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Titre :
La vie en rose
La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un ton critique et avec humour. [...]

Publiée à Montréal de 1980 à 1987, La Vie en rose est, pendant cette période, le principal magazine féministe québécois. Le premier numéro, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose propose, pour contrer le discours ambiant post-féministe et justifier sa pertinence et son combat, de repenser, de renouveler et de redéployer le féminisme. Pour ce faire, La Vie en rose donne au féminisme une image enjouée, évite le dogmatisme et favorise une variété de perspectives. Cette volonté de rassemblement des féministes permet une ouverture intergénérationnelle et encourage la réflexion.

Le magazine jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes : les articles traitent presque exclusivement de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine. Revue indépendante, La Vie en rose tient mordicus à l'autonomie, qu'elle revendique aussi sous toutes ses formes pour les femmes québécoises.

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, de livres et de pièces de théâtre), le magazine propose des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme ou les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence DesRochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie le nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), que l'équipe de La Vie en rose cherche à ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et de photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Cette revue demeure encore aujourd'hui parmi les plus importantes de la presse alternative québécoise.

BERGERON, Marie-Andrée, « La Vie en rose (1980-1987) - Construction rhétorique d'un leadership », Globe - Revue internationale d'études québécoises, vol. 14, no

DES RIVIÈRES, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) - Un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol. 8 no

Éditeur :
  • Montréal :Productions des années 80,1980-1987
Contenu spécifique :
avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

La vie en rose, 1987, Collections de BAnQ.

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NATHALIE PETROWSKI LE MEA CULPA DE LA GRANDE BAVEUSE »! LINDALEE TRACEY \au pays des clochardes **V LAFFAIRE DOMINIQUE I \ VIOL À SHERBROOKE ' >*RANCÉE PAR ROBERT LEPAGE .UCARip FRAPPE ENCORE L'ACTUALITÉ VUE PAR MONIQUE LEYRAC •S . ROSE SOMMAIRE AVRIL 1987 NO 45 5 ÉDITO Sans queue.ni tête Françoise Guénette 7 COURRIER 8 L'ACTUALITÉ VUE PAR.Je fume, moi non plus Monique Leyrac 9 CHRONIQUE DÉLINQUANTE Ya-t-il un REÉR dans la salle?Hélène Pedneault 10 ACTUEL Les chercheures veillent aux gains Myname El Yamani 13 CONTROVERSÉ Les immigrantes au pays des autruches Hélène Sarrasin 14 BRÈVES Johanne Lessard, Jacinthe Tremblay Lindalee démasquée par le photographe d'Aventure Studio 20 ENQUÊTE AU PAYS DES CLOCHARDES Malgré l'Année internationale des sans-abri, 3 000 femmes itinérantes continuent d'errer, ou de se terrer, dans le grand ventre de la pauvreté montréalaise.Pendant trois jours, l'automne dernier, la journaliste Lindalee Tracey a été l'une de ces «femmes en guenilles».Lindalee Tracey 25 ACTUALITÉ Grande brasserie de l'épargne Bienvenue aux dames! Hélène Lévesque 27 ACTUALITÉ Viol à Sherbrooke L'affaire Dominique Louise Chaput 30 INTERNATIONAL Afrique Le péril noir Sylvie Bélanger 36 INTIME ET POLITIQUE Magasinaphobie Monique Benoît 38 ENTREVUE Petrowski LE MEA CULPA DE LA GRANDE BAVEUSE Au moment même où cette vieille crapule de Ronald Reagan reconnaissait sa responsabilité dans la vente d'armes à l'Iran, la journaliste Nathalie Petrowski, terreur des artistes québécois-es, passait elle aussi aux aveux.Avant de s'enfuir à New York.Monique Durand 46 BEST-SELLER Le Matin.sans magiciens Françoise Guénette 47 THÉÂTRE Jézabel Josette Giguère 48 THÉÂTRE Carmen: exotisme, érotisme, exorcisme Sophie Gironnay 63 LES CASES DE TANTE LUCIE 66 COUP DE FOUDRE 3T°2,le livre Anne Dandurand COUP DE POING 3T°2, le film Isabelle Reed Nathalie Petrowski photographiée par Suzanne Lange-vin LA VIF.EN ROSE / AVRIL 1987 3 Sans queue.ni tête Attablés, deux pré-adolescents, un gars et une fille, font leurs devoirs.Au premier plan, un couple dans la trentaine avancée, bien habillé: les jeunes-parents-dynamiques-férus-de-dialogue.Elle parle: «Finalement, le meilleur exemple qu'on peut leur donner, c'est nous!» Les mots Sida, MTS, condom, sexe, danger, prévention ne sont jamais prononcés.Si la reconstitution de ce spot télévisé est approximative, le message en est très clair: à défaut de l'abstinence totale, le salut est dans la monogamie absolue, dans le mariage, dans la fidélité.Quant aux deux angelots derrière, sans doute conçus grâce à l'opération du Saint-Esprit, ils n'ont rien à dire là-dedans.Ni les parents ni les publicitaires ne leur demandent leur avis à eux sur le sexe et le Sida.C'est Monseigneur Hubert qui sera content de voir à la télé ce message de l'Association canadienne de la santé publique, lui qui demandait aux médias nationaux que «tout message publicitaire présenté comme partie intégrante d'une campagne contre le Sida incite les gens à se comporter de façon responsable (c'est-à-dire préconise) l'exercice de la sexualité dans le cadre d'un amour stable et fidèle entre conjoints.» Sa lettre, publiée dans Le Devoir du 11 mars, ne faisait que succéder à toute une série de semblables mises en garde, assénées tout le long du débat sur la publicité des condoms.Provenant par exemple de l'ultra-réactionnaire Association des parents catholiques de cette bonne Adeline Mathieu: «Une telle publicité est de nature à inciter les jeunes aux activités sexuelles.» (On sent le «Pouah!» d'une légitime répulsion.) Mais le plus souvent réitérées par des gens de bonne volonté: «Oui à la publicité, à cause du danger du Sida, FRANÇOISE GUENETTE mais à la condition que ce soit fait avec bon goût! » Le mauvais goût devenu tout à coup l'ennemi public no 1, bien avant le Sida lui-même.Le message décrit au début est sans doute un exemple de ce bon goût.au point où je doute de son efficacité! La scène est tellement dépourvue de toute connotation sexuelle, le ton si emprunté et les personnages désincarnés, que si j'étais une adolescente en proie pour la première fois à «l'appel de l'homme», comme disait mon grand-père, je n'écouterais même pas ce que je confondrais sans doute avec une pub d'assurance vie.Mais l'Association avait préparé d'autres messages, en plus de cette scène familiale édifiante: une sportive qui aime l'amour n'est pas prête à mourir du Sida, un jeune gars recommande, en cas de relations multiples, le port du CONDOM.Oh! le vilain mot! «Very shocking!)), se sont récriées les chaînes de télévision canadiennes anglophones, pour refuser de diffuser les messages.Devant une telle peur des mots, on a envie de leur montrer la chose, en action! Car, après un mois de controverse, de lettres dans les journaux et de hot lines surchauffés, après les hésitations et le revirement de Radio-Canada (diffusera?diffusera pas?diffusera), on n'en peut plus de l'étroitesse d'esprit et de la pruderie qui fleurissent si souvent dans notre beau Canada et, en général, en Amérique du Nord.D'autant plus que les publicitaires n'essaient de vendre que l'aspect anti-Sida du condom! Oubliées ses vertus préventives de toutes les MTS, oblitérée surtout son efficacité contraceptive! L'autre message sous-jacent des annonces étant: «Si vous voulez plus tard des enfants sains.» et non «Si vous ne voulez pas d'enfant.» Comme l'avortement, la publicité des condoms a encore une fois opposé les moralistes et les pragmatiques, les défenseurs d'une «conception globale de l'humain et de la sexualité, pour qui le condom est un faux remède à un problème moral profond, la promiscuité sexuelle» et les gensqui, comme moi, pensent qu'il faut remédier vite, par des moyens préventifs élémentaires, à une situation d'urgence qui menace la vie et la santé de milliers d'individu-e-s, et qu'il faut en plus fournir aux jeunes des moyens (éducatifs, préventifs et contraceptifs) de bien vivre leur sexualité.En elle-même respectable, la position humaniste et idéaliste des premièr-e-s permet à mon sens des excès d'irréalisme dangereux.C'est l'irréalisme de la CÉCM qui croit empêcher quelques adolescentes d'avoir recours à l'avortement en contrôlant davantage leurs absences de l'école.C'est l'irréalisme de l'Église catholique qui réitère sa condamnation de toute méthode de régulation des naissances qui ne soit pas naturelle, une directive que la majorité des couples croyants ne respectent même pas, et qui, de plus, s'oppose à la fécondation in vitro, à l'insémination artificielle, à la manipulation d'embryons, à la masturbation des donneurs de sperme.comme si cela allait ralentir les chercheurs.Dans un ordre d'idée apparemment différent mais en fait très parallèle, c'est l'irréalisme des Real Women, qui préconisent un retour à la famille traditionnelle et patriarcale, où l'homme pourvoyeur veillerait aux besoins de la nichée.C'est aussi l'irréalisme des jeunes de 18à24ans qui ont dit préférer, lors d'un sondage réalisé début mars par Le Devoir, la revanche des berceaux à l'immigration comme solution à la dénatalité galopante du Québec: pour 80 % des jeunes, et 77 % des francophones, les Québécoises devraient «faire plus d'enfants».Danger, danger! Si tout cela ne dessine pas, à gros traits bien appuyés, le retour en force de la morale sexuelle et de la famille traditionnelles — celles que les fé ministes ont contesté et essayé de renouveler depuis 15 ans — c'est que je suis aveugle! La panique du Sida aura joué là-dedans un rôle déclencheur: comme un gros pavé jeté par un dieu moqueur dans la mare décadente de cette fin de siècle, le Sida provoque des remous concentriques de peur, de remords, de culpabilité.Et sug gère un remède pire que le mal: le retour à un type de relations sexuelles, amoureu ses, familiales dont les femmes, du moins, onttoujourseu plusà souffrirqu'à se réjouir.LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 Courrier vive la délinquance! Je viens tout juste de lire la «Chronique délinquante» du mois de février.Quel souffle de délinquance! De plus en plus, on est en train de s'endormir dans un confort tranquille, sans contact, sans rien de vrai.Alors, s'il faut être délin-quant-e en 1987 pour avoir l'audace de rester vivante, vive la délinquance! Moi aussi, je me fais dire que je charrie, que je suis toujours en furie, que je choisis le plus difficile.Et c'est bon de savoir qu'il y en a d'autres qui gueulent.Sylvia Swiderski, Hull de sexy folies à.harlequin Je suis surpris du commentaire d'Anne Dandurand sur l'émission Sexy Folies (LVR, déc), présentée à la télévision française.Alors qu'elle la trouve quétaine et niaiseuse, moi, je la trouve de bon goût.De toute façon, cette émission est appelée à disparaître, l'AFÉAS ayant adressé une protestation au CRTC.Le Québec avait une certaine ouverture, même pour les films qui contiennent des scènes osées (appelons ça comme ça) mais, peu à peu, nous rejoignons le puritanisme anglo-saxon des Ontariens et des Américains.Alors, allons lire nos romans Harlequin, émerveillons-nous de la beauté de Joan Collins dans Dynastie et endormons-nous sur nos séries et nos téléromans vachement culturels.Daniel Dussault, Québec une paire de claques.Au «Coup de poing»de Michka Saal sur le film Les Fous de Bassan (LVR, fév.), j'ai envie de répondre par une paire de claques.Des fois, ce qu'un jugement «féministe» peut être de courte vue et pas tellement crédible à la fin! On se croirait revenues dix ans en arrière, au temps des pures et dures! Comment a ton pu ne pas saisir l'étrange passion entre le beau et la bête, le survenant et le fou sage, le fragile petit diable et son frère?Et puis l'île?N'a-t-on pas vu l'île?Maintenant, le sujet épineux.Il est risible que dès qu'on parle de sexe, on conclut au viol.Lentement les biches! Et la passion, et la violence, et le délire dans les relations humaines?Il me semble qu'il y a eu quelques débats dans vos pages sur la question.Et peut-être bien qu'il y a d'autres états des choses dans des périodes survoltées ou creusées de solitude et d'ennui clos.Bref, j'ai senti une certaine étroitesse de jugement dans cette critique.Pascale Galipeau.Montréal quand monsieur le consul se rebiffe J'estime que quelques clarifications sont de mise à la suite publication de l'article de madame Jacot sur le Mozambique (LVR.nov.86).(.) L'Afrique du Sud n'a pas le dessein de «disposer librement des ressources naturelles et des ports mozambi-cains».Et les guérilleros du MNR, opposés à Maputo, ne sont pas davan- tage un instrument d'une telle stratégie.L'Afrique du Sud estime avoir respecté les Accords de Nkomati qui sont toujours valides à ses yeux.Elle a procuré de l'aide non militaire au MNR dans le but de maintenir le contact avec les deux parties opposées afin de les amener à une solution négociée du conflit.Le territoire sud-africain n'a jamais servi de «sanctuaire» au MNR; le Mozambique ne peut en dire autant au sujet de l'ANC.Les insinuations véhiculées sur la mort du président Machel sont injustifiées.L'Afrique du Sud n'a évidemment pas causé l'accident du 19 octobre.Elle collabore activement à l'enquête internationale et attend ses résultats en toute confiance.Pour conclure, je crois que les lectrices et lecteurs de La Vie en rose méritent de voir autre chose que le tableau négatif qui est dépeint de l'Afrique du Sud, un pays où des femmes de toutes races accumulent de grandes réussites.Pour ne citer qu'un exemple, le nombre de femmes noires exerçant une profession y dépasse celui de tout le reste de l'Afrique.W.J.N.Baker.Monsieur le consul d'Afrique du Sud des fleurs à labrosse m Juste un petit message destiné à Dar- in cia Labrosse qui a réalisé l'illustration ac- S compagnant la fiction «Post-scriptum» 3 parue en janvier.Je trouve qu'elle a su < mettre en images l'ambiance et l'atmos- AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE Sobre et chic, le look du «renouveau féministe» aux débuts des cuisinières électriques, alors que les ménagères se plaignaient des viandes trop saignantes et de feuilletés calcinés.Un représentant de la célèbre maison Bélanger avait même parcouru, durant une décennie, les routes de terre de l'arrière-pays gaspésien pour faire la preuve que ses fours doraient les tartes juste à point.En prime, il goûtait.Il en salive encore.Après avoir décrié l'orientation tricot-fricot des organisations de femmes tendance Yvette, voilà que les groupes populaires se retrouvent aujourd'hui contraints de reprendre le collier de l'alimentaire, et d'offrir des cours de cuisine.Mais il y a une différence.Majeure.Ces groupes ne cherchent plus à renvoyer les femmes à leurs chaudrons, bien au contraire.Avec le micro-ondes, la «wonder-woman» des années 80 ne met plus que trente minutes à fignoler le repas complet d'une famille de quatre personnes (tout en ayant le temps de s'enquérir des dernières querelles de la garderie).Quatre fois moins de temps que sa grand-mère.Il y a là une certaine évolution dans l'aberration.Et ça, c'est quand même pas de la tarte! JACINTHE TREMBLAY LA PAROLE AUX MÉTÈQUES Une nouvelle revue féministe est née, et en plus, c'est à Montréal qu'elle a été lancée, le 8 mars dernier, comme il se doit.Il s'agit de La Parole métèque, «magazine du renouveau féministe», qui paraîtra quatre fois par année sous format tabloïd.La fondatrice et directrice générale, madame Ghila Benesty Sroka (aussi directrice de la Tribune juive) définit ainsi, dans son éditorial, cette dernière née de la presse des femmes: «un magazine féministe pour intégrer la parole des femmes au mouvement féministe québécois; un véhicule facilitant l'intégration des voix des universitaires féministes; un magazine à l'aspect multidimensionnel et multidisciplinaire.» Comme son titre l'évoque, La Parole métèque a pour particularité d'offrir aux immigrantes et aux femmes de tous les pays, mais surtout du tiers monde, un lieu pour s'exprimer.Il était temps! Dans ce premier numéro, on trouve quantité d'articles intéressants concernant la vie culturelle, l'intégration des immigrantes à la société québécoise, des poèmes, une revue de livres, des entrevues.bref, de quoi exciter nos ardeurs compétitives, car avec de telles concurrentes, La Vie en rose n'a qu'à bien se tenir! Tous nos voeux, bien sûr, à ces sympathiques «métèques», et longue vie à leur Parole.