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Titre :
La vie en rose
La Vie en rose jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un ton critique et avec humour. [...]

Publiée à Montréal de 1980 à 1987, La Vie en rose est, pendant cette période, le principal magazine féministe québécois. Le premier numéro, sous-titré « magazine féministe d'actualité » et dirigé par un collectif de six femmes, paraît au printemps 1980, encarté dans la revue contestataire Le Temps fou. Autonome dès le cinquième numéro, La Vie en rose est publiée trois fois l'an jusqu'en 1984, puis huit fois l'an jusqu'en 1986, où elle devient une publication mensuelle.

S'éloignant du militantisme « pur et dur » des revues des années 1970, La Vie en rose propose, pour contrer le discours ambiant post-féministe et justifier sa pertinence et son combat, de repenser, de renouveler et de redéployer le féminisme. Pour ce faire, La Vie en rose donne au féminisme une image enjouée, évite le dogmatisme et favorise une variété de perspectives. Cette volonté de rassemblement des féministes permet une ouverture intergénérationnelle et encourage la réflexion.

Le magazine jette un regard féministe sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sans s'aligner explicitement sur un parti ou une idéologie politique. Les thèmes abordés ne sont par ailleurs pas étrangers aux enjeux féministes : les articles traitent presque exclusivement de sujets intimement liés à la condition des femmes dans la société contemporaine. Revue indépendante, La Vie en rose tient mordicus à l'autonomie, qu'elle revendique aussi sous toutes ses formes pour les femmes québécoises.

Outre les rubriques récurrentes (l'éditorial, le courrier, les comptes rendus de films, de livres et de pièces de théâtre), le magazine propose des dossiers spéciaux qui abordent des sujets comme le travail, la langue, le pouvoir, le syndicalisme ou les lois. La Vie en rose explore parfois des questions difficiles, voire litigieuses, telles la religion, la prostitution, la pornographie et les maladies transmissibles sexuellement. Des entrevues de fond, avec des personnalités d'ici et d'ailleurs (Clémence DesRochers, Lise Payette, Diane Dufresne, Simone de Beauvoir, Christiane Rochefort et plusieurs autres), sont aussi publiées régulièrement.

Une des caractéristiques importantes du magazine est l'espace qu'il accorde à l'humour. Les caricatures et les textes ironiques en sont partie intégrante, de même que les célèbres « chroniques délinquantes » d'Hélène Pedneault (réunies ultérieurement en recueil), très appréciées du lectorat. La Vie en rose fait également une grande place à la littérature et encourage ouvertement la « relève »; elle publie le nombre impressionnant de 58 récits de fiction au fil de ses 50 parutions. Certains numéros contiennent des nouvelles portant sur un thème suggéré par la revue, alors que d'autres rassemblent des textes d'un même genre (le roman policier, par exemple), que l'équipe de La Vie en rose cherche à ouvrir à une redéfinition en vertu de paramètres féministes.

D'abord tiré sur papier journal et illustré de dessins et de photos en noir et blanc, le magazine adopte, dans son numéro de juillet 1983, un graphisme semblable à celui des revues à grand tirage et est imprimé sur papier glacé. De 10 000 exemplaires en 1981, son tirage moyen atteint ensuite près de 20 000 exemplaires par numéro.

Une combinaison de plusieurs facteurs, dont des difficultés financières dues aux abonnements insuffisants et un certain essoufflement de l'équipe d'origine, forcent La Vie en rose à tirer sa révérence au printemps 1987. Cette revue demeure encore aujourd'hui parmi les plus importantes de la presse alternative québécoise.

BERGERON, Marie-Andrée, « La Vie en rose (1980-1987) - Construction rhétorique d'un leadership », Globe - Revue internationale d'études québécoises, vol. 14, no

DES RIVIÈRES, Marie-José, « La Vie en rose (1980-1987) - Un magazine féministe haut en couleur », Recherches féministes, vol. 8 no

Éditeur :
  • Montréal :Productions des années 80,1980-1987
Contenu spécifique :
septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

La vie en rose, 1984, Collections de BAnQ.

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Enfin! Mensuel LA £0UNE EXPOSITION, UNE RENCONTRE # AVEC NOS ARTISTES.M UN BON FILM, UN BON W DIVERTISSEMENT .gC'EST DE TOUTE ÉVIDENCE DANS ^LE DEVOIR Pour recevoir Le Devoir à domicile, tous les matins composez 844-3361 no.19 septembre 1984 Courrier Editorial De Wojtyla à Ferraro Francine Pelletier, Françoise Guenette Communiqués Actualité Féministe 8 Mini- sommet féministe à New York 8 "Grégoire?qu'il parte" 9 Rimouski: victoire contre la porno 9 Des secrétaires au rabais 10 Agressions sexuelles: un "kit" douteux 11 To shave or not to shave?11 Stratégies anti-violence 12 Le sens de l'histoire et de l'humour 12 Garde partagée: mythes et contre vérités 13 Silence, mesdames, on coupe à Notre-Dame! 13 Commentaire 15 Le combat des chefs Carole Wallace Chronique Délinquante 17 Y a-t-il un quizz dans la salle?Hélène Pedneault Entrevue 18 Delphine Seyrig, la déesse de la Place des Vosges Ariane Emond Dossier Jean-Paul et l'Église des hommes 21 SOMMAIR 21 _ Jean-Paul et l'Église 22 _ des hommes Jean-Paul Le balayeur du temple 24 _ Les fées mènent Taction 25 _ Une pizza pour la papesse 26 ,_ L'Église des hommes Comme des diables dans l'eau bénite 29__ Par la bouche de leurs canonisations 30 - Féministes dans les murs À quand la dernière scène?33 _ Le salut dans la marginalité 34 _ Mary Daly Pape pop (en) plastique Nicole Brossard 36 _ Épilogue fatal Denise Boucher_ Coordination et entrevues: Lise Moisan.Recherche: Lise Moisan, Suzanne Hobert, Françoise Guenette.Entrevues: Lise Moisan.Nicole Brossard.Redaction: Françoise Guenette.Lise Moisan.Santé 38 Alerte vénérienne Dominique Robert Êtes-vous une «dame au chlamydia"?Carole Beaulieu ÉCOLOGIE 41 Le fleuve Saint-Laurent est-il une poubelle?Magali Marc Journal Intimé et Politique 42 Pâques au Sacré-Coeur Anne-Marie Alonzo Fiction Andrée Maryse Pellerin 44 Musique 46 Festival de Montréal: un jazz au-dessus de tout soupçon?Danielle Lapointe CINEMA 49 Le retour de Lea Pool Diane Poitras Littérature 50 Écrire par amour ou par ambition?Le triomphe de Rihoit Michèle Roy Théâtre Le TEF: créer en zone libre Lise Moisan 53 Flashes Culturels 56 Livres, cinéma, théâtre, expositions, événements, calendrier septembre 1984 3 LA VIE EN ROSE Courrier Un choix siamois On lisait dans Le Devoir du 31 juillet : «C'est la plus grande agressivité de l'un des bébés siamois qui a déterminé le choix des médecins d'en faire un garçon.» Et voilà, c'est reparti ! Aux garçons l'agressivité, aux filles la passivité.Alors qu'il aurait fallu faire l'inverse.Du bébé plus agressif, faire une fille qui aurait eu ainsi un potentiel pour se défendre dans la vie.et de l'autre bébé faire un garçon qui.ayant moins d'agressivité, aurait pu être cet homme nouveau, plus humain, plus émotif, si difficile à trouver encore.Ces médecins dans les mains desquels nous remettons nos vies perpétuent allègrement les stéréotypes.La lutte ne sera donc jamais finie, ni la bataille gagnée ?Marie Reine Beauregard Montréal j4ppel humanitaire (?) «Il est normal qu'un homme aime plusieurs femmes, soutient le Dr Glenn Wilson, psychologue britannique.L'homme rêve, de par sa nature, à faire l'amour à des dizaines de femmes C'est comme cela qu'est assurée la survie de l'espèce humaine.» (Dimanche-Matin.29/04/84) J'en appelle à votre sens humanitaire, femmes d'ici et d'ailleurs ! Laissons les hommes nous pincer les fesses, nous violet, nous battre même puisqu'il est normal, qu'il est bel et bon qu'il en soit ainsi ! Après tout, c'est une question de «survie de l'espèce humaine».! Danièle Biais Cap-Rouge .Simone de Beauvoir et la pornographie ?J'ai beaucoup d'admiration pour madame de Beauvoir dont j'ai dévoré les oeuvres, qui réapparaissaient l'exemple d'un discours fondé, articulé (.).Aussi suis-je étonnée de la légèreté qui se dégage de sa position sur la pornographie et.consèquemment.sur la violence et le viol.«S'il y a des gens qui veulent être pornocrates, qu'ils le soient.Je suis pour la liberté dans la mesure où l'on n'impose pas la pornographie», dit Simone de Beauvoir dans LVR, mars 84 Je suis, moi aussi, pour la liberté sauf qu'il y en a qui sont plus libres que d'autres.La pornographie nous est imposée depuis des siècles et nous devons assumer les conséquences de cette dangereuse niaiserie dans tous les secteurs de notre quotidien (.) En l'occurrence, pour qu'un sujet exerce librement son droit à la pornographie, il lui faut un objet et il se trouve, par hasard, que cet objet c'est moi.Madame de Beauvoir reconnaîtra avec moi, je pense, l'extrême limite de la liberté des objets.Je ne la trouve pas qu «ennuyeuse», la pornographie.Compte tenu de l'espace qu'elle occupe et de sa prolifération, compte tenu de son impact économique, des conséquences de son exercice sur la vie quotidienne des femmes et des hommes, je la trouve vomitive.Au chapitre de la violence et du viol, madame de Beauvoir (qui n'est pas une bible, je veux bien.) passe de l'indifférence au délire «La femme battue est plus ou moins consentante», «le type qui bat sa femme, il le fait dans la séduction (.) peut-être même qu'il l'aime bien».Et la liberté sexuelle des femmes serait responsable de l'augmentation des viols.En voilà de jolis arguments réfléchis sur la condition féminine ! Or la pornographie, la violence et le viol sont indissociables.La pornographie cultive l'image macho, le plaisir à sens unique et à tout prix (.) Si la condition masculine oblige (l'homme) à jouir en technicolor avec gros plan des lèvres mollement ouvertes sur le précipice vaginal dans lequel sa superbe virilité est sur le point de s'engloutir, pourquoi le pornophile devrait-il rester sur sa faim en quittant le cinéma ou le bar 7 II est libre de forcer la réalité à s'ajuster aux édifiantes leçons apprises et payées cher même si cette réalité c'est sa compagne, ou son épouse, ou la première «femelle» croisée par hasard.Avant même l'acte de violence, l'imaginaire erotique de ce pornophile est violent.Micheline La France Montréal A/auvaise conscience ou absence de complaisance ?Madame Ariane Emond, Nous permettez-vous d'exprimer notre déception suite au compte rendu du dernier livre de Micheline Carrier, La danse macabre1 En fait, est-ce un compte rendu 7 Nous aurions aimé que vous nous parliez du contenu des trois livres cités, au lieu de nous parler -bien mal - de l'auteure, que vous ne semblez pas connaître (.).Elle ne mérite pas les coups d'épingle de la fin de votre article.«Pourquoi faut-il donner mauvaise conscience aux Suite à la page 6 équipe de rédaction : Ariane Emond, Françoise Guenette, Lise Moisan, Francine Pelletier • collaboration: Anne-Marie Alonzo, Carole Beaulieu.Denise Boucher.Nicole Brossard.Joanne Deschènes.Odette DesOrmeaux.Josette Giguère, Louise Guay.Danielle Lapointe.Magali Marc.Suzanne Nobert.Hélène Pedneault.Maryse Pellerin.Diane Poitras.Marie-Madeleine Raoult, Dyane Raymond.Dominique Robert.Joyce Rock.Michèle Roy.Carole Wallace.Marlène Wildeman • illustration : Marie-Josée Lafortune.Ginette Loranger.Viviane Katz • photographie : Suzanne Girard, Joyce Rock.Louise de Grosbois • maquette: Diane Blain.Marie-José Chagnon et Sylvie Laurendeau (conception visuelle).Luce Venne-Forcione (publicité) • correction d'épreuves : Suzanne Bergeron.Hélène Lecourt • composition Concept Médiatexte Inc • impression : Canadian Gazette Inc • distribution : Les Distributeurs Associés du Québec, DAQ • publicité : Claude Krynski 843-7226 • abonnement : 1 an.10 numéros : 19$.2 ans.20 numéros 33$.3 ans.30 numéros : 45$ Nicole Bernier 843 -8366 la vie en rose est subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par le ministère des Affaires culturelles du Québec la vie en rose est publiée par les Productions des années 80.corporation sans but lucratif On peut nous joindre de 9 h 30 à 17 h au 3963 rue Saint-Denis.Montréal, H2W 2M4, ou en téléphonant : (514)843-8366 ou 843-7226 Copyright 1984- LA VIE EN ROSE Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés Dépôt légal Bibliothèques nationales du Québec et du Canada ISSN-0228-549 Indexée dans Radar et membre de l'Association des éditeurs de périodiques culturels québécois.Courrier de deuxième classe : 5188.Commission paritaire 4 067 CDN LA VIE EN ROSE 4 septembre 1984 ÉDITORIAL de L'automne que nous aurons Wojtyla Ferra ro D'abord le pape.Que peut-on attendre du pape, sachant qu'il représente (bien) une sacrée institution qui a toujours envoyé paître les femmes 7 En lançant en juillet deux pétitions appelant à la dénonciation des positions de l'Église, et même à l'apostasie, le Centre de santé des femmes de Montréal posait un geste qui s'imposait.Car.face aux positions rétrogrades de l'Église par rapport aux femmes, ni l'indignation individuelle des féministes athées ni la critique organisée des féministes chrétiennes, bien qu'elles n'aient fait que s'amplifier depuis quelques mois, ne pouvaient avoir autant d'impact que des réactions aussi «spectaculaires» que la visite du pape elle-même : pétitions de rupture, reprise des Fées ont soif, parade anti-papale, etc.D'autant plus que le pape est un grand leader politique - et spirituel - et qu'il a.pour soutenir sa mission divine de redressement de l'Église et de la moralité civile, du charisme à revendre.Le mélange est explosif : faut-il rappeler son désastreux voyage au Nicaragua en mars 1983 ?Tout en réaffirmant le caractère pastoral de sa visite, le pape n'a pas raté une occasion d'insulter ses hôtes.En refusant sa main au Père Ernesto Cardenal, membre du gouvernement sandiniste, le sommant «d'arranger sa situation avec l'Église» ; en attaquant de front le système d'éducation nicaraguayen, pas assez catholique à son goût, négligeant ainsi le succès auprès des paysan-ne-s de la campagne d'alphabétisation ; et.comble de tout, en pleine messe, devant 700 000 personnes, en parlant «sur un ton de plus en plus dur et parfois même violent., de la différence entre la véritable Église, autour de l'évêque.institutionnelle, traditionnelle.et l'autre qu'il réfutait comme une source de division, qui serait charismatique, nouvelle.» ' Quand les gens se mirent à crier «Quie- remos la paz !» (nous voulons la paix), il les interrompit : «L'Église est la première à vouloir la paix !» Les cris reprenant de plus belle, le pape se fâcha : «Silencio !» Déterminé à rappeler son autorité au peuple nicaraguayen, il refusa même de prier avec les mères qui lui demandaient de bénir leurs fils au front.Bref, ce voyage du bon pasteur venu rassembler ses brebis.fut une confrontation douloureuse.Le pape aura-t-il l'occasion de perdre ainsi son calme devant la dissidence des Québécoises, si elle lui vient aux oreilles et aux yeux 7 Les évêques essaieront bien d'ici là de réconcilier les femmes et l'Église, avec des manières de politiciens canadiens, mais qui sait ?Cela nous amène, bien sûr, aux élections du 4 septembre, plus cruciales et «prometteuses» pour nous, dans la mesure où l'institution politique semble moins étanche que l'Église à nos espoirs de réforme -sinon de changements radicaux.De l'intérêt d'une plate-forme fédérale, il est peut-être difficile de se convaincre, surtout pour des Québécoises plus ou moins (ex-) nationalistes, depuis longtemps indifférentes à l'égard du fédéral.Dans une province, de plus, où le Parti Rhinocéros se fait un devoir et du plaisir à rappeler le jeu souvent absurde des politiciens.Mais voici venir le temps où le Rhino lui-même est dépassé sur sa gauche féministe : bien que sa clause Turner soit une trouvaille (imposer des cours d'éducation féministe partout où le nombre de machos le justifie !).elle perd de son effet puisque les chefs des trois grands partis en sont venus eux-mêmes à parler quasiment dans ces termes.C'est vrai de Turner, «l'homme à la main joyeuse» et aux gaffes bredouillantes, comme de Mulroney.le démagogue accompli, plus insupportable encore parce que plus ratoureux.insidieux et faux (en comparaison.Broad- bent a l'air d'un prince ; malheureusement les médias ne le trouvent pas assez «crédible» pour le laisser prendre de la place).Aujourd'hui 14 août, veille du combat des chefs sur la condition féminine, bulletins de nouvelles, journaux, réunions partisanes croulent littéralement sous une vague déferlante de féminisme.Sceptiques, nous attendons le reflux.Mais nous savons, au moment où nous devenons «politiquement crédibles», que cette reconnaissance tardive et plus ou moins artificielle, nous l'avons voulue et gagnée de haute lutte.Si une brèche s'ouvre cette fois dans le discours électoral mâle, c'est à cause de nous et non pas d'eux : à cause du Comité canadien d'action, à l'origine du débat des chefs et d'un «mode d'emploi féministe des élections» envoyé à 20 000 Canadiennes ; à cause de la Fédération des femmes du Québec et de ses rencontres avec des candidates ; à cause du questionnaire rose vif distribué par le Conseil consultatif canadien sur le statut de la femme ; à cause des interventions répétées de politiciennes aussi féministes.Comment profiter de la brèche 7 Tous les scénarios du 4 septembre sont insatisfaisants dans la mesure où il n'y a pas de parti féministe canadien capable de remporter le pouvoir ! Alors, l'absentéisme ou l'annulation des votes ?Mais n'est-ce pas.comme voter pour le Parti Rhinocéros, un peu dépassé au Québec 7 Et ce geste renforcit le bipartisme, en soi criticable.Voter pour le Nouveau parti démocratique, parce que c'est le seul qui ait une position cohérente et intégrée sur la question des femmes, le désarmement, l'exploitation des moins nanti-e-s - bref, sur ce qui nous importe 7 En admettant qu'on lui fasse confiance.qu'on aie un-e candidat-e solide, et qu'on n'aie pas très envie de gagner I Suite a la page 64 septembre 1984 5 LA VIE EN ROSE Courrier lectrices 7» demandez-vous.Parlez pour vous 1 Ne faites-vous pas ainsi ce que vous reprochez sans raison à l'auteure, «parler au nom des autres» ?Ce que vos impressions vous font appeler «mauvaise conscience» est pour nous «absence de complaisance».C'est justement l'une des choses que nous avons toujours appréciées chez Micheline Carrier, cette façon de traiter les femmes en adultes capables de sens critique et d'auto-critique.Vos critères d'évaluation sont ceux des hommes qui voudraient que les femmes adoptent, même entre elles, le discours «rose bonbon» féminin traditionnel : douceur, sourire, séduction (.).Nous sommes de votre avis quand vous dites qu'il «conviendrait d'analyser plus en profondeur le travail de cette journaliste, militante, radicale.».Quand vous y mettrez-vous, à La Vie en rose1 (.) Acceptez-vous les différences au point de nous publier ?suzette côté, loraine d'amours Shawinigan i4vec le dos de la cuiller D'abord, bravo à Armande Saint-Jean et Hélène Pedneault pour avoir rivé leur clou aux machos d'Actualité Si les blasphèmes des féministes semblent sacrilèges à nos papes, la sempiternelle ritournelle de nos bons vieux machos est toujours limpide comme de l'eau de roche : se lamenter assez pour se faire prendre en pitié, pour se faire bercer par maman.«Viens mon trésor, faire un beau rot sur l'épaule de ta petite maman», voilà le sous-sol du subconscient des fils à Freud On ne reconnaît plus nos «vrais mâles», nos hommes de fer.Ils sont devenus douillets comme le poupon de la Madone.Si on ne les savait pas si menteurs, on pourrait se laisser prendre à leur ruse de guerre, vieille comme la première grimace du singe anthropoïde.Les pauvres chéris, par la voix «autorisée» de leurs sorciers du divan, réclament une «structure sentimentale sécurisante et valorisante» (pouah ! le jargon-caca !).Hé ! les boys, à la guerre comme à la guerre.Où sont donc passés nos valeureux chevaliers sans peur et sans reproche ?Vlà-t-y pas qu'ils menacent de faire dans leur culotte parce que les femmes refusent d'obéir.Décidément ce genre de coudions est bien malade, irrécupérable.Qu'on les achève au plus tôt pour faire place à une nouvelle génération qu'on fabriquera plus solide que les pères.C'est leur rendre service que de même fin à leur grande souffrance intérieure.C'est en même temps nous rendre service que de nous débarrasser de corps morts, de gamins mal sevrés qui ne savent que brailler et violer.Dans un tel cas la légitime défense est de rigueur.Maintenant, quant au monstre catholique, voici une lettre que j'ai envoyée aux 1 732 Femmes en Église en réponse à leur manifeste du 15 mai : «À mes soeurs.Femmes en Église.Mesdames, vous demandez à l'Église catholique de vous traiter comme des humaines à part entière, de reconnaître enfin vos droits, les mêmes que ceux des vieux garçons.Je suis de tout coeur avec vous, la raison et la justice l'ordonnent.Votre espérance plus que légitime après 3 000 ans de servage, de souffrance, de torture et de martyre, n'est pourtant que piège de votre foi aux miracles, «L'Église catholique est une monarchie absolue, une autocratie.Ce qui veut dire que le grand chef, le monarque.Jean-Paul II en l'occurrence, a tout pouvoir pour faire ce qui est juste et bon, par simple décret, du jour au lendemain.S'il n« le fait pas - et de toute évidence il n'a aucune intention de le faire de sitôt, car il vient de rater une belle occasion avec la dernière mouture du droit canon - c'est que lui et ses acolytes, les évêques, sont encore tout imbus du plus profond mépris pour les femmes, mères et filles.Non seulement le mépris, mais une peur viscérale de la femme, cette «aréature du diable» que tous les patriarches de la terre ont toujours voulu enchaîner de toutes les façons.Relisez votre Bible, à partir de la Genèse, mais lisez-la bien et en entier.C'est le bréviaire du parfait phallocrate, du tyran mâle dans toute sa splendeur.Tout à fait normal, car elle est l'histoire de cette catastrophe que fut pour l'humanité l'imposition violente du patriarcat par quelques fous furieux ivres de sang.Alors, mesdames, n'attendez jamais rien des dignes fils de ces chenapans du désert Ils vous mentiront tant et plus, comme ils l'ont toujours fait, jusque dans vos cuisines et vos chambres à coucher.Ils vous feront accroire qu'ils vont améliorer votre sort, mais ils n'en feront jamais rien.Car la moindre parcelle de pouvoir que vous arrivez à leur arracher est ressentie par ces mâles dégénérés comme une atteinte à leur virilité malade, comme une tentative de castration.Ils n'ont qu'une obsession en tête : vous tenir en laisse, vous garder sous leur coupe, se faire servir et torcher par vous.Pour jouir enfin de vos droits, fondez vos propres Églises, pour vous et vos enfants ; des Églises démocratiques.Vous aurez foule dans vos temples.Tandis que les vieux garçons ratatinés grimaceront tout seuls dans leur coin.C'est le bon moment maintenant car ils ne peuvent plus vous rôtir sur leurs bûchers.Hâtez-vous, on ne sait jamais, cette époque glorieuse peut revenir.Sauvez-vous et sauvez-nous des vieux garçons radoteurs et despotes.» Quant à vous.La Vie en rose, je vous encourage à être toujours plus féroces, plus sorcières.La partie est loin d'être gagnée.C'est tout le régime patriarcal qu'il faut foutre par terre et ça n'ira pas sans quelques massacres, comme ce régime de fous a été imposé après bien des tueries et s'est maintenu par bien des saignées supplémentaires.La vraie question qui se pose pour l'avenir de l'espèce : les femmes pourront-elles réformer, recycler le mâle, ou ne serait-il pas plus simple et plus rapide de le faire disparaître à tout jamais ~> Bon courage.Votre allié Claude Dubé Québec La Vie en rose rurale J'ai vraiment fait connaissance avec votre revue en lisant «Demain la guenre» et «Simone de Beauvoir» ; ces exemplaires avaient été apportés par Jovette marchessault.venue nous présenter L'aventure littéraire des femmes Sa conférence et la lecture de votre revue m'ont présenté des soeurs qui m'encouragent à continuer de m'affirmer.à prendre de la place, beaucoup plus de place que ce que la société veut bien m'offrir.Dans mon milieu rural très modéré, je me sentais marginale en tant que féministe Maintenant, je ne suis plus seule ! Sororalement vôtre, Brigitte Nadeau Piopolis.Que.LA VIE EN ROSE 6 septembre 1984 Communiqués Parade anti-papale La date exacte est encore un secret mais ouvrez l'oeil et l'oreille 1 Début septembre, une parade : musique, couleurs, masques et banderoles.Le thème : célébration de la résistance des femmes à des siècles d'oppression par l'Église.La parade est organisée par un groupe de lesbiennes et toutes les femmes y sont invitées.Les murs, les ondes vous diront quand.À surveiller.Ma 'me Chose est déménagée ! Nous parlions de Marne Chose dans un reportage sur les femmes de banlieue, en mai dernier.Ce centre de femmes de la rive sud-ouest de Montréal (bassin de Laprairie) qui, depuis quatre ans, cherche à «briser l'isolement des femmes de banlieue» par diverses activités, vient de déménager ses pénates au 67 H.boul Georges-Gagné, à Delson.CP 267, JOL L 1G0 On peut tou/ours les rejoindre au 638-1301 et maintenant au 638-2371 Sa nté d'automne Quelles seront à l'automne les activités du Centre de santé des femmes, ce lieu où un collectif de femmes développe une pratique différente et féministe de la santé 1 Comme la pratique d'avortement, le service de consultation médicale se poursuivra : ouverture de nouveaux dossiers pour les suivis de grossesse, cape cervicale, clinique pour lesbiennes, etc.D'autres activités sont offertes à toutes les femmes : ateliers d'auto-examen du vagin, du col de l'utérus et des seins, rencontres d'information sur la contraception douce, ateliers sur les conditions de vie et la santé mentale, massages.Pour plus d'information le Centre de santé des femmes.16.boul Saint-Joseph Est.Montréal H2T 1G8 Tel : (514) 842-8903 A nimez vos desseins Apprenez gratuitement à utiliser l'audiovisuel pour mieux faire connaître vos actions, mieux animer vos débats et discussions.Avis aux groupes de femmes à but non lucratif (seulement) : grâce à des subventions du Secrétariat d'État fédéral et du gouvernement du Québec.Parlimage pourra offrir à 30 groupes des stages pratiques de trois jours en techniques d'animation par le film.Les frais de formation (250$) et de déplacement (d'où que vous veniez) seront défrayés par les subventions : il ne vous en coûtera que 50$ de frais d'inscription.Aucun pré-requis n'est exigé.Dates 14.15.16 et 28.29 30 septembre; 12.13.14 et 26.27.28 octobre Réservez rapidement France Capistran.à Parlimage (514) 526-4423 Les déméritent-ils?En passant, c'est une annonce de la compagnie Bell Canada, créée par l'agence Cossette Associés, qui a remporté cette année le prix Eméntas du Comité pour la publicité non sexiste du Conseil du statut de la femme On y voit une jeune femme en train de réparer sa voiture.Le prix Déméritas, décerné à la publicité jugée la plus sexiste, a été attribué à un message télévisé et à un dépliant vantant les piscines de marque Citadelle et mettant en valeur.les jambes effilées d'une jeune et jolie demoiselle.Quelle imagination ! /'rendrons-nous le virage ?Le mouvement des femmes se trouve devant un virage technologique qui se prend, selon toute évidence, au détriment de nos conditions de vie et de travail.Comment bâtir une solidarité plus concrète 1 Comment assurer le financement voire la survie des services que nous nous sommes donnés 1 Comment adapter nos stratégies, nos tactiques et nos structures à la réalité économique et politique des années 80 1 Pour en discuter, le Y.W.C.A.organise les 3 et 4 novembre prochains un colloque qui se veut un «pas collectif vers l'avenir du mouvement des femmes».Pour recevoir de plus amples renseignements ainsi qu'un formulaire dinscription.veuillez écrire au Comité organisateur.5907 St-André Montréal H2S 2K3 Tel : 271-7835 (entre 9 h et 12 h) Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'assurance-chômage.Le Mouvement Action-Chômage annonce la publication des nouveaux Conseils pratiques aux chômeurs et chômeuses, contenant une foule de renseignements utiles sur la loi de l'assurance-chômage.les droits des chômeurs et chômeuses.On y trouve aussi les récents changements à la loi sur les prestations de maternité.Le document est disponible au : MAC 1015 rue Ste-Catherine est Montréal H2L 2G4 Tel 845-4258 Coût 2$.plus IS pour les frais d'envois Tox icomanes anonymes L'ASPA (Approche sécurisante des polytoxicomanes anonymes) tient à faire savoir qu'elle a dans ses rangs un groupe à orientation gaie.L'organisme veut permettre aux toxicomanes de mieux cheminer dans leur réhabilitation en respectant leur orientation.On peut joindre Michel et Carole à TASPA.au 1163 rue Ontario, à Montréal le mardi à 20 h On peut aussi téléphoner 24 heures par /our au 324-6662 A utour d'un festival de musique.À l'occasion du premier Festival musical et culturel des femmes canadiennes qui se tiendra à Winnipeg, le week-end de la Fête du travail (1" et 2 septembre), les organisatrices voudraient profiter de la présence d'un grand nombre de femmes pour organiser des rencontres informelles et susciter des échanges entre militantes féministes de tous les coins du pays.Problèmes d'organisation, financement des groupes, alternatives aux subventions gouvernementales, coopératives, etc., etc., faites-leur savoir de quoi vous voudriez discuter en vous adressant à : «Sisters Circle for Storytellmg» a/s M ACS.W 224 - 388 Donald St Winnipeg.Manitoba R3H 0Z4 Les rencontres pourraient avoir lieu soit le 31 août seulement, soit les 30 et 31 août juste avant le Festival la télé sexiste vous hérisse Vous n'en pouvez plus de subir les annonces et les films sexistes à la télévision ?Téléphonez aux services des commentaires et plaintes et dites-leur ce que vous en pensez.Radio-Canada 285-3333 Télé-Métropole : 790 0461 Femmes à McGill Les femmes fêtent cette année le centenaire de l'arrivée des premières étudiantes sur le campus de l'université McGill.Pour bien marquer cet anniversaire, des activités de toutes sortes se dérouleront à l'université d'un bout à l'autre de l'année scolaire : expositions de photos et d'archives, série de conférences («La femme et le monde».«La femme et l'art»), tables rondes et dîners causerie, tournois sportifs.Pour plus ^informations, communiquez avec le Comité du centenaire des femmes.Salle 10.3450 rue McTavisk Montréal Tel : (514) 392-8048 septembre 1984 7 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Mini-sommet féi a iniste A quelques jours des élections canadiennes et à deux mois des élections présidentielles américaines, nous percevons mieux l'intérêt d'élaborer avec nos voisines des stratégies politiques féministes communes.Premier pas en ce sens ?Début mars, à New York, avait lieu une rencontre extraordinaire de féministes américaines et canadiennes.Suzanne P.Boivin 1 y était.«L'administration Reagan nous aura au moins appris ceci : nous ne pouvons plus «L'administration Reagan nous aura au moins appris ceci : nous ne pouvons plus nous montrer indifférentes à qui occupera la présidence - l'individu peut faire une différence.» Gloria Steinem.rédactrice en chef de la revue féministe américaine MS.lançait un cri d'alerte : les groupements féministes doivent participer activement au choix des leaders politiques.«Lors des dernières élections présidentielles, précise-t-elle, nous nous sommes réveillées trop tard.Nous avons organisé le mouvement WAR.