'alti-tude, tout est à repenser: com-ment se comportent les circuits intégrés et les molécules dans les conditions de micro-gravité?Plus encore, comment réagira le «staff», d'environ huit personnes, physiquement et moralement?Ce n'est pas le scorbut qui les guette dans ce nouveau monde, mais plutôt la décalcification.Au Québec, une poignée de chercheurs ont commencé à dé-fricher les premiers arpents de la médecine de l'espace, de l'électro-nique de l'espace et de la chimie de l'espace.Ils se retrouveront à un colloque qui se tiendra à Montréal les 11 et 12 mai sous les auspices du CAMAQ, Centre d'adaptation de la main-d'oeuvre aérospatiale au Québec.Cet orga-nisme a pour mandat d'accroître les infrastructures de formation universitaire des futurs travail-leurs de l'aéronautique et de l'es-, pace.C'est là CAMAQ qui a incité rÉço.lç'.Polytechnique.et Spar Aé-, | rospàtialé à proposer un tours éh «ingénierie spatiale», qui se don-ne depuis deux ans déjà, et qui ac-cueille 15 étudiants par année en-viron, au premier gradejunivérsi-taire.«Notre cours atteint les plus haut standards internationaux, affirme M.Ion Paraschivoiu, un des professeurs titulaires.Sur quatre finissants qui se sont pré-sentés au concours de l'Universi-té de Princeton, qui regroupe tous les étudiants du Nord-Est de l'Amérique, trois ont gagné des prix.» Outre sa participation au projet de station orbitale de 1994, le Ca-nada est aussi membre de l'Agen-ce spatiale européenne, pour la-quelle il est chargé de retransmet-tre et de traiter les données émises par les satellites.Mandatée par le gouvernement canadien.Spa Aérospatiale de Toronto est devenue le maitre-d'oeuvre du projet de station or-bitale.L'essentiel des activités de Spar se déroule cependant sur-tout dans les stations de télécom-munication terrestre, et aussi dans la télédétection.La fabrica- Le Dr Gilles Saintonge et le four de fvlPB Technologies.tion de bras télémanipulateurs dans l'espace n'occupe encore qu'une faible proportion de ses effectifs.Spar est secondée par quelques autres compagnies, parmi les-quelles CAE Électronique figure en tête de liste.Mais ici et ià, quelques PME font leurs pre-mièresl-armes .en technologie de l'espace.C'est la cas de MPB Technologies,, située à Dorval.La jeune firme fabrique un four en-tièrement automatisé, capable de maintenir, à 500 kilomètres de la terre, une température entre 200 et 1200 degrés centigrades.i Ouand les objets ne tombent plus La gravité, un phénomène iné-luctable sur terre, ne fait prati-quement pas ressentir ses effets à l'extérieur de l'atmosphère ter-restre.Il en découle certains avantages .dans le domaine de la purification des métaux, bu des protéines.En effet, la gravité est directement reliée à l'effet de convection, celui-là même qui crée des courants dans la soupe chauffant le poêle.Le même phénomène vaut pour les gaz: l'air chaud monte et l'air froid descend, le premier étant plus léger que le second.Mais en l'absence de gravité, on oublie tout ce qui est relié au poids: la convection devient insi-gnifiante: on ne peut pas compter sur elle pour brasser la soupe.Dans la fabrication de puces plique le Dr Gilles Saintonge, chercheur senior chez MPB.Un autre des défis techniques majeurs, c'est l'absence d'air ou d'eau pour dissiper la chaleur.Comment imaginer un radiateur qui va transmettre l'excès de cha-leur à un autre corps?jusqu'à maintenant, on dissipe l'excès de chaleur du four au sommet de ce dernier, dans une épaisse plaque métallique.Le four fonctionne à une température supérieure à 200 degrés centigrades, et les pièces électroniques situées à son som-met ne fonctionnent plus au des-sus de 70 degrés.Il a fallu prévoir une isolation rigoureuse entre les deux composantes de l'appareil.Le four MPB a des dimensions adaptées au «GAS», ce conteneur spécial que la NASA offre de pla-cer dans la soute de la navette, s'il reste de l'espace.Les compagnies ou les gouvernements qui veulent en bénéficier peuvent acheter une place aller-retour, à $10 000 l'unité.