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Titre :
La vie en rose
La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un ton critique et avec humour. [...]

Publiée à Montréal de 1980 à 1987, La Vie en rose est, pendant cette période, le principal magazine féministe québécois. Le premier numéro, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose propose, pour contrer le discours ambiant post-féministe et justifier sa pertinence et son combat, de repenser, de renouveler et de redéployer le féminisme. Pour ce faire, La Vie en rose donne au féminisme une image enjouée, évite le dogmatisme et favorise une variété de perspectives. Cette volonté de rassemblement des féministes permet une ouverture intergénérationnelle et encourage la réflexion.

Le magazine jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes : les articles traitent presque exclusivement de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine. Revue indépendante, La Vie en rose tient mordicus à l'autonomie, qu'elle revendique aussi sous toutes ses formes pour les femmes québécoises.

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, de livres et de pièces de théâtre), le magazine propose des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme ou les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence DesRochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie le nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), que l'équipe de La Vie en rose cherche à ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et de photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Cette revue demeure encore aujourd'hui parmi les plus importantes de la presse alternative québécoise.

BERGERON, Marie-Andrée, « La Vie en rose (1980-1987) - Construction rhétorique d'un leadership », Globe - Revue internationale d'études québécoises, vol. 14, no

DES RIVIÈRES, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) - Un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol. 8 no

Éditeur :
  • Montréal :Productions des années 80,1980-1987
Contenu spécifique :
novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

La vie en rose, 1986, Collections de BAnQ.

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Du partage des tâches au partage des pouvoirs Préoccupées d'obtenir la reconnaissance du travail accompli et une meilleure qualité de vie, les agricultrices s'interrogent et posent les mêmes gestes que leurs consoeurs associées à divers domaines d'activités.Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec considère qu'elles jouent un rôle essentiel dans le développement de l'agriculture québécoise et est heureux de s'associer à leurs démarches.Gouvernement du Quebec Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation Québec n n a n ROSE SOMMAIRE 46 MUSIQUE NOVEMBRE 1986 NO.40 Photo originale de Suzanne Langevin, une montréalaise.culottée, revenue depuis peu de Californie.4 ÉDITO Second début Françoise Guénette 6 COURRIER 8 L'ACTUALITÉ VUE PAR.Le terrorisme des salauds Marie Cardinal 9 CHRONIQUE DÉLINQUANTE Y a-t-il un but dans la salle?Hélène Pedneault 10 ACTUEL La vraie nature de Pro-vie Louise Bessette 12 CONTROVERSÉ Badinter, pour ou contre?Françoise Guénette 14 BRÈVES Louise Bessette 18 PRÉVU 21 ENQUETE Maladies Transmises Sexuellement: MORTELLES POUR LA VIE AMOUREUSE?Carole Beaulieu Nous n'en mourons pas, mais nous en sommes presque toutes frappées, un lour ou l'autre: les MTS et leurs compli cations nous gâchent la santé, la vie, l'amour À qui la faute7 Comment riposter?27 SONDAGE LES MTS ONT-ELLES CHANGÉ VOTRE VIE?Lise Moisan, Bureau d'études socio-graphiques 30 REPORTAGE ANTHROPOLOGIE: LÉVI-STRAUSS PERD DU TERRAIN Monique de Gramont, Gloria Escomel 35 INTERNATIONAL LE DUR LOBOLO DES MOZAMBICAINES Martine Jacot Représailles sud-africaines, mort accidentelle (?l du président Samora Ma chel, famine et guerre civile.Le sort s'acharne sur le Mozambique.Les fem mes, là-dedans.38 INTIME ET POLITIQUE ON N'A PLUS LA POLICE QU'ON AVAIT Jovette Marchessault Ça cogne à la porte en pleine nuit, on ouvre.et on se retrouve un mois plus tard avec une voisine en moins et un ami en plus Et quel ami! 45 BEST-SELLER Télé Quatre Saisons, oui et non Christine Eddie, Danielle Fiset LE RETOUR DES CHANTEUSES À COFFRE ETÀ CONTENU Hélène Pedneault L'automne est à elles: en spectacle ou sur disque, Louise Forestier, Marie Claire Séguin, Geneviève Paris et Sylvie Tremblay reviennent en force.Dans quel état et pour dire quoi?55 LITTÉRATURE Clémence: période rose-bleu-vert Gloria Escomel 57 THÉÂTRE Les monstres de la porno Lucie Villeneuve 59 FLASHES 63 LES CASES DE TANTE LUCIE 64 A SUIVRE 65 À LIRE?66 COUP DE FOUDRE La Médée d'Euripide Line McMurray COUP DE POING Tenue de soirée Hélène Pedneault LA VIE EN ROSE/NOVEMBRE l\ KMBRK I'M, des naissances Ville-Marie fait circuler une pétition demandant au ministère de l'Éducation d'évaluer le film et de publier ses conclusions.Et un autre film américain, La Réponse au cri muet, de contre-propagande cette fois-ci, sera bientôt disponible en français.Un nouveau volet s'ajoute à la stratégie des Pro-vie: apporter la «réponse sociale» à un «problème social».Si la majorité des avortements sont accordés pour des raisons psycho-sociales, il faut offrir des ressources aux femmes enceintes en difficulté.Les Chevaliers de Colomb auraient déjà investi 200 000 $ dans une maison d'accueil à Saint-Eustache.Et lors de leur congrès d'avril dernier, chaque conseil local des C.de C.s'est engagé à s'impliquer dans sa région, «pour la défense de la vie et de la famille», dans les conseils d'administration des CLSC et les services de prévention et d'aide aux femmes enceintes en difficulté.L'organisme provincial, lui, prévoit faire pression et organiser un lobby auprès du gouvernement québécois pour qu'il développe ce genre de programme dans les CLSC.LVR: Qui retrouvait-on à «Vie et politique»?MD'A: Cette session de formation était une première, non réservée exclusivement aux membres.Bien sur, il y avait une majorité de militant-e-s actif-ve-s en région: huit du Saguenay Lac-Saint-Jean, les autres de la région de Sainte-Thérèse, de Québec, de Hull, de la Côte-Nord et de la Beauce, mais aussi quelques nouveaux, recrutés probablement dans des organismes satellites comme Serena ou certains mouvements familiaux.Au total, une quarantaine de femmes parmi 60 personnes, des femmes à la maison, mères et parfois grands-mères, des médecins, des infirmières, quelques prêtres, moyenne d'âge: 45 à 50 ans.LVR: Et quelle «formation politique» ont-elles reçue?MD'A: Plusieurs conférenciers sont intervenus durant la fin de semaine: un biologiste, des médecins, des moralistes et des éthiciens pour le respect de la vie.Un panel, le plus important, portait sur les stratégies politiques.En vedette: Mme Lavoie-Gordon a parlé de la tournée de sensibilisation; Gilles Charron, de Sainte-Thérèse, de la fermeture d'un service d'avortement dans un CLSC; et Her-mance Arsenault, coordonnatrice de la Coalition pour la vie-Saguenay Lac-Saint-Jean, de la mise sur pied d'une coalition régionale.LVR: On perçoit souvent les mouvements Pro-vie et Coalition pour la vie-Québec comme des organismes forts, bien organisés, bien financés.Est-ce ton évaluation?MD'A: Ce qui m'a étonnée, c'est que les militantes Pro-vie ont exactement la même perception des Pro-choix.Discutant en assemblée générale de la possibilité d'avoir des fonds gouvernementaux, une intervenante craignait d'essuyer un refus comme les Real Women.Conclusion: «De l'argent, il n'y en a que pour les féministes! Les députés ne reçoivent pas tout ce qu'on leur envoie, il suffit qu'une secrétaire féministe mette la main là-dessus et le jette à la poubelle.Les féministes sont fortes, bien organisées, il n'y en a que pour elles!» Autre surprise: en plus d'estimer que le pouvoir d'influence du mouvement féministe est très (trop) fort, les Pro-vie se perçoivent comme des minoritaires, des marginaux, tout en prétendant que la majorité silencieuse est derrière eux3.Ils se disent absents du pouvoir, n'ayant pas suffisamment d'alliés politiques, médicaux et.religieux.Car l'Église, particulièrement, les déçoit.Ils espéraient que les paroisses soient nombreuses à faire signer leur pétition.À Québec, 64 paroisses sur 294 l'on fait; à Montréal, 30 sur 280.Le membership de la Coalition me semble assez restreint.Sa capacité de mobilisation, c'est autre chose.Elle agit dans six et bientôt huit régions.Je ne dirais pas que c'est «gros, énorme, très organisé», mais c'est efficace.Un petit noyau actif — 14 personnes à Aima, par exemple — suffit à mener tout un branle-bas de combat.Quant au financement, les gens de la Coalition sont extrêmement discrets.Ils viennent de demander l'incorporation d'une Société pour le droit à la vie, apte à émettre des reçus de charité, et veulent recueillir 100 000 $ en souscriptions publiques.C'est petit, 100 000 $, c'est des peanuts! Ils peuvent bien sûr compter sur du bénévolat, comme celui du procureur Duchesne, mais pour une grande campagne de mobilisation de l'opinion publique, c'est peu.Ça donne un ordre de grandeur.LVR: L'Église les finance-t-elle, comme plusieurs le pensent?MD'A: Non, pas Coalition pour la vie-Québec.L'Église ne finance que les mouvements d'éducation.La Conférence des évêques catholiques du Canada, par exemple, soutient les organismes nationaux, et certains diocèses appuient ceux de leur région.LVR: Quels seront les arguments de poids dans la bataille de l'opinion publique?MD'A: Ce qui m'inquiète, c'est la récupération du discours féministe.Dans leur discours, on s'élève, par exemple, contre le fait que les médecins fassent de l'argent avec la pose de stérilets.On dénonce la contraception «dure» qui rend les femmes sexuellement disponibles en tout temps et déresponsabilise les hommes.On considère que l'avortement est une décision trop grave pour qu'un comité d'avortement thérapeutique en juge en dix minutes.Madame Lavoie-Gordon va jusqu'à conclure: «les personnes qui se disent féministes, celles qui veulent réellement défendre les intérêts des femmes, devront réajuster leur tir: l'avortement est une violence faite aux femmes.» Alors, apparaît très nettement la parenté avec le discours des Real Women.Dans les deux cas, on met le doigt sur des problèmes réels: la surexploitation des femmes sur le marché du travail, la non-reconnaissance du travail au foyer, le pouvoir que la profession médicale s'est arrogé sur les femmes.D'une même voix, on reproche aux féministes de s'être trompées de chemin, d'avoir contribué à détériorer, plutôt qu'à améliorer la condition des femmes.D'un commun accord, on propose le retour à une famille forte, pour une société forte.C'est le lien sacré des trois F: foetus-famille-fondement de la civilisation chrétienne.On prétend travailler davantage pour les femmes que les féministes, en développant des services pour les femmes enceintes en difficulté, en rendant possible l'adoption.Les militantes Pro-vie prétendront-elles bientôt être non seulement les «vraies femmes» mais aussi les «vraies féministes»?1.Le 1er octobre, la Cour supérieure du district d'Alma rejetait la requête en injonction, déposée par un membre de la Coalition pour la vie-Saguenay Lac Saint-Jean, visant à empêcher le CLSC Le Norois d'implanter un service d'interruption de grossesse.Le 12 septembre, le procureur général Herbert Marx interrompait la poursuite pour avortement illégal contre le médecin montréalais Yvan Macchabée.2.Martine D'Amours, «Pro-vie: la guerre sainte», dans la revue Vie Ouvrière, novembre 86.3.Selon le récent sondage Sorecom-Le Point, 55% de la population québécoise est en accord avec la possibilité de services d'avortement sur demande.CAMÉLÉON 161 rue St-Paul est Montréal, Que.H2Y 1Z5 878-1250 / 282-9201 LA VIE EN ROSE/NOVEMBRE l'>W> BADINTER, POUR OU CONTRE?La venue d'Elisabeth Badinter au Québec, fin septembre, n'est pas passée exactement inaperçue.On lut l'auteure de L'un est l'autre dans Le Devoir1, on la vit répondre placidement, à l'émission Le Point, aux questions tièdes de panelistes visiblement impressionnés par le calme, l'amabilité et le charme discret de cette philosophe française.Le lundi 29 septembre, devant une salle hyper-comble de la Bibliothèque nationale, elle résumait ses propos: «Nous sommes en train de bâtir un modèle de rapports de sexes original, jamais vu: la mixité des rôles.(.) Oui, le patriarcat est mort puisque ses trois fondements, la division asymétrique des tâches, le contrôle de la fécondité des femmes et l'échange des femmes, sont sapés.Les femmes maîtrisent désormais leur fécondité, par exemple: un homme doit demander à une femme l'autorisation d'être père et inversement, une femme peut faire un enfant sans que le père le sache.