La vie en rose, 1 janvier 1987, janvier
PAYEZ MOINS D'IMPÔT DES ECONOMIES D'IMPÔT DE 80% EN MOYENNE! En adhérant au Fonds de solidarité, vous payez moins d'impôt parce que «y~r^ vous profitez de deux avanta-g$5*!L»/fc^ges fiscaux 1.Des credits d'impôt de 40% du montant que vous avez investi, octroyés au Fonds par les deux gouvernements (Quebec: 20%: Canada: 20%).2.Une seconde reduction d'impôt de 40% en moyenne en participant au REER offert par le Fonds.Au total, l'économie d'impôt peut ainsi atteindre et même dépasser 80%.selon votre revenu.Par exemple, si vous avez un revenu imposable de 20 000 $.vous pouvez récupérer, grâce au Fonds.835 $ sur un placement de 1 000$.DU RENDEMENT En somme, votre placement de 1 000 $ ne vous coûte en realite que 165 $.Et en plus, le Fonds vous offre un rendement intéressant pour vos épargnes.Dernier rendement annuel: 8.9%* L'objectif du Fonds est d'offrir un rendement de l'ordre de 8% à 12% par année.Il est gère par une équipe de professionnels compétents et expérimentés.*Du 1" mai 1985 au 30 avril 1986.DES EMPLOIS En adhérant au Fonds de solidarité, vous participez a l'essor de l'économie québécoise.Le Fonds reinvestit vos épargnes dans des entreprises rentables.Grâce au Fonds de solidarité, près de 2 500 emplois ont ete crées et maintenus au Quebec depuis 1984.Participez des maintenant au Fonds de solidarité afin de profiter des economies d'impôt.Vous pouvez adherer en contribuant par des deductions faites a la source ou en un seul versement.Il n'y a pas de minimum requis.Pour communiquer avec le Fonds de solidarité des travailleurs du Quebec: Montreal: (514) 285-6400 Quebec: (418)622-3258 Extérieur: 1-800-361-7111 (sans frais) EEMDS DE SOLIDARITE DES TRAVAILLEURS '%Jg?DU QUÉBEC (FTO) PLUS QU'UN.REER, UNACTJfF Cette annonce ne constitue pas une offre publique de valeurs Vous obtiendrez toutes les informations requises dans le document d'information du Fonds.m ROSE SOMMAIRE JANVIER 1987 NO 42 5 ÉDITO Ethique et tact Françoise Guénette 7 COURRIER 8 L'ACTUALITÉ VUE PAR.L'Hôtel de ville, absolument Armande Saint-Jean CHRONIQUE DÉLINQUANTE Y a-t-il une cenne noire dans la salle?Hélène Pedneault 10 ACTUEL Sept grévistes ordinaires Hélène Lévesque 12 CONTROVERSÉ La naissance selon Wagner Chnstiane Brunelle 13 BREVES Johanne Lessard, Manon Cornellier, Francme Pelletier 17 PRÉVU ENQUÊTE PROSTITUTION: LE DROIT DE SE VENDRE?Le titre vous choque' L'expression putain vous dérange?Vous n'êtes pas la seule Quelle position adopter, en eflet, comme féministe, sur la difficile question de la prostitution' Le débat est réouvert: Gloria E.a interrogé six féministes en vue, Carole B a assisté au V Congrès international des prostituées, à Bruxelles, et Bérénice B.analyse la façon dont deux femmes cinéastes ont montré récemment des putains à l'écran.18 PUTAIN DE QUESTION Gloria Escomel 21 PUTAINS DE FEMINISTES Carole Beaulieu 25 PUTAIN DE CINEMA Bérénice Reynaud 27 CONCOURS FICTION 1987 Francme Pelletier Elles sont 88 |eunes let un peu moins leunesl écnvames à avoir participé à notre Concours Fiction 1987.Les trois gagnantes, publiées ce mois-ci, ont entre 22 et 27 ans! Mais sur quels suiets ont-elles aiguisé leur imaginaire7 Vous serez surprise.28 ENDOPHASIE Céline Trahan 30 LES ENFANTS TOMBE Maryse Choinière 32 POST-SCRIPTUM Hélène Gaulin 40 MUSIQUE BARBARA: «MA PLUS BELLE HISTOIRE D'AMOUR, C'EST.ELLE.Hélène Pedneault Vingt ans que ça dure, cette passion d'une adolescente de Jonquière pour une grande chanteuse au profil d'aigle Cette belle confession d'une fan fera-t-elle resurgir, de votre passé, semblable emportement' 36 INTIME ET POLITIQUE Les enfants de ma blonde, ma blonde, et moi Claire Vanier 39 BEST-SELLER Tomber dans le panneau.,du Club Med! Ginette Noiseux 46 LITTÉRATURE Q.E.D.:il fallait y penser! Gloria Escomel 47 FLASHES 53 LES CASES DE TANTE LUCIE 56 À LIRE?57 À SUIVRE | 58 COUP DE FOUDRE Tête-à-tête Francme Montpetit COUP DE POING La Lite de Miller Monique Durand ÉCOUTEZ LE MEDIA ELECTRO N I 0 U £ du BEAU TEMPS, des FLOCONS DE NEIGE de la GIBOULÉE, du PATINAGE DE FANTAISIE.24 HEURES PAR JOUR À LA DEMIE DE CHAQUE HEURE LA MÉTÉO en direct par ENVIRONNEMENT CANADA TOUTES LES NOUVELLES grâce à notre affiliation au RÉSEAU N T R micheline ricard CHRONIQUE Spectacle Cinéma, Théâtre, Exposition EN SEMAINE 7 h 45 et 18 h 20 LES BELLES SOIRÉES DE CIEL MF EN SEMAINE 18 h à 23 h ASSISTEZ À L'ÉMISSION réservez maintenant LE CIEL DE MONTRÉAL Le vendredi en direct du théâtre de l'Hôtel Méridien de 22 h à 24 h M as A Renseignements: 527-8321 ÉTHIQUE ET TACT Dans le grand salon du vénérable Château Frontenac, les fleurs élimées du tapis en rougissent de bonheur.Ont-elles déjà vu pareil «enfargement»?Il y a là, ce neigeux dimanche 7 décembre, une centaine de journalistes en train d'ergoter sur le droit du public à l'information, la liberté de la presse et autres priorités inconnues du grand public, avant de ressusciter ce vieux cadavre, la notion d'objectivité.Faut-il, ou non, l'inscrire dans la Charte du journalisme en train de s'élaborer péniblement?Sur la nécessité d'une Charte, c'est-à-dire sur l'utilité de rendre publics les standards éthiques qui doivent auto-régle-menter la profession, il y a enfin accord, quoique l'éthique soit chose d'abord personnelle et quoiqu'une telle Charte n'aura de pouvoir que moral.Il suffit de s'entendre aujourd'hui, dernier jour du congrès annuel de la Fédération profession nelle des journalistes du Québec (FPJQI, sur ses principes directeurs.«Dans la recherche et le traitement de l'information, les journalistes visent la plus grande objectivité possible.», dit le projet.Mais l'objectivité est impossible, d'objecter immédiatement plusieurs journalistes.«On peut viser l'honnêteté, la rigueur.mais quand je travaille, je ne peux pas faire abstraction du fait que je sois blanc, mâle, plutôt riche.», expli que Jean Dussault.Tout à coup, j'ai le souvenir du congrès de 1981, voué aux «femmes et l'information» et de Lise Payette y affirmant que «ce qu'on appelle l'objectivité n'est souvent que l'expression de la subjectivité mâle.» Applaudie alors par des centai- FRAIMÇOISE GUEIMETTE I.\ \ IE EN ROSE / I V\\ 1ER l'WT nés de femmes, dont certaines, aujourd'hui, montent encore au micro pour remettre en question, avec la fameuse objectivité, une vision unidimensionnelle de l'information.Ou pour proposer, comme Nathalie Petrowski la veille, citant elle-même Pierre Bourgault, d'être «honnêtement subjectif»: «il faut demeurer sur le qui-vive, en conflit avec ses propres préjugés, et même chercher des arguments objectifs pour mieux.détesterl Chaque critique ou journaliste n'exprimant finalement que sa vérité.» Mais dans la salle du Château, les femmes et les jeunes se taisent plutôt: la plupart des journalistes qui parlent, toujours au masculin, qui défendent l'objectivité comme un idéal exprimant la dignité de la démarche journalistique, sont des hommes blancs, à la quarantaine légèrement bedonnante, délinquants devenus cadres, passés du Jour à l'université, de la contestation à Radio-Canada, de Québec Presse à La Presse, de l'indépendance aux REA.Ils contrôlent les salles de rédaction, encore loin de la retraite, le verbe toujours haut, l'assurance invaincue.C'est leur profession.Pas méchants pourtant, des individus souvent drôles, touchants, probablement de bonne foi.Et suaves, pleins de tact: certains ne voient-ils pas, dans La Vie en rose, une recherche ci'objectivité par compensation?C'est-à-dire une subjectivité permise parce que vouée au rattrapage des injustices faites aux femmes par les autres mass médias.Mais aujourd'hui, le «néoconservatisme» de ces gens me fait peur: ne voient-ils pas que cette Charte, avec sa «visée de l'objectivité», est tout entière farcie d'un seul modèle de journalisme, celui qu'on appelle nord-américain, et qui ne prétend faire appel qu'aux ((facts, facts, facts!».Dans le credo de ce journalisme-là, madame, on n'a pas d'opinion, hors la page éditoriale, on regarde les événements et les gens à décrire comme des «objets» parallèles à soi, évoluant à distance respectueuse; on évite de confondre les genres en colorant de trop d'humour son analyse de la dernière rencontre constitutionnelle; on se voit comme le témoin neutre (comment un être intelligent peut-il être neutre?) d'une histoire sur laquelle on ne saurait intervenir sans perdre sa précieuse crédibilité de JOURNALISTE.Et on (s')ennuie, madame, plus souvent qu'à son tour.On enale droit.Je n'ai rien contre, personnellement.Du moment qu'on permet aussi à d'autres types de presse d'exister, d'évoluer, d'influencer, et ceci en toute légitimité, non pas comme d'inévitables épiphénomènes idéologiquement marginaux et inoffensifs.Or, à mon avis, une Charte qui pose comme principe la recherche d'objectivité exclut la notion même de presse d'opinion.Or, moi, je crois à la nécessité parallèle d'une presse qui soit carrément «d'opinion», c'est-à-dire politiquement, idéologiquement, cultu rellement branchée.Dont la grille d'analyse soit immédiatement avouée, clairement posée.Où le commentaire ne soit pas limité à l'éditorial ou à la caricature, mais partout présent, pertinent, cohérent.Aux lectriceset lecteurs, ensuite, de faire la part des choses, de comparer cette interprétation-là de la réalité aux autres, lues dans La Presse, Y Actualité ou Lundi.D'autant plus qu'un parti-pris avoué n'exclut en rien les exigences de rigueur et d'honnêteté décrites ailleurs dans la Charte.La rigueur n'est pas incompatible avec l'engagement politique, le journalisme de combat est aussi du journalisme: les gars et les filles du Jour, ou de Québec Presse, ne pratiquaient-ils pas du vrai journalisme?En fait, c'est la richesse même du métier et de l'ensemble de la presse qui me semble menacée par le monopole d'un seul type de journal, d'un seul style de journalisme.Pourquoi ne pas viser, plutôt qu'une «objectivité» fictive, ce vieux cliché judéo-chrétien d'un idéal inacces sible, ce mythe dangereux, le pluralisme des styles et des formules?Dans une société de plus en plus multiethnique et multi-culturelle, ne serait-ce pas plus réaliste7 Dans une définition plus large, les autres presses, ethnique, féministe, écologique, culturelle verraient leur nécessité mieux reconnue.Et les lectrices et lecteurs, à ne plus recevoir une vérité toute cuite dans la bouche, aiguiseraient peut-être davantage leur sens critique?Une heure plus tard, les déléguées votent et l'objectivité l'emporte, de peu.34 voix, contre 30 partisane s plutôt de «rigueur» ou «d'honnêteté» et 6 abstentionnistes.La profession a gagné. m Depuis qu'en 1760, Maria Anna Pertl Mozart inscrivit son petit Wolfgang Amadeus au cours de piano, la musique de chambre a bien changé.son on Centre de haute fidélité 7339, Saint-Zotique est Ville d'Anjou Province de Québec H1 M 3A5 jfriCtronique HAUTE FIDÉLITÉ 9343, Lajeunesse Montréal, Québec Canada H2M IS5 (514) 389-1377 ¦ DUAL" ELIPSON-GRADO- HARWIAN/KARDON-JBL- KEF- NAKAMICHI-ORTOFON- REVOLVER-TEAC Oui au nouveau look! bonjour, bravo pour le nouveau look! J'ai vu cette photo culottée un peu partout en ville sans me clouter que c'était vous et quand je me suis aperçue que ça venait de La Vie en rose, je me suis sentie toute fière.On a envie de s'aligner là-dessus.Est-ce que c'est parce que vous avez plus d'argent?Est-ce que c'est la trentaine et les nouvelles responsabilités qui vous font vous présenter avec tant d'élégance7 Quoi qu'il en soit, félicitations, on va continuer à vous lire longtemps.J'aimerais avoir moi-même cet air «so bright», très «années 80», avec plein de nouvelles idées sur les petites culottes.Je cherchais justement une façon originale de m'arranger avec le problème si compliqué des combinaisons.Est-ce du satin?De la soie?Pauline Harvey, Montréal.Surprise désagréable Ah! les filles! J'aurais aimé que votre audace ne s'exprime pas de cette façon sur la couverture de La Vie en rose C'est ben beau de revenir de la Californie avec des idées nouvelles mais je n'apprécie pas du tout de voir le «cul» des femmes, aussi bien culotté soit-il, exposé ainsi dans une revue qui se proclame féministe, même pour illustrer un sujet, les MTS, «souvent.déculottant».Pourquoi avoir utilisé cette partie CONSEIL D'ADMINISTRATION: CAMILLE BACHAND, FRANÇOISE GUENETTE, ANDREE LAFORTUNE, LISE MOISAN, GRE TA NEMIROFF, FRANCINE PELLETIER DIRECTION GÉNÉRALE: LISE MOISAN RÉDACTION: FRANÇOISE GUENETTE, JO-HANNE LESSARD COMITÉ DE RÉDACTION: ANNE-MARIE ALONZO, LYNDA BARIL, LOUISE BESSET TE, MARTINE D'AMOURS, ANNE DANDU-RAND, FRANÇOISE DAVID, GLORIA ESCO-MEL, HELENE LEVESQUE, LINE McMURRAY, HELENE PEDNEAULT, FRANCINE PELLETIER, DIANE POITRAS.HELENE SARRASIN ADMINISTRATION: JOHANNE ISABELLE SECRETARIAT: CHRISTIANE L'HEUREUX DIRECTION ARTISTIQUE: DIANE BLAIN, SYLVIE LAURENDEAU COLLABORATION: CAROLE BEAULIEU, CHRISTIANE BRUNELLE, MARYSE CHOI-NIERE.MANON CORNELLIER.MONIQUE DURAND, ANNE FLOURNOY, LOUISE GAREAU-DESBOIS.HELENE GAULIN, LUCIE GODBOUT.MARCELLE LALONDE.I.V \ IK K\ ROSE / MM 1ER l')HT de l'anatomie des femmes (tellement d'autres revues le font et on les dit sexistes ou pornographiques) pour faire la promotion de votre revue après la sub vention miracle d'Ottawa?Est-ce pour mieux nous vendre7 II me semble que les femmes qui ont aidé à la survie de La Vie en rose ne demandaient pas cela.Malgré cette couverture désagréable, j'ai lu tous les articles avec beaucoup d'intérêt.Denise Marcoux, Montréal.Badinter, la controverse Bravo d'abord pour les initiatives et les changements à la revue! Dites à Jovette Mar-chessault que j'ai beaucoup aimé son journal, qui donne à réfléchir.Quant à la controverse entourant la venue d'Elisabeth Badinter (.) De quel mal cette femme est-elle atteinte pour subir pareil massacre, pareille charge de haine7 Badinter a osé réfléchir sur une problématique qui fait peur: comment expliquer que les femmes et les hommes s'aiment encore, malgré l'épaisseur historique d'oppression, de rapts, de viols, de violence, de clitoris tranchés et d'exploitation éhontée?(.) Dommage que des gens refusent la question parce qu'ils ont une réponse à protéger.Ça donne des propos tristes et haineux comme ceux de Pierre Bour-gault dans Le Devoir du 8 novembre, et comme ceux des lesbiennes radicales, le vendredi midi, au débat de l'UQAM.Et ça fait que les questions de fond meurent dans l'oeuf.Suzanne Laurin, Montréal.FRANCINE MONTPETIT, GINETTE NOI-SEUX, BERENICE REYNAUD, ARMANDE SAINT-JEAN, CELINE TRAHAN, CLAIRE VANIER, LUCIE VILLENEUVE.ILLUSTRATION: JOHANNE CORNO, JOHANNE CULLEN, MARIE-LOUISE GAY, DARCIA LABROSSE, DANIELLE POISSON PHOTOGRAPHIE: SUZANNE GIRARD.SUZANNE LANGEVIN.JANET WÏSH-NETSKY CORRECTION: DOMINIQUE PASQUIN COMPOSITION ET MONTAGE: PHOTO COMPOSITION TREMA INC.PELLICULAGE ET IMPRESSION: IMPRIMERIE INTERWEB INC DISTRIBUTION: LES MESSAGERIES DE PRESSE BENJAMIN LTEE: 645-8754 PUBLICITÉ: CLAUDE KRYNSKI, LISA LA-MONTAGNE: 843-7226 GRAPHISME PUBLICITAIRE ET MA QUETTE: MARJOLAINE BEAUDOIN ABONNEMENTS: 1 AN, 11 NUMEROS: 24,95$; 2 ANS, 22 NUMEROS: 43,95$; 3 ANS, 33 NUMEROS: 63,95$.TARIF INTERNATIONAL POUR UN AN, PAR VOIE DE SURFACE: 34,95$, PAR AVION: 37,95$.HE Pas plus que CROC.uste un petit mot pour vous féli citer d'un second début que vous envierait Louise Arcand.Transmettez particulièrement à vos directrices artistiques, Diane Blain et Sylvie Laurendeau, mes applaudissements.Je vous souhaite tout le succès possible, tant que ce n'est pas plus que CROC.Pierre Huet, rédacteur en chef, CROC, Montréal.Sondage MTS Enfin un article sur les MTS1 Qui tourne malheureusement un peu trop autour du chlamydia.Je vous accorde que les proportions prises par cette infection au Québec et ailleurs en Amérique du Nord méritent que l'on en parle beaucoup.Mais j'aurais aimé que vous mentionniez un peu plus les différents symptômes, lorsqu'il y en a, tant chez la femme que chez l'homme II aurait été utile aussi de dire comment on peut obtenir un dépistage du chlamydia et des autres MTS (.) Mais assez pour les critiques.Les fleurs maintenant: vos commentaires-témoignages représentent bien ce que plusieurs femmes et couples ont vécu à la suite d'une infection par le chlamydia.Les propos sur l'utilisation préventive du condom sont clairs et justifiés; les problèmes de «financement» d'un élargissement du dépistage sont vrais et combien frustrants.Le questionnaire est très intéressant et je vous envoie d'ailleurs mes réponses.Si vous les considérez trop «biaisées» (d'une médecin travaillant en MTS), n'hésitez pas à les éliminer! Dominique Tessier, md.Comité SIDA-Québec, Montréal.LENEBLONDEAU, ANNE-MARIE CORMIER, MARIE-FRANCE POIRIER: 843-8366.LA VIE EN ROSE EST SUBVENTIONNEE PAR LE CONSEIL DES ARTS DU CANADA, PAR LE MINISTERE DES AFFAIRES CULTURELLES DU QUEBEC, PAR LE MINISTERE DES COMMUNICATIONS DU CANADA ET PAR LE SECRETARIAT D'ETAT, PROGRAMME DE LA FEMME.LA VIE EN ROSE EST PUBLIEE PAR LES PRODUCTIONS DES ANNEES 80.CORPO RATION SANS BUT LUCRATIF.ON PEUT NOUS JOINDRE DE 9 H A 17 H, AU 3963, RUE SAINT-DENIS, MONTREAL, H2W2M4.OU EN TELEPHONANT: (514) 843-8366 ou 843 7226.COPYRIGHT 1986 - LA VIE EN ROSE TOUS DROITS DE REPRODUCTION ET D'ADAP TATION RESERVES DÉPÔT LEGAL: BIBLIOTHEQUES NATIONALES DU QUEBEC ET DU CANADA ISSN-0228-5479.INDEXEE PAR RADAR ET MEMBRE DE L'ASSOCIA TION DES PERIODIQUES CULTURELS QUE 3ECOIS COURRIER DE 2e CLASSE.5188.COMMISSION PARITAIRE 4 067 CDN. jÇ^I* i A1 tu alité vue par ^rmande J^aint-jean Faut absolument que j'aille à l'Hôtel de ville.C'est une idée qui m'est venue au lendemain du 9 novembre.Une idée neuve; je n'ai jamais eu envie d'y aller avant.Je n'aime pas les forteresses ni les châteaux forts.Et puis on est polies, par chez nous.Quand le voisin veut rien savoir, on lui fiche la paix.