(Women Against Reagan, jeu de mots intentionnel et significatif), mais notre intervention s'est noyée dans la vague pro-Reagan.» Les femmes doivent se doter dune stratégie politique Évidemment, ce n'est pas la première fois qu'on en parle.La lutte pour le suffrage reposait sur une telle prise de conscience.Mais nous savons aujourd'hui qu'il ne suffit pas d'avoir le droit de voter.Encore faut-il convertir ce droit de vote individuel en force de frappe collective Comment1 C'était l'une des questions dont nous venions débattre avec nos consoeurs américaines, les 4 et 5 mars dernier, à New York, lors d'une rencontre qualifiée de «sommet des relations féministes canado-américaines» ( ! ).Pat Hacker, féministe de Toronto engagée depuis longtemps dans l'éducation et la formation des femmes, en avait eu l'idée Présentes à la grande manifestation pacifiste de New York, en juin 1982, elle et son amie Linda Ryan-Nye.auteure-compositeure et informaticienne, y rencontraient Robin Morgan, écrivaine et militante politique, lune des chefs de file de ce qu'on peut appeler la deuxième vague du féminisme américain (après Betty Friedan).Et le projet naissait de ce contact chaleureux : pourquoi ne pas se réunir et échanger des idées ?Les unes et les autres Début mars, la délégation canadienne se compose donc de Sheilagh Day.alors directrice de la Saskatchewan Human Rights Commission^ Chaviva Hosek, présidente du National Action Committee (NAC.en français Comité d'action canadien sur la situation des femmes) ; Madeleine Leblanc, alors présidente du Conseil du statut de la femme du Nouveau-Brunswick ; les organisatrices Hacker et Ryan-Nye.et moi-même.Nous ne prétendons pas, bien sûr, représenter toutes les tendances du féminisme canadien et nous ne sommes pas les porte-paroles officielles de nos organismes respectifs ; nous sommes là à titre de femmes intéressées et capables de donner plus d'information sur la situation canadienne.Côté américain, il y a Gloria Steinem et une collaboratrice de MS.Ann Hornaday ; Bella Abzug, féministe politique internationale (selon ses termes) et sa co-auteure d'un livre sur le «gender gap».Mim Kelber : Donna Shalala, présidente du Hunter College de New York ; Carolyn Reed, animatrice d'un regroupement de travailleuses domestiques, et Robin Morgan.Que dire des deux jours passés en présence de cet aréopage du féminisme nord-américain 7 D'abord, que nous avons vite établi un consensus sur la nécessité d'adopter une stratégie internationale commune sur certaines questions : la paix, le refus de la récupération politique de la conférence mondiale de Nairobi (marquant, en juin 1985.la fin de la décennie des femmes proclamée par l'ONU en 1975) par les gouvernements nationaux, la lutte contre la vague de droite symbolisée par le reaganisme et.au Canada, par le bennettisme (en Colombie-Britannique), la liberté de choix de reproduction.Nous avons aussi discuté de l'inévitable impact politique de la visite du pape au Canada (suite à l'analyse de féministes irlandaises.), de la portée du vote féminin (le «gender gap») et des stratégies électorales féministes, de la parité salariale.Côté communication bilatérale, nous avons abordé la possibilité que MS consacre une page à un contenu canadien.Et puis, il y eut un 5 à 7 en compagnie de Bonnie, qui chante depuis 30 ans.et de Isel Rivero, des Nations Unies, qui devait nous signaler le manque de femmes au sein de la délégation canadienne à l'ONU.Et quoi encore 7 Comme dans toute rencontre féministe, une multitude d'idées, un contact d'une chaleur indescriptible et un renouveau d'énergie pour continuer le boulot, chacune de notre côté, mais plus unies.Suzanne P.Boivin 1/ Avocate et militante, membre du comité directeur de l'Association nationale (canadienne) La femme et le droit LA VIE EN ROSE 8 septembre 1984 "Grégoire?Qu'il parte" Le Groupe des femmes pour le départ de Gilles Grégoire s'est formé le printemps dernier, à l'initiative du Groupe autonome de femmes de la Région de l'Amiante.Après une campagne locale, régionale et provinciale en vue d'obtenir le départ du député de Frontenac de l'Assemblée nationale, le groupe dressait au début de l'été le bilan de son action : plus d'une centaine de lettres d'appui, provenant de femmes de partout dans la province ; des dizaines de pétitions que des femmes ont fait circuler, de leur propre initiative ; le soutien d'une cinquantaine de groupes, représentant des milliers de membres, qui se sont joints au mouvement pour le départ de Gilles Grégoire.À travers toute la province, des journaux ont repris le communiqué dénonçant le crime et le retour à l'Assemblée nationale de Gilles Grégoire et exigeant sa démission.Ce dernier a dû promettre de rencontrer tous les groupes de femmes et groupes de citoyens de la région préoccupés par ses agissements.Mais à la fin de juillet, il n'avait toujours pas donné signe de vie.Aussi le Groupe des femmes pour le départ de Gilles Grégoire poursuivait-il tout l'été sa campagne, recevant de nouveaux appuis, et envisageait pour l'automne des moyens d'action plus globaux.Tout en faisant son bilan, le groupe en profitait pour analyser plus en profondeur, et dénoncer, l'exploitation sexuelle des femmes et des enfants.«Les événements entourant le crime, le procès, la peine et le retour en politique active de Gilles Grégoire sont le symbole grossier des largesses de notre société à l'endroit des criminels s'attaquant aux femmes et aux enfants.(.) Nous avons la certitude que si Gilles Grégoire n'était pas député, son crime aurait moins ému l'opinion publique, serait passé inaperçu ou presque.Nous savons que sa position sociale porte au sensationnalisme malsain ; nous ne voulons pas jouer ce jeu superficiel.L'important, ce n'est pas d'avoir sa tête mais bien de lever le voile sur ces situations d'exploitation (.) Combien d'hommes, dans leur vie.se font reprocher franchement leurs attitudes sexistes, leur harcèlement sexuel, leur violence, les basses agressions qu'ils commettent envers les femmes, les enfants .leurs enfants?«Qu'on ne vienne plus nous servir l'argument de la libération sexuelle des enfants.Ce courant d'idées n'a rien à voir avec le cas Gilles Grégoire et compagnie.Qu'on laisse aux enfants le soin de découvrir eux-mêmes leur propre corps.(.) Gilles Grégoire ose dire qu'il a été victime de chantage d'enfants de 13 ans et plus.Peu nous importent les agissements des filles ayant eu des rapports avec le député déchu.En ce qui nous concerne, nous préférons affirmer bien haut qu'utiliser une enfant à des fins sexuelles dégradantes est de la lâcheté, c'est recourir à la proie par excellence Ces rapports mettent en cause des «Gilles Grégoire» incapables de considérer une femme adulte d'égal à égal, une femme qui peut discuter, refuser et parler L'attitude de l'enfant ne doit donc pas être vue comme un argument pouvant jouer en sa défaveur.Non : celui qui a le pouvoir doit aussi assumer la responsabilité (.) Mais «il n'y a qu'en matière En avril 83.la Maison des femmes de Rimouski organisait une manif contre la pornographie qui a regroupé environ 200 personnes, dont 90% étaient des femmes.Lors de la conférence de presse qui suivit, on annonça la formation du Regroupement des femmes de la région de Rimouski contre la pornographie, ainsi que l'adhésion au manifeste provincial.Après un an d'activités, le regroupement a déjà une importante victoire à son actif.En effet, grâce à la collaboration de la Sûreté du Québec du Bas-Saint-Laurent, trois jugements ont été rendus contre des propriétaires de dépanneurs-tabagies de la ville, qui vendaient des revues porno «hard core».Une première saisie a été effectuée en octobre 83 dans une tabagie.Des 32 revues confisquées, 29 ont été reconnues obscènes en vertu de l'article 159 du code criminel et ont été détruites.En janvier 84, les policiers de la Sûreté du Québec effectuaient une tournée dans les onze dépanneurs-tabagies de la ville pour confisquer la totalité des revues.Les quatre autres propriétaires ont plaidé non coupable et c'est l'avocat d'un des plus gros distributeurs de Montréal qui les a défendus au procès du 28 mai 84.À notre grande surprise, l'avocat a plaidé coupable et les revues ont été détruites, sauf une qui n'a pas été jugée obscène, celle d'Hustler de janvier 84.Parmi les revues de sexualité qu'une enfant doit rendre des comptes comme un adulte et qu'un homme peut être aussi irresponsable qu'un enfant».' «Nous dénonçons les actes immoraux de Gilles Grégoire et exigeons, avec les milliers de femmes nous ayant appuyées, qu'il démissionne dans les plus brefs délais.Nous avons fini d'essayer de comprendre l'inadmissible.» Le Groupe des femmes pour le départ de Gilles Grégoire: CP.63.Thetford-Mines Que G6G 5R9 J.D./ LVR 1 / Adrienne Rich, poétesse américaine détruites, voici quelques noms : «Anges pervers», «Sexuella».«Party Girl», «Hard Rocks».«Sex Mag», «Tendres voyous».«Brute», «Les girls», «Red Cheeks».«Macho Man».Pourquoi un avocat venu de Montréal a-t-il plaidé coupable ?Nous croyons que c'est pour éviter un débat public qui aurait attiré l'attention.C'est pourquoi nous nous faisons un plaisir de diffuser cette information.À l'avenir, nous espérons que les plaintes seront acheminées selon les articles 159 et 160 du Code criminel, ce qui permettrait d'imposer une amende, en plus de la destruction des revues.Voilà qui inciterait peut-être les propriétaires à cesser la vente de ce matériel Nous invitons tous les groupes de femmes à se servir de ce précédent pour obtenir la collaboration de la Sûreté du Québec de leur région et à lutter ainsi contre une des formes de la pornographie.Pour de plus amples informations, veuillez communiquer avec le Regroupement des femmes de Rimouski contre la pornographie, à la Maison des femmes de Rimouski.79.rue Saint-Germain Est.Rimouski G5L IA5 Tel (418) 7230333 Raymonde Painchaud pour le Regroupement Hélène Cadrin pour la Maison des femmes Rimouski: victoire contre la porno septembre 1984 9 LA VIE EN ROSE ACTL CTUALiTi Féministe Des secrétaires au rabais?Alors que le travail de bureau est l'un des «ghettos d'emploi féminin» les plus menacés par les changements technologiques, les secrétaires québécoises de l'an 2000 risquent de voir leur travail encore plus dévalorisé, s'il n'en tient qu'au ministère de l'Éducation du Québec.En effet, des milliers d'étudiantes et de deux à quatre cents enseignantes pourraient être touchées par le projet du MEQ de transférer vers le secondaire le programme de Techniques de secrétariat actuellement offert au niveau collégial.Aux dernières nouvelles (début août), aucune décision définitive n'avait encore été prise par le MEQ rendu hésitant peut-être par le concert de protestations qu'a soulevé cette mesure dès son annonce, à l'automne 82.La Fédération nationale des enseignants et des enseignantes du Québec (CSN) et la Fédération des enseignantes et enseignants de Cégep (CEQ).les enseignantes et étudiantes en Techniques de secrétariat, et le Conseil du statut de la femme ont dénoncé le projet Selon ces organismes, il entraînera une «déqualification» des futures secrétaires et une pression à la baisse sur les conditions de travail et de salaire des secrétaires déjà sur le marché du travail.Sans compter les déclassements et les mises à pied de personnel ensei- gnant.Sous couvert d'un ajustement au «virage technologique» et aux missions spécifiques attribuées aux niveaux secondaire et collégial, le MEQ menace la qualité de la formation qui offre encore le plus d'emplois aux femmes.À l'heure actuelle, cette formation est offerte aux deux niveaux d'enseignement, avec toutefois des différences significatives dans les contenus des programmes Selon le MEQ la formation de secrétaire devrait se donner au secondaire parce que cette fonction s'apparente à celle d'«ouvrier qualifié».Quant au Cégep, il offrirait un tout nouveau programme visant à former des «techniciens de gestion et d'organisation».Il apparaît clairement, selon les documents du ministère, que ce nouveau programme ne s'adresse pas de façon privilégiée aux femmes.Au Conseil des collèges, qui s'oppose aussi au projet, on estime qu'il ne pourra être offert que dans cinq à huit collèges.C'est donc dire que la très grande majorité des étudiantes s'orientant vers le travail de bureau seront refoulées au secondaire où, pour un nombre égal d'années d'études,1 les étudiantes recevront une formation professionnelle moins qualifiée.Il leur sera d'autant plus difficile de trouver un emploi.2 Les fédérations syndicales dénoncent aussi le projet, non seulement parce qu'il risque de réduire le nombre des enseignantes en secrétariat dans les collèges, mais aussi pour sa négligence complète des besoins des étudiantes et étudiants : «Le programme de secrétariat n'est que le premier visé dans cette opération de (.) drainage de clientèle vers le secondaire (.) Pour amoindrir les coûts, pour réduire le nombre d'étudiantes et d'étudiants à l'entrée à l'université, pour satisfaire l'employeur en quête de personnel peu coûteux, on ajuste très étroitement la formation des jeunes aux besoins les plus à courte vue desdits employeurs.» J.D./ LVR Pour plus d'information, communiquez avec Nicole Fortin (CEQ).au 374-2151.ou Flavie Achard (FNEEQ).au 598-2241.M Au secondaire, le programme en travail de bureau durera, semble-1-il, deux ans.Au Cégep, le programme actuel est de deux ans et demi 2/ Selon Emploi et Immigration Canada, le taux de placement des diplômé-e-s de niveau collégial est de l'ordre de 90%, contre 70% pour les diplômé-e-s du secondaire."Miss Laval" Au cours des quatre dernières années, les groupes populaires et syndicaux de Laval ont dénoncé le concours «Miss Laval».Ils dénonçaient aussi les organisateurs, les entreprises lavalloises qui en faisaient la commandite et les édiles municipaux qui se faisaient photographier avec «l'heureuse» élue signant le livre d'or de la ville.L'an dernier, des indices sérieux laissaient croire que le concours subirait une dégringolade : la finale s'était déplacée du Sheraton à la Récréathèque ; les organisateurs avaient de plus en plus de difficultés à trouver des commanditaires.Cette année, on osait même espérer que le concours était mort sous l'avalanche des critiques.Et pourtant non.La finale avait lieu à Laval à la fin d'août, et c'est l'Institut Marie-Papillon qui l'a organisée cette année.Aussi l'A.C.E.F.de Laval a-t-il décidé de mener à nouveau campagne contre cette forme de sexisme, qui va entièrement à rencontre de l'accès à l'égalité des femmes.Dans son communiqué, l'A.C.E.F.cite quelques données sur la situation des femmes au Canada : trois femmes sur dix sont pauvres.Entre quinze et quarante ans, les femmes n'ont que la moitié du revenu des hommes ; au-delà, il tombe au tiers.Une femme chef de famille sur deux est pauvre.Une femme sur dix est régulièrement battue au Canada et on y viole une femme toutes les dix-sept minutes.L'accès à l'égalité des femmes est loin d'être chose faite et l'A.C.E.F.de Laval estime que le changement passe notamment par la dénonciation répétée et continuelle des pratiques sexistes qui s'attaquent aux femmes.L'A.C.£ F de Laval invite tous les groupes ou individu-e-s à dénoncer le concours «Mlle Laval» AC EE de Laval tel : 663-3470.J.D./ LVR LA VIE EN ROSE 10 septembre 1984 Agressions sexuelles: un "kit" douteux Dans son édition de mai 84, La Vie en rose annonçait sans autres commentaires la parution du nouveau guide d'intervention en cas d'agression sexuelle lancé conjointement par les ministères de la Justice et des Affaires sociales et le Conseil du statut de la femme, en collaboration avec la Corporation professionnelle des médecins du Québec : «Comprendre les victimes d'agression sexuelle.et leur besoin de réconfort» (sic).Des lectrices, entre autres des femmes qui travaillent auprès des victimes d'agressions sexuelles, se sont fort poliment étonnées de la «caution» féministe que LVR a ainsi semblé accorder à un instrument qu'elles jugent trompeur et davantage axé sur les besoins du système judiciaire que sur ceux des femmes, notamment en matière d'humanisation des soins.Le guide d'intervention - et la trousse médico-légale qui l'accompagne - vise à assurer «l'accueil» et «les soins adéquats» aux victimes de crimes sexuels, nous dit la publication.On nous promet en outre que ce nouvel outil permettra d'éviter aux femmes de comparaître en cour Bravo, direz-vous.Mais les travailleuses du «Point d'appui», un centre d'aide et de prévention des agressions à caractère sexuel de Rouyn, n'y voient aucune raison de se réjouir.Premièrement, la trousse médico-légale, expliquent-elles, est seulement un «kit», c'est-à-dire une boîte de carton contenant sacs en papier brun, sac à ordure, plusieurs lames, éprouvettes et curettes pour la cueillette des fluides corporels, cheveux, poils, vêtements, ainsi que des schémas servant à la description des blessures.Cette trousse et ses dix formulaires servent à standardiser la cueillette de la preuve médicale supposément requise lors d'une éventuelle poursuite judiciaire.Le Point d'appui relève que là où l'examen gynécologique normal d'une femme prendrait tout au plus une demi-heure, l'emploi de la trousse médico-légale demande au moins deux heures.Au surplus, la trousse ne contient strictement rien pour les soins de la victime, et le matériel nécessaire pour détecter les maladies transmises sexuellement, ou procéder à des tests de grossesse n'y figure pas non plus.Et encore la comparution Enfin, après vérification auprès du pro- cureur de la Couronne et des corps policiers de leur région, les femmes du Point d'appui estiment que dans 95% des cas, une femme victime d'agression sexuelle devra quand même comparaître, ce qui contredit totalement les affirmations contenues dans le guide.Des travailleuses du CLSC St-Hubert en sont venues à la même conclusion.Selon Louise Corbeil et Micheline Loiselle, ce protocole médico-légal nous est «vendu» sous de fausses représentations.La femme examinée ne pourra pas décider de porter plainte ou non, puisque le substitut du procureur général reçoit automatiquement une copie des pages du formulaire renfermant la description de l'agression par la victime et les constatations médicales Parce que le viol, ou si l'on préfère, l'agression sexuelle, est considéré comme un crime contre la société, la victime est reléguée au rôle de témoin.La Couronne peut donc se passer de son avis pour décider de poursuivre.On dit ensuite que ce protocole est primordial pour porter plainte.Or.un examen médical n'est pas nécessaire pour En cet été de 1984, ne pas se raser les jambes tenait quasiment de l'héroïsme.Surtout, peut-être, pour celles d'entre nous qui ont une job dans le milieu straight.Comme chaque été, j'ai hésité.Le temps de déterminer ce que moi je trouvais beau.porter plainte.Pour couronner le tout, la promesse d'échapper à la comparution en cour n'est qu'un leuire puisque l'avocat de l'accusé base habituellement sa défense sur le consentement de la victime.Rien ne l'empêchera alors d'obliger la femme à comparaître pour essayer de la confondre.Pour ces femmes de la Rive-Sud qui tentent de mettre sur pied des ressources pour les victimes d'agressions sexuelles, le nouveau protocole médico-légal est un instrument odieux et humiliant pour les femmes.Même s'il fait sortir le viol de la clandestinité - ce qui, en soi, est positif -il sert davantage les rouages de l'appareil judiciaire que le bien-être, les besoins et les intérêts des femmes.Les travailleuses du CLSC St-Hubert proposent, comme solution de rechange, de boycotter le guide et d'utiliser un examen plus simple, plus souple et mieux adapté aux besoins des femmes Elles veulent également que soit reconnue l'expertise développée par les centres d'aide aux victimes d'agressions à caractère sexuel.J.D./ LVR C'est parfois difficile de faire la part des choses entre notre propre esthétique et les pressions extérieures.Pressions7 Répression, plutôt ! Je ne cesserai jamais d'etre étonnée par la réaction des gens à cette toute petite «déviation» esthétique.Certains semblent même être personnellement insultés de constater un tel libertinage.Et j'ai pensé qu'il s'agissait réellement de castration.Couper, détruire ce qui dépasse.Enterrer le souvenir de notre corps vivant.Le projet : nous modeler à une esthétique plastique, morte, d'où rien ne pousse, et rien ne coule.Et recouverte de rose, de préférence.Alors, j'ai décidé de mettre de côté ces pensées funestes, et chaque fois que j'ai rencontré une femme qui comme moi se baladait les poils à l'air, en flagrant délit de dissidence, je lui ai fait un clin d'oeil.Andrée Côté To shave or not to shave?septembre 1984 LA VIE EN ROSE Actualité Féministe Stratégies anti-violence lence maritale» beaucoup plus fidèle à la réalité).Le titre du livre est malheureux : À tous coups.Myriam Raymond et Sylvie Charbonneau ont effectué la recherche et la rédaction de ce guide sous la direction des Services juridiques communautaires de Pointe Saint-Charles et Petite-Bourgogne.On y retrouve une liste de maisons d'accueil et d'hébergement, de centres d'information pour femmes, de même qu'une série de «recommandations aux intervenant(e)s face à l'attitude et au comportement adoptables auprès des femmes victimes de violence conjugale».L'analyse est plutôt faible, mais on retrouve un chapitre intéressant sur les divers recours juridiques disponibles aux femmes qui désirent mettre un terme à la situation dans laquelle elles se trouvent.C'est par le biais de deux cas types que sont exposés les recours civils (séparation de corps et divorce) et criminels (plainte, arrestation, ordonnance de garder la paix).Prix : 5,95$, en vente en librairie et aux Éditions du Remue-ménage.4800.Henri-Julien.Montréal H2T2E1.Andrée Coté W Le sens de l'histoire et de l'humour Il ne s'agit plus de convaincre les autres (lire : les hommes) que les femmes subissent un exercice systématisé et institutionalise de violence, d'oppression et d'injustice.Nous l'avons fait pendant des années.De plus en plus de femmes tentent d'agir sur cette réalité, individuellement et collectivement, en choisissant des stratégies qui nous donnent plus de pouvoir.Et tant pis pour le «changement des mentalités».La collective de La riposte des femmes vient de publier une brochure rédigée par Claudine Vivier et intitulée On apprend à devenir victime on peut le désapprendre.Cette brochure de 46 pages se veut une invitation aux femmes à regarder autrement notre réalité : «Ce n'est qu'en refusant de nous considérer nous-mème comme des victimes et en reconnaissant les gestes et les choix, si minimes soient-ils, que nous posons pour survivre et résister, que nous pourrons développer individuellement et collectivement des moyens de défense et des ripostes qui nous seront profitables » On y retrouve une analyse de la violence sexuelle comme un moyen de contrôle des femmes, et en particulier du harcèlement sexuel au travail : «Le harcèlement sexuel est trop généralisé, trop institutionalise, trop intégré aux structures mêmes de l'organisation du travail pour n'être qu'un accident de parcours.Les hommes qui nous harcèlent au travail contribuent à maintenir et à alimenter l'inégalité sexuelle et l'inégalité économique des femmes.Les institutions qui protègent ces hommes en niant notre réalité protègent et maintiennent le pouvoir mâle.» Apprendre, donc, à reconnaître la situation dans laquelle nous nous trouvons, et nous fier à notre perception de la réalité.Chacune de nous doit évaluer la situation de son point de vue et chercher la meilleure solution, en fonction par exemple de notre état émotif, de notre marge de manoeuvre économique, du soutien des autres femmes autour de nous, de notre confiance dans notre syndicat, etc.«Il importe avant tout que ces choix soient rentables pour nous-mêmes » Au prix de 2,50$, la brochure est en vente au «Y» des femmes, 1355, Dorchester ouest Montréal H3G 1T3 (Tél.: (514) 866-9941, poste 58), et elle inclut une liste de ressources.À noter également : les Éditions du Remue-ménage viennent de publier un guide de ressources sur la «violence conjugale» (je trouve l'expression «vio- Entre le 30 juillet et le 11 août, huit femmes ont parcouru les 480 kilomètres qui séparent Hull de Québec en «canoë du nord», cette embarcation de 26 pieds qu'utilisaient les fameux «voyageurs» du début de la colonie.Leur objectif : honorer publiquement le courage physique et moral de nos arrière-arrière-grand-mères, ces femmes qu'on a nommées les Filles du roi.«Leur contribution économique et généralement civilisatrice, sous ce régime populationniste radical, a été passée sous silence ou tournée en dérision», explique Lise Latreille, l'une des initiatrices du projet.C'est en arborant l'authentique costume des Filles du roi qu'elles sont arrivées dans le port de Québec, rejoignant le grand ralliement de canoës (environ 50 embarcations, dont une vingtaine de canoës du nord).«Ces robes à mi-jambes ne sont effectivement pas pratiques pour le canotage, mais nous les enfilons seulement pour les huit derniers kilomètres, » Imaginez huit canotières, amarrées sur le bord du fleuve, se changeant dans les buissons ! Qui a dit que nous n'avions pas le sens de l'humour ?L.M./ LVR LA VIE EN ROSE 12 septembre 1984 Garde partagée: mythes et contre-vérités Des projets de loi favorables à la garde conjointe sont présentement à l'étude partout en Amérique du Nord, le Canada compris.Qu'en est-il, réellement, de cette garde partagée 7 Dans un texte extrait du bulletin The Women's Advocate publié par le National Center for Women and Family Law de New York, Joanne Schulman démolit allègrement les préjugés qui courent sur les soi-disant avantages de la garde partagée obligatoire.Inoffensive, la garde conjointe 7 Égali-taire 7 En pratique, lorsqu'elle est imposée par un tribunal (c'est d'ailleurs à cette garde «forcée» que s'en prend l'auteure et non aux arrangements conclus à la satisfaction mutuelle des deux parents), la garde conjointe s'avère plutôt une catastrophe pour les femmes comme pour les enfants.Selon elle, «la garde conjointe est actuellement utilisée par les hommes comme outil de négociation pour arracher à leur ex-épouse des conditions de divorce plus avantageuses (pour eux).De plus en plus d'hommes demandent, ou menacent de demander la garde conjointe afin d'intimider leur épouse et de l'empêcher de demander une pension alimentaire adéquate pour les enfants, par exemple.Si la garde conjointe légale donne aux deux parents des droits égaux, elle laisse l'entière responsabilité de l'éducation des enfants au parent qui en a la garde physique, et c'est habituellement la mère On va déjà jusqu'à imposer la garde conjointe à des femmes battues, garantissant ainsi à l'agresseur un accès continu à sa victime.Contrairement à ce que prétend le mouvement américain de défense des «droits du père»' Joanne Schulman estime que les pères ne.sont pas victimes de discrimination dans les causes de garde d'enfant ou de droit familial.Le fait que 90% des enfants du divorce ou de la séparation vivent avec la mère reflète non pas une justice biaisée mais le choix des pères.Elle note enfin qu'une seule recherche a été effectuée, jusqu'à maintenant, sur les effets de la garde conjointe sur les enfants (en 1981 aux États-Unis).Cette étude ne comportait aucun cas de garde conjointe décrétée par le tribunal ; les arrangements de garde conjointe étaient officieux et conformes à l'entente et aux désirs des deux parents.Une autre étude américaine (par Roman et Grief) à laquelle on a souvent recours pour légitimer les lois sur la garde conjointe et les ordonnances de garde conjointe forcée n'a porté que sur les pères, les enfants ou leurs mères n'ayant même jamais été rencontrés par les enquêteurs ! ! ! J.D./ LVR 1 / Le président de Fathers Right of Amenca Inc considère que «les pères divorcés constituent la minorité la plus opprimée au pays.» Au Québec, certains groupes masculinistes et associations de pères divorcés tiennent le même discours Silence, mesdames: on coupe à Notre-Dame! Coupures de postes, diminution de services, réduction du nombre de lits, compressions budgétaires de l'ordre de 7,6 millions de dollars ; tel est le scénario de la dramatique qui se joue à l'hôpital Notre-Dame tout comme dans plusieurs hôpitaux montréalais.Depuis la publication, l'automne dernier, d'un rapport sur la situaiton financière déficitaire de l'hôpital Notre-Dame, des services importants pour les femmes sont «entre la vie et la mort».L'administration de l'hôpital a soumis au ministre des Affaires sociales un plan de compression budgétaire de 4,1 millions proposant deux solutions : des coupures de services entraînant la fermeture de l'obstétrique, de la psychiatrie de jour et externe, du centre maternel et de la clinique de planification familiale ou une réduction de 154 lits.Le ministre Laurin a annoncé le 12 juin que le département d'obstétrique demeurerait en fonction.Cependant il faudra «couper» 80 lits.Le ministre n'a fait aucune mention des 200 à 250 postes (occupés majoritairement par des femmes) qui risquent encore d'être éliminés, ni de la clinique de «planning», ni des autres services s'adressant particulièrement aux femmes.Un service efficace Fondée en 1967.la clinique de planification familiale est l'une des premières créées au Québec et la seule à offrir des services aussi complets (contraception, avortement, information, analyses, références) en plus d'avoir un volet-recherche sur divers aspects de la contraception.Son existence même et sa survie sont le fruit de luttes acharnées autour de la raison d'être d'une telle clinique à l'intérieur d'un hôpital.En 1970, on y effectuait le premier avortement ; maintenant on y fait environ 500 avortements par année, pour une moyenne de 12 par semaine De plus, avec l'hôpital Ste-Justine.Notre-Dame est le seul centre hospitalier qui pratique des avortements entre 12 et 16-17 semaines.Cette année, plus de 5 000 femmes ont bénéficié des services offerts par la clinique, qui dispose d'un budget annuel de 160 000$.