La presse, 24 mars 1986, B. Informations nationales
[" Le Canada § des autres J Michel Vastel DJFQEM/XTIONS NATIONALES LA PRESSE, MONTRÉAL, LUNDI 24 MARS 1986 Social - démocratie: 3 Néo - conservatisme: 0 mm OTTAWA \u2014 Depuis 18 mois que les conserva-™ teurs ont pris le pouvoir à Ottawa, ils en sont à leur troisième défaite dans une élection provinciale.Et, dans ces olympiades canadiennes de la politique provinciale, il reste encore cinq manches à jouer dont une seule, en Alberta, promet d'être facile pour eux.Pour mémoire, à la fin de 1970, deux ans après l'arrivée au pouvoir de Pierre Trudeau, il y avait encore six gouvernements libéraux dans les capitales provinciales ( plus deux créditistes, un néo-démocrate et un seul conservateur, en Ontario ).Bien qu'il s'en défende, ces trois élections provinciales représentent des défaites personnelles pour Brian Mulro-ney.En Ontario, le premier ministre fédéral a fait bruyamment campagne pour l'ancien premier ministre Frank Miller.Au Québec, le bureau de M.Mulroney a défendu mollement à certains de ses ministres, comme Michel Côté dans la région de Québec, de donner un coup de pouce aux candidats de Pierre-Marc lohnson.Et au Manitoba, c'est un véritable blitz d'une douzaine de membres du cabinet fédéral qui était organisé dans la dernière semaine de la campagne électorale.Brian Mulroney En Saskatchewan, les conservateurs de Grant Devine font aujourd'hui la plaisanterie suivante: déclenchons les élections pendant le séjour pascal de Brian Mulroney en Floride, et tenons le vote pendant sa tournée asiatique en mai.Et le plus préoccupant pour les conservateurs, ce ne sont pas tellement la victoire d'Howard Pawley ou la défaite personnelle de leur petit cousin manito-bain, Gary Filmon.L'élection du chef libéral Sharon Carstairs, et un vote populaire de 14,7 p.cent, soit plus du double de ce que le parti obtenait en 1981, confirme la remontée du parti de [ohn Turner dans l'Ouest: au niveau fédéral, les libéraux sont maintenant deuxièmes au Manitoba, avec 31,5 p.cent des intentions de vote, quatre points en avance sur les néo-démocrates d'Ed Broadbent et moins de neuf points en retard sur les conservateurs.Avec un tel vote, le Parti libéral peut espérer aller chercher plus de deux sièges autour de Winnipeg, ce qu'il n'a pas obtenu dans la province depuis.1963! Une victoire de la social-démocratie Les conservateurs manitobains étaient pourtant allé chercher un homme du centre pour battre Howard Pawley.Gary Filmon, fils d'immigrants polonais, ouvriers du vêtement, est un produit des écoles publiques.Ses parents étaient tellement modestes qu'il couchait à terre, dans leur chambre, avec sa soeur.Mais Gary Filmon était pris avec la moitié d'un caucus hérité de Sterling Lyon.Les Manitobains se sont donc également partagés ( 41 p.cent des suffrages exprimés ) entre conservateurs et « vrais » néo-démocrates.Le découpage de la carte électorale a fait le reste: 31 sièges au NPD, 25 au PC et un au PL.Dans une province où 56 p.cent des électeurs se disaient satisfaits du gouvernement sortant, Howard Pawley méritait sans doute de gagner.Il proposait en effet aux Manitobains un gouvernement qui « se tient debout »: ¦ face aux compagnies pétrolières par exemple, qu'il va obliger la semaine prochaine à couper les prix de 9,5 cents le litre d'essence pour s'aligner sur les prix mondiaux ( le litre d'ordinaire devrait alors coûter de 43 à 45 cents ); ¦ face au gouvernement fédéral dont la part dans le financement des programmes à frais partagés tombera de 50 à 37 p.cent à la fin du programme de coupures en 1987 ( Brian Mulroney peut s'attendre à de difficiles négociations l'an prochain ); ¦ face au secteur privé, à qui Pawley va imposer le principe de l'équité des salaires pour les différentes catégories de personnel et à qui il a déjà fait accepter une taxe sur la masse salariale pour compenser les coupures d'Ottawa, une taxe qui frappe donc surtout les riches et qui épargne chômeuis, retraités et assistés sociaux.L'effet Domino La « grosse machine bleue » du Parti conservateur avait investi beaucoup dans cette élection: sa propre compagnie de sondages \u2014 Décima Research \u2014 et l'un de ses meilleurs organisateurs, John Las-chinger, s'étaient mis au service de Gary Filmon.Ils craignaient en effet que l'élection manitobaine ne déclenche une vague qui renverse sur son passage les gouvernements de Saskatchewan et de Colombie-Britannique.Professionnels néo-démocrates et conservateurs s'accordent de courtes vacances et on peut être assuré de les revoir à Regina dans quelques semaines.Le directeur national du PC canadien, jerry Lam-pert, vient pour sa part de rejoindre Bill Bennett et ses liens avec la « Big Blue Machine » assureront au premier ministre de Colombie-Britannique de précieux appuis cet automne, lorsqu'il se lancera à son tour dans une campagne électorale.À l'autre bout du pays, les Dalton Camp, Norm Atkins et Hugh Segal, qui jetaient tout leur poids dans la bataille que Richard Hatfield menait pour sa survie, l'automne dernier, commencent à réviser leur jugement et on les dit prêts à laisser tomber le premier ministre du Nouveau-Brunswick pour éviter le désastre.À Ottawa, les ministres fédéraux répètent volontiers, à qui veut bien les écouter, qu'on assiste à un retour normal des choses: Pierre Trudeau n'a-t-il pas perdu tous les gouvernements provinciaux, les uns après les autres?« Oui mais il a bien failli perdre les élections en 1972 », ai-je lancé à un ministre ontarien la semaine dernière.