À l'Hôtel de ville de Montréal, je n'ai jamais senti qu'on aimait beaucoup la visite.Du moins pas celle des Montréalais-es ordinaires, comme moi.Encore moins celle des journalistes! Mais il y a des brèches dans la muraille depuis le 9 novembre.Des ouvertures si grandes que ça donne envie d'y aller, de pénétrer dans cette enceinte inconnue qui trône tout en haut de la Place Jacques-Cartier comme une vieille dame bien conservée.Les nouveaux occupants ont l'air invitant.Les occupantes, surtout.Puisqu'il y a des femmes à l'Hôtel de ville désormais.Même qu'elles y sont entrées par la grande porte, en nombre significatif, comme on dit.Quinze élues sur 58, c'est 25%; une proportion réconfortante.Un bon début, du moins, pour corriger une erreur qui s'éternisait.Quinze élues à Montréal, c'est presque autant qu'à l'Assemblée nationale à Québec, où il y a pourtant deux fois plus de député-e-s.Quinze élues, c'est bien.Mais trois d'entre elles qui siègent au comité exécutif, à côté de trois conseillers, c'est encore mieux.Ça commence à ressembler à l'égalité numérique, ma foi.Une vraie nouveauté.D'ailleurs le RCM aurait bien souhaité présenter un nombre égal de femmes et d'hommes, sauf qu'on a manqué de volontaires.Et dans certains quartiers, des aspirantes se sont fait voler la place par un gars.Dommage.J'ai hâte de voir les aménagements qu'on devra faire, histoire de les accommoder, les nouvelles élues.J'ai tellement ri d'entendre Thérèse Daviau, la première à être élue conseillère il y a dix ans, raconter comment ses absences au Conseil étaient toujours plus longues que celles de ses collègues masculins: chaque fois que l'envie la prenait, la pauvre devait grimper ou descendre deux ou trois escaliers parce qu'il n'y avait de toilettes que pour ces messieurs à l'étage du Conseil! Lise Payette a bien raison.Le pouvoir se négocie toujours dans les toilettes pour hommes.Les choses vont changer à présent.Ainsi en a voulu l'électorat qui a, chez nous, le coup de balai vigoureux! Propulser au sommet du pouvoir de la plus grande ville du Québec toute une équipe de néophytes, ou presque, fallait le faire.Pour le reste, c'est à eux et à elles de jouer, maintenant.D'ailleurs les échos qui descendent de la vieille tour austère montrent bien qu'il y a un vocabulaire nouveau là-dedans.On y parle de condition féminine, de refuges pour les itinérantes, de garderies.Normal, puisqu'il y a des élues.Ce qui me réjouit le plus, c'est qu'elles doivent également s'occuper de sécurité, de la police, des pompiers, des finances.Ces secteurs-là n'ont jamais sonné bien féminins dans les officines traditionnelles du pouvoir.On se met à rêver à ce que pourrait être la ville, si.Ça me rappelle quand on s'est mis à imaginer le pays, il y a dix ans, au moment où on a eu l'impression, pour la première fois, d'en être un peu plus que les occupantes occupées.Mais voilà! Les rêves font mal quand la sauce tourne au vinaigre.Tant de credos ont basculé, depuis vingt, trente ans, qu'on craint désormais les désillusions.Sans compter qu'à Montréal, on vit depuis si longtemps dans la confortable (et coûteuse) habitude de laisser à une poignée d'hommes très civiques toute l'administration des choses publiques que le vilain pli risque de revenir bientôt.On a déjà vu pareil revirement, à Québec par exemple, où l'on a également le coup de balai vigoureux.La vieille dame doit sourire de l'intérieur, ravie de se voir dépoussiérée, de sentir enfin s'ouvrir les fenêtres.Peut-être a-t-on déjà compris que, pour garder vivante la démocratie naissante, il ne suffit pas d'exercer le pouvoir.Encore faut-il réussir à le partager.Pousser la population à s'intéresser à ce qui ne l'intéresse pas beaucoup mais qui pourtant la concerne énormément.Au risque de se faire renvoyer dans quatre, huit ou dix ans, après avoir fait le tour du jardin.Captive et assiégée, une forteresse finit toujours par s'affaiblir.Outre le changement de garde, le meilleur moyen de colmater les lézardes et d'éviter l'effritement, c'est d'y faire pénétrer une armée de volontaires, prêtes à renforcer la muraille.Ça presse.La vieille dame ne peut plus attendre encore longtemps.Faut aller à l'Hôtel de ville.Absolument.H LA VIE EN ROSE / JANVIER 1487 chronique Délinquante T e n'étais jamais allée ^dans une banque, rue Saint-Jacques.N'oubliez jamais que je viens de Jonquière, et qu'à Jonquière, il n'y a pas de rue Saint-Jacques.On y trouve des banques qui ont plutôt l'air de tirelires à côté des sièges sociaux de la Banque de Montréal, de la Banque Nationale, Royale, Globale, Déloyale, Pontificale, Monumentale, Occidentale.Oups! (Excusez mon emportement.) (Évidemment, je ne parle même pas des Caisses populaires qui, justement, sont trop populaires et donc très vulgaires.) On sent très fort que dans ces banques, on peut empiler l'argent à l'infini tellement les plafonds sont hauts.J'ai failli virer à 180 degrés quand j'ai mis les pieds dans cette cathédrale de la finance.Je venais changer un simple chèque et j'ai cru un instant que si je n'étais pas un camion de la Brink's, je n'aurais même pas le droit d'y entrer.J'ai failli sortir mon mouchoir pour effacer les traces de mes bottes.(J'avais honte de mes bottes ce jour-là, elles n'arrêtaient pas de faire de l'eau mêlée de calcium et de déchets charbonneux non identifiés.Elles le faisaient exprès, j'en suis sûre.La statue gigantesque au glaive pacifique, censée représenter le crash, je suppose, m'a regardée de travers.) La queue de clients, qui d'habitude remplit une banque à dimension humaine et nous fait retourner sur nos pas parce qu'on n'a pas le courage d'attendre, avait l'air d'une petite queue ridicule, une ficelle presque, laissée là négligemment par une femme de ménage pas trop regardante (et payée trop cher pour la peine).Marbre, dorures, colonnes doriques (ioniennes, corinthiennes?), j'entrais HÉLÈNE PEDNEAULT dans une église pour assister à une messe grandiose.J'hallucinais.Paniquée, je me demandais s'il fallait que je m'agenouille, que je sorte la langue ou que je batte ma coulpe parce que c'était de ma faute.À Jonquière, le marbre ne s'est jamais rendu.Le Parc des Laurentides n'est pas rentable à traverser.Et de toute façon, on sait bien tout le monde que l'argent ne va jamais dans les régions éloignées: donc, pas besoin de banques éléphantesques, ça serait ridicule pour aller déposer son chèque du bien-être, de chômage ou de vieillesse.Une tirelire suffit pour les rouleaux de cennes noires.À Montréal, ça fait longtemps que les cennes noires n'existent plus.On les garde uniquement en souvenir, pour les enfants ou pour la Guignolée.(La madame de la paroisse Saint-Jean-Baptiste vient de passer pour les pauvres.) Du vrai argent, il faut que ça craque dans les doigts, pas que ça sonne au fond d'une poche.Et idéalement, il faut que ça ne fasse pas de bruit.Mais selon des études, il faut un certain montant, assez élevé, pour que le bruit cesse, et même que l'argent devienne invisible.Non seulement il ne faut pas l'entendre, mais il ne faut pas le voir non plus.La plupart des gens ne savent pas vivre, en fait.Ils sont trop ostentatoires avec l'argent, c'est mauvais.L'argent n'aime pas ça.Il est très susceptible et boudeur.Il faut savoir le prendre, sinon on est obligées de s'en passer.Alors je me suis dit que c'était très stratégique et très intelligent de la part des Y a-t-il une cenne noire dans la salle?hommes qui ont pensé les banques de la rue Saint-Jacques et d'ailleurs de s'inspirer des cathédrales.Ça impressionne les fidèles.Puis si elles avaient été construites à une échelle trop humaine, personne n'aurait pu croire au pouvoir infaillible de Dieu, donc de l'Argent.Les curés l'ont compris depuis deux millénaires déjà.Ils se sont payé des tas de tiares éblouissantes avec ce qui fut, je crois, la première véritable idée qui mit au monde le marketing: en mettre plein la vue.Depuis, on a eu droit au stade et à Dynastie, entre autres éléphants enflés.Tout ça pour dire que j'ai un rapport très difficile avec l'argent.Ils ont parlé de moi à la radio l'autre jour.Ils n'ont pas nommé mon nom, mais ils ont dit que je faisais partie des statistiques: je gagne tant, je n'écoute pas beaucoup la télé, je suis propriétaire d'un appartement, etc.Je ne me souviens plus pourquoi ils parlaient de moi, mais c'est vrai que je viens de m'acheter un appartement.Et je vis dans la hantise que je ne pourrai jamais le payer.Ça doit être parce que je viens de Jonquière.Selon les statistiques, je peux me le payer.Moi, je n'en suis pas sûre.Surtout depuis que je me suis sentie comme un pois chiche à la Banque de Montréal, rue Saint-Jacques.Et je déteste faire partie des statistiques en plus.Louise, elle, dit qu'elle meurt d'envie d'entrer dans celles qui partent à 40 000 $ par année.Je pourrais peut-être l'emmener avec moi dans les statistiques, mais je trouve qu'il fait trop froid.Puis quand il n'y a pas d'odeurs, moi, je m'ennuie.LA VIE EN ROSE / JANVIER IW7 Actuel EPT GRÉVISTES ORDINAIRES dans les effectifs, que si nous avons moins d'outils pour travailler, elles seront les premières à écoper.» Établir correctement ce lien ne va pas de soi: «Il faut affronter la propagande anti-syndicale et anti-fonctionnaire à laquelle s'ajoutent, dans le cas des assistées sociales, les pressions des boubou-macoutes.» Pauline avoue qu'elle se sent mal de ne pas donner le service en période de grève.«Mais je ne crois pas avoir le choix.Que nous autres, les travailleuses du secteur public,nous refusionsde nous écraser, c'est important pour celés qui, plus vulnérables aux pressions, peuvent moins réagir et se défendre.» Pour une même grève du secteur public, il y a deux réalités.La réalité connue, celle de la presse, des services interrompus ou ralentis dans les hôpitaux ou les écoles, des bénéficiaires inquièt-e-s, des sondages Cette grève-là n'est pas populaire, surtout quand elle survient dans les hôpitaux et les centres d'accueil.Et puis il y a l'autre grève.Celle des travailleuses qui la font parce qu'elles y voient l'ultime moyen de faire valoir leurs revendications.Et qui ont l'impression que leur message se rend mal jusqu'à la population, qu'on les considère toujours comme les «grasses dures» du système, des privilégiées bien assises sur leur confortable salaire et leur sécurité d'emploi à vie.Sept travailleuses, qui ont vécu cette autre grève, en témoignent.Pauline G., travailleuse sociale A l'emploi depuis 13 ans d'un CLSC implanté en quartier populaire, Pauline Gingras, travailleuse sociale, est «prêtée» au Centre de santé des femmes de Québec où elle assure la permanence.«Parmi notre clientèle, beaucoup de femmes cheffes de famille monoparentale, d'assistées sociales.Nous sommes très proches de ces femmes-là, nous sommes leurs alliées quand elles luttent pour leur droit au travail, au respect, à des services adaptés à leurs besoins.En cas de grève, nous devons absolument faire avec elles le lien entre leurs luttes et notre bataille; elles doivent comprendre que si on coupe HÉLÈNE LEVESQUE lu Roseline V., préposée aux bénéficiaires Pendant qu'elle préparait son bac en Education physique, Roseline Veilleux travaillait dans un centre d'accueil.Son diplôme en poche.elle y est toujours, en attendant qu'un poste se libère dans une école.Ça fait cinq ans que ça dure.Son boulot: préposée aux bénéficiaires, à temps partiel (alternance de trois jours/quatre jours par semaine).Elle lave, change, habille, nourrit des personnes âgées dont plusieurs sont seniles ou incapables de se débrouiller seules.«Nous sommes quatre préposées par département, pour 34 patientes.Ce n'est pas beaucoup, mais déjà plus qu'ailleurs.Nous avons fait une bataille pour ça.Pas besoin de vous dire que même à quatre, on ne peut faire que le strict nécessaire.On a beau aimer la bénéficiaire, on n'a pas le temps de jaser avec elle, d'établir une relation plus intéressante.» Dans son centre, ce sont des garde-malades auxiliaires qui sont en charge des départements.«Malgré ces responsabilités accrues, elles gagnent entre 298,34 $ et 428,48 $ par semaine.Nous, les préposées, on gagne de 291,45 $ à 326,98 $, pour un quatre-trois.On ne va pas loin avec ça.En plus, chez nous, il y a beaucoup de femmes cheffes de famille.» La grève, Roseline la fait pour améliorer ces conditions-là, consciente du fait que les patientes y gagneraient aussi un service de meilleure qualité.«Les gens ne savent pas ce qui se passe dans les hôpitaux.Il faut le leur dire.» Marie D., infirmière Marie D.est infirmière depuis sept ans, d'abord dans un grand centre hospitalier, puis dans un CLSC où elle s'occupe de maintien à domicile (évaluation médicale et sociale de la clientèle, soins infirmiers).La grève, elle s'en passerait bien: «Mes clientes sont des personnes âgées.La perspective d'une grève les inquiète et je comprends comment elles peuvent se sentir.Déjà que les services qui leur sont offerts ont été coupés depuis quelques années!» Justement à cause de ces coupures de services, Marie est prête à se mobiliser: «Les enjeux sont trop importants.Nous voulons des conditions de travail négociées parce que trop de choses se sont dégradées depuis les dernières négociations.Aujourd'hui, la majorité des infirmières travaillent à temps partiel et attendent une éternité avant d'avoir accès à un poste à temps plein (souvent de nuit) et/ou permanent.Et nous ne sommes plus assez nombreuses pour le travail à faire.Les journaux font tout un plat à propos des services essentiels dans les hôpitaux.Savent-ils seulement que ce qu'on nous demande d'assurer comme effectifs en temps de grève est supérieur à ce qu'il y a normalement en fin de semaine?» Michèle B., agente de recherche Trois grèves pour Michèle Berthelot.La première fois, en 1976, elle était conseillère en information scolaire; à la seconde négociation en 1983, elle était agente de recherche au ministère de l'Éducation, comme occasionnelle.Elle y est toujours.«Je sais bien que quand nous, les professionnel-le-s du gouvernement, nous débrayons, personne dans les chaumières ne pleure sur notre triste sort! Parce que notre travail est moins visible — nous sommes rarement en contact direct avec le public — son impact est moins connu.Pourtant, si on coupe, comme dans mon ministère, un poste à l'éducation des femmes adultes, il y aura des répercussions pour les clientèles qui ont besoin de formation et de recyclage.» Il y a d'autres enjeux: «Nous voulons en finir par exemple avec la discrimination entre corps d'emploi.