La vie en rose, 1 janvier 1985, décembre
décembre-janvier 1986 Editorial 5 Concrétisons le pouvoir Francine Pelletier Communiqués Courrier 8 Commentaires L'appui à Pauline Marois: un choix biologique ou politique?10 Claire Duguay et autres LVR au pilori 11 Ariane Émond et Gloria Escomel Chronique délinquante 13 Y a-t-il un miroir dans la salle?Hélène Pedneault Actualité féministe Caisses populaires Des femmes en grève 14 Colloque sur les médecines douces La méditation, la tisane et l'acupuncture 16 Journée d'interaction lesbienne En quête d'existence politique 18 21_ LE POUVOIR A-T-IL UN SEXE?Francine Pelletier Monique Begin UN VOYAGE SOLITAIRE Colette Marcil 1k 26_ Lise Bissonnette UNE RESPONSABILITE QUOTIDIENNE Francine Pelletier et Lise Moisan International Afrique du Sud Pour qui sonne le glas?32 Nancy Thede À l'heure de l'état d'urgence 35 Francine Pelletier Journal intime et politique 39 Leurs pères à elles Cinéma Festival of Festivals Toronto: reine du cinéma?44 Albanie Morin Festival du nouveau cinéma Une énergie nouvelle 45 Diane Poitras Santé 47 Les pieds de Jane Fonda Hélène Sarrasin Théâtre 48 Francine Noël Une vieille passion Marie-Claude Trépannier Danse 50 Festival international de la nouvelle danse Un art de voyeurs Aline Gélinas Flashes Livres, revues, spectacles.52 Calendrier 59 LaVieenrose présente son calendrier ¦•J Ci-joint un paiement de: _X 7,98 $ chacun (Frais de poste et de manutention inclus! Numéro d'abonné:.J _X 8,98 $ chacun (Frais de poste et de manutention inclus)| !?Par chèque ?Visa ?MasterCard N°carte Expiration Nom Adresse Ville Province Code postal Tél.Allouez 4 semaines pour la livraison Editorial- Concrétisons le pouvoir e Québec s'apprête à retourner aux urnes, si ce n'est pas déjà fait.Que nous le voulions ou non, que nous ayons voté NPD, Mouvement socialiste ou rien du tout, nous sommes donc sur le point de voir Pierre Marc Johnson, le nouveau chef péquiste, ou Robert Bourassa, le nouveau vieux chef libéral, prendre le pouvoir.Système politique oblige.L'espèce de fatalisme qui accompagne chaque élection est bel et bien dans l'air.On aura à peine remarqué que les 22 partis politiques reconnus au Québec n'ont toujours que des hommes à leur tête, tellement tout se passe comme les experts l'avaient prédit.Quelle que soit la présence aujourd'hui des femmes dans d'autres domaines, cette élection se déroule comme toutes les autres, comme si nous existions à peine.Et nous n'existerons vraiment sur la scène politique que le jour où nous y serons adéquatement représentées.Entendons-nous bien.La question des femmes et du pouvoir n'est pas une panacée mais elle procède d'une certaine logique dont le mouvement des femmes ne saurait se passer.Ceci dit, la position des féministes de Vancouver (voir LVR, sept.1985) affirmant que les femmes qui s'approchent du pouvoir sont davantage de ce côté que du coté des femmes est bien compréhensible.Quelle féministe ne tenait pas ce discours il y a 10 ans?Mais voilà, nous ne sommes plus en 1975.L'identité du mouvement ne repose plus uniquement sur de petits groupes de femmes, les seules à se dire et à agir en tant que féministes.Le mouvement des femmes n'est plus l'affaire de quelques-unes mais de milliers.Par le fait même, il est devenu plus large, plus ouvert, plus diversifié.Bref, ce qu'on pouvait lui souhaiter de mieux.La peur du pouvoir Bien sûr, nous avons toujours à nous méfier du pouvoir, les intérêts des femmes et les intérêts de l'État ne s'étant guère approchés avec le temps.Mais ne faut-il pas voir dans cette condamnation des femmes au pouvoir notre propre peur du pouvoir?Toutes les femmes qui exercent le pouvoir le disent et toutes les femmes impliquées dans des groupes de femmes le savent: le pouvoir est notre talon d'Achille.Nous avons de la difficulté à admettre que nous puissions le détenir ou que des rapports de force puissent exister entre nous, tellement le pouvoir a longtemps été associé aux pires abus d'une société patriarcale, à la sale affaire des hommes.par Francine Pelletier Mais au fur et à mesure que le mouvement féministe a pris de l'ampleur, il a bien fallu admettre que le pouvoir est un aspect essentiel à tout fonctionnement, avec lequel on devrait composer si l'on veut changer les rapports de force qui prévalent dans cette société.Il est d'ailleurs intéressant de voir à quel point le thème choisi par l'Intersyndicale des femmes pour le 8 mars dernier, Imaginons le pouvoir, a suscité des réactions.Il y en a bien eu quelques-unes pour condamner une telle visée pour les femmes, mais plus nombreuses ont été celles qui se sont plaintes que le thème n'allait pas assez loin: plus qu'imaginer le pouvoir, il fallait le prendre pour ensuite le transformer.Signe des temps qui changent et d'une maturité politique qui s'impose.Mais que de surprises m'attendaient ainsi que La Vie en rose, après avoir personnellement appuyé la candidature de Pauline Marois à la cheffene du PQ (voir LVR, édito, sept.1985).De «la merde en conserve», un «cul-de-sac» et un «virage à droite», nous a-t-on fait savoir.Pire encore (à mes oreilles), on y a vu une argumentation axée sur la biologie - appuyer une femme parce que c'est une femme - plutôt que sur des motifs politiques (voir «L'appui à Marois», p.10).Parce que j'estime que beaucoup de ces critiques sont symp-tomatiques du malaise qui persiste face à la question du pouvoir, je me permets d'y revenir.Que Pauline Marois ait certaines lacunes idéologiques et politiques, je crois en avoir fait mention dans l'éditorial de septembre.Et avoir eu le temps de constater l'évolution plutôt négative qu'a prise finalement sa campagne, sans doute aurais-je nuancé davantage.Mais ce qui m'apparaissait important à ce moment-là m'apparait encore important aujourd'hui.L'important, c'est le lobby C'est avec la candidature de Mme Marois que j'ai compris toute la stratégie des féministes américaines face à la candidature de Géraldine Ferraro à la vice-présidence américaine, l'année dernière, et toute la ressemblance qu'il pouvait y avoir entre ces deux nominations.Dans les deux cas, il s'agissait, pour la première fois dans l'histoire nord-américaine, de remettre à une femme un pouvoir énorme, impensable il y a encore cinq ans.Dans les deux cas, il s'agissait de deux femmes de carrière, séduites par la politique, dont l'appartenance à un milieu aisé ne pouvait qu'avantager; deux femmes d'allure et de position modérés mais dont l'identification aux femmes allait s'accroître au fur et à mesure que les campagnes avançaient.Si ces femmes avaient été plus pauvres, moins ambitieuses et surtout plus radicales, elles n'auraient tout simplement pas été là.Dans un cas comme dans l'autre, elles n'étaient pas des candidates idéales, selon de stricts paramètres féministes, mais des candidates raisonnables.Position pragmatique s'il en est - les Américain-e-s y excellent d'ailleurs - mais où entre en ligne de compte cette évidence: il n'y a pas que le droit de vote qui peut s'exercer dans un système démocratique, nous pouvons agir sur ceux et celles que nous portons au pouvoir.Il y a longtemps que nos voisines du Sud mettent en pratique cette notion: leurs lobbies sont extrêmement bien organisés et efficaces.Malheureusement, cette pratique est quasi inexistante au Québec.Nous avons encore à nous mobiliser pour porter des femmes au pouvoir et, de façon générale, pour demander des comptes à celles et à ceux qui y sont déjà.Or, le «phénomène Marois», pour le temps qu'il a duré, était essentiellement at-tribuable aux gains que les femmes ont obtenus ces 15 dernières années.Pauline Marois avait donc une dette politique envers les femmes sur laquelle nous aurions pu jouer comme jamais auparavant.Ma prise de position, par ailleurs, ne tenait pas suffisamment compte du manque de lobbies féministes au Québec spécifiquement axés sur le pouvoir politique, je le vois maintenant.J'ose espérer que le groupe Femmes regroupées pour l'accessibilité au pouvoir politique et économique (FRAPPE), récemment constitué, soit un début d'organisation dans ce sens-là.Un courant de morosité Que voulez-vous, je fais partie de ces personnes qui considèrent le pessimisme comme notre «pire ennemi».C'est d'ailleurs en partie pour riposter à un certain cynisme journalistique de bon ton et, surtout, à un certain radicalisme .impuissant» que j'ai écrit cet éditorial litigieux.Ce courant de morosité, fort répandu dans les milieux de gauche (incluant le milieu féministe), se donne toujours les meilleures excuses du monde pour ne pas agir: «Ce n'est pas assez féministe, assez progressif, assez radical.ou c'est trop pequiste." Si Pauline Marois était une candidate critiquable, elle était, malgré elle, un symbole non négligeable.«A woman on her way to the White House* , disaient les Américaines.déc./janvier 1986 5 LA VIE EN ROSE éditorial «La première femme Première ministre du Québec», espérions-nous ici.Car qu'on le veuille ou non, une femme Première ministre, féministe de surcroit, n'agit-elle pas plus vite et plus fort sur l'inconscient collectif que toutes les manifestations féministes des cinq dernières années?Je ne comprends pas qu'on n'y accorde aucune importance.Je ne comprends surtout pas, de la part de féministes, le reproche d'un choix basé sur «l'identité sexuelle".Le féminisme est un choix basé sur l'identité sexuelle: pensons à l'action positive, au principe d'autonomie des groupes de femmes, à La Vie en rose.où, comme dit Micheline de Sève, «se réclamer du féminisme signifie privilégier les femmes comme interlocutrices»1.Bien sûr, il faut voir quelles interlocutrices mais, à mon avis, toutes les lacunes de Pauline Marois ne pesaient pas assez lourd dans la balance.De plus, elle valait autant sinon plus que tout autre candidat à ce moment-là.Et puis, la discréditation de Marois par association péquiste peut-elle vraiment être prise au sérieux?Nous avons été extraordi-nairement nombreuses à voter pour le PQ en 1981, tout autant qu'en 1976, et ceci même si les féministes ont été les premières à se dissocier de l'idéal péquiste.Pourquoi y aurait-il une plus grande «contradiction» aujourd'hui qu'hier?Serait-ce donc que le «symbole» nationaliste a eu plus d'emprise sur nous que le «symbole» féministe?.Un phénomène plus grave encore Derrière toutes ces critiques, parfois fort abusives, se dissimule un phénomène plus large et plus grave, à mon avis: le manque de confiance des femmes en général et des féministes en particulier vis-à-vis toute femme qui a du pouvoir, politique ou non.Car, au moindre geste controversé, les critiques déferlent a leur égard.Lise Payette en a parlé dans l'entrevue qu'elle nous accordait en mai dernier.Lise Bissonnette en parle dans ce numéro et nous, à La Vie en rose, qui avons aussi le pouvoir d'influencer, commençons en avoir gros sur le coeur (voir «LVR au pilon», p.11).Bien sûr, la critique est une chose essentielle, voire positive.Prendrait-on la peine de critiquer quelqu'un-e ou quelque chose qui nous laisse indifférentes?Mais les femmes de pouvoir (et les revues féministes) étant si peu nombreuses, nous voilà devenues la cible d'attentes et de critiques démesurées.On s'attend à ce que nous agissions comme le porte-parole de toutes les femmes et ceci, même s'il n'est ni souhaitable ni possible de le faire.C'est donc dire qu'on nous refuse, en quelque sorte, le droit à l'opinion personnelle, qui suppose le droit à la divergence et à l'erreur.Un signe, je pense, que les femmes ont énormément de difficulté à se dissocier du grand NOUS sororal et unifiant des premieres années de lutte.Mais les critiques sont si acerbes, parfois, qu'on peut même se demander si on n'est pas en train de nous faire payer notre audace, notre visibilité, notre rayonnement, nos affirmations.Serait-ce là un autre indice de notre difficulté de nous défaire de notre image de victimes?.Bref, la critique doit s'aiguiser dans les deux sens: qu'est-ce qu'on attend des femmes au pouvoir, mais aussi qu'est-ce qu'on attend du mouvement des femmes aujourd'hui?Si le mot «solidarité» ne veut trop souvent rien dire, c'est peut-être qu'on a trop voulu l'accoler à une image vertueuse et uniforme des femmes.Comme disait Solance Vincent au début de son commentaire sur le pacifisme et le militarisme (voir LVR, oct.1985): «Il est grand temps d'admettre que divers courants agitent le féminisme.» Il est grand temps aussi d'admettre quoi qu'on pense de ces courants, qu'il s'agit là d'une évolution nécessaire, ^y- 1/ Pour un féminisme libertaire, Boréal Express, Montréal, 1985.Ed.• *mi *TOf m mtm « MMSHEMROMI*.• 3114 IOUI n#»«TW • lu g «oui mymui.murrt-c" ENSEMBLE 3 PIÈCES SPÉCIAL 299.00$ A.Bureau dPtravail.54"1/2 B.Classmr, tiroirs, roues.56" C.Table à dactylo chaise dactylo hydraulique 99.00 $ Bibliothèque 291/2 x 75x 111/2 69.00 $ Penderie 198.00$ LA VIE EN ROSE 6 déc./janvier 1986 Publications Femmes musiciennes «Notable Women Records and Tapes», un nouveau répertoire sur les musiciennes indépendantes du Canada, sera disponible en 1986.Pour en recevoir un exemplaire, écrire à: Notable Women, 64, Alice Street, Guelph, Ontario, NIE 2Z8.est-sellers La bibliothèque municipale de Montréal inaugure un service de location de best-sellers.La location se fera à raison de 10% de la valeur marchande du livre plus un dollar.Pour en profiter, vous devez être inscrit-e à la bibliothèque.Ce service est offert aux adultes de 16 ans et plus.Zsorsqu'on est né pour un petit pain.Info-Pop de Montréal publie un document de réflexion ayant pour titre: «Lorsqu'on est né pour un petit pain.» suivi de «Propositions ayant pour but d'abolir la pauvreté au Canada».Le coût est de 3,25$ l'unité.Envoyez votre chèque à Info-Pop de Montréal Inc., 524, rue de Castelneau, Montréal, H2R 1R5./^ériodiques pour les femmes canadiennes L'Institut canadien de recherche sur les femmes offre des abonnements à sa nouvelle série «Périodiques pour les femmes canadiennes: mots clés en contexte».Ce répertoire informatisé d'articles publiés dans les revues féministes ou spécialisées permet une référence rapide aux titres d'articles récents.Le tarif est de 35 $ pour les non-membres et 20 $ pour les membres.Envoyez un chèque à L'ICREF, 151, rue Slater, bureau 408, Ottawa, Ontario, KIP 5H3.tS anté Votre travail vous cause-t-il des problèmes de santé?L'équipe Santé au travail du CLSC Centre-ville offre différents services allant des services médicaux et psychologiques jusqu'à la référence et l'information.Pour en savoir plus long, contacter le CLSC Centre-ville au 1199, rue Bleury, 2e étage.Téléphone: 866-5761, poste 140.Le Centre de santé des femmes Le Centre de santé des femmes offre des services de médecine générale diversifiés: des cliniques d'avortement, de contraception, de grossesse et d'accouchement ainsi que des ateliers d'auto-examen, de massage, de contraception douce et de santé mentale.Le Centre de santé des femmes est situé au 16, boul.Saint-Joseph est, à Montréal.Telephone: 842-8903."communiqués" Groupes Au bas de l'échelle Ce groupe populaire voué à la défense des non-syndiqué-e-s offre des sessions d'information en français, en anglais et en espagnol sur les droits et les recours des travailleurs/euses non-syndiqué-e-s.Ces sessions sont données gratuitement, sur demande, dans les groupes, les collèges, etc.On communique avec Nora Solervicens au 270-7878.ouvement des femmes aux Philippines Le Comité d'information sur les Philippines projette de réaliser un film sur la montée du mouvement des femmes aux Philippines.Ce film exposera les problèmes de ces femmes et révélera la diversité et la richesse des actions qu'elles entreprennent pour changer leur situation.Pour en savoir plus, contacter Patricia Youzwa, PIC, CP.746, Suce.R, Montréal, H2S 2P5.La ligue des femmes du Québec Cette association offre des services de référence et de documentation.Elle organise chaque mois des soupers-causeries.Les champs d'action de la Ligue des femmes du Québec sont la paLx et le désarmement, le droit au travail pour les femmes, la solidarité internationale.Pour en devenir membre ou pour plus d'informations: (514) 845-3796.À Montréal, de plus en plus, les gens bouquinent le soir.Tôt ou tard.RENAUD BRAY , jusqu'à minuit! 7 soirs par semaine! 5219, Côtedes-Meiges - 342-1515 La semaine nationale gaie Cet événement, qui aura lieu du 2 au 8 février prochain, vise à donner une image positive de l'homosexualité, à faire connaître les différentes associations et groupes gais du Québec et à sensibiliser les gens sur le vécu homosexuel.Pour faciliter la réalisation de ce projet, faites parvenir vos dons à semaine internationale gaie, C.P.36, Suce.C, Montréal, H2L 4J7.Cesser le feu! Les Artistes pour la paix continuent de s'en mêler.Depuis 1983, ces artistes veulent contrer la menace nucléaire en agissant sans aucun autre outil politique que leur art.Attendez de voir les noms de ceux et celles qui seront sous la mitraille des applaudissements du «Cesser le feu» le vendredi 6 décembre, 20 h, au Théâtre Arlequin.Cet événement est appuyé par l'Union des artistes et le Syndicat général du cinéma et de la Télévision (ONF).Divers Techniques d'animation par le film A nouveau, Parlimage offre à tous les groupes de femmes du Québec la chance de participer au stage en technique d'animation par le film.Les frais de formation normalement de 300 $ et les déplacements sont offerts gratuitement par le Secrétariat d'État; il ne reste que des frais d'inscription minimum à couvrir par les organismes, soit 75 $.Les stages, d'une durée de 2 fins de semaine de 3 jours, commencent le vendredi à 15 h.Les prochains stages sont prévus les 10, 11, 12 et les 24, 25 et 26 janvier 1986.Pour réserver, contactez Micheline Mclnnis au (514) 526-4423.La paix en Amérique centrale S'organise en ce moment une marche pour la paix qui doit partir de Panama le 10 décembre, traverser le Costa Rica, le Nicaragua, le Honduras, le Salvador, le Guatemala et, finalement, aboutir à Mexico aux environs du 22 janvier.Une délégation composée de représentant-e-s de différents pays se rendra ensuite à Washington pour déposer une pétition contre l'intervention américaine en Amérique centrale.Des femmes norvégiennes ont organisé une marche semblable, de la Norvège en URSS, il y a deux ans.C'est une entreprise importante à un monent où l'on reparle d'une invasion américaine dans cette région.Si vous voulez vous joindre aux marcheurs-euse-s ou vous impliquer d'une façon ou d'une autre, contactez: Salut le Monde!, 6544 rue Saint-Denis, Montréal, 277-1040 B M déc./|anvier 1986 7 LA VIE EN ROSE Courrier M a fille et moi Aux lectrices de La Vie en rose, vous avez ouvert une porte afin qu'elles expriment le lien avec leurs pères.(.) Je suis d'autant plus d'accord avec votre position sur cet «oubli important dans l'inventaire féministe» que je suis moi-même le père d'une jeune fille dans ses années dites «tendres».Vivant depuis peu une monoparentalite partagée, je suis actuellement encore plus sensible au développement de cette relation «différente" qui est celle de la relation fille-père.J'espère que votre «porte ouverte» attirera nombre de femmes (et d'hommes.) [à aborder cette question].Daniel Fecteau Montréal Vc ous, découverte nue Ça m'étonne tellement de ne pas avoir encore lu des commentaires éblouis, enthousiastes à propos de ce texte intense, subtil.