«Notre four peut servir à divers usages, il est assez polyvalent, af-firme le Dr Gilles Saintonge En biochimie, il pourrait permettre de purifier des protéines impossi-bles à purifier sur terre.Une fois la protéine purifiée en cristal, on peut l'étudier en la bombardant de Rayons-X.«On a ainsi caracté-risé une centaine de protéines, explique le Dr Saintonge.Mais il en reste des centaines d'autres, impossibles à cristalliser sur ter-re, que les scientifiques souhai-tent étudier de plus près.» À McCill: la médecine de l'espace AM ous voulons analyser \"R comment le système ner-veux s'adapte à l'espace», affirme le Dr Douglas Watt, de l'unité de recherche médicale aérospatiale de l'Université McGill.L'objectif premier de ce laboratoire consiste a identifier et étudier les problè-mes biologiques rencontrés par l'homme dans un environnement spatial.L'équipe du Dr Watt a mis au point une dizaine d'expériences à cet effet.Celle qui l'occupe ac-tuellement concerne les «otoli-thes», ces tout petits os de l'oreil-le qui nous permettent de sentir la force de gravité ou toute autre forme d'accélération.Très sensi-bles au mouvements d'accéléra-tion, les otolithes sont souvent af-fectés lors d'un traumatisme crâ-nien chez les accidentés ou chez les boxeurs.VOIR À McGILL EN B 4 Le Dr Douglass Watt, attaché à l'appareil, s'apprête à subir un test sur l'effet de l'accélération sur les reflexes, à l'Hôpital Royal Victoria.Il est assisté par Walter Kucherski, ingénieur en mécanique.Agence spatiale : le Canada montera une station-service dotée de bras Mais plusieurs difficultés devront être surmontées avant de pouvoir y loger l'équipage S comme Seguin, Suzuki, Science.JEAN-PIERRE MOCEL Agence Science-Presse Collaboration spéciale CAROIE THIBAUDEAU PHOTO JEAN GOUPIL.La Pressi d'ordinateurs.la convection ne viendra plus perturber le dépôt des molécules d'arsenure de gal-lium en fines couches superpo-sées.La puce de gallium de quali-té est très difficile à obtenir sur terre: des impuretés se mélangent toujours au produit.Cependant, elle exécute les opérations plus rapidement que la puce de sili-cium.Étant donné son coût déjà cievé, il serait justifié de produire la puce de gallium dans l'espace, où elle serait de meilleure qualité.Et que les liquides se mettent en boule Dans l'espace, certaines pro-priétés physiques perdent de leur importance au détriment d'autres qui étaient insignifiantes sur ter-re.La tension superficielle des li-quides, par exemple, permet sur terre aux insectes de patiner à la surface d'un lac.Dans une éprou-vette, c'est la tension superficielle qui donne cette forme incurvée à la surface du liquide.Mais la ior-ce de gravité est drôlement plus importante et contribue à aplatir la surface du liquide.En l'absence de gravité, la ten-sion à la surface du liquide le pousse à adopter le plus petit vo-lume possible: celui d'une sphère.L'eau se soucie peu du verre qui la contient et se ratatine en sphè-re tout simplement.Il devient plus difficile de mouiller des sur-faces.«La solution, c'est de faire des contenants qui entourent complètement le liquide, et ne laissent pas de place au vide», cx- 1 est aujourd'hui le 1er mai, «Fête des travailleurs».Le Québec est en effet un des rares coins du globe à célébrer deux fois les travailleurs.Depuis que le mouvement syndical américain, désireux de se démarquer des «communistes», a décidé de célébrer la «Fête du travail » le premier week-end de septembre, le Québec, au début du 20e siècle, a emboîté le pas'.Encore aujourd'hui, le premier lundi de septembre est jour chômé, afin de rendre hommage à la main-d'oeuvre