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Titre :
VO
VO est une revue bimestrielle engagée portant sur le monde du travail, l'économie sociale et la coopération internationale. Publiée de 1990 à 1997, elle fait suite à Vie ouvrière. [...]

VO est une revue bimestrielle publiée à Montréal de 1990 à 1997. Résolument de gauche, la revue accueille des rédacteurs dont les préoccupations sont orientées vers la lutte aux inégalités sociales, la solidarité internationale et le développement de services publics de qualité. Pierre Vallières est rédacteur en chef de VO jusqu'au printemps 1991, où il laisse sa place à Jean Robitaille, collaborateur régulier de la revue depuis quelques années, qui travaillera étroitement avec Daniel S.-Legault. VO fait partie d'une longue série de publications incluant le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990), Vie ouvrière (1979-1990) et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004).

VO s'adresse à un public scolarisé et engagé : intervenants et militants des milieux communautaires et syndicaux, journalistes, étudiants, recherchistes et, plus généralement, les individus préoccupés par les changements sociaux.

La nouvelle formule magazine adoptée par VO vise toutefois à une diversification tant de la forme que du ton. Des textes d'analyse substantiels côtoient les chroniques plus courtes dans une facture graphique plus illustrée et colorée que celle de Recto verso.

Le tirage de VO se situe entre 2000 et 5000 exemplaires.

FONTAN, Jean-Marc, « Souvenirs de Recto verso », Possibles, vol. 30, no

Éditeur :
  • Montréal :Jeunesse ouvrière chrétienne :1990-1997
Contenu spécifique :
mars-avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeurs :
  • Recto verso (Montréal, Québec) ,
  • Carnets de VO
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Références

VO, 1995, Collections de BAnQ.

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LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE m \m \\ \E ie lt iu 11 \t lu \n « UN RESEAU DE RESEAUX ÉLECTRONIQUES: LA VIE INTERNAUTE OU L'ÈRE DU PITON EPISTOLAIRE ANDRÉ BÉLANGER m en 0) s > < GO a.< m o > Crrrr.tshiii.crrr.tshiii.bip! Pour des millions de personnes, CE CHUINTEMENT TYPIQUE DU MODEM EST DEVENU AUSSI FAMILIER QUE LE BRUIT D'UNE VOITURE OU DU TÉLÉPHONE.IL LEUR ANNONCE QU'ELLES VONT BIENTÔT PÉNÉTRER DANS LE PREMIER VILLAGE ÉLECTRONIQUE GLOBAL À L'ÉCHELLE PLANÉTAIRE, l'INTERNET.Avec ses 10 à 35 millions d'abonnés-es et son taux de croissance phénoménal de 10% par mois, ce réseau de réseaux relie des millions d'ordinateurs entre eux.Pour qui maîtrise l'anglais (!), il offre, pour environ 1$ par jour, la possibilité d'échanger du courrier électronique, d'émettre des informations et des opinions aux quatre coins de la planète, ou de consulter des centres de documentation un peu partout sur le globe.Aucuns frais d'interurbain, aucune règle formelle, aucune censure.Une chose est sûre toutefois: l'honnête citoyen-ne s'y abonne pour puiser dans ses innombrables banques de données, fouiller dans ses bibliothèques virtuelles ou obtenir de l'information auprès de spécialistes.Mais la même personne s'y accroche parce qu'elle y trouve des amis-es, des confidents-es et qu'elle participe à la vie d'une grande communauté, avec ses règles, son éthique, son langage.Et la Place Royale de cette mégapole virtuelle vibre au rythme de plus de 10 000 newsgroups ou conférences.Tous les sujets y sont traités, depuis les dernières variations de l'indice Dow Jones, en passant par les vampires, et jusqu'à la masturbation.Le Net, comme l'appellent les habitués-es, est le royaume des voyeurs-ses.On peut s'y balader d'un sujet à l'autre, sans laisser de traces et en toute.indiscrétion.Les internautes de longue date appellent cela faire du lurking, c'est-à-dire rôder.Au diable les scrupules, je me tapis derrière mon terminal d'ordinateur et je commence un discret survol des conférences.S'ACCROCHER Premier arrêt: le groupe Alt.Suicide.Holiday.Un bruyant «ahhh! help me1 accueille le rôdeur.«Je suis suicidaire.et je le suis depuis les cinq dernières années, écrit R.Dhir de Carleton en Ontario.C'est bizarre.et très épeurant.Je ne veux rien savoir d'un psy (bloody shrink).Les deux derniers ne m'ont pas aidé du tout.Est-ce qu'il y a quelqu'un?J'ai besoin d'aide.» Quelques heures plus tard, une enfilade d'articles vient soulager le désespéré.«Ta douleur est réelle.Les psy sont des dumbfucks, quatks et ne valent en général rien.Ne les écoute pas.Tu es le bienvenu chez nous», lance quelqu'un.Maniant l'humour, il poursuit: «En t'affichant dans ce groupe, tu entreprends un voyage dans un monde fou, dément, névrotique où on ne retrouve que douleur, tristesse et souffrance.Mais ne t'en fais pas, on va prendre soin de toi.» Le message a porté.R.Dhir apparaît un peu plus tard dans une 10ux autre discussion.Il fait pleinement partie de la famille maintenant: il est accroché.C'est cette chaleur humaine, cet accueil fondé sur les intérêts communs qui constitue la recette gagnante de [Internet.LE CONFIDENTIEL Les négligés-es et les âmes seules de ce monde y ont fait leur nid.Par le réseau, elles peuvent se rencontrer, échanger, discuter, sans jamais risquer d'être retracées, sinon que par leur adresse électronique.Certains-es utilisateurs-rices du Nef offrent même un service gratuit de renvoi de message: vous faites parvenir votre message à leur ordinateur qui, lui, le transmet au véritable destinataire.L'adresse qui apparaît sur l'en-tête des messages est alors celle de l'ordinateur qui sert de relais.Impossi- Les internautes défendent un idéal libertaire: pas de contraintes, pas de règles, pas d'interdictions.ble donc de retracer le diffuseur du message.Les conférences comme ait.sex.bestialité ou alt.sex.fetish.diapers sont peuplées de ces internautes fantômes.«Les pieds qui ne me plaisent pas, pour moi, ils sont dégoûtants.En fait, ma répulsion pour les mauvais pieds est aussi intense que mon attirance pour les beaux pieds.- Tiendriez-vous de telles discussions dans un bureau?Dans la conférence alt.sex.fetish.feet, c'est tout à fait normal.Dans certains cas, les conférences jouent un rôle social de premier plan.Le Queer-campus et le GayNet sont deux lieux virtuels pour les adolescents-es homo-sexuels-les.Offertes sur le réseau privé L'INTERNET: OU SONT PASSES LES GROUPES COMMUNAUTAIRES?■■ML PK3T0 4BMAN VCLAVI America Online", elles permettent à des ados gais de rencontrer d'autres gais, ailleurs que dans les bars.Aujourd'hui, plusieurs y vivent leurs premières expériences sexuelles.virtuelles.UNE ÉTHIQUE SPÉCIALE Les internautes défendent un idéal libertaire: pas de contraintes, pas de règles, pas d'interdictions.Malgré cette souplesse, les maniaques n'y font pas long feu.Un article anonyme d'un jeune gai de 17 ans paru sur AOL résume bien le sort réservé aux «prédateurs» sexuels qui s'y baladent.Ghyslaine Jacques de l'Entraide missionnaire est une militante branchée.Le café à peine entame, elle allume son ordinateur et se branche au réseau Web, une organisation d'un réseau collectif virtuel progressiste reliant 20 000 personnes de 133 pays-Contre un abonnement de 180$ par année et des frais de 3$ la minute, elle obtient toutes les semaines des nouvelles fraîches du Brésil et du Nicaragua et peut accéder à l'Internet.Le Web, c'est la section canadienne et cubaine de l'Association for Progressive Communications, un collectif international de réseaux informatiques mis sur pied par les groupes communautaires il y a de cela cinq ans.L'APC est au Web ce qu'une centrale est à ses syndicats, leur offrant des services communs.Pourtant, Ghyslaine se sent plutôt seule sur le réseau.Seulement 29 groupes québécois y sont abonnés et peu d'entre eux se servent activement du réseau.Le mouvement communautaire québécois a pourtant manqué une bonne occasion de développer son propre réseau télématique.Le projet de réseau francophone Agora, lancé en grandes pompes il y a deux ans, n'a jamais décollé, victime de luttes de pouvoir.Il existe mais reste peu utilisé.Aujourd'hui, la télématique passe par l'Internet.Dés ce printemps, Montréal aura son Freenet, un babillard électronique offrant aux citoyens-nes un accès bilingue, gratuit et communautaire à l'Internet.Québec suivra d'ici peu.Les groupes communautaires prendront-ils place dans le train?in m go > < i en ce < o > «Le Net, ce n'est qu'un moyen pour atteindre notre but: renverser les gouvernements technocrates, dépouiller la politique de ses artifices et y faire le ménage» m en > < i en Œ < o > «Il existe des moyens d'affronter les pervers et tous les adolescents les connaissent.On peut ensevelir leurs boîtes postales sous les messages ou les ignorer lorsqu'ils se joignent aux discussions.Nous sommes ni sans défense ni innocents.» En avril 1994, deux avocats de l'Ari-zona ont goûté à la médecine de cheval réservée aux fauteurs-ses de trouble.Laurence Canter et Martha Siegel avaient conçu un logiciel diabolique qui leur permettait de diffuser leur publicité partout sur le réseau.Grave entorse à la règle implicite numéro 1 de VInternet: la publicité et les activités commerciales sont interdites.En quelques heures, l'ordinateur des deux avocats était enseveli sous des milliers de lettres de protestation.Frondeurs, ils ont récidivé.Cette fois-ci, la contre-attaque du réseau a été impitoyable, faisant crasher le serveur (gros ordinateur) avec lequel ils étaient reliés à VInternet.Débordé, le gestionnaire du serveur a décidé de les débrancher.