«Vous, découverte nue», paru dans votre «Tenter l'erotique» que je vous le dis, moi, comme il m'a happée, envahie brutalement, poursuivie durant des jours entiers.Je guettais toujours dans le ¦courrier» la lettre disant a ma place que Carole Massé possède un pouvoir d'évocation dépassant toutes les frontières de l'émotivement supportable, que cette femme écrit l'amour et le désir par des voies puissantes, fluides, imprégnantes et d'une extraordinaire sensualité.presque trop (non, jamais trop).Francine Boulet Sainte-Agathe-de-Lotbinière C e que les femmes m'ont appris Une plus grande capacité à faire face à mes émotions sans pat tir à courir par en arrière.Encore du chemin à faire.Ce qui m'a le plus fait chier: me faire considérer comme un taré du seul fait que j'ai un pénis entre les deux jambes.Ce que j'ai le plus aimé et détesté à la fois: me faire dire mes quatre vérités sans pouvoir rien répondre.Bouche bée, le «mec».Nécessaire moment de méditation.Beaucoup de féministes dans mon entourage depuis ces années.Des relations amoureuses, des amies, des collègues de travail.Des féministes parlables et des féministes pas parlables.Des féministes «pas parlables»: Un beau discours féministe radical, le plus cohérent du monde.De bonnes claques sur la gueule au premier venu qui se trouve dans les parages.De bons coups de semonce aux intimes «chums», amants, amis et autres hommes de tout acabit.Frapper sur tout ce qui bouge en matière de mâle-ennemi.Une dialectique de type «western»: d'un côté, les bonnes (les femmes) et de l'autre, les méchants (les hommes).(.) Le féminisme a parfois ses raisons que la raison ne connaît pas.Non merci! Je ne souscris plus à toute idéologie qui propose que certains ont toujours raison et que les autres ont toujours tort: les femmes vs les hommes, les prolétaires vs les bourgeois, les syndicats vs les patrons, les Noirs vs les Blancs, etc.# Des féministes «parlables»: Un discours cohérent avec des questionnements.De la place pour l'échange.Tu peux me dire ce que tu veux.Je peux te dire ce que je veux sans aucune censure idéologique prise dans le ciment.Des changements dans mes attitudes Pour les idées, ça va.Je suis d'accord.Les revendications des femmes sont essentielles et je les appuie sans réserve.Pour les hommes, le problème n'est pas tant dans les idées que dans les attitudes.La politique du quotidien, c'est une autre paire de manches.Là, c'est pas mal plus difficile quand vient le temps de laver le linge sale, la vaisselle et les enfants.Le défilé des «Allo, bébé», des «psst.psst», des pinçages de fesses dans le métro, des regards insistants plus bas que la ceinture lusqu'aux sourires condescendants quand une femme prend la parole dans une reunion.Je me suis reconnu dans certaines de ces attitudes.Sans jamais avoir pincé les fesses d'une belle fille dans le métro, j'en ai regardé ailleurs que dans les yeux, je le confesse.Un exercice d'auto-observation dans le domaine des attitudes mâles envers les femmes est des plus instructifs.Essayez-le! (Je m'adresse aux hommes en particulier.) Plutôt que de regarder les belles filles dans le metro, regardez les hommes pendant qu'ils regardent les belles filles.Vous allez rire! Sorte de voyeurisme à l'envers.Nos changements d'attitudes maintenant 1) Parler avec une femme sans chercher à tout prix à avoir le dernier mot.2) Découvrir que bien des femmes paniquent moins que bien des hommes devant un gros problème, contrairement aux préjugés populaires.3) Avoir moins peur des émotions dérangeantes: les miennes et celles des autres.Cela facilite mes rapports avec les femmes et les hommes.4) Je regarde toujours les femmes qui me plaisent mais pas comme un morceau de viande.Je suis d'ailleurs très content de sentir la même chose de la part de certaines femmes.Conclusion: Je vois plus la vie en rose.Jocelyn Villeneuve Montréal P.S.: M.Foglia fait-il partie des 20 % de femmes et d'hommes «totons»?ÉQUIPE DE DIRECTION: Ariane Emond, Françoise Guénette, Claude Krynski, Louise Legault, Lise Moisan, Francine Pelletier • RÉDACTION: Yolande Fontaine, Françoise Guénette, Francine Pelletier • ADMINISTRATION: Louise Legault • PROMOTION: Ariane Émond • SECRÉTARIAT: France Giguère • DIRECTION ARTISTIQUE: Sylvie Laurendeau • COLLABORATION: Anne-Marie Alonzo, Claire Duguay, Gloria Escomel, Isabelle Flamant, Murielle Fortier, Suzanne Gagné, Aline GÉlinas, Rosaline Landry, Chantai Lavigne, Hélène Lecours, Colette Marcil, Lise Moisan, Albanie Morin, Véronique O'Leary, Renée Ouimet, Hélène Pedneault, Patricia, Diane Poitras, Michèle Rov, Monique Roy, Nancy Thede, Marie-Claude Trépanier • ILLUSTRATION: Christine Lajeunesse, Diane O'Bomsawin • PHOTOGRAPHIE: Suzanne Girard, Louise Lemieux «MAQUETTE: Diane Blain, Sylvie Laurendeau • CORRECTION: Francine Cardinal • DOCUMENTATION: Hélène Blondeau • COMPOSITION: Concept Médiatexte inc.• PELLICULAGE: Graphiques Gabi • IMPRESSION: Imprimerie Ronald's • DISTRIBUTION: Les Messageries de presse Benjamin Ltée 645-8754.• PUBLICITÉ: Andrée-Anne Delisle, Carole Pageau 843-7226 • ABONNEMENT: 1 an, 10 numéros.19$, 2 ans, 20 numéros: 33S, 3 ans, 30 numéros: 45$.Tarif international par voie de surface: 30$, par avion: 44$.Marie-France Poirier: 843-8366 • LA VIE EN ROSE est subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec.LA VIE EN ROSE est publiée par les Productions-des années 80, corporation sans but lucratif.On peut nous joindre de 9 h 30 à 17 h au 3963, rue Saint-Denis, Montreal H2W 2M4, ou en telepho-nant'514) 843-8366 ou 843-7226.Copyright 1985 - LA VIE EN ROSE.Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés.Dépôt légal: Bibliothèques nationales du Québec et du Canada ISSN-0228-5479.Indexée dans Radar et membre de l'association des éditeurs de périodiques culturels québécois.Courrier de deuxième classe: 5188 Commission paritaire 4 067 CDN.LA VIE EN ROSE déc./janvier 1986 - .Des arguments fallacieux L'article de Gloria Escomel, «Pornographie: pour ou contre la censure?» et les encarts de Carole S.Vance qui l'accompagnent m'ont profondément choqué.(.) Pour G.Escomel, «loin de créer l'accoutumance, (la porno) finit par provoquer l'ennui», d'où l'idée qu'il serait erroné de prohiber le matériel porno.Dès lors, on comprend très mal la croissance spectaculaire, ces dernières décennies, de cette industrie et de ce commerce.(.) Pour sa part, Carole S.Vance nous assure que les recherches n'ont pas pu encore prouver l'existence de relations directes entre consommation de porno et passage aux actes.Par ailleurs, elle ne nous dit pas que l'inverse ne fut pas prouvé non plus.Ici, le fardeau de la preuve appartient aux victimes.En psychologie humaine, il n'y a jamais ou presque de cause à effet directe.Car, dans une société, il y a toujours une multitude d'éléments contradictoires qui coexistent, il y a des interdictions et une permissivité, etc., qui font qu'avant que se produise un passage à l'acte, toute une demar- che psychologique sera effectuée.Or, la réelle question n'est pas de savoir s'il y a relation directe chez un individu, mais si l'expansion de la consommation de porno n'affaiblit pas les normes sociales de façon telle que la violence sexuelle augmente dans la société.Et tous les indicateurs statistiques montrent une telle augmentation dans les sociétés occidentales.Quelle est la part de la porno dans ce phénomène?Telle est la question que se posent celles et ceux qui font de la recherche dans le domaine.(.) Enfin, la question qui semble tarabuster depuis un certain temps le comité de rédaction de La Vie en rose, se résume à une phrase répétée constamment: «La sexualité de l'une est-elle la porno de l'autre?» Comme si la porno se résumait a une sexualité individuelle.Comme si la porno n'était pas une industrie et un commerce qui exploitent une seule forme de sexualité, celle qui évacue sentiments, tendresse, échange et relation humaine.Comme si la porno ne chosifiait pas.Comme si la porno ne constituait pas une propagande en faveur de certains fantasmes très particuliers.Comme si la porno n'était que dans la tête et non dans les faits.Et que les faits ne déterminaient pas ce qui peut exister dans la tête! Richard Poulin Hull Virage politique à LVR?La Vie en rose aura mis beaucoup moins de temps pour effectuer «son virage politique» que le PQ et Mme Pauline Marois.Une seule rencontre avec Mme Pauline Marois aura suffi à faire changer les choix politiques de la plus connue des revues féministes du Québec.Cette volte-face m'a beaucoup surpris et déçu.Ce printemps encore, la revue était très hésitante face à un engagement politique partisan.Le débat autour d'une possible coalition progressiste et féministe pour les prochaines élections au Québec l'a bien démontré.Je comprenais une telle hésitation.Je sais maintenant quels en sont le sens et la portée.J'avais pris pour acquis que les «vieux» partis politiques et la voie traditionnelle des rapports femmes et politique étaient choses du passé pour les féministes.Hélas, non! Les voies nouvelles, les démarches inédites de la politique font craindre davantage que le vieux modèle bien connu, sans doute.Le courant très conservateur des années 80 a-t-il touché à ce point le mouvement féministe du Québec pour que la voie du passé triomphe à La Vie en rose.Germain Gauvin Lévis /^owerhouse Nous avons lu avec intérêt l'article de Christine Ross, «Quitter la marge» (juin 1985).Nous sommes étonnées des idées qui y sont véhiculées autant que de la forme qu'elles prennent.Powerhouse a été l'objet d'une évolution sommaire sans qu'on ait tenu compte d'informations pertinentes sur sa démarche actuelle.Selon Christine Ross, peu de mains se sont levées à la question de Joyce Mason: «Quelles sont les artistes présentes intéressées à exposer à Powerhouse»?Un sondage aussi improvisé ne peut prétendre à des résultats concluants.Les 120 dossiers d'artistes soumis au comité de programmation pour l'année 1985-1986 sont la preuve irréfutable de l'intérêt qu'il y a à exposer à Powerhouse.Quant à «l'absence d'engagement politique», que dire de l'exposition itinérante «Anti-Nuke Snow,» de la table-ronde «Permissivité et politique en art», de la conférence "Protagonists, Victims and Sexual Différence», dans le cadre de l'exposition de l'artiste féministe américaine Nancy Spero (LVR, avril 1985), et de la conférence «Stratégies de traduction féministe» prononcée par Suzanne de L.Harwood?Peut-on en conséquence affirmer que Powerhouse est un lieu -sans programme d'animation et d'éducation»?Les membres de Powerhouse À Montréal, de plus en plus, les gens bouquinent le soir.Tôt ou tard.RENAUD BRAY jusqu'à minuit! 7 soirs par semaine! >219, Côte-des-Neiges - 342-1515 déc./janvier 1986 9 LA VIE EN ROSE -Commentaire L'appui à Pauline Marois: un choix biologique ou politique?Léditorial d'appui de Francine Pelletier à Pauline Marois ouvre un débat intéressant sur les conditions de notre appui comme mouvement féministe à des candidates femmes et, par conséquent, nous amène à préciser, à partir de nos expériences multiples du politique, nos propres objectifs et notre vision du politique.Le Manifeste des féministes de Vancouver tout à côté de l'éditorial ainsi que d'autres articles parus dans La Vie en rose 1 auraient pu eux aussi inspirer Francine Pelletier dans leur appel à ne pas perdre de vue notre radicalisme et dans la mise en garde, même si parfois on peut en retirer certains avantages, de trop s'engloutir dans le féminisme institutionnalisé.Outre le fait d'être femme et de se définir comme féministe, ce qui, il est vrai, demande un certain courage dans le monde politique actuel car on est loin d'être sûr de sa rentabilité, qu'a fait et que se propose de faire Pauline Marois concernant les principales revendications du mouvement féministe?Quelle est de plus sa position sur les questions sociales qui nous intéressent puisque c'est nous qui sommes directement concernées?Sur la question de l'avortement, sa réponse ne ressemble-t-elle pas maintenant beaucoup à celle de René J^évesque lors du débat sur l'avortement au sein du PQ?Concrètement, quelle compréhension et quelle solidarité manifeste-t-elle envers les femmes qui vivent émotivement une grossesse non désirée et envers celles qui ont lutté pour imposer la notion du choix?Sur la question de l'emploi, où formule-t-elle, maintenant qu'elle se trouve dans une situation de pouvoir réel, sa priorité de faciliter l'accès à la syndicalisation, condition minimale d'un revenu décent?Une loi sur l'égalité salariale et des mesures de réglementation positive, ça fait bientôt dix ans qu'on en parle.Quand a-t-elle parlé de la situation de dépendance et de pauvreté des femmes?Quelles mesures sociales entend-elle instaurer pour la reconnaissance du travail ménager?Où a-t-elle mentionné les conditions de vie des femmes immigrantes et des mesures politiques à adopter concernant le travail au noir?Comment croire qu'elle favorisera l'autonomie financière des femmes alors que, comme ministre, elle a contribué à maintenir les jeunes dans une situation économique qui frôle l'indécence en s'opposant à la parité de l'aide sociale pour les moins de 30 ans?Quand a-t-elle porté sur le plan politique la réalité de la double journée de travail et les conditions sociales à développer pour modifier le temps de travail des femmes et pour intégrer les enfants à la communauté?Elle a reproduit une image de super-femme quf" s'en tire parce qu'elle a une bonne santé et de l'aide à la maison, elle qui pourtant, comme toutes les mères, doit vivre le choc de l'accouchement.Quelle est sa position sur la politique familiale mise en branle par son propre parti et sur les nouvelles propositions fiscales qui discriminent les femmes les plus atteintes par l'écroulement de la famille traditionnelle?Ces politiques ne tentent-elles pas de nous ramener en arrière jusqu'à nous jeter dans les bras d'un homme à tout prix, alors que nous avons commencé à vivre de nouvelles expériences amoureuses et sexuelles tellement plus riches de partage, de complicité, de tendresse et de plaisir?Quelle est sa position.outre de nous rappeler à l'ordre familial et bientôt à l'ordre étatique patriarcal?Ses positions sociales, comme celles de son parti, nous invitent à la tempérance, à la patience, à la débrouillardise individuel- le.«On n'a plus les moyens de dépenser, il faut se serrer les coudes en famille.L'ultime danger, c'est de reproduire face à l'État une autre dépendance.» Est-ce à nous qu'elle peut apprendre les conséquences de la dépendance?Sur quelle base politique doit-on appuyer Pauline Marois?Sur son identitié sexuelle ou sur une plate-forme qui véhicule clairement notre intention de changer la société et les rapports entre les hommes et les femmes?Où reprend-elle notre questionnement sur le travail, notre conception de l'économie (qui doit tenir compte en premier lieu des êtres humains et de la qualité de la vie), nos pratiques d'humanisation des soins, nos propositions sur la santé et l'éducation, nos constats sur le pouvoir actuel et nos conceptions du contrôle sur nos vies, notre réflexion sur la sexualité et notre solidarité avec les jeunes, ces jeunes qui, eux aussi, sont aux prises avec la reconnaissance de leur autonomie, de leurs droits et de leur liberté?Taire ce questionnement politique du mouvement féministe, c'est continuer à perpétuer l'illusion que nous n'avons pas de point de vue politique, c'est renforcer l'idée que les principales préoccupations des femmes relèvent du privé.\-~ Claire Duguay et Marie-Johanne Lafrance, Dominique Ritchot,Diane Daoust, Anne-Marie Claret, Diane Charette, Jacinthe Pleau, Michèle De Pond, Patricia Lemieux, Mona Gravel, Sylvie Lachance, Caroline Thériault, Nancy Gendron, France Brochu, Marie Gauthier, Carole Henri, Madeleine Pomatti, Christiane Morin, France Marcotte, Sylvie Schinm, Caroline Jarry, Danielle Bermer, Rolande Pinard, Suzanne Dessureau, Jeanne Paronne, Thérèse Jean, Martine d'Amours, Hélène Bergeron, Marielle Tremblay, Josée Lamoureux, Lucille Beaudry, M'arie-Claire Carpentier-Roy, Micheline de Sève, Michelle Duval, Nancy Gubermun, Marie-France Hamel, Danièle Hébert, Danièle Lavoie, Paule Lavoie, Nicole Lefaivre, Claire Plamondon, Nicole Riopelle, Nicole Tremblay, Jean-Anne Bouchard.1/ Guénette, Françoise, «La gloire aller-retour», mars 1985, n" 24, pp.4 et 5.Moisan, Lise, «Où nous mènent les féministes d'État?», février 1985, n" 23, p.32.LA VIE EN ROSE 10 déc./janvier 1986 par Ariane Émond et Gloria Escomel Une longue lettre outrée est arrivée à nos bureaux.Elle est signée par quatre travailleuses de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), parmi lesquelles Mme Micheline Carrier, journaliste et essayiste, qui nous avait déjà reproché notre numéro sur l'érotisme cet été et, plus tard, le fait que nous n'avions pas reproduit sa lettre in extenso (voir LVR, nov.1985).Ces femmes s'indignent du «virage à droite» et de la «tangente réactionnaire» que prend LVR, disent-elles.Sont en cause plus particulièrement nos «positions confuses voire carrément antiféministes» exprimées dans ce «pseudo-débat sur la pornographie et l'érotisme».