(.) Je sais que le patriarcat a des soubresauts viva-ces, que l'échelle salariale est inégalitai-re, que tout dépend des conditions socio-économico-culturelles.Mais une telle mutation prend du temps.Entre la mort idéologique d'un modèle et l'implantation du suivant, il s'écoule des décennies.Le modèle de l'amour maternel, en France, a mis 100 ans à s'imposer.» Plus tard, Badinter devait s'étonner que si peu d'hommes exercent leur droit à la paternité, en exigeant par exemple la garde de leurs enfants au moment de la séparation.Une femme, mère «monoparentale» de quatre enfants, rétorqua au micro qu'elle se sentait plus prisonnière de sa maternité qu'en position de pouvoir, et que ce «pouvoir-là», les hommes n'en veulent pas vraiment.«Vous réservez votre compassion aux femmes, lui répondit Badinter.Statistiquement, vous avez raison.Mais je suis de plus en plus gênée de cette appellation collective, les hommes.Maintenant, il y a des catégories d'hommes.À côté des absents, il y a les autres.» Ce qui lui valut une autre salve d'applaudissements nourris.Pour elle, le slogan féministe des an- nées 70, «Nous voulons l'égalité dans la différence», était impossible dans ses termes mêmes.«Si on insiste sur la différence, on arrive à l'exclusion: on est égaux mais que les Arabes restent chez eux! Il est donc plus utile de revendiquer l'égalité d'abord et on y parvient en insistant sur les ressemblances entre humains, plutôt que sur les différences.» Comment ne pas être séduite par un discours aussi compréhensible, généreux, humaniste?Et qui tranche tellement avec le propos revendicateur, réaliste, critique, plus noir que rose, des féministes d'ici.Et puis «les visionnaires sont si rares», disait Francine en sortant de la salle.Moi, je regrettais que les femmes entendues quelques jours plus tôt n'aient pas été là pour contester un peu Badinter.au risque d'avoir le mauvais rôle.Car le vendredi précédent, à l'UQAM, à l'initiative du Groupe interdisciplinaire de recherche et d'enseignement féministes (GIERF), cinq universitaires critiquaient sévèrement L 'un est l'autre, devant un amphithéâtre plein et apparemment unanime, en l'absence de Badinter qui avait refusé la confrontation.De l'anthropologue Chantal Collard à la psychanalyste Lise Monette, en passant par les sociologues Danielle Juteau, Francine Descarries et Roch Hurtubise, et disant «préférer ce qui est à ce qui devrait être», toutes reprochèrent à Badinter une théorie utopiste et culturaliste, une «vision Disneyworld des relations hommes-femmes», une théorie aux prémisses anthropologiques, psychologiques ou sociologiques mal fondées et aux effets peut-être dangereux.Une théorie séduisante, disent-elles, mais qui va à rencontre de tous les faits sociaux actuellement observables et qui occulte le vécu concret de la majorité des femmes, même occidentales.Par exemple, expliqua Descarries, Badinter prétend, pour invoquer la mort du patriarcat, qu'on assiste depuis 15 ans à un partage plus égalitaire du travail.C'est faux, trois quarts des travailleuses québécoises meublent les ghettos d'emploi.s'appauvrissent et voient leur travail se précariser (temps partiel); la nouvelle répartition n'a pas aboli mais renforcé la division sexuelle du travail.Badinter prétend que les travaux domestiques et l'élevage des enfants sont désormais dé-sexualisés.Faux: les hommes ne les assument encore qu'irrégulièrement ou mi-nimalement.Badinter prétend que les femmes contrôlent davantage leur fécondité.Faux: elles subissent les problèmes réels liés à la contraception, les pressions anti-avortement de la droite et, déjà, les effets des nouvelles technologies de la reproduction.La plupart des interventions de la salle allèrent dans le même sens, soulevant le danger du modèle de ressemblance proposé par Badinter: «Pourquoi ce livre a-t-il un tel succès en France?Parce qu'il ne dérange pas mais arrange, conforte le patriarcat et consacre le post-féminisme: tout est acquis, les luttes sont dépassées.» Pourtant, répliqua l'une, «la droite ne veut pas non plus de l'androgy-nie et réagit aussi mal que les historiens, il y a quelques années, à la thèse de Badinter sur l'amour maternel!» Alors, que penser?Démobilisatrice ou non, la philosophe?Dangereuse, en cette ère de condamnation facile du féminisme revendicateur?Ou intéressante parce qu'offrant une «utopie nécessaire», une vision inédite d'un avenir que nous «pensons» peu, coincées par les urgences du quotidien?^ Le même vendredi, le GIERF lançait deux livres.L'École des femmes, un recueil de textes sur les étudiantes adultes à l'université, réunis par Liliane Goulet et Lyne Kurtzman.Et puis Maternité en mouvement, sur les femmes, la re/pro-duction et les hommes de science, coédi-té par les Presses universitaires de Grenoble et Albert Saint-Martin.La Québécoise Louise Vandelac a collaboré à cet ouvrage collectif de chercheures françaises, pertinent à l'heure où la maternité se : trouve «programmée, sur mesure, de location ou de substitution, et les mères porteuses, u-térines, ovulates ou sociales.» O 1.Voir, dans LVR de septembre 1986, «L'ave nir androgyne d'Elisabeth Badinter», une entrevue de Diane Tremblay.FRANÇOISE GUÉNETTE 12 l,\ \ IE EN ROSE/NOVEMBRE I'M, vous envoie promener.(voir page 50) BrèveS EAL WOMEN LANCE ET COMPTE! Women's Place, un groupe de références d'Ottawa, a subi les foudres du nouveau conseil municipal, à la suite des pressions de Real Women: son budget de 80 000$ aété amputé de moitié, le 17 septembre dernier.Auprès de la Ville, Real Women a soutenu que ses membres refusaient de financer, à même leurs taxes, un groupe qui réfère des femmes vers des services d'avortement et de surcroît très ouvert aux lesbiennes.RW s'est trouvé en terrain propice parmi les nouveaux conseillers conservateurs qui contestent la nécessité des organismes sociaux et leur financement public.Women's Place a été mis sur pied sur 'incitation de l'ex-mairesse néodémocrate Marion Dewar, afin de combler le manque de services municipaux ''^d'information, de références et de coun- selling pour les femmes.Un sondage avait montré que 80% des organismes de la région appuyaient l'initiative.Grâce à une subvention municipale de démarrage de 150 000$, l'organisme offrait, depuis janvier 86, ses services en français et en anglais, chose rare dans l'Outaouais on-tarien, et comptait 580 membres.Les 1 200 appels (majoritairement) favorables au centre et la cinquantaine de lettres d'appui d'organismes de la région n'ont pas changé l'idée du maire James Durrell.«Il y a un problème majeur, quand la visite de quelques femmes de Real Women a plus de poids qu'un millier d'appels», souligne Antoinette Gagné, de Women's Place.La diminution de moitié du personnel et la baisse des services pénaliseront les femmes ou-taouaises, celles-là mêmes que Real Women prétend défendre.MANON CORNELLIER ÉMINISME IS BUSINESS | Que va répondre Monique Gagnon-Tremblay, ministre déléguée à la Condition féminine, au cri pressant et unanime des groupes de femmes en péril financier?Sa rencontre avec les regroupements provinciaux, le 10 novembre, risque de ranimer le débat suscité par ses interrogations publiques sur le financement et l'utilité des groupes de femmes, lors de sa récente tournée en région.La recommandation du Conseil du statut de la femme — de reconnaître officiellement les groupes de services et leur accorder un financement adéquat et stable en respectant leur autonomie — ajoute aux pressions.Début septembre, la ministre déclarait que le gouvernement Bourassa n'avait pas d'argent pour financer tous les groupes de femmes mis sur pied à l'aide des programmes fédéraux de création d'emplois, et qu'il s'apprêtait à analyser parcimonieusement les sommes accordées, avec la volonté de subventionner les «groupes rentables» de façon à combler les «vrais besoins» des femmes.Elle ajoutait trouver en région un discours plus «réaliste», moins «méfiant» que celui tenu par «les filles de Montréal», les repré- sentantes des organismes provinciaux.Les réactions de la FFQ, de l'AFEAS, de l'Association des familles monoparentales, etc., n'ont pas tardé.La Fédération des femmes du Québec l'a prise au mot: «Les femmes sont prêtes à parler rentabilité.Elles aiment les entreprises fructueuses, les résultats rapides et ne peuvent qu'accueillir favorablement votre aide à devenir plus efficaces.» L'Association des familles monoparentales a clairement indiqué qu'elle ne voulait pas d'une ministre «inspecteur, enquêteur, délateur», les boubous-macoutes d'un autre ministère étant déjà de trop.La situation n'est-elle pas assez claire?I I I.A VIK EN ROSE/NOVEMBRE \.Devant cette ou ces maladies, choisissez les deux énoncés qui décrivent le mieux ce que vous avez éprouvé.I I Je me suis senli-e anxieux-se Je nie sui> >enti-e concerné-e par le bien-être de mon/ma/mes partenaires.J'ai été en colère Je nie suis senli-e impuissant-e I Je me suis senti-e indifférent-e J ai eu peur J ai voulu nier cette réalité I 1 Je nie suis senti-e révolté-e I 1 Je me suis senti-e dégoûté-e I ] Je me suis senti-e sali-e (>.Et quelles furent vos réactions immédiates?(Il 1 NO"N J ai dû révéler une relation clandestine à mon/nia n ?partenaire régulier-e J • n avais plus le goût de faire 1 amour LJ ?J ai caché cette maladie à nion/ma/mes partenaires n ?J ai caché cette maladie à nia famille et à mes n ?ami-e-s ?J ai refusé de nie faire soigner 1 ai cessé toute activité sexuelle pendant la durée ?de l'infection T.Quel énoncé décrit le mieux l'impact de cette ou ces maladies sur vos relations avec votre ou vos partenaires se\uel-le-s?I I Aucun impact Cela a créé un froid entre nous Cela a provoqué la rupture de la relation Ceil non- a rapproché-e-s un pnl Cela nous a permis de beaucoup approfondir notre relation vutre.spécifier.:__ 13.Quels services avez-vous déjà consultés pour prévenir ou pour traiter des MTS?I 1 Aucun service Médecin en bureau privé ?CLSC l Département de santé communautaire ?Centre hospitalier ?Centre de planning des naissances ?Centre de santé des femmes ?Autre, spécifiez:_ Si vous avez consulté, avez-vous été 1.très satis-fait-e.2.satisfait-e, 3.insatisfait-e.4.très insatisfait-e.de ces servi- Accueil du personnel infirmier 1 Accueil du personnel médical 1 Qualité du diagnostic 1 Qualité de l'information donnée I Efficacité du traitement 1 Qualité du suivi avec vous I Qualité du suivi avec votre ou vos partenaires 1 11.Etes-vous 1.très en accord, 2.en accord, 3.en désaccord.4.très en désaccord avec les énoncés suivants?Le personnel infirmier a évité tout jugement 12 3 4 moral négatif sur ma situation et mes pratiques sexuelles Le personnel médical a évité tout jugement 12 3 4 moral négatif sur ma situation et mes pratiques sexuelles On a respecté la confidentialité des 12 3 4 informations que j'ai fournies Après avoir suivi le traitement, je me suis 12 3 4 senti-e complètement guéri-e Quel est votre sexe?Femme H Homme 2.Et votre orientation sexuelle?1 Hétérosexuel-le ?Homosexuel-le (gai.lesbiennel ?Bisexuel-le 3.Combien de partenaires de chaque sexe avez-vous eus au cours des deux dernières années?I 1 Hommes_ I I Femmes_ 14.Toujours depuis deux ans, avez-vous eu des relations sexuelles avec un-e ou des.?Prostitué-e-s?Etrangér-e-s?I).Quel est votre âge?