« Croyez-vous que |ohn Turner soit plus facile a vendre au Québec que Robert Stanfield?», demanda-MI, d'un air inquiet.LE QUALIFIANT D'OBJECTEUR DE CONSCIENCE Pelletier visite Jacques Hébert I OTTAWA \u2014 L'ancien minis-™ tre Gérard Pelletier a rendu visite hier au sénateur Jacques Hébert, un ami de longue date.MARIE TISON de la Presse Canadienne Le sénateur Hébert en était hier à sa I4ème journée de grève de la faim, refusant toujours de prendre toute nourriture tant que le gouvernement ne sera pas revenu sur sa décision d'abolir le programme Katimavik.M.Pelletier, qui a été ambassadeur du Canada à Paris de 1975 à 1980, secrétaire d'Etat et ministre des Communications dans le cabinet Trudeau, n'a pas voulu répondre aux questions des journalistes.« C'est une visite que je rends à mon ami que je n'ai pas vu depuis 15 jours, a-t-il déclaré.|'ai dit par ailleurs a la radio, à la télévision, et j'ai écrit dans les journaux tout ce que j'avais à dire là-dessus, j'ai vraiment couvert le sujet en ce qui me concerne ».Dans une lettre parue dans les médias mercredi dernier, M.Pelletier a apporté son soutien au sénateur, défendant son objectif et le moyen utilisé.II s'est notamment employé à démontrer que le geste du sénateur n'était pas anti-démocratique, contrairement à ce qu'avait soutenu le premier ministre Brian Mulroney.M.Pelletier avait comparé l'initiative de M.Hébert à un geste de la part d'un objecteur de conscience.Les deux hommes se sont retirés à l'écart des microphones hier, pour discuter pendant un bon moment.Rameaux M.Hébert, qui recevait également la visite de sa femme et de son petit-fis Maximiliano, a continué à recevoir des appuis de visiteurs, certains venus lui remettre des rameaux à la sortie de la messe dominicale, à une semaine de Pâques.La Chambre des communes siégera pour la dernière fois mercredi, pour ne reprendre que le 7 avril.Si le conflit n'est pas réglé à cette date, M.Hébert en sera alors à sa 29ème journée de jeûne, ce qui ne manque pas d'inquiéter son entourage.Dans une lettre au premier ministre jeudi et en conférence de presse vendredi, le sénateur a proposé une ouverture, soit la réinstauration de Katimavik pour un an, le temps de le réétudier.M.Hébert espère recevoir une réponse de M.Mulroney aujourd'hui.Hier, il s'est dit particulièrement épuisé, après une mauvaise nuit.« Aujourd'hui, pour la première fois, je me sens vraiment affaibli, a-t-il déclaré.Même le fait de parler me fatigue beaucoup ».Son médecin, le Dr Byron Marshall Hyde, s'est cependant montré très optimiste.Sa pression est excellente, son pouls est moins rapide, et son coeur ne bat plus irrégulièrement, comme il le faisait au milieu de la semaine, a expliqué le Dr Hyde.« Pour l'instant je n'ai pas peur pour lui, en espérant que ça ne va pas durer longtemps », a-t-il ajouté.Il a déclaré que le sénateur ne pourrait pas jeûner plus d'une quarantaine de jours.M.Hébert a des problèmes d'ordre musculaire, ce qui expliquerait ses difficultés à dormir.Le Dr Hyde prévoyait lui amener un massotherapeute hier soir, pour l'aider à éliminer ses toxines.Katimavik Le secrétaire d'Etat Benoit Bouchard a annoncé le 29 janvier dernier l'abolition de Katimavik, créé il y a 10 ans par le sénateur Hébert.Les participants au programme reçoivent $1 par jour pendant neuf mois, ainsi qu'une prime de $1,000 à la fin, en échange de travaux à caractère communautaire.Le sénateur, après avoir présidé un comité sénatorial sur la jeunesse et rendu public un rapport faisant état d'une « génération sacrifiée », a organisé dès la mi-février une opposition à la décision gouvernementale.Dans une lettre au premier ministre datée du 10 mars, il a déclaré avoir épuisé tous les moyens démocratiques mis à sa disposition, et il a entrepris ce même jour une grève de la faim.Tout au long de son jeûne, il a soutenu que la réinstauration du programme Katimavik ne serait que le signe d'une « sensibilité nouvelle aux problèmes de la jeunesse », et le prélude à une politique globale.Les conservateurs, ainsi que de nombreux éditorialistes et commentateurs à travers le pays, se sont attaqués à son objectif et à son geste.Ils ont soutenu que Katimavik n'était pas un programme de création d'emploi, qu'il coûtait trop cher et qu'il ne touchait pas assez de jeunes.Ils ont ajouté que la situation des jeunes était bien pire il y a trois ans.et que le sénateur avait un problème de crédibilité, étant le fondateur de Katimavik.Ils ont affirmé également que le sénateur n'avait pas utilisé tous les moyens démocratiques à sa disposition, et que sa grève de la faim était une manière de chantage qui n'avait pas vraiment sa place dans une démocratie.Cependant, le sénateur a reçu des appuis de tout le pays et même des Etats-Unis et de l'Australie, où le programme Katimavik a été étudié et adapté.Les télégrammes de soutien arrivent par centaines tous les jours au Sénat, et des pétitions portant des milliers de noms ont déjà été recueillies.« Le premier ministre aurait raison de ne pas bouger pour un seul homme, a déclaré hier M.Hébert.Mais je ne suis pas seul ».AVIS DU CPQ AU GOUVERNEMENT Coupez le nombre de fonctionnaires n Tout en appuyant le gouver-\u2014 nement Bourassa dans sa lutte contre le déficit, le CPQ lui suggère de couper, à cette fin, dans les effectifs de l'Etat, sans toutefois toucher aux réseaux de l'Education et des Affaires sociales qui ont, selon l'organisme, suffisamment souffert des coupures budgétaires imposées ces dernières années.Selon le Conseil, la fonction publique québécoise paraît hypertro- M.Ghislain Dufour.phiée si on la compare à celle de l'Ontario.Ainsi, on compte 16.4 fonctionnaires par 1,000 habitants au Québec, soit 2.3 de plus que dans la province voisine.Les fonctionnaires québécois bénéficient d'ailleurs de meilleures conditions salariales et reçoivent, selon les chiffres cités par le CPO, un traitement annuel moyen d'un peu plus de $20,000, soit $3,000 de plus que leurs confrères ontariens.