— S.G.LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 17 1 ous raiîolerez de ces superbes chandails LA VIE EN ROSE, offerts à 30% de rabais avec tout abonnement.Et par la même occasion recevez chaque mois, à votre porte, les grands dossiers de l'actualité.voilà qui vous assurera de toujours garder le des-i t()Ujtnii ^ , sus! - 1 est bien entendu que si vous voulez profiter du rabais de 30% sur les chandails, vous devez vous abonner.Si vous êtes déjà abonné(e), vous pouvez abonner unie) ami(e).Les chandails sont en coton/polyester, taiUe universelle.Le polo est b\anc et le sweatshirt est fushia. LA FEDERATION DES FEMMES DU QUÉBEC tiendra son congrès annuel du 1er au 3 mai à l'Université Laval.On y parlera d'action politique.Info: (514) 844-7049.LE COMITÉ NATIONAL DE LA CONDITION FÉMININE DE LA CSN invite tous les groupes de femmes au Rassemblement 87 des femmes de la CSN, sous le thème Si le travail m'était conté.autrement.L'événement aura lieu le 4 avril au Palais des Congrès.Info: (514) 598-2109.L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL offre, dans le cadre d'une série sur le couple contemporain et le noyau familial, une rencontre intitulée Que se passe-t-il?Comment l'expliquer?Où allons-nous?, le 10 avril à 12 h, au pavillon Read, 420, rue de la Gauchetière Ouest, local R-1020.L'entrée est libre.Info: (514) 282-3111.LES JEUDIS DE L'HISTOIRE DES FEMMES se proposent de faire une tournée dans les quartiers et les régions pour présenter leur second vidéo intitulé Ben sûr qu'on est folles.on veut changer le monde!!! Afin de permettre une pensée plus large et de susciter une réflexion autour d'un projet de société féministe et populaire, une journée-colloque est prévue le 23 avril 1987 avec toutes celles qui auront visionné ce vidéo.Pour organiser un jeudi dans un groupe, communiquer avec Gisèle Ampleman au (514) 527-8291 ou Linda Denis au (514) 521-3561.LE CENTRE DE SANTÉ DES FEMMES DE MONTRÉAL offre une série de huit rencontres en santé mentale sous le thème Se connaître et agir.un pas vers la satisfaction.Les rencontres auront lieu les lundis de 19 h à 22 h, du 27 avril au 15 juin.Le coût est de 80 $.Inscription: (514) 842-8903.LES BELLES SOIRÉES ET MATINÉES DE LA FACULTÉ DE L'ÉDUCATION PERMANENTE DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL met tent au programme des mois d'avril et de mai des ateliers portant sur des thèmes tels que Vivre la ménopause dans une optique de croissance (4 et 5 avril et 2 et 3 mai), L'Affirmation de soi (1, 8 et 15 avril et 28 avril, 5 et 12 mai), Mieux vivre les ruptures et les changements de vie (29 avril, 6 et 13 mai), Négociations dans la vie quotidienne (28 avril, 5 et 12 mai) et Planifier la recherche d'un emploi (30 avril, 7, 14 et 21 mai) Info: (514) 343-6090.LA BRICOLEUSE DU «Y» DES FEMMES offre un cours portant sur la réparation des appareils électroménagers.Tous les jeudis, de 18 h 30 à 21 h, du 9 avril au 14 mai.Inscription: (514) 866-9941, poste 66.PARUTIONS L'INSTITUT CANADIEN DE RECHERCHES SUR LES FEMMES (ICREF) a publié une édition révisée du Répertoire des sources de finance- Épisiotomie Les grands sous-entendus d'une petite coupure Micole Coquatrix Intervention pratiquée de façon routinière au Québec.Pourquoi ?132 p., 20 tabl., 5 graph., 6 pl.18$ Les Presses de l'Université de Montréal 2910.bd Édouard-MontpeM.Montreal, QC H3T 1J7 ment de la recherche à la portée des femmes.On peut se le procurer en faisant parvenir un chèque ou un mandat-poste de 3,25 $ à l'ordre de l'ICREF/CRIAW, 408-151, rue Slater, Ottawa K1P5H3.COMMUNIQU ELLES vient de faire paraître plusieurs outils pratiques pour les femmes: L'Annuaire des femmes du Canada (7,95 $), L'Annuaire des femmes de Montréal (7,95 $), Le Manuel d'intervention auprès des femmes immigrantes (2,95 $) et Le Guide de gestion pour les centres de femmes (9,95 $).Info : (514) 844-1761.RELAIS-FEMMES offre une brochure intitulée Les Femmes et la fiscalité, un outil qui facilite la compréhension des principales mesures de fis-v calité et qui suscite une réflexion sur le rapport spécifique des femmes à la fiscalité.Info: 844-4509.DIVERS LA BOTTINE FILANTE INC., garderie sans but lucratif établie dans le quartier Villeray, au 6970, rue Christophe Colomb, reçoit les enfants de 18 mois à 5 ans.Il reste des places et il y a possibilité de subvention.Info: Yollande au 1514)277-4233.La revue ontaroise LIAISON a besoin d'aide financière pour continuer à jouer son rôle de catalyseur d'idées.Faire parvenir son don à l'ordre des Editions L'Interligne, CP.358, suce.A, Ottawa K1N 9Z9.ASSISTANCE AUX FEM MES DE MONTRÉAL INC., une des premières maisons d'hébergement pour femmes et enfants victimes de violence, est présentement en situation financière précaire et a besoin d'aide.Faire parvenir son don à l'ordre de l'Assistance aux femmes de Montréal, CP.82, suce.E, Montréal H2T 3A5.Des reçus sont disponibles pour fins d'impôt.L'ENJEU, intégration des femmes au travail Inc., offre des services de consultation et d'accompagnement aux femmes désireuses de se trouver un emploi.Info: (514) 849-3745 LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 19 AU PAYS DES CLOCHARDES Si vous avez déjà traversé le parc Atwater.vous avez peut-être remarqué les bourgeoises aux cheveux bleus, élégantes et bavardes, en train de se reposer, assises sur un banc, des fatigues d'une rude journée de magasinage et de folles dépenses.Ce que vous n'avez peut-être pas remarqué, c'est l'autre groupe de femmes assises dans le pare.Elles sont encombrées de grands sacs, elles aussi, mais d'un contenu tout différent: de vieux vêtements, des restes de nourriture et des photos tachées, souvenirs des jours anciens.Celles-là, ce sont des clochardes, qui ont coutume de s'agglutiner dans des parcs comme celui-ci.Parfois elles marmonnent pour elles-mêmes, parfois elles deviennent agressives, se grattant rageusement.On en voit rarement de jolies.LINDALEE TRACE Y AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE En temps normal, je ne m'assoirais pas si près d'elles mais aujourd'hui, et pour les trois prochains jours, je suis l'une d'elles.Et elles, cette armée de femmes en guenilles, sont mes amies, mes initiatrices, mes guides que je suivrai dans le bas-ventre urbain de la grande culture canadienne de la pauvreté.I J'ai fait un effort pour ne pas avoir l'air trop propre.Je suis en jeans déchirés, en tee-shirt, et je transporte mes possessions dans deux sacs à poubelles.Je me sens un peu gênée en ^l'installant sur un des bancs du parc.Juste à côté de Barbie.26 ans.Barbie fait un peu d'embonpoint et rit d'un petit rire nerveux.Sa chemise à carreaux et ses pantalons rayés ne vont pas ensemble Barbie n'a pas de chez-soi.Je lui demande si elle a déjà dormi sur un de ces bancs.«Certain!.Celui-là, là-bas.», glousse-t-elle en pointant du doigt un coin du parc.«Des fois j'ai peur mais j'ai le sommeil léger alors je me relève aussitôt que j'entends quelque chose.A part de ça.j'ai un couteau, juste en cas.» Barbie est une victime d'inceste, violentée par son père adoptif dès l'âge de quatre ans.Alors, pour elle, ce qui est normal et ce qui ne l'est pas.Elle vit dans les rues depuis deux ans.Les gens l'évitent, elle en a l'habitude.Pas moi.Tandis que nous restons là, assises, à fumer ses rouleuses.je me sens rabaissée par les regards grossiers des passants.Dans les jours qui suivront, ie me ferai la carapace plus épaisse, mais là.Les gens nous regardent comme si nous étions des putains.Barbie l'a été.En fait, Barbie a déjà dû faire bien des choses déplaisantes en échange d'un repas ou d'une place pour dormir Pourtant, malgré tous ses efforts, elle continue d'avoir faim."Depuis deux ans.ça m'est arrivé de crever de faim, pendant une semaine d'affilée, par bouts.*, me dit-elle.«Des fois, je vais voir dans les poubelles, autour de chez McDonald's surtout.C'est super, parce qu'il y a des employés de bureau qui en prennent juste une bouchée et qui jettent le reste, alors je le prends.» Après des heures de placotage.arrive le temps de diner Barbie et moi sortons du parc, à l'affût d'un repas gratuit Encore gênée par les regards des «honnêtes» gens, j'essaie de rendre mes sacs verts aussi petits que possible, les tirant timidement après moi dans les rues du centre-ville.Ça se voit tellement, maudit, quand on est pauvre.Barbie m'amène chez Doris, l'unique centre de dépannage pour femmes itinérantes à Montréal Barbie vient souvent ici.pour des vêtements gratuits, des Kotex et un repas.C'est douillet.Chez Doris, et tout s'y passe dans un incessant chuchotis de conversations.Là-bas.dans le coin le plus éloigné, une femme aux cheveux blancs tricote.Près de la porte, silencieuse statue de pierre, une Inuk est assise.Il y a une pincée de punkettes.un flot d'ex-rcines d'un soir un peu fanées, quelques femmes en imper.Au fond, une grosse femme se coud une robe neuve avec des morceaux de vieux draps.Personne n'est déplacé, ici L'endroit est envahi par plus de 40 femmes qui.comme moi.font la queue pour la soupe, la salade, les fèves et les saucisses.Derrière moi.il y a Pat.Hyper-tendue, elle a les nerfs et les gestes emmêlés d'une ex-patiente de clinique psychiatrique Pat rebondit de chambres sordides en pavillons d'hôpitaux et des hôpitaux à la rue depuis dix — ou n'est-ce pas plutôt on/e'.' — ans maintenant Elle n'arrive plus à se rappeler.Pour l'heure, elle meurt de faim «J'ai été obligée d'aller fouiller dans une poubelle, tantôt», me dit-elle d'une voix forte.«C'est la chose la plus écoeurante que j'aie |a-mais faite de ma vie.J'ai trouvé un petit morceau de banane.gros comme ça.» Nous arrêtons de parler pour prendre nus assiettes, et puis nous .il-o Ions, Pat et moi.rejoindre les autres femmes, attablées pour le rituel § silencieux du repas.« Une fois les ventres pleins, la vaisselle propre, la foule s'éclaircit ï Chez Doris.Je sors avec les autres, franchis le seuil, descends dans la g rue.en route pour nulle part, en réalité.> Je fais un arrêt dans une arcade de la rue Sainte-Catherine.À l'inté-^ rieur, je reconnais plein de têtes familières, cherchant ici un peu de £ chaleur, comme moi.Le truc, dans les arcades, c'est d'avoir fair de î vouloir dépenser de l'argent.De l'argent que nous n'avons pas.Cette armée de femmes en guenille sont mes amies, mes initiatrices, mes guides que je suivrai, pendant trois jours, dans le bas-ventre urbain de la grande culture canadienne de la pau vreté.Je fais semblant d'examiner toutes les machines, avant d'en choisir une pour jouer.Ça marche un bout de temps mais le gérant finit par s'avancer vers moi.Je sais que c'est le moment de filer.Ce n'est pas bon pour le commerce, des pauvres qui traînent autour.De toute façon, il commence à se faire tard et je dois penser à me trouver un endroit pour la nuit.Ce n'est pas qu'il y ait un grand choix: trois refuges pour femmes itinérantes dans toute la ville.Et 77 misérables lits pour les milliers de femmes qui s'y présentent.Je me dirige vers la Maison Marguerite.Seigneur! C'est le plus proche.Et je suis chanceuse, très chanceuse.J'attrape le dernier lit.La Maison Marguerite est menée par les Soeurs grises; y règne un calme recueilli.Nous autres, les clochardes, sortons nos manières du dimanche: c'est qu'on ne mord pas la main qui nous nourrit, on n'emploie pas le langage de la rue.devant des bonnes soeurs! Après que j'aie rempli quelques formulaires, on me donne un lit dans une chambre à quatre, une serviette, une jaquette et une brosse à dents.Je me garroche vers la salle de bain, et j'attends, en ligne avec les autres, pour enfin prendre une douche.Dans nos robes de nuit fournies par le couvent, nous avons toutes l'air fondamentalement semblables, c'est-à-dire pauvres.Mais nos histoires sont toutes un peu différentes.Nous nous les racontons, nous confiant l'une à l'autre nos secrets terribles et fragiles.Ce ne sont pas des histoires pour les gens de l'extérieur.Ici.à la Maison, nous nous réconfortons les unes les autres.À l'occasion, nous nous laissons aller à sangloter sur notre souffrance, comme Brenda Mère, 35 ans, Brenda a eu son appartement saccagé par les deux amis qui venaient de la violer.Brenda n'a pas d'argent, pas de logement, et nulle part où élever son fils de deux ans Il y a Micheline, la veuve, une femme délicate et fragile qui passe son temps à se remettre du rouge sur les lèvres.A 63 ans, Micheline vient d'être expulsée d'une maison de chambres.Elle attend maintenant que le B.S.lui envoie son chèque, et ça, ça la gêne un peu Après une soirée passée à parler et à enfiler des colliers de perles dans la salle d'artisanat, les lumières s'éteignent.A 11 h.nous autres, femmes adultes, allons toutes bien sagement au lit comme de bonnes petites filles.II Je pars tôt le lendemain matin, l'estomac vide, bousculée, ignorée par les vagues de travailleurs de bureau déferlant sur la ville.Sur leurs talons s'avance une étrange cohorte d'hommes clopinant et sacrant.LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 :i tenant.C'est un artiste de l'escroquerie: un escroc très sympathique avec ce petit côté pétillant d'Irlandais qui connaît les recettes pour bien vivre.Nous passons l'après-midi ensemble, à nous promener dans le métro gratis: Tommy a un truc pour les correspondances qui fait que je n'ai pas à payer.Tommy a aussi un truc pour les cigarettes.Entrés nonchalamment dans une manufacture de tabac de l'est de la ville, nous obtenons, grâce à Tommy, des cigarettes gratis avec visite de l'usine en prime! Tommy a ce genre de confiance en lui dont manquent la plupart des itinérantes.Pour lui, la survie est un travail de comédien: il y a de bons acteurs et il y en a de mauvais.Les femmes sont habituellement de mauvaises actrices.Et ce sont elles qui ont besoin d'aide.Je demande à Tommy comment les femmes peuvent jouer au jeu de la survie.Il s'esclaffe et me conseille de me poster au centre-ville et d'accoster les gens avec des histoires à coeur fendre: «Dis-leur que ton père t'a foutue dehors.Ou ben que ton chum est un malade, qu'il t'a encore battue.Ça marche.Ou ben dis-leur: Je me suis réveillée ce matin et j'ai eu une apparition et Dieu m'a dit de vous demander de l'aide.Ça marche!» À la fin de cet après-midi plein de chaleur et d'amitié, je quitte Tommy sur la rue Sainte-Catherine.Je n'ai pas mangé depuis tôt ce matin, je n'ai pas le moindre sou, alors je prends Tommy au mot et suis l'une de ses suggestions.Je me traîne les pieds dans une station de métro et je commence à quêter.Je trouve ça intolérable.La foule joue aux moutons de Panurge et me contourne d'un mouvement d'ensemble.Elle ne jette pas même un regard dans ma direction.Et quand je m'approche pour attirer son attention, je vois sa peur.La foule fonce sur le côté, mais toujours comme si elle ne m'avait pas vue.Je commence alors à me fâcher.Barbie m'a parlé de la colère.«Aussi longtemps que t'es enragée, m'a-t-elle dit, t'es vivante.Tu réagis.» Et je suis en train de réagir.Je commence à répondre à la foule, à lui courir après, à lui demander de me regarder.Ça me fait du bien mais ce n'est pas la bonne façon déjouer le jeu.Quarante minutes plus tard, je n'ai toujours pas fait un sou, pas une Ils ramassent les sandw iches et les mégots de cigarettes dédaignés par les mieux chaussés.Ces hommes-là sont les «pros» de l'itinérance.En tant qu'hommes, la vie des rues leur est plus facile; il y a plus de services pour eux.Et moins de railleries.Personne ne prend un homme pour une putain juste parce qu'il est pauvre et sale.Je fais la queue avec eux.des centaines d'entre eux, à l'extérieur de l'Accueil Bonneau.une soupe populaire du Vieux Montréal.Nous attendons le déjeuner: soupe et pain noir.Par groupes de vingt à la fois, nous engloutissons notre nourriture en vitesse, assis sur de longs bancs, à de longues tables, avant de laisser la place au prochain groupe.On peut dire que c'est une sorte de club privé, ici.Ils n'aiment pas les femmes, c'est évident à leurs gestes et leurs commentaires.Plus tard, les hommes sortent et se prélassent comme des rois en digérant leur déjeuner.L'un d'eux.Tommy, tire un peu de pain noir de sa poche et nourrit les goélands.Tommy est un ex-vendeur d'assurances de 43 ans qui est tombé dans une bouteille de whisky et a mis six ans à s'en extirper.Tommy vit dans les rues depuis des années main- 22 AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE seule cenne noire, alors je ne mange pas.Je sors, et je marche dans la buée nocturne de la ville.En vagabondant, je tombe sur Claudette, errant alentour des buissons de la Place des Arts.Claudette dort ici, près des bouches de chaleur.C'est chaud, mais comme femme elle a quelquefois des problèmes et doit défendre à coups de griffes sa place dans la masse des corps qui s'empilent ici chaque nuit -Ça arrive qu'on se batte pour décider où on va dormir», explique-t-elle avec désinvolture.«Surtout l'hiver, parce qu'on ne trouve pas des places chaudes n'importe où.Des fois, il y a sept, huit personnes sur la même place, et là le trouble commence.C 'est normal, c 'est comme la jungle.La loi du plus fort.Si quelqu'un est plus fort que toi.il prend la place.Si t'es trop faible, ils te poussent.liste renvoient plus loin.Et si t'es une femme, qu'est-ce que tu peux faire?Évidemment, tu peux te défendre, mais juste avec des mots.» Pourtant, Claudette, 31 ans, préfère dormir dehors plutôt que dans un refuge.Elle dit qu'elle n'aime pas les règles, la routine et les «bonnes âmes» qui travaillent dans ces endroits-là.Elle n'aime pas leur pitié, alors elle vit sous les regards des passants, et devient froide comme pierre pour se protéger.«Tout le monde te regarde, chacun te rejette.T'es juste une chose, un déchet à foutre à la poubelle.On ne te veut pas.on ne va pas t'aider.Ça fait mal.