_ l(i.Et votre origine ethnique?Canadienne-française ?Canadienne-anglaise ?Autre, spécifiez:_ 17.A quelle religion vous identifiez-vous?I ! Aucune I I Catholique Protestante I I Autre, spécifiez:_ IK.Quelle région du Québec ou du pays habitez-vous?Région de Montréal Région de Québec Kstrie Centre du Québec iManricie.Bois-Francs, Drummondv ill*?I Ouest du Québec lOutaouais.Abitibil Saguenay.Lac Saint-Jean Bas-du-fleuve Gaspésie.Côte-Nord Laurentides Autre, spécifiez: _- I I I I J U C] Merci de votre collaboration.I.Kl merci à Donna < Iherniak.médecin, pour ses précieux conseils techniques.2K IV \ IH KN ROSK M>\ EMBUE I'M. Flex Amande, blanc, noir, rouge, bleu, rose, mauve 39,95$ Les nouveaux téléphones en vente chez Bell Canada: des modèles de toute première qualité qui conjuguent esthétisme et fonctionnalité.Passez les voir à une Téléboutique ou à un comptoir Bell.Marathon 210 Ivoire 59,95$ L'efficacité passe par Bell 4S* 4 éf+ 1 Diamond Blanc, noir, jaune, gris, rouge 79,95$ Italia Blanc, noir, jaune, gris, roùge 64,95$ Bell ANTHROPOLOGIE Pour le masoto des hommes, cette femme achuar travaille plus de trois heures par jour.LÉVI-STRAUSS PERD DU TERR La «science de l'homme» est menacée de perdre ses oeillères: désormais, des femmes anthropologues étudient la société, primitive ou actuelle, et réinterprètent Lévi-Strauss et les autres.M MONIQUE DE GRAMONT C'eut un homme, le professeurQuadrepugesqui, le premier, en \H7i7i.a utilisé le mot anthropologie sur des affiches annonçant son limits.Et, pour bien préciser, il a ajouté «ou histoire naturelle de l'homme».Désormais baptisée, la nouvelle science de l'humanité s'est rapidement développée et divisée en diverses branches: anthropologie ethnographique, ethnologique, préhistorique, zoolo-giqnc.somatique.linguistique, criminelle, médicale et archéologique.Etre anthropologue consiste à étudier un aspect précis (les modes de vie d'une société.Loin de travailler retiré-e dans sa tour d'ivoire, l'anthropologue s'installe au milieu des gens qu'il-elle compte observer et il-elle participe à la v ie de la communauté.Cela s'appelle faire un terrain.L'entreprise ne s'improv ise pas.L'anthropologue lit et assimile tout ce qui a déjà été écrit sur le peuple, la tribu ou le thème qu'il-elle a choisi.Il-elle doit, en général, apprendre la langue ou le dialecte utilisé dans la région où il-elle va se retrouver, seul-e ou avec des collègues, pour quelques semaines, quelques mois, voire une année; se familiariser avec les coutumes, les rituels afin de ne pas commettre d'impair.Le terrain, ça peut être une lointaine tribu de I \mazonie OU un coin perdu du continent africain.Mais ça peut aussi être les immigré-e-s dans son pays OU le CLSC de son quartier.Depuis que Broca a fondé la première société d'anthropologie en I8.V).des milliers de recherches et (le terrains ont été effectués.L'anthropologie a-t-elle tenu compte de l'existence des femmes au cours de ces enquêtes?Partout où les hommes anthropologues sont allés, il y avait des lemmes.Pourquoi en ont-ils si peu parlé.' l)ans plusieurs tribus, la chose est connue, les hommes n'ont pas le droit de parler, voire de regarder les femmes.Encore moins de pénétrer dans leurs quartiers.Si le chercheur est accompagné de son épouse, il peut espérer recueillir par elle certains renseignements; il peut aussi essayer de questionner un homme de la tribu.Mais les informations qu'il obtient alors se trouvent forcément filtrées par la pensée et la vision d'un homme.avec les conséquences que l'on peut imaginer.Des hommes anthropologues ont longuement étudié les moeurs et les activités d'une tribu de chasseurs-cueilleurs.les Buchiman Ion en a d'ailleurs fait un film: Man the Hunter).Des femmes, il n'est quasi pas question.Comme l'a demandé l'anthropologue américaine Sally Slocum: «Que faisaient donc les femmes Buchiman pendant que les hommes étaient à la chasse?» Dans une autre très belle étude sur la tribu des Bororo, le réputé Claude Lévi-Strauss écrit: «Le village entier partit le lendemain dans une trentaine de pirogues, nous laissant seuls avec les femmes et les enfants dans leurs maisons abandonnées, i L'image est troublante: on a l'impression que les femmes arrêtent de respirer et le village entier d'exister à la minute même où les hommes partent chasser.Les hommes anthropologues présentent leurs travaux comme s'il s'agissait d'études de sociétés dans leur globalité.«Mais en vérité, ils ne parlent que de la seule réalité des hommes», soutient Françoise Braun, anthropologue et chargée de cours au département d'anthropologie de l'Université de Montréal.«Cette réalité dev ient pour eux la norme et les femmes y sont en marge.Ils ont le droit d'agir ainsi, mais il leur faudrait spécifier qu'ils décrivent l'univers des hommes et non celui de l'ensemble de la société.En conséquence, ce qu'ils rapportent n'est pas faux, mais partiel.» Réjouissons-nous: la réalité des femmes commence tout de même à émerger des ténèbres et les travaux des femmes anthropologues éclairent d'un jour différent ceux de leurs collègues masculins.Ainsi une équipe de chercheures — un homme et plusieurs femmes —- est retournée chez les Buchiman dans le but de regarder vivre les femmes.Elle a découvert que même si cette société v a-lorise beaucoup la chasse, 80% de toute la nourriture consommée provient du seul travail des femmes, comme c'est le cas dans la plupart des autres tribus de chasseurs-cueilleurs.comme ce fut presque toujours le cas.affirme l'anthropologue américaine Helen Fisher1 dans un livre récent, La Stratégie du sexe (Éditions ( lalmann-Lévy I: « La théorie longtemps défendue de l'homme primitif comme soutien de famille n'a aucun sens.Depuis des temps immémoriaux, les femmes sont les principales pourvoyeuses de l'alimentation générale.» Suffirait-il donc d'étudier davantage les femmes pour obtenir un certain équilibre dans la vision d'un terrain?Françoise Braun est sceptique: « Les hommes anthropologues ont parlé des femmes dans certaines de leurs études.Ils commettent parfois un petit chapitre sur elles qu'ils glissent entre les poules et les rites religieux.Mais justement, de quelle manière ont-ils parlé, sous quel point de vue?Les hommes anthropologues qui ne voient pas de problèmes dans les rapports hommes-femmes au sein de leur propre société peuvent difficilement en voir ailleurs dans d'autres sociétés.Au fond, ce n'est pas qu'ils ne veulent pas voir le point de \ ne des femmes, c'est qu'ils ne peuvent pas! » Hélène Valentini, anthropologue d'origine française installée au Québec depuis quelques années, partage ce point de vue: «Un chercheur observe toujours les comportements des autres à partir de la place qu'il occupe dans sa propre société.Comme l'homme et la femme n'ont pas le même statut dans la société, ce qu'ils vont faire ou rapporter sera déterminé pas leur appartenance.Cela paraît très théorique, mais j'ai pu le vérifier sur le terrain.» Appelée en 1983 à se joindre à une équipe déjà engagée dans une recherche sur les Achuars.une tribu de l'Amazonie péruvienne.Hélène Valentini, avant de partir, étudie avec soin les recommandations et les données de ses ci illègues: «( tal me prév ient qu'il y a chez les Achuars plusieurs rituels assez rigides.Il existe par exemple une façon d'arriver dans une maison, de s'asseoir, d'accepter un bol de masato.une boisson de manioc fermenté.Et je devrai, bien sûr, respecter ces rites.On me demande aussi de me présenter comme l'épouse d'un des anthropologues de l'équipe parce que.m'affirme-t-on.les Achuars seraient choqués de voir arriver une femme avec un homme sans qu'elle soit son épouse.On m'expli-que enfin que la société des Achuars est égalitaire.que les femmes AcTûuî^^rnTïemimiipcï^ sein de la tribu et qu'elfes or la main haute, entre autre, sur la boisson Ile masatoI.«Une fois sur place, au fil des semaines, j'ai pu me rendre compte que la réalité était tout autre.Oui, effectivement, il v a des rite-, mais beaucoup moins importants pour les femmes que pour les hommes.Oui.les Achuars m'ont acceptée comme l'épouse de.mais ils étaient parfaitement capables de saisir que notre société ne fonctionnait pas comme la leur.En fait, ce qui leur paraît bizarre chez une femme n'est pas tant le fait de ne pas avoir d'homme que celui de ne pas avoir d'enfant.D'ailleurs, il y a chez eux des femmes qui vivent seules au village.«J'en arrive à la fameuse égalité au sein de la tribu et au prétendu pouvoir des femmes sur les hommes, à cause du masato.Les femmes Achuars sont les principales responsables de la production alimentaire et domestique.Elles assurent quotidiennement l'entretien des enfants et du mari.Levées les premières, elles raniment le feu, elles préparent le thé.Le premier service de masato débute dès le lever du soleil.Cette boisson est très im portante pour les hommes Achuars; elle ponctue toutes leurs activités.Chacun en absorbe plusieurs gallons par jour.«La femme Achuar doit cultiver le manioc, le cueillir, le laver, l'éplucher, ce qui lui demande environ trois heures de travail quotidien.Une besogne fatigante, dure, routinière effectuée en plein soleil ou sous des pluies torrentielles.Puis il lui faut cuire le manioc, le piler, en mastiquer une certaine partie (ce sont les bouchées enrobées de salive qui permettent la macération I.Enfin il lui faut servir le masato plusieurs fois par jour, aussi souvent que | l'homme le lui demande; cette tâche aussi requiert de trois à quatre heures de travail par jour.« Lorsque l'homme part à la chasse, ou lorsqu'il va travailler à la construction d'une maison, c'est lui qui décide si elle doit le suivre; auquel cas, les activités de la femme passent au second plan.Elle devra mettre les bouchées doubles au retour pour s'occuper du jardin, des enfants, des repas.On le voit, presque toute l'organisation | du temps des femmes dépend des activités des hommes.«Pendant mon séjour chez les Achuars.je n'ai jamais vu une femme refuser de servir le masato à un homme.Les femmes sont-elles aussi bien traitées?j'ai des raisons d'en douter: une femme m'a confié qu'il v av ait dans un des villages plusieurs femmes battues par leur mari et même des cas de rapt.Vous voyez.selon qu'on est homme ou femme, on a une vision très différente de la réalité.Quant à cette histoire de contrôle du masato par les femmes, elle me paraît curieuse: d'accord, les hommes ne fabriquent pas, ne servent pas le masato; mais ils utilisent quotidiennement le temps et le corps des femmes, comme outils pour y avoir accès.Alors qui contrôle qui?» Mais ce n'est pas parce qu'on est une femme qu'on va nécessairement observer une réalité du point de vue des femmes.Françi use Braun rappelle que des femmes anthropologues ont, par exemple, décrit les mutilations sexuelles lablation du clitoris, infibulationl subies encore aujourd'hui par quelques millions de femmes, comme un rite de passage assimilé à la circoncision.Discours exactement semblable à celui de la plupart des hommes anthropologues, encore maintenant, sous prétexte qu'il faut regarder ces pratiques dans leur aspect symbolique seulement.« Le reste ne nous regarde pas», disent-ils.Et que fait-on de la souffrance des femmes?«Le jour où des anthropologues féministes ont analysé les mutilations sexuelles au-delà de leur aspect symbolique, elles ont mis] en évidence la différence qu'il y a entre circoncision et mutilation sur les plans physique, psychologique, médical et politique.L'Organisation mondiale de la Santé et l'ONU.qui considéraient jusqu'alors acceptables les mutilations sexuelles féminines, ont finalement compris la gravité des conséquences.sans pour autant les | faire cesser.» Deirdre Meintel, une anthropologue d'origine californienne, est actuellement professeure adjointe à l'Université de Montréal.Désireusede faire un terrain seule, elle a vécu plusd'un an dans un petit archipel de l'Atlantique, à plus de 000 km du Sénégal.Selon elle, les hommes anthropologues sont de plus en plus conscients de l'importance de la réalité des femmes dans leurs travaux et certains commencent à s'intéresser aux rapport hommes-femmes.El-1 le raconte: «Il y a plusieurs années.Malinovvski.un très célèbreI anthropologue, est allé étudier les habitants des îles Trobriand.I Quelques années plus tard, une femme anthropologue, Annette Weiner, y est allée aussi.A son retour, elle a publié un livre qui a fait beaucoup jaser la communauté anthropologique.La Richesse des femmes ou comment l'es;>rit vient aux hommes (Editions du Seuil, 1976)où elle apporte un point de vue différent de Malinow-ski.«Elle a constaté que les femmes ont un certain type de pouvoir dans cette société trobriandaise.lié aux rites mortuaires, explique Deirdre Meintel.Les femmes de ces îles organisent seules la distribution des biens des morts en utilisant le réseau de la parenté; elles accèdent ainsi à une richesse, à un pouvoir non négligeable, mais qui n'est pas celui des hommes.» Malinovvski n'avait v u.lui.que le pouvoir des hommes.et la beauté exotique des femmes! Depuis que les femmes anthropologues ont entrepris de transformer la science de l'homme, on observe un changement bénéfique dans les écrits.