« La question qu'il faut se poser, a souligné hier le vice-président exécutif du CPQ.Ghislain Dufour, c'est comment se fait-il que l'Ontario, qui est une province plus riche et dont le produit national brut est plus élevé que celui du Québec, a besoin de moins de fonctionnaires ?».Sans vouloir pointer du doigt les organismes ou ministères où cette médecine amaigrissante devrait s'appliquer, M.Dufour a néanmoins mis en cause l'existence des Centres de travail du Québec, qui doublent selon lui les services offerts déjà par le gouvernement fédéral.Le même phénomène se produit dans le domaine de l'immigration, a-t-il ajouté.En plus de certains ministères, les régies d'Etat constituent une cible de choix pour « l'opération-dé-graissage », estime le CPQ, qui fait cependant une exception : le gouvernement ne devrait pas toucher au budget de la Commission de la Santé et de la Sécurité au travail ( CSST ).& Etendu sur un fauteuil du Sénat, Jacques Hébert a eu l'occasion, durant le week-end, de s'entretenir avec son petit-fils, Maximilano, âgé de sept ans.Aujourd'hui, le sénateur entreprend sa quinzième journée de jeûne, photo pc À RAISON DE 7 HEURES PAR JOUR Lévesque devrait finir ses mémoires en mai mm QUÉBEC \u2014 René Lévesque ™ travaille.A raison de 6-7 heures par jour, il écrit ses mémoires et il a déjà fait parvenir 200 pages à son éditeur qui se dit emballé par le style de l'ancien premier ministre.DONALD CHARETTE de la Presse Canadienne « Il respecte tout à fait le 'deadline', le calendrier qu'on lui a proposé et tout devrait être écrit en mai tel que prévu.Il a une très belle écriture.Ce sera davantage l'oeuvre d'un auteur que d'un homme politique », mentionne son éditeur, lacques Fortin, de la maison Québec-Amérique.Selon M.Fortin, M.Lévesque écrit à la main son autobiographie et c'est son épouse, Corinne Côté, qui le dactylographie par la suite.11 semble que M.Lévesque ait mis un certain temps à faire le vide et à se mettre à écrire son histoire et qu'il a connu l'angoisse de la feuille blanche.Mais l'ancien journaliste « a pris le goût de l'écriture », selon M.Fortin.11 se dit impressionné par ce qu'il a lu jusqu'à présent.« Il a un style tellement personnel qu'on ne peut le tripoter.Les correcteurs qui travaillent sur ce livre sont étonnés de constater qu'il n'ont que des corrections mineures à apporter.Son style est vivant, dynamique, et il écrit avec une économie de mots.c'est mieux que ce à quoi on s'attendait ».Le texte, dit-on, est imprégné de cet humour un peu caustique de M.Lévesque mais le manuscrit donne l'impression d'avoir été écrit par une homme serein de préciser M.Fortin.A n'en pas douter, on assistera à la parution d'un livre « exceptionnel » qui « se lira comme un roman », d'affirmer M.Fortin qui camoufle mal son enthousiasme devant le succès commercial appréhendé de ce livre qui sera publié en anglais et en français en septembre prochain.Il faut bien dire que Québec-Amérique a pris un certain risque au départ en achetant pour $100,000, lors de la Foire du Livre à Francfort en novembre dernier, les droits mondiaux de l'autobio-grap lie de l'ancien premier ministre.Mais c'est l'annonce du versement de cette somme qui a piqué la curiosité des éditeurs européens.« Ils se sont dits ils versent $100,000 pour une population de 5 millions de personnes, tout le monde est venu voir ce qu'on avait ».Québec-Amérique s'est donc appliqué à donner une valeur commerciale au livre de celui qui a dirigé les destinées du Québec pendant 9 ans comme cela se fait aux Etats-Unis pour des auteurs connus ou des personnalités qui reçoivent des avances substantielles.C'est la somme la plus importante versée à un homme politique au Canada mais, de toute évidence, M.René Lévesque c'est de l'argent bien placé, un placement sûr pour son éditeur.La preuve : en janvier la compagnie torontoise McLelland and Stewart qui va distribuer son bouquin au Canada anglais versait également $100,000.« Il y a eu surenchère au Canada anglais.Au début, il y en avait une douzaine sur les rangs, à $50,000 il en restait 6 ou 7 et seulement 4 à $75,000.Mais on s'attend à ce que le livre de M.Lévesque déclasse facilement celui de lean Chrétien ( Jean Chrétien dans la fosse aux lions ) qui fut un succès mais, il faut bien le dire, s'est vendu pour la moitié dans les associations libérales de comté ».L'éditeur de Chrétien, Key Por-; ter, était également sur les rangs * pour les droits de Lévesque mais il ï a lâché prise.« Lévesque c'est le gars le plus \\.facile à vendre, il devrait doubler* le tirage de lean Chrétien au Cana-4 da anglais ».Québec-Amérique discute également avec des éditeurs européens»1-( notamment Hachette et les Pres-^ -ses de la Cité ) et des maisons aux Etats-Unis.Avec les Européens, on négocie le traitement du livre puisque que Québec-Amérique veut qu'il ait un tirage important et qu'il soit appuyé par un programme de promotion.Québec-Amérique hésite encore avant de parler du tirage du livre de René Lévesque.Lise Payette a vendu 56,000 copies de son « Le pouvoir, connais pas », selon M.Fortin, Jean Chrétien a vendu 20,000 bouquins au Québec et 75,000 au Canada anglais.Jacques Fortin parle de 25 ou 40,000 copies au départ ce qui veut dire que sa compagnie investira $250,000 pour cette première édition.Mais il préfère penser en terme de chiffres d'affaires.