Ça n'arrête jamais de faire mal et ça reste à l'intérieur de toi.Tu n oublies pas.Mais il faut que j'y aille, j'ai d'autres choses à faire.» Je demande à Claudette si elle connaît un refuge pour la nuit, et elle me montre la direction du Chaînon, une vingtaine de blocs plus loin.Je suis trop fatiguée pour marcher alors je monte dans un autobus et j'explique à l'homme que je n'ai pas une cenne et pourrait-il.s'il-vous-plaît, me laisser monter gratis.Je suis trop fatiguée pour avoir peur qu'il rie et me chasse comme un chien galeux.Je m'en fous que les autres passagers jacassent entre eux.Tout ce que je veux c'est manger, et puis je veux dormir et peut-être, quand je me sentirai mieux, pleurer un bon coup.Après un énorme souper au refuge Le Chaînon, je me sens mieux, moins transie, et je rejoins les autres femmes dans la pièce commune.Penchées sur nos cafés, nous fumons à la chaîne et écoutons la radio.Les petits plaisirs bon marché.Une femme aux longs cheveux porte un baby-doll et nous rions toutes devant un luxe aussi ridicule.Une autre râle contre son travailleur social.Nous parlons des hommes, de nos familles, et des meilleures façons de tromper le Bien-être.Pendant quelques heures, nous avons toutes l'impression d'être des reines parce que.cette nuit, nous dormirons à la chaleur.Je suis au lit à 9 h 30.III Le matin du troisième jour, je me bourre autant que je peux au déjeuner, au cas où je ne trouverais plus rien à manger de la journée.Et puis je me retrouve de nouveau dans la rue.Aujourd'hui mes vêtements sentent mauvais, mes cheveux sont sales et pleins de drôles de mèches collantes.Sans même y avoir pensé, je me retrouve à marcher dans les ruelles, pour me cacher, je suppose.Pour devenir invisible.Dérapant dans les flaques d'huile, traînant les pieds dans les poubelles, nous, les itinérantes, nous nous remarquons les unes les autres et nous disons hello! d'un signe de tète.J'enregistre mentalement quelques informations: quels restaurants, par exemple, laissent ouverte leur porte arrière, au cas où je voudrais grapiller un peu de nourriture.Ou cet escalier camouflé.'.parfait pour une petite sieste en après-midi.Tiens! je pourrais empocher 2.40 $ la caisse pour les bouteilles de bière vides entassées derrière cet hôtel, et je dois me souvenir de ces boîtes de carton empilées par le magasin à rayons: je peux en avoir besoin si je dors dehors.Quelques heures plus tard, je retombe sur Claudette.Elle a l'air Un parc sombre qui longe deux pâtés de maison, c'est le coin préféré des touristes perdus, des prostitués mâles et des vendeurs de dope moulés de cuir noir.C'est intime, quoi, et c'est ma chambre pour la nuit.«L'hiver, on ne trouve pas de places chaudes n'importe où.C'est comme la jungle La loi du plus fort.Si quelqu'un est plus fort que toi, il prend la place.Et si t'es une femme, qu'est ce que tu peux faire?» bien plus vieille à la lumière du jour, et l'ombre est plus dure autour de ses yeux.Nous marchons ensemble jusqu 'à la gare où je voudrais me laver les cheveux dans la salle de bain publique.Claudette me raconte comment elle se garde propre dans les rues.«L'été, pas de problème.Tu peux toujours trouver de l'eau, aux fontaines par exemple.Tu peux t'arroser mais il n'y a pas de savon ni de serviettes.C'est pas un bain moussant! En hiver, hen.t'essaies de te faufiler dans les restaurants, dans les salles de bain et dc te laver là.S'ils ne te laissent pas entrer, tu passes par la ruelle pis tu te glisses par la porte d'en arrière.T'apprends des trucs, t'as pas le choix.» J'occupe le reste de la journée, en gros, comme les deux autres: à marcher, me reposer, me cacher.Aujourd'hui comme hier, je ne trouve rien à manger.Enfin, presque.J'arrive à soutirer quelques carottes aux conducteurs de calèches du Vieux, de celles qu'ils donnent à leurs chevaux.Je leur en suis reconnaissante.Au coucher du soleil, j'ai déjà terminé ma ronde des refuges et il n'y a pas de lit disponible.Comme beaucoup d'autres femmes, je dois dormir dehors.Je me décide pour le Carré Dominion, un parc sombre qui longe deux pâtés de maisons.C'est le coin préféré des touristes perdus, des prostitués mâles et des vendeurs de dope moulés de cuir noir.C'est intime, quoi, et c'est ma chambre pour la nuit.Sur un des bancs du parc, je fais la connaissance de Marjorie.Enfouie dans un imperméable, elle vide une boîte de crackers.Elle m'en offre quelques-uns.que j'avale goulûment.Marjorie a 65 ans.Elle a travaillé comme radiotélégraphiste durant la Deuxième Guerre mondiale.Aujourd'hui, elle erre de chambre en banc de parcs.Il lui est ar- rivé, des fois, d'être tellement cassée qu'elle devait se prostituer pour un café et un sandwich.-C'est affreux quand on n'a personne vers qui se tourner», me dit-elle tout bas, de sa voix rauque.«C'est affreux quand on n'a pas de famille, pas d'argent à la banque.Y a du monde qui crève de faim ici.Je me suis déjà prostituée.j"ai été obligée Mais je ne suis pas coupable de meurtre, j'ai tué personne.Je m'suis seulement vendue pour de la nourriture.Tu comprends ce que j'veux dire, hein?» Nous nous blolissons.Marjorie et moi.sous mon sac de couchage, par cette nuit de 5 degrés Celsius, pelotonnées comme avec ma grand-mère, quand nous regardions le dernier film à la télévision.Marjorie entonne quelques vieilles chansons du temps dc la guerre et ensemble, nous épuisons tout notre répertoire musical Après une couple d'heures, Marjorie se remet en route et moi je \.iis me coucher sous un buisson.Evidemment, je meurs de peur.Je LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 23 ne dors pas.C'est impossible, avec un oeil ouvert Chaque son tenu, chaque bruit de pas.chaque bruissement de feuille me fait sauter sur mes pieds.ner\euse et alerte comme un lapin A la fermeture des bars, la ville s'apaise soudain Cela m'effraie.A l'aube, ma cachette sous le buisson devient trop visible et je déménage sur un banc.Je me balance d'avant en arrière pour me réchauffer.Vers 6 h.je fais le tour du parc, drapée dans mon sac de couchage comme dans une robe de chambre.Je salue les formes humaines qui commencent à s'agiter sur les autres bancs.Je suis nerveuse, épuisée, sale et très engourdie par le froid.Je trébuche jusqu'à la Gare centrale et je m'asperge le visage d'eau froide.Et puis l'arrête un taxi et je rentre à la maison.Car moi.j'ai une maison qui m'attend.Lindalef Tracey est journaliste pigiste et collabore régulièrement à The Gazelle, CBC et l'ONF.Son reportage sur les femmes itinérantes, dont le present texte est une traduction, a d'abord été lu en primeur (et en anglais bien sûr) à l'émission de radio Sunda\ Morning de CBC-Toronto.SOUS LES PONTS DE MONTRÉAL Le 12 av ril, le Comité ad boc sur les sans-abri mis sur pied par l'adminis-Iralion Dore remettra ses recommandations au conseil municipal de Montreal, après six soirées de consultation publique.Le 5 lévrier, on y analysait le manque de ressources pour femmes itinérantes.Alors qu'à Montreal seulement on évalue leur nombre à près de 3 000, il n'y a que 77 lits disponibles dans les cinq maisons d'hébergement qui leur sont -.peciliqueinenl réservées: le Chaînon.l'Auberge Madeleine, la Maison Marguerite, les Maisons de l'ancre et la Daupbtncllc! En un an, OU a du y refuser 3 729 demandes d'admission.Au Y des femmes, rue Dor-chesler, ou l'on -dépanne» aussi les intimes en difficulté, on devait laisser à la rue cet hiver, pendant les gros froids, 10, 12 femmes par nuit, taute de place.Tracer un portrait-robot de la femme itinérante est infaisable.Evidemment, ce sont des femmes en difficulté, sans adresse permanente, sans lien affectif stable, aux prises avec des problèmes d'argent, de santé, de logement, de violence familiale, souvent intoxiquées.Mais de plus en plus d'itinérantes jeunes — bénéficiaires de l'aide sociale de moins de 30 ans, souvent prostituées — s'ajoutent aux vieilles femmes expulsées de leurs logements, aux autochtones «déculturees» et aux femmes alcooliques.« Grâce à» la désinstitutionnalisation des services de santé, des centaines de patientes d'hôpitaux psychiatriques se retrouvent maintenant dans le circuit de l'itinerance, aux côtés de femmes violentées tuyanl leur mari ou leur agresseur.Enfin, autre phénomène nouveau, les intervenantes des maisons d'hébergement remarquent une augmentation du nombre de femmes récemment immigrées au Québec, souvent illettrées, abandonnées par des maris mieux intègres et à la recherche d'épouses plus «modernes».Devant cet accroissement de la demande, les maisons sont dépourv ues.La plupart sont financées par des fondations privées ou des communautés religieuses: elles demandent à l'Etat de prendre ses responsabilités et de les aider financièrement à assumer les nouveaux services requis, psychologiques et éducatifs aussi bien que physiques Entre-temps, le comité God-ley recommandera entre autres à la Ville d'ouvrir un centre de dépannage de 25 lits.à l'hiver 1987-88.Une goutte d'eau.appréciable.Avant que 1987.l'Année internationale des sans-abri, ne soit tout à fait terminée.— F.G.première mondiale à Montréal: docuinentaire-vidéo en 5 parties réalisé par NANCZ NÏC0L Le Cinéma ONF Complexe Guy-Favreau 200, boulevard Dorchester ouest en présence de la réalisatrice lundi le 20* avril a 19:30h.21 et 22* avril a 18:00 et 21:00h *3ë partie sur Québec en français information: tel:(514)524-3259 MARILYN FRENCH L'histoire universelle de la femme face au pouvoir mâle MAKUJVfc 1 KKNCIl LA EYSCINATIGN DU POUVOIR ACROPOLE en vente partout cHiMands °Jnn PETITE AUBERGE EN NOUVELLE-ANGLETERRE À seulement 3 heures de route de Montréal, dans les montagnes blanches du New Hampshire, le Highlands Inn est un endroit unique pour vous, vos ami-e-s.vos amant-e-s.Cent acres de terrain privé, des montagnes à perte de vue, des chambres meublées d'antiquités et des salles communes spacieuses.Nous avons aussi un bain tourbillon, des pistes de ski de fond et alpin à proximité et des promenades en traîneau.Aubergistes : Judith Hall et Grace Newman (603) 869-3978 P.O.Box 118 U Valley View Lane Bethlehem, N.H.03574 24 AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE GRANDE BRASSERIE DE L'ÉPARGNE: BIENVENUE AUX DAMES À l'heure joyeuse du grand brassage d'affaires, de placements et d'investissements, les Québécoises, désormais, ne manquent plus à l'appel.Par-dessus les moulins, bas de laine et comptes conjoints.Voilà les femmes qui se plongent avec délices dans les secrets de l'épargne aussi souvent que leurs confrères, et se taillent ainsi cenne à cenne une autonomie financière.Et si leur capital, hélas, est encore trop réduit, l'intérêt, lui, ne leur manquera plus.Le Salon de l'Épargnc-Placements, c'est le supermarché annuel de l'épargne où l'on peut, en se baladant d'un stand a l'autre, magasiner son REER (régime enregistré d'épargne retraite), lorgner du coté des REA (Régime d'épargne-action) ou carrément, si l'on a atteint l'échelon supérieur dans l'art de faire fructifier ses sous, diversifier son portefeuille de valeurs Au lancement de l'événement, en 1982.on cherchait les femmes, noyées qu'elles étaient dans le fleuve sombre des complets-cravates.Elles étaient là.pour apprendre.On leur avait dit qu'elles devraient de plus en plus ne compter que sur elles-mêmes pour assurer leur sécurité financière: elles venaient inventorier les façons d'y parvenir.Elles ont appris.De 20% de la clientèle du Salon de Montréal en S2.elles sont passées a près de la moitié aujourd'hui (45%).Un fameux bond! «On assiste, constate Serge Martin, directeur du Salon de l'Épargne-Placements.à une arrivée massive des femmes dans la vie économique.» C'est peut-être un rien trop optimiste par rapport à la réalité.Les femmes, à ce qu'on sache, sont encore largement sous-représentées au sein des conseils d'administration des grands empires financiers et des sociétés d'État.Mais plus modestement, il est exact de dire que sur le marché de l'épargne, elles sont en train de se tailler une place, et rapidement.Mortes de REÉR Un sondage CROP commandé par la FTQ et le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec et réalisé l'été dernier a confirmé que de plus en plus de femmes sont en train de se bâtir, cenne à cenne.une autonomie financière: • 80/ï des femmes rejointes avaient leur propre compte d'épargne, contre 78% des répondants masculins; • autant de femmes que d'hommes: — investissent dans un depot a terme (femmes: 37% hommes: 38%).— détiennent des obligations d'épargne (femmes: 32% hommes: 30%).— préparent leur retraite en investissant dans un REÉR (femmes: 32% hommes: 32%).Ces chiffres coïncident avec ceux du service Marketing de la Confédération des caisses populaires et d'économie du Québec.Pour la coordonnatrice des services à la clientèle, Michèle Soucy, les femmes, qui comptent aujourd'hui pour 48"/i du membership des caisses, «diversifient de plus en plus leurs épargnes».Et cette épargne est dûment inscrite à leur nom propre.En perte de vitesse, les comptes conjoints! «En décembre dernier, les femmes possédaient, chez nous, 49% dc l'épargne à ternie.Alors qu'au lancement du regime d'épargne-action on voyait surtout des hommes s'intéresser à ce type d'investissement, c'est entre 5 et 109; de femmes qui en achètent à présent.» HELENE LEVESQUE LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 25 Chez Desjardins, juste pour les caisses — ce qui exclut par exemple les compagnies d'assurance, les trusts —, l'épargne des femmes membres représente le joli montant de 9 milliards de dollars.Vous avez bien lu.Clubs privés très spéciaux Clarisse Coderre.qui fondait le premier club d'épargne-femmes dans l'Estrie en 1980.est en position privilégiée pour constater que l'engouement des femmes pour l'épargne et l'investissement, c'est «du solide».Et que c'est une tendance qui va s'accentuant.«Nous en sommes à plus de 700 membres réparties sur tout le territoire québécois dans une soixantaine de clubs.Le succès a été si rapide que nous devons, pour quelques temps, nous en tenir au membership actuel, afin de revoir et d'adapter nos structures.» Avant de développer sa formule de clubs.Clarisse Coderre avait d'abord songé à la création d'une banque réservée exclusivement aux femmes, comme il en existe aux États-Unis.Elle y a renoncé.«J'aurais servi une élite, des femmes déjà bien informées.Et les autres, celles qui n'avaient qu'une petite épargne, qui ne savaient pas grand-chose en matière de finances?» C'est d'abord pour ces petites investisseuses que les clubs existent.La formule est simple: un club regroupe une douzaine de femmes qui versent au «pot» commun une vingtaine de dollars par mois.L'exécutif nommé par les membres vérifie les diverses possibilités de placements et les soumet au groupe.«Elles partent toujours du concret, constate Clarisse Coderre.En effectuant ces démarches, elles apprennent, identifient au fur et à mesure leurs besoins de formation.Elles font venir des spécialistes, apprennent à décoder les pages financières.Elles acquièrent de l'audace.» Dans les clubs d'épargne-femmes, le contrat initial qui lie les membres du groupe prévoit que pas plus de 10% de l'argent ne pourra être investi dans des placements à risques.Mais après un an ou un peu plus, remarque madame Coderre, la plupart des groupes amendent le contrat pour élargir cette marge.Quatre-vingt pour cent des membres des clubs n'avaient jamais touché à la Bourse avant de faire le grand saut.Les statistiques financières, le Dow Jones, les «fluctuations du marché», c'était du chinois.Non seulement ont-elles fait, individuellement et collectivement, l'apprentissage sur le tas de ce langage, mais elles sont tranquillement allées chercher le respect des institutions avec lesquelles elles font affaire.«On s'est habitué, dans les institutions financières, à les voir se présenter avec des dossiers bien étoffés, crédibles.On leur prodigue plus volontiers des conseils.» Certaines membres sont devenues des expertes.Clarisse Coderre évoque cette femme mariée avec un homme d'affaires: «Elle ne comprenait même pas qu'on puisse ouvrir le journal à la page de la bourse tellement ça lui paraissait totalement dénué d'intérêt.Aujourd'hui, elle peut établir des graphiques de fluctuation de tendances des actions et en jaser avec des spécialistes.Et elle est devenue agente d'immeubles, une bonne agente.» Dans les clubs d'épargne-femmes, à peu près la moitié des membres sont des femmes au foyer.Une surprise?Pas pour Clarisse Coderre.«Les femmes au foyer disposent de pas mal* moins de revenus, en moyenne, que les femmes sur le marché du travail.Elles vont mettre de côté des allocations familiales, leur crédit d'impôt enfant, l'argent récolté à faire de petits travaux, etc.Mais elles ont plus de temps que leurs consoeurs plus riches pour s'informer et pour investir.» Tendance confirmée par le sondage CROP FTQ - Fonds de solidarité: 78% des personnes au foyer ont un compte d'épargne, contre 81 % pour les femmes sur le marché du travail; autant de femmes au foyer que de travailleuses «à l'extérieur» investissent dans un dépôt à terme et presque autant ont des obligations d'épargne (29% pour les travailleuses au foyer contre 32% pour leurs consoeurs «à l'extérieur»).Enfin, près du tiers des femmes à la maison ont de l'argent investi dans un régime enregistré d'épargne retraite (38% pour celles sur le marché du travail).Question véritable sécurité économique, ont est encore loin du compte toutefois, les revenus de ces épargnantes étant souvent faibles, et leurs investissements en conséquence.Conservatrices, les femmes?Regroupées en clubs d'épargne, ou investissant en solitaires, les femmes ont-elles des comportements plus conservateurs que les épargnants masculins?Oui, répondent nos sources d'une seule voix.Après, cependant, les réponses se nuancent.Jacques Martin, du Salon de l'Épargne-Place-ments.remarque bien que les femmes «jouent plus sécuritaire»: encore peu d'investissements dans l'immobilier ou dans des actions qui risquent de fluctuer rapidement.Mais il y voit plus un indice de maturité que du conservatisme.