«Tout récemment, des anthropologues ont démontré qu'un programme de développement en Tunisie a eu des conséquences très différentes pour les deux sexes, rapporte Deirdre Meintel.Certaines régions enregistraient une augmentation du produit national brut — ce qui faisait dire que le programme était un succès — mais le niveau de scolarité des filles y baissait.Les pères av aient retiré les filles des écoles — mais pas les garçons — pour les faire trav ailler et accroître ainsi la production ! En réalité, le programme s'était avéré nocif pour les femmes.» Depuis quelques années, les hommes s'intéressent plus qu'avant aux travaux des femmes anthropologues.Certains les trouvent d'ailleurs si remarquables qu'ils n'hésitent pas à les.récupérer.Des femmes anthropologues de trois universités ont confirmé la réalité de ces «vols» intellectuels (mais dans l'anonymat, par crainte de représaillesl.Plusieurs anthropologues hommes s'intéressent depuis peu, selon elles, à des questions développées par des femmes: la pornographie, la maternité, la fertilité.Elles estiment qu'ils en ont évidemment le droit, mais elles souhaiteraient que leurs collègues tiennent compte des travaux des femmes.sans pillage scientifique, et qu'en général ils respectent et soutiennent les travaux des chercheures.Un jour, cela donnera peut-être ceci: «Le lendemain, les hommes partirent à la chasse dans une trentaine de pirogues.Dans le x illage.les femmes se mirent à la besogne.Il leur fallait sarcler, cueillir les noix, les fruits, les racines, faire provision d'eau, cou- dre, cuisiner, faire de la poterie, s'occuper des enfants, pêcher, mettre de l'ordre dans les cases, répartir les réserves.Ainsi, quand les hommes reviendraient, repus d'aventure, avec ou sans gibier, ils auraient à manger, à boire et à se vêtir dans un village vivant et agréable».Sans rancune, monsieur Lévi-Strauss.Ss^» I.Helen Kislier est vice-présidente de la section d'anthropologie de l'Académie des sciences de New York et chercheure à la New School for Social Research.ETRE ANTHROPOLOGUE ET FEMME «La réussite de Margaret M.ad et de Ruth Benedict donne peut-être l'impression que les femmes peuvent facilement faire carrière en anthropologie.Ce n'est pas le cas.et ces deux illustres chercheures sont des exceptions», déclare madame Meintel.Celles qui veulent faire de la recherche — des organismes privés ou publics et des gouvernements accordent des contrats — doivent avoir une maîtrise (deux années d'études après le bacl.«Mais celles < 111 i veulent faire une carrière universitaire doivent obtenir un doctorat», affirme la spé- cialiste.Même alors, les postes réguliers n'abondent guère.Madame Meintel en a trouvé un après 11 ans de tra-vaux par contrats.Le salaire de base annuel est alors d'environ 30 000$.Dans toute l'Amérique du Nord, rappelle-t-elle.les femmes sont depuis longtemps majoritaires au niveau du bac.Depuis quelques années, elles terminent davantage leur maîtrise.Actuellement, près de ô(l% des étudiants en maîtrise à l'Université de Montréal sont des femmes, tandis qu'au doctorat, elles ne forment que 33% des effectifs.de réduction SUR TOUS NOS LIVRES FORMAT DE POCHE iSiiDooo ancien • futons ® coussins 15 bases en érable ou melamine ® paravents lampes ® grand choix de tissu TuToHiA LA QUALITE AUX PRIX ABORDABLES ! 3933a St.Denis, Mtl.843 4739 220 Laurier 0., Mtl.270 8175 5860 St.Hubert, Mtl.271 5489 DH kGENCE DU LIVRE LIBRNRIE UNIVERSITNRE 1246 rue St-Denis — Montréal, Que.H2X 3J6 — Tél.: 844-6896 I \ \ IK h\ ROSK/N\ KM MU.I'ihi, Comment expliquer cette désertion?«Quand on atteint le doctorat, on change de statut: d'élève on devient collègue et lu compétition commence à jouer», explique madame Meintel.Sa collègue Françoise Braun ajoute: «Quand on arrive dans un réseau de professionnels, on a besoin d'avoir des modèles, et aussi de soutien, de complicité.Or le réseau actuel est constitué d'hommes.Il n'y a pas assez de femmes professeures pour nous ouvrir les portes.De plus, les jurys formés pour octroyer des subventions, distribuer des bourses, annoncer des nominations, sont habituellement composés d'hommes — uniquement ou majoritairement.Et ces hommes, évidemment, choisissent d'autres hommes! Un exemple parmi d'autres: cette année, l'Association canadienne française pour l'avancement des sciences I -VCFASl a décerné huit prix; sept sont allés à des hommes,.un à une femme.Et c'était une première! » Pierrette Désy, présidente sortante de la Société canadienne d'ethnologie ISCEI, professeure à l'UQAM, est tout à fait d'accord avec Meintel et Braun: «Beaucoup de femmes ont une formation anthropologique, au Québec, mais celles qui peuvent exercer le métier, ou qui ont des postes universitaires réguliers ne sont qu'une quinzaine.Les autres ont des bourses de recherches indépendantes, restent chargées de cours.ou finissent par travailler dans un autre secteur! Au Canada, il y a une femme anthropologue pour trois hommes dans les niveaux supérieurs (chargées de cours ou professeuresI.Au sein de la SCE.il s'est formé un réseau de 1551 femmes qui enquête actuellement sur le statut, les tendances à l'embauche, le traitement réservé aux recherches des femmes et la discrimination.«Malheureusement, les anthropologues francopoho-nes ont peu répondu, jusqu'à présent, aux questionnaires envoyés par le réseau.Et pourtant, nous savons que c'est au Québec qu'elles ont le plus de difficultés.«Quant aux champs de recherches des femmes, d'après les réponses reçues, ils couvrent surtout la condition des femmes ou les relations hommes-femmes, mais j'aurais tendance à nuancer ce portrait.En réalité, beaucoup d entre elles travaillent aus-i sur d'autres sujets, ce qui est une bonne façon de faire avancer la vision féministe en anthropologie.Par exemple, quandje travaille sur la notion de captiv ité ( Indiens captifs et Blancs captifs), il est évident que je ne peux pas éluder les Indiennes captives, et que je wiis la question non plus sous un angle "guerrier", mais plus largement social, où le sort réservé aux femmes est intégré dans son ensemble culturel.» \ oi< i.pour finir, quelques recherches féministes menées au Québec.Carmen Lambert iMcGill): femmes indiennes dans les régions urbaines du Québec.Mariette Gobeil (Laval): femmes latino-américaines.Élise Massicotte (Université de MontréalI: santé des femmes aymara en Boli-vie.Suzanne Gérin-Lajoie (UdeMl: relations entre hommes et femmes en Guadeloupe.Irène Demczuk (UdeMl: impact des microtechnologies sur les travailleuses québécoises.Françoise Braun (UdeMl: historique du concept de matriarcat dans une perspective féministe, MONIQUE DE GRAMONT GLORIA ESCOMEL Ever Thomas Le viol du silence m ^ m ^ i A foutes celles qui ont connu la prison de l'inceste, pour que nos voix se mêlent 1 mm Comment s'est-elle retrouvée dans le grand lit conjugal avec cet homme qu'elle ne reconnaissait plus?Pourquoi n'a-t-elle pas crié?Pourquoi, pourquoi s'est-elle laissé faire?Il lui faudra près de trente ans pour vivre jusqu'au bout l'horreur de cette nuit-là.Un témoignage bouleversant.AUBIER Diffusion flammarion LA VIE EN ROSE/NOVEMBRE l'WO 34 LE DUR LOBOLO DESMOZAMBICAINES Dernière heure: le 19 octobre, le président du Mozambique Samora Machel meurt dans l'écrasement accidentel ( ?) de son avion.On soupçonne l'Afrique du Sud.À la mi-octobre, l'Afrique du Sud expulsait 60 000 travailleurs immigrés mozambicains.Le Mozambique était ainsi le premier des pav s de la «ligne de front1 » à subir les représailles de Pretoria, nu fur et à mesure de l'extension des sanctions économiques imposées par les pays occidentaux au régime de l'apartheid.Pour le g< uivernement de Maputo, le coup est dur: 30 millions $ de moins en devises par an, alors que la famine se poursuit et que la guérilla reprend l'offensive.Comme tous les pays d Afrique australe, le Mozambique — ancienne colonie portugaise, indépendante depuis 1975 — estl'otage économique, politique, voire militaire de son puissant voisin du Sud-Ouest.L'Afrique du Sud fournit notamment une bonne partie de son électricité à ce petit pays de 13,7 millions d'habitant-e-s 11 million à Maputo, la capitaleI, au bord de la banqueroute, sa production agricole et industrielle effondrée, sa population décimée par une sécheresse qui, depuis 1982, a fait plus de 100 000 morts.Pour expulser tout Mozambicain d'Afrique du Sud, Pieter Botha accuse le gouvernement socialiste du président Samora Madid d'abriter encore les forces de l'ANC (Congrès national africain! et du SAPC (Parti communiste sud-africainI, tous deux interdits en Afrique du Sud — comme il avait aidé il y a dix ans les guérilleros qui combattaient le régime blanc de la Rhodésie.Les Rhodésiensd'Ian Smith avaient alors répliqué en suscitant, eu sol mozambicain, la création du MNR (Mouvement national de résistance I, composé surtout de mercenaires et d'anciens colons portugais et dirigé contre le régime de Maputo.Après l'indépendance de la Rhodésie, devenue Zimbabwe en 1980, l'Afrique du Sud.incapable de supporter l'existence d'un gouvernement de gauche à ses frontières, a pris la relève des Rhodésiens pour armer, soutenir et financer les milliers de membres du MNR.D'autant plus que Pretoria n'a pas renoncé à disposer librement des ressources naturelles et des ports mozambicains.Le MNR n'a ni doctrine ni programme politique.Son seul objectif est de déstabiliser le pays en s'attaquant à un maximum de cibles économiques: chemins de fer, routes, lignes électriques, usines, récoltes, etc.Ces attentats, plus mortels d'une année à l'autre, obligent le gouvernement à consacrer le tiers du budget g national à la défense et à la sécurité.El malgré la signature en ^ mars 1984 des Accords de Nkomati, un pacte de non-agression en-2 tre Pretoria et Maputo, les Sud-africains continuent de soutenir le l MNR.5 Famine, guerre civ ile, représailles économiques: voilà une toile 5 de fond qui rend l'émancipation des femmes — une visée avouée o du socialiste Samora Machel — difficile à réaliser.D'autant plus o que les traditions africaines s'ajoutent aux priorités politiques et a.économiques.MARTINE JACOT Le lobolo, c'est la dot à l'envers, une coutume très largement répandue au Mozambique et dans les tribus patriarcales d'Afrique noire.Même Nelson Mandela, le leader emprisonné du Congrès national africain, a scrupuleusement respecté cette tradition lorsqu'il a épousé sa femme Winnie à la fin des années 50.Le prétendant, généralement dans la force de l'âge voire vieillissant, qui désire prendre épouse, doit remettre à ses futurs beaux-parents de l'argent et/ou des animaux, des bijoux et des biens de consommation divers, avant de pouvoir convoler avec l'élue de son choix.Cette dot à l'envers Ha dot, en Occident, recouvrait les biens qu'une femme apportait au couple! s'insérait autrefois dans une tradition sociale et culturelle dévalorisante pour la femme, mais cohérente.Depuis l'arrivée des colonisateurs (portugais au Mozambique et véritablement installés à partir du XIXe siècle!, depuis surtout la généralisation des échanges monétaires y compris dans les tribus les plus reculées, le lobolo est devenu prétexte à des surenchères purement mercantiles.Aujourd'hui, les parents de la fiancée peuvent exiger des sommes atteignant 50 000 méticais I plus de 1 500 dollars! en plus de divers biens de consommation et têtes de bétail.Cette somme représente environ 15 fois le salaire mensuel d'un manoeuvre et au minimum 20 fois les revenus d'un paysan: la population de ce pays en guerre depuis près de 20 ans.durement touché par la sécheresse et la famine, est pavsanne à 85%.Par désir ou par besoin urgent, les parents ont tendance à vouloir cette dot de plus en plus tôt et finissent par voir dans leurs filles une source de revenus indispensables.Plusieurs femmes éprouvent une fierté proportionnelle au montant du lobolo.Plus on paye cher, plus elles ont l'impression qu'elles seront traitées avec da-v antage de considération.Le parti marxiste-léniniste Frelimo, au pouvoir depuis 1975, année où les Portugais ont été boutés hors de leur colonie, voit d'un mauvais oeil ce type d'excès aux relents parfaitement capitalistes.De plus, le Frelimo est toujours apparu, dans ses discours au moins, soucieux de lutter pour l'égalité des femmes.Dès son congrès de formation en 1962, le Frelimo (Front de libération du Mozambique, devenu parti unique) se fixait comme objectif «la promotion par tous les moyens du développement social et culturel de la femme mozambicaine».