« On pense aller chercher un chiffre d'affaires de $1 million en trois mois, au Canada anglais, et on est convaincu que nous allons en vendre 100,000 juste au Québec ».Il ne peut s'empêcher de faire un lien avec un autre poulain de son écurie, ou serait-ce un chat, Yveç Beauchemin et son « Matou » qui n'en finit plus de vendre et d'être traduit. B 2 LA PRESSE, MONTRÉAL, LUNDI 24 MARS 1986 EDITORIAL PAUL DCSMARAIS président du conseil d'administration ROGER D.LANDRY président et éditeur MICHEL ROY éditeur adjoint - \" CLAUDE GRAVEl directeur de I information JEAN-GUY DCIBUC éditorialiste en cher Accepter le risque de négocier La tenue de négociations commerciales généralisées entre le Canada et les États-Unis est presque une chose acquise.Théoriquement, le Congrès américain pourrait encore s'y opposer, mais le président de la Chambre des représentants, M.Tip O'Neil, estime qu'il n'y a plus d'obstacle.De son côté, le président Reagan a assuré le premier ministre Mulroney qu'il fera son possible pour éliminer toutes conditions préalables du côté américain.Les négociations pourraient commencer pour de bon cet automne et il est important qu'il y ait le moins de conditions préalables de part et d'autre.Il est, en effet, impossible de tenir souvent des négociations aussi vastes; les deux gouvernements doivent donc mettre sur le tapis le domaine le plus étendu possible et résoudre les problèmes les plus épineux.C'est ainsi qu'un nouvel accord commercial, peu importe qu'il se révèle à la longue plus profitable pour le Canada que pour les États-Unis ou vice-versa, a le plus de chances d'être avantageux pour tout le monde.Du côté américain, c'est la question des «subventions» fédérales aux exportations de bois d'oeuvre qui provoque le plus ds remous.Plusieurs sénateurs veulent que cette question soit réglée avant de commencer les négociations.Leur position est un non-sens: on n'exige pas la solution d'un des problèmes commerciaux les plus lancinants comme condition préalable à la tenue de négociations commerciales.Ce serait avouer qu'on n'est pas intéressé à négocier sérieusement sur l'ensemble des questions commerciales.Cependant, c'est du côté canadien qu'on a le plus tendance à poser des conditions.Cette réticence reflète le fait que le Canadien est en moyenne beaucoup plus affecté par le commerce bilatéral que son voisin américain.On estime, par exemple, que les négociations ne devraient pas aborder les programmes sociaux du Canada.Contrairement à la question des bois d'oeuvre, il est facile d'exclure ce sujet des négociations car il n'est pas commercial.Il s'agit d'une politique purement interne du Canada, qui n'a qu'une incidence indirecte sur le commerce.Il n'y a aucune raison de parler des programmes sociaux comme il ne convient pas d'aborder le fait que les Américains peuvent déduire leurs intérêts hypothécaires de leur revenu imposable.D'un côté comme de l'autre, il existe une foule de lois et de règlements qui affectent les salaires, les impôts et les coûts de production.La concurrence entre les deux pays s'en trouve affectée, mais il n'en demeure pas moins qu'aussi longtemps que le but de ces lois n'est pas de fausser la concurrence ou qu'elles ne la faussent pas de façon flagrante, elles ne doivent pas être l'objet des négociations.Vraisemblablement, c'est dans le domaine de la culture qu'on aura le plus de difficulté à séparer le côté commercial du côté proprement culturel.Un des objectifs principaux de la libéralisation des échanges est d'élargir le choix de biens et de services de qualité sur le marché et d'en abaisser les prix.Ce principe est aussi valable pour la culture que pour les automobiles et les vêtements.Toutefois, la crainte que la grande vitalité de la culture américaine écrase la création artistique, scientifique et littéraire au Canada et la prive de son identité est légitime.Le soutien gouvernemental de la culture canadienne ne devrait donc pas faire partie des négociations commerciales pour autant qu'il ne prive pas les Canadiens de leur droit sacré à la libre circulation des idées en excluant systématiquement la culture étrangère.Il faut imposer des limites aux négociations mais, même dans le domaine de la culture, on a tout avantage à se montrer le plus ouvert possible.Frédéric WAGNIÉRE Le PC encore en eau trouble Les retombées du premier congrès national du Parti conservateur du Canada depuis la prise de pouvoir de septembre 1984 sont inquiétantes: il ne s'est rien passé de significatif lors de cette réunion du week-end dernier à Montréal.Mais de plus, la rencontre tant attendue par les militants aura eu pour effet d'amplifier le malaise qui existait déjà au sein de la direction de cette formation politique.Deux démissions viennent de tomber sur la table.Le directeur national, M.Jerry Lampert, a quitté son poste.Deux jours plus tard, c'est le nouveau patron de l'organisation au Québec, M.Jean Dugré, qui décide à son tour de lancer la serviette.L'histoire se répète.Le Parti conservateur de Brian Mulroney a énormément de misère à vivre avec le pouvoir, comme ce fut le cas à l'époque de l'honorable John Diefenbaker.Le malaise d'identification persiste aussi bien au Québec que dans l'Ouest du pays.Une situation que soulignait dans l'édition de vendredi notre collègue d'Ottawa, Michel Vastel.Pour un