À DROITE Le Nef compte tout de même son lot de personnes racistes, sexistes, voire violentes, mais elles se tiennent cantonnées dans leurs conférences.Quant aux mouvements extrémistes religieux ou politiques, ils n'y sont à peu près pas présents.Ceux-celles qui cherchent à fomenter la haine risquent fort d'opter pour des babillards électroniques* moins courus et surtout à l'abri des regards de millions de personnes.De tels babillards existent certainement, mais ils ne sont pas sur le Net.Et même ceux qui le sont (comme ait.pâme.faggOÎS, qui en- tretient la haine contre les homosexuels) ne sont en général pas autorisés par les fournisseurs d'accès Internet.ENTRE L'UTOPIE ET LES POUVOIRS Tiens, un coup d'œil sur la conférence news.announce.newgroups m'apprend qu'un vote a eu lieu et que la confé- ILLUSTRATCM DCNS RIOUX rence rec animais wiUIlife pourra être implantée.C'est ainsi pour tous les projets de conférences.Tout ajout ou modification importante de la structure du Net est soumise à une consultation populaire et sera rejetée s'il y a trop d'opposition.C'est un peu ça la démocratie du Net.Et pour la préserver, des militants-es vir-tuels-les qui veillent au grain: ce sont les membres de l'Electronic Frontier Foundation il 111 base a Washington.H s'agit d'un véritable Club des millionnaires, puisque l'EFF est dirigé par d'anciens- • PETIT LEXIQUE DE L'AUTOROUTE Il existe plusieurs types de réseaux.Les voici: Internet Réseau planétaire composé de milliers de plus petits réseaux d'ordinateurs (universités, gouvernements, etc.) qui s'est constitué à partir de 1969 et qui rejoindrait aujourd'hui entre 15 et 40 millions d'usagers-ères.Babillard électronique (BBS) Les BBS sont des réseaux beaucoup plus petits, souvent confinés à une ville ou à une région.Un babillard ne donne habituellement pas accès aux autres réseaux, notamment l'Internet Serveur commercial Des entreprises à but lucratif animent leurs propres réseaux informatiques.On y retrouve le même genre de services que sur VInternet, sauf qu'ils sont beaucoup mieux organisés, structurés et.plus chers.Avec ses deux millions d'abonnés-es, CompuServe est le plus grand des serveurs commerciaux, suivi par Prodigy (un peu moins de deux millions), America Online avec 1,5 million et GEnie avec un demi million de membres.Serveur communautaire C'est le cas du Web.nés hippies qui ont fait fortune dans l'informatique durant les années 1980, dont son directeur et co-fondateur Mitch Kapor, ex-président du fabricant de logiciels Lotus.«Le Net, ce n'est qu'un moyen pour atteindre notre but.Et ce but, c'est de renverser les gouvernements technocrates, dépouiller la politique de ses artifices et y faire le ménage», résumait-il lors d'une entrevue accordée à la Bible des branchés, le magazine états-unien Wired.Mais les utopies résistent mal aux réalités économiques.Et la joyeuse anarchie qui règne sur VInternet est menacée.D'ici trois ans, son principal bailleur de fonds, le gouvernement états-unien, aura coupé les vivres.De plus, les entreprises entrent en masse sur le réseau et le détournent de sa vocation communautaire, espérant tirer profit de ce monstrueux marché de 35 millions de personnes.^7, \\l 11 >E ie lt lu 11 ff ,U IR 1E LA LANGUE DES SCIENCES: LE FRANÇAIS MICROSCOPIQUE S ANGLICISER GLOBALEMENT, S ANGLICISER LOCALEMENT ISÏIÏUI > A S T El r— • • IWH Y0UR S T E P 4> iTTi- I 1 T ■».*- AFEF BENESSAIEH Le français, réservé aux belles lettres et au fanatisme de quelques francophiles déconnectés?dans le domaine des sciences pures et appliquées, il est en perte de vitesse, avec et sans raisons.Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, avec l'omniprésence états-unienne dans le domaine des sciences et des technologies, l'anglais s'est simplement imposé comme outil international de travail commun pour les scientifiques.Faut-il pour autant en conclure que le français ne vaut pas tripette dans les sciences pures et appliquées?Au Québec, nombre de chercheurs-es trouvent la pilule dure à avaler.Que publier en anglais soit garant de visibilité dans le monde des sciences, soit, mais que dans le travail quotidien il soit de bon ton d'employer l'anglais, cela dépasse leur entendement.«L'anglais est une langue de production et on ne peut pas y faire grand chose», estime Pierre-Etienne Laporte, président du Conseil de la langue française.-Mais s'il faut que ça déborde au point que l'enseignement des sciences se fasse en anglais, je pense que c'est excessif».Le français, langue du quotidien, est-il en péril?Ou bien son effacement se restreint-il aux publications, desquelles il est de plus en plus évacué?LA RÉPUBLIQUE ANGLOPHONE DES SCIENCES Au-delà du simple enjeu idéologique de lutte contre l'américanisation de la société québécoise, défendre l'usage du français dans les sciences est surtout une question d'identité culturelle, pour les chercheurs-es.Publier en anglais est un problème secondaire, parce que quasi impératif.Par contre, parler français (FRANŒ) IOVVÎR NORMANDt FLERS HOSPITAL CENTRE GENERAL PSYCHIATRIC DEPARTMENT seeks d full lime PSYCHIATRIC PRACTICIAN INFORMATION FROM : Madame le Docteur I Head oi Department, Tel 11 M 44 M APPLICATION TO ,rel PP LU Monsieur DOUCFT.General Manager, rue Eugène Garnter.61100 Fiers.France, Tel J 3.62 62 41 Offre d'emploi parue dans le magazine français et francophone La Recherche.dans la vie de tous les jours est un enjeu, voire une cause.Lors d'un colloque réunissant universitaires et chercheurs-es, qui s'est déroulé le 11 novembre 1994, Michel Bergeron, rédacteur en chef de la revue Médecine-Science et professeur au département de physiologie de l'Université de Montréal, a partagé ses réflexions avec l'auditoire sur la question de la langue des sciences.«Dans les sciences, toutes les langues autres que l'anglais sont en péril, a-t-il dit.L'utilisation du français pour penser et pour présenter la science reste donc pour nous, enseignants, chercheurs ou citoyens une ardente, une vitale nécessite.Tout en défendant volontiers l'usage du français dans les sciences, le professeur engagé refuse d'en faire un cheval de bataille.Pour lui, il convient de faire la distinction entre ce qu'il appelle la langue de la «République de la science» et la langue des sciences.La «République de la science» désigne la communauté scientifique mondiale, une poignée d'individus qui ont besoin d'une langue commune pour communiquer entre eux.La langue des sciences, celle qui nous intéresse, est la langue utilisée par les chercheurs-es dans leur quotidien.Elle est nationale et synonyme d'identité à préserver dans le rapport à l'autre.«La r r > < i ■ Œ < m ni o > LA LANGUE DES SCIENCES.EN CHIFFRES • Au Québec, 72% des publications scientifiques se font en anglais, avec un sommet de 90% pour les sciences physiques et mathématiques.• En sciences de la nature et appliquée, les publications sont faites à 86% en' anglais, comparativement à 32% en sciences humaines.• Les chercheurs-es québécois-es publient à 46,2% aux É-U, contre 10,2% seulement en France, et 10,4% au Canada, 12,1% en Angleterre.• Des dix revues considérées comme les plus prestigieuses par les chercheurs-es québécois-es.cinq sont canadiennes, quatre états-uniennes et une néerlandaise.Toutes sont anglophones.• Parmi les dix revues les plus utilisées pour publier, autant en français qu'en anglais, six acceptent des textes dans les deux langues.Là encore, c'est le choix des chercheurs-es pour l'utilisation de l'anglais qui intervient, puisqu'ils ont la possibilité d'utiliser leur langue maternelle.{Source: Conseil de la langue française.Le français dans l'activité scientifique et technique.Quatre études, DRAPEAU, A.J., ROCHER, F., GAGNÉ, F., RIVEST, F., Gouvernement du Québec, 1991, 276 p.) m 01 o> < i en oc < 5 m langue, qu'on le veuille ou non, est structurante de la pensée, dit-il.Il serait vraiment dommage que nos étudiants qui parlent français ne puissent pas se servir de leur langue maternelle qui est l'outil de connaissance le plus performant qu'ils possèdent." Dans le secteur public, comme les pharmacies ou les laboratoires de recherche d'hôpitaux, les chercheurs-es ne voient pas réellement de problème immédiat pour leur langue d'usage.Ils-elles causent français sans avoir à chicaner pour cela.Leurs publications, toutefois, sont inévitablement anglophones.«On ne se sent pas menacés de l'intérieur, ni dans nos pratiques courantes", affirme le Dr.Martine Raymond, directrice du laboratoire en biologie moléculaire des levures de l'hôpital St-Luc.