Également incriminée, noue décision de faire un numéro spécial sur les hommes bien que, ce numéro étant encore en préparation à ce moment-là, elles ne pouvaient savoir ce qu'il contiendrait.Pour toutes ces raisons, elles nous signalent leur désir de mettre fin à leur abonnement dans leur lettre du 2 octobre.Cependant, ce geste leur semble toujours insuffisant.Le 4 octobre, elles expédient à de nombreux groupes de femmes, travailleuses de CLSC et au Conseil du statut de la femme copie de cette lettre, accompagnée d'une autre, les enjoignant à mots couverts de se désabonner collectivement de LVR.Nous n'aurions pas été surprises qu'un tel coup nous soit porté par nos détracteurs habituels, mais ce geste venant de «consoeurs féministes» nous a consternées, estomaquées.La lettre de la FQPN souligne que le mouvement des femmes comporte de multiples facettes qu'il est nécessaire de montrer publiquement.Mais alors qu'avons-nous fait d'autre?Nous avons publié beaucoup de textes sur la porno mais jamais, il est vrai, aucun texte de Micheline Carrier dont c'est la spécialité.Est-ce là la vraie nature de notre crime.?La FQPN prétend aussi que le débat entourant la porno n'a pas permis un véritable échange d'idées.De quel droit mettre en doute ce qui nous a réellement déchirées?D'ailleurs, le courrier exceptionnellement abondant que nous avons largement publié dans nos numéros de septembre et octobre nous a démontré que nous avions atteint l'un des buts visés: faire réfléchir sur l'érotisme et la porno, faire avancer le bon vieux discours (toute porno est nécessairement violente, donc à proscrire).Nous croyons qu'il faut cesser d'obéir à des mots d'ordre sans nous interroger sur les vrais désirs des femmes dans leur multiplicité.Nous croyons aussi qu'il y a des bémols à introduire dans notre analyse de la pornographie douce.C'est ce que nous avons fait en publiant, en octobre, «Pornographie: pour ou contre la censure».Nous sommes tellement d'accord avec l'idée de faire valoir les multiples facettes du mouvement des femmes que nous ne comprenons pas pourquoi la FQPN refuse de les voir quand nous les exposons et qu'en plus, elle prie les autres groupes de femmes de se voiler les yeux avec elle.Bref, ce n'est pas la première fois que LVR est attaquée pour ses choix édito-riaux.Mais l'outrecuidance d'un certain moralisme n'a jamais servi qu'à diviser les troupes pour mieux régner.Le terrorisme intellectuel qui culpabilise les femmes est une arme efficace mais à double tranchant.En ce qui nous concerne, le mouvement des femmes ne devrait posséder ni dogmes ni catéchisme.Car s'il en était ainsi, nous devrions déserter les rangs.Et finalement, ne vaudrait-il pas mieux mettre au pilon nos véritables adversaires, ceux qui n'ont jamais défendu les intérêts des femmes et n'ont aucunement l'intention de le faire?dec./janvier 1986 1 1 LA VIE EN ROSE / AH NON! ".J'avais pourtant lu toutes les revues spécialisées, mémorisé tous les test et les fiches techniques, trimbalé mes disques à travers au moins dix magasins, écouté les opinions de mes amis et des vendeurs.J'ai quand même manqué le bateau On m'avait pourtant prévenu qu'il ne suffisait pas d'acheter tous les soit disant "best buy." On m'avait pourtant prévenu que le mariage des différentes composantes d'une chaîne haute fidélité était un art que seule l'expérience permettait de pratiquer correctement.Et dire que ça aurait été si simple si j'avais consulté les professionnels de Filtronique ou de Son-Or.Pourquoi donc personne ne me l'a dit?son on Centre de heute fidélité 7339.Saint-Zotique est Ville d'Aniou Province de Québec M M 3A5 ^iCtronique HAUTE FIDÉLITÉ 9343, Laieunesse Montréal, Québec Canada.H2M 1 S5 (514) 389-1377 "Là ou le dialogue remplace le traditionnel monologue du vendeur." DUAL- ELIPSON- GRADO- HARMAN/KARDON- JBL- KEF - NAKAMICHI-ORTOFON- REVOLVER-TEAC Chronique Délinquante «Y a-t-il un miroir dans la salle?» ou Avoir un passeport ne signifie pas du tout avoir une identité.Je viens de découvrir ça.Même si depuis longtemps je m'étonne que les douaniers me laissent passer à tout coup, comme s'ils arrivaient vraiment à ne pas douter que la face du passeport est la même que celle derrière leur guichet.Ils ont l'air tellement sûrs d'eux que je finis par les croire.Mais, à chaque fois, j'ai peur qu'ils ne me reconnaissent pas et qu'ils me «démasquent» devant tout le monde, comme si j'étais Mata-Hari version 85 en train de transporter les plans de la Guerre des étoiles en microfilms dans les branchons de mes lunettes.Je ne sais pas de quoi j'ai l'air en fait, ce qui crée chez moi un fort syndrome d'imposture.Etant petite, j'ai sauté par-dessus la phase du miroir par distraction sans doute ou parce que je suis devenue myope très tôt.Ou encore parce que j'ai flâné trop longtemps dans d'autres étapes comme la phase orale ou la phase du non (dans laquelle je suis encore en fait: vous en lisez les manifestations à chaque mois dans cette chronique.,.).Je suis du genre à ne pas reconnaître mon reflet dans une vitrine, à trouver qu'aucune photo de moi ne me ressemble, ce qui est très suspect, et à ne pas pouvoir me sécher les cheveux devant un miroir parce que je fais tous les gestes à l'envers.Alors, pour survivre dans cette société où il faut avoir l'air d'une jeune cadre dynamique pour avancer, on développe des petites techniques avec le temps.Parce que l'important, c'est ce qu'on a l'air, pas ce qu'on est.Et à la limite, l'image qu'on projette est totalement indépendante de soi, autonome, «indépendante de notre volonté» comme ils disent quand ils n'arrivent plus à trouver l'image à la télévision.Si on ne veut pas payer un «psy» pour trouver son identité, on est bien obligé de se fier aux autres pour la trouver.ERREUR FATALE.En fait, si vous pouvez l'éviter, ne faites jamais ça.C'est l'enfer.Les images qu'on vous renvoie sont tellement contradictoires qu'on se retrouve avec une image de soi qui ressemble à un portrait de Picasso, le pied dans le front et le nombril sur la joue.Après ce traitement, on ne peut pas se trouver belle sur une pour crise d'identité incurable par Hélène Pedneault photo.En plus, la majorité des gens pratiquent la déduction courte à votre sujet.Du grand art! Ils sautent aux conclusions les plus évidentes.Si vous éternuez, c'est parce que vous avez le rhume, et pas parce que vous êtes allergique à la poussière.Si vous avez l'air heureuse, c'est que vous êtes en amour.Si vous êtes sur votre 36, c'est que vous devez avoir un rendez-vous galant.Si vous parlez fort, c'est parce que vous êtes choquée, etc.Un jour, en l'espace de quelques heures, on m'a perçue comme la personne la plus nerveuse et la personne la plus calme au monde.Ces images contradictoires sont une source de stress épouvantable.Je ne me ronge pas les ongles pour rien.Suis-je calme ou nerveuse?Suis-je un iceberg ou une personne chaleureuse?Suis-je un monstre de calcul ou un être spontané?Suis-je un bloc de granit ou un chiffon J?Suis-je un dragon ou une souris?Suis-je un monument de confiance en soi ou un spectre d'incertitude ambulant?Si je suis tout ça en même temps, une chatte n'y reconnaîtrait pas ses petits.Ce n'est pas un passeport qui va régler le problème.Peut-être que je connais trop de monde?Ou que je suis incapable d'assumer les multiples facettes de ma riche personnalité?Mais, après tout, sommes-nous si «personnels»?Avons-nous tant que ça une îden-ùté propre ou ne sommes-nous que des figures de style?Des casse-tête fabriqués par les événements et les gens qui nous traversent et nous laissent des morceaux de nous au passage, souvent en oubliant de nous indiquer l'endroit où les mettre?Certain-c-s vous jouent même le tour pendable de vous offrir des morceaux qui ne vont pas du tout dans votre casse-tête.On peut aller jusqu'à mourir à force de ne pas trouver la place d'un morceau, à moins de découvrir à temps qu'il allait dans un autre casse-tête.J'ai des frissons d'horreur quand je pense que si ma mère avait acheté de la soupe aux tomates Campbell quand j'étais petite, au lieu de la Aylmer, c'est la Campbell que l'aimerais maintenant.Beurk! Je l'ai échappé belle.Les goûts et la vie tiennent à si peu de choses, on se demande vraiment pourquoi on en fait un tel plat.Alors, un passeport devrait suffire pour l'identité.déc./janvier 1986 13 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe ' Caisses populaires Des femmes en grève Déjà 6 mois de grève pour les quelque 325 employé-e-s (en grosse majorité des femmes) d'une vingtaine de caisses populaires et toujours aucun espoir sérieux de règlement à l'horizon.Tandis que guichets automatiques et systèmes inter caisses fonctionnent sans répit, le conflit s'enlise dans l'indifférence générale.Pour les grévistes cependant, il s'agit de 6 mois qui commencent à peser lourd sur le budget comme sur le moral.Il fait de plus en plus froid sur la ligne de piquetage.«Mais, disent-elles, nous sommes allées trop loin pour reculer maintenant.» Ce qu'il faut comprendre d'abord, c'est que le Mouvement Desjardins se divise en 10 Fédérations de caisses populaires et 1 Fédération d'économie, toutes regroupées sous la bannière de la Confédération des caisses populaires et d'économie Desjardins.Les caisses populaires en grève font partie de la Fédération des caisses populaires de Montréal et de l'ouest du Québec (FMO) qui compte en tout 334 caisses.Le tiers d'entre elles environ sont syndiquées: au moins 70 caisses, dont celles en grève, font partie du Syndicat des employés professionnels et de bureau, section locale 57 de la FTQ, tandis que la CSN surtout, et la CSD se partagent le reste des caisses.En principe donc, dans une structure ainsi décentralisée, chaque caisse est autonome et fonctionne comme une PME.Ce que réclame le syndicat?La reconnaissance de l'ancienneté en cas de déplacement et d'affectations temporaires, un an de sécurité d'emploi après la mise en opération des changements technologiques (on dit que près du tiers des employé-e-s seront affecté-e-s au cours de la prochaine décennie), 15 semaines de congé de maternité, la parité salariale entre travailleurs et travailleuses à temps partiel et ceux et celles à temps plein, le gel salarial d'une année, compensé par un montant forfaitaire de 5 % et des hausses de 5 °b et de 4 % pour les 2 dernières années du contrat.Du côté de la Fédération, on invoque le principe de l'autonomie des caisses et on ne parle que de recommandations de certaines politiques d'ensemble: élimination des échelons salariaux, gel des salaires pendant 12 à 20 mois, augmentation d'environ 4 % pour ceux et celles qui ne sont pas au maximum de l'échelle (6 ans de service) et une plus grande mobilité de la main-d'oeuvre.Selon la Fédération, les conventions collectives actuellement renouvelables représentent une différence de l'ordre de 15 % avec les échelles appliquées aux employé-e-s non syndiqué-e-s et dépassent d'au moins 5 % les tarifs en usage dans les autres banques.Mais surtout, les caisses en grève font partie de celles qui n'ont pas eu à subir les décrets de 1982.En pleine LA VIE EN ROSE 14 déc./janvier 1986 crise économique, ces employé-e-s, comme le prévoyaient leurs conventions collectives, ont connu des hausses salariales de 10 à 15 %.La réponse des syndiqué-e-s: ils veulent bien accepter une diminution de l'écart entre syndiqué-e-s et non-syndiqué-e-s mais, selon eux, rien ne justifie cependant ces offres piteuses.Le Mouvement Des jardins, avec ses 1 400 caisses, possède aujourd'hui un actif de plus de 20 milliards de dollars et des profits de 180 millions de dollars en 1984.Pour une semaine de 35 heures, le salaire moyen d'un-e employé-e syndiqué-e, en majorité des caissières, est d'environ 370 $.Il varie cependant d'une caisse à l'autre.A la caisse populaire Sainte-Bernadette, accréditée l'année dernière, il s'agit d'un premier contrat de travail.Depuis juin, les négociations sont au point mort.«Sur le plan salarial, nous avons 24 % de rattrapage à aller chercher», dit Johanne Champagne, secrétaire depuis 9 ans.Ainsi, Dolores Doucet, caissière depuis 7 ans, a atteint le maximum de son échelon et gagne en salaire brut 316 $ par semaine, tandis que Sylvie Giroux, caissière depuis 5 ans, gagne un salaire hebdomadaire brut de 277 $.Du côté des conditions de travail, c'est l'arbitraire total: pas d'affichage de poste, pas de congé de maternité et une feuille où la conduite de chaque fille est notée, «que ce soit le nombre de fois qu'une fille se rend aux toilettes, l'habillement ou encore le fait qu'une autre parle trop fort».«Il faudrait se débarrasser aussi du mythe du salaire d'appoint pour les femmes», dit Mireille Martel, du Comité de coordination de la grève et employée de la caisse Sainte-Bernadette.«Moi, je suis chef de famille et même avec le 100 $ par semaine que l'on reçoit du fonds de grève du syndicat, la situation est dramatique financièrement.Même au syndicat, il faut se battre contre ces préjugés.» D'ailleurs, une enquête de la FTQ réalisée auprès des caisses syndiquées du local 57, (qui regroupe, rappelons-le, environ 70 des 115 caisses syndiquées de la FMO), indiquerait que 90 % des employé-e-s de ces caisses se sont syndiqué-e-s pour des raisons autres que salariales: accumulation des problèmes ou mauvaises relations de travail (23 %), favoritisme (17,5 %), intimidation ou harcèlement (15 %), pertes des droits acquis (9 %), temps supplémentaire (9 %) et sécurité d'emploi (9 %).Finalement, si le conflit perdure, c'est avant tout parce que, de part et d'autre, on s'affronte sur des principes.Du point de vue syndical, la Fédération tente de freiner la syndicalisation, même si elle se réfugie derrière la soi-disant autonomie des caisses.De plus en plus de caisses se syndiquent (13 nouvelles accréditations cette année).Le syndicat soutient que la Fédération veut enrayer cette progression.Nivellement par le bas, bloquage volontaire des négociations et offres avantageuses aux non-syndiqué-e-s, voilà les moyens qu'elle prend pour y parvenir.La Fédération, elle, accuse le local 57 de vouloir mettre en place une formule de négociation multipa-tronale, c'est-à-dire commune pour toutes les caisses, ce qui, d'après elle, va à rencontre du principe de l'autonomie des caisses du Mouvement Desjardins.Guy Ber-nier parle plutôt d'assouplissement des conventions collectives et de règlements locaux afin de tenir compte des particularités de chaque caisse.«Un peu comme un contrat de mariage», précise-t-il.Le 30 octobre dernier, une quinzaine de grévistes ont occupé le «40e», le bureau du président de la FMO.«Nous avons voulu l'assurer, dit l'une des grévistes, que nous n'avions pas l'intention de remettre en cau- se le principe de l'autonomie des caisses et que, contrairement à ce qu'il affirme, nous ne sommes pas manipulées par l'establishment syndical.» «De toute façon, affirme France Allard, caissière à l'UQAM et membre du comité de coordination de la grève, c'est bien beau l'autonomie, mais ça fonctionne seulement si ça fait l'affaire de la Fédération.On en a vu des exemples à l'UQAM et à Radio-Canada.» A l'UQAM, au moment où le conseil d'administration devait déposer une proposition de règlement, la Fédération a suspendu les pouvoirs de ce conseil.A Radio-Canada, selon le syndicat, elle a trouve le moyen d'interdire une assemblée générale des sociétaires où l'on devait, en quelque sorte, sommer le comité patronal de trouver une solution à défaut de quoi on élirait un nouveau comité pour négocier.La Fédération ne cache d'ailleurs pas son intervention dans le dossier de l'UQAM.«Cette caisse, rétorque Réjean Dufault, responsable des relations professionnelles à la FMO, ne survivait que grâce au fonds de sécurité général.Elle doit toujours 1 million de dollars.Ce sont les autres caisses qui la faisaient vivre et pourtant, elle était prête à offrir à ses employé-e-s davantage que partout ailleurs dans les autres caisses.» Quant à l'enjeu de la négociation multi-patronale, l'exécutif syndical ne dissimule pas non plus ses intentions.«A long terme, nous la souhaitons mais les règles du jeu, pour le moment, ne sont pas celles-là, explique Jacques Letendre, coordonnateur syndical de la négociation.Notre préoccupation première pour le moment: régler le conflit.Les syndiqué-e-s décideront plus tard si les structures syndicales doivent être réexaminées.» V Chantal Lavigne déc./janvier 1986 15 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Colloque sur les médecines douces La tisane, la méditation et l'acupuncture.Ils étaient tous là, au Mont-Orford, les 27, 28 et 29 septembre derniers - le docteur Untel, directeur du département de, M.Untel, professeur agrégé de, ou président de, ou philosophe de.-à nous adresser la parole lors d'un Colloque sur les médecines douces.Une vraie mine d'or pour le lobbying doux! aïs parmi 43 hommes invités, 11 femmes seulement, dont aucune n'a donné une conférence.Pourtant, les femmes représentaient 70 °'o de l'assistance (plus de 600 personnes en tout).La majorité de la clientèle de la médecine douce est composée de femmes et une grande partie des thérapeutes sont aussi des femmes.Alors, comment ne pas sourire lorsqu'on entend nos illustres conférenciers nous dire, comme si nous ne le savions pas, que le mouvement des femmes, de pair avec le mouvement du «retour à la nature» (les granolas des années 70), a joué un rôle primordial dans le développement des médecines douces en Occident.Les centres de santé des femmes: boudés?Disons tout de suite qu'aucun centre de santé des femmes du Québec (sauf un, par un hasard géographique) n'a reçu une invitation ni même de l'information sur ce Colloque.L'inscription, qui ne comprenait ni le logement ni la nourriture, coûtait entre 175 $ et 250 $.Après vérification auprès des organisateurs et organisatrices, on apprend qu'il n'y a aucun tarif spécial pour les organismes à but non lucratif (et pauvres) comme le Centre de santé des femmes de Montréal.On nous offre tout de même de faire de l'animation contre une inscription gratuite, logement et nourriture à nos frais.Mais aucun autre centre de san- té des femmes n'a pu se rendre au colloque.Comment expliquer un coût d'inscription si élevé?Les organisateurs nous ont BIOSELF no DENYSE TREMBLAY, B.A.SEXOLOGUE Dtsrrfbuteure autorisée pour la province de Québec 80 Auguste Lacoste, BouohervMe, Oc.J48 4f7 fièrement annoncé qu'ils n'avaient pas eu recours aux subventions gouvernementales et pouvaient donc s'afficher comme un «organisme autonome».De quoi sourire, là aussi, quand on sait que 50 % des partici-pant-e-s sont venu-e-s aux frais de leur institution (CLSC, DSC, centre d'accueil, etc.).Ça n'est pas de l'argent de l'Etat, ça?Par ailleurs, aucun atelier (à part l'atelier très spécifique sur les sages-femmes) ne permettait d'informer et d'échanger sur le mouvement de santé des femmes au Québec.Rappelons que la notion même du self-help, ou d'auto-santé, telle que développée en Amérique du Nord et orientée vers la prise en charge et l'autonomie des femmes face au pouvoir médical, est issue des luttes et des pratiques féministes de la santé.Ces thèmes qui font partie depuis 10 ans de la vision politique des centres de santé des femmes s'étendent maintenant a tous les centres et maisons de femmes, aux groupes d'humanisation des naissances et aux comités de condition féminine.Il était sûrement important et bienvenu au Québec de permettre une rencontre et des échanges entre intervenant-e-s en médecines parallèles pour mieux se connaître et se faire reconnaître par le public en général.Ce colloque semble un premier pas dans ce sens.L'individualisme roi Alors que certains ateliers jetaient un regard critique sur quelques aspects inquie- LA VIE EN ROSE 16 déc./janvier 1986 tants des médecines douces - l'individualisme roi, le retour à une nature mythique, l'inaccessibilité pour un public non fortuné, la médicalisation douce du quotidien, le nouveau trust pharmaceuùque doux, etc.