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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
B. Samedi plus
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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Références

La presse, 1986-07-19, Collections de BAnQ.

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[" SAMF.Hl PLUS LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 19 JUILLET 1986 Le plus grand mystère entoure la succession de Mgr Grégoire mt « Oh! Si je le savais, je vous \u2014 le dirais.Mais je n'en ai aucune idée!» Soeur Cisèle Turcot, ex-secrétaire, générale de l'Assemblée des évèques du Québec (AEQ) et membre de la rédaction de la revue Relations, i-gnorc totalement qui sera le prochain archevêque de Mont- réal.Et elle est loin d'être la seule personne dans ce cas.«Votre choix est aussi bon que le mien!», lance en riant lacques Binct.directeur des relations publiques de la Conférence des évéques catholiques du Canada (CÉCC).Apres avoir confié que beaucoup de monde lui a téléphoné à ce sujet, il avoue qu'il ne s'est jamais senti aussi dépourvu devant une prochaine nomination episcopate.«C'est la première fois que je suis embêté», dit-il.Bien des inconnues L'abbé André Lamoureux, directeur du Service de presse de l'archevêché de Montréal, reconnaît qu'il patauge aussi dans le noir.«Il y a bien des inconnues», déclare-t-il en guise d'introduction.Et il divise son propos en trois points précis: I) Il est bien vrai que Mgr Grégoire Joit présenter sa démission à 75 ans mais personne ne sait si le pape ne lui demandera pas de prolonger son mandat ; 2) Il doit certainement y avoir des échanges à ce sujet entre la CÉCC et l'AÉQ; 3) C'est au pro-nonce apostolique, Mgr Angelo Palmas, qu'il revient d'appliquer la procédure à suivre pour le choix d'un nouvel évéque au Canada.« Voilà ce que je réponds quand des confrères me posent des questions», dit l'abbé Lamoureux.À l'AÉQ, le responsable des communications n'en sait guère plus que ses collègues de la CÉCC et de l'archevêché de Montreal.«Il faut dans un premier temps que Mgr Grégoire présente sa démission et, dans un deuxième temps, qu'elle Le droit canon et les candidats idoines.h Au canon 377.le nouveau Code de droit canon de l'Église ™ catholique stipule ce qui suit: « Le Pontife suprême nomme librement les évèques, ou il confirme ceux qui ont été légitimement élus.«Tous les trois mois au moins, les évéques d'une province ecclésiastique ou bien, là où les circonstances y invitent, la conference des évéques dressent une liste de prêtres, même membres d'instituts de vie consacrée, les plus aptes à l'épiscopal, et la transmettent au Siège apostolique, demeurant ferme le droit de chaque évéque de faire connaître séparément au Siège apostolique le nom de prêtres qu'il estime dignes et idoines pour la charge episcopate.«À moins de disposition autre légitimement établie, chaque fois qu 'un évéque diocésain ou un évéque coadjuteur doit être nommé, il appartient au légat pontifical pour les trois noms à proposer au Siège apostolique de s'informer sur chacun et de communiquer au Siège apostolique avec son propre avis les suggestions du métropolitain et des suffragants de la province où se trouve le diocèse à pourvoir ou à laquelle il est rattaché, ainsi que du président de la conférence des évéques; en outre, le légat pontifical entendra des membres du collège des consulteurs et du chapitre cathedral, et, s'il le juge à propos, il demandera secrètement et séparément l'avis de quelques membres de l'un et l'autre clergé et de laïcs reconnus pour leur sagesse.» Le code ecclésiastique établit au canon suivant (canon 378) les qualités des candidats à la fonction d'évéque : m Pour l'idonéité à l'épiscopat.il est requis du candidat: 1) Qu'il ait.à un degré élevé, une foi solide, de bonnes moeurs, la piété, le zèle des âmes, la sagesse, la prudence et les vertus humaines, et qu'il soit doué par ailleurs des autres qualités qui le rendent capable d'accomplir l'office dont il s'agit; 2) Ou 'il jouisse d'une bonne renommée; 5) Qu'il ait au moins 55 ans; 4) Qu'il soit prêtre depuis cinq ans au moins; 5) Qu 'il ait obtenu le doctorat ou au moins la licence d'Écritures saintes, de théologie ou de droit canonique dans un institut d'études supérieures approuvé par le Siège apostolique ou qu'il soit au moins vraiment compétent en ces matières.«te jugement définitif sur l'idonéité d'un sujet à promouvoir appartient au Siège apostolique.» soit acceptée, signalé l'abbé Paul Boily.Mais dans la pratique actuelle, le pape demande assez souvent à l'intéressé qu'il reste en poste entre un an et deux ans de plus.Et comme il s'écoule de toute façon une période de cinq ou six mois entre l'acceptation de la démission d'un évéque et la nomination de son successeur, je crois qu'il est un peu prématuré de parler de la succession de Mgr Grégoire.» Les exemples ne manquent pas, en effet, d'évéques ou d'archevêques ayant atteint l'âge canonique de la retraite auxquels le pape a demandé de bien vouloir demeurer quelques temps à la tète de leur diocèse en attendant la nomination de leur successeur.On cite volontiers le nom du cardinal Maurice Roy, qui a accepté de prolonger son mandat comme archevêque de Québec pendant près de deux ans.Le cardinal François Marty a attendu plus d'un an avant de quitter le siège archiépiscopal de Paris.Le Brésilien dom Helder Ca-mara était âgé d'environ 78 ans lorsqu'un successeur lui a été trouvé.Et le cardinal Franz Konig est demeuré archevêque de Vienne jusqu'à l'âge de 80 ans.C'est toutefois dans à peine un peu plus de trois mois, le 24 octobre prochain, jour de son 75l anniversaire de naissance, que Mgr Paul Grégoire devra, comme le prescrit le Code de droit canon, offrir au pape d'être relevé de sa fonction d'archevêque de Montréal.Faire confiance au pape L'abbé Denis Livernois, vice-chancelier à l'archevêché de Montréal, laisse deviner qu'il lui parait inopportun \u2014 et peut-être indélicat \u2014 de chercher à découvrir qui pourrait être le prochain archevêque de Montréal.«Mgr Grégoire est encore là», rappelle-t-il avant de souligner que le clergé de Montréal et ses collaborateurs sont présentement surtout accaparés par la célébration du 150e anniversaire du diocèse.L'abbé Livernois indique également que tout est prévu dans le Code de droit canon pour la nomination des évèques.Il a-joute enfin que, pour sa part, il fait pleinement confiance au pape.« lean-Paul II connaît très bien le Canada et Montréal, dit-il, et il nommera certainement celui qui sera le meilleur pour nous.» Si elle ne peut sans doute pas citer de mémoire les textes canoniques relatifs à la nomination des évéques, soeur Turcot en connaît assurément l'esprit.Et au sujet du silence relatif entourant l'éventuelle succession de l'archevêque de Montréal, elle laisse échapper: «C'est un peu mystérieux, tout ça!» L'evèque de Saint-|ean-Lon-gueull, Mgr Bernard Hubert, qui est président de l'épiscopat canadien, trouve pour sa part justifié le secret accompagnant le choix d'un nouvel évéque.«C'est une certaine mesure de prudence», dit-il.Et il estime suffisamment souple la procédure prescrite dans le Code de droit canon («un code rédigé en fonction de l'Église universelle», insiste-t-il) pour le choix des nouveaux évèques.Selon le président de la CÉCC, le pro-nonce apostolique au Canada a ainsi, tout en demeurant dans les normes prévues, une grande latitude notamment pour élargir sa consultation jusqu'à l'extérieur des limites d'un diocèse lorsque le siège episcopal à pourvoir est important.Dans un pays comme le Canada, il peut également consulter des laies «qui, de par leur travail et leur engagement dans l'Église, sont assimilables à des prêtres».Un «mariage arrangé» accueilli froidement Certaines personnes aimeraient bien, toutefois, que la consultation précédant le choix d'un évéque soit plus ouverte.À Toronto, où Mgr Aloy-sius Ambrozic vient d'être nommé archevêque coadjuteur avec droit de succession au cardinal Emmett Carter, le journal Catholic New Times a salué plutôt froidement ce «mariage arrangé», déclarant en éditorial: «Oui.nous aurions pu faire pire que de choisir comme évéque un homme comme Aloysius Ambrozic.Mais, en fait, nous ne l'avons pas choisi.Personne d'entre nous ne l'a choisi.Le système qui nous donne tous nos évèques est fermé, secret, principalement episcopal (par conséquent, mâle) et dominé au bout du compte par Rome, qui est située à un demi-monde de chez nous.» À Montréal, le jésuite lulien Harvey a récemment soulevé quelques vagues dans certains milieux religieux lorsqu'il a dressé une liste de critères pour le choix du prochain archevêque de Montréal, «l'ai souhaité, a-t-il expliqué, qu'il y ait un sondage pas seulement chez les prêtres, l'ai formulé le voeu que, dans l'esprit des documents d'après Vatican II, il y ait consultation dans les paroisses et dans les mouvements à travers tout le diocèse, comme cela s'est d'ailleurs produit chez nous à quelques reprises immédiatement après le concile.» Le père Benoit Lacroix, dominicain, appuie entièrement le père Harvey.«Ce serait bon que les laïcs s'expriment», a-t-il dit.Et il a émis cette suggestion : «La Presse pourrait même organiser un sondage.|e Mgr Paul Grégoire.trouve que ce serait merveilleux!» Et comme pour ajouter aux propos de l'abbé Livernois, qui avait affirmé sa pleine confiance en lean-Paul II pour la nomination du prochain archevêque de Montréal, le père Lacroix a déclaré: « Bien sûr qu'il faut faire confiance au pape.Mais il faut aider le Saint-Esprit.La théologie nous le dit aussi.» «Ambroise évéque!» Le pasteur luthérien Daniel Pourchot, spécialiste de l'histoire de l'Église et professeur a la faculté de théologie de l'Université de Montréal, rappelle qu'au moins pendant les six premiers siècles de la chrétienté, les évéques étaient élus par le peuple chrétien de leur com-munauté.«Il est vrai que c'étaient de petites assemblées», reconnait-il.Et il en-chaine aussitôt: «L'histoire la plus colorée est celle de saint Ambroise, au 4e siècle.Ambroise était administrateur romain.À son arrivée à Milan, où il y avait des divisions et des tensions énormes, les gens ont photothèque LA PRESSE spontanément crié: «Ambroise évéque! Ambroise évéque!» Et il a été fait évéque même s'il ne voulait pas et même s'il s'est fait tordre le bras avant d'accepter.» Un nouveau diacre montréalais se destinant à la prêtrise, Yvon Métras, aimerait beaucoup que, dans le processus actuel conduisant à la nomination d'un nouvel évéque, il soit prévu une large consultation des personnes ayant des responsabilités dans les mouvements et les communautés chrétiennes des diocèses.«|e ne sais absolument pas si cela existe, dit-il, ou si une nouvelle nomination ne se fait pas seulement par parachutage, l'aimerais que, tout au moins, les souhaits qui sont émis soient écoutés quelque part.La règle du secret, qui peut être compréhensible lorsqu'il s'agit des noms de certaines personnes, est en même temps dommage: elle est un manque de transparence.Et une communauté qui est tenue loin du processus de nomination de son pasteur n'est pas une communauté co-responsable.» Le nom le plus souvent prononcé: Mgr Bernard Hubert Si plusieurs personnes ^ interrogées n'ont pas accepté de spéculer sur l'identité du successeur de Mgr Paul Grégoire à la téte de l'archidiocèse de Montréal, d'autres n'ont pas hésité à y aller de leurs prévisions \u2014 sinon de leurs préférences.Et un nom a été prononcé le plus souvent au cours de cet exercice: celui de Mgr Bernard Hubert, évéque du diocèse de Saint-|ean-Lon-gueuil et président de la Conférence des évéques catholiques du Canada (CÉCC).«À Montréal, a dit d'emblée le père Benoit Lacroix, tout le monde souhaite que le prochain archevêque soit Mgr Hubert.