«Pourquoi avoir songé à fermer un service unique en son genre, qui coûte si peu ?» s'interroge Denise Doucet infirmière à la clinique.Il en est de même pour le centre maternel et la psychiatrie, deux autres services qui fonctionnent très bien et qui sont importants pour les femmes.La conclusion de cette histoire risque d'être fort douloureuse.Même si l'administration et le syndicat de l'hôpital mettent tout en oeuvre pour «sauver Notre-Dame» (débats publics, campagnes de financement, etc.).il semble que la qualité des soins soit mise en jeu et ce, plus que jamais.Sylvie Laplante septembre 1984 13 LA VIE EN ROSE A quelques heures des élections fédérales du 4 septembre, la poussière du combat des chefs sur la question des femmes est déjà retombée dans l'arène des médias.Mais qui connaît les femmes à l'origine du débat?Turner n 'ayant pas songé à nos délais de production au moment de déclencher les élections, voici un commentaire écrit avant, début août.C'est une première, ce débat entre messieurs Broadbent.Mulroney et Turner, le 15 août, sur les questions relatives aux femmes.Mais l'idée ne leur en est pas venue toute seule, loin s'en faut.En 1980 déjà, le Comité canadien d'action sur le statut de la femme (CCA) avait lancé une invitation acceptée par Joe Clark et Ed Broadbent mais refusée par le premier ministre Trudeau.Mais en 1984, le contexte politique est bien différent et le CCA se retrouve soudain au coeur de l'événement politique de l'été ! Moins connu au Québec qu'au Canada anglais, le CCA est un groupe-parapluie créé à Toronto en 1972 pour inciter le gouvernement fédéral de l'époque à mettre en application les recommandations de la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme.Il regroupe aujourd'hui plus de 290 associations-membres de toutes les régions du Canada : centres de femmes, clubs de femmes professionnelles, maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence, comités de condition féminine des syndicats, caucus des femmes des partis politiques.et tous ces groupes accordent au CCA le mandat Commentaire Le combat des chefs par Carole Wallace de les représenter pour faire valoir les revendications féministes auprès du gou- vernement fédéral.Le CCA se montre de plus en plus revendicatif parce que la situation économique frappe particulièrement les femmes.Et c'est autour des régimes de pension, de la participation des femmes aux programmes fédéraux de création d'emploi et de la réforme du Code du travail qu'il mobilise actuellement ses membres Nous nous opposons également à l'accroissement des dépenses militaires et aux essais du missile Cruise Nous réclamons aussi que l'on modifie le Code criminel au chapitre de la pornographie et c'est une intervention du CCA qui.au début de l'été, a obligé le ministre McGuigan à retirer son projet de loi sur le divorce, loi qui risquait de compromettre gravement les droits des femmes au niveau des pensions alimentaires Autre nouveauté : les maisons de sondages viennent de découvrir un phénomène surprenant : les femmes ne votent pas comme les hommes (ou «gender gap») 1 Plus favorables aux programmes sociaux, moins disposées à appuyer le militarisme et la course aux armements, les Canadiennes, tout comme leurs soeurs des États-Unis, sont moins nombreuses à prendre le fameux virage à droite qui semble tant séduire les électeurs du sexe opposé.1 Ce qui se traduit, selon un sondage Gallup, par une réticence chez les femmes à appuyer le Parti conservateur sur la scène fédérale Et elles sont plus nombreuses que les hommes à appuyer le NPD ou le Parti libéral.C'est pourquoi, dans une campagne électorale où la compétition est plutôt serrée, le vote des femmes, pour la première fois depuis que nos grand-mères l'ont gagné, prend l'allure d'une force politique.Si bien que M.Turner, une fois que Broadbent et Mulroney ont accepté l'invitation du CCA.ne pouvait guère s'offrir le luxe de refuser.Pour le CCA qui choisit les questions sinon les interviewers (cooptées avec les trois chefs de partis), ce débat est un moyen de faire pression sur les politiciens fédéraux et il nous offre l'occasion de nous opposer publiquement et concrètement au virage à droite dont les femmes font actuellement les frais dans toutes les provinces.Ceci dit, les féministes québécoises ne vivent pas cette élection de la même façon que leurs soeurs du Canada anglais, qui s'impliquent beaucoup dans le NPD et ont même réussi à lui faire adopter une plateforme comprenant entre autres le libre choix à l'avortement, le financement d'un réseau universel de garderies, le maintien des programmes sociaux et l'imposition des programmes d'accès à l'égalité.Au Québec, nous avons été échaudées par les trahisons du Parti québécois de plus en plus soumis aux intérêts patronaux.En revanche, nous avons tendance à laisser la scène fédérale aux autres Résultat : si beaucoup de féministes voient la nécessité d'une action politique, c'est le véhicule de cette action qui nous manque.Dans ce contexte, le véritable débat aura lieu dans les usines, dans les cuisines, les bureaux, partout où les femmes se rencontrent Et il sera axé sur les formes que nous pouvons donner à notre implication politique Comment travailler sur le plan politique, à tous les niveaux, pour protéger nos acquis, rattraper le terrain perdu et améliorer nos conditions de vie et de travail, et ce.dans un contexte de plus en plus difficile 1 Quels que soient les résultats du 4 septembre, nous savons que c'est le défi principal pour le mouvement des femmes _FN 1/ Voir LVR de juillet, n» 18.p.58 : Le «Gender Gap» améncain.Madeleine Champagne.septembre 1984 15 LA VIE EN ROSE nouveautés LES RENDEZ-VOUS PAR CORRESPONDANCE suivi de LES PRÉNOMS Louise Cotnoir avec des photos de Danielle Pèret «L'espace petit, f urtif et juste assez pour les baisers à la fin le prénom libre.» a rous À rous vwa À rous À >* À >4 A TOUS COUPS! Sylvie Charbonneau et Myriam Raymond Pour les femmes victimes de violence et pour les intervenantes qui peuvent leur venir en aide, un livre de ressources renfermant une liste des maisons d hébergement et une liste des services offerts aux femmes.De plus deux cas types permettent de connaître tous les recours juridiques disponibles pour ces femmes victimes de violence, un livre qui veut briser l'isolement 128 pages, 5,95$ l'exemplaire les éditions du remue-ménage _____mmÊMÊM^^^ •à li m *• m § M : a.«i S ESTHER PLANTE AVOCAT - LAWYER 10 RUE ST-JACQUES BUREAU 508 MONTRÉAL.QUÉBEC H2Y 1L3 TEL (514)288 475) 4 HK4 ' 'ai-' - Èij Je ne sais pas mais le fait est là : quand je tourne avec des femmes, je peux être tout aussi énervée qu'avec des hommes si ce qu'on fait n'est pas bon, mais ce n'est jamais une rupture totale » Au théâtre, contrairement au cinéma, elle est toujours en demande : «Au théâtre, il n'y a pas de faux-semblant, le travail est exigeant, soutenu, alors quand on a besoin d'une comédienne capable de produire une énergie authentique et de se défendre sur scène, on vient me chercher.On sait que moi, je ie peux.Et on me fiche la paix.» Elle terminait, en mars dernier, une année de représentations d'une pièce sur Sarah Bernhardt, Sarah ou le cri de la langouste.Cette pièce à deux personnages, écrite par un Canadien-anglais d'Alberta ( ! ), John Murrell, traduite en français et en italien, nous avons failli la voir en juin dernier à la Quinzaine internationale du théâtre, à Québec.Mais, à la dernière minute, elle n'a plus retenu la faveur du jury de sélectioa celui-ci alléguant «qu'ils sans doute raison ! Elle a refusé d'être confinée aux rôles de femmes comme on les comprenait à l'époque.C'est pour cela que les gens lui trouvent un goût effarant de la publicité.Comme d'aller jouer en Australie ou dans le fin fond des États-Unis, en prenant des trains obligés de rouler sur des ponts qui cassaient ! Peu d'artistes français se donnaient autant de mal pour des «Sioux» ! «Elle était libre, complètement indé- théâtre.Celle-ci avait déjà lié son nom à des luttes de féministes françaises, signant en 1971 la pétition des «343 salopes» avouant avoir déjà avorté.En 1982, elle fondait avec d'autres le Centre audiovisuel Simone-de-Beauvoir : «C'est une sorte de cinémathèque, avec des vidéos, des films super-8.des diapositives de peintures de femmes, etc.Je dirais qu'on construit depuis deux ans un «monument» aux oeuvres de femmes.L'idée de ce recensement absurde - je crois que nous sommes encore les seules à le faire - est venue à force de sentir que l'oeuvre des femmes est isolée et, pour cela, jamais prise au sérieux Si nous arrivons un jour à montrer la somme de toutes leurs créations, personne ne pourra plus nier cette force énorme.» Nous trouvons un peu étrange de l'entendre parler comme une militante convaincue et lui disons.Mais elle précise : «Je ne suis pas une militante, je déteste le militantisme.Je trouve qu'il y a le mot militaire dedans.Pour moi, cela sonne artificiel.Cela signifie qu'on se donne pour une cause où l'on n'est pas partie prenante.C'est un dévouement louche, je m'en méfie horriblement.On ne peut se battre, je crois, que pour quelque chose qui vous rapporte personnellement.Alors là, il ne faut plus parler de sacrifice.Vous savez, dans la vie, on ne choisit pas tant que cela ; on prend par goût une Vous savez, dans la vie, on ne choisit pas tant que cela.On prend par goût une certaine direction.je suis féministe.pendante, et elle faisait des choses extraordinaires.Elle a eu, à l'époque, vers 1880.la réputation qu'ont eue les Beatles ! Il n'y avait quand même pas de télé, ni de radio ou de disques et elle arrivait à ce qu'on la porte en triomphe.«Dans Sarah ou le cri de la langouste, elle est montrée vieille, à 75 ans peut-être, et on peut imaginer que c'est la veille de sa mort Elle revoit son passé et elle essaie en vain de dicter sa biographie à son secrétaire, qu'elle martyrise un peu - et vice certaine direction.Je suis féministe parce que je suis une femme et que je n'imagine pas qu'on puisse être autrement.Pour moi, c'est sérieux, sans être fanatique, et cela me soutient.Alors pourquoi m'en cacherais-je 7> FIN 1/ Voir LVR n» 18.juillet 1984.p 46 : Sceaux: de plus en plus international.Joyce Rock.2/ Voir LVR n° 18, p.54 : Regard sur quelques Françaises.Hélène Pedneault LA VIE EN ROSE 20 septembre 1984 JEAN-PAUL ET L'ÉGLISE DES HOMMES Sommes-nous si en colère contre Jean-Paul II, que nous répondions à sa visite par un dossier sur la place des femmes dans l'Église catholique romaine7 Pourquoi cette colère 7 Même interventionnistes, ses propos ne modifient pas concrètement nos vies quotidiennes.Catholiques, nous en ignorons les interdits contraceptifs.Non croyantes, ce n'est même pas nous qu'il admoneste.Et pourtant, nous nous sentons concernées.Au premier degré parce que son autorité «morale» s'infiltre dans les décisions politiques de nos États - concordat ou non-, qu'il s'agisse de l'interdiction de l'avortement, de l'éducation sexuelle, de la répression de l'homosexualité, etc.Ici comme aux États-Unis, elle soutient le combat d'une droite qui s'en prend aux femmes.Au deuxième degré, nous sommes encore trop imbibées d'éducation et de morale catholiques pour ne pas sentir le poids excessif du «péché», de la culpabilité», du «bien et du mal», du «sacrifice».À la moindre révolte justifiée contre l'ordre si «naturel» des hommes et des curés, ne sentons-nous pas la petite communiante en nous se reprocher de ne pas être «gentille» avec son prochain ?Nous sommes de ces nombreuses Québécoises qui.parallèlement à leur prise de conscience féministe, ont déserté l'Église et ses pompes.D'autres, féministes aussi, ont choisi d'y rester, de critiquer l'institution et, en même temps, de tenter la conquête de ce bastion farouchement mâle.C'est-à-dire d'y prendre leur place, à la fois comme femmes aux prises avec la réalité moderne (de la double tâche, de la contraception, de la famille plus morcelée, etc.), et comme croyantes désireuses de plus d'espace spirituel et de plus de pouvoir «temporel».Volontairement, c'est à elles, ces féministes chrétiennes, ces Chevalières de Troie, que nous laissons l'«autre parole» Pour décrire le sexisme de l'Église-institution, et toutes les séductions nouvelles des «prêcheurs de pomme», elles connaissent le dossier mieux que personne.Leurs contradictions, pourtant, sont palpables - autant que leur désir de lutter dans la marginalité de l'Église sans rompre les liens tout-à-fait.Mais quand la théologienne féministe radicale Mary Daly, interviewée par Nicole Brossard.critique un Boy Jean-Paul trop comique pour être vrai, elle nous rallie toutes - ou presque.Amen 7 FIN Plusieurs femmes Ce dossier est une idée de Lise Moisan.qui a coordonné la recherche et réalisé la plupart des entrevues.Ont participé aux entrevues Nicole Brossard, à la recherche Suzanne Nobert Marlène Wildeman et Denise Boucher, à la traduction Claudine Vivier, à la rédaction Françoise Guenette Pour leur collaboration désintéressée, nous remercions soeur Dolores Riopel, du Centre d'organisation de la visite papale ; Messieurs Gilles Thibeault et Paul Boily de l'Assem- blée des évêques du Québec ; Madame Huguette Fortin, membre de la Commission pontificale sur la famille : Jean Lapierre, de Radio - Canada ; Serge Morin, de la Gauche socialiste.Et pour avoir répondu à nos questions, merci aussi à Réjeanne Martin.Anita Caron, Flore Du-prié.Louise Desmarais.Lucie Leboeuf.Judith Dufour, Martine D'Amour.Isabelle Drolet, Louise Lebrun.Diane Gariépy, Mary Daly - et aux astrologues Claudette Gagné et Louise Haley.septembre 1984 21 LA VIE EN ROSE JEAN-PAUL Le balayeur du temple par Françoise Guenette Quand Karol Wojtyla, le 9 septembre, posera sur la joue de la première petite bouquetière québécoise venue un bec au goût d'asphalte frais, se redira-t-il in petto, riant sous sa cape immaculée, que celle-là non plus ne deviendra jamais pré-tie7 Scénario absurde, évidemment.Stupide.même.Mais qui résume bien mon embarras personnel (suis-je vraiment la seule 7) : en Jean-Paul II j'ai peine à voir autre chose qu'un pape star, habilement médiatisé, déployant efficacement son charme et son charisme pour, essentiellement, ramener sous la coupe de l'Église les millions de brebis égarées - surtout femelles - qui ont déserté ses bergeries, pourtant laïcisées et modernisées par Vatican II.Brebis dont je suis, bien sûr.L'homme peut charmer : n'a-t-il pas malgré sa robe le charme très viril, un peu brut, de l'athlète de Dieu 7 (Ça change de Pie XII).Le symbole vivant et bavard du sexisme de l'Église catholique romaine n'en est que plus dangereux.En moi la brebis rebelle hésite entre l'apostasie et les boules Quiès.Mais la curiosité est la plus forte.Qui est cet homme 7 Pourquoi est-il né à Wadowice plutôt qu'à Lachine 7 Pourquoi voyage-t-il autant 7 Est-il allergique à l'ocre des murs romains 7 Comment le recevrons-nous ici 7 Et qui paiera le bill 7 Autant de questions passionnantes pour une journaliste d'enquête.C'est écrit dans le ciel Quand le petit Karol voit le jour, le 18 mai 1920 à Wadowice.en Pologne, sous le signe du Taureau (je ne sais pas son ascendant, l'heure de sa naissance étant tenue secrète par Mgr Casaroli.secrétaire d'État, mais je dirais Sagittaire), il fait nuit.Cela, joint à la mort de sa mère neuf ans plus tard, explique la passion dévorante qu'il vouera toute sa vie à la Vierge noire de Czestochowa Elle incarne pour lui la femme idéale, sublimée, trop loin du réel pour en être souillée.Déjà, sa carte astrale le confirme, son rapport aux femmes est écrit dans le ciel.Nous y reviendrons.Nous tirons au sort ou.LA VIE EN ROSE Prêtre en 1946.auteur en 1948, à Rome, d'une thèse sur l'ascétique Jean de la Croix (celui que Claire Bretecher dessine recouvert de mouches), ce premier de classe est nommé évêque en 1958 (à l'âge de 38 ans), archevêque de Cracovie en 1964 et cardinal en 1967 ; enfin, il sort vainqueur le 16 octobre 1978 des fumées du Conclave.Depuis, il a fait une quarantaine de voyages autour du monde, au grand désespoir des hôteliers romains qui ont vu décroître une clientèle déçue de ne pas retrouver le fils de Pierre à sa place.Place dangereuse, il faut le dire : qui voudrait se faire tirer dessus en pleine bénédiction par un terroriste turc ?De là à s'envoler pour des contrées plus tranquilles : Irlande.Brésil, Nicaragua, Guatemala.Philippines, etc.il n'y avait qu'un jet.Évidemment, ce ne sont là que des voyages pastoraux, qui n'ont rien de politique.Bien sûr, il a encouragé l'Église de Pologne à soutenir Lech Walesa (le Vatican aurait même versé autour de 100 millions de dollars dans les caisses du syndicat Solidarité).Bien sûr, il a sympathisé avec le Philippin Marcos et condamné l'implication des curés dans la lutte révolutionnaire au Nicaragua.Faut-il pour cela l'accuser de ne pas toujours savoir distinguer les bons des méchants 7 Après tout il n'est pas juge, seulement pape.Pourquoi serait-il infaillible 7 Et puis Danuta Walesa, souvente mère et excellente catholique, l'avait influencé.Allez vous rhabiller ! L'Amérique, malheureusement, devait en 1979 lui réserver une mauvaise surprise.Ce matin du 7 octobre, à Washington, une religieuse en civil, Soeur Theresa Kane (par ailleurs présidente d'un regroupement de la majorité des religieuses américaines) fit un petit crochet dans son laïus de bienvenue pour répéter au Très Saint Père que «pour respecter ses propres appels au respect de toutes les personnes, l'Église doit accorder aux femmes l'accès à tous les ministères».Dans les rangs, une cinquantaine de soeurs s'étaient levées pour la «backer», et la moitié moins une des 5 000 autres applaudissaient.Avec émotion (?), il leur rétorqua qu'elles devaient plutôt se re-conformer au modèle de la Vierge Marie (ah ! tiens.septembre 1984 tiens !), en «son rôle librement consenti de mère de servante de Dieu» et «vouer leur vie à une disponibilité totale à servir selon les besoins de l'Église».Les exégètes relient cette vision de la Femme mère, éducatrice et si possible vierge à son expérience polonaise.Ce n'est pas la seule chose qu'il importe au Vatican, en 1978 : venant d'un État communiste et centralisateur - quoique archi-catholique - cet homme qui a dû et su obéir aux ordres du Parti entend bien se faire obéir de la même façon par ses employé-e-s et fidèles.Ainsi, le Vatican s'est littéralement polo-nisé, militarisé, depuis son arrivée, admet YObservatore romano.l'organe officiel de Saint-Pierre (!).D'abord, Jean-Paul II a incité les prêtres à regagner le port de la soutane.Puis celui à qui Paul VI avait déjà confié la réforme de l'administration vati-cane a continué son grand ménage du temple : il a écarté les Jésuites un peu trop contestataires et réprimandé les curés ouvriers, les théologiens de la libération et autres rigolos laxistes.Par contre, il s'est rapproché de l'Opus Dei.cette internationale chauve et laïque d'extrême-droite, qui dispose d'une puissance financière énorme mais occulte.Disons, pour résumer, que ce tradition-naliste est en tTain de «révolutionner» l'Église catholique, de remettre en ordre une «institution déboussolée, doutant d'elle-même, tiraillée entre les intégristes style Mgr Lefebvre et les curés guérilleros (.) Il faut resserrer les rangs : fini les chrétiens à mi-temps, les églises populaires ou alternatives, le marxo-christianisme».1 Douze fois pour les sourdes Quand le Saint-Père se tourne vers ses ouailles, il réitère le «caractère indissoluble des liens du mariage» et «l'incompatibilité des relations sexuelles avant le mariage ainsi que des activités homosexuelles avec le dessein de Dieu pour l'amour humain» (Ouf ').Encore cet été, il dépensa ses douze discours hebdomadaires à recondamner l'avortement et le contrôle artificiel des naissances.Comme si les catholiques n'avaient pas encore compris.Mais déjà à Lourdes en 1980, il avait fait une apparition remarquée : «Je n'aurai de cesse que l'avortement, la contraception et l'homosexualité soient mis hors-la-loi dans tous les pays du monde sans exception» (Même au Vatican 7).Il faut comprendre que ce balayeur du temple se sent inspiré d'une mission divine, face à l'écroulement moral de ce monde décadent (surtout à l'Ouest).Cela explique la passion de ses déclarations - et peut-être en partie son voyage au Canada.Le cardinal de Cracovie.en visite à Montréal en 1969, n'avait-il pas trouvé déplorable la dégringolade d'une Église jadis si prospère et le relâchement subséquent des moeurs locales 7 Et pourquoi dire que c'est un discours réactionnaire7 (Féministes, vous n'avez rien compris !) Jean-Paul II est fidèle au dogme catholique.Il ne fait que sa job de pape quand il décide, en bon légaliste, de récupérer les enseignements éparpillés de l'Église en matière de morale sexuelle et de famille (encycliques, discours, etc ) pouren faire (en novembre 1983) une Charte des droits de la famille semblable à des résolutions du premier de l'an (irréaliste), et (en janvier 1984) un nouveau Droit canon qui conserve sept motifs d'excommunication automatique, dont les «actes abortifs».De temps en temps, il regarde sa prose de 1962, Amour et responsabilité, pour vérifier si les positions de l'Église correspondent toujours aux siennes.Habituellement, ça va au poil («On sent le plagiat», disait ma prof de latin).Martina Navratilova ait renoncé au sien, deux semaines avant !) Combien de Québécois-e-s assisteront-ils et elles à ce «happening de la foi», avec à la main la rose du pape en polyester et plastique qu'ils auront achetée dès la fin mai à 7$ pièce 7 200 0007 300 0007 Malheureusement, si l'on se fie à l'auditoire des Jeux Olympique de Los Angeles, ce ne seront pas tous et toutes de vrai-e-s athlètes de Dieu.Le bon grain, je le crains, se mélangera à l'ivraie voyeuse, profiteuse de bénédictions gratis et nostalgique de la Saint-Jean sur la montagne.En tout cas.prions pour que les pèlerins et pèlerines du parc tirent un certain récon- Quelcju un doit It CLAP/ CLAP/ CW CLAP! Pas de rose, merci Mais naît pas prophète qui veut et la vaste tournée de ré-évangélisation pontificale serait un flop (même au Canada) si l'homme était moins jeune, sympathique, doué pour six langues au moins, indestructible.En plus il sourit autant que Jean- Paul I, sans que ça lui porte malheur.Quand on sait qu'il voulait, jeune, être comédien.on ne peut que se féliciter qu'il soit devenu aussi metteur en scène.Ainsi, pour l'avoir déjà vu me bénir sur la place Saint-Pierre un matin de Pâques (j'étais là par hasard), entourée de soeurs polonaises hystériques et de 300 000 autres touristes, je sais que cet homme devrait donner un bon show le 11 septembre au Parc Jarry.(Dommage, quand même, que fort de ces jeux divins (une production Radio-Canada, diffusion l'après-midi surtout, ça nous reposera dAu /our le jour) en ces temps où le fric et le pain viennent à manquer (le vin n'est pas un problème, je sais).Quant à moi.je m'excuse.Très Saint Père, je serai en pique-nique sur le Mont-Royal ce jour-là, avec d'autres brebis égarées.Désolée, c'était déjà planifié FIN 1/ Bernard Poulet.Les Nouvelles.Un pape avec une bonne droite, 14-20 septembre 1983 septembre 1984 23 LA VIE EN ROSE Résistance et célébrations LES FEES L'ACTION MENENT par Lise Moisan k\ sa création, à Montréal, en A 1978, la pièce Les fées ont soif.Ïde Denise Boucher, avait déclenché une levée des boucliers de 1 extrême-droite catholique { locale.et une belle bagarre.I Parce que le Très Saint-Père n'a M \ pas eu la chance de le voir à E \ l'époque, ce texte théâtral sera M % repris et présenté du 8 au 14 septembre par le Théâtre des cuisines2 Interprété par trois comédiennes incarnant depuis longtemps la parole des femmes insoumises : Luce Guilbeault, Pauline Julien et Katherine Mousseau, dirigé par Eve-Marie, ce sera l'un des points culminants (et jouissifs) de la montée des protestations et ripostes à l'imminente Visitation.Alors que nous baignons depuis un an dans les eaux montantes d'articles, reportages et émissions sur la venue de la Divine Diva, rappelons que ce sont des féministes, autant modérées que féroces (dirait Arman-de Saint-Jean), qui ont réagi fort et vite.Le Réseau d'action et d'information pour les femmes (RAIF) a d'abord dénoncé, par voie de télégramme à Jean-Paul II, «l'insulte» de la béatification de Mère Marie-Léonie.En mai dernier.1 730 féministes chrétiennes achetaient une page dans Le Devoir pour «protester contre le sexisme de l'Église».En juin, le Collectif pour le retrait des femmes de TÉglise lançait une action d'abjuration de la foi.au moyen d'une pétition qui fit vite boule de neige.Pour étendre le mouvement elles créaient un regroupement plus large, le Collectif pour la liberté des femmes, et lançaient une deuxième pétition qui, reprenant la même dénonciation des «positions rétrogrades du pape et de l'Église catholique», n'incite pas cependant les signataires à se retirer de l'Église.Au moment d'aller sous presse, l'accumulation des signatures allait bon train (jusqu'au 25 août).La stratégie de l'autruche À deux mois de l'événement.La Vie en rose (Merci, Suzanne Nobert) rejoignait une cinquantaine de groupes et d'organismes privés, publics ou populaires, confessionnels ou non, d'une extrémité à l'autre du spectre idéologique (! ).pour connaître leurs positions - et leurs actions le cas échéant.Évidemment, les Guides et Scouts du Québec, les Chevaliers de Colomb les Filles d'Isabelle et le Mouvement Desjardins annonçaient fièrement diverses formes de participation.Les commissions scolaires de Trois-Rivières, de Québec, de Montréal et de Hull, pour ne nommer qu'elles, disaient avoir procédé à une «énorme mobilisation d'effectifs et de matériel» : «Dans toutes les écoles, on a intensifié et orienté vers cette visite l'enseigneméht de la catéchèse.» Quoique prévisibles, ces préparatifs sont plus inquiétants que comiques.m' \.Katherine Mousseau.Luce Guilbeault Pauline Julien LA VIE EN ROSE Y 24 Inquiétant aussi, jusqu'en juillet, le silence de la «gauche».Heureusement, les pétitions, ces initiatives de féministes militantes aguerries au flux et reflux des offensives politiques patriarcales, semblent avoir finalement galvanisé les individu-e-s (sinon leurs groupes) progressistes.Depuis l'annonce de la visite pontificale, il y a un an, depuis le premier «Ah non, merde alors !» murmuré en privé, plusieurs groupes habituellement vifs à réagir, notamment le mouvement d'action catholique, semblaient envier un certain volatile au cou démesuré (l'autruche, oui.bravo).Les pétitions leur donnaient l'occasion rêvée de s'en mêler, individuellement.En tant que groupes, c'est différent.Les chrétiens de gauche (JOC nationale.JEC nationale.Mouvement des travailleurs chrétiens.Regroupement Action Milieu, etc.).coincés entre l'arbre et l'hostie, paraissent attendre que la poussière retombe pour respirer.Flegmatiques, les porte-paroles d'autres groupes [Centre de pastorale en milieu ouvrier.Mouvement des étudiant-e-s chrétiennes du Québec.Institut canadien déducation des adultes.Mouvement socialiste, etc.) nous assurent qu'ils «réagiront sûrement.mais seulement si un événement majeur vient déclencher la controverse !» Les quatre centrales syndicales invoquent des «raisons légitimes» (lesquelles7) de s'abstenir.Pour elles aussi, c'est «business as usual» Quant au Conseil du statut de la femme, il a voté contre une prise de position officielle (Madame Mackenzie, êtes-vous là ?) En dernière heure; des groupuscules comme Gauche socialiste, la revue Révoltes et le Centre étudiant de recherche et de formation publient tracts et affiches et organisent une danse anti-papale.À Québec, par ailleurs, une quinzaine de groupes de gauche et féministes préparent la même chose.À surveiller.FIN 1/ Denise Boucher, Les fées ont soif Ed.Intermède.Montréal.1981 2/ Du 8 au 12 septembre, à la Salle Alfred -Laliberté de l'Université du Québec à Montréal.Billets en vente dès le 4 septembre au guichet, à 8$ et 6$ (pour étudiantes, chômeuses, etc.).septembre 1984 1/ H abet : cette coutume tient-elle encore 7 Si oui.elle est maintenant tenue secrète, l'élection du pape se déroulant à huis-clos de toute façon.Mais, depuis la papesse Jeanne, c'est en tâtant sous sa robe qu'on vérifiait si le futur pape était vraiment un homme S'il y avait des couilles, le cardinal vérificateur clamait à haute voix et en latin le mot Habet.qui signifie ; il en a.(Merci, Denise Boucher) 2/ Ce texte est inspiré du film Behind the Veil (Derrière le voile), de Margaret Westcott (Voir ci-contie).Tasse-toi, Jean-Paul ! Pour fêter et promouvoir la redécouverte de la Papesse Jeanne, cette «réchap-pée de la grande efface patriarcale» (dirait Jovette Marchessault), les deux artistes Kathleen McFall et Debra d'Entremont nous offrent ce t-shirt qui égayera notre garde-robe anti-papale d'automne.Distribué à travers le Canada, on peut se le procurer dans toutes les bonnes librairies féministes, les centres de santé des femmes, les cafés et les bars «alternatifs», chez Futonia.dans certains magasins d'aliments naturels et aux centres d'information pour femmes.Prix : 8.50$.grandeurs : de petite à extra-large Une partie des recettes ira aux centres de santé et à l'émission de radio féministe conçue et animée par McFall et d'Entremont : Matrix, sur les ondes de Radio-Centreville à Montréal.ean-Paul II est le 262' pape de l'Église catholique romaine (et lavant-dernier de tous, selon les prophéties de Nostradamus !).Mais saviez-vous qu'en l'an 855 l'un de ses prédécesseurs a été une femme 7 Jusqu'à la Réforme du 16' siècle, le pape Jean VIII a figuré dans les registres de l'Église, entre Léon IV et Benoît III.Puis on l'en a extirpé.Non sans difficultés, les historienne-s ont rapiécé les faits.Il est dit que Jean VIII était à l'origine une savante religieuse d'Angleterre qui s'est déguisée en homme pour être admise dans les écoles d'Athènes.Puis elle enseigna la théologie à Rome où son érudition lui valut d'être nommée cardinal.Élue pape à la mort de Léon IV.elle consacra son énergie au peuple, à l'écriture et à la promotion de l'éducation.Cette belle histoire devait se terminer le jour d'une longue et fatigante procession à travers Rome.On a d'abord cru à un miracle ; l'étonnement se lisait sur tous les visages.Leur bon Pape Jean n'était-il pas en train d'accoucher en pleine rue 7 Personne ne se serait indigné qu'un pape ait des amant-e-s, la chose était courante.Mais qu'il soit une femme?C'en était trop.On lapida sur-le-champ pape et enfant.Après la Réforme, quelques Jésuites désireux de nettoyer l'image de l'Église, arrachèrent du registre papal les pages concer- nant Jean VIII.Surtout, ils instaurèrent l'obligation d'un examen génital avant toute élection d'un nouveau pape.Et effectivement, ce rite - Habet' - sauva le monde d'une autre papesse.Jusqu'au 16' siècle, une statue de Jeanne s'élevait à l'endroit de sa mort- puis le pape Sixte V la jeta à la rivière ! Aujourd'hui, une petite chapelle à la Vierge Marie y voisine une pizzeria.C'est l'hommage de Rome à Jeanne.2 FIN Behind the Veil Ce film documentaire de Margaret Westcott (en deux parties d'une heure chacune et en 16mm couleur) est une production du Studio des femmes de l'Office national du film (ONF) Tourné en Italie, en Irlande, aux États-Unis et au Québec, il présente une vue d'ensemble de l'histoire des communautés religieuses à travers le monde depuis 2 000 ans et il donne la parole à des religieuses qui luttent contre le racisme, l'oppression, et contre le sexisme qui règne autant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Église La version anglaise sera disponible à partir de novembre, la version française ultérieurement II est possible d'organiser des visionnements privés en communiquant avec Mychèle Fortin au (514) 333-3133 septembre 1984 25 LA VIE EN ROSE LEG USE DES HOMMES Comme des diables dans l'eau bénite audra-t-il repêcher encore longtemps les perles nauséabondes de Thomas d'Aquin, telle : «La femme est par nature soumise à l'homme, car l'homme jouit avec plus d'abondance du discernement de la raison» (Contra Gentiles, II, 123), pour démontrer le sexisme fondamental de l'Église catholique romaine ?Depuis dix ans, des débats historico-théologiques sur la présence/absence de fondements théologiques à l'exclusion des femmes du sacerdoce nourrissent sporadiquement la page Libre opinion du Devoir ou les émissions religieuses de Radio-Canada.Grâce à la visite du pape- Merci ?-voici que la question des femmes dans l'Église rejoint maintenant des cibles plus «populaires» : le 3 août dernier.Soeur Claire Richer, curée de Saint-Michel de Napierville, ' révélait aux 350 000 (?) lecteurs-trices du Journal de Montréal qu'elle n'irait pas voir le pape à l'Oratoire, puisqu'elle n'y était pas invitée comme les prêtres, que «l'Église est sexiste et que personne ne peut le nier», que «les femmes devraient être nommées prêtres pour être là où les décisions se prennent.» Bien qu'elle représente courageusement des milliers d'autres religieuses québécoises.Soeur Richer risque d'attendre encore longtemps : si Jean-Paul II, faisant fi des conseils des évêques canadiens, aborde les LA VIE EN ROSE 26 septembre 1984 questions controversées ici de la morale sexuelle, de l'avortement et de la prêtrise, ce ne sera vraisemblablement que pour réitérer les positions les plus traditionnelles de l'Église.Or, alors qu'on invoque souvent les actes et paroles de Jésus et des apôtres pour justifier l'exclusion des femmes du pouvoir ecclésial, entre autres, il semble que la «tradition» elle-même les ait précédés.Flore Duprié, professeure en sciences religieuses et historienne, auteure d'une thèse sur la condition des femmes de la Rome ancienne, a comparé le discours des auteurs latins à celui des Pères de l'Église, les premiers définisseurs de la doctrine chrétienne.«Au sujet du mariage par exemple, dit-elle, le discours et les exigences sont les mêmes, si ce n'est que l'Église a apporté une différence : l'indissolubilité.