«Par contre, c'est sûr que nos publications se font en an- glais.Écrire dans une autre langue que la mienne, je l'ai accepté assez rapidement.Ne serait-ce que pour pouvoir aborder d'autres chercheurs.» QUESTION D'OUTIL OU DE FEELING Au total, chiffres à l'appui et toutes disciplines confondues, 72% des articles publiés par des chercheurs-es québécoises sont écrits en anglais.Cela tiendrait à la fois à une question de visibilité, de prestige et.d'obligation.«C'est une question d'audience, plaide Martine Raymond.Si on avait le choix, je pense que pour la plupart, on publierait en français." Il faut non seulement être compris par ses pairs, de manière à être cité, mais aussi publier dans des revues de qualité, qui sont anglophones pour la plupart.La «République de la science» désigne la communauté scientifique mondiale, une poignée d'individus qui ont besoin d'une langue commune pour communiquer entre eux.L'argument favori des défenseurs de l'anglais, comme langue scientifique, est sa simplicité et son accessibilité.-11 est facile d'écrire des communications scientifiques en anglais-, affirme Arkady Kunysz, chercheur au département de physique à McGill.«Il se trouve aussi que la plupart des grandes revues scientifiques sont anglophones.Par la force des choses, les chercheurs publient donc en anglais.Ils ont un besoin fondamental de communiquer, pour faire connaître leurs recherches et aussi pour éviter de refaire les mêmes travaux que d'autres.» L'homme-la femme de science, qui veut avant tout être corn-pris-e de ses pairs, penche donc pour l'utilisation d'une langue qui lui con- ILLUSTRATION OXON ROHR ILLUSTRATION LWEIS E CALVER A L'INSTITUT PASTEUR Conséquence incontournable de la présence prépondérante des anglo-saxons dans les domaines scientifiques, l'anglais détrône largement le français, même en France.En 1991, le prestigieux Institut Pasteur parisien a radié de ses publications l'usage du français.Ce qui n'a pas été sans soulever l'ire des chercheurs-es de la francophonie.Au Québec, le Conseil de la langue française a rapidement subventionné une enquête sur la situation du français dans les sciences et la technologie.Les constats sont clairement pessimistes et les recommandations ne manquent pas de se faire fermes.Le gouvernement doit subventionner les publications scientifiques francophones, la coopération inter universitaire et la promotion du français dans l'enseignement.vient.Inutile d'y voir un choix politique.Les scientifiques rencontrés ont tous la même réaction d'agacement: l'anglais est un outil.Son utilisation n'est pas une conspiration! Qu'on se le tienne pour dit.DES SOLUTIONS.DES SUBVENTIONS Carrière, visibilité, langage commun, tels sont les principaux arguments en faveur de l'anglomanie scientifique.Faut-il baisser les bras devant la raison et l'évidence?Que nenni, répondent les intéressés-es.-Ceux qui se battent pour publier en français sont conscients que si on ne publie qu'en anglais, le français deviendra une langue morte-, rétorque vivement Sophie Malavov, rédactrice en chef de la revue Interface.Pour que le français dispute sa place dans l'arène des sciences, il doit être, sinon devenir, un outil de travail constamment affûté.Ainsi, une solution au dépérissement du français serait de subventionner la publication annuelle et constamment révisée d'un lexique scientifique, auquel les chercheurs-es pourraient se référer.«La prépondérance de l'anglais dans les sciences fait que le français perd considérablement de sa valeur au point de vue de sa modernité", estime Pierre-Etienne Laporte.«Tout un champ de la terminologie technique lui échappe, et le français devient une langue dépassée, incapable de rendre compte des nouveaux concepts scientifiques.- Il semblerait que des décisions politiques soient nécessaires.Nos ministères de la science et de la technologie, de l'industrie et de la culture pourraient, par exemple, mettre une condition sur l'attribution des subventions aux chercheurs-es québécois-es.Celle-ci se traduirait par un «quota* minimal de publications francophones.Ainsi, un-e chercheur-e se verrait encouragé-e à publier en français et y trouverait avantage, financièrement parlant, dans les subventions à la recherche qu'il-elle recevrait.'7, Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec (CEQ) Au service des jeunes et des adultes dans les commissions scolaires.9405.aie Sherbrooke Est - Montréal H1L 6P3 Tél.: (514) 356-0505 TéléC.: (514) 356-1324 FQPPU Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université 4446, bout Smnt-Laumu.burrau 40! Mmnai (Québtti H2W 173 TA.(514) 843-5953 Tajcopuw- (514) 843-6928 m 0) en feouLA.CLttA '/ma -^é*o .êiy/atu.» 0tri*uf~ *- Alliance des professeures et professeurs de Montréal < i en rx < 5 nj o > CHBON.OUE mSOLBHTH NICOLE BRAIS La vie est un grand fleuve tranquille.à Québec.Du moins, il en était ainsi jusqu'à ce que la Chambre de commerce ne prenne les choses en main et offre au tandem Parizeau-Lapointe une magnifique résidence bien connue maintenant comme le 1080 des Braves.La résidence et ses occupants défraient régulièrement la chronique.Après le débat au plan national sur l'à-propos d'un tel cadeau de la part de la Chambre de commerce et sur la géographie du site (fédéral ou provincial?), sur la scène locale on a vu un illuminé commander à un taxi de le mener au 1080, histoire d'attenter à la vie de Parizeau.La maison est ensuite devenue le site d'une manifestation pour les mal-logés.Que d'animation tout d'un coup dans le grand village! Voici que maintenant le 1080 défraie la chronique culturelle.C'est qu'on y tient OPERATION CHARME AU 1080 régulièrement des «S à 1».Je ne sais pas si la Chambre de commerce s'était réservé un droit de regard sur les fréquentations permises dans sa luxueuse demeure.Toujours est-il que le jour même où les groupes de pression de la région de Québec manifestaient contre la réforme Axworty, ils étaient invités, dans le cadre d'un de ces «5 à 7», à venir rencontrer personnellement Jacques Parizeau et Lisette Lapointe qui, en passant, est conseillère en action communautaire.Voyant là l'occasion de percer le mystère qui entoure toujours le Secrétariat à l'action communautaire, les groupes ont répondu positivement à l'invitation.On avait ratissé large, donnant plus dans le charitable que dans la pression.Il y avait là Monseigneur Couture et le presque aussi célèbre André Chouinard, animateur à Radio-Canada et organisa- teur du Noèl des enfants, Monsieur le Maire de Québec lui-même (pourquoi lui?), Robert Gillet, un autre animateur de radio (et lui?).Sachez que les médias font de l'action communautaire et que la promotion des Jeux olympiques entre aussi dans cette catégorie.Enfin, il parait que les hôtes étaient charmants, que la robe de Lisette ne venait certainement pas d'un vestiaire de la St-Vincent-de-Paul.Le vin coulait d'abondance, les amuse-gueules ont satisfait les fines bouches comme les grandes gueules.Les représentants de Moisson Québec sont repartis avec les restes sous le bras.Certains ont profité de ce contact privilégié pour plugger un ou deux dossiers.Les vrais de l'action communautaire se sont révélés en ce qu'ils ont été les derniers à partir.Quant au mystère du Secrétariat, il est plus difficile à percer que celui de la Bleue! V»À m ce > < CD cr < 5 m m eu o > ^tftf^fl 1&.Ne manquez pas dans le prochain numéro.Mai-juin 1995 LE MAGAZINE DE VIE OUVRIERE ENTREVUE: Dédé Fortin le chantre des Co-Locs DOSSIER: L'état et le communautaire UN MARIAGE DE RAISON La formation, un atout pour l'action! Production vidéo ♦ Formation ♦ Location de salles GntjPG sr>pierne 1212.rue Panet, Montréal, Que.H2L 2Y7 Tél.C514) 524-3561 Sonia-Pascale, Plan de nègre, récit, VLB éditeur, 1994, 233 p.Sonia-Pascale est l'auteure d'un récit échevelé, celui de sa vie.Alors que sa vraie mère et son père adoptif son blancs, Sonia-Pascale, elle, est noire.Bien que sa famille lui offre le confort matériel, elle est violentée et souffre.L'adolescence de cette enfant meurtrie aboutira, presque fatalement, à la délinquance.Finalement, à 15 ans, comme sa mère, elle donnera naissance à une petite fille.Blonde aux yeux bleus.Boucle bouclée.Sonia-Pascale, malgré tout, veut encore croire à la vie, au bonheur possible.Elle en témoigne.On voudrait éprouver plus de sympathie, on voudrait mieux suivre son cheminement, mais la construction du récit ne nous y aide guère.L'écriture est maladroite et ses mots traduisent mal la détresse et la souffrance.En fin de compte, le récit, plutôt que de communiquer l'émotion, crée une distance entre la narratrice et son lecteur.Dommage.LE RACISME ORDINAIRE DIANE BRULOTTE Collectif des femmes immigrantes du Québec, fe ne suis pas raciste, mais., Cahier de réflexion et de sensibilisation sur les relations interculturelles, 1994, 98 p.Il s'agit d'un outil d'intervention pédagogique intéressant dont la qualité de la présentation est à souligner.La deuxième partie du document, la plus considérable, est constituée de témoignages recueillis auprès de personnes