|e l'entends dire très souvent.Ça se dit dans la classe plus instruite, qui souhaite que les choses avancent plus vite.» Guy.Marchessault, du centre Saint-Pierre-Apôtre, est aussi catégorique: «Moi, dans les contacts que j'ai eus, c'est toujours le même nom qui est revenu: Mgr Hubert.Beaucoup de monde semble beaucoup souhaiter que ce soit lui.Et des gens sont très heureux qu'il soit devenu président de la CÉCC parce que ça lui donnait des chances.» Le père Julien Harvey avance également le nom de Mgr Hubert, et aussi celui de l'evèque de Gaspé, Mgr Bertrand Blanches «l'ai beaucoup d'admiration pour ces deux hommes», dit le jésuite, qui avoue néanmoins que ses préférences peuvent ne pas peser bien lourd dans la balance.Et le père Harvey de poursuivre: «Si on est tenté de chercher quelqu'un qui est déjà évéque, on a d'excellents candidats parmi les membres de l'épiscopat québécois.» Certaines personnes disent trouver prématuré ou inconvenant d'émettre des noms.L'avenir du diocèse Le père Lacroix n'est pas de cet avis.«Pourquoi, demande-t-il, ne parlerions-nous pas de l'avenir du diocèse de Montréal ?Dire nos opinions sur l'evèque de Montréal en l'an 2000, ça me semble important.On ne veut pas blesser l'archevêque actuel?|e ne vois pas pourquoi on ne parlerait pas de Mgr Grégoire et de sa succession comme on l'a fait par exemple au sujet du maire Dra-peaq et de ia mairie de Montréal.Mgr Grégoire, on peut bien le dire, a fait de grandes choses dans le diocèse.Et toute l'amitié que nous avons pour lui ne s'éteindra pas avec son départ.» Mgr Hubert, pour sa part, s'est dit convaincu que les rumeurs entendues au sujet de la nomination éventuelle d'un évéque n'ont aucune influence: «Elles peuvent être tout à fait dénuées de fondement tout comme elles peuvent, au contraire, être justes.» Et il a ajouté que le fait d'avancer les noms de candidats possibles risque de placer des gens «dans une situation délicate».L'evèque de Saint-|ean-Lon-gueuil a par ailleurs fortement souligné l'importance du choix du prochain titulaire du siège archiépiscopal de Montréal.photothèque LA PRESSE Mgr Bernard Hubert «Ce choix, a-t-il dit, aura des conséquences pastorales énormes.Et la personne qui sera nommée a besoin des prières de tous.» Le profil du candidat idéal Le diacre Yvon Métras a avoué ne penser à personne en particulier lorsqu'il a dit souhaiter que le prochain archevêque de Montréal soit «quelqu'un de l'extérieur de Montréal, qu'il soit une personne capable de travailler avec les médias et qu'il soit un procla- mateur, un héraut de la Bonne Nouvelle».Le professeur Guy Boulizon et son épouse ont tracé ainsi le profil du successeur idéal de Mgr Grégoire: Montréal étant une ville \u2014 et un diocèse \u2014 francophone mais aussi cosmopolite, son prochain archevêque devrait être un homme sensible aux problèmes de justice internationale; il devrait aussi être un humaniste, mais un humaniste ancré dans la culture québécoise; il devrait enfin être surtout un pasteur à l'écoute des aspirations contemporaines du peuple chrétien de Montréal.Plusieurs autres personnes ont éiiuméré les «qualités» qu'elles aimeraient trouver chez le prochain archevêque de Montréal.Le père Harvey avait ainsi déjà suggéré qu'il soit un Québécois de vieille souche et un homme culturel-lement montréalais mais, «pour le bien du diocèse \u2014 parce qu'une continuité trop grande dans une équipe n'est pas toujours bonne \u2014 qu'il ne soit pas choisi dans 1 entourage immédiat actuel de Mgr Grégoire».Le jésuite a également souhaité que l'élu ait le don de la communication et l'habitude du travail avec les laies des deux sexes.Et il a ajouté que la nomination d'un candidat de transition serait malheureuse car «ce serait renforcer la bureaucratie dans le diocèse».Des prêtres «éplscopables» Insistant de son côté sur le fait que le diocèse de Montréal, photothèque LA PRESSE Mgr Angelo Palmas.notamment en raison de sa taille (il est le diocèse catholique le plus populeux du Canada), est «un diocèse ingouvernable», le père Lacroix a suggéré que le prochain archevêque soit encore cette fois-ci d'origine québécoise, mats qu'il soit un homme «habitué de frayer avec des gens de cultures diverses».Selon le dominicain, le bassin des bons candidats ne se limite pas uniquement à l'actuel episcopal québécois, «//s pourraient faire une création», a-t-il dit, voulant indiquer par là qu'il existe certai- nement au Québec plusieurs prêtres « épiscopables ».Et, s'excusant d'aborder lui-même cette autre possibilité, il a poursuivi : « Ils pourraient aussi regarder du côté des grandes communautés religieuses, dont des membres et des supérieurs, qui ont souvent vécu ailleurs dans le monde, en mission par exemple, sont très ouverts à l'universalisme.Puis il y a tous ces Québécois qui sont évèques en Amérique du Sud ou en Afrique et que nous ne connaissons malheureusement pas beaucoup chez nous.» Une jeune diplômée de la faculté de théologie de l'Université de Montréal, Diane Leblanc, souhaite pour sa part que le prochain archevêque de Montréal soit «préoccupé par la question des jeunes» et qu'il soit «au moins une personne jeune de coeur».Et elle formule d'autres voeux: «Qu'il soit dynamique et qu'il sache identifier toutes les ressources existant dans son diocèse.Qu'il soit un bon animateur capable de mettre en contact entre'eux les gens déjà engagés en Église, je pense aussi que ça prend un théologien de la fine pointe ou, en tout cas, quelqu'un qui se laissera interroger par les courants actuels de la théologie.» Diane Leblanc, qui réside dans le diocèse de Saint-|ean-Longueuil, où elle effectue présentement un stage en pastorale-jeunesse, est réticente à prononcer des noms de candidats.Mgr Hubert?«C'est mon évéque et je n'ai vraiment pas envie de le perdre ! » f r 1 .- .1\" ¦a presse B 2 \u2022 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 19 JUILLET 1986 Comment préparer l'après-Drapeau En faisant de Claude Dupras son leader et son candidat à la mairie, le Parti civique de Montréal a d'abord choisi un homme «nouveau», relativement peu connu du public.Ainsi l'a voulu M.Drapeau qui, ne voyant pas de successeur parmi ses collaborateurs éprouvés et ses plus fidèles militants, avait décidé, après d'autres tentatives moins heureuses, de pressentir cet ingénieur de prestige, admis tout récemment dans le cercle des 80.Outre son intérêt pour la question municipale, l'élu possède d'incontestables qualités et un solide passé d'organisateur sur la scène fédérale.Mais, s'il a été préféré aux Lamarre, Lorange et Larivèe.il le doit surtout à l'espoir de renouveau qu il incarne.Le défi qu'il affronte est d'autant plus redoutable.Il faut reconnaître que le chef désigné, encore prudent et incertain devant la presse, a tout de même convie Montréal dans son allocution (on en trouve le texte en page A 8) à «un grand débat sur Montréal», à la «consultation» et au dialogue, à une meilleure définition de la qualité de la vie, à un effort de clarification des politiques du PCM.Dans l'ordre des intentions, ce discours ouvre d'heureuses perspectives de changement.Il faut le retenir et attendre la suite.Mais cette suite sera fructueuse pour autant que M.Dupras établisse sans l'ombre d'un doute qu'il n'acceptera aucune tutelle, ni celle du Parti civique ni celle de son ancien chef, quelle que soit la sollicitude de celui qui la propose.Pour quiconque aspire à la mairie de Montréal, il serait gênant de sentir derrière le trône la présence d'une reine mère, si bienveillante fût-elle.Après un aussi long régne, il s'imposera au leader choisi d'examiner de plus près Ta nature très particulière du Parti civique en vue d'en adapter le fonctionnement aux exigences de notre temps et aux normes les plus élémentaires de la démocratie.Faut-il le transformer ou encore y renoncer?Car il n'est pas sûr que le régime des partis soit encore aussi profitable à Montréal et a la promotion des valeurs démocratiques dans la cité.Combien de conseillers, obéissant servilement aux consignes du chef, ont-ils perdu jusqu'à la liberté de servir au mieux les intérêts de la Ville?Et quand le Conseil municipal se prend pour une assemblée nationale, il est douteux que les Montréalais y trouvent leur compte.S'il est vrai, comme le soulignait avec raison M.Dupras dans son discours, que la prochaine campagne électorale doit favoriser un véritable brassage d'idées afin de mieux définir les vraies priorités de Montréal, il faut alors que toutes les tendances puissent s'exprimer sur la place, éviter un débat étroitement partisan, étriqué, répétitif, limité aux deux seuls partis en présence, aux deux leaders en duel.Ce n'est pas que MM.Dupras et Doré soient dépourvus d idées et d'imagination, de compétence et de volonté.Mais les Montréalais, soucieux des problèmes quotidiens, voudraient que d'autres groupes se fassent entendre au cours de la campagne qui s'ouvrira en septembre.On pense aussi bien ici aux groupes professionnels et syndicaux qu'aux milieux d'affaires, aux associations de locataires, aux constructeurs, aux architectes, aux représentants de la communauté culturelle, aux étudiants et aux universités, à tous ceux qui animent et peuplent le centre-ville.Pour lancer un tel débat sur l'avenir d'une grande ville qui cherche encore sa vraie vocation, il est indispensable que d'autres candidats, outre MM.Doré et Dupras, interviennent dans la discussion, proposent des orientations différentes, briguent les suffrages à la mairie et au conseil.L'ère de l'après-Drapeau est maintenant ouverte pour Montréal.Les citoyens se mettront à l'écoute de MM.Dupras et Doré, du PCM et du RCM.Mais ils veulent aussi entendre autre chose.Michel ROY Constitution: un autre petit pas Comme il s'était engagé à le faire, le premier ministre Brian Mulroney vient d'inviter les provinces à reprendre I étude du dossier constitutionnel.Dans une lettre qu'il a fait parvenir à ses homologues, cette semaine, le chef du gouvernement canadien expose enfin sa position.M.Mulroney a décidé de poser ce geste avant la conférence des premiers ministres provinciaux qui aura lieu au mois d'août à Edmonton, en Alberta.En mai dernier, le ministre québécois des Relations internationales, délégué aux Affaires intergouvernementales, M.Gil Rémillard, avait dévoilé les exigences de la province.Cinq conditions précises avaient été lancées sur la table.Elles se lisaient comme suit: \u2014 la reconnaissance explicite du Québec comme société distincte; \u2014 la garantie de pouvoirs accrus en matière d'éducation ; \u2014 la limitation du pouvoir d'Ottawa de dépenser; \u2014 la reconnaissance du droit de veto; \u2014 la participation du Québec à la nomination des juges de la Cour suprême du Canada.Avant d'accepter d'adhérer au pacte constitutionnel de 1982, le gouvernement libéral du Québec entend récupérer certaines prérogatives négligées par la précédente administration pèquiste.Il ne faut pas s attendre cependant à des conclusions spectaculaires lors de la réunion d'Edmonton.