La vie en rose, 1 janvier 1985, octobre
Madame Madeleine Rousseau, relationniste, Montréal "À la caisse Desjardins, je me sens à l'aise de poser toutes mes questions, que ce soif concernant l'épargne ou le crédit, je suis écoutée et comprise, bien conseillée et bien servie.C'est ce que j'apprécie chez Desjardins".Jj&ddiXUjL R^MM&Ub^ Puisez dans nos ressources.Chez Desjardins, toutes nos ressources sont à la disposition de la femme d'aujourd'hui.Ces ressources sont vos ressources car Desjardins, c'est votre coopérative.Qu'il s'agisse d'un projet personnel ou d'entreprise, entrez chez Desjardins.Desjarains Une ressource naturelle SOMMAIRE No 30 OUIYMYInllXL octobre 1985 Editorial «De chrysanthème en chrysanthème.» Carole Beaulieu Courrier Communiqués COMMENTAIRE 9 Pacifistes ou militaristes Faites vos jeux Solange Vincent Chronique délinquante 11 Y a-t-il une primeur dans la salle?Hélène Pedneault Actualité féministe Les sages-femmes Excentriques et lunatiques?12 Nouvelles technologies de la reproduction La maternité programmée 13 Entre les lignes 15 El Salvador Les femmes et les enfants d'abord 16 24 octobre Grève du ménage! 18 Journée pour le désarmement À vos running-shoes! 19 20_ entrevue Diane Dufresne ALL-DRESSED Hélène Pedneault et Sylvie Dupont 28_ Femmes terroristes Bes sorcières comme les sutres Hélène Sarrazin 33_ Au Canada Unegoerillourbdine Dominique Robert Actualité 36 Pornographie Pour ou contre la censure?Gloria Escomel JOURNAL INTIME ET POLITIQUE 42 Sous un globe de verre Danielle Phaneuf Théâtre 44 Andrée Lachapelle Mon tète-à-tète avec Andrée Anne-Marie Alonzo Littérature 47 Johanne de Montigny Défi: survivre Gloria Escomel Arts 48 Ramses II, Picasso et les autres.Le complexe de Hollywood Pascale Beaudet Cinéma 50 Festival des films du monde Comment se porte la violence?Diane Poitras Au Québec FLASHES 54 lasagaduflQ Livres, spectacles Hélène Sarrazin Calendrier 59 octobre 1985 3 LA VIE EN ROSE LE VIN BLANC QUI VOUS SORT DE L'ORDINAIRE «ST.m ¦¦ .-2-' Un vin léger au bouquet fruité, pour toutes occasions. «De chrysanthème en chrysanthème.» par Carole Beaulieu es Français ont leur SOS Racisme.Nous avons notre RAJ.Il ne réunissait pas des milliers de personnes, ne vendait pas 30 000 badges antiracistes, mais il occupait un lac gelé au coeur de l'Abitibi.envahissait le plancher de la Bourse, offrait des auges de gruau aux fonctionnaires de l'aide sociale, se préoccupait aussi bien de désarmement que de plein emploi.Il avait même, et c'est tout dire, un caucus autonome de femmes ! De son action, les media ont surtout retenu les coups d'éclat de sa lutte pour la parité de l'aide sociale pour les jeunes de moins de 30 ans.Armé de sa «raj» évoca-trice, le Regroupement autonome des jeunes était pourtant beaucoup plus.En cette période de disette de «militance» sociale et politique, il était «porteur d'une nouvelle vigueur» disait Madeleine Parent.Porteur aussi du militantisme de jeunes féministes Ce curieux amalgame d'organisations nationales et de petits collectifs de jeunes, de travailleurs et de chômeurs, d'assistés sociaux et d'étudiants, de «vieux» militants et de «novices» semblait savoir intuitivement que pour être mobilisantes, les luttes des années 85 se devaient d'emprunter des voies autres Sa spontanéité faisait sa force et sa fai- blesse : réunion à 1 lh - décision d'occuper la Bourse deux heures plus tard -, frénétique recherche pour trouver dans le bottin ou se trouve le plancher de la Bourse 1 «Quant t'es jeune tu veux changer ce qui est croche et tu veux le changer vite», expliquait un membre du RAJ dans une entrevue accordée à la revue Pour le Socialisme Loin des organisations politiques traditionnelles, les luttes ou les projets qui ont récemment mobilisé les jeunes ont souvent eu un caractère pluraliste, presque humanitaire, souvent culturel, toujours concret.Outre les droits socio-économiques, on revendiquait de plus en octobre 1985 5 LA VIE EN ROSE éditorial plus le droit au développement personnel, le droit au partage international des richesses, le droit à un monde dénucléarisé.SOS Racisme, le Live Aid.le Projet international des Ombres' n'en sont que quelques exemples.Le RAJ était traversé par toutes ces recherches et cette révolte.Il ne voulait pas «trop» se structurer pour ne pas faire peur aux «nouveaux», aux jeunes isolés qu'il tentait de regrouper.Voulait, dis-je bien.Car ce RAJ-là n'existe plus.Les dinosaures du militantisme traditionnel et de la procédurite l'ont bouffé tout rond le 1" septembre dernier.Il n'en reste plus aujourd'hui que les «dissidents» et les «officiels».Les premiers n'ont plus que la rue.Les seconds, une structure vidée de la majorité de ses membres actifs et «rassembleurs».Mis en minorité lors de leur 5' Congrès par des «militants professionnels», une cinquantaine de membres du RAJ, parmi les plus représentatifs des luttes de la dernière année, ont claqué la porte, refusant, disaient-ils, de cautionner un RAJ dont les nouveaux dirigeants ont «une attitude autoritaire, directive, voire militaire».Trois principes sont au coeur de la scission : l'autonomie des régions, l'action électorale et l'autonomie du caucus des femmes.La cassure Les femmes.Une fois de plus.L'éternelle «question femmes» dont l'éditorialiste Jean-Claude Leclerc avait, presque prophétiquement, invité les rajistes (rajeurs 1 rajeuses ?) à se préoccuper plus sérieusement lors de son intervention à l'ouverture de leur congrès.Cette fameuse «question femmes» que si peu de groupes mixtes sont parvenus à régler au Québec.Déjà, dans son bilan soumis au congrès de septembre, le Caucus-femmes du RAJ s'inquiétait.L'égalité des hommes et des femmes, troisième axe de la plate-forme du RAJ, «se portait mal», disaient-elles.Le Caucus invitait les gars «à se mouiller», à «porter eux aussi les revendications féministes», à s'intéresser plus aux actions menées par les femmes.L'égalité entre les femmes et les hommes n'existait pas.écrivaient-elles, «ni en nombre, ni en pratique», à l'intérieur du RAJ.Pour plusieurs, le vote qui a sonné le glas de l'autonomie du Caucus-femmes lors de ce 5' Congrès du RAJ, a été la goutte qui a fait déborder le vase.«Le caucus-femmes est encore autonome», disent aujourd'hui les officiels du RAJ.«Mais il n'est décisionnel que sur les questions de femmes» Le disque est tellement vieux qu'on ne sait plus s'il faut en rire ou en pleurer.Les femmes du Caucus, elles, ne rient plus.Elles sont parties.Pas toutes.Mais la majorité.Non pas que la question femme ait été LA cause de l'éclatement du RAJ.Loin de là.Mais elle y a été intimement mêlée.«Je peux plus travailler avec ces bonhommes-là», disait l'une d'entre elles à l'issue du congrès.Militantisme désincarné À plusieurs reprises déjà, et pas seulement au Québec, les femmes des organismes politiques ou militants ont reproché aux hommes leur militantisme désincarné, leur rythme affolant de travail, leur négation de la vie privée, leur morale de l'effort qui interdit les élans émotifs (Pour les «purs et durs», gas question d'ajourner le Congrès du RAJ pour prendre le temps de manger.La cause avant tout ').Quand les femmes de En Lutte ou du Parti communiste ouvrier (PCOj questionnaient les méthodes, elles se faisaient dire qu'elles trahissaient la «cause» pour endosser un «féminisme bourgeois».L'histoire cessera-t-elle un jour de se répéter ?Au-delà de la vision trop simpliste d'une prise de contrôle d'un mouvement populaire par un «petit groupe d'intellectuels dogmatiques», il y a sans doute le fait que les «officiels» du RAJ tiennent un discours dépassé, un discours qui ne mobilise plus.« Nous allons réaffecter des militants», déclarait André Querry, un membre de l'exécutif du RAJ.pour expliquer comment le groupe allait survivre à une telle saignée.Réaffecter.N'importe qui de sensé fuirait un leader qui s'arroge le pouvoir de les «réaffecter» dans le cadre d'une lutte qui est autant la leur que la sienne.Les «officiels» ont désormais des statuts et des règlements.Ils occupent la permanence du RAJ et discutent beaucoup de leur participation à une «coalition ouvrière, populaire et féministe» qui n'existe pas encore.Ils disent qu'ils mobiliseront bientôt 100 000 jeunes.On ne sait trop comment.Les «dissidents», eux, sont ailleurs.À Montréal, mais aussi dans les régions, ils tentent de se réorganiser hors du «RAJ perdu».Parmi eux, des femmes ; des femmes qui croient qu'elles y ont plus de chance, s'écartant d'un dogmatisme-réponse-à-tout qui jugule toute volonté d'innovation, de confronter des attitudes et de faire changer des choses.Elles n'ont probablement pas tort.V Carole Beaulieu est journaliste au Devoir.et membre du comité de rédaction de La Vie en rose 1 Le 26 août dernier, 40 ans après le bombardement d'Hiroshima, le Projet international des Ombres invitait à commémorer l'événement en peignant des ombres sur les trottoirs Le RAJ a participé à cette action.ÉQUIPE DE DIRECTION : Ariane Émond, Françoise Guénette, Claude Krynski, Louise Legault.Lise Moisan, Francine Pelletier • RÉDACTION : Yolande Fontaine.Françoise Guénette.Francine Pelletier • ADMINISTRATION : Louise Legault • PROMOTION : Yolande Fontaine • SECRÉTARIAT : André-Anne Délisle • DIRECTION ARTISTIQUE: Sylvie Laurendeau • COLLABORATION: Anne-Marie Alonzo.Pascale Beaudet.Carole Beaulieu.Jacqueline DePlaen.Sylvie Dupont.Monique Durand, Christine Eddie, Gloria Escomel, Jacqueline Hogue, Hélène Laforce, Hélène Lebeau, Hélène Pedneault.Danielle Phaneuf.Dominique Robert.Michèle Roy.Hélène Sarrazin.Diane Tremblay.Louise Vandelac.Solange Vincent • ILLUSTRATION : Nicole Lévesque.Diane O'Bomsawin • PHOTOGRAPHIE : Suzanne Girard.Louise Lemieux • MAQUETTE : Diane Blain.Sylvie Laurendeau • COLLECTION D'ÉPREUVES : Georgette Girard.Maryse Parant • DOCUMENTATION : Hélène Blondeau • COMPOSITION : Concept Médiatexte inc • PELLICULAGE : Graphiques Gabi • IMPRESSION : Imprimerie Ronald's • DISTRIBUTION : Les Distributeurs associés du Québec (DAQ).tél.645-8754.ext.: 1-800-361-4550 • PUBLICITÉ : Claude Krynski.843-7226 • ABONNEMENT : 1 an.10 numéros : 19Î.2 ans.20 numéros : 33$, 3 ans, 30 numéros : 45$ Tarif international par voie de surface : 30$.par avion : 44$.Marie-France Poirier, Anne-Marie Cormier : 843-8366 • LA VIE EN ROSE est subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec • LA VIE EN ROSE est publiée par les Productions des années 80, corporation sans but lucratif On peut nous joindre de 9h à 17h au 3963 rue Saint-Denis.Montréal H2W 2M4.ou en téléphonant : (514) 843-8366 ou 843-7226 Copyright 1985 - LA VIE EN ROSE Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés Dépôt légal : Bibliothèques nationales du Québec et du Canada ISSN-0228-5479 Indexée dans Radar et membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois Courrier de deuxième classe : 5188 Commission paritaire 4 067 CDN LA VIE EN ROSE 6 octobre 1985 Courrier Eros, toujours Eros Que d'émotion et de trouble ai-je ressenti en «buvant» le texte de Marie-Francine Hébert «Comme dans un café».Mille images folles dansaient, couraient et se cognaient entre elles.Mon plaisir inassouvi me faisait relire goulûment ces mots, ces ébats, ces battements de coeurs et de corps.Et mes fantasmes s'étalèrent un à un sur ma table de cuisine, devenue subitement une table de ce café ! Marie France Lefebvre Montréal Si le ridicule tuait, La Vie en rose n'existerait plus.Le prologue «d'Histoire de Q» ressemble plus à un long plaidoyer de culpabilité qu'autrement.Anne Dandurand a raison de dire que son texte «sent le soufre» et je pense que traduit en images, il ressemblerait fort à ces photos de femmes enchaînées et violentées publiées dans ces revues que je croyais que nous combattions ensemble.Vous perdez toute votre crédibilité dans la lutte contre la violence porno et croyez-bien que j'en suis profondément déçue.Sylvie Petitpas Québec Bravo pour avoir osé publier «Histoire de Q» de Anne Dandurand.Marx a dit dans «Le 18 Brumaire» que tous les grands événements historiques ont lieu deux fois, la première en tant que tragédie, la seconde en tant que farce.De même, répéter un discours, c'est se libérer du pathos de la version originale, c'est comprendre et rire.Le sadisme chez les femmes c'est vider les hommes de leur sadisme.Comment le faire autrement ?Fabienne Worth Chapel Hill.N.C.J'ai bien aimé vos histoires de cul, ça m'a rafraîchie assise sur ma galerie.Ça m'a rafraîchi la mémoire aussi, car j'ai connu ça le «Bois de Boulogne», il y a déjà vingt ans.À l'époque j'étais une petite oie qui arrivait à Paris, je globetrottais de Madrid au Caire afin de voir Ramsès et Picasso.C'était le bon temps où l'on pouvait encore baiser en plein air sur la plage de Kamari à Santorin.Mais pourquoi aller si loin.mes origines villageoises m'avaient appris de bonne heure à goûter dans les fossés le sperme, la terre et les maringouins.Nous sommes faites de sadisme et de masochisme avec le cul au milieu, nous sommes faites de haine et de générosité avec du feu dans les yeux.Est-ce qu'on baise bien le soir en Erythrée 1 Pensez-vous que les «Shiites» ont aussi de belles queues ?Il faut chercher encore plus loin au sujet de cette «mystérieuse ÉNERGIE».Luce Raymond SaintAmbroise de Kildare Je me suis recroquevillée au creux de ces merveilleux élans erotiques que vous m'avez offerts.Tant de plaisir et d'indiscrétion ; qu'il est bon d'avoir accès à ces couloirs profonds que nous avons appris à ignorer.Enfin votre audace était la bienvenue.Pour ce qui est «d'Histoire de Q», le grand scénario de consultation et de justification que vous en faites ne nous rend pas le texte plus erotique.Légitimer cet ouvrage est bien digne, mais il n'aurait pas dû nous être présenté dans un contexte d'érotisme.La violence a beau être provoquée (Henri Laborit).le fait d'être violent par désir de vengeance, ou pour se libérer de ses tensions n'est guère plus noble ou plus désirable.Hélène R.-Péladeau Iroquois Falls.Ontario La Vie en rose : un cabaret ?À ma connaissance il existe une loi qui interdit que deux sociétés portent le même nom et c'est la compagnie (association) la plus jeune qui se voit obligée de changer de nom.L'existence de ce genre de cabaret est déjà assez révoltant sans qu'en plus il porte le nom de la merveilleuse revue féministe ! Michou DesMosiums Québec Zoin de Freud et des autres Ramener la psychanalyse uniquement à Freud et à l'envie du pénis, c'est comme ramener le féminisme à une théorie de femmes frustrées : point de vue réducteur ne tenant pas compte des fondements et des postulats de base de ces théories.Cela tient davantage du préjugé que de la précision.Dire de la psychanalyse qu'elle est traditionaliste, c'est faire référence à ce bastion mâle d'une certaine époque, où effectivement les femmes n'avaient d'autre choix que de se «normaliser» ou de se «névroser», toute tentative d'autonomie étant vue comme la manifestation d'une névrose.Nous retrouvons aujourd'hui une vision fort semblable en psychiatrie, cette approche médicale qui considère la personne souffrante comme atteinte d'une maladie et qui «la soigne», soit par des «traitements» agissant sur le système nerveux, soit par l'enfermement.L'approche psychanalytique est tout autre.Son postulat de base est celui de l'inconscient.Le but d'une analyse est de se départir des désirs des autres pour soi - attentes de nos proches ou de la société, par le biais des rôles qu'elle impose comme norme.Il s'agit donc pour le sujet de renouer avec soi-même.Cette rencontre avec notre propre désir ne peut que nous mener à la conscience accrue de notre pouvoir.Le pouvoir du thérapeute est celui que le client lui prête et doit lui être retourné.Une telle démarche ne peut que mener au collectif et au politique.Dire que la psychanalyse est une thérapie «de luxe», c'est ignorer qu'il y a de plus en plus d'analystes qui ont choisi de tenir compte, dans leur pratique, de la capacité de payer de chacun et chacune.Quant à la durée d'une analyse, on cite toujours des exemples extrêmes.Là également, il s'agit d'un choix.En tant qu'analyste et que féministe, j'en ai un peu marte d'entendre répéter que la psychanalyse charrie des valeurs masculines.De tels propos ne renvoient qu'à l'ignorance de leurs auteurs quant au sens, au déroulement et aux buts d'une démarche psychanalytique.Monique Panascio Psychanalyste octobre 1985 7 LA VIE EN ROSE Communiqués Ciroupes ANO-SEP Association de femmes séparées et divorcées qui se réunissent dans le but de faire face à leurs nouveaux problèmes.L'association est bénévole, autonome et anonyme.Pour fêter son 15' anniversaire, ANO-SEP recherche toutes celles qui ont partagé de bons moments dans ce groupe.On communique avec le 849-5339 FEMMES COLLABORATRICES Le Colloque canadien de l'Association des femmes collaboratrices se tiendra les 29 et 30 octobre au Holiday Inn Place Dupuis, 1415 St-Hubert.Montréal.On s'informe à Gisèle Rocheleau (514) 672-4647 CONFÉRENCE NATIONALE DES FERMIÈRES La deuxième Conférence nationale des fermières ayant pour thème : «Réseau d'action des fermières» se tiendra à Charlottetown du 21 au 24 novembre 1985 On s'inscrit à Conférence nationale des fermières.CP 984.Charlottetown.IPE CIA 7M4 CENTRE DES FEMMES DE LAVAL Le Centre organise une campagne de souscription publique du 1" septembre au 4 octobre ; cette campagne se clôturera le 4 octobre par un souper-bénéfice à l'Hôtel Sheraton Laval, la conférencière invitée sera Marie Cardinal.Centre des femmes de Laval 668-8600.668-6428 MOUVEMENT CONTRE LE VIOL Pour informations ou rendez-vous, vous pouvez rejoindre le collectif du lundi au vendredi entre 9h30 et 4h30 à son nouveau numéro : (514) 842-5040.Le «Y» DES FEMMES Les femmes de la région métropolitaine concernées par le problème de l'acné et intéressées à en jaser avec d'autres femmes sont invitées à contacter Micheline Gauvin du Y des femmes à Montréal au 866-9941.groupe Femme adulte et acné JOURNÉE D INTER -ACTIONS LESBIENNES Samedi le 5 octobre à l'école Delorimier, 2025 Gilford, de 9h à 18h30, se dérouleront des ateliers sur le thème «Créer la perspective».Coût pour activités et spectacle : entre 6$ et 10$.Un spectacle et une danse clôtureront cette journée à l'Union française, 429 Viger Est à 21 h.Pour tout autre renseignement «Collective du 5 octobre» revue Treize, 771 suce.C, Montréal H2L 4L6.Cours RETOUR AUX ÉTUDES La Télé-université offre le cours Développement personnel et travail s'adressant à toute personne : • désirant retourner aux études ou sur le marché du travail après une longue absence ; • désirant réorienter sa vie professionnelle ; • éprouvant de l'insatisfaction au travail ; • exerçant une fonction conseil auprès des trois groupes précités.Pour informations : Cecilia Gaudet 1-800-463-4722 ou (418) 657-2262 LE CID Le Centre d'information et de documentation des femmes du Haut-Richelieu informe, suscite la participation, offre des cours.Pour informations 346-0662 CENTRE DE FORMATION POPULAIRE Le programme 1985-1986 est maintenant disponible : des sessions sur le «Fonctionnement interne» d'un groupe (démocratie, organisation, etc.) «Finances» (tenue de livres, comptabilité, gestion) sur le «Développement internationale» (crises, aide au Tiers monde, etc.).Tout groupe de femmes ou organisme sans but lucratif peut commander une session au Centre de formation populaire.On peut s'inscrire individuellement aux sessions «Finances» commençant le 9 octobre.S'adresser au : CFP.3575 St-Laurent.Suite 406 - (514) 842-2548 FEMMES ET HISTOIRE Le CPMO (Centre de pastorale en milieu ouvrier) et le Collectif promotion communautaire du,Centre St-Pierre vous proposent des rencontres les jeudis à 13h30 ayant pour thèmes : • le 24 octobre : «En quête de leur autonomie financière : des femmes s'organisent» (3 témoignages d'action au 1212 Panet.salle 100) ; • le 21 novembre : «Comment les femmes font-elles de l'action politique ?» (Léa Roback parle de son expérience au 1212 Panet, salle 100).Informations supplémentaires : 524-3561.poste 306 ou 527-8291 G alerie GALERIE POWERHOUSE Son comité de sélection étudiera les candidatures pour son calendrier d'expositions de janvier 1986 à janvier 1987 Votre dossier doit comprendre : 1 .curriculum vitae 2.maximum de 20 diapositives, photographies ou originaux.On s'inscrit avant le 15 octobre.Galerie Powerhouse.3738 rue St-Dominique.suite 203.Montréal H2X 2X9 (514) 844-3489.Jeunes DRAPEAU BLANC Avec la collaboration du Secrétariat à la Jeunesse du Québec, le ministère des Affaires culturelles et l'Assurance-vie Desjardins, un concours de poésie sur le thème de la Paix s'adressant aux jeunes auteurs de 15 à 25 ans et se terminant le 1" novembre.• soumettre deux (2) oeuvres maximum (3 pages dactylographiées 8 1/2 x 11) ; • 50 poèmes sélectionnés seront publiés; • prix par catégorie : 15 à 18 ans : 300$ - 200$ - 100$ 19 à 25 ans : 300$ - 200$ - 100$ On s'inscrit au concours «Vers la Paix» Drapeau Blanc, CP.3354.suce.St-Roch, Québec G1K 6Y7 DÉCLIC-JEUNESSE MONTRÉAL/LAVAL Cinq agents d'information guident et informent les jeunes de 18 à 30 ans bénéficiaires ou non de l'aide sociale, diplômés ou non, ayant ou non une expérience de travail.Informations Communication-Québec.Complexe Desjardins.Galerie nord ou Déclic-Jeunesse 873-2111 UNICEF-QUÉBEC Le 31 octobre débutera le «RALLYE DE LA SURVIE», thème de la campagne annuelle de souscription de l'UNICEF-QUÉBEC, au bénéfice des enfants victimes de malnutrition et de maladie dans plus de 115 pays en développement.Unicef-Québec.353 St-Nicolas.Montréal H2Y 2P1.288-1305.JL/ivers CINÉMA ET VIDÉO La 14' édition du Festival international du nouveau cinéma et de la vidéo de Montréal aura lieu du 17 au 27 octobre.Pour plus de détails 843-4725.PROCÈS On sollicite votre présence au procès intenté à Mme Marie-Helyett Minuty, accusée injustement de voie de fait sur un policier.C'est plutôt elle, une Haïtienne, qui a été victime de brutalité de la part de ces mêmes policiers du poste 54.Madame Minuty n'a pas droit à l'aide judiciaire : il nous faut donc la soutenir financièrement.Lieu : Cour municipale, Saint-Léonard, 8255 Lacordaire (le 30 octobre, à 20h).Comité de soutien à Mme Minuty.(514) 327-3434 LA VIE EN ROSE 8 octobre 1985 -Commentaire- ou militaristes Faites vos jeux Un sondage Gallup révélait récemment que 54% des Canadiennes, dont légèrement plus de femmes que d'hommes, souhaitaient un changement de politique permettant aux femmes de faire partie d'unités de combat dans les Forces armées.La lutte pour l'égalité passerait-t-elle par l'intégration des femmes dans l'armée?Solange Vincent n 'est pas de cet avis et nous dit pourquoi.ors d'une campagne de presse bien orchestrée, le lieutenant-colonel Shirley Robinson, une Canadienne, s'est étonnée de ce wLm Que certaines féministes n'entrent I pas dans sa croisade pour que les femmes soient admises dans l'armée.N'est-ce pas là la meilleure garantie de bons salaires et de promotions 7 Le lieutenant-colonel compte d'ailleurs sur l'appui d'autres féministes et sur l'article 15 de la Charte des droits et libertés pour inciter de plus en plus de femmes à faire comme elle.À mon avis, il est grand temps d'admettre que divers courants agitent le féminisme et que certains sont diamétralement opposés tant par les valeurs qu'ils privilégient que par les objectifs qu'ils mettent de l'avant.Il y a le féminisme que j'appelle de «promotion individuelle» et celui orienté vers la «promotion collective».Le premier vise l'émergence des plus aptes («survival of the fittest» ) et des plus malléables face aux structures en place.Le féminisme de promotion collective, par ailleurs, croit que les femmes ont mieux à faire que de passer de la domination des maris à celle des colonels, fussent-ils femmes.L'urgence, pour les femmes, n'est pas d'accéder aux structures d'oppression pour les consolider mais au contraire, de lutter contre toutes les formes de militarisation de la société.D'ailleurs, les féministes qui veulent intégrer les femmes dans l'armée ne contestent en rien les buts et les pratiques d'une société militariste, elles contestent uniquement le fait que les femmes en soient exclues.Bien sûr, pour rallier des appuis à leur croisade, les féministes militaristes déclarent qu'à long terme, c'est la paix qu'elles visent.Mais qu'est-ce qui leur laisse croire que les femmes, au bout du compte, agiraient différemment des hommes7 Dans le documentaire Soldier par Solange Vincent Girl on voit des commandos féminins de l'armée américaine entonner en choeur : «Je veux violer, je veux tuer.» L'entraînement militaire est efficace pour quiconque.De plus, la «féminisation de l'armée» n'est pas au départ une proposition faite par des femmes mais remonte à 1979, au moment où l'OTAN décidait d'intensifier sa politique d'armement et d'installer les missiles Cruise et Pershing II en Europe.La féminisation de l'armée est donc une opération politique qui.sous couvert d'égalité des droits, vise à faire adhérer les femmes aux objectifs de guerre.Constituant 75% des mouvements pacifistes, les femmes sont loin d'être spontanément favorables à ces objectifs.Il faut donc situer l'ouverture de la carrière militaire aux femmes dans le processus général de militarisation des sociétés plutôt que dans une volonté de démocratiser l'armée Mais certaines voudront sans doute faire valoir le fait que nous vivons dans un pays «pacifique».Ne sait-on pas que le Canada vend des armes aux dictatures militaires, qu'il leur fournit capitaux et prêts à des conditions très avantageuses, qu'il offre la collaboration de la Gendarmerie royale et des services spéciaux de l'armée aux polices militaires et aux services secrets de ces dictatures ?Le Canada produit aussi des armements nucléaires de première frappe pour les Américains : des grues pour les sous-marins «Trident», des systèmes de lancement pour la bombe à neutrons, des systèmes de navigation pour les missiles «Cruise.» Le Canada est aussi le plus important producteur et exportateur d'uranium dont une grande partie est destinée aux programmes de production d'armes des puissances nucléaires.En 1* bon satellite bien servile, il met son territoire à la disposition des Américains pour qu'ils puissent tester ici leurs nouvelles armes : les «F-18» à Bagotville.les missiles «Cruise» à Cold Lake, les armes chimiques à Suffield en Alberta Brian Mulroney ne déclarait-il pas en mars 1985 qu'il voulait faire de l'industrie de la «défense» un secteur clé de l'économie 7 À mon avis, le féminisme doit refuser de se retrouver coincé dans pareil piège : travailler dans l'armement, s'engager dans l'armée ou alors chômer et connaître le dénuement.Nous devons plutôt chercher des alternatives communautaires, planifier des occupations utiles aux gens et à leur environnement et voir à ce que les budgets militaires soient transférés aux secteurs favorables au développement social et économique.Et ceci, sans naïveté, tout en sachant que la lutte sera longue et difficile puisque nous nous battons contre les intérêts les plus puissants au monde.Il est important de souligner, par ailleurs, que la participation des femmes aux luttes de libération nationale n'a rien à voir avec l'intégration des femmes aux forces armées.Pourquoi 7 Parce que la violence dans le dernier cas est assimilée à un processus de domination, celui des pays riches sur les pays pauvres, alors que pour les femmes du Tiers monde, la lutte armée n'est souvent pas un choix mais bien leur seule porte de sortie Or il faut savoir que le véritable enjeu qui se profile derrière l'intégration des femmes dans l'armée concerne la survie de la planète, dans la perspective du partage équitable des ressources existantes, sans quoi nous devrons faire face à la disparition progressive ou brutale de l'espèce humaine.En tant que féministes, que choisirons-nous : le pacifisme ou le militarisme 7^j»> SOLANGE VINCENT est militante pacifiste de longue date.octobre 1985 9 LA VIE EN ROSE AH NOW.".J'avais pourtant lu toutes les revues spécialisées, mémorisé tous les test et les fiches techniques, trimbalé mes disques à travers au moins dix magasins, écouté les opinions de mes amis et des vendeurs.J'ai quand même manqué le bateau.On m'avait pourtant prévenu qu'il ne suffisait pas d'acheter tous les soit disant "best buy." On m'avait pourtant prévenu que le mariage des différentes composantes d'une chaîne haute fidélité était un art qu» seule l'expérience permettait de pratiquer correctement.Et dire que ça aurait été si simple si j'avais consulté les professionnels de Filtronique ou de Son-Or.Pourquoi donc personne ne me l'a dit9 "Là ou le dialogue remplace le traditionnel monologue du vendeur DUAL- ELIPSON- GRADO - HARMAN/KARDON-JBL- KEF - NAKAMICHI-ORTOFON- REVOLVER-TEAC ^ironique 9343 LAJEUNESSE, MONTRÉAL QUÉBEC, CANADA H2M 1S5, (514) 389 1377 Chronique Délinquante Y a-t-il une primeur dans la salle?Je suis née exactement 40 ans après le naufrage du Titanic, un 14 avril.Cette coïncidence m'a toujours vaguement perturbée.J'ai eu longtemps, et encore maintenant aux pleines lunes, des allures de naufrage qui se cherchait un endroit pour arriver.Dans mes moments de dérapage intense (comme en ce moment), je vais même jusqu'à penser que je suis ou la réincarnation du Titanic ou celle de l'iceberg qui a naufragé le Titanic, puisqu'ils se sont rencontrés un 14 avril, à une heure qu'on peut aisément qualifier de fatidique J'ai appris cette malencontreuse coïncidence très jeune : nous avions chez nous l'encyclopédie Grolier qui répertoriait allègrement ce genre d'événement, et quelques autres, plus heureux Ça part mal une vie.Mon côté iceberg se manifeste surtout devant les gérants de banque à l'air embaumé, les vendeurs et les garagistes qui sont intimement persuadés que je ne suis qu'une fille, les menteurs, les crétins et les peureux.Et là, je dois malheureusement ajouter le féminin aux trois derniers termes.