-, aucun atelier ne permettait d'échanger sur les nombreuses expériences collectives de «prises en charge de sa santé» et d'approches alternatives faites depuis des années dans les centres de femmes ainsi que dans des CLSC, DSC et groupes populaires.Devrait-on s'en étonner quand on sait que certains conférenciers nous avaient déjà annoncé la mort du «collectif»?De même qu'en mai 68, semble-t-il, on aurait constaté l'échec du processus collectif.Il faudrait donc maintenant s'attaquer à «l'individu», car c'est à chacun et à chacune aujourd'hui de se prendre en main! Mais n'y a-t-il pas une étrange coïncidence entre ce discours et celui - oh! combien entendu ces temps-ci! - du ministère des Affaires sociales?Car qui est responsable de la faillite du système de santé actuel?L'individu-e, voyons, qui, refusant de «se prendre en main», sur-utilise un service «gratuit».De la responsabilisation à la culpabilisation, il n'y a qu'un pas que les femmes, tout particulièrement, franchissent allègrement.Or, un seul atelier, sur plus de 40, permettait de parler du citoyen face au système de santé et aux alternatives et ce, grâce à la présence de l'Association québécoise pour la promotion de la santé.Mais où pouvait se faire entendre vraiment la voix des premiers-ères concerné-e-s par le système de santé du Québec, les usagères et les usagers des services?Où étaient les porte-parole des groupes de jeunes, d'han-dicapé-e-s, de personnes âgées, de femmes?Il est bien évident que, sans invitation, ces groupes ne pouvaient s'offrir le luxe d'un tel colloque.Le gros gâteau du pouvoir médical Oui, nous sommes d'accord avec l'importance de la reconnaissance officielle des approches alternatives de la santé.Mais un certain corporatisme très présent à ce colloque ressemblait beaucoup plus à une volonté de partager le gâteau du pouvoir social et économique des médecins officiels qu'à une volonté de promouvoir la santé du public.La médecine alternative se pratiquera-t-elle de plus en plus comme la médecine officielle: sans participation active de la population pour la définition des besoins, sans analyse de fond des conditions écono- miques et politiques souvent responsables de notre société «malade»?D'après l'Organisation mondiale de la santé, pourtant, «la santé est un état complet de bien-être physique, moral et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie et d'infirmité».Nous ne renions pas pour autant les bienfaits et l'aspect «révolutionnaire» des pratiques alternatives de santé et l'intérêt d'échanger sur ces pratiques.Mais à la violence faite aux femmes, au chômage, à la famine et au chaos nucléaire, on ne peut pas répondre par la méditation, la tisane et l'acupuncture.Nier cela, c'est renvoyer les individu-e-s à leur solitude, à leur culpabilité, à leur désespoir.C'est aussi abdiquer individuellement et collectivement devant la folie montante des systèmes en place.Simone de Beauvoir disait, il y a quelques années: «Si le féminisme a des exigences tout à fait radicales et qu'il arrive à les faire prévaloir, alors, à ce moment-là, il menacera vraiment le système.» Nous continuons donc, avec plaisir, à être radicalement exigeantes.Véronique O'Leary Renée Ouimet du Centre de santé des femmes de montréal une nouvelle conscience L'ordinateur de votre cycle menstruel L'alternative simple - naturelle Par son concept exclusif.BIOSELF 110, redonne confiance aux méthodes naturelles du calendrier et des temperatures.Chaque jour, le micro-ordinateur BIOSELF 110 emmagasine et tient pour vous, le registre exact des données de votre cycle menstruel.De plus, ces données peuvent être retransmises au moyen d'une Imprimante, si nécessaire.Un témoin lumineux fiable et facile a lire vous indique instantanément vos journées fertiles et non fertiles.Avec BIOSELF 110, finis les calculs, finies les erreurs, fini le doute.?niez s v p B demandez un dossier graiuit a BIOSELF CANADA INC .1101 ave Victoria Si-Lambefl Quebec Canada J4R 1P8 I5'4| 465-9010 TELEPHONE déc./janvier 1986 17 LA VIE EN ROSE " Actualité Féministe Journée d'interaction lesbienne En quête d'existence politique mm ^8^k n ne veut pas d'abord el ¦ ¦ ^j^^ avant tout que la ^» H H nmis accepte, nous H H en tant que lesbiennes, ^^^V niais nous voulons, en tant que lesbiennes, transformer cette société dans laquelle nous vivons, nous changer nous-mêmes, changer la vie.c'est-à-dire que nous croyons que le lesbianisme est politique.» Cette déclaration du comité organisateur de la journée d'interaction lesbienne, qui s'est tenue le 5 octobre pour la quatrième année consécutive, caractérise bien dans l'ensemble l'esprit dans lequel se sont te- ÉGALEMENT DISPONIBLE: EVERYWOMAN'S ALMANAC 1986 THE WOMEN WRITERS 1986 CALENDAR HERSTORY 1986 THE CANADIAN WOMEN'S CALENDAR THE ALICE WALKER CALENDAR FOR 1986 ET BIEN D'AUTRES AGENDAS ET CALENDRIERS.3642, boul.St-Laurent, 2e étage Montréal, Québec H2X 2V4 842-4765 LA VIE EN ROSE 18 déc./janvier 1986 nus les ateliers et la plénière, malgré la diversité des sujets discutés.«Y a-t-il un sexe dans nos histoires d'amour?» «Linceste dans son aspect politique d'oppression et de socialisation.» «Qu'est-ce que le fait d'aller aux bars lesbiens change dans notre vie?» «Droite, extrême droite, fascisme, nazisme et lesbianisme.» «Qu'attendons-nous d'une communauté lesbienne?» «Intervenantes en santé de la clinique des lesbiennes: s'identifier comme lesbiennes?» «Marcher: votre image reflète-t-elle votre identité lesbienne?» «Politiques du lesbianisme: identité, identification lesbienne versus le contexte social et historique.» Bien entendu, la question de la visibilité, de l'identification est revenue dans la majorité des ateliers, même dans ceux dont ce n'était pas le sujet principal.«Être ou ne pas être», là n'est peut-être pas la question, puisque la présence d'au moins 500 lesbiennes lors de cette journée démontrait nettement l'existence individuelle et collective des lesbiennes en quête d'une existence politique, d'objectifs d'action communs qui respectent les différentes idéologies et surtout d'une plus grande solidarité entre les groupes.C'est peut-être ce point qui s'est dégagé avec le plus de force, lors de la plénière, avec la volonté plus pratique que théorique de se donner les moyens de fonder une communauté lesbienne efficace qui puisse concrétiser les projets collectifs des groupes ou des individus dans le domaine social, politique, culturel et humain.L'énergie qui circulait, lors de cette plénière.démontrait clairement qu'après une pleine journée de travail dans les ateliers, on essayait encore de tirer le meilleur parti de la rencontre, on souhaitait les multiplier afin de mieux pouvoir planifier certains projets, bref qu'une volonté politique encore peu unifiée - ayant souhaité rester telle pour éviter les conflits de pouvoir - ne demandait qu'à se structurer.Également significative, la volonté de travailler en marge des luttes hétérosexuelles, où les lesbiennes ont donné leur pleine mesure au cours des années passées sans toujours obtenir le même appui en retour pour leur cause spécifique.Changer la société, changer la vie peut sembler un voeu bien utopique, surtout dans un contexte de remontée du conservatisme qui nous menace toutes.Mais plusieurs voix positives ont soulevé l'enthousiasme en rappelant que les nombreux progrès accomplis, tant à l'intérieur de la communauté lesbienne qu'à l'extérieur, permettaient plus de confiance que de crain- tes.Et d'ailleurs, l'invitation lancée à celles qui avaient des projets concrets de les annoncer afin que d'autres puissent y collaborer, a porté fruit: les organisatrices en sont à l'heure actuelle à mettre les unes en contact avec les autres, avec un cahier rempli de noms et d'adresses de volontaires! Lors de la plénière, on a pu remarquer l'élargissement de la solidarité internationale par la présence de plusieurs Américaines, spécialement venues pour l'occasion, d'au moins une Française - l'ex-animatnce à Fréquence Gaie, de l'émission «Amazones du soir» -, d'anglophones ayant manifesté leur désir de se rapprocher davantage des francophones, de lesbiennes vivant en région ou à la campagne, dont les luttes diffèrent de celles des citadines, et de lesbiennes de diverses minorités ethniques, peut-être encore plus isolées que d'autres.Entre les productions New Moon, qui ont présenté à midi des extraits de leur pièce Passacaglia, sur le vieillissement des femmes et le Show & Sweet, histoire de nos heures de tendresse et de détresse, au spectacle du soir, l'aspect artistique, qui contribue à l'élaboration de l'utopie et de la culture lesbiennes, s'est révélé des plus prégnants Gloria Escomel y Attrapez le courant ! CINQ-FM RADIO CENTRE-VILLE CABLE 96,5 RADIO COMMUNAUTAIRE ET MULTILINGUE DE MONTRÉAL déc./janvier 1986 19 LA VIE EN ROSE POUVOIR AMI UN SEXE?Bien sûr, le pouvoir est indubitablement masculin, un boys' club encore aujourd'hui.Il suffit de constater la dernière campagne électorale pour s'en convaincre et pour voir aussi que les règles du jeu demeurent essentiellement les mêmes: compétition, hiérarchisation, favoritisme.Ce qui change, par ailleurs, c'est le désir des femmes d'accéder au pouvoir.Ne sont-elles pas de plus en plus nombreuses à le faire?De tout à fait exceptionnel (Thérèse Casgrain) à archi-difficile (Use Payette), l'accès des femmes au pouvoir est devenu aujourd'hui chose souhaitable (Pauline Marois).Et d'ailleurs qui mieux que ces «pionnières» nous a fait comprendre que le pouvoir n'est pas qu'une abomination patriarcale aussi tout ce que nous possédons s encore trop peu: le pouvoir d'influencer, de décider, de 1 transformer, de gouverner.I C'est donc dire que lentement (et sûrement?) le pou-\ voir se féminise.Mais au détriment de qui?Au détriment I des femmes qui accèdent aux postes de commande, obligées de se conformer au milieu, ou du pouvoir lui-même qui se voit en quelque sorte usurpé?Voilà la question que le féminisme s'est toujours posée.S'il est trop tôt pour trancher là-dessus, il est plus que temps d'entendre les femmes qui ont exercé le pouvoir dire ce qu'elles y ont trouvé.Étaient-elles prêtes à se retrouver de «l'autre côté de la barrière»?Se sont-elles senties isolées?Y ont-elles trouvé ennui ou motivation?Ont-elles appris à aimer le pouvoir?.Dans ce numéro, Monique Bégin, ex-ministre de la Santé et du Bien-être, sous le gouvernement Trudeau, et Use Bissonnette, ex-rédactrice en chef du quotidien Le Devoir, nous répondent.Question de démystifier le pouvoir, de s'en faire une idée plus juste, de constater que le bilan n'est ni tout à fait aussi noir ni tout à fait blanc qu'on aurait voulu le croire.Question de s'apercevoir aussi que la problématique des femmes et du pouvoir se posera sans doute de façon assez différente d'ici dix ans?.F.P.dec./janvier 1986 21 LA VIE EN ROSE Monique Begin Un voyage solitaire Au téléphone, il y eut un silence, puis elle fit entendre son rire: «Une entrevue?Au fond, pourquoi pas?Mais pas aujourd'hui, j'ai les deux mains dans mes tomates.» Docteure en sociologie, ex-secrétaire générale de la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme au Canada, membre fondateur de la Fédération des femmes du Québec puis candidate libérale élue sous le gouvernement Trudeau, Madame l'ex-ministre de la Santé nationale et du Bien-être social, l'Honorable Monique Bégin préparait un coulis de tomates.par Colette Marcil uand je l'ai rencontrée chez elle, il y en avait plein la cuisine de ces tomates.Elle venait tout juste de débarrasser la table de la salle à manger, d'ailleurs, pour que nous nous y installions.Cette table n'en finit plus: je ne sais plus combien de sièges s'alignent, noirs, presque Révères, à ses flancs.Spontanément, j'imagine un cabinet de ministres, une forêt rigide et parallèle de cravates.Monique Bégin, elle, fait presque trop ¦authentique» pour la revoir politicienne.Il faut dire qu'elle n'a jamais clairement décidé de faire de la politique.«Je me trouvais beaucoup trop vulnérable pour faire ce métier, selon la perception que j'en avais alors.Je suis un être extrêmement spontané, doté d'une très grande sensibilité, et la sagesse populaire veut qu'il faille un épiderme de pachyderme pour faire de la politique."La couenne dure", comme on dit.Dès lors, je m'excluais du mondé politique tout en poussant les femmes intéressées (et qui avaient selon moi les qualités requises) à aller de l'avant.» Elle a tout d'abord reçu un premier appel du bureau du Premier ministre, sollicitant sa mise en candidature.C'était en 1971 et Monique Bégin a pouffé de rire: «Non merci, messieurs, ce n'est pas pour moi.» «Le monde politique m'était totalement étranger.J'avais une conception bien féminine de la politique parce que, comme toutes les femmes, j'ai été tenue à l'écart de la gestion des affaires publiques.C'était pour moi un monde bizarre, j'imaginais quelque chose de «sale» qui me répugnait bien que, concrètement, je ne savais absolument pas ce qui se passait là-dedans.Et puis en 7972, nouvel appel du bureau du Premier ministre.Je devais être prête intérieurement puisque, cette fois, j'ai eu le goût de prendre le risque.Bien sûr, j'avais peur et cette peur-là ne m'a jamais quittée.Mais j'avais envie d'avoir peur.C'est une maladie qui me prend de temps en temps et que j'appelle "relever de nouveaux défis".» Comme le disait Huguette Bouchar-deau, députée socialiste française*: •¦Qu'est-ce qui pousse les femmes à affronter cette terre étrangère habitée depuis longtemps par des indigènes qui ont leur langue, leur signe de reconnaissance, leurs codes en tous genres et leurs rituels?» «Bien sûr, j'avais en tète la cause des femmes, une plus grande responsabilité chez les décideurs, un meilleur partnership des sexes dans la gestion politique.Mais je me préoccupais énormément de tout ce qui relèiSBIBBBiBSSS>MB LVR: L'affaire Leclerc n'a aucunement joué dans votre décision?LB: Non.Mais vous voulez vraiment revenir là-dessus?.Bon, il s'est passé là un conflit tout à fait classique.Ma position là-dessus, c'est qu'on ne fait pas un journal pour des journalistes mais pour les lecteurs et, dans ce cas, pour l'institution qu'est Le Devoir auquel je suis profondément attachée.Et pourquoi étions-nous en désaccord avec cet éditorial de Jean-Claude Leclerc?Ce qui était écrit là nous est apparu [à Jean-Louis Roy et à moi] comme des accusations gratuites qui n'ont pas leur place dans un journal comme Le Devoir'.Prenez une phrase de cet éditorial et inversez-la, dites que les assistés sociaux [plutôt que certains fonctionnaires et firmes d'ingénierie] sont des welfare bums qui prennent l'argent du gouvernement pour s'acheter des colifichets et vous verrez facilement où se situe le problème.Je pense que si on avait réprimandé Jean-Claude Leclerc pour une chose pareille, on nous aurait por-té-e-s en triomphe.Mais comme il s'agissait du contraire, on a accusé Le Devoir d'être contre les assistés sociaux et pour les compagnies.On a même insinué que nous avions des liens avec Lavalin! On a pas du tout pensé en termes d'éthique journalistique - ce qui était, pour Jean-Louis Roy et moi, en cause - seulement en termes d'idéologie.Et c'est ce qui a suivi qui a donné l'impression que nous avions fait taire Jean-Claude Leclerc: le syndicat des journalistes du Devoir a demandé qu'on publie sa déclaration.Remarquez qu'il aurait pu nous répondre à pleines pages du Devoir, il n'était toujours pas exclu de l'éditorial.Mais voilà, sa déclaration se résumait en gros à: «Je n'ai rien à faire de votre éthique, je n'ai besoin que de l'appui de mon syndicat pour continuer à écrire dans la page éditoriale.» LVR: Concernant l'éthique justement, vous avez écrit que cet éditorial remettait en question le «droit des personnes et des institutions à leur LA VIE EN ROSE 28 déc./janvier 1986 réputation».Ne pourrait-on pas dire que Jean-Claude Leclerc défendait le droit des assistés sociaux à leur réputation?LB: Ayant personnellement travaillé sur ce dossier-là, je peux vous dire que peu de gens présument que les assistés sociaux sont des fraudeurs.Il y a des problèmes, par contre, notamment à Montréal: un problème de certificats médicaux de faveur.Ce sont les médecins qui émettaient les certificats qui ont eux-mêmes demandé l'intervention du gouvernement.Ces médecins se retrouvaient à administrer une loi plus ou moins bonne.Il était normal qu'on veuille rectifier.Mais ces choses-là s'apprennent le moindrement qu'on se donne la peine de faire quelques téléphones.LVR: Mais tout le conflit ne repose-t-ilpas, finalement, sur la question du pluralisme au Devoir ?LB: Je ne pense pas.Regardez la page éditoriale à travers les années et vous verrez que le pluralisme y est.Il ne faut pas confondre pluralisme et idéologie.C'est une chose d'avoir des opinions qui diffèrent, c'en est une autre de dire à la direction: «Je ne reconnais ni votre autorité ni votre conception de l'éthique journalistique mais j'écrirai dans la page éditoriale quand même.» C'est là que ça s'est corsé.Et c'est évident qu'à partir du moment où l'on entre dans le processus formel, il devient formel.LVR: Comment voyez-vous le rôle du syndicat dans une boite comme Le Devoir ?LB: Le syndicat fait son travail, il le fait de façon très traditionnelle, comme il doit sans doute penser que nous exerçons l'autorité de façon bien traditionnelle.LVR: Vous avez été syndiquée?LB: J'ai été syndiquée, j'ai fait mes grèves, participé aux activités.J'ai été régulière sans être militante.Je suis trop individualiste pour ça - on me le dit souvent d'ailleurs -mais je ne pense pas que ce soit un défaut.En journalisme particulièrement, je préfère des individus qui ont une personnalité bien à eux et qui sont capables de se souvenir du contraire de ce que raconte leur voisin.Je n'ai jamais été forte sur les mouvements collectifs.LVR: Mais si nous vous posons des questions concernant l'affaire Leclerc, c'est que ce genre de conflit, de toute évidence très dur, est diffia-cilement compréhensible de l'extérieur.Mais surtout parce que, que vous le vouliez ou pas, vous servez d'exemple concernant l'exercice du pouvoir au féminin.Pauline Marois en est un aussi ainsi que La Vie en rose, dans une certaine mesure.Dans votre cas, on a parlé d'un pouvoir exercé de façon aussi automatic et arbitraire que celui des hommes.LB: Je ne crois pas avoir exercé un pouvoir arbitraire.Et puis, je l'ai déjà dit, je ne crois pas aux définitions collectives.J'ai vu beaucoup d'hommes exercer le pouvoir, j'en ai vu l'exercer de la façon la plus molle possible et j'en ai vu l'exercer de la façon la plus autoritaire possible.La question des femmes et du pouvoir, c'est la nouvelle morale des nou- veaux hommes, si vous voulez mon avis.Us veulent nous faire la leçon.S'interrogent-ils, eux, sur la façon d'exercer le pouvoir?Pourtant, c'est aussi fondamental pour eux que pour nous.Mais ça m'a frappée quand vous avez parlé d'une situation particulièrement dure.