«Les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes.Il est important pour elles de s'assurer que ces années de plus ne seront pas des années de misère pour elles et pour leur famille.Alors leurs placements sont plus réfléchis.Le taux d'échec, chez les nouveaux entrepreneurs, est deux fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes.» ¦ Peut-être, admet Clarisse Coderre.mais les entreprises que les femmes créent sont plus petites.Nous avons besoin d'apprendre à utiliser notre pouvoir.Je pense à des fonds où les femmes regrouperaient les milliards éparpillés de leur épargne pour soutenir la création d'entreprises bien à elles, de services financiers, etc.» Au Fonds de solidarité des travailleurs, on croit déceler une attitude moins craintive chez les femmes qui choisissent moins systématiquement des investissements en «béton armé», et s'aventurent dans des placements un peu plus risqués.Les femmes comptent en effet pour 22.2% des actionnaires du Fonds, ce qui est remarquable si on considère que celui-ci a recruté principalement jusqu ' ici dans sa base de travail-leur-euse-s FTQ, où le mem- bership féminin n'est que de 28 à 30%.Remarquable encore si on se souvient que le Fonds investit dans la survie d'entreprises et d'emplois, ce qui constitue un certain risque pour ses actionnaires.«C'est peut-être juste unfeeling, dit Louise Raymond, responsable du Registra-riat et des services à la clientèle, mais il me semble que les femmes investissent plus par solidarité!» Ce qui a contribué à sensibiliser les femmes à l'épargne et aux investissements ces dernières années, c'est l'action combinée d'une foule de groupes: Bureau de condition féminine du ministère de l'Éducation, groupes de femmes, médias féministes, Centre de gestion du YWCA.clubs d'épargne-placements, etc.D'autres actions se dessinent.Le secrétariat à la Condition féminine, par exemple, a mis en branle les recommandations du Comité sur l'égalité d'accès au crédit, lui-même mis sur pied après la Conférence sur la sécurité économique des Québécoises.Et au Mouvement Desjardins, nous apprend Rita Bédard.vice-présidente aux affaires juridiques, on a initié tout un éventail d'interventions, parfois conjointement avec des groupes de femmes (le FRAPPE, entre autres), pour inviter les femmes à s'affirmer davantage.Reste que la bataille n'est pas gagnée.Avec quoi pourraient-elles bien épargner, toutes ces femmes qui ont à peine de quoi assurer leurs besoins quotidiens?Une étude un peu plus attentive du sondage FTQ-Fonds de solidarité montre que l'épargne des femmes est largement moins substantielle que celle des hommes: 30% des femmes n'ont encore aucune épargne d'aucune sorte, et 21 % ont mis moins de 2 000 $ de côté (contre 17% et 26% des hommes).Quant aux femmes au foyer, elles doivent s'en remettre à la générosité du conjoint pour pouvoir accéder à leur REÉR personnel, la loi ne permettant toujours pas qu'elles puissent y contribuer en propre.L'argent des femmes fait des petits, mais pas des petits encore assez costauds pour rivaliser avec ceux du gars d'à côté! O" Hélène Lévesque est membre du comité de rédaction de La Vie en rose et, au gré des contrats, journaliste, recherchiste ou agente d'information.2 t.AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE VIOL À SHERBROOKE L'AFFAIRE DOMINIQUE Trois violeurs latino-américains, une victime déterminée, un juge hésitant, une décision légale mais immorale.L'«affaire Dominique» n'a pas fini de choquer Sherbrooke — et de nous faire douter des procédures légales en cas d'agression sexuelle.Après une rude journée de travail et un peu de magasinage, Dominique, 26 ans, serveuse de restaurant, s'en va boire une bière au Bamboo Bar.On est en mai, il fait doux.Vendredi soir, à Sherbrooke, Cantons de l'Est, qu'est-ce qu'une femme peut faire, un vendredi soir.Un gars vient lui parler, étudiant, 19 ans, immigrant latino-américain.Vers 11 h, il lui propose de la raccompagner.Elle accepte.Le gars va chercher sa voiture.Deux de ses copains de collège, deux jeunes, immigrants comme lui, occupent le siège arrière.Dominique, prise au dépourvu, n'a pas le réflexe de refuser le lift.Son cauchemar commence.Virée dans la montagne.Viol collectif.Dominique réussit à convaincre ses agresseurs que sa mère, ne voyant pas sa fille rentrer, serait capable de prévenir la police: «Elle habite juste à côté, je vais lui parler et je reviens», promet Dominique.Ils la croient et la laissent partir.Se souvenir du numéro de plaque, courir, vite, entrer chez maman, appeler la police.Les trois gars sont repérés, arrêtés le soir même.et relâchés trois jours plus tard.Dominique face à la presse: «J'ai cru que ce.Si quelqu'un doit se cacher, ce n'est p les agresseurs.» LOUISE CHAPUT la justice ren as la victime drait mais justi-bien Dominique, déterminée et soutenue dans toutes ses démarches par le CALCACS (Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel I, a déposé une plainte le soir même de l'agression, le 9 mai 1986.Tout l'été, on attend le procès, les enquêtes s'éternisent.Dominique est interrogée pendant une douzaine d'heures.Pendant ce temps, ses agresseurs jouissent de leur liberté.Fin novembre 86, enfin, le procès a lieu.Dominique doit témoigner pendant un total de six heures.Les agresseurs sont jugés coupables et incarcérés le 3 décembre.Le juge Paul Gervais de Sherbrooke, qui qualifie le viol de crime odieux et grave, annonce sa sentence le 27 janvier 1987: cinq ans d'emprisonnement pour chacun des agresseurs, une peine plus sévère qu'à l'ordinaire; pour ce type d'agressions, les peines sont de deux ans en moyenne.Le lendemain même, 28 janvier, coup de théâtre: les trois violeurs sont libérés! Dès décembre, en effet, les avocats de la défense ont demandé le report de la cause en appel et la libération des accusés.Le juge Melvin Rothman, de la cour d'appel de Québec, a voulu attendre de connaître LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 27 la sentence de son collègue axant d annoncer sa propre décision.Ce qu'il fait le 28 janvier, en ordonnant la mise en liberté des trois agresseurs.I Icerec.Dominique demande au CALCACS d'organiser une conférence de presse à I échelle nationale pour dénoncer la tournure des événements.Cette jeune femme, dîme détermination et d un courage peu communs, n'hésite pas à se présenter à la conférence et.sous les feu\ des projecteurs et le crépitement des Hashé*.à lire un texte de protestation qu'elle a elle-même préparé.Brante-bas de combat, depuis, dans la \ ille de Sherbrooke 170 000 hab.l.Au local du CALCACS surtout, c'est un veritable feu roulant: téléphones, demandes d'informations affluent tandis que ."> (H 10 per-Minnc -iun.iit la pétition exigeant la remise en prison des agresseurs.Jamais, de mémoire de femme, on aura \u un tel appui populaire dans une cause d'agression sexuelle.Une cause, il faut le dire, riche en rebondissements et bien faite pour soulever nombre de questions tant dans l'esprit du grand public que dans les milieux concernés.Comment est-ce possible, par exemple, de condamner sévèrement des agresseurs pour les mettre en liberté provisoire le lendemain même?«C'est aberrant!», s'exclame Dominique, consternée.D'autant qu'elle risque à tout moment de rencontrer ses violeurs.«Sherbrooke n'est pas New York après tout!», s'écriera Lucie Pépin, députée libérale d'Outremont, à la Chambre des Communes, le 2ô fé\ rier.exprimant son indignation.Car c'est là.bien sûr, dans cette libération, que le bât blesse.Pour Dominique, révoltée par l'injustice, la perspective accablante en soi d'un second procès s'efface à l'idée de savoir ses agresseurs en liberté: «Jamais, dit-elle, ils n'ont manifesté de regret ou de remords.Ils n'ont même pas reconnu qu'ils avaient commis ce crime.Moi je compare ça à de l'alcoolisme: tant que quelqu'un ne reconnaît pas qu'il est alcoolique, on ne peut pas le soigner.C'est pareil pour eux: ils ne veulent même pas voir qu'ils sont des agresseurs.» Comment, dans ces conditions.Dominique pourrait-elle circuler librement et sans inquiétude'.' «Ce n'est pas à moi de me cacher, d'avoir honte, poursuit-elle, ce n'est pas à moi de supporter les conséquences de cet acte.Pourtant, avec mes agresseurs en liberté, c'est toute ma vie qui doit être changée alors que pour eux tout est connue avant.C'est absurde! » La décision King Size » du juge Kothman L'affaire est tout aussi absurde du point de vue juridique, et c'est la logique même des procédures, cette infaillible logicpie, qui a conduit à 1 absurdité qu'on connaît présentement.D'ailleurs, le juge de la cour d'appel Melvin Kothman exprimait clairement dans son rapport la difficulté qu'il vovait à prendre sa décision.Il n'ignorait en rien l'impact qu'elle aurait: ren-v erser, en quelque sorte, la décision du juge de première instance auprès duquel s'est instruit le procès, c'était automatiquement créer des remous.Mais, et c'est la question fondamentale, le juge Roth-man avait-il oui ou non le choix?Ceux qui prétendent que le juge ne pouvait pas refuser la libération ont de nombreux argumenta.Ainsi, parmi les huit et quelque motifs cités pour aller en appel, certains Idont.semble-t-il, l'adresse au jury faite par le ju-j;e Gerv ais au cours du procès I seraient suffisamment sérieux pour justifier non seulement le report en appel mais aussi cette fameuse libération du 28 janvier.Évidemment, la défense est allée chercher tous les atouts dont elle disposait.Et d'abord, l'image «rassurante» des accusés: trois étudiants de 18.20 ans sans casier judiciaire et dont la grande jeunesse serait garante d'une possible réhabilitation.Parents et professeur-e-s ont été cités en cour pour témoigner de leur bonne conduite et de leurs prouesses académiques ou sportives.Devant tous ces faits réunis, donc, il aurait été légalement difficile pour le juge de refuser la demande de libération.Rien, en effet, ne lui laissait présumer qu'il \ avait: I-danger réel de récidive.2- mena- ces contre l'ordre public, 3-danger que les accusés cherchent à échapper à la justice puisqu'ils s'étaient jusqu'alors rigoureusement conformés aux ordres de la Cour.«Pauvre juge», commenteront en sourdine plusieurs juristes, «il n'avait pas vraiment le choix.» Et en effet, tout individu trouvé coupable d'un crime contre la personne Iviol ou autre I a le droit de recouvrer sa liberté, même provisoirement, en attendant de voir sa cause aller en appel.Ainsi I explique René Turcotte, professeur de droit pénal à l'Université de Sherbrooke: «Supposons une autre personne que les accusés de P'affaire Dominique ", votre père par exemple.Imaginons qu'il a été trouvé coupable de tentative d'homicide.Durant son procès se sont produites certaines anomalies judiciaires, qui remettent en cause la légitimité dudit procès.De plus, votre père n'a pas de casier judiciaire et ne représente pas de danger réel pour la société.Son avocate suggère alors d'aller en appel.Dans ces conditions, ne trouveriez-vous pas tout à fait raisonnable de le voir recouvrer sa liberté en attendant d'apprendre s'il y aura ou non un deuxième procès?Techniquement, donc, c'est là une chose relativement fréquente et tout à fait conforme à la philosophie de notre droit d'inspiration britannique, qui assure à tout citoyen la pleine jouissance de ses droits tant qu'il n'y aura pas la preuve irréfutable de sa culpabilité.De plus, depuis 1970, la tendance à favoriser dans la mesure du possible les libérations provisoires s'est largement répandue dans nos tribunaux.» L'immoral du légal Voilà donc, en substance, les arguments sur lesquels se basent celles et ceux qui affirment que le juge Rothman n'avait pas le choix de sa décision.Mais M s'en trouve beaucoup d'autres pour dire que la cour d'appel aurait aussi bien pu prendre la décision contraire, c'est-à-dire accepter la demande d'aller en appel (c'est presque automatique dans bien des casl, mais refuser, par ailleurs, la libération des agresseurs.Pourquoi?Comment?En tenant compte du caractère particulier des agressions sexuelles, des actes éminemment criminels mais dont les coupables ont rarement un casier judiciaire.28 AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE Ainsi, un juge de la cour supérieure, Jean Bienvenue, rendait récemment un verdict de culpabilité envers un homme accusé d'avoir tué sa femme, et le condamnait à 14 ans d'emprisonnement.«Alcoolisme et dépression», avait invoqué la défense.Mais le juge Bienvenue a refusé de tenir compte (le ces cire, instances atténuantes», évoquant plutôt l'effet dissuasif qu'un verdict sévère pourrait avoir sur des maris violents.N'aurait-on pu s'attendre au même souci de conscientisation de la part du juge Rothman?D'autant plus qu'il a honnêtement fait part au public de ses hésitations.Cela ne laissait-il pas sous-entendre qu'il y avait bel et bien une possibilité de refuser la libération des agresseurs en raison d'impératifs sociaux et moraux?Pour les travailleuses du CALCACS, justement, la décision rendue, malgré la conformité de la procédure, a des conséquences graves aux plans social et moral.Elle a pour effet de banaliser l'impact du délit sexuel commis par les trois agresseurs.Selon elles, il est plus que temps que de tels crimes et leurs conséquences soient jugés avec plus de sérieux, et que ce soit les agresseurs et non plus la victime qui aient à subir le poids de leur faute.C'est aussi l'avis de Dominique: ce n'est pas elle qui devrait voir sa vie diminuée, étriquée, mais bien ses agresseurs.Rares sont les victimes d'agression sexuelle qui ont la détermination de Dominique.La plupart n'osent pas faire appel à l'appareil judiciaire parce qu'elles savent bien qu'elles risquent d'être considérées comme partiellement ou totalement responsables du viol, et que les vrais coupables ne sont pas souvent punis d'une façon significative ou proportionnelle à la gravité de leur délit.On connaît bien l'odieux de ces procès où toute la preuve repose symboliquement sur les épaules de la victime.Ainsi de Dominique qui dut témoigner pendant un total de 18 heures au cours de l'ensemble des procédures, alors que les accusés, eux, se sont prévalus intégralement de leur droit de ne pas témoi- S/ vous déménagez Collez ici l'étiquette portant votre ancienne adresse et votre numéro d'abonnée Nouvelle adresse Nom_ Adresse.Ville_ Code Postal N° d'abonnée_ SVP Faire parvenir ce formulaire à La Vie en rose, 3963 St-Denis, Montréal, QC.H2W2M4 gner à leur propre procès.Les avocats de la défense se sont littéralement acharnés à déceler un semblant de consentement chez la victime, l'interrogeant longuement sur ses rapports avec sa mère, avec son ami, allant même jusqu'à vérifier la couleur de ses sous-vêtements! Bref l'habituelle série d'humiliations subies par les victimes de viol qui ont le courage d'amener leur cause devant les tribunaux.On se pose la question: peut-on vraiment se fier aux tribunaux pour traiter équitablement et de manière éclairée des questions juridiques afférantes au agressions sexuelles?Des petits gars.d'ailleurs L'indignation populaire reflète la plupart de ces critiques.Dans la région de Sherbrooke, bon nombre de personnes s'insurgent, tant en privé qu'en public, et remettent en cause la crédibilité de l'appareil judiciaire.Certaines vont même jusqu'à dire que désormais n'importe qui peut commettre n'importe quel crime grave impunément à condition qu'il puisse prouver par ailleurs qu'il est un honnête citoyen, un bon père de famille, un athlète prometteur, et quoi encore! Bien sûr.c'est oublier que seule l'action combinée de sérieux motifs pour conduire la cause en appel d'une part, et de la bonne réputation des agresseurs d'autre part, a pu permettre leur libération provisoire.Quant au soutien populaire sans précédent dont jouit Dominique, on est en droit de se demander où il prend ses racines au juste.Est-ce là le résultat de bien des années d'efforts de sensibilisation auprès de la population, concernant la réalité et la gravité des agressions sexuelles?Bien sûr, l'opinion publique a changé ~ur ces questi.,n- cl reci .1111.lit aux femmes le droit de circuler comme bon leur semble ou encore le caractère criminel d'un viol.U est même de bon ton, aujourd'hui, de dénoncer les agressions sexuelles et les agresseurs.Mais si, dans la cause présente, il y avait autre chose?Si les accusés, par exemple, au lieu de s'appeler Canales, Cordonero et Cister-nas se nommaient Bon, Robi-chaud et Trembla) tout bonnement, coin mi' îles pet ils i;;irs de chez nous, assisterait-on à une telle levée de boucliers?Bref, ne se cacherait-il pas aussi, sous l'unanimité des réactions, un vieux fond de racisme?Personne ne s'avoue franchement raciste, c'est mal vu.Mais dans le brouhaha actuel causé par le problème des réfugiés affluant au Canada et provenant, pour une bonne part, d'Amérique centrale ou du Sud, la question du racisme est loin d être étrangère à toute cette affaire, même si jusqu'à maintenant le CALCACS de Sherbrooke en a eu peu d'échos.Mais les travailleuses du Centre admettent volontiers que leur local n'est pas l'endroit de prédilection pour accueillir des témoignages de nature raciste.Les gens s'adressent ailleurs pour ce genre de choses.Face à cet aspect de la question, le CALCACS et Dominique ont une position en tous points semblable: selon elles, mentionner le statut d'immigrants des agresseurs, c'est simplement déplacer le problème.