Ça veut dire que les agents d'information, très sou vent des femmes, seraient éventuellement payées autant que les agents de recherche, chez qui on trouve comme par hasard une grande majorité de gars.La question des occasionnel-le-s est aussi LA VIE EIN ROSE / JANVIER 1987 importante: il y en aurait près de 10 000 au gouvernement.En temps normal, leur situation est déjà précaire puisque le renouvellement de leur contrat - ou son simple respect — n'est jamais assuré: l'employeur peut y mettre fin à deux semaines d'avis.En temps de grève, celles qui s'impliquent prennent encore plus de risques, sans savoir si elles seront là pour profiter des acquis de la lutte.» S'il y avait d'autres solutions que la grève, Michèle en serait ravie.«Je n'ai pas envie de faire chier du monde et c'est pour ça qu'il faut tout tenter pour obtenir une entente négociée.Et je ne ferais pas la grève pour n'importe quoi; pas seule ment pour le salaire des ingénieurs, par exemple.» Nicole P., infirmière Nicole Préfontaine, ex-enseignante (de nursing au cégep) et ex-leader syndicale (présidente de la Fédération québé coise des infirmières durant trois ans), est aujourd'hui infirmière dans un hôpital « spécialisé en soins prolongés.£ D'une négociation à l'autre, elle a ap o pris que la grève marque celle qui la fait et o peut même chambarder sa vie.«En 1976, o j'étais très impliquée, et responsable de la o préparation de l'horaire de grève.Avec °- un jeune enfant, c'était difficile.Et mon conjoint, que j'avais pourtant connu militant du mouvement étudiant, n'a pas encaissé mon implication, mes absences de la maison.Cela a mis fin à notre couple.«En 1983, nous avions eu droit à l'hostilité des médias.Cette année, ils sont mieux renseignés sur la situation réelle des infirmières, mais ça m'achale qu'ils mettent toute l'emphase sur les salaires.Nous sommes sous-payées, c'est vrai, mais c'est loin d'être le seul enjeu pour nous.» Et si c'était elle qu'une grève affectait, comme usagère de services?Si ses enfants à elle — elle en a trois — se butaient à un piquet de grève en arrivant à l'école?«Pour avoir vécu des grèves, je sais qu'on les fait toujours à contrecoeur; je présumerais donc que c'est le cas pour ces grévistes aussi.Personne n'aime priver de services sa clientèle, surtout quand il s'agit de démunies.En faisant la grève, on mise toujours sur une amélioration à plus long terme.» Ginette S., enseignante Ses 15 ans d'enseignement n'assurent pas à Ginette S.une sécurité d'emploi en béton.A la polyvalente où elle enseigne à des jeunes légèrement handicapé es sur le plan intellectuel (certaines ont 20 ans et ne savent ni lire ni écrire correctement), elle est la moins ancienne des professeur-e s permanent-e-s.«L'année dernière, j'ai même pensé qu'on allait me mettre en disponibilité.Et ma situation n'est pas exceptionnelle.Chez les nou-vaux profs, il y en a beaucoup d'assises entre deux chaises, qui ne savent pas, d'une année scolaire à l'autre, si elles ou ils auront du boulot et si oui, combien d'heures par semaine.La tâche de tout le monde s'est alourdie et nous avons de moins en moins de temps à consacrer à nos étudiant-e-s.» Elle, la grève, elle n'y croit plus.«Depuis le décret de 1983, les gens sont devenus amers, démobilisés.On se sent flouées.Moi, j'ai l'impression que les dés sont pipés, que le gouvernement ne bougera pas.C'est frustrant: mon salaire actuel est à peu près au même niveau qu'en 19831 Surtout que j'élève seule mon petit.J'ai encore du mal à croire que c'est ça que les gens veulent: Bourassa au pouvoir avec ce que ça représente.Que sont devenus nos beaux projets de société basés sur la justice et l'accès aux services pour les moins bien nanti-e-s?» Manon L., éducatrice Educatrice dans un foyer de groupe pour enfants et adolescents, Manon Léonard y assure ce qu'elle appelle «des ser vices essentiels à l'année»: «Ces jeunes là, des handicapés moyens ou sévères de 5 à 17 ans, demandent une attention constante.J'en ai six par groupe auxquels je dispense les soins de base: hygiène, repas, la routine.Il ne reste plus grand temps pour des activités spécifiques.» Malgré six ans d'ancienneté, Manon n'est assurée que de deux jours de travail par semaine.Sinon, elle est sur appel.«Je traîne mon bell boy, parce que je peux être appelée n'importe quand.Pas besoin de dire que ça ne facilite ni la vie sociale ni la vie familiale.» Elle n'a droit ni aux jours fériés, ni aux congés de mala die.Et pour l'instant, il n'y a pas de travail à temps plein en perspective.La grève, elle sait pourquoi elle la fait.«Quand j'ai commencé à travalle., je me disais que les grèves n'avaient pas d'allure, à cause des bénéficiaires.Mais en travaillant, en militant, j'ai réalisé que c'était parfois le seul moyen.Depuis six ans, j'ai vu les services se dégrader à toute vites se».Elle hésite, puis ajoute: «Ça ne veut pas dire que je ne me sens pas mal quand je suis dehors et que je sais que mes jeunes ont besoin de moi.Mais je me dis qu'eux aussi vont en profiter.» I \ \ II.EN ROSE / JANVIER I'm: 11 controversé La pratique des sages-femmes sera-t-elle bientôt légalisée au Québec?Ou l'Ontario nous prendra-t elle de court?Vers la fin janvier, le comité d'étude sur les sages-femmes du ministère de la Santé et des Services sociaux remettra son rapport à la ministre Thérèse Lavoie-Roux.Entre temps, le débat entre les deux approches — la naissance est-elle un événement social ou médical?— a été relancé par le passage à Québec et Montréal de Mars-den Wagner, pédiatre et néonatalogiste américain formé en Californie, rattaché depuis 1977 à l'Organisation mondiale de la santé (OMS).En septembre et novembre, Wagner est venu soulever des questions très pertinentes devant des auditoires restreints mais directement impliqués: hauts fonctionnaires du ministère de la Santé et des Services sociaux, comité spécial de péri-natalité, Corporation des médecins, Ordre des infirmièr-e-s, universitaires, représentantes des milieux de santé communautaires des hôpitaux, des CLSC et des sages-femmes, et enfin membres de la Commission Rochon, chargée de réviser de fond en comble le système de santé québécois.Ces deux visites éclair en ont ébranlé plusieurs.C'est que Wagner fait parler les chiffres.Si, au Québec, au lieu de 18,8% de césariennes, on en pratiquait 11,9% comme en Finlande, l'État économiserait 19 millions $ par an.Si la proportion passait à 3,6%, comme aux Pays-Bas, on épargnerait 41 millions $, toujours en considérant qu'une césarienne coûte ici 3 000 $ en moyenne.Et malgré ce fort 18,8%, nos statistiques de mortalité sont plus élevés que dans ces deux pays.«Pourquoi pratiquer autant d'interven- CHRISTIANE BRUNELLE LA NAISSANCE SELON WAGNER tions quand on a la preuve qu'elles ne réduisent pas le taux de mortalité périnatale?», ajoute Wagner.Evidemment, il y eut des épidémiolo-gistes pour répondre à Wagner qu'il utilisait ces chiffres à mauvais escient et.hors contexte.Il s'est trouvé des obstétriciens pour rétorquer qu'ils n'étaient pas coupables.Et pourtant, Wagner n'accusait personne.Il ne faisait que constater des faits, conséquences logiques d'une approche interventionniste.Il y eut aussi des infirmières qui ont rappelé leurs efforts inouïs pour humaniser l'accouchement.Et elles avaient bien raison.Sauf qu'il ne s'agit pas que d'accouchement mais bien de toute la période périnatale (qui entoure la naissance).Pour Wagner, qui a analysé le fonctionnement québécois avec ses yeux d'officier de l'OMS, les problèmes majeurs de l'organisation de nos services périnataux sont le manque de support psycho-social apporté à la femme enceinte, la quantité exagérée d'actes médicaux pratiqués pendant la grossesse et finalement la conception d'abord interventionniste d'un événement pourtant normal.Wagner a rappelé qu'une constante se dégage dans les pays où l'on retrouve les plus bas taux de mortalité périnatale: les femmes y sont suivies pendant la grossesse par des sages-femmes et accouchent dans 70% des cas en leur présence.Il n'en fallait pas plus pour qu'un médecin de Québec s'emporte: il n'était pas «contre les sages-femmes, à la condition qu'il s'agisse de bonnes sages-femmes.» «Selon quels critères?Ceux des médecins?», lui répondit Wagner.Gène dans la salle.Il est clair en effet que la pratique des sages-femmes subirait complètement l'emprise du pouvoir médical si elle relevait d'une corporation professionnelle, autant celle des infirmières que celle des médecins.La dépendance des infirmières par rapport aux médecins est assez évidente pour ne pas souhaiter le même sort aux sages-femmes.« De toute façon, poursuivit Wagner, il s'agit de trois professions totalement différentes.» C'est aux femmes d'abord, selon lui, de définir la sorte de sages-femmes qu'elles veulent dans leur entourage: «Quant à la compétence, tout le monde est pour.» On sait que c'est «la compétence techni que et professionnelle, avec le souci de l'humain» que les femmes québécoises recherchent d'abord et avant tout chez les sages femmes, comme l'ont démontré récemment des cher Cheures de l'Université Laval' Actuellement, au Québec, plusieurs professionnelles de la santé travail lent à réduire les taux de prématurité et d'insuffisance de poids à la naissance.Wagner a suggéré que l'on oriente davantage le suivi prénatal vers des solutions qui ont fait leurs preuves ailleurs: présence de sages-femmes dans les équipes de périnatalité et des lieux de naissance alternatifs, pour minimiser les interventions dans les grossesses normales et offrir aux femmes un véritable choix.A tous les médecins craignant que la pratique des sages-femmes ne provoque une hausse des coûts, Marsden Wagner est venu rappeler les économies que réaliserait le Québec en réduisant le nombre des visi tes médicales, des inductions (déclenchements) et des césariennes.Mais ce ne sont là que quelques éléments clés de son message, le principal étant -dm de ne pas oublier que | la naissance est un événement normal et non une maladie.I Christiane Bru-nelle est coor-donnatrice de l'équipe préven-tion-f amille-en fance au DCS du CHUL, à Québec.1.Portrait de la clientèle d'une nouvelle sage-femme québécoise, Franci-ne Saillant, Danièle Desjardins et Michel O'Neill, École des sciences infirmières, Université Laval, 1985.12 OTTAWA, UN NID DE | RADICALES! ne fois de plus, le groupe Real Women enfourche son cheval de bataille.Cette fois-ci, RW dénonce le gouvernement fédéral qui «fait preuve de discrimination» en refusant de le subventionner par le biais du programme Promotion de la femme du Secrétariat d'État.«Ce sont les bureaucrates féministes radicales qui sont à la source du problème, soutient Gwen Landolt, une porte-parole du groupe.Elles font tout pour écarter les femmes qui n'ont pas les mêmes points de vue qu'elles.» Ayant eu vent des demandes de subventions de RW, l'AFÉAS a par ailleurs rappelé au gouvernement fédéral que le programme Promotion de la femme ne devrait privilégier que les organismes dont les activités ou les positions respectent le critère de l'égalité des droits entre les hommes et les femmes.Comme le groupe RW prend position ouvertement contre le principe de salaire égal pour travail égal, il n'obéit pas à ce critère fondamental, selon l'AFEAS.De la même façon, en prônant le retour massif des femmes au foyer pour éliminer les divorces et la violence, RW ne respecte pas le libre choix pour les femmes et tente de leur faire porter la responsabilité de ces maux sociaux.(Sources: Le Devoir, 8/11, La Presse, 19/11) -JOHANNE LESSARD CINQ SIÈCLES AU FÉMININ lutôt que l'anglais en première année, c'est la féminisation qu'il faudrait enseigner», lança une jeune étudiante.C'était un jeudi soir de novembre, lors d'un débat sur la féminisation de la langue organisé à l'UQAM par le GIERF, le Groupe interdisciplinaire d'enseignement et de recherche féministe.Faux débat, en fait, puisque nous étions toutes d'accord: l'on d'être superflue, la féminisation est un autre processus par lequel les femmes prennent leur place dans le monde.Et s'il est parfois lourd d'ajouter constamment le féminin, n'est-il pas plus lourd encore, disait Louky Bersianik, «de se faire identifier au masculin»?Si la féminisation de la langue écrite a progressé au Québec depuis cinq ans, la féminisation de la parole est plus lente.Il faut d'ailleurs distinguer entre les deux, précisait Jacqueline Lamothe, profes seure de linguistique à l'UQAM.En effet, avez-vous déjà essayé de dire tout haut: «les nouveaux-elles arrivantes»7 Et s'il y a dorénavant un code de la féminisation écrite, tout reste à inventer quant à la féminisation «profonde», réellement intégrée, d'une langue, sans accrocs ni trop de tirets! Radio-Canada vient pour sa part d'établir une politique: dorénavant, l'entrée en matière des textes lus en ondes incluera autant le féminin que le masculin, ex: les Canadiens et les Canadiennes, expliquait Madeleine Champagne, responsable de l'image des femmes à la société d'Etat et autre panelliste invitée.Mais, de peur de voir les textes trop s'allonger, le reste s'enchaînera au masculin.«Pourquoi alors ne pas alterner le féminin et le masculin7», demanda une participante.«Ce serait une gymnastique intellectuelle trop astreignante», répondit madame Champagne.Au-delà de la gymnastique, ne faut-il pas constater, à Radio-Canada comme ailleurs, une résistance indécrottable au féminin?D'ailleurs, on peut noter que le degré de féminisation actuel renvoie au degré de pouvoir que les femmes ont réussi à obtenir: c'est-à-dire l'ajout de quelques titres et fonctions plutôt qu'une réelle intégration dans la langue, comme dans la société.«Et si on féminisait tout pendant les cinq prochains siècles?», lança, moqueuse, Evelyne Tardy, profes seure de sciences politiques à l'UQAM et coordonnatrice du GIERF.Parions qu'après ça, le e muet serait.reinel — Francine Pelletier l.\ \ II.IN HOSE / J\\\ 1ER l'DiT 1.1 BrèveS L'ARGENT LDES FEMMES e 27 novembre, le regroupement des centres de femmes lançait, à Montréal, son document Les centres de femmes parlent argent.L 'état de leur financement.On trouve, dans cette brochure très bien conçue, des chiffres effarants.Par exemple, les employées des centres gagnent de 8 à 10 000 $ par an, et on effectue en moyenne, par centre, 200 heures par mois de travail bénévole! Rappelons qu'il y a au Québec 85 centres de femmes, qui rejoignent plus de 200 000 Québécoises, à 80 % travailleuses au foyer, et offrent des services et des ressources indispensables.On le sait, leur situation financière se précarise de plus en plus: 20 centres ont dû fermer leurs portes depuis un an, à cause de subventions insuffisantes ou «coupées», et d'un accès plus difficile aux programmes de création d'emplois.Or les gouvernements renvoient les centres à l'auto financement et au bénévolat.«des solutions irréalistes et inacceptables dans le contexte actuel», selon madame France Cormier, présidente du Regroupement.Le document n'aborde pas que la question d'argent: on y trouve d'abord, pour la première fois, une analyse minutieuse des centres, de leurs origines et valeurs, de leur clientèle, de leurs services éducatifs, actions collectives, modes d'intervention.On y propose ensuite, après la description fouillée de la problématique financière et des sources de fi nancement, une série de recommandations concrètes impliquant divers ministères fédéraux et québécois.Présente au lancement, la ministre de la Condition féminine, madame Monique Gagnon-Tremblay, a réitéré sa compréhension des problèmes financiers aigus des centres et annoncé la création d'un comité interministériel chargé de «dresser un portrait complet» et d'acheminer ensuite des recommandations aux ministères concernés.Ajoutant toutefois une mise en garde: pour assurer à chacun des 85 centres les 70 000 $ nécessaires à son fonctionnement annuel, il faudrait encore 5 400 000 $! Alors que la conjoncture économique se détériore et qu'il y a tant d'autres groupes à satisfaire.Les centres de femmes parlent argent.est disponible, en quantité assez limitée, au R des centres de femmes, 1222 rue Saint-Hubert, Montréal, H2L 2Y7, tél.: (514)843-8156.FG 3642, boul.Saint-Laurent, Montréal H2X 2V4.Tél.: 842-4765 11 l.