parti qui est au pouvoir depuis seulement un an et demi c'est un constat d'échec assez grave.Déjà mal en point dans les sondages de I opinion publique, surtout au Québec, le premier ministre Brian Mulroney n'a pas donné l'impression qu'il voulait rectifier le tir.L'entourage du chef de l'État y est certainement pour quelque chose.Son chef du cabinet, par exemple, M.Bernard Roy, est ouvertement contesté aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur.M.Mulroney, en raison notamment de ses fonctions, est de plus en plus isolé de la réalité.C'est du moins l'impression qui se dégage de son leadership.Une des preuves du manque de clairvoyance de M.Mulroney.c'est qu'il n'a pas su s'assurer d'une certaine continuité, il organisation québécoise avait été mise sur pied au coût \u2022de plusieurs milliers de dollars par son prédécesseur, M.Joe Clark.Cette machine tourne maintenant à vide.Les postes d'organisations ont été confiés à des inconditionnels de la cause de lex-président de l'Iron Ore.Ces nouveaux mandarins de la petite machine conservatrice au Québec ont aussi fait en sorte d'éliminer à toutes fins utiles l'aile provinciale du PC présidée par l'avocat -Çvûntréalais, Me Robert Brunet.L'exécutif provincial ne se 'réunit plus et il n'y a pas eu de congrès depuis des années.Cë qui, dans les faits, veut dire que l'aile provinciale n'existe plus.>;èette instance importante avait connu ses heures de gloi-;*q\"$ous la présidence de Marcel Danis, maintenant député \u2022de^Verchères et vice-président de la Chambre des commu- \u2022t*C*S autres organisateurs clés du PC, par ailleurs, ont tous \u2022 Obtenu des postes de responsabilité à Ottawa.;.]Le «nouveau PC» est donc en train de répéter les erreurs du passé.C'est ce qui a sans doute incité M.Dugré à faire un geste lourd de conséquences dans le but de faire réfléchir ses patrons d'Ottawa.Autrefois le PC ne reprenait vie au Québec qu'à l'occasion de l'émission des brefs électoraux Une erreur à ne pas répéter.Jean Dugré en est très conscient.Frédéric WAONIÈRE QoetQas ctiose- ne Va ms citez cotem/ATeuns » I t.Gtt&sr-ee~ «Qui {/pus GrrviQe ÇA ?(Tous droits réservés) ¦Vf I |F% Marc Laurendeau Le cabinet Bourassa définit ses urgences (Collaboration spéciale) Dans les salles d'urgence des hôpitaux voisinent la misère humaine et la rigidité bureaucratique.Cela touche des sensibilités profondes.De ce fait, les urgences offrent un terrain de prédilection pour le racolage politicien.En 1981, juste avant sa réélection, le Parti québécois promettait de désengorger les urgences de l'Est montréalais.Il n'en a rien fait.Au printemps 85, M.Robert Bourassa s'engageait à couper dans les budgets de Radio-Québec pour investir l'argent dans les urgences, comme s'il y avait un lien direct et automatique entre ces deux domaines.Le chef libéral, en juxtaposant des dépenses décrites comme parfaitement futiles à des injections de fonds devenues tout à fait vitales, effectuait un rapprochement démagogique à souhait.Un an après, l'injection de $156 millions dans les salles d'urgence s'entoure curieusement du même contexte.Mais, chose certaine, sur le fond, le gouvernement Bourassa a pris une excellente décision en faisant du problème des urgences l'une de ses priorités d'action.Certes, on pourrait se braquer sur des détails.La promesse électorale faisait état de $150 millions pour deux ans et non de $ 156 pour trois ans.11 faudra donc compter $25 millions de moins la première année, c'est-à-dire la plus importante.Mais une vraie volonté politique semble enfin se manifester.Elle émane tant de M.Robert Bourassa que de l'un de ses meilleurs ministres, Mme Thérèse Lavoie-Roux.Au sein de ce cabinet où l'arithmétique budgétaire et la confiance envers l'entreprise privée font figure d'unique credo, une présence à la fois compatissante et extrêmement compétente, inspirée d'horizons plus larges, peut offrir une bouffée d'air frais, un peu de polyvalence.Quant à la solution proposée par la ministre de la Santé et des Services sociaux, elle parait réaliste et recueille l'adhésion des milieux concernés.Embauche des médecins-co-ordonnateurs à l'urgence et à l'admission, pour accélérer les prises de décision sur l'admission et la sortie des patients, voire même sur l'intervention, tout cela parait une formule heureuse.Mais comme un tel mécanisme avait fait l'objet de propositions depuis 1980, Mme Lavoie-Roux devra prendre cette fois les moyens pour faire respecter la décision ministérielle et mettre fin aux querelles de pouvoir.Par l'injection des nouvelles sommes, Mme Lavoie-Roux en- tend éviter ou raccourcir l'hospitalisation de plusieurs patients.Car 40 p.cent des bénéficiaires sur civière qui se présentent à l'urgence sont des personnes âgées ou des malades psychiatriques.En plus d'un hébergement spécialisé plus approprié, il faudra mettre en place des services structurés de soins à domicile.Mme Lavoie-Roux fournit $2 millions pour deux ans au projet-pilote d'un hôpital à domicile à Verdun.Des soins y seront dispensés de manière à la fois parallèle et complémentaire à l'hôpital.Des réserves doivent cependant être exprimées.Si les ressources communautaires (ou alternatives) apparaissent comme la voie de l'avenir, le gouvernement du Québec s'y engage timidement.Des $677 millions consacrés à la santé mentale, la part du lion va aux hôpitaux tandis qu'un maigre $5 millions va aux ressources non institutionnelles, intégrées au milieu de vie.Vendredi, la Fédération de l'âge d'or du Québec accueillait avec une relative satisfaction