À Rome, seuls les hommes pouvaient divorcer - en répudiant leurs femmes ! Avec la consolidation du pouvoir de l'Église, le divorce a été strictement interdit, ce qui jouait parfois en faveur des femmes, les protégeait mieux.» Église catholique romaine : il y a là plus qu'une indication géographique.En fait, la structure de l'Église et son code légal, le Droit canon, s'inspirent directement d'une civilisation hyper-patriarcale où les femmes, enfants et esclaves, non sujets en droit, dépendaient entièrement du Pater familias.Les purs et l'impure Comme pour mieux renforcir cette oppression, les grands penseurs chrétiens ont repris la dichotomie corps/animal/nature/ femme versus esprit/divinité/culture/homme.aboutissant ainsi à des questions comme : «La femme a-t-elle une âme.si elle n'est pas créée, elle, à l'image de Dieu ?» (Ou, version moderne : à vitesse égale, une femme sans homme est-elle plus ou moins rayée qu'un poisson sans bicyclette ?) La réponse était pourtant claire : «La femme est un objet impur de répugnance et, malheureusement, d'attirance, de péché et de perdition pour l'homme» (paraphrase synthétique de Paul, Augustin et les autres).Malgré son absurdité pathétique, ce folklore sous-tend encore la controverse au sujet du sacerdoce des femmes.À une étudiante qui l'interviewait un évêque québécois répondait récemment : «Vous, les femmes et les théologiennes, vous devez d'abord trouver des arguments théologiques pour justifier votre place dans l'Église.Ceux évoqués jusqu'à présent ne sont pas valables : trouvez-en de meilleurs mais, surtout, inventez de nouvelles manières d'être dans l'Église.Vous pleurez parce que vous n'avez pas votre place mais c'est de votre faute, soyez plus créatrices.L'Église a besoin de se renouveler, c'est à vous de nous faire des propositions.» Alors, pourquoi ne pas donner aux femmes déjà très engagées dans la pratique ecclésiale, comme la curée Claire Richer, le droit d'administrer les sacrements ?«Ah non.rétorqua le cher homme, faites tout ce que vous voulez, inventez n'importe quoi, mais les sacrements c'est nous et n'y touchez pas !» Même si la plupart des hommes d'Église expriment plus subtilement leur.blocage, il est évident qu'ils ne renonceront jamais aux sacrements, la partie magique de leur pouvoir.«En gros, résume Flore Duprié, leur argument pour le refuser aux femmes a toujours été : «Nous sommes purs et les femmes impures, c'est donc nous et pas elles qui avons droit à ce pouvoir magique !» Tant que nous n'aurons pas réfuté cette position, l'Église sera un cul-de-sac pour les femmes.Il suffit donc de prouver que la femme est pure.» .et que la terre est ronde, en plus 7 Heureusement, comme l'Église vient de réhabiliter Galilée, tout n'est peut-être pas perdu pour les aspirantes-prêtres 1 Les prêcheurs de pomme L'attachement viscéral des curés anciens et modernes pour leur « Boy's Club» et le pouvoir qu'il confère est évident.Mais, comme nous ne sommes ni au 17' siècle ni au Vatican, l'intelligentsia ecclésiale du Québec, l'Assemblée des évêques, est dominée en ce moment par des penseurs plutôt progressistes, surtout réalistes, qui ont bien digéré le «désarroi et la nostalgie» ressentie par le clergé dans les années 60.Pour sortir de son «exil» une Église peu à peu abandonnée par 70% de ses baptisé-e-s.ils n'avaient guère le choix : il fallait suivre les voies oecuméniques de Vatican II et convaincre les laïcs en général, les femmes en particulier, de la nouvelle sensibilité de l'Église à leurs revendications.Et ce fut le début d'une belle époque de consultation.Flore Duprié et Anita Caron, celle-ci co-fondatrice du module de sciences religieuses à l'UQAM, ont joué le jeu : «Déjà en 1963.nous avons préparé pour Vatican II un texte sur la situation des femmes inspiré par Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir.sans beaucoup de conséquences.» En 1973.la Conférence catholique des évêques du Canada les invitait, avec 68 autres Canadiennes, à une réunion d'éva- luation des besoins de femmes, etc.suivie d'autres commissions, rapports, engagements.«Nous nous rendons compte, reprend Anita Caron.que nos efforts pour faire valoir la place des femmes dans l'Église sont vains : c'est parler dans le vide et amener des gestes de récupération, rien de plus.Vingt ans plus tard, ils ont vraiment appris notre langage, pour le réinterpréter.Les évêques veulent réfléchir sur les conditions des femmes, connaître leurs interventions, mais ils ne veulent pas que les femmes participent véritablement avec eux, à cette réflexion.C'est la ligne de fond.» Des changements cosmétiques Aux femmes (et aux laïcs) qui demandaient plus de pouvoir décisionnel, les évêques québécois allaient donc offrir des modes de consultation plus ou moins bidon, copiant en cela leurs anciens voisins de collèges classiques devenus ministres du PQ.En endossant superficiellement le discours et les préoccupations des femmes, entre autres, ils pouvaient assurer la survie de leur Église sans en questionner radicalement la structure.La liste est longue de ces «actes de récupération».Déclarations, comités d'étude et sondages aboutissaient en 1981 à la création par le Conseil des affaires sociales de l'A.E.Q., du Réseau de répondantes diocésaines à la condition féminine.Cette vingtaine de femmes a le mandat d'informer les évêques du vécu des femmes et de leur proposer des actions prioritaires, en lien avec les groupes de femmes.(Comme leurs consoeurs au gouvernement quoi !) Ces conseillères n'ont pas évité à l'AEQ quelques gaffes dont sa déclaration anti-avortement de 1982.«maladroite» aux dires mêmes d'un collaborateur de l'AEQ assez réactionnaire pour avoir soulevé un tollé de protestations, y compris de chrétiennes.L'Église finançait déjà depuis longtemps les mouvements anti-avortement et les organismes familiaux prônant entre autres, comme seule contraception l'abstinence en période de fécondité.«Mais il y a d'autres formes de récupération des femmes, ajoute Flore Duprié ; en contraception, l'Église à encouragé la méthode sympto-thermique en donnant un soutien financier extraordinaire aux laïcs engagés dans sa promotion, comme Serena Elle soutient aussi les mouvements de couples : Remuement conjugal (Marriage Encounter).Rendez-vous.Service d'orientation des foyers.Couples et familles.» Anita Caron reprend : «Autre exemple : la liturgie.On nous permet de lire l'Épître (mais non l'Évangile) ou d'animer les chants, comme si c'était des rôles importants.Alors que ce ne sont que des fonctions de service, des changements cosmétiques, une nouvelle fioriture.Rien de plus.Nous ne pouvons toujours pas influencer l'orientation même de la liturgie » «On a essayé, rappelle Flore Duprié.de septembre 1984 27 LA VIE EN ROSE pallier le manque de prêtres en nommant diacres2 des hommes, surtout mariés.Maintenant, on permet à leurs épouses de suivre exactement le même cours - jusqu'à l'examen - et de s'impliquer dans la pratique autant que leurs maris.Mais on leur refuse toujours de devenir diacres elles-mêmes.» «Et pourtant, poursuit-elle, les évêques ne font plus rien sans avoir une femme sur leur comité.Ils appellent systématiquement le Mouvement des femmes chrétiennes pour des témoignages ou un «rapport».Ils ne veulent jamais plus être accusés de ne pas tenir compte de la voix des femmes.Mais c'est pour la forme : dans l'action, ils l'ignorent».Tristes androgynes Toute la campagne de mobilisation précédant la visite papale aura mis en évidence aussi l'importance de la pastorale dans les écoles, prisons, hôpitaux, auprès de «populations captives» qui n'ont pas le choix de recevoir ou non l'enseignement, d'être ou non présentes, de participer ou non aux célébrations.Cela au prix d'investissements considérables de temps et d'argent.Or, quels sont les effets de la pastorale actuelle sur les jeunes, par exemple, ces jeunes que Jean-Paul II traitera aux petits oignons lors de son passage à Montréal ?Flore Duprié et Anita Caron enseignent à des filles issues de ces pastorales de secondaire ou de collégial : «C'est incroyable, à pleurer; elles ont 20, 21 ans et aucune combativité.Elles ne voient aucun problème, n'ont aucun intérêt au féminisme.Elles viennent chercher ici une recette d'amour pour mettre dans le monde.«Cela reflète bien le genre de récupération qui s'opère dans les milieux religieux.Les activités pastorales ne portent que sur la vie affective : on est bien et on fait de belles cérémonies ensemble, on fête, on se creuse des nids douillets.C'est leur premier contact avec la religion : chercher des réponses simples.«C'est une génération qui en a marre des bagaires, entre hommes et femmes par exemple.Ils et elles sont attiré-e-s par landrogynie.qui serait la réconciliation du masculin et du féminin.Mais la reprise de ce mythe grec est un piège : la réalité du conflit entre les hommes et les femmes disparaît, c'est la fusion !» Cela ne ressemble-t-il pas au mariage catholique où l'homme et la femme ne font plus qu'une personne : l'homme ~> Flore Duprié et Anita Caron sont d'accord avec notre boutade.«Selon les livres, reprend l'une, il y eut 1ère du matriarcat, que les féministes ont exhumé, puis celle du patriarcat, et là on s'en va vers la synthèse : «l'androgynarcat».Les pétards du Pasteur Y a-t-il plus qu'un gag à rapprocher Boy George et Jean-Paul II, ces deux faux androgynes ?Plus féministes.que le pape ! «La montée des femmes est un signe des temps auquel l'Église doit être sensible».Jean XXIII «Reconnaissons les ravages du sexisme et notre appropriation masculine des institutions ecclésiales et de tant de réalités de la vie chrétienne.La reconnaissance en l'Église de notre propre déformation culturelle nous permettra de dépasser les concepts archaïques de la femme tels qu'ils nous furent inculqués pendant des siècles.» Monsieur Louis-Albert Vachon, Synode des évêques.Rome, octobre 1983.Le Devoir.26/6/84 À Kehrsatz.en Suisse, le 14 juin 1984, le pape déclarait qu'il «fallait se demander sérieusement si la femme a déjà, dans l'Église et la société, la place que Dieu a prévu pour elle et si sa dignité et ses droits sont reconnus de façon satisfaisante.» La Presse, 15/6/84 Mgr Raymond St-Gelais, de Saint-Jé rôme, membre du comité ad hoc [de l'Église canadienne] sur le rôle de la femme dans l'Église, estime «urgente» la question de la place de la femme dans l'Église, un problème «très sérieux» (.) il admet que «le non-accès, a priori, des femmes au sacerdoce est une certaine forme de discrimination» et que l'Église, «interpellée, doit questionner ses positions traditionnelles à l'endroit des femmes».«Par contre, ajoute-t-il, il y a de plus en plus de femmes dans les lieux décisionnels».Il cite l'exemple de son diocèse, où les services comptent 10 femmes pour 8 hommes, et de la régie diocésaine, composée de 2 femmes et de 6 hommes.Le Devoir, 26/6/84 «La fréquentation de plus en plus épi-sodique des églises catholiques n'est pas en contradiction avec le fait qu'il y avait 10 000 personnes dans les rues de Montréal à la Grande marche du pardon, au dernier Vendredi saint.Comme pour Boy George au Forum.Diane Dufresne au Stade, le «gros show» est devenu la seule possibilité de rassembler les gens autour de symboles religieux : de là le pape au Parc Jarry.«Vatican II a voulu purifier la religion de ses aspects dévotionnels : processions, chants grégoriens, messes en latin, etc.C'est la magie qui a été évacuée, ce que les gens aimaient de comparable à la Saint-Jean : la foule, les pétards, les lumières, les finales de hockey.On a besoin de marquer sa vie par des rituels.» Les trois jours de Jean-Paul II au Québec auront-ils un effet magique sur les femmes d'ici ?Et réciproquement, les gestes des femmes sur les positions du pape 1 Ou, encore là.Soeur Claire Richer n'a-t-elle pas raison, en comparant la visite papale à la tournée commerciale de Boy George : «Les organisateurs ont pris la voie facile du bain de foule, qui permet au peuple de se sentir les coudes et au pape d'avoir l'impression d'agir en Pasteur.Mais le pape retournera à Rome sans être conscient des problèmes du Québec et particulièrement des problèmes des femmes du Québec » 1/ Mais ses fonctions excluent les sacrements d'Eucharastie, de mariage, de confession, etc.2/ Diacre clerc non encore admis à la prêtrise LA VIE EN ROSE 28 septembre 1984 PAR LA BOUCHE DE LEURS CANONISATIONS Le 11 septembre, parmi les 250 000 P) fidèles massés au Parc Jarry, il y aura aux premières loges 1 500 Paradis et Grégoire venus de toute l'Amérique assister à la béatification de leur petite-cousine Marie-Léonie (Grégoire-) Paradis, fondatrice de la Congrégation des Petites soeurs de la Sainte-Famille.Sauf, peut-être, les 400 «servantes du Bon Dieu» encore au service de prêtres québécois, toutes les religieuses du Québec n'apprécient pas forcément cette pré-canonisation.«Reconnaître «l'héroïcité» de Marie-Léonie.se demande même Soeur Réjeanne Martin, n'est-ce pas consacrer le type de femme le moins dérangeant pour l'Église sinon l'idéal féminin de Jean-Paul II?» Réjeanne Martin, 53 ans, est membre, elle, de la Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne, une communauté rurale vouée à l'enseignement des filles.Elle a prononcé ses voeux en 1950, 100 ans après Esther Blondin, la «fille de Terrebonne» fondatrice de sa congrégation.Elle trace un parallèle entre l'histoire de Marie- Léonie et celle de «sa» fondatrice.« Esther Blondin aussi a été écrasée, réduite au silence, et reléguée à des besognes de sous-sol par des hommes.Elle avait tenu tète à l'aumônier, un certain Louis Maréchal, qui voulait ni plus ni moins usurper la gérance de la communauté et dicter ses volontés aux soeurs Comme elle s'y opposait ouvertement, il lui ordonna de se démettre elle-même de ses fonctions ; Mgr Bourget s'en mêla et donna raison à l'abbé Maréchal.«Il y a une immense recherche à faire, avec une grille d'analyse féministe, pour déterrer la véritable histoire des pionnières des communautés religieuses.» Au sujet de Mère-Léonie et des servantes du bon Dieu», Réjeanne Martin raconte que ce type de communautés a été fondé par des clercs, donc par des hommes, et pas du tout par des femmes.«Au départ ce sont des prêtres, de Sainte-Croix, si je me souviens bien, qui en ont eu l'idée.Ils avaient besoin de «ménagères de presbytères», alors ils ont demandé à certaines femmes, dont Mère Marie-Léonie.de mettre ce service sur pied.Comme il serait gênant pour des prêtres de réclamer le mérite de cette fondation, on l'attribue aux femmes.» «Rien que d'y penser, je me mets en rogne.On a assujetti les femmes, on les a consacrées à des tâches de service.Nous n'avons jamais analysé en profondeur cette exploitation ; nous n'osons pas l'examiner de trop près, à cause des religieuses elles-mêmes, qu'on ne veut absolument pas mépriser.Je n'ai pas voulu voir le film Les servantes du Bon Dieu de Diane Létourneau.parce que j'étais sûre que ça me mettrait hors de moi.«Il ne me répugnerait pas que Marie-Léonie soit canonisée si c'était pour son vécu de femme et pas parce qu'elle était au service des prêtres.«Pour avoir droit à la canonisation, il faut avoir pratiqué héroïquement les vertus théologales (foi.espérance, charité), cardinales (est.nord.sud.ouest ?) et annexes et avoir quelques miracles à son actif II faut aussi que la communauté investisse autour d'un million de dollars pour mettre en branle le procès de canonisation.La vie des aspirantes' est examiné à la loupe, non pas par d'autres femmes mais par l'élite cléricale mâle.«D'ailleurs, la canonisation de notre fondatrice.Esther Blondin, rencontre un obstacle majeur : pendant son agonie, supposèrent délirante, elle aurait mentionné l'affaire de l'abbé Maréchal, de sorte qu'on peut la soupçonner de ne pas lui avoir accordé un pardon tout à fait héroïque.«Bien avant cette cérémonie d'apparat officiée uniquement par des hommes, la canonisation des femmes met en lumière les contradictions les plus flagrantes : l'objectif spirituel de l'Église est de proposer aux croyant-e-s des maîtres à penser, des modèles de vie spirituelle, ce qui a de l'allure.Mais est-il nécessaire de payer un tel prix pour se faire offrir des modèles valables 7 Et à plus forte raison des modèles douteux de sacrifice féminin 7»FIN P.S.: Au fait, l'Église catholique a-t-elle déjà canonisé un homme pour avoir héroïquement consacré sa vie à l'entretien matériel et domestique des religieuses ?Question à faire damner une sainte.septembre 1984 29 LA VIE EN ROSE FÉMINISTES DANS LES MURS À quand la dernière scene?LA VIE EN ROSE 30 uel est, en un mot, l'impact sur vous de l'Église catholique ?»-«Écoeurement total, colère, indignation, révolte, mépris, héritage moraliste.» Si la question est de La Vie en rose, les réponses, elles, proviennent, non pas de vieilles féministes athées aiguisant toujours leur dent contre le clergé duples-siste, mais bien de huit femmes chrétiennes dont l'âge varie de 21 à 55 ans.«À 20 ans, je ne comprenais pas le fameux devoir conjugal : il fallait être disponible en tout temps et les méthodes anticonceptionnelles étaient interdites.Par contre, si j'avais mal à la tête le soir de mon ovulation, ce n'était pas péché ! Mais je suis restée dans l'Église et je n'ai compris que plus tard le mépris que je ressentais.Avant de décortiquer le discours de l'Église, je ne pouvais qu'être mal à l'aise.Maintenant, je suis révoltée.» (Judith Dufour.55 ans) «Le discours et les pratiques de l'Église provoquent chez moi une colère viscérale, une rage équivalente à rien d'autre, sinon au comportement des hommes, au patriarcat.Dans les deux cas.j'ai l'impression d'affronter une machine organisée, consciente, concertée de domination et d'oppression des femmes.C'est là où Église et patriarcat ne font qu'un.«De l'Église, ce qui me blesse encore plus, c'est la distorsion du message de l'Évangile, auquel j'adhère.A-t-on déjà vu une institution massacrer autant le message mêque qu'elle invoque 1 Cette hypocrisie, ce camouflage me révoltent.Au fond, mon option de foi ne peut se maintenir, ne prend son sens, que dans ma révolte face à cela.» (Louise Desmarais, 37 ans) septembre 1984 «Je fais aussi l'équation Église = antiféminisme.Même croyante, je ne me trouve plus dans cette Église en porte-à-faux.Depuis que je lutte avec des femmes, que je suis féministe, le joint entre foi et Église ne se fait plus, ne peut plus se faire.(Martine D'Amour.26 ans.) Vaches sacrées Avec Diane Gariépy (39 ans), Isabelle Drolet(21 ans), Dominique Trudel (27 ans).Louise Lebrun (27 ans) et Luce Bédard (24 ans), elles sont donc huit féministes chrétiennes à militer, ou à avoir milité, dans des organismes chrétiens progressistes dont la Jeunesse ouvrière catholique (JOC), le Mouvement des étudiant-e-s chrétien-ne-s du Québec (MECQ), le Regroupement-action-milieu (RAM) et L'autre parole (groupe autonome féministe).Quelles contradictions y vivent-elles comme féministes 7 Comment peuvent-elles concilier la «nécessité de partager leur foi avec d'autTes» avec le peu d'ouverture de l'Église catholique romaine aux revendications des femmes ?Et d'abord, quels sont, dans ces mouvements habituellement mixtes, les principaux points de friction 7 H y a premièrement la question du pouvoir lui-même : «C'est comme partout ailleurs : les hommes détiennent le leadership.Malgré un nombre égal d'hommes et de femmes, le pouvoir, lui.ne l'est pas.» Mais il y a aussi «les questions de sexualité, d'homosexualité, de contraception.tout ce qui concerne le couple, les rapports de sexe, le mariage, la famille, la maternité, l'autonomie des femmes et le contrôle de leur corps».Ces discussions baignent parfois dans le sexisme le plus ordinaire : «Notre principe, à la JOC.c'est de respecter le niveau de conscience du ou de la jeune travailleur-, euse.Mais quand on amène un gars à une activité, qu'il demande en arrivant : «Y a-tu des plottes icitte ?», et qu'un membre de la JOC lui répond «Oui», eh bien moi, je ne suis pas d'accord.Je n'accepte pas de me faire traiter de plotte par respect du niveau de conscience du gars !» Un autre sujet semble particulièrement tabou : le rôle du prêtre : «Il ne faut surtout pas attaquer la prêtrise directement.Moi-même je me suis censurée là-dessus : ça touche la sensibilité de personnes précises.Le vieux prêtre avec qui on travaille, qu'on connaît bien, il a l'impression qu'on lui enlève toute sa vie quand on conteste, au nom du bon sens, que tout ce pouvoir soit à lui seul.» Magie eucharistique Historiquement, la pagaille commence souvent quand les femmes décident de se regrouper, de discuter entre elles d'abord : «À la JOC, on constatait qu'on n'avait pas accès aux postes permanents et qu'on était tout le temps en arrière des gars, très littéralement, même dans les manifs et on a décidé de s'en parler.Les gars sentaient peut-être leur pouvoir menacé.» Une autre reprend : «C'est ce qu'on a vécu au Mouvement des étudiant-e-s chrétien-ne-s en 1981 ; les femmes se voyaient entre elles et les gars se sentaient exclus.Puis on a fait de petites actions qui ont néanmoins chambardé le mouvement pendant six mois.Par exemple, en plénière, on notait sur de grands cartons le nombre d'interventions coupées, de blagues sexistes, etc.avec une légende que seules nous connaissions.C'était la folie furieuse, les gars braillaient ; sans être très révolutionnaire, ça soulevait des questions.» Pourtant, les femmes elles-mêmes hésitent à faire certaines ruptures, trop difficiles ou controversées.En premier lieu.l'Eucharistie, ce «lieu de résistance du sacré» : «Même au MECQ.où les femmes se regroupent de façon autonome, certaines ne veulent pas célébrer ensemble l'Eucharistie.Moi, personnellement j'aurais osé mais pour elles c'est trop chaud.Et quand les gars sont là.c'est encore pire : on n'ose même pas en parler».la religion elle-même : «En soi.le christianisme est intéressant C'est l'écart entre les valeurs chrétiennes authentiques et l'Église-institution hiérarchique qui est insupportable.Bien sûr qu'en tant que féministe je suis mal à l'aise dans une Église dont la définition même de la femme est fausse.Par contre, je trouve très évangélique d'être féministe parce que le Christ a témoigné aussi de la soif de justice et d'égalité que nous, les féministes, invoquons.» Cela soulève un autre débat : pourquoi, quand on critique tant l'institution qu'il a fondée, continuer d'utiliser le Christ comme «signifiant» 7 Au lieu de Mahomet, Maho-mette.ou l'Égyptienne Isis 7 Pour l'une, «le Christ est un ensemble de valeurs : chaque fois qu'une femme se bat pour plus de justice sociale, elle est mon Christ.» L'autre admet qu'elle aurait pu être influencée par Mahomet qui véhiculait aussi des valeurs fondamentales mais, dit-elle, «Moi.je suis née au Québec et j'adhère Vous avez été renversé par un camion allemand.Vos blessures sont graves.Vous seriez mort sans l'intervention (Tune femme.Même à L'autre parole, groupe autonome sans lien avec les diocèses, «lieu d'ouverture, non censuré, où porter des questions allant complètement à rencontre du discours officiel», la messe a déjà créé des frictions : «Alors que nous célébrons entre femmes, de façon non traditionnelle, à partir d'une symbolique reflétant nos vies, certaines tiennent à l'Eucharistie «pour qu'il se passe vraiment quelque chose» et traditionnellement, c'est la présence du prêtre qui valide l'Eucharistie.Un Christ féministe Pour la plupart d'entre elles, c'est l'institution de l'Église qui est fautive et non pas à une personne historique venue dire qu'il n'y aurait pas de Royaume, de libération totale de l'humanité, à moins de suivre certains chemins.Toute personne qui suit ces chemins me rallie profondément Je me retrouve culturellement dans la personne de Jésus-Christ mais j'ai des connivences avec toutes les personnes gravitant autour des mêmes valeurs.Par exemple, j'ai beaucoup de complicité avec des «athées» socialistes et aucune avec des chrétien-ne-s de droite.Je me bats aux côtés d'autres femmes pour l'avortement et pour moi c'est dans la ligne de ce que Jésus-Christ est venu annoncer : j'y puise une signification profonde.» septembre 1984 31 LA VIE EN ROSE Chevalières de Troie Pour d'autres aussi, cette perception historique de Jésus est fondamentale : «Peu m'importe que le Christ soit mâle ! Après tout c'était bien une société patriarcale et toutes les divinités de l'époque étaient mâles ! Ce sont ses valeurs qui importent, pas son sexe.Évidemment, le monde juif de l'époque aurait éliminé (aussi) une femme ayant tenu un discours semblable à celui du Christ.Mais, historiquement, aurait-on même rapporté son existence ?Surtout, aurait-on fondé une Église sur elle 7 Douteux.U suffit de voir à quel point la Bible puis l'histoire judéo-chrétienne ont écarté les femmes, de Marie-Madeleine à la papesse Jeanne, à quel point elles n'ont au mieux que des cultes mineurs.Sur cette exclusion, sur la mauvaise «traduction» faite et entretenue à travers les siècles de la parole du Christ, des apôtres aux évangélistes, aux papes, aux théologiens, aux curés, il y a unanimité.Nos huit vis-à-vis sont aussi d'accord sur un constat plus grave encore : de toutes les institutions, l'Église catholique sera la dernière à changer, à capituler devant les exigences des femmes.Nous comprenons mal, alors, pourquoi la plupart d'entre elles ont choisi quand même d'y rester, de «lutter à l'intérieur.» Comment peuvent-elles concilier leurs priorités féministes avec la surdité de la structure ?«Je revendique mon titre de féministe à part entière mais mon site spécifique est la religion.Je décortique le fameux discours fabriqué par les hommes, parce que notre oppression est logée dans le noeud même de notre acculturation religieuse.Mais tous les aspects de l'oppression des femmes me concernent autant : j'ai lutté pour l'avortement.j'ai défendu Les fées ont soif, à l'université je me bats pour que l'analyse féministe soit reconnue dans toutes les disciplines » «Moi j'y reste, et j'identifie mes chevaux de bataille : par exemple, il est inacceptable que nos permanents et aumôniers soient nommés d'en haut.Il faut les choisir conformément à notre perception de l'Église ; même chose pour la question hommes-femmes malgré la hiérarchie !» Le salaire de la peur ?En fait, la position de ces femmes nous paraît intenable : jusqu'à quel point les milieux chrétiens progressistes - et particulièrement les femmes - peuvent-ils soutenir des positions et des luttes que l'Église officielle réprouve ?Ce serait mordre la main qui les nourrit, la plupart d'entre eux étant directement financés par l'Église.Ne s'ensuit-il pas une sorte d'auto-censure chez les militant-e-s chrétien-ne-s tiraillées entre les 50 000$ nécessaires à leur organisation et l'hypocrisie de la hiérarchie, de ces curés, par exemple, qui ont leurs maîtresses tout en radotant le dis- cours officiel et en réprimant les moeurs trop libres (ex.: concubinage, divorce) des laïques chrétien-ne-s.Certaines résolvent la contradiction en partant : «Maintenant, je milite où je veux, dans des luttes féministes, par exemple contre la porno.Les femmes sont devenues ma priorité.» Mais partir de l'Église n'est-ce pas renoncer à toute possibilité de créer un rapport de force 7 Par ailleurs, y resteT, n'est-ce pas accepter de se taire sur trop de questions qui attaquent le coeur même de l'Église : l'avortement, le mariage et l'hétérosexualité, ce «nerf de la guerre», comme dit l'une 7 À cela s'ajoutent les questions bien politiques et délicates de gestion interne.Les chrétien-ne-s progressistes avaient-ils déjà perçu l'Église comme une vieille tante riche disposée à leur fournir gentiment l'argent nécessaire à leurs luttes sociales ?Ils et elles ont bien vu que la vieille n'avait rien de magnanime quand, dans les années 60, elle a démantelé d'un coup, en lui coupant les vivres, tout un «mouvement d'action catholique» devenu tTop fort, de base et de leadership, «prêt à se battre à mort pour des questions fondamentales».Quelques générations plus tard, la gauche chrétienne aurait-elle peur que le scénario se reproduise, ce qui expliquerait son silence face à la visite du pape, quels que soient les débats que celle-ci ramène à la surface ?D'autant plus que ce sont les femmes qui soulèvent les questions les plus gênantes : morale sexuelle, ordination des femmes, avortement.etc.«Je ne serais pas surprise d'entendre certains gars dans nos rangs nous dire de nous la fermer : «Les filles, vous allez nous couler !» Dans tous les milieux mixtes, et rares sont les autres, les femmes ne savent-elles par expérience ou par «intuition féminine» (la vraie !), que la question des femmes ou plutôt la remise en question du pouvoir patriarcal est toujours le point limite.«Là, tout ce qui s'appelle progressiste recule d'un cran, devient quasiment réactionnaire» FIN LA VIE EN ROSE 32 septembre 1984 LE SALUT DANS LA MARGINALITE Lb institution catholique a enfer-I mé tout esprit critique à l'inté-I rieur des frontières d'un dis-I cours religieux détenu exclusivement par des hommes.La libération de l'esprit critique ne viendra qu'à travers les femmes croyantes qui démystifieront le discours religieux masculin.» Soeur Réjeanne Martin est agente de pastorale au Cégep Bois-de-Boulogne.Comme plusieurs des féministes interrogées ici, elle se réfère constamment à la thèse de la marginalité, qui découle entre autres de la théologie de la libération.L'une des plus éloquentes porte-paroles de cette thèse est la théologienne américaine Rosemary Reu-ther.De passage à l'Université McGill en février dernier, Madame Reuther expliquait dans sa conférence que les théologiennes féministes pourront amener le renouveau qui s'impose au sein de l'Église ; que les femmes de façon générale renverseront la vapeur, nous faisant passer dune doctrine de haine à une doctrine d'amour («Nous n'avons pas encore entendu l'Évangile de Marie») ; que les hommes seront alors forcés de reconnaître et de réparer leurs erreurs ; enfin, que «l'Église devra payer d'avoir imposé sa théologie masculiniste.» Pour elle, les groupes chrétiens féministes séparatistes, constituant des bases autonomes en-dehors du contrôle et de l'institutionnalisation des églises, sont essentiels à la lutte, qu'elle voit en trois étapes.D'abord dénoncer le sexisme de la tradition chrétienne.Ensuite, étudier les Écritures saintes pour y découvrir ce qui promeut la cause des femmes.Finalement, faire connaître les Mères de l'Église, autant celles qui ont laissé leurs traces que les X tÎLUir.autres, oubliées ou.brûlées Reuther voit enfin la nécessité pour les théologiennes féministes d'établir une base à partir de laquelle dialoguer de plain-pied avec l'establishment religieux.' Juste avant la désertion Les groupes séparatistes féministes qu'évoque Reuther sont pour Réjeanne Martin les «marginales», au sens le plus noble Selon elle, ces regroupements autonomes, comme L autre parole, sont le salut d'une Église qui, «rigidifiée dans un contexte patriarcal, finira par se pétrifier et se désagréger d'elle-même, si elle n'intègre pas les femmes.D'où l'espérance des femmes croyantes pour la transformer.Un organisme, quel qu'il soit, ne se sauve que par ses éléments marginaux » Plus tôt.Anita Caron avait affirmé que «pour les femmes, et le laîcat en général, la seule démarche spirituelle (était) dans la marginalité».À cela.Réjeanne Martin ajoute : «Les marginales sont autonomes, elles se nou-rissent amplement entre elles.Dans notre groupe, nous avons célébré cette année l'événement de la résurrection de Jésus par un rituel qui était loin d'être une messe.Même si je suis religieuse, j'ai de plus en plus de peine à assister aux messes, encore moins à d'autres événements, comme une ordination : je suis trop frappée par cette cour impériale mâle.» Même si elle admet que l'Église officielle peut être un sérieux obstacle à la création d'une foi réelle, en plus d'être superflue.Réjeanne Martin n'y renonce pas : «Sans structure, comment une communauté universelle de croyant-e-s solidarisé-e-s pourrait-elle exister 7 Par ailleurs.l'Église a fait l'erreur d'imposer un discours uniforme.ce qui est le propre de l'impérialisme, en effet Mais c'est une église totalitaire et sectaire.