\ \ IK EN ROSE / JANVIER l'HIT INCENDIE ET TALONS HAUTS! Le Bureau de la main-d'oeuvre féminine de Travail Canada vient de publier une recherche qui porte sur les aspirations de 706 écolièr-e-s canadiennes âgées de six à quatorze ans.Le rapport, intitulé Quand je serai adulte, je____ démontre clairement que les stéréotypes sexistes persistent au sein de la société et qu'ils se AVORTEMENT FEN DIRECT in novembre, des militantes féministes espagnoles effectuaient un avortement devant la presse, à Barcelone.Pour faire avancer les revendications des femmes, bien sûr, et exiger une politique plus libérale.Bien que l'avortement ait été légalisé en Espagne en 1985, la loi n'autorise les arrêts de grossesse qu'en cas de viol, de malformation du foetus ou encore si la vie de la mère est en danger.De nombreuses femmes sont donc encore obligées de se faire avorter dans des dispensaires clandestins.Pendant ce temps, au Québec, Pro-vie tentait de faire casser la décision du ministre de la Justice, M.Herbert Marx, qui a ordonné l'arrêt des procédures intentées contre un médecin de Chicoutimi pour avortement illégal.Et à Trois-Rivières, le directeur de police soulevait une controverse publique en allant féliciter Reggie Chartrand pour sa croisade contre l'avortement — sans encourir pour autant le blâme du conseil municipal! Plus à l'ouest, on apprenait que les Al-bertaines aux prises avec une grossesse indésirée, devant le refus des médecins de les avorter, étaient de plus en plus nombreuses à s'adresser aux cliniques américaines du Montana.Selon Statistique Canada, 3 484 Canadiennes ont traversé la frontière en 1984 pour obtenir un avortement aux Etats-Unis (Source: La Presse, 13-20/11, Le Devoir, 17/11) -JL manifestent très tôt.Les enfants croient entre autres que les filles ne peuvent devenir garde-forestiers parce qu'elles seront «incapables de courir rapidement avec des souliers à talons hauts» (!) et que les garçons ne peuvent devenir infirmières parce qu'ils ne portent pas de robed!).Le Bureau en conclut qu'il faudra déployer beaucoup plus d'efforts pour faire connaître tous les choix de carrière offerts aux enfants, leur présenter des modèles plus réalistes que ceux de la télévision et mettre sur pied des activités intégrées à leur programme scolaire régulier.(Source: La Presse, 25/10) — JL GLOIRE À GLORIA otre collaboratrice Gloria Escomel a mérité le prix Robertine Barry, décerné par l'ICREF, l'Institut canadien de recherches sur les femmes, pour son article «Stérilité: jusqu'où faut-il aller pour avoir un enfant?», paru dans La Gazette des femmes, mai/juin 1986.Ce prix est octroyé au meilleur article féministe dans la presse populaire.Le prix Muriel Duckworh, pour «contribution exemplaire à la promotion des femmes au Canada grâce à la recherche-action dans le domaine de la justice sociale et de la paix» a été décerné à Kathleen Shannon, cinéaste-productrice de films.Le prix Marion Porter, pour le meilleur article de recherche féministe publié dans un périodique ou une anthologie, a été octroyé à Patricia Smart pour «Un réalisme moderne: l'approche du réel», dans Estuaire de janvier 1986.— JL OUI À LA PAIX La campagne UN F-18 pour la paix a connu un succès sans précédent en 1986: cinq fois plus de Québécois-es qu'en 1985, soit un total de 150 000 personnes, ont dit oui à la paix.Le comité national a envoyé la pétition des Québécois-es au premier ministre Brian Mulroney et demandé à le rencontrer.Cette pétition rappelle en préambule qu'à chaque minute, en 1986, le Canada dépensait près de 20 000 $ pour l'armement pendant que 30 enfants mouraient de faim dans le Tiers-monde.- JL INTERBAKE, C'EST PAS DU GÂTEAU! Des travailleuses en ont eu assez d'essayer de convaincre leur employeur, la biscuiterie Interbake, autrefois Weston, de cesser de discriminer les femmes.Cette compagnie, qui emploie 300 personnes, majoritairement des femmes, maintient par exemple des catégories d'emploi et des listes d'ancienneté distinctes pour les hommes et pour les femmes.Une pratique discriminatoire et illégale en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.Les travailleuses ont décidé de poursuivre Interbake et Action travail des femmes a déposé en leur nom une plainte pour discrimination devant la Commission des droits de la personne du Québec.Elles ont aussi amorcé une campagne de lettres de pression à acheminer au président de la compagnie, à Toronto.- JL I.WIK EN ROSE/JANVIER 1087 IS OBhkveS PRISONNIÈRES DE LEUR 1 PAUVRETÉ n 1985, la pauvreté était , en régression au Cana-A da pour la première fois -JÊÊ depuis cinq ans.Mais tandis que la situation s'améliorait pour les personnes âgées et pour les hommes, les femmes cheffes de famille se retrouvaient plus que jamais prisonnières de leur pauvreté.C'est la conclusion à laquelle est arrivé le Conseil national du bien-être national, dans un rapport remis en fin d'année au gouvernement.À Montréal même, le Groupe de recherche auprès des femmes cheffes de famille s'est penché sur la question et a produit Des mères seules, seules, seules.Il s'agit de la première recherche d'envergure effectuée sur des familles monoparentales d'un quartier pauvre de Montréal: le Centre-Sud, où 85% des familles monoparentales sont dirigées par une femme.Près de la moitié d'entre elles ont moins de 34 ans, ont plus d'un enfant et vivent dans l'est du quartier, là où les services font cruellement défaut.Elles sont surtout célibataires (37 %) et peu scolarisées (près de 50 % ont moins d'une neuvième année et environ 90 % n'ont pas poursuivi leurs études au-delà du secondaire).Les deux tiers sont absentes du marché du travail et vivent des presta tions de l'État sous forme d'aide sociale ou de prêts et bourses.Elles sont pourtant aptes à travailler.Prioritairement, elles ont des problèmes de garderie (trop onéreuses pour elles), de logement (les leurs sont vétustés, insalubres, non sécuritaires), de consom- mation (elles consacrent presque tout leur argent au logement et à la nourriture).La réforme de l'Aide sociale prévue pour l'hiver, et qui envisage entre autres d'établir une distinction entre les aptes et les inaptes au travail, pour ainsi réduire le montant des prestations accordées, touchera directement ces femmes.Elles risquent d'être encore plus pauvres mais tout aussi seules, pour tout faire et tout payer.— JL SALAIRE ÉGAL AUX ONTARIENNES Si le projet de loi présenté fin novembre par le gouvernement libéral de David Peterson est adopté, les employeurs on-tariens devront éliminer la discrimination ente les sexes en combattant l'écart salarial qui persiste entre hommes et femmes.Ce projet sur l'égalité salariale touchera plus d'un million de femmes au service de compagnies privées comptant dix employé-e-s et plus ou qui travaillent dans le secteur public «élargi» — les hôpitaux, les municipalités et les commissions scolaires soutenues financièrement par la province.Selon M.lan Scott, procureur général et ministre responsable de la Condition féminine, la nouvelle loi ne comblera pas plus que la moitié (au mieux) de l'actuolle différence de 36% entre le revenu annuel moyen des hommes et des femmes.La Fédération canadienne des entrepreneurs indépendants a réagi immédia- tement à ce projet de loi en le déclarant irréalisable et beaucoup trop onéreux pour «des PME qui doivent conserver un mode de gestion souple pour affronter une concurrence effrénée et une mondialisation de l'économie».La Fédération prévoit même que, si la loi est votée, les compagnies préféreront licencier en masse leurs employées féminines ou faire affaire avec des sous-traitants pour éviter d'ajuster le salaire des femmes.Devant de telles menaces patronales, la plupart des groupes féministes onta-riens ont choisi d'appuyer le projet de loi, malgré ses lacunes.Dona Green, de la Coalition pour le salaire égal en Ontario, prévoit qu'il favorisera d'abord les travailleuses non syndiquées.(Source: La Presse 25/11; Radio-Canada) - JL CONSOLTEX, LA COMPAGNIE HARCELÉE Le Groupe d'aide et d'information sur la harcèlement sexuel a honoré dernièrement la compagnie de textile Consoltex, de Montréal, pour son attitude dans un cas de harcèlement sexuel, impliquant l'une de ses employées.Les dirigeants de la compagnie ont toutefois refusé de se rendre à la conférence de presse pour recevoir leur prix afin d'éviter de mêler publiquement la compagnie à un cas de harcèlement sexuel! La distinction tabou a été acheminée.par messager.Pauvre Consoltex! Se remettra-t-elle de cette mauvaise publicité?(Source: La Presse, 18/11) - JL INVITATIONS LES JEUDIS DE L'HISTOIRE DES FEMMES vous Invitent à une rencontre sur «La pornographie, un mal nécessaire?» Le 12 février, de 13 h 30 à 16 h, au 1205, rue de la Visitation, Montréal.Info: (514) 524-3561 ou 527-8291.TRAVAIL NON TRADITION NEL INC.organise en janvier, pour les femmes intéressées à intégrer le marché du travail ou à y retourner, des rencontres d'information.Au 1650, rue Berri, bureau 203, Montréal.Inscription: du lundi au vendredi entre 8 h 30 et 16 h 30 au (514)842-8589.LE CENTRE DE SANTÉ DE MONTRÉAL offre au cours de sa session d'hiver différents ateliers collectifs concernant des sujets variés en santé physique et mentale.Info: (514) 842-8903 ou 842-8909.PARLIMAGE, un regroupement d'animateur-trice-s et de professionnelles du cinéma et de la vidéo, offre dès janvier un nouveau stage: «Les femmes d'affaires face au public et aux médias».Information: (514) 288-1400.LE CENTRE DE SANTÉ ET D'ÉDUCATION PHYSIQUE DU YWCA dévoilera ses activités de la saison d'hiver du 5 au 9 janvier.Il y aura démonstrations de cours, visite guidée des installations et participation gratuite aux cours de conditionnement physique.Deux nouveautés cet hiver: tai chi et exercices aérobiques modérés.La session débutera le 12 janvier pour se terminer le 5 avril.Info: (514) 866-9941.LE REGROUPEMENT POUR L'ACCESSIBILITÉ DES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES aux re cours juridiques (SOS Fonds juridique) est présentement en campagne de financement: ces fonds sont nécessaires pour que les travailleur-euse-s plus démunies puissent affronter les coûts occasionnés par les procédures juridiques dans l'exercice de leurs droits.Objectif: 50 000 $.Info: (514) 866-5761, poste 142.PAULINE HARVEY invite celles qui ont envie de tenter une expérience d'écriture, ou qui aimeraient réaliser une idée folle, à un atelier qu'elle animera durant huit semaines, à Montréal.Le coût: 90 $.Pour inscription: (514) 521-5067.LE CARREFOUR FAMILIAL HOCHELAGA est un organisme communautaire d'entraide familiale et d'éducation populaire visant l'autonomie, la prise en charge individuelle et collective des chef-fe-s de famille ainsi que des nombreuses familles aux visages multiples.C'est aussi un lieu de vie et de rencontre: les portes sont ouvertes du lundi au vendredi, de 9 h à 16 h 30, et quelques soirs par semaine, avec halte-garderie à la disposition des membres.Pour en savoir plus sur le Carrefour et ses ateliers: (514) 523-9283.PORTRAITS DE FEMMES MUSES ET CRÉATRICES Une série de trois conférences avec LILIANE BLANC Les mercredis 4, 11 et 18 février à 19:30 Lieu: Université de Montréal Pavillon Principal 2900, Edouard Montpetil Entrée Z-1 (une hôtesse vous y accueille) Frais: 251 Inscription sur place RENSEIGNEMENTS: 34M090 Université de Monlrêal Faculté de l'éducation permanente PARUTIONS L'UQAM vient de w lancer le dernier p numéro de la re-I vue Documentation sur la recherche féministe, qui a pour thème: Les femmes et la science.On peut se le procurer à la librairie Aube-épine, au 4050, rue Saint-André, Montréal, ou à la librairie l'Androgyne, au 3642, boul.Saint-Laurent, 2e étage, Montréal.Coût: 6,50 $.LE MINISTÈRE DE LA JUS TICE DU CANADA a publié récemment le Guide à l'intention des victimes d'agression sexuelle, qui vise à répondre aux questions les plus fréquentes.On peut en obtenir un exemplaire à la Direction des communications et des affaires publiques du ministère de la Justice à Ottawa ou en composant le (613) 995-2569 DIVERS L ASSOCIATION DES FEM MES DIPLÔMÉES DES UNI- VERSITÉS (Montréal) invite les femmes à participer à une exposition d'art actuel dont le thème sera: «Femmes de parole et écologie».Les oeuvres à deux et à trois dimensions sont acceptées.Une trentaine d'entre elles seront exposées à la Maison de la culture de Côte-des-Neiges, pendant l'année 88.Date limite pour l'acceptation des dossiers (curriculum vitae plus dix diapositives): 15 février 87.Envoyer à AFDU (Montréal), a/s Comité femmes et art, 3535, Chemin de la Reine-Marie, bureau 200, Montréal, H3V 1H8.Info: 1514) 481-8317 ou 484-4151.LA TROISIÈME ÉDITION DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE FILMS ET DE VIDÉOS DE FEMMES, Silence, elles tournent!, organisé par Cinéma Femmes en collaboration cette fois avec Cinémama, aura lieu du 4 au 14 juin 87, à Montréal.Les formulaires d'inscription sont disponibles aux nouveaux locaux du Festival, au 3575, boul.Saint-Laurent, bureau 615, Montréal.Le comité de sélection doit visionner avant le 15 mars les films et vidéos proposés.Info: (514)845 0243 LA \ IE EN ROSE / JANVIER l'WT IT DÉBAT PUTAIN DE QUESTION Sur la question de la prostitution, la littérature féministe n'a pas été très bavarde.Devons-nous soutenir le droit des prostituées à vendre leur.corps, ou combattre vigoureusement un phénomène dans lequel il est difficile de ne pas voir, comme dans la pornographie, l'expression même de l'appropriation par les hommes du corps des femmes?Pour réouvrir le débat dans nos pages, nous avons demandé à brûle-pourpoint à plusieurs femmes si elles donneraient leur appui à des prostituées revendiquant le libre choix.Francine McKenzie, Michèle Causse, Monique Bosco, Françoise David, Solanges Vincent et Léa Cousi-neau ont accepté de répondre.«La prostitution, c'est le lieu même de notre incohérence.J'étouffe devant ce problème.» Cette exclamation de Francine McKenzie.présidente du Conseil du statut de la femme, résume le conflit dans lequel sont plongées toutes les féministes — pourtant de différentes tendances — interrogées ici.Certaines se sont même récusées, n'ayant pas fini de résoudre leurs contradictions.«Je suis incapable d'aligner deux mots intelligents là-dessus, poursuit madame McKenzie.Au Conseil, nous avons été déchirées quand nous avons dû nous pencher sur le projet de loi fédéral.Mais nous étions confrontées à quelque chose de très superficiel: la réglementation.Le fond de la question n'était pas abordé.Tant et aussi longtemps que l'on veut être égalitaristes et développer l'autonomie financière des femmes, on est absolument enchaînées.Car ce qu'il y a de plus poussé en termes de sujétion, c'est bien le commerce des corps, et tout ce monde interlope qui l'exploite.Il faut éviter l'angélisme.Mais aussi la démagogie, qui consiste à faire de toutes les prostituées, des victimes.Je conçois que des contextes sociaux conditionnent.au point que le métier puisse être banalisé, ou que certaines femmes n'aient pas d'autres choix.Mais la généralisation me gène.