(Ah 1 si les femmes pouvaient être parfaites.vieil espoir de vieille féministe.) Bref, je m'en sers tous les jours.Parce que.quand on est une naufragée d'avance, on n'a strictement rien à perdre.Rien du tout.Par exemple, on peut dire à un petit patron de Radio-Canada que c'est un crétin parce que c'est vrai.Évidemment, ce genre de réaction impulsive n'aide pas à se faire une petite vie bien tranquille ou à garder sa job longtemps Ce sont les risques du métier de naufragée Parce que même si mon côté iceberg devrait plutôt être naufrageur, je me retrouve toujours naufragée.Et je deviens Titanic.C'est curieux.L'un et l'autre en même temps, comme on ne sait jamais, entre un bourreau et une victime, si le bourreau est bien celui ou celle qu'on pense.C'est mêlant Je parle fort, je me choque noir parfois, je me défends, je lutte, et c'est moi qui sombre.Ce n'est quand même pas normal Le Titanic était OU Confession simultanée du Titanic et de son iceberg par Hélène Pedneault justement un très grand bateau qui avait l'air très fort.Il a sombré en une demi-heure Ça doit être ça qui m'anïve.Je ne dois pas avoir une force réelle, bien ancrée.Alors comment faire "> Parce qu'on ne peut quand même pas impunément se permettre tant de naufrages dans une vie.Analysons froidement la situation, comme seul un iceberg peut le faire Et n'allez pas croire que je suis déprimée pour faire ça.Au contraire.Il y aurait tant de choses à faire sombrer dans cette société, à commencer par les émissions de variétés à la télévision, les radios AM et les spécialistes du marketing.Il faut absolument apprendre à appliquer les techniques du naufrage ailleurs que sur soi-même.Ma démarche est donc pleine d'espoir La plupart des femmes que je connais sombrent avant même d'ouvrir la bouche : le résultat est le même que moi.sauf qu'elles risquent des ulcères (ou de l'eczéma) que je n'aurai pas.Dans ce cas.les techniques d'apprentissage du nau-frage-à-l'extérieur-de-soi diffèrent légèrement : elles doivent apprendre à parler alors que je dois apprendre à me taire, dans le but d'être enfin stratégique.Apprendre à bien flusher mapparaît un strict minimum 11 faudrait commencer à se pratiquer sur des petites choses à la maison, sans témoin.Comme par exemple, tirer la chasse d'eau et aimer ça.En ce qui concerne la vaisselle, il est préférable de la regarder en sachant qu'on pourrait la casser n'importe quand : si on la casse, on devra en racheter, et la punition ne tombe pas alors sur la bonne personne En plus, on passera pour des hystériques auprès des voisins, ce qui n'est pas souhaitable dans notre plan.Éviter d'être repéré est une des premières règles d'un iceberg qui veut bien accomplir sa tâche.En second lieu, il faut absolument se pratiquer sur des êtres vivants, avec leur assentiment bien sûr.Un-e meilleur-e amie sera par-fait-e pour l'occasion.En tant que meil-leur-e-s ami-e-s, ils savent bien ce qu'ils devront endurer : alors n'ayons pas peur d'abuser.Il faut essayer des attitudes diverses comme on essaie des vêtements.Jusqu'à ce qu'on trouve celle qui nous va comme'un gant : ou dans l'expression de l'agressivité, ou dans le silence contrôlé, qui n'a rien à voir avec l'hypocrisie Parce que j'ai quand même eu le temps de remarquer, à travers mes nombreuses colères, que les gens qui n'élevaient jamais la voix et gardaient leur calme étaient des winners Je vais m'empresser d'appliquer cette réflexion dans ma vie : je vais garder mon calme, sourire même, en disant tout ce que je veux dire malgré tout.Et là je deviendrai redoutable On fondera le Club des redoutables dont la devise sera : «Impitoyables mais souriantes».Car le féminisme, malgré tous ses colloques, ses réunions, ses batailles, malgré que certaines aient parlé haut et fort, aient été même redoutables, n'a pas encore réussi à nous rendre collectivement redoutables C'est pourtant clair : Les femmes qui sont gentilles et patientes ont été baisées soit par leurs chums.soit par la société.Le sourire de la compréhension et de la maternité a toujours été récupéré dans les comptes de banque et les mauvais coups des autres Moi.je veux le sourire de la Joconde.Celui qui dit : «Cause toujours mon lapin, moi je sais où je m'en vais.» Et tes Pershing tu peux te les mettre où tu penses.Et que ça saute.Sf octobre 1985 1 1 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Sages-femmes Excentriques et lunatiques?.Le couperet vient de tomber à nouveau.Après les acupuncteurs, c'est au tour des sages-femmes de voir les médecins statuer sur leur pratique.Dans le cadre de son congrès annuel.l'Association médicale du Canada s'est prononcée contre les accouchements à domicile, affirmant que cette méthode accroît les risques de complications pour la mère et le nouveau-né.«Ceux qui militent en faveur d'un retour aux accouchements à domicile sont des excentriques et des lunatiques qui veulent ramener la médecine au Moyen Âge», a même déclaré le Dr Le Riche de l'Alberta.Augustin Roy.président de la Corporation professionnelle des médecins du Québec a aussi voté en faveur de cette résolution.Plus subtil que son collègue, il dit comprendre le mouvement d'appui aux sages-femmes et le désir d'accoucher à la maison, compte tenu de l'évolution du régime de santé et la déshumanisation que cette évolution a entraînée en ce qui regarde l'accouchement.Il laisse cependant entendre qu'il est superflu - puisqu'il suffirait d'humaniser les soins - et peut-être même irresponsable de la part d'un gouvernement de favoriser l'intégration d'une «nouvelle» catégorie de professionnelles dans un contexte de coupures budgétaires.La population du Québec est-elle prête à payer plus de taxes pour ces femmes qui désirent accoucher avec une sage-femme quand il existe déjà des hôpitaux parfaitement équipés et des médecins formés pour répondre à ces besoins ~> Le Dr Roy a d'ailleurs déclaré à l'émission Le Point' qu'une sage-femme réclamait entre 700$ et 800$ pour un accouchement alors qu'un médecin n'en recevait que 150$.Isabelle Brabant, sage-femme pratiquant ici (voir LVR.fév 1985).lui répond que cette somme englobait tout un travail d'accompagnement - que la sage-femme fait seule et non pas entourée d'une équipe comme pour le médecin -, réalité que le médecin, disons-le.ne connaît à peu près pas.C'est évident, le discours actuel des médecins transpire le corporatisme.Outre la perte financière qui pourrait résulter de La libération par la médecine?Dans une entrevue parue dans L'actualité, en juin dernier, l'historien Edward Shorter défend l'idée selon laquelle la libération des femmes s'expliquerait par l'évolution de ia médecine qui seule aurait su libérer les femmes des contraintes de leur corps.Hélène Laforce a voulu répondre à cette thèse, particulièrement en ce qui regarde l'accouchement Voici quelques extraits de sa réponse.En ne se servant que de sources émanant souvent des seuls médecins - qui justement voulaient prendre la place des sages-femmes -, M.Shorter fausse son approche dès le départ.Ce serait comme écrire l'histoire de la guerre du Vietnam en n'utilisant que les comptes rendus des Américains.Un exemple parmi tant d'autres.Shorter répond au journaliste qui l'interroge sur la sécurité actuelle de l'accou- chement à la maispn en se référant à la condition des femmes au 18' siècle.Pareille comparaison est tout à fait inadmissible : songerait-on à comparer l'activité des chirurgiens-barbiers du 18' siècle à celle des praticiens d'aujourd'hui, le degré de salubrité des hôpitaux de ce temps en regard de celui de nos institutions modernes 7 (.) Bien sûr, Shorter rappelle les bienfaits des forceps, mais il oublie de mentionner que si cette découverte a sauvé nombre de vies, elle en a mutilé encore davantage.En effet, les médecins qui les utilisaient ne savaient pas toujours comment ni à quel moment s'en servir.(.) Une telle absence de nuances pourrait ranger Shorter parmi les excellents polémistes : mais ça ne suffira pas à en faire un historien crédible.\ Hélène Laforce la légalisation de la pratique des sages-femmes, l'idée de partager leur savoir et ainsi, de ne plus être les grands prêtres de la société québécoise, n'a rien pour plaire aux médecins.Il semble finalement qu'on mettra encore longtemps avant de pouvoir démystifier le rôle de ces professionnels.À ce titre, je vous recommande l'ouvrage d'Hélène Laforce, une étude fort documentée qui confirme la thèse voulant que l'histoire écrite, officielle, ne soit pas neutre, étant l'histoire des hommes.Comment expliquer autrement qu'au Québec, en 1977, 95% des étudiant-e-s d'un collège ne connaissaient ni la fonction ni même la signification du terme sage-femme2 ~> Pourtant, pendant plus de 150 ans, les sages-femmes furent les seules intervenantes reconnues et acceptées en obstétrique par l'ensemble de la communauté québécoise.Hélène Laforce nous raconte comment les sages-femmes, après avoir ouvert le tenain.se sont associées, à partir de 1700, aux chirurgiens, tout en demeurant maîtresses du processus, décidant même de la pertinence de l'intervention de la technique.L'accouchement était alors considéré comme un acte social, un geste d'entraide.Le vent tournera en 1840, au LA VIE EN ROSE 12 octobre 1985 moment où le Collège des médecins commence à faire des pressions sur le gouvernement pour l'inciter à légiférer en sa faveur.Petit à petit, ces derniers finissent par s'approprier le plein contrôle de la pratique médicale.Le moment le plus passionnant du récit est sans doute celui où l'auteure nous révèle que l'interventionnisme médical trouve ses origines dans le désir de «dominer la nature», tendance caractéristique d'ailleurs du «Siècle des lumières».En ce qui regarde l'accouchement, pareil constat donne lieu à cet énoncé typique du «scientisme» de l'époque : «On ne doit plus laisser faire la nature : l'accouchement fait partie intégrante de l'art dont l'instrument est le symbole.» De mesure d'exception qu'elle était jusque-là, l'intervention pour provoquer un accouchement se généralise dès lors.La position de l'accouchée est modifiée pour faciliter le travail de l'accoucheur.L'hôpital, lieu de travail du médecin, remplace la maison, lieu de vie des femmes.^ Hélène Sarrazin 1/ Radio-Canada, 20 août 1985.2/ Hélène Laforce.Histoire de la sage-femme dans la région de Québec.Institut québécois de recherche sur la culture.Québec, 1985.p.21.Nouvelles technologies de la reproduction La maternité programmée Fécondation in vitro, insémination artificielle, ventes de grossesse, transfert, division et congélation d'embryons, prédétermination du sexe, clonage, génie génétique.Où en sont les recherches sur les techniques de reproduction ?Quels sont les intérêts en jeu 7 Quel impact la maternité programmée, le contrôle masculin de la reproduction et les enfants sur mesure auront-ils sur nous ~> Autant de questions qui sous-tendaient la première Conférence féministe internationale sur les nouvelles technologies de la reproduction.Organisée par le Feminist International Network on the New Reproductive Tech- nologies (FINNRET).créé en Hollande en 1984.cette conférence qui a eu lieu en Suède cet été s'inscrit dans le cadre d'une série de conférences de FINNRET : à Londres en novembre dernier, à Seattle en juin et à Nairobi en juillet, dans le cadre du Forum sur la décennie des femmes D'autres colloques féministes sur la question ont aussi ponctué l'année : celui d'Ottawa, fin février, organisé par l'Association nationale des femmes et la loi avec ses 300 participantes ; celui de Bonn, deux mois plus tard, où 2 000 Allemandes issues du mouvement des femmes et du Parti vert (écologiste) se sont opposées de façon radicale aux technologies génétiques et reproductives, et enfin, le 8 juin dernier, à Paris, où s'est constitué l'amorce d'un réseau francophone.Bien que la conférence tenue en Suède ait surtout permis de confronter les différentes stratégies et techniques de contrôle des populations, ainsi que les multiples modalités d'application des nouvelles technologies contraceptives et reproductives, il est clair qu'un même discours à l'accent humaniste et désintéressé se fait aujourd'hui sentir un peu partout dans le monde.Entonné par les médecins et biologistes, légèrement revu, corrigé et relayé par les comités d'éthique avant d'être repris en choeur, à quelques nuances et exceptions près, par une presse a-critique, ce discours joue sur la corde sensible de la stérilité, taisant plus ou moins ses causes, ses critères de définition1 ainsi que l'absence de politiques préventives.Peu de questions aussi sur l'actuel renforcement du modèle de la femme-mère2 ou sur ces demandes d'enfants biologiques à tout prix, ou encore sur la commutation de ces désirs d'enfant en droits absolus.Bien que pour la plupart expérimentales et d'une efficacité encore élastique et relative, ces techniques sont présentées comme ultime espoir à l'infertilité, incarnant ainsi les progrès de la science, et la science comme progrès Présentées au public comme interventions exceptionnelles et curatives, peu de gens s'inquiè- octobre 1985 13 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe tent alors du contrôle croissant de la médecine dans la sphère de la procréation, contrôle passant par les glissements successifs d'une technique à l'autre, allant de la fécondation in vitro, à la congélation d'embryons, puis du sexage jusqu'aux recherches sur le placenta et la mère-machine.Certes, on invoque au passage les changements de valeurs liés à cette «évolution», dite inéluctable, de l'éclatement de la maternité en autant de spécialités : en mère ovocytaire (celle qui donne son ovule), porteuse, utérine (qui ne «loue» que son utérus), sociale et adoptive.Cependant les choix scientifiques et les choix de société qu'ils impliquent sont fort peu questionnés et plus rarement encore les intérêts professionnels, voire carriéristes et monétaires qui y sont liés, sans parler des motivations ludiques et fantasmatiques qui les habitent.Peu d'analyses aussi sur l'émergence de cette véritable économie de la reproduction humaine ayant déjà ses propres règles institutionnelles et commerciales, ses rapports particuliers à l'État, ainsi que sa planification et ses standards de qua- lité impliquant certaines normes de sélection.Outre les résolutions d'usage, ce colloque s'est conclu par la mise sur pied de réseaux féministes nationaux3, et par l'adoption d'un nouveau nom : FINRRAGE.Feminist International Network of Resistance to Reproductive and Genetic Engineering, un nom marquant de nettes réserves face aux orientations actuelles des recherches et pratiques en reproduction humaine et en génétique, tout en témoignant d'une préoccupation pour trouver des alternatives face à la stérilité.Louise Vandelac 1/ En France, on considère stérile un couple après deux ans d'essais de fécondation infructueux.Aux États-Unis, on est infertile après un an ! 21 Rappelons qu'au début du siècle, au Québec, près de 25% des femmes n'avaient pas d'enfant alors que cette proportion tourne maintenant autour de 10% L Histoire des femmes au Québec (Clio).Éditions Quinze, et Du travail et de I amour (Vandelac et al).Éditions St-Martin.3/ FINRRAGE CANADA, Jane Gordon 1642 Chestnut Street, Halifax.B3H 3T4 N • O • U*V*E*À»U*T*É*S Sous la direction de Jacques Dufresne.Fernand Dumont et Yves Martin TRAITE D'ANTHROPOLOGIE MÉDICALE L'Institution de la santé et de la maladie L objectif de cet ouvrage, conçu par II Q R C est à la fois simple et ambitieux contribuer â remettre l'homme au centre de l'univers de la santé Pour cela, il fallait embrasser une vaste matière, recourir â des disciplines très diverses, mais en cherchant a suggérer â quel point, dans tout cela, se dessine une problématique nouvelle • XVII-1 245 pages • index des matières • index des auteurs • une cinquantaine de collaborateurs ISBN 2-89224-050-6 49.95 $ Hélène Laforce HISTOIRE DE LA SAGE-FEMME DANS LA RÉGION DE QUÉBEC Qui était la sage-femme7 Quand et dans quelles conditions a-t-elle exercé7 Comment expliquer sa disparition7 Désuétude d'une pratique, inefficacité d une fonction ou élimination par de nouveaux contrôleurs médicaux7 Voilà, en résumé, le profil de cette recherche qui a mené l'auteure des rives de la Nouvelle-France jusqu'aux portes de nouveaux hôpitaux, à la poursuite d'une histoire qui restait, encore hier, celle du silence • 237 pages ISSN 2-89224-053-0 1 9,50 $ Ces ouvrages sont disponibles dans toutes les librairies ou a 1 '979 rc Institut québécois de recherche sur la culture 93, rue Saint-Pierre Quebec (Quebec) G1K 4A3 tél.: (418| 643-4695 LA VIE EN ROSE 14 octobre 1985 Aux États-Unis, la Chambre des représentants a voté en juin la fin du moratoire de 16 ans sur la production d'armes chimiques.Le Pentagone, du même coup, se voit attribuer un budget de 124,5 millions pour l'acquisition de gaz asphyxiant.On se rattrape comme on peut.C'est une nouvelle tellement crasse qu'on l'a à peine relevée dans nos journaux.Y'z'étaient p't'être un peu gazés, ceux qui auraient dû nous en parler.Au Cyclon-B qu'il faudrait arroser ça ! Par contre, de Mengele, à pleine page on en a parlé.On l'a découvert, le docteur, sous tous ses angles, les plus intimes compris.Sur cinq colonnes à la une.le petit tas de terre exhumé du Brésil, des dents qui ressemblaient à des cailloux, vaguement des restes de tibias, un crâne qui aurait pu être celui de n'importe qui du cimetière des Saints-Innocents.À tel point qu'on en oubliait presque les raisons d'un tel énervement autour d'un si petit docteur.Plus grave encore : Mengele devenait un conte à lui tout seul, une saga policière.À en oublier qu'il n'est que le maillon d'une chaîne Des chaînes comme ça.il y en a encore.Et des chaînes qui produisent des Mengele à la chaîne, tout autant.L'exemple de l'Afrique du Sud, tiens.Alors, qu'à Washington on prenne des votes absurdes comme celui sur les armes chimiques et qu'en plus, ça ne fasse réagir personne, les Mengele du monde entier doivent s'en frotter les mains.Entre les lignes Y'a continuité dans la folie.L'affaire Keegstra par exemple.Keegstra c'est le prof d'Eckville, en Alberta, qui pense comme son copain Zundel que l'holocauste c'est un coup monté pour «vendre du juif».Il fait plus que le penser, il l'a même enseigné à ses élèves qui trouvaient ça tout de même un peu bizarre.Alors on lui a fait un procès.Pour le défendre, son avocat a raconté l'histoire du bon samaritain : Il était une fois un certain Epstein, Bob de son prénom, paumé en Alberta, qui eut la chance de rencontrer Keegstra qui.lui, s'est empressé de lui fournir un aller simple en autobus pour s'en retourner aux USA.«Si c'est un homme qui hait les juifs, pourquoi traiterait-il un juif de cette manière7» Mais Keegstra aurait-il demandé à Epstein ses papiers pour savoir qu'il était juif 1 Ou a-t-il pris des leçons de physionomie chez les nazis ~>.Y'a un pauvre type qui s'est fait «piquer à voler» chez Jean Coutu.Pour 6.38 $ 1 J'aimerais bien voir la tête de la personne qui l'a envoyé en cour pour une place et quart de cinéma.En plus, il a eu droit à un juge zélé Pigeon qu'il s'appelle (et c'est pas un jeu de mot).Avec un nom pareil, on se serait attendu à une sentence légère.Pas du tout Sous prétexte qu'il était en probation au moment du crime, c'est un an qu'il lui a donné, pour l'exemple.Vous inquiétez pas.il y a eu appel.De sentence exemplaire on est passé à sentence raisonnable, c'est le mot d'un journaliste.Seulement trois mois, et encore parce que la Cour a daigné considérer les antécédents psychiatriques de l'accusé et le fait qu'il n'ait pas été représenté par un avocat lors de la première comparution C'est beau la justice.Hélène Lebeau JOHANNE OE MONTIGNY LE CRASH ET LE DÉFI : SURVIVRE Johanne de Montigny À Québec, le 29 mars 1979,1 minute 48 secondes après le décollage, un F-27 de Ouébécair s écrase tuant 17 de ses 24 occupants.Johanne de Montigny survit à ce drame, le crash, c'est le récit bouleversant de cette femme qui lutte contre la douleur, contre les traumatismes, cette femme «tombée du ciel» est un exemple de courage et de ténacité.408 pages.En librairie : 15,95$ les éditions du remue-ménage octobre 1985 15 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe El Salvador Les femmes et les enfants d'abord On connaît la situation du Salvador: la guene, les atrocités commises par les militaires et le gouvernement démocrate-chrétien de Duarte, l'aide fournie par Reagan pour en finir avec les guérilleros du FMNL, les échecs successifs de tous les pourparlers entre les forces en présence.En marge de tout cela, on connaît moins les efforts de l'Association des femmes du Salvador (AMES) pour apporter une aide financière et sanitaire aux milliers d'enfants victimes de l'injustice sociale et, depuis 5 ans, de la guerre, des bombardements des populations civiles et des rationnements.Actuellement, 120 enfants sur 1000 meurent avant leur première année ; octobre 1985 50% de ceux qui restent meurent avant l'âge de 5 ans ; 75% des moins de 5 ans souffrent de malnutrition.C'est vers cet âge-là, d'ailleurs, que les enfants commencent à travailler pour aider leur famille.ou ce qu'il en reste.Car le nombre de familles démembrées et d'orphelin-e-s se multiplie, aussi bien dans les zones de guerre qu'ailleurs.Plusieurs facteurs se conjuguent : les arrestations et exécutions arbitraires, qui ont déjà décimé au-delà de 50 000 civils ; les attaques aériennes des zones occupées par la guérilla, qui massacrent les populations à l'aide de bombes explosives ou chimiques ; enfin, le manque de produits de première nécessité (eau potable, nourriture, antibiotiques, médicaments) qui aggrave la malnutrition, favorise les maladies infectieuses ou l'apparition de carences graves.Les femmes du Salvador souffrent doublement de cette situation, puisqu'elles doivent se battre sur plusieurs fronts : ces mères soutiens de famille sont aussi des travailleuses, des militantes, voire des «guérilleras».Aussi se sont-elles dotées de réseaux d'entraide, comme AMES, un regroupement socio-politique qui poursuit un double objectif : d'une part, la sensibilisation des pays d'Amérique du Nord à la situation salvadorienne et d'autre part, la mise sur pied de projets d'assistance aux femmes et aux enfants, sur le plan sanitaire, nutritionnel, éducatif et défensif.L'un de ces projets consiste en la création de centres pour enfants au Salvador (dans les zones «libérées») ou dans les pays sympathisants, comme le Nicaragua, qui reçoit beaucoup de réfugiés.On s'occupe des enfants qui sont orphelins ou qui ont des mères engagées socialement, militairement ou professionnellement.Chaque centre reçoit une cinquantaine d'enfants, pris en charge par cinq adultes qui doivent leur fournir une bonne alimentation, des soins, leur enseigner les mesures de sécurité à suivre en cas d'attaques et de bombardements, et une éducation de base (la moitié de ces enfants ont moins de 5 ans).À l'heure actuelle, ces centres ont un urgent besoin de nourriture, de médicaments, de vête- ments, de matériel éducatif et d'équipement de base sans lesquels leur survie est gravement compromise.C'est pourquoi AMES a lancé une campagne «d'enfant à enfant», à l'échelle internationale, qui fait appel aux groupes de femmes du monde entier afin de leur venir en aide financièrement.Laide peut être soit directe (donations individuelles), soit indirecte (organisation de «caisses de levées de fonds» avec du matériel promotionnel fourni par les animatrices de MontTéal).Voici quelques utilisations qui pourraient être faites de vos dons : • Avec 15$ on peut nourrir un enfant pendant une semaine.• Avec 200$ on peut payer la pension complète de 2 enfants pendant un an.Si vous avez des idées ou si vous disposez de moyens susceptibles de leur obtenir des médicaments, des vitamines, du matériel scolaire, des couvertures, de la nourriture, des vêtements, il suffit d'entrer en contact avec AMES, qui a une filiale à Montréal.AMES, CP.85, succursale C.Montréal H2L 4J7.^Gloria Escomel MOUVEMENT CONTRE LE VIOL Collectif de femmes de Montréal (514)842-5040 (NOUVEAU NUMÉRO) Service pour femmes victimes de viol ou d'inceste et pour les mères d'enfants victimes d'abus sexuels Informations médico-légales: counselling; psychothérapie individuelle ou en petit groupe Animation d'ateliers de sensibilisation en milieu scolaire et communautaire Heures: 9:30 à 16:30 - Du lundi au vendredi OUR FAIRE PLACE AUX JEUNES! v us êtes a Ja recherche d'un emploi.l^us Avez l'intention de reprendre vos etudes secondaires.\fi>us souhaitez créer votre propre entreprise ou encore vous impliquer dans des actions a caractère communautaire.l^us a vez entre 18 et 30 ans.A ors.les programmes DÉCLIC-JEUNESSE sont pour vous! Pour plus d'information, téléphonez au bureau de Communication-Quebec de votre region et demandez: DECLIC JEUNESSE -POUR MONTRÉAL: 873-2111 Québec octobre 1985 17 LA VIE EN ROSE 09 Actualité Féministe 24 octobre Pédalez en rose.Tour de l'île La Vie en rose invite toutes les femmes cyclistes à se joindre à son contingent «rose» lors du tour de l'île de Montréal, le 13 octobre Sortez vos foulards, gants, bottines, ballons ROSES et venez pédaler avec nous ! Rendez-vous au vélodrome à 8h30 Pour informations supplémentaires Yolande Fontaine 843-8366 et 7226 Grève du ménage Au Forum 85 qui avait lieu cet été à Nairobi (voir LVR.sept.85), la «Campagne pour le salaire au travail ménager» occupait un kiosque tous les jours très achalandé : on distribuait de l'information, on discutait, on signait des pétitions.Cette campagne, lancée en 1972 par Selma James, une Américaine vivant aujourd'hui à Londres, a pris beaucoup d'ampleur ces derniers temps.Il suffit d'ailleurs de regarder autour de soi pour s'en apercevoir : la création des Femmes collaboratrices en tant que groupe militant au Québec ainsi que la récente revendication de la «reconnaissance du travail des femmes au foyer», de la part de l'AFEAS.en sont des conséquences directes.«Depuis que les Nations Unies ont reconnu que les femmes font les deux tiers du travail, sans rémunération ou bénéfice pour la plupart, et ceci, partout dans le monde, la 'Campagne pour le salaire au travail ménager' est partie en grand.Les femmes sont de plus en plus déterminées à rendre leur travail visible», de dire Selma James.Le mot d'ordre est donc lâché : grève internationale du ménage le 24 octobre ! Ce jour-là, toutes les femme sont conviées à bouder le balai, le torchon, la cuisine, le café du patron, etc.Voilà du militantisme pratico-pratique qui fait plaisir et qui dérange plus qu'il n'y paraît ! Ne ratons pas cette occasion unique pour nous rendre enfin visibles, pour ne pas dire inoubliables.Et en attendant, faites signer la pétition.*,* F.P.PETITION POUR TOUTES LES FEMMES.