«Comment puis-je donc me réclamer d'une telle institution ?C'est ma théorie sur la marginalité qui l'emporte : si nous quittons, nous encourageons un sectarisme encore plus absolu.C'est peut-être une cause perdue d'avance, mais l'espérance est plus forte que le désespoir.» Alors que l'Église catholique maintient les femmes (pourtant majoritaires dans ses rangs) dans une marginalité de fait violemment dénoncée, les féministes chrétiennes semblent voir dans leur marginalité choisie une planche de salut.Au-delà de ce dernier contact avec la chrétienté, sinon avec l'Église, ce serait la rupture totale.Pourquoi ne font-elles pas le saut, comme avant elles Mary Daly ou d'autres 7 Leur choix est fait, disent-elles, d'acculturation catholique, d'affinités personnelles, et de la nature même de leur foi FIN 1/ Ceci est un compte-rendu de Marlène Wil-deman.«catholique d'éducation mais critique d'inclination» ! septembre 1984 33 LA VIE EN ROSE Mary Daly PAPE POP (EN) PLASTIQUE 17#?p pnfrpi/iiP r/p Slirnlt?Rrnssarrl 4 % 4% * 4 ZA \ Pour la féministe radicale Mary Daly, professeure de théologie au Boston College, «le rôle du langage dans la transformation de la conscience (ou au contraire dans notre enfermement dans de vieilles habitudes et structures de pensée) est un thème essentiel».' Déjà dans son premier essai, L'Église et Le deuxième sexe, cette théologienne catholique «situait l'anti-féminisme dans le langage théologique.» Depuis, à travers Beyond God the Father (1973), Gyn/Ecology (1978) et récemment Fvre Lust elle a continué à prouver que «toutes les religions défilent derrière l'étendard sacré du patriarcat».2 «Toutes - du bouddhisme et de l'hindouisme à l'Islam, au judaïsme, à la chrétienté, à des dérivés profanes comme le freudisme, le jungisme, le marxisme et le maoïsme - sont les infrastructures de l'édifice du patriarcat» L'écrivaine Nicole Brossard, une de ses vieilles complices, l'a interrogée par correspondance sur la visite du pape et son impact sur les femmes.MARY DALY: Si elles regardent bien le ape, les femmes ne peuvent que se rendre pmpte à quel point il est comique.Affirmer tre propre sens de la réalité à la face d'un onument aussi mortellement sérieux, voilà ui révèle son absurdité profonde.De quoi partir d'un énorme rire hystérique, en effet.En ridiculisant Sa Nullité,3 nous pouvons libérer nos énergies refoulées et notre créativité.La visite du pape peut ainsi devenir un formidable catalyseur d'actions-interventions créatrices et sorcières, du théâtre de guérilla, par exemple.LA VIE EN ROSE septembre 1984 NB : Dans ton livre Pure Lust, tu emploies l'expression passion (en) plastique.Qu'entends-tu par là ?Peut-on utiliser ce concept pour analyser le type de rapport que les femmes entretiennent avec une réalité-ou une fiction -comme le pape ?MD : J'ai décrit ces passions (en) plastique comme des ombres qui polluent notre espace intérieur, qui nous angoissent et nous paralysent Ce ne sont pas des passions vraies qui, elles, impliquent le Mouvement, la Parole - des é-motions qui relient notre psyché aux autres et au monde extérieur.Contrairement aux passions vraies, comme la Rage par exemple, dont on peut nommer les origines, les passions (en) plastique sont des sentiments sans attaches qui provoquent chez nous des ruptures, des fragmentations.Je peux en citer quelques-unes : le sentiment de culpabilité, l'angoisse, la dépression, la malveillance, l'amertume, le ressentiment, la frustration, l'ennui, la résignation, la complaisance à se conformer à un rôle.Même les féministes endurcies qui s'opposent à tout ce que le pape peut dire, ou presque, ressentent ces jours-ci de la culpabilité, de l'angoisse, de la déprime.Parce que le patriarcat nous a consignées dans la Caste des Touchables, les femmes sont touchées physiquement, psychique-ment et émotivement par ce genre de non-événements orchestrés par le patriarcat.Pour faire éclater cette Caste de Touchables, il faut retrouver et exercer nos Pouvoirs de contact absolu Et ça.ce n'est pas en niant que ça se passe ou en ne faisant qu'y réagir, mais en Agissant par et pour Nous-mêmes.Je propose de profiter de la visite du pape comme d'une occasion de nous réunir, de célébrer notre Réalité, d'atteindre nos propres Pouvoirs spirituels Par exemple, mettre en scène des parodies, des caricatures du pape, organiser nos propres parades, faire du théâtre de rue, etc.en mettant l'accent sur notre Rage, en exerçant notre pouvoir de dérision et surtout en affirmant le sens autonome que nous donnons à nos vies.Il existe une autre espèce de pseudopassions que j'ai baptisées passions atrophiées.Ce sont des passions authentiques qui n'ont pu croître normalement.Tout comme le bonzai de 9" de haut qui aurait pu devenir un arbre de 80 pieds, elles sont naines et leurs racines restent superficielles.Et en plus, comme elles ont été tordues/ distordues, elles prennent des directions anormales, elles se trompent d'objet.Ainsi on dresse les femmes à mal orienter leur amour, leurs désirs, leur plaisir.On les entraîne à détester ou à haïr ce qui ne les menace pas (les autres femmes, entre autres), à s'attrister pour des choses qui ne devraient pas les rendre tristes, à espérer ou désespérer pour de mauvaises raisons, à craindre ou désirer des choses injustifiées, à se tromper d'objet de colère.La visite du pape sert à réprimer nos passions authentiques.On trompe les fem- mes en leur faisant croire qu'elles doivent aimer le pape, désirer son approbation et se réjouir de sa visite.Pour y arriver, elles doivent rejeter leur propre réalité, craindre leur propre liberté, désirer s'auto-sacrifier comme des esclaves consentantes et retourner leur colère contre elles-mêmes.NB : Penses-tu que c'est par hasard que le pape vienne en 1984 ?MD : Absolument pas Dans le grand classique d'Orwell, 1984.la société totalitaire est dominée par l'image de Big Brother qui apparaît partout sur des écrans de télévision.Le pape va encore plus loin parce qu'il représente en plus l'image contemporaine du mâle assumant le rôle de la Déesse-mère.Jean-Paul II («// vous veut»), c'est la superstar, robe blanche et mâchoires d'acier, qui a enchanté des centaines de milliers de téléspectateurs-trices et des auditoires tout aussi gigantesques.Il fait son apparition comme la Reine du Paradis daignant nous rendre visite, con-descendant de son avion particulier de continent en continent, embrassant le sol de chaque pays.Dans sa magnifique robe féminine, ce pape pop est On trompe les femmes en leur faisant croire qu'elles doivent aimer le pape et se réjouir de sa visite.devenu l'archétype chéri des médias.Mais, comme toutes les déministes le savent ce pape s'emploie à renforcer les idéologies basées sur la haine des femmes, tous les mythes, les rôles, les règles qui sapent tout respect pour la vie - en se parant par ailleurs de l'étiquette Pro-Vie.Dans 1984.Orwell a parfaitement identifié la stratégie de la double pensée Le pape nous en donne un exemple éloquent.L'un des slogans du parti, dans 1984.c'est «L'amour c'est la haine».En comparant les déclarations du pape sur l'amour à ses actes et à sa doctrine réels, les femmes perspicaces peuvent voir à quel point ce slogan lui va bien.Par exemple, le 6 septembre 1983, le Boston Globe publiait un communiqué de l'Associated Press reprenant un discours adressé par Jean-Paul II aux évêques américains : «Le pape Jean-Paul II a fermement réitéré sa position contre l'ordination des femmes et il s'est adressé hier aux évêques américains pour réaffirmer les principes traditionnels de l'Église face à la sexualité et au mariage, même si ces principes ne sont pas très populaires.«Mais le souverain pontife a aussi invité les évêques à s'opposer à toute «discrimination contre les femmes sur la base de leur sexe».«Le pape, qui s'adressait à 23 évêques dans sa résidence de Castel Gandolfo, au sud de Rome, leur a enjoint de réaffirmer les positions de l'Église contre la contraception, le divorce, l'homosexualité, les relations sexuelles avant le mariage et l'avortement.» La contradiction de ce texte saute aux yeux.Quand on exerce notre pensée non dédoublée, on se rend compte que ce genre de raisonnement est tout à fait typique.Mais il ne faut pas tomber dans le piège de la réaction primaire, en militant inconditionnellement pour l'ordination des femmes dans l'Église catholique, par exemple.Comme je l'ai déjà souvent suggéré, cette attitude équivaut à celle d'une personne noire qui se battrait pour que les Noir-e-s aient accès aux postes de direction dans le Ku Klux Klan.Ces génuflexions (pour quémander des mini-vérités ou des demi-mensonges) prennent l'allure d'auto-humiliations absurdes.Cette réaction est aussi futile que de demander aux marchands de pornographie hard core d'établir un dialogue avec les féministes sur l'aspect moral de leur industrie gynocide multi-milliardaire.Cela ne fait que susciter un sentiment de frustration et renforce les Méga-mensonges.1/ Demaris Wehr.«Fracturing the Language of Patriarchy".New York Times.22 juillet 1984 2/ Citée par D.Wehr.idem 3/ C'est volontairement que nous respectons ici la façon d'écrire, ou de renommer avec majuscules, etc.de Mary Daly.septembre 1984 35 LA VIE EN ROSE EPILOGUE FATAL Par Denise Boucher La journaliste sortit à cinq heures pour aller mener son enquête hyper-réaliste Pour interroger son monde, elle n'avait dans ses bagages que deux questions.À la première, que pensez-vous de la visite du pape, on lui répondit : - « Le medium est le message de la structure, on n'est pas pour se mettre à lui donner du contenu.» - «Nothing.» - «Un gros problème.» - «Je ne peux pas penser à cela, ça m'inhibe.» - «Ah ! seigneur !» - «Ça va mettre Montréal sur la map.» - «Disons que je meurs, disons que j'ai ramassé assez d'argent pour avoir le pape à mes côtés, je vais mourir quand même, so ouate ?>itatm LA VIE EN ROSE - «Oui mais, les femmes.» - «Les gars qui fabriquent la papemobile ont l'habitude de construire des camions de pompier et depuis qu'ils ont commencé, ils ont arrêté de sacrer.» - «Comme ça coûte les yeux de la tête, je ne verrai rien.» - «Vous parlez de Djipitou (JP2) ?» - «En tout cas, ça crée une passion collective.» - «Et les femmes là-dedans ?» - «Tous les Polonais vont se prendre pour le pape ou le contraire.» - «Il va venir glorifier une servante blanchisseuse blanchie.» - «Trudeau ne sera pas là.» P«Dans le gaz lacrymogène, en Corée, il été le seul à ne pas pleurer.Il a été capable de faire voir de rien pour contrôler la foule.» À sa deuxième question, qu'elle croyait de mauvais goût, croyez-vous que le pape sera assassiné ?, on lui répondit : - «Je n'ai pas le goût de faire de la politique et je sais que ce n'est pas bien.» - «Je pense aux Orangistes mais la reine va venir l'accueillir et Jeanne Sauvé aussi.Le nom de cette femme est déjà une garantie.» - «Je souhaite que non, ce serait pire que Dallas et mauvais pour le tourisme.» - «Ça prendrait un assassin du dimanche.» - «Non, grâce à la papemobile d'un modèle canadien dont la structure intense (heavy duty) sur six roues gardera seulement la cabine intacte.» - «Mais voyons, le pape est indestructible.» - «C'est un grand défi technique.» - «Oui, et ce sera par un féministe turc.Ou par Martin Dufresne.» - «Mais voyons, pas de panique !» - «D'un certain côté, je dirais que oui, mais de l'autre, je dirais que non.» La journaliste rentra chez elle à minuit pour taper les réponses reçues.Elle se disait qu'elle avait manqué de veine parce qu'elle n'avait pas rencontré de fanatique véritable FIN septembre 1984 gent.Même un enfant de deux ans peut se servi LA VIE EN ROSE présente M1MI, un jouet d'apprentissage hors du commun.MIMI est un programme interactif à l'aide duquel l'enfant crée des contes passionnants, tout en se familiarisant avec les lettres de l'alphabet.À l'aide de MIMI.l'enfant peut: IMAGINER et CRÉER les aventures fascinantes de Mimi la fourmi et ses amis, les lucioles, les escargots et les papillons; VOIR des scènes animées et différentes pour chaque lettre du clavier; ENTENDRE de courtes pièces musicales issues des répertoires enfantin, folklorique, populaire ou classique; APPRENDRE à reconnaître, de "l'Averse" au "Zzzz" d'un moustique virevoltant, les lettres de l'alphabet.Et MIMI a une très bonne mémoire! L'enfant ou l'adulte peuvent enregistrer des histoires comprenant jusqu'à 120 scènes et les faire exécuter automatiquement.MIMI, c'est des milliards d'histoires au bout des doigts! L'auteure, Anne Bergeron, enseigne dans le domaine des applications pédagogiques de l'ordinateur à /' Université du Québec à Montréal.Elle prépare déjà une suite à MIMI.MIMI est disponible sur COMMODORE 64 et demande un lecteur de disques.COUPON REPONSE Veuillez me faire parvenir .de MIMI à 69,95$ l'exemplaire.(+ taxe de vente provinciale: 99r) exemplaires Total: .?MASTERCARD: No de compte: .Date d'expiration: .?VISA: No de compte: .Date d'expiration: .I I I I I 1 T Nom: .Adresse: Tél.: .Code postal: Signature: .Veuillez faire parvenir votre chèque ou mandat postal à l'ordre de: LA VIE EN ROSE 3963, rue St-Denis Montréal, QC H2W 2M4 Commandes téléphoniques acceptées: (514) 843-7226 ou (514) 843-8366 Santé maladies Alerte s- ¦ transmises ' sexuellement V6il6ri6nt1G ne des questions principales soulevées au Congrès international sur les MTS (ou maladies transmises sexuellement), qui avait lieu à Montréal du 17 au 21 juin dernier, portait sur l'aspect paradoxal de la l m lutte contre ces maladies : V.J malgré un arsenal thérapeu-tique de plus en plus sophistiqué, on ne peut que constater la recrudescence et la réorientation alarmantes, voire déroutantes, des MTS.On peut même parler, sans pessimisme déplacé, d'un certain échec au niveau de leur contrôle actuel, et affirmer que les prospectives ne sont guère plus réjouissantes.En ce qui concerne les femmes, la question est d'autant plus délicate que.dans la plupart des cas.les différentes maladies vénériennes sont difficiles à dépister et bien souvent non symptomatiques, jusqu'au moment où la maladie se déclare par le biais des complications plus sérieuses qu'elle aura fini par engendrer (cancer, stérilité, etc.) La maladie ou la santé ?On a beaucoup paire de maladie à ce congrès, et très peu de santé Cette différence de perspective est très révélatrice : à bien y penser, nous accordons plus d'importance à la maladie qu'à la santé, et toute la machine pharmaceutico-médicale traditionnelle est là pour en témoigner.À signaler également ce que j'appellerais une forme de sensationnalisme assortie d'un certain culte de la vedette, bien évidemment gonflés par les différents médias.C'est de cette façon que les désastres vénériens ont pu brièvement occuper une place bien méritée sur l'avant-scène de l'information, avant de redisparaître aussitôt dans les coulisses douteuses où on les garde habituellement, réservant par Dominique Robert comme toujours aux chercheurs le soin de trouver les médicaments, aux médecins celui de les prescrire, et aux malades celui de les consommer.Ainsi, je dirai qu'il ne suffit pas de révéler que le SIDA fait 90 morts par semaine aux États-Unis et que les D' Mon-tagnier, du département d'oncologie1 à l'Institut Pasteur de Paris, et Fauci, du National Institute ot Allergy and Infectious Diseases du Maryland, affirment être sur la voie de la découverte de l'agent responsable de cette maladie et d'un moyen d'y remédier ; qu'au Zaïre et en Afrique centrale, presque autant de femmes que d'hommes en sont atteints et que le fait de connaître si peu de choses sur le mode exact de transmission du SIDA laisse planer une appréhension inquiétante quant à ses possibilités de propagation ; que le fait pour une femme d'avoir des condylomes2 du type HPV 16-18.combiné au tabagisme, pourrait fort bien être une des causes du cancer du col de l'utérus ; que sévit depuis plus de 20 ans une épidémie de chlamydia, MTS dont on parle peu mais qui crée presque autant de problèmes que l'herpès, la cause la plus fréquente de salpingite chez les femmes (inflammation des trompes de Fallope menant bien souvent à des grossesses ectopiques et à la stérilité, entre autres), et qu'aucun programme de contrôle sérieux de cette épidémie n'a été entamé dans la communauté internationale ; que la stérilité, en grande partie attribuée aux MTS (peut-être abusivement : on parle même de 50% des cas) est devenue un problème de plus en plus alarmant dans les pays industrialisés ; que des mauvais traitements ou suivis de maladies vénériennes ont permis à de nouvelles souches de virus plus résistants aux antibiotiques de s'établir et que cette situation prévaut actuellement dans les pays du Tiers-Monde.Je dis qu'il ne suffit pas d'apprendre toutes ces choses à titre d'individu-e comme autant de matière à consommation automatique.Car la racine du mal vénérien est plus politique que privée et linter-hérapeutique adéquate se devrait le plutôt qu'individuelle.5 roche horizontale qui ressortait très clairement êrie de présentations regroupées titre Les MTS.une approche de type communautaire, que présidait avec autres Jean Robert, chef du département de santé communautaire de l'hôpital Saint-Luc de Montréal, un des propagateurs du concept de «santé vénérienne».Dans un congrès aussi sagement traditionnel que celui-ci, c'est dans ces présentations moins tapageuses et d'ailleurs moins populaires, que j'ai trouvé l'information la plus réellement sensationnelle.Comme l'a mentionné Georges Causse, de l'Organisation mondiale de la santé, dans les conclusions qu'il apportait aux différentes communications, «il faut aussi parler des défauts de la lutte contre les MTS».C'est-à-dire dénoncer explicitement l'approche médicale traditionnelle ou «verticale» (agent étiologique, diagnostic, traitement), typiquement paternaliste et strictement curative qui.dans le cas des MTS, ces maladies méprisables, continue d'entretenir les préjugés monogamiques, racistes et «hétérosexualisants» de la société en général, et de pratiquer encore trop souvent des interventions thérapeutiques moralisantes ou même culpabilisantes.LA VIE EN ROSE 38 septembre 1984 La seule approche qui permettra de lutter réellement et efficacement contre les MTS devra être envisagée au départ comme «horizontale», à savoir celle où l'individu-e concerné-e sera encouragé-e à participer activement à sa santé vénérienne, à déterminer positivement les risques vénériens du groupe d'activités sexuelles auquel il ou elle appartient, pour appliquer ensuite les mesures préventives ou thérapeutiques qui lui sont appropriées (par exemple : régularité et nature des dépistages, qualité des soins et des suivis).Pour ce faire, il est primordial d'insister, comme l'ont fait plusieurs spécialistes dans ces présentations plutôt «alternatives», sur le rôle même des intervenant-e-s de la santé, ne serait-ce que dans le domaine de l'éducation.Voilà bien un défi de taille : changer le -la consomma-teur-trice passif-ve de services médicaux (d'ailleurs tacitement encouragé-e à ne rien changer de son comportement par la machine pharmaceutico-médicale) en sujet actif et responsable de sa santé physique Celui de transformer aussi le personnel médical sagement traditionnel en partisan d'une nouvelle médecine socialisante, ce qui.de quasi-dieu qu'il est le ramènerait à son état originel de mortel faillible ! La partie sensible On a donc surtout parlé là du concept d'auto-santé, mis de l'avant au départ dans les centres de santé pour femmes et par les gais, dans le cas de la santé vénérienne plus particulièrement.Et ce concept d'auto-santé, mis au service d'une approche médicale horizontale, demeure le seul moyen de remédier à l'échec imminent de la lutte contre les MTS.présentement bloquée par des interventions exclusivement assumées par l'État sans le concours actif des citoyenne-s.Mais nous touchons là la partie sensible de toute la question vénérienne, et bouclons le paradoxe d'une logique aussi capricieuse, l'enjeu étant, finalement cet argent que fournit l'État et qu'il faut absolument obtenir afin de mettre sur pied des programmes efficaces de contrôle des MTS.Mais l'État préfère justement continuer à investir de la même façon (et.en passant, de moins en moins) dans des services médicaux dispendieux et inadéquats plutôt que d'appuyer des mesures d'intervention médicale alternatives, c'est-à-dire préventives et informatives qui.à la longue, coûteraient moins cher à tout le monde.Et c'est à vous que je laisse le loisir de spéculer sur cette étrange aberration FIN 1 / Oncologic : étude des tumeurs cancéreuses 2/ Condylome : petite tumeur d'origine infectieuse (virus, syphilis) 3/ J'aimerais ajouter, à titre d'information supplémentaire, qu'il existe une très bonne publication intitulée Maladies Transmises Sexuellement écrite par Donna Cherniak et Allan Feingold, parue pour la première fois en 1973 aux Presses de la Santé et qui est disponible gratuitement dans les CLSC Elle renseigne de façon excellente sur la plupart des MTS.leur origine, leurs symptômes et le choix de traitement Êtes-vous une «dame au Chlamydia»?Encore une vaginite à champignons.Encore des pertes vaginales.Et le médecin qui ne trouve toujours rien.Portrait familier ?Si vous êtes de ces «chroniques», si vos menstruations sont plus douloureuses qu'avant, si votre cycle a changé, si votre examen gynécologique montre une rougeur au col que votre médecin qualifie de «normale» ou «due à la pilule».vous êtes peut-être de ces milliers de Québécoises atteintes de la maladie transmise sexuellement (MTS) la plus répandue au monde' et pourtant encore inconnue de la majorité des médecins du Québec : l'infection par chlamydia.Minuscule bactérie dont on ne parlait pas encore il y a quelques années, le «chlamydia trachomatis" a pris la vedette par Carole Beaulieu du récent Congrès international conjoint sur les MTS tenu à Montréal du 17 au 21 juin dernier.Et pour cause 1 Dix fois l'herpès Selon les spécialistes de la santé présents au congrès, le chlamydia est au moins dix fois plus fréquent que l'herpès et peut être considéré comme la plus importante menace actuelle à la fertilité des femmes.Comme le chlamydia n'est pas au Canada une MTS à déclaration obligatoire.2 et bien qu'il attaque aussi bien les hommes que les femmes, il est impossible d'avoir une idée exacte de l'ampleur de l'épidémie.Selon le docteur Christian Fortin de l'Hôtel-Dieu de Levis, le chlamydia est au Québec plus répandu que la gonorrhée.l'herpès et la syphilis réunis.3 Et il fait des ravages ! «Des femmes qui n'ont pas été traitées à temps pour le chlamydia découvrent aujourd'hui qu'elles sont infertiles, dénonce le docteur Geneviève Dechêne.médecin à la clinique «jeunes adultes» de Verdun.Parmi celles-là.un nombre croissant d'adolescentes.4 Il faut faire quelque chose».Une épidémie de complications Le palmarès des complications attribué au chlamydia a en effet de quoi faire frémir : cervicites, grossesses extra-utérines.5 avortements spontanés, salpingites (inflammation des trompes de Fallope), infertilité.Mais pour traiter le chlamydia, faudrait-il encore le diagnostiquer.Et c'est là que le bât blesse.Le diagnostic du chlamydia est en effet particulièrement difficile, plus de 50% des femmes atteintes ne présentant pas ou septembre 1984 39 LA VIE EN ROSE peu de symptômes L'ignorance des médecins (difficile de chercher une infection dont on ignore même l'existence) et l'aspect «silencieux» des symptômes, sont compliqués par l'inaccessibilité des examens de laboratoire.Le seul test permettant de diagnostiquer le chlamydia est long et coûteux (entre 40$ et 50$).Pas question d'y avoir accès en cabinet privé.Seuls les hôpitaux universitaires - une vingtaine - disposent des équipements nécessaires et les restrictions budgétaires limitent le nombre de prélèvements permis.N'y ont donc jusqu'ici eu accès que les «cas litigieux».Pendant ce temps le chlamydia demeure la principale cause de salpingite au Canada6 et la MTS la plus fréquemment transmise au nourrisson.7 causant conjonctivite et pneumonie.Un nouveau test moins dispendieux et plus rapide, étudié au Laboratoire de santé publique du Québec, devait être prêt au printemps, ce qui, toutefois, ne le rendra pas largement accessible avant deux ans.D'ici là, selon Genevière De-chêne, les femmes devront éduquer leur médecin et surtout être vigilantes : - ne pas accepter qu'une «rougeur au col» soit attribuée à la pilule si le test du chlamydia n'a pas été fait ; - se rappeler qu'il n'y a pas de traitement minute contre le chlamydia, qui résiste à la pénicilline et ne s'avoue vaincu qu'après deux semaines (trois, selon des spécialistes français) de tetracycline.8 - refuser les «brûlures du col» (ineffi- caces contre cette MTS) si le test n'a pas été fait et qu'il n'y a pas trace de cancer ; - dans le doute, trouver un médecin qui acceptera de traiter l'infection même sans test de laboratoire.«Entre les risques de salpingite, de stérilité, et deux semaines d'antibiotiques, mieux vaut traiter à l'aveugle.» conclut Geneviève Dechêne.Cachez cette cervicité que je ne saurais voir Problème de santé, le chlamydia est aussi un problème politique, selon certaines femmes médecins qui n'hésitent pas à dire que si une maladie avait des effets aussi dévastateurs sur la fertilité des hommes, il y a longtemps que des mesures de prévention et de dépistage auraient été prises.Pour Geneviève Dechêne.qui rencontre parfois quatre ou cinq cas de chlamydia par jour, il ne fait pas de doute que le chlamydia doit devenir une MTS à déclaration obligatoire, «du moins jusqu'à ce qu'on ait enfin des données précises.» Mais pour cela, comme elle le dit si bien, «il va falloir que l'opinion publique s'en mêle et rappelle au gouvernement que toutes ces complications coûtent cher au régime d'assurance-maladie.» La bataille est loin d'être gagnée.En effet, même si des études ont prouvé que les dommages permanents chez les femmes sont beaucoup plus élevés que chez les hommes, c'est encore «d'urétrite non-gonoccocique» dont parle la profession médicale, alors que c'est de «cervicité» qu'il faudrait parler chez les femmes 1 Alors que l'Ontario vient en août de faire du chlamydia une MTS à déclaration obligatoire, faudra-t-il au Québec voir se multiplier les «dames au chlamydia» avant de lancer une véritable «alerte au col rouge» ~> FIN 1/ 500 millions d'hommes et de femmes, selon un document de l'Organisation mondiale de la santé, «Les principales MTS», cité au Congrès de Montréal, juin 1984 2/ Contrairement à la syphilis et à quatre autres MTS dont les médecins doivent rapporter au ministère des Affaires sociales chaque cas diagnostiqué Cette déclaration est anonyme 3/ au Canada, une étude de 1982 a montré que 30% des femmes qui consultaient pour des pertes vaginales étaient infectées au chlamydia.Canadian Family Physician.1982 4/ Selon une étude américaine.16 à 18% des adolescents sexuellement actifs sont atteints New York Times.5 juin 1984 5/ Depuis 20 ans, on a noté au Canada un accroissement de 300% du nombre des grossesses ectopiques Rapport hebdomadaire des maladies au Canada.Santé bien-être Canada.23 mai 1981.6/ Canadian Family Physician.1982 Il Le chlamydia est la MTS la plus fréquente chez les femmes enceintes.Dans les maternités américaines, on a relevé près de 20% d'infection chez les mères.International Health Magazine 8/ Le traitement gratuit offert par certains hôpitaux a de sérieux effets secondaires : nausées, vomissements, contrairement au traitement payant, de 35 à 38$ LA VIE EN ROSE 40 septembre 1984 ECOLOGIE Le fleuve Saint-Laurent est-il une poubelle?Ci Jacques Cartier revoyait le fleuve Saint-Laurent aujourd'hui, il y a bien des chances que l'envie lui prenne de rebrousser chemin.Montréal, par exemple, est une des rares villes d'Amérique du Nord Vqui rejette ses eaux usées dans un fleuve sans aucun traitement préalable.Mais les municipalités du Québec sont-elles plus polluantes que les industries ?Non, car quand la biologiste Sylvaine Zimmermann a commencé au printemps dernier à examiner les études concernant les quantités de contaminants déversés chaque année dans le fleuve et ses affluents, elle a découvert autre chose que des serviettes sanitaires ou des vieilles chaussettes ! Quelles sortes de polluants les industries rejettent-elles 7 De quelles industries parle-t-on 7 Quels peuvent être les effets de ces polluants sur la santé humaine ?Autant de questions auxquelles Madame Zimmerman a tenté de répondre Premièrement, dit-elle, pour faciliter la comparaison entre les différents secteurs d'où originent les contaminants, on mesure la pollution en DBO ou Demande biologique d'oxygène.Ces calculs permettent d'établir que l'industrie des pâtes et papiers au Québec pollue l'équivalent de 15 114 516 habitant-e-s, l'industrie alimentaire autour de 738 706 habitant-e-s et tries au Québec polluent donc 40 millions d'habitant-e-s ! Quelles autres sortes de contamination retrouve-t-on ?La contamination par des métaux lourds toxiques comme le mercure, qui s'attaque au système nerveux et provoque des lésions cérébrales ; et le plomb qui, après ingestion, est facilement absorbable par l'organisme et affecte particulièrement les jeunes enfants et les nouveaux-nés.Des recherches ont démontré que même de faibles quantités de plomb peuvent entraîner un sous-développement ou une diminution des facultés cérébrales.Troisièmement, il y a le chrome dont l'absorption par voie buccale cause des lésions aux reins.Au chapitre des métaux lourds, on peut citer encore : l'arsenic, dont la réputation comme poison n'est plus à faire, le cadmium, l'alumi- par Magali Marc nium.le zinc.Tous ces métaux lourds se retrouvent en plus ou moins grandes quantités dans nos cours d'eau et représentent une menace pour la faune, la flore et la santé humaine.Comme si ce n'était pas suffisant, parmi les contaminants déversés chaque année dans le fleuve, on compte des agents particulièrement coriaces : les organo-chlorés.La plupart des insecticides utilisés au Québec sont des organo-chlorés, ainsi que les phytocides (herbicides) comme l'agent orange (tristement célèbre pour son utilisation massive au Viet-Nam par l'armée américaine, il a fait l'objet de poursuites, de la part des vétérans, contre les compagnies chimiques qui l'ont vendu au gouvernement américain.Les vétérans ont reçu des compensations monétaires de ces compagnies) L'agent orange contient des dioxines, autre mot rendu célèbre par la catastrophe écologique de Seveso.en Italie, où des femmes qui avaient été exposées au nuage toxique s'échappant d'une usine de produits chimiques, ont accouché de bébés souffrant de malformations.Poissons et poisons Il existe aussi d'autres types de pollution comme le déversement accidentel ou régulier de liquides contenant de fortes concentrations d'acide, et comme la pollution thermique, c'est-à-dire le déversement d'eaux dont la température est plus élevée que la température ambiante du cours d'eau récepteur, ce qui provoque parfois la mort de la faune aquatique exposée, par exemple lors de la ponte des oeufs des poissons au printemps.De toutes ces sortes de pollution, les pires sont sans doute les déversements de métaux lourds et d'organo-chlorés.nous dit Madame Zimmermann, car ces contaminants sont toxiques même en très faibles quantités.Nous avons donc de quoi nous inquiéter puisque ces toxiques se promènent dans nos eaux en quantités anormales.Déjà, une étude portant sur des poissons échantillonnés dans une partie du lac Ontario révèle qu'entre 80 et 100% des poissons ont des tumeurs cancéreuses et que des rats nourris avec de tels poissons développent des cancers.Or, les popula- tions vivant aux alentours du lac où ces poissons cancéreux ont été échantillonnés, connaissent un pourcentage de cancers plus élevé que l'ensemble de la population.Ce qu'on ne sait pas encore exactement, c'est comment les différents polluants interagissent entre eux.On sait que la pollution par les pluies acides aggrave la pollution par le mercure.En effet, il est scientifiquement prouvé que l'apport d'acidité dans les cours d'eau augmente la solubilité des métaux lourds, ce qui les rend plus disponibles aux organismes aquatiques qui les accumulent.Le cas des Amérindiens du Grand Nord qui sont affectés par la maladie de Miramata (ville japonaise où l'on a pour la première fois détecté des cas de contamination au mercure chez des humains) est déjà bien connu.Les Amérindiens et les Japonais ont en commun d'être de grands consommateurs de poisson.Pour finir, une autre forme de pollution, moins connue et beaucoup plus insidieuse, s'ajoute à ce tableau déjà sombre : le déversement de déchets radioactifs.Les effets de tels déversements au Québec n'ont pas fait encore l'objet d'étude.Au Québec, nous avons deux réacteurs nucléaires, dont un demeure fermé pour des raisons mystérieuses.