«Si des prostituées viennent me demander mon appui.pour s'assurer une certaine di- gnité, ce que j'estime légitime, je le leur accorderai puisque je travaille à la défense des droits des femmes.Cependant, je voudrait discuter avec elles des moyens de les sortir de là.C'est peut-être un point de vue réformiste, mais je ne crois pas que l'on pourra faire disparaître tout le réseau des souteneurs, de la drogue et de la prostitution du jour au lendemain-Michèle Causse, écrivaine féministe radicale, se rappelle: «La question s'est posée très concrètement pour moi en 1975, au moment du fameux mouvement des prostituées, en France.Au GLIF — un lieu où alternaient les différentes tendances du mouvement des femmes — nous avons parlé avec les prostituées.A court terme, on ne pouvait que les aider dans toutes les actions qu'elles entreprenaient contre le harcèlement de la police, ou celui des maquereaux (qu'elles niaient.d'ailleurs, prétendant agir en femmes libérées).Mais bientôt, il y a eu des scissions, lorsque nous nous sommes aperçues qu'elles revendiquaient ce métier: c'est là où |e ne suis plus d'accord, parce qu'elles sont victimes aussi de la pornographie, qui est ce qu'il y a de plus inacceptable au monde.«Certes, je n'attends pas de la victime ou de l'opprimée qu'elle fasse une analsse de vi situation, puisque, si elle savait la faire, elle ne serait déjà plus opprimée.Mais quand on lit des témoignages de prostituées.GLORIA ESCOMEL il ne fait plus de doute que le projet de meurtre des hommes sur les femmes soit un projet hautement articule, dûment di\ersifie.et que la prostitution en soit la manifestation la plus simple, et.parce que la plus quotidienne, la plus néfaste, la plus douloureuse.Même si on me démontre qu'une femme aime la prostitution, on ne fera que me démontrer que cette femme est aliénée.Je préfère référer à la postface que j'ai écrite au Journal d une femme soumise.de Mara, où une femme est prostituée par son mari: c'est ce que j'ai écrit de plus articulé sur le sujet.» Monique BOSCO, écrivain et professeur à l'Université de Montréal, va jusqu'à dire que «la prostitution est un des cercles de l'enfer L'amour étant pour moi la chose la plus précieuse et forcément la plus désintéressée, je trouve terrifiant — et pour la prostituée et pour le client — qu'il doive passer par une transaction commerciale.S'il n'y avait pas d'utilisateurs, il n'y aurait pas de prostitution.Donc, si l'on doit parler de la loi.il est absurde que l'on poursuive les unes sans poursuivre les autrev nuis surtout sans que l'on sévisse sur les exploiteurs, les maquereaux comme les réseaux de traite des Blanches.a\ec lesquels je serais sans pitié.Mais je refuse de porter un |uge-ment moral sur les prostituées ou sur leurs clients.«On sait que les trois quarts des filles qui se prostituent ont des antécédents familiaux l.\ \ IE EN ROSE / JANVIER l'IHT n DÉBAT nu des traumatismes épouvantables, mais je crois qu'il en est de même pour les hommes qui ont besoin de recourir à elles: c'est une forme d'infirmité de part et d'autre, infiniment pitoyable.Les causes en sont complexes, différentes selon les situations, et je ne saurais souscrire à une explication unique et générale.• La résolte des prostituées de Grenoble contre leurs souteneurs, en 1975.a été pour moi le premier grand espoir.Depuis, je crois qu'un des seuls moyens qu'elles pourraient se donner, pour échapper à ce cercle internai, ce serait des associations du genre Alcooliques anonymes, animées par des femmes qui auraient vécu cette situation." Françoise David, qui travaille dans un centre de services sociaux et connaît surtout la prostitution des mineur-e-s.la définit comme le symptôme de problèmes importants légués par une morale religieuse étroite: - El le met en cause la sexualité entre hommes et femmes, non seulement dans ses rapports de domination, mais dans un contexte de "désert sexuel".Pour beaucoup de jeunes, la prostitution sert à combler un besoin d'argent, mais aussi un besoin d'affection et d'amour: ils et elles croient pouvoir les trouver là.ce qui est évidemment faux.• Les garçons s'en sortent, généralement, vers leurs 17-18 ans.mais pas les filles, qui entrent alors dans un cercle vicieux: trouvant le métierde plus en plus écœurant, elles prennent des drogues de plus en plus dures, elles ont donc besoin d'argent, elles doivent donc continuer à se prostituer.La plupart de celles qui nous arrivent dans les sers ices sociaux sont bien moganées.De toute manière, si elles continuent, leurcorps est tellement abime qu'elles doivent abandonner le métier dans la vingtaine, la trentaine tout au plus.Soit dit en passant, à propos de la prostitution des jeunes, je trouve scandaleux qu'on ait commencé à en faire les manchettes quand on a découvert qu'il y avait aussi des garçons: le sensationnel était là parce que cela portait atteinte à la dignité ou à la virilité des hommes.«Mais autant je suis d'accord pour que la Loi de la protection de la jeunesse intervienne pour essayer de sauver les mineur-e-s qui exercent ce métier, autant je trouve les interventions policières contre les adultes absolument injustes et hypocrites.Notre société entretient des contradictions flagrantes: d'un côté, elle encourage tout ce qui paie dans la sexualité — les bars, l'industrie porno, les vidéo-clips, les images sexistes, etc.— et de l'autre elle se montre d'un puritanisme à faire peur A peine y a-t-il un début d'éducation sexuelle dans les écoles que les mouvements de droite s'y opposent! On passe des lois contre la sollicitation, on arrête les filles qui en font, sans s'attaquer ni aux clients ni aux souteneurs.••Je ne veux pas d'un système qui favorise la prostitution, mais je ne veux pas, non plus, qu'on persécute les majeures qui ont choisi ce métier: c'est hypocrite et aberrant.Si une société voulait éliminer la prostitution, elle devrait commencer pardonner aux gens des conditions de vie acceptables sur le plan financier et ne pas avoir peur d'aborder la question d'une saine sexualité." Solanges Vincent, écologiste, pa- cificiste, coordonnatricede la campagne Un F-18pour la paix, est plus tranchée: «Je suis tout à fait opposée à ce que l'on déclare, comme le Comité canadien d'action sur le statut de la femme (CCA).qu'il faut défendre le droit au libre«hoi.x des prostituées cl améliorer leurs conditions de travail.Je ne veux pas.bien sûr.que l'on poursuive ces femmes, mais je ne considère pas que ce soit une lutte féministe que de maintenir la prostitution en "l'aménageant", car c'est le maintien d'une des injustices patriarcales commises envers les femmes, considérées comme des objets dont on peut disposer, que l'on peut violenter.Pas plus que de revendiquer le libre choix des femmes d'entrer dans l'armée: là aussi, on lutte pour le maintien d'une société patriarcale et violente.Il y a un rapport à faire, comme le souligne la féministe française Andrée Michel, entre la militarisation croissante, la prostitution et la violence faite aux femmes.«Ce qui est grave, c'est qu'à partir du moment où un groupe comme le CCA (en anglais NAC).qui commençait à avoir une certaine crédibilité, s'allie aux droits des prostituées, il se soumet aux attaques de la droite: les Real Women ont su utiliser cette position pour discréditer l'ensemble des autres positions du CCA et des féministes.Cela réduit l'influence du mouvement féministe.-Lorsque les prostituées revendiquent le libre choix, je réponds que pour pouvoir en exercer un, il faut avoir la possibilité réelle de choisir, ce que la plupart de ces femmes n'ont pas eu.D'autre part, on ne peut pas donner la liberté de choisir quelque chose qui va à l'encontre du développement et du bien-être des gens, pas plus qu'on ne permet aux gens de se suicider.Si une femme me dit: "C'est mon libre choix de rester avec mon mari qui me bat", je ne vais pas travailler pour autant à la maintenir dans une situation d'exploitation et de mauvais traitements.Donc, le seul soutien que je pourrais donner à des prostituées serait par le biais de programmes de recyclage.» Léa Cousineau.élue en novembre dernier conseillère municipale de Montréal, récemment nommée à la vice-présidence de la Commission de la Sécurité publique, souscrit à la position officielle du Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal (RCM) qui est de déeriminaliser la prostitution.«Je viens d'être assermentée, ce matin même: c'est vous dire si les problématiques reliées à la sécurité publique représentent pour moi un nouveau dossier! Je n'ai pas encore rencontré mes principaux interlocuteurs, dont le directeur du service de la police.Je ne peux donc vous parler qu'en mon nom personnel.Bien sûr.la prostitution m'apparait comme un principe et une réalité inacceptables.Mais j'ai beaucoup de mal à condamner les prostituées, bien que je ne veuille pas les victimiser toutes outre mesure: la plupart n'ont pas eu beaucoup de choix: certaines, par contre, oui.«Trancher me met mal à l'aise.Ce qui nous manque le plus, aux féministes du Québec, pour réfléchir sur cette question, ce sont des échanges directs avec des groupes de prostituées comme il s en a eu en France, par exemple — et je souhaiterais que cela puisse se taire, que l'initiative vienne d'un côté ou de l'autre.Peut-être, alors, serions-nous davantage en mesure d'évaluer plus précisément les besoins de ces femmes.«Du point de vue municipal, quoiqu'il soit prématuré pour moi d'en parler, les problèmes que je peux évoquer sont les suivants: les lois sont fédérales et la police municipale doit faire respecter les lois votées.Les amendements que le RCM voudrait adopter, pour déeriminaliser la prostitution et la sollicitation, sont encore à l'état de projets.D'où, évidemment, un gros point d'interrogation sur l'attitude à avoir.Je pourrai mieux vous répondre dans quelques mois.» Suite aux prochains numéros?0> 20 l,\ \ IE EN ROSE / JANVIER l'MtT ÉVÉIMEIVIEIM PUTAINS DE FÉMINISTES Béa.une prostituée hollandaise 5fc La liberté des femmes est-elle irrémédiablement liée à celle des prostituées?Verra-t-on un jour le mouvement des femmes revendiquer le droit des prostituées de gérer leurs propres maisons closes?Le droit des femmes de pratiquer le commerce du service ou du fantasme sexuel, même sado-masochiste?Toutes ces questions et plusieurs autres étaient au coeur du deuxième Congrès international des prostituées tenu à Bruxelles, en Belgique, du 1er au 4 octobre 1986.Bruxelles, rue Blanche, 21 h Dan.le délégué canadien, suce doucement le sein de la déléguée américaine, une grande rousse déguisée en infirmière.Tout autour d'eux, une centaine de féministes et de prostituées applaudissent en riant la »scénette éducative» créée par Annie Sprinkler, une cx-vedette américaine de films pornographiques devenue productrice de spectacles • érotico-éducatifs».Au fond du sous-sol enfumé de la Maison des femmes de Bruxelles.Annemiek Ons- lenk.une féministe allemande membre du comité organisateur du deuxième Congrès international des prostituées, discute s.ms relâche -Pornographique ' Je ne sais pas.répond-elle à une Américaine perplexe.Les prostituées ne dénoncent pas la pornographie1.et nous voulions que ce congres leur donne la parole.» Et la parole, elles l'ont prise.Près de 250 journalistes se sont bouscule-e-s quotidiennement aux conférences de presse tenues par le Comité international pour le droit des CAROLK BEAULIEU prostituées (CIDP):.Chaque matin, des portiers en livrée ont ouvert les grandes portes de l'Assemblée européenne ( à des eon gressistes vêtues de cuir ou arborant sur leurs t-shirts: -Les bonnes filles vont au paradis, les mauvaises vont n'importe où.» Dans les ascenseurs rutilants, des eurocrates en complets gris ont côtoyé des transsexuels chausses de talons hauts et des hôtesses aux décolletés plongeants.Même les sérieux interprètes affectés d'ordinaire aux honorables traductions de parlementaires I V \ IE EN ROSE / JANVIER I'm; -»l européens n'ont pu éviter parfois de s'étrangler en traduisant certaines interventions.Rarement congrès aura-t-il.comme ce fut le cas pour celui de Bruxelles, attiré plus de journalistes que de participantes.Rarement congrès aura-t-il.de même, aussi directement interpellé le mouvement des femmes, en lui demandant de lutter désormais non pas pour l'abolition de la prostitution ou le •sauvetage» de ses victimes, mais «pour le droit des femmes d'avoir une activité sexuelle ou de la refuser, et cela sans être criminalisées ou ostracisées » ¦Mon premier client a été mon premier geste de puissance, est venue clamer Gloria, prostituée américaine.Enfin je contrôlais le prix et le service.» «Ce n'est pas parce qu'on vend notre corps qu'on est dominées par les hommes», a renchéri Sonia, avant qu'une jeune Thaïlandaise raconte comment elle avait été enlevée à sa famille et expédiée dans un réseau de prostitution européen.Esclavage ou libération?Selon le CIDP.le mouvement féministe FLOTTANTS 7 jours / 7 soirs 5370 Ave du Parc, Montréal 271-7515 doit favoriser l'autodétermination sexuelle — que les résultats en soient le plaisir, la grossesse ou le gain financier — en développant le courage sexuel des femmes et en réclamant pour elles des conditions de sécurité et de choix.(Il va de soi, précise un document de travail remis aux congressistes, que personne n'a le droit d'assouvir un désir sexuel impliquant une autre personne sans le libre consentement de celle-ci.) Esclavage?Libération?Le débat ne s'est pas fait sans difficulté lors de l'atelier Prostitution ci féminisme.Les 179 participantes4, prostituées, ex-prostituées et non-prostituées venues de 16 pays différents, l'ont prolongé dans les bars et les restaurants de la capitale belge.«Certes, il faut mettre fin à la discrimination dont sont victimes les prostituées et garantir leurs droits, consent Lydia, une féministe américaine.Mais comment réconcilier avec cela le fait que les prostituées se voient au service des besoins et des désirs des hommes?» Au terme de la rencontre, les putains n'ont pas lancé leurs jarretelles en l'air en promettant de ne plus faire le trottoir.Les féministes ne sont pas.non plus, descendues draguer dans la rue.Mais le rapport entre les prostituées et le mouvement des femmes ne sera plus jamais le même, affirment les organisatrices de la rencontre.Un réseau de solidarité est en formation.Les regroupements des prostituées, comme COYOTE5 aux Etats-Unis, se multiplient.Mieux encore, une analyse commune émerge, au-delà des propositions demandant la décriminalisation6 de la prostitution, l'abolition des zones désignées, l'accès au régime de retraite, une éducation sexuelle améliorée et la tenue de campagnes de promotion du condom Norma Jane Allamovar Ex-agente de po lice à San Francisco, elle fait campagne pour décriminaliser la prostitution.De gauche^ droite, M présidente du CçmitjjfVTTern les droits des prostituées codirectrice de COYOT 22 LA ME EN ROSE / JANVIER l'iH ÉVÉIM EIVI EIMT DES CLIENTS DIFFERENTS La force des femmes fait-elle la sécurité des prostituées?C'est du moins ce que soutient une jeune Chypriote d'origine libanaise qui a passé les dix dernières années de sa \ ie .1 se prostituer dans différents coins du monde.Des vitrines d'Amsterdam aux agences de rencontre londoniennes, en passant par les trottoirs français et les bars italiens, la jeune femme de 28 ans a servi des centaines de clients -En Europe de l'Ouest, affirme-t-elle.les clients sont moins violents.Ils sont aussi plus intéresses a savoir ce qui me plait à moi.Je crois que c'est parce qu'ils ont l'habitude de femmes qui font valoir leurs droiis Le stigmate des prostituées Parmi les "penseuses- de ce nouveau rapport entre les prostituées et le mouvement des femmes, une Américaine, coordonnâmes du congrès et membre du Comité international.Mme Gail Pheterson.-Dans le passé, analyse-t-elle, nous avons mis toute notre énergie à dire aux hommes que nous n'étions pas comme les prostituées, croyant ainsi nous protéger de la violence.En vain.La seule option qui nous reste, c'est de nous identifier aux prostituées et de leur donner ainsi du pouvoir.Psychologue et spécialiste des groupes marginaux, Mme Pheterson étudie depuis quatre ans le «stigmate des prostituées».Elle-même homosexuelle, elle estime que les femmes sont de plus en plus conscientes que leur liberté est liée à celle des putains.