«Capitaliste» et inégalitaire: on pouvait donc s'attendre à ce que le lobolo soit politiquement combattu.Justement, l'Organisation de la femme mozambicaine ll'OMN.la branche «femmes» du Frelimo) se réunissait en novembre 1984 dans la capitale.Maputo, pour «élaborer une stratégie d'émancipation» et discuter des principaux obstacles à surmonter: «la dot, les rites d'initiation, la polygamie, la prostitution, le mariage précoce, l'adultère et le concubinage».Mais les centaines de femmes rassemblées à cette conférence inaugurée par le Président Samora Machel en personne, se sont finalement contentées de constater.que personne n'était d accord sur la question de la dot.Certaines prônaient son maintien, d'autres son abolition pure et simple.Chacune s'étant néanmoins ralliée à une condamnation de la «dimension commerciale» du lobolo.plusieurs ont proposé un prix fixe maximum, pour limiter les dégâts.Et les discussions se sont arrêtées là.I \ \ Il I \ ItdSI \o\ r.MItKr.l'iWi Ridicule?Dérisoire?Comique?Scandaleux?On pourrait se limiter à ces jugements de valeur, du haut de nos «acquis» occidentaux.C'est d'ailleurs ce que les Africaines reprochent, ajuste titre, à leurs consoeurs du Nord.Par crainte de ces opinions tranchantes, les Mozambicain-e-s ne fournissent souvent qu'une seule et vague réponse aux questions trop «blanches» des rares voyageurs en transit: «C'est compliqué, très compliqué à expliquer.» Machine arrière toute.Le lobolo est une sorte d'épreuve: le prétendant a su gagner certains biens vitaux Ianimaux, par exemple!, il s'est montré capable d'autonomie vis-à-vis de sa propre famille, il a su travailler.C'est donc qu'il saura faire vivre son foyer dans un pays où tant d'enfants et d'adultes meurent de faim, de malnutrition, de maladies, etc.Dans ce système, un homme trop pauvre pour payer un lobolo même minime n'a aucune chance de se marier.On lui refuse en quelque sorte le droit de faire des miséreux.Or, dans les sociétés traditionnelles, chaque individu est foncièrement destiné à se marier, à moins d'être physiquement ou mentalement handicapé.Aujourd'hui encore, les célibataires, surtout les femmes, sont rares et vaguement considéré-e-s comme des raté-e-s, des asociaux-ales ou des «drop out».Ne pas se marier signifie en effet ne pas avoir d'enfants et donc se condamner à mort.( Hï trouvera-t-on les bras pour cultiver la terre?Qui prendra soin de soi la vieillesse et l'impotence venues?Personne ou presque.Enfin, le mariage est une affaire communautaire.On ne marie pas tant deux individus que deux familles, qui se connaissent souvent et qui veulent défendre leur statut.La famille, qui a préservé sa cohésion, est toujours l'entité de base aux niveaux spirituel, social, économique et culturel.A partir de 11 ou 12 ans, toute l'éducation reçue par les adolescent-e-s est tournée vers la préparation à cette vie de futur-e époux ou épouse, où chacun-e a un rôle bien défini.Autrefois, la femme devait se préparer à cultiver la terre et élever ses enfants, l'homme à chasser et à pêcher.Le côté sexuel des rites d'initiation mettait et met encore en valeur le plaisir de l'homme et la soumission passive de la femme.Les parents, oncles et tantes des enfants se chargeaient de cet apprentissage.Si un mariage «battait de l'aile», c'était leur honneur à tous qui était enjeu.L'intervention des parents proches dans la vie du couple, à titre d'aîné-e-sdoué-e-s de sagesse, très fréquente, visait à sauver à tout prix la cohésion du couple.Dans un tel système, l'émancipation des femmes est évidemment loin de trouver son compte.Parfois promise dès sa naissance à un homme en général plus âgé qu'elle, une femme n'a pas toujours son mot à dire sur le choix de son compagnon, encore moins dans les décisions du foyer.Elle est élevée dans un total esprit de soumission à l'autorité de son mari, parfois assez riche pour payer plusieurs lobolos correspondant à autant d'autres épouses.S'il meurt — cas fréquent vu qu'il est plus âgé — il arrive souvent qu'on impose à la veuve un proche parent du défunt, pour que les enfants et les biens du mari décédé demeurent au sein de la même famille.Ce système social prévaut encore largement dans les campagnes.Dans les villes, sa remise en question trop rapide provoque de nouveaux fléaux: augmentation alarmante du nombre des mères célibataires, pratiquement inexistantes auparavant, accentuation de la polygamie (les hommes qui viennent travailler en ville ont une femme à la campagne et une autre, qui n'a rien d'officiel et pour laquelle ils n 'ont pas payé de lobolo, à la ville I, mariages précoces «forcés» et apparition de la prostitution, surtout en période de famine.Imaginez, cas fréquent, une adolescente qui débarque en ville pour poursuivre ses études d'infirmière, par exemple (quoique ces dernières écoles soient remplies à 75% d'hommes-'!.«C'est pour elle un véritable choc culturel.Elle ne connaît pas grand-monde, elle a très peu d'argent, vit dans des conditions souvent très difficiles et surtout, elles ne sait rien des choses de la vie; sans les références à son milieu familial, elle se sent absolument perdue», explique une enseignante, coopérante canadienne, qui avoue finalement son impuissance à assurer cet aspect de la formation de ses élèves.Elle-même doit trop se débattre pour organiser ses cours sans matériel, sans livres, sans cahiers, sans stylos.Pénuries et guerre obligent.Mais que passe un bel Apollon au coeur tendre et voilà cette adolescente enceinte.Inutile de parler de contraception, même dans les villes.Pas la moindre trace d'une campagne publique de sensibilisation: sans doute, en partie, parce que le gouvernement a Les Éditions Fayard dont les collections Histoire et Musique sont vendues en librairie.36 LA VIE EN ROSE/NOVEMBRE l besoin d'hommes pour peupler son armée et combattre la guérilla.Avec son bébé sur les bras, la mère célibataire devient une véritable honte familiale, surtout si le père refuse de l'épouser.Les histoires de ce type abondent dans les villes, impliquant parfois des mauvais sorts jetés par le sorcier familial aux pères fautifs et des démêlés violents.Que peut vouloir dire la notion d'indépendance, d'émancip t-tion dans un tel contexte?Partout, dans les campagnes, à la limite des zones urbaines, sur le moindre terrain vague des villes, on ne voit que des femmes travaillant péniblement la terre, leur bambin attaché à leur dos, pilant laborieusement le mil ou le manioc avec de lourds bâtons.Elles n'ont pas le choix.Il n'y a rien à acheter dans les magasins, presque rien dans les marchés.Où sont les hommes?, se demande-t-on.Ils travaillent, ou ils chôment, ou ils sont à l'armée.Ils sont surtout en pleine crise d'identité.Leur rôle traditionnel (chasse et pêche) a été bouleversé par la colonisation :les Portugais ont raflé, dans les villages, tous les bras v aillants pour cultiver le coton des grandes exploitations ou pour extraire l'or des mines d'Afrique du Sud.Pendant leur absence, due à ces réquisitions, à la guerre d'indépendance, à la guerre tout court, ce sont les femmes qui ont assumé toutes les tâches.«Si vous me prenez ma femme pour qu'elle aille à des réunions, il faut m en donner une autre ».rapporte Michèle Manceaux dans son livre Les Femmes du Mozambique.Une phrase qui dit tout de l'attitude des hommes à l'égard de l'émancipation des femmes.Bafouer la tradition sociale et familiale exige un courage quasi surhumain, au risque d'être complètement rejetée.Un isolement souvent insupportable.Le divorce, par exemple, est très mal vu partout, même dans les rangs du parti, qui le considère comme «un facteur de déstabilisation sociale».Odetta, une métis, privilégiée au sens où elle a pu finir l'équivalent de son secondaire puis étudier le secrétariat sous le régime portugais, a osé quitter son mari, après plusieurs années de mésentente.Elle est allée après quelque temps vivre avec un autre homme.Le scandale a même été discuté par la cellule du parti.Après des pressions subtiles mais pesantes auprès de la direction de son entreprise, pour que tout «rentre dans l'ordre», elle a bien dû céder quelque part et son mari s'est attribué unilatéralement la garde de ses deux enfants qu'elle ne voit que les fins de semaine.Pourtant, il admettait aussi que leur vie commune n'avait plus de sens.Mais, l'honneur, l'honneur.Les formalités de divorce prendront au minimum deux ans.Quelle ligne adopte donc le Frelimo pour défendre la lutte des femmes?Voici en vrac des réponses parfois contradictoires.«La lutte pour l'émancipation de la femme doit se poursuivre par son engagement dans les tâches de la révolution.Son intégration au front de la production a été définie comme la forme principale de ce combat.» «L'OMN mobilise la femme afin qu'elle se dédie prioritairement à la production alimentaire.» «L'OMN a créé deux centres régionaux de formation destinés principalement à l'éducation sociale de la femme en tant que mère et épouse.» Mais aussi «l'émancipation de la femme passe par la conquête du savoir dans le domaine de la science et de la technologie.» Allez savoir.La conférence de l'OMN a dénoncé avec virulence les travers machistes des hommes, en particulier la polygamie.Elle a recommandé «un châtiment légal à l'égard des hommes qui séduisent les jeunes filles ou qui sont responsables de leur grossesse», ainsi qu'une «attitude de réprobation sévère à l'égard des mères célibataires de manière à décourager les attitudes d'insouciance et de libertinage».L'écrivaine Benoîte Groult répète souvent que pour conquérir son indépendance, il faut d'abord avoir pris conscience de sa dépendance.Mais comment susciter cette prise de conscience à moindres frais au Mozambique ou dans tout autre pays où l'on essaie de survivre avant de penser à vivre? 1.Tanzanie, Angola, Botswana, Mozambique.Zambie et Zimbabwe.2.En dépit de toutes les difficultés, le gouvernement du Frelimo a réalisé depuis 1975 un formidable effort en éducation.Le taux d'analphabétisa-tion, par exemple, qui était alors de 93%, est tombé à 72%.Mais, sur I 000 filles qui commencent l'école primaire, seulement 260 la terminent.Les conditions de santé sont encore précaires: le Mozambique n'a que trois médecins pour 100 000 habitantes et l'espérance de vie n'est que de t6 ans (74 au Canada).MARTINE JACOT est journaliste.Elle a vécu au Mozambique pendant quelques semaines, en 1985.L ' E L E C T R une force économique inépuisable I C I T E D'ici à 1988, Hydro Québec prévoit effectuer des achats de biens et de services de près de 5 milliards de dollars, dont 75 % auprès de fournisseurs québécois.Ses activités contribueront également à soutenir chaque année environ 55000 emplois directs et indirects et formeront plus de 5% du produit intérieur brut du Québec.Voilà ce que procure l'électrifficacité L'électrifficactté I.W IE EN ROSE \u\ KM BUE I'M. ON N'A PLUS LA POLICE «Je me suis longtemps couché de bonne heure.' » Et c'était une nuit fraîche, je dormais profondément.Tout d'un coup, je suis assise dans mon lit, le coeur battant.Dehors, dans la nuit, quelqu'un pleure très fort.Ce n'est pas une voix animale.Ne riez pas, il y a des lièvres qui pleurent comme des bébés humains.J entends maintenant qu'on sanglote, qu'on frappe à la vitre en criant mon nom.Je dégringole l'escalier, cours à la porte.Ce que je vois me frappe comme l'éclair du magnésium des catastrophes: ma voisine, une amie de la campagne, en robe de nuit, les traits convulsés, avec plein de sang sur les bras, la poitrine, le cou.«Pour l'amour du ciel, dis-je en l'attirant dans la maison.Qui t'a fait ça?Qui?— Ilestfou! Il est fou.sanglote-t-elle.Il m'a frappée avec le couteau à viande.Il veut me tuer! Il est fou! — C'est Charles?— Oui.Il veut me tuer.Oh! comme j'ai mal.mal! » Ses pupilles sont dilatées, la terreur l'a frappée de plein fouet.La blessure est à l'avant-bras droit, celui qu'on lève toujours pour se protéger.Un trou profond et le sang qui coule, coule.Je nettoie la plaie, j essaie d'arrêter le sang, je parle à Lucienne, j essaie de la rassurer, de la consoler.Et à chaque instant je jette un coup d'oeil dehors car leur maison est à moins de deux kilomètres et ils ont deux véhicules.Si je vois des phares sur mon chemin, c'est qu'il est en route pour finir sa sale besogne.J'aurai le temps de mettre une balle mortelle dans ma 410.Et après?Je ne pourrai pas tirer sur Charles.Je le sais.Me battre avec lui?Un ancien champion des Golden Gloves! «Il est fou, répète Lucienne en pleurant, en regardant sa blessure.Avec le couteau à viande ! — Il faut appeler la police.J'appelle la municipale ou.— Non, dit Lucienne, appelle la Sûreté du Québec ! » Ce que je fais en résumant brièvement les événements.«Madame, nous serons là dans quelques minutes», conclut l'homme qui note mon adresse.C'est une voix rassurante et je me sens un peu réconfortée.«Faites vite», dis-je en raccrochant.Je mets de l'eau à bouillir pour le café et subitement je pense aux enfants.Lucienne doit lire dans mes pensées.«Les enfants se sont barricadés dans leur chambre.Il ne les touchera pas, je le sais.C'est à moi qu'il en veut! Mais qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu?Tu peux m'expliquer ça, toi, Jovette?Tu me connais, tu le connais.Toujours parti pour son travail.Pendant des mois, il me laisse sans nouvelles.Je m'occupe de tout.J'ai toujours été fidèle!» J'essuie les larmes, le sang séché dans le cou, sur la poitrine, les bras.Je change le pansement.Elle pousse un cri! «Il a juré qu'H aurait ma peau ! Qu'il me coulerait les deux pieds dans un bloc de ciment, qu'il me jetterait ensuite dans une fosse septique! » «Charles est malade», dis-je en pensant que ce n'est pas le temps de vomir.