«Depuis la mise en marche du réacteur Gentilly II, remarque Madame Zimmermann.toutes les études sur les taux de radioactivité dans les alentours de Gentilly ne sont pas disponibles au public.» Elle ajoute qu'il serait temps que le ministère de l'Environnement du Québec ajoute les mesures de radioactivité dans son programme d'échantillonnage.Le but de cet article n'est pas de faire paniquer les lectrices, mais bien de montrer à quel point il est impossible de laisser les industries et les gouvernements «protéger» notre santé, les yeux fermés.Il ne s'agit pas de s'affoler, mais plutôt de sortir de cette douce et lénifiante euphorie qui consiste à croire que tout est sous contrôle.FIN_ 1/ Résumé des comptes rendus des rapports d'échantillonnage des eaux usées industrielles 1974-79.Environnement Québec- Environnement Canada.septembre 1984 41 LA VIE EN ROSE Journal Intime et Politique Pâques au Sacré-Coeur endredi Saint 20 avril.Le jour est choisi.Je traîne des infections sérieuses depuis le 15 mars.Ce matin, jour de crucifixion, le tout s'aggrave.J'hésite, j'ai peur, je pleure (je connais les hôpitaux, j'abhone les urgences, c'est, je me le dis, normal.).Ma mère appelle l'ambulance, direction Hôpital Sacré-Coeur.L'urgence est pleine à craquer.Papiers d'admission, première joie : l'ordinateur à qui on présente poliment ma carte inscrit Alonzo décédée.Pour un début ! Je ne suis pas cardiaque, mes parents non plus, c'est déjà ça.J'attends.Comme tout le monde.Sur une civière au matelas de caoutchouc fait pour un derrière de singe.Dans le corridor.Pies d'un sac de linge sale.qui pue l'urine à plein nez.Mais je suis à l'hôpital (universitaire, ma chère, où j'ai été si bien opérée lors de mon accident en 1966.rien à craindre, tout à espérer), donc en sécurité et.je serai soignée.par Anne-Marie Alonzo Je l'ai été.Ou du moins, dans leur vocabulaire à eux, ces travailleurs de la santé, j'ai dû l'être.J'ai dû ! Puisqu'on me l'a dit, assuré même.«Calmez-vous, relaxez-vous, vous êtes nerveuse.» Il n'y avait vraiment pas de quoi, j'aurais dû m'excuser.L'attente est ce que l'on sait, une heure, peut-être deux, mais" la civière est ce qu'elle doit et mes fesses.mais j'ai confiance.J'attends.Le (la ?) médecin passera dès que.Une sorte de zombie accroche la civière du bout des doigts et m'entraîne.Nous éraflons les murs, cognons d'autres «patients» fort souffrants, renversons presque d'autres zombies venant en sens inverse (étrange comme ça me dérange moins !), bref, nous nous rendons à l'autre bout du corridor.Prises de sang (je préviens : je n'ai pas de veines ou du moins elles sont très fuyantes), hémocultures ; l'infirmier (eh oui, la profession «féminine» par excellence se détériore.ou s'émancipe, tout dépend du point de vue) fouille mes bras, s'énerve gentiment peste contre mes veines, n'en trouve évidemment pas (j'avais prévenu !).Pas de médecin en vue.J'ai des crampes.Pas d'infirmière non plus.Décidément Ma mère tente d'en retenir une, tout le monde bourdonne, on n'est vraiment pas ici pour s'amuser (sic).J'ai des crampes à me couper le souffle.Je dois être gâtée ou impatiente ou chialeuse ou.mais j'aimerais bien (lire beaucoup) que quelqu'un daigne s'occuper de moi.Ma tête tape si fort qu'on croirait qu'elle va sauter.J'attends.L'infirmier revient.Il re-fouille mes bras, re-cherche des veines, l'urgence est calme, me semble-t-il, «a slow night».Où est donc le maudit médecin ?Je suis empoignée, tâtée, questionnée (plus ou moins, l'opinion de la malade compte si peu), re-tâtée aux mauvais endroits, j'ai beau leur dire que mon ventre, que ma tête surtout, ma tête s'il vous plaît (s'il faut que je me mette à supplier), c'est ma tête.Personne n'écoute.Salle 15.C'est tout.Le reste ne me regarde pas.Compris.Mon corps est votre corps.Disposez-en.Plus personne que ma mère.«La salle 15 LA VIE EN ROSE 42 septembre 1984 est pleine, pourriez-vous rester dans le corridor pour le reste de la nuit ?Que c'est aimable.» Non.bien sûr, ça ne me dérange pas, si ça peut leur rendre service.Je suis sûre que je deviens folle.Je n'ai rien dit J'attends.Samedi Saint.21 avril La nuit a passé : levine (ce tube que l'on passe dans le nez, car j'ai, paraît-il, une gastrite), piqûre pour calmer (quoi, moi ou la douleur ?), le médecin passe, ne fait que passer.Diagnostic : infection des fibres musculaires de la hanche (ça, je le savais), infection urinaire (je le savais aussi, je commence à connaître les symptômes depuis 18 ans), infection sanguine (ah ?! !), gastrite due à l'usage de trop d'anti-inflam-matoires (débrouillez-vous avec votre collègue qui les a prescrits).Et mes maux de tête ?Il n'en sait rien, n'en a pas entendu parler ; la communication, je l'apprendrai assez vite, n'est pas monnaie courante dans un centre hospitalier.Ma tête, docteur.Il s'inquiète (ça semble leur arriver de temps à autre), me tâte minutieusement la tête, le front, le cou surtout.Verdict murmuré (que la patiente n'entende pas) : «Pas de méningite».Radios, piélographie.poumons, re-prises de sang, cultures d'urine.J'attends.Le matelas m'a fait une rougeur aux fesses.Je fulmine, je n'ai jamais eu de plaies en 18 ans, nous n'allons pas commencer.La fièvre a grimpé.Je tremble comme un moteur fatigué, je m'engueule avec l'infirmière (ça aussi ne fait que commencer), le spécialiste n'arrive pas, il devait être là à 8 h La matinée ressemble à la nuit vacarme en plus.L'urgence prend vie.Défense de boire (mais je dois boire, j'ai une infection urinaire !).pas de soluté, le spécialiste s'en occupera (mais quand ?).Je triche, ma mère et une amie mouillent généreusement une débarbouillette que je suce vingt fois de suite.Je me soignerai seule s'il le faut.Les spécialistes arrivent en bande, six ou sept à la fois, à 14 h.Personne ne les avait prévenus.De l'inconscience, de l'incompétence ou de la négligence ?Tout à coup, en l'espace d'une heure, tout est fait : changement de lieu, mise dans une sorte de lit avec matelas anti-plaies.Je m'exclame, c'est beau ! Comparé à la nuit qui vient de passer.Imaginez une sorte de.Avez-vous déjà regardé Mash, l'émission de télévision ?Eh bien, la nouvelle salle ressemble un peu aux décors de Mash.Mais le lit-civière est doux, l'infirmière aux yeux bleus me sourit gentiment, je le jure.Tout est bien dans le meilleur des hôpitaux.J'ai de la fièvre à faire crever un cheval.J'attends le microbiologiste, l'orthopédiste, l'interniste.le généraliste, le neurologue, le chirurgien, l'urologue qui doit passer.Moi.je voudrais voir une psychologue 1 L'ai-je dit ?Je ne suis pas encore hospitalisée (aucun des spécialistes déjà vus ne veut le faire, je rebondis de l'un à l'autre et ça commence à faire mal où je pense), je suis à la salle d'observation de l'urgence, celle où l'on te fait croire que l'on te surveille jour et nuit au cas où.Il y a dix lits, j'ai le dernier contre le mur - ou contre ce qu'il en reste, un client plus enragé que moi en a arraché la moitié.J'y passe six jours, autant de nuits.Ma mère dort sur des chaises droites, relayée une fois par cette même fidèle amie.Les infirmières sont en nombre restreint (les coupures, les temps partiels, etc.), elles ne suffisent pas, courent comme des perdues (certaines, une minorité soyons juste, font comme si elles l'étaient), font mille choses à la fois et se font (ah ! ces chers clichés) engueuler par une sorte d'orang-outang déguisé en homme des cavernes et qui se dit médecin.Mes amies, ma mère, mes tantes sont chacune à leur tour à mon chevet.La confiance ne règne pas et la plupart des infirmières préfèrent me savoir entourée, sinon elles ne fourniraient pas.Je suis un cas de soins prolongés, disent-elles, et elles ne sont pas «équipées» - le mot est d'elles-pour s'occuper de moi convenablement.Toujours pas d'hospitalisation.Je n'ai pas encore été assez observée.Ma mère est épuisée.Si j'étais dans une chambre, à un étage, n'importe lequel.On me bourre d'antibiotiques, on fouille encore mes veines pour rebrancher le soluté finalement installé et qui s'est coincé.L'orang-outang lit un autre dossier que le mien et dit à ma mère que j'ai.il se reprend à temps, se rend compte qu'il s'est trompé de chemise : non, je ne suis pas en phase terminale de cancer.L'homme à qui appartient ce dossier meurt dans la soirée.Une femme asthmatique crache son âme.l'homme à mes côtés respire si peu et si mal qu'on dirait qu'il agonise, la petite du troisième lit a une phlébite au bras et une autre à la jambe.Les nuits sont longues et la fièvre tenace.J'y passe six jours et autant de nuits.Il y a des infirmières dont la finesse me bouleverse : cette aide qui me lave les cheveux, celle qui me pousse à faire une crise de larmes pour que je me défoule, l'autre qui travaille tant que ses joues tournent au bourgogne, celle si douce qui en a mal au coeur de me piquer des veines absentes et celle qui continue à venir me voir lorsqu'enfin un de ces maîtres de la santé et de la vie daigne m'hospitaliser Au septième jour, on m'offre enfin une «chambre privée» au 3' étage.12 juin Je suis restée 21 jours au chic Sacré-Coeur.Je devrais appeler ce texte Mémoires dune personne alitée (sic).Deux semaines après mon retour à la maison, je devais de nouveau me précipiter à l'hôpital et cette fois, forcer les portes de l'urgence du Centre hospitalier Saint-Laurent.Une des infections n'était pas enrayée.un autre cauchemar commençait.RN septembre 1984 43 Fiction ai toujours su qui j'étais.Te dire ce que cela a eu de conséquences sur ma vie c'est comme imaginer un bébé qui naîtrait en récitant les tables de multiplication.Ce serait un tel choc pour les parents.Comment reconnaître pour sien un enfant aussi monstrueux.J'ai toujours été illégitime.Et pourtant.J'étais bien la fille de mon père qui passait pour efféminé.Je ne savais pas alors tout ce que cette épithète contenait d'injures forcées J'étais bien la fille de ma mère, même si elle s'arrangeait pour l'oublier.J'ai toujours été moi, Andrée, dans un monde sens dessus dessous.Mon prénom ambigu, je l'ai toujours porté au féminin.J'étais une fille s'appelant Andrée, pleine de la liberté de ses mouvements, les chemins qu'on creuse dans le sable, les autoroutes de l'enfance, les cabanes dans les arbres, les sports d'équipe sur la glace de janvier.L'enfance s'édifie sur de la glace pourrie.Glace pourrie.Bois pourri.C'est en apprenant à signer mon nom que le sol s'est dérobé la première fois.On me prenait pour un autre.Cet André de l'institutrice Bonneau, je n'allais pas écrire cela.C'en était fait de son préféré.Et puisque je ne pouvais pas être SA préférée, je continuerais comme avant, je serais moi.J'étais moi avec deux e.sans petites robes à nid d'abeilles qui dévoilent les fesses et les cuisses et vous tiennent prisonnière sage au salon.J'étais moi sans réfléchir aux conséquences.J'étais moi sans vergogne.Je n'avais pas la pudeur propre à mon sexe, dirais-tu.par Maryse Pellerin Mais tu comprends tellement de choses que je ne comprends pas.Tout était si indéchiffrable.Pourquoi certains garçons me détestaient.Pourquoi un jour ils jouaient avec moi et l'autre, ils me renvoyaient avec des injures.Pourquoi Hermine pleurait quand on la traitait de garçon manqué.Hermine, c'était ma copine.Ensemble on a grimpé à l'arbre le plus élevé des environs.Hermine traînait partout une poupée sale et sans coquetterie.Elle disait au cas où elle aurait envie de jouer avec.J'aimais bien Hermine.Mais j'ai dû la laisser là, la laisser à celle qu'elle voulait être.Ses parents en furent comme soulagés.C'est à cette époque que j'ai escaladé dans ma tête toutes les montagnes de mon grand atlas.Puis encore beaucoup d'arbres vrais, mais seule.Sans Hermine et sans personne.En fait, si tu yeux savoir (puisque tu me demandes de te raconter tout ça), c'est de plus en plus sans personne que je faisais toute chose.J'avais observé qu'en ma présence, un tas de gens souffraient Que cette souffrance que je leur causais - car c'était bien moi la responsable - n'était pas sans rapport avec le fait que j'avais toujours su qui j'étais, que moi, c'était moi.Ils me préféraient en photo.J'étais tellement mieux l'année d'avant.Je m'habillais mieux ou j'étais moins pâle ou plus souriante.Ils étaient toujours là à me demander d'être une autre et quand parfois j'acquiesçais, ils paraissaient moins malheureux.J'arrivais à l'âge ingrat pleine d'ingratitude.Je quittais l'enfance sans demander mon reste.Humaine effroyable indivisible.Dans la prison de ma chambre, la seule tolerable, j'inventais des places fortes, des châteaux imprenables, des armures à toute épreuve.Je voyageais en blindé, en sous-marin étanche.Inattaquable et corrosive.Savoir ce qui me rongeait.Ma peau de chagrin, ils ont bien failli l'avoir.U faut que je te dise.C'est une femme qui la première m'a embrassée.Tu connais l'histoire de Carson Me Cullers ~> Un homme se serait présenté.Un homme m'aurait embrassée le premier.Je l'aurais suivi et je l'aurais épousé.J'aurais, par la force de ce baiser, tout donné jusqu'à me désapprendre.Cette femme, donc, dans un endroit pas très romantique, m'a embrassée et c'était comme avec Hermine au faîte de l'arbre.C'était étrange, à moitié soûle dans les chiottes, celte sensation de posséder le monde, de se posséder.Il y a eu d'autres femmes.Et d'autres encore.Plusieurs dans mon style.Je sais aujourd'hui qu'ils ont des termes bien précis pour nous désigner.On forme une sorte de confrérie.Mais je veux bien appeler ça gynécée pour toi qui dis souvent l'identité est un corps de langage.Mon identité passe par ton corps réel.Tu admets cela aussi.Tu me montres des photos de toi, jupes courtes, cheveux longs ongles longs.Ensemble on nous aurait pris pour le frère et la soeur.Tu as coupé tes ongles pour mieux me faire jouir.Quand je t'ai rencontrée tu avais fait ton grand ménage.Des garde-robes pleines à craquer.Des costumes fanés.Des masques usés.Des petits rôles sacrifiés sans regret.Tu dis : Je n'ai jamais bien su qui j'étais.Je dis ; Qui a jamais su qui j'étais ?Tu parcours de l'inédit.Je repars à zéro.Tu dissous ton personnage.J'assume celle que j'ai toujours été FIN LA VIE EN ROSE 44 septembre 1984 musique 5e Festival de jazz de Montréal Un jazz au-dessus de tout soupçon?Du 29 juin au 8 juillet avait lieu la 5e édition du Festival international de jazz de Montréal.Dans la rue Saint-Denis envahie, la foule swingnait gentiment sur des musiques cousines lointaines au jazz.Tard le soir, des salles pleines applaudissaient des « noms » avant toute chose.Drinking music.Acause de la souplesse de sa structure originale, le jazz noir a beaucoup influencé toute la musique actuelle ; il a lui-même été folklorisé, bluesé.rocké, intellectualisé et cela nous a donné de beaux concerts.Mais on l'a blanchi et poli quelquefois au détriment de l'émotion, remplacée par un certain «esprit sportif».Et de cette musique-taverne, les femmes sont presque absentes : sept performances sur les 200 (?) du F1JM, dont celles de la Japonaise Toshiko Akiyoshi et de musiciennes montréalaises comme Catherine Dostaler et Danielle Roger, qui savent quand même pourquoi elles jazzent Drinking music Au Spectrum ou au Saint-Denis, les projecteurs s'allumaient et la rumeur des applaudissements s'élevait comme si les musiciens, ayant à peine touché leurs instruments, venaient plutôt de clore une performance mémorable.Ici, plus de séduction, plus de complicité ; le «bon public québécois» était venu acclamer une vedette, un événement.La loi du moindre effort semblait frapper autant les artistes que leur auditoire et on ressortait des spectacles avec la vague impression d'être passée à côté de quelque chose Quant aux spectacles présentés à l'exté- par Danielle Lapointe rieur.Catherine Dostaler, saxophoniste montréalaise, en parlait «de l'intérieur» puisqu'elle était de La grande aventure, une formation créée spécialement pour animer la rue, pendant le FIJM.au moyen de bons vieux classiques : «Ces spectacles extérieurs ne donnent pas une idée réaliste de la recherche musicale poursuivie depuis plusieurs années parmi les musicien-ne-s de Montréal).Une programmation semblable donne un air de fête mais aide-t-elle à découvrir et à comprendre le jazz ?Ce n'est pas sûr.» 0 Car si pendant 10 jours une foule enthousiaste a pu créer l'illusion que «le jazz a sa ville», les musicien-ne-s d'ici savent bien qu'ils et elles ne sont pas près d'en vivre.L'esprit sportif Devant certains spectacles du FIJM.je me suis demandé si j'étais plutôt aux Jeux de Los Angeles ! Entre les séances de «body building» de Jack Dejohnette ou du batteur Guy Nadon, les avalanches de notes éparpillées du saxophoniste Pharoah Sanders, ou le purisme fendant du pianiste Dollar Brand, je me sentais prise d'un doute envahissant.Étais-je la seule?Danielle Roger, «drummeuse» de la Wondeur Brass, pense que pour certains musiciens «la musique est devenue une ligne droite, tracée d'avance, où la technique- un territoire «safe» sinon facile- Tanta évite au musicien de se compromettre en creusant son émotion».Catherine Dostaler, elle, ajoute : «C'est comme un dialogue de sourds ; j'assiste à un match de notes, où celui qui en fera le plus à la seconde sera le gagnant.» Pourtant, cette musique se voulait à l'origine un cri d'espoir et de liberté pour les Noir-e-s américain-e-s, qui transgressaient joyeusement et impudiquement les LA VIE EN ROSE 46 septembre 1984 règles musicales existantes.Révolutionnaire, le jazz était d'abord une affaire d'émotion(s).un élan gratuit où l'âme des musicien-ne-s était le fondement du son de l'ensemble.Mais le spectre de la technique s'est installé entre-temps : nous voilà face à des musiciens plus souvent virtuoses qu'inspirés, aux allures et gestuelles plutôt «macho», installés confortablement au creux d'une assurance et d'une suffisance hermétiques et platoniques.C'est une lutte à finir avec l'instrument Rarement, sauf peut-être devant Astor Piazzola, Egberto Gismonti et Nana Vas-concelos ou Michel Portai et ses jazzmen français, ai-je senti que le plaisir et le besoin de communiquer tenaient là-dedans une place primordiale.Elles jazzent Minoritaires dans la rue, dans les salles, les femmes l'étaient encore plus sur scène : sept performances au total sur près de 200 spectacles.Dans la série des Grands concerts.Madame Akiyoshi, cheffe d'orchestre, dirigeait son big band de 15 musiciens quadragénaires, en habit et cravate s'il vous plaît.Elle, plutôt menue, détonnait dans sa robe aux grands motifs fleuris.Sa musique, d'une facture assez classique, réussissait pourtant à surprendre par ses tonalités orientales et ses nuances, par un son qui envahissait la salle et l'instant d'après devenait aussi petit et brillant qu'une bille.Limpide et transparente, c'était une musique qu'on avait envie de boire.J'ai adoré.La chanteuse brésilienne Tania Maria, pour sa part, aurait pu déplacer des montagnes tant sa générosité et son énergie étaient communicatives.Carmen McRae, chanteuse de blues dans la plus pure tradition, rappelait aussi bien (ou aussi mal ') les crooners des années 50.Joanne Brackeen, pianiste américaine, montrait une démarche personnelle et intelligente mais un peu tiède, qui ne se démarquait pas vraiment du reste.Dans la rue, le groupe Bougainvillea.quatre musiciennes de Boston, exécutait impeccablement un jazz joyeux, léger, et aussi sympathique que.le meilleur livre de vos vacances ! Quant à la Wondeur Brass, ces six musiciennes de Montréal «bien déterminées à faire passer et reconnaître un son de femmes», elles ont joué une musique intègre et actuelle qui surprenait et fascinait ceux et celles qui avaient laissé leurs préjugés au vestiaire.Lorraine Desmarais, une jeune pianiste de Montréal, et son trio devaient gagner le Concours de jazz Yamaha (destiné à la relève) ; malgré une technique irréprochable et beaucoup de force, sa musique pourtant manquait de personnalité.Dans ce bee-bop accentué de quelques touches Wondeur Brass contemporaines, on sentait le flou de quelqu'une qui s'efforce d'intégrer des traditions établies plutôt que de trouver son propre lieu, desservie de plus par deux musiciens incolores.Ces quelques musiciennes se sentent-elles à l'aise dans la «taverne du jazz» ?Si certaines dont Tania Maria ou Lorraine Desmarais croient encore que la musique est une expression asexuée et qu'elle transcende nos comportements sociaux, Danielle Roger, elle, répondait «passer plus de temps à justifier le fait d'être une femme qui joue de la batterie qu'à parler franchement de musique».Elle et Catherine Dostaler s'entendent pour dire que leur musique est forcément différente «puisque ce sont nos corps, nos sexualités, notre rapport au monde et Lorraine Desmarais notre bagage culturel qui s'y expriment».Si elles ont choisi le jazz, c'est qu'elles y voyaient (quand même) une forme musicale qui leur permettrait d'explorer et de trouver un langage, des concepts, un mode de jeu et.partant, d'exprimer le plus librement leurs revendications et états d'être.Elles veulent faire une musique moderne et authentique qui s'écarte des sentiers battus et, peut-être, retourner ainsi aux sources même du jazz, là où le jeu, issu de la réalité, transmettait mieux l'énergie pour la transformer FIN Toshiko Akiyoshi Reprises : aiguisez vos oreilles C'est pas tout d'avoir l'oeil et l'oreille critiques.En 10 jours, comme vieille fan de jazz, j'ai aussi beaucoup aimé certains musiciens même «sportifs».Plusieurs des shows repassent cet automne à la radio de Radio-Canada (promo involontaire) : À CBF-FM stéréo, 100,7 ; à l'émission Jazz sur le vif, sam et dim.à 22 h Pour entendre de la musique audacieuse : Pharoah Sanders : 8 sept.; Dollar Brand et Ekaya : 22 sept.; Jack Dejohnetle : 13 oct ; Sam Rivets & The Winds of Manhattan : 21 oct.; Michel Portai avec Jeanneau, Humait, Texier : 24 nov.; et pour connaîtte la relève du jm québécois : Trio Lorraine Desmarais : 3 nov.A CBF-690, Montréal : à l'émission Sept heures, bonhomme : Pierre Akendengue : 26 sept.A CBF-Stereo (réseau anglais), dont CBM-FM 93,5, Montréal ; à l'émission Beat, le samedi de 20 h à 22 h Seront diffusés au cours de l'année les concerts de Akiyoshi-Tabackin Big Band, Carmen McRae, Egberto Gismonti et Nana Vasconcelos, Tania Maria, Stanley Turrentine, Sonny Rollins, Michel Portal avec Jeanneau, Humair et Texier, Michel Petrucciani, Joanne Brackeen et Martial Sola! Et d'autres à mon avis moins intéressants A surveiller.septembre 1984 47 LA VIE EN ROSE Dans le prochain numéro de LA VIE EN ROSE, l'écrivaine féministe américaine s'entretient longuement de création et de sexualité avec Lise Moisan et Sylvie Dupont, Francine Pelletier décrit le printemps survolté des Philippines, Hélène Pedneault interview -"i "~ Aussi : extraits de «Les dessous domestiques» (recherche du CSF sur le travail ménager), critique du Festival des films du monde.et tout sur Sonia Johnson, candidate à la présidence des États-Unis (le savie*-vous ?). CINÉMA Le retour de LéaPool « Ce qui m'intéresse dans le cinéma, c'est de créer non pas une histoire mais un état d'âme », nous disait Léa Pool en entrevue à l'automne 1981 Avec son film Strass Café, la ieune cinéaste montréalaise venait de gagner un prix au Festival des films de Sceaux et, surtout, de se gagner l'estime de milliers de cinéphiles impressionné-e-s par ce beau film d'atmosphère.Trois ans plus tard, Léa Pool lançait au Festival des films du monde (fin août à Montréal), dans la section Cinéma d'aujourd'hui et de demain , son deuxième long-métrage : La femme de l'hôtel.Curieuse de voir « où elle en était maintenant », Diane Poitras a vu le film et questionné l'auteure.i aurais envie de dire beaucoup de bien de La femme de l'hôtel : c'est un film où rien n'est gratuit, où rien n'est artifice, où tous les éléments sont nécessaires.Le scénario, derrière lequel on sent une réflexion intense et soutenue, nous entraîne d'une séquence à l'autre avec conviction ; la mise en scène est rigoureuse ; les dialogues vont droit à l'essentiel.Aucune place pour le flou ou le bavardage.Les comédiennes sont excellentes et bien dirigées (Louise Marleau, en particulier, étonne), les comédiens aussi.Ceci est d'autant plus frappant que l'intensité dramatique repose davantage sur la qualité de leur jeu que sur le déroulement de l'action.L'histoire est celle d'une réalisatrice, Andréa Richler (Paule Baillargeon), qui, pour la durée d'un tournage, décide de s'installer à l'hôtel.En exil.Étrangère, mais dans sa propre ville.Elle tournera, dit-elle, dans des lieux de passage : cet hôtel, une gare, une maison de repos, un théâtre.Dans cet hôtel donc.Andréa fait la connaissance d'une autre cliente, Estelle (Louise Marleau).Cette femme, dont «le silence est un cri à l'envers», pourrait fort bien être le personnage du film d'Andréa.Celle-ci le sait d'instinct.Elle cherche donc à découvrir ce que cette inconnue a à lui apprendre.Estelle, pour sa part, se laisse prendre à ce film qui empruntera de plus en plus à son univers à elle («Tu me par Diane Poitras voles ma vie», dira-t-elle plus tard à Andréa).Se développe alors toute une dynamique entre la réalisatrice, son personnage (interprété par Marthe Turgeon) et la nouvelle venue.Entre la réalité, l'imaginaire et la fiction.Transcender les choses Cette dynamique est à la fois le moteur et l'enjeu du film.Celui d'Andréa Richler comme celui de Léa Pool.«La question est de savoir si l'on arrive vraiment à transcender les choses.Si l'on dit la réalité, mais de manière plus platte.ça ne sert à rien de faire des films !» Léa me rappelle une séquence qui m'avait très impressionnée lors du vision-nement : Andréa est dans une station de métro.Collé à la portière d'un wagon, un homme pleure, le dos tourné aux autres passagers.Le train démarre et le bruit de ses sanglots disparaît dans le tumulte indifférent du quotidien.Andréa reste sur le quai, bouleversée.«J'ai fait semblant de ne pas le voir, dit-elle, parce que la réalité était trop forte » Réflexion sur le cinéma, sur son rapport à la réalité, à la vérité, cette séquence est aussi un moment dramatique d'une rare intensité.Exemple frappant de ce lieu privilégié où c'est la subjectivité qui confère au film son réalisme.Ou sa crédibilité.Les films de Léa Pool sont très personnels, bien qu'on y ait beaucoup remarqué l'influence de Marguerite Duras.Influence qu'elle n'a jamais niée d'ailleurs.«Je sentais très profondément son discours.sa façon de parler des femmes, entre autres.Mais aujourd'hui, lorsque je vois Strass Café, je me rends mieux compte de ce qui y était à moi.Le discours pouvait ressembler à celui de Duras, mais l'aspect cinématographique, lui.m'appartenait en propre.» Et effectivement, dans La femme de l'hôtel, quelque chose est encore plus affirmé.Si les questionnements se ressemblent d'un film à l'autre, il y a une manière plus sûre de poser les questions.L'exil comme choix Les personnages aussi se transforment.Léa Pool les avait voulus très désincarnés dans Strass Café.Silencieux, ils glissaient d'un tableau à l'autre comme dans de grands espaces vides.Dans son dernier film, elle nous donne plus d'information sur eux (elles) ; on peut leur imaginer une vie propre, ne serait-ce que par bribes.La réalisatrice travaille actuellement à un autre scénario qui.lui.portera le nom d'une femme, Anna Trister (quel beau tiare, encore une fois !).et elle veut ce troisième film encore plus incarné, plus physique.«Lorsque j'ai fait Strass Café, j'avais l'impression de n'avoir aucune place.Aujourd'hui, je réalise que cette place pas très bien définie où je suis, c'est un choix que j'ai fait et j'y suis bien.Je reconnais maintenant mon espace comme étant celui de l'exil.>> FIN 1/ La Vie en rose, septembre 1981.p 52 : «Léa Pool ou le cinéma de la différence».F.Guenette septembre 1984 49 LA VIE EN ROSE -Littérature r Ecrire par amour ou par ambition?Les femmes écrivent-elles par amour ou par ambition ?Les écrivaines Madeleine Ouellette-MichalsKa, Tilde Barboni, Catherine Rihoit, Françoise Lalande et Alice Parizeau étaient là pour répondre.C'était au Salon du livre de Québec, en mai dernier, et Michèle Roy y était aussi.a grande salle des stands, avec un public qui circulait davantage qu'il écoutait, était un lieu plus animé que le débat lui-même.À cette question trop vaste (ou creuse 7), à ces termes trop éloignés pour cerner l'acte d'écrire, les intervenantes, mal à l'aise, ont préféré dire pourquoi elles écrivaient.Madeleine Ouellette- Michalska, journaliste québécoise, a publié des nouvelles, un essai, L échappée du discours de l'oeil (Éd.Nouvelle Optique, 1981 ) et quatre romans dont récemment La maison Trestler (Éd.Québec/Amérique.1984) : «Me demander si j'écris par amour ou par ambition, c'est me demander de choisir entre le blanc et le noir.Je choisis toutes les couleurs.Écrire c'est d'abord un métier, non pas un passe-temps ; cela demande de la rigueur et de la compétence, de l'amour et de l'ambition.» Tilde Barboni, romancière née en Belgique en 1956.a fait paraître L'exil du centaure (Éd.Le cri/Vander, 1982) et Les nuits de satin blanc (Éd.Le cri/Vander, 1983) : «11 est absolument faux de croire que l'écTiture est une thérapie.Une thérapie permet de se désaJiéner, donc l'écriture serait se désaliéner de l'imaginaire.J'écris par urgence.» Catherine Rihoit, Française.38 ans, enseignante, journaliste à Marie-Claire (voir entrevue), a publié huit romans : « Écrire c'est toujours un acte d'amour.On écrit pour être aimé-e, avec l'espoir que les gens viennent à nous.» par Michèle Roy Françoise Lalande, enseignante née en Belgique, a fait paraître des poèmes.L'ambassadeur (Éd Jacques Antoine.1976), et des romans, Le gardien d'Abalones (Éd.J.A., 1983) et Coeur de feutre (Éd.J.A., 1984) : «C'est une question provocante parce qu'elle est réservée aux femmes.Je crois à l'urgence, j'écris pour être aimé-e (disait Jean Genet), j'écris pour ne pas crever.» Alice Parizeau, née en Pologne, habite au Québec depuis 1955 Elle a publié plusieurs essais et sept romans dont Les lilas fleurissent à Varsovie (ÉA.Cercle du livre de France, 1981), La charge des sangliers (Éd.CLF.1982) et Côte-des-Neiges (Éd.CLF, 1983) : «Ce ne peut pas être par ambition sinon j'aurais choisi un autre métier, car celui-là est atrocement intimiste ; on n'investit pas douze heures par jour pour être reconnue, il y a d'autres façons d'être reconnue beaucoup plus rapidement.Mais écrire est un métier et il doit être rémunéré.» Par urgence personnelle Pour faire bonne mesure, j'ai posé la même question à trois écrivaines québécoises dont la venue à l'écriture est différente.