À la lumière des consultations effectuées par des fonctionnaires et du contenu de la lettre de M.Mulroney, le premier ministre Bou-rassa et son collègue Rémillard profiteront de l'occasion pour faire un tour d'horizon sur cette question avec les neuf autres provinces.Mais ce n'est évidemment pas le seul sujet de discussions à l'ordre du jour.Il est vrai que la commande du Québec est assez grosse et qu'elle est loin de faire l'unanimité.C'est donc à la lumière de ce qui se dira autour de cette table que le ministre Gil Rémillard devrait entreprendre par la suite une tournée dans les différentes régions du pays afin de convaincre ses collègues du bien-fondé de la démarche de son gouvernement.Par après, le Québec pourrait tenter de convaincre ses autres partenaires de tenir une autre réunion de travail portant cette fois strictement sur la constitution.Histoire de déblayer le plus possible le terrain avant que le fédéral convoque la rencontre prévue pour l'automne.Quant au premier ministre du Canada, il est conscient des difficultés qui l'attendent dans ce dossier fort complexe.S'il en arrivait à dégager rapidement une certaine forme de consensus, cela pourrait être un atout majeur pour le Canada dans ses négociations sur le libre-échange avec les États-Unis.Après deux ans au pouvoir, M.Mulroney se devait de lancer officiellement le débat depuis que le Québec a dévoilé ses priorités.D'autant plus que le chef conservateur avait fait le pari, au cours de la dernière campagne électorale, d'en arriver à une véritable réconciliation nationale dès son premier mandat.La Belle Province, selon lui, se devait de parapher l'Accord constitutionnel dans «l'honneur et l'enthousiasme».Jacques BOUCHARD EDITORIAL PAUL DCSMARAIS MICHEL ROY président du conseil d'administration éditeur adjoint ROGER D.LANDRY président et éditeur CLAUDE GKAVH directeur de l'information JEAN-GUY DUBUC edrtoriointe en chef Reprise du 9 - VIII - 83 (Droits réserves! à (collaboration .spéciale) Francine Montpetit i Rencontre avec des entreprises du troisième type Les gestionnaires révent parfois de reinventer la roue.Voilà un verbe dira-t-on qui se conjugue fort mal avec son sujet et peut-être même avec son complement d'objet direct! Il leur arrive donc de rêver de ces entreprises du troisième type dont les japonais ont façonne leur réalité quotidienne.Ces sociétés-là nient au point de départ l'existence des seuls rapports hiérarchiques entre leurs différents membres et les invitent tous sans exception à trouver des solutions aux différents problèmes qui s'y posent, à passer leurs idées, à redéfinir la nature de leurs relations de travail.Cela s'appelle «sonner les trompettes de la créativité», ce mot révolutionnaire dans le monde si sec des affaires.Pas besoin d'avoir conçu le simple fil à couper le beurre pour affirmer qu'une entreprise est composée d'hommes et de femmes dont tous les efforts tendent à produire.Mais là où le bon vieux fil se casse, c'est quand on admet que toute la dimension émotive de ces hommes et de ces femmes peut devenir forces d'efficacité et d'in- vention.La créativité, c'est en quelque sorte l'art de reconnaître que l'émotion et l'imaginaire au travail sont sources d'énergie, de productivité.À eux deux, ils forment les univers de l'intuition et du «peut-être» dont ont si peur les institutions dûment structurées.La créativité tient compte de toutes les facettes de la composante humaine dans des milieux qui, le plus souvent, en ont nié les plus sensibles.Tout le monde a droit a lu parole.Voila pour la théorie.Afin de lui donner toute sa place, il faut d'abord sur le principe lui-même et son éventuelle mise en application l'accord et la complicité de la haute direction d'une compagnie.A quel prix?Abattre les résistances des cadres moyens qui se verront soudainement menacés dans ce qu'ils ont de plus précieux, leur autorité, leurs mesures contrôlantes.Convaincre l'ouvrier de son habileté à faire autre chose que de serrer des boulons, amener le cadre supérieur à se dépouiller de son image.Abandonner les vieux schemes, les idées préconçues, les rapports de force, les jeux du pouvoir pour ouvrir sur des initiatives nouvelles issues de tous les niveaux.Transformer la culture de l'entreprise, changer ses valeurs, abolir l'esprit bureaucratique et en développer un d'en-trepreneurship.Favoriser l'idée du risque, des solutions inédites avec lesquelles il n'est pas toujours facile de composer par la suite.Convaincre «le gars de la chaine de production» que sa machine lui appartient et qu'il peut, s'il le désire, se mettre lui aussi à réinventer la roue qui l'actionne.Bref, voilà un magnifique défi qui a tenté jusqu'ici un certain nombre de nos Présidents de compagnie.En ce moment, ils sont 25 à former le prestigieux Club des Chefs mailleurs et ils jouent au TQC (Total Quality Control) ce jeu qui, s'il enfièvre un jour leurs congénères, risque de révolutionner l'entreprise.Ce serait admettre que le leadership d'une compagnie passe par les voies de la communication et par un processus d'identification du bas vers le haut.A condition que le haut change, évolue et ouvre.Au tout recent colloque international sur les nouvelles tendances de gestion qui s'est tenu à l'École des Hautes Études Commerciales, c'est une cinéaste d'ici, réalisatrice de Mort a tue-tetc.qui a livré aux gestionnaires un des messages les plus dérangeants.Anne-Claire Poirier a lance un appel à la fois émouvant et cinglant aux administrateurs de l'Office National du Film pour qu'ils abandonnent un style de gestion axé en priorité sur les structures, les organigrammes, la planification, le marketing et les relations publiques «quand on sait pertinemment que seul le contraire peut provoquer le dynamisme et la passion essentielle à la création», l'ai trouvé infiniment intéressant d'entendre cette femme ardente et intelligente réclamer que l'ONF devienne en quelque sorte une entreprise du troisième type.pour lui permettre de produire en toute liberté.Même les créateurs réclament la créativité! Sous cette bannière tombent toutes les barrières.Si c'était ça le péril jaune?.LECTURES Transmettre quoi?Comment?À qui?Pourquoi?Nos intellectuels commencent à douter d'eux-mêmes.Ils n'en arrêtent plus de s'interroger sur leur propre utilité avec une déprime et des mots qui, u la longue, agacent.PIERRE VENNAT Il y a quelque temps, c'était au tour du collectif de Possibles de s'interroger sur l'avenir des intellectuels québécois, maintenant que le Parti québécois a perdu le pouvoir et qu'une majorité de Québécois a dit non à I indépendance du Québec.Puis, ce fut l'équipe de la Revue internationale d'action communautaire qui vint soutenir que la crise, loin d'être uniquement québécoise, est internationale.Avec les savoirs en crise, les intellectuels du monde entier se demandent s'ils ont encore un rôle à jouer dans une société axée sur le «pratique».Dans un tel contexte, il n'était pas surprenant que la revue Critè- re, un des pôles intellectuels du Québec, se penche sur le thème suivant après 15 années d'activités: Transmettre quoi?Comment ?À qui ?Pourquoi ?Un profane à la recherche d'un thème moins compliqué aurait résumé de la façon suivante: que nous reste-t-il encore à dire?Il se peut que le colloque dont les onze communications principales sont reprises dans le 41e numéro thématique de cette revue, dont bon nombre de collaborateurs sont des «professionnels de la philosophie» ait semblé intéressant à l'auditoire qui y a assisté.Il est moins certain, cependant, que la lecture de ces textes sache intéresser un vaste auditoire.Malgré un titre accrocheur, en effet, la question ne trouve pas de réponse.En un mot.contrairement à d'autres revues valables qui sont malheureusement disparues, Critère continue, ce qui est bien.Mais la lecture de ce 41e numéro laisse ses lecteurs assidus sur leur faim : la revue continue, mais tout comme Possibles, elle se cherche.On voudrait bien dire quelque chose à quelqu'un, mais on ne sait plus trop quoi.Pire, la plupart des auteurs, dont sept oeuvrent dans le monde de l'enseignement collégial ou universitaire, s'expriment avec de grands mots savants, des paragraphes interminables et souvent sans queue ni tète, comme s'ils faisaient exprès pour n'être lus et compris que par une minorité de lecteurs avertis.L'un d'eux, le philosophe Pierre Bertrand, du Cégep Edouard-Montpetit, écrit même qu'à la réflexion, on devrait peut-être ne rien transmettre: «Superficiellement, la transmission a sans doute un sens, transmettre des valeurs, des coutumes, des idées, des idéaux, des symboles, des images; mais profondément elle n'a pas de sens, au sens où les choses profondes, importantes, essentielles doivent être l'objet d'une décou- verte et non d'une transmission.Ce qui est mort peut être transmis, mais ce qui est vivant doit être découvert forcément au présent, unique temporalité où se trouve la vie.» Heureuses exceptions, Hélène Pellcticr-Baillargeon, collaboratrice à LA PRESSE et Pierre Pa-quette, le président du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal, ont livré des textes compréhensibles et plus terre-à-terre.Quant au «métabibliographolo-gue» Roland Houde, de l'Université du Québec à Trois-Rivières, il a laissé aller ce cri du coeur: «Vers 1875, le rédacteur de «l'Opinion publique».Oscar Dunn, rêvait de l'Union des catholiques et de l'Union des partis politiques.Aujourd'hui, ne faudrait-il pas faire plus que rêver d'une Union des intellectuels québécois ?» TtëHMntlIrt quoi'' Commun!?.\\ qui?Pourquoi?, mm»», Ihcmmiquc de Crilcrc.145 pu-gc».I T LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 19 JUILLET 1986 \u2022 B 3 SAMEDI PLUS Le débat sur l'aide sociale : TOUT OU RIEN ?t GILBERT \\ BRUNIT de notre bureau de Québec m QUEBEC \u2014 Deux mois ™ après les premières visites des enquêteurs \u2014 dérisoire-ment surnommés « boubou macoutes » \u2014 au domicile des assistés sociaux, le débat socio-politique s'est enrichi de quelques données, mais aucun organisme dénonciateur n'a encore saisi un tribunal de ses prétentions quant a l'illégalité de l'opération.\u2022 Cette situation découle-t-elle de ce que le ministre de la Sécurité du revenu, M.Pierre Paradis, a mis en doute au départ : la « crédibilité des accusateurs », depuis la Commission des droits de la personne et jusqu'au Parti québécois?\u2022 Ne serait-ce pas davantage révélateur du fâcheux état de désorganisation où se trouvent les 26 regroupement d'assistés sociaux du Québec, confirmant qu'ils n'ont même pas les moyens de se défendre quand on s'en prend à leurs droits fondamentaux?\u2022 Ou alors que cette « attaque contre les plus démunis de notre société » n'est qu'une chasse aux sorcières, alimentée par de tenaces préjugés, et que l'opération ne servira qu'à réduire encore le fardeau fiscal des riches, entreprises en tête?Depuis deux mois, on a à peu près tout lu, tout entendu sur le sujet.Mais rarement ces propos sont-ils placés en perspectives; rarement ont-ils dépassé le discours en vase clos.On approuve en bloc; ou on désapprouve le tout.Les nuances, c'est pour les autres.Ex-ministre libéral, M.lean-Paul L'Allier a avancé une hypothèse : cela fait 15 ans que les libéraux caressaient ce réve d'une enquête en profondeur.Maintenant que le nombre d'assistés sociaux a doublé, les préjugés des militants sont « confirmés ».M.Paradis n'a fait que passer de la parole aux actes.Des milliards en partage L'homme qui lance cette « opération vérité », en harmonie avec le ministre des Finances et le président du Conseil du trésor, s'est acquis une réputation d'homme de droite, peu soucieux des nuances.M.Paradis a une longue côte à remonter.Il fonce.Les 150 enquêteurs qu'il embauche ont une mission précise : en un an, ils doivent visiter 120 000 prestataires de l'aide sociale.Pour faire le tour des 416 000 ménages inscrits, il faudra compter 3,5 ans.Disposant d'un budget de $9 millions la première année, leur mandat est de « régulariser» la situation d'environ 18 p.cent des bénéficiaires, dont les dossiers seraient truffés d'erreurs, d'omissions ou de fausses déclarations.L'Etat compte ainsi récupérer $68 millions en un an, donc un quart de milliard au bout du compte.La facture annuelle de l'aide sociale dépasse les $2,2 milliards.Au temps des compressions budgétaires, tous les programmes y passent.Comme il est universellement reconnu qu'un taux de fraude de 5 p.cent est « normal », c'est l'écart entre ces 5 p.cent de fraudeurs et les 18 p.cent «d'irrégu-liers » appréhendés qu'il faut identifier puis combler.Chaque tranche de I p.cent compte pour $2,2 millions.