À L'INTENTION DE TOUS LES GOUVERNEMENTS ÉTANT DONNÉ que les femmes accomplissent les 2/3 du travail dans le monde, ne reçoivent que 5% de revenus et possèdent moins de 1% des biens ; que les femmes constituent le sexe le plus pauvre, les femmes noires et du Tiers-monde étant les plus pauvres de toutes, et sachant que plus on est pauvres, et plus on doit travailler ; que nous produisons toute la main-d'oeuvre dans le monde sans que cela soit reconnu comme du travail et les femmes, comme des travailleuses ; ÉTANT DONNÉ que les femmes, avec l'aide de leurs enfants, sont responsables de la moitié de la production alimentaire sans avoir doit à une technologie appropriée ; que malgré le fait que ce soit les femmes qui s'occupent des enfants, nous sommes souvent menacées de la perte de la garde de nos enfants ; que toute pension, assistance sociale, bénéfice ou service que nous recevons ne sont pas perçues comme un droit ou un salaire mais comme une charité ; ÉTANT DONNÉ que malgré tout cela, malgré aussi qu'on nous assure que l'attention est maintenant donnée à la question des femmes, mais que les femmes à travers le monde n'ont toujours pas droit à l'équité salariale, à la sécurité au travail, à la santé, au logement, à l'éducation, à l'information, aux garderies, aux accouchements et à la contraception de leur choix, bref, aux droits humains les plus fondamentaux : qu'il n'y peut y avoir de paix dans le monde alors que les femmes et les enfants arrivent à peine à survivre à la surcharge de travail, à la famine et aux catastrophes écologiques ; ÉTANT DONNÉ qu'à la suite des pressions exercées par les femmes partout dans le monde, les Nations Unies ont intercédé auprès des gouvernements pour faire reconnaître «le travail non rémunéré que les femmes accomplissent dans les champs, à la maison et ailleurs»' ; NOUS DEMANDONS donc que tous les gouvernements comptabilisent la contribution à l'économie que représente le travail des femmes afin qu'elle soit incluse dans le produit national brut." Pour plus d'informations : London Wages For Housework, CP.287.London NW6 5QU ' Programme d'action des Nations Unies pour la décennie des femmes (1980) " Le PNB est censé représenter la valeur totale des biens et services produits dans un pays, mais jusqu'à maintenant il n'inclut que les biens et services pour lesquels on doit payer.Le travail non rémunéré des femmes, estimé à 50% du PNB dans certains pays, est absolument ignoré LA VIE EN ROSE 18 octobre 1985 Journée pour le désarmement À vos running-shoes Lancé le 20 octobre dernier, la campagne «Un F-18 pour la paix» connaîtra bientôt son point culminant : le samedi 19 octobre 1985, journée internationale du désarmement, des manifestations importantes se déroulant dans huit régions du Québec (Montréal, Québec, Sherbrooke.Trois-Rivières, Chicoutimi, Rimouski.Baie-Comeau/Hauterive et Rouyn) tenteront de convaincre (une fois pour toutes) le ministère de la Défense de verser le coût d'un F-18 (actuellement évalué à 62 millions) à un fonds pour la création «d'emplois socialement utiles».Cette campagne de sensibilisation qui aujourd'hui regroupe la CSN, la CEQ et bon nombre de groupes pacifistes et populaires, lançait l'hiver dernier un concours d'affiches sur le thème : échanger un outil de guerre contre des emplois pour la paix.«Nous partons du principe que la condition nécessaire pour assurer la paix c'est de promouvoir une justice économique et sociale à l'échelle mondiale et de reconnaître le droit de tous les peuples d'avoir pan aux généreuses ressources de la terre», disait Madame Claire Bonenfant, membre du comité des «sages» (comprenant aussi Francine Fournier et Mgr Adolphe Proulx) qui préside cette campagne, lors de la remise des prix, le 26 août dernier.«Nous sommes toutefois assez réalistes pour ne pas demander la fermeture du ministère de la Défense, ajoute-t-elle.Nous demandons seulement de quoi financer certains projets élaborés par les travailleur-euses, les chô-meur-euses, les étudiant-e-s en vue de satisfaire des besoins fondamentaux, tant ici qu'au Tiers monde.» Si on en juge d'après le nombre d'affiches soumises (39 au total), il faut croire que «l'opération F-18» suscite un intérêt grandissant.Il faut dire que ce n'est pas tous les jours qu'on retrouve dans une même campagne deux préoccupations majeures : la paix et l'emploi.Déjà, la CSN a entamé des débats et des recherches quant à la possibilité de reconvertir certaines usines d'armements en unités de production «utiles» ; par ailleurs, la CEQ en est à structurer des projets d'activités pédagogiques en vue de sensibiliser les Un Deuxième prix : Denise Biais de Québec.Cinquième prix : Louis-Simon Chabot (8 1/2 ans) de Montréal.nicole langlois, BSC O D OPTOMÉTRISTE Examen visuel Verres de contact Vision des enfants SUR RENDEZ-VOUS 185 OUEST, RUE FLEURY MONTRÉAL, QUE.H3L1T6 MÉTRO SAUVÉ 389 0361 Quatrième prix : Jean-Luc Trudel de Montréal.élèves au danger que présente la course aux armements.Les groupes populaires et pacifistes, pour leur part, se sont engagés à mobiliser l'opinion publique sur le sujet.Verra-t-on le fruit de toute cette action concertée le 19 octobre ?Dès la mise en branle de la campagne l'année dernière, Gérald Larose disait que le 19 octobre 1985 serait le point culminant d'un «grand référendum sur la paix où les Québécois-e-s iraient voter avec leurs pieds».Alors, vous chaussez vos running-shoes ~> ^ Un F-18 pour la PAIX Affiche gagnante de Danilo Bahamondes, artiste chilien vivant à Montréal.octobre 1985 19 LA VIE EN ROSE Entrevue i an e Dufresne ALL-DRESSED par Hélène Pedneault et Sylvie Dupont ¦ «Alors, vous êtes-vous trouvé un taxi?» C'est avec cette phrase qu'elle me salue.Je lui dis oui, merci, pas de problème.Mais le taxi dont elle parle remonte au 7novembre 1984, à Paris, après une représentation de son opéra-cartoon, Dioxine de carbone et son rayon rose.Diane Dufresne reprend le fil de la conversation là où on l'avait laissée comme si de rien n'était.Moufle a raison: elle a une mémoire d'éléphant.Je ne pensais même pas qu'elle se souviendrait de moi! D'autant plus que ça c'était plutôt mal passé.J'étais à Paris pour un mois, en vacances en principe, mais j'avais promis aux filles de L VR d'essayer d'avoir une entrevue avec «la Dufresne», depuis le temps que nous le souhaitions.Une amie m'ayant trouvé des billets pour le soir de la deuxième, je me pointe dans sa loge après le spectacle.Catastrophe.À peine ai-je le temps de me présenter, que la chanteuse avec laquelle je souhaite faire une simple entrevue devient un dragon crachant feu et fiel.Pas contre La Vie en rose, mais contre tous les journalistes québécois.Je pouvais à peine placer un mot à travers ce torrent de lave: elle n'avait pas encore encaissé le choc du stade, la réaction des journalistes, toute cette encre qui avait coulé sur elle et qui l'avait brûlée au troisième degré.Je ne me sentais pas concernée par ce qu'elle disait: nous lui avions fait un bon papier à L VR.Je savais quej'écopais pour tout le monde en même temps.Le monologue terminé, je lui réitère mon offre d'entrevue tout de même et je sors, un peu sonnée, découragée aussi.Nous sommes quelque part dans le 110 arrondissement, aucune âme qui vive en vue, et surtout pas de taxi.Mon amie et moi hésitons un moment sur la direction à prendre quand une voiture sort d'un stationnement souterrain: c'est Dufresne et son chum, Bobby.Ils nous offrent un lift jusqu'à Montparnasse.Dans la voiture c'est gentil, dégriffé, doux.Je lui rappelle mon désir de l'interviewer, où et quand ça lui tentera.Et nous nous quittons.C'est après l'entrevue, neuf mois plus tard, que Diane Dufresne - qui cette année fête son 20° anniversaire en chanson - me dit: « Tu sais, si je ne t'avais pas vue l'automne dernier, je ne serais pas assise avec toi en ce moment.» Comme quoi on ne peut jamais mesurer les conséquences des événements qu'on vit.Nous étions deux à l'interviewer, le 8 août dernier, au restaurant l'Invitée, Sylvie Dupont m'ayant fait jurer de l'amener avec moi si jamais l'entrevue se réalisait.La rencontre fut chaleureuse, passionnante, vraie.Une conversation entre femmes de la même famille.Une rencontre plus qu'une entrevue formelle puisque nous apprenions les unes des autres.Diane Dufresne n'était pas plus l'interviewée que Sylvie ou moi.Nous avons fait cette entrevue ensemble, dans le vrai sens du mot.octobre 1985 21 LA VIE EN ROSE Diane Dufresne ALL-DRESSED HÉLÈNE PEDNEAULT: Tu habites en France depuis combien de temps ?DIANE DUFRESNE: Depuis huit ans.Mais à 19 ans, j'y habitais aussi.Paris est une ville que j'aime bien.HP : Le métier se pratique-t-il de la même façon en France quici ?DD : À six heures de différence, j'ai encore le même caractère ! Ce n'est pas si différent que ça.pas face au public en tout cas.Et pour moi, c'est ce qui importe.Mais j'ai changé de producteur.Je travaille maintenant avec Albert Kosky.Dans ce bureau, on a pour principe qu'un artiste doit durer tant qu'il a quelque chose à dire : donc, il faut le faire travailler.C'est merveilleux de penser comme ça.Et j'ai une équipe extraordinaire.C'est la deuxième tournée qu'on fait ensemble et je pense que, de plus en plus, ils aiment ma façon de faire du show-business.Parce que je suis très démystifiante en scène : je parle au public et si ça ne va pas, je ne fais pas semblant.Si ma bottine se détache, je la rattache.J'ai toujours travaillé de cette manière.HP : Ta vie continue à être dominée par le show-business, donc 7 DD : Quand je travaille, je ne pense qu'à ça.Parce que.pour faire des beaux shows, il faut que je sois dans un état amoureux.Alors j'essaie de rester dans cet état et de me concentrer.Mais quand je ne travaille pas, je n'en parle plus : je deviens la blonde de mon chum, je vais voir mes ami-e-s, et on fait la fête.Quand je vois des gens, je préfère passer du bon temps avec eux plutôt que de leur imposer mes angoisses HP : Y a-t-il eu des moments où tu t'es sentie mal entourée ?DD : Quand je regarde le passé, tout ce qui a été négatif a toujours été une provocation pour moi.m'a poussée à me dépasser Alors je ne peux pas dire que j'ai été mal entourée.HP : Tu es une guerrière, une batailleuse ?DD : Oui.Moi c'est le fight Pas pour gagner quelque chose, mais le fight dans le sens de l'énergie.Au Festival de Bourges par exemple, il y avait environ 4 000 personnes, des gens debout et d'autres assis.Et les gens d'en arrière criaient : «Assis, assis !» Ils parlaient plus fort que moi.J'ai d'abord été gentille : je leur ai demandé de s'asseoir, mais ils sont restés debout : ils n'écoutaient pas du tout.Ensuite, j'ai essayé l'approche sexy, au cas où ça marcherait.Ça n'a pas marché.Alors là.j'ai senti la colère monter et je leur ai dit : «Si vous ne vous assoyez pas sur vos culs, je sors !» Ils ne se sont pas assis et je suis sortie.J'ai attendu que tous, jusqu'au dernier, soient assis avant de revenir.Mais remonter en scène après ça, c'est risquer de se casser la gueule.Ils ont fermé leurs gueules mais ils n'étaient pas contents.Je leur disais : «Ne vous inquiétez pas : si vous ne m'aimez pas, c'est la dernière fois que je viens, alors profitons-en ensemble Je ne suis pas de bonne humeur, mais vous non plus » À la fin.ils chantaient Oxygène avec moi.C'est ça mon fight dire ce que je pense et donner de l'énergie en même temps.Je le fais sans penser et je fighte sans arrêt.HP : Sais-tu pourquoi tu te bats à ce point ?DD : Parce que c'est mon énergie.Je suis un rocker, je cherche toujours ce que j'ai dans le ventre.Je ne fais pas de concessions.Le fight dont je parle c'est aussi vis-à-vis moi-même.J'essaie d'aller plus loin, d'évoluer, d'aller au maximum pour connaître mes forces.Même quand les forces manquent, il faut savoir se renouveler.Moi.je n'écris pas.alors je me dois d'apporter autre chose.« La peur de l'écriture HP : Parlons-en de l'écriture En 1977.tu as signé un papier dans la revue Nous.DD : Oui, sur la Californie.HP : Un très bon papier À partir de ce moment-là /e me suis toujours demandé pourquoi tu n écrivais pas.DD : Je pensais que j'écrirais, ah oui ! Quand je vais en Californie, j'écris tous les jours des pages et des pages.Et j'écris des lettres.D'ailleurs, un jour j'ai envoyé aux journaux des cartes postales que j'avais écrites et François1 m'a dit : «C'est incroyable, on pourrait en faire une chanson.» Et c'est devenu Hollywood Freak J'écris des cartes postales, mais je n'écris pas.Je ne suis pas capable de me dire : là.j'écris une chanson.Je regarde les textes qu'on m'envoie parfois et je me dis : My God ! que c'est plarte ! Peut-être faudrait-il que je m'y mette.Je ne sais pas pourquoi je n'écris pas.Je crois que j'ai peur.Je suis une professionnelle, tu comprends, il faudrait donc que j'écrive en professionnelle.Mais j'ai l'impression qu'à essayer, j'écrirais comme un bébé de 2' année B.Il y a cinq ans, j'ai décidé que je voulais commencer à lire.D'ailleurs, c'est ce que je fais, ça fait partie de ma discipline.Et quand j'aurai lu pendant dix ans.je pourrai commencer à écrire.En ce moment, je lis Miller, Virage à 80 Moi, si j'écrivais, ce serait comme ça.C'est peut-être pourquoi je n'ose pas le faire : ce que j'écris est très dur.HP : Commandes-tu des sujets aux auteurs, ou les laisses tu totalement libres ?DD : Souvent.Luc (Plamondon) a retenu des phrases que je disais dans le quotidien.On se connaît depuis 20 ans.Il écrit phrase par phrase, petit à petit.Toutes ses phrases sont toujours tellement bien écrites.Mais ça prend parfois des mois, six mois, un an 1 HP : Est-ce que ça ne te crée pas une dépendance ?DD : Oui.Avoir des auteurs, c'est l'enfer pour moi.SYLVIE DUPONT : C'est pour ça que tu dois écrire ! DD : Trouvez-moi une femme de ménage et je vais pouvoir écrire ! (rires) C'est tellement lourd le quotidien.Si j'avais moins de quotidien, alors peut-être.La présence des femmes HP '.Il y a toujours deux côtés en toi sorcière et fée des étoiles DD : Ah oui.HP : Ça ressort dans tous tes shows, particulièrement dans celui de la salle Maisonneuve SD : C'est le show que tu avais dédié aux femmes ?DD : Oui.Mais ce show a été un enfer pour moi.Je m'y suis cassé la gueule comme jamais.Il n'y avait pas de monde.Je dormais dans une roulotte, dans le garage de la Place des Arts II fallait être vraiment folle.Je voulais savoir ce qui se passait, je l'ai su.HP : Mais ce spectacle, tu en étais contente quand même 7 DD : Très contente, il a changé mon image, et le public qui va avec.Avant, j'étais une «chanteuse populaire».SD : Pourquoi l'avais-tu dédié aux femmes 7 DD : Parce que j'avais le goût de leur parler.C'était l'époque du Women's Lib, en 1975.C'était ma façon à moi de le souligner.C'est un show justement où j'ai écrit beaucoup LA VIE EN ROSE 22 octobre 1985 "Les Glrls» : Clémence Desrochers.Poule Boyard, Louise Latraverse, Chantai Renaud et Diane Dufresne de choses et, tu vois, ça n'a pas passé.Terminé.Je n'ai plus écrit après ça.HP : J'aimerais que tu nous parles de la présence des femmes dans ta vie Après tout, tu fais un métier où on retrouve presque exclusivement des hommes.DD : La majorité de mes ami-e-s sont des femmes, mais je n'aime pas beaucoup travailler avec des femmes.Dès qu'on est avec des femmes, nos attitudes changent.Les femmes parlent entre elles de choses qu'elles ne raconteraient pas aux gars.Nous avons notre monde à nous.Et quand je travaille, le monde à nous, je veux qu'il soit seulement à moi.HP : Par contre, la présence de Mouffe, professionnellement, au stade, a été essentielle.DD : Oui, mais Mouffe c'est une artiste et les artistes n'ont pas de sexe.Je vais te donner un exemple de ce que je veux dire : une femme devait me coiffer quand j'ai fait ma tournée.Elle était très bien sauf que je lui racontais trop de choses.SD : Tu veux dire que si ce que tu racontes ne sort pas en énergie créatrice, c'est gaspillé ?DD : Oui.Professionnellement, j'essaie de ne jamais agir en femme.Mais j'agis toujours en femme vis-à-vis d'une autre femme, alors qu'avec les gars, je suis plutôt «business», je n'essaie pas de jouer le charme.Avec Mouffe ce n'est pas pareil parce qu'on discute de tout ensemble, on fait un show ensemble.Mais elles sont rares les femmes avec qui ont peut faire ça, plus rares que les hommes.C'est effrayant à dire mais c'est comme ça.HP : Qu'est ce que ta participation au show Les Girls2 représente pour toi ?DD : Ah ! une des plus belles expériences de ma vie.Clémence était venue me chercher pour travailler avec elle.Elle me disait toujours : je suis ta maman.À l'époque, je travaillais avec l'imprésario de Claude Valade qui voulait d'ailleurs que je ressemble à Claude Valade.J'étais dans un univers comme ça.On m'a même dit : si tu t'en vas avec Clémence Desrochers (sur un ton méprisant), alors tu ne travailleras plus dans les clubs.J'ai dit OK à Clémence et je suis partie, parce que pour moi c'était un honneur.En même temps, j'étais très complexée parce que Chantai Renaud était une grande star.Louise Latraverse aussi, et moi.j'étais la fille de club, la rockeuse.Quand je m'approchais d'elles, elles s'éloignaient de moi comme si j'étais.pas sale, mais.un peu en dehors.Je ne faisais pas partie du groupe.Mais au moins, ça m'a permis de commencer à travailler avec d'autre monde, de changer de place dans le showbiz, et de rencontrer François Cousineau.Il m'admirait beaucoup parce qu'il trouvait que je chantais comme Valérie Lagrange, (rires) Ce n'était jamais à cause de moi.C'a duré des années, cette histoire de l'éternelle débutante.Je ressemblais toujours à quelqu'un d'autre.D'ailleurs, ça m'a pris deux ans pour désapprendre mes huits ans de cours de chant, pour que ma voix soit moins «pure».HP : As-tu parfois peur de la perdre ta voix ?DD : Plus maintenant.Après 20 ans, elle est encore là.J'espère qu'elle va tenir.J'ai de la chance d'avoir cette voix.Au début, j'avais une toute petite voix, je chantais comme Dominique Michel, je limitais d'ailleurs.Je ne pensais jamais que je pourrais l'utiliser comme je le fais maintenant.Dès qu'on a un talent, il faut aller voir jusqu'au bout.C'est parce que je suis allée jusqu'au bout que j'ai la voix que j'ai aujourd'hui.Il faut dire aussi que chanter est un des plus beaux feelings physiques.Il y a faire l'amour, mais chanter c'est se libérer complètement.Une force noire SD : J'aimerais revenir sur cette impression que tu avais d'être sale, que tout le monde s écarte de toi quand tu approches cette espèce de force noire Ça été douloureux pour toi ?DD : Oui.J'y croyais, je pensais vraiment que j'étais mauvaise, noire.SD : Tu ne voyais pas ça en même temps comme une force ?DD : Non.J'étais trop fragile et trop ignorante.Maintenant, quand je vois qu'on s'éloigne de moi.c'est pire.Je suis comme une mouffette, je sors vraiment mon odeur, on entend parler de moi 1 (rires) Je transforme le mal en leur mettant sur la gueule.Je ne fais pas de politesses.SD : On t'a d'ailleurs souvent accusée d'être vulgaire.DD : Mais quand je vois Cindy Lauper.Madonna surtout !.je me dis : Dufresne, t'as pas été assez en shape pour montrer des bas-culottes et ton soutien-gorge.Faut le faire ! HP : Comment les perçois-tu ces nouvelles stars du show-business ?DD : Comme faisant partie de la même famille que moi.Tous les rockers font partie de ma famille, même s'ils me choquent très souvent.HP : Ils te choquent ?Ça se peut ?DD : Ils sont tellement crus parfois.Moi, au fond, je suis quelqu'un de très doux.J'ai une façade quand je travaille, mais je suis très sensible.Donc, ils m'apeurent un peu Mais je les comprends parce qu'au moins il vont vite, ils sont directs, ils sont rockers quoi.Schizofresne HP : Quand on voit une femme comme toi se servir de sa sensualité, de sa sexualité sur scène, de tout, en fait, es-tu consciente que des images se cassent dans nos têtes ?Cette image de force que tu nous projettes, de femme qui fait ce qu'elle veut.DD : Ce que je peux.HP : Mais aussi ce dont tu as envie On ne t'a jamais dit ça ?.DD : Un peu.mais ce n'est pas quelque chose qui me touche vraiment.Non.Je travaille plus avec instinct, et je suis beaucoup plus schizophrène qu'on ne le croit.Je suis ce que je suis Mais si ça donne cette impression, tant mieux.octobre 1985 23 LA VIE EN ROSE Diane Dufresne ALL-DRESSED HP : La schizophrénie c'est avant le spectacle, mais sur scène tu lâches tout.DD : Oui.Mais le show terminé, je rentre chez moi.je rentre dans mon monde.C'est une tout autre affaire.D'ailleurs, je suis souvent surprise de voir ce qu'on écrit sur moi.Je me dis : My God.mais je ne suis pas du tout comme ça.HP : Au fond, ça t'intéresse plus ou moms de comprendre l'impact que tu peux avoir DD : C'est-à-dire qu'au début, j'essayais toujours de provoquer, de me provoquer moi-même, mais maintenant je ne fais plus ça.J'anrive et je ne fais que ce que je peux.Tu sais, on ne fait pas toujours ce qu'on veut, et tant mieux : comme ça il reste des choses à faire.On ne fait toujours que des petits bouts de ce qu'on veut.Parce qu'au début de ma carrière, j'ai toujours voulu faire des trucs que personne ne voulait faire, des choses qu'on dédaignait.J'étais comme le poisson qui mangeait la merde au fond de l'eau, et qui a commencé à avoir des ailes à un moment donné.Et maintenant je suis presque une sirène ! Donc, j'ai pris le dessus.Mais je n'ai jamais travaillé pour prouver quelque chose.De toute façon, ce n'est pas moi qui écris, c'est Luc.Alors je crée des personnages, et quand mes shows sont finis, je m'en vais ailleurs.Et même mes amies ne me parlent pas de ça.C'est à moi, c'est mon monde, et je ne veux pas qu'on y touche.HP : «Faut qu'y en aye une qui l'fasse» cette phrase est un peu un moteur pour toi.DD : C'en est une de mes phrases, justement.Parfois, ma vie n'est peut-être pas ce que j'aurais choisi, mais quand je monte sur scène et que je vois le public qui me fait autant confiance, sur l'émotion, sur la sincérité, alors je me sens responsable.Et cette responsabilité, je la vis tous les jours.C'est vraiment de la folie de vivre à ce niveau-là.Pendant tout le temps que je me prépare, soit pour faire des entrevues, soit pour monter sur scène, je vis comme si le public me regardait.Même quand je passe ma balayeuse ou que je fais ma vaisselle.Je veux toujours être digne de moi.C'est peut-être un mot bizarre, mais c'est comme ça.Parce que, quand même, mine de rien, j'ai de la noblesse.Parce qu'eux m'en donnent : il me portent, ils me protègent et j'essaie d'en prendre soin.SD : Mais pourquoi tu appelles ça de la schizophrénie ?Au contraire, tu es en lien constant avec ce qui t entoure DD : En fait, c'est de la concentration.Quand je suis à Paris, que je prépare des shows, parfois je suis quatre jours sans sortir.Mon chum arrive et il entre un peu dans mon monde.Sinon, je ne verrais personne.Un homme c'est un homme HP : Tu disais quelque part que tu ne ferais jamais pour un homme ce que tu fais pour ton public Comme par exemple perdre du poids, te tenir en forme DD : Un homme c'est un homme, mais le public, c'est plusieurs ! J'ai un sentiment maternel envers le public.C'est vrai que je ne ferais pas pour un homme ce que je fais pour le public.De toute façon, les hommes.je ne les vois plus tellement.Je ne vis plus de ce côté.À 40 ans, tu as fait le tour, tu sais comment ça se passe.Alors les hommes.cette histoire-là est finie pour moi.Je suis toujours prête à devenir amoureuse, mais quand je suis dans un état amoureux, je m'en vais voir le public.J'ai transformé ça.Parce qu'être amoureuse d'un homme, attendre son téléphone., quand on sait, de toute façon, comment ça va se terminer.Ils ont rien qu'à véViir voir le show, les hommes ! Ils sont là, de toute façon.SD : Pourrais-tu être amoureuse d'une femme ?DD : Oui.je l'ai été d'ailleurs.Ah oui.Je trouve les femmes très belles et attirantes, souvent plus attirantes que les gars.Mais je ne le vis pas parce que je n'aimerais pas vivre ça.Gainsbourg a dit de moi : «C'est une homosexuelle, mais une homosexuelle qui a choisi les hommes.Un vrai mec en fait.» C'est vrai SD : Qu'est-ce que ça veut dire «un vrai mec»7 DD : S'assumer.comme si les mecs s'assumaient ! SD : Et comme si les femmes ne le faisaient pas.DD : Non.à cause de leurs relations avec les hommes.Le Women's Lib, c'est quand les femmes ont décidé de ne plus baiser avec les hommes.Les femmes sont toujours trop dépendantes des hommes.Moi, j'ai appris beaucoup de choses en amour.J'ai eu de gros coups.Maintenant, quand je décide que c'est terminé, même si je suis déchirée, à la seconde même, c'est fini.Plus vite je le fais, plus j'élimine vite les grands sentiments, et plus je suis en force.Je n'essaie plus de traîner des histoires.SD : Tout à l'heure tu disais que tu avais encore beaucoup d'angoisse et de tristesse Qu'est-ce qui te rend triste 7 DD : Ce qui me rend le plus triste, c'est la petitesse.Je n'aime pas qu'on rapetisse.Parce que je sens très souvent qu'on ne m'accorde pas ma juste valeur.Tout ce qui est rapetissé me rend triste parce que je ne peux rien faire.On ne meurt que 1 000 fois HP : Tu as déjà dit «Je vis toujours avec la mort, elle ne me quitte jamais » Pour revenir à ce fight dont tu parlais tout à l'heure, est-ce contre la mort que tu le fais 7 DD : C'est sûr que je suis préoccupée par la mort.J'ai perdu ma mère très jeune et ça m'a tellement révoltée.Je ne veux plus parler de ma mère, mais quand même, je crois que c'est la mort qui m'a donné ma violence en fait.HP : Tu en as bavé pas mal pendant les premières années de ta vie .DD : Oui, mais tant mieux si j'ai payé d'avance ! (rires) Pour en revenir à la mort, quand elle sera là, elle sera là.C'est la maladie qui est la pire.Parce que même la vieillesse n'est pas très grave quand on peut se tenir en shape II y a de très belles vieilles.HP : Mais comment peux-tu faire correspondre cette manière de penser avec le mythe que tu véhicules ?D'un côté la rockeuse.le personnage, et de Tautre.le vieillissement, la mort ?Comment mets-tu ça dans ta balance ?DD : Quelquefois, c'est débalancé.C'est là que ma folie vient.Mais ma folie à moi ne vient pas d'un manque de conscience, de ne plus savoir où est la réalité.Au contraire, j'ai plusieurs réalités : quand je suis sur scène, quand je pense à la mort, quand je suis la blonde de mon chum, etc.HP : Et comment rétablis-tu ton équilibre 7 DD : Habituellement, je prends un avion.Après un show ou un disque, je prends l'avion et je m'en vais près de la mer, je me pitche dans l'eau, je fais vraiment mon S baptême, et puis je saute dans les bras de I mon chum.Je fais des choses très simples.| dans un endroit où personne ne peut me 1 connaître, où je peux marcher dans l'eau s comme tout le monde et pogner mon coup £ LA VIE EN ROSE 24 octobre 1985 de soleil.Ensuite je remets les pieds sur terre, et là.ça devient une autre réalité.(grands rires) Mais au moins, je garde la santé Parce que moi j'essaie de vivre d'une façon très saine.Je ne sors pas beaucoup, je ne bois pas beaucoup.Mais quand je fête, je fête.Je ne peux pas me permettre de me défoncer.Je me défonce seulement quand je fais mes shows.Ce matin, je me suis dit : pour faire une bonne entrevue, il ne faut pas que tu manges, et j'ai fait ma gymnastique à 8 heures ! (rires) HP : Financièrement, comment tu t'organises 7 Tu ne dois pas faire autant d'argent que les gens le croient.DD : Non.J'en ai assez pour avoir un billet d'avion pour partir et du champagne dans mon frigo, assez pour être libre.Mais quand je ne peux pas me payer quelqu'un pour faire mon ménage, je le fais moi-même.J'ai aussi besoin de toucher au quotidien.Je suis une star qui fait sa vaisselle, j'ai besoin de toucher des choses, de sentir mon linge, de me nettoyer.Mais si ça se met à te bouffer, ça ne va pas.HP : Es-tu inquiète pour le futur financièrement 7 DD : Je regarde les vieilles stars qui sont pauvres maintenant.Les gens vont les voir parce que c'est tel symbole, ou telle personne.Je ne veux pas de ça moi.J'ai un homme d'affaires.Robert Vinet.qui m'en met toujours un peu de côté.Je lui demande toujours : mais qu'est-ce que je vais faire avec ça ?Et il me dit : on aura un grand château où les artistes auront chacun leurs petites pièces avec leur petit poêle et leur petit frigo, on sera sur le bord de la mer et on vieillira tous ensemble.Comme ça, tous ensemble, on ne s'en rendra-pas compte SD : Mois les grandes stars ont souvent des fins cruelles Elles meurent seules ou se suicident Qu'est-ce qui se passe d'après toi 7 DD : Je ne sais pas.Ça ne m'est pas encore arrivé.J'essaie de garder ma santé, mais on ne sait jamais.SD : Tu sens que c'est une menace 7 DD : Je vais loin dans mes émotions, alors le sentiment de mort est à côté, tout près.Mais je ne me laisse jamais aller dans ce plaisir de chavirer de l'autre côté pour voir.Ça me fait peur «pour moi» la mort des autres.La mort, c'est vraiment la fin.Même si je crois en Dieu Ou tout au moins, en une forme d'énergie.De toute façon, quand on a un problème, on entre presque dans un état de prière, même si on ne sait pas à qui on s'adresse.La prière c'est peut-être seulement un état de concentration où on essaie de s'élever pour savoir.On essaie de sniffer son âme.La mort, pour moi.est au même degré que mon angoisse.Comme tout le monde en fait, je ne suis pas différente des autres.