s'identifiant à sept communautés culturelles, dont celle de la majorité (québécoise), lors d'une série de rencontres qui se sont tenues à Montréal en 1993.Les propos sont riches et les thèmes variés.La lecture en est intéressante et suscite effectivement la réflexion.Le cahier peut être utilisé par des individus ou des groupes, pour lesquels les thématiques peuvent servir de base à des discussions.Par contre, la première partie présente un mélange de volet historique qui ne sert qu'à démontrer combien nous avons été méchants-es, une section média assez courte et une section bande dessinée qui s'attaque sans ménagement à Tintin.Or, Hergé n'est quand même pas la BD à lui tout seul.On aurait pu également citer, en contrepartie, d'autres BD.Ceci dit, l'ouvrage vaut le détour et offre une intéressante bibliographie à ceux et celles qui veulent poursuivre la reflexion.Denis BLONDIN, Les deux espèces humaines.Autopsie du racisme ordinaire.Coll.La Parole et le Ceste, Éd.La pleine lune, 1994, 298 p.Quant à notre petit mais du racisme ordinaire, il révèle des origines institutionnelles lointaines et bien enracinées.L'anthropologue Blondin nous propose une autopsie de l'ethnocentrisme occidental.Analyse du Nous, cette représentation mentale de Vlwmo sapiens évolué, géniteur de la plus grande civilisation.Celui-là même, devant l'Autre, n'importe quel Autre, n'ayant pas pu, ou pas su.Évoluer.Homo sapiens minus, en quelque sorte, à la remorque de La civilisation occidentale.Bien que théorique, l'analyse de l'auteur est exposée avec clarté et illustrée d'exemples pertinents.Sa lecture est facile et stimulante.Il réussit dans cet essai à démonter, une à une, les contradictions d'un discours occidental si bien Intégre qu'on n'en questionne plus le fondement.Denis Blondin développe une réflexion décapante sur l'espèce, la race et la culture, qui nous ramène à l'essentiel et propose en échange de ce Nous mythique et démesure un -nouveau paradigme homosapienniste ■ afin «que les cultures cessent d'être des objets pour devenir plutôt des manières d'être humain, c'est-à-dire des organes de communication et de pensée en perpétuelle reconstruction, sur un fond de commune humanité.^7, LES DEUX ESPÈCES HUMAINES /••m.o m 05 Œ > < i en a « 5 oc o PHOTO OANEL S -LEGAULT **1 in en CT) Œ > < Œ < 5 m o > Dossier réalisé par S I E LES NOMADES IMMOBILES «DEPUIS QU'Y ONT CONSTRUIT LE CENTRE D'ACHATS.» De l'extérieur, on entend toujours parler de sa nature, jamais de ses cens.Il faut dire que sa nature est superbe.C'est souvent comme touriste d'été que la Côte-Nord nous est connue.Les autres saisons, ses cens sont seuls entre eux, travaillent, ou chôment pour la plupart, au cré des mécaproiets industriels.De décennie et décennie, de crise en boom economique, la population blanche se NOMADISE DONC, PISTANT LE TRAVAIL DISPONIBLE.La MAIN-D'ŒUVRE EST MOBILE.Les maisons sont mobiles.Depuis 60 ans, les regroupements de population BLANCHE SE FONT EN DEUX TEMPS: 1 ° LA CONSTRUCTION (VOIE FERRÉE, papeterie, barrage electrique, usine de métaux), et 2° la production et la maintenance.Sur la Côte-Nord plus qu'ailleurs, quand une équation oppose emploi et environnement, c'est toujours l'emploi qui gagne.l'emploi à tout prix.L'emploi à court terme.Pendant ce temps, sur des territoires enclaves, les Amérindiens se sédentarisent de plus en plus.alors que les blancs se nomadisent.dès qu'il y a de l'emploi.Drôle de situation.DANIEL S LEGAULT LA COTE-NORD: LA ROUTE EST LONGUE MAISONS ET MAIN-D'ŒUVRE MOBILES DANIEL S.-LEGAULT d'un village modèle, dynamique: Ste-Anne-de-Portneuf.me dit la réceptionniste de l'hôtel quand je cherche un commerce.Baie-Comeau-Hauterive est une grosse ville commerciale qui se déplace de centre d'achats en plus gros centre d'achats.LE TOURISME L'été fini, plus de touristes, sauf des voyageurs de commerce et, l'automne, quelques visiteurs pour la chasse et la pèche.À Havre-Saint-Pierre, il n'y a même plus de réceptionniste à l'hôtel.On communique avec lui en sonnant son cellulaire; au besoin, il accourt, probablement de chez lui.STE-ANNE-DE-PORTNEUF L'été dernier, le président du Conseil permanent de la jeunesse a rencontré plusieurs jeunes des régions.Un des jeunes s'est aventuré à mentionner le nom Un groupe de Port-neuviens (en fait surtout des Port-neu-viennes) résiste encore au découragement.Elles brassent des idées, éditent un journal, animent le village, regroupent les gens disponibles.L'ancien gros employeur de la place, un bureau de Consolidated Bathurst, est parti en 1974.Depuis, il faut composer avec l'inactivité.Plusieurs médias régionaux, dont le journal du Saguenay, ont rapporté la rencontre du Conseil permanent de la jeunesse et la citation de Portneuf.Une commerçante de Portneuf, à qui j'apprends la nouvelle, part à rire.«Ah oui, on est cités en exemple?Je me demande bien pourquoi.J'ai une fille de 15 ans; elle rêve de s'en aller, elle aussi on va la perdre." Et la troupe de théâtre qui est installée à Portneuf?«C'est à Tadoussac qu'elle va jouer l'été.» Et la bibliothèque municipale?«À cet âge-là, y trippent pas là-dessus.» PHOTOS DANIEL S -LEGAULT Entre Tadoussac et Bergeronnes.Région d'installations et d'habitations temporaires.Royaume de la roulotte, de la maison ^^^m préfabriquée rectangulaire grimpée sur une base de béton.Des quartiers en sont pleins, asphaltés pour empêcher les arbres de pousser.Au dessus de Sept-îles, pas besoin d'asphalter, il ne pousse pas ^^y d'arbres de toute façon.Jusque dans les années 70, les commerces, les lieux publics, la vie sociale, se trouvaient au centre des villes et près du fleuve, dans le plus vieux quartier, asymétrique, caracté- ^^^" risé.Puis un vent de -modernisation» à tout prix a soufflé.Il fallait jeter à terre et reconstruire, en aluminium et en vinyle évidemment.Les vieilles maisons de Sept-îles qu'on a respectées sont très rares.Se fie-t-on sur la beauté sauvage de la nature omniprésente autour?Les habitations sont négligées.En développant leur centre d'achats, les villes se ressemblent de plus en plus.Interchangeables.Esthétique?Pas du tout.Fonctionnel?Peut-être, encore que ça veut dire des villes d'automobilistes, où les contacts humains sont raréfiés.Comme autour des grandes villes de la province, les quartiers résidentiels sont autant de banlieues-dortoirs, où les distances obligent à avoir une auto, pour rejoindre les commerces et services publics.Les centres d'achats ont assassiné les centres-villes.À Sept-îles, la rue Brochu s'est déversée dans le boulevard Laure.À Baie-Comeau, les vieux centres-villes sont tranquilles; les commerces et lieux de rencontre se voisinent serrés le long de la 138.La fusion Baie-Comeau-Hauterive, qui n'est pas entrée encore dans les moeurs et les références orales, voit jouer la même centralisation: Baie-Comeau se vide maintenant au profit de Hauterive.■Tout s'en va à Hauterive» Une partie de l'immense parc de maisons mobiles de Port-Cartier.b ~ Scherferville* Fermont •, / st / 1 *^o*° Blanc-Sablon» Saint-Augustn Tête-â-la-Baleine Harnngton Hartxiur **°Iofc° «fi C c ô** -M de se qualifier.L'entrepreneur Nielson en profite.«Si légalement il peut, moralement il ne peut pas!-, dit-on à la FTQ.Pourquoi avoir fermé tout le chantier?Pour faire pression sur les syndicats et les manifestants?Le temps de régler, à l'intérieur de la grande structure d'Hydro, des guerres de pouvoirs entre national et régional?Ou vraiment par sécurité?Qui ne serait peut-être pas la sécurité invoquée par Hydro.Ceux qui ont vu le chantier SM-3 le racontent PHOTO JEAN-LUC LEBLANC particulièrement casse-gueule, avec des dénivellations incroyables pour le maniement de la machinerie.L'hiver arrivant, on s'attend à de mauvaises surprises.Mais les gars «veulent travailler»; et il leur faudrait moins de fierté (et de machisme) pour refuser de travailler dans ces conditions.D'AUTRES CAS Au moment de construire la nouvelle Caisse populaire de Hauterive, l'entrepreneur Constructam avait amené sa Entre Sept-lles et Malioténam.L'élite d'affaires locale.Fin octobre 94, des membres de la Coalition d'appui à SM-3: Marc Brouillette, président de la Chambre de commerce de Sept-lles; Antony de Troio, maire de Port-Cartier; au micro, Ghislain Fournier, conseiller municipal, représentant la ville de Sept-lles.PHOTO 0 S -LEGAULT « C'EST DANS LE JOURNAL » Outre les possibilités de travail, la politique intéresse peu ces travailleurs-ses de la région.Et ils lisent rarement les journaux.Samedi matin le 5 novembre, dans une tabagie de Sept-îles, un des gars arrêtés feuillette un journal.Sa femme lui en pousse une, un sourire en coin: «Tu penses-tu qu't'es dans l'journal?!?».La manif a été un événement médiatique.Quand la nouvelle se rend jusqu'à Montréal, c'est qu'ici, c'est la manchette principale qui tient plusieurs pages chaque semaine.Sept-îles.Fermeture de mines, fermeture de la papeterie.Plusieurs se sont découragés et ont déménagé.Les gars savent qu'ils ne travailleront pas tous en construction résidentielle.En novembre, le Journal de Québec1 (qu'on lit sur la Côte-Nord) titrait «La construction est en chute libre».La SCHL rapportait une baisse de 22% des mises en chantier au Québec, principalement dans les secteurs urbains, comparativement à l'an précédent.1 Du 9 novembre 94.main-d'oeuvre de Chicoutimi, dont deux menuisiers.11 y a eu des pressions syndicales, et une manifestation de 30 personnes à Baie-Comeau.Quant à l'entrepreneur Nielson, c'est la deuxième fois qu'il fait la chose.Lors de la construction de l'aluminerie Alouette, en 89, le même phénomène s'était produit.Cet entrepreneur-là, exprésident de l'Association des entrepreneurs de la construction (AEC), est connu dans la place.Son anti-syndicalisme est notoire.Une espèce de Malenfant de la Côte-Nord?