le train de mesures de Mme Lavoie-Roux pour régler le problème des urgences et venir en aide à la clientèle vieillissante des hôpitaux.Car seulement 10 p.cent des 560000 personnes âgées ont vraiment perdu leur autonomie.Mais, du même souffle, la FADOQ ajoutait qu'il faut favoriser la prévention plutôt que la guérison.Techniques préventives, médecine douce et ressources alternatives restent un domaine important à l'égard duquel le nouveau gouvernement libéral n'a pas encore fait son lit.Les CLSC constituent justement d'importants foyers de prévention au service de la population.Mais Mme Lavoie-Roux annonce que le parachèvement du réseau des CLSC n'est pas une priorité pour cette année.Quatre d'entre eux qui attendaient leur charte ne seront pas établis.20 p.cent de la population demeure sans CLSC.Pourtant créés par les libéraux, les CLSC sont soupçonnés d'être des «nids de péquistes».Les scandales constates à Oc-tave-Roussin confirment la désagréable impression.Mais, avec ce frein aux CLSC, on s'étonne que la ministre de la Santé et des Services sociaux ait annoncé du même coup un prochain projet de loi accor dant des garanties linguistiques à la population anglophone Face à un électorat déjà bien gavé, le feu n'était pris nulle part.POtNT DE VUE L'Italie va-t-elle se libérer de la Maffia?La fin dramatique de la carrière de Michel Sindona, «maffioso» du type international, a attiré à nouveau l'attention de l'opinion publique sur le procès monstre qui se déroule depuis un mois et demi à l'a-lerme; car Palcrme, la capitale de la Sicile, est aussi, hélas, celle de la Maffia italienne, la grande inculpée de cet événement.ANDRÉ LUCHAIRE collaboration spécial* Procès monstre en effet, avec ses 475 inculpes, ses 2,500 policiers et carabiniers, avec l'immense bâtisse de ciment et d'acier construite exprès tel un «bunker», ses cages énormes aux baies vitrées à l'épreuve des balles, avec ses réseaux d'intercommunication et de télévision en circuit fermé, sans parler d'un ensemble exceptionnel de mesures de ségrégation et de protection des divers intervenants, englobant leur résidence, leur alimentation et leurs déplacements.Mais il s'en faut que l'intérêt de cet événement soit d'ordre exclusivement judiciaire et ne concerne que la Sicile.En Italie même l'aggravation et l'expansion du phénomène de la Maffia en ont fait un su-1- jet de préoccupation générale et dans les milieux politiques on lui donne désormais autant d'importance qu'à l'assainissement de l'économie ou à la définition d'une politique extérieure.La «Maffia» \u2014 un mot d'origine peut-être arabe \u2014 a ses origines historiques lointaines dans le passé médiéval de la Sicile, quand se produisirent divers mouvements de révolte dans les milieux ruraux exploités par les féodalités locales.Au cours des siècles l'aspect initialement socio-économique du phénomène semble s'être quelque peu dissipé pour devenir surtout une manifestation généralisée et endémique d'anarchie locale, mais toujours avec des exploiteurs terrorisant des exploités.Au début du siècle dernier, sous les Bourbons de Naples, la Maffia entre publiquement en scène sous son nom, et déjà sa loi est celle de «l'omerti» \u2014 la loi de l'humilité (umiltà): les malfaiteurs, comme les humbles, se protègent par le silence absolu.D'autre part, et ce trait, lui aussi, semble ancien, la Maffia sait à l'occasion s'auréoler du prestige de la générosité: les bandits siciliens d'antan se signalaient, parait-il, à la faveur populaire par d'occasionnels' partages de leur butin avec les déshérités de leur voisinage.Enfin, et là encore quelque chose en est resté de nos jours, la Maffia s'est trouvée constituer, à sa manière, une manifestation permanente d'indépendance locale; il est naturel qu'elle en ait tiré avantage en particulier toutes les fois que le pouvoir central entreprenait d'en contenir les méfaits ou même de la détruire: d'où, en sa faveur, une sorte de prestige «national» sicilien.En fait, ni la monarchie napolitaine des Bourbons, ni celle, unitaire, des Savoie avant le facisme ne réussirent à extirper la Maffia, qui, sous Mussolini, faillit cependant trouver son maitre.Mais la constitution de la République italienne, favorable aux libertés et autonomies locales, allait fournir un cadre politique général de laxisme qui, en Sicile, favorisa la résurgence de la Maffia, aidée par des complicités locales de la classe politique dirigeante, ainsi que, ces dernières années, par le chômage croissant: n'a-t-on pas vu, récemment, des chômeurs exaspérés manifester en sa faveur?Mais ce qui préoccupe les autorités italiennes, ce n'est pas seule- ment l'ampleur et l'agressivité des agissements de la Maffia sicilienne, c'est que, dans le climat général de laxisme administratif, aggravé par les embûches du chômage et de la misère, ces agissements ont semblé faire tache d'huile hors de la Sicile, en particulier en Calabre et en Campanie: ça et là les rouages de l'Étal, des régions et des provinces (les trois niveaux de gouvernement en Italie) commencent à se gripper, freinés, entre autres, par la corruption et, quelquefois aussi, la peur, car les exécutions sommaires ne sont plus le privilege de la Sicile.Mais des signes réconfortants apparaissent.Faisant écho à un évident ressai-sissement de l'opinion publique et des partis politiques, en Sicile même les jeunes générations manifestent leur hostilité croissante envers la Maffia et leur appui à la justice.De son côté, la justice, elle-même victime de la Maffia, procède avec tout le tact possible