\u2022 Tant de chiffres ramènent-ils le débat au niveau platement comptable?L'efficacité administrative avant tout, comme disent les businessmen?e À l'inverse, tous ces chiffres n'ont-ils aucune importance devant les chartes canadienne et québécoise des droits?N'est-ce pas le prix à payer par une collectivité qui se dit libre et social-démocrate?Le même contexte À l'image du gouvernement que les Québécois se sont donné le 2 décembre, il y a un peu de tout dans la réponse.On l'a vu avec les rapports Gobeil, Scowen et Fortier, il y a d'abord un début de remise en cause de la taille de l'État et de la facture à payer.Ainsi qu'une réflexion à amorcer quant au rôle de cet État devenu tatillon dans ses règlements et contrôlant des secteurs entiers de l'économie.Mais avant la publication de ces rapports, il y avait eu les débats sur la « marge de manoeuvre » (campagne électorale); sur le déficit dépassant les $4,5 milliards et « L'urgence d'un redressement » (document pré-budgétaire); puis des crédits diminués de $1 milliard, non identifiés pour une bonne moitié; et enfin un budget qui majorait taxes et impôts, quoique moins que ce que l'opération politique avait pu laisser croire.En élargissant encore plus le contexte où est débarquée l'« opération aide sociale », il faut ajouter les négociations entre l'État et ses 300 000 salariés; la dette publique du Québec qui atteint les $60 milliards ($9 000 par citoyen), dont $22 milliards directement pour l'État; et pourquoi pas la M.Paradis a engagé 150 enquêteurs et leur a donné une mission précise : en un an, ils doivent visiter 120 000 prestataires de l'aide sociale.dénatalité et ses conséquences démographiques, par exemple sur le Régime des rentes?Plus on semble s'éloigner du débat suscité par les visites à domicile des enquêteurs de l'aide sociale, et plus on s'en rapproche.Les milliards qui grandissent vite, les Québécois sont de moins en moins nombreux pour les assumer.À tout le moins veulent-ils s'assurer que ceux qu'ils versent à l'État soient redistribués selon les lois et règlements en-vigueur.Laissez tomber! Ceux qui voient là un discours réactionnaire sont pourtant les premiers à utiliser les concepts socio-politiques les plus globaux.Centrales syndicales, évèques et groupes populaires n'ont-ils pas parlé de « dérapage social » et de « camouflage des vraies cause du cul-de-sac économique »?Quant à la Commission des droits de la personne, à la Commission des services juridiques et à la Ligue des droits et libertés, elles s'en tiennent à l'aspect juridique : les visites sont illégales, prétendent-elles, car elles comportent des risques que les droits fondamentaux des bénéficiaires soient violes par un agent zélé ou ignorant le code d'éthique.En d'autres mots : laissez tomber! Contentez-vous d'en donner plus aux gens, déjà si démunis qu'ils n'ont de comptes à rendre qu'à eux-mêmes.En donner plus, les libéraux de M.Bourassa se sont justement engagés à le faire, en abolissant la discrimination fondée sur l'âge des prestataires.Le loyer et la nourriture coûtent le même prix, que l'on soit âgé de 29 ou de 31 ans.Toujours promise pour l'automne qui vient, cette réforme de l'aide sociale devait cependant s'appuyer sur « l'heure juste » : des dossiers exacts, que la cause des inexactitudes soit une erreur de fonctionnaire, une omission frauduleuse, ou un simple relâchement de la surveillance.Car les premiers résultats de l'enquête en cours indiquent que cette vérification régulière, abandonnée en 1980 à l'extérieur de Montréal, est à l'origine de la « perte de contrôle » : dans la région de Québec, les « coupures » ou révisions à la baisse atteignent 43 p.cent, contre seulement 20 p.cent à Montréal, où l'aide sociale est administrée par la municipalité.Quand la facture annuelle dépasse les $2 milliards, que 700 000 Québécois en vivent et que le nombre de prestataires ne cesse d'augmenter malgré la reprise économique, l'État doit voir clair dans le système.Ce faisant, il doit également être exemplaire dans le respect des droits des individus.Le débat suscité est sain.M.lacques Parizeau a salué le courage politique de M.Paradis, précisant que le gouvernement dont il a fait punie avait les munitions pour taire de même mais avait choisi de ne pas tirer.Si ce débat est sain, s'il s'inscrit vraiment dans le « Grand Débat de société » qu'appellent les forces d'opposition, il ne faudra jamais perdre de vue qu'un petit pourcentage d'assistés sociaux fraudeurs coûte moins cher à la collectivité qu'un petit pourcentage d'entreprises qui éludent le fisc.Ou encore que le travail au noir, reproché aux assistés sociaux, est fort répandu dans des groupes corporatistes qui représentent, entre autres, les professeurs, les plombiers ou les comptables.Reagan, le Chili, les dominos démocratiques JEAN-FRANÇOIS USÉE « I .à Washington collaboration A / tpétiolo ¦WASHINGTON - Ronald Reagan s'inquiète, nous dit-on, du jugement que l'histoire portera sur sa présidence.Son oeuvre est assez vaste pour combler un chapitre entier de l'histoire américaine, mais il craint qu'une future encyclopédie mondiale ne soit silencieuse sur son passage à la Maison-Blanche.Il reluque Managua et Moscou comme de possibles endroits où laisser une marque indélébile, ici en renversant un gouvernement, là en signant un accord de réduction des armements.Mais la route est longue, et le temps presse.Du bureau ovale, le président et ses conseillers semblent avoir une mauvaise vue sur l'histoire, puisqu'ils ignorent une nouvelle equation historique, liant Santiago, Washington et l'Europe de l'Ouest.L'équation donnerait à l'Ouest un avantage décisif dans la guerre idéologique, et ferait plus pour heurter le communisme qu'un million de contras.Ce faisant, elle propulserait le souvenir du président loin dans le troisième millénaire.La mutation de la gauche Pendant que l'Amérique s'affairait à engloutir l'héritage des années soixante sous la vague conservatrice, l'Europe brisait, elle aussi, avec une partie de son passé.La rupture, en 1984, de l'Union de Gauche française, mettait fin à un siècle d'alliances entre la gauche démocrate et ses cousins totalitaires.Au cours de la dernière décennie, l'amitié inter-gauche s'est transformée en inconvénient électoralement nécessaire pour la gauche démocrate, qui a finalement jugé l'alliance contre nature.Elle y a mis le temps, depuis 1917, mais à mesure que les Printemps de Prague s'accumulaient sur les Sol-jenytsines, les Solidarités et les Sakharovs, le divorce inamical devenait inéluctable.Une tendance similaire a balayé la gauche portugaise et espagnole, on l'aperçoit en Italie et en Angleterre.Pour une portion large et active de l'opinion européenne, sans compter un large segment de son élite intellectuelle, dans l'expression (gauche démocrate», le mot clé n'est plus «gauche».A la recherche de nouveaux alliés, ils voient les Américains comme une «droite démocrate» qui n'a pas fait un choix similaire, du moins en politique étrangère.Bien sûr, il y a eu les Philippines et Haiti, mais la chute de leurs dictateurs semble avoir été subie, non voulue, par Washington.D'Europe, l'invasion de la Grenade a revêtu les couleurs d'une entreprise impérialiste classique et la démocratisation du Salvador s'est faite sans la franche rupture qui aurait donné le ton.Sur le vieux continent, la plupart sont convaincus que Washington façonne sa politique étrangère au gré de ses intérêts, sans porter une attention particulière à la performance du dictateur local.Le jugement n'est pas tout à fait exact, mais lorsqu'on brandit à la télé européenne la photo d'un dictateur sud-américain à moustache trop universellement reconnaissa-ble, les discours américains sur la défense de la démocratie semblent risibles.La politique étrangère du président Reagan sur la question du traitement à accorder aux dictateurs alliés est ambivalente, et ça se voit.Mais jamais les éléments d'un réalignement politique général n'ont été aussi clairement posés.Les Européens sont mûrs pour un signal que Washington, sans délaisser complètement son ambivalence, est capable et en quelque sorte autorisé à émettre.Un scénariste communiste Le général Pinochet est le dictateur le plus dur que les Américains aient connu depuis longtemps.La Maison-Blanche a joué un rôle actif dans sa prise de pouvoir en 1973, donnant ainsi à Moscou son argument de propagande le plus efficace de la décennie.(Le Département d'État en est conscient.En février 1985, un envoyé spécial américain déclarait à un Pinochet furieux: «Si vous écriviez un scénario pour aider les communistes, vous ne pourriez faire mieux que de suivre votre politique actuelle.») Enlevons-leur le scénario.Comment?Les op- \u2014-Tfc-\u2014\u2014\u2014\u2014 Ronald Reagan, dit-on, cherche où laisser une marque indélébile pour entrer dans l'histoire.->-1- tions sont limitées.Non seulement le général a-t-il l'intention de prolonger son règne jusqu'à la fin du siècle, mais les analystes affirment qu'il détient toutes les cartes pour le faire, pressions américaines ou pas.Mais la rumeur veut que la CIA soit à nouveau en grande forme.Qu'elle nous montre si elle peut défaire le coup d'État qu'elle a si brillamment exécuté il y a 13 ans.Le «contre-coup» constituerait la premiere intervention américaine claire et directe pour renverser un dictateur par ailleurs solide, installé avec l'aide américaine, dans une arrière-cour des USA par ailleurs en voie de démocratisation.En prime, il mettrait les autres aventures internationales rea-ganiennes dans une nouvelle perspective: Grenade, Philippines, Haïti, Salvador prendraient les allures d'autant de dominos démocratiques culbutant sur la route de Santiago.Les conditions d'une nouvelle alliance, d'une nouvelle confiance entre démocrates européens et américains de droite et de gauche seraient ainsi posées.L'onde de choc se ferait sentir ailleurs, notamment en Amérique latine où la gauche s'abreuve aux sources européennes.La montée du marxisme \u2014 et l'attraction qu'il a exercée sur les forces démocratiques \u2014 fut l'événement idéologique majeur du vingtième siècle.Le président des Etats-Unis a l'occasion de mettre un point final à ce chapitre, d'en ouvrir un nouveau, en s'assurant que son nom y figure en bonne place.