«Oui, à peu près.» Mais en période de travail généralisé, les protestations étaient moins fortes.Robert Pilote, de la CSN, me confirme: «À l'aluminerie Alouette, ça avait passé, parce que tout le monde d'ici travaillait.C'était moins grave!» Cette année, avec un taux de chômage officiel de 14,5%, la population est plus prompte.CHOSE PROMISE.«Les gars sont vigilants», me dit Alain Jalbert, de la FTQ.Parlant de la manifestation du 3 novembre, «c'est un geste spontané», dit-il, défendant bien la FTQ d'être derrière cette démonstration, ce qui serait illégal.«Les gars ont marché dans la rue pour l'obtenir ce contrat-là!», ajoute-t-il en parlant de SM-3.L'appui aux manifestants est généralisé, comme l'a été l'appui au projet SM-3 lui-même.Le regroupement pro-SM-3 a appuyé les manifestants, dont le délégué régional péquiste Denis Perron et le maire de Sept-lles.La coalition d'appui qui s'est formée, pilotée par la Chambre de commerce locale, espérait le projet d'Hydro pour prendre la relève de la construction de l'aluminerie Alouette et assurer la santé La Reynolds à Baie-Comeau.PHOTO D S-LEGAULT économique de la région.Les pro-SM-3 avaient organisé une manifestation d'appui, en mai 1992, qui avait rejoint 4 000 personnes.Beaucoup d'espoirs ont été placés dans ce projet de 1 milliard et demi de dollars.Hydro promettait 1 000 emplois pour 10 ans.La CSN a bien tenté de s'opposer au projet SM-3, en doutant que la demande hydro-électrique justifie le projet.Mais devant la pression d'une opinion publique presque unanime qui voulait SM-3 "à tout prix», dans un -débat lancé sur des bases peu solides, partisanes et dans un climat de suspicion.1, le Con- 1 Aménagement In droilectrique Sainte-Marguerite 3, Mémoire du Conseil central des syndicats nationaux de Sept-îles (CSN).seil central a plutôt insisté sur des réserves et recommandations (des solutions moins dérangeantes pour l'environnement, une négociation -satisfaisante» au préalable avec les autochtones, un principe de priorité à la main-d'œuvre locale, l'implantation d'un centre d'études éolien, une priorité aux entrepreneurs locaux, et des études sur la ressource du saumon).La Rivière Moisie, menacée par le projet d'Hydro, génère quand même 5 millions de $ en pêche sportive.Mercredi 9 novembre, les gars ont gagné, le chantier rouvre.L'entrepreneur rend des comptes et prend des engagements.,'T.Le soir de la comparution des manifestants, au Palais de justice de Sept-îles.PKntS D S -lEGAULT rrcri .•*-»■ Aux limites de Sept-îles, l'embouchure de la rivière Sainte-Marguerite, et SM-1.A STE ANNE DE PORTNEUF UN CHAMP DE TIR AÉRIEN LE TRAVAIL À TOUT PRIX D.S.-LEGAULT A la fin des années 80, le Ministère de la Défense nationale a projeté d'établir, à côté de Ste-Anne-de-Porneuf, un champ de tir aérien pour exercer ses pilotes.Des citoyens-nes de Bagotville, qui connaissaient bien cette médecine, s'étaient plaints assez fort pour que l'Armée veuille changer de terrain d'exercice.Le commandant de la base militaire de Bagotville avait rencontré la population de Ste-Anne pour vendre le projet.Le terrain, appartenant à la papetière Stone Consult, était à l'extérieur du village; les exercices n'auraient lieu que 3 ou 4 fois par année; la population serait avisée chaque fois d'avance; ce ne seraient pas de vrais missiles, mais des missiles «à blanc»; etc.Aucune compensation financière pour le village, aucun investissement.La population s'était quand même intéressée au projet, croyant que des emplois seraient créés.Le commandant dut avouer qu'il n'y avait même pas besoin d'un surveillant.Création d'emploi = 0.Mais sentant l'intérêt, le militaire parla vaguement de «constructions futures qui pourraient suivre».Suffisamment pour que certaines élites locales appuient et poussent le projet.Pour des considérations futures.Comme au hockey! C'est en raison des coupures budgétaires à l'Armée que le projet ne s'est pas réalisé.du moins pas encore.^T, in 01 cr > < i m Œ < 5 m o > Les bureaux du Conseil de bande de Uashat (au 1089 Dequen à Sept-lles).PHOTOS 0 S-LEGAULT Enfants de l'école Tshishteshinu à Malioténam.DANIEL S.-LEGAULT in s > < ut cr < 2 m m CM 63 f omme chez les Blancs-hes, il y a les affairistes et les idéologues.«Ce sont les mêmes tensions que celles que le Québec vit!» Il n'y a pas moins de discorde chez les Montagnais-es que chez les Blancs-hes.Les différends se ressemblent.DEUX ÎLES DE PLUS La situation est devenue dramatique à Sept-îles, où la réserve est coupée en deux.Avant le XXe siècle, les Montagnais-es sont nombreux sur la rivière Moisie, à utiliser un avant-poste pour la pêche au saumon.Lorsque cet avant-poste est fermé en 1895, les familles amérindiennes s'installent à Sept-îles, 14 kilomètres plus au sud, en gardant toutefois des campements d'été aux deux en- MALIOTENAM LIBRE! DEUX RÉSERVES EN UNE droits.À cette époque, les ressources animalières déclinent: les Montagnais-es se tournent de plus en plus vers le commerce, plus facile à Sept-iles, faisant parfois appel à l'aide gouvernementale.La réserve de Sept-îles, créée en 1909, compte 400 personnes en 1926.À Moisie sont toujours restées 200 personnes, qui relèvent de Sept-iles, et du même Conseil de bande, dont l'élection obligatoire a été inscrite dans la Loi fédérale sur les Indiens en 1876.Selon qu'on les désigne en montagnais ou en français, ce qui varie et est mêlé très souvent, les termes suivants sont des équivalents: Montagnais-es = Innus (Innuat, au pluriel) Sept-îles = Uashat (un quartier de Sept-îles) Malioténam ou Malio (autrefois appelé Moisie) = Mani I tenant RASSEMBLES ■ Je suis invité à souper, dans une famille où toutes les tendances sont bien représentées.Mais fe me rends bien compte que ce n'est pas autour de cette table et de cette fondue au caribou qu'on pourra discuter des conflits entre Uashat et Malioténam.Ils essaient tous de les amoindrir, sous l'humour et la philosophie (les Montagnals-es étaient autrefois appelés les «Paplnachols», ce qui signifie «qui aime rire beaucoup»).Probablement parce que fe suis un Blanc.Probablement parce que fe suis un étranger.Mais aussi parce que, au-delà des opinions politiques, ils savent tous que la communauté n'a pas les moyens de se déchirer davantage.En 1949, le gouvernement canadien trouve un nouveau territoire pour regrouper les Montagnais-es de Sept-iles et de Moisie.Les compagnies minières qui veulent plus d'espace sur la côte ont fait pression.Coincée de plus en plus dans une partie du centre-ville de Sept-îles, une partie des Montagnais-es qui y résident va s'installer près de la rivière Moisie, sur un territoire cinq fois plus grand' appelé Malioténam (que les Montagnais-es, familièrement, désignent par «Malio-1.D'autres refusent de déménager, et restent à Uashat.Abandon forcé de l'autosuffisance par la chasse et la pêche, scolarisation des jeunes, habitude d'une nouvelle alimentation apprise des Blancs-hes, construction de logements, travail de plusieurs pour les compagnies minières de la ville: tout cela, de toutes façons contribue à sédentariser les Montagnais-es et à les rapprocher des Blancs-hes.POMMES DE DISCORDE Du temps de leurs activités nomades, les Montagnais-es avaient peu de besoins en leadership politique.C'est avec leur sédentarisation et l'accroissement de la population blanche environnante que se fait sentir l'intérêt d'avoir un chef 1 Près de l'ancienne base de radars de l'Ar-mél canadienne, fermée puis vendue en ll'KH à des amis du député Mulroney. À Malioténam.Les réserves et communautés montagnaises sont dispersées tout le long de la Côte-Nord, des Escoumins (près de Tadous-sac) jusqu'à Blanc-Sablon.Excepté les traits des visages rencontrés, les villages montagnais ressemblent beaucoup aux villages blancs.En moins nerveux.En moins disciplinés.Au milieu des rues du village, le monde marche nonchalamment.unique, représentant les deux communautés.Avec les années, les différences idéologiques se sont fortement cristallisées pour séparer les Montagnais-es d'affaires de Sept-îles des traditionalistes de Malioténam.Les premiers ont compris le système Blanc et s'y impliquent avec fureur et succès.Leurs adversaires les traitent de «pommes-, rouges à l'extérieur et blancs à l'intérieur.Les traditionalistes basés à Malio préconisent un retour au mode de vie traditionnel, s'opposent absolument à SM-3, et prônent l'indépendance de Malioténam.Les personnalités symbolisent ces différences.Ricky Fontaine, le gestionnaire moderniste, est l'antithèse de Gilbert Pi-lot, le militant traditionaliste.