(silence) Je suis bien heavy.L'art du ridicule HP : Mais tu aimes rire 7 Tu as dé]à dit le nre.cèst ma sexualité.DD : Ah oui, j'aime rigoler.J'aime rire parce que.quand on rit.on se donne, on est sans défense quelque part.Quand je ris.je ris.Je ne ris ni par amertume, ni pour ridiculiser.Je ris parce que je ris Mon rire est ma sexualité dans la mesure où le rire est quelque chose de sensuel, un truc sans défense, comme un chien qui se retourne à l'envers et qui a les quatre pattes en l'air, (rires) Il faut beaucoup d'humour pour faire ce que je fais.Quand j'arrive avec mes costumes, mes crinolines, il faut que j'aie beaucoup d'humour.En fin de compte, je suis un cartoon SD : Qu est-ce que ça veut dire pour toi tous ces costumes 7 DD : Le rêve.Porter un costume, c'est la politesse du rêve.C'est une armure facile, bien précaire.Et le public le sait.Au départ, je mettais des costumes parce que je ne pouvais pas me payer des décors.Mes costumes sont devenus mes décors en fin de compte.Mais c'est bien de se regarder et de pouvoir se dire : je suis habillée comme Jeanne d'Arc.Parce qu'ensuite, tu peux te prendre pour Jeanne d'Arc.HP : Tu es épuisante Comment tu fais pour vivre dans ta peau 7 DD : Oh, my God ! c'est assez épuisant merci.Mais je vis avec un ange gardien depuis huit ans (son chum Bobby).C'est mon équilibre.Je suis, par contre, quelqu'un de libre parce que je sais que je serai toujours capable d'assumer ma solitude.Alors ça.ce n'est pas facile.C'est comme raccrocher le téléphone quand enfin tu t'avoues : c'est terminé.Tu as parfois un espoir et puis tu dis : non.bonsoir.HP : Est-ce que tu pourrais faire ça par rapport au métier bonsoir, terminé ?DD : Quand il n'y aura plus de monde dans la salle, oui.je vais vous dire bonsoir.Mais il y en a encore, ils trippent encore et je les fais encore rêver.Quand je me voyais avec mes robes, dans les festivals en France, je me disais que c'était complètement disproportionné.Il n'y a personne qui met des costumes pour voyager en roulotte ou se promener dans les champs, (rires) Mais quand je voyais la lueur de rêve dans les yeux du monde.)e m'en foutais.Je regardais ma crinoline qui était large comme ça (geste très ample).parfois je suis tellement près du ridicule.Mais, arriver près du ridicule, c'est aussi une forme d'art.Le prochain stade HP : Et maintenant, après avoir fait le stade, quèst-ce qui te reste à faire 7 DD : Moi, ce sont les salles de 2000 places que j'aime.J'adore ça être près du public, c'est comme s'ils étaient dans mon ventre.Et ils peuvent à la fin venir te voir sur scène, ils sont tout près, c'est facile.Tu n'as pas besoin de faire des grands trucs et tu n'as pas un building sur la tête comme au stade.My God.Le stade olympique, c'a été la teneur.Je me disais : pour qui tu te prends7 qu'est-ce que tu crois ?Je l'ai même écrit d'avance ce que j'aurais à vivre, et j'ai eu raison sur toute la ligne.HP : Es tu quelquun qui accepte bien la critique 7 DD : Oui.quand c'est intelligent.Parfois on me critique et j'apprends des choses.Des bonnes critiques, c'est bien aussi, c'est rassurant Mais les journalistes ne sont pas des gens que j'aime beaucoup habituellement.HP : Est-ce que les critiques méchantes t'affectent 7 DD : La méchanceté et la jalousie m'affectent toujours.HP : Est-ce que tu pourrais te servir de ta notoriété ddrtiste pour défendre une cause 7 DD : J'ai fait quelque chose pour l'Ethiopie dernièrement, mais à part ça.non.je ne me servirais pas de ça.Je fais vraiment du show-business et ça ne doit aller que là.Les injustices humaines me touchent, mais je ne peux absolument pas changer le monde.Je ne regarde pas toujours les actualités à la télé parce que je trouve ça injuste de toujours montrer aux gens ce qui ne va pas dans le monde Laissez-les se reposer ! Il y octobre 1985 25 LA VIE EN ROSE Diane Dufresne ALL-DRESSED en a tellement que ça finit par ne plus toucher.Je lis le journal, je sais tout ce qui arrive, je me documente, mais moi je fais du show-business, de la «gomme baloune».Je fais du rock, j'ai le goût que les gens viennent relaxer, rêver.Je n'ai envie d'effrayer personne J'ai le goût de les faire rire, même si je les provoque.Par exemple, dans mes prochaines chansons, je voudrais toucher à un thème qui est tabou : la vieillesse.On ne peut jamais toucher à ça.SD : Et la solitude 7 DD : Ce n'est pas drôle.SD : C'est la source d'énergie 7 DD : Ce n'est pas la source d'énergie, c'est le prix ! Ce n'est pas facile.Quand je suis seule, je n'ai vraiment aucun contact avec personne, je ne sors même pas dehors.Ça devient comme un vice.Être seule, soit face à son néant, soit face à son rêve.Les pas dans la maison, ce sont les tiens.Si c'est la solitude choisie, c'est le grand luxe.Si c'est la solitude obligée, c'est l'enfer, c'est malsain.C'est la merde.Mais ça peut être bien, la solitude, si on se remet en question.Mais si on ne se remet pas en question, c'est la fin de l'être humain.Pauvres jeunes.Je ne devrais pas dire ça : au moins ils sont jeunes, c'est déjà quelque chose.HP : Tu les trouves blasé-e-s ?DD : Non, mais je pense qu'ils se perçoivent ainsi.C'est bien, comme ça ils sauront devenir sages beaucoup plus vite que nous.Ils payent d'avance, ils n'ont pas d'illusions.SD : // faut que je te pose la question qu est-ce que tu penses du féminisme 7 Comment te sens-tu là-dedans 7 DD : Moi.je vis avec des femmes qui travaillent et qui avancent.Je ne sens rien.De toute façon, je n'ai plus rien à prouver aux hommes : je n'ai à leur dire que d'être aussi forts que moi ! (rires) Je le vois dans ce sens-là.Et puis, les femmes devraient apprendre à contrôler leurs émotions, mais nous mettons les enfants au monde et il faut que les femmes soient remplies de ça aussi.C'est terriblement compliqué.La lucidité : ma plus grande folie HP : Toi.tu as canalisé tes émotions à un endroit très précis la scène DD : J'ai regardé ce que j'avais de mieux à faire, et ce qui était le plus honnête face à moi-même.Et j'ai fait ça.Je suis au-dessus de la montagne et je me pitche en bas.C'est ça monter sur scène, aller voir le monde, en prendre soin, ne pas être blasée et toujours tripper sur le regard des gens.Ça représente encore un bon bout de vie, un dix ans certainement à faire des voyages, à me mettre en shape, à manger du son le matin, à regarder.Je pensais qu'en vieillissant, je regarderais mes rides.Mais ça ne me dérange pas.Au contraire, je trouve ça intéressant.Et il faut surtout ne pas avoir d'amertume.SD : Cest difficile 7 DD : Je vis des périodes où je peux être très amère, mais dès que je reviens au public, je suis bien.Le public est ma plus belle réalité.Imagine que tu arrives à Concameau, en Bretagne.Tu te dis : my God, où on est ?Me voilà avec la haute coiffure bretonne sur la tête, comme une couronne, et je chante Turbulences Et quand on allume les lumières, ils sont roses : les enfants en avant, les hommes qui ont l'air de marins et qui ont des boucles roses.Wow ! Alors, même si ma vie n'est pas exactement comme je la voudrais.HP : Comment serait-elle si elle était exactement comme tu la vaudrais 7 DD : Elle serait parfaite ! (rires) Je suis très ignorante aussi.J'aimerais être beaucoup plus renseignée.Je n'ai pas eu le temps.J'ai toujours préservé mon côté artistique comme un enfant, donc il y a des tas de choses que je n'ai pas.Je voudrais être beaucoup mieux.HP : Elisabeth Badinter a écrit un livre sur l'ambition féminine, et elle disait que ce sentiment de haute perfection dans la vie était de l'ambition en fait, ce sentiment d'éternelle insatisfaction par rapport à ce qu'on fait, à ce qu'on est DD : C'est bien, l'ambition, c'est très bien.Et quand je parle de noblesse, je parle de ça, même si je fais de la «gomme baloune».HP : La «gomme baloune» n'a pas tellement de rapport avec la noblesse.DD : Si elle est bien mâchée, oui ! (rires) «Ce que je trouve le plus dangereux dans ce métier, ce sont les intermédiaires entre le public et l'artiste.Il faut beaucoup de confiance pour livrer sa vie, son travail, son fonctionnement à un journaliste qui l'interprète à sa façon et qui ne nous connaît que quelques heures.J'aimerais le plus souvent possible parler directement au public.C'est un grand pas que de le faire dans cet article.J'ai besoin de dire que je ne sépare jamais la femme de l'artiste et que mon imagination ne se nourrit pas de «flash» mais développe ses idées.» ~ ~ Diane Dufresne NOUS.1977 Ça n'a pas été l'amour fou au départ entre Diane et moi.J'ai mis beaucoup de temps à la comprendre et à l'apprécier.Maintenant je sais que je suis privilégiée d'être son amie.Non seulement c'est une grande artiste mais en plus, une femme étonnante, allumée, généreuse, drôle, exigeante, autant pour elle que pour les autres, à la fois très sage et complètement folle.C'est une sorcière de charme qui a le génie de raconter une histoire avec des chansons.Elle a l'oeil du faucon, l'oreille du lynx et une mémoire d'éléphant.Rien ne lui échappe, rien n'est trop beau et rien n'est trop difficile.Son métier c'est toute sa vie.Elle est entrée en chanson comme on entre en religion.C'est une vraie rockeuse que la peur fait avancer.Je l'aime parce qu'elle me provoque et m'inspire.Mouffe Août i 9ss C'est vTai.La noblesse est dans tout, il y en a dans les petites choses.Quand je me regarde dans mon miroir avant d'aller voir le monde, il faut que je puisse me regarder en face, en plein dans les yeux.Il faut que je me regarde parce que je m'en vais les regarder.Et parfois il y a du vice, et j'ai peur qu'un monstre apparaisse et vienne me dire : tu vas jusque-là ?.Il paraît que ma plus grande folie, c'est la lucidité.HÉLÈNE PEDNEAULT est recherchiste à l'émission «Droit de parole» à Radio-Québec, en plus d'être membre du Comité de rédaction de LVR.SYLVIE DUPONT est une des fondatrices de LVR et travaille présentement comme correctrice à TV hebdo.j 1/ François Cousineau, compositeur.j 2/ Les Girls, revue de Clémence Desrochers j créée en 1968 avec Clémence, Paule Bayard.- Louise Latraverse.Chantai Renaud et Diane ; Dufresne.Un nés gros hit.« LA VIE EN ROSE 26 octobre 1985 dans le prochain n numéro de la vie en rose j spécial hommes j Dans ce numéro pas comme les autres, / LVR donne la parole aux hommes.Après 15 ans de bouleversements causés parle féminisme, après 15 ans de prise de parole féministe, qu'est-ce que les hommes ont à nous dire *?Pierre Foglia, Gérald Godin, Michel Chartrand, Jean Doré, Jean-Claude Leclerc, Jean Beaudry, Michel Roy, Hervé de Fontenay, Gaston L'Heureux, Bernard Tanguay, Bruno Boutot et d'autres.répondent questionnaire «Hommes! avez-vous évolué?.» actualités «La ruée vers la vasectomie?», «les hommes à poussette» entrevue Michel Tremblay * Qu'ils ne nous ont pas encore dit.CLUB VOYAGES DU PLATEAU VOYAGES PIGEON DE L'INÉDIT AU PLUS CONNU PARTOUT AU MEILLEUR TARIF EUROPE ASIE AMÉRIQUE DU SUD CROISIÈRE à partir de 479,00$ 1 295,00$ 659,00$ 299,00$ SANS OUBLIER LES SPÉCIAUX DERNIÈRE MINUTE NOTRE SPÉCIALITÉ : LA RÉPUBLIQUE DOMINICAINE LES ALLERS SIMPLES SUR PARIS ET BIEN PLUS ENCORE.521-3320/526-2434 981, RUE DULUTH EST (ANGLE PARC LAFONTAINE) MONRÉAL We cHighîands ^nn PETITE AUBERGE EN NOUVELLE ANGLETERRE À seulement 3 heures de route de Montréal, dans les montagnes blanches du New Hampshire, le Highlands Inn est un endroit unique pour vous, vos ami-es, vos amant-e-s.Cent acres de terrain privé, des montagnes à perte de vue, des chambres meublées d'antiquités et avec chambre de bain privée, des salles communes spacieuses.tout est là pour créer une atmosphère calme et agréable.Nous avons aussi une piscine, des kilomètres de pistes en montagne, du golf, du tennis, des marchands d'antiquités à proximité.Cette année, prenez rendez-vous avec la montagne.Aubergistes : P.O.Box 118 Cl Judith Hall Valley View Lane Grace Newman Bethlehem, N H 03574 _(603) 869-3978 Cl est un terrorisme d'extrê-I me gauche qui, dans des sociétés semblables à la m nôtre - mêmes structures m démocratiques, niveau de vie équivalent ou supérieur - fait rage aujourd'hui.Brigades rouges en Italie, Fraction armée rouge en Allemagne, Action directe en France ; plus près de nous.Direct Action au Canada, autant de groupes se reconnaissant entre eux et s'opposant à l'État.Davantage encore que le terrorisme de libération nationale (Québec, Irlande.Pays basque), ce tenorisme étonne et choque.Ce qui étonne davantage : le fait que les femmes sont aujourd'hui de plus en plus actives dans les groupes terroristes.En Allemagne, elles seraient plus nombreuses que les hommes.Il existe d'ailleurs, depuis quelques années, des groupes composés exclusivement de femmes.Qui sont-elles et pourquoi font-elles ce choix 7 À quoi ressemblent les rapports homme/femme à l'intérieur des groupes clandestins 7 Pourquoi les femmes quittent-elles ces groupes 1 Ce sont des questions qu'il faut se poser puisque, comme l'écrivent des féministes allemandes, «nous ne pouvons ignorer les actes de nos soeurs, la question de la violence reste à discuter entre nous1».Les médias parlent de «pasionarias», de femmes qui.par amour, suivent leur homme dans la clandestinité, de féministes hystériques, autant d'images contradictoires et caricaturales, présentées sans nuance.En fait, le profil des femmes qui choisissent la lutte armée, comme celui des hommes, correspond habituellement à une personne jeune (entre 18 et 30 ans), issue d'un milieu relativement aisé, souvent de gauche, possédant une bonne éducation et s'étant impliquée dans différents mouvements étudiants ou gauchistes Chez les hommes, on a identifié un autre type, celui du délinquant qui trouve dans le terrorisme une justification à ses actes ; on n'a pas retrouvé de référence à un tel cheminement dans les témoignages de femmes. L'Etat fasciste Pour les terroristes, la démocratie n'est qu'une image que les pays occidentaux se donnent car il s'agit, au fond, d'États fascistes.Leur action vise donc à forcer l'État à intervenir et ainsi révéler sa vTaie nature.De là.ils espèrent provoquer une prise de conscience et un soulèvement de masse.Ce raisonnement est à la base même de l'action terroriste.En Italie, où le terrorisme a atteint des proportions hallucinantes, on a assassiné des hommes politiques, le président Aldo Moro étant le plus illustre, mais on s'est aussi attaqué à des journalistes de gauche, à des juges intègres, ces derniers accusés d'occulter «la réalité fasciste de l'État» par leurs positions progressistes.En Allemagne, on s'est attaqué au patron des patrons.Hans Martin Schleyer.mais aussi à Peter Lorenz, leader des démocrates-chrétiens.Dans les groupes mixtes, les femmes n'optent pas pour l'action terroriste pour des raisons spécifiques à elles.C'est en tout cas ce que révèlent leurs témoignages.Elles y viennent après un cheminement idéologique - groupes étudiants et gauchistes - où le primat de l'action apparaît de plus en plus nettement comme la seule alternative au changement social.Ce choix s'inscrit cependant dans un contexte social et politique particulier.Selon certain-e-s chercheur-e-s, c'est le résultat de la trahison que ressentent ces militant-e-s face à une gauche qui décide de faire alliance avec la droite.C'est le cas en Italie où les pourparlers entre le Parti communiste et la Démocratie chrétienne ont débouché sur le fameux «compromis historique» ; en RFA, où une coalition des libéraux et des sociaux-démocrates a permis à ces derniers de prendre le pouvoir ; en France, où la gauche a été portée au pouvoir en 1981 et où il est de plus en plus clair que pour le conserver, cette dernière freine ses réformes.Pour d'autres, c'est plutôt l'absence d'un mouvement social articulé et contestataire qui permet d'expliquer le terrorisme.La preuve ?En 1975, l'Italie et l'Allemagne ont des mouvements sociaux qui dépérissent tandis qu'en France on assiste au phénomène LIP, une expérience d'autogestion sans équivalent, le Larzac aussi, une lutte pour empêcher l'installation d'une centrale nucléaire dans cette région agricole, sans oublier le mouvement des femmes qui continue de mobiliser des énergies Résultat : pas de passage à la lutte armée en France.Enfin, d'autres encore avancent l'idée que les pays où sévit le plus le reRR"p|sME terrorisme, soit l'Italie, le Japon et l'Allemagne de l'Ouest sont ceux qui ont connu le fascisme et/ou ont été vaincus lors de la Seconde Guerre mondiale.Des éléments contestataires s'opposeraient aujourd'hui au rapport de dépendance qui lierait leur pays aux États-Unis.Hors l'illégalité, point de salut Dans les groupes composés de femmes exclusivement, le choix de l'action violente est justifié non seulement par la question de «l'État fasciste» mais aussi par une analyse féministe.En France, les Allu-meuses de réverbères ont plastiqué plus d'un sex-shop ; en Allemagne, les Rothe Zora (Sorcières rouges) ont placé une bombe au Tribunal constitutionnel de Karlsruhe.En 1974, elles exigeaient la suppression du paragraphe 218 (réforme limitant l'avortement).Et en 1977.elles provoquaient une explosion au siège de l'Ordre des médecins Rome : 24 Janvier 1983 Fin du procès "Aldo Moro» d'où émanait cette réforme.Parallèlement, elles ont multiplié les attaques contre les sex-shops.Elles ont aussi incendié les voitures des avocats responsables de toute une série d'expulsions d'appartements.Leurs dernières actions ont été dirigées contre une entreprise d'ordinateurs puisque ces dernières produisent «des formes plus élaborées de production pour la guerre et pour combattre la résistance».Pour les Rothe Zora, la voie légale ne suffit pas.Au contraire : «Les structures habituelles de l'oppression et de la violence sont la légalité : si des marchands d'esclaves achètent nos soeurs du Tiers monde et les revendent aux petits-bourgeois allemands, c'est légal ; si les femmes font, pour avoir le minimum vital, un travail des plus monotones et ruinent leur santé, c'est légal.Ce sont toutes ces structures de violence que nous ne sommes plus prêtes à supporter plus longtemps et que nous dénonçons.(.) Mais les injustices criantes auxquelles les femmes sont soumises se heurtent à un mur d'ignorance.(.) L'oppression n'apparaît que lorsqu'il y a résistance.C'est pourquoi nous sabotons, nous boycottons, nous nous vengeons, lorsque nous avons pris connaissance d'une violence exercée ou d'une humiliation, en attaquant les responsables2.» Les premières motivations du terrorisme ne sont donc pas d'ordre psychologique, pas plus pour les femmes qui s'y engagent que pour les hommes Mais en ce qui concerne les femmes, les sociétés dans lesquelles elles vivent et les difficultés qu'elles éprouvent à y vivre sont des facteurs qu'on ne peut négliger.Née serve et insoumise Prenons l'exemple d'Elizabeth Kovalskaia, révolutionnaire russe impliquée dans le mouvement populiste de 1865-1870.Seule femme née serve* dans le mouvement populiste, Elizabeth découvre dès son jeune âge la dépendance liée à son statut civil et à mesure qu'elle grandit, à son statut de femme.L'université lui est interdite : les femmes ne sauraient, dit-on, accéder aux valeurs de la civilisation sans manquer gravement à leurs obligations naturelles.Choisir la révolution c'est se soustraire à la subordination qui attend toute femme russe, à plus forte raison celles qui vivent toujours sous ce joug féodal.C'est aussi s'impliquer pour améliorer le sort d'autres femmes.On ne perçoit pas toujours clairement cette dimension de justice sociale dans l'action terroriste mais elle est toujours présente, particulièrement chez les femmes.Comme l'ont écrit Ida Fare et Franca Spirito dans Mara et les autres, recueil de témoignages de terroristes italiennes, «c'est la profonde sensibilité des femmes qui leur permet de sentir les manques d'une société et la pauvreté des instruments pour se révolter contre elle.3» Cent ans plus tard, on retrouve chez les Italiennes le même réflexe de libération.«La société prétend te contrôler en tout, te donner un rôle pour toute la vie.Te construire de manière autonome est donc un acte libérateur.» Se construire de manière autonome, c'est ainsi qu'apparaît la clandestinité.On connaît pourtant les règles très strictes qui ont cours dans ce milieu.Mais quitter la famille constitue déjà un tel affranchissement qu'il soulage de tout le reste.La même militante poursuit : «En 1972, à Londonderry, pendant l'occupation des territoires libérés par l'IRA, aucun des militants ne souffrait plus de troubles psychiques ni de maladies mentales.Tu risques ta vie dans une telle situation mais tu es toi-même ; tu fais sauter ton oppression, une oppression que tu sentais autour de toi.Diffuse, violente, impossible à déterminer.L'affrontement est libérateur.Pense à ce que tu es tous les jours : tu manges à une | _ o ' Condition des paysannes russes qui appar- S.tenaient (littéralement) à l'aristocratie.Le s servage fut aboli sous Alexandre II.S LA VIE EN ROSE 30 octobre 1985 heure, tu fais la vaisselle, etc.Au moment où tu dis à ta famille : Allez vous faire foutre, je me tire, tu démarques un rapport précis, tu dis "je n'accepte plus".» Outre l'expression d'une révolte, la lutte armée pour les femmes italiennes se veut un milieu de vie à partir duquel on aspire à créer autre chose.«Quitte ta mère, entre dans la lutte armée.fais-le pour que vivre ait un sens.» «Pudding et napalm» Il est plus difficile par ailleurs de comprendre les motivations des femmes allemandes, le phénomène des «repentis»4 qui a permis de recueillir énormément de témoignages étant spécifique à l'Italie.Tout au moins pouvons-nous dire que les Allemandes sont des femmes conscientes de leurs droits et sans doute plus libres dans leurs mouvements que leurs soeurs italiennes.La société dans laquelle elles évoluent n'en demeure pas moins structurée en fonction de l'ordre et des valeurs morales ; une société d'abondance où le carcan du mode de vie bourgeois pèse lourd.Et comme toujours, davantage pour les femmes.C'est à ce type d'organisation et surtout, aux rapports humains qui en découlent, que les Allemandes s'opposent Avant de passer à la lutte armée.Ulrike Meinhof.pour ne nommer qu'elle, a écrit plusieurs articles sur l'abolition du mariage, condamnant le fait que les femmes s'y retrouvent toujours «prolétaires».Elle avait aussi dénoncé les règles de la vie politique et identifié ses protagonistes : «On trouve choquant de lancer du pudding et du lait caillé sur des hommes politiques, mais on ne trouve pas choquant de recevoir des hommes politiques qui donnent l'ordre de raser des villages et de bombarder des villes5.Ce qui est criminel, ce n'est pas de lancer des bombes au napalm sur des femmes, des enfants et des vieillards, mais de protester contre ces bombes.» Dans la clandestinité.Ulrike Meinhof va approfondir sa réflexion : elle analyse la gauche allemande, le rapport de son pays avec la puissance impérialiste américaine.Le communiqué revendiquant l'attentat contre le générateur de Fessenheim6 se termine sur une véritable profession de foi condamnant l'énergie nucléaire, expression d'une société «bâtie sans les femmes et contre elles».Le choix de la lutte armée dans le cas des Allemandes est axé sur la destruction, seule alternative face à une société où il est impossible de vivre sans s'en reconnaître complice.Quelle que soit la société dont ces femmes sont issues, on voit se dessiner une constante : une certaine révolte contre la condition des femmes.Ce n'est pas là le déclencheur qui mène à la lutte mais une fois qu'on a fait ce choix, c'est de toute évidence un élément qui favorise la ferveur dans l'action.«Cette espèce de discrimination.» Du fait que la lutte armée vise à détruire l'ordre social bourgeois, on pourrait en déduire que l'ordre établi dans la clandestinité est tout à fait différent.On sait d'autre part que ce n'est pas parce qu'on est homme de gauche qu'on est nécessairement féministe.Il importe néanmoins de distinguer encore une fois la pluralité de l'expérience vécue par les femmes en tenant compte des groupes auxquels elles appartiennent.Ce sont les terroristes italiens qui ont les organisations les plus rigides, hiérarchisées, où les décisions sont prises par un petit nombre, correspondant au modèle de lutte traditionnel.Ce n'est pas vraiment le cas en Allemagne où on cherche davantage à prendre les décisions par consensus.La place des femmes s'en trouve avantagée dans ce pays alors que les initiatives des femmes italiennes sont davantage freinées.Louise Lanctôt Une Italienne confiait qu'on ne pouvait attribuer cela au fait que les femmes pourraient avoir du mal à accomplir leurs actions, comme certains le laissaient entendre.Au contraire, elles seraient même plus courageuses, plus capables, plus préparées et plus convaincues que les hommes.«Mais c'est comme si une différence affleurait instinctivement dans la préparation du travail.Cette espèce de discrimination n'est pas le fait d'une décision a priori, c'est plutôt quelque chose qu'on apporte de l'extérieur, en partie inconsciemment, quelque chose qui est en-deçà de la volonté», explique-t-elle.Marcelle Padovani dans Vivre avec le terrorisme parle des comportements qui sont exigés des terro-tistes en Italie.«La responsable de cache, qui doit assurer la couverture du militant de passage, doit demeurer dans le logement, car si quelqu'un sonne à la porte, un voisin par exemple, elle doit pouvoir répondre comme si tout était normal » Une femme au foyer, donc 1 Padovani rapporte encore que chez les Brigades rouges on exige que deux clandestins qui ont eu des relations sexuel- les se marient.Les hommes ont aussi tendance à identifier les femmes à partir du prénom féminisé de leur ami : «Carmela», la femme de «Carmelo», «Mirka», la femme de «Mirko».Et au Québec, en 1970.comment nos hommes se sont-ils comportés ?Nous disposons d'un témoignage fort éloquent fourni par la seule femme impliquée étroitement dans le FLQ.Dans son ouvrage Une sorcière comme les autres.Louise Lanctôt explique comment elle s'est butée au rapport ambigu des hommes face aux femmes : «Comment ne pas me rebeller contre de tels révolutionnaires qui veulent utiliser la femme pour l'action mais la retournent à sa cuisine dès qu'il s'agit de discuter, de prendre la parole ou de donner son avis7?Louise Lanctôt a tenté d'expliquer la logique sous-jacente à cette réalité : «Ces révolutionnaires conçoivent l'action comme le symbole de la force mâle et la pratique du fusil comme la continuité du rôle dévolu à l'homme dans l'expérience et la conduite de la vie.L'étude et la théorie, elles, échoient facilement à la femme, comme la suite de son rôle social interne et invisible : cuisinière de l'imaginaire.» Cela n'a pas empêché ses compagnons d'armes de s'opposer violemment à l'analyse du FLQ que celle-ci a entreprise en exil.«J'acceptais qu'ils m'assènent tous les coups sans broncher parce qu'on m'a édu-quée dans la culpabilité d'Eve et le sacrifice de la Vierge.Pour l'un misérable traître, pour l'autre odieuse entremetteuse fel-quiste, j'avançais au pas.bête de somme, sans pouvoir fléchir parce qu'alors le massacre aurait été sans pitié.J'étais torturée par le paradoxe mythique féminin cherchant à me sortir de celui-ci plutôt que d'eux.Considérée comme une traître, Louise Lanctôt se vit alors confinée à la solitude.Ce rejet de la part des hommes envers les femmes qui osent questionner l'orientation du groupe, et la solitude qui en résulte, les Italiennes l'évoquent aussi.«Si je dis : je ne marche plus, je suis immédiatement une traître et c'est très difficile d'en sortir.» Produire quelque chose de beau Pour s'accrocher au réel, Louise Lanctôt décide alors de faire un enfant.