-1- 1 B 4 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 19 JUILLET 1986 SAMEBtFïiUS SALVADOR LA GUERRE INVISIBLE ma En arrivant à San Salva-™ dor.rien de la guerre n'est particulièrement évident.La capitale est comme tant d'autres en Amérique latine avec son marché et sa cathédrale, ses bidonvilles et ses « zonas rosas », sa poussière et ses bougainvilliers.On ne voit pas, à moins de les chercher, les milliers de « desplazados », ces rescapés de la campagne fuyant bombardements et invasions militaires, aujourd'hui entassés dans un sous-sol d'église ou tout autre camp bien cadenassé.FRANCINE PELLETIER collaboration spéciale On voit encore moins les quelque 900 prisonniers politiques tous incarcérés à proximité de la ville.On remarque tout aussi peu ces grands blonds à la voix tonitruante et à la carrure imposante qui sont l'indice de la presence américaine.Et nulle part ne voit-on, comme c'était fréquent il y a quatre ou cinq ans, de cadavres encombrant les rues au petit malin.On remarque, bien sûr, bon nombre de jeunes soldats salva-doricns.s'ennuyant devant de gros édifices, la mitraillette détendue.Parfois, un graffiti particulièrement éloquent attire l'oeil, comme ce « Vive la flèche dans le coeur de l'ennemi ».Mais en Amérique centrale tout cela fait partie du paysage, de la même façon que les murs de briques devant les ambassades et les inévitables fouilles des voyages en autobus.Ce n'est qu'après plusieurs jours passes dans la capitale qu'on note le bruit soudain des hélicoptères, le nombre de soldats a qui il manque un pied ou une jambe, le faux calme qui tombe sitôt la nuit venue, comme une guillotine sur la ville.et, finalement, cette désagréable sensation de quelque chose qui ne tourne pas rond.Six ans La guerre se poursuit depuis six ans.Depuis qu'une junte civile et militaire échouait lamentablement à renverser une dictature militaire vieille de 50 ans.L'histoire contemporaine du Salvador commence fin 1979, alors que la révolution sandinisle bat son plein au Nicaragua et qu'au Salvador, les forces d'opposition voyant que toute tentative de démocratisation s'avère impossible s'unissent en une coalition large, le Front de libération Farabundo Marti/Front démocratique révolutionnaire.La guerre de résistance devient « guerre d'insurrection ».Cette guerre, qu'on prévoyait très courte, serait vraisemblablement terminée (au profit de la guerilla) si ce n'était de l'intérêt croissant des États-Unis dans ce conflit.D'inexistente qu'elle était en 1979.l'aide américaine atteindra 511$ millions cette année.Le message est clair : l'administration Reagan ne tolérera pas une autre « insurrection communiste » dans la sphere d'influence des USA.a plus forte raison dans sa « cour arrière ».Les Américains sont en train d'expérimenter une nouvelle forme de guerre qu'on nomme « conflit de faible intensité » (CFI).On ne peut comprendre la situation actuelle au Salvador sans comprendre les enjeux de cette guerre en catimini.Il est intéressant de noter que dans la gradation des conflits établie par le Pentagone il y a quelques années, les CFI se trouvent tout en bas de l'échelle alors que la guerre nucléaire généralisée vient en tète de liste.La guerre nucléaire serait a éviter non seulement parce qu'elle est dangereuse mais parce qu'elle est impopulaire.Lt si le Pentagone a tiré une leçon du Vietnam, c'est bien qu'une guerre impopulaire est une guerre perdue d'avance.Or comment rendre une guerre, sinon populaire du moins acceptable, si ce n'est en la minimisant?C'est la définition même du «conflit de faible intensité ».Celui-ci a l'énorme avantage de ne pas attirer l'attention des médias et, donc, de ne pas alerter l'opinion publique Surtout \u2014 autre leçon du Vietnam \u2014 si on évite d'impliquer dans la bataille les troupes américaines.Des « nice guvs » Mais il y a plus.La stratégie du CFI est en train de changer le visage même de la guerre Dans un pays où les militaires se sont depuis longtemps mérité la réputation de tortionnaires et d'assassins, on essaie d'en faire des « nice guys », d'« humaniser » le conflit.Lors de la marche du 10 mai organisée cette année encore par les Comités des mères, les manifestantes furent soudainement inondées de petits dépliants lancés par hélicoptère.T\" 0 « Les forces armées reconnaissent le sacrifice des mères sal-vadoriennes », pouvait-on lire sous une photo d'un soldat tendant la main à une mère et à son enfant, le sourire aux lèvres.Si en envahissant un territoire, « les soldats se pointent avec des jouets et des bonbons sous le bras, explique un responsable du Secrétariat social de l'archevêché de San Salvador, c'est qu'il est devenu évident que la simple force armée ne résoudra pas la guerre ».Depuis un an et demi, c'est le concept de la « guerre totale » qui domine au Salvador, avec ses objectifs tant psychologiques, politiques, économiques que militaires.Bref, tout est mis en oeuvre pour gagner les « coeurs et les esprits » et ainsi couper l'herbe sous les pieds de la guérilla.Le responsable du projet contre-insurrectionnel au Salvador, le Colonel |ohn Waghelstein, le dit mieux que quiconque : « Duarte doit faire en sorte que les gens puissent travailler.S'il réussit, le FMLN ne pourra plus regrouper ses forces.ses combattants ne pourront même plus obtenir un verre d'eau froide de la population civile ».Cette nouvelle conception de la contre-guérilla risque-t-elle de faire pencher la balance en faveur du présent régime?« Il y a moins d'assassinats et de tortures, c'est vrai, admet un missionnaire laïc de l'Eglise presbytérienne.C'est ce qui fait dire à l'Ambassade américaine que tout va pour le mieux mais, en fait, il ne s'agit que de méthodes plus sophistiquées ».Toutes les personnes interrogées sur place sont d'ailleurs unanimes : les droits humains sont toujours bafoués, à la difference qu'aujourd'hui on choisit de « terroriser » plutôt que de « massacrer » la population.« La Policia nacional.poursuit-il, est devenue une véritable usine d'intimidation.On y garde les gens, qu'on a ramassés au hasard, pour interrogatoire.Si elle frappe, elle prend garde de ne pas laisser de marques.À la mise en liberté, au bout d'une ou deux semaines, la personne arrêtée (jamais formellement inculpée) est avisée qu'on la relâche « parce que nous vivons aujourd'hui en démocratie.» En avril dernier, Rhcna Hy-movich, une Canadienne membre de Salvaid, un organisme de solidarité pour le Salvador, était arbitrairement arrêtée.Privée de nourriture, de sommeil et de vêtements, elle fut relâchée après 72 heures de harcèlement quasi constant, le jour où « la torture allait commencer », lui a-t-on dit.Selon elle, on inflige de plus en plus régulièrement ce genre de traitement aux étrangers soupçonnés de se livrer au « terrorisme international ».Inierpellee moi-même par la police a l'entrée de Berlin, dans la région d'Usulutlan, avec deux autres journalistes, je devais être plus chanceuse.Le «commandante», courtois mais peu souriant, nous garda juste le temps de nous faire comprendre que « le Salvador est un pays libre ».mais que nous entravions son travail.Et quel travail ! Sur les murs de la caserne s'étalait cette inscription digne de mention : « Nous combattons jusqu'à la dernière goutte de notre sang pour que les générations futures puissent dire : La Policia nacional est un petit groupe de grands hommes qui luttent pour protéger notre chère patrie ».Promesses oubliées Si les militaires oublient souvent leurs bonnes manières, le Président de la République, lui, oublie ses promesses.C'est parce qu'il promettait de rétablir la paix et l'économie que (osé Napoléon Duarte s'est fait élire, il y a deux ans.Mais de paix il n'y a eu qu'une tentative avortée de dialogue avec le FMLN à l'automne 84 et, récemment, une déclaration à l'effet que les négociations reprendront cet été.Il faut dire que le FMLN a réussi, depuis un an et demi, à étendre ses activités dans 12 des 14 départements du pays, forçant ainsi l'armée à se lancer à sa poursuite avec l'objectif de « nettoyer » toute région infiltrée par les rebelles.Cette stratégie, inspirée du Vietnam, s'appelle « vider l'eau du lac » et implique qu'on évacue la population, déjà « terrorisée » par les bombardements, pour mieux isoler le FMLN.Personne n'est dupe au Salvador de l'image de démocrate que les Etats-Unis accolent à Duarte.Au contraire, plusieurs voient dans son election la première étape d'un projet contre-insurrectionnel fort complexe.Clairement manipulé (aucun président latino-américain ne visite plus souvent Washington), méprisé par les forces armées qui le considèrent trop Les réfugiés dans les camps sont prés de 700000, pour ne rien dire du demi-million qui se trouve à l'extérieur des frontières.La plupart sont des femmes et des enfants.Les Comités des mères ont organisé encore cette année, le 10 mai dernier, une grande marche pour la paix.Cela se voit dans les yeux.Même les enfants mènent une vie où les bons moments se font rare.« mou » (surtout depuis l'enlèvement de sa fille), depuis toujours accusé de « communisme » par l'extrême-droite, Duarte n'a plus beaucoup de crédibilité à l'heure actuelle.« Duarte?me répond une manifestante du 10 mai, c'est pire que les militaires ».L'économie Du côté de l'économie, il aura réussi exactement le contraire de ce qu'il espérait.Plutôt que d'apaiser les foules, il les incite à prendre la rue.San Salvador est la scène actuellement d'une remobilisation des organisations populaires attri-buable, en grande partie, aux mesures d'austérité imposées par le gouvernement.En février dernier, 80000 personnes répondaient à l'appel d'une nouvelle coalition de syndicats, l'Union nationale des travailleurs du Salvador, pour protester contre ces mesures et exiger « une fin négociée au conflit ».Rien de tel ne s'était vu depuis 1981 alors que les organisations syndicales, paysannes, étudiantes étaient écrasées sous une répression massive.Quoi qu'en dise l'ambassade américaine, le FMLN est loin de la déconfiture.Non seulement a-t-il réussi à étendre géo-graphiquement son territoire T mais il fait preuve, aussi, de versatilité dans ses méthodes: tantôt la guérilla urbaine, tantôt le sabotage économique, tantôt (et surtout) la guérilla « classique » avec l'attaque des installations et ressources militaires.De plus en plus, ils ont recours aux mines ce qui rend les incursions sur leur territoire plus coûteuses.Bref, de l'avis des observateurs, le FMLN aurait maîtrisé l'art de la guérilla.La victoire lui appartiendrait-elle donc?.« Personne ne peut gagner cette guerre, pas de la façon dont elle se présente actuellement », affirme Soeur Andrea.Et elle ajoute, catégorique: « Mais si les Américains arrêtaient de fournir une aide militaire, la guerre serait finie en cinq jours et le travail que nous tentons de faire ici pourrait enfin commencer ».Originaire de Calgary, aujourd'hui l'une des responsables de Cal le Real, le plus important camp de réfugiés de San Salvador, la truculente Soeur Andrea a récemment empêché à elle seule un détachement militaire, prétextant des voleurs dans l'entourage, de s'introduire dans le camp.Il est en effet difficile de dire qui tient le haut du pavé au Salvador, actuellement.Les analystes parlent d'un état « d'équilibre dynamique », chaque partie étant « capable de réagir aux améliorations de l'autre mais sans qu'aucune des deux ne parvienne à établir une marge décisive de supériorité ».C'est l'impasse, donc.Et il n'y a pas d'indice plus révélateur de cette impasse que les réfugiés eux-mêmes.Ils sont près de 700000, pour ne rien dire du demi-million qui se trouve à l'extérieur des frontières.« D'abord, il faut savoir que les gens ne viennent pas ici de leur propre gré, explique Soeur Andrea.Ils viennent parce que l'armée les y force ou parce qu'ils ne trouvent plus rien à manger.En général, les « campesinos », les paysans, préfèrent parcourir la montagne ou vivre sous les ponts plutôt que de laisser leur coin de terre.Et une fois ici, tout ce qu'ils espèrent c'est de rentrer chez eux.» Les réfugiés sont presque tous des paysans, en majorité des femmes et des enfants puisque les hommes sont soit morts, soit impliqués dans le FMLN, soit forcés de s'enrôler dans l'armée, qui a d'ailleurs triplé ses effectifs depuis le début de la guerre.«Ce sont des gens qui ont toujours été autosuffisants, dit Soeur Andrea, et qui se retrouvent maintenant dans ces enclos, apeurés, sans travail et complètement dépendants de ce que l'Église peut leur offrir : trois repas par jour, des soins médicaux, de la protection.Ils perdent tout contact avec l'extérieur et ne voient plus la situation du pays qu'en termes strictement individuels ».Interrogée pour savoir comment elle trouve la vie dans le camp, une vieille dame me répond : « C'est une vie bien sainte; on peut manger.» La plupart sont moins positives.Le regard lointain, elles se contentent de hausser les épaules, ou se hasardent : « On est à l'abri maintenant, mais.» \u2014 « Mais?» \u2014 « Falta l'alegria » (la joie fait défaut).