Élie-Jacques Jourdain, le chef du Conseil de bande, est celle de Jules Bacon, un leader de Malio.Aucun de ces noms ne fait l'unanimité: Jourdain est souvent haï comme dictateur autoritaire, Pilot comme un farfelu déconnecté qui prépare un nouvel Oka.Les conflits de personnalité qui ont suivi la mort du leader-aîné Mathieu André (respecté très largement), et les grosses sommes d'argent qui ont atterri dans la communauté ont mis le feu aux poudres.—► LES MONTAGNAIS ES: L'AFFAIRISTE ET L'IDÉOLOGUE Le Conseil de bande de Uashat a accepté 66 millions de dollars en guise de compensation pour le projet SM-3.Mais plusieurs pensent que ce n'est pas Uashat mais plutôt le Conseil atikamekw-montagnais, maintenant dissous, qui aurait dû négocier SM-3 avec Hydro-Québec.Il n'y a pas qu'à Malioténam qu'on critique l'économisme du Conseil de Uashat.À Mingan, le Conseil de bande était contre SM-3.«On est ouverts au partenariat, mais on veut penser à long terme-, explique Yves Bernier, du Conseil de bande.Uashat-Malioténam est aussi la seule communauté montagnaise à avoir accepté de collaborer à la stratégie du Conseil de Développement régional du gouvernement blanc.Les autres réserves n'ont pas voulu faire partie du processus tant qu'une politique globale de reconnaissance ter- ^m ^êW Le* 1 jp«r Galène* WONTAGNAISES Shsee ueTa I SEMf^ __j ■■^™"I_7I J - — m 3 WAL-MART Oprotfïgn IH^H photos d s-cegault ritoriale ne soit signée.Il est plus facile de comprendre ces différentes positions en sachant que Uashat-Malioténam s'est sédentarisé, et utilise peu le territoire environnant, tandis que les autres réserves l'utilisent davantage.Les Montagnais-es de Saint-Augustin ou de La Romaine vont très régulièrement chasser.Au moment de mon passage à Mingan, une dizaine de familles venaient de partir pour un séjour de 3 mois dans le bois.Beaucoup plus urbanisée, la réserve de Sept-Iles-Malioténam a très peu de territoire, comparé aux réserves de Betsiamites et Mingan, dont le territoire est beaucoup plus vaste et la densité de population bien moindre.Ce qui n'empêche pas les autres réserves de brasser des affaires.Ensemble, 4 réserves montagnaises ont acquis 80% d'une agence de voyage à Québec, Pierre Soucy et associés, dont ils étaient et sont encore des clients importants, dans le but de travailler à attirer le tourisme européen.Pour plusieurs artisans-es du développement économique montagnais, la réserve des Escoumins représente aussi un modèle: beaucoup de coopération et d'entreprises communautaires, et un plein emploi envié.À Uashat, Les Galeries montagnaises appartiennent à la communauté montagnaise, actionnaire.C'est le centre d'achats le plus expansif de Sept-îles.Entreprise dynamique qui se démarque: concerts, événements, etc.Wal-Mart y a loué ses locaux et s'est installé.^7, TERRITOIRES ET TERROIRS La population actuelle de la nation montagnaise.au Québec, est d'environ 12 200 personnes, dont 8 777 vivent dans 9 villages, tous en Côte-Nord sauf Pointe-Bleue au Lac St-Jean.Mais leur densité de population varie grandement sur le territoire réservé.Natashquan 671 hab.0,08 acres/hab La Romaine 800 hab.0,12 acres/hab Matimekosh (Shefferville) 625 hab.0,1 7 acres/hab Les Escoumins 359 hab.0,55 acres/hab Sept-lles et Malioténam 2 673 hab.0,7 acres/hab Mashteuiatsh (Pointe-Bleue) 3 815 hab.2 acres/hab Mingan 394 hab.12,32 acres/hab Betsiamites 2 657 hab.28,32 acres/hab Pakuashipi (Saint-Augustin) 192 hab.35,74 acres/hab L'ARGENT COULEUR DE SM-3 Avec le projet SM-3 d'Hydro, la crise s'est envenimée.Ça joue dur.À l'hiver 91-92, les deux parties se positionnent, pour et contre SM-3.En septembre 92, les manifestations, à Malioténam, tournent à la violence et aux agressions physiques.Les traditionalistes se barricadent dans le gymnase, avant d'obtenir des sauf-conduits et un asile politique à Mingan! En octobre, on s'entend pour que le Conseil de bande de Sept-ïles organise un référendum, le 10 octobre 1992, duquel il s'engageait à respecter les résultats.Les résultats refléteront le clivage2.À Uashat (Sept-îles), le taux de participation a atteint 63%.En faveur de la séparation des 2 communautés, oui = 6,7%, non = 90,8%.À Malioténam, la participation a atteint 80%.56% ont dit oui3, 43,1% ont dit non.En novembre, devant l'immobilité du Conseil de bande officiel, il y a création, à Malioténam, d'un Conseil provisoire.À l'hiver 92-93, Uashat obtient une injonction interdisant l'utilisation de l'appellation Conseil innu de Malioténam.Depuis, la désobéissance civile et emprisonnements, dont celui du chef élu de Malio, Jules Bacon, succèdent à de nombreuses ententes Uashat-Québec.•Un peu comme si après un OUI au référendum, Chrétien faisait emprisonner Parizeau», dit le journaliste Gérald Leblanc, qui tente la comparaison avec le Canada.J^T, MINGAN C'est 190 kilomètres plus au nord, à Mingan, que le Conseil de bande de Mingan a hébergé les manifestants-es de la Coalition pour le Nistassinan, «pour permettre aux parties de se parler.Les deux parties ont raison, mais on s'en mêle le moins possible», me dira Yves Bernier.A Mingan, le Conseil de bande veut développer l'attrait touristique du coin, par l'établissement de pourvoiries et la co-gestion, avec le gouvernement fédéral, du parc de Mingan.La rivière Mingan a été achetée par le fédéral en 1983.Les Montagnais-es ont accepté d'arrêter la pêche pour quelques années, de façon à restaurer la ressource de saumons.Depuis 1989, la pêche sportive est recommencée.A Uashat, la proportion d'employés-es blancs-hes est plus importante.À Mingan, entre 20 et 25% seulement des travailleurs-ses de la réserve sont des Blancs-hes.Cela pourrait diminuer à mesure que les Montagnais-es iront chercher l'expertise et la scolarité pour prendre ces postes.Yves Bernier et Léonard Mackenzie.2 Comme ceux du référendum sur SM-3 tenu, plus tard, en juin 1994.3 Ironiquement, c'est par le même pourcentage que récemment, plus au Nord, les Inuit viennent de décider de leur indépendance face aux Dénés et aux Métis de l'ouest, à prendre effet en avril 1999.DE OKA A BLANC SABLON, UN RAIL PRECAIRE Plusieurs Blancs-hes et Montagnais-es ne font plus la différence telle ment ils sont habitués à la présence de l'autre.Mais pour plusieurs autres, la Crise d'Oka de 1990 a exacerbé le racisme.Des Montagnais-es se sont fait insulter pour la première fois, dans un restaurant de Sept-îles, sans trop comprendre.Stanley Voilant, un montagnais, est revenu s'installer à Betsiamites et travaille à Baie-Comeau comme chirurgien.Quand il a quitté la communauté pour aller étudier à Québec, personne ne croyait qu'il reviendrait dans la réserve.C'est devenu un héros local.Il a été sacré modèle pour les jeunes.Il se rappelle bien de 1990 à Québec.«Pendant la Crise, je suis devenu un "maudit sauvage" comme les autres.Si ça s'était terminé dans un bain de sang, j'aurais La réserve de Betsiamites.quitté, je serais parti en Europe.- DISCRIMINATION POSITIVE PERÇUE NÉGATIVEMENT Même dans certains groupes communautaires blancs, on comprend mal que les autochtones reçoivent plus facilement des subventions pour démarrer une entreprise.À Bergeronnes, un autochtone a obtenu une subvention pour ouvrir un motel, alors que collectivement, les gens de la région essayaient de prévoir et de gérer les retombées économiques du nouveau projet de barrages d'Hydro sur la rivière Portneuf.La discrimination positive cause des remous.^7À LE MAGAZINE DE VIE OUVRIERE » t M c I k m JJ tffMEB ni li S n \ D Abonnement individuel 1 an : 20,00 $ D Abonnement individuel 2 ans : 35,00 $ D Abonnement individuel à l'extérieur du Canada 1 an : 25,00 $ D Abonnement institutionnel 1 an : 28,00 $ D Abonnement institutionnel à l'extérieur du Canada 1 an : 33,00 $ D Abonnement de soutien 1 an : 28,00 $ D Étudiants / Sans-emploi 1 an : 14,00 $ D Numéro individuel 3,75 $ +1,30 $ poste NOM ADRESSE I CODE POSTAL PAIEMENT INCLUS : FAIRE PARVENIR VOTRE CHÈQUE OU MANDAT-POSTE A : Revue Vie Ouvrière, 1212, rue Panet, Montréal (Québec), H2L 2Y7 • Téléphone : (514) 523 5998 - i i POUR QUE LE MONDE TOURNE PLUS JUSTE « DËI/ELOPPE/MENr Er R4IX (514)257-8711 5633, rue Sherbrooke Est Montréal (Québec) H1N1A3 tr > < i en tr < m OJ o > m 01 0) ce > < i ce < 2 m m ru o > IL VA ip II \a in te 1t 1E ls lu w IULIE PERREAULT LES MAQUILADORAS MEXICAINES: MILLE GESTES, MILLE PIÈCES Depuis le début des années 60, les maquiladoras ont été le symbole de l'exploitation pure des Mexicains-es par des géants multinationaux: General Electric, Sony, General Motors, etc.Maquiladoras est le terme mexicain, en espagnol, désignant les usines qui font l'assemblage ou la transformation de produits divers.Habituellement, elles importent leur matière première et exportent la production finale.Ces entreprises bénéficient de régimes fiscal et douanier avantageux.apres 30 ans, la situation s'est complexifiée.certaines maquiladoras ont amélioré leurs installations et les conditions de travail.ailleurs, l'exploitation est restée la meme.des femmes qui y travaillent s'expriment.Comme un chapelet, 2000 usines s'égrènent le long de la frontière mexicaine, mitoyenne avec les États-Unis.Plus de 500 000 personnes travaillent dans ces usines qui assemblent toutes sortes de produits: appareils électriques, pièces d'auto, cassettes, publicité, sous-vètements, stores vénitiens, etc.Une production à vous donner le vertige.Elena en sait quelque chose.