«Les stratégies de sauvetage ou de protection jusqu'ici employées par le mouvement des femmes n'ont fait qu'accentuer la marginalisation des prostituées», affirme-t-elle dans un récent ouvrage7.C'est sur le terrain des droits et de la légitimité des prostituées que le Comité base donc son travail.Il demande l'abolition de toutes mesures étatiques de contrôle telles que les \ isites médicales obligatoires en Allemagne de l'Ouest.les zones désignées aux Pays-Bas.les fiches de police en Belgique.Les prostituées, affirment les congressistes, devraient pouvoir gérer leur propre maison si elles le désirent.Leurs heures de travail ne de\ raient pas être limitées comme c'est le cas en Suisse.Elles de\ raient pouvoir \ n te avec un homme sans que ce dernier soit automatiquement accuse d'être un souteneur ci sans crainte que la justice ne leur enlève leurs enfants.«Nous sommes contre toute forme d'exploitation, insiste Gail Pheterson.Nous dénonçons le trafic des femmes du Tiers-monde et l'utilisation des enfants pour satisfaire les fantaisies d'adultes.Nous demandons des campagnes d'éducation sexuelle et une meilleure formation des femmes occupées à la production de matériel sexuel explicite".Seuls de tels efforts, et non des lois répressives, peuvent changer les attitudes des clients et modifier la demande dans un marché qui érotise actuellement les enfants et la violence contre les femmes.» La putain respectée Ces précisions n'ont toutefois pas convaincu les parlementaires européens, surtout conservateurs et démocrates-chrétiens, qui ont dénoncé la présence des putains dans l'enceinte parlementaire: «C'est une honte!» Même au sein de la gauche, le congrès n'a pas fait l'unanimité.Les femmes de la Coalition arc-en-ciel, hôte du congrès, ont mis près d'un an à vaincre les réticences de leur groupe.Pour plusieurs, insiste Mme Anne-Marie Lizin.députée socialiste européenne, la prostituée offre «une image réductrice de la femme».Mme Lizin.tout comme le principal organisme belge intervenant auprès des prostituées (Le Nid), a déploré le fait que le congrès n'ait pas traité la question de la misère économique et so- PETITE AUBERGE EN NOUVELLE-ANGLETERRE A seulement 3 heures de route de Montréal, dans les montagnes blanches du New Hampshire, le Highlands Inn est un endroit unique pour vous, vos ami-e-s, vos amant-e-s.Cent acres de terrain privé, des montagnes à perte de vue, des chambres meublées d'antiquités et des salles communes spacieuses.Nous avons aussi un bain tourbillon, des pistes de ski de fond et alpin à proximité et des promenades en traineau Aubergistes: Judith Hall et Grace Newman (603) 869-3978 P.O.Box 118 U Valley View Lane Bethlehem, N.H.03574 23 ÉVÉNEMENT ciale qui pousse les femmes à se prostituer.Un collectif britannique a même accusé les organisatrices du congrès d'être des ¦prostituées arrivées» Bon nombre des femmes présentes ici font le trottoir, répond Gail Pheterstm.Ce ne sont pas toutes des call-girls.Nous connaissons très bien les raisons qui poussent la majorité des prostituées à taire ce travail.Cela n'exclut pas qu'il faille exiger le respect de leurs droits.» Le prochain congrès du CIDP doit avoir lieu en 1988.D'ici là.le comité compte tenir des rencontres régionales et établir des contacts avec des prostituées d'Afrique.d'Amérique du Sud et du Proche-Orient.Il compte aussi travailler à redonner sa légitimité au terme putain, moins criminalisant que celui de prostituée, 22 h 15.rue Blanche Dan et Geoffrey sortent draguer.Ils n'ont rien à foutre du fait que l'Organisation des Nations-Unies considère la prostitution comme un esclavage contre lequel il convient de lutter.Sur la scène improvisée de la rue Blanche.Veronica chante avec mélancolie un client -parti trop tot Une journaliste italienne me raconte sa honte d'avoir été prise pour une prostituée par un collègue journaliste.Je ne lui raconte pas ma propre gêne quand un collègue allemand m'a demandé lors d'une conférence de presse si je faisais le trottoir ou si j'étais call-girl.Depuis 24 heures déjà, j'en ai pris mon parti.Je suis une pute, comme les autres, o 1.Elymologiqucment, le mot pornographie (publications sexuelles explicites) vient d'un mot grec signifiant -écrits de prostituées- 2.Formé il y a deux ans, le CIDP a tenu un premier congrès à Amsterdam en 1985.Une trentaine de femmes y ont pris part et adopté une Charte mondiale des droits des prostituées.Cette charte affirme, entre autres, la légitimité de la prostitution et des personnes qui la pratiquent.3.Les prostituées ont pu utiliser les locaux et les installations techniques du parlement européen grâce à l'Alliance verte alternative (Green Alternative Link — GRAEL).un regroupement formé de députées euro-péen-ne-s issu-e-s des Verts allemands, des écologistes belges et du mouvement danois anti-européen.4.Les 179 hommes et femmes présent-e-s à Bruxelles venaient tous de pa\s capitalistes, en grande majorité de pays industrialisés Deux tiers étaient des employé-e-s ou des ex-cmployée-e-s de l'industrie du sexe.Le CIDP lente actuellement d'établir des contacts avec les prostituées du Tiers-monde et celles qui hantent les trottoirs socialistes.Le Canada était représente par un prostitue homosexuel torontois.membre de l'Organisation pour la defense des droits des prostituées 5.COYOTE (Call Off Your Old Tired Ethics — Débarrassez-vous de votre vieille morale fatiguée) est.depuis 1473.la voix des prostituées américaines.fi Les prostituées font une distinction très claire entre légalisation et déeriminahsation.Légale dans la plupart des pays présents au congrès, la prostitution n'en est pas moins soumise à des contrôles policiers et à des mesures discriminatoires Seul l'Etat australien de New-South Wales a récemment decriminalise la prostitution 7 Pheterson, Gail, The WhoreSStigma, Female Dishonor and Male Unworthiness, septembre 1986.8.Le CIDP revendique aussi le droit pour les travailleur-euse-s de l'industrie pornographique (par opposition aux patrons) de définir le contenu et le mode de distribution du matériel qu'ils-elles participent à créer.•y.j AUX ABYS.SE.S LA COLOMBE* MARKITA BOIES P'I E'C E S EN 1 ACTE- DE D J U N À1 B' A'** MONIQUE LEPAGE^ DE JÏY-S PICAJO T R A D U'C*Î I ÛTN MWÈLLBRLi • .SYLVIE LEGAULJ T R A D U CT10 N- : "MICH È LE'^C A U S" S E TROIS FILS DE LA TERRE • NICOLE LEBLANC • JACQUES ALLARD • JEAN-FRANCOIS BLANCHARD • CLAUDE POISSANT TRADUCTION : LOUISE LADOUCEUR THÉÂTRE EXPÉRIMENTAL DES FEMMES 50*6.m CLARK (Com LOune») MONTREAL TEL.(514| 271-5381 MISE EN SCENE'LOUISE LAPRADE ¦ •M * ' Laurier A P A R T ! R D y n J A N V î E R un • du MUD n suée î ni i 10 ' LE Dl M A N C H EMM n R É S E R V A T 0 N 2 7 1 5 3 8 1 21 LA \ IE KIN HOSE / JAW I EH l'WT IMAGE PUTAIN DE CINÉMA Salopes ou généreuses, eroyez-vous aux putains de l'écran?Avec Working Girls et Magdalena Vi-raga, deux femmes cinéastes livrent, des vraies travailleuses du sexe, des portraits enfin convaincants.Depuis toujours, semble-t-il.les hommes ont monopolise1 le discours sur la prostitution.Dans leurs fictions titillantes, leurs mélodrames bien pensants ou leurs rapports de police, ils ont cherché, par des représentations codifiées, à contenir un phénomène dont ils sont, il est vrai, responsables, mais qui leur échappe toujours un peu.Les femmes qui vivent du -plus vieux métier du monde» (encore une expresison d'hommes' | sont déentes alternativement comme des salopes finies ou des putes au grand coeur, des lesbiennes frigides ou des chaudes lapines, des filles perdues victimes de leur propre bêtise ou des superfemmes, des mères phalliques qui savent comprendre les hommes mieux que leurs épouses.Ce qui manque à toutes ces projections de fantasmes masculins, ce sont les femmes réelles, avec leur histoire, leur personnalité, leurs joies ou leurs problèmes.Comme si la prostituée était un être unidimensionnel n'existant que par rapport à un homme, lui-même réduit à l'état de caricature (proxénète.BÉRÉNICE REYNAUD client, flic, réformateur social, voire amant ou fils).Les choses ont commencé à changer vers 1975 avec, entre autres, la grève des prostituées en France: non seulement les filles ont-elles établi une plate-forme de revendications concernant l'exercice de leur profession, mais elles ont aussi pris la parole et commencé à se raconter1.Leurs efforts ont été repris en Angleterre par The English Collective of Prostitutes, qui regroupe des •honnêtes femmes - et des -femmes qui tra- l.\ \ Il EN ROSE / JANVIER 1987 25 IMAGE vaillent» (working girls, selon l'expression utilisée), dans un combat commun contre l'exploitation économique des femmes à l'échelle mondiale.Aux États-Unis, le féminisme s'est intéressé relativement tard aux problèmes de prostitution.La position de nombreux mouvements était de condamner implicitement la putain au même titre que le pornographe.de la juger sévèrement comme quelqu'une qui trahissait la cause des femmes.Mais là aussi les choses ont changé.Au printemps 84.Nancy Spero.artiste féministe respectée, organisait à la galerie coopérative des femmes dont elle est membre (AIR) un colloque intitulé Women Artists Working in tin-Sex Industry.Au même moment, un groupe de femmes organisait au Franklin Furnace une exposition.Carnival Knowledge, qui traitait de la pornographie et du skin trade dans une perspective féministe.Les filles de Borden C'est dans ce contexte qu'il faut voir le dernier film de Lizzie Borden, Working Girls, présenté au Festival des films du monde de Montréal d'août 1986.En s'ap-puyant sur une enquête sérieuse — elle a interviewé des filles, observé une «Madame» en pleine action — Borden décrit tout simplement la journée d'une photographe d'une trentaine d'années qui travaille dans un bordel fréquenté par la classe moyenne.On la voit se réveiller le matin aux côtés de la musicienne noire avec qui elle vit puis enfourcher sa bicyclette pour se rendre au travail.Le culot suprême de Lizzie Borden, c'est d'avoir traité son sujet en utilisant les codes du sitcom (situation comedy).Son ton est lé- NOUVELLE COLLECTION POUR HOMMES ger et plein d'humour; elle nous montre les filles en train d'échanger des plaisanteries dans le salon d'attente, elle nous fait rire des crises d'hystérie et de la cupidité de la «Madame», elle dépeint les clients avec ironie, scepticisme et même, dans certains cas, avec sympathie.Au lieu de s'enfoncer dans des analyses psychologique compliquées, elle montre la prostitution comme une job, comme un échange monétaire, comme une situation économique.Ce point de vue résolument anti-mélodramatique reprend en fait l'analyse présentée dans Born in Flames, son film précédent: les femmes sont les agent-e-s économiques les plus vulnérables de toute société.Working Girls refuse néanmoins de dépeindre les femmes comme des victimes.Le film montre au contraire leur force et leur débrouillardise: en dépit de la diversité de leurs origines (le bordel de madame Susan n'est pas exactement une école déjeunes filles: la franche vulgarité a aussi sa place), la plupart des working girls sont des femmes équilibrées, sympathiques, drôles, ambitieuses, décidées à contrôler et à assumer la direction de leur vie.Cependant le film, dans son honnêteté foncière, ne dépeint pas non plus le travail au bordel comme une partie de plaisir.La cinéaste appelle un chat un chat, et les scènes de sexe sont traitées avec franchise et avec une totale absence de romantisme aussi biçn que de complaisance.Et les hommes, les clients?Eh bien, ils viennent, se déshabillent, payent, jouissent, parlent et s'en vont.Il y a des gentils, des intéressants, des franchement casse-pieds, des bêtes et des méchants, et d'autres subtilement cruels.Exactement comme en dehors des portes du bordel.Ida et le Christ C'est aussi dans la succession des clients que réside l'étrange fascination exercée par Magdalena Viraga.le premier long métrage de Nina Menkes, programmé en octobre dernier à Montréal, au Festival du nouveau cinéma.La réalisatrice a une manière bien à elle de filmer le rapport sexuel.Au cours d'une des premières séquences, on voit une petite prostituée racoler un client dans un hôtel minable du quartier hispanique de Los Angeles.Après avoir refermé la porte de la chambre, l'homme enlève sa chemise mais garde son pantalon; il s'allonge sur la petite prostituée qui est couchée tout habillée sur le lit.La caméra montre le visage de la fille en gros plan et la nuque de l'homme entrant et sortant du cadre au rythme de ses mouvements.Le plan dure.dure, n'en finit pas de durer, au point de provoquer, chez la spectatrice, un sentiment intolérable.Ce plan se répète neuf fois au cours du film, chaque fois avec un client different, dans une lumière glauque et grenue qui rappelle la cinematographic des premiers films underground Dans ce film aussi, les hommes vont et viennent; ils n'ont que l'importance que leur donnent la situation, les quelques billets dépensés.Ce qui est au coeur de l'image, c'est le visage énigmatique d'Ida, la prostituée qui hait son métier.Elle bouge à peine sous ces corps étrangers; elle se laisse baiser passivement.Mais son visage reflète mille nuances d'ennui, de dégoût, de colère, d'angoisse, de révolte, de douleur.L'une des clefs de ce film complexe est donnée au moment où Ida lève les yeux au plafond: elle voit l'icône dorée d'un Christ mexicain (ce qui est non seulement une manière habile de retravailler un cliché usé mais aussi de faire basculer le film dans la sphère du spirituel).Le film de Menkes n'est pas réaliste; il poursuit le travail de longue haleine auquel se livre la cinéaste sur l'identité féminine au sein d'un monde d'hommes, où les textes sacrés et la religion ont été créés par et pour les hommes 2.Ida est aussi bien la Marie-Madeleine éternelle qu'une figure christi-que.ce qui en fait un personnage ambigu.Car s'il est vrai qu'elle est une victime, accusée et exécutée pour un meurtre qu'elle n'a pas commis, comment une femme pourrait-elle s'identifier à l'homme qu'est le Christ?Alors qu'en prison elle revit les événements qui l'ont conduite là.Ida passe graduellement d une révolte stérile à une acceptation de son sort, qui constitue en fait une libération intérieure.Le sang qui tachait ses mains, et la désignait à tort comme coupable, était du sang menstruel, la marque de sa condition féminine.C'est en tant que femme qu'elle a été jugée par la justice des hommes.La troublante poésie du scénario — un collage de textes de Mary Daly.Gertrude Stein et Anne Sexton — nous fait regarder d'un autre oeil la situation de la prostituée: comme celle de la «sorcière», c'est un des terrains limites où se joue et se manifeste l'aliénation de la condition féminine dans son ensemble. Journaliste pigiste, chroniqueuse de cinéma pour Libération.Bérénice Reynaud vil à New York depuis 10 ans.1.Voir le livre Une vit de putain.Les Près- z ses d'aujourd'hui, 1975.9 2.Le film précédent de Nina Menkes.The ^ (Jreat Sadness of Zohara.montré au Festival < international des films de femmes de Montréal 0 en 1985.décrivait la quête spirituelle d'une o jeune femme fascinée par la religion juive.£ 26 I.