«J'avais besoin de quelque chose de réel, j'avais besoin aussi de savoir que je pouvais produire quelque chose de beau.» Bon nombre de militantes italiennes après leur passage dans des groupes clandestins ont aussi choisi la maternité.Si cela peut paraître surprenant au départ, ces femmes voulant rompre avec les schémas traditionnels d'épouse et de mère et prendre une part active dans les grands débats de la société, il faut voir qu'elles ne trouvent pas dans le milieu clandestin ce qu'elles cherchent, octobre 1985 31 LA VIE EN ROSE c'est-à-dire une alternative réelle.En plus d'être obligées de lutter constamment pour être reconnues à part égale dans les discussions, les actions, elles sont en plus privées de toute relation intime véritable.La vie de couple, la maternité sont des expériences incompatibles avec la clandestinité : tout ce qui ne s'insère pas dans le cadre de la lutte contre l'État est relégué au second plan.Une militante italienne ayant eu un enfant tout en appartenant à un groupe terroriste a avoué : «Ma rupture n'a pas seulement été déterminée par l'enfant ; cette situation m'a permis d'évaluer d'autres problèmes dont j'avais déjà l'intuition.C'était, par exemple, une série de comportements, de valeurs humaines gommées et foulées au.', pieds avec l'excuse de la guerre8».Et une foi., mère, Louise Lanctôt écrivait : «Les militants devraient avoir des enfants pour apprendre à être à l'écoute et ne pas toujours avoir raison ou une justification à tout, pour apprendre à vivre plutôt qu'apprendre à se couper de la vie des gens.» Louise Lanctôt a été déçue par le manque de réflexion de ses compagnons et par leur difficulté à se remettre en question à la suite de l'échec de leur action.Elle a aussi déploré leur incapacité à se prendre en main dans un contexte (l'exil) où ils se devaient de se questionner et de réorganiser leur vie.Pour elle, l'éducation que les femmes reçoivent, éducation qui encourage l'expression de l'émotivité, amène celles-ci eRRor|sME à développer en regard des situations une conscience très vive.Le fait d'être plus attentives aux sensations inciterait les femmes à s'interroger et à chercher un accord entre le vécu et la pensée.Les hommes seraient moins portés à rechercher un pareil équilibre, leur conditionnement les amenant davantage à faire appel à leur rationalité.Enfin, les femmes se trouvant habituées à faire face au rejet, à vaincre d'énormes obstacles pour s'affirmer, cet apprentissage leur permettrait de développer une détermination les préparant mieux à toute forme de remise en question ou de rupture.Respect de la vie humaine Qu'en est-il dans les groupes de femmes seulement 7 Les femmes de ces groupes qui ont choisi de rejeter le système patriarcal ont-elles réussi à développer à l'intérieur de leur structure un fonctionnement différent de celu qui fait appel à l'autorité ?Il est impossible pour l'instant de répondre à cette question, les informations sur ces groupes étant difficiles à obtenir.Ce qu'on sait, par contre, c'est qu'elles élaborent leurs actions à partir du principe de respect de la vie humaine, Françoise d'Eaubonne s'est intéressée à la question (voir encadré) et a découvert que dans les groupes de femmes les attentats étaient préparés avec d'infinies précautions de façon à ne pas porter atteinte à des vies humaines.Ce qui fait qu'on s'attaque à des immeubles mais qu'on ne signale aucune perte de vie, jusqu'à maintenant, qui puisse leur être reprochée.Dans les groupes mixtes, par contre, les femmes ne se refusent pas à verser le sang.Françoise d'Eaubonne précise cependant que leur présence limite les «bavures».C'est-à-dire qu'on privilégie les attentats ciblés plutôt que les actions risquant de faire des victimes innocentes.Cela ne signifie pas pour autant toute absence de fanatisme du côté des femmes.Comme une militante italienne le disait : «Les hommes arrivent au fanatisme sous le joug de leurs schemes idéologiques, nous, poussées par la violence de nos rêves.» Terrorisme: pour ou contre?Alors que l'Italie connaît à l'heure actuelle une accalmie, l'Allemagne, la Belgique et la France pour leur part voient leurs terroristes faire front et constituer ce qu'on appelle «l'euroterrorisme».Le 1" février dernier.Ernst Zimmerman, président des industries aérospatiales de RFA., était mortellement blessé à coups de pistolet à Munich.Le 18 décembre, une voiture bourrée de TNT était désamorcée in extremis au centre électronique de l'OTAN, en Allemagne toujours.En janvier, à Paris, l'ingénieur général de l'armement René Audran était abattu.Enfin le mois dernier une voiture piégée explosait sur une base américaine.Résultat : deux morts et 20 blessés et le tout, signé Fraction Armée rouge et Action directe.Les cibles aussi ont changé.En général, on concentre l'action sur l'OTAN et la défense occidentale.Le discours s'en trouve donc quelque peu modifié, l'émergence d'un fort mouvement pacifiste ayant favorisé un courant antimilitariste.La perception générale du terrorisme changera-t-elle pour autant ?(L'opinion publique inquiète d'ailleurs, beaucoup plus qu'on le pense, les groupes terroristes.) Peut-être n'avons-nous pas suffisamment songé à évaluer le terrorisme au plan stratégique ?Il faudrait, entre autres, se demander si le terrorisme atteint vérita- D'après Françoise d'Eaubonne la lutte armée, seule alternative.En 1978, Françoise d'Eaubonne publie Contre-violence ou la résistance à l'État.recueil de textes qui remet en question la couverture des médias touchant la participation des femmes aux groupes armés, face à laquelle l'auteure affiche une «solidarité critique».Françoise d'Eaubonne devient ensuite directrice du journal l'International aujourd'hui interdit, qui se donne comme mission de publier tous les textes des groupes clandestins.Et elle anime actuellement une émission hebdomadaire à Radio-Mouvance, réseau pirate émettant sur Paris.Quels sont donc les arguments sur lesquels se fonde d'Eaubonne pour ne pas rejeter en bloc la lutte armée ?Elle y va d'abord d'un constat : aucune révolution n'a aboli la notion de classe.Pour elle, les pays dits socialistes n'ont fait que substiner un capitalisme d'État au capitalisme >rivé.Elle ajoute que si le prolétariat a échoué à se constituer en Internationale et en force offensive, c'est qu'à l'heure actuelle, il a autre chose à perdre que «ses chaînes» : il a son confort, un niveau de vie dont il ne jouissait pas auparavant.Dès lors, il faut concevoir une forme de lutte qui permette, tout en s'attaquant à l'État, d'expérimenter de nouveaux rapports fondés sur l'égalité entre les personnes.Pour cela, elle insiste sur l'idée d'approfondir d'abord toutes les dimensions de la lutte sur le plan mondial et non uniquement national.Ce qui revient à dire qu'il faut tenir compte de toutes les implications de la crise actuelle (déséquilibre économique autant qu'écologique) sur toutes les cultures, les ethnies et les sexes.Toujours selon elle, les femmes doivent s'assumer comme partie prenante de la contre-violence nécessaire au prolétariat mondial sans pour autant perdre de vue l'importance de leur lutte spécifique.Ces postulats étant posés, il s'agit de développer et d'organiser la guérilla urbaine.Car d'Eaubonne reprend ici la distinction faite par Andréas Baader entre guérilla urbaine et ten-orisme ; la guérilla s'attaquant à l'appareil, le terrorisme, aux masses.LA VIE EN ROSE 32 octobre 1985 ?Le tour de [Ile j DE MONTRÉAL Il me fera plaisir de me joindre à vous le dimanche 13 octobre prochain pour célébrer l'inauguration des soixante kilomètres de voies cyclables de l'est de l'île de Montréal.Le gouvernement du Québec, soucieux d'améliorer la qualité de la vie de ses citoyens, a contribue généreusement à la réalisation de ce réseau utilitaire et récréatif tout en l'intégrant au parc national de l'Archipel.Je suis persuadé que ces nouveaux aménagements vous serviront à redécouvrir de nombreux aspects de notre environnement quotidien par le biais d'un véhicule écologique: le vélo.En espérant vous revoir le dimanche de l'Action de Grâce, bonne randonnée Guy Tardif Ministre des Transports Président d'honneur du Tour de l'île de Montréal.Le 13 octobre prochain, le monde du vélo sera en liesse.Escortés de clowns, de saltimbanques, d'amuseurs publics, des milliers de cyclistes rouleront le premier TOUR DE L'ÎLE.Premier événement du genre au Québec, cette randonnée de 60 km sur les voies cyclables du tour est de l'Ile de Montréal est un hymne à la bicyclette, au dynamisme des cyclistes qui ont su s'organiser afin de doter le plus grand bassin de population du Québec d'un réseau cyclable attrayant et utilitaire C'est en vélo que nous inaugurerons ce nouveau parcours conçu pour plus d'un million de vélomanes montréalais.Formant un groupe de pression bien organisé, les cyclistes sont toujours plus nombreux et les pouvoirs publics ne peuvent plus compter sans eux.Assurément, le TOUR DE L'ÎLE clôturera dans la joie et le plaisir la saison cycliste 1985.Nous garderons le souvenir d'un fleuve, d'une rivière, de l'espace vert reconquis et d'un centre ville sécuritaire Au nom de Vélo Québec, je vous convie chaleureusement à venir rouler avec nous.I Louise Roy coordonnatrice de Vélo Québec présidente du comité organisateur PROGRAMME DIMANCHE LE 13 OCTOBRE Fin de semaine de l'Action de Grâce: le lendemain c'est congé, on peut récupérer.Une grande randonnée à bicyclette BEAU TEMPS, MAUVAIS TEMPS 60 kilomètres de terrain plat, haltes prévues un trajet de trois à six heures POINT DE DÉPART : VÉLODROME à l'angle des rues Viau et Pierre-de-Coubertin inscription: 8h.départ: 9h.SERVICE DE COLLATION SERVICE DE DÉPANNAGE VÉLO SPECTACLE DE CLÔTURE Inauguration des 60 km de voies cyclables du sud-est de Montréal à compter de la fin de l'après-midi au VÉLODROME INFORMATION : (514) 873-8778 r*3 *.4 +i FORMULAIRE D'INSCRIPTION AU TOUR DE L'ÎLE DE MONTRÉAL Nom: _ Adresse: _ Ville: _ Sexe: ?F DM Catégorie: débutant ?Prénom : Tél.: Âge: intermédiaire ?habitué Je soussignéle) abandonne el renonce pour toujours à toute réclamation éventuelle de dommages et intérêts contre les promoteurs de I événement.Signature:_ Les enfants de moins de 12 ans devront être accompagnés d'un adulte.Retourner à TOUR DE L'ÎLE DE MONTRÉAL C.P.3096.suce.d'Youville Montréal (Québec) H2P 2Y8 Une réalisation de Vélo Québec en collaboration avec le ministère des Transports du Québec.et Ministère du loisir, de la chasse et de la pêche Ministère de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation Ministère du tourisme Office de planification et de développement du Québec Projet Archipel Régie des installations olympiques Communauté urbaine de Montréal Ville de Montréal Cyclo Tech Design inc.NOUS RECOMMANDONS • une bicyclette sécuritaire • un porte-bagage ou un petit sac à dos • des vêtements chauds et confortables LE MAGAZINE VÉLO QUÉBEC EST EN VENTE PARTOUT Au Canada blement ses objectifs.L'objectif de faire les manchettes est atteint sans nul doute Mais cette publicité fait-elle progresser la «cause» pour autant7 L'histoire parle d'elle-même.Chaque épisode de terrorisme s'est soldé par un renforcement de la répression et dans les pires des cas, par un recul de la démocratie.Les forces légales d'opposition se sont trouvées effectivement désorganisées sans qu'au bout du compte le changement tant attendu se manifeste Comment surtout ne pas questionner le droit que les terroristes - volontairement ou non - s'arrogent sur la vie des autres 7 Peut-on prendre le risque de tuer des inno-cent-e-s ?La destruction exorcise, c'est vrai.On peut se sentir soulagé de voir un, deux, trois sex-shops sauter Mais les mentalités en sont-elles transformées pour autant ?.L'expérience que les femmes vivent au sein des groupes terroristes semble plaider le contraire : peu de place pour autre chose que la lutte armée et l'autorité ! Pourtant, le changement dont rêvent les femmes est concret : «Sortir le soir sans avoir peur, retrouver notre dignité, ne pas envisager avec terreur l'avenir de notre enfant handicapé», disait une italienne.Et on pourrait allonger la liste.La lutte armée peut-elle favoriser ce nouvel ordre qui permettrait le respect et l'épanouissement des femmes 7 II est permis d'en douter puisque, comme cette même militante le disait : «Ce qui manque le plus dans ce mouvement (le terrorisme), c'est la capacité de créer des alternatives à la destruction.9» HÉLÈNE SARRAZIN est chargée de cours fc?l'université de Montréal, a travaillé à la série d'émissions de radio sur le terrorisme (du 5 septembre au 20 octobre à Radio-Canada) et travaille présentement à une thèse de doctorat sur les perspectives du mouvement des femmes au Québec.1/ Ulrike Meinhof (signé Écho.1977), Mutinerie et autres textes.Éditions des femmes, Paris.1984.2/ In journal l'International.Paris, jan.-fév.1983 3/ Éditions des femmes, Paris, 1982 4/ De mai 1982 à décembre 1983.une loi a permis aux terroristes qui désiraient collaborer avec la justice de donner des noms de terroristes et par là.de voir leurs peines réduites 5/ Éditorial rédigé pour la revue de gauche Konhrel en mai 1967 à la suite d'une manifesta-tioncontrela guerreau Vietnam Desétudiant-e-s ayant lancé des sacs de pudding, la presse le lendemain avait parlé d'attentat à la bombe.6/ Centrale nucléaire en cours d'installation en Allemagne, en 1975 Il ÉdiUons Québec-Amérique.Montréal.1981 8/ Toutes les temmes terroristes qui ont connu la prison.où elles se sont retrouvéesenrrefemmes, ont d'ailleurs parlé de la chaleur, du repos et des rires qu'elles y ont connu, enfin 9/ Mara et les autres, op cit.1982 Une guérilla urbaine Une des "Cinq de Vancouver» Juliet Belmas.21 ans par Dominique Robert Eté-automne 1982: une série d'attentats revendiqués par un groupe de guérilla urbaine appelé Direct Action ébfanle le Canada anglais.À Vancouver, explosion de la sous-station hydro-électrique Cheekeye-Dunsmuir et incendies à Red Hot Video, distributeur de matériel pornographique ; à Toronto, explosion de Litton Industries, usine spécialisée dans le montage de systèmes de guidage pour missiles MX-80 Janvier 1983 : la police annonce l'arrestation des cinq membres de Direct Action en précisant que ces «extrémistes anarchistes» planifiaient, en plus, le vol d'un camion blindé de la Brinks, le sabotage du brise-glace Terry Fox de la cie Gulf Oil, et une attaque armée contre la base canadienne d'aviation à Cold Lake en Alberta.Les cinq inculpés sont : Ann Hansen (29 ans).Brent Taylor (26 ans).Gerry Hannah (26 ans), Julie Belmas (20 ans) et Doug Stewart (25 ans), tous militants et militantes dans les différents mouvements de gauche de la région de Vancouver En 1984.après de nombreux procès intentés contre ceux qu'on appelle maintenant les Cinq de Vancouver, la Cour décide de leur infliger des peines «exemplaires» : prison à vie dans le cas de Hansen et Taylor, sentence de 20 ans pour Belmas et de 10 et 6 ans respectivement pour Hannah et Stewart.La Cour en profite alors pour spécifier que ces crimes n'étant pas à teneur «politique), on se devait de sévir le plus rigoureusement possible, en vue de dissuader toute personne de recourir à «des actes de terrorisme et d'anarchie contre la société».Rhétorique quelque peu retorse, étant donné le contexte dans lequel se sont déroulées les interventions de Direct Action.De la porno au nucléaire De nombreuses manifestations, audiences publiques et protestations pacifiques ont été autant d'interventions inutiles visant à bloquer le projet de Hydro British Columbia : augmenter de 500 000 volts le réseau hydro-électrique de l'île de Vancouver.Selon Hydro B.C., cette augmentation devait parer à toute éventualité en regard de bris ou panne d'électricité.Selon les environne-mentalistes.toutefois, le mégaprojet de plusieurs billions de dollars n'aurait servi qu'à fournir de l'électricité à rabais aux corporations multinationales.La réalisation du projet allait endommager de façon encore plus marquée un écosystème déjà menacé et ce, dans le seul but d'augmenter les profits de l'entreprise privée.L'explo- octobre 1985 33 LA VIE EN ROSE sion de la sous-station Cheekeye-Dunsmuir a su freiner - momentanément - l'expansionnisme de Hydro B.C.De la même façon, l'action dirigée contre Red Hot Video par le Wimmin's Fire Brigade (cellule composée de femmes exclusivement) a couronné de succès une lutte qui n'avait jusque-là rien pu obtenir en matière de mesures législatives contre la pornographie violente Le communiqué émis par le WFB au moment de l'attentat stipule : «Le système juridique a été créé, et se trouve contrôlé par des hommes riches en vue de protéger leurs propriétés et leurs profits Résultat : il ne nous reste plus qu'à changer la situation nous-mêmes par des moyens illégaux.Ceci est un acte de légitime défense contre de la propagande virulente.» Après l'attentat, deux succursales de RHV ont dû cesser leurs opérations de façon définitive.Enfin, l'impasse dans laquelle se trouve la campagne appelée à contrer les activités militaristes de Litton Industries, près de Toronto, incite ce groupe «d'activistes radicaux» à recourir à un moyen extrême : le sabotage de l'usine.L'explosion entraine pour 5 millions de dommages matériels, provoquant la perte d'un nouveau contrat avec l'armée de l'air américaine pour la fabrication de systèmes de guidage pour le missile Cruise.À la suite de l'attentat, la multinationale érige un mur de barbelés autour de l'établissement pour renforcer la sécurité.Ce mur a un caractère hautement symbolique : il souligne l'aspect illicite ou reprehensible des activités de Litton et constitue un autre élément de dissuasion mis de l'avant par les activistes pacifistes pour détourner les travailleurs de l'usine.La campagne antinucléaire regagne du même coup une vigueur sans précédent, ce qui fait que les manifestations de l'automne '82 sont plus populeuses que jamais.Mais l'explosion de Litton fait aussi une dizaine de blessés et soulève un tollé de protestations et de controverses dans les milieux pacifistes, en plus de s'attirer l'ana-thème presque unanime de la grande presse et du public en général1.L'État alimente encore une fois le climat d'hystérie et de paranoïa en brandissant l'épouvantail du «terrorisme».Pourtant, on peut lire dans un communiqué publié par Direct Action quelque temps après l'explosion : «Nous affirmons en toute sincérité que cette action ne se voulait aucunement un acte de terrorisme.Nous ne tentions pas de menacer la vie des travailleurs ni celle des cadres de l'usine.Nous cherchions strictement à en détruire les installations industrielles qui reRR0p|SME produisent de la machinerie destinée à des exterminations de masse.» Moralement engagé-e-s Pour les membres de Direct Action, ce ne sont pas eux qui entretiennent un climat de terreur mais bien les corporations appuyées directement par l'État qui, pour sauvegarder leurs énormes intérêts financiers, sont prêtes à tout.Or la course aux armements, bien loin de défendre la soi-disant démocratie, sert à préserver l'hégémonie économique des États impérialistes, sévèrement menacée par les luttes de libération nationale qui ont lieu en ce moment dans divers pays du Tiers monde.Ces luttes opèrent une déstabilisation politique telle qu'elles sont l'une des causes majeures de la crise qui secoue le monde capitaliste aujourd'hui, crise qui poussera tôt ou tard les États impérialistes à rétablir leur économie chancelante.Ils auront alors recours à un arsenal nucléaire prévu dès le départ pour résoudre une impasse de ce genre.À titre de guérilla urbaine, Direct Action fait donc partie d'une concertation internationale oeuvrant à renverser les États impérialistes.Se considérant comme des individus «moralement engagé-e-s» dans une lutte contre l'holocauste nucléaire et/ou écologique, les membres de Direct Action ne se définissent pas comme terroristes.Anarchistes, ils le sont dans la mesure où ils préconisent une idéologie non-autoritaire et l'avènement de sociétés politiquement décentralisées.Ils se distinguent cependant de la gauche traditionnelle de par leur reconnaissance du féminisme ainsi que de l'écologisme.«Nous nous devons d'embrasser la vision proposée par la théorie féministe et considérons toutes les autres théories visant à des changements sociaux grossièrement inadéquates si elles ne sont pas élaborées à partir dune critique radicale du patriarcat», affirment-ils.Cette critique du patriarcat amène aussi une critique du féminisme comme tel.Ann Hansen écrit : «Les revendications des féministes de classe moyenne sont enracinées dans une acceptation de 1 ordre des choses institué par le patriarcat, ses valeurs, son mode de vie.Le salaire égal pour travail égal implique l'acceptation des corporations multinationales, du gouvernement et des emplois qu'ils ont à nous offrir.Ces revendications n'arriveraient tout au plus qu'à réformer le patriarcat de telle façon que les femmes de classe moyenne retirent plus de bienfaits du système actuel, renforçant par le fait même la patriarcat en lui donnant une allure moins oppressive.» Une résistance subversive L'activisme radical, au Canada comme ailleurs, entend donc dépasser les paramètres d'une légalité mythique pour parvenir à de véritables changements sociaux et politiques Direct Action insiste sur le fait que la revolution ne se trouve pas nécessaire- ment au bout d'une bombe bien placée, mais que le sabotage, entre autres moyens de résistance, réprésente une action straté-giquement valable en vue de contrecarrer les visées corporatistes et étatiques.Selon ses membres, l'activisme radical propose une politique de «résistance active» qui ne contredit pas l'importance de l'activisme légal ou du pacifisme, mais qui en parachève l'efficacité, tout en se permettant de le critiquer au besoin.Faut-il rappeler que le pacifisme d'un Ghandi ou d'un Martin Luther King n'a eu de relief que parce qu'il venait se juxtaposer à des activités plus manifestement subversives ?.Et comment nier que Direct Action est vite devenu la menace la plus sérieuse face aux activités corporalistes et militaires de l'État ?La sévérité des punitions dont ont écopé ses membres en témoigne, d'ailleurs, et contraste étrangement avec celles prononcées pour des cas similaires.Quelques explosions perpétrées par la Mafia récemment contre des restaurateurs de Toronto, et provoquant plusieurs morts, n'ont été punies que de six ans de prison.Une autre explosion, revendiquée cette fois par un groupe d'extrême droite, a eu droit à une sentence de deux ans.Commentant la réaction de l'État face aux actions menées par les «Cinq», un journaliste de gauche disait : «Direct Action permet au gouvernement de mesurer jusqu'où il peut aller en vue de rendre illégale et finalement d'enrayer toute opposition sérieuse face au déploiement nucléaire, au vandalisme écologique et à la distribution de propagande violente et sexiste.2» Dans un pays aussi apolitique -donc manoeuvrable - que le Canada, cette réflexion a de quoi inquiéter toute personne impliquée dans les luttes féministes, écologistes et antimilitaristes.Comme l'ensemble des groupes terroristes de gauche en ce moment, Direct Action pose des questions que nous ne pouvons ignorer 3 ^ Dominique Robert est une |eune auteure à la P'ge_ 1/ L'explosion de Litton devait être vigoureusement critiquée par les membres même de Direct Action.Ann Hansen allait par la suite déclarer : «C'était une erreur d avoir placé une bombe près ou dans un édifice où se trouvaient des gens en train de travailler, en dépit de toutes les précautions prises pour garantir que personne ne soit blessé Lors d'actions de ce type, on ne devrait jamais compter sur la police ou les gardiens de sécurité pour évacuer un édifice menacé d'explosion.» Les accidents étaient survenus en partie à cause de la lenteur avec laquelle on avait évacué l'usine et aussi parce que la bombe avait explosé douze minutes plus tôt que prévu.2/ Newsletter vol 3.avril 1983 3/ Ce texte a été rendu possible grâce à l'excellent dossier bâti par le Vancouver 5 Support Group de Montréal.LA VIE EN ROSE 34 octobre 1985 Au Québec Aun moment ou la question nationale se retrouve vivotant dans le discours folklorique des partis politiques, c'est avec étonnement qu'on repense aux événements d'octobre 70.Comment le Québec a-t-il pu passer à l'agitation armée7 Il faut se rappeler qu'au début des années 60, on n'avait jamais connu au Québec de mouvement de libération nationale structuré, organisé.Les groupes préoccupés par la souveraineté du Québec avaient déjà du mal à se faire entendre.Pour tout dire, ils étaient boycottés par les médias.C'est ce qui incitera quelques impatients à passer aux «actes».Qui étaient-ils 7 Surtout des étudiants, des professeurs ; aussi des journalistes, des employé-e-s de la télévision d'État, et une poignée d'ouvriers.Ils étaient jeunes, un grand nombre d'entre eux ayant à peine entamé la vingtaine.Ces individus, articulés, sensibles, partageaient une conscience sociale très aiguë et un idéal qu'ils n'hésitaient pas à mettre au-dessus de tout.Dans son ouvrage FLQ Histoire d'un mouvement clandestin.Louis Fournier a retracé toutes les actions felquistes de 1963 et 1972 : des bombes dans les boites aux lettres aux attentats contre les casernes de l'armée canadienne, en passant par les explosions aux usines de souliers La Grenade (1 mort, 3 blessés), Dominion Textile, puis au ministère du Travail et à la Bourse de Montréal (20 blessés, dont 3 grièvement).Comment expliquer cette escalade 7 En 1963.il n'y a guère plus que le sentiment nationaliste poussé à son extrême qui est en cause.En 1965, avec la venue de Pierre Vallières, alors journaliste à La Presse.ainsi que Charles Gagnon, militant au Mouvement de libération populaire (MLP).des visées marxistes viennent éperonner le rêve nationaliste.La libération nationale, affirme-t-on.doit plutôt être réalisée de la base, pour et par la classe ouvrière.Vallières hésitera d'abord à s'engager avec le FLQ.admettant mal certaines faiblesses qu'il pressent au plan idéologique: il lui reproche notamment la complète absence d'une analyse marxiste.Mais sa réflexion l'incite d'autre part à favoriser la mise sur pied d'une guérilla urbaine.Il faut rappeler le contexte international par Hélène Sarrazin de l'époque : Uruguay, la lutte farouche des Tupamaros ; Bolivie, le «nouveau front de la révolution» sous l'égide du «Che» ; l'appel de Castro : «Créons deux, trois, de nombreux Vietnam».Charles Gagnon et Pierre Vallières décident alors de se rallier au FLQ.Le duo Vallières-Gagnon est le premier noyau du FLQ à se proclamer ouvertement socialiste, tout en précisant qu'il travaille à la construction d'un socialisme québécois.«Les travailleurs canadiens-français n'obtiendront rien à soutenir les revendications de la bourgeoisie nationale car leurs intérêts sont diamétralement opposés.).) La bourgeoisie canadienne-française, même si elle obtient de Washington la permission de proclamer verbalement l'indépendance, n'en demeurera pas moins soumise aux puissants intérêts économiques des États-Unis.(.) Il n'y a qu'une façon de se décoloniser, c'est de faire la révolution » Cette approche marxiste va consacrer une rupture par rapport aux courants antérieurs qui avaient agité le FLQ et perdurera jusqu'à la disparition du mouvement.Nègres blancs d Amérique devient vite le livre de chevet du révolutionnaire québécois.Peut-on dire que la répression consécutive aux événements d'octobre est à elle seule responsahle de la disparition du FLQ7 Quinze ans plus tard, on n'a toujours pas de réponse à fournir et on demeure préoccupé par la question.Tant de choses n'ont jamais été révélées dans cette histoire II est du moins évident que la Loi des mesures de guerre, ainsi que l'a démontré Michel Brault dans son film Les Ordres a littéralement assommé les militants indépendantistes, et progressistes en général Mais contrairement à ce qui se passe d'ordinaire, ces milieux ne se sont pas retrouvés véritablement désorganisés au Québec.La disparition du terrorisme serait plutôt liée, selon plusieurs qui y ont réfléchi, à l'implantation du mouvement indépendantiste dans la dynamique québécoise.Le Parti québécois se profilant peu de temps après et proposant une alternative forte et crédible, on a commencé à envisager d'autres recours : réaliser l'indépendance par des moyens légaux.Le FLQ avait réussi à poser la problématique d'un Québec souverain ; il s'agissait désormais de relayer au PQ la mission de faire avancer cette cause.Le Manifeste du FLQ Le Manifeste du FLQ a été lu sur les ondes de CKAC le 7 octobre 1970.puis à la télévision de Radio-Canada le 8 octobre 1970 II a été publié, en partie ou en entier, dans plusieurs journaux et revues.On le ressort, encore maintenant à l'occasion: on le voit un peu comme un témoignage d'un moment historique.Saviez-vous qu'un Manifeste des femmes québécoises avait été écrit en 1971 7 Comme tout ce qui concerne les femmes, ce texte est méconnu L'explication de ce manifeste 7 Deux militantes ne se reconnaissaient pas dans le Manifeste du FLQ.On y condamnait la domination de l'homme par l'homme, mais pas un mot sur la domination des hommes sur les femmes ! Ces «oubliées de l'histoire» décident donc de redistribuer les rôles.Elles dénoncent notamment le sexisme qui prévaut parmi les groupes de gauche.Elles refusent d'adhérer à tout projet de libération nationale et sociale qui n'intégrerait pas du même coup la libération des femmes.C'est l'époque du slogan : «Pas de Québec libre sans libération des femmes.Pas de libération des femmes sans libération du Québec».Le Manifeste paraîtra dans le bulletin n° 22 de l'Agence de presse libre du Québec, sera diffusé - de façon limitée -par les éditions de l'Étincelle Dans la foulée de cette intervention, des militantes profitent du retentissement du procès du felquiste Paul Rose pour dénoncer l'absence des femmes dans la sélection des jurés.Eh oui.tout cela se passait il y a seulement 15 ans.octobre 1985 35 LA VIE EN ROSE Actualité Pornographie Pour ou contre la censure?A.Doit-on censurer lo pornographie?Loin de faire l'unanimité, ce débat a été relancé par un article de Ms Magazine1 racontant l'histoire de l'ordonnance de Minneapolis et des réactions qui s'ensuivirent.par Gloria Escomel 1/ «Is One Woman's Sexuality Another Woman's Pornography ?» de Mary Kay Blakeley.avTil 1985 Les encarts reproduient ci-contre sont tirés du même article Traduction : Constance Roy LA VIE EN ROSE 36 octobre 1985 ctuellement à l'étude dans une vingtaine de villes américaines, cette ordonnance, rédigée par deux féministes.Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon, présente une triple originalité.D'abord, elle se base sur une définition de la pornographie qui rejette les notions moralistes d'obscénité et d'indécence, sur lesquelles se basent les lois américaines (mais inutilisées et inefficaces pour lutter contre le flot de pornographie «hard» et «soft»).La définition proposée par ces féministes fait de la pornographie une forme de discrimination sexiste, puisqu'elle favorise l'exploitation et la subordination, la violence et le mépris des femmes, constituant par conséquent une entrave à l'égalité des chances en matière d'éducation, d'embauché et de promotion sociale.L'ordonnance aborde donc la pornographie sous l'angle de l'entrave qui est faite au droit à l'égalité, s'inspirant par là des droits de la personne et non du code pénal.Le fait d'instaurer un recours civil permet à n'importe quelle femme victime de la pornographie de porter plainte, tout en ayant le fardeau de la preuve, c'est-à-dire qu'il lui revient de démontrer la nature du préjudice subi.Ce droit s'étend d'ailleurs aux hommes, aux enfants et aux transsexuels se trouvant dans la même situation.Lorsque l'ordonnance originale a été adoptée à Indianapolis, elle était assortie de règlements détaillés faisant force de loi et s'attaquant particulièrement à trois activités : le commerce des productions pornographiques, la coercition pour la participation à une production de cet ordre et l'imposition de la pornographie.De plus, l'ordonnance autorise toute femme (homme, enfant ou transsexuel) victime d'une agres- 0 sion physique directement causée par une 1 production pornographique à intenter une o action en dommages et intérêts contre ° l'agresseur et le réalisateur delà production « en question (incluant le distributeur, le | vendeur ou l'exploitant) et à réclamer une s injonction contre toute autre exposition, g distribution ou vente de la production | pornographique concernée.•s Les débats qui ont accompagné et suivi » l'adoption de tels règlements à Indianapolis 0 nous concernent toutes, à quelques détails 1 près.La principale objection qui a été faite 1 La confusion du langage Lorsque nous avons rédigé cette loi.nous avons utilisé un mot que les gens ont prétendu ne pas comprendre : subordination.Il est vrai que la subordination est une réalité socio-politique aux composantes multiples.En premier lieu, il faut poser l'existence d'une hiérarchie ; c'est très simple : il y a quelqu'un au-dessus et quelqu'un d'autre au-dessous.Nous, les femmes, sommes au-dessous.Le deuxième aspect fait intervenir le processus qui consiste, pour celui qui est au-dessus, à faire de l'être humain qui est au-dessous de lui un objet, soit à le déshumaniser.L'être «supérieur» devient alors le prototype achevé de ce qu'est un être humain.Le passage de l'état d'être humain à celui d'objet a des conséquences majeures : on sait tous qu'un objet ne mérite pas le respect dévolu à un être humain.En troisième lieu, il faut considérer la sujétion de l'être «inférieur», qui finit par avoir un comportement soumis.Cette soumission ne se manifeste pas seulement en réponse à un ordre direct ; en effet, c'est typique de l'attitude des opprimés que d'en arriver à précéder les ordres Enfin, la violence constitue la quatrième composante de la subordination.Bien sûr, un contexte social dans lequel la violence est répandue au point d'être normalisée présuppose que les trois autres éléments sont déjà solidement en place 37 à l'ordonnance originale de Minneapolis, en vertu de laquelle le maire de la ville l'a rejetée, c'est qu'elle s'attaque à la liberté d'expression, garantie par le First Amendment D'ailleurs, le fameux principe du «free speech» est à tel point sacré aux États-Unis que la propagande haineuse de groupes aussi extrémistes que les nazis ou le Ku Klux Klan n'y peut être interdite États-Unis.Mais quelle porno ?La définition originale proposée par Andrea Dworkin et Catharine Mackinnon était assez vaste pour englober tant la porno «douce» que la «dure», puisqu'elle reposait sur la notion de «subordination sexuelle des femmes», même dans les scènes où celles-ci sont «utilisées comme des objets consentants», car le propre des opprimés, de dire Dworkin, est d'en arriver à prévoir les ordres» (voir encart no 1).En fin de compte, les législateurs d'India-napolis n'ont conservé de cette définition que les éléments qui caractérisaient la porno violente.«La pornographie désigne la subordination explicite des femmes, graphiquement représentée en mots ou en images et comprenant un ou plusieurs des aspects suivants : les femmes sont présentées comme des objets sexuels jouissant de la douleur ou de l'humiliation, ou du fait d'être violées ; elles sont présentées ligotées, tranchées, mutilées, meurtries ou physiquement blessées, démembrées, tronçonnées, fragmentées ou découpées ou étant pénétrées par des objets ou des animaux : ou présentées dans des scènes où elles sont sales et inférieures, saignent, sont avilies ou blessées, dans un contexte qui rend ces situations sexuelles.» Ce compromis (appelé par dérision «l'exemption Playboy» par les partisanes de la définition initiale de Dworkin et MacKinnon) ne permet pas de porter plainte contre les effets néfastes de la porno douce (dont le chiffre d'affaires est colossal).Malgré tout, cette réglementation a suscité une forte opposition Des groupes féministes comme le FACT (Feminist Anti-Censorship Task Force), notamment, n'ont pas seulement soulevé la nécessité de préserver la liberté d'expression, mais ont également signalé les dangers des alliances avec la droite, contractées entre autres au cours de ce débat (voir encart no 2) Toute oeuvre affichant des scènes de sexualité explicite - octobre 1985 LA VIE EN ROSE Actualité à plus forte raison si elle explore des pratiques sexuelles dites «marginales» -risque donc de se voir censurée non pas parce quelle dévalorise l'image des femmes mais plutôt parce qu'elle porte atteinte à des valeurs étroitement puritaines (voir encart no 3).Deux autres objections ont été formulées par le FACT à l'égard de ces ordonnances : le fait que la définition de la violence faite aux femmes était strictement rattachée à des contextes sexuels, excluant par là les images violentes non sexistes ou sexuelles, qui n'en favorisent pas moins la violence pourtant.Cependant, riposte Catharine MacKinnon, d'autres groupes minoritaires (juifs, noirs, homosexuels, handicapés, etc.) peuvent considérer le règlement d'Indianapolis comme un précédent législatif et réclamer des mesures de protection semblables à celles que les femmes ont obtenues en regard de l'avilissement que comporte la pornographie haineuse.La deuxième objection soulevée par le FACT se ramène surtout à une double interrogation : Les lois sont-elles le meilleur outil pour faire disparaître la misogynie qui sous-tend la pornographie 7 Aussi, peut-on établir une relation étroite entre la violence faite aux femmes et la pornographie «hard».et ne retenir qu'une cause alors qu'il s'agit d'expliquer une situation aussi complexe ?(voir encart no 3) Toutes ces questions méritent d'être débattues ; il n'en reste pas moins que les ordonnances de Minneapolis et les règlements d'Indianapolis sont les premières armes dont disposent les femmes pour combattre les méfaits de la porno dure.Au Canada : le Rapport Fraser D'ailleurs, ces mesures ont suscité beaucoup d'intérêt auprès de la Commission sur la prostitution et la pornographie au Canada, comme en fait état le rapport qui en découle (Rapport Fraser), qui consacre tout un chapitre à examiner si dans le contexte du droit canadien, de telles dispositions pourraient également être prises.À l'heure actuelle, la notion de pornographie n'est pas inscrite dans nos lois.Il existe, par ailleurs, une série de dispositions qui permettent de s'opposer aux productions «obscènes».Mais celles-ci relèvent toutes du droit pénal, régi par le code criminel ; c'est donc au procureur de la Couronne d'enregistrer la plainte à condition toutefois de l'estimer recevable.Or, Il aurait probablement été beaucoup plus facile d'obtenir l'appui de la population si nous avions été aussi évasives que le texte même de la loi sur l'obscénité et si nous avions recouru à des arguments moraux.Nous nous sommes refusées, au contraire, à laisser transparaître des intentions puritaines et moralistes qui n'étaient de toute façon pas les nôtres Notre action visait strictement l'industrie de la pornographie et le tort qu'elle fait aux femmes, convaincues que cette approche permettrait de faire avancer notre combat politique et juridique.Andrea Dworxin 2 Le piège des coalitions Au moins trois groupes différents ont donné leur appui à des versions différentes des lois antipornographiques.Mais le concept de pornographie varie pour chacun de ces groupes, de même que l'interprétation qu'ils donnent de ses conséquences.Le premier de ces groupes se compose de politiciens locaux et de groupes de citoyens qui avaient appuyé les lois sur l'obscénité ou les fèglements de zonage ayant déjà été l'objet de controverses.On sait d'ailleurs que la préoccupation première de ces politiciens ne va guère au-delà des problèmes que leur pose l'évaluation foncière.Le deuxième groupe rallie l'extrême-droite : des églises chrétiennes et évan- lors des audiences de la Commission Fraser, plusieurs témoins ont souligné le grand nombre de plaintes visant l'obscénité qui étaient d'office jugées non recevables par la police ou les procureurs.Le problème réside dans la définition même du terme «obscénité», dont la dernière acception (1964) se résume ainsi : «Exploitation indue (c'est-à-dire dépassant les normes de tolérance de la société contemporaine) des choses sexuelles, qu'elles soient ou non associées au crime, à l'horreur, à la cruauté ou à la violence » D'ailleurs, plus souvent qu'autrement, «les tribunaux s'accordent pour dire que les publications qui décrivent des relations incestueuses, des activités sexuelles montrant des mineur-e-s, ou un mélange de sexe, de violence et de cruauté», sont conformes aux normes communautaires actuelles, précise le Rapport Fraser.À toutes fins pratiques, néanmoins, commet une infraction quiconque produit, distribue, vend, expose à la vue du public ou possède du matériel obscène (livres, revues, photos, objets erotiques, etc.), ou quiconque expose un objet révoltant ou montre un spectacle obscène.En vertu de quoi le matériel incriminé peut être saisi.Les spectacles (pièces de théâtre, numéros de danseurs-euses nu-e-s, films, vidéos) et SERVICE PERSONNALISÉ LA VIE EN ROSE 38 octobre 1985 la nudité sans motif valable constituent également des infractions, et les provinces ont pouvoir d'édicter des règlements spécifiques à cet égard.D'une province à l'autre La plupart des provinces se sont dotées de lois réglementant les films projetés en public ; ainsi la Nouvelle-Ecosse, le Nou-veau-Brunswick.l'Ontario.l'Alberta, la Saskatchewan et la Colombie Britannique accordent à leurs commissions de cinéma toute autorité soit pour interdire la projection de films soit pour les censurer, sans les obliger à se donner des critères spécifiques.La seule province à s'en être fixé, c'est l'Ontario, par le biais de sa Loi sur les théâtres, adoptée en 1984 Deux provinces seulement - le Manitoba et le Québec -n'ont pas le pouvoir d'interdire certains films ; au Manitoba, on peut tout au plus procéder à une classification ; au Québec, «les autorités considèrent que la sexualité explicite entre adultes consentants est acceptable ou tolerable.Pour tenir compte du caractère pluraliste et changeant de la société, le Bureau de surveillance du cinéma ne maintient pas de critère précis et inflexible».Il s'inspire, par ailleurs, de certains «principes», portant principalement sur la protection des mineur-e-s et l'abolition de LA BANQUE DE RECHERCHE DE L'ICREF Un service informatisé de curriculum vitae de chercheuses féministes qui dans divers domaines travaillent à l'amélioration de la condition des femmes INSCRIVEZ-VOUS Institut Canadien de Recherches sur les Femmes 151 rue Slator, suite 408 Ottawa, Ontario K1P 5H3 (613) 563-0681 géliques, le Moral Majority, le Eagle Forum et le National Federation for Decency Selon eux, la pornographie est le symbole par excellence de la confusion entre les sexes et de l'anarchie sexuelle.Ils associent la porno à l'homosexualité, aux rapports sexuels interraciaux, au divorce, au contrôle des naissances et au démembrement de la famille.Essentiellement, la porno se résume pour eux à de la propa-grande en faveur de la promiscuité.Le troisième groupe est formé par les féministes, qui apportent un tout autre son de cloche au débat.Le point de vue féministe trouve sa source dans les mouvements d'opposition à la violence qui ont eu cours au milieu des années 1970, lorsque les féministes ont commencé à interroger les causes de cette violence «culturelle».Elles ont concentré leur lutte sur la représentation et la glorification de la violence dans les médias.Leur définition de la pornographie se ramène à un problème de «subordination sexuelle explicite».À Minneapolis, l'ordonnance a surtout reçu l'appui des féministes, des politiciens locaux et de groupes de citoyens.Au moment de son adoption à Indianapolis, cependant, on a senti un net glissement vers les groupes de droite.Dans le comté de Suffolk, les féministes ne se sont engagées à aucune des étapes ; ni les auteures de l'ordonnance, ni même le WAP, n'ont appuyé la version hybride proposée.À toutes fins pratiques, aucun de ces groupes ne pourra jamais en contrôler vraiment l'utilisation.Les juges de la cour civile et quiconque voudra intenter scènes comportant de la violence sexuelle.L'écart entre le Québec et l'Ontario en matière de «censure» est frappant ; pour l'illustrer, mentionnons deux films autorisés au Québec mais interdits en Ontario : La Petite, de Louis Malle, qui a pour sujet la prostitution d'une fillette ; Ce n'est pas une histoire d'amour, documentaire réalisé par l'Office national du film, qui dénonce l'exploitation sexuelle dans la pornographie.On pourrait multiplier les exemples portant sur la fluctuation des critères de contrôle appliqués par les provinces dans les domaines du cinéma, de l'édition, des spectacles, etc.; ils démontreraient tous à quel point les jugements portés contre eux diffèrent.Mais le recours civil permettant d'obtenir des indemnités en dommages et intérêts pour préjudices subis par une production pornographique précise sera-t-il bientôt instauré au Canada ?D'après le Rapport Fraser, le droit canadien actuel permettrait déjà des recours semblables, mais plus indirects et plus exigeants en ce qui concerne l'établissement de la preuve que ceux du règlement d'Indianapolis.Par exemple, la victime d'une agression physique ou de blessures découlant directement d'une production porno spécifique pourrait intenter une action civile, en alléguant que le préjudice lui a été causé délibérément ou par suite d'une négligence.Cette notion est interprétée actuellement de manière assez large ; ainsi, en l'invoquant, on a pu imputer au patron d'un bar la responsabilité d'un accident survenu à un de ses clients en état d'ivresse.Mais le plus difficile, dans le cas de la porno, serait d'établir le lien de cause à effet, à propos duquel il n'y a pas encore vraiment d'unanimité.Deux types de circonstances rendraient possible l'établissement de cette relation : lorsque le partenaire d'une femme l'oblige à répéter des scènes de violence imitant celles qu'il a vues dans une production porno, ou lorsqu'il est en possession d'un stock important de matériel porno.La défense, cependant, pourrait invoquer sans difficultés que c'est surtout l'état mental de l'agresseur qui est la cause de l'agression et non le matériel porno incriminé.À cet égard, les problèmes posés par le droit canadien sont les mêmes que rencontreront les règlements d'Indianapolis pour ce qui est d'établir le fardeau de la preuve.octobre 1985 39 LA VIE EN ROSE actualité un procès auront alors beau jeu, chacun pouvant l'interpréter à sa manière.Dans le Suffolk, les hommes des groupes de droite en sont même venus à dire : «On est d'accord avec cette idée.C'est la pornographie qui est la cause de la violence à l'égard des femmes, pas les hommes.» Lisa Duggan 3 Une loi innovatrice ?Dès le début, on a dit qu'il s'agissait d'une loi innovatrice, d'une loi féministe.Pourtant, en y regardant de plus près, on se rend compte que cette mesure emprunte le sentier culturel traditionnel qui condamne limage et le verbe sexuels trop explicites.On y retrouve un certain nombre de lieux communs : la sexualité est dégradante pour la femme, pas pour l'homme ; les hommes sont des bêtes insatiables ; la sexualité est dangereuse pour la femme ; la sexualité est mâle et pas femelle ; les femmes ne sont pas participantes mais victimes de la sexualité ; les hommes imposent le rapport sexuel aux femmes ; la pénétration est une manière de soumission ; l'hétérosexualité (pas l'institution mais le modèle) est sexiste.Ce qui paraissait être une innovation au départ n'était en fait que la résurgence d'une morale très puritaine selon laquelle la sexualité le moindrement explicite est à elle seule un facteur de dégradation pour la femme.Carole S.Vance Autres recours «Le fait d'être exposé à de la pornographie contre son gré, au travail, à l'école ou dans un lieu public peut donner lieu à un recours au titre des divers codes des droits de la personne», précise le Rapport Fraser, sans minimiser la longueur de ce genre de procédures, pouvant s'étaler sur 4 ou 5 ans.C'est le temps qu'a pris l'affaire Red Eye, prise en charge par la Commission de Saskatchewan, où le Code des droits de la personne a conclu qu'il n'y avait aucun intérêt social à tolérer la «liberté d'expression» d'une revue étudiante qui «compromettait le droit à l'égalité des femmes par ses plaisanteries douteuses, sexistes et avilissantes».Ce jugement, rendu en 1984, crée un précédent important en fournissant un modèle pour l'application de l'article 15 de la Charte canadienne, garantissant le droit à l'égalité.Un autre recours possible contre la pornographie violente, ici, serait celui de demander la protection contre la propagande haineuse (interdite au Canada) en exigeant que les femmes soit protégées au même titre que les gens de «couleur, de race, de religion ou d'origine ethnique différente».(11 s'agirait tout simplement d'ajouter le mot «sexe» aux groupes identifiables).C'est cet article de loi qui a d'ailleurs servi à incriminer James Keegstra pour écrits mensongers et haineux envers les juifs, en Alberta.Finalement, rappelons que le Rapport Fraser recommande de pénaliser (voir éditorial de LVR, juillet-août 85) non seulement toute production pornographique impliquant des enfants mais toutes celles qui affichent un comportement sexuel violent, la bestialité, l'inceste ou la nécrophilie.Bref, le Rapport Fraser constitue - à l'instar du règlement d'Indianapolis mais de façon plus vague - une amorce de réglementation face à la porno «dure», élément qui nous faisait cruellement défaut.Mais qu'en est-il de la porno «douce» 7 Doit-elle être à son tour pénalisée 7 La sexualité de l'une est-elle la porno de l'autre ?Bien sûr.pour plusieurs, il n'y a pas lieu de faire de distinction fondamentale entre les deux, puisque l'une et l'autre considèrent les femmes comme des objets d'assouvissement du désir masculin, montrant le plaisir féminin sous le seul angle d'un «réflexe conditionné» à celui de l'homme.Mais qui va décider ce qui devrait être la bonne ou la mauvaise sexualité de toutes les femmes 7 Les féministes, après les églises ou les machos, ou les pornocrates ?Et quelles féministes 7 On n'a qu'à se rappeler les réactions contraires que nous avons eues toutes (artisanes et lectrices de LVR), lors du débat portant sur le numéro «spécial erotique» pour comprendre qu'il n'existe pas qu'un seul modèle.D'ailleurs, à juger avilissants certains fantasmes sexuels alors que d'autres les trouvent enrichissants ou simplement agréablement inoffensifs, nous risquons de plonger certaines femmes dans la culpabilité ou la honte.Il est toujours révoltant d'entendre des femmes rejeter ce que d'autres femmes avouent avoir ressenti : par exemple, avoir joui en telle circonstance, ou avoir été En vente dans le numéro de novembre, à prix d'ami-e, le CALENDRIER 86, de La Vie en rose.Une oeuvre d'art (!), féministe de surcroit, doublée d'un outil indispensable.LA VIE EN ROSE 40 octobre 1985 excitée par une production porno.Il est vrai qu'il y a de plus en plus de femmes qui «consomment» des productions porno : curiosité, plaisir, désir d'explorer leur sexualité ?Qu'importe! On peut déplorer qu'elles n'aient pas sous la main autre chose qu'un matériel produit par des por-nocrates en fonction de ce qu'ils attendent du sexe féminin ; on peut aussi déplorer qu'elles puissent se croire anormales si elles n'aiment pas ça.Cela dit.la censure est-elle vraiment le meilleur moyen de «neutraliser» l'influence possiblement néfaste de la porno douce ?La sexualité rudimentaire et essentiellement génitale de la porno est bien peu stimulante, pour ne pas dire d'une tristesse et d'un ennui mortel ; mais dans une société où l'éducation sexuelle fait cruellement défaut, elle demeure tout au moins un point de référence.Comment savoir ce qui nous plait, ou ce qui nous révolte, sans découvrir du même coup certaines pratiques sexuelles auxquelles nous n'aurions pas pensé ou cédé spontanément ~> Et puis, la censure est une arme redoutable non seulement parce qu'on ne sait pas jusqu'où elle peut aller, mais aussi parce qu'elle tue dans l'oeuf la possibilité d'explorer librement d'autres formes d'érotisme.de libérer d'autres types de fantasmes ou de désirs féminins.Je crois que tout le monde a droit de choisir ce qu'il/elle veut voir ou lire, ce qui suppose que nul-le ne doit être exposée à la porno sans avertissement ou sans avoir pu choisir sciemment Mais à essayer d'interdire la circulation de matériel porno, on risque encore davantage d'en faire le monopole du crime organisé, comme ça s est passé pour la distribution de la drogue.La production pornographique risque donc de verser encore plus dans la clandestinité et celles qui y participent, de s'en trouver encore plus démunies face à l'exploitation ou aux sévices physiques dont elles sont victimes.Aussi, la censure du matériel pornographique va inévitablement provoquer une plus grande curiosité envers la question; je sais, c'est le vieil argument libéral, mais puisque ce genre de consommation, loin de créer l'accoutumance, finit par provoquer l'ennui, on a sans doute plus de chances de désamorcer l'attrait des productions pornographiques en les laissant accessibles plutôt qu'en les prohibant.Bref, si je suis prête à contrecarrer dans la mesure du possible la porno violente, au même titre que je m'oppose à la propagande haineuse, j'ai aussi conscience que toute dénonciation des abus commis par un groupe sur un autre peut à son tour faire figure de propagande haineuse.Par exemple, on pourrait nous rétorquer : d'accord, nous ne dirons plus que toutes les femmes aiment êtres violées ; mais cessez de dire que tous les hommes sont des ignobles brutes.En d'autres termes, nous pourrions aussi nous attendre à ce que l'on puisse dans cette foulée interdire toute oeuvre féministe attaquant trop violemment le patriarcat ou les hommes.Y avons-nous bien pensé "> GLORIA ESCOMEL est journaliste à la pige et est membre du Comité de rédaction de LVR.L'ATRIUM PRESENTE LA CHAMBRE BLE de Hélène Lasnier mise en scène: Robert Lepage et Marc-Alain Robitaille scénographie Richard Lacroix conception sonore Marc Perusse 4% éclairages Martine Gagné avec Norman Helms, Suzanne Lemoine et Jeanne Osliguy du 24 octobre au 9 novembre à 20h À L ESKABEL , 1237.rue Sangumet.Montreal ^ reservations 849-7164 * octobre 1985 41 Les récentes études citées se fondent essentiellement sur des tests écrits, soumis à des collégiens dans l'environnement artificiel d'un laboratoire, ce qui n'est guère représentatif de l'ensemble de la population.Ces jeunes ont exprimé leur réaction face au viol, leur sympathie à l'égard des victimes et leur opinion au sujet des procès de violeurs, après avoir visionné des films au caractère sexuel très explicite et se terminant par un viol.Il est pratiquement impossible de mesurer ces récents changements d'attitude et d'évaluer jusqu'où ils affectent le comportement.On n'a pas encore pu établir de rapport direct entre une attitude donnée et la propension à commettre un viol, et malheureusement, l'attitude demeure un faible indicateur de comportement.Bien que ces études présentent un certain intérêt, elles ne suffisent pas à justifier une réglementation aussi sévère.Peut-on vraiment croire que le problème se résume, après avoir lu un texte pornographique, à s'empresser de reproduire la même situation ~> En tant que féministes, notre analyse de la culture et de la représentation des schémas sociaux doit dépasser une équation aussi simpliste Si on s'y refuse lorsqu'il s'agit de nous-mêmes, comment pourrait-on y croire quand il s'agit des autres ~> Carole S.Vance LA VIE EN ROSE Avez-vous déjà eu le goût d'égTatigner profondément le teint superbe de cette étrangère, d'ailleurs jolie, assise à côté de vous au théâtre ?.Moi, oui.J'ai 37 ans et je fais de l'acné : 363 jours par année depuis 25 ans.Et je ne l'accepte toujours pas, au grand agacement de ma dermatologue à la peau lisse et au discours creux, aussi creux que mes cicatrices.Les peaux saines m'agressent, me blessent où que je sois : dans le métro, au bureau, sur la rue Elles dominent le paysage avec l'insouciance de la normalité, non hantées par le doute : «Aurai-je ou non un nouveau bouton demain ?».Comme si je n'arrêtais pas d'avoir 12 ans.L'hiver, emmaillotée dans une vareuse verte et démodée, j'attendais l'autobus.En grimpant les marches, je portais mon sac d'école collé sur ma poitrine comme un bouclier pour me protéger des regards.Le mien leur criait : «Je suis laide mais intelligente, et je vais vous le prouver !» Je tenais mes livres comme un paravent pour dissimuler mon corps d'enfant qui refusait de grandir dans la laideur Ma première visite chez le dermatologue avait coûté 5$ et ma mère avait dû faire des acrobaties budgétaires pour nous le permettre «Quand vous serez fiancée, m'a-t-il dit.vous n'aurez plus de problème».Et je me suis mise à espérer cet âge magique où un beau prince m'exorciserait de mes maux d'adolescente.Vingt-quatre ans.Était-ce la punition de Dieu pour avoir choisi le mariage civil?Ma lèpre n'était que plus tenace.Les dermatologues se sont montrés plus prudents quant à une éventuelle grossesse: ça pourrait tout aussi bien aggraver le problème que le régler.Je n'ai pas pris de chance : j'ai adopté un Boutchoux, petit morceau de plastique rose collé contre mes plaies tout aussi roses.Mardi dernier, ma soigneuse de bobos me disait qu'avec la quarantaine.J'ai éclaté de rire mais quelque chose en moi.celle qui a toujours 12 ans.a commencé le compte à rebours Et si vraiment l'armistice était pour bientôt ?