À Francine Noël, auteure de Maryse (Éd.VLB, 1983) : «Je n'écris ni par amour ni par ambition.Je pense que les gens ambitieux ne se lancent pas dans l'écriture, dans !e domaine des arts : ce n'est pas vraiment ça, le pouvoir.Le mot ambition suppose pour moi la compétition et je hais la compétition.Je ne la ressens pas à l'égard d'autres écrivain-e-s.Ce qui m'intéresse c'est apprendre d'eux, rencontrer des gens qui me parlent de mon roman.Il n'y a là aucune ambition.Par amour 7 II faudrait savoir par amour de quoi ! J'écris pour laisser des traces, par désir de rejoindre quelque part des gens qui sont mes contemporain-e-s, par goût d'écrire surtout » À Chrystine Brouillet, auteure de Chère voisine (Éd.Quinze.1982, Prix Robert-Cliche) et de Coups de foudre (Éd.Quinze, 1983) : «Je pense que l'on peut écrire par amour, pour séduire tout simplement.Par ambition d'être lue aussi.Une saine ambition, présente dans l'effort d'écrire quelque chose qui puisse intéresser les gens.Par amour encore, amour plus exclusif des mots écrits et des mots lus, amour du texte.» À Marie Laberge, dramaturge et comédienne, auteure de trois textes de théâtre dont Jocelyne Trudelle.trouvée morte dans ses larmes (Éd.VLB, 1983): «Drôle de question, un petit peu bizarre.Certainement par amour, uniquement par amour.Par amour d'une certaine forme de vérité, de recherche, amour de l'humanité, de l'émotion, de l'être humain.Certainement pas par ambition.L'ambition appelle l'arrivisme, la mesquinerie.L'écriture est quelque chose de si mince ici, de si fragile, qu'il n'y a pas place pour l'ambition financière, la renommée sociale.Par forme d'obligation interne, d'urgence personnelle plutôt.Écrire a à voir avec ce qui bouillonne dans le fond de l'être, avec ce qu'il y a de plus essentiel en moi.C'est ce que j'ai de plus essentiel » FIN LA VIE EN ROSE 50 septembre 1984 Le triomphe de Rihoit L'écrivaine française Catherine Rihoit était l'invitée d'honneur du Salon du livre de Québec, où elle présentait son dernier livre, Regards de femmes, un reportage sur l'amour.Pour Michèle Roy, qui l'interviewait, Rihoit talentueuse et prolifique, est une vraie « Bretecher du roman ».En plus féministe.par Michèle Roy Une manière de pop-star, oui, mais de l'écriture.Tout y concourt : l'âge, la fin de la trentaine ; les débuts publics fracassants à l'émission Apostrophes en 1978 ; les succès en série ; le soutien de la presse qui l'adore ou la hait, c'est bien semblable ; un rythme de production effréné ; une présentation quasi écrasante sur toutes les scènes : revues populaires ou spécialisées, journaux, cinéma, romans, enseignement.Une espèce de pop-star, oui, mais tout public.Elle a confessé un transsexuel, fait roman le scénario du film d'Ettore Scola.La nuit de Varennes, écrit un feuilleton d'été pour Le Monde ; elle anime la revue Roman et signe des articles dans Marie-Claire.Catherine Rihoit est Française, bien sûr.Mais surtout parfaitement adaptée.Capable d'un romanesque qui saccage tous les conformismes, sans cesser de faire rêver.Elle a développé une écriture semblable à sa parole, pleine de tendresse, et un style rapide, extrêmement travaillé, qui attaque en riant.La façon américaine appliquée à l'univers français.Catherine Rihoit : J'ai toujours voulu écrire mais j'ai vécu des périodes de doute, d'abord parce que.jeune, on m'a répété à l'école, partout, que les écrivains ne sont pas des femmes, que ce qu'elles écrivent est nécessairement mauvais, secondaire.Quand je disais, adolescente, que je serais plus tard romancière, on me riait au nez.Alors j'ai appris à me taire et j'ai canément cessé d'écrire.Puis je me suis mariée à 17 ans et l'année suivante j'ai eu un enfant.Je devais à la fois gagner ma vie et poursuivre des études, de sorte que pendant quelques années il m'était tout simplement, matériellement impossible d'écrire.À 23 ans, j'ai obtenu un poste de professeur et j'ai commencé à écrire mon premier roman.Portrait de Gabriel.Les circonstances étaient favorables : je gagnais correctement ma vie.mon fils septembre 1984 51 LA VIE EN ROSE Littérature était un peu plus âgé et.surtout, je, divorçais.Il est beaucoup plus facile d'écrire quand on ne vit pas avec un homme, dans une vie de couple traditionnelle Dès lors, pour reprendre l'expression de Virginia Woolf, j'avais une «chambre à moi».J'ai mis deux ans à terminer ce premier roman, deux autres à le publier Le suivant.Le bal des débutantes, paru en 1978, a été mon premier succès de librairie.Depuis, il y en a eu cinq autres.LVR : Dans vos romans, des jeunes femmes naïves.Isabelle, Stella Framboise, sont aux prises avec un nouvel aspect de la réalité et jettent sur le monde un regard né de leur malaise Est-ce bien le cheminement de toutes les narratrices ?CR : Je suis certainement une romancière de l'angoisse et du malaise, des thèmes qui m'intéressent puisqu'ils rendent compte d'états que nous vivons toutes.Les anecdotes et situations diverses de mes romans expriment, sur un plan symbolique, le malaise que chacune ressent, l'idée de ne pas être assez bien, pas aussi bien que les hommes, et de vouloir être acceptée à tout prix.Cependant je veux aussi montrer l'envers, les hommes de plus en plus mal à l'aise aujourd'hui face aux femmes.Elles changent et eux ne savent pas très bien s'en sortir.D'ailleurs, dans Portrait de Gabriel et Les petites annonces, le personnage principal est.par choix, un homme.J'ai voulu explorer la psychologie masculine et me détacher de cette tradition de la romancière qui n'a le droit d'écrire que sur des femmes, alors que si vous êtes un romancier.Je pense qu'accéder à une maturité de romancière, c'est porter aussi des personnages masculins, nourris d'un vécu féminin mais surtout de cette espèce d'être androgyne que devient tout-e écrivain-e véritable.Le récit retrouvé LVR : Vos romans, surtout les plus récents comme La favorite et Le Triomphe de l'amour, appartiennent au récit romanesque, mais un romanesque actuel alimenté par l'humour et un discours direct Peut-on parler dun nouveau réalisme ?CR : Être romancière implique d'abord l'observation.J'aime beaucoup observer les gens, les écouter, les deviner.Je n'écris pas de romans réalistes ; j'utilise le réalisme pour obtenir un effet de grotesque ou de caricature.Je fais, si vous voulez, de l'hyperréalisme.et mes romans marquent, comme d'autres publiés en France actuellement, un retour au récit.Depuis le début du 20' siècle, il y a eu plusieurs mouvements d'écriture en France et tous avaient en commun une destruction du récit et même des personnages Ils ont eu une utilité dans la mesure où ils cassaient récit et personnages pour mieux travailler la langue, pour qu'elle apparaisse comme une préoccupation principale.Aujourd'hui ces acquis existent et j'en suis solidaire, mais je pense que ce travail exclusif sur la langue commence à tourner en rond et qu'il produit souvent des romans exsangues que le public n'aime pas parce qu'ils sont trop difficiles à lire et qu'ils n'ont pas tous le génie des textes de Butor ou Robbe-Grillet Selon moi, ces mouvements ont aussi entraîné une perte : la grande tradition romanesque française a été cassée, ce qui n'a pas été le cas dans les pays anglophones ou en Amérique du Sud.par exemple Je cherche, comme d'autres romanciers-ères collaborant à Roman, à synthétiser cette double tendance, travail sur le récit et sur la langue LVR : J'aimerais que l'on parle du langage dans vos romans, de la dynamique de la langue, très directe, très parlée CR : J'ai une formation de linguiste et j'enseigne la linguistique, alors je m'intéresse énormément au langage et.dans mes romans, à l'évolution du français tel qu'il se parle aujourd'hui.J'aime beaucoup jouer avec les codes, faire intervenir tous les registres du langage, plutôt qu'employer un langage unifié, soi-disant pur, classique.J'ai volontairement choisi une écriture d'innovation, un peu baroque, pour profiter de toutes les possibilités offertes.Je cherche, en fait, un langage romanesque d'aujourd'hui, extrêmement rapide parce que nous vivons dans un monde de vitesse, aussi efficace que celui de la télévision, de la bande dessinée, des dessins animés.Je^eux toucher en particulier des femmes de tous les milieux et si la vivacité de mon langage le permet, tant mieux 1 Ce n'est pas un compromis : non seulement mes romans deviennent lisibles par plus de gens, plus de femmes, mais en plus ils rendent le climat de l'époque - et j'y tiens ! J'éprouve un grand plaisir quand ma concierge, ou des femmes dans la rue.me disent : «J'ai beaucoup ri en lisant votre dernier livre», ou «.je suis allée jusqu'au bout parce que ça allait vite».Le ton de la confidence LVR : Regards de femmes esr un travail de journalisme la somme des reportages parus dans Marie-Claire Est-ce la volonté de rendre compte de ce que vivent les femmes 7 CR : Oui.et j'ai voulu conserver précisé- ment le ton de la confidence.J'en ai assez de la façon dont des tas de gens se croient permis de parler au nom des femmes en général Il y a déjà un progrès, remarquez : avant on disait La femme Maintenant on dit Les femmes, ce qui suppose qu'elles ont le droit d'être des individues.Mais on dit Les femmes globalement, c'est une classe.Or les femmes sont différentes les unes des autres, comme les hommes.C'est pourquoi je tenais à des témoignages «individuels» et à ce que mon analyse soit une sorte de voix off reliant les différentes paroles.C'est pourquoi je n'ai pas réécrit leur langage, pour que leurs voix apparaissent, contrairement à la pratique courante des magazines féminins, où l'on prend la parole de l'autre, où on la détourne, où à la limite on la viole.LVR : Qui sont ces femmes ?CR : Elles ont en majorité une trentaine d'années - ma génération, c'est assez normal - et sont de classe moyenne, mais il y a aussi des adolescentes, quelques femmes plus âgées, d'autres de milieux très modestes, deux ou trois grandes bourgeoises.LVR : Est-ce qu'on peut dire que Regards de femmes donne la parole aux femmes que la romancière observe, dont elle nourrit ses fictions ?CR : J'ai une très grande curiosité pour la vie des gens, des femmes en particulier.Quand des femmes racontent leur vie, cela prend la forme de petits romans vrais et cela m'émerveille toujours.Et j'aime écouter.Ce n'est plus à la mode aujourd'hui : on qualifie cette attitude de féminine, de «kitchen talk».Mais moi.justement, je pense que cela fait partie d'une tradition et d'une culture féminines à mon avis importantes, absolument pas méprisables.En quoi est-ce plus méprisable que de parler politique ou de refaire le monde ?De toute façon, on ne refait rien du tout.FIN Bibliographie Portrait de Gabriel.Gallimard.1977.Le bal des débutantes.Gallimard.1978 (également disponible en format poche Folio n° 1383) Histoire de Jeanne.Mazarine, 1980 Les abîmes du coeur, Gallimard.1980 (également disponible en format poche Folio n° 1567).Les petites annonces.Gallimard, 1980 La nuit de Varennes.Ramsay.1981 La favonte.Gallimard.1982 Tnomphe de lamour.Gallimard, 1983.Tentation.Denoël, 1983 Regards de femmes.Presses de la renaissance.1984 LA VIE EN ROSE 52 septembre 1984 theatre Le Théâtre expérimental des femmes, 6e saison Créer en zone libre Tout le monde connaît la Ligue nationale « Donnez-y la claque ! » d'improvisation, ce jeu « sportif » étant devenu au classicisme du Rideau Vert ce qu'est le break dance à Fred Astaire.Mais combien connaissent son géniteur : le théâtre expérimental, dont l'improvisation n'est que l'une des techniques pour déclencher le processus de création ?Qui sait qu'au Québec, le premier foyer de l'expérimental a été le Théâtre expérimental de Montréal (TEM), fondé en 1975 par Pol Pelletier, Jean-Pierre Ronfard et Robert Gravel ?Et qui connaît vraiment le Théâtre expérimental des femmes (TEF) créé en 1979 par trois comédiennes du TEM : Louise Laprade, Nicole Lecavalier et Pol Pelletier?Depuis cinq ans.malgré les réserves de la critique, avec l'appui financier des bailleurs de fonds gouvernementaux et grâce surtout à la fidélité de son auditoire, le TEF est devenu l'une des «institutions» de la culture des femmes, un lieu de théâtre féministe et proprement expérimental.Les femmes du TEF ont d'abord joué des créations collectives comme À ma mère, à ma mère, à ma mère, à ma voisine, puis leurs propres textes, dont La lumière blanche de Pol Pelletier et enfin des pièces d'autres auteures dont Anne-Marie Alonzo (Geste) et Jovette Marchessault (La terre est trop courte.Violette Leduc) Elles ont inauguré deux événements devenus une nécessité annuelle : le Festival de créations de femmes et une série de conférences intitulée Les lundis de l'histoire des femmes.L'automne 82 avait vu un remaniement de l'équipe de direction avec le départ de Nicole Lecavalier et l'arrivée de Ginette Noiseux et Lise Vaillancourt, invitées à consolider le noyau.C'est avec ces deux nouvelles co-directrices1 que Lise Moisan a voulu parler de théâtre et de féminisme, à la veille de la 6' saison du TEF.«Le théâtre traditionnel se nourrit de l'oeuvre des morts, de cultures mortes et de l'exclusion des femmes.En trois ans par Lise Moisan d'École nationale, je n'ai pas travaillé un seul texte d'un auteur vivant, pas un seul texte d'une femme et je n'ai pas eu une seule femme professeure.» Sortie de l'École nationale de théâtre un peu comme «l'enfant chérie en scénographie».Ginette Noiseux a d'abord assisté François Barbeau dans des productions de prestige à la Place des arts, au Centre national des arts et au Rideau Vert «Le métier de scénographe est un métier d'homme, dit-elle.On me demandait de dessiner un costume pour une putain, Lise Vaillancourt et Ginette Noiseux par exemple, et puis la critique était : «Est pas baisable !» Je suis sortie de là en claquant les portes.On m'avait dit avec mépris d'aller voir au TEF, je l'ai fait, par provocation.J'ai travaillé d'abord sur La terre est trop courte Je pense que c'est ma place.» Après avoir fait le Théâtre national de mime et un stage à Paris, après s'être immergée dans la pédagogie de Decroux, l'inventeur des techniques modernes de mime - « Il a 83 ans, c'est une espèce de fou.un gars de droite, tout le monde attend qu'il soit dans sa tombe pour le contester» - Lise Vaillancourt a décidé de s'inscrire en Arts dramatiques à l'UQAM où Pol Pelletier, professeure invitée, dirigeait une nouvelle production de À ma mère «Après avoir travaillé à la scénographie et à l'éclairage de À ma mère, j'ai écrit et proposé une pièce pour l'ouverture de la saison 81 -82 : «Ballade pour trois baleines.» Derrière «la putain» Ce que Ginette et Lise veulent réussir sur scène c'est «l'image plutôt que la métaphore, le physique plutôt que le langage».Cette incarnation passe par les signes ; «Dans la culture patriarcale, dite universelle, les hommes partagent énormément de significations symboliques, de signes de reconnaissance de leur réalité.Séparées les unes des autres, noyées dans les symboles patriarcaux, nous man- septembre 1984 53 LA VIE EN ROSE theatre quons de signes variés et accessibles Les spectacles qui ont le mieux marché, comme À ma mère, et La lumière blanche.touchaient à nos conflits avec nos mères et à la maternité ; ce n'est pas par hasard 11 est plus difficile de se reconnaître dans des personnages de voyageuses comme les Dandigores » Au moment de notre rencontre.Lise Vaillancourt terminait l'écriture de Marie-Antoine Opus I La question des personnages la passionne : «Le personnage principal.Marie-Antoine, est une petite fille de cinq ans et demi Elle me ramène aux modèles de mon imaginaire d'enfant : la «danseuse de ballet» sur mon bureau, ou bien la «chanteuse d'opéra» parce que j'avais une tante chanteuse qui faisait des Les dandigores : Christiane Proulx et Suzanne Lemoine concerts à travers le monde.Certaines diront que ces personnages sont des clichés ; par exemple.Chantai, «la danseuse étoile au petit nez réussi», c'est la putain En essayant de suivre ce fil.je me suis aperçue qu'un autre langage surgissait : cette femme-là avait des choses à dire, bien différentes de ce qu'on attendait d'elle : mais elles - ces nouveaux personnages - collent-elles à la réalité ou sont-elles des extra-terrestres, tellement nous voyons peu de personnages féminins multidimensionnels.de «vraies» femmes.«Malgré nos angoisses, parce que les femmes ne se reconnaissent pas immédiatement dans la légende, ce monde mythologique et physiquement transfor- mé leur parle.Chaque fois, nous créons une possibilité d'imaginer un monde différent Et je me demande si je pourrais simplement décrire une femme qui, comme dit l'écrivaine Pauline Harvey, a 32 ans, habite dans un 4 et demi et écoute la tèvé en réfléchissant Pourrais-je l'écrire sans souffrir d'insécurité parce que ce ne serait pas assez, parce que l'extérieur ne serait pas transformé 7» Tension dans la salle Dans ce bain de psychologisme qu'est la culture dite de masse, avec la tévé, le cinéma et une partie importante de la littérature romanesque, est-il surprenant que le théâtre expérimental, et qui plus est féministe, soit perçu comme difficile, inaccessible ?«Il y a.en général, beaucoup de tabous et de malaises à surmonter, reprend Ginette.Dans le théâtre traditionnel, les «eues» (signaux) sont bien connus ; on rit là où il faut rire.Ici, les spectatrices se demandent si elles sont assez intelligentes pour comprendre, si elles rient à la bonne place.Cette tension des femmes est la chose la plus difficile.Devrions-nous travailler plus pour mettre le public à l'aise 7 Je ne sais pas.en définitive.«Le malaise vient aussi d'un environnement social.Les féministes qui viennent ici ont une conscience accrue de ce qu'elles sont et de leur imaginaire, peu importe d'où elles viennent.Pour celles dont la prise de conscience est plus récente, c'est plus dur.Sans compter les commentaires du chum, des hommes, dès qu'elles mettent le pied ici Même les jeunes comédiennes qui viennent travailler se font assaillir : «Tiens, te voilà enrôlée, maintenant 7» Actrices ou spectatrices, on ne vient pas au TEF comme dans un autre théâtre.Il y a une forme d'engagement, ce n'est pas gratuit « Mais notre réflexion sur le théâtre, sur notre mandat entre autres, évolue.Autant il y avait au début fles priorités, autant on commence maintenant à faire confiance en chacune des actrices, en ses choix artistiques.Ça permet d'écrire sans toujours se demander si c'est la phrase géniale, celle qui va bouleverser, celle qui va trouver la solution, qui va faire la révolution », poursuit Lise.«Par exemple.Pol se demandait : «À la fin de La lumière blanche, fallait-il trouver la grande solution ?» La dernière phrase était : «Le chemin.c'est par là», ce qui ne suffisait pas.bien sûr ! «C'est la chose la plus angoissante quand on fait du théâtre féministe : réussir à dire quelque chose de constructif, de positif.À la fin des spectacles, on espère toujours, dans notre for intérieur, voir les spectatrices se lever comme une seule femme et sortir transformées 1 1 Mais sans cette foi, on n'y arriverait pas.» L'invisible encore Pour les nouvelles co-directrices du TEF.faire du théâtre féministe c'est «se donner le luxe de ne jamais renier son identité».Mais c'est aussi l'effrayant défi d'assurer cette identité «multidimension-nelle et singulière».Dans un environnement misogyne et masculiniste.un livre, une musique, une pièce de théâtre qui explore notre univers réel et imaginaire, nos «zones obscures», crée une zone libre où l'on peut risquer d'être plus que La Femme en deux dimensions, soigneusement anonyme, simple survivante.L'ensemble des pièces du TEF explore les relations entre femmes Souvent, le feu, la glace, la tendresse, le jeu, le repos, des courants amoureux et erotiques m'ont envoûtée dans une salle inconfortable Mais on n'a montré qu'une part de l'invisible, jusqu'ici : beaucoup d'amour entre femmes mais peu de personnages de lesbiennes, beaucoup de sensualité mais peu de sexualité et de désir explorés Pourquoi 7 «Comment amener cela - l'amour des femmes - sans être récupérées par le voyeurisme d'un public qui, de prime abord, cherchera à réduire 7 Comme scénographe, je montre rarement une femme jambes nues, par exemple, à cause de l'effet disproportionné que cela prend sur scène.Alors, imaginer une scène d'amour entre femmes7 C'est un défi pour la metteure en scène, et pour les comédiennes, pour nous toutes.Cela nous fait peur comme dans la vraie vie.» FW 1/ Avec Pol Pelletier.Louise Laprade ayant démissionné cet été pour cause de ressource-ment Saison 84-85 En dépit de la crise du logement qui frappe les théâtres montréalais - crise exacerbée pat des règlements municipaux aberrants qui rendent même la Place des arts illégale ! - le TEF cherche intensivement un local permanent Malgré tout, du 19 octobre au 10 novembre prochain, le TEF présentera Marie-Antoine Opus I, de Lise Vaillancourt, à la salle Fred-Barry, rue Ontario, dans une mise en scène de Pol Pelletier, avec neuf personnages féminins dont Louise Laprade et Lise Vaillancourt dans les rôles principaux, et un personnage masculin Et en mai 85, en coproduction avec le Théâtre d'aujourd'hui, Pol Pelletier remettra en scène La lumière blanche.Par contte, stages et ateliers se poursuivront au local actuel du TEF, 4379 tue de Bullion.En septembte auditions pour un stage ouvert de recherche permanente, dirigé par Pol Pelletier En novembre : stages de formation en techniques d'éclairage pout électriciennes, scénographes, éclairagistes et menuisières En février 85 : ateliers de dramaturgie pour écrivaines de théâtre (14 semaines) Pour plus de renseignements : 844-0207 LA VIE EN ROSE 54 septembre 1984 Flash Livres -J=re chat de Maspéro Le sourire du chat.Francois Maspéro.Êd du Seuil Pans 1984 14.95$.Je ne cacherai pas mon faible pour les romans «d'anciens enfants», comme dit Christiane Rochefort.J'aime ces livres, comme Le sourire du chat, traversés par un regard adulte mais dont les auteur-e-s s'efforcent parcimonieusement de reconstruire leur vision du monde, enfants.Je les préfère quand même quand ils sont comme celui-ci des livres pudiques et pourtant francs, dont les auteur-e-s se disent nécessairement fautifs par rapport à l'histoire ou à la vérité viaie.puisqu'en définitive tout est «à la fois totalement faux et totalement vrai» dans ce qu'ils racontent Ce sont généralement les livres les plus authentiques, les plus bouleversants.François Maspéro.ce libéral d'extrême-gauche, comme il le dit lui-même, n'est pas le dernier venu dans le monde des livres François Maspéro De 1954 à 1973, il a été le libraire de toute la gauche parisienne et estudiantine (avec La joie de lire.à Saint-Germain-des-Prês) et, de 1959 à 1982./éditeur par excellence des théoriciens et pamphlétaires anti-colonialistes, anti-staliniens et tiers-mondistes Après s'être mis à l'écart, en quelque sorte, il signe enfin un premier livre qui n'a rien et tout à voir à la fois avec ses passions précédentes.Davantage un roman de mémoire qu une autobiographie transposée, Le sourire du chat raconte la vie bouleversée de Luc.qui a 13 ans en 1944 et que son grand frère Antoine a baptisé le Chat.Parce qu'il a un regard gris persan et qu'il est maigre 7 Ou parce qu'il aime bien, le soir.qu'Antoine vienne lui caresser la tête, comme aux chats, et répondre à ses milles questions ?Pendant toute une année, nous suivons le Chat à la trace, le Chat qui change, cherche, vieillit.La France est occupée, il pleut des bombes et la famille du Chat est décimée.Antoine, le frère adoré et militant de la Résistance, a dû fuir après avoir descendu trois officiers allemands.En représailles, les parents sont faits prisonniers et déportés.Luc est relâché à cause de son jeune âge L'attente du Chat est l'âme de ce livre.Privilégié au départ par un milieu intellectuel, chaleureux et attentif au monde, Luc est basculé dans le vide et forcé de comprendre, seul, l'absurde «Ce livre a été écrit parce qu'il y a bien longtemps un enfant se posa quelques questions.(.) Puisse tout cela ne pas être, néanmoins, une simple histoire rétro», écrit Maspéro en introduction.N'ayez crainte.Il s'agit plutôt dune très belle histoire d'enfance, qui n'est déjà plus l'enfance, et sans doute non plus une simple histoire.Un récit passionnant qui cogne en plein coeur.Ariane Emond Acadie Sans jamais parler du vent roman de CTainte et d'espoir que la mort arrive à temps, France Daigle.Moncton, les Éditions d'Acadie, 1983 Nous connaissons peu l'Aca-die et à part Antonine Maillet et la Sagouine.nos références littéraires sont minces.Il y a pourtant plusieurs poètes et auteur-e-s dont les textes ne nous parviennent pas toujours et c'est dommage Sans jamais parler du vent est le premier livre d'une jeune Acadienne qui se tourne résolument vers la modernité.Un roman qui n'en est pas un (dans le sens traditionnel du terme) Mais de la poésie sise en bas de pages et qui agit avec la mer dans une sorte de remous/ressac, «quelqu'un qu* arriverait quand nous ne sommes pas là», une présence/absence justement, nécessaire et reconnue Jeux de l'eau, immobile, comme de la vie et de ce qu'elle comporte , «tout ce qui commence, tout ce qui a commencé dans le plus grand désordre».Jeux, aussi, de crainte et de plaisir, alors qu'on dit la mer et qu'on la redit, sans jamais parler du vent France Daigle a une écriture solide et juste, ses mots n'entravent jamais le sens mais vont plutôt à la quête du souffle, le fouillent, le retiennent et le dirigent, de manière entendue, du côté de la modernité.Sans jamais pourtant «non-dire», le livre de France Daigle semble effleurer l'esprit tout en s'y posant car ce qu'elle écrit s'imprègne sans toujours en avoir l'air.Anne Marie Alonzo session de Danse Moderne avec marie france lamoureux ECOLE NATIONALE DE THEATRE 5030 st-dénis METRO LAURIER 10sept.au 14dec.84 INSCRIPTIONS 4,5,6 sept.19h à 21 h » tel: 525-7149 LA VIE EN ROSE 56 septembre 1984 /Déposséder l'histoire La maison Trestler.Madeleine Ouellette-Michalska.Ed.Québec/ Amérique, Montréal, 1984 Au XIXième siècle, la maison Trestler, sise à Dorion, mène un bon train de vie.Venu d'Allemagne prêter ma main forte aux Anglais connre les Américains, J.J.Trestler est devenu député au Parlement de Québec et riche marchand de fourrures, ce qui nous vaut des scènes d'une étrange vraisemblance décrivant le cérémonial de la traite et le jour du troc entre Indiens et Blancs.Il règne en roi et maître sur le canton, après Dieu lui-même, c'est-à-dire le seigneur de Vau-dreuil.M.de Lotbinière.Cent ans plus tard, Madeleine Ouellette-Michalska nous remémore quelques faits saillants de notre histoire du Canada.Histoire à écrire car toujours défaite pour les Français d'Amérique.Les vainqueurs dictent les traités, rédigent les clauses et écrivent les lois.Notre histoire a donc été écrite par les autres D'ailleurs qui étaient les auteurs de nos manuels d'histoire du Canada, il n'y a pas si longtemps?Histoire si terne à côté de celle pompeuse et victorieuse de la France.La nôtre était bâclée, bâtarde et comportait tant de mensonges qu'elle en était ennuyeuse.En lisant le beau roman de Madeleine Ouellette-Michalska, j'ai tout de suite associé la façon dont les métropoles traitaient leurs colonies et celle dont les pères échangeaient et vendaient leurs filles pour conclure des alliances.La société est basée sur le trafic des biens et des femmes, dit Lévi-Strauss.Ouel-lette-Michalska choisit Catherine pour héroïne ; elle se lève dans le texte comme une seule femme, face à son père.Elle renverse la fatalité odieuse du marchandage et c'est là que se joue la performance historique et politique du roman.En construisant l'histoire comme un scénario à partir d'actualités passées (la France, l'Angleterre), présentes (les États-Unis) et à venir (notre pays écrit par les femmes), lauteure donne au sens de l'histoire qu'elle privilégie les faits qui lui man- quaient.C'est le roman de l'histoire et de la politique, tome féminin.Car le Québec est femelle et Michalska a bien raison de parler d'amour comme attitude politique des gens d'ici lors du passage du ministre français à la maison Tresder (Raymond Bane), l'amour étant souvent la manière des femmes : «Ailleurs, les rapports avec ses hôtes auraient été neutres, dégagés de toute affectivité.Ici on l'accablait d'amour.Enfin.prendre congé de leur adoration, oublier les susceptibilités et les malentendus avivés par son passage.» La guerre est ramenée à sa juste proportion de trouble-fête absurde, indésirable.Lauteure, par la mise en scène de l'écriture, nous tient compagnie avec grâce et savoir-faire.Tous les ingrédients pour faire un bon roman y sont : biographie à peine masquée, précis d'histoire avec renvois aux événements contemporains, de l'érotisme, un ton analytique pour parler de la religion et des querelles raciales.Le métier de journaliste est décidément une bonne école pour fabriquer un roman Mais il ne faut pas oublier la passion, cette majeure de l'inspiration qui gouverne l'oeuvre de Madeleine Ouellette-Michalska Je salue ce morceau de bravoure car il défend les voix du coeur et ceux et celles qui les entendent, par un plaisir du dire et un choix personnel de l'écrivaine.Un livre sensuel, savoureux et rare Louise Guay files écrivaient Ideal Dress Elle travaillait à Ideal Dress, par Thérèse Béliveau.Aline Grandmai-son, Anita Lamer Marie-Paule Langlois.André Lapointe.Georges Lefebvre.Thérèse Ritehotte.Cécile Saint-Jean Éditions coopératives Albert Saint-Martin Montréal 1983 Elle travaillait à Ideal Dress, c'est l'histoire de Marthe.58 ans, mise au chômage par la faillite de sa manufacture et qui doit recommencer à partager ses 24 heures avec Lucien, son mari cardiaque, à la maison depuis des années, les enfants déjà partis.Elle en fait une dépression, d'où elle sortira avec laide de ses amies Marie, Annette, Blanche.Elle travaillait , c'est surtout l'histoire d'une aventure d'écriture collective.Il y a quelques mois, à un brunch du mardi du YWCA, à Montréal, Cécile Saint-Jean et Thérèse Ritehotte, toutes deux de l'AQDR.l'Association québécoise pour les droits des retraité-e-s et pré-retraité-e-s.racontaient devant une trentaine d'auditrices la démarche étalée sur un an de ce collectif.Après avoir publié déjà deux manifestes, l'un sur la situation économique des personnes âgées, l'autre sur le logement, ces militantes voulaient enquêter sur la psychologie du 3' âge.Par le biais d'un atelier septembre 1984 57 LA VIE EN ROSE 1—7 OCT QUÉBEC 7—10 OCT MONTRÉAL FESTIVAL INTERNATIONAL d'écriture du cégep Rosemont.l'enquête deviendra un roman collectif.De 21 au début, elles et ils terminent à 9 ce qui était pour la plupart une nouvelle expérience.«D'abord, on a créé physiquement les personnages, Marie, Marthe.Jos.Lucien.Plus ça allait plus on les voyait dans nos têtes.Ensuite les thèmes : l'insécurité, la solitude, la dépression.Chacune de notre côté, on en développait un par semaine en partant d'événements vécus.Pour moi, ça a été l'entrée de mon père à l'hospice.