Ça n'a pas été aussi dur que ça.Les gens étaient très étonnés de me voir dans le calme absolu recevoir des lettres, pas seulement de la CSN, mais toute une chaîne de lettres! C'était comme les poupées russes.Encore une fois, je ne suis pas en train de dire qu'il faut s'endurcir mais qu'il faut relativiser.C'est tout le temps ça.De toute façon, ce qu'on m'a le plus reproché, bien plus que l'affaire Leclerc, c'est les révisions de secteurs, les gens que j'ai déplacés contre leur gré.Et Nathalie Pe-trowski, j'aime autant vous le dire, n'est pas celle qui a le plus chiâlé.J'ai voulu la sortir des variétés parce qu'elle a un talent fou, c'est évident.Je me disais: qu'est-ce que c'est que de s'enterrer dans un truc comme ça?A 35 ans, tu ne peux plus continuer à couvrir les p'tits gars de 20 ans qui font les clubs! Je ne crois pas aux définitions collectives.LVR: C'est peut-être ce qui a contribué à vous donna- la réputation du «complexe de la reine abeille», c'est-à-dire d'une femme au pouvoir qui ne veut être concurrencée par aucune autre femme?LB: Alors, je ne comprends vraiment pas.Je ne commencerai pas à faire le bilan de mon passage à la direction du Devoir.Mais j'ai envoyé des femmes [à la galerie parlementaire] à Québec, j'en ai recruté d'autres.Lorsqu'il a été question d'ouvrir le poste aux affaires sociales, j'ai mis une annonce dans les journaux; j'étais tannée du copinage, des gens qui m'arrivaient et qui me disaient: oui, )'ai un chum, un frère, toujours quelqu'un prêt a faire la job.J'ai reçu 500 candidatures.Bien sûr que je regardais les candidatures de femmes de plus près! J'ai choisi Carole Beaulieu un peu par intuition et je suis sûre aujourd'hui d'avoir eu raison.LVR: Vous avez dit qu'il y avait des choses dont vous étiez particulièrement fière au Devoir: le Devoir économique, la consolidation du Devoir culturel.Y a-t-il autre chose?LB: Le Devoir économique, c'est Jean-Louis Roy.Mais, justement, la question de l'utilisation des ressources internes.Dans un petit journal comme celui-là, il fallait peut-être faire bouger les gens un peu plus.C'est délicat, ça va contre la tradition et la tradition, au Devoir !.C'est un journal dont la facture est un peu vieillotte, c'est très difficile pour ce genre de journal de survivre.Mais alors, il faut bien que nous ajouuons notre part de tradition, nous aussi.Et je pense qu'il y a là un acquis, une plus grande diversité dans le journal, sur lequel les gens ne reviendront pas.ON VOULAIT PAS DES MIRACLES.Les travailleuses du vêtement se racontent.1937, 1940, 1983, trois grèves générales.Documentaire vidéo avec des travailleuses du vêtement qui les ont vécu.Avec la participation de Léa Roback A surveiller: sortie janvier 1986.Dossier lemmes immigrantes: MISSION IMPOSSIBLE?Documentaire sur la réalité des femmes immigrantes au Québec A venir - Dossier Porno.Une iiction qui explore la sexualité des lemmes a.I.V.distribution de vidéos 718 Gilford, Montréal Que.H2J 1N6 (514) 524-3259 déc./janvier 1986 29 LA VIE EN ROSE "Pùùàtl Payez-vous une belle aventure aux ateliers du Service d'animation culturelle de l'Université de Montréal.Vidéo - musique - danse - théâtre - photographie - encadrement - peinture - dessin - loisirs littéraires - psycho-culturels - langues et cultures étrangères - massage - mécanique (autovélo) - menuiserie - auto-défense.Plus de 70 ateliers de soir et de fin de semaine.Demandez notre programme 343-6524.Inscriptions, pour la plupart de ces ateliers, du 13 au 17 janvier de 9:30 à 20:00.2332 boul.Edouard-Montpetit.LVR: Et si on vous demandait ce dont vous ne vous ennuierez absolument pas au Devoir ?LB: Le quotidien.Ce n'est pas aussi écrasant dans un journal qu'en politique où il faut continuellement faire la tournée des parties de blé d'inde et des clubs de l'âge d'or.Mais il faut tous les jours voir qui va aller où, qui veut faire du temps supplémentaire, si c'est vraiment nécessaire.C'est une gestion indispensable, que j'ai apprise à faire, mais que je n'ai jamais tellement aimée.LVR: Que pouvez-vous dire sur le pouvoir aujourd'hui que vous n'auriez pas pu dire il y a iuatre ans?,B: Une chose m'apparaît fondamentale aujourd'hui: c'est que le pouvoir, ce n'est pas de la gestion, c'est avant tout de la responsabilité.La responsabilité des gens et des choses.C'est un aspect du pouvoir dont je n'avais pas saisi l'ampleur avant d'y arriver.C'est une très belle expérience dans ce sens-là car le journalisme est un métier qu'on peut très souvent exercer de façon irresponsable.C'est un métier extrêmement confortable d'une certaine façon, où l'on juge facilement aussi.On est à l'extérieur et on regarde, on n'est jamais obligé de prendre position soi-même, on peut toujours renvoyer les gens dos à dos.Quand on entre à l'éditorial, le sens des responsabilités commence à nous rattraper.Car on est là qui donne des conseils aux Lévesque, Trudeau.sans être parfaitement au courant du pourquoi d'une telle décision.Et ils le lisent quand même!.Il y a toujours une partie souterraine du pouvoir avec laquelle l'éditorial doit composer.Il faut beaucoup mesurer l'effet de ce qu'on dit, l'éthique aussi naturellement.Et puis, une fois arrivée à la direction de la rédaction d'un journal, tout ça est encore plus évident.S'il y a une chose qui me fait mal au coeur, c'est de recevoir une lettre d'un lecteur qui se dit lésé par un article du journal.Cette responsabilité quotidienne, c'est la chose dont je vais m'ennuyer le plus.Ce que j'ai regretté un peu aussi en quittant, c'est qu'il n'y ait pas plus de femmes rédactrices en chef dans les grands quotidiens au Canada.J'avais un peu l'impression de laisser tomber quelque chose.En même temps, je ne pouvais continuer uniquement pour cette raison-là.LVR: Il y a une question qu'on aimerait vous poser mais qui date d'avant votre nomination à la direction du journal: la question des Yvette.Réécnnez-vous aujourd'hui le même éditorial* à ce sujet?LB: Peut-être pas tout à fait sur le même ton.Cet éditorial a provoqué de telles réactions - au point de me faire dire, moi qui suis indépendantiste, que j'avais fait perdre le référendum - que j'y ai réfléchi plus longtemps après qu'avant de l'écrire.J'étais très choquée par ce qu'avait dit Lise Payette.J'ai toujours détesté cette manie de circonscrire le vote des femmes.Et, à mon avis, ce que madame Payette disait, c'était: «Si vous êtes de vraies femmes, si vous croyez dans l'avenir de vos enfants, alors c'est de votre devoir de leur donner un pays, de voter OUI.» Et puis, celles qui se sont appelées les Yvette ont rempli le Forum et ont dit exactement le contraire: «Votre devoir de femmes, c'est de voter NON pour garder le pays pour vos enfants.» Jamais on ne voit le vote des hommes piégés de cette façon.D'ailleurs, le vote des femmes - d'autres l'ont analysé avant moi -est fondamentalement déterminé non pas par le fait que les femmes sont des femmes mais par leur statut social.On vote comme les gens de notre classe sociale.LVR: Vous ne croyez donc pas au gender gap4?LB: Non.Il peut se produire un phénomène comme celui autour de la nomination de Géraldine Ferraro, aux Etats-Unis, que les femmes appuyaient massivement, mais je pense que ça se passe surtout dans les classes bourgeoises, où la sophistication du vote devient telle.Mais c'est aussi une question de liberté: je ne veux pas me faire dire de voter de telle façon.Vous vous êtes un peu approchées de ça dans votre numéro de septembre.Mais moi, je n'y crois pas.Et au moment du référendum, je me disais: les femmes doivent avoir les mêmes raisons de choisir que les hommes, doivent pouvoir regarder la situation dans son entièreté.Je n'ai jamais douté que Lise Payette ait eu de la peine suite à l'éditorial.D'ailleurs, vous n'êtes pas sans savoir que Lise Payette et moi, on s'est longuement parlé de ça; elle est venue me voir à New York, on a passé une journée dans un restaurant.Après, elle est venue me porter les épreuves de son livre en me demandant de le préfacer.J'ai finalement dit non parce que j'étais en désaccord encore une fois avec sa façon d'interpréter cette affaire.LVR: Vos visions du pouvoir sont fondamentalement différentes.Par exemple, vous n'utiliseriez jamais l'expression: «Le pouvoir, connais pas.»?LB: Non, jamais.Un des phénomènes intéressants dans les années à venir sera justement les femmes au pouvoir, les femmes en politique, des femmes qui auront des choses à dire.Je ne demanderais jamais à Pauline Marois si elle connaît le pouvoir; c'est clair qu'elle en a envie.Et c'est comme ça que ça doit être.^.- 1/ Il y a environ deux ans, la Chambre des communes, à Ottawa, partait à rire à la mention des «femmes battues».21 Le lendemain de la parution de l'éditorial de Jean-Claude Leclerc, une «mise au point», signée Lise Bissonnette et Jean-Claude Roy, paraissait dans Le Devoir, se dissociant et s'excusant dudit éditorial.3/ En avril 1980, Lise Bissonnette a écrit un éditorial intitulé «L'appel aux femmes» en réponse à Lise Payette qui avait parlé des femmes au foyer comme des «Yvette», c'est-à-dire conformes au modèle de femmes véhiculé dans nos vieux manuels scolaires.4/ Phénomène remarque pour la première fois lors des élections présidentielles américaines en 1980 et qui montre que les femmes ne votent pas de la même façon que les hommes: elles votent plus à gauche.LA VIE EN ROSE 30 déc./janvier 1986 La première grande biographie d'une femme remarquable, sans doute l'une des plus belles figures du XXe siècle québécois, dont la pensée et l'action restent d'une étonnante actualité.424 pages, $19,95 Boréal Express International Afrique p0Uf q„j Sud sonne le glas?À venir jusqu'à tout récemment, l'Afrique du Sud était une espèce de paradis riche et verdoyant dans un continent ravagé par la misère, la sécheresse et la famine.Un paradis pour Blancs, s'entend, longuement et méticuleusement construit sur l'exclusion systématique et le semi-esclavage de 73 % de la population, les Noir-e-s bien sûr.C'est ce qu'on appelle l'apartheid.Combien de temps ce régime aberrant durera-t-il?C'est ce que nous nous demandons à chaque fois qu'une nouvelle dépêche nous parvient de l'Afrique du Sud quasi quotidiennement, ces temps-ci.Nancy Thede, membre du Centre d'information du Mozambique et de l'Afrique australe (CIDMAA), nous explique brièvement la situation.LA VIE EN ROSE par Nancy Thede 32 déc./janvier 1986 e suis devenue plus libérée en prison.Il était plus gratifiant de vivre physiquement mes convictions que de les énoncer devant une foule.Je ne dis pas que c'est bien d'être en prison.Mais lorsqu'il s'agit de savoir laquelle des deux prisons - celle de l'extérieur ou celle de l'inté- rieur - est préférable.Eh bien, le pays tout entier est une prison pour les Noirs et quand tu es dedans, au moins tu sais pourquoi tu es là et les gens qui t'y ont enfermé le savent aussi».1 C'est Winnie Mandela qui parle, épouse de Nelson Mandela, chef de l'aile armée du plus important mouvement d'opposition à l'apartheid, le African National Congress (ANC), emprisonné depuis 23 ans par le gouvernement actuel en Afrique du Sud.Winnie Mandela elle-même est devenue un Zinzl Mandela, fille de Winnie et Nelson Mandela, engagée dans la lutte contre l'apartheid comme tous les jeunes Sud-Africains noirs.symbole de la résistance au régime raciste blanc.Ce que vivent les Mandela illustre bien les déchirements imposés à tout un peuple par un regime aux abois qui essaie par tous les moyens de retarder son renversement.Car en Afrique du Sud, 5 millions de Blancs décident seuls du sort du pays, alors que 24 millions de Noirs n'ont aucun droit de vote » et que 4 millions de Métis et d'Asiatiques ne I possèdent que des parlements «consultatifs», S fortement contestés d'ailleurs par ces mêmes ° communautés.Tout cela au nom de la su-ii prématie blanche érigée en idéologie oliiciel-ê le de l'État.Un pays riche L'Afrique du Sud est de loin le pays le plus puissant du continent africain, tant économiquement que militairement.A un point tel, d'ailleurs, qu'il ressemble davantage aux pays riches du Nord qu'aux pays pauvres du Sud.15 % de son budget annuel est consacré à la défense.A ses immenses richesses minérales (or, diamant, platine I et agricoles ( les pommes Granny Smith, par exemple:, s'ajoutent une forte industrialisation s'ap-puyant sur une infrastructure étatique (sidérurgie, électricité, pétrole) et d'énormes investissements étrangers.Toutes les grandes banques et multinationales américaines et britanniques y ont installées leurs succursales ainsi que bon nombre de leurs consoeurs canadiennes (dont Bata, Massey-Ferguson, Falcon Bridge, la Banque Royale, Québec Fer et Titane, etc.).Malgré cette richesse apparente, une grande partie de la population noire est très pauvre (salaire moyen: 150 $ par mois), et ce particulièrement dans les zones rurales où l'on retrouve les «bantoustans», ce 13 % du territoire national réservé aux Noirs.Quoique ceux-ci représentent 73 % de la population totale, les meilleures terres agricoles sont réservées aux fermiers blancs.Les bantoustans étant dépourvus de toute richesse naturelle, l'agriculture de subsistance y est même difficilement praticable.Ses habitants doivent donc chercher de l'emploi dans les zones urbaines, mais peuvent y rester seulement si et aussi longtemps qu'ils possèdent un emploi.Sans emploi, ils sont considérés comme illégaux et doivent retourner dans l'un des 10 bantoustans assigné à leur groupe ethnique - et ceci même s'ils n'y ont jamais mis les pieds.Ce contrôle est exercé par le moyen de la fameuse «passe», document que n'importe quel policier peut exiger à tout-e Noir-e à tout moment.Avec la montée de la résistance urbaine, le gouvernement essaie de forcer certains secteurs de la population noire urbaine à déménager dans les bantoustans.Ses tactiques comprennent l'utilisation de bulldozers pour raser les bidonvilles et le transport des habitants en camions militaires dans les zones rurales les plus reculées.Mais les gens reviennent clandestinement, ils reconstruisent un abri avec des bouts de carton, de plastique et de tôle.La résistance massive et violente qui secoue l'édifice chancelant de l'apartheid depuis maintenant presque deux ans a atteint la majorité des secteurs de la population noire.Le refus de l'apartheid Depuis plusieurs mois déjà, les élèves du primaire et de secondaire boycottent leurs classes pour protester contre la structure et le contenu de l'éducation inférieure servie aux Noir-e-s.(Le gouvernement dépense 12 fois plus pour l'éducation d'un enfant blanc que pour celle d'un enfant noir.) Des boycotts du transport en commun contre les hausses de tarif et des campagnes de non-collaboration avec le gouvernement blanc, y compris des attaques violentes contre les autorités municipales noires, se multiplient dans les townships, les cités noires rattachées aux grandes villes blanches.Les femmes en particulier jouent un rôle clé dans l'organisation de la résistance quotidienne dans les quartiers.Elles ont une longue expérience puisqu'elles ont été présentes en tant que force organisée dès les débuts du mouvement de libération nationale dans les premières années de ce siècle.Ce refus total de l'apartheid, qui germait déjà dans les années 1970, est intimement lié à une crise interne, politique et économique du régime de l'apartheid.La crise économique mondiale a rebondi en Afrique du Sud à partir de 1973 et a rapidement pris des proportions importantes dues à la politique coûteuse voire «irrationnelle» de l'apartheid, en particulier la restriction de l'accès à l'emploi (qui crée une pénurie d'ouvriers spécialisés et de techniciens) ainsi que la politique salariale discriminatoire à l'endroit des Noir-e-s, qui restreint le bassin de consommateurs.L'inflation montant en flèche, accompagnée de la stagnation des salaires, a déclenché une vague de grèves spontanées et a rapidement entraîné la mise sur pied d'un mouvement syndical noir.Bientôt, ce sera au tour des étudiants de lancer un mouvement qui marquera l'histoire de l'Afrique du Sud avec les événements de Soweto en 1976 et la montée du mouvement de la conscience noire.Depuis ces événements, l'État sud-africain cherche à mettre en place une approche réformiste pour éviter le pire.Mais la forte constituante blanche d'extrême droite refuse tout compromis et menace d'éclatement la fragile coalition au pouvoir.D'autre part, la population noire refuse de plus en plus toute réforme qui ne soit pas l'acceptation pure et simple de la plate-forme du Front démocratique uni (UDF): élections libres, démocratie, société non raciale.Pourtant, le gouvernement s'entête à appliquer ses réformes dans l'espoir, peut-être, qu'à la longue la population les acceptera.Pour les Noir-e-s, ces mesures ne remettent pas fondamentalement en cause l'apartheid: jusqu'à maintenant, il s'agit de mesures visant à éliminer certains des aspects les plus «bêtes» de l'apartheid, ce qu'on appelle le «petit apartheid»: ces fameux bancs, toilettes, plages, restaurants séparés selon la race; l'interdiction des rapports sexuels entre gens de races différentes, etc.Comme le dit si bien Sylvia Vollenhoven, journaliste sud-africaine noire: «.de 1974 à 1982, 1 916 personnes dans tout le pays ont été poursuivies en vertu de la disposition de la Loi sur l'immoralité qui interdit des rapports sexuels entre les races, tandis qu'en la seule année 1982, il y a eu 206 222 arrestations pour des offenses concernant les «passes» - 23 arrestations par heure, ou une arrestation à toutes les 2,5 minutes»3.LA VIE EN ROSE déc./janvier 1986 33 Ce n'est pas demain la veille.De toute évidence, c'est l'impasse.D'une part, le gouvernement blanc est pris dans des contradictions renforcées par le système de l'apartheid lui-même, à savoir le refus d'une bonne partie de sa constituante blanche à accepter des réformes à un rythme qui permettrait d'apaiser la révolte des Noir-e-s.D'autre part, la révolte des Noir-e-s ira en s'accentuant, mais sans réelle perspective de prise du pouvoir: ce ne sont pas les foules des townships noirs, aussi enragées et décidées soient-elles, qui pourront faire face à l'armée la plus puissante du continent africain, appuyée par ses alliés clandestins, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israel.Si le pays est en effet «ingouvernable», (voir entrevue), la victoire n'est pas pour autant acquise.La révolution noire en Afrique du Sud n'est pas pour demain, et il est même possible qu'il n'y ait pas de révolution du tout.En l'absence d'une organisation des forces populaires en vue de la prise du pouvoir, une issue par voie de négociation devient.possible.Probable, même.En tout cas, les représentants des multinationales en Afrique du Sud travaillent déjà à une alternative «modérée» visant à éliminer l'apartheid (mais non pas le capitalisme) et à intégrer certains éléments de la population noire à l'élite politique et économique d'un régime post-apartheid démocratique.Galvin Reil- Nelson Mandela, leader de l'ANC, emprisonné depuis 23 ans en Afrique du Sud.ley, de la corporation Anglo-American, s'est récemment entretenu avec Oliver Tambo, président de l'ANC, pour discuter des conditions préalables à de telles négociations.Le mouvement de résistance, y compris l'ANC et à plus forte raison l'UDF, est très hétérogène et on observe certaines tendances vers la négociation de compromis avec le grand capital sud-africain et international, qui affiche aujourd'hui une position anti-apartheid.Les jeux ne sont pas faits.Des milliers de résistant-e-s sont prêts-e-s à aller au bout de leurs convictions dans une lutte qui mobilise des appuis un peu partout dans le monde.Ici même, neuf femmes ont créé un collectif de désobéissance civile à l'intérieur du Comité pour une Afrique du Sud libre (CASL) et ont occupé récemment un magasin de la multinationale canadienne Bata pour protester contre sa présence en Afrique du Sud.Il ne faudrait pas négliger l'importance de ces actions.Comme disait une Sud-Africaine présente au Forum