«Avant, dit Dominique, on disait que seuls les malades mentaux pouvaient être des agresseurs.Pourtant, ce sont des hommes comme les autres qui violent; qu'ils aient 2(1 ou 4(1 ans.qu'ils soient ou non d'une autre nationalité, ça ne change rien.En parler, c'est déplacer le problème.» Et l'issue de toute cette affaire?( ta attend bien sûr avec impatience la décision des trois juges de la Cour d'appel qui statueront pour décider -i oui ou non il y a nature à ordonner un nouveau procès.( ta souhaite aussi, bien sûr.accélérer les procédures pour que cette décision suit prise dans les plus brefs délais possibles.En ce sens, plus les pressions seront nombreuses et fortes, plus grandes seront les chances que l'appareil politique et judiciaire se mette en branle.L'objectif est non seulement que les trois accusés soient réincarcérés, mais surtout qu'une telle situation ne se reproduise plus.O lie l'on tienne compte, enfin, de la réalih des agressions sexuelles, et que le système juridique cesse de reprendre d'une main ce qu'il a donné de l'autre.Louise ( liaput est psychologue et enseigne au Collège Champlain de Lennowillc LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 2') < z g < z cr LU h z AFRIQUE LE PÉRIL NOIR Le «péril jaune» de la surpopulation chinoise à peine émoussé, c'est l'Afrique qui risque de voir sa population tripler d'ici 20 ans.Alors qu'une démographie galopante est le pire ennemi de leur relèvement économique, la plupart des pays africains, dont le Mali, n'ont pas encore élaboré de politique de planification familiale.Exception exemplaire: le Rwanda.Le Rwanda.Capitale Kigali.Cette minuscule contrée enclavée au coeur de l'Afrique centrale est surnommée ajuste titre le «pays aux mille collines et au printemps éternel».Pas plus grand que notre Gaspésie, le Rwanda compte une population de plus de six millions d'habitant-e-^, dans un habitat dispersé et camouflé sous les bananiers.Le pays le plus densément peuplé de toute l'Afrique, semble-t-il: 270 habitant-e-s au km2, jusqu'à 400 dans les régions plus fertiles du Nord.Ce qui n'a rien de surprenant quand on sait que son taux annuel d'accroissement de population.3,7%, est supérieur à celui de l'Afrique tout entière (3,2%) selon le Service des populations des Nations Unies.1,5 milliard d'Africain-e-s en l'an 2005 A vrai dire, les projections démographiques de ce service pour l'Afrique sont troublantes.D'ici l'an 2005, la population africaine passerait de 555 millions à 1,5 milliard d'habitant-e-s.Des prévisions trop sombres et trop alarmistes, peut-être?Malheureusement, ces données semblent SYLVIE BELANGER au contraire fort réalistes, si l'on en croit d'autres chiffres tout aussi stupéfiants montrant l'ampleur de la montée démographique, notamment en Afrique noire.Alors que 70 % des habitant-e-s vivent déjà en dessous du seuil de la pauvreté absolue et que la malnutrition ne fait que s'aggraver, la population augmente de 11 millions de personnes chaque année1.Au Kenya, 50% de la population a moins de 15 ans, au Nigeria et au Zimbabwe, 48 % ; au Mali, on estime à environ 50% la proportion des moins de 20 ans, estimation qui grimpe à 60% dans le cas du Rwanda.L'agronome René Dumont qualifie cette démographie galopante de «pire ennemi du relèvement africain'».Sans compter que cette explosion démographique va en s'amplifiant.dans des pays aux sols déjà extrêmement fragiles, fragilité encore accentuée par la deforestation et l'érosion, ce qui, au bout du compte, entraîne un appauvrissement accru de la paysannerie.Au Rwanda, parexemple, où 95% de la population vit en milieu rural, la pression démographique a provoqué la réduction des superficies par exploitant et la surexploitation des terres cultivées, faute de pouvoir continuera les mettre en jachère.Alors que 30 AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE Depuis 1974, le Rwanda mise sur l'éducation et la sensibilisation de la population, à 95% rurale.Un excellent pari, si l'on en juge par les résultats obtenus.chaque enfant recevait traditionnellement une part du patrimoine familial, l'héritage agricole s'est rétréci au fil des ans.si bien que les jeunes n'ont souvent d'autre choix que de s'exiler en ville, où les attend malheureusement le chômage.Quant aux terres cultivées, leur surexploitation entraine une diminution de la production.Or.au Rwanda, plus de 80% de la production agricole est destinée à l'autoconsommation.Les "Ouagado-gooders» Mais si aigué soit-elle.cette situation n'est pas l'apanage du Rwanda.Et comme dans beaucoup de pays africains, il convient d'ajouter au déséquilibre écologique les problèmes de santé, d'éducation, d'emploi, d'urbanisation.Autant de problèmes que l'on peut attribuer en grande partie à la démographie galopante.Face à une situation aussi dramatique, pourtant connue depuis longtemps, peu de pays africains ont pris la peine d'élaborer, même superficiellement, une politique de planification familiale ou entrepris de sensibiliser la population à la question démographique, si cruciale pour le développement.Généralement, les gouvernements préfèrent dire que le problème se situe au niveau de l'augmentation de l'emploi, de la production et du niveau de vie.sans même entrevoir que la démographie galopante puisse être l'un des obstacles à cette augmentation.Les hauts fonctionnaires invoquent volontiers la culture et les traditions, qu'ils prétendent impossibles à changer dans la population paysanne.En novembre 1985 se tenait à Ouagadougou, au Burkina-Faso, un séminaire international sur l'élaboration de programmes de planning familial à l'intention des jeunes.Les conclusions de ce séminaire?-La meilleure planification familiale, y a-t-on affirmé, est celle qui lie à son action le développement des services de santé, susceptibles de combattre et de réduire la mortalité infantile .cariant qu'il y aura la peur de perdre des enfants en bas âge, les familles n'intégreront pas harmonieusement le planning familial.» Honni soit qui Mali pense Louable en soi, cette attitude dispense, hélas, les décideurs de se pencher plus spécifiquement sur les conditions de vie des femmes, pourtant premières pénalisées lorsque la famille est trop nombreuse.Au Mali, par exemple, les femmes sont à peu près totalement écartées du pouvoir, et même lorsqu elles souhaitent avoir la possibilité d'enfanter moins souvent, le seul argument qu'elles peuvent invoquer est justement celui de l'amélioration de leurs conditions de vie.Or.cet argument est souvent mal perçu dans le contexte malien, et assimilé au non-rtfspect des valeurs traditionnelles.Comme si, en dernière analyse, la démographie et le bien-être des femmes n'étaient pas intimement liés.Au Mali, où 98% des femmes sont analphabètes et où environ seulement 1% des femmes mariées utilisent un moyen de contraception, on dit souvent que sans les femmes, il n'y aurait plus de pays: elles s'occupent de l'agriculture vivrière, de l'élevage de la volaille, de la transformation du poisson par séchage ou fumage, du commerce à petite distance, etc.Comme le souligne le coordonnateur du SUCO (Service Universitaire Canadien Outre-mer), Luc Bertrand, installé au Mali depuis six ans, on ne peut nier la tradition ni le contexte socio-culturel pro-nataliste du pays.Mais, à son avis, c'est le pouvoir religieux qui constitue le principal obstacle à la mise sur pied d'une politique de planning familial.Depuis 15 ans, il existe pourtant une association jouant le rôle d'organisme de planification familiale, l'Association malienne de promotion et de protection de la famille, intégrée à la Division familiale du ministère des Affaires sociales depuis 1974.Après plusieurs essais infructueux dans le passé.l'Association a réussi à organiser en juin dernier à Bamako, la capitale, un séminaire visant à informer et sensibiliser des leaders d'opinion sur la démographie et le développement économique.La majorité des participants étaient des leaders religieux, dont des marabouts, qui détiennent également au Mali un pouvoir politique.-C'est un pas énorme qui a été franchi», d'affirmer le D' Amadou Rouamba, lui-même musulman.-D'autant plus que pour les marabouts, peu sinon pas du tout informés sur la question, la planification familiale est synonyme de débauche et contrecarre la volonté de Dieu.» Le Dr Rouamba se dit très satisfait de la session qui, espère-t-il.produira des fruits à long terme.-À preuve, raconte-t-il en riant, un mois après la rencontre un marabout est revenu me voir en secret à Bamako, pour que je "planifie" sa fille.» Mais l'Association malienne de promotion et de protection de la famille, qui préconise l'espacement des naissances, ne semble guère être prise au sérieux par les autorités maliennes, à moins que ce ne soit la question même dc la démographie qui leur soit indifférente.Pour le séminaire de Ouagadougou 32 AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE de novembre 85.par exemple.l'Association n'a même pas été consultée.Et qui plus est, le délégué officiel qui devait y représenter le Mali.l'Inspecteur de la Jeunesse, s'est carrément décommandé à la dernière minute.Son remplaçant, le Directeur du Carrefour des Jeunes, malgré sa bonne volonté manifeste, reconnaît sans peine qu'il n'avait ni la préparation ni la compétence requises.Il faut en outre souligner le manque infini de moyens, tant médicaux que financiers.Comment, dans un pays aussi vaste que le Mali, où les communications sont extrêmement difficiles, organiser des sessions de formation?Et comment opérer un changement de mentalités sans formation?10 millions d'habitant-e-s en l'an 2000.Si le taux de croissance actuel se maintient, la production alimentaire ne parviendra pas à nourrir la population en dépit des efforts énergiques mis de l'avant par le gouvernement.Déjà conscient du problème en 1974, le gouvernement rwandais créait à l'époque un Conseil consultatif pour le problème socio-démographique.C'était en quelque sorte un précurseur de l'ONAPO, l'Office National de la Population.Ce superorganisme a été créé en 1981 pour concevoir et mettre en oeuvre la politique démographique du pays, sensibiliser la population (à commencer par les fonctionnaires, les journalistes et les autorités religieuses) à la question du planning, et enseigner les méthodes contraceptives3.Après 20 ans d'action gouvernementale, on ne peut nier les progrès réalisés: même les centres médico-sociaux et les centres de formation populaire les plus reculés possèdent leur programme «en démographie» et travaillent en collaboration avec l'ONAPO grâce aux ramifications régionales de ce dernier.Il faut ajouter que l'organisme diffuse quotidiennement des messages radio, utilise le théâtre, publie brochures et revues, etc.pour parvenir à ses fins d'éducation.Mais, comme le déclare Monique Muka-manzi, démographe et responsable du service de la recherche à l'ONAPO.la partie est loin d'être gagnée.Les projections sont sombres et pessimistes, et plusieurs soutiennent que l'ONAPO est malheureusement né 20 ans trop tard.On n'est pas en Chine! Quant aux méthodes contraceptives, elles sont, en principe, toutes enseignées, mais madame Mukamanzi affirme que les méthodes naturelles sont privilégiées, rappelant quelepaysestàplusde50% catholique.Par exemple, dans la commune de Nyakabanda.dans le centre-nord du pays, l'abbé Sylvain Bourguet, un missionnaire belge dont la réputation n'est plus à faire dans les domaines de l'éducation et de la formation, se dit préoccupé par le problème démographique depuis 20 ans.Sous sa direction, le Centre communal de développement et de formation permanente a publié en kinyarwanda (langue vernaculairel.à des fins d'animation, une brochure intitulée Se connaître et choisir, basée essentiellement sur la méthode Billing.Peut-on réellement se satisfaire de cette méthode dans un pays où la moyenne est de six enfants par famille?«Il est impensable ici de préconiser la limitation des naissances, comme en Chine.surtout en considérant que les ministres, âgés pour la plupart de plus de 50 ans.sont en faveur de la fécondité naturelle», répond madame Mukamanzi.Elle ajoute que d'avoir des enfants valorise la femme — de jeunes Rwandaises portent même à la tête un bandeau de la fécondité.Sans oublier que traditionnellement, la culture de la terre a toujours eu besoin du plus de bras possible.Compte tenu du contexte, l'ONAPO a accompli une tâche énorme et possède à son actif bien des réalisations, entre autres l'Enquête nationale sur la fécondité4 réalisée en 1983.Parmi les très nombreuses conclusions du volumineux rapport de 426 pages (sans compter les tableaux et graphiques) dont elle est l'une des principaux-ales auteur-e-s.madame Mukamanzi note que les femmes de Kigali et d'autres milieux urbains ont moins d'enfants.Ce qui.selon elle, laisse supposer que la hausse du niveau d'instruction des femmes s'avère indispensable dans une véritable politique de planning familial.«L'émigration demeurera toujours une solution temporaire et aléatoire dans la mesure où nous sommes soumis-es au bon vouloir des gouvernements voisins.L'éducation de la population, par contre, et en particulier l'alphabétisation et la scolarisation des femmes, sont les fondements mêmes d'une politique de planification familiale et la condition d'un réel relèvement du pays.» Et.pourrait-onenchainer.du relèvement de l'Afrique tout entière.Sylvie Bélanger est journaliste pigiste.Elle a réalisé ce reportage à l'automne 1986 grâce à une bourse de la Fédération professionnelle des journalistes du Quebec I René Dumont.Pour l'Afrique j'accuse, Pans.Pion.1986.p.35.2.Terre des femmes.Paris.Maspéro.1982.p.105.3 L ONAPO.Kigali, décembre 1985.4.Enquête nationale sur la Fécondité, Kica- li.ONAPO.1984 Au Rwanda, de réels progrès grâce à l'ONAPO Le Rwanda, quant à lui, a choisi la voie de l'éducation et de la sensibilisation de la population.Il faut dire que les contraintes de l'agriculture alliées à la croissance démographique ont provoqué une véritable hantise chez les membres du gouvernement du général-major Juvénal Habyarimana.président depuis 1973.Au cours des dernières années, des milliers de Rwandais-es ont émigré au Zaïre, à l'Ouest, ou en Tanzanie, à l'Est, pays avec lequel le Rwanda vient de conclure une entente au sujet de ses ressortissants.Malgré cela, les statistiques gouvernementales prévoient que la population rwandaise atteindra LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 Magasinaphobie Le magasinage, j'aime ça quand c'est pour les autres.Pour moi, inutile de rêver à la garde-robe de star qui va me transformer, de partir à la recherche de la jupe qui va me donner l'allure mince et élancée d'un mannequin de Vogue, le chemisier qui flatterait mon teint de rousse aux yeux cernés.Je trouve, mais par hasard, quand je ne cherche pas.et je réussis à acheter ce qui me plaît sans passer par la torture seulement quand je me sens exceptionnellement bien.Sinon, je n'y échappe pas.à cette peur étrange, incompréhensible, à cette peur panique qui s'empare de moi juste au moment de m'offrir le vêtement convoité.Pétrifiée au seuil de la boutique, je m'aperçois qu'il ne suffit pas d'avoir les sous pour matérialiser mon rêve et je croirais volontiers que nul être au monde n'est aussi indécis.À moins que je n'achète hors saison, parce qu'alors pourront s'écouler plusieurs semaines avant queje ne porte le vêtement en question, donnant ainsi au démon de la culpabilité, enfermé sans air et sans nourriture dans un sombre placard, le temps de s'affaiblir.Quand je sors l'objet du délit, le démon n'est plus capable que de légères morsures.Même quand j'ai le coup de foudre, ce n'est pas le paradis.Tout un mécanisme intérieur se met en branle, un mécanisme dont les rouages sont la culpabilité, la colère, le refus, la frustration, la honte, sentiments orageux qui provoquent un inévitable déferlement de questions: -En ai-je vraiment besoin?Puis-je porter ce chemisier avec plusieurs jupes et pantalons (question de rentabilité!)?De quel droit m'achèterais-jc un chemisier à 100 S1 Ma mère n'a-t-elle pas toujours porté des vêtements bon marché?» Je me défends: -C'est mon argent, je peux en faire ce queje veux!» Mais aussitôt, la voix me répond, inexorable: -Oui.mais il est honteux de le gaspiller pour du luxe, du superflu - Et la honte galopante MONIQUE BENOIT piétine le désir que j'ai de me faire plaisir, de me faire belle.Cette maladie — comment l'appeler autrement?