Ça nous pognait dans les tripes, ça faisait mal des fois, il y a eu des larmes.» Comme Cécile Saint-Jean,' par exemple, qui décidait à 55 ans de changer sa vie de mère trop dévouée et de veuve trop disponible pour miser sur elle-même, suivre des cours, fonder avec d'autres l'AQDR et, en 1981.son comité de la condition féminine - plutôt que «de rester assise chez nous à regarder mes rides et à me bourrer de pilules».Ideal Dress, ce petit roman qui se lit comme un poème, est aussi une leçon de courage de ces jeunes vieilles dames combatives de l'AQDR.F.G.1/ Cécile Saint-Jean et d'autres femmes de l'AQDR avaient été nos personnes-ressources pour le dossier Vieillirons-nous comme elles 7 sur les femmes âgées, janvier 1983.moyen • âge à mai 68 Vie et aventures de la Trobairitz Béatrice.Irmtraud Morgner, Paris, éditions Des Femmes, 1983, 520 p.Traduit de l'allemand par Evelyne Synnassamy.Quel drôle de livre 1 Quel livre étrange et beau 1 520 pages épiques au sens réel du terme, où s'entremêlent des aspects du roman fantastique, du roman réaliste, de la fiction, de la poésie, de la critique et de l'humour L'histoire peut arriver à tout le monde .Laura, cette ménestrel-le grâce à qui nous avons ce manuscrit unique, rencontre en République démocratique d'Allemagne vers 1970, Béatrice de Die, belle et noble dame née en 1130 et qui décide de fuir son époux Guillaume de Poitiers et le moyen-âge des hommes en sombrant dans un sommeil magique, gracieuseté de Persephone Trobairitz provençale, chantre de la poésie, Béatrice dort du sommeil de la juste pour ne se réveiller que 800 ans plus tard, dans la France de mai 68.Encore vêtue de sa robe du moyen-âge (imaginez la scène), elle part donc à la douce découverte du sort que la misogynie réserve aux femmes Écrite sous forme de roman-montage, cette étonnante aventure étalée sur plus de huit siècles, parfois si sérieusement féministe/socialiste/anti-capita-liste/RDAiste et à d'autres moments si terriblement loufoque, se raconte à la manière des ouvrages du moyen-âge : en treize livres et sept intermèdes.L'auteure nous conseille donc, avant de le lire, de consulter le plan d'ensemble du roman, question de ne pas perdre le fil (?!?).Si Béatrice (qui est introuvable dans les dictionnaires) nous vient d'un autre âge, c'est surtout l'histoire contemporaine des femmes qui occupe notre attention.Quatrième roman de Irmtraud Morgner, Vie et aventures de la trobairitz Béatrice d'après les témoignages de sa ménestrelle Laura est considéré dans les deux Allema-gnes comme un événement car c'est la première fois qu'une femme de la RDA se risque à remettre en cause le système dominant masculin.Anne-Marie Alonzo ère Françoise.Avec mon meilleur souvenir, Françoise Sagan Éd Gallimard.Paris.1984 Encore Sagan.Toujours Sagan.Un autre livTe, le 26*me.que j'ai lu comme d'habitude moins de 12 heures après l'avoir reçu D'aucunes me reprocheront dans les pages d'une revue féministe, de déclarer mon amour pour Françoise Sagan, pour son écriture qui se mange comme une orange ou comme un kilo de cerises, quand c'est la LA VIE EN ROSE 58 septembre 1984 Françoise Sagan saison et quelles sont bien noires et croquantes.Mais pour moi, c'est toujours la saison de Sagan.C'est donc probablement encore mieux que les cerises Sagan est facile comme le soleil de la Méditerranée mais pas tout à fait aussi épidermique qu'on le prétend.Sa surface, celle qu'on lui reproche, est une surface, justement.Facile n'a jamais voulu dire simple.On peut facilement descendre jusqu'au derme si on en a envie.Elle le fait et moi avec elle.Ce livre n'est pas un roman.C'est un inventaire de ses passions : Billie Holiday, le jeu, la vitesse, le théâtre, Saint-Tropez.Tennessee Williams.Orson Welles, Noureev, Jean-Paul Sartre et la littérature.Tout y est.je n'ai rien oublié.Et qui n'a pas lu sa «Lettre d'amour à Jean-Paul Sartre» et son rapport de passion avec les livres des autres raconte des sornettes à son sujet Des bonheurs d'écriture pareils ne se rencontrent pas à tous les coins de livre.C'est donc un livre dit «autobiographique», mais justement, la seule chose qui n'y est pas présente, c'est l'anecdote Le seul reproche que j'aurais à lui faire, et encore, c'est un côté d'elle qui me touche infiniment, c'est qu'elle n'est pas assez délinquante à mon goût Et pourtant s'il existe une enfant terrible de la littérature, c'est bien elle.Elle n'a jamais été délinquante, en fait.Elle a été libre.Et c'est toujours extrêmement «revigorant» de goûter la liberté des autres Je lui laisse le mot de la fin, qui est aussi la dernière phrase de son livre : «Et il fallut que je laisse vivre quelqu'un à ma place, que je le lise, bref, pour que mon existence propre me fût.enfin, parfaitement sensible.» Quelqu'une qui aime autant la littérature ne peut pas être suspecte.Hélène Pedneault uvaise corrida Riche et légère.Florence Delay, Éditions Gallimard NRF, Paris, 1983.PRIX FÉMINA 83 Un titre avait retenu mon attention il y a une huitaine d'années : Minuit sur les jeux.L'au-teure : une jeune femme à l'allure romantique et douce entrevue lors d'une rencontre internationale d'écrivains.J'avais aimé le roman, je n'ai même jamais oublié certaines scènes, troublantes.La même jeune femme vient de remporter, avec son dernier roman Riche et légère le prix Fêmina 83.Rebutée par le titre (superficiel, terriblement cliché), j'ai ouvert le livre et j'ai lu.Lentement d'abord puis avec ennui, n'arrivant pas à trouver le ton, l'élan nécessaires.Une histoire, plusieurs histoires, se passent en Andalousie (ailleurs aussi en France ou en Angleterre, par moments) entre les corridas amoureuses et les autres, les vraies, celles où les taureaux meurent sous tes coups répétés des toréadors Un vieux médecin, une soeur mystérieuse, un mort aimé, tout plein de personnages épiques que l'on voudrait voir surgir du texte comme des diables fous, ou du moins comme des êtres aux destins exceptionnels, comme des personnages de roman f Florence Delay a une belle écriture, une écriture assurée, confiante, qui se donne facilement à lire.L'histoire n'est pas linéaire et le suspense nous vient bien plus de cette manière intelligente que lauteure a de terminer ses paragraphes et ses chapitres.Mais ce roman, tout expli- pitres.Mais ce roman, tout exotique (lire aussi «erotique») qu'il soit, ennuie.S'il se veut vif et coléreux comme le sol andalou.s'il se compare aux passions des foules devant les corridas, il est aussi (légèrement mais quand même) misogyne.La femme y est indépendante (ce sont les signes des temps).Riche et légère.se plaisant à sur-vivre ou vivre par-dessus comme si les problèmes de la terre ne la concernaient pas.Un livre long qui frôle le taureau sans pourtant le toucher, car n'est pas toréador(e) qui veut et la lectrice s'ennuie plutôt, excédée des tours de passe-passe et des costumes à paillettes qui ne l'aveuglent plus.Anne-Marie Alonzo urir de peur Peur jaune Warren Murphy et Richard Sapir.Éd Pion.Paris.1984.3.95$.Il ne faut pas se laisser impressionner par la jaquette du livre, sur laquelle le nom de Gérard de Villiers est inscrit en caractères plus gros que ceux des auteurs.Je n'aime pas monsieur de Villiers et il n'a pas écrit ce livre : il ne fait que présenter une série de livres policiers mettant en vedette l'Implacable (de son nom Remo Williams), une sorte de Hercule Poirot qui aurait des techniques de G.I.Il faut dire que l'Implacable est un héros américain, alors que Hercule Poirot (Belge de son état civil) est issu de l'imagination victorienne de la très britannique Agatha Christie : un fossé, non seulement de générations, mais de civilisations.L'implacable Remo Williams ignore la peur.Il ne sait carrément pas ce que c'est (pratique quand on est le héros d'un roman policier1 ).Son maître est un vieil Oriental de 80 ans qui le suit partout, Chiun et qui l'a entraîné à toutes les techniques de combat grâce à une extrême discipline du corps et de l'esprit l'Implacable est donc imbattable Son employeur est CURE, une agence secrète para-gouvernementale qui lutte contre le crime.Dans ce livre, il se bute à une organisation qui tue généreusement avec une arme «psycho-chimique» : on injecte aux victimes des germes de phobies qui les font vivre dans une telle terreur qu'elles se suicident ou meurent (de peur) dune crise cardiaque.Génial.Le Big Brother du 1984 de George Orwell N'aurait certes pas renié cette technique.Gageons que Remo Williams finira par savoir le pourquoi et le comment de ces meurtres en série, et qu'il triomphera des forces du mal (Bingo !) Ceci dit, l'humour de ces auteurs est féroce, parfois noir, parfois gros ou piquant, mais toujours terriblement efficace.À travers tous les personnages masculins, une femme remarquable.Ruby Gonzalez, la collègue brillante et très indépendante de l'Implacable, une tigresse qui repose des personnages féminins habituels des romans policiers, perfides, faciles ou plaignards (Mais on ne lit pas des romans policiers pour trouver des modèles d'héroïnes.Ça viendra un jour.) Un livre à lire sur la plage, dans son bain, en avion ou dans une queue à la Caisse Pop quand c'est le jour d'arrivée du chômage, des pensions de vieillt sse ou du B.S Hélène Pedneault septembre 1984 59 LA VIE EN ROSE Revues Trois dans une vlasta revue de fictions/utopies amazoniennes, nos 1 et 2, printemps/ automne 83.Paris 1983.126 p.Fruits, revue culturelle, no 1 «Goûter» déc.83.Paris 1983.96 p la nouvelle bane du /out revue littéraire, no 136.mars 84.spécial femmes/photos.Montréal, 1984 Une revue, qu'elle soit littéraire ou culturelle ou féministe ou lesbienne et/ou tout cela à la fois, une revue «sérieuse» mise sur pied par une femme ou un groupe de femmes, a de très fortes chances de mourir jeune Pas ou si peu d'écoute de la part des médias, des libraires et des diffuseurs indifférents et un public lecteur restreint.Tout pour réussir.Généralement sans subvention (ce n'est pas assez sérieux ou ça l'est trop), les fondatrices/directrices / rédactrices (femmes-à-rour-faire) doivent donc se chercher des fonds, condition vitale de survie, auprès des éventuelles abonnées et.attendre/espérer des dons, abonnements de soutien, sympathie de «mécènes».mais rares sont les femmes riches et souvent la revue prend le bord.de la tablette.Mais qui ne risque rien.Deux nouvelles revues nous arrivent de Paris.Créées à quelques mois d'intervalle, elles ont sensiblement le même format, coûtent à peu près le même prix et se trouvent à Montréal dans certaines librairies féministes et homosexuelles.Vlasta.fictions/ utopies amazoniennes se veut essentiellement lesbienne et nous offre des textes d'auteures françaises, québécoises (le no 1 comprend entre autres des entretiens avec Jovette Marchessault, Nicole Brossard.Jeanne D'Arc Jutras et Marie-Claire Biais), latines et américaines.Du texte littéraire dans sa tradition la plus pure (du classicisme à la modernité) aux «Confidences d'une jules(').Vlasta nous donne VIDÉO 84 organise des rencontres vidéo internationales Les installations sont présentées et réalisées par: Musée d'art contemporain: General Idea.Miguel Raymond.Barbara Stemman, Keigo Yamamoto Musée des beaux-arts: Nam June Paik Galerie Articule: Dalibor Martinis Galerie Esperanza: Dessins et peintures.Nam June Paik Galerie G rati: Dara Birnbaum.Philippe Poloni Galerie Jolliet: Maunzio Cameram.Michel Jaffrenou.MaryLucier Galerie Optica: Stuart Marshall.Marshalore Galerie Powerhouse: Marie-Jo Lafontaine.Muriel Olesen Galerie de l'Université du Québec à Montréal: Ingo Gunther, Gérald Mmkoff.Servaas Montréal, du 27 septembre au 4 octobre 1984 Coordination: Andrée Duchaine CP.430 Station N.Montréal.Que .H2X 3M3 La Maison à lire et à découvrir les lieux du lesbianisme dans l'art et dans l'écriture.Fruits, dont le no 1 s'intéresse à toutes les formes du «Goûter», regroupe des textes plus théoriques cette fois (le no 2 comprendra des fictions et un entretien avec la peintre québécoise Louise Robert) sur Hélène Cixous, Clarice Lispector, Rimbaud.Une approche plus universitaire où s'intercalent poésie et photographie d'une très grande beauté.Une revue intelligente et fine qui s'ouvre au-delà des frontières littéraires et linguistiques dans la forme du fruit et de toute sa sensualité.Quant à La nouvelle barre du jour, fondée entre autres par Nicole Brossard.elle nous revient une fois l'an au mois de mars, avec un numéro exclusivement fait par des femmes sur , des thèmes qui nous rejoignent ; après la mère, la ville, l'humour et la complicité, le numéro de cette année touchera les femmes et la photo Anne-Marie Alonzo Arts visuels La maison qu'il vous faut Quelques années après La chambre nuptiale de Francine Larivèe et le Dinner Party de Judy Chicago, cinq femmes artistes de l'Outaouais travaillent cet automne à la réalisation d'un projet environnemental itinérant tout aussi ambitieux : La maison.À la fois maison de poupée et décor de théâtre, elle mesurera 28 par 33 pieds et sera divisée en cinq chambres occupées chacune par l'oeuvre tridimensionnelle de Carol Pretzloff.Suzanne Joubert.Jane Martin, Merijean Morrissey-Clayton ou Susan-Geraldine Taylor.Il y aura là un jardin de sorcière, une galerie de portraits, une «chambre de 7>i r-:i Films québécois disponibles: CLSC, Hôpitaux,Syndicats, Groupes et Associations populaires, Cégeps, Universités, Maisons de la Culture, Musées.Pour recevoir notre catalogue, écrire ou téléphoner à LES FILMS DU CRÉPUSCULE INC.4503 St-Denis, suite #1, 849-2477 LA VIE EN ROSE 60 septembre 1984 mémoire», une sorte de tente faite de tapis magiques et une «chambre utérine», pour faire à rebours l'expérience de la naissance.La maison est une idée de la coordonnatrice Suzanne Jou-bert.artiste peintre reconnue Femme de l'année (des arts) 1984 On pourra voir La maison à la galerie de l'UQAM à Montréal en février 1985 et peut-être autour de Noël à la galerie SAW d'Ottawa.Mais surtout, l'oeuvre peut se transporter, se remonter en deux jours, être vue partout : avis aux groupes de femmes, centres culturels et institutions intéressé-es Suzanne Joubert vous en dira plus : (819) 771-4072.Mais - il y a toujours un mais ! - il manque un peu d'argent pour terminer le travail : 10 000$ sur un total de 25 000$.bien que le projet ait reçu l'appui financier, entre autres, du Conseil des arts du Canada et du ministère des Affaires culturelles du Québec Alors, de la même façon que la revue féministe Herizons, de Winnipeg, invitait ses lectrices à «sponsoriser» le projet, La Vie en rose vous incite à devenir aussi «propriétaires» de La maison en envoyant 1$ (ou plus, évidemment) à La maison, 7, rue Wright.Hull.Québec J8Y 3J6.LVR Cinéma )ldates de la libération Combattantes parmi les hommes de Jackie Reiter réalisatnce et Damèle Lacourse, scénariste Faisant partie d'une série de huit films sur l'Amérique centrale (présentée en partie à Radio-Québec l'hiver dernier), Combattantes parmi les hommes est un aperçu (30 minutes) des guéril-leras nicaraguayennes.ces femmes soldats étonnantes qui continuent de se battre sur deux fronts : la libération nationale (à la frontière hondurienne) et la leur.En juillet 79.alors que les forces révolutionnaires l'emportaient sur le gouvernement de Somoza.ces femmes ont exigé de former un bataillon exclusivement féminin afin de montrer ce dont elles étaient capables, afin aussi d'échapper aux moqueries et à la compétition qu'amène la présence d'hommes Ce film est surtout l'histoire de Gladys Baez.première combattante au Nicaragua, un choix qui.on le devine, ne fut pas de tout repos Gladys raconte com- ment, un jour, son chef de bataillon annonça que tous ceux voulant abandonner la partie étaient libres de le faire - une tactique, ni plus ni moins, pour se débarrasser d'elle.Mais Gladys ne bronchant pas, personne n'osa profiter d'une si belle occasion C'est bien cet aspect du film qui me semble le plus appréciable : on avoue d'emblée que machisme il y a et, de plus, on le démontre Trop souvent, lorsqu'il est question de libération des femmes et de libération nationale, on a tendance à prétendre Théâtre e Hamlet nature Hamlet de Jules Laforgue, par «Les Fourberies», au Théâtre du grand dérangement Québec, 1" |uin - 1" juillet avec Stéphane Lory et Marie Trudel Hamlet ne s'est pas toujours demandé s'il fallait y être, ou pas, puisque sa légende se perpétue d'avant Shakespeare Chronique danoise ou tragédie anglaise ?Hamlet est devenu poème narratif lorsque Jules Laforgue, que tout est pour le mieux dans ce monde «amélioré», de peur d'attiser les mauvaises langues Mais Combattantes parmi les hommes gagne en force, à nous apprendre ce que les femmes pensent vraiment Distribution Québec Carrefour international.4248.de Lonmier Montréal H212B1 (514) 527-6611 International Films Transit.4872.Papineau.Montréal H2H IV6 (514) 52 7 9781 Francine Pelletier ,'f M Stéphane Lory ZELDA du 13 septembre au 6 octobre texte: Johanne Beaudry metteur en scène : Yves Neveu avec: Diane Cardinal René Gagnon Annette Garant Fabien Lachutee •Jacques I .a vallée Bertrand Roy décor Michael -Joy costumes Francois Barheau éclairait' Claude Accolas d'aujourd'hui r*x uuujwm » sa RÉSERVATION r.2.3-121 I DB ijmï rue l'apmtMu.métro iVtpinra septembre 1984 61 LA VIE EN ROSE Flash poète «décadent» du siècle antérieur, a fait de ce sombre héros un dandy aux prises avec son spleen et son idéal.En décembre 1974.Francis Huster avait donné une version théâtralisée de ce Marie Trudel Hamlet-fin XIX'.Du 1" juin au 1" juillet 1984.à Québec, au Théâtre du grand dérangement.Stéphane Lory ajoutait une dimension à cette aventure trans-temporelle.Comédienne et metteure en scène.Stéphane Lory avait, à l'origine, conçu un espace dramatique pour deux acteurs et une voix : Hamlet dédoublé.C'est le spectacle qui avait été vu au Studio des acteurs, à Montréal, le printemps dernier.Fatalité heureuse, la représentation repose maintenant sur la performance unique de Stéphane Lory, admirablement mise en relief par la voix souveraine de Marie Trudel.Dans un environnement souple et dépouillé, de feutre et d'atmosphères-lumières.Stéphane Lory permute son énergie d'être cruel en personnage clownesque, de désespoir en dérision.Elle récite avec brio un texte pourtant difficile.«Que je vous becqueté les mains Kate, pour cette etiquette Kate !» Un texte qui semblerait prétentieux sans la lucidité goguenarde qui s'en dégage.«Ah 1 Misère et Petits Faits !» Un texte qui porte les marques et les stigmates de la misogynie d'un autre temps «Ophèlie 1 Reviens 1 Chère petite glu !» Mais qui révèle, dans toute sa nudité vulnérable et cynique, l'état d'une âme qui Sait qu'elle va mourir «Et j'ai léternullitè en Hommage a Du 17 au 30 septembre (y compris les dimanches) à lajlibrairie HERMES 1120 ouest, ave.Laurier Outremont H2V 2L4 soi avant ma naissance, l'èter-nullitè en soi après ma mort.» Le défi était de taille ! Stéphane Lory s'en est tirée avec une révérence, un oeil narquois, un sourire triste, et une force physique insoupçonnée.r Josette Giguère Eve- _ nements iSisterhood très powerful Les 7.8 et 9 juin dernier se tenait à Londres The First International Feminist Booh Fair C'était la première fois qu'un événement d'une telle ampleur permettait à des éditrices de 26 pays de se rencontrer Les Éditions de la pleine lune et les Éditions du remue-ménage y étaient.(On avait même apporté deux caisses de Vie en Rose ') Ce fut l'occasion d'échanger, de s'enrichir de nos expériences mutuelles, d'élaborer des projets de collaboration, de faire connaître nos livres, de vendre et d'acheter des droits de traduction.Ainsi, quelques-uns de nos livres seront traduits en anglais, en italien et en allemand La foire n'a pas uniquement permis des échanges entre éditrices et libraires.Des écrivai-nes, dont Nicole Brossard.ont participé à des lectures de textes, des rencontres et des séances de signature.Ces activités ont fait déborder la foire de son cadre commercial, célébrant l'écriture des femmes, sa pluralité et sa vitalité ! Une Semaine du livre féministe s'est déroulée parallèlement : de nombreuses librairies à travers le Royaume-Uni y participaient, mettant ainsi en évidence les livres féministes (Les journaux ont largement couvert ces événements, chose à laquelle les maisons d'édition féministes québécoises sont peu habituées !) La reconnaissance de notre ttavail et de notre force : une expérience rare et extrêmement stimulante pour toutes les femmes travaillant dans l'édition féministe ici et ailleurs ! Marie-Madeleine Raoult.les Editions de la pleine lune.Odette DesOrmeaux.les Editions du remue ménage Tél.: (514) 274-3669 Futonia - la compagnie de futon qui appartient à des femmes est gérée par des femmes emploie des femmes.370A Duluth Est, Montréal 843-4739 220 Laurier Ouest, Montréal LA VIE EN ROSE 62 septembre 1984 LA VIE EN ROSE NE JAUNIT JAMAIS ! Le papier peut jaunir, en fait, mais les idées, dossiers, reportages et analyses de LA VIE EN ROSE ne se démodent pas d'une année à l'autre.Vérifiez-le avant que nos caves soient vides : commandez les numéros qui vous manquent.MARS 1981 Gagner son ciel ou gagner sa vie?Dossier salaire au travail ménager + La presse féministe en France, Madame Bolduc, le P R N JUIN 1981 L'éducation sexuelle, dossier + Le valium et le cancer du sein, entrevues avec Marguerite Duras et Tatiana Mamonova SEPTEMBRE 1981 Quand Janette et les autres ne veulent plus rien savoir Dossier les temmes et l'information + L'Irlande insoumise, le retrait préventif, les propos d'Adrienne Rich.Nicole Brossard.Léa Pool DÉCEMBRE 1981 la nouvelle famille et la loi 89 dossier + Entrevue avec Claire Bretêcher, questionnaire sur le harcèlement sexuel, la droite américaine MARS 1982 L'avortement en 1982, dossier + La porno ou le terrorisme mâle, le mouvement socialiste et les femmes, la crise économique 8 10 JUIN 1982 L'amour, toujours l'amour dossier + Entrevues avec Clémence Desrochers et Luce Irigaray, l'affaire de Mascouche, les femmes battues SEPTEMBRE 1982 Mises à pied, mises au pas ?Dossier travail.+ Résultats du questionnaire sur le harcèlement sexuel, les femmes et le jazz, le pacifisme aux USA.NOVEMBRE 1982 D'une mère à l'autre dossier maternité + Elections à Montréal, histoire d'infirmières, reportage au Brésil JANVIER 1983 Vieillirons-nous comme elles ?Dossier femmes âgées + L'herpès «politique», Pauline Marois et le pouvoir, le viol, le féminisme et le socialisme en France.MARS 1983 Les femmes en prison dossier + Le point G, le viol et la lotie militantisme au Québec, spécial romans policiers.11 12 13 MAI 1983 Boulier, c'est pas d la tarte ! Dossier nourriture-névrose + Les Amérindiennes.René Lèvesque, le sport ou le ieu.spécial poésie JUILLET 1983 Une fourmi flottait dans sa margarita Special fiction + Les grandes photographes, les romans Harlequin, le théâtre des hommes.SEPTEMBRE 1983 Apprivoiser l'informatique dossier + Entrevues avec Claire Bonenfant et Louise Forestier, le pouvoir medical.El Salvador.NOVEMBRE 1983 Les femmes veulent renégocier le syndicalisme, dossier + Les Nicaraguayennes, propos de femmes pacifistes, le festival du Michigan, festivals de films de Quebec et Montréal 16= Sis' Simone de Beauvoir Marie Cardinal Nom .Prénom Adresse Ville .Prov.Code postal Téléphone 18 Histoire d'amour et d'eau saïée Ci-inclus un chèque ou mandat-poste 1 2 3 4 5 6 au montant de.$ ?2,50$ par numéro.7 8 9 10 11 12 ?13 14 15 16 17 18 3963 ST-DENIS, MONTRÉAL H2W 2M4 ?I I I I I Veuillez découper le coupon, l'insérer dans i enveloppe et affranchir suffisamment.Prévoir 6 semaines pour la réception. Suite de la page 5 Voter pour une femme à tout prix, pour renverser la vapeur, parce qu'une femme en politique ce n'est pas comme un homme - ce que laisse entendre la récente position d'Iona Campagnolo en faveur du gel nucléaire, à rencontre de son propre Parti libéral 7 Mais si cette femme n'est pas féministe, attachée en priorité aux intérêts des femmes, serons-nous plus avancées ?Voter alors pour la candidate ou le candidat le plus féministe, quel que soit son parti7 Une femme, idéalement7 C'est sans doute la meilleure option.Mais comment vérifier la qualité de son parti-pris féministe ?Nous commençons à peine à utiliser ici la technique anglo-saxonne du lobbying.Autrement dit.il faudrait chercher dans son comté la candidate NPD féministe sûre de gagner 7 À condition de vouloir gagner, bien sûr, et c'est la vraie question : voulons-nous être de ce pouvoir politique que nous contestons tant ?Encore à débattre la signification même du mot pouvoir, nous n'avons pas exprimé si clairement notre volonté.Pouvons-nous éviter «d'embarquer» 7 S'il est vrai que notre méfiance à l'égard de la politique traditionnelle nous a permis «l'indépendance d'un mouvement autonome de femmes», il est vTai aussi, comme l'expliquait récemment le journal féministe torontois Broadside, que «nous finissons toujours par nous buter sur le pouvoir de l'État.Car c'est l'État qui détermine notre inégalité, qui limite les garderies, qui nie aux lesbiennes la garde de leurs enfants, qui poursuit en justice les médecins qui font des avortements».Par ailleurs, nous avons beau voir un signe de la force des femmes (c'est vrai) dans un débat sur la situation féminine, n'y a-t-il pas quelque chose de gênant, voire de frustrant, à ne pas voir une seule femme répondre aux questions 7 Cela, les Américaines semblent l'avoir compris en se mobilisant derrière Géraldine Ferraro.possible vice-présidente des États-Unis, advenant une victoire démocrate le 6 novembre prochain.Cette nomination n'est pas de tout repos, non seulement pour l'establishment mais pour les féministes elles-mêmes.Que madame Ferraro ait la compétence nécessaire, nous n'en doutons pas.contrairement à certains analystes mâles.Mais elle semble avoir surtout le sexe qui convient, car sait-on pour quoi au juste elle est prête à se battre7 Certes, l'image est assez jolie, conservatrice et, jumelée à celle de Mon-dale.elle crée l'image sécurisante des «mommy and daddy» américains.Et qui mieux qu'une femme saurait remplir ce poste «ingrat», où il s'agit essentiellement, selon Time, de «s'asseoir et d'attendre que le téléphone sonne» ?Quand on sait qu'une Américaine, Sonia Johnson, se présente aussi à la présidence au nom du Citizen's Party, avec une plate-forme féministe, pacifiste et écologique, on peut se demander pourquoi elle n'est pas soutenue par la plupart des féministes américaines.Simple : elle n'a pas comme Ferraro la machine démocrate derrière elle, donc aucune chance de gagner.Les Américaines misent sur le succès d'abord et c'est possiblement un bon calcul : qui nierait qu'une femme à la vice-présidence de l'État le plus puissant du monde serait un coup de pouce à la cause des femmes 7 Quant à nous.Québécoises et féministes, nous aurons un automne instructif.Le show papal, la comédie canadienne, les élections américaines sont trois mégaévénements apparemment incontrôlables, où nos intérêts sont pourtant en jeu.Y apprendrons-nous à multiplier des stratégies offensives 7 N'oublions pas que le prochain round s'en vient, avec ces bonnes vieilles élections québécoises où il est toujours si épuisant de se faire coincer entre les compromis Francine Pelletier Françoise Guenette 1/ Tiré du compte rendu du théologien et sociologue belge, François Houtart, repris récemment par la revue québécoise Pour le socialisme, n» 5, 2' trimestre 1984 QUESTIONS DE CUL TURE questions de culture S Sous la direction de Fer-nand Dumont, l'IQRC publie ces cahiers thématiques deux fois par année ; ceux-ci se veulent un foyer de réflexion sur les phénomènes culturels universels et québécois.Ces ouvrages sont disponibles dans toutes les librairies ou à: de recV -o S ex tare 1 7979 Institut québécois de recherche sur la culture 93, rue Saint-Pierre Québec (Québec) G1K 4A3 tél.: (418) 643-4695 questions de culture 6 Des articles de Madeleine Préclaire, Guy Bouhzon, Gilbert Le-clerc, Jacques Proulx, Germaine Normand, Germain Lemieux, Nicolas Zay, Madeleine Ferron, Hubert de Ravi-nel, Lucien Campeau, Gabrielle Lachance et Ellen Corin.La culture et l'âge « Le monde d'aujourd'hui et de demain peut-il se payer le luxe de négliger la richesse, la collaboration de ce groupe de personnes de plus en plus nombreux qui, en 1984, arrive au seuil de la vieillesse, en étant disponible pour travailler à un ordre nouveau, qui seul permettra un nouvel art de vivre ?>• Tels sont à la fois le souhait et la question formulés dans la présentation de ce numéro auquel une douzaine de collaborateurs (psychologue, historien, professeur, gérontologue, écrivain.) ont apporté une réponse, chacun à sa manière, poétiquement ou scientifiquement.198 pages 12 $ LA VIE EN ROSE 64 septembre 1984 Calendrier .expositions à Montréal : Èlène Gamache expose sa production récente de tapisseries et dessins à la Maison de la culture du 5290 Côte-des-Neiges.du 8 au 30 septembre.Derrière la corpulence et l'aspect farfelu des personnages, apparaît le thème de l'isolement des indivi-du-e-s face au monde : la plage presque déserte de Paradise Beach, le trio sous le ciel nocturne de 5oir de fête, l'étrange intimité du Chat Marcel.Isabelle Leduc : oeuvres en papier, à la Galerie 13.du 13 septembre au 7 octobre.Carmen Coulombe : dessins, à Noctuelle galerie d'art, du 8 septembre au 3 octobre.Susan Scott : dessins et peintures, au Centre Saidye Bronfman, du 14 août au 16 septembre.Marilyn Gelfand : photos, au Centre SB.du 14 août au 4 octobre.Liliana Berezowska : sculptures de ciment et d'acier, au Centre SB.du 14 août au 4 octobre.Barbara Steinman : installation vidéo, au Musée d'art contemporain, du 27 septembre au 11 novembre.Et à Hull : Stacy Spiegel : sculptures, à la galerie Axe Néo-7.du 1" au 30 septembre .Folie/Culture Une quinzaine de pays, représentés par des conférenciers invités, participeront au Festival Folie/Culture qui se tiendra à Québec du 1" au 7 octobre et à Montréal du 7 au 10 octobre.Le débat s'adresse tant aux professionnels de la santé qu'aux artistes, aux personnes intéressées aux expressions artistiques de la folie et à la population en général.Les thèmes abordés : les pratiques alternatives, la réforme italienne, l'autisme, la créativité et la folie, le rôle des travailleurs en santé mentale, la folie et la justice, la délinquance et la folie.En plus des documents et des invités qui illustreront et commenteront les différents aspects des rapports Folie/Culture, il y aura une exposition photographique, ainsi qu'une cinquan- Le chat Marcel taine de films et de vidéos sur la représentation de la folie.Auto-Psy, un groupe voué à la défense des droits des psychia-trisé-e-s.et Obscure, une association coopérative en arts actuels, organisent cette manifestation.Pour des renseignements supplémentaires.communiquez avec Obscure 20.rue St-Jean n" 30.Québec GIR 1N6 Tel (418) 529-3775 Femmes et musique Le 4' Congrès international Femmes et musique aura lieu à Paris du 25 au 28 octobre.Créé à l'instigation de l'Américaine Jeanie Pool et de l'International Congress of Women in Music Association, de la League of Women Composers et du Mouvement (français) d'Action musicale, le 4e Congrès sera l'occasion d'entendre l'oeuvre de musiciennes passées et actuelles, de toutes origines et de tous genres : rock, jazz, improvisation, contemporaine, etc.En plus des concerts : tables rondes et ateliers sur l'évolution de la place des femmes en musique, les nouvelles techniques, les métiers de la musique, l'établissement d'un réseau de promotion, et un débat «femmes-musique-cinèma» : «Nous voulons créer un effet «masse» incontournable par les médias, que ce soit un moment de provocation positive, dans tous les sens du terme et.pour que ce ne soit pas qu'un instant entre parenthèses, le congrès sera prolongé sur un an par une tournée.» Le congrès est soutenu financièrement par les ministères français de la Culture et des Droits des femmes, et certaines des sessions auront lieu au prestigieux Centre Georges- Pompidou Pour plus d'information, écrivez au 4' Congrès international Femmes et musique.45 bis.rue de la Glacière.75013 Paris.Pour le débat Femmes - musique - cinéma, écrivez à Joyce Rock, 4118, av.du Parc Lafontaine.Montréal H2L 3M8 Théâtre des Amériques Pour la première fois en 1985, le premier Festival de théâtre des Amériques, un événement d'envergure internationale, aura lieu à Montréal Rendez-vous des professionnels du théâtre, du public et de la presse nationale et internationale, le Festival sera l'occasion de découvrir la richesse des cultures des Amériques.Le Festival présentera pendant dix jours, au mois de mai.des oeuvres originales récentes : théâtre expérimental, de répertoire, féministe, musical, dansé, théâtre de rue.théâtre des minorités, performances, provenant de toutes les régions des Amériques, de l'Alaska et de l'Argentine, des Caraïbes et de la Côte Ouest.Pour plus de renseignements, téléphonez au 842-0704.septembre 1984 65 LA VIE EN ROSE LIBRAIRIES CLAS RRAP'S SHORTER FR.ANG.- ANC FR.RÉG 23,95 PRIX CLASSIC date limite : 30 septembre De plus, n'oubliez pas que nos gérants-tes démarquent 5 best-sellers de leur choix à tous les quinze jours.
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