pour que ce «procès en Sicile» ne devienne pas un «procès à la Sicile».C'est dire que la tâche est difficile, mais enfin le «procès du siècle» est engagé: ni le gouvernement, ni l'Etat italien lui-même ne peuvent se permettre ' de le perdre.' T 1 B LA PRESSE, MONTRÉAL, LUNDI 24 MARS 1986 TRIBUNE B 3 Lettre ouverte à M.Claude Ryan Les faiblesses du système scolaire En novembre dernier, lors de la campagne électorale, vous avez fait connaître l'orientation que vous souhaitiez imprimer à notre système scolaire (une politique de l'éducation pour le prochain mandat).En posant ce geste, vous n'étiez pas sans savoir qu'au Québec, en matière d'éducation, ce qui change le plus, ce sont les ministres de l'Éducation qui, les uns après les autres, se cassent les dents sur un appareil hautement bureaucratisé.Choisir d'assumer à votre tour la «gérance» de cet appareil, c'est plonger dans un univers où les incohérences cumulées n'ont d'égal que les discours ampoulés qui les ont élégamment masquées.Je viens donc d'abord vous souhaiter la meilleure des chances et le meilleur des courages.De la chance, vous en aurez grand besoin pour cerner, à travers la multitude de bilans opérationnels du ministère, les effets neutralisants qu'ont sur l'enseignement et l'apprentissage, l'incohérence des prescriptions pédagogiques \u2014 les programmes d'études \u2014 et l'incohérence encore plus grande entre ces prescriptions et les prescriptions administratives du régime pédagogique.Du courage, il vous en faudra beaucoup pour lever cette double incohérence afin que les enseignants du primaire et du secondaire puissent retrouver une motivation qu'on semble s'être acharné à leur faire perdre; afin aussi que les élèves de ces niveaux de scolarisation aient accès à une véritable formation, valable au-delà du droit suspect d'être présent dans un local donné i une heure donnée.Mais les voeux d'encouragement ne suffisent pas: dans l'espoir d'apporter un éclairage direct à l'analyse que votre entrée en fonction vous oblige à mener, je viens expliquer, du point de vue de quelqu'un qui a vécu les avortements successifs d'une réforme pédagogique encore à faire, pourquoi l'école primaire et secondaire ne peut donner le rendement qu'on exige d'elle, pourquoi il est actuellement impossible d'évaluer son rendement, pourquoi aussi des enseignants qui ont cru à la priorité de l'éducation sur l'instruction ont pratiquement perdu la motivation nécessaire à la poursuite de cette priorité.Instruction ou éducation?Selon une analyse que vous semblez partager, l'implantation de nouveaux programmes d'étude a raté parce que «les instruments pédagogiques» n'ont pas été «disponibles à la date fixée pour leur implantation».Certes plus tangible, ce facteur est loin d'être le plus important.Ce que vous découvrirez sans doute en examinant les programmes d'étude du primaire et du secondaire, c'est que la plupart d'entre eux constituent un obstacle insurmontable à une évaluation quelque peu rigoureuse du rendement de l'école primaire et secondaire.Annoncés comme plus précis ou plus explicites que les défunts programmes-cadres (1969-1979), ces programmes oscillent entre des visées d'instruction \u2014 l'acquisition de connaissances par l'élève \u2014 et des visées d'éducation ou de formation générale \u2014 le développement d'habiletés ou d'attitudes comme outils d'une formation personnelle et sociale définie à l'enseigne de ce que vous nommez «l'aptitude (de l'élève) à penser par lui-même et la disposition à s'engager au service de ses semblables et de la communauté (p.15,1)».Une analyse de ces programmes montre que: \u2014 la plupart d'entre eux prescrivent et le développement d'habiletés et la pédagogie de ce développement, mais sont étrangement silencieux sur les liens à établir entre ces habiletés et les connaissances dites nécessaires (français), essentielles (mathématiques), non facultatives (anglais), etc., à l'exercice de ces habiletés; \u2014 certains commandent le développement d'attitudes (écologiques et autres) mais n'expliquent pas comment les habiletés et les connaissances prescrites doivent appuyer leur développement, ni comment en induire raisonnablement l'acquisition à partir de manifestations observables à l'école; \u2014 quelques-uns préconisent le développement d'un mode de pensée propre à la discipline, et n'offrent pour ce faire qu'un prodigieux en- chevêtrement de concepts, de thèmes, d'objectifs, de catégories, de contenus no tionnels tantôt obligatoires, tantôt indicatifs, tantôt facultatifs.L'imbroglio créé par l'implantation de ces programmes tous azimuts est à peu près complet: \u2014 les enseignants louvoient tant bien que mal entre ces visées d'éducation et ces visées d'instruction et, découragés, en arrivent à ne pas évaluer une large partie de ce qu'ils enseignent, ou pire, à ne pas enseigner ce qu'ils évaluent; \u2014 les directeurs d'école cherchent en vain les seuils de réussite (par degré) dont ils ont besoin pour fonder une promotion équitable; \u2014 le primaire n'arrive pas à expliquer au secondaire le contenu de la «formation» des élèves qu'il lui envoie annuellement, ni le secondaire à préciser ses propres attentes quant à cette «formation»; \u2014 les parents comprennent difficilement ce que semblent leur véhiculer des bulletins dits descriptifs; \u2014 les élèves n'arrivent pas à comprendre ce que l'école attend d'eux à travers les nombreuses situations d'apprentissage (souvent intéressantes et motivantes) que les enseignants leur font vivre; étape après