« C'est facile de donner à manger aux gens; ce qui est difficile c'est d'entreprendre le processus nécessaire de rééducation, de réorganisation », dira plus tard le porte-parole de l'Archevêché.Ce processus était récemment amorcé par le Comité chrétien pour les personnes déplacées du Salvador mis sur pied il y a deux ans.Créé par les « desplazados » eux-mêmes, cet organisme agit un peu partout dans le pays.Mais quand et comment cette guerre d'usure s'achèvera-t-elle?La question se pose plus que jamais.Selon des analystes de la situation centro-améri-caine, il n'y aurait que trois possibilités : 1) la prolongation et l'intensification du conflit de faible intensité; 2) l'intervention directe des États-Unis (peu probable à l'heure actuelle); 3) une fin négociée au conflit qui tienne compte des revendications populaires.La dernière option est sans aucun doute la plus valable; elle apparaît aussi comme la plus lointaine.Car le succès du « projet d'autodétermination et de transformations sociales » ne dépend pas uniquement de l'ampleur des forces populaires.Il dépend aussi de la consolidation de l'identité centro-américaine, née, assez paradoxalement, dans la foulée de la politique interventioniste américaine et dont le groupe de Contadora demeure pour l'instant le symbole.Il dépend d'un mouvement beaucoup plus large, donc, qui dénonce la « prise en otage de l'Amérique centrale » dans l'équilibre des forces mondiales.Il dépend, finalement, de la solidarité internationale.Malheureusement la conscientisa-tion de l'opinion publique semble encore embryonnaire, partiellement à cause du « black-out » exercé par les médias.« Il va falloir, dit Soeur Andrea, se poser de grosses questions.À quoi sert l'aide canadienne au Salvador, par exemple.Ou mieux encore, quelle est la vraie nature du terrorisme?» De grosses questions, en effet, mais qui aident à rendre visible l'invisible. LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 19 JUILLET 1986 -SAMEDI FLOS- B 5 Évitons de jeter le bébé avec l'eau du bain Ministre des Finances du Québec de 1976 à 1984, Jacques Parizeau est aujourd'hui professeur à l'École des Haute études commerciales de Montréal.Aux lecteurs de LA PRESSE il fait part des réflexions que lui inspirent tes rapports des groupes de travail sur la privatisation, lo déréglementation et l'organisation gouvernementale.La présentation, en l'espace de quinze jours, de trois rapports de groupes de travail constitués par le gouvernement du Québec pour étudier la privatisation des sociétés d'État, la déréglementation et l'organisation gouvernementale, aura été un des exercices les plus significatifs que nous ayons connus depuis cette autre remise en question globale que fut le Rapport Parent sur l'éducation il y a plus de vingt ans.Il allait de soi que le Premier ministre et plusieurs ministres prendraient raidement leurs distances par rapport à ces trois textes.Un gouvernement ne prend pas de tournant à quatre-vingt-dix degrés.Il n'en reste pas moins que ces rapports représentent un virage majeur quant à l'orientation de la société québécoise, qu'ils proviennent de milieux d'affaires qui ont depuis peu acquis une autorité morale formidable dans la société du Québec, et traduisent des idées et des réflexes dont on sait à quel point ils sont répandus dans ces milieux depuis quelque temps.L'investissement En définitive, si l'on voulait résumer ces idées en quelques phrases, on pourrait aboutir à peu prés au constat suivant : l'intervention du gouvernement dans l'économie a coûté cher, a accru le fardeau fiscal, a entraîné des contrôles de plus en plus étouffants, a gêné le développement des affaires.Cela s'est traduit par un recul de l'investissement, donc de la croissance économique, a abouti a une recrudescence du chômage.Il faut donc réduire la taille et le poids de l'État, redonner plus de vigueur aux forces du marché, et c'est ainsi que les investissements augmenteront, que la croissance reprendra, que le consommateur et le contribuable seront mieux servis et que le citoyen réapprendra à respirer librement.Le virage qui s'impose alors peut être plus ou moins accusé.Que devrait-on viser comme modèle?En pratique, on ne va jamais le chercher bien loin.C'est invariablement de l'Ontario dont on parle.Et on agencera donc la réglementation québécoise pour que.comme le disait le Premier ministre, elle ne soit pas plus lourde que celle de l'Ontario.On réduira le secteur public d'entreprise au niveau de celui de l'Ontario.Et on cherchera à faire en sorte que les services publics ne coûtent pas plus cher qu'en Ontario.Les États-Unis servent aussi de caution morale à l'opération.On déréglemente là-bas avec énergie.Là-bas, pas ou peu de sociétés d'État.Là-bas.moins de services publics universels et donc moins d'impôts.La thèse est claire.Et elle est convaincante.À la condition, bien sûr, d'évaluer les faits.Le fait le plus important a probablement trait au niveau de l'investissement.Et pas de n'importe quel investissement.De l'investissement privé.Qu'un gouvernement s'endette pour investir n'est pas très significatif.Après tout il ne peut être qu'irrationnel, au mieux suspect, au pire mauvais.Le véritable test c'est 'investissement privé.Le découragement ou l'emballement de l'homme d'affaires, c'est par ses investissements qu'il se manifeste.Il va donc de soi que l'investissement privé au Québec doit avoir été écrasé depuis maintenant dix ans par cet Eta1 tentaculaire et oppressif, se mêlant de ce qui ne le regarde pas, et forçant ainsi l'homme d'affaires à aller se réfugier à Toronto, voire, s'il manque d'imagination à Hawkesbury, ou s'il est âgé, en Floride.Il y a des chiffres relatifs à l'investissement privé.Ils sont même compilés par Statistique Canada.Ét que disent-ils ces chiffres?Et pourquoi ne les voit-on jamais?voici au Québec (repoussant) et en Ontario (notre idéal), chaque année, en pourcentages d'aug-men.ation (ou de diminution) sur l'année précédente, les investissements privés, depuis quelques an- nées.\t\t \tQuébec\tOntario 1979\t+ 14.3 p.c.\t+11.8 p.c.1980\t+ 12.3\t+ 14.4 1981\t+ 10.7\t+ 15.5 1982\t\u20148.3\t-8.1 1983\t+ 10\t+2.2 1984\t+21.3\t+ 13.6 1985 (prel.)\t+ 14.5\t+20.6 Il est évident qu'entre le « repoussant » et « l'idéal », les differences sont sans doute moins accusées qu'on pouvait le subodorer.Mais, dira-t-on, il ne s'agit là que de pourcentages d'augmentation.Peut-être la situation au Québec est-elle à ce point catastrophique sur le plan des investissements, que I on ne fait que poursuivre ou prolonger une situation de crise.L'argument existe, effectivement.On l'a souvent entendu.Pour que la croissance soit assurée à un niveau suffisant, pour que le chômage se réduise substantiellement, il faut que chaque année on investisse une proportion élevée de la production nationale.Autrement on devient vé-tuste, de moins en moins rentable, de plus en plus pauvre.Dans les pays où l'on a compris cela, une proportion élevée de la production nationale est investie (voyez le lapon! 28 pour cent!).Au Québec, où le secteur public écrase tout, la proportion n'est que de 16 pour cent (en 1984).Pas étonnant que cela aille mal.Ah! si on s'alignait sur l'Ontario, si l'État pouvait enfin comprendre, et se faire plus petit, comme là-bas, comme cela irait mieux! comme on investirait! Et, alors, les faits, quels sont-ils?En 1984 (dernières données disponibles), alors que le Québec investissait 16 pour cent de toute sa production, quelle proportion de sa production l'Ontario investissait-il?)e défie qui que ce soit d'avoir vu ce chiffre depuis quelque temps où que ce soit.On n'en parle plus.Il est gênant.Il s'établit à 14.8 pour cent.Au cours des huit dernières années, le pourcentage de la production investi en Ontario, n'a été supérieur au même pourcentage au Québec, qu'au cours de deux années, et pour l'une des deux, la différence était de '/to de I pour cent.Il faut tirer la conclusion de cette confrontation des images et des faits.On peut bien vouloir réduire la taille de l'État québécois, remettre en cause ses fonctions, éliminer un bon nombre de ses interventions, mais on ne fera sûrement pas cela pour redonner aux hommes d'affaires le même goût d'investir qu'ils peuvent avoir en Ontario.Affirmer cela c'est se moquer du monde.Et c'est nier les faits.Payer moins d'impôts Alors pourquoi cette remise en cause de l'État?Le premier argument, le plus grossier, est le suivant : si l'État est dégraissé, il coûtera moins cher, on pourra baisser les impôts.Bien sûr.La preuve en est faite aux États-Unis.Là-bas.l'assurance-hospitalisa-tion et l'assurance-santé ne sont pas universelles.Donc ça coûte moins cher à l'État, donc les impôts sont plus bas.Tout à fait exact.Les gens, cependant, y sont aussi malades qu'ailleurs.Qui paye?Eux.Dans un système privé ?Oui.Moins cher que le nôtre?Pas du tout.Les dépenses de soins médicaux aux États-Unis représentent 10.6 pour cent du produit intérieur brut contre 8.2 pour cent au Canada.Les Américains payent donc moins d'impôts.Mais ils payent eux-mêmes (directement ou en s'assurant) leurs factures d'hôpital.Et au total, cela leur coûte plus cher.C'est pourquoi il faut les imiter.Nous tenons, cela va de soi.à payer moins d'impôts mais à dépenser plus.Cela n'empêche pas les fabricants d'images de nous promener dans ces hôpitaux américains administrés par le secteur privé qui sont tellement plus efficaces, tellement plus performants, tellement moins chers.On veut bien, mais comme disent les Anglais, « the proof of the pudding is in the eating ».Les Américains dépensent une proportion beaucoup plus élevée de leurs revenus en soins médicaux que les Canadiens.C'est là encore un fait.Alors, finalement, de quoi s'agit-il?Pourquoi nos «Sages» veulent-ils privatiser et déréglementer tout ce qui se présente dans leur colimateur.Ici, nous entrons dans une bizarre combinaison de réalisme et de mimétisme inspiré.Le réalisme C'est faire preuve de réalisme que de constater que depuis vingt-cinq ans.les gouvernements successifs à Québec ont, les uns après les autres, ajouté des sociétés d'État à celles qui existaient déjà, des réglementations à celles qui avaient déjà été adoptées, des conseils consultatifs à ceux qui déjà se consultaient.Il est temps de reconnaitre qu'on ne peut continuer à gouverner par additions successives.Il va de soi que des règlements ne servent plus à rien, que des sociétés d'État ont rempli leurs mandats, que d'autres ont été incapables de s'en acquitter correctement, que des conseils ne conseillent plus ou sont devenus gaga, que des tribunaux administratifs n'administrent plus que les préjugés de leurs membres.Le précédent gouvernement avait commencé à reconnaître la nécessité d'un grand ménage.La fermeture de la mine de minerai de fer de Gagnon et la location de l'usine de boulettage de Port-Cartier à l'U.S.Steel n'est pas un petit geste.Il est, financièrement, plus important que tous ceux qui ont été posés depuis.De même le nettoyage de la législation et de la réglementation que représente, à l'égard des compagnies d'assurance, la loi 75, n'a pas de correspondance dans ce qui a été fait depuis.On accepte, volontiers, cependant que le Parti libéral du Québec a fait de ce grand ménage un cheval de bataille et qu'il est juste qu'on le reconnaisse.Le mimétisme inspiré Le mimétisme inspiré, c'est tout autre chose.Il est indiscutablement vrai que dans beaucoup de pays aujourd'hui on privatise, on déréglemente, et on cherche à réduire la taille de l'État.La tentation est donc forte d'appliquer le slogan admirable de CKAC (« tout le monde le fait, fait-le donc »).Encore faut-il comprendre un peu pourquoi tout le monde le fait.Et alors, il faut établir un certain nombre de distinctions.On déréglemente aux Etats-Unis dans un certain nombre de secteurs.Les effets sont parfois spectaculaires (les tarifs aériens, par exemple).Mais le pragmatisme inhérent à la société