\ \ IE EN ROSE / JANVIER l'WT CONCOURS FICTION 1987 De Varennes, Chicoutimi.Sainte-Agathe-de-Lotbinière,de Port-Daniel en Gaspésie, de Toronto ou de Plaster Rock au Nouveau-Brunswick.et d*abord.bien sûr, de Montréal, les nouvelles nous sont arrivées nombreuses.Quatre-vingt-huit en tout, en réponse à notre Concours Fiction 1987 annoncé dans le numéro d'octobre dernier.Créé dans le but d'»encourager la relève», lancé aux jeunes auteures jamais encore publiées, ce concours a été un succès.En ces temps où l'on désespère de voir »nos» jeunes construire des phrases qui ont de l'allure, beaucoup de (jeunes) femmes écrivent — et sans faire de fautes.Elles n'ont pas toutes le même talent, mais le jury — composé de trois écrivaines: Monique Proulx.Anne Dandurand.Greta Nemiroff et de moi-même, membre du comité de rédaction de LVR — a facilement retenu une douzaine de nouvelles qui.en raison de la qualité d'écriture ou de l'originalité de l'histoire, se sont distinguées Parmi elles, nos trois "gagnantes-, celles qui faisaient l'unanimité.Maryse Choimère, Hélène Gaulin et Céline Trahan Huit autres textes ont reçu des ••mentions honorables» et seront probablement publiés au cours de l'année.Ce concours, qui se répétera, a aussi été l'occasion de vérifier, par les thèmes abordés, ce qui préoccupait les Québécoises.D'abord, il fallait un peu s'y attendre, elles condamnent le monde violent, de plus en plus automatisé, nucléarisé, désincarné.dans lequel nous vivons.Très souvent sous la forme de science-fiction baignant dans une aura de cataclysme.On ne rit pas très souvent, c'est vrai, en lisant ces 88 nouvelles, mais il ne s'agit pas pour autant de pur désabusement.Au contraire, les auteures proposent des esquisses de solutions.La plus étonnante, sinon la plus fréquente, est l'élimination des hommes, soit par l'incarcération forcée, soit par le meurtre.Faut-il en avertir sociologues, criminologues et autres?Il se passe ici un phénomène encore peu vu en littérature ou dans la réalité: des femmes tuent des hommes, avec d'ailleurs énormément de sang-froid.Parfois par vengeance, pour mettre un terme à l'incommunicabilité entre les sexes, parfois par humanisme (oui, oui).Parfois, elles doivent littéralement traverser le corps d'un homme pour accéder à la vraie vie.à leur vraie nature de femme, de la même façon qu'Alice passant -de l'autre côté du miroir».De façon générale, les hommes de ces nouvelles sont souvent morts ou moribonds.Fascinant, non?A se demander si l'expression punk -No future» ne désignerait pas plutôt le sexe mâle.Étonnant aussi, on parle relativement peu des rapports amoureux hommes-femmes.Et quand on le fait, ce n'est jamais réconfortant (voir Endophasie et Post-scriptum) On mise beaucoup plus sur la découverte de soi, seule ou en complicité avec d'autres femmes.Nous avonsd'ailleurs reçu bon nombre de nouvelles -fantastiques» qui, par le biais d'étranges métamorphoses, abordent ce thème de la recherche de l'identité.(À noter qu'à l'exception de deux nouvelles, le personnage principal est toujours une femme.) Finalement, on se préoccupe de maternité et d'enfants (voir Les enfants tombent) mais très peu du monde du travail.Toutes ces préoccupations — et absences de préoccupations — mériteraient sans doute une analyse plus poussée car à travers elles se dessine peut-être le profil d'une génération nouvelle.Quant à nous, nous voilà rassurées: la «relève» des écrivaines existe.Nous l'avons lue et relue.Au premier plan, l'une des trois gagnantes du CONCOURS FIC TION 1987: Hélène Gaulin 23 ans.de Montreal Derrière, deux autres gagnantes et cinq des Wu«mentionnées»: Céline Trahan, 22 ans, de Montréal; Lucie Gagnon.28 ans, de Montréal, Lucie Joubert, 29 ans, de Trois-Rivières; Janik Tremblay, 35 ans, de Hull; Suzanne Lafontaine, 27 ans, de Montréal; Maryse Choiniè-re, 28 ans, de Montréal et Mireille Cliche.31 ans, de Montréal.L\ \ IL EN ROSE / JANVIER l'WT FRANCINE PELLETIER 27 Tu es rentré.Les pieds traînants, la tête vide.Comme d'habitude.Sans l'arrêter, tu entres dans ta chambre comme si tu ne voulais plus en sortir.Je t'entends.Tu échappes ton sac dans un coin.Comme tous les soirs, tu envahis le lit et tu sors ta queue de chemise de ton pantalon.Enfin tes poumons respirent, ton cerveau s'emplit de sang.Enfin tes yeux voient, tes oreilles entendent.Enfin je peux te parler.Non.même pas.Je murmure et tu bougonnes.Fort.O.K.je me tais.Pour ce soir.Je te regarde.Tu sors de la chambre et tu soupires, la tête dans le frigidaire.Toujours rien de prêt.Toujours faim.Toujours pas le goût de nourrir ce corps de plus en plus pesant.Mais tu veux survivre.Mais il faut survivre.Je t'écoute.Tu te dis qu'une cuisse de poulet va faire l'affaire et qu'un verre de vin va te retaper.La télé s'est allumée.Tu manges, tu bois et ton cerveau devient de la purée.Tu relaxes.Tu t'évades.Tu traverses l'écran.Tu traverses l'écran et tu entres dans leur maison, dans leur chambre.Comme un régisseur, tu inspectes les lieux.Tu critiques tout.Tu aimes la couleur de la chambre, le bouquet sur sa coiffeuse.Tu n'aimes pas son mari, sa coiffure, son maquillage, sa face.Tu les trouves cons.Cons de s'obstiner, décrier.Tu leur dis.Mais ils ne t'écoutent pas.Ils continuent de crier, de se frapper, de claquer les portes et de pleurer.Tu leur répètes qu'ils sont des crétins.Tu lances qu'ils sont tous des crétins: les scénaristes, le réalisateur, les producteurs.Tu finis par marmonner quelque chose sur le cercle vicieux, le radotage et que toi tu parlerais d'autre chose.Même si tu ne sais pas de quoi.Et tu restes là de l'autre côté de l'écran à les engueuler.Quelquefois, la routine des commerciaux t'assomme et te ramène pour quelques secondes; le temps de goûter ce que tu manges, de réaliser que tu étais parti.Tu repars.Je t'ai perdu.Pour la soirée.Tu t'es perdu.Jusqu'à demain.Tu préfères être dans leur monde.Même si c'est des cons.Tu préfères vivre avec eux qu'avec toi-même.De toute façon, on ne vit pas avec soi.On survit.Puisqu'il le faut.Et tu survis.J'attends.Tu grognes.L'écran s'est crevé.Tu te lèves encombré parles restes de ton souper.Se coucher et dormir.Maintenant il n'y a que ça.Tu te débarrasses de la vaisselle.Tu feras ça demain.Comme tout le reste Tu ne vois rien dans le miroir en face de toi.Ton visage lavé n'exprime que le vide du ciment parcouru.Tu dors déjà.Je te couche.La dureté de l'asphalte quitte ton dos.Tes pieds ne sont plus des semelles.Tu t'enterres.Une fois de plus.Différemment.Tu te crées un nouveau monde, de nouveaux personnages.Noir et noirs, doux et doux, frais et frais.Une vitre épaisse te protège.Un écran géant.Et je ne peux pas entrer.Je ne peux pas voir, ni entendre.Tu me repousses.Tu ne veux pas de moi.Parce que là tu veux vivre, parce que tu fais ta vie.Et là c'est plus loin que la télé, plus vaste que le cinéma, plus blanc que la drogue.Je ne peux pas te rejoindre.Là, tu es rentré.Les pieds traînants, la tête vide.Comme d'habitude, o Endophasie: langage intérieur.CÉLINE TRAHAIN B-9D LES ENFANTS TOMBENT Elle, c'est Caroline.C'est mon amie.Elle est dans ma classe.Elle a peur des oiseaux.Elle dit que ce sont eux qui l'ont t'ait tomber du ventre de sa mère.Moi, je dis que ça n'est pas vrai, que les oiseaux ne feraient pas ça.Mais je ne sais pas pou: quoi les enfants tombent du ventre de leur maman.Celle qui s'appelle Fanny dit que c'est comme pour les fruits quand ils sont mûrs.Elle dit que c'est sa mère qui lui a dit ça.Seulement, ça n'explique pas tout.Caroline dit aussi que c'est parce que l'oiseau veut prendre le nid pour ses petits.Alors là, je trouve que ça dépasse toute probabilité.Ça ne peut pas être vrai.Fanny est de mon avis.Mais comme elle n'est pas encore vraiment notre amie.Les enfants tombent du ventre de leur maman qui crie parce qu'elle a peur du grand oiseau.Ça, c'est Caroline qui le dit.D'abord si la maman crie, c'est parce que ça fait mal.ça on le sait.Je dis à Caroline que la question c'est pourquoi les enfants tombent du ventre.pas comment*.Le comment, on le sait: mal.On tombe mal.Tout le monde le dit.Alors les enfants tombent parce qu'ils ne savent pas où ils vont tomber.Fanny et moi, on est pour l'information des avant-nés.On a fondé un club où on en discute.Pour le moment.Caroline ne veut pas en faire partie.Il y a Germain Granger qui veut être dans notre club.Il dit qu'il a des informations intéressantes à nous communiquer si nous le laissons entrer.Il est devant la porte.Fanny dit que le club doit d'abord légiférer.C'est ce qu'elle dit.Et nous sommes d'accord.G.G.s'approche de nous dans la courd'école.Mais nous n'avons pas encore décidé.G.G.dit alors que sa mère est enceinte.Nous le prenons dans notre club.Et Caroline vient aussi.Elle dit avoir inventé toute cette histoire d'oiseau.Nous le savions déjà-Plus tard, nous nous amenons chez la mère de G.G.avec un calepin et des crayons.Elle veut bien répondre à nos questions.Nous commençons: Veut-elle garder en elle son bébé plus longtemps?D'abord elle sourit (elle souriait déjà) puis ouvre pour nous répondre, mais tout à coup, son front devient soucieux.Elle referme la bouche, puis l'ouvre et la referme comme un poisson.C'est à notre tour de froncer la peau entre les deux yeux.G.G.ne fait plus partie de notre club.Nous croyons que sa mère n'est pas enceinte.Aujourd'hui nous avons écrit chacune cinquante-six feuillets d'information destinée aux avant-nés.I Suite à la page 35 ) MARYSE CHOI1NIERE LA VIE EN ROSE / JANVIER 1087 31 POST-SCRIPTUM Tu voulais que je dresse une liste des choses qui t'appartiennent, que tu laisses derrière toi à l'appartement J'y arrive mal.Il y a tant et tant de choses qui sont demeurées après ton départ, tant de choses dont tu ne soupçonnes même pas l'existence.Des choses floues, subtiles et pourtant terriblement présentes, des espaces, des ambiances, des impressions, des odeurs, des sons.Tiens, ta place vide à table, en face de moi, j'aimerais bien te la retourner, ou la remiser dans le hangar.Elle reste fa et là encore, elle s'accroche, elle ne veut pas céder.Même problème avec -ton» côté de lit; je n'en ai plus besoin, prends-le, c'est affreux, tu sais, un côté de lit tout froid.Et puis quelques bouquins, oh! pas nombreux, mais quelques bouquins quand même, que l'on se lisait ensemble, tu te souviens, sur le bord d'un fauteuil ou dans un bain chaud: on échangeait quelques lignes, on se bidonnait.C'était les belles heures.Ils pourrissent maintenant ces bouquins, ils n'ont pas l'habitude des lecteurs uniques.Et puis les murs du salon, tu vois, il faudrait que tu en emportes ta part, parce que les murs du salon depuis que tu n'es plus là.ils sonnent faux, ils ont pris la mauvaise habitude de l'écho, l'écho des pas, des bruits, écho trouble des pièces désertées.Faudrait que tu l'emportes cet écho, parce que moi je n'en ai plus besoin; de toute façon je l'ai certainement en double dans d'autres pièces, et puis je suis bien capable d'en faire moi-même, c'est si facile.Il y a aussi les petits trous dans les murs, ils t'appartiennent sûrement, mais ce n'est pas grave, si tu n'en veux plus je vais y mettre du Polyfilla.sois tranquille, ça va aller.Pour les trous dans mon coeur, dans ma vie, il paraît qu'ils n'ont rien pour ça à la quincaillerie, mais je suis confiante, avec la rapidité de l'évolution du marché, ils vont sûrement trouver quelque chose d'ici quelques mois, un an.un siècle.J'allais oublier les petits carrés vides, dénués de poussière, qui traînent un peu partout, je pense que tu as oublié de les emporter quand tu as empaqueté les objets qui étaient dessus.Tu me feras penser de te les donner la prochaine fois que tu viendras chercher ton courrier à la maison, parce qu'elles sont très fragiles ces petites taches, elles s'estompent tout doucement avec les jours.Le silence aussi, le silence le matin au déjeuner au lieu du bruit et de l'odeur du café, tu peux le garder, il te sera utile quand tu ne voudras pas réveiller ta colocataire.Moi, tu sais, le silence je n'en manque pas, j'en ai des heures et des heures de réserve.Et puis la fraîcheur du lit quand je m'y allonge, ou en pleine nuit souvent quand je me réveille, je peux te la laisser.Non, non.ne refuse pas, pense qu'elle te sera utile la fraîcheur, la nuit, surtout l'été quand il fait si chaud après l'amour.Et puis la noirceur des pièces quand je rentre le soir, et puis l'absen-Si ce.et puis le vide au lieu de l'épaule, le drap au lieu de la chaleur de ta o peau, le grondement du frigo au lieu de la musique de tes battements 5 de coeur, le goût des larmes au lieu de celui des lèvres.L'odeur de < Tide à la place de celle de l'amour.û Tandis que j'y pense, si jamais tu as un peu de temps, tu feras une § mise au point des chandelles de la maison: on dirait qu'elles brûlent z plus lentement depuis ton départ.Je voulais te dire aussi qu'il y avait L P pas mal de taches de sperme qui t'appartenaient, mais voyant que tu «ç ne les emmenais pas, je les ai fait disparaître." Disparue aussi, la date du 6 juin, à mon calendrier.Annulée.L'an-3 née prochaine je passe du 5 au 7 sans m'arrèter. HELENE GAULIN LA VIE EN ROSE / JANVIER 1987 Vous avez besoin d'aide pour établir solidement votre programme de protection et de sécurité financières?Communiquez avec nos experts.Ils sauront vous guider pour bâtir un programme parfaitement adapté à vos besoins.i • Assurance-vie individuelle • REÉR s • Rentes garanties et viagères l • Assurance collective (salaire, maladie, vie) * • Rentes collectives • Planification financière et successorale LA SAUVEGARDE COMPAGNIE D ASSURANCE SUR LA VIE une institution du mouvement j 2 LA VIE EN ROSE / JANVIER 1987 INDEX DES ANNONCEUR-E-S Alcan 59 ICRF 20 Beauchamp, Jobin, Bernadette 45 Guylaine 45 La Cabouse 14 Bertrand, Luce 44 La Sauvegarde 34 Bottin des femmes 56 Les Sages-Femmes Ciel MF 4 Associées 35 Cinémas Unis 48 Librairie Androgyne 14 Chartier, Louise 45 Noël, Denise 44 CSN (secteur des Ou imet, Marie-France 44 communications) 60 Ovarium 22 Dufresne, Denise 44 Parizeau, Delagrave 45 Durand, Irène-Eve 35 Ponton, Lise 45 Elles-Toiles 26 Reeves, Nicole 44 Festival du Jeune Sarrasin, André 51 Cinéma 16 Symposium 53 Filtronique 6 T E F 24 FTQ (Fonds Tremblay, France 44 de solidarité) 2 Université de Montréal Futonnerie 51 (Les Belles Soirées) 17 Gosselin, Hélène 44 Université de Montréal Grenier, Louise 44 (Service d'Animation Highlands Inn 23 culturelle) 52 Houle, Louise 45 Veechi, Caroline 45 10 11 12 LES A ATOUTS ^00 SYMPOSIUM VARIÉTÉ la marée du jour à votre table FRAICHEUR ambiance et service CHALEUREUX À VOUS DEJOUER! rapport qualité/prix AVANTAGEUX 4293 ST-DENIS MONTREAL QUÉBEC 842-0867 10 11 12 HORIZONTALEMENT 1.Première femme aéronaute et parachutiste (1775 1847), introuvable au dictionnaire.sauf au nom de son mari! / En Nouvelle-France, elle était plus isolée en été qu'en hiver.2.Le calendrier de La Vie en rose en était un, l'agenda des Éditions du Remue-ménage le demeure.3.Élément n° 25./ Certaines vérités historiques, quoique relatives aux femmes, ne le sont guère.4.Hareng fraîchement salé./ Courant ici, il ralentit pourtant./ Précède de peu les arts.5.Héroïne médiévale qui aimait boire avec son amant./ Court, à l'endroit comme à l'envers.6.Les femmes le redoutent au 9e mois, les villes tout le temps.7.Condamnée à enfanter dans la douleur, elle eut aussi plusieurs filles./ Reine des Francs, épouse du roi des Burgondes, on l'a dite sainte en plus.8.Ni masculin ni féminin au sud du 47e./ Grande rivière de Suisse, qui rejoint le Rhin.Capitale et légumi-neuse.9 Prononcé par une femme, ce n'est pas du théâtre! / Danseuse et chanteuse orientale.10.Type de savant dont la misogynie est étayée par la religion./ Dans cet empire où les femmes comptaient bien peu, Catherine II s'est cependant distinguée.11.Passera-t-il toujours par une femme?Chevalier, espion, travesti.Fréquentation dangereuse.12.Meilleure en son genre./ Initiales chrétiennes./ Ter- me condamné par l'Académie française, dont se servent pourtant Tintin et Réal D'Amours.VERTICALEMENT 1.Coléoptère dont la femelle luit./ Les jeunes Françaises ont récupéré cette appellation autrefois péjorative.2.Chez plusieurs peuples, ils ont plus d'autorité que leur propre mère! / Si tu le fais, c'est ignoble.Si tu en joues, c'est joli.3.Ne sortent qu'en bandes./ Démonstratif./ Liaison.4.Bonnes actions inaccessibles aux scouts./ A l'image de leur pays./ Fin des bigotes.5.Certain-e-s ne le rompent jamais tout à fait./ Structure préférée des chiens.6.À lui./ Cariatide représentant cette fois un homme.7.Ne pas inhaler! Le danger croît avec l'usage.même pour les anges1 Mâle chauvin et malpropre.8.Clément Ader lui avait donné des ailes de chauve-souris./ Conjonction./ Il reçoit des coups à coeur de jour.9.Spirale herbivore./ C'est lui./ A New York depuis 1945 10.Celle de Médée, comme de beaucoup de femmes avant et après elle, était juste.' Recèle un pouvoir irrésistible.;pour qui y croit.11.Pour l'avoir été dans ses droits, Rosa Becker en est morte./ Médecin tout mêlé.Du ring à l'Islam.12.Prénom de l'inconnue du n° 1.SOLUTION DANS LE PROCHAIN NUMÉRO LUCIE GODBOUT l.