À 16 ans, quand j'ai vu pouT la première fois le magnifique film Un homme et une femme je suis rentrée chez moi traumatisée, paniquée.Par les belles et sensuelles images de ce film, j'avais pris conscience que pour faire l'amour il fallait regarder l'autre dans les yeux, lui abandonner sa figure, se donner en gros plan Jamais je n'oserais.Comment un homme pourrait-il me désirer, moi une femme stigmatisée, murée dans une adolescence infinie 7 Les soirs où la lumière se fait trop ingrate, ça m'arrive encore d'éviter la rue St-Denis, au cas où un gars me plairait et qu'il me faudrait le regarder dans les yeux : au cas où une amie me reconnaîtrait et qu'il me faudrait relever la tête Tous mes efforts de «croissance personnelle» visent à minimiser les regards, les jugements des autres, et me réapproprier mon pouvoir.Cette démarche m'est particulièrement difficile en ce qui concerne mon visage, cible première de tous les regards, maladroitement dissimulé au-dessus de mes 5 pieds 6 pouces.Tout ce que je peux faire, c'est de fermer les yeux.Comme si en baissant mes longs cils noirs je laissais tomber un voile.Oui.les miroirs me hantent.Ils me parlent la langue de la vérité nue et de l'espoir incertain.Naïve, j'attends toujours d'eux une surprise, quelque chose qui me réconcilierait avec ma figure lessivée.La distance, l'angle, le degré d'éclairage sont tous des facteurs importants au moment de négocier mon contact avec le miroir.Il m'arrive fréquemment de comparer en moins d'une minute l'état de la catastrophe dans deux miroirs différents.L'éclairage artificiel de la salle de bains se fait souvent plus clément que la lumière trop crue, trop nette de mon salon ensoleillé.D'ailleurs, le soleil n'a jamais été mon allié ; il me trahit tous les étés, bouscule l'écosystème de mon faciès d'hiver et y dessine des zones de sécheresse et de margarine molle où explosent de nouveaux volcans.Et dérapent mes velléités de vacances.Surtout ne me dites pas comme ma mère - qui en passant a une peau exceptionnelle -qu'il y en a des pires que moi : les victimes de la sclérose en plaques et les cancéreuses en phase terminale.Ne me parlez pas non plus du stress.«Cessez d'être stressée et votre acné va diminuer !» J'ai tout essayé, six thérapies différentes, six sortes de relaxation.Il n'y a rien qui puisse endiguer cette peste qui me grignote la figure.Parfois je me demande si je ne changerais pas mon problème contre 20 livres en trop.Au moins l'obésité est au goût du jour, on en parle, on essaie de la comprendre, «au féminin» en plus.Mais qui s interesse aux femmes adultes rongées discrètement mais sûrement par les boutons qui se moquent prodigieusement du savoir médical, des compagnies pharmaceutiques avec leurs étalages débordant de produits miracles 7 Miracles pour jeunes gens peut-être, mais que proposent-ils à une femme de 37 ans.ces prospères sorciers si habiles à cultiver nos rêves de guérison ?Un jour, un «philosophe de la peau» m'a expliqué mon problème en image : «Votre peau n'a aucune défense contre les saletés de ce monde, il vous faudrait vivre sous un globe de verre ; comme cela vous est impossible, il vous faut apprendre à vivre avec cette contrainte.» Comme tous les autres, il n'avait rien compris.Il n'avait pas vu que le globe était là depuis toujours.%f DANIELLE PHANEUF*esi organisatrice communautaire dans un CLSC et chercheuse.d'elle-même Mon tête-à-tête avec Andrée par Anne-Marie Alonzo avec la collaboration à la rédaction de Gloria Escomel Il y a bien sûr celle que tout le monde connaît, la femme de théâtre, de télévision, connue et reconnue pour sa beauté, son charme, son jeu, son métier, celle a qui on ne cesse de demander ses secrets de jouvence.Il y a cette femme-là.Mais il y a aussi celle qu'affectueusement j'appelle «mon-amie-Andrée».Une femme de 53 ans qui ne s'en cache pas, qui n'a jamais voulu se marier malgré ses trois enfants; une femme qui a plus tard fait «scandale» en vivant avec un homme marié.Nous nous connaissons depuis plus de seize ans, nous nous voyons, nous parlons régulièrement, elle et moi, de tout ce dont des amies discutent quand elles se connaissent depuis longtemps.Elle a hésité lorsque je lui ai demandé de m'accorder une entrevue pour La Vie en rose, comme elle le fait souvent lorsqu'on lui demande ce genre de chose.LA VIE EN ROSE 44 theatre LA VIE EN ROSE : Pourquoi as-tu hésité avant d'accorder une entrevue à La Vie en rose ?ANDRÉE LACHAPELLE : Je n'aime pas beaucoup parler d'une façon intellectuelle, je suis une fille qui travaille plutôt les émotions, les sensations ; je suis une instinctive.Les femmes qui écrivent dans LVR sont très structurées.j'éprouve de la difficulté à parler de moi, c'est que je ne suis sûre de rien, je cherche, continuellement.Il y a pourtant des choses qui sont innées en moi, peut-être parce que j'ai épousé le rêve de mon père, celui d'être acteur.Nous sommes le résultat de tant d'émotions, comme si.même enfant, nous avions une connaissance de certaines douleurs, de certaines joies que nous n'avons, pourtant, jamais expérimentées.Le soleil est doux Nous parlons à peine, nous rions, avons un peu de mal à nous concentrer, à entrer dans l'entrevue, à faire «sérieux» Je sais, moi qu Andrée est un /rais mélange de bohème et dordre.un mélange si bien dosé qui fait d'elle l'un des êtres les plus équilibrés que je connaisse LVR : Cèsr vraiment par le théâtre que tu te retrouves le mieux 7 al : Oui.parce qu'il n'existe aucune barrière, on se sert des mots, des émotions des autres, on perd notre pudeur, on se dissimule derrière des personnages (mais on les a tous au fond de soi), on ose finalement dire ce qu'on ne dirait jamais dans la vie.C'est là qu'on vit le plus intensément.LVR : Tu as souvent eu des rôles, comment dire.f plus faibles, des rôles d ingénue, de femme I fatale Mais depuis cinq ou six ans.tu as des s rôles plus forts, je pense aux pièces de Jovette I Marchessault Est-ce parce que les personnages de femmes changent ou parce que les rôles deviennent plus intéressants à mesure qu'une comédienne vieillit ?AL : Les rôles intéressants sont souvent écrits pour des femmes mûres, peut-être parce qu'elles ont plus d'étoffe.Je trouve en effet mes rôles plus intéressants maintenant.De toute façon, je ne me posais même pas la question quand j'étais plus jeune : il fallait que je gagne ma vie et celle de mes enfants.LVR : Il faut dire que tu as préféré la carrière au mariage et puis, tu es devenue chef de famille très vite.AL : C'a été très difficile mais j'ai toujours mené ma vie comme je l'entendais L'opinion des autres m'importait peu.il fallait que j'aille au bout de moi-même, que je sois libre de mes pensées et de mes actes, libre aussi dans mes relations avec les hommes.LVR : Justement D'une part tu n'as jamais accepté d'être sous Tautonté d'un homme.de l'autre, tu jouais dans des pièces où les femmes Tétaient.AL: Je faisais mon métier.J'étais heureuse, quel que soit le rôle, surtout quand j'étais jeune.Je me disais : plus je travaille, plus j'apprends.Et souvent dans ces rôles-là, il pouvait y avoir des choses qui me touchaient, qui m'intéressaient émotive-ment à propos de ce qu'une femme pouvait garder pour elle, ne pas dévoiler.Aujourd'hui, je peux davantage choisir les rôles qui m'intéressent et refuser ceux qui ne m'apprennent rien.LVR : As-tu interprété beaucoup de textes écrits par des femmes ?AL : Non.pas tellement, les textes de Jovette.un texte de Michèle Allen.et en ce moment, à la télévision, Monsieur le ministre de Solange Chaput-Rolland et Michèle Bazin.J'ai surtout joué des pièces écrites par des hommes.Et je peux dire que leur vision a changé.Tout est plus ouvert maintenant, beaucoup de jeunes comédiennes - et aussi des comédiens - trouvent que les personnages de femmes sont mal développés ; eux aussi ont changé.L'image de la pin-up des années 50 existe de moins en moins.Remarque que de tout temps il y a eu des personnages de femmes très forts, impressionnants.LVR : Actuellement, tu joues le rôle d Anaïs Nin dans la nouvelle pièce de Jovette Marchessault.Anaïs dans la queue de la comète'.AL : C'est un rôle fantastique, d'autant plus que j'aime beaucoup Anaïs Nin.C'est toi, d'ailleurs, qui m'a offert la plupart de ses livres.Leur lecture m'a beaucoup apporté dans certaines périodes de crise.C'est une femme que j'aurais aimé rencontrer, elle semblait si généreuse, ouverte aux autres.LVR : Narcissique aussi non ?AL : Comme nous tous.Elle semblait tout comprendre, et c'est ce que je trouve fascinant en elle Et puis, le texte de Jovette a un lyrisme, un souffle, une poésie extraordinaires.C'est un texte bouleversant.LVR : Est-ce une pièce à contenu biographique, comme les précédentes de Jovette ?AL : Oui.On voit Anaïs dans ses rapports avec les autres, face à la non-reconnaissance des éditeurs ; on la sent ulcérée, inquiète, tourmentée et tout cela, jusqu'à sa mort Chaque fois que je lis le texte, je pleure comme un veau parce que ça me déchire.Je me demande souvent si je me rendrai jusqu'au bout.il y a des moments excessivement douloureux.octobre 1985 45 LA VIE EN ROSE theatre Eve.la petite-fille d'Andrée, vient nous embrasser, les autres s'affairent un peu partout Andrée parle rarement de douleur, c'est une femme de fête, déjà nous parlons d'apéritif de souper, du soleil qui nous bronze lentement AL : J'aime ce texte parce qu'on y apprend plein de choses, ça m'oblige à lire, à connaître de nouveaux personnages.Je suis heureuse de travailler avec Michèle Magny qui fait la mise en scène et avec Patricia Nolin qui joue le rôle de June Miller.LVR : Avec qui Anaïs a eu un rapport très ambigu.AL : Oui, et ce sera la première fois que je joue un personnage de femme qui est troublée par une autre femme, moi qui n'ai jamais connu ça.LVR : Tu as souvent eu des coups de foudre, de grandes passions pour des rôles, des personnages 7 AL : Oui, souvent.Je m'emballe presque chaque fois que je fais quelque chose.On ne peut pas se contenter de ce qu'on a déjà fait, il faut chercher du nouveau.Je suis étonnée lorsque les gens me disent : «On ne va pas lui demander parce qu'elle ne voudra pas.nous sommes des jeunes, sans moyens, ce n'est pas payant pour elle.» Alors que moi je suis prête à entreprendre n'importe quoi de passionnant.Je suis du genre à plonger et à regarder ensuite s'il y avait de l'eau dans la piscine.L'âge ne compte pas, ne constitue pas une réelle différence.LVR : Tu te situes comment par rapport au féminisme 7 AL : Je ne suis pas de celles qui s'impliquent dans un mouvement clairement identifié.Mais je n'ai jamais eu une vie de femme au Anne-Marie Alonzo et Andrée Lachapelle durant l'entrevue foyer, à cause de mon métier et puis parce que je déteste les tâches domestiques.Par contre, je sais bien m'occuper des enfants.Je n'aurais jamais accepté qu'un homme ne fasse pas sa part à la maison, j'aurais trouvé ça injuste ; après tout nous travaillions tous les deux.Pour moi.c'était tout à fait normal, ça faisait partie de la vie.En Europe, je me suis fait traiter de «sale américaine» parce que je n'acceptais pas de voir des hommes organiser la vie de leurs épouses alors que ces femmes-là avaient des idées, des désirs et des besoins à elles ! Je ne me suis jamais posé la question : suis-je féministe 7 Mais j'ai toujours eu un comportement féministe dans ma vie quotidienne.LVR : Trouves-tu que les efforts que font les femmes depuis des siècles pour s'affranchir de leur rôle traditionnel a pu changer quelque chose 7 AL : Oui.Je vois le résultat chez mes filles, je le sens en moi.Ces efforts ont complètement changé nos vies et c'est une des plus belles choses que ce siècle nous ait apporté.Et je sais que si je n'arrive pas encore à m'engager, c'est qu'il faut que je change des choses en moi d'abord.Je suis de l'ancienne génération, tu sais.Nous, nous voulions toujours être parfaites alors qu'au fond, il nous suffisait d'être nous-mêmes.LVR : Tu t impliques pourtant beaucoup par rapport aux détenus AL : J'ai une affection particulière pour les êtres marginaux, pour ceux qui sont négligés ou rejetés par la société.À fréquenter les détenus (par accident au début puisque c'est à l'occasion d'un spectacle que ça c'est produit), j'ai constaté leur grande générosité : ils n'ont pas de temps à perdre, tu comprends, et sont toujours prêts à rendre service.Actuellement, je suis présidente de la galerie Maximum où l'on expose les oeuvres de détenus et d'ex-détenus.À cause de mon travail, je ne peux m'en occuper de manière constante mais ils savent que je suis là et qu'ils peuvent compter sur moi.// commence à faire frais et les filles d'Andrée s'apprêtent à faire le souper Nous allons manger, rire et faire les folles, nous ne parlerons plus de choses «.sérieuses » pour le reste de la soirée Juste avant qu'on rentre.Andrée ajoute, comme on baisse un rideau de scène «Je ne supporte pas l'intolérance, surtout face à toute différence Le plus gros bobo de notre société est de ne pas avoir assez d'ouverture d'esprit pour accepter la pluralité des êtres II y a tant de contradictions en nous, comment pouvons-nous imposer aux autres ce que nous croyons être la vérité ?».^ ANNE-MARIE ALONZO est écrivaine et une collaboratrice de longue date à LVR.' Qui sera présentée au Théâtre de Quatsous à Montréal, du 24 septembre au 20 octobre LA VIE EN ROSE 46 octobre 1985 Littérature Johanne de Montîgny En mars 1979, un avion de Québecair s'écrasait à Québec, peu après le décollage.Bilan: 17 morts, 7 survivants.Ce n'était ni la première ni la dernière catastrophe aérienne.par Gloria Escomel Mais une fois les premiers émois passés, quel que soit le nombre de morts, on ne se demande plus ce que sont devenus les survivants.Johanne de Monti-gny, l'une des rescapées de l'accident de 1979, vient de publier un livre qui nous explique cette longue traversée.Le Crash est une autobiographie minutieuse de cet «après» dont on parle si peu.«J'ai eu besoin de l'écrire pour pouvoir affronter le cauchemar : celui de l'accident lui-même, bien sûr.un énorme traumatisme, mais aussi le reste : les opérations, les traitements, la réadaptation, les expertises exigées par les assurances, qui relèvent presque du harcèlement et sont loin de faciliter cette reconstruction de vie que l'on essaye d'entreprendre.Tout le monde pense que la compensation vient automatiquement.Mais il faut qu'on sache le courage que ça prend, le soutien extérieur que ça demande - amis, parents, avocats, médecins - sans lequel on finirait par abandonner les démarches extraordinai-rement compliquées que l'on doit poursuivre pour obtenir une compensation des pertes encourues.Dans mon cas surtout, parce que j'étais, paraît-il, le cas le plus sérieux (13 blessures importantes, 79% d'incapacité), et aussi parce que, secrétaire d'un ministre, j'étais "sur mes heures de travail", donc assurée par la Commission de santé et sécurité au travail (CSST), et que je ne pouvais plus reprendre mon ancien poste.Je me suis souvent demandé : si je n'avais pas eu des amis pour m'épauler, pour transiger avec les | avocats alors que je me soumettais à plus, 5 de 80 expertises de médecins, naurais-je | pas abandonné en cours de route 1 Car | cette situation est contradictoire : d'une s part, on essaye de guérir, mais on doit I constamment faire la preuve que l'on est malade pour obtenir les indemnités, toucher les assurances dont on aura besoin pour vivre désormais.» Je la regarde, bronzée, souriante, apparemment solide.«Oui, l'apparence, bien sûr.La plupart de mes blessures sont invisibles : la fracture du bassin dont je ne suis pas complètement remise, la souffrance constante, les problèmes respiratoires surtout, la détérioration possible et l'aggravation des douleurs arthritiques.Bien sûr, je suis très heureuse de pouvoir marcher, après avoir d'abord passé deux ans en chaise roulante, ensuite, en mar-chette.en béquilles, avec une canne ; heureuse aussi qu'il n'y paraisse plus, bien que la souffrance soit par moments intolérable.Mais chaque médecin que je rencontrais, qui venait de consulter mon rapport médical, me jetait le même coup d'oeil sceptique en me voyant, avant de me soumettre à toutes sortes de tests, d'analyses pour se convaincre - et convaincre les assureurs, qui ne cessaient de réclamer des contre-expertises - que je souffrais vraiment d'incapacités fonctionnelles.Psychologiquement, c'est intolérable.Déjà, on se sent coupable d'avoir survécu et lorsqu'on réclame notre dû on nous traite avec suspicion».Parce qu'elle est particulièrement forte, Johanne a relevé ce défi, l'a gagné, s'est réorientée : elle est maintenant en psychologie, et veut se spécialiser dans un secteur particulièrement difficile, l'assistance aux survivants et aux mourants, victimes de catastrophes de ce genre.«Parce que j'ai compris que frôler la mort de si près confine à une infinie solitude, à la panique absolue.Et dans notre société on camoufle la mort, on élude la question, alors que c'est la seule chose que nous devons tous affronter, qu'on ait le temps de s'y préparer ou non.» Elle-même, comment l'a-t-elle vécue lorsque, éjectée de l'avion en flammes elle s'est retrouvée au sol.au milieu des décombres, des morts et des blessés 1 (C'est une image, particulièrement saisissante du récit, d'ailleurs).«Moi, j'ai ressenti surtout une sorte de délivrance, j'étais libérée de l'angoisse du vivant qui sait qu'il mourra et qui le redoute.À ce moment précis, je savais que j'avais 29 ans et que j'allais mourir là.mais je m'y abandonnais avec une sorte de bien-être.«Par la suite, à l'hôpital, la mort était tout le temps présente, mais avec un sentiment de deuil que je n'avais pas ressenti au sol ; je souffrais énormément, j'étais plus proche de la mort que de la vie, et mes sentiments envers la mort étaient négatifs.Maintenant que j'ai retrouvé la santé, et surtout la joie de vivre, je regarde la mort avec plus de sérénité, je la connais, elle ne me fait presque plus peur, malgré que l'inconnu m'effraie encore.Quand j'ai pensé mourir, j'ai ressenti une sensation de calme que je n'avais jamais connue.Dès qu'on accepte l'idée de mourir la souffrance disparaît.« Et c'est parce que j'ai suffisamment de joie de vivre que je veux la partager avec un mourant.C'est paradoxal, mais on oublie qu'il s'agit avant tout d'un "vivant" qui a besoin d'une présence, d'une parole ou d'un silence.» Ce n'est pas tous les jours que l'on parle à des «ressuscites».En quittant Johanne.je me promets de relire son livre, ne serait-ce que pour m'imprégner davantage de cette envie de vivre pleinement qu'elle m'a communiquée.Le Crash.Éditions du remue-ménage.407 pages.15,95$.octobre 1985 47 LA VIE EN ROSE -ARTS- Ramsès II, Picasso et les autres.Le complexe de Hollywood Que de faste, de battage publicitaire et d'attente ont entouré ce fameux Ramsès et ce grand Picasso! Depuis près de quatre mois qu 'on en parle etqu 'on fait la queue, jamais les «beaux-arts» n 'auront été si courus à Montréal.Mais quoi penser de ces super-événements au bout du compte?.par Pascale Beaudet isons d'abord que nous ^ n'aurions peut-être jamais Ucontemplé le nez amoché du grand pharaon ni le génie du maître espagnol si ce n'avait été du maire Drapeau, dans le premier cas, et du ministre des Affaires culturelles.Clément Richard, dans le deuxième.Ce qui n'enlève rien à l'attrait fondamental de ces deux expositions mais qui explique en partie l'immense publicité qui a entouré ces deux événements, et «l'enflure» qui en découle inévitablement.«Volonté politique» oblige.11 suffit d'ailleurs de replacer ces deux expositions dans leur contexte international pour s'en apercevoir.Pablo Picasso rencontre à Montréal n'est en fait pas grand-chose pour qui connaît le Musée Picasso qui vient d'ouvrir ses portes à Paris : 203 peintures.158 sculptures, sans compter les dessins, gravures, collages, etc.Ce musée étant le résultat de l'acquittement de l'impôt sur la succession Picasso, on imagine facilement que cette «dation en paiement» n'est pas des plus modestes.On a pu en avoir un avant-goût au Grand Palais de Paris en 1979, et le Museum of Modem Art de New York a eu droit aux trois quarts des oeuvres en 1980 De la même façon, Ramsès II est le rejeton d'une autre exposition du Grand Palais, Ramsès le Grand, dont l'envergure dépassait de loin celle de Montréal.Couvercle du sarcophage dans lequel tut réenseveli Ramsès (détail) Amateurisme, quand tu nous tiens.D'ailleurs, le New York Times n'a pas hésité à qualifier l'exposition Ramsès II d'«amateur», n'en déplaise à notre bon maire.En effet, comment ne pas souligner les nombreuses lacunes de cette exposition 7 Malgré la beauté des objets montrés (statues du monarque, portraits sculptés de la mère de Ramsès, Touy, etc.), on trouve finalement peu de choses se rapportant au personnage même.Pareille absence s'explique, en partie, par le fait que la tombe de Ramsès a été pillée à la fin de la XX' dynastie (1196-1080 av.J.-C).Or.pour étoffer l'événement, on nous a présenté des pièces représentatives de l'époque : les sarcophages et le mobilier funéraire de Sen.nedjem (un artisan) et de quelques membres de sa famille, ainsi que des objets - précieux ou non - ayant appartenu à d'autres pharaons Bref, une exposition conçue plutôt pour susciter l'admiration que pour faire réfléchir sur l'Histoire.Les panneaux explicatifs étaient d'ailleurs clairsemés.Pour le néophyte, impossible d'apprendre grand-chose sur l'Egypte ancienne à moins de se procurer le coûteux catalogue de l'exposition.Quand on sait que ce monarque a régné il y a 32 siècles sur l'une des civilisations les plus raffinées du monde, il fallait plus que rebaptiser l'ancien pavillon de la France le «Palais de la Civilisation» pour nous en communiquer tout le sens ! Picasso, un macho?L'exposition Picasso déçoit aussi.Tirée de la collection privée de Jacqueline 48 octobre 1985 «Le Matador", de Pablo Picasso Picasso, son épouse, elle est composée de 88 tableaux dont la moitié ont été exécutés dans les 20 dernières années de la vie du peintre, soit entre 73 et 91 ans.On y trouve de très belles choses, bien sûr, mais l'importance historique du cubisme n'est pas suffisamment soulignée, ni par le commentaire de l'acoustiguide, ni par l'accrochage qui a été décidé davantage en fonction des rapports picturaux qu'en tenant compte de la chronologie.Ainsi, une salle ne montre que des portraits de femmes, une autre se concentre sur la «période grise», une autre célèbre la tauromachie.L'entreprise, en fait, ressemble davantage à une légitimation forcée de la dernière période de Picasso, d'ailleurs très décriée par la critique Mais est-il plus juste de verser dans l'excès contraire en qualifiant chaque toile de «géniale» 7 D'ailleurs, qu'est-ce que le génie 7 L'acoustiguide nous répète ce mot ad nauseum mais sans jamais en expliciter le sens.On aurait pu nous parler d'autre chose que de la couleur dominante de tel ou tel tableau, ce que tout le monde est capable de voir.Il aurait fallu établir des rapports entre les oeuvres et expliquer en quoi consiste l'innovation, le cheminement de l'artiste, ses régressions s'il y a lieu.Des expositions comme Ramsès H et Picasso convergent essentiellement vers le culte de grands hommes Dans le premier cas on vénère le grand bâtisseur, le grand procréateur, le grand guerrier (comme tout cela va bien ensemble ') ; dans le deuxième, on salue le prodigieux créateur - et.en passant, grand séducteur de femmes -.le génie solitaire.Alors qu'on sait très bien que la naissance du cubisme est largement redevable à la collaboration étroite entre Picasso et Georges Braque.Braque n'ayant pas le tempérament flamboyant et machiste de Picasso, étant plutôt modeste et effacé, on a tendance à oublier sa contribution."Palestine (The hart).de John McEwen à Aurora Borealis Aurora Borealis : passée inaperçue?Finalement, il n'y a pas que l'amateurisme et les oublis qui font problème pour ce genre d'expositions, il y a aussi le fait que leur aspect «spectaculaire» a la fâcheuse tendance à gommer toute autre manifestation culturelle.Vous vous êtes précipités, vous, pour voir Aurora Borealis7 Ce fut pourtant une exposition remarquable, intégrée aux 100 jours d'art contemporain qui prenaient place cet été à Montréal.Et pourquoi l'art d'aujourd'hui ne mériterait-il pas la même attention que celui d'hier, pour ne pas dire les mêmes budgets 7.Il s'agissait de 30 installations que des artistes canadiens (8 femmes et 25 hommes - où sont donc passées les femmes 7) avaient été invités à construire dans les locaux désaffectés d'un centre commercial.Installations énormes qui occupaient le double de l'espace offert par les salles du Musée d'art contemporain.Si toutes n'étaient pas des plus innovatrices (certaines étant des rassemblements épars d'objets alors qu'une installation, en principe, doit les relier organiquement), la plupart témoignaient de la qualité et de la variété de cette forme d'art au Québec et au Canada.Bien sûr.une installation ne se regarde pas comme un tableau du XVIe siècle ou même comme un Picasso.Elle «se vit», car c'est sous l'angle du quotidien que se fait la prise de contact avec l'oeuvre.Il faut dire d'ailleurs que les expositions d'art contemporain sont beaucoup moins «rassurantes» que celles de Ramsès ou de Picasso.D'abord parce qu Aurora Borealis se veut une critique explicite - ou implicite 7 - de la société actuelle et des valeurs qui la sous-tendent.On nous interpelle.Ensuite, parce que tout art qui se retrouve aujourd'hui cautionné par l'Histoire fait presque toujours taire la critique, et se trouve par conséquent un peu figé dans cette consécration.Chut !.génie au repos, CTOit-on presque entendre en déambulant dans les panthéons sacrés de l'art.Alors, on n'a plus qu'à se taire, et attendre que la queue avance.•Seated sculpture», "Monoculot abyss», «Zone» et "Tfansformer» et "Wait» de Michael Snow à Aurora Boteolis 49 LA VIE EN ROSE octobre 1985 Cinéma Festival des films du monde Comment se porte la violence?En juin dernier, lors du Festival international de films et vidéo de femmes de Montréal, je me réjouissais de voir des femmes cinéastes aborder la question de la violence.Non pas la violence faite aux femmes (d'un point de vue de victime) mais en tant qu'un aspect de la vie des femmes qui n'avait pas encore été exploré.Quelques semaines plus tard, au Festival des films du monde (FFM), alors que je ne m'y attendais pas du tout, je me suis enfar-gée dans quelques films de femmes extrêmement «heavy».explorant cette même problématique du rapport entre les femmes et la violence.Et je suis restée perplexe.Boys Next Door, avait présenté au FFM, l'an dernier, un long métrage remarqué sur les jeunes fugueurs, Suburbia Elle a aussi réalisé un documentaire sur la musique «punk-rock», Decline of a Western Civilization.De plus, le résumé du programme présentait le film comme étant documenté à partir de rapports du FBI sur les crimes juvéniles.On pouvait donc s'attendre à quelque chose de sérieux.Le film s'ouvre sur une série de photos de criminels notoires accompagnées d'informations sur leur enfance, leur milieu socio-familial, et de divers commentaires sur la criminalité contemporaine.Commence ensuite l'histoire fictive de ces deux jeunes hommes d'origine plutôt modeste et qui.au sortir de l'école secondaire, se savent condamnés à un avenir fermé et aliénant.Frustrés, ils réagissent par la délinquance, la fugue et finalement, le crime violent.Le scénario est tout à fait crédible ; les personnages aussi.Là n'est pas le problème.La question est de savoir s'il est par Diane Poitras nécessaire, pour bien servir le sujet, de faire l'inventaire de toute cette violence dont nous avons de toute façon un compte rendu quotidien dans le journal le plus vendu en ville.L'autre question est de savoir si nous avons encore envie de voir ce genre de fims.De plus, l'intérêt sociologique que prétend avoir ce film est des plus faibles, du genre : la délinquance fourmille dans les milieux défavorisés.Et puis, pas un mot sur le dénominateur commun entre toutes les victimes de cette violence : une jeune file qui a le front de prendre la défense d'une femme âgée, un pompiste étranger, un homosexuel et une prostituée.Tous des déviants par rapport à la loi mâle, hétérosexuelle, blanche et anglophone.Le cinéma n'a pas à être nécessairement didactique, d'accord.Mais il me semble que le début à saveur sociologique de The Boys Next Door ne sert qu'à légitimer tout ce sensationalisme construit sur un montage rapide, une musique séduisante et une violence omniprésente.Bref, tous les ingrédients nécessaire pour en faire un succès commercial ! Scène du «Visage pâle» Le masochisme : rapport amoureux normal ?Je savais davantage à quoi m'attendre en allant voir Séduction : la femme cruelle.une histoire de sado-masochisme écrite et réalisée par les Allemandes Elfi Mikesh et Monika Treut.La pornographie et l'érotisme étant des questions très actuelles, j'étais curieuse de voir comment des cinéastes les aborderaient.Elles ont voulu faire ce film, entre autres, parce que «les femmes ont beaucoup de mal à accepter l'agressivité comme partie intégrante de l'amour ; de même que les liens entre l'amour et la violence».Et elles se disent fatiguées de toujours voir l'amour présenté comme nécessairement sentimental.L'intrigue se déroule dans une galerie où Wanda.la meneuse de jeu, présente des spectacles érotico-sado-maso avec le concours de ses amants et amantes.La réalité et l'imaginaire se confondent sans cesse au gré des fantasmes des personnages.En entrevue, les réalisatrices m'ont avoué : «Le masochisme n'est pas une maladie mais une sorte de rapport amoureux normal.C'est aussi une des composantes fondamentales de toute relation amoureuse normale.» Comme la plupart des intervenant-e-s (féministes ou non) dans ce débat, Mikesh et Treut ont du mal à donner une définition satisfaisante de la pornographie.