«Mais tu vas être protégée contre lui.C'est fini, Lucienne.C'est fini.» Sur le chemin qui mène à l'Étang-aux-Oies, deux phares et un gyrophare.Ils ont dû voler dans les airs! Ils entrent.Les uniformes, les armes: j'ai un mouvement de recul.L'un d'eux s'assied face à Lucienne qui sanglote.«Il m'a frappée avec un couteau de cuisine, j'ai levé mon bras pour me protéger.Ensuite j'ai crié à mon fils d'appeler la police.11 m'a lâchée pour se précipiter sur le téléphone et je me suis sauvée dehors.Les clés étaient sur le volant.Tout a commencé par une discussion.J'ai dû dire quelque chose qui l'a exaspéré.» Le policier assis en face d'elle prend sa main.C'est à cet instant que je remarque son visage sensible.QU'ON AVAIT «Madame, dit-il à Lucienne, peu importe ce que vous avez dit.Rien, m'entendez-vous, rien ne peut justifier le geste de votre mari.C'est criminel ! — Il y a deux adolescents à la maison, dis-je.— C'est toujours à moi qu'il s'en prend, laisse échapper Lucienne.Ça fait dix-neuf ans qu'il me bat, ajoute-t-elle en éclatant en sanglots.— Vous n'avez jamais porté plainte?, demande le policier.— Non.Depuis deux ans c'est l'enfer.Il travaille chez les Arabes pour une compagnie québécoise.Il a une maîtresse là-bas.Il en est fou! Une Arabe, gémit-elle.Il me préfère une Arabe! Quand il revient à la maison, il ne parle que d'elle.Il me rend folle, puis il me bat! Une Arabe! » Comme c'est facile d'être raciste, pensai-je.«Pouvez-vous la conduire à l'hôpital?, me demande le policier sensible.— Oui.Allez-vous arrêter Charles?— Immédiatement.— Pouvez-vous me téléphoner dès que ce sera fait?Nous voulons rassurer les enfants et Lucienne va changer de vêtements, j'imagine.— Je vous fais signe dès que la voie est libre, dit-il en notant l'adresse de Lucienne.— Quel est votre nom?» Il écrit son nom sur mon paquet de cigarettes, un numéro de téléphone où je peux le rejoidnre toute la nuit.«Dès que vous serez à l'hôpital, téléphonez-moi, dit-il.J'aimerais que vous preniez note du nom du médecin qui va l'examiner.Demandez-lui de faire un examen complet.» Les deux policiers s'en vont.Je lis son nom sur mon paquet de cigarettes.Je ne l'oublierai jamais, pensai-je.Je ressens une émotion curieuse et forte: ce n'est pas la peur mais le sentiment que quelque chose a changé dans notre société.Je fais le café, très fort, je monte me changer, je ramasse mon permis.La sonnerie du téléphone.C'est Michel O.La voie est libre.A l'urgence de l'Hôtel-Dieu de Sherbrooke, on nous attend et Lucienne reçoit les meilleurs soins et une certaine chaleur humaine.«Je crois qu'il faudra une chirurgie plastique, dit la jeune femme médecin qui l'examine.La blessure est profonde.» On vient me chercher, je suis demandée au téléphone.C'est l'agent Michel O: «J'étais inquiet».«Nous nous sommes arrêtées chez elle et j'ai roulé lentement», dis-je en m'excusant.On jase encore un peu et je retourne près de Lucienne.«On va me faire une chirurgie plastique, dit-elle.A huit heures ce matin.» Je regarde l'heure.Il est seulement quatre heures.«Tu veux attendre?» Elle hésite.«On pourrait rentrer, prendre une bonne douche, déjeuner et je te ramènerais à temps.» Son visage s'éclaire, elle se lève pour se rhabiller.Je vois des ecchymoses violacées sur ses cuisses, ses bras.Je remercie le personnel de l'urgence et nous reprenons la route.Comme une terrible vague de fond, la terreur revient.«Ils vont le relâcher.U va se venger! Il va me tuer! — J'ai demandé au policier, dis-je.Charles passe à la Cour vers onze heures.S'il est relâché, ça ne sera pas avant midi.Je vais faire des démarches, tu vas être protégée, Lucienne.Est-ce qu'il y a des armes à feu, chez vous?— lia trois carabines et une mitrailleuse.Et la syphilis en plus.» Je reste silencieuse, le souffle coupé par toutes ces bonnes nouvelles.«Uest revenu de là-bas avec la syphilis.Je n'en peux plus.» Et elle me raconte d'un seul souffle ses dix-neuf années de mariage et toutes les raclées.JOVETTE MARCHESSAULT I k VIE EN ItoSE/NOVEMBIU.I486 Il est cinq heures trente quand je téléphone à mon amie Solange L.de Sherbrooke: la misère et la détresse humaine, elle est dedans à la journée longue.Elle travaille pour les services sociaux.«Il faut que ton amie se rende à l'Escale.Il y a une équipe extraordinaire là-bas.On peut l'accueillir avec ses enfants.— Il y a, paraît-il.en plus de trois carabines, une mitrailleuse dans la maison.— Tu dois avertir la police, dit Solange.Ce n'est pas une trahison, Jovette.C'est dans le but de protéger ton amie et ses enfants.Tu sais, c'est dans les Cantons de l'Est qu'il y a le plus fort pourcentage de femmes battues et de malformations chez les nouveaux-nés! » Il y a peut-être une relation de cause à effet, pensai-je.«Et toi, comment vas-tu?, demande Solange.— Je me sens épuisée et j'ai peur.Penses-tu qu'on va le remettre en liberté?— Si c'est la première fois qu'elle porte plainte.Je ne sais pas, dit Solange.Tu ne devrais pas dormir chez toi ce soir.Il y a souvent des représailles.— J'y ai pensé.» Il est six heures du matin quand je téléphone à l'Escale.Une voix chaleureuse et sympathique.Lucienne peut venir quand elle veut, avec les enfants.Y demeurer le temps qu'il faudra.Je me sens réconfortée.Je téléphone à Michel O.La mitrailleuse.«C'est une arme prohibée, dit-il.Nous allons perquisitionner.Deux enquêteurs judiciaires vont passer chez vous dans le courant de l'après-midi.— J'y serai.J'ai peur de Charles.— Ce matin, à la Cour, je vais exiger que ce monsieur n'entre pas en communication avec vous.Nous allons vous protéger.Vous habitez seule, demande-t-il.Dans ce cas, il vaudrait mieux que vous ne dormiez pas chez vous pendant quelques jours.Il y a souvent des représailles.— Je tiens à vous dire que j'ai apprécié votre attitude avec Lucienne.— Merci.Ces dernières années, on a beaucoup parlé de la condition féminine.mais la condition masculine n'est pas drôle non plus! J'ai dit tout ça à Charles, tout à l'heure____ — Et qu'est-ce qu'il a répondu?— Qu 'en Afrique du Nord.il n 'aurait pas tous ces problèmes-là et que c'est elle qu'on tuerait pour avoir dénoncé son mari !.En même temps, il dit qu'il regrette son geste.Il a pris un avocat.— Il est schizoïde: charmant en société, brutal à la maison.On va le libérer, n'est-ce pas?— Si vous saviez toutes les contradictions que je vis quelquefois dans mon métier, dit Michel 0.— J'imagine.Êtes-vous un père?— Nous avons deux enfants et ma femme est une femme formidable.— Charles n'est pas un père.Il est toujours absent.C'est Lucienne qui s'occupe de tout.Il n'a pas vu grandir ses enfants.» l'Escale.Les enfants ne veulent pas en entendre parler.«Alors, vas-y seule, pour une heure ou deux, prendre un café, jaser, t'informer de tes droits.J'irai te conduire si tu veux, j'attendrai le temps qu'il faut.— Il n'y a pas de justice, répète-t-elle depuis trois jours.Ils l'ont libéré.— Dans moins de dix jours vous serez de-vant un juge.Il a un avocat, tu dois te préparer aussi, Lucienne.La police lui a retiré son passeport, il n'a pas le droit d'approcher de ta maison ou d'essayer d'entrer en communication avec toi ou avec les enfants.Il est parti vivre à Montréal mais tous les cinq ou six jours il doit se rapporter à la Sûreté du Québec.On m'a donné l'assurance qu'il n'était pas agressif.— Il n'y a pas de justice! — Si tu allais à l'Escale, on pourrait te conseiller un excellent avocat.— Il n'y a pas de justice et je n'irai pas me faire bourrer le crâne à ton Escale! — Tu es bouleversée et tu as de la peine.» Elle a déjà raccroché.Cinquième jour.Pendant la nuit, quelque chose fait tumeur dans ma mémoire: la robe de nuit de Lucienne.Une robe largement échancrée par devant et par derrière, taillée dans un tissu cheap qui imite la peau du léopard! Pourquoi portait-elle, à une heure du matin, cette robe de séductrice si son mari a la svphi-lis?We ^Highlands Inn PETITE AUBERGE EN NOUVELLE-ANGLETERRE A seulement 3 heures de route de Montréal, dans les montagnes blanches du New Hampshire, le Highlands Inn est un endroit unique pour vous, vos ami-e-s, vos amant-e-s Cent acres de terrain privé, des montagnes à perte de vue, des chambres meublées d'antiquités et des salles communes spacieuses.Nous avons aussi un bain tourbillon, des pistes de ski de fond et alpin à proximité et des promenades en traineau.Aubergistes : Judith Hall et Grace Newman (603) 869-3978 P.O.Box 118 U Valley View Lane Bethlehem, N.H.03574 Septième jour.En fait, depuis la nuit du couteau, Lucienne ne m'a jamais téléphoné.C'est moi qui prends toujours de ses nouvelles.Ce matin, en me rendant au village, je l'ai aperçue dehors.J'ai fait un signe amical.Elle m'a tourné le dos.Un dos hostile! Le message est clair.Dixième jour.Ce matin, elle ne s'est pas présentée à la Cour.Elle est partie se cacher à Québec.« Elle doit être chez le frère de son mari.Je l'ai déjà rencontré avec sa femme.C'est un couple intelligent et sensible.Ils vont coopérer avec vous», dis-je à Michel O.Douzième jour.Elle est de retour.Quand je croise les enfants sur la route, eux aussi détournent la tête.Depuis dix jours, je n'écris plus mon roman, mon chant de résurrection, parce que j'ai la mort dans l'âme.Seizième jour.Aujourd'hui, Lucienne s'est enfin présentée à la Cour.Coup de théâtre! Elle a crié au juge, aux avocats: «Lâchez-le! Laissez-le tranquille! Allez-vous arrêter de le harceler ! C'est mon mari! Je l'aime! » Puis elle a pointé du doigt Michel O.en hurlant: «Tout ça est de ta faute, Michel O.» «Elle faisait peine à voir, dit Michel O.Le juge a suspendu l'audience et j ai cherché dans Sherbrooke quelqu'un qui pourrait venir auprès d'elle pour la consoler et la calmer.Je me suis senti très seul.L'Escale n'a pas voulu se déplacer.(Comme je les comprends, pensai-jeI mais enfin, une jeune femme du CLSC s'est rendue auprès d'elle.» J'entends combien il est bouleversé et fatigué.«Je rédige ma thèse de maîtrise sur le burn-out chez les policiers, dit-il.— Je suis certaine que vous avez des choses essentielles et importantes à dire.» Nous nous faisons mutuellement la promesse de prendre un café ensemble.Bientôt.Aujourd'hui, nous nous croisons sur la route.Charles au volant de la familiale.Lucienne à ses côtés, les enfants.On raconte qu'ils vont quitter la région.Plus tard, dans la journée, je téléphone chez Michel O.C'est Lucie, sa femme, qui répond.«Michel m'a fait lire la lettre que tu as adressée à son chef.C'est vraiment gentil de ta part.» Plus loin dans la conversation, elle dit que s'il arrivait quelque chose d'irrémédiable à son mari, elle a déjà, dans sa tête, un scénario de prêt.A quelques jours de là, Michel O.vient prendre un café.En plein jour et il porte des vêtements couleur de l'arc-en-ciel.Bien sûr, nous évoquons cette fameuse nuit, le coup de théâtre de Lucienne.« Il faut la comprendre.Elle avait peur de perdre l'affection de ses enfants, dit-il.Si les enfants détournent la tête, c'est que pour eux, en se réfugiant chez toi, leur mère a trahi un secret de famille.C'est sacré, un secret de famille.Que ce soit celui des femmes ou des enfants battus, l'inceste, l'alcoolisme.2» I \ \ IK EN ROSK/NOVKMBRE l moi.f «Musicalement, j'essaie de 5 faire mieux que la dernière | fois.C'est mon seul objectif.< J'ai commencé à jouer des « synthétiseurs: créer un seul g son peut me prendre une jour- S née, une semaine.Je suis un ï I.A VIE EN ROSE/NOVEMBRE l'MK. peu maniaque.En bonne Vierge! J'ai bien peur de savoir trop bien ce que je veux.Avec ça, me vient une ténacité à toute épreuve.Mais pour moi la fin dépend des moyens: jamais je ne marcherai sur quelqu'un pour arriver où je veux.Ce n'est pas nécessaire, et ce n'est pas mon style.Je suis pacifique.» Car il y a un style Geneviève Paris, une manière de chanter, de faire des mélodies, de jouer de la guitare.Au Québec, on l'a aimée, on l'a reconnue tout de suite.«Mon plus beau souvenir de métier, c'est mon premier show à Montréal, en 78, à l'Hôtel Nelson.J'avais un trac immense, et tout à coup, j'arrivais devant des gens qui m'aimaient déjà beaucoup, qui m'attendaient.C'était magique.C'est peut-être ce qui m'a incitée à m'ins-taller au Québec, quand j'ai eu besoin de m'éloigner de Paris, de ce monde de stars où je vivais depuis cinq ans, ce monde surfait.L'amour aidant, j'ai fait mes valises.Je croyais rester deux mois, me voilà immigrante reçue! Et depuis mon dernier voyage à Paris, en plein dans les bombes, j'ai décidé de demander ma citoyenneté, comme Chantal Jolis, comme Marie Cardinal.Même si je suis obligée de retourner souvent à Paris pour le métier, c'est ici que je veux vivre.» Manière de fêter ses 30 ans.La dernière fois que je l'ai vue sur scène, elle parlait beaucoup de ces 30 ans qui s'en venaient.