\ \ IE EN KOSE / I \\\ IKK l'WT V Allez donc Un weekend de bon air de plein air, ça vous tente?La Vie en Rose vous propose un weekend vacances pour deux, à Tau-berge La Chaumine, à St-Hippolyte! Vous pourriez y aller en mars ou en avril.Ski, randonnée, détente.quelle merveilleuse façon de dire en douce "Bye Bye" à l'hiver! Comment y aller?Il suffit simplement de vous abonner à La Vie en Rose en nous postant la carte-réponse ci-jointe dûment remplie.Vous avez tout à gagner! 11 numéros de La Vie en Rose tous plus intéressants les uns que les autres et livrés à votre porte; une économie pouvant aller jusqu'à 45 % du prix du magazine en kiosque; et, surtout, la chance d'obtenir un weekend vacances pour deux! l.\ \ IE EN ROSE / J\M 1ER 198" prendre l'air! Vous êtes déjà abonné-e?Qu'à cela ne tienne! Vous pouvez aussi profiter de notre concours en abonnant quelqu'un-c que vous aimez bien! La nouvelle personne abonnée et vous-même pourriez alors vous mériter ce weekend de tout repos.Profitez-en vite et remplissez dès aujourd'hui notre carte-réponse. \ lire?ANNIE JOHN, Jamaica Kincaid, traduit de l'américain par Dominique Peters, Éd.Belfond, Paris, 1986, 168 p., 19,95 $.Finaliste du Prix Paris Ritz Hemingway 86 aux côtés de Marguerite Duras et de Carlos Fuentes, l'auteure a été saluée par la presse américaine qui a découvert en elle «un poète de l'enfance».L'histoire qu'elle nous raconte est celle d'un paradis perdu à travers le difficile passage de l'enfance à l'adolescence.LES YEUX BLEUS COMME CHEVEUX NOIRS, Mar guérite Duras, Éd.de Minuit, Paris, 1986, 160 p., 13,95$.«C'est l'histoire d'un amour, le plus grand et le plus terrifiant qu'il m'a été donné d'écrire.Je le sais.On le sait pour soi.» À PROPOS DE MAUDE, Lise Hérou, VLB Éditeur, Montréal, 1986, 86 p., 8,95 $.En dépit de nombreux obstacles, deux femmes tentent de préserver une relation intime entretenue des années durant.TERRORISTES D'AMOUR, suivi de JOURNAL D'UNE FICTION, Carole David, VLB Éditeur, Montréal, 1986,104 p., 9,95$.Un livre extrême, emporté par la colère, le refus, le besoin de séduire jusqu'au bout et de dire ce qui est refoulé, entre la vie et la mort, c'est-à-dire ces existences brisées qui n'ont pas de nom.L'ÉCRAN BRISÉ, Louise Frechette, Éd.de La pleine lune, Montréal, 1986, 148 p., 12,95 $.Trois personnages se rencontrent et se transforment, happés par le jeu du langage et de ses sous-entendus.TEXTES ET ESSAIS CLARA, Jacqueline Dery-Mochon, Éd.Tryptique, Montréal, 1986, 84 p.Une femme sans âge, sans nom, sans autre lieu que celui des mots, naît à l'écriture.Elle extrait du tiroir de l'oubli certains souvenirs qu'elle pare de mots pour les mieux faire revivre.Récit en demi-teintes d'une écriture traversée par d'autres écritures — écritures d'hommes, écritures de femmes, belles écritures.Poésie d'une écriture qui se déroule, qui se dépouille, dans l'attente d'une saison nouvelle à apprendre.LA CITÉ DES DAMES, Christine de Pizan, traduit et présenté par Thérèse Moreau et Éric Hicks, Éd.Stock, Paris, 1986, 293 p.Née à Venise en 1364, Christi- ne de Pizan serait «le premier auteur» de la littérature française.Championne de son sexe, elle dénonce la misogynie courante à son époque, en particulier dans les milieux cléricaux.La Cité des Dames couronne son oeuvre féministe.Cet ouvrage apparaît capital pour l'histoire des femmes et pour la pensée occidentale à l'aube des temps modernes.OLYMPE DE GOUGES, Oeuvres présentées par Benoîte Groult, Éd.Mercure de France, Paris, 1986, 238 p., 41,50$.Olympe de Gouges mérite la reconnaissance des femmes pour avoir été la première en France, en 1751, à formuler une « Déclaration des droits de la femme» et pour avoir revendiqué toutes les libertés.Mor te sur l'échafaud en 1793, elle n'a jamais rien cédé par rapport à ses principes.En éditant une anthologie de ses oeuvres, Benoîte Groult apporte une contribution magistrale à la réhabilitation d'une femme hors du commun et d'une auteure importante de la fin du XVIIIe siècle.FEMMES ET MATHÉMATIQUE, ouvrage collectif sous la direction de Louise Lafortune, Éd.du Remue-ménage, Montréal, 1986, 264 p., 13,95$.Issu du colloque «Femmes et Mathématique» organisé en juin 1986 par le Mouvement international pour les femmes et l'enseignement de la mathématique, ce livre apporte des éléments de réponse à plusieurs questions dont celle-ci: d'où vient l'idée que les femmes ne peuvent réussir aussi bien que les hommes en mathématique?L'EXPÉRIENCE SEXUELLE DES FEMMES, Sheila Kit-linger, Éd.du Seuil, Paris, 1986, 383 p., traduit de l'anglais par Marie-France de Paloméra, 29,95 $.Une sociologue-anthropologue anglaise s'intéresse à «ces femmes qui ne vivent pas leur sexualité en terme de performance, comme bien des hommes, mais la situent dans la continuité de la vie».Un guide où le sexe n'est jamais séparé du sentiment du corps.POÉSIE GERMINATION, Diane Elle, Éd.Qui, Montréal, 1986,1986,110 p., 10$.Poésie-témoignage d'une vie qui se raconte par le cri, le silence, l'angoisse de la naissance et celle de la mort.Une réflexion s'élabore.Un portrait se dessine.JOHA NNE L ESS A RD Association des femmes daffaires du Québec Le réseau d'échanges et de contacts par excellence indispensable à l'atteinte du plein succès.r vous déménagez \ • Collez ici l'étiquette portant • votre ancienne adresse et • votre numéro d'abonnée Nouvelle adresse Nom_ Adresse Ville_ Code Postal N° d'abonnée___ SVP Faire parvenir ce formulaire a : La Vie en rose, 3963 St-Denis, Montréal.QC, H2W2M4 B9TTIN DES FEMMES Un instrument de promotion hors-pair vendu en kiosques, à travers le Québec.tél.: (514) 845-4281 i.\ \ u.i;\ kom; / jAisviKK l'mr Répétant DJUNA BARNES, de gauche à droite: Jean-François Blanchard (penchél, Jacques Allard, Claude Poissant, Nicole Leblanc et la metteure en scène Louise Laprade THÉÂTRE Le Théâtre expérimental des femmes présente du 22 janvier au 22 février trois courtes pièces de Djuna Barnes, LA COLOMBE et AUX ABYSSES, traduction de Michèle Causse, et TROIS FILS DE LA TERRE, traduction de Louise Ladouceur.Du mardi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 15 h.Rés.: (514) 271-5381.Du 21 janvier au 7 mars, le théâtre du Café de la Place présente TCHEKHOV, TCHEKHOVA, une pièce écrite par François Nocher en collaboration avec Francine Berge, qui relate l'histoire du célèbre auteur russe Anton Tchékhov et de son interprète géniale, Olga Knipper.Avec Gilbert Sicotte et Patricia No-lin.Mise en scène: Yves Desgagnés.Du mardi au samedi à 20 h.Rés.: (514)285-4273.Le théâtre de la Licorne présente du 8 janvier au 14 février LA 7° PARTIE, écrite par Yves Allaire et produite par Les Productions de la Ligne bleue Inc.au 2075, rue Saint-Laurent.Du mardi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 20 h.Rés.: (514)843-4166.DANSE La première mondiale de MONTRÉAL DANSE, une nouvelle compagnie de création et de tournée qui recevra des chorégraphes parmi les plus actuel-le-s, aura lieu au Centre national des arts, à Ottawa, les 26 et 27 janvier à 20 h.Montréal Danse donnera une représentation à la Place des Arts le 3 mars à 20 h.Inf.: (514)845-2031.EXPOSITION Du 9 janvier au 7 février, deux artistes en textiles, Aga-netha Dyck du Manitoba et Lee Baie de l'Alberta exposent leurs oeuvres à la galerie du CENTRE DES ARTS VISUELS, sous le thème «Cas- À si ivre «4P» ques et robes».Au 350, avenue Victoria, Montréal.Heures d'ouverture: du mardi au vendredi, de 10 h à 18 h, le samedi, de 10 h à 17 h.Inf.: (514)488-9559.Pauline Tourangeau, peintre autodidacte, expose cinq dessins muraux à la MAISON DE LA CULTURE DE VILLE-RAY, au 6707, rue Delorimier, Montréal, du 9 janvier au 1er février.Ouvert du mardi au jeudi, entre 13 h et 20 h, et du vendredi au dimanche, entre 13 h et 17 h.L'entrée est libre.Elle exposera ensuite au Centre culturel de Sherbrooke, situé à l'Université de Sherbrooke, du 15 février au 15 mars.Info.: (819)821-7742.Le Regroupement des garderies du Montréal métropolitain a produit un livre-cassette à caractère multiculturel, conçu pour les enfants de deux à douze ans.J'HABITE UNE PLANÈTE présente 18 chansons en français et 12 chansons provenant d'autres communautés, chacune interprétée dans sa langue d'origine et accompagnée de la traduction française dans un livre abondamment illustré.Distribué par les Éditions Etudes vi- vantes, il est disponible en librairie au coût de 14 $.Au cours du mois de janvier, l'ONF met à l'affiche les films de femmes suivants.Les 3, 4, 10, 11 et 31 janvier: AH! VOUS DIRAI-JE MAMAN, film d'animation qui évoque les grands moments de la vie d'une mère, et SONIA, où la maladie d'Alzheimer vient tragiquement bouleverser le quotidien d'une mère et de sa fille.Le 15 janvier, trois documentaires nous montrent combien cette pauvre paix est écorchée: LA BOMBE EN BONUS, RETOUR À DRESDEN et LES ENFANTS DE LA GUERRE.Les 17 et 18 janvier, GUERRIÈRES: sur le monde fictif, ce film présente certaines revendications féministes.Le 21 janvier, LE FILM D'ARIANE et HISTOIRE A SUIVRE.nous parlent de la femme dans la société québécoise.Et le 22 janvier, trois documentaires de la série SE DÉBATTRE traitent de la violence conjugale.Au complexe Guy-Favreau, 200, boulevard Dorchester Ouest, Montréal (métro Place d'Armes), à 19 h et21 h.Prix d'entrée: 2$.Inf.: (514)283-8229.ST«i-p FÊUUrJiSTEE M IRA TflLftRKEîAO il ~X>o\~r MftiMTe.AJi'MUT-MOM 3>ES iw^i'v/i'jpocejs.LA \ IK KIN ROSE / JANVIER I'm: 99 Tête-à-tête, de Ralph Burdman, traduit par Jean-Louis Roux, au Café de la Place des arts, avec Monique Mercure et Gabriel Gascon.En reprise du 5 au 10, puis du 12 au 15 janvier.Sans le savoir, moi qui avais pris rendez-vous avec Sartre et de Beauvoir, c'est avec Simone et Jean-Paul que j'ai partagé ce dernier repas.Il est aveugle, fragile, mourant.Parce qu'il refuse toute médication, il lui reste quatre jours à vivre.Elle n'en sait rien.Alors il la protège, jouant les gamins rieurs et les grandes personnes rêveuses, versant par moments dans les rires gras et la trivialité, délaissant l'écoute du solennel Stabat Mater de Pergolèse pour fredonner Les Feuilles mortes.Elle ne veut pas comprendre ce qui se passe, lui lit les journaux, l'entraîne dans une pro fonde discussion philosophique mais, pour lui plaire, l'espace d'un instant, consent à mâcher avec lui de la gomme «balloune» dont ils font ensemble de grosses bulles roses et transparentes, consent aussi à partager un corps à corps amoureux, une danse, un fou rire, un château en Espagne.Et puis, elle apprend, elle sait.Et c'est la même révolte que dans Une mort très douce où elle crie son refus de la séparation et du départ de ceux qui ont contribué à modifier le le sens mê me de la vie.Des morts inutiles.Sur la table donc, pas de fleurs Quelques fruits et les couverts de tous les jours.L'auteur en cela a respecté avec une tendresse infinie le regard même de Simone sur les choses et sur ses amours.De Jean-Paul, elle n'a pas aimé l'image ou l'idole, mais Cou DE pOUDRE 'homme.Et cet homme, je l'ai aimé aussi, pour la première fois.J'ai communié avec lui, j'ai bu en cachet te avec lui, je me suis faite sa complice de si près que j'ai presque senti sur ma joue le picotement de sa barbe négligée.Quant à Simone, fidèle à elle-même, simple, dépouillée d'artifices, constante, forte, geulanteet enturbannée, je lui en ai presque voulu par mo- ments de ne pas ouvrir les bras et faire silence.Mais cette mort de Sartre dont chacun sait qu'elle fut longue et pénible, m'est devenue par la magie et le mensonge du théâtre presque légère.L'imagination était enfin au pouvoir dans la discrétion, la finesse, l'intelligence.Grâce à l'auteur bien sûr, mais aussi au traducteur Jean-Louis Roux qui a choisi un sujet à la mesure de son raffinement intellectuel et émotif.Grâce aussi et beaucoup à Gabriel Gascon dont j'avais gardé le souvenir d'un interprète quelque peu superficiel, au mollet léger et aux subtilités rares.Incroyable mais vrai, le comédien costaud, jeune, qui ne ressemble pas plus à Sartre qu'un samouraï à un haricot, réussit le miracle.Dans le petit geste qui touche, le sourire moqueur, l'expression de la peur et la conscience de sa précarité.Quant à Monique Mercure, qui n'a pas le beau rôle — la chaleur venant presque toute de lui — elle réincarne Simone, dans sa rage et sa passion, avec une troublante vérité.Voilà donc la réalité transcendée, transformée sans doute, mais devenue plus vraie que vraie.Au fond, c'est un peu comme ça que je veux mourir.Simplement, «facilement».Avec, à mes côtés, infiniment présente et furieuse, la personne que j'aime. FRANCINE MONTPETIT TÊTE-A TÊTE: Monique Mercure et Gabriel Gascon A LITE DE MILLER, publicité télévisée de la brasserie O'Keefe.Je ne touche plus à la Lite de Miller depuis que trois has been s'abrutissent à m'en vanter les mérites au nom de la Brasserie O'Keefe tous les soirs à la télé.Trois clams comme on dit dans le Bas-du-fleuve.Rappelons que ce petit chef-d'oeuvre conçu par l'agence Kaledon met en scène l'ancien joueur de hockey Henri Richard et l'ex-tennisman Roland Godin; en sortant du court, raquette sous le bras, ils commandent une light au barman Jean-Guy Talbot, ex-Canadien: «Comment tu l'trouves, mon smash?» Dans l'appréhension d'être ravalée au rang des intellos torturées buveuses de Black Label ou pis encore, de Lo-wenbraù ou de Heineken, j'avais stoïquement fermé les yeux sur Donnez-y la claque.Laurentide, et soigneusement passé l'éponge sur Tu l'as l'affaire, Si t'en veux une vraie, le Club des Débrouillards 50, jusqu'à l'Heure de la Mill-Heure.Mais là, suffit! Je laisse enfin couler ma colère, mon indignation, pour tout vous dire: mon envie de tuer, moi habituellement si douce.Mon envie de tuer, dis je, devant cet incroyable magma de bêtise, suante et bedonnante, ce nivellement par le bas — de la ceinture —, ce retour au paléolithique, tendre époque où Vhomo erectus devait lui aussi, après sa chasse au mammouth, écraser en se délectant sa cannette de lite de sa grosse main velue.Je vous ferai grâce de savante analy se sur les sté réotypes grossiers -pauvres «hommes nouveaux que véhicule cette publicité et sur la vision d'une débilité absolue dans laquelle elle nous cloître tous et toutes autant que nous soyons.Je vous épargnerai aussi mes réflexions sur le niveau de responsabilité sociale et morale qui transpire des thèses ainsi défendues par nos richissis-mes brasseries.Tout ça dans le but d'élargir le marché de la légère aux «cols bleus», m'a-t-on expliqué dans les hautes sphères de l'industrie brassicole.Parce que c'est bien connu, actuellement seules les natures faibles et les «intellectualisants», en un mot les «cols blancs», boivent de la légère.Au Québec, cette broue émasculée n'atteint qu'un maigre 6 ou 7% du marché.Alors que dans le reste de l'Amérique du Nord, le segment du marché réservé à la légère frise les 40%.Donc, pour inciter les récalcitrantes d'ici à ingurgiter son produit, O'Keefe a imaginé ce bijou de message — d'ailleurs calqué sur une pub américaine non moins raffinée — qui tient à une équation bien simple: y a pas juste les femmes et les tapettes qui boivent de la Lite de Miller.Même Brutus, Goliath, le méchant Yéti et les Gants dorés en boivent.La recette est élémentaire: faire vendre cette bière de «fiff» par des matamores, à côté desquels Mad Dog lui-même à l'air d'une ballerine.«Tout le monde n'aime pas l'opéra, madame», a-t-on rétorqué devant mes emportements et mes considérations «élitistes».C'est vrai que la publicité de la Lite de Miller s'adresse — où avais-je la tête?— au Hell's qui sommeille en chacune de nous. MONIQUE DURAND LA \ IE EN HOSE / JANVIEli 1987 CEQ • (418) 658-5711 CSN • (514) 598-2155 FTQ • (514) 527-8533 UPA • (514) 679-0530
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