«Nous ne sommes pas d'accord avec cette définition de la pornographie qui se base sur le lien entre sexualité et violence.La pornographie, c'est tout ce matériel inintéressant LA VIE EN ROSE octobre 1985 «Arrière récolte» (Angry harvest) de Agnieszka Holland (prix de l'interprétation masculine).Un très beau film à surveiller ! montre la sexualité génitale.Je pense que cela ne peut pas être dangereux tellement c'est ennuyant et stupide.En fait, il n'y a aucune raison d'en parler.» Voyons voir : «Et que faites-vous des femmes qui se font battre, violer et assassiner ?» Et Monika Treut de répondre : «Les mouvements des femmes, à travers le monde, se gourent lorsqu'ils abordent la question de la pornographie.Je ne pense pas qu'il y ait un lien direct entre l'existence de la pornographie et l'existence des abus sexuels.On ne peut pas prouver qu'un violeur ou un homme qui bat sa femme le fait immédiatement après avoir vu un de ces films » Une telle affirmation serait effectivement mécanique et simpliste.Mais de là à nier l'influence sociale d'une production culturelle uniformément basée sur des rapports de domination (à caractères sexuel, racial ou autres).Par ailleurs, les féministes repensent de plus en plus ce postulat qui pose la violence comme étant du domaine exclusif des hommes.Pourquoi cela serait-il vrai alors que nous rejetons l'idée que la douleur, la patience et la soumission sont le lot des femmes "> Mais ce qui m'agace dans ces films c'est qu'il me semble que les réalisatrices tombent dans le bon vieux piège d'être «aussi bonnes que les hommes», en récupérant ce sujet masculin par excellence.Mais tiennent-elles compte du fait que la violence a une signification pour les femmes qu'elle n'a pas pour les hommes ?Et du côté des hommes.Lors de la projection de Visage pâle, de Claude Gagnon, j'avoue avoir sursauté en entendant le personnage principal dire : «J'ai manqué de me faire violer.» Combien de fois au cinéma avez-vous vu un homme, voire un héros (tombeur, sportif, athlétique, tout le kit), parler de lui-même comme d'une victime d'une agression sexuelle ?Ce héros,dont les initiales, CH., sont imprimées sur son chandail de hockey, c'est le «yuppie» québécois : blanc, francophone, champion aux échecs, il s'entraîne à la boxe «mais pas pour se battre, juste pour rester en forme».Son revenu lui permet de posséder un camion 4X4, une planche à voile, et sans doute de payer une pension alimentaire à la mère de ses enfants.Un peu mêlé dans ses aventures et ses histoires d'amour, il décide d'aller faire une retraite dans le bois.Mais sa présence a le don d'irriter les machos du village qui multiplient provocations et harcèlements jusqu'à ce que la violence éclate.C'est avec l'aide de Peter, un Amérindien, que CH.réussira à sauver sa peau et à fuir.Cette première partie n'est pas sans rappeler Délivrance, de John Boorman, mais en plus subtil.De toute évidence.Boorman s'était terriblement amusé à construire un climat de violence À partir d'un noyau dramatique semblable, Gagnon lui, aborde la violence d'un point de vue plus critique Les scènes de batailles qui auraient pu donner lieu à une orgie de sang et de coups de poing sont tournées avec beaucoup moins de complaisance qu'on a l'habitude d'en voir au cinéma.Ses personnages sont aussi moins stéréotypés : face à la menace de plus en plus grande.CH.a peur.comme n'importe quel zig dans la même situation.Ses agresseurs ne sont ni débiles comme dans Délivrance, ni gros-gras comme les bums locaux que nous montre parfois le cinéma québécois.Je me retrouvais agréablement surprise, pour une fois, surtout que Gagnon prend la peine de nommer la peur : la peur de la violence, la peur de mourir, ce qu'on nous montre rarement du côté des hommes.Mais s'il conserve une attitude critique lorsqu'il explore les rapports des hommes entre eux, il l'est beaucoup moins quand il aborde les rapports hommes/femmes.À partir du moment où CH.rencontre la jeune Amérindienne, le ton devient plus conventionnel et décevant.CH.se tire mal de ses histoires d'amour, on l'a pressenti au début Mais là vraiment.ce long monologue pour justifier son départ donne l'impression qu'il tente de convaincre autant le public que sa partenaire.Enfin, la musique, agréable au début, finit par agacer à force d'être insistante, tant pour les dialogues qu'elle rend presque inaudibles, que lors des scènes muettes où parfois elle n'ajoute rien.Malgré ces réserves, le film' en vaut la peine, ne serait-ce que pour se rendre compte que certains héros évoluent.^ 'Visage Pâle sort en salle à Montréal.Québec.Trois-Rivières et Sherbrooke à compter du 11 octobre.octobre 1985 51 LA VIE EN ROSE PROFESSIONNELLES MIRIAM GRASSBY MARIETTE PILON LINDA SOLOMON AVOCATES Suite 021 1010 ouest Ste-Catherine Montreal.Quebec h3b 3rt (514) 870-1100 Bon émier, Darne, |_amerrche 822, rue Mont Royal est Montréal H2J 1X1 M* Suzanne Desjardins M* Suzanne Dame M* Lucie Lamarche Avocates 526-9164 HELENE BELANGER DOCTEUR EN CHIROPRATIQUE 407 ST LAURENT SUITE110 MONTREAL OUEBEC H2V ?vs imeuo Place d A,mesi SU» RENDEZ VOUS ISHI 871 «620 Investissez dans 1 immobilier! 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Un, deux, trois livres par an.Des plaquettes le plus souvent mais cette fois, du théâtre.La musica deuxième, deuxième acte d'une pièce écrite pour la radio anglaise il y a 20 ans Tout ce temps donc à attendre cette suite désespérée, cette fin qui, comme c'est fréquent dans les pièces de Duras, n'en est pas une.Deux êtres, un homme/une femme, divorcent.C'est dans un hôtel chic avec des gens chic - très durassien - que ça se passe.Ils sont très courtois, d'une politesse distante, de cette froideur qui punit l'amour déchu ; ils se diront vous, se diront tu, voudront se séparer, se retrouver, se prendre une dernière fois, se tuer une fois pour toutes et que cesse la douleur.D'une criante vérité, d'un statisme brûlant.La musica deuxième est un texte merveil- leux qui demande à être monté dans le dépouillement le plus total, peut-être même pour la radio.Un théâtre Duras à être monté par elle, peut-être.Et puis, La Douleur, deuxième recueil dans la série Outside Ce livre de jeunesse, de guerre aussi, parlant d'honreurs et de tortures, a été trouvé par hasard(!).semble-t-il, dans une maison de campagne où il serait longtemps resté «abandonné».Voici donc une série de flashes, d'articles, de souvenirs, de réflexions, une sorte de faux-roman/faux-journal qui ne s'adressera qu'aux incondi-tionel-le-s de Duras, non pas Duras-l'auteure mais bien Duras-le-personnage.Car depuis M.D de Yann Andréa, nous avons eu droit à une sorte d'autopsie de l'être dans ses moindres états d'âme.D'abord par cette belle indécence (MD).merveilleusement écrite, de la part de l'amant de Duras ; ensuite, par la publication de L'Amant qui donne carrément dans l'autobiographie.Vient ensuite le premier recueil de Outside où l'auteure nous livre ses écrits journalistiques.Déjà on voyait venir les oeuvres complètes, les rétrospectives, les rééditions.Noblesse littéraire oblige ! Duras a dit de La Douleur que cet ouvrage est l'une des choses les plus importantes de sa vie.Peut-être, probable même.Mais a-t-on le droit, sous prétexte d'importance sentimentale, de publier ses textes de jeunesse, ses «fonds de tiroir», pour le simple plaisir de publier 1 Doit-on tout publier de son vivant comme si chaque oeuvre avait l'éclat d'un joyau 1 Que dit le vieil adage : tout ce qui brille.Il faut croire que trop longtemps boudée par la critique.Marguerite Duras, aujourd'hui, ne laisse plus passer une occasion de parler d'elle.Anne-Marie Alonzo Tristes banlieues Scènes de la grande pauvreté.Sylvie Péju.Éd du Seuil, Coll «L'épreuve des faits», Paris, 1985 Comme elle prend la peine de le souligner, Sylvie Péju n'est ni sociologue, ni ethnologue, ni travailleuse sociale : «Et cette absence de justification donne à ce livre, paradoxalement, sa légitimité.» Ce qui est très juste, dans la mesure où elle a mis pas moins de sept années à emmagasiner «sur le terrain» le matériel de ce qui peut ressembler à un reportage sur la pauvreté.En effet, pour avoir partagé le quotidien des habitant-e-s de l'une de ces cités de transit qui circonscrivent Paris, Péju a su décrypter tous les signes de leur misère, aussi bien morale que physique : «Leurs corps.Impudiques leurs corps, tant est visible le mépris qu'ils en ont, et tout particulièrement ceux des femmes, varices, bleuis, hachurés, mutilés, par d'invisibles coups de lame, brisés quotidiennement, c'est certain.» C'est le chapitre intitulé «Panoramique» qui m'apparaît le mieux réussi : un regard incisif auquel n'échappe aucun détail, une écriture sensible, des ima- Geoffrion.Leclerc Inc.5 PLACE VILLE-MARIE.SUITE 900 MONTRÉAL OC H3B 2G2 (514) 871-9000 - (514) 875-6700 GILLES LANTHIER, re - abris fiscaux - régime épargne-actions - REER, gestion autonome - dépôt à termes ******* LA VIE EN ROSE 54 octobre 1985 ges saisissantes qui traduisent l'enfer de la pauvreté.Le dénuement total de ces habitant-e-s des cités de transit, ces monstrueuses créatures surgies d'une urbanisation sauvage.Péju nous le dépeint sans ménagements.Mais c'est surtout la pauvreté des femmes que l'auteure interroge, ces femmes dont elle retrace les sordides trajectoires : naissance dans un milieu défavorisé, enfance misérable, rapports sexuels étriqués dès l'adolescence, maternité à 15 ou 16 ans.mariage puis enfermement dans la pauvreté, l'immobilisme, la déchéance mentale et physique : «Après, ce sera la lourde métamorphose, et les ventres s'amolliront et se couvriront de blessures ; les seins, à leur tour, deviendront mamelles avant d'avoir connu le plaisir, où se pendront des enfants rachiti-ques.Les filles savent qu'elles n'échapperont pas au destin de leurs mères.» La fin du livre laisse entendre que «les cités de transit sont en train de disparaître».Mais la vérité, c'est que les habitant-e-s de ces ghettos sont simplement recasé-e-s et parqué-e-s dans les HLM, et que le cycle recommence inlassablement.Sous une forme à peine différente, tout porte à croire que la contamination de la misère n'a pas fini de dévaster les vies et de ravager les corps.Diane Tremblay Les femmes en laisse Le respect des femmes.Sarah Kaufman.Éditions Galilée.Paris.Ce livre, paru en 1982, a été récemment repris dans ses grandes lignes par l'auteure elle-même, à l'émission Énigme du féminin, à l'antenne de Radio-Canada Le respect des femmes.c'est une analyse éclairante de la pensée de deux philosophes, Kant et Rousseau, qui ont fortement influencé le comportement des hommes à l'endroit des femmes.Je ne saurais, ici.résumer ni le livre ni l'entretien de l'auteure avec son vis-à-vis des ondes radiophoniques.Mais Sarah Kaufman nous dit pour- quoi nous, femmes, nous sentons si souvent enfermées dans le ghetto de l'horrible mot «féminité».Pourquoi nous devons être pudiques, violées, tenues à distance.Tout simplement parce que les hommes nourrissent une peur maladive, morbide de nous.Ce qu'il faut entendre par «respecter les femmes», c'est les tenir en respect.En laisse Kant et Rousseau avouent être à la fois attirés, fascinés par «le beau sexe» et ressentir un sentiment de honte, de déchéance Ils se voient souillés par les rapports sexuels qu'ils ne peuvent, d'autre part, éviter.Question de survie de la race, va sans dire 1 Et d'économie sexuelle, affirme Kant Comment donc résoudre le dilemme 1 En inventant toutes sortes de stratagèmes, de raisonnements plus subtils les uns que les autres, mais relevant tous de prémisses gratuites qui vont de l'«infèriorité naturelle» de la femme à son désir de castrer les hommes Conséquence logique : exclure les femmes de tous les champs d'activités autres que nouvelles frontières un monde de soleil à découvrir.MARTINIQUE à partir de 399 $ * GUADELOUPE à partir de 499 $ * REPUBLIQUE DOMINICAINE à partir de 489 $ ' ET PLUSIEURS AUTRES.! 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LES FUTONS DE I T 3933 SAINT-DENIS, MONTREAL 843-4739 LA VIE EN ROSE 56 octobre 1985 P.D.James en français La Proie de l'ombre et La Meurtrière, de P.D.Génies, Ed.Magazine, paris.1984 Vous souvenez-vous du «Spécial romans policiers» (LVR, mars 1983), où Irène Ellen-berger et Monique Simard parlaient des romans passionnants de P.D.James 7 Quelle frustra-bon de ne pouvoir lire la langue de Shakespeare ! ! Heureusement, deux romans de P.D.(Phillis Dorothy) sont parus au début de l'été en traduction française.Et la traduction de Lise Rosenbaum est si parfaite qu'il se peut bien que jamais je n'apprenne l'anglais 1 Dans La Prote pour lombre (An Unsuitable Job for a Woman.1972).Cordelia Gray, détective privée par hasard et par besoin de se nounrir.mène sa première enquête Elle a un peu plus de vingt ans, la plupart de celles et ceux qu'elle rencontre aussi, quoique celles/ceux-ci soient d'origine sociale tout autre.Le lieu : Cambridge, université des fils et filles de bonnes familles, où un jeune homme a été retrouvé pendu.Le récit est extrêmement bien mené, ponctué de ce qu'il faut de peur, de tension et de rebondissements.L'énigme de la mort s'obscurcit, l'enquêteuse est piégée, l'univers un peu froid, un peu affecté se dérègle.P.D.James sait jouer avec la perspective, l'atmosphère et l'humour avec une grande habileté, un détachement absolument déconcertant Par touches successives, elle nous dépeint une certaine Angleterre : grande culture, comportement un peu stiff fairplay et portrait familial.Il ne reste à la fin du roman que le doux regard ironique de l'enquêteuse et sa dernière illusion il faut bien vivre.Le second roman, La Meurtrière (Innocent Blood.1980).je vous le laisse découvrir.Michéle Roy Une lettre de sang Une lettre rouge, orange et ocre.Anne-Marie Alonzo.Éd Pleine Lune, Montréal.1984 Une lettre rouge, orange et ocre : un dialogue somatique.plutôt, entre une fille paralysée et sa mère, où se disent les liens créés jusqu'à l'étouffement et la symbiose de ces deux femmes, prisonnières l'une de l'autre par la force dune situation et d'un choix d'amour.Ces lettres colorées - celles que mère et fille pourraient s'écrire si elles étaient libres l'une de l'autre - ne sont que rêvées : «Alors, du plus grand désert, du plus beau palais de verre, je t'écrirai cette lettre de sang, une lettre écarlate pour que s'y lise, en encre blanche comme ton ventre blanc, pour que s'y lise toute la grandeur, l'incroyable pureté de mon amour.» L'esprit vagabond enfermé dans un corps immobile, la douleur de cette dépendance, ne sont certes pas des thèmes nouveaux pour Anne-Marie Alonzo.On se souvient de Geste, de Veille, mise en scène par Mona-Latif Ghattas au Théâtre expérimental des femmes, en 1981 ; plus près de nous, de Droite et de profil.où le lancinant appel du pays natal pleure en contrepoint de l'impossibilité de le rejoindre.dans l'espace ou dans le temps passé.Mais dans une langue poétique où les harmonies s'épurent, la parole devient dans Une lettre plus cristalline, comme l'âme, fouillée plus profondément que jamais, par un regard lucide, impitoyable.Et l'insoutenable aveu devient chant, la voix «lente et fine comme corde de violon» monte, en effet, comme le souhaite Andrée à la fin du dialogue et nous emplit de son chant D'un chant qui semble monter de la délivrance de ces rêves où le corps est gangue.Gloria Escomel Anne-Marie Alonzo I Université de Montréal M Faculté de l'éducation permanente PIAF Perfectionnement des intervenantes et intervenants auprès des femmes • Un programme féministe de 15 crédits dans lequel on systématise ses connaissances sur les femmes.• Un programme qui peut être complété par une formation sur mesure pour obtenir un certificat (30 crédits).• PIAF s'adresse aux intervenantes ou intervenants en santé, en travail social, en éducation et dans les groupes de femmes.Date limite d'admission : 28 octobre 1985 Date limite d'inscription pour tous les étudiants : 25 novembre 1985 École de danse M.M.M.ESTHÉTIQUE THÉRAPEUTIQUE ATHLÉTIQUE Accessible à tous Préparation adéquate pour tous les sports Mobilisation de la colonne vertébrale Respiration intégrale du hatha-yoga 2012 est, rue Mont-Royal {ongle bordeaux) 286-9777 525-5335 octobre 1985 57 LA VIE EN ROSE Leonard Cohen Spectacle -e retour de Leonard Cohen Spectacle de Leonard Cohen.Vu à Paris, Salle Pleyel.en février dernier Leonard Cohen m'a déjà inspirée, ne m'inspire plus.Je m'étais pourtant préparée le mieux possible à ces retrouvailles, n'attendant rien, me voulant neuve pour lui laisser toute liberté de se faire redécouvrir.Mais rien.Absolument rien.Niet «Que dalle» comme disent les Parisiens.À désespérer.Comme si rien n'était advenu depuis Suzanne et So long Marianne il y aura bientôt vingt ans Pendant plus de deux heures les planches sont demeurées mornes et tristes, d'où rien ne s'est jamais élevé que quelques décibels renfrognés, parvenus laborieusement jusqu'au deuxième balcon.Piètre recherche, aucune surprise, pas un frémissement, ni dans l'éclairage qui alternait paresseusement entre le rouge-mauve et le bleu-vert ; ni dans les présentations, où Cohen se contentait d'annoncer, laconique, soit une «nouvelle», soit une «vieille» chanson ; ni dans la sonorité.Les cinq musiciens nous ont servi des notes essentiellement country, fades et lourdaudes.La guitare manquait d'inspiration et de tonus.Et la batterie, ma foi.s'assortis-sait davantage au décor qu'aux arrangements musicaux.Deux spectateurs plutôt sans-gêne ont crié leur impatience au bout d'une heure, immédiatement et efficacement rabroués par les applaudissements nourris de l'auditoire et par un fan qui leur a rétorqué, sur le même ton, qu'on n'avait pas affaire à Jimi Hendrix.C'était bien vrai.Cela m'a convaincue en tout cas que Dylan.même Rose-Croix, même Krishna, a bien fait de se transformer, de se renouveler, de s'écouter, bref de s'adonner aux changements qui lui plaisaient.En dépit du fait qu'une large partie de son public n'ait plus suivi, se soit même sentie trahie parfois.Je songeais à tous ces artistes à qui l'on ne permet pas ou si peu d'évoluer, de se resituer, de repenser leur langage, leur musique, et leur allure.Je sais maintenant qu'il faut desserrer les liens quelquefois tyranniques que nous créons avec certains d'entre eux, souvent par trop de passion ou d'admiration.Il a fallu que je me pose la question : serais-je bêtement tombée dans le piège du showbiz clinquant et accrocheur à la mode 7 N'oserais-je m'avouer que ce concert m'a déplu parce qu'il manquait de parures, de dorures, d'un certain tape-à-l'oeil ?Aurais-je oublié le courage et l'honnêteté de l'artiste qui se présente au public sans fard ni déguisement, avec d'abord la force de ses textes à faire valoir7 Peut-être bien.Après tout, le dépouillement a des limites quand on se pique de monter sur une scène Mais c'est sans doute le critique de Libération qui a raison : «On peut toujours détourner l'oreille (si Cohen ne nous plaît pas).On n'est pas obligé de le vouer aux gémonies.» Monique Durand REVUE D'INFORMATION ET D'OPINION DES FEMMES FRANCOPHONES VIVANT EN MILIEU MINORITAIRE z^piusf-vi/'a-Wne, plus j'ai des chances de gagner deux (2) laissez-passer aller/retour à toute destination au monde desservie par air canada ®."'La valeur approximative de cette offre peut varier entre 1 000$ el 8 000$ (et exclut l'hébergement et les repas) RÈGLEMENTS DU CONCOURS 1.Chaque parlicipante-t doit acheminer son coupon d'abonnement à FEMMES D'ACTION, 325, rue Dalhousie, pièce 525, â Ottawa (Ontario).K1N 7G2, AVANT MINUIT LE 6 DÉCEMBRE 1985 2.Le 20 décembre 1985, â midi, dans les locaux de la Fédération des femmes canadiennes-françaises (FFCF), une représentante de la compagnie AIR CANADA procédera au tirage au sort Une photo de l'événement sera publiée avec le nom de la personne gagnante dans le numéro de janvier 1986 3.La personne gagnante sera avisée par téléphone et par courrier, et prendra possession des billets quand elle le voudra A noter que les deux laissez-passer aller/retour en classe économique vers l'une des destinations desservie par AIR CANADA sont ni remboursables, ni échangeables, qu'ils n'ont aucune valeur de rachat, qu'il existe certaines restrictions aux périodes d'interdiction et qu'ils sont valides de janvier 1986 à décembre 1986 4.La participation au concours est évidemment interdite aux membres du Conseil d'administratrion et aux employées de la Fédération des femmes canadiennes-françaises (FFCF) nationale, aux collaboratrices de la revue FEMMES D'ACTION ainsi qu'à leur conjoint et famille immédiate si domiciliée-ê à la même adresse La participation au concours est également interdite aux organismes A ABONNEMENT I AN 55 A ABONNEMENT 2 ANS 8.50S ABONNEMENT SOUTIEN 25S (OU PLUS: I AN| ABONNEMENT A VIE I0OS NOM ADRESSE VILLE PROVINCE COOE POSTAL TELEPHONE LVR 10/85 LA VIE EN ROSE 58 octobre 1985 Le Ballet d'Oshar Schlemmer en primeur canadienne à Montréal les 10.11 et 12 octobre à 20h, salle Marie-Gérin-Lajoie de l'UQAM.Billets : 20$.15$ et 12$ ; étudiants 10$.Le Café de la Place - Place des Arts - présente jusqu'au 2 novembre : Monique Leyrac Chante et dit Nelligan Billets 8$ Salle Fred-Barry, 4353 Ste-Catherine Est, réservations : 253-8774.Le Pool, compagnie de théâtre regroupant d'anciens membres d'Omnibus et de Carbone 14, présente du 2 au 12 octobre La Grandeur du geste et des passions Wondeur Brass et Margie Gillis le 6 octobre à 21h au Festival intemahonal de musique actuelle de Victorialle et les 17-18-19 octobre à 21h30 au Club Soda.Apprt' Art Actuel, 326, Marie-Anne est, 287-1661 : François Décarie, installation-architecture, octobre Articule.4060.boul.St-Laurent.suite 106.842-9686 : exposition de groupe «Berlin Aufzeichungen».peinture, du 18 septembre au 13 octobre ; exposition de groupe, «Photographies, portraits» du 16 octobre au 3 novembre.Dazibao.4060.boul.St-Laurent, suite 104.845-0063 : Serge Clément, «Notes urbaines», du 2 au 27 octobre.Cultart 360.rue Roy Est, 843-3596 : Pierre Leblanc.«Souvenirs Le ballet d'Oscar Schlemmer de voyage», du 11 septembre au 11 octobre ; Véronique Vézina.du 16 octobre au 9 novembre.Galerie du 22 mars.1333.rue Van Horne, 271-1783: Maurice Raymond.«50 ans de peinture, 1935-1985».du 3 au 20 octobre.Galerie Elca London.1616, rue Sherbrooke Ouest, 931-3646: «Picasso et ses contemporains», du 13 juin au 31 octobre.Graff.963.rue Rachel Est.526-2616 : Catherine Ouest, suite 555, 845-5555 : salle 1, Paul Lussier, peintures ; salle 2, Denis Pellerin.Catherine ouest, Suite 555, 845-5555 : salle 1, Paul Lussier, peintures : salle 1, Denis Pellerin, travaux récents : salle 3.artistes de la galerie : du 5 au 27 octobre.Galerie Samuel Lallouz.1620, rue Sherbrooke Ouest, 935-5455 : Hannah Franklin, sculptures et peintures, du 6 au 30 octobre.Galène Shol 3981.boul St-Laurent, suite 810.288-6636: Martin Cormier, dessins, du 2 au 27 octobre.Galerie 13.3722, rue St-Denis.288-5903 : Robert Saucier, installation, du 3 au 27 octobre.Michel Tétreault Art Contemporain.4260.rue St-Denis, 843-5487 : François Vincent, oeuvres récentes ; Paul Mathieu, sculptures de bronze et de céramique, du 23 septembre au 20 octobre Oboro.3981, boul St-Laurent, suite 499, 844-3250 : Roger Pilon, peinture-installation, du 9 au 26 octobre.Powerhouse.3738, rue St-Dominique.suite 203.844-3489 : «Les femmes du Québec dans les années 1980 : un portrait», photos : Nomi Kaplan, «Série sur la nature», photos et sculptures, du 28 septembre au 19 octobre.Interaction.4060, boul St-Laurent.849-2791 : Francine Potvin.«Paysages portatifs», du 22 septembre au 13 octobre : Leopold Foulem.«Négatifs», du 20 octobre au 10 novembre ; céramique Galerie UQAM.282-3111 : «L'indien imaginaire» du 7 au 27 octobre ; Anke Visser Van-ginhoven du 11 au 20 octobre (petite salle), vernissage 10 octobre.11 octobre, conférence de presse: Bauhaus.11-12-13 octobre : «Ballet Triadique» présenté par I'Akdemie der Kùnste (Berlin).Centre de création et de diffu- sion en design 200 rue Sherbrooke Ouest, salle 4005.282-3395 : «La chaise : un objet de design ou d'architecture 7» du 19 septembre au 27 octobre.Hall d'entrée de la salle Wilfrid-Pelletier de la Place-des-Arts, exposition des photographies de Rebecca Lee «La Chine en sac à dos» jusqu'au 6 octobre.Centre Saidye Bronfman.5170.Côte Ste-Catherine.739-2301 : «Graphimage III».du 3 au 31 octobre.Musée dAn Contemporain.Cité du Havre.873-2878 : «General Idea».rétrospective, du 22 septembre au 3 novembre.Musée des Beaux-Arts.1379, rue Sherbrooke Ouest.285-1600: « Pablo Picasso - Rencontre à Montréal», du 21 juin au 10 novembre ; «L'ancien Régime d'Eugène Atget».photos, du 30 août au 27 octobre.Musée McCord.690.rue Sherbrooke Ouest.392-4778 : «John Ostell, architecte et arpenteur», jusqu'en janvier : «Cinquième anniversaire de la Saint Andrew Society de Montréal», du 2 octobre au 29 juin.Si vous déménagez.Collez ici l'étiquette portant votre ancienne adresse et votre numéro d'abonnée Nouvelle adresse Nom_ Adresse.Ville_ Code Postal.N° d'abonnée_ S.V P.Faire parvenir ce formulaire à : La Vie en rose.3963 St-Denis, Montréal, QC, H2W2M4 octobre 1985 59 LA VIE EN ROSE NOUS VOULONS QUE VOS AMIES DEVIENNENT NOS AMIES.2 ABONNEMENTS À LA VIE EN ROSE POUR LE PRIX DE 1 Abonnez-vous pour 1 an (10 numéros) 19$ et offrez gratuitement, parla même occasion, un abonnement de 1 an (10 numéros) à une amie de votre choix. vo /ENAMOUR $VEC N Protégez-la pour toujours avec cette superbe relîur et complétez I votre collectio dès maintenai Offre spéciale pour seulement (si vous ête,sjgjpWA'rigS ou 3 Septembre 1981 Quand Janette et les autres ne veulent plus rien savoir 4 Décembre 1 981 La nouvelle famille et la loi 89 7.Septembre 1982 Mises à pied, mises au pas?8.Novembre 1 982 D'une mère à l'autre, dossier maternité 10.Mars 1983 Les femmes en prison, dossier 1 1 Mai 1983 Bouffer, c'est pas d'Ia tarte! Juillet 1983 Une fourmi flottait dans sa margarita Septembre 1983 Apprivoiser l'informatique, dossier Novembre 1 983 Les femmes veulent renégocier le syndicalisme, dossier Mars 1984 Simone de Beauvoir, féministe 17.Mai 1984 12 13 1 4 16 Marie Cardinal, entrevue X Je joins mon paiement de: o» n c QC « rr,r,r, n r, rtahnnneo pçt *V ! 18.Juillet 1984 Histoires d'amour et d'eau salée 19 Septembre 1984 OH BOY! Jean-Paul et l'Eglise des hommes 20.Octobre 1984 Spécial U.S.A., Les américaines et le pouvoir «21 Novembre 1984 Quelle voyageuse êtes-vous?22.Décembre 84 - janvier 85 Spécial littérature pour enfants.23.Février 1985 Vive les sages-femmes! 24 V ?6,95 $ mon no.d'abonnée est- «S ?7,95 $ Frais de poste et de manutention inclus pour chaque reliure demandée \.?par chèque ?Visa ?MasterCard ^ N° carte__ Expiration - ^ Tel__ v> Signature s «%N Nom_ V V Adresse_ V N, Ville _ ^ Code postal Mars 1985 Les féministes se critiquent! Avril 1985 La garde partagée, Piège ou libération?Mai 1985 Lise Payette fait le point 27.Juin 1985 Louise Roy à la CTCUM Fera-t-il plus beau dans le métro?Juillet 1985 Tenter l'erotique 29 Septembre 1985 Le phénomène Marois 25 26 28 Tél.^ Nom_ S, Adresse _ O Ville \ X Ci-inclus un chèque ou mandat-poste au montant ^ Ville__Code postal Allouez de 4 à 6 semaines pour la livraison V LA VIE EN ROSE.3963.rue St-Denis.Montréal.Oc H2W 2M4 v> ^ de |â N18 $29 4 ?19 ?7 ?20 ?2,50$ par numéro 8 10 11 12 13 14 16 17 ?21 22 23 24 25 26 27 28 ?LA VIE FN ROSE 3963.rue St-Denis Montréal.Qc H2W 2M4 ! ?3963.rue St-Denis Montreal.CJc H2W 2M4 O, WONDEUR BRASS CLUB SODA 5240 AVE DU PARC 17-18-19 OCTOBRE, 21H30 illets : 9,50 S, en vente au CLUB SODA et oux comptoirs TICKETRON Wondeur Brass CP.323 Suce.Delorimier Mtl.H2H 2N7 Qc LA SEDUCTION Textes de Colette Bétit Nicole Brossard Line Chamberland Louise Cotnoir Denise Desautels Marlène Wildeman Illustrations de Marlk Boudreau Jocelyne Chicoine Denyse Coutu Suzanne Girard Josée Lambert Marie-Claire Marcil l'agenda femmes 1986 les éditions du remue-ménage 340 pages, illustré.En librairie : 9,95 mbÊÊBÊmBSm Mm mm* les éditions du remue - ménage
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