de Nairobi cet été4: «Cela ne nous servira à rien de nous battre contre l'apartheid si, partout dans le monde et particulièrement dans les pays industrialisés, vous ne prenez pas aussi la décision d'en finir avec le régime.» Nancy Thede est ethnologue de profession.1.Extraits de «Part of My Soul Went With Him», de Winnie Mandela, publiés dans Mother Jones, octobre 1985.2.Le revers que vient de subir le gouvernement Botha aux elections partielles dans la région du Cap, le 31 octobre, au profit du parti d'extrême droite en est un exemple eloquent.3.Mother Jones, juillet 1985.4.Quelques Sud-Africaines présentes à Nairobi ont été emprisonnées dans leur pays par la suite.Pour plus d'information: Centre d'information du Mozambique et de l'Afrique australe, 3738, rue Saint-Dominique, Montréal.as 6® L autre ÀÎA Radio télévision Quebec 1$ RUE CASES-NÈGRES" Dans les années 30, un jeune Martiniquais talentueux réussit à compléter ses études grâce à l'acharnement de sa grand-mère.Un film d'Euzhan Palcy à Ciné-répertoire.LA VIE EN ROSE 34 déc./janvier 1986 347812 Afrique du Sud À l'heure de l'état d'urgence par Francine Pelletier LA VIE EN ROSE: Pourquoi Vital d'urgence?KATE PHILIP: L'état d'urgence ne représente pas une coupure dans les événements.Il ne fait que légaliser ce qui se passe à plus ou moins grande échelle depuis toujours en Afrique du Sud.Nous vivons dans un état policier et la police a maintenant plus de pouvoir que jamais.Non seulement tous les «gardiens de la sécurité» peuvent-ils aujourd'hui arrêter, emprisonner, torturer.mais personne, sauf le ministre de la Défense, peut porter des plaintes contre eux.Les étudiants, par exemple, sont contraints d'être à l'école de telle heure à telle autre.Un policier qui aperçoit un étudiant sur la rue a le droit de tirer.LVR: Mais alors pourquoi le Premier ministre Boiha n'a-t-il pas tenté de déclarer l'état d'urgence plus tôt?KP: L'Afrique du Sud est en pleine crise politique, à l'heure actuelle, due, en grande partie, à la montée et à l'organisation des forces progressistes.Ainsi, l'appel à l'insurrection dans les townships (cités noires) que lançait l'ANC*, il y a plus de six mois, a été respecté.Ces townships qui ont toujours été sévèrement contrôlés par la police et l'armée sont aujourd'hui ingouvernables.Et puis, il Mme Moloise et une parente à l'extérieur des murs de la prison de Pretoria où était emprisonné son fils, le poète Benjamin Moloise.Il a été exécuté en novembre dernier.Kate Philip est une jeune Sud-Africaine blanche (de descendance britannique) de 25 ans.Représentante de l'Union nationale des étudiants sud-africains, un des trois organismes étudiants impliqués dans la lutte contre l'apartheid, elle était de passage à Montréal en octobre dernier pour discuter de ce conflit qui ne fait que s'aggraver et dont on ne cesse de parler depuis la proclamation de l'état d'urgence, le 21 juillet dernier.y a les bocycotts dont celui des petits commerces de Blancs qui se déroule en ce moment dans la région du Eastern Cape.Ce boycott ne fait qu'aggraver la crise économique qui sévit en Afrique du Sud et, surtout, il met en relief le lien étroit qui existe entre les intérêts financiers et le système d'apartheid.De plus, on savait que bon nombre de ces commerçants se joignaient à l'armée la nuit pour mieux réprimer la population noire.Il s'agissait aussi d'encourager les commerces gérés par les Noir-e-s qui, étant plus petits, sont plus dispendieux donc moins fréquentés.Mais ceux-ci devaient faire preuve de leur allégeance au peuple en versant aux organisations populaires 15 % de leurs profits.Ce boycott a été efficace à 100 %, à un point tel que les commerçants blancs imploraient les habitants d'acheter chez eux.On a brûlé leurs boutiques pour la plupart; un seul commerçant blanc a été épargné: il s'était joint par le passé à l'équipe noire de football.Etant donné que l'économie sud-africaine repose à 80 % sur cinq grosses compagnies, dont Anglo-American est la plus importante, on songe à étendre le boycott sur ce plan LVR: Les médias ont fait grand cas du fait que, récemment, des Noirs tuaient d'autres Noir-e-s dans la rue.Comment l'expliques-lu?KP: On ne peut comprendre l'Afrique du Sud sans comprendre qu'il y a beaucoup plus que le racisme en jeu ici.D'ailleurs, le gouvernement actuel tente de «dé-raciser» l'apartheid en y incorporant certaines réformes.Ainsi, en août 1984, il tenait des élections tri-cameral afin de faire du pouvoir, jusqu'ici réservé aux Blancs, un pouvoir partage par les coloreds (Métis) et les Indiens, mais dans des proportions moindres1.C'était laisser croire à la libéralisation tout en augmentant simultanément les contrôles sur la population noire: les pass laxvs sont devenus plus sévères, l'exil des Noir-e-s dans les bantoustans s'est accéléré (voir «Pour qui sonne le glas?»).Or, ce sont souvent des policiers noirs qui sont charges d'effectuer ces contrôles.Puis, toujours dans cette vague de réformes, le gouvernement a décide de re- déc./janvier 1986 35 LA VIE EN ROSE connaître l'existence des communautés noires vivant à l'intérieur des grandes villes blanches en nommant des «conseillers communautaires».(Ces communautés ont toujours été tolérées parce qu'elles constituent la main-d'oeuvre nécessaire au bon fonctionnement des villes.) Mais ces conseillers, tous des hommes d'ailleurs, n'ont le pouvoir que d'empirer les choses non de les améliorer: ils ont dù augmenter les loyers, le prix de l'eau, des routes.Au même moment, le coût des produits de base (le pain, le lait, le pétrole) a augmenté.Alors que les élections tri- cornerai ne réussissaient qu'à souligner l'exclusion des Noirs du pouvoir, ces nouveaux conseillers noirs ont accentué la misère économique des gens.C'en était trop.La violence a éclaté.Les Noir-e-s qui ont été abattu-e-s étaient des policiers ou des conseillers, donc des collaborateurs du régime; ils représentaient les cibles les plus facilement atteignables.Pour la majorité des Sud-Africain-e-s noirs, il faut se battre ou mourir, et peut-être bien les deux à la fois.Je peux vous dire que les jeunes sont prêts à mourir.LVR: Quel rôle les jeunes jouent-ils en Afrique du Sud?KP: Depuis 1980, ils mènent une lutte qui prend de plus en plus d'ampleur dans les écoles.D'abord, il faut savoir que le système d'éducation vise deux choses très précises: d'un côté, préparer les Blancs à tenir les postes de direction, les emplois professionnels et, de l'autre, inculquer aux Noirs les competences nécessaires pour en faire une main-d'oeuvre non qualifiée et soumise.Et ça, c'est écrit en toutes lettres.Les étudiants sont donc une clé importante dans le système et ils le savent.Nous revendiquons des choses très concrètes en ce moment: des manuels scolaires, car il n'en existe qu'un pour 100 étudiant-e-s, l'interdiction des châtiments corporels et du harcèlement sexuel, deux pratiques très répandues et, finalement, l'élection de représentants étudiants.C'est ce que nous visons à court terme car, bien sûr, c'est une éducation beaucoup plus démocratique encore que nous voulons dans le futur avec tout ce que cela implique dans un pays comme le nôtre.LVR: Et comment te sens-tu en tant que Blanche en Afrique du Sud?KP: La lutte en Afrique du Sud est depuis longtemps basée sur la notion d'une société non raciale.Ceci veut dire que ni le black consciousness2 ni le ressentiment contre les Blancs sont perçus comme des armes très efficaces, même si, dans un cas comme dans l'autre, c'est assez inévitable.Au contraire, pour donner plus de force au concept de non-racialism, le fondement même de la Charte de la liberté établie par l'ANC (voir encart), on s'efforce de mobiliser les progressistes parmi la communauté blanche.Ils sont très peu nombreux, c'est sûr, mais ce petit noyau de militant-e-s a une longue histoire de lutte contre l'apartheid.De toute façon, la communauté blanche est plus complexe qu'elle peut en avoir l'air de l'extérieur.Il y a les descendants hollandais, les Afnkaaners, et il y a les descendants anglais qui sont arrivés plus tard, au moment où l'Angleterre avait l'oeil sur les mines d'or et de diamant du pays.L'apartheid est né du nationalisme afrikaaner qui a toujours cherché à contrôler l'économie et le pouvoir d'état (face aux Britanniques, entre autres).Or, la crudité de leurs méthodes n'inspire que du dédain aux Blancs d'origine britannique.Ceci dit, ce groupe dispose de gros intérêts économiques et, tout en se disant contre le racisme, il n'a jamais profondément remis en question un système qui leur assure de gros profits.Mais disons qu'ils sont plus disposés aujourd'hui à trouver une façon de sortir le pays de l'impasse.LVR: Peu de temps après la proclamation de l'état d'urgence, on aurait pu croire au renversement imminent du gouvernement Botha.Six mois plus tard, cela semble moins sûr.Quelles sont tes prévisions pour l'Afrique du Sud?KP: L'Afrique du Sud entre dans une nou- fllfcitfi'i!: Si, L'UNE À L'AUTRE la seule revue féministe spécialisée en périnatalité encourageant l'autonomie des femmes face à leur santé.abonnez-vous dès maintenant facturez-moi ?1 AN Individu-e-s $10.Groupes $15 De soutien $20 ou plus Corporations et institutions $25 De soutien $40 ou plus Étranger, ajouter $5 00 Ci-joint la somme de _ NOM ADRESSE VILLE_ PROVINCE CODE POSTAL .TELEPHONE L'UNE À L'AUTRE, CP.249, SUCC.E, MTL H2T 3A7.(514) 525-5895 LA VIE EN ROSE 36 déc./janvier 1986 velle période: l'insurrection généralisée et la politisation de masse.C'est sans doute le début de la fin, si vous voulez, mais tout le monde s'attend à ce que la lutte soit longue.Oliver Tamba, le président de l'ANC, a parle de 10 ans.LVR: Est-ce que les sanctions économiques effectuées par certains pays occidentaux sont, d'après toi, efficaces?KP: Ils peuvent faire une grosse différence.D'ailleurs, le gouvernement en parle comme du «sabotage économique».L'économie sud-africaine est à son plus bas; elle a besoin de capitaux étrangers qui sont assurés surtout par la vente de nos produits.Or, il y a un boycott de ces produits en plus d'une campagne qui tente d'empêcher que des pays étrangers prêtent à l'Afrique du Sud.Il doit continuer.Et puis, la question de la solidarité internationale est toujours très importante pour le moral des troupes.1.Les Blancs ont l'équivalent de quatre votes, les Métis, deux et les Asiatiques, un.2.Mouvement inspiré du Black Power aux États-Unis qui veut promouvoir l'identité noire, ce qui passe par le refus de travailler avec des Blancs.African National Congress.Petit lexique politique de l'Afrique du Sud ANC: Le Congrès national africain, fondé en 1912 par des Noirs urbanisés, avait pour objectif de bâtir une nation sud-africaine unifiée.Son approche d'opposition «légale» est remise en question dans les années 1940 par sa section jeunesse, et l'ANC adopte alors des tactiques de boycott, de désobéissance civile et de grève.Le nombre d'adhésions à l'ANC monte en flèche.Certains jeunes dirigeants, dont Nelson Mandela, argumentent en faveur d'une organisation clandestine et créent l'aile armée de l'ANC: Umkhonto we Siswe (Epée de la nation).En 1955, l'ANC participe avec quatre autres organisations à l'élaboration et, l'adoption de la «Charte de la liberté» comme plate-forme politique du mouvement anti-apartheid.En 1960, suite à la répression féroce d'une manifestation pacifique et qui a entraîné le massacre de 63 personnes à Sharpeville, le gouvernement déclare l'ANC illégal.Un grand nombre de dirigeants sont emprisonnés, exécutés ou obligés de s'exiler et l'organisation devient presque inactive.Avec le nouveau cycle de résistance des années 1970, l'ANC reprend du souffle au point où aujourd'hui il est devenu le point de référence pour la grande majorité des sec- teurs du mouvement de la résistance.Un autre mouvement de libération, le PAC (Congrès pan-africain), reconnu au même titre que l'ANC par le Comité de libération de l'Organisation des États africains, reste inactif depuis la fin des années 1970.UDF (Front démocratique uni): Formé en 1982, il regroupe plus de 600 organisations communautaires, syndicales, étudiantes et cléricales.Quoique de tendance plus modérée, il a adopté, lui aussi, la Charte de la liberté comme plate-forme politique.Depuis la déclaration de l'état d'urgence en juillet dernier, les dirigeants de l'UDF ont été la cible de la répression gouvernementale.AZAPO (Organisation du peuple d'Aza-nie): Formée en 1978 et porte-parole du «mouvement de la Conscience noire», elle joue aussi un rôle important dans la résistance actuelle mais s'oppose à bon nombre d'actions de l'ANC et de l'UDF.Pour AZAPO, les Blancs n'ont aucun rôle à jouer dans la lutte de libération, tandis que tous les Noirs sont des ouvriers exploités par les Blancs capitalistes.0» L autre a*a Radio télévision Québec .\ La situation des arts au Canada Luce Guilbault en entrevue ' Maladies transmises sexue/lement.déc./janvier 1986 49 LA VIE EN ROSE Danse Le Festival international de nouvelle à 0 f Un art de voyeurs Le Festival international de nouvelle danse (FIND), qui se déroulait à Montréal, en septembre dernier, pour la première fois, en a étonné plusieurs.On y retrouvait les plus grands noms de la scène internationale: Pina Bausch, Merce Cunningham, la Japonaise Natsu Nakajima, la Belge Anne Teresa de Keersmaeker, d'autres encore et presque tous les chorégraphes québécois connus.Chose la plus étonnante peut-être de cet événement: les femmes brillaient par leur présence.par Aline Célinas LA VIE EN ROSE 50 déc./janvier 1986 Tout autant que le cinéma, la danse est un art pour voyeurs.Des gens confortablement calés dans des fauteuils en observent d'autres s'exténuer avec grâce.Le tutu du ballet classique vient du désir des balletomanes, vieux messieurs à monocle, d'en voir toujours davantage.La jupe est bien empesée, les jambes des danseuses sont offertes au regard, alors que celles des femmes, dans la rue, sont cachées.Leurs partenaires masculins, qui la plupart du temps s'aiment entre eux, se font complices de ces spectateurs et les soulèvent de toutes les façons pour améliorer le point de vue.C'est un plaisir chaste: elles sont de blanc vêtues et le dit tutu empêche les contacts à la hauteur du bassin.Les femmes sont de beaux objets à contempler.Est-ce différent aujourd'hui?Il y a beaucoup plus de variété dans la mise en rapport des corps sexués.Statistiques?Il n'y avait que des femmes à la direction du Festival international de nouvelle danse (FIND) et, comme invité-e-s, autant de femmes que d'hommes.Chantai Pontbriand, l'éditrice de la revue Parachute et l'une des cofondatrices du Festival, disait d'ailleurs avoir invité des chorégraphes «qui remettent en question les idées et les mouvements reçus».De façon générale, la sélection du FIND était fort intéressante.Par exemple, Merce Cunningham, cet Américain qui, à 67 ans, monte toujours sur les planches.Lorsqu'il a commencé à créer, il y a plus de 40 ans, il a brisé les conventions de son époque, libéré le mouvement de sa sujétion à la musique et à la trame dramatique.C'est devenu pur, abstrait, mathématique.Il est cependant demeuré attaché aux rôles sexuels: ses danseurs sont grands et forts et portent à bout de bras de gracieuses jeunes femmes toutes en courbes.On retrouve chez sa fille «spirituelle», Tnsha Brown, aussi invitée au Festival, ce même sens de la gratuité du mouvement.Mais, soulignons-le, cette jeune chorégraphe est beaucoup plus attentive à équilibrer les forces: les femmes por- Les danseurs Christina Coleman et Vincent Warren dans «Chaleurs» de Paul-André Fortler.tent autant qu'elles sont portées, les mouvements sont complexes autant pour les femmes que pour les hommes.La démarche d'Edouard Lock se situe aussi dans cette recherche d'équilibre des forces quoi qu'il aime assez cultiver l'ambiguïté.Louise Lecavaher est, hors de tout doute, la danseuse vedette de son Human Sex: une véritable boule de feu.On sent que le chorégraphe a été très généreux ou l'interprète, très gourmande.Elle porte une moustache, incarne un bel androgyne qui séduit tous ceux et celles qui l'approchent.Elle/Il brouille les cartes.Ce qui en ressort?Les qualités de l'être, de la conscience, de l'abandon spirituel (dont l'abandon physique est une allégorie), tout ce qu'on rencontre au-delà de la différenciation sexuelle.Pour ce qui est de la Stella de Jean-Pierre Perreault, cela n'a pas été sans créer des remous.Ayant fait Joe l'année dernière avec 24 interprètes masculins, dont le corps était dissimulé dans de longs manteaux, il reprend l'expérience cette année avec 24 femmes en robe et souliers plats, toujours aussi anonymes.Perreault mise ici sur le fait que les femmes autant que les hommes peuvent «symboliser» le monde: le monde public, le pouvoir, les rapports sociaux, la politique, les choses graves.Pas le «monde des femmes, disait-il en entrevue, le privé ou celui des rapports personnels».Or, tel qu'il l'a mise en scène, Stella n'a parlé ni du monde ni des femmes, mais de quelque chose entre les deux.On sent qu'il a démissionné devant la c mposante «femmes» qui s'ajoutait à sa composition.Par manque de temps, de goût, par pudeur?Le rapport du chorégraphe aux femmes étant confus - même s'il fait preuve de beaucoup de savoir-faire -, l'oeuvre reste timide et les femmes, plus objets que sujets encore une fois.Le Montréalais Paul-André Fortier, pour sa part, a présenté la première partie d'une oeuvre qui détonnait carrément avec l'ensemble du Festival (comme quoi tout n'est pas gagné).Poursuivant une démarche esthétisante, ce chorégraphe élabore son monde fantasmatique où les hommes sont libres lorsque débarrassés du fardeau des femmes - qui s'accrochent à eux et se battent entre elles! Bref, une fois décodée, la pièce devient vite insupportable.Les femmes portent des robes de papier: l'homme sort de sa poche, ravi, des petits papiers déchirés.On aurait envie de dire à Paul-André Fortier de régler ses problèmes personnels avant de retourner en studio.Si, dans le cas de Pina Bausch, il s'agit du même type de danse, la danse-théâtre, les propos sont tout autre, voire féministes.Les critiques européens parlent de l'oeuvre de cette chorégraphe allemande comme du «théâtre de l'expérience».Dans Kon-takthof, elle explore les mécanismes de la séduction, toutes les bassesses auxquelles, hommes et femmes, nous sommes prêt-e-s à nous soumettre pour ne plus être seul-e-s.Le constat est terrible: différences irréconciliables, solitude irrémédiable.Quelques scènes sont d'une infinie tristesse: une femme console son corps qui cherche l'autre sur un cheval mécanique.Des hommes, une douzaine, tapotent une femme presque en larmes pendant un moment, qui n'a plus de fin.Le portrait est très sombre, presque démobilisant.Un constat parfaitement lucide de la réalité, oui, mais non le regard visionnaire qui résoudrait le paradoxe et percevrait, au-delà des difficultés personnelles et sociales, l'humanité commune.Bref, «une» génie dont l'angoisse est la frontière.Moins ambitieux et certainement moins angoissé mais non moins spectaculaire, Niwa de Natsu Nakajima.Ici, pas d'exploits gymnastiques ou de technique virtuose: cette chorégraphe japonaise donne à voir les affleurements de l'âme, les infimes vibrations de la chair.Bref, tout ce qu'il y a de plus intériorisé, la genèse du mouvement plutôt que le mouvement lui-même.Technique (qui s'appelle buto i qui vise à dissiper les obstacles de la danse, il y a là une maîtrise totale entre le corps et l'espace.Bref, a défaut de conclure plus longe-ment, ne manquez pas le prochain festival (dans deux ans seulement) qui sera plus prometteur encore.Sç* Aline Gélinas est journaliste à la pige, notamment a La Presse.pj^ro^iejvlorùi Petit manuel de guérilla à l'usage des femmes enceintes Seuil HALTE A LA CONFISCATION DE LA MATERNITE F.EDMONDE MORIN PETIT MANUEL DE GUÉRILLA A L'USAGE DES FEMMES ENCEINTES.85% des interventions médicales lors d'accouchements sont inutiles et même nuisibles à la mère et à l'enfant, et peu de femmes le savent.L'objet de ce livre est de leur donner des arguments pour refuser ces interventions ou y être associées.224p.16,95$ Par l'auteure de LA ROUGE DIFFÉRENCE maintenant disponible en format de poche, dans la collection Points.déc./janvier 1986 51 LA VIE EN ROSE Flash Livres u, ne plaque tournante La Lettre aérienne, Nicole Brossard, Ed.du Remue-Menage, Montréal, 1985.