À 24 ans, elle a expérimenté cinq maquiladoras différentes: «Dans une, je ne me rappelle pas combien de pou- pées j'habillais chaque jour.11 y en avait sûrement des milliers.Je devais les descendre du tapis roulant électronique qui avançait très vite.Je les habillais puis les remettais sur la chaîne.Il y avait tellement de poupées que je rêvais souvent qu'elles m'attaquaient et me tuaient1-.1 Ii.iesias, Norma, La flot mas bella de la maqulladora, Mexico, SEP/CEFNOMEX, 1985.Ailleurs, j'ai vu des femmes coudre mille fermetures éclair par jour.Avant que les autres puissent assembler les deux jambes d'un jean.Tout près, un ghettoblaster crache une salsa au son métallique.Ça enterre un peu le bruit des machines.LA SEMAINE DE CINQJOURS Mais ce n'est pas la même chose dans toutes les maquiladoras, ces entreprises qui appartiennent principalement à du capital étranger, surtout états-unien.Certaines usines offrent des conditions de travail qui ressemblent à peu près à celles d'usines québécoises du même type.Il existe donc des milieux industriels sans cadence exagérée.Dans une filiale de General Motors que j'ai visitée, les ouvriers-ères portent des lunettes de sécurité et des bouchons dans les oreilles.Les gens y travaillent en général depuis dix ans et y ont fait entrer leurs enfants.Le salaire est régulier et on ne travaille pas les fins de semaine.Tour les familles, c'est une aubaine. PKmi IMGMX SUCBSON C'est le long de la frontière avec les États-Unis que le Mexique compte le plus grand nombre de maauiladoras, concentrées dans quelques centres urbains.C'est pas le paradis non plus.J'y ai vu des hommes peinturer des pare-chocs sans aucune protection.Mais le responsable des ressources humaines nous a rassurées: «il n'y a pas de danger, parce que les gouttelettes de peinture sont captées par une cascade d'eau (sic)».Et, fièrement, d'ajouter: «cette eau est maintenant traitée par notre usine de filtration, avant de se déverser dans le Rio Bravo».Ce qu'il ne me dira pas, c'est que le traitement de cette eau, contaminée par du xylène et du méthylène, a été utilisé pour contrer l'image négative de pollueur accolée au nom de GM.En mars 1993, des parents de Matamoros ont entamé une poursuite collective contre GM et 88 autres maquiladonu.Les compagnies sont accusées d'avoir déversé des substances toxiques, jugées responsables de la naissance d'enfants handicapés (absence de cerveaux, défectuosités de la moelle épi-nière, spina-bifida)-\ 2 Coalition for Justice in the Maquiladoras, 1 hv Hwihin Face of Work, San Antonio (Texas), October 1993.Usine d'assemblage automobile Ford.Vue aérienne d'une maquiladora, tirée du film Le nouvel habit de l'empereur, de Magnus Isacsson, qui doit sortir le 1er mai prochain.Petit marchand ambulant, à la sortie de l'usine.LANCE CORNU DE MATAMOROS Dans la ville de Matamoros, à travail égal, les salaires peuvent être jusqu'à 30% supérieurs.La semaine n'y dépasse pas 40 heures alors que dans les villes voisines, la semaine s'étire jusqu'à 48 ou 50 heures.Agapito Gonzales, le principal leader syndical a appartenu à la CTM, et son populisme l'a amené à développer une plus grande légitimité auprès des ouvriers-ères.L'unité des syndicats locaux, obtenue parfois par l'anéantissement douteux de l'opposition, lui a permis d'établir un meilleur rapport de force vis-à-vis des industriels.Depuis, les industriels et le PRI ont répondu en créant la diversion par des syndicats de boutiques et par l'emprisonnement de Gonzales.Fouille obligatoire des employé-es, à la sortie de l'usine.HYPOTHEQUER SA VIE À LA GAGNER Depuis plusieurs années, un regroupement bi-national du Mexique et des États-Unis dévoile des activités illicites de compagnies frontalières.La Coalition pour la justice dans les maquiladoras s'attaque à ceux qui dérogent aux normes environnementales.Même chose pour les abus sur la santé et la sécurité des travailleurs-ses.Car plus grave encore que les écarts de salaire entre le Nord et le Sud, c'est qu'on puisse hypothéqua sa vie à la gagner.• Quand t'es assise, raide et droite sur une chaise depuis sept heures le matin, à produire entre 4 000 et 6 000 tshbts, à trois heures de l'après-midi t'es épuisée», confie Anna.«Mon bras commençait à me faire mal, poursuit-elle.J'ai enduré plusieurs jours une douleur allant de la main à l'épaule qui élançait toute la nuit.J'avais une bosse qui sortait de mon poignet.Une espèce d'abcès qui m'empêchait de fermer les doigts».Chez Sara Lee, on n'a jamais accepté de lui donner un congé ou de l'indemniser pour maladie professionnelle.C'est pareil pour la toux chronique de Claudia, employée de SEDEPAC, un programme d'éducation populaire.«Avant, quand je faisais de la soudure à Ciudad Juarez, on me disait que je faisais des bronchites.Aujourd'hui, alors que je ne travaille plus pour les HMfliiffmftiiiH.les médecins s'entendent pour dire que cette toux est liée à mon travail antérieur.Mais comment faire reconnaître la responsabilité aux compagnies.» en tu oc > < or.< 5 m (M o > E >N m to Lf intégration continentale des économies des Amériques va bon train.L'ALÉNA s'ouvre déjà au Chili et d'autres pays du Sud devraient s'y greffer prochainement.Si on y ajoute le Pacte Andin et le Mercosur1, on constate que les accords de libre-échange et les politiques néo-libérales qui les accompagnent sont bien implantés sur le continent.Du Chiapas aux bidonvilles de Lima, des rues de Sao Paulo aux refuges pour itinérants-es de Montréal, on peut constater les ravages de ces politiques économiques extrêmement restrictives qui conduisent à l'exclusion et à la marginalisation.La vie et les valeurs des jeunes, tout particulièrement, sont bousculées.men*b RENCONTRE CONTINENTALE DE LA JOC **%&» ^HB Eli pi Si l^^tÊ.Mais ce mouvement de continenta-lisation n'est pas seulement affaire économique.Des jeunes, organisés dans une quinzaine de pays des Amériques, se regroupent également sur une base continentale afin d'examiner les impacts de ces politiques et de trouver les moyens d'y faire face.C'est la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) des Amériques qui est l'instigatrice d'une prochaine rencontre continentale qui aura lieu du 15 avril au 6 mai 1995 à Montréal.C'est la première fois depuis ses 63 ans d'' accueil l'histoire que la JOC du Québec Mlle un tel événement.' T, Le Pacte Andin regroupe les économies de la Colombie, du Chili, de l'Equateur, du Pérou, de la Bolivie et du Venezuela.Le Mercosur réunit dans un marché commun l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay.CTJ a a.> i a CL < 5 n ru 0 > ► Alors Claudia tousse, et toussera encore longtemps.Dans plusieurs usines, les travailleuses, qui représentent 65% à 75% de la main-d'oeuvre, ne connaissent pas les produits chimiques qu'elles manipulent.Quand la chaleur ou les odeurs sont insupportables, toutes les astuces sont bonnes pour se protéger.À Nuevo La-redo, il y a quelques années, toutes les employées s'étaient donné le mot.«Chaque jour, à la même heure, tout le monde prenait son éventail de fortune et, pendant 10 minutes, arrêtaient la production pour se rafraîchir et changer l'air», explique Eric, qui travaille à la Coalition.Peu de temps après, la compagnie installait un climatiseur et un purificateur d'air.J'ACCÉLÈRE, J'ACCÉLÈRE PAS Face à l'augmentation de la cadence, la plupart des employés-es se plient aux directives du gérant.«Mais un moment donné, on s'est rendu compte que ça ne nous rapportait rien de produire plus vite.C'était juste une compétition entre les filles, pis la compagnie faisait plus de profits.Alors, sur notre ligne, on était huit et on s'est toutes mises d'accord pour ne pas aller plus vite, ou pour tout arrêter, si le patron insistait-, raconte Claudia.Et cela a marché, pour un temps.Les résultats de telles actions ne sont pas toujours positifs ou très rapides.Parfois, les employeurs identifient les leaders et les licencient.Pour les autres, c'est le silence et la peur des représailles.À Monclova, dans l'État de Coahuila, les habitants-es se sont longtemps op-posés-es à la venue de maquiladoras.La confiance régnait grâce à la sidérurgie qui leur permettait de prospérer.Jusqu'au jour où des mises à pied massives sont venues avec la privatisation de l'entreprise.Le taux de chômage a battu les records nationaux.La Sara Lee, cette multinationale de Chicago, en a profité pour s'installer et embaucher des femmes sans expérience syndicale.