étape, année après année; \u2014 et, au sommet de la pyramide scolaire, le ministère de l'Éducation éprouve de graves difficultés à faire élaborer des examens de fin de cycle qui ne trahissent pas d'une manière ou d'une autre ses programmes d'étude, ou l'une ou l'autre de ses applications locales.Ce que vous découvrivrez aussi sans doute à l'écoute du milieu, c'est que la plupart des enseignants, des conseillers pédagogiques, des directeurs d'école et de services éducatifs déplorent l'imprécision de ces programmes; cette imprécision empêche une planification, une organisation et une évaluation professionnellement satisfaisantes des apprentissages.Comme vous découvrirez enfin que le ministère de l'Éduca- tion, au lieu d'enclencher ouvertement le mécanisme prévu de révision de ses programmes, a choisi plutôt de contourner leur incohérence en définissant une évaluation qui s'écarte plus ou moins de leurs visées d'éducation.En examinant de près les multiples interventions du ministère de l'Education en matière de programmes d'études, vous ferez sans doute bien d'autres découvertes plutôt décourageantes: des milliers de pages jugées nécessaires pour expliquer des programmes voulus précis et explicites, des guides et des instruments d'évaluation aussi sophistiqués qu'inapplicables dans les conditions usuelles d'enseignement, des grilles d'approbation de manuels édités qui contredisent les visées éducatives des programmes (quand elles sont compréhensibles) et que les éditeurs québécois n'ont pas osé dénoncer publiquement, etc., etc., etc.Au bout de vos découvertes, vous serez sans doute convaincus qu'un grand ménage s'impose dans la «boite» hermétique de l'Éducation.Sans ce grand ménage, analystes, commentateurs et chroniqueurs peu informés du contenu de cette «boite» continueront d'exiger de l'école primaire et secondaire un rendement que de multiples incohérences l'empêchent de donner.Selon moi, ce grand ménage devrait commencer par l'établissement après coup d'une cohérence entre les divers programmes d'études (particulièrement ceux de français et de mathématiques) et entre les exigences de ces programmes cohérentisés et les exigences d'un régime pédagogique qui n'en finit plus de dire et de redire ce que tous les intéressés savent déjà, à savoir que les enseignants sont tenus de planifier, d'organiser et d'évaluer les apprentissages prescrits par le ministère.Ce ménage pourra être considéré bien fait si les enseignants peuvent enfin accomplir ces tâches sans nier une conscience professionnelle qu'on les incite par ailleurs à maintenir et à développer.Alors, les grands discours sur la noblesse de la profession d'enseignant auront une autre visée que de flatter pour mieux culpabiliser.Roland BERGER président-directeur général Les Ateliers pédagogiques Orford Eastman Conscience et désobéissance civile LA PRESSE titrait en première page le 15 février dernier: «l'Église appelle à la désobéissance civile».Bien sûr, il s'agissait de la situation aux Philippines, mais les grands mots étaient lâchés.Les mots qui font peur: désobéissance civile! On nous a tellement conditionnés \u2014 toutes les sociétés sous tous les régimes l'ont toujours fait \u2014 à obéir à l'ordre et aux lois édictées par les gouvernements.Le respect de la légalité est un devoir, la désobéissance aux lois un crime.Mais on ne nous a jamais invités à distinguer entre lois justes et injustes et pour la plupart, les citoyens ont peur de désobéir à des lois qu'en conscience, ils savent injustes.Il va de soi que la conscience individuelle réprouve certains actes, par exemple: le meurtre, le viol, le vol.L'État va donc codifier dans des lois cette réprobation.Il établit ainsi «des normes que la conscience collective et individuelle doivent respecter» (Cazin, Pierre-Yves.La désobéissance civile et le droit.Revue Alternatives non-violentes.No 34) Légitimité et légalité se confondent alors.Mais l'État malheureusement, viole aussi ses propres principes, même dans les pays dits démocratiques et se réserve ainsi le monopole de la violence.Ainsi, le meurtre est proscrit mais la peine de mort peut être légale.Le peuple peut être écrasé d'im- pôts, alors que les grands commis de l'État émargent à des salaires faramineux.Il y a dès lors, rupture entre la légalité et la légitimité et si nous voulons comprendre ce qu'est la désobéissance civile, il nous faut savoir qu'elle repose essentiellement sur cette différence entre le légal et le légitime.Selon Napoléon 1er qui n'était pourtant pas particulièrement pacifique, «l'empire des lois s'arrête là où commence l'empire imprescriptible de la conscience».Pour mieux illustrer la différence entre la légalité et la légitimité, nous dirons que Pétain était légal mais De Gaulle légitime.Marcos était légal mais l'aspiration à la démocratie du peuple philippin, légitime.Lorsqu'un tel conflit surgit entre légalité et légitimité, quel est mon devoir?«Obéissez à la loi», dira le Pouvoir! Mais si je dois abdiquer ma conscience au législateur alors, comme le dit Henri D.Thoreau, «à quoi bon la conscience individuelle»?Le seul crime dont nous ayons jamais pu accuser les criminels de guerre nazis, c'est d'avoir obéi aux ordres, aux lois démoniaques.Oui, la désobéissance civile oppose nécessairement loi et conscience et quiconque me dira que mon devoir moral est d'obéir aux lois justes sera forcé de reconnaître que ce même devoir moral m'oblige à désobéir aux lois injustes.Mar- -N.Bir * Priorité »tt accordé* *e«r»
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.