— a atteint son paroxysme il y a plusieurs années.J'en étais presque paralysée, réduite à coudre mes vêtements pour ne pas faire trop mauvaise figure.Mais parfois le désir l'emportait, je me risquais dans les boutiques, à la recherche de je ne savais trop quoi, d'une robe qui me plairait.J'avais toujours eu peur de ces petites boutiques et ne m'y aventurais que lorsque les vendeuses étaient occupées avec des clientes et queje risquais moins de me faire interpeller.Quand on me demandait ce queje désirais, je disais queje ne faisais que regarder, queje ne voulais rien de particulier.Je jetais encore un coup d'oeil, pour me donner une contenance, et ressortais presque aussitôt.Je finissais pourtant par m'obliger à essayer quelque chose en me disant que peut-être ça ne m'irait pas et que la question serait réglée.Je le faisais en tremblant intérieurement, incapable d'objectivité, achetant la première chose qui m'allait à peu près, pour en finir.Ou je fuyais, sans dire un mot à la vendeuse consternée.D'une manière ou d'une autre, je sortais plus ébranlée de l'épreuve de la cabine d'essayage que don Quichotte de sa lutte contre les moulins à vent.Et maintenant, des années plus tard, l'essayage demeure une épreuve.Etpourcause! L'éclairage des cabines fait ressortir la moindre imperfection, donne un teint blême et maladif à qui est déjà fatiguée par l'ambiance des magasins.Une heure dans un centre commercial et le manque d'air, le bruit de fond continuel étoffé de chansons pop jouées à tue-tête dans les boutiques, la foule, les éclairages violents, la déshydratation, la sollicitation visuelle ont vite raison des plus énergiques.Et voilà qu'ayant traversé tous ces obstacles, j'arrive devant le miroir à trois faces qui m'oblige à jeter un regard sur les parties qu'on n'aperçoit d'habitude que de trois quarts et en vitesse.Cela incite au masochisme ou à l'apitoiement sur soi, pas de quoi se réjouir.Bien souvent les minuscules salles d'essayage obligent à sortir pour aller se voir dans le miroir tout en s'exhibant aux clients et en s'expo-sant aux commentaires flatteurs des vendeuses.Coïncidence qui m'émerveille toujours: la vendeuse a acheté précisément le vêtement que j'essaie et m'en vante les mérites.Elle déborde d'enthousiasme pour cette robe dans laquelle j'ai l'air d'une orpheline.Ce pantalon — qui me donne l'air d'une -toutoune» — est du dernier cri et me va à ravir, m'assure-t-elle.Ce souliers — qui me serrent les orteils — vont 36 AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE s'étendre: aurais-je la mauvaise grâce de refuser un peu de souffrance pour avoir le pied fin?Je suis confuse, agacée.Je me sens laide et ridicule et n'arrive pas à me rappeler que ce n'est pas moi qui dois me refaire pour les vêtements mais les vêtements qui doivent être faits pour m'aller.Je ne sais plus ce que je veux ni même si je veux quelque chose.Et même quand j'ai le coup de foudre pour un magnifique tailleur, je ne sais pas si je dois me l'offrir.Déchirée par l'indécision, il ne me reste qu'à partir, pour y penser.Je reviendrai demain, je me le promets bien.Mais demain j'aurai autre chose à faire et puis l'autre demain encore.Beaucoup de demains passent ainsi pendant que je pense et m'interroge et balance entre le oui et le non.Enfin je me décide: c'est oui, je suis convaincue.Je pars, toute hésitation bannie.J'entre dans le centre commercial, mais je n'ai pas été assez vite: ma traîtresse de conscience me précède et exige d'être apaisée.Elle m'entraîne d'abord voir des choses moins chères, moins belles et moins seyantes aussi, m'oblige à des justifications et à des raisonnements d'une incroyable mesquinerie.Je discute, me débats, essaie d'échapper à cette conscience inflexible, mais elle me force à passer sans m'arrèter devant la boutique où se trouve l'objet de mon désir.Je reviens malgré tout d'un pas décidé et réussis à m'arrèter devant la vitrine.La fois suivante, je m'élance et atterris à l'entrée.De loin, j'aperçois mon tailleur, mais ce manège a épuisé mes forces, j'ai perdu toute confiance en moi et suis incapable d'aller plus loin.Je concède la victoire et rentre chez moi.Quelques jours plus tard, forte d'une nouvelle stratégie, je démarre au pas de course en m'interdisant de penser et de ressentir quoi que ce soit.Le résultat n'est pas pour autant garanti et je ne sais pas lequel des deux scénarios possibles va se jouer.Premier scénario: j'entre dans la boutique et vais d'un pas décidé vers l'objet de ma convoitise.Il n'y est plus.Infiniment soulagée.et infiniment déçue, je cherche, et m'enhardis même jusqu'à demander à la vendeuse si le tailleur y est encore.— Vous savez bien, le tailleur vert à basques noires.— Ilssonttousvendusmadamcçaparttrèsvitevoussavez.Voulez-vous voir autre chose?Je pars en me chicanant: Pourquoi suis-je si indécise?Pourquoi ai-je si peur?Où trouverai-je un aussi joli tailleur maintenant'1 Je suis déçue et malheureuse.Me disputer n'arrange rien.Dans l'autre scénario, je vais droit à l'objet de mon désir.Il est encore là.Je suis émue mais, attention: tenir le couvercle de l'émotion bien fermé sinon.Il faut en finir tout de suite mais, à peine esquissée, ma fuite précipitée vers la caisse est freinée par la vendeuse souriante qui me propose de l'essayer.Je n'ai pas la volonté de refuser, ni l'énergie d'expliquer que c'est déjà fait et encore moins celle de plaisanter.Je passe le tailleur et m'exhibe à la vendeuse ravie.Docile comme un agneau, je me laisse vendre l'ensemble que j'ai déjà porté cent mille fois, soumis à l'approbation de mes amis, parents, collègues et dans d'innombrables situations, en imagination! Je joue le jeu.— Ça irait bien avec un chemisier blanc cassé, dit-elle, joignant le geste à la parole et enfilant ledit chemisier sous un pan de la veste.Je dis oui, je souris.— Vous pouvez aussi porter la veste à Noèl avec une longue jupe de velours, et les jours froids avec un pantalon noir.J'acquiesce, je souris.— Oui, c'est vrai, j'aime bien.Je le prends.La vendeuse rayonnante m'assure que je ne regretterai pas madéci-sion.J'attends, un peu inquiète, qu'elle m'annonce qu'elle s'en est acheté un tout pareil.Mais non.elle m'épargne.Je sors du magasin portée par l'euphorie.Je suis fièrede moi.Mais je ne perds rien pour attendre.Ma mauvaise conscience réprimée revient à grandes foulées.Maintenant, il va me falloir payer.Avant même d'arriver chez moi je dé-tes-tc ce tailleur.Je suis mal.très mal.Qu'ai-je fait?Je suis envahie par la honte de ma folie.Je voudrais tout effacer, oublier.Je cache la chose dans la garde-robe, tout au fond, et ferme la porte.Je sais que je ne le porterai pas de sitôt, ce tailleur, je sens que je dois d'abord porter mes autres vêtements auxquels je découvre et invente au besoin des tas de vertus.Des amies viennent me voir.J'évite le sujet pour ne pas devoir avouer mon crime.Suivent des nuits d'insomnie, de cauchemars.Il me vient des pincements au coeur chaque fois que je vois un tailleur en vitrine ou que le mot est mentionné ou que j'aperçois le bout de la manche du mien dans ma garde-robe.Je sais pourtant que ce malaise va finir par se dissiper, que bientôt je porterai -mon coup de foudre» avec plaisir et fierté.Mais je suis impuissante à retrancher ne serait-ce qu'une minute à mon tourment.La seule chose qui m'aide est d'enfin pouvoir en rire.O" LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 37 P E T R 0 W S K I It MU CULPA S GRANDE BAVEUSE Nathalie Petrowski, après 12 ans de journalisme au Devoir ef ailleurs, passe au roman.Elle vient d'obtenir le studio du Québec à New York où elle résidera jusqu 'à l'automne pour mettre en train son ouvrage.Elle part à la recherche de l'écriture et d'elle-même comme d'autres s'en vont-en-guerre.Ne sait quand reviendra.La Vie en rose l'a rencontrée avant son départ.LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 MONIQUE DURAND Petrowski l'invincible, Petrowski kamikaze, Petrowski la pure et dure; Petrowski dont le seul nom inspire aux un-e-s une insurmontable agressivité, aux autres le contentement jouissif d'avoir mis l'adversaire K.O.; Petrowski vouée aux gémonies ou portée aux nues, Petrowski sans laquelle notre presse quotidienne paraîtrait insipide, froide, quincaillère, Petrowski dont on a cru qu'elle avait moins besoin d'amour que les autres, Petrowski se rend.«Je ne peux plus dire les choses comme avant.Je ne suis plus capable d'écrire au premier degré.Terminés les «moi je crois que» et les vérités ex cathedra.La vie, c'est pas ça du tout.Avant, je tirais sur tout ce qui bougeait.Je demandais à Michèle Richard d'être Juliette Greco ou Edith Piaf.» Concessions?Ramolisse-ment?Non.Elle a changé, c'est tout.«Je ne sors plus la hache de guerre.Je l'ai fait souvent, mais le prix à payer est trop élevé.Avoir, tous les jours, le courage de mes opinions, quand je sais qu'on va m'haïr, j'en ai marre.Tellement que des fois je deviens trop sensible, beaucoup trop sensible: j'y vais «mollo»; je veux épargner tout le monde.Je suis peut-être dans ma grande phase de culpabilité.C'est pour ça que je m'en vais à New York.» Dans son grand appartement tout nu du quartier juif d'Outremont, où je ne vois qu'un interminable plancher ciré, une table en bois et une théière sifflante, j'ai l'impression qu'une page importante tourne, une page noircie à ras de ses mots à elle, mots incendiaires et sans appel.«Dans ma vie, je ne décide pas tellement les choses.Elles m'arrivent.Je suis entrée dans le journalisme en 1975 en ignorant tout de ce métier.D'abord au Journal de Montréal, puis au Devoir, après des études en cinéma.J'ai tripe comme une folle.Ça m'a stimulée pendant des années.J'avais un appétit dévastateur, une curiosité insatiable.Tous les sujets m'intéressaient.J'allais voir des shows tous les soirs et les fins de semaine.Je m'étourdissais totalement dans un boulot qui était la seule chose qui comptait pour moi.» Et puis un jour arrive ce qui peut-être est inéluctable dans le tout petit milieu de la culture québécoise: elle a vu tous les spectacles, fait toutes les entrevues, et ne découvre plus rien.Elle se réveille brûlée, vieillie, épuisée, ne sachant même plus si elle existe.Alors, elle se met à pondre sans conviction des textes à la chaîne «sur le pilote automatique»: «J'ai complètement évacué mon monde intérieur durant ces 12 années.Aujourd'hui, ça me revole en pleine face.Quand j'ai eu l'impression de plafonner, je me suis tournée vers les gens pour me rendre compte qu'ils me détestaient et que je n'y comprenais rien.Je suis toujours la première étonnée de l'effet que j'ai sur les autres.» Nathalie Petrowski a provoqué et choqué comme peu de gens l'ont fait dans ce métier.Il n'y a qu'à se rappeler quelques-uns de ses titres au vitriol: «René Simard, l'hom me ou l'eunuque» (Le Devoir, octobre 1980); «André Gagnon, le speed-freak de la Pla ce des Arts» {Le Devoir, octobre 1978); «LesTrois L — pour Lautrec, Lalonde, Louvain — à la Place des Arts: le courage de devenir «kétaines» ridicules» {Le Devoir, 2 février 1981).Quant à sa couverture du spectacle de Patsy Gallant, en octobre 1979, «une des grandes vaginocrates du showbizz», et sa rencontre avec Annie Girardot trois ans plus tard, elles demeureront dans les annales.«Au début, je ne faisais pas de la critique à proprement parler.Je réinterprétais.Je croyais alors dur comme fer à un nouveau journalisme qui allierait la réalité à la fiction.J'écrivais donc des papiers hautement et dangereuse- 39 ment subjectifs.Le monde pognait les nerfs.Je ne pouvais plus aller nulle part parce qu'à chaque endroit, il y avait 15 personnes qui voulaient me sauter dessus.» Pendant tout ce temps, c'est son inconscience, m'explique-t-elle, qui la sauve et la protège contre la hargne qu'elle soulève.Je reconnais que sous mes prises de position à l'emporte-pièce se cachaient parfois, malgré moi, des jugements de classes, un certain mépris et même des règlements de compte.C'est pas très joli.Mais chaque jour, elle s'isole davantage, jusqu'au moment où elle n'en peut plus.«C'est là que j'ai commencé à me dire qu'il faudrait peut-être que j'exprime les choses autrement.Au fond, je suis une fille sociable.» Nathalie Petrowski va très loin dans la contrition rétrospective.«Je reconnais que sous mes prises de position à l'emporte-pièce, se cachaient parfois, malgré moi, des jugements de classes, un certain mépris et même des règlements de compte.Ce n'est pas très joli.» Sa franchise me désarme et me heurte parce qu'elle me rend coupable, à mon tour, de Un article de journal c est trop court.Je veux aller plus loin, de l'autre côté des choses voir s il y a quelqu un.Peut-être n 'y a-t-il personne.la jouissance délectable et vengeresse qui fut mienne en la lisant, elle qui châtiait si bien la médiocrité.Je lui en veux un peu de ce revirement.Crrrisss, mon roman Elle jure en mordant dans le «r» de «criss»: «Mon roman, il faut que je le fasse.Je suis écoeurée d'en parler.Ça dure depuis cinq ans.Un article de, journal, c'est trop court.Je veux aller plus loin, de l'autre côté des choses, voir s'il y a quelqu'une.Peut-être n'y a-t-il personne.The girl and the empty dress.There's nobody at this address.Je veux aller voir.» Elle le dit avec ses yeux de fauve en liberté, perçants comme des dards, encore plus beaux qu'à la télé, ces miroirs inentamés qu'on a le goût de croire.Pourquoi New York?D'abord parce qu'elle vient d'y obtenir le studio du Québec, succédant à Yolande Vil-lemaire.Et qu'elle a besoin de rompre avec tout, sa sécurité, ses amis, son Laurier B.B.-Q, le milieu, si elle veut mener son projet d'écriture à terme.Apprivoiser le silence et l'absence.«J'ai envie d'être groundée quelque part.Me trouver, moi.C'est terrifiant parce que c'est le gouffre, l'inconnu.Mais il le faut.J'aime la difficulté.» L'été dernier, elle pourtant typique rate de la ville, elle s'était retirée à la campagne pour écrire une centaine de pages.Centpagesqu'elleaje-tées aux poubelles.«Je ne veux pas tomber dans le psy-chologisme, les bons sentiments, les femmes héroïques.Je ne veux pas de ces ingrédients-là et du petit côté sen-timentalo-complaisant auquel je prêterais facilement flanc et qui me répugne.Je préfère tout recommencer à zéro.Démarrer sans idée et sans histoire en tête.» Elle n'en sait pas davantage sur le style qu'elle adoptera.«Pour le moment, c'est du chinois pour moi.» Mais elle compte bien exploiter un certain penchant pour le cynisme et ce qu'elle appelle son «éternelle dualité» réalité-fiction.«Il faudra que je me persuade qu'avant moi, il n'ya jamais eu de roman d'écrit.Sinon, je n'y arriverai jamais.C'était peut-être facile de me faire un nom dans le journalisme, c'est loin d'être évident dans le roman.» Et si elle rate son coup?Candide, elle répond qu'elle s'inclinera à condition de res- pecter les critiques qui la matraqueront.«Je ne me sens pas menacée par la critique.Je m'en servirai comme d'un point de repère.Mais je sais qu'on m'attend au tournant.» L'ambiguïté Heavy Metal Petrowksi n'est pas la fille la plus «unitaire» ou la moins paradoxale en ville.Elle s'en fout.L'ambiguïté, elle la cultive, en redemande: «J'arrive à naviguer.» «Idéologiquement, je flotte.Je suis pour l'avortement.Mais quand je rencontre des gens qui sont contre, je finis par les comprendre.Ils ont le droit.J'ai trop conscience des idées et des opinions de tout le monde et des innombrables façons d'exister.Au fond, je suis trop démocratique.» Les travailleur-euse-s sociaux-ales appellent ça de l'empathie, cette faculté — parfois vicieuse — de se mettre à la place de l'autre.«Dans ce contexte, je ne peux qu'être ambiguë et très éparpillée.» L'ambiguïté, d'ailleurs, lui a permis pendant longtemps de se cacher des autres et d'elle-même, en dépit de son écorce de lionne repue de confiance en elle, aux jugements vifs, tranchants et claironnants.Nouveau juron bien senti: «C'est ma vie, mes affaires.Je n'ai pas nécessairement à vous dire ce que je pense.Jamais je n'irai chez Janette Bertrand raconter que j'ai un 40 RIL 1987 / LA VIE EN ROSE Un nouveau roman de FRANÇOISE SAGAN enfant ou queje n'ai pas d'enfant, que je suis célibataire ou que je ne le suis pas.Ça m'écoeure.» Elle poursuit: «Je ne me mouille pas, parce que dans un journal, ce n'est pas la place pour le faire.Mais dans mon roman, je ne pourrai plus cacher quoi que ce soit.De toute façon, je n'ai rien à cacher.» C'est dans cette veine qu'il faut comprendre le billet qu'elle a écrit dans Le Devoir à l'occasion de la relance de La Vie en rose en novembre dernier.Elle l'a pondu délibérément ambigu.«Parce que j'étais moi-même ambiguë face à la nouvelle facture de la revue.Qu'elles mettent une fille à poil, ça ne me dérange pas, ça ne me heurte pas, ça ne me réjouit pas.À la limite, je m'en câlisse.Ce billet a été interprété de toutes sortes de façons.Tant mieux.» Elle se sent quand même complètement féministe, «dogmatisme et militantisme en moins», ajoute-t-elle.Elle tient son caractère «Heavy Métal», dit-elle, de ses origines slaves.Ses grands-parents étaient Ukrainiens et ils l'ont élevée à Nancy, dans la Lorraine, jusqu'à l'âge de cinq ans.Ils lui vouaient un véritable culte.«J'étais un monstre total.Je disais à mon grand-père de manger du foin et il en mangeait.C'est ainsi que je suis entrée dans l'existence.» J'arrive un peu partout comme un char d'assaut.Les gens me trouvent bien sympathique mais sont tout à fait incapables de me prendre.C'est ça mon drame.Elle n'use d'aucun détour dans la description qu'elle fait d'elle-même.Encore une fois, sa franchise débridée me déroute et m'essouffle.«Je n'ai pas du tout le sens de l'humour et je prends tout très au sérieux, y compris moi-même.Je vis à l'aise dans la souffrance et j'allume des conflits ici et là.J'arrive un peu partout comme un char d'assaut.Les gens me trouvent bien sympathique, mais sont toutà fait incapables de me prendre.C'est mon drame.» Nous pouffons de rire.«J'ai du criminel de guerre en moi.» Là, nous rions à gorge déployée.Qu'est-ce qui m'a foutu une fille pareille au bout de mon microphone?