américaine qui fait que l'on ouvre un marché à plus de concurrence, l'amène à intensifier sa réglementation quand un problème se présente : quarante Etats américains viennent en quelques mois de légiférer à l'égard de l'assurance responsabilité pour les professionnels et les corps publics, parce que les primes avaient trop monté.On nous parle de la première opération, pas de l'autre.Le président Reagan est maintenant célèbre chez nous pour sa tentative de réduire l'importance de l'État dans les programmes sociaux.Il l'est moins pour avoir doublé les commandes d'équipement militaire à l'industrie.On n'a pas réduit la taille de l'État aux Etats-Unis.On répartit les kilos différemment.Le poids est le même.Ce sont les mensurations qui ont changé.Il est vrai que le gouvernement de la Grande-Bretagne et bientôt celui de la France sont engagés dans de vastes opérations de privatisation de sociétés d'État.Il faut, cependant, ne pas oublier le contexte.Après la Deuxième Guerre mondiale, l'arrivée de la gauche au pouvoir dans ces deux pays a entrainé une sorte de vaste vengeance à l'égard de l'Histoire.On a nationalisé dans un climat de dogmatisme déferlant.Cela fait quarante ans maintenant que ce pendule dogmatique oscille entre les deux grands partis du Royaume-Uni.Un gouvernement conservateur a décidé d'aller plus loin que les autres et de coller le pendule à un mur, ce qui d'ailleurs lui permettait de régler des problèmes financiers à court terme.En France, l'arrivée des socialistes au pouvoir en 1981 a provoqué une autre vague de nationalisations pour des raisons aussi doctrinales que celles qui avaient motivé la première.Le nouveau gouvernement veut, lui aussi, peser sur le pendule.Pendant ce temps au Québec Tout cela, cependant, n'a pas grand-chose à voir avec la société québécoise et l'économie du Que bec.L'action des gouvernements du Quebec depuis vingt-cinq ans a visé deux grands objectifs distincts.Le premier de ces objectifs a consisté à protéger le citoyen contre les aléas de la vie et assurer l'égalité des chances.Dans ce sens le Québec participait à une mouvance qui touchait l'ensemble du Canada et un bon nombre de pays occidentaux.De l'assu-rance-hospitalisation à l'assurance-santé, de la Régie des rentes aux garderies, de l'éducation des adultes à l'accessibilité à l'université, on rejoignait l'assurance-chômage fédérale et les pensions de vieillesse, mais on rejoignait aussi un mouvement de la conscience universelle de notre époque.Le dosage de tout cela a correspondu à de profondes convictions, à un consensus très large.Il pose aussi des problèmes périodiques de contrôle des coûts, de qualité de services aux citoyens qui sont inévitables et qui doivent être sinon résolus au moins atténués.S'adresser à ces problèmes ne veut pas dire remettre en cause l'essence des programmes et leurs bases.Oui, des tickets modérateurs sont souvent nécessaires.Oui, il faut contrôler les abus dans l'aide sociale.Le gouvernement peut ne pas avoir l'argent nécessaire pour maintenir cinq ans de suite un étudiant de CEGEP aux études.Tout cela ne change rien aux objectifs fondamentaux de la protection contre les aléas de la vie et de l'égalité des chances.C'est de l'intendance, ou si l'on veut de la bonne administration.On peut, cependant, remettre en cause les objectifs.Mais, alors, qu'on le fasse clairement.Lorsque le groupe de travail sur la déréglementation écrit, par exemple, « Finalement, le régime du décret (de la construction) a permis d'établir un système d'avantages sociaux, et tout spécialement, de pensions transférables au bénéfice de tous les travailleurs de l'industrie.Il s'agit là d'une réalisation unique, qui aurait été impossible sans le décret, à cause de la relation éphémère qui existe entre chaque salarié et chaque employeur » et conclut qu'il faut abolir le décret, on ne parle plus d'intendance; on vient de changer le mode de vie de 150 000 travailleurs.Cette ambiguïté, ce clair-obscur, ils touchent les trois rapports de groupes de travail.D'une amélioration de l'intendance, on glisse invariablement vers les objectifs, les caractéristiques essentielles de la société que nous avons fait évoluer.La construction de l'économie Nulle part est-ce plus visible qu'à l'égard du deuxième objectif de l'activité gouvernementale, c'est-à-dire de la construction de l'économie du Québec.Au début des années I960, nous nous trouvons placés à une sorte de croisée des chemins.Il est évident que le Québec, comme partie du Canada, ne peut plus compter sur une avalanche de capitaux américains.Les investissements des multinationales recommencent à se répartir à travers le monde et nous ne sommes plus une société privilégiée par elles.Le déplacement de capitaux et des hommes de Montréal vers Toronto est déjà commencé et on ne voit pas qu'il puisse s'arrêter.Le secteur privé francophone des entreprises est faible, encore timide et donc incapable de donner une impulsion véritable à l'économie du Québec.C'est sur ce triple constat que le secteur public québécois d'entreprises va être construit.Il est unique en Amérique du Nord.Il ne ressemble à rien.Rapidement il va s'associer étroitement aux intérêts privés, à \\z fois pour les appuyer et pour, a certains moments, les orienter.Des ressources énormes vont être mobilisées dans le secteur pub'ic, qui n'auraient jamais été utilisables autrement.En combinant ces ressources du secteur public avec une série de dispositions fiscales que l'on aurait bien été incapables d'établir si le Québec n'avait pas perçu lui-même ses impôts, on a pu établir graduellement un bon nombre de centres de décisions économiques autochtones alors qu'on en avait fort peut en I960.Des centaines d'entreprises se sont appuyées sur ce secteur public.Une série d'opérations majeures auraient été impossibles sans lui.Provigo est littéralement l'enfant de la Caisse de dépôt.Sans la SGF la pétrochimie au Québec se serait écroulée.Sans la SGF, Domtar n'investirait plus un sou au Québec.La rationalisa- 1 tion des scieries de la Gaspesie repose essentiellement sur Rexfor.Et veut-on compter le nombre d'usines qui se sont installées au Québec à cause des commandes d'Hydro-Québec ?Peut-on demander aux hommes d'affaires dont les entreprises ont été sauvées par la SDI à l'occasion de la récession de 1982, de lever la main?Au moment où nos «Sages » demandent le démantèle-! ment de la SDI, l'exercice serait intéressant.' ! Et le RÉA?Il fausse les règles du marché bien plus que n'impor- .te quelle intervention d'une société d'État.Est-ce une erreur de l'avoir établi?Que Cascades ré- j ponde.Certains diront « mais tout cela c'est de l'histoire.Le secteur privé J est maintenant assez solide pour, i prendre la relevé, toute la nèlè- J ve ».En est-on si sûr?Combien! de groupes québécois peuvent demander un « ruling » de l'impôt ; fédéral, en obtenir 600 millions ! de dollars, acheter Gulf, et entrap- \" ner une réorganisation de (Industrie pétrolière au Québec?1 Nous vivons dans un monde de mastodontes, d'ententes entre \u2022 mammouths, de groupes gigan- ; tesques qui mobilisent les ros sources et les distribuent a travers.'.les frontières.La construction d'une éçono: mie québécoise qui ne soit pas.essentiellement dépendante de décisions extérieures à notre société est très avancée.11 faut être d'un optimisme un peu délirant pour s'imaginer que l'opération est maintenant terminée.Ou alors il faut faire passer son idéologie avant les faits.Ou alors encore, il faut s'appuyer sur un réflexe bien connu des psychiatres et qui s'appelle la mise à mort du père.L'eau du bain Concluons donc.La société J québécoise a fait à tous égards des progrès étonnants depuis la Revo* '.lution tranquille.Elle a pu sap- \u2022 puyer sur de tris larges consensus pour traduire ses besoins ou ses aspirations et pour mettre en place les instruments de son évolua tion.Elle n'a pas si mu1 réussi à accroitre le niveau de vie de ses citoyens.Elle est aux prises avec des problèmes d'intendance, dé remise en ordre, d'administration en quelque sorte qui ne sont pas secondaires.En somme, il faut la» ver le bébé.Il faut aussi éviter de jeter le bébé avec l'eau du bain.; B 6 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 19 JUILLET 1986 -SAMEDI PUIS IL Y A 50 ANS, LA GUERRE D'ESPAGNE La rébellion de Franco déclenche la guerre civile ¦«On fusille ici comme on déboise».L'image, terrifiante, est de Saint-Exupéry de retour d'un reportage sur la guerre d'Espagne en août 1936.Çe qui devait être un coup d'État a tourné à la guerre totale.Une guerre civile qui déchirera l'Espagne pendant 30 mois et qui fera environ bOOOOO morts selon les uns, un million selon d'autres; la comptabilité de l'horreur manque parfois de précision.Tout commence le soir du 17 juillet 193b.À trois heures, cette nuit-la, le général Francisco Franco, «éloigné» aux Mes Canaries, est réveillé par l'arrivée d'un télégramme: l'armée s'est emparée de tous les postes de commande sur le territoire marocain.À 5 h 15.sur les ondes de la radio de Teneriffe, Franco annonce une «guerre sans merci.a ceux qui oeuvrent, ouvertement ou non, en vue de détruire l'Espagne».À l'aube du 19 juillet.Franco rejoint au Maroc l'armée d'Afrique au sein de laquelle il a gagné ses galons et qu'il fera traverser en Espagne dans des avions prêtés par Mussolini.La rebellion gagne la plupart des casernes de la péninsule ibérique, sauf au pays basque, à Barcelone et à Madrid.Le gouvernement légitime n'a plus, pour se défendre, que la police et des « milices ouvrières» dont le sens de la discipline ne réussit guère à étouffer les tendances à l'anarchisme.La république de gauche serait vite tombée, estime-t-on, s'il n'y avait eu l'épisode de I Alcazar de Tolède.Dès le 18 juillet, des rebelles s'y enferment et offrent aux «Rouges» une résistance dont le récit fait aujourd'hui partie des classiques du genre.L'armée de Franco devra retarder sa marche sur Madrid pour aller secourir les résistants de l'Alca-zar.Ce contretemps permettra l'arrivée dans la capitale des premiers bataillons des célèbres brigades internationales.Madrid allait maintenant résister pendant plus de deux ans.Dimension mondiale Installé dans la durée, le conflit espagnol prend une dimension internationale qui en fait le véritable prélude à la Deuxième Guerre mondiale.D'un côté, le Frente popular, union des mouvements de gauche d'Espagne, dont le projet de réforme agraire fait trembler les grands propriétaires.Ce gouvernement réformiste maintenant menacé se rallie d'emblée la sympathie agissante des «progressistes» du monde entier.De l'autre côté, les défenseurs de l'«Ordre», les nationalistes, ont, outre l'Eglise catholique, des alliés naturels et puissants: l'Allemagne de Hitler et l'Italie de Mussolini qui vient d'ailleurs d'annexer l'Ethiopie.C'est la grande bataille du socialisme contre le fascisme.Traduit en langage d'état-major, cela signifie, du côté de Franco, l'appui de la légion allemande Condor, première unité moderne d'avions bom- II ne restait que des ruines, le 26 avril 1937, après le raid aérien allemand sur la ville de Guernica, dans le territoire basque.Le bombardement avait duré trois heures.photothèque LA PRESSE bardiers et de quelque 70000 volontaires fascistes italiens.Ces forces se joignent à l'ensemble des traditionnalistes espagnols qui feront leur unité en 1937 sous l'appellation de Phalange.Dans le camp gouvernemen- tal, la seule force vraiment disciplinée et efficace qui finisse par émerger, au prix de sanglantes querelles intestines, est le parti communiste, jusque là plutôt marginal en Espagne.C'est que les appuis aux républicains, en dehors de ceux de l'URSS et des communistes d'Europe, se font plutôt rares.La France de Léon Blum, elle aussi pourtant à l'heure du Front