québécoise.Mais, depuis 1972, sans proclamation officielle, le mouve-ment syndical québécois et les principaux mouvements so-ciaux ont décidé d'emboîter le pas à l'Internationale ouvrière.Pour qui la véritable «Fête des travailleurs» demeure le 1er mai.C'est dans cette optique que le Comité des Affaires sociales de l'Assemblée des évêques du Québec a publié, cette année encore, un message percutant qui mérite des nuances.Le comité episcopal s'élève avec raison contre le texte pré-senté devant l'Assemblée nationale du Québec par le ministre Pierre Paradis en guise de réforme de l'aide sociale.M.Paradis, on le sait, désire réformer le programme d'aide que le gouvernement fournit aux assistés sociaux afin de le réserver qu'à ceux qui, dans son esprit, le méritent.Pour ce faire, il veut forcer ceux qui sont jugés «aptes au travail» à retourner sur le marché du travail, lorsque la chose est possi-ble.Moyennant quoi, on accorderait la parité à tous les assistés sociaux, quel que soit leur âge, et on hausserait même les pres-tations de ceux qui ne sont pas considérés «aptes au travail».La Presse a appuyé ces principes.Malheureusement, les mo-dalités présentées par le ministre dans son projet de loi ne permettent pas ou permettent mal de réaliser ces principes.Notamment, M.Paradis, bien qu'à la fois ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre et de la Sécurité du revenu, n'a présenté aucun programme de création d'emploi pour appuyer sa réfor-me de l'aide sociale.Or à peu près tout le monde, y compris le Conseil du patronat, insiste pour dire qu'on ne peut parler de réinsérer les assistés sociaux sur le marché du travail si on ne crée pas un réservoir d'emplois suffisant.Par ailleurs, comme le note le comité episcopal, on a davan-tage mis l'accent sur le soupçon de malhonnêteté dont se-raient coupables les assistés sociaux, que sur l'amélioration de leur sort.La Presse elle-même avait, dans cette page, parlé il y a un certain temps de «réforme comptable».Il est sans doute vrai qu'un certain nombre d'individus profitent honteusement du système et se font vivre en travaillant illégalement au noir.Mais il n'en demeure pas moins qu'un nombre encore plus con-sidérable de Québécois n'arrivent ni à trouver un emploi conve-nable, ni à joindre économiquement les deux bouts.Mais le comité episcopal exagère lorsqu'il demande au gou-vernement de renoncer à sa réforme.Le projet Paradis ne ré-pond pas aux attentes.La Presse l'a écrit.Il doit donc être refait, de façon à tenir compte des réserves exprimées et être conforme à ses objectifs.Mais le fait que le projet actuel ne mérite pas d'être endossé ne signifie pas que ses principes doi-vent être placés au rancart.Plerr«s VENNAT ait peu connu à l'extérieur des États-Unis, le prési-dent Reagan aura, au cours de son double mandat, apporté des transformations importan-tes à l'esprit et au fonctionne-ment du fédéralisme américain, dans le sens d'une décentralisation des pouvoirs.Le chef de la Maison-Blan-che et son entourage, à leur ar-rivée au pouvoir, ont établi le même postulat que les grands fédéralistes canadiens de l'après-guerre: aux États-Unis, les États \u2014 comme les provin-ces pouvaient l'être au Cana-da\u2014 sont une structure politi-que à caractère conservateur.Mais alors que dans le Cana-da d'après-guerre, une nouvel-le classe politique, s'appuyant sur ce postulat, s'employait à bàtlr un État central fort assu-mant des responsabilités socia-les auxquelles les provinces étaient souvent réfractaires, Reagan et ses conseillers ont choisi le chemin inverse, ren-voyant aux États plusieurs des mandats sociaux remplis jus-que-là par Washington.THE WALL STREET JOURNAL.Comme les Canadiens donc, les Américains ont leur petit débat sur le fédéralis-me.Ils ont aussi, comme nous, leur petit débat linguistique.Mais là, nos