«J'essaie d'apprendre à modérer mes transports.» Elle ratisse tellement large et raconte avec un tel sans-gêne qu'à un moment, sa sincérité me devient suspecte.Dans l'effluve, le torrent, la cascade de son élan, si elle en profitait pour me filer entre les doigts?Si, devant moi, elle se dispersait et me semait traî- FRANÇOISE SAGAN Un sang d'aquarelle Un homme heureux à force de compromissions et de lâchetés choisit la mort comme une rédemption.« Un sang d'aquarelle est-il un cauchemar ou un pied de nez de Sagan.-' Peut-être les deux après tout.Visiblement l'auteur s'amuse et puis, soudain, on a la gorge serrée.» (J.-F.Josselin, Le Nouvel Observateur) « Les manuels devront-ils, un jour, séparer l'œuvre de Sagan en deux périodes, la désinvolte puis l'autre, tout en situations lourdes de conséquences, presque.sartrienne.-' On n'en est pas là.La première manière, d'ailleurs n'a pas disparu.Avis aux amateurs.» (B.Poirot-Delpech, Le Monde) En librairie à 19,95$ LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 aux éditions GALLIMARD Avoir tous les jours le courage de mes opinions quand je sais qu 'on va m'haïr, j'en ai marre.treusement, elle, pourtant assise au bout de la table vide de tout trucage?«/'ma bundle of unresolved hostilities.» Je lui demande si certaines choses méritent d'être crues à ses yeux.«Cequejesais, c'est qu'en ce moment, tout va mal.C'est la catastrophe totale entre les hommes et les femmes.L'amour est fucké.Nous vivons tous enfermés à l'intérieur de nous-mêmes en nous racontant des histoires, la tète et le coeur absolument déconnectés.L'émotion réelle, dangereuse, susceptible de tout remettre en question, nous échappe.Tout le reste n'est que du grand cinéma.» «Ya des émotions qui me font peur, très peur, parce que je ne les contrôle pas.Je veux toujours tout contrôler.Pour advenir à l'écriture, il faudra que je me débarrasse de ce cérébralisme à tous crins.» A-telle peur de l'amour?Elle hurle, moqueuse et déchaînée: «Pas du tout.Envoyé, amenez-en!» Elle continue: «L'amour, je n'y crois pas et j'y crois trop.Je suis une romantique pathologique.C'est épouvantable.Je n'existe pas dans l'amour.Il n'y a de place que pour l'autre.» «Je ne crois pas que je vais laisser de traces.Je ne suis pas Victor Hugo.Mais je veux vivre ma vie autrement qu'à moitié.Et je m'applique à chasser l'idée de la mort qui me suit partout, tout le temps.Mais chaque fois que quelqu'un meurt, ça me touche.Liberace meurt et ça me touche, tu vois.» A l'occasion d'un article, elle a découvert Norman McLaren, décédé récemment.«Toute sa vie, il a travaillé enfermé dans son laboratoire, dans le parfait anonymat.Il est mort à 72 ans.Il a fait des choses.C'est ça que je valorise par-dessus tout.À cause de mon petit côté égocentri-que, j'irais peut-être davantage vers Liberace que McLaren.Mais quand il m'arrive de penser que j'ai du bon sens, ce que je crois, c'est à une vie exemplaire d'entêtement comme celle de McLaren.Loin des trivialités et des vanités, jeux séduisants mais piégés.L'important pour moi, c'est d'écrire mon premier roman.Pas de faire À première vue.Pour ne pas passer vainement dans l'existence.» Je libère mon interlocutrice.Je la laisse à ses chums qui viennent écouter Les Beaux Dimanches en sa compagnie.Qu'est-ce qui m'a foutu une fille pareille au bout de mon microphone?O" Monique Durand est journaliste et collabore régulièrement à La v7e en rose.Le Centre canadien d'Études et de Coopération internationale (CECI), organisme â but non lucratif, recherche des coopérantes tout au cours de l'année dans les domaines suivants: organisations paysannes, entreprises artisanales, développement communautaire, santé et nutrition, agriculture, éducation formelle et non formelle.Pour les personnes sans expérience de travail dans le Tiers-Monde, le programme de Coopération Volontaire du CECI offre, exempts d'impôts, une allocation de séjour et désavantages sociaux basés sur le coût de la vie dans le pays hôte et les responsabilités familiales de la coopérante Pour les personnes avec une expérience de travail dans le Tiers-Monde, le programme Études el Proiets de Développement Rural du CECI offre des conditions salariales en fonction de la grille en vigueur pour les cadres du CECI Â titre d'exemples, deux postes sont à combler en développement socio-économique au Mali et en Côte D'Ivoire.Prière d'envoyer votre curriculum vitae â Claire Moran, CECI - Banque de Candidats.180 est.rue Sainte-Catherine.Montréal (Québec) H2X 1K9 Tel : 875-9911 CECI ŒNTR£ CANADIEN D1TUDCS CT M COOPÉRATION INTERNATIONALE Anita Tirookner Regardez-moi HI "Un livre remarquable/".Christiane Charette / Bon Dimanche "Regardez-moi" d'Anita Brookner: une perle rare de roman sur la mélancolie".Marc Chabot / Le Soleil "Il ne faut pas en dire plus long.Il faut plutôt vous inciter, et avec le plus de conviction possible, à lire ce très beau roman." Lisette Morin / Le Devoir "Un désespoir tranquille, un très grand roman".Louise Gareau-Desbois / La Vie en rose 228 p., 19.95$ 42 AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE PAS DE CHANCE?IL VOUS MANQUE UN NUMÉRO?Nous en avons d'autres en réserve.Complétez dès maintenant votre collection La Vie en rose en nous faisant parvenir le coupon ci-après.Chaque numéro ne coûte que 2,95$.Numéro Mois Dossier choc 3 Septembre 1981 Quand Janette et les autres ne veulent plus rien savoir 4 Décembre 1981 La nouvelle famille et la loi 89 7 Septembre 1982 Mises à pied, mises au pas?8 Novembre 1982 D'une mère à l'autre, dossier maternité 10 Mars 1983 Les femmes en prison 11 Mai 1983 Bouffer, c'est pas d'Ia tarte! 12 Juillet 1983 Une fourmi flottait dans sa margarita 13 Septembre 1983 Apprivoiser l'informatique 14 Novembre 1983 Les femmes veulent renégocier le syndi- calisme 16 Mars 1984 Simone de Beauvoir, féministe 17 Mai 1984 Marie Cardinal, entrevue 18 Juillet 1984 Histoires d'amour et d'eau salée 19 Septembre 1984 OH BOY! Jean-Paul et l'Église des hommes 20 Octobre 1984 Spécial U.S.A.: Les Américaines et le pouvoir 21 Novembre 1984 Quelle voyageuse êtes-vous?22 Décembre 1984/ Janvier 1985 Spécial littérature pour enfants 23 Février 1985 Vive les sages-femmes! 24 Mars 1985 Les féministes se critiquent! 25 Avril 1985 La garde partagée, piège ou libération?26 Mai 1985 Lise Payette fait le point 27 Juin 1985 Louise Roy à la CTCUM: Fera-t-il beau dans le métro?28 Juillet 1985 Tenter l'erotique 29 Septembre 1985 Le phénomène Marois 30 Octobre 1985 Diane Dufresne all dressed 31 Novembre 1985 Des hommes pour le dire 32 Décembre 1985/ Janvier 1986 Le pouvoir a-t-il un sexe?33 Février 1986 Parlez-nous d'amour! 34 Mars 1986 Enfin libérées! 35 Avril 1986 Tout ce que vous ne voulez pas savoir sur le cancer 36 Mai 1986 Chinoises: Les temps modernes 37 Juil Août 1986 L'été meurtrier: Spécial sueurs froides 38 Septembre 1986 Parlez-vous française?39 Octobre 1986 Élections municipales: Combien seront élues?40 Novembre 1986 MTS: Mortelles pour la vie amoureuse 41 Décembre 1986 Luce Guilbeault: dame de coeur.comédienne de choc 42 Janvier 1987 Prostitution: le droit de se vendre?43 Février 1987 La révolte étudiante.Touche pas à mon avenir! 44 Mars 1987 Non à la maternité Nom Adresse Ville _ Code postal Téléphone _ Ci-inclus un chèque ou un mandat-poste au montant de_$.2,95 $ par numéro LA VIE EN ROSE 3963 rue St-Denis Montréal (Québec) H2W2M4 Veuillez encercler les numéros que vous désirez rece voir.3 4 7 8 10 11 12 13 14 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 PRESENTE DU 24 AVRIL AU 3 MAI AU VÉLODROME OLYMPIQUE LE SALON DE LA FEMME A DIX-HUIT PRINTEMPS: UN ÉVÉNEMENT «MAJEUR» GALA DES 10 FEMMES DE L'ANNEE Vendredi, le 1er mai 1987, à 16h00 Les symposiums • Le SIDA • Les médecines alternatives • La violence conjugale et familiale I La Technologie Les professions de l'avenir: aéronautique, biologie, techniques nouvelles, c'est l'an 2000 qui ouvre ses portes aux québécoises.La santé Apprenez les techniques de détente et d'exercice.Participez aux sessions de thérapie.Consultez les psychologues.Faites examiner vos dents.Rencontrez les thérapeutes en toxicomanie et alcoolisme en consultation privée.Obtenez des informations sur la médecine douce et les produits naturels.L'environnement L épuration des eaux se fait sous vos yeux: gouttez-en les résultats.Apprenez tout sur les pluies acides.Péchez la truite parlante et écoutez-là raconter son histoire.Le travail Orientation vers un choix judicieux de carrière.Gamme de cours de formation.I Les ambassadeurs de la paix Jeudi le 30 avril à 20 heures.30 adolescents(es) partiront directement du Salon pour Mirabel d'où il s'envoleront en direction de la Russie, pour remettre un message de paix et d'amitié à la jeunesse russe.M Claude Ryan, les Petits chanteurs du Mont-Royal participeront à cette émouvante cérémonie.I Cérémonie de citoyenneté canadienne Vendredi, le 24 avril à midi.40 femmes émigrantes prêtent le serment d'allégeance a leur nouvelle patrie.Un moment grandiose et inoubliable! I Présentations de mode Par le Collège Marie-Victorin, tous les jours, à 14h30 et 19h30 La femme et l'argent Des spécialistes sont sur place pour vous aider à planifier vos investissements vos placements et tous les services bancaires vous sont expliqués.L'alimentation Des recettes, des trucs pour sauver du temps, la cuisine nouvelle, tous les secrets du micro-ondes, la grande cuisine simplifiée.Renouvelez le spectacle dans votre assiette, trois fois par jour.Des réponses a vos questions sur les conditions de travail, légalité dans l'emploi, la sécurité au travail, la retraite.Les spécialistes sont là.La famille Protégez votre famille contre tous les risques du quotidien.Les professionnels repondent â vos questions et évaluent vos besoins.Faites connaître votre opinion sur la violence familiale et les moyens de l'arrêter.Problèmes d'apprentissage scolaire Services de cours a domicile pour enfants en difficulté d'apprentissage à l'école.Des spécialistes diront comment déceler des problèmes d'apprentissage scolaire chez les enfants.À l'aide d'un ordinateur les gens pourront avoir des réponses aux différents problèmes d'apprentissage de leurs enfants.Les métiers non traditionnels Aucun métier ne résiste à l'assaut des femmes.Le Ministère de l'Éducation présente des mécaniciennes, plombières, policières, bouchères, pompieres.etc.Venez les voir dans l'exercice de leur profession.Obtenez tous les renseignements nécessaires sur les cours et les pre-requis pour de nouvelles carrières passionnantes.Cours de mécanique Cours «Clinique mécanique au féminin-Information sur le cours et inscription.Informations sur l'emploi Informer d'une façon visuelle sur certains programmes en fonction d'emplois disponibles.À l'aide du micro-ordinateur le public pourra être informé des disponibilités d'un emploi par region administrative.Repertoire d'organismes et de point de contact spécifique à la région de Montréal: ex.: Centres d'orientations 10H00 À 22H00 PRIX D'ENTRÉE: ADULTES 6,00$ ÂGE D'OR 5,00$ ÉTUDIANTS 3,50$ METRO VTAU Best-seller FRANÇOISE GUENETTE «Comment un journal aussi terne peut-il autant salir les mains?» Tel fut mon premier commentaire, le 6 février, à la lecture tant attendue du Matin nouveau-né.Guère profond, le commentaire, je l'avoue.Mais j'étais déçue: des titres populistes («10 000 Québécois ont vendu leur voisin») ou complètement antinouvelles («Jean Doré: rien de neuf avant 1988»!), du logo, de l'allure de la une, de la terrible qualité de l'impression.Déçue aussi de la maquette intérieure, de la médiocrité du contenant: mise en page de feuillet paroissial, rubriques difficiles à identifier, titres banals ou d'un humour douteux, grisaille typographique mal découpée, signatures introuvables, publicité agressive et omniprésente — et où étaient les femmes?À première vue, Le Matin était en train de nous refaire le coup de Télé Quatre Saisons à l'automne: un produit moyen, très en-deçà des attentes et, surtout, des promesses de ses promoteurs.Soyons juste: Jean-Guy Duguay, l'éditeur délégué interrogé mille fois à la télé aux alentours du lancement, n'avait pas l'air baveux de Guy Fournier, le PDG à plumes de Quatre Saisons, cinq mois plus tôt.L'air d'un vendeur d'assurances, plutôt, mais manquant curieusement.d'assurance et de mordant.Un nouveau projet d'information étonnant et original surgirait-il vraiment du discours platement marketing, sans l'ombre d'une ligne politique, des six fondateurs du Matin?«Un tabloïd à lire en 20 minutes, destiné à une clientèle francophone aisée, scolarisée et pressée».Je veux bien.Mais qu'on m'en donne, en 20 minutes.Or, pour faire vite, on s'est contenté de faire court.sans forcément faire concis.Voyez-vous la différence?Cela donne des textes honnêtes, pour la plupart, mais souvent, aussi ternes que leur présentation visuelle, et qui manquent de densité et de profondeur.Le style de Libération ou du Canard enchaîné ne s'improvise pas! Contraintes d'espace ou manque de personnel, le contenu général et national semble mince et mal servi; à côté, les chroniques culturelles et les billets des Bourgault, Laplante s'étalent, plus colorés, plus longs.Impression de déséquilibre.Un mois après sa sortie, malgré des améliorations certaines au contenu, Le Matin ne m'a pas encore vraiment intéressée.Est-ce à cause d'un manque évident de souci féministe, malgré la présence et les billets de Francine Pelletier, malgré la série de Diane-Gabrielle Tremblay sur la gestion au féminin, malgré les signatures des Suzanne Col-pron, Joceline Sanschagrin, Carole-Marie Allard?Le Matin demeure un journal de gars, c'est visible à ses choix édito-riaux, à ses photos, aux noms des directeurs de services — et les billets de Pauline Harvey ou Yolande Villemaire ne suffiront pas à en donner une autre image.Loin de réclamer des pages féminines, je regrette (encore une fois) que la vision des femmes ne se retrouve pas intégrée profondément et subtilement dans tout le contenu du journal, autant dans les textes économiques que culturels.Bref, là non pus.Le Matin n'aura rien inventé?Mais étais-je la seule à proférer des critiques aussi tiè-des?La question méritait un tour de table, au dernier comité de rédaction de La Vie en rose: sept femmes scolarisées, informées et aux matins généralement affolés.«Moi, je ne les truste pas, dit l'une.Après avoir lu Le Matin, j'ai besoin de lire un autre quotidien! Quant aux nouvelles, du moins.Leurs reportages, par contre, sont pas mal.Ceux de Francine Pelletier aux Philippines, de Michel Arse-nault en Haïti étaient bien faits mais si mal présentés.» «On ne sent pas vraiment de ligne éditoriale, dit l'autre: est-ce que c'est un journal progressiste, de centre-droite ou de divertissement?J'ai de la difficulté à m'identifier à ce que je lis.» Et d'espérer que la page éditoriale s'améliore sous la responsabilité, désormais, d'Anne-Marie Gingras, ex-coordonnatrice de la Fédération des femmes du Que bec.«Mes journaux de quartier, La Criée, Liaison Saint-Louis.m'en apprennent plus sur ce qui se passe à Montréal», dit la troisième.Les autres l'ont à peine lu, au-delà de la première semaine.Quant à moi, je réitère mon étonnement: pourquoi, à défaut pour l'instant d'un fond solide et plus égal, Le Matin n'offre-t-il pas une présentation plus originale?Ce n'est même pas une question de moyens.Je pense à Montreal Mirror et (surtout) à Voir, deux hebdos culturels gratuits distribués partout à Montréal, très beaux, aérés et contrastés, bien écrits, bien illustrés, pleins de titres drôles et d'introductions alléchantes, des journaux tout en noir et blanc pourtant, sans la couleur, ni l'argent, ni les ressources du Matin.Et même La Parole métèque, ce nouveau et «pauvre» journal de femmes, a un look visuel mieux réussi et une meilleure qualité d'impres sion.Non, à mon avis, les artisan-e-s du Matin — et surtout ses dirigeants — devront se lever plus tôt pour grapiller, avant le long été, une part durable du marché.Entretemps, la naissance du Matin — comme celle auparavant de Quatre Saisons — aura eu le mérite de stimuler les compétiteurs: avez-vous vu le Nouveau Devoir? AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE 46 Jézabel Femme forte de l'Évangile, revue et corrigée par Denise Boucher Il y a la Jézabel de Sade Adu: ((Reach for the top, and the sun is gonna shine», chan-te-t-elle.Et puis il y a ma chatte, qui porte fièrement ce nom sans se douter du terrible sort que le Petit Robert réserve à sa Jézabel à lui: «Despotique et idolâtre, (Jézabel) s'attira la vindicte du prophète Élie et fut assassinée par défenestration sur l'ordre de Jéhu.» Heureusement, Denise Boucher poursuit le travail entrepris depuis Les fées ont soif et réécrit les Écritures.Elle défe-nestre Élie et fait de Jéhu un pauvre type.Elle sauve Jézabel et lui rend une image de JOSETTE GIGUÈRE femme forte et têtue.On m'a dit que Jézabel fut aussi le surnom de Catherine de Médicis, femme historique qui n'était pas dépourvue de talent politique.On l'aura compris: Jézabel, la deuxième pièce de Denise Boucher, traite de pouvoir.Voilà que le royaume de la reine Jézabel, veuve d'Achab, lui échappe.Le prophète Elie manigance contre sa puissance et contre sa vie.Il hait cette femme aux commandes d'elle-même et de son peuple.Son «Éternel» lui ordonne de la faire disparaître.Athalie, la fille de Jézabel, tient sa mère à distance et se pose en juge sévère.Elle aime sa mère, mais refuse de s'attendrir, car son rôle politique passe avant tout.Le général aspire au trône par procuration.Il désire plus que tout épouser Jézabel pour régner.Seule, l'amie de toujours, Ruah l'écrivaine, la scribe, apporte sympathie et réconfort à sa reine.