«J'y pense depuis longtemps.A 15 ans, avec les copines, on se disait: quand j'aurai 30 ans, tout ira très bien.Et ça se vérifie.Je vais enregistrer mon prochain disque à Paris, pour le printemps 87.Et je prépare des shows avec Sylvie Tremblay.J'aime beaucoup Sylvie.Sur scène, nous deux, c'est noir et blanc, les deux extrêmes, ne serait-ce qu'au niveau des voix: elle est soprano et je suis plutôt alto.Tellement à l'opposé qu'on ne peut avoir que du plaisir, sans compétition possible.Et le public sent aussi quelque chose de très fort.En tout cas, celle qui jouera le plus de guitare, c'est moi, et celle qui portera le plus de robes, c'est elle!» Après 15 ans de carrière et cinq disques, que lui reste-t-il à rêver?«Je ne suis pas une rêveuse.Je ne rêve que de choses que je sais réalisables.Je rêve d'écrire de plus en plus, parce que je suis une créatrice.Je rêve de plaire à de plus en plus de gens, d'être reconnue de mon vivant tout en restant fidèle à ce que je fais.Je rêve d'aller plus loin, et de vivre une réelle progression dans mon art.Et c'est vrai, j'ai de plus en plus de plaisir et d'habileté.Pour moi, le résultat est toujours proportionnel au plaisir éprouvé.» Je ne la pensais pas aussi drôle, aussi légère.Je la croyais timide (elle l'est), sérieuse comme une passe de guitare délicate où il faut une concentration à tout crin ou 25 doigts.«Je suis singe en astrologie chinoise.C'est peut-être ce côté qui commence à sortir en public.Dans la vie, plus la situation est sérieuse, plus je cherche les côtés drôles.J'aime le recul de sécurité que l'humour apporte; il permet de dire plein de choses impossibles à dire autrement.J'adore rire.» Mais elle fait ce métier très sérieusement.Il faut la voir répéter, donner ses indications aux musiciens, recommencer.C'est une fignoleuse qui ne laisse rien au hasard.«Je n'ai jamais pensé faire ce métier, c'est comme si je le faisais de naissance.Ce n'est pas un métier, c'est moi.Je ne suis pas une fille très angoissée même si je me pose de multiples questions.J'essaie de ne pas tomber dans le panneau de l'angoisse.C'est peut-être pour ça que j'ai commencé à chanter à 15 ans: le premier amour se passe mal, alors dépression?Non.Chanson.» Marie-Claire Séguin: sortir des conventions Partie des concours d'opéra entre couvents, elle est arrivée sur scène à 15 ans et, depuis, refuse obstinément d'en sortir.Deux disques avec le groupe très électrique la Nouvelle Frontière au début des années 70.Quatre disques avec son frère Richard: les Séguin deviennent à leur insu les chefs de file du «peace and love» québécois.Trois disques solo, 19 ans de carrière à 34 ans.Tou- jours jumelle.Vient de faire un «retour» sur disque après sept ans et revient sur scène à Montréal, au Club Soda, à la fin novembre.Signes particuliers: nombreux.Sa voix est passée de l'ange à la femme, mais les qualificatifs pour la décrire manquent toujours au dictionnaire.Têtue.Chercheuse.Très grande chanteuse.Chante comme elle respire autant sur la rue qu'au cinéma en même temps que Barbra Streisand, à gêner ses amies.Passionnée d'ésotérisme et d'astrologie.Bélier ascendant Poisson.Joue du piano et des claviers.Rêve de comédies musicales.A emprunté à la banque pour avoir un ministudio chez elle.De plus en plus indépendante musicalement.A signé des musiques pour les cinéastes Diane Beaudry et Diane Poitras.A retenir: sa générosité débordante.Quelque chose à dire.Minuit et 1/4 : son troisième disque solo.Minuit est passé.C'est l'heure de l'après-transformation, en route vers l'aube, vers un soleil qui accepte encore de se lever.Destination lumière, le voyage continue.«En voyage, hors de ses schemes habituels, on est plus vulnérable, forcément plus attentive, plus reliée et dépendante de ce qui se passe autour de soi.Moi je me porte mieux quand je réus- tout craché.Je la vois se bagarrer avec elle-même depuis 12 ans, se raffiner, sortir de ses gonds, recommencer, excessive dans l'exubérance comme dans la timidité.Je lui ai longtemps dit qu'elle était une montagne qui se prenait pour une souris.Image à peine exagérée.En 1986, la souris est morte et la montagne se porte à merveille, proche de sa puissance.«Les Séguin ont donné leur dernier show il y a 10 ans.J'ai vécu alors une grande cassure dans ma vie personnelle comme dans ma vie d'artiste.Je passais du succès, des salles archipleines, au vide.Je suis retournée à l'école des petites boîtes, seule avec un pianiste.C'-est dur pour l'ego, mais ça ramène à l'essentiel! Et c'est finalement toujours le public qui donne un sens à une carrière.On a tendance à ne "voir" les artistes que sous de gros spots, de préférence à Montréal.Mais toutes ces années, je n'ai jamais arrêté: plus de 300 spectacles, entre autres au Mexique et au Maroc! Créer, c'est rencontrer ses limites.Tant qu'on ne lésa pas touchées, on est dans le vide.J'ai attendu sept ans entre le deuxième et le troisième disque, et je ne suis pourtant pas une fille patiente.Mais j'intègre lentement.Pour moi, il y a deux façons de grandir: sis à me sentir en voyage, même dans le quotidien.Anne Sylvestre m'écrivait récemment: "Quelaviet'étonne." C'est le plus beau souhait.La vie nous tient debout tous les matins à coups de promesses.Mais l'ironie là-dedans, c'est qu'on est à la fois piégée et maintenue en vie par son désir.» Du Marie-Claire Séguin en se spécialisant, ou en prenant de l'envergure.Je préfère la deuxième.Mais ça signifie élargir sa base: la voix, le piano, la technique, le mouvement».Minuit et 1 /4 parle pour elle.Il y est question d'amour, de solitude, des risques qui se prennent ou se fuient.«Il faut risquer autant dans la création que dans les relations [>.*,:! LA VIE EN ROSK/NOVKMBKK IW. Voici votre billet d'avion pour Miami.Paris, Los Angeles, Londres,Calgary, Singapour.ou toute autre destination Air Canada.Si vous avez jeté par mégarde le carton réponse, VITE! récupérez-le ou allez acheter une autre copie du magazine.RÈGLEMENT Les deux billets sont valides pour n'importe quelle destination du reseau Air Canada, pour une période de deux semaines Les dates de depart sont liées à certaines conditions Hébergement, repas, transport terrestre et assurances non compns Taxes incluses Sont éiigibles au tirage tous les cartons postes avanl midi le 31 décembre 1986 Le tirage aura lieu le 9 janvier 1967.à midi Les billets seront émis entre le 15 ianvier 1987 et le 31 décembre 1987 (Valeur |usqu à 2.500$) Le règlement complet du tirage est atliché dans les bureaux de la Vie en Rose.3963.rue St-Denis, Montréal Abonnez-vous à la Vie en Rose ou abonnez quelqiTun-e que vous aimez bien et courez la chance de gagner 2 billets d'Air Canada pour la destination de votre choix.D'est simple comme tout: abonnez-vous en remplissant et en nous postant le carton-réponse.Vous recevrez la Vie en Rose chez vous et serez assurée de ne jamais manquer un numéro.De plus, vous pouvez économiser usqu'à 45% sur le prix du magazine en Kiosque Ou encore, abonnez quelqu'un-e que vous aimez bien.Vous offrirez ainsi un cadeau qui fera plaisir toute une année ou plus.Mais le plus beau, c'est que dans tous les cas, la nouvelle abonnée et la personne qui nous envoie son nom courent chacune la chance de gagner deux billets d'Air Canada pour le bout du monde! Alors profitez de cette occasion unique et abonnez plusieurs personnes.Vous augmenterez vos chances d'aller vous promener ou d'envoyer promener quelqu'un-e! AIR CANADA amoureuses.On est imbibées de conventions.tout en se pensant bien originales.Pourtant, on a la chance en ce moment de pouvoir redéfinir certaines choses vitales qui ont "éclaté": le couple, la famille, le sacré, tout.«Dans ce disque, je parle souvent des amours de passage.Comment se sortir, entre autres, d'une attitude cynique face aux amours passagères vécues chaque fois comme des échecs?Je ne parle pas des aventures du Déclin de l'empire américain, sans contact réel, sans soif.Les rencontres instantanées sont de l'amour aussi.Souvent même plus que l'amour-assurance-vie de certains couples.Deux êtres humains qui se rencontrent: il y a, pour moi, quelque chose de sacré là-dedans.«Mais je vise aussi l'engagement amoureux.Moi je prends position, même si j'ai peur.Je demande à l'homme en face de moi de faire la même chose, pour que quelque chose soit possible.C'est aux hommes à se grouiller maintenant.On est prêtes à les recevoir.Ça veut dire plusieurs sortes d'émotions, comme dans la chanson Passez messieurs: le détachement de la fille au-dessus de ses affaires, qui les regarde passer du bout des yeux; la rage, devant leur absence, et à comprendre les patterns vécus avec eux; la tendresse (It takes two to tango.), le besoin de leur feedback; la tristesse aussi, parce que nous sommes aussi perdues qu'eux.«Cela dit, mes attentes amoureuses ne sont plus les mêmes.Je me suis donné de la substance, mais ça ne fait qu'augmenter ma solitude.C'est normal: aussitôt qu'on sort du champ des conventions, on trouve la solitude.» Comme Forestier, Paris et Tremblay, Séguin la chanteuse a choisi la «vérité longue» plutôt que le fugitif.«Aussitôt qu'un chanteur ou une chanteuse arrive avec un contenu, les diffuseurs ont peur et élèvent un mur entre cette artiste et le public.La «couche opaque» des intermédiaires du business ne mise que sur l'instantané, la vente et surtout, l'imitation.Mais c'est le temps qui parle et qui gagne.Ça ne me dérange pas de ne pas être dans l'instantané."Le temps ne respecte pas ce que l'on fait sans lui", a dit quelqu'un.Un jour, ça devient évident et ce n'est même pas négociable.Les artistes que j'ai aimé-e-s étaient comme ça: Brel, Piaf, Signoret, Ferré, Vigneault, Leclerc.des personnes entières.Moi, je choisis d'être de cette lignée.» Sylvie Tremblay: au-delà des mots Est tombée dans I la voix et la musi-I que quand elle | était petite, et cet accident majeur l'a empêchée de faire autre chose.Plus de huit ans de carrière.Deux disques.33 ans.Piano-bars à Chicoutimi.Commence sa carrière professionnelle à Québec.Débarque à Montréal en 81.Ses spectacles au Transit, au Club Soda et au cinéma Outremont ont fait défaillir d'émotion les critiques et le public.Vient de sortir son deuxième 33 tours, Parfums d'orage, après trois ans de «silence».Chante comme elle respire, elle aussi.Drôle.Curieuse.Hilarante parfois.Née un 30 juin, «coiffée», c'est-à-dire la tête recouverte par la pellicule transparente du placenta, comme un bas de nylon.Un cas sur un million.Signe de chance selon le médecin-accoucheur: «Elle sera une grande star.» Signes particuliers: nombreux.Sa voix est un oiseau migrateur qui n'a de pays que son propre plaisir (et le nôtre).En avril prochain, incarnera la célèbre Carmen.Suspense: réussira-t-elle un jour à être assez commerciale?(Cette question vaut pour les quatre).Effrontée, timide.Se fout complètement du star system, aime l'underground.Aurait pu être chanteuse d'opéra.A signé plusieurs musiques de vidéos.Joue du piano.Veut lire avant publication toutes les entrevues de fond qu'elle accorde (depuis celle de Châtelaine).Cancer ascendant Gémeaux, probablement.Ou Taureau.À retenir: génie de l'improvisation musicale et verbale.Quelque chose à dire.Mais qu'a-t-elle fait depuis son spectacle à l'Outremont, en 1983?«J'ai rencontré beaucoup de gens.c'est important car mes chansons sont faites des gens qui me touchent, me traversent, me donnent des images et parfois des paroles.J'ai retrouvé l'underground de mes débuts, il y a dix ans, à Québec.J'ai composé des musiques de films pour Vidéo-Femmes, j'ai fait des shows-bénéfices, seule ou avec d'autres.Finalement, c'est une période qui a été très profitable.«C'est vrai, il n'y a pas eu de suivi commercial après l'Outremont, même si les critiques ont toutes été excellentes.On m'a même dit que c'était trop.Mais non: le spectacle était bon, les chansons aussi, et personne ne pouvait dire que la voix était plate.Évidemment, il aurait fallu un suivi.Quand les gens ne nous voient pas dans la presse, ils s'imaginent qu'on est en sabbatique.Je n'ai pas arrêté, mais j'ai fait des choses moins flashantes.Jusqu'à ce nouveau 33 tours, Parfums d'orage.«C'est un disque de travail et de doux doute, avec des chansons plus commerciales, mais souvent longues.J'aime le son: c'est un heureux mélange de son contemporain, de machines qu'on apprivoise tranquillement et de musiciens en chair et en os.Il y a équilibre.J'en suis très contente.C'est un produit que j'ai suivi et contrôlé avec Marc Pérusse, le coproducteur.Je prends dans ce disque une direction beaucoup plus définie que dans le premier.