voisins du Sud ne s'embarrassent pas des sub-tilités d'une loi 101 en matière de langue.La présence de for-tes poches hispanophones dans des agglomérations importan-tes comme Los Angeles.New York ou Miami, sans compter des blocs asiatiques, conduit les Américains, non pas à s'ajuster à ces situations, mais plutôt à adopter rien de moins que des lois décrétant l'unilin-guisme anglais.Au total, 13 États américains jusqu'ici ont adopté des lois établissant l'anglais comme Futé, ce Ronald Reagan.Son idée était tout à fait simple et résolument conservatrice: les États étant plus conservateurs que le gouvernement central, confions-leur un certain nom-bre des responsabilités sociales assumées par Washington; ils refuseront de les absorber, avec comme conséquence que le peuple américain dans son ensemble sera moins gouverné.C'était l'essence du Nouveau Fédéralisme prêché par Rea-gan.Mais les choses né sont pas exactement passées comme ça dans les faits, note la semai-ne dernière BusinessWeek.Après plus de sept ans de Nou-veau Fédéralisme, on constate que dans plusieurs domaines de la politique sociale, non seu-lement les Etats ont-ils rapide-ment pris le relais du gouver-nement central, mais qu'ils ont aussi pris l'initiative de nou-veaux programmes.L'analyste Aaron Bernstein note que le Nouveau Fédéralis-me à la Reagan a contribué à raffermir plutôt qu'à réduire le rôle du gouvernement dans la langue officielle de l'État.Un référendum à cet effet en Cali-fornie a obtenu 73 p.cent des voix et \u2014 fait significatif\u2014 a recueilli la deuxième plus forte participation populaire de l'histoire référendaire de cet État, note le Wall Street Jour-nal.Un professeur de cégep montréalais, M.lacques Le-clerc, qui s'intéresse à cette question, précise qu'un nom-bre égal d'autres États est en passe d'adopter semblables lé-gislations et que seulement quatre États jusqu'ici ont rejeté ce type de mesure.L'unilinguisme anglais des États-Unis a pris l'allure d'un véritable combat politique, mené par un organisme appelé U.S.English, créé il y a cinq ans, et qui, à la faveur d'une société américaine.Il en veut pour preuve que: \u2022 Vingt États et 93 gouverne-ments locaux ont commencé à relever le plancher de salaire des femmes dans une perspec-tive d'égalité des sexes.\u2022 Une dizaine d'États ont dé-crété un relèvement du salaire minimum à un niveau supé-rieur à celui prévu par la légis-lation fédérale.\u2022 Quinze États ont adopté des lois imposant le congé de ma-ternité dans l'entreprise pri-vée.\u2022 La presque totalité des États, soit 47, ont mis au point des programmes de formation pro-fessionnelle destinés aus assis-tés sociaux.Comment expliquer l'erreur d'évaluation de Reagan?Bern-stein écrit que beaucoup d'as-pirants progressistes à la vie politique, qui considéraient jusque-là leur passage à la légis-lature d'un État comme un ap-prentissage plus ou moins valo-risant, ont soudain découvert que cette tribune pouvait deve- souscription, a recueilli des contributions de 350 000 Amé-ricains.L'objectif de U.S.English, tel que décrit par le Wall Street Journal, consiste à «combattre le séparatisme cul-turel en vue de maintenir une langue commune aux États-Unis».Le message envoyé aux sous-cripteurs de U.S.English se li-sait comme suit : « L'anglais est menacé aux États-Unis (.) par des chefs de minorités ethni-ques dynamiques et puissants qui sont financés en bonne partie par notre propre gouver-nement fédéral.» De fait, le théâtre principal des affrontements linguisti-ques actuellement se situe au plan scolaire, les États-Unis nir un tremplin de carrière, à partir du moment où les légis-latures héritaient de nouveaux pouvoirs.Et la mise en marche des nouveaux programmes sociaux \u201e, a conduit à l'embauche de
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