«Elle n'a jamais peur de rien.C'est l'être le plus libre que je connaisse», dira d'elte la souveraine.Janvier dernier: Michèle Rossignol orchestrait une lecture-spectacle de Jézabel à l'Atelier du Centre national des arts, à Ottawa.Qui mieux que Monique Mercure pouvait incarner la reine, meneuse d'êtres?La densité qu'elle donna au personnage lors de la lecture en fit une figure victorieuse, même dans la défaite.En fait, la Jézabel de Boucher-Mercure, c'est l'anti-victime.Quelle belle figure pour l'imaginaire et les mécanismes d'identification.Patricia Nolin lut avec intelligence le rôle de Ruah, la dotant d'une juste dose de cynisme suave.Jean-Louis Millette incarna avec conviction un prophète des plus détestables.Le général de Gilles Renaud manqua un peu de consistance.Le personnage l'exigeait, pas le jeu.Denise Boucher aime les chansons, en écrit et en ponctue les scènes de ses pièces.De la musique moderne (par Gerry Boulet de feu Offenbach) sur des paroles d'inspiration biblique, c'était loin d'être déplaisant.La voix de Julie Burroughs se mêlait agréablement à celle de Boulet et, après une première écoute, quelques phrases musicales sont restées en mémoire, ce qui est de bon augure.Mais si la pièce était montée, il faudrait sans doute trouver un rythme, créer un équilibre — ou une plus grande complicité — entre les scènes parlées et les scènes chantées.En 1978, Denise Boucher dénonçait, avec ses Fées, le carcan de la vierge, l'emprisonnement intérieur des femmes, le manque d'amour entre les êtres.En 1987, elle met en scène une femme en colère qui ne perd ni tête, ni coeur, ni pouvoir lorsqu'elle doit battre en retraite.Avec La Rose rosse, qu'elle annonce comme la dernière pièce de la trilogie, racontera-t-elle l'histoire de la victoire?«Je ne raconte pas la grande Histoire, répondrait Ruah.Je raconte des histoires.C'est moins périssable.Plus dangereux.» Josette Giguère, traductrice de métier et journaliste, collabore régulièrement à Nuit Blanche, La Vie en rose et d'autres magazines.LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 47 Avant de découvrir ce que Robert Lepage aura fait de Carmen, sous les traits de Sylvie Tremblay, au Théâtre de Quat sous ce mois-ci, il serait temps de conduire l'enquête sur ce personnage au coeur de tous les soupçons.M'enfin, qu'est-cequ'ilslui trouvent de si séduisant, de si fascinant à cette vamp de la castagnette?À ce rossignol de Sévi-i-i-i-i-ille dont le ramage, comme la fumée des Gitanes, ondoie et s'élève en spirales dans une atmosphère d'opérette; dont le plumage, comme les flammèches des braseros de carton peinturlurés, ondule et s'évase en jupons carmins sous les feux truqués de la rampe?C'est vrai, depuis quelques années, il n'y en a plus que pour la Carmencita, chacun y allant de son'interprétation: de la chipie française version Godard [Prénom: Carmen) à la sorcière bohémienne de Peter Brook (La Tragédie de Carmen, Théâtre des Bouffes du Nord, Paris, 1981), en passant par la danseuse de flamenco de Carlos Saura pour en arriver à la plus Bizet de toutes, la Mi genes-John son qui, sous la direction «Mais moi,Carmen, je t'aime encore!» AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE de Francesco Rosi, cause bien du malheur à un Placido Domingo énamouré.Et voici que la Carmenite aiguë s'étend sur Montréal et frappe en plein envol l'une des étoiles montantes de notre théâtre local: Robert Lepage soi-même qui, à partir du 21 avril au Théâtre de Quat'sous, nous offre une adaptation «épurée, dégraissée» dit-il, mais aussi truffée de clins d'yeux parodiques, d'allusions aux versions antérieures.Comme ne le laisse pas entendre le titre du spectacle aux accents ironiquement vengeurs, Pour en finir une fois pour toutes avec Carmen, Robert Lepage semble bien avoir succombé lui aussi au charme de son héroïne (carmen signifie charme en latin), incarnée par Sylvie Tremblay.Tout ça en attendant la Carmen que nous promet l'Opéra de Montréal pour sa saison prochaine.La belle et ses papas C'est le brave Bizet qui serait content, lui qui mourut trop tôt — deux mois seule- - carmen Exotisme érotisme SOPHIE GIROIMIMAY ment après la création de son oeuvre à l'Opéra-Comique, le 3 mars 1875 — pour assister au triomphe de sa créature.Car la première fut un demi-succès (et même, n'ayons pas peur des mots, un demi-échec!).Ces joyeux drilles de Meilhac et Halévy, librettistes attitrés d'Offenbach, avaient eu beau atténuer la beauté fauve, la cruauté sauvage de la nouvelle de Prosper Mérimée dont était tiré l'argument, ilsétaienttoutdemème restés près du texte original.Bien plus que la musique, elle-même très novatrice, le sujet, le personnage de Carmen choquèrent les critiques.Oscar Commettant par exemple, illustre inconnu qui s'inscrit à jamais dans le grand Bêtisier du théâtre grâce à ces quelques lignes (comme quoi il peut y avoir une postérité même pour les critiques, à condition qu'ils se montrent assez bêtes et assez méchants): «Il faudrait, pour le bon ordre social et la sécurité des impressionnables dragons et toréadors qui entourent cette demoiselle, la bâillonner et mettre un terme à ces coups de hanche effrénés, en l'enfermant dans une camisole de force après l'avoir rafraîchie d'un pot à eau versé sur la tête.L'état pathologique de cette malheureuse, vouée sans trêve ni merci, comme un notaire des Mystères de Paris, aux ardeurs de la chair, est un cas fort rare heureusement, plus fait pour inspirer la sollicitude des médecins que pour intéresser d'honnêtes spectateurs venus à l'Opéra-Comique en compagnie de leurs femmes et de leurs filles.» Bombe sexuelle ou hégérie féministe?Vous l'avouerais-je, au risque de passer pour une puritaine du XIXe siècle?Moi aussi, ils m'énervent, les coups de hanche de Carmen.Je trouve curieuse, pour ne pas dire suspecte la popularité dont jouit cette petite personne depuis une dizaine d'années.Précisément parce que cet engouement a pris naissance au moment même où le féminisme arrivait au faîte de sa gloire, de sa force d'impact, de sa visibilité, c'est-à-dire à la fin des années 70.L'avenir s'ouvrait aux audacieuses, pressées de s'inscrire dans la société, d'y gagner une place, d'accéder au pouvoir.L'urgence était d'étudier, de travailler, de prendre la parole.Ces messieurs auraient-ils eu peur de voir d'un coup se transformer la population féminine en une armée de vira- gos, de bas-bleus cérébrales et asexuées, bardées d'attaché-cases et de clés à molette?Sinon pourquoi nous balancer dans les pattes et remettre à la mode cette fausse «vraie femme», cette bombe sexuelle sortie in extremis de la malle aux accessoires, la malle aux mythes mités rongés par les rats de l'opéra?Ça pognait donc encore, ce p'tit genre-là?Le genre la charge erotique de la brigade pas du tout légère, le style T-shirt moulant avec écrit dessus «Attention: séductions» en lettres rouge baiser.Détail qui a son importance: le réseau d'images hispa- La cantatrice G a I ! i Marie première de toutes les Carmen, photographiée par Nadar LA VIE EN ROSE / AVRIL 1987 49 4196 niques entourant Carmen avait bien pour fonction, en 1875, de renforcer le côté sex-pot du personnage.À cette époque, on fantasmait sec, une pipe de haschich à la bouche (dandysme oblige!, sur le sang chaud des filles du Sud, les harems d'Orient et toute cette sorte de choses.Dans l'imaginaire nord-européen, il n'y avait souvent, d'érotisme à exotisme, qu'un X à transgresser.Sexpot d'accord, mais non femme-objet, soyons juste.Cai à y regarder de plus près, la vision s'affine.Cette bohémienne qui fume, déambule à sa guise, part seule à Gibraltar préparer les bons coups pour ses copains contrebandiers («Cettefille était la providence de notre troupe», dit Don José dans la nouvelle de Mérimée), cette amante qui mène le bal, prend les initiatives, choisit ses amants, l'heure d'en jouir comme l'heure de les quitter, ne pourrait-elle pas être, au fond, la première héroïne féministe?Comme disait Teresa Berganza, l'une de ses grandes interprètes à l'opéra, Carmen est «une femme émancipée, libre, souveraine et maîtresse de toutes ses décisions».L'amour à couteaux tirés Une femme émancipée lâchée en roue libre sur une scène, ça donnera quoi?Guère rassurant, le scénario, laissez-moi vous le dire.Inquiétant pour les hommes d'abord.Mérimée, on s'en rend compte à relire son texte, faisait de Carmen une vraie peau de vache: menteuse, railleuse, voleuse, capricieuse, mi- Lola de Valence, danseuse espagnole, inspirait à Edouard Manet l'une de ses toiles les plus célèbres en 1862 femme-enfant, mi-femme fatale.Et si le personnage a gagné en prestige, en panache et en charme au fil du temps et des versions, par contre il est resté tout aussi dangereux.Dangereux, donc séduisant: «Si je t'aime t'es foutu», prévient la Carmen de Godard.Et pan! ça ne rate jamais: toujours un brave maso style Don José tombe dans le panneau et dans la déchéance, déserte l'armée, suit la belle dans sa troupe de hors-la-loi, devient voleur et assassin.Tout ça pour finir par se faire lâcher pour un toréador, lui-même conscient de ce qui l'attend, d'ailleurs: Escamillo — Les amours de Carmen ne durent pas six mois.Don José — Et vous l'aimez?Escamillo — Oui! Le scénario n'est guère plus encourageant pour les femmes, du moins celles en voie de «libération», puisque leur hégérie finit assassinée.Lorsque Carmen pousse le goût de' l'indépendance jusqu'à vouloir quitter son chum, jusqu'à lui jeter aux orties la bague — symbole par excellence de l'attachement — qu'il lui avait offerte, il la poignarde.Le prototype même du batteur de femmes, le chum, entre parenthèses: brave gars straight et travailleur mais un peu asocial, sans amis, possessif, jaloux, dépendant au coton et ne connaissant à ses frustrations affectives qu'un seul mode d'expression, la violence.«J'ai entendu pour la vingtième fois le chef-d'oeuvre de Bizet», écrivait Nietzsche, plein d'enthousiasme en 1888.«C'est enfin l'amour, l'amour remis à sa place dans la nature! Non pas l'amour de la "jeune fille idéale!" Pas trace de "Senta-sentimentalité"! Au contraire l'amour dans ce qu'il a d'implacable, de fatal, de cynique, de candide, de cruel, — et c'est en cela qu'il participe de la nature! L'amour dont la guerre est le moyen, dont la haine mortelle des sexes est la base! » Un pavé Rubik dans la mare sociale Comme avec les morceaux d'un cube Rubik, on peut jouer à l'infini avec les éléments du drame de Carmen (c'est le propre des chefs-d'oeuvre de jouer à cache-cache avec les «interpréta-teurs» de tout acabit).Mais chose curieuse, plus on le manipule, ce cube Rubik, le tournant, retournant sans cesse — cric, cric, cric! — et plus on se rend compte qu'un nombre assez élevé de petits carrés colorés symbolisent des peurs, des désirs, des craintes, des questionnements, des angoisses que la fameuse libération de la femme, précisément, a dû faire resurgir, ces dix dernières années, du fond des êtres, hommes ou femmes.Mais alors tout s'explique: faire revivre, danser, chanter la gitane, la trucider des dizaines, des centaines de fois sur toutes les scènes du monde correspondrait à un besoin profond pour notre société des années 80.Un besoin qui s'appelle exorcisme.Et Robert Lepage, lui, comment va-t-il jouer avec son cube Rubik, que va-t-il faire de «sa» Carmen?«Une fille actuelle, dit-il, quand même envoûtante, mais normale.» Pas de danger que l'ultra-raffiné, le très sensible auteur-interprète de Vinci (L'avez-vous vu?Génial!) ne tombe dans l'imagerie grossière ou l'opéra de bazar.On peut lui faire confiance comme lui nous fait confiance: «D'habitude on passe la moitié du show à expliquer que Carmen représente l'amour.Je pars du principe que le public auquel je m'adresse au Quat'sous est déjà au cou- rant, et je peux tout de suite passer à autre chose.» Autre chose?Qu'est-ce à dire?«On met toujours le focus sur Carmen, mais si on tourne le miroir de l'autre côté, on s'aperçoitqu'il y a beaucoup de choses autour d'elle, dans le décor: le fascisme, le machisme, par exemple.Carmen fait la lumière sur tout son entourage et devient ainsi un personnage qui a une signification beaucpup plus sociale.» Carmen qui, comme l'amour, «est enfant de Bohème et n'a jamais connu de loi», passe en nomade d'un groupe social à l'autre sans jamais s'attacher, s'identifier à aucun.Au cours de son histoire, m'explique Robert Lepage, elle rencontre principalement trois groupes humains qui ont chacun leurs valeurs propres, leurs lois.Chaque fois, Carmen tombe amoureuse d'un représentant du groupe: Garcia, chef des brigands, est son mari; Don José, qui représente la société des bons, des bien-pensants, sera son amant jusqu'à l'arrivée d'Es-camillo, super-macho façor pop-star qui règne en maître sur les arènes du sexe.Cha cun des trois groupes veu s'accaparer la bohémienne se l'annexer.«On la porte ei étendard, mais en réalité on I piétine.C'est quelqu'un d cassé, finalement, dont j'a merais montrer les maladre: ses.Ce qu'elle chante est toi jours la vérité, mais au lieu c le faire avec son intelligeno elle le fait avec son instinct.: L'oiseau rebelle.Pour Robert Lepage, Carmen est un être essentiellement d'instinct, en contact permanent avec les forces vives, les réalités primordiales de l'existence.Les pulsions de vie, de reproduction semblent l'habiter toute, au début.Mais à la fin de la pièce, «parce que prendre conscience de son corps, ce n'est pas seulement être en contact avec ses possibilités de jouissance, c'est aussi ressentir que la finitude, la décrépitude sont inscrites dans la chair», Carmen rencontrera sa mort et compren- ait AVRIL 1987 / LA VIE EN ROSE théâtre dra que Carmen-la-vie et Carmen-la-mort ne sont qu'une seule et même personne.Dans la version classique, Carmen lisait son destin dans les cartes et l'on pouvait expliquer la façon étonnamment soumise avec laquelle elle acceptait de mourir par sa superstition de gitane à demi sorcière.«C'était écrit», dit-elle à plusieurs reprises.C'était écrit, oui, mais dans la chair même.Carmen, comme l'amour, est «un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser».Dans sa courte trajectoire de lumière, elle va tenter l'impossible: rester absolument honnête avec elle-même, irréductiblement fidèle à ses désirs, ses pulsions, sans faire la moindre concession.Écoutons-la parler sous la plume de Mérimée: «José, répondit-elle, tu me demandes l'impossible.Je ne t'aime plus; toi tu m'aimes encore, et c'est pour cela que tu veux me tuer.Je pourrais bien encore te faire quelque mensonge; mais je ne veux pas m'en donner la peine.Tout est fini entre nous.Comme mon rom, tu as le droit de tuer ta romi; mais Carmen sera toujours libre.Calli elle est née, calli elle mourra.» On ne peut pas vivre longtemps à ces altitudes d'exigence.L'oiseau rebelle qui, comme Icare, veut voler trop haut, comme Icare, fatalement, finit par chuter.Icare, justement, c'était une des mises en scène de Robert Lepage.«C'est impossible de vivre comme ça dans la vraie vie, dit-il, en n'étant fidèle qu'à soi-même tout le temps, les structures sont trop fortes, il faut s'y inscrire, s'intégrer, faire des concessions.En création, par exemple: on voudrait toujours ne s'occuper que de créer, planer, voler.Mais on finit toujours par être obligé de se plier, jouer le jeu du show-business, même si le show-business c'est de la merde, finalement.» Cette question de l'intégrité que tous — mais surtout l'artiste bien sûr — nous cherchons à conserver, question que l'on sent essentielle, presque physiquement cruciale pour Robert Lepage, serait donc au coeur de la tragédie de Carmen?.vautour de nos amours Elle en a fait du chemin, la petite bohémienne, depuis que Mérimée faisait de son goût même de la liberté un simple trait inhérent à sa race.Ce qui revenait à dire que, puisqu'elle défendait sa liberté non par choix mais par déterminisme racial, en fait elle n'était pas maîtresse d'elle-même, donc pas libre.Et la voilà, en 1987, devenue le symbole de l'artiste intègre, de l'être pur et dur, brisé par un trop-plein d'absolu.De là à penser que comme Garcia, Escamillo ou Don José, comme Bizet, Godard (et votre «serviteure» dans les paragraphes qui précèdent), Robert Lepage s'est annexé la belle à sa cause, la porte en étendard.Achalante, inclassable, fuyante, insaisissable, lancinante, subversive, ô combien subversive Carmen, quand cesseras-tu donc de nous danser autour, comme le vautour de nos amours malades?Et quand Don José t'implora, dernière chance avant la rupture ou la mort: «Écoute, j'oublie tout.Je ne te parlerai de rien: mais jure-moi une chose: c'est que tu vas me suivre en Amérique et que tu t'y tiendras tranquille», aurais-tu oublié ta réponse?«Non, dit-elle d'un ton boudeur, je ne veux pas aller en Amérique.Je me trouve bien ici.» Tu parles! MAINTENANT EN FORMAT DE POCHE hfljK m lise Gawm Tlb éditeur MARYSE de Francine Noël L'histoire d'une génération qui,voulant porter l'imagination au pouvoir, s'est permis tous les espoirs.Un des meilleurs romans des années 80 ! 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