Écrits entre 1975 et 1985, ces essais de Nicole Brossard font trace d'une réflexion unique tant sur l'écriture que sur «la modernité, l'émergence et la survie d'une identité lesbienne, d'une culture au féminin».Dédiés à Julie, sa fille, et, par elle, à toutes les générations à venir, ces textes agissent comme «plaque tournante» en reprenant en spirale d'écriture et de recherche 10 ans de colère et de révolte, mais 10 ans aussi d'un amour infini pour les fem- Nlcole Brossard mes, d'identité essentielle et première de cette appartenance lesbienne et du chemin qui y mène.Mais de 1975 à 1985, les écrits changent et si la réflexion s'affine, l'écriture change aussi et se transforme: «Du temps que je pensais comme un homme, j'avais les idées simples.Maintenant, je les ais en double.» Jamais facile (dans son écriture comme dans sa recherche du quotidien et du réel), Nicole Brossard pousse ses relations à l'extrême du langage et fait éclater toute forme d'apathie et de censure.Se mêlant joyeusement de ce qui la regarde, elle lutte et survit et réussit à donner sens à «vivre» femme/lesbienne et/ou féministe mère célibataire dans toutes les directions choisies en dehors et au-delà des apparentes traditions.Au-delà aussi des miroirs nar-cissiquement inutiles et à partir du «degré zéro» de ce qui se nomme femme et amante.La Lettre aérienne nous est adressée et transmise par livraison spéciale.Il y a urgence de changer la vie, comme on dirait surtout de changer la mort patriarcale et oppressive, il y a aussi urgence de toujours reprendre et re-commencer tout rapprochement .comme une concrète volonté d'attirer vers soi les figures essentielles de la pensée/ou encore/de voir son désir s'approcher le plus loin possible, c'est-à-dire au bord: tout à fait à la limite, là où ça peut basculer».Ouvrir ainsi toutes les possibilités (les nécessités) d'être tout en se tenant en fragile équilibre au bord de la dérive et de l'excès.Mais l'excès n'est-il pas chose précieuse en ces temps de survie?1985 n'est pas si loin de 1975 pour que nous en perdions toute mémoire éprouvée: «.la réalité des femmes a été perçue comme fiction.» Il faut donc agir, ajuster son tir, déjouer la subversion et travailler/vivre/ écrire/penser au féminin.«Ici, je ne résume pas, j'affirme un parcours d'initiation.» Pour Nicole Brossard, l'écriture, la pensée, le désir sont autant de chemins essentiels au parcours pluriel du féminisme actuel.Et si elle affirme l'intensité des différences, elle revendique aussi son appartenance à l'humanité.Pouline Harvey Ce livre offre des textes des émergences au féminin d'une rare acuité et donne à lire en tendresse et en violence des ¦images captivantes» et enflammées de LA joie, LA souffrance, LA jouissance, LA poésie, La philosophie, LA réalité, LA fiction.Parce qu'essentielle à notre littérature et à notre poésie, parce qu'essentielle à la défense du mouvement des femmes et à l'«offense» du patriarcat, l'écriture de Nicole Brossard est à lire absolument.Anne-Marie Alonzo Des jeux graves et fous Encore une partie pour Bern, Pauline Harvey, Ed.La Pleine Lune, Montréal, 1985, 166 pages.Comme s'ils étaient trop charges d'inurrute, comme si nous nous étions trop intégré-e-s à ces histoires qui font rêver.Pour moi, les trois romans de Pauline Harvey parus aux éditions La Pleine Lune sont de ceux-là: Le Deuxième Monopoly des précieux, en 1981, La Ville aux gueux, en 1982, et Encore une partie pour Bern, paru au printemps dernier, qui vient de remporter le prix Molson de l'Académie canadienne-française.Le terrain est sûr, le paysage chargé de contours habitables: Montréal, ses quartiers, ses artères, ruelles et parcs, ses édifices, maisons, magasins.Encore une partie pour Berri trace la carte des dérives, les nôtres, amusées et secrètes, et celles des personnages qui multiplient les escalades géographiques et les écarts de conduite.Shawinigan, Berri, Bloc et Albanel bougent au rythme de leurs pulsions, bousculent la réalité, ses éclairs de désir, ses • mal à vivre» et ses coups de coeur.Shawinigan aime «follement la rue Ontario, elle aurait voulu vivre dans une chambre qui aurait ressemblé à ces magasins de bric-à-brac» (p.8).52 déc./janvier 1986 Pauhnt ii""" ENCORE |.(H R BERRI Rayon des jouets, chez Eaton, elle rencontre Berri.Elle a déjà l'âge de ne plus y être, sinon pour le jeu.Ils se reverront deux ans plus tard, s'exploreront et découvriront la ville ensemble.Ils vivent dans cet espace qu'ils habitent et dans cet autre, plus trouble, qui se tisse entre eux, devenu «le seul endroit où l'on peut traverser une rue en pleurant, rugir de désir, planter ses yeux dans les yeux des autres et les toucher en plein coeur, là où ils sont tout seuls, dans l'énigme de leur vie» (p.65).On aurait facilement l'impression que rien ne régit le récit.Episodes d'inégale longueur, secousses dans l'existence des personnages, fragments découpés à même le Grand Jeu, si ce n'était du déroulement chronologique et de la logique des excès, de cette volonté de vivre tous les désirs.Si ce n'était aussi du ton, celui de l'humour et de la fascination.Shawinigan, par exemple, sondera sexualité et jouissance, expérimentant les frissons de l'oeil et des caresses, les décharges du plaisir et de la terreur, la provocation et la location des services d'un prostitué.Bern, lui, «coincé dans une carte à jouer au carton trop épais» (p.8), pris au piège des parties de cartes continuelles de Trente, sa mère, choisira pour un moment d'être interné à Saint-Michel-Archange, s'amusant à se fabriquer le destin romantique et tragique d'un personnage de légende.Et puis.La narratrice libère les pensées des personnages, en donne la véritable mesure, celle d'un jeu entier et absolu, grave et fou, abandonné et renouvelé.Bref, des enfants livrés complètement à un jeu, puis à un autre, chacun s'accaparant sans que la mémoire de l'un n'altère le plaisir d'un autre.Encore une partie pour Berri.nécessairement déraisonnable.Une belle leçon de vie.tt eminisme, de liberté école Pour un féminisme libertaire, Micheline de Sève, Éd.Boréal Express, Montréal, 1985, 154 pages.Michèle Roy L'originalité de ce livre rési- de non seulement dans sa définition du féminisme comme une école de liberté pour les femmes mais aussi dans sa vision d'une nouvelle conception de la liberté, qui s'inscrit dans notre différence sexuelle.Ainsi, l'auteure remet en question cette notion d'égalité qui se confine à pénétrer et à accéder vient de paraitre LA LETTRE AÉRIENNE Nicole Brossard La lettre aérienne rassemble douze textes de Nicole Brossard, écrits depuis 1975, époque à laquelle son œuvre a dérivé vers ce qu'elle appelle «le continent des femmes».On retrouvera dans La lettre aérienne l'essentiel de sa réflexion sur récriture, la modernité, l'émergence et la survie d'une identité lesbienne, d'une culture au féminin.«La lettre aérienne, c'est le fantasme qui me donne à lire et à écrire en trois dimensions, c'est mon laser.» 160 pages.En librairie.14,95 $ les éditions du remue-ménage déc./janvier 1986 53 LA VIE EN ROSE Flash au monde patriarcal au point de considérer comme un progrès l'intégration des femmes à l'armée.La guerre, instrument privilégié de la société patriarcale, valorise la force et l'agressivité pour beaucoup trop d'hommes.Or, en faisant de la liberté la trame de son livre, Micheline de Sève nous entraîne à la recherche d'une nouvelle humanité.Le féminisme devient un outil de réflexion qui nous guide vers cette liberté «radicale» puisque, selon l'auteure, le fait de s'identifier aux femmes est une prise de position radicale.Micheline de Sève nous fait entrevoir à la fois l'absurdité de notre condition et la richesse de notre lutte.La force de ce livre repose surtout sur le fait qu'il rend visible la richesse de notre expérience.En redonnant aux femmes et à l'amour leur espace d'expression et de création.l'auteure ouvre de nouvelles dimensions à cet univers d'émotions, de sensibilité, de plaisir et de soins aux personnes.Mais, dans cette optique, l'aurais aimé que l'auteure fasse ressortir davantage l'apport des féministes lesbiennes à l'éveil de notre identité, de notre sexualité et de la possibilité d'exercer de plus importants choix de vie.Malgré tout, voici un livre en mouvement qui sort le féminisme de sa clandestinité car il soutient que la destruction de la société patriarcale n'est pas seulement une affaire de femmes mais celle des hommes et des femmes, des jeunes et des plus àgé-e-s à la recherche de leur autonomie.Cette recherche, selon l'auteure, nous amène obligatoirement «à inventer de nouveaux modèles sociaux où différence et égalité cessent de s'opposer et où les rapports hiérarchiques cèdent la place à une multiplicité de formes d'échanges libres et créateurs».Un livre d'une densité à en perdre le souffle par moments, d'une écriture très belle qui exprime le goût de beaucoup de féministes intellectuelles de re- donner à la connaissance un caractère concret et émotif.Avec une rigueur et une qualité dans la recherche qui nous incitent à choisir la voie de la radi-calité.Claire Duguay epopee de la démesure Le Livre des nuits, Sylvie Germain.Éd.Gallimard NRF, Paris, 1985, 293 p.Je n'ai pas lu de roman aussi étonnant depuis.Le Grand Vizir de la nuit de Catherine Herniary-Vieille.Ce premier roman de Sylvie Germain est une épopée de la démence, de la démesure et de la mort.Un père, dont le visage a été fendu en deux par un uhlan*, tranche à la hachette le pouce et l'index de son fils de cinq ans afin que celui-ci ne puisse jamais servir l'armée.Ce fils qui a une tache d'or dans l'oeil gauche et qui est suivi d'une ombre blonde contenant le sourire de sa défunte grand-mère, cet homme est Victor-Flandrin Péniel qui aura 4 épouses et 15 enfants (6 paires de jumeaux et des triplets) qui auront comme leur père cette tache au fond de l'oeil.C'est Le Livre des nuits, livre des songes aussi et des luttes où rien n'est offert, où la vie est aride et le Dieu cruel dans ses dons.C'est le livre des ombres où la lumière «huile la terre» et blondit les âmes du même éclat, mais ce livre est aussi l'éternel combat avec les toutes-puissances du bien et du mal, du coeur et du corps, de l'homme et de l'Ange.Les femmes y sont légion, femmes fortes et tenaces, mères et amantes, paysannes vivant sur leurs terres, se mêlant à elles pour encore mieux enfanter.Que faire d'autre dans ces contrées sauvages, ces pays du bord d'abîme où rien ne pousse ni ne vit?Folie, démence, mutilation, souffrance ou agonie, Le Livre des nuits est aussi le livre des morts où l'Ange semble se battre à armes inégales contre l'humain.Les femmes alors enfantent des insectes, des bossus et des statuettes de sel, les femmes alors perdent la raison de toutes les horreurs des guerres qu'elle entrevoient dans leurs ÉTUDE JURIDIQUE À MAJORITÉ FÉMININE Unterberg Labelle Jenneau Dessureault et associés 1980 ouest Sherbrooke suite 700 Montréal H3H 1E8 934-0841 Paul Unterberg Lise Labelle Michèle Jenneau Hélène Dessureault François Lebeau Louise Rolland Lina Desbiens AVOCATS We PETITE AUBERGE EN ^.NOUVELLE-ANGLETERRE À seulement 3 heures de route de Montréal, dans les montagnes blanches du New Hampshire, le Highlands Inn est un endroit unique pour vous, vos ami-e-s, vos amant-e-s.Cent acres de terrain privé, des montagnes à perte de vue, des chambres meublées d'antiquités et avec chambre de bain privée, des salles communes spacieuses .tout est là pour créer une atmosphère calme et agréable.Nous avons aussi un bain tourbillon, des pistes de ski de fond et alpin à proximité et des promenades en traîneaux.Cette année, prenez rendez-vous avec la montagne.Aubergistes : Judith Hall Grace Newman P.O.Box 118 G Valley view Lane Bethlehem, N H 03574 (603) 869-3978_ LA VIE EN ROSE 54 dec./janvier 1986 Sylvie Germain rêves: 1870, 1914, 1939.Les hommes vivent la guerre dans les tranchées parmi les cadavres et la pourriture des corps, les femmes vivent la guerre des attentes, perdues de misère émotive, matérielle et physique.«ELLE QUI TRAVERSA LE MONDE» UN ROMAN SIGNÉ ANNE DELBÉE l'auteure du célèbre «UNE FEMME» (CAMILLE CLAUDEL) victimes de leurs visions d'apocalypses.Seule Mathilde, la forte, Mathilde la fille de son père, cloîtrée dans son amour pour ce père étrange, seule Mathilde épuisée de voir périr et souffrir d'amour les femmes À LIRE ABSOLUMENT AnneDelbee Elle qui traversa le monde roman 20,95$ EN VENTE PARTOUT 5198, rue St-Hubert Montréal, H2J 2Y3 autour d'elle et sa jumelle en particulier, Mathilde dont les cheveux ont blanchi en voyant sa soeur morte de démence et de chagrin, Mathilde s'enduit le corps nu de neige verglassée avant de s'exciser elle-même coupant ainsi du même coup son sexe, ses menstruations et toute passion éventuelle.Le Livre des nuits est d'une écriture débridée, somptueuse, écriture fantastique de songes et d'extravagances, donnant à la sécheresse des stériles douleurs toute l'ampleur de la passion, de l'amour, de l'absolu et d'une impressionnante poésie.Anne-Marie Alonzo * Lancier ou cavalier qui servait comme mercenaire dans les armées prusienne, autrichienne, polonaise, française, etc.(Dictionnaire de la langue française) Un John Irving que nous ne connaissions pas The Cuier House Rules, Éd.Morrow, New York, 1985, 560 p.«Je leur donne ce qu'elles veulent: un orphelin ou un avortement.» C'est le docteur Wilbur Larch qui parle, fondateur d'un orphelinat dans un coin isolé du Maine et avorteur.On est dans les années 1920.Disons tout de suite que The Cider House Rules est un livre différent des deux best-sellers de John Irving, Le Monde selon Garp et l'Hôtel New Hampshire.Pas de grands moments délirants qui vous transportent du rire aux larmes, seulement la réalité et ses exigences.Dr.Larch a décidé de pratiquer des avortements après avoir vu une prostituée mourir dans des conditions lamentables, suite à son refus de l'avorter.Humaniste et homme dévoué à sa cause, Dr.Larch n'a qu'une petite faiblesse: il aime renifler l'éther.Mais il fait preuve d'un amour paternel face au petit Homer, l'orphelin impossible à placer qui a repris le chemin de l'orphelinat à chaque fois qu'une famille était venue le chercher.Petit Homer deviendra grand, tombera très amoureux de Candy, aura un fils.et prendra peut-être la relève du Dr.Larch à l'orphelinat.Même si les deux principaux personnages sont masculins, il y a abondamment de femmes dans ce roman, des silhouettes furtives qui descendent du train à Saini-Cloud pour se glisser vers l'orphelinat.Trois sur quatre y laissent un orphelin.La quatrième choisit d'avorter.A travers les yeux et l'âme du docteur Larch, John Irving a réussi à présenter le problème de l'avortement dans toute son acuité et cela, grâce à une documentation minutieuse de la pratique de l'avortement d'il y a 60 ans: grossesses nées de relations incestueuses, désespoirs qui poussent vers les bouchers avorteurs, souffrances, refus, morts.Par ailleurs.John Irving a également réussi, une fois de plus, à nous transporter complètement dans le monde de ses personnages.On les comprend, on tremble pour eux.ils nous tiennent au chaud tout au long, on ne voudrait jamais les perdre.Outre le problème social de l'avortement.The Cider House Rules parle abondamment de la vie des travailleurs saisonniers peinant dans les vergers de pommes sur la côte du Maine.Le titre, d'ailleurs, fait référence aux règlements que doivent respecter ces travailleurs, chaque pommeraie étant une mini-société en soi.La parution en français est prévue pour le mois de mai, aux éditions du Seuil.Rosaline Landry L incommunicabilité Le Voyage en Afrique de Lara Simpson, Michèle Manceaux, Éd.du Seuil, Paris, 1985, 252 p.Dans la vie et l'oeuvre de la journaliste et écrivaine Michèle Manceaux, une coupure, un mal de vivre ravageur qu'elle a très bien raconté dans Grand reportage, publié il y a six ans.Depuis, ses livres sont restés interrogatifs, fragiles plutôt que péremptoires avec en filigrane un déc./janvier 1986 55 LA VIE EN ROSE Flash humour distancié, tendre et doux.Son dernier roman.Le Voyage en Afrique de Lara Simpson, titre à connotation durassienne, retrace le trajet d'une femme «.qui ne souhaite pas recommencer sa vie», une femme toujours à la remorque de quelqu'un et qui, à plus de 50 ans, voyage seule pour la première fois.A la recherche de sa fille, avec laquelle les rapports rompus ont toujours été en porte-à-faux, à la recherche, ultimement, d'elle-même.Que cette quête se situe en Afrique n'est pas gratuit, l'Afrique étant le pays mythique pour la majorité des Européens, pays illimité et, à la limite, insensé pour quiconque n'y est pas né.Au-delà du coup d'état politique à forte saveur policière, c'est l'incommunicabilité que l'auteure cerne: incommunicabilité entre Blancs et Noirs, entre hommes et femmes, entre une mère et sa fille.Incommunicabilité iusqu'à la déraison politique, jusqu'à l'anesthésie des sentiments, jusqu'à l'absurde.Michèle Manceaux aime et connait l'Afrique, ce qui explique ce regard lucide qu'elle y jette: tout est brouillon parfois dans ces pays nouvellement indépendants.Elle connait bien également la femme de 50 ans dont elle traduit avec justesse les états d'âme: rien n'est facile pour les mutantes qui, à 50 ans, changent radicalement de vie.Et le dépouillement de son écriture laisse passer l'émotion pure.