«J'ai beaucoup de mal à parler de cequej'écris.En fait, on écrit une chanson pour tous les mots qu'on n'a pas dits, et on chante pour tous les mots qu'on n'a pas écrits.Je n'écris pas de romans, j'écris des chansons où il faut qu'une image passe en quatre ou cinq minutes.Même si je parle de souvenirs qui datent de 12 ans ou d'événements qui ont duré trois ans.Je souhaite que d'autres aussi s'y reconnaissent.J'essaie de rejoindre ma famille, en fait.Mais j'aimerais fouiller plus l'universel, le social.Écrire la chanson qui va arrêter la guerre, mais je n'ai pas ce pouvoir, ce talent.Mon métier c'est aussi d'accepter tous les mots que je n'aurai pas pu écrire.» Sylvie Tremblay sait catalyser des énergies; elle provoque les choses par sa seule présence, et laisse le hasard et l'intuition faire le reste.Par exemple, elle ne décide pas qu'elle doit faire une chanson ou un show avec Geneviève Paris.Non.Un soir, elles se retrouvent chez des amies autour d'un même piano, et ça finit par faire une chanson.Après, ça s'organise.Elle invite Geneviève à chanter sur son disque, elles aiment travailler ensemble et ça finit sur scène.C'est organique et organisé.«Le plus gros de mon travail, c'est d'écouter ce que les gens disent.C'est ma matière brute: elle fait autant partie de moi que mes propres souvenirs.Je me perds facilement dans la beauté des mots, même si je prétends qu'on devrait pouvoir s'en passer pour se comprendre.Mais je l'avoue: j'ai un plaisir fou à jouer avec les mots.Je m'en défendais avant parce que je croyais que c'était de la fumisterie.Quand je pars dans mes délires verbaux-poétiques, je n'ai pas l'impres- 52 LA VIE EN ROSE/NOVEMBRE 1»H sion d'être en train de travailler; c'est quelque chose qui vient de plus loin que moi.J'accepte mieux cette sensibilité maintenant.J'ai le fond, il me faut la forme.C'est là qu'est le travail.» Elle semble aimer ausi le talent des autres.Ne se sent-elle jamais en compétition?«Jamais.J'aime et j'ai besoin du talent des autres, d'être dans leur "giron".Geneviève Paris, par exemple, est une femme que j'admire, et je ne ressens pas du tout d'envie face à elle.C'est sain comme complicité.Elle aime ce que je fais, j'aime ce qu'elle fait, et je ne comprends pas qu'elle ne soit pas une plus grande vedette.J'ai du plaisir aussi avec elle en dehors de la musique.J'ai besoin d'un rapport humain fort, et de gens qui vont plus loin que la surface, qui ne s'attardent pas indéfiniment sur les comportements un peu bizarres.» La vie intime de cette «grande amoureuse» inter-fère-t-elle dans sa vie professionnelle?«En période de travail, jamais.Mais si mon spleen est vraiment fort, il n'y a pas de quotidien qui puisse le régler.Alors mon chum doit comprendre que mes crises ne s'adressent pas à lui.L'amour-passion, chez moi, contient une bonne partie d'autodestruction.«J'avoue que j'ai bien souvent des désirs "malsains": arriver chez nous et que le ménage soit fait, mon bain coulé, I \ \ IE EN ROSE/NOVEMBRE l'WI.le repas prêt.Mon chum le fait assez souvent, mais parfois j'aurais envie de recréer l'archétype familial à l'envers: être l'homme et que l'autre prenne soin du quotidien.» Sur la pochette de Parfums d'orage, elle est assise sur un lit où un homme est couché, qui semble l'attendre.Elle a la tête haute, des vêtements de grande soirée, dans une atmosphère surréaliste à la Salvador Dali.Il y a une valise sur le lit: arrive-t-elle ou est-elle en train de partir?On ne sait pas.Il y a eu un orage, mais lequel?Elle en revient, et le mouvement de son corps semble dire qu'elle a vaincu quelque chose.C'est une image fière, baveuse diront certains.Superbe.A-t-elle la même attitude dans son métier que sur cette pochette?Est-elle toujours prête à repartir?«Je me laisse bien des portes ouvertes en tout cas.L'année qui vient est chargée: la promotion du disque, les shows avec Geneviève ou toute seule, et au printemps, Pour en finir une fois pour toutes avec Carmen, de Robert Lepage, pour lequel je dois apprendre à danser le flamenco! Plus tard, j'aimerais faire du cinéma, réaliser, ou encore "coacher" des chanteurs et des chanteuses plusjeunes.De toute façon, je serai toujours dans la création.» ' ai choisi des femmes avec plusieurs années de métier, qui écrivent depuis toujours, et que j'aime.Quatre créatrices qui ont trouvé leur puissance, leur style, leur autonomie.D'autres s'en viennent qu'il faudra surveiller avec intérêt.On en reparlera.D'ici là, il est un fait: on entend beaucoup de voix de femmes à la radio, mais peu de paroles de femmes.Cer-tain-e-s me rétorqueront que c'est normal, qu'il y avait, jusqu'à présent, beaucoup moins de femmes auteures-compositeures.C'était vrai.Pour une Barbara, une Suzanne Jacob, une Anne Sylvestre, il y avait 20 hommes.Moi, je prétends que, toutes proportions gardées, on fait moins tourner la parole des femmes.J'aimerais avoir des chiffres.Je lance une invitation au Conseil du statut de la femme ou à tout autre organisme prêt à faire une enquête sérieuse.Je gagerais un dix là-dessus.Qui sont les auteurs des paroles que les voix de femmes chantent?On verra.Je ne demande qu'à me tromper.En attendant, on ne sait pas trop où l'on s'en va comme peuple parlant français dans cette marée anglo-saxone.On parle de rétablir l'affichage bilingue et d'enseigner l'anglais dès la première année d'école.De plus en plus de jeunes francophones se mettent à chanter uniquement en anglais.Il est clair que, hommes ou femmes, nous avons affaire à forte partie.Chanter en français sera-t-il bientôt de l'ordre du folklore?Alors la parole des femmes là-dedans, on a beau exiger de l'entendre, on se demande à quelle heure on aura le temps de s'en préoccuper, à travers tous les problèmes de survie, économiques et culturels.Marie-Claire Séguin m'a rappelé une phrase de Vi-gneault: «Quand un petit peuple s'éteint, c'est une vision du monde qui s'éteint et ça, c'est impardonnable.» C'est vrai pour toutes les minorités mais c'est vrai aussi pour une majorité, celles des femmes.Mon dieu que j'ai l'air ancien! C'est ancien maintenant de se préoccuper du sort de la langue française.Comme la passion est ancienne, selon madame Badinter.Alors oui.Je serai une has been de la langue française et une passionnée plus que jamais.Je sais même le dire en anglais.Et je fonderai un club de has been de la passion et on rigolera comme des vieilles folles.Et puis, si on se met à acheter massivement des (bons) disques de femmes, les diffuseurs seront bien obligés d'en imprimer d'autres.Acheter quelque chose créé par une femme n'est pas encore (malheureusement) un acte de consommation comme les autres.Moi, je dis qu'il faut créer nos propres stars, les imposer, les exiger à la radio.En commençant — pourquoi pas?— par les quatre femmes qui viennent de parler, o Diffusion en librairie: Dimédia (514) 336-3941 INSTALLATIONS/FICTIONS 23 artistes, 23 écrivains/écrivaines GALERIE GRAFF Une exposition Exposition du 4 au 24 décembre 1986 Ouvrage disponible chez Graff 963, rue Rachel Est Montréal (514) 526-2616 ÉDITIONS NBJ Un livre « installations/fictions» 180 pages.130 illustrations papiers spéciaux, pliages, interventions d'artistes dans chaque exemplaire: un livre d'art à coût modique: 29 $. UNE GESTION Une préface de Mme.Louise Roy, président-directrice générale de la STCUM.et 24 entrevues parmi lesquelles: Madame Ginette Gadoury Président, directeur général OécorMag Madame Céline Hervieui-Payetle Directeur Développement de l'entreprise Finances et Développement Groupe SNC Madame Henriette Lanctôt Présidente Association des Femmes d'Affaires du Québec Madame Suzanne Leclilr Présidente, fondatrice Les Fourgons Transit Inc.Madame Pauline Marols ex-ministre Gouvenement du Québec Madame Loulte Pichfe Vice-présidente Équité en matière d'emplois Canadien National, Ressources humaines CLÉMENCE, PÉRIODE ROSE-BLEU-VERT J'haïs écrire!: C'est le titre du dernier livre de Clémence Desrochers, lancé ce mois-ci au «Cabinet des Merveilles» des Éditions Trois.Et comme le nom de la collection l'indique, Clémence en a l'air tout émerveillée.C'est pourtant son septième recueil, mais depuis Le monde aime mieux.11977), elle n'avait plus publié.J'haïs écrire comprend les textes de ses trois derniers shows: Les Retrouvailles de Clémence, Plus folle que jamais, et Le Derrière d'une étoile.Et ses dessins, surtout, n'oublions pas ses dessins! Car Clémence, l'oeil blond et la fossette ravie, s'extasie: «Ce sera un beau livre plein de couleurs! Je dessine de plus en plus et j'y prends beaucoup plus de plaisir qu'à écrire: je suis moins usée par cette aventure que par celle des spectacles.Comme les miens se basent chaque fois sur ce que je suis, sur ce que je vis, j'ai vraiment l'impression de ne pas me renouveler assez vite.Par contre, j'essaie de diversifier mes shows, de les fai- re bouger, alors il y a un conflit entre moi, qui ne change pas assez vite, et cette impression de me répéter.» N'est-il pas contradictoire de publier les textes de ses spectacles quand on les pense répétitifs?«Si je fais du show, rétorque-t-elle, c'est d'abord parce que j'écris.Je suis un écrivain (sic) qui parle, un écrivain public.En lisant mes textes on me donnera un rôle que je n'ai pas assez joué, celui d'une fille qui écrit.Et puis, je veux rendre justice à mes textes, qu'ils soient sur du papier.Parce que fille d'écrivain, j'aime les livres.J'haïs écrire — parce que c'est difficile de ne pas être déçue par ce qu'on écrit, parce que je suis paresseuse, parce que j'aime tellement mieux être dehors, aller en chaloupe, couper du bois, ramasser des feuilles — mais je me considère comme une littéraire: tout ce que je vis devient écrit, passe par les mots.J'aime l'écriture quand, comme le désir, elle est "tellement là" et tellement forte qu'on ne peut lui échapper.Quand j'ai un sujet qui me passionne, j'écris avec intensité.Je fais tout avec intensité d'ailleurs,.mais rarement! Ça me flatte, aussi, de penser que mes textes, une fois publiés, pourront me survivre, être joués par d'autres.Et, comme, justement, je ne veux plus faire de shows.» Est-elle sérieuse, cette fois?Ne veut-elle plus jamais monter sur scène?«Je dis ça après chaque show, je le sais.Mais je mène cette sorte de vie publique depuis plus de 25 ans et toutes les contraintes entourant un spectacle, c'est trop pour une fille indépendante comme moi! Pourtant j'ai une grande liberté pour exprimer ce que je veux: l'humour et l'amour permettent de "faire passer" beaucoup de choses.Faire rire est un pouvoir: j'aime mieux celui-là qu'un autre, mais en même temps j'en suis lasse.Je préfère dessiner.» Elle pousse vers moi une petite feuille d'écolière, le dessin d'un pot de fleurs légèrement de guingois, et me lit — timidement, croirait-on — les phrases qui voltigent autour: «Ah! que j'aime les crayons de couleur, les craies de cire, les feutres1 Si je m'écoutais, j'achèterais des tonnes de plumes, de stylos, de tablettes à dessiner.Mais mon talent est mince et accidentel.(.) Si je m'écoutais, je n'écrirais plus, parce que les roses, les bleus, les verts, les rouges sont tellement moins arides que les noms de l'encre sur la feuille blanche!» Et elle enchaîne: «Oui, ce sera un livre plein de dessins de couleur, et il sera lancé en novembre, le mois de ma fête.Les dessins s'inspirent de ces albums de famille où il y a des photos d'enfants un peu figées, comme on en prenait dans le temps, au chalet, au bord de l'eau, ou dans un champ de marguerites, l'été.» Puis, d'un ton mi-désolé, mi-pensif: «Mais tout ce que je dessine prend un petit côté caricatural.Bien sûr, ce sont des dessins naïfs, et je ne sais pas si ça tient à mon manque de formation, à mes Entre un dessin d'écolière et la photo des parents adorés.limites, ou à mon caract re.» Et si ça tenait à un besoin de se défendre, comme par l'humour des monologues, contre la sentimentalité?«Oui, sans doute, admet-elle.Je ne veux pas faire des petits dessins cute.Alors je rajoute des titres drôles.J'ai beau "être née d'une mère fatiguée et d'un poète déçu", comme je l'ai écrit quelque part, je suis une fille très joyeuse.Et heureuse.J'adore vivre.De plus en plus.L'avantage de vieillir, c'est qu'on se détache davantage de soi pour s'intéresser à tout ce qui se passe alentour.«Si on continue à être le nombril du monde, on s'étouffe.C'est pourquoi, aussi, je ne tiens plus à faire des spectacles.Je vais continuer d'écrire.mais pour les autres.Yvon Deschamps m'a demandé des textes pour son émission Samedi de rire, Robert Charlebois en voudrait aussi.Ces expériences de travail en équipe rh'intéressent beaucoup et me permettront, je pense, d'évoluer plus rapidement, de me renouveler.» Pourvu que cela nous la ramène plus vite sur scène! Eh bien, lisons-là, en attendant.o GLORIA ESCOMEL l.\ \ IE EN ROSE/NOVEMBRE l
de

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