populaire, décide de donner l'exemple: «Nous voulions empêcher l'Allemagne et l'Italie d'envoyer à Franco des armes et des hommes.Et pour l'interdire à l'Allemagne et à l'Italie, nous nous l'interdisions à nous-mêmes», expliquera Léon Blum.Résultats: ce seront essentiellement des brigades communistes, recrutées un peu partout dans le monde qui constitueront le fer de lance de la résistance républicaine.Elles compteront de 30 à 40000 hommes, dont certains deviendront connus après la guerre: Walter Ulbricht, Tito, Togliat-ti, Enver Hodja.D'autres, plus obscurs, ne sortiront vivants des champs de batailles d'Espagne que pour aller périr devant les pelotons de Staline.L'écrivain André Malraux prend part aux combats dans une unité d'aviation qu'il a lui-même aidé à constituer.C'est à cette époque qu'il appartient d'avoir créé l'expression d'« intellectuels engagés».Les écrivains, sans doute ébranlés par l'exécution du poète Federico Garcia Lorca, s'enflamment pour la cause républicaine, qu'il s'agisse de Georges Bernanos ou d'Ernest Hemingway, d'Arthur Koestler, de François Mauriac, de George Orwell ou du philosopohe Miguel de Unamuno.Un des plus poignants témoignages ne sera pourtant pas celui d'un écrivain mais d'un peintre.L'Espagnol Pablo Picasso fixe dans Guernica la terreur qui saisit le monde à la vue d'un nouveau genre de cataclysme : la destruction d'une ville par un bombardement massif de l'aviation.Hitler comprend, lui, qu'un nouveau type de guerre est né.Six mois sépareront la fin de la guerre d'Espagne de l'invasion de la Pologne.La 44e crise politique serait-elle différente?m Vingt-deux jours après le ™ debut de la crise, le ministre des Affaires étrangères italien Giulio Andreotti, chargé par le président de la république Francesco Cossiga de former un nouveau gouvernement, a dû hier renoncer à sa tâche.Suite: dire en Italie d'une crise politique qu'elle est Danièle BLAIN collaboration spéciale «particulièrement difficile» sert habituellement à titiller l'attention d'un électorat plus que blasé.Mais cette fois, la difficulté est réelle et rend hasardeuse toute prédiction sur l'issue de la 44e crise politique que traverse l'Italie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.Le 27 juin dernier, une heure à peine après un vote de confiance remporté sans problème, le gouvernement italien était battu à la faveur d'un scrutin secret sur un projet de loi portant sur le financement des autorites locales, non que la coalition à cinq (démocrates-chrétiens, socialistes, républicains, sociaux-démocrates et li- béraux) ne dispose pas en Chambre de la majorité nécessaire: à comptes faits, la responsabilité de la défaite était imputable à 72 «francs-tireurs» issus des rangs de la majorité qui avaient voté contre leur propre gouvernement.Constitutionnellement, le président du conseil (premier ministre) Bettino Craxi, socialiste, se devait de démissionner, tandis que les deux principaux partis de la coalition, la Démocratie chrétienne (DC) et le Parti socialiste (PSI) s'attribuaient réciproquement la responsabilité de l'événement.Rien n'est impossible: au lendemain des élections régionales en Sicile, au terme desquelles les résultats du PSI se sont avérés inférieurs aux prédictions, on peut croire que certains socialistes aient jugé qu'il était temps que Craxi se consacre davantage à la vie interne du parti, mais il est tout aussi probable qu'un groupe de députés de la DC aient décidé que l'heure était venue pour leur parti de reprendre la place qui, disent-ils, lui revient de droit.Le secrétaire général de la DC Ciriaco de Nita ne répète-t-il pas depuis des mois qu'il est normal que le parti qui détient la majorité relative (le sien) préside le gouvernemetn ?Record de longévité Que le torchon brûle depuis des mois entre la DC et le PSI n'est un secret pour personne.Objet de leur affrontement, la soi-disant «alternance» à la présidence du conseil : pour les démocrates-chrétiens, Bettino Craxi s'est engagé au moment de son élection en août 83 à passer la main à mi-chemin de la législature, qui devrait prendre fin en 1988.Les socialistes répliquent invariablement qu'un tel accord n'a jamais existé et qu'il n'y a par ailleurs aucune raison pour changer quoi que ce soit au sein d'un gouvernement qui détient le record de longévité depuis les débuts de la République.Mais l'Italien moyen n'est pas dupe: présider le gouvernement signifie être au centre de la vie politique nationale.Tout en ne récoltant que quelque 12 pour cent des voix aux dernières législatives, le PSI se sait indispensable à la constitution de quelque majorité que ce soit et entend profiter à fond de cette «position de rente».Pour l'homme de la rue.la DC, forte des résultats des élections siciliennes pour elle extrêmement positifs, a simplement décidé de mettre fin à la manoeuvre socialiste.Au lendemain de la crise, tous les partis de la coalition ont réitéré au président du Sénat, Amintore Fanfani (DC), chargé des premières consultations, leur foi en l'actuelle formule gouvernementale et tous ont rejeté l'hypothèse d'élections législatives anticipées: seuls les socialistes faisaient un pas de plus et refusaient à l'avance de participer à un gouvernement présidé par un démocrate-chrétien.Tradition La tradition veut que le président de la république confie d'abord au président du conseil sortant la tâche de tenter de former un nouveau gouvernement.Pourquoi Francesco Cossiga, pourtant informé par Fanfani de la position socialiste, a-t-il décidé de brûler les étapes et de nommer immédiatement l'actuel ministre des Affaires étrangères, le démocrate-chrétien Giulio Andreotti, en lieu et place de Craxi?Sphinx de la politique italienne sur la scène de laquelle il évolue depuis 1947, mêlé à tous les grands scandales qui ont secoué depuis 30 ans la vie politique de la péninsule, convoqué 29 fois devant la commission parlementaire chargée d'enquêter sur le comportement des ministres et ex-ministres et 29 fois absous, Giulio Andreotti, dit «le renard», est aussi l'un des adversaires les plus virulents du PSI au sein de son parti, et l'un des tenants du dialogue avec les communistes.Sa nomination, pour les socialistes, ajoutait l'insulte à l'injure.Le refus de collaborer de Bettino Craxi et les siens, qui réclament un retour aux premiers moments de la crise, ne pouvait se faire que plus déterminé.Andreotti comptait-il sur sa longue expérience et sur ses indispensables capacités de médiateur pour ramener les socialistes à de meilleurs sentiments?La situation actuelle donne à penser que les obstacles sur la voie d'une recons- truction de la majorité se sont avérés plus ardus que prévu.Problème de fond À travers les luttes et les conflits, des voix s'élèvent de plus en plus nombreuses qui soulignent que le problème de fond réside dans le système d'élections proportionnelles qui obligent en Italie le regroupement forcé au sein d'une coalition gouvernementale d'intérêts et d'idéologies divergents.Les frictions qui en résultent ne peuvent mener qu'à ces crises auxquelles les Italiens sont si habitués.Au moment d'écrire ces lignes il est encore possible que démocrates-chrétiens, socialistes, républicains, socio-démocrates et libéraux retrouvent une fois de plus une unité de façade au nom des intérêts de la nation.Il est possible aussi que de consultations en rencontres on aille aux élections législatives anticipées.L'unique certitude demeure que, quelle que soit l'issue de cette crise elle ne suffira pas à transformer les équilibres instables qui constituent depuis des années l'image de marque du fameux «miracle à l'italienne».DANS LE COIN DU BUREAU OVALE La géographie du pouvoir Jean-François Lisée collaboration spéciale \u2014 WASHINGTON \u2014 Don ^ Regan, chef de cabinet du président et second homme le plus puissant du pays, possède un teint naturellement rosé.11 a tourné au rouge l'an dernier pour une question de bureau.Il venait d'apprendre que son rival Robert McFarlane, conseiller présidentiel pour la sécurité nationale, s'apprêtait à déménager ses affaires de son bureau du sous-sol de la Maison-Blanche à celui du rez-de-chaussée, côté nord-ouest, dangereusement proche de l'oreille présidentielle dont Don Regan convoitait le monopole.Le déménagement n'était qu'un épisode de l'affrontement Regan-McFarlane qui s'est terminé par le départ de ce dernier en décembre.Mais il est caractéristique de l'importance accordée à la géographie du pouvoir dans l'entourage présidentiel.L'aile « est » de la Maison-Blanche est réservée au personnel de la première dame du pays, l'aile « ouest », centre du pouvoir, est occupée par les proches du président.Voisin de la Maison-Blanche, l'Old executive building (oeb), énorme édifice victorien, héberge l'essentiel des services présidentiels.« Les gens sont prêts à tuer pour avoir un bureau dans l'aile ouest », confie le lobbyiste controversé Micheal Deaver, exconseiller du président Reagan qui occupait la pièce adjacente au bureau ovale.« Ils sont prêts à prendre n'importe quoi.Vous voyez des gens qui préfèrent travailler dans des garde-robes, serrés dans un coin, plutôt que d'occuper un vaste bureau avec foyer dans l'oeb.Ils veulent pouvoir dire qu'ils travaillent dans l'aile ouest.» Edward Rollins, directeur politique du président, avait ainsi quitté l'élégant bureau 175 de l'oeb (longtemps utilisé comme refuge par Richard Nixon) pour se rabattre sur un plus petit espace, au second étage de l'aile ouest.Robert Tuttle, directeur du personnel, insistait aussi pour avoir son coin dans l'aile, même si les employés de son service sont logés dans l'oeb.« C'est moi qui dirige le spectacle », lui a signifié Don Regan.« |e ne veux pas que vos adjoints traversent la rue à lon- gueur de journée pour vous voir dans l'aile ouest.» La situation du bureau n'est pas le seul indicateur du pouvoir dans l'entourage du président.Les places de stationnement sont un bon signe.Ceux qui peuvent se garer dans la rue (fermée à la circulation) qui longe la Maison-Blanche à l'ouest sont en position de force.Ceux qui ont accès à la loge présidentielle au Kennedy Center (le président n'y va presque jamais) sont membres du gratin.Avoir son nom sur la liste « a » donne droit à une plus grosse voiture que celles qu'utilisent les démunis de la liste « b ».Mais ces bonbons ne sont que peccadilles en comparaison de l'importance accordée à la dis- tance qui sépare son bureau de celui du président.S'installer dans l'aile ouest n'est d'ailleurs qu'un premier pas, comme on l'a vu dans l'affaire McFarlane.Certains sont plus élus que d'autres dans l'aile, où le rez-de-chaussée est plus convoité.Les bureaux avec fenêtres sont un cran au-dessus.Don Regan cumule : rez-de-chaussée, fenêtres et patio personnel.Le bureau de McFarlane \u2014 premier étage, fenêtres \u2014 était occupé avant lui par Henri Kissinger, qui l'avait décoré de peintures modernes violette.Ensuite, Zbi-gniew Brzezinski, le conseiller de Carter, y avait mis une table ovale à laquelle il recevait à déjeuner l'ambassadeur soviétique Anatoly Dobrynin.Le bureau est maintenant occupé par l'amiral Poindexter, successeur de McFarlane.L'éloignement de l'antre du pouvoir est aussi significatif que le rapprochement.Quitter I aile ouest pour l'oeb trahit une déchéance certaine.À l'oeb (que les initiés appellent « old exec », les étoiles montantes croisent les naufragés du pouvoir, et certains sont plus déchus que d'autres.La distance par rapport au rez-de-chaussée est inversement proportionnelle à la puissance encore détenue.« Que Dieu vous aide si on vous déménage soudainement au quatrième étage de l'oeb » dit un responsable de la Maison-Blanche.« Là-bas, ils appellent ça le couloir de la mort.» I -i "]
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