À lire cet itinéraire que l'auteure éclaire avec beaucoup d'intelligence, de sensibilité, de douleur et d'espérance.Monique Roy Revues Châtelaine: un quart de siècle déjà Châtelaine fête aujourd'hui 25 ans d'existence.Quoi qu'on puisse penser de ce produit québécois né de la cuisse de Maclean-Hunter (à Toronto), une chose est certaine: Châtelaine a joué un rôle capital dans la prise de conscience des femmes du Québec.Bien sûr, la dichotomie entre le contenu des articles et la publicité.Bien sûr, la page couverture avec les jolies minettes stéréotypées.N'empêche qu'il faut aller chercher les lectrices là où elles se trouvent et essayer coûte que coûte de faire passer de-ci de-là des informations qui élargissent leur conscience féministe.Malgré l'allure de plus en plus sage de Châtelaine et la place de plus en plus grande accordée à la «vie pratique» et à la mode, espérons qu'elle continuera de jouer ce rôle pour la majorité des femmes.Gloria Escomel N.e partez pas sans eux.En ouvrant la première page du dernier-né de la presse parallèle.Qui vive, dont le premier numéro est paru à l'automne, j'ai eu des frissons de déjà vu: «Nous voulons réfléchir tout haut sur ce qui se passe ou ne se passe pas.(.) Nous croyons avoir des choses à dire.Et les grands médias ne nous semblent pas offrir un espace ou le cadre propice pour le faire.» Ce texte qui explique le pourquoi de cette revue trimestrielle me rappelle le premier texte signé LVR (le fameux tea-ser papal) annonçant à la fois nos couleurs et notre insertion imminente dans la revue Le Temps fou, il y a six ans déjà.Cette fébrilité et cet enthousiasme qui se dégagent des projets qui commencent, cette énergie encore peut-être mal dirigée mais débordante, ce goût du risque qui est plus souvent le lot des moins de 30 ans, voilà surtout l'attrait de ce numéro.Non pas que le contenu soit dépourvu d'intérêt: à la veille des élections provinciales, une entrevue avec Pierre Marc Johnson et Robert Bourassa et, en cette année de grâce, quoi d'autres qu'un dossier sur les jeunes.Mais ces features déçoivent un peu.Une entrevue avec des chefs de parti était peut-être un peu trop ambitieuse pour un premier numéro: pour une revue qui se veut un «lieu d'interven- 2 8 8 3 3 0 3 Gisèle Lafortune, N.D.esthéticienne-naturiste 3446, rue Saint-Denis ¦¦ Demande- notre dépliant ¦¦ Geoffrion, Leclerc Inc.5 PLACE VILLE-MARIE.SUITE 900 MONTRÉAL OC H3B 2G2 (514) 871-9000 • (514| 875-6700 GILLES LANTHIER - abris fiscaux - régime épargne-actions - REER, gestion autonome - dépôt à termes DEUXIEME PEAU 4457, rue Saint Denis, Montreal H2J 2L2 Métro Mt-Royol tel 842-0811 LA VIE EN ROSE 56 déc./janvier 1986 tion critique)), la critique est trop peu sentie.Une analyse des deux grands partis aurait permis, il me semble, une critique beaucoup plus aiguisée et des visées beaucoup plus claires.Je ferais la même critique au dossier sur les jeunes où l'on aurait espéré un contenu plus inédit, plus serré et plus transparent.Surtout de la part d'un collectif de rédaction (5 hommes, 2 femmes) issu des regroupements de jeunes.Bien sûr, je n'oublie pas que je fais déjà partie des 35 ans et plus.(Ciel! que le temps passe vite quand on s'amuse.!) Ce n'est sans doute donc pas à moi de critiquer plus avant ce dossier.D'ailleurs, fidèle à ma génération et à mon parti pris féministe, j'avouerai préférer de beaucoup les deux textes de femmes (dont une collaboratrice à LVR): un sur S.O.S.racisme en France et l'autre sur les nouvelles techniques de la reproduction.Ils contiennent de précieuses informations avec, en plus, un point de vue analytique limpide.Souhaitons que la revue Qui vive concrétise ses attentes, aiguise son focus, se dote d'un peu plus de folie (c'est terriblement sérieux) et, surtout, qu'elle se pose la question essentielle pour toute publication: qui voulons-nous rejoindre?Car, à trop vouloir ouvrir sur «tous les points de vue», elle risque de tomber dans le flou, fléau qui guette souvent les revues mixtes de gauche, et, surtout, de passer à côté d'une clientèle toute désignée, une clientèle qui cherche son identité, il me semble.les jeunes.Ne partez pas sans eux et elles (en tête)?Francine Pelletier Textes savants et capricieux Trois, revue d'écriture et d'érudition, est sans aucun doute la seule revue au monde où l'on peut bre Andrée Chedid, Leopold Sédar Senghor, Monique Bosco, Paul Zumthor, des poèmes aux résonances égyptiennes et sénégalaises, en plus nouvelle du Québec, les réflexions d'un médiéviste, une partition musicale de Catherine Gadouas, des essais sur l'érudition de Johanne Lamoureux et d'Antoine Compagnon.Matière à rêve, à réflexion, à humour, matière agréable au toucher, beau papier, revue de goût et de beaux-arts, Trois est une toute nouvelle initiative d'Anne-Marie Alonzo, qui nous réserve toujours des surprises: entre autres, Richard Boutin et Alain Laframboise.Trois, nous dit le liminaire, «veut susciter, au-delà des modes - pour se créer la sienne seule! - et au-delà de toutes frontières culturelles, le déploiement de textes savants ou capricieux, séduisants ou inquiétants qui rendra à la bibliothèque ses mille paliers où les bibliophiles amou- reux-ses s'adonneront à tous les désordres.» C'est tout un programme, négligé depuis trop longtemps sous la culture de masse et de consommation rapide.Pour le moment, Trois n'est publiée que trois fois l'an par ses trois responsables.Espérons que l'accueil qui lui sera fait les incitera, quitte à rompre avec le chiffre trois, à la publier six fois l'an ou plus.Car on lit cette revue avec intérêt, avec plaisir surtout mais on reste sur sa faim: 24 pages de cette qualité-là, c'est trop rare.Gloria Escomf' S pécial Monique Wittig Vlasta, collecuf Mémoires Utopies.Paris, 136 p.Vlasia, revue francophone de fictions/utopies amazoniennes.avispublic Gouvernement du Québec CONSEIL DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNOLOGIE DU QUÉBEC INVITATION Sixième séance publique Le Conseil de la Science et de la Technologie du Que-bec invite toutes les personnes intéressées au dève-| loppement scientilique et technologique â assister à sa | sixième séance publique Date Mercredi, le 4 décembre 1985 Lieu Centre Sheraton 1201.boul.Dorchester ouest Montréal (Québec) H3B 2L7 Salle de bal de l'Est Heure 14h00 Ordre du jour: Consultation du Conseil sur La participation des lemmes en science et technologie au Québec.Tous sont invités â assister â cette séance publique du Conseil et â formuler leurs questions ou commentaires | sur le document de consultation intitulé «La participation des femmes en science et technologie au Que-1 bec».(Ce document peut être obtenu en téléphonant I au secrétariat du Conseil au numéro (418) 643-61 79 | ou (514) 873-3493) VIENT DE PARAITRE Qui sont les radicales, les féministes, les lesbiennes, les politiques ou les lesbianistes ?Que pensent-elles des hétérosexuelles?Cet ouvrage aborde un sujet qui a rarement, vraiment, été débattu.14,95 $ S EDITIONS SAINT-MARTIN Québec ss déc./janvier 1986 57 LA VIE EN ROSE Flash nous offre un numéro spécial Monique Wittig des plus intéressants qui s'ouvre sur des textes inédits de l'auteure, «Paris-la-Politique» et «Le Cheval de Troie».Certains passages peuvent être lus de bien des points de vue.Ce n'est pas par hasard que je cite: «Il y en a pour dire que l'injustice entre soi n'est pas l'injustice (.) qu'entre soi il ne peut y avoir de crime et qui vont se réjouissant des torts commis, du moment que c'est entre soi.»1 «Les judas sont très bien accueillies dans le carnaval.On pourrait même dire qu'elles en sont les reines (.) J'affirme qu'un judas ne se fait pas toute seule, il faut que les autres l'y aident.Ah! on les voit les zélées acolytes se multiplier!»2 «Je n'ai pas trouvé de morale à ma fable, mais seulement comme en filigrane le tracé d'un principe qui les résume tous et qui est: ni dieux ni déesses, ni maîtres ni maîtresses.»3 Justement parce que ce texte se présente comme de courtes fables allégoriques, il permet une réflexion qui transcende les contextes spécifiques de celles qui le liront.Le deuxième inédit, «Le Cheval de Troie,» est une communication sur l'impact de l'oeuvre littéraire comme machine de guerre, donnée par Monique Wittig dans plusieurs universités américaines.L'idée avancée n'est pas très originale mais elle a peut-être besoin d'être rappelée dans les milieux militants: ce ne sont pas les idées qui font avancer la littérature mais les formes, l'impact des mots, qui doivent avoir «le même effet sur le lecteur, le même choc que s'il les lisait pour la première fois».4 Suivent plusieurs études sur l'oeuvre de Monique Wittig qui méritent notre attention mais dont il est impossible, ici, de parler.Il faut également signaler dans ce numéro deux intéressants documents iconographiques: «Le Voyage sans fin-(le spectacle conçu à partir du Quichotte joué à Paris en juin 1985), dont les images, de Léna Vandrey, sont extrêmement belles ainsi que celles qui illustrent le «Cycle des amantes im- putrescibles,» de la même peintre, accompagnées des textes de Wittig qui s'y réfèrent, dans Le Corps lesbien.A plus d'un titre, ce numéro spécial de Vlasta mérite d'être lu et relu5 ainsi que les trois numéros qui le précèdent.Car Vlasta n'est pas seulement une revue de qualité.Bien que publiée en France, cette revue laisse une large place aux Québécoises: Nicole Brossard, Marie-Claire Biais, Jeanne d'Arc Jutras, pour ne nommer qu'elles, ont été interviewées ou publiées dans ses pages.Grâce à des auteures cosmopolites comme Michèle Causse - dont nous avons aussi des textes de création -, on se tient très au courant de ce qui se fait au Québec.A preuve, l'entrevue avec Michèle Jean lors de la publication de L'Histoire des femmes au Québec depuis 400 ans.Des études intéressantes aussi sur des Américaines: Djuna Barnes, Gertrude Stein, et des textes de Barbara Derrung, Mary Daly, Marylin Frye, etc.Lors de son passsage à Montréal pour le lancement de ce nu- méro spécial de Vlasta, Suzette Triton, directrice de la publication, soulignait combien cette ouverture internationale - et francophone particulièrement -tenait au coeur du collectif Mémoires/Utopies comme faisant partie de l'utopie amazonienne.Cette revue, tirée au prix d'efforts innombrables (et bénévoles), mérite un plus large accueil.Gloria Escomel 1/ Vlasta, n° 4, «Isolationnistes ou isolées», p.24.21 Ibtd, n° 3, «Y a-t-il à boire?Y a-t-il à manger», p.35.3/ Ibid, p.XX.4/ Ibid, p.39.5/ On peut se le procurer à Montréal aux librairies L'Androgyne et Aube-epine ou, par abonnement, au collectif Mémoires/Utopies, BP.n" 130, 75663, Pans Cedex 14.TUToHia pour futons et accessoires de qualité 230 Laurier Ouest, Montréal 270 8175 5955 St.Denis./tysotréal 845 4759 TESSY CONSULTATION GRATUITE 3973, ST-DENIS, MONTRÉAL - 289-9384 L'ÉCOLE DE MIME Direction artistique: Asseiin Boulanger SESSION 3 : DU 06.01.86 AU 22.02.86 SESSION 4: DU 03.03.86 AU 19.04.86 Renseignements et inscriptions : École de mima corporel da Montréal Inc 3673.St Dominique.Téléphone: (514) 843-3009 LA VIE EN ROSE 58 déc./janvier 1986 calendrier f Le film d'Ariane de Josée Beaudet, un très beau documentaire sur l'histoire des femmes au Québec et des moeurs de notre société de 1925 à 1980, sera à l'affiche à la salle Le Milieu du 17 janvier au 27 février prochains.Cinémama 1985 - Sa langue, sa voix.Suite et fin d'une série de projections de films et de vidéos sur des sujets d'actualité.Le thème de la sexualité est abordé le 1er décembre, celui des femmes de toutes les races les 6, 7 et 8 décembre et en finale, le 14 décembre, sera projeté un des grands films de femmes au cinéma, Maedchen in Uniform.Art du mouvement au Piano Nobile de La Place des Arts présente Julie West Dance Foundation d'Ottawa le 28 novembre à midi et la troupe Les Sortilèges le 5 décembre à la même heure.Musique Sons et brioches au Piano Nobile de La Place des Arts recevra le 1er décembre Ian Ver-reault, claveciniste, qui interprétera des oeuvres de J.S.Bach et de Haendel ainsi que la harpiste Lucie Gascon le 15 décembre, pour un concert de Noel, avec des oeuvres de Grandjany, Debussy, Bartok, Dusseck et Salzedo.Spectacle Omnibus présente Deux contes parmi tant d'autres pour une tribu perdue de Rene-Daniel Dubois jusqu'au 8 décembre à l'Espace libre.Billets: 12 $.Théâtre ,4 cinquante ans, elle découvrait hi mer de Denise Chalem sera à l'affiche du 13 novembre au 4 janvier.Les comédiennes Christiane Proulx et Lénie Scoffié se partageront la scène du Café de la Place dans un pas-sionant duo mère fille.Billets: 9 $ aux guichets de la Place des Arts.Les Gars de Québec de Michel Tremblay au théâtre Port-Royal de la Place des Arts jusqu'au 7 décembre.Une pièce drôle sur un sujet sérieux et universel: la corruption.La Cuisine d'Arnold Wesker sera présentée du 21 novembre au 21 décembre au théâtre du Nouveau Monde.Cette comédie dramatique créée en 1959, à Londres nous donne à voir la cuisine d'un grand restaurant comme un microcosme de notre société de production.Avec 26 comediens-nes sur scène.861-0563.Voisin voisine jusqu'au 7 décembre au bar-théâtre de La Dame de coeur, à Upton, avec Gisèle Bourret.France La Bonté et Claude Marquis dans une comédie de Christian Bedard.(514) 549-4617.Le théâtre du Gros Mécano nous présente Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Denis Chouinard et Nicole-Marie Rhéault du 3 au 15 décembre à la Maison Théâtre.288-7211.Le théâtre de la Vieille 17 présente Le Nez de Isabelle Cauchy et Robert Bellefeuille d'après une nouvelle de Gogol.Du 16 décembre au 5 janvier à la Maison Théâtre.Articule, 4060, boul.Saint-Laurent, # 106, 842-9686: Céline Surprenant et Paul Smith, peintures, du 4 au 22 décembre.Galerie Joyce Goldman, 4012, rue Drolet, 844-4569: .Wearable Art Show», du 5 au 21 décembre.Galerie Noctuelle, 307, rue Sainte-Catherine ouest, # 555, 845-5555: Tatiana Demidoff-Séguin, «Remparts et Boucliers», sculptures, du 30 novembre au 21 décembre.Galerie Samuel Lallout, 1620, rue Sherbrooke ouest, 935-5455: Claude Simard, James Hansen, Barbel Rothaar, du 10 décembre au 15 janvier.Galerie Skol, 3981, boul.Saint-Laurent, # 810, 288-6636: Colette Laliberté, peintures, du 4 au 22 décembre.Interaction, Place du Parc, 3575, av.du Parc, 845-1907: «Format», exposition de groupe, du 15 décembre au 12 janvier.Powerhouse, 3738, rue Sainte-Dominique, # 203, 844-3489: «Filiations», exposition de groupe multimédia, du 23 novembre au 14 décembre, «A la carte n° 2», cartes fabriquées par des artistes, du 19 au 22 décembre.Centre Saidye Bronfman, 5170, Côte Sainte-Catherine, 739-2301 : «Les peintures de Pe-dros et Caprani», du 3 décembre au 7 janvier.Musée d'art contemporain, Cité du Havre, 873-2878: «Ecrans politiques»; Pierre Granche, installation, du 17 novembre au 12 janvier; «La photographie du Bauhaus», du 17 novembre au 5 janvier.Musée des arts décoratifs, rue Sherbrooke et Pie-IX, 259-2575: «Alvaar Aalto: meubles et objets en verre», du 14 novembre à la fin janvier.Musée des beaux-ans, 1379, rue Sherbrooke ouest, 285-1600: «James Wilson Morrice», du 6 décembre au 2 février.Musée McCord, 690, rue Sherbrooke ouest, 392-4778: John Ostell, architecte et arpenteur-, jusqu'en janvier.Si vous déménagez.Collez ici l'étiquette portant votre ancienne adresse et votre numéro d'abonnée Nouvelle adresse Nom_ Adresse Ville_ Code Postal N° d'abonnée__ SVP.Faire parvenir ce formulaire à : La Vie en rose, 3963 St-Denis.Montréal.QC.H2W2M4 déc./janvier 1986 59 LA VIE EN ROSE Envolez-vou avec La Vie en rose pour la République Dominicaine grâce à la collaboration de la compagnie Nouvelles Frontières.En vous abonnant, réabonnant ou en abonnant une amie vous pouvez gagner deux billets d'avion d'une valeur maximale de 1 000 $ à utiliser entre le 9 mars et le 30 avril 1986.L'hébergement, les repas, les assurances ainsi que les taxes sont aux frais de la personne gagnante.Le tirage sera effectué dans les bureaux de La Vie en rose, le 14 février 1986 à midi.Les règlements de ce concours sont affichés à La Vie en rose, 3963 St-Denis, Montréal, Québec H2W 2M4 1 an 10 numéros (36 % de réduction sur le prix en kiosque) 2 ans 20 numéros (44 % de réduction) 3 ans 30 numéros (49 % de réduction) 19$ 33$ 45$ ?Nouvel abonnement ?Réabonnement à partir du numéro_ ?J'abonne une amie I ?1 An/10 numéros 19$ ?2 Ans/20 numéros 33 $ ?3 Ans/30 numéros 45 $ ?Chèque ?Visa Numéro de la carte ?À l'étranger 30 $ ?Par avion 44 $ ?MasterCard Expiration NOM PRÉNOM NOM PRÉNOM ADRESSE ADRESSE VILLE PROVINCE VILLE PROVINCE CODE POSTAL TÉLÉPHONE CODE POSTAL TÉLÉPHONE ?1 An/10 numéros 19$ ?2 Ans/20 numéros 33 $ ?3 Ans/30 numéros 45 $ ?À l'étranger 30 $ ?Par avion 44 $ Cette offre est valable jusqu'au 31 janvier 1986. VOUS ETES EN AMOUR AVEC LA VIE EN ROSE?Protégez-la pour toujours avec cette superbe reliure et complétez votre collection dès maintenant! Offre spéciale pour seulement 5,95$ (si vous êtes abonnée) ou 6,95$ (si vous ne l'êtes pas encore) + 1Sde frais de manutention 3 Septembre 1981 Quand Janette et les autres ne veulent plus rien savoir 4.Décembre 1981 La nouvelle famille et la loi 89 7 Septembre 1982 Mises a pied, mises au pas?8.Novembre 1982 D'une mère a l'autre, dossier maternité 10 Mars 1983 Les femmes en prison 11 Mai 83 Bouffer, c'est pas d'Ia tarte! 12: Juillet 83 Une fourmi flottait dans sa margarita 13.Septembre 1983 Apprivoiser l'informatique 14 Novembre 1983 Les femmes veulent renégocier le syndicalisme 16 Mars 1984 Simone de Beauvoir, féministe 17 Mai 1984 Marie Cardinal, entrevue 18 Juillet 1984 Histoires d'amour et d'eau salée 19.Septembre 1984 OH BOY! Jean-Paul et l'Église des hommes 20 Octobre 1984 Spécial U.S.A., Les américaines et le pouvoir D 6,95$ mon no d'abonnée est ., D 7.95$ Frais de poste et de manutention Inclus pour chaque reliure demandée ?par chèque D Visa D MasterCard 21 Novembre 1984 Quelle voyageuse êtes-vous?22.Décembre 84-Janvier 85 Spécial littérature pour enfants 23.Février 1985 Vive les sages-femmes! 24 Mars 1985 Les féministes se critiquent! 25.Avril 1985 La garde partagée, Piège ou libération?26 Mai 1985 Lise Payette fait le point 27 Juin 1985 Louise Roy à la CTCUM Fera-t-il beau dans le métro?28.Juillet 1985 Tenter l'erotique 29 Septembre 1985 Le phénomène Marois 30 Octobre 1985 Diane Dufresne all-dressi 31.Novembre 1985 Des hommes pour le dire No carte .Expiration.Signature .Tél.Adresse Ville.Code postal.Allouez de 4 â 6 semaines pour la livraison LA VIE EN ROSE, 3963.rue St-Denis.Montréal.Oc H2W 2M4 Adresse .Code postal.Tél.:.Cl-indus un chèque ou mandat-poste au montant .2,50$ par numéro LA VIE EN ROSE.3963.rue St-Denis.Montréal, Oc H2W 2M4 27 A 7 8 10 a o o o 18 19 20 21 a a o o 28 29 30 31 o o o a 11 12 13 14 16 a a o a o 22 23 24 25 26 o o o o o Madame Madeleine Rousseau, relationniste, Montréal "À la caisse Desjardins, je me sens à l'aise de poser toutes mes questions, que ce soit concernant l'épargne ou le crédit Je suis écoutée et comprise, bien conseillée et bien servie.C'est ce que j'apprécie chez Desjardins".Puisez dans nos ressources.Chez Desjardins, toutes nos ressources sont à la disposition de la femme d'aujourd'hui.Ces ressources sont vos ressources car Desjardins, c'est votre coopérative.Qu'il s'agisse d'un projet personnel ou d'entreprise, entrez chez Desjardins.Desjardins Une ressource naturelle. u printemp 1110, avenue bernard, outremont — 271-9851 centre rockland, 3e étage — 735-4444 4395, rue st-denis (métro mont-royal) 845-0155
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