«L'action organisatrice est défendue.L'entreprise a plus d'une fois menacé le personnel de s'en aller si on se syndique.Alors, on se regroupe à l'extérieur, dans l'ombre.Il y a des gens courageux qui vont nous aider de l'intérieur.On veut monter un dossier sur les problèmes de santé», explique Claudia.100% SYNDIQUÉ Dans l'État de Tamaulipas, les conditions sont différentes.Les taux de syndicalisation frôlent les 100% et les cellules locales sont presque toutes affiliées à la CTM, la Confédération des Travailleurs Mexicains.Cette centrale est liée au parti au pouvoir, le PRI, Parti Révolutionnaire Institutionnalisé.Loin de lutter pour l'amélioration des conditions de vie et de travail, ces structures syndicales servent surtout à contrôler les «élans- spontanés des travailleurs-ses.Et cela débute lors de l'embauche, car pour obtenir un poste dans une maquiladora, il faut être référé par le syndicat.Lorsque Guadalupe et ses collègues décident de démocratiser la vie syndicale à l'intérieur de Magneticos (Sony), elles s'attaquent à un imposant pouvoir local.Toute personne qui travaille à Nuevo Laredo est syndiquée.Tout syn-diqué-e est membre de la CTM.Tout CTMiste est membre du PRL S'opposer à ce type de leadership, à cette collusion des pouvoirs, c'est s'exposer à ne plus trouver d'ouvrage dans cette cité frontalière.«On n'a pas d'autre choix que de continuer à lutter pour obtenir notre syndicat indépendant.Si on nous refuse la reconnaissance, la CTM reprendra le contrôle.Ils ne me laisseront même plus travailler ici.Je ne pourrai même pas vendre des tacos aux coins des rues.Les marchands-es ambulants-es sont aussi avec la CTM.»! J7 L'autcurc revient d'un séjour au Mexique et prépare un mémoire de maîtrise sur les conditions de vie des femmes des mtujulUuloras. OUB DU QUÉBEC Le Centre de maternité de l'Estrie est né: accouchement naturel malgré une longue gestation.Quatre ans après l'adoption de la Loi autorisant des projets pilotes de sages-femmes, il voit le jour et la lumiere.En 1990, l'Assemblée nationale adoptait à l'unanimité la Loi 4, permettant l'expérimentation de la pratique des sages-femmes au Québec, dans le cadre de huit projets pilotes.Parrainés par des CLSC, ces projets ont des ententes de collaboration avec un centre hospitalier situé à proximité au cas où un transfert serait nécessaire (généralement, on ne dispose que d'une demi-heure en pareil cas).Les objectifs de la loi sont d'évaluer les effets de la pratique des sages-femmes sur l'humanisation et la continuité des soins, la prévention de naissances de bébés prématurés ou de faible poids, l'utilisation des technologies obstétricales et l'adaptation des services aux clientèles cibles.Il s'agit en outre de déterminer la pertinence de la profession, l'organisation professionnelle de la sage-femme et le mode d'intégration de la pratique dans l'équipe de périnatalité.Le Comité d'admission à la pratique (trois sages-femmes, une infirmière, un obstétricien-gynécologue, deux représentants du milieu universitaire et collégial et une usagère) a élaboré des critères de connaissance et de compétence.LE CAS DE SHERBROOKE Selon Hélène Cornellier, coordonnatrice du Centre de maternité de l'F.strie, «les DES SAGES-FEMMES EN ESTRIE: PARTENAIRES DE LA PARTURIENTE MARIANIKCAGNON sages-femmes elles-mêmes ont demandé une évaluation, pour assurer une qualité égale de pratique et une crédibilité auprès des autres intervenants en soins périnataux- Elle ajoute: «Le processus mis en place est très rigoureux; bien que ce soit long et peu facile, il en sortira des sages-femmes accréditées, reconnues pour leur compétence, qu'elles aient été autodidactes ou diplômées À Sherbrooke, le projet pilote a démarré l'automne dernier.Le Centre de l'Estrie crèche à la Maison St-Vincent, juxtaposée au centre hospitalier St-Yincent-de-Paul.Le centre a déjà été témoin d'une première naissance le 23 janvier.Depuis 15 ans, la région vit un partenariat entre parents, omnipraticiens-nes.Pour sa part, l'Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, demandait que le gouvernement ferme les maisons de naissances existantes et les réintègre dans les hôpitaux.La sacro-sainte Corporation des médecins fait peur et on sent bien la prudence des médecins lorsqu'on les Interroge sur ce délicat sujet.Leur position individuelle est pourtant beaucoup plus nuancée.Les sages-femmes ont leur «liste blanche^, la corporation, sa «liste noire».Isayas, accueilli par Carole, infirmière et sage-femme.PI-CTO MAPJAMK GAGNCTJ CLSC, groupes de femmes, etc.Hélène Cornellier rappelle: «Déjà des programmes reliés à la pratique des sages-femmes existaient dans le milieu: suivis complets, cours, ateliers, conférences, centres de documentation, etc.Le projet répond aux demandes des femmes et de leur famille qui recherchent une ressource périnatale alternative.».Les femmes susceptibles d'utiliser les services du centre demeureront en Estrie et leur grossesse devra être considérée comme normale au départ et se développant comme telle.Celles possédant certains facteurs de risques pourront tout de même se faire assister par une sage-femme, mais le tout se déroulera sous l'autorité d'un médecin.Le Centre se veut aussi un lieu d'échange, d'information et de ressour-cement, d'éducation, et de support pour sa clientèle et pour les professionnels-les de la santé.«A ce jour, la demande est satisfaisante.Les services commencent à être rodes.En 1996, avec l'aide de six ou sept sages-femmes, on pourra j accueillir 250 femmes», conclut Hélène Cornellier.'"»À in en en CL > < en ce < in eu o > P h o «Elle donne de la grâce à ses orteils, quitte le char et marche.» (Yi King) «Observe ta démarche et examine les signes favorables.Quand tout est achevé, survient une sublime fortune.» (Yi KingJ CHINE CHINE LE QUARTIER CHINOIS DE MONTRÉAL PHOTOS ET TEXTE: RICHARD POLEWSKA f Le maître et son bâton La calligraphie Les histoires de quartier flfl Les premiers immigrants chinois arrivent au Canada en 1858 (avec la ruée vers l'or).Ils quittent leur pays à coups de crises politiques.Leur première communauté est fondée à Barkeville (Colombie-Britannique), puis ensuite dans les grandes villes de Montréal, Toronto, et Vancouver.Cela devient vite des ghettos surpeuplés, pauvres et délabrés.Manœuvres, cuisiniers, blanchisseurs, épiciers, colporteurs: à travail égal, un Chinois reçoit la moitié du salaire d'un travailleur blanc.De 1881 à 1885, plus de 15 000 Chinois travaillent à la construction du «CPR».Quand ils creusent le canal Lachine, nourris de patates pilées, de mais et de viande hachée, un nouveau met voit le jour: le «pâte chinois».Longtemps, on les considère inassimilables, à cause de «leur goût prononcé pour le jeu, l'opium», et à cause de leur mode de vie.On craint aussi qu'ils apportent la lèpre, le choléra.En 1947, le Canada leur donnera finalement la citoyenneté, et le droit de vote, comme aux autochtones.«Tant que nous restons intérieurement supérieurs au destin, le bonheur nous demeure fidèle.» (T'ai Yi King) QUÉBEC EN COULEURS DE LA CALE DU CARGO AU RÉPONDEUR DU TÉLÉPHONE PIERRE VIAU Dans son petit logement de Montréal, Daniel, comme tant d'autres, a un répondeur téléphonique.Depuis le 30 décembre dernier, il lui voue une vénération religieuse.Il y a un message qu'il veille à ne pas effacer, un message qui lui semble venir du monde de l'irréel.Il le fait entendre à ses amis-es, ne compte plus les fois où il l'écoute.Ce jour-là, cet appareil sans âme l'a fait pleurer, trembler d'émotions, crier de joie, le propulsant au «neuvième ciel» comme il dit.Le répondeur lui communique une lettre.Daniel est accepté au Canada comme réfugie.Je renais à la vie.Enfin, je suis quelqu'un», ne cesse-t-il de répéter.À 18 ans, les études secondaires terminées, Daniel quitte la Roumanie avec sa soeur et son beau-frère et s'installe quelques années à Pecs en Hongrie.Il y a travaillé dans la construction, dans un restaurant, mais surtout dans une mine de charbon.Un rêve le dévore: vivre au Canada.LES NAVIRES EN PARTANCE «Beaucoup de Roumains savent que des bateaux, comme ceux de la compagnie CAST, vont au Canada, souligne Daniel.Nous savons aussi que c'est très dangereux.La vie ne tient qu'à un fil.Plusieurs sont morts de faim ou de froid dans des containers, d'autres sont jetés vivants à la mer lorsqu'ils sont découverts.» Après plusieurs mois à traverser la Slovénie, l'Italie, la France, Daniel est arrivé à Zeebrugge en Belgique.«Là, j'ai rencontré d'autres Roumains, angoissés par le danger, mais en même temps gonflés d'espoir à la vue de navires en partance pour le Canada.» Avec un compagnon d'aventure, Daniel risque.En un mois, ils ont tenté l'impossible cinq fois.Quatre fois, ils ont échoué, coincés avant le départ ou capturés lors d'une escale à Anvers.La tentative réussie commença le 8 décembre 1993 sur le CAST HUSKY en route pour Montréal.d «Après 4 ou 5 jours de traversée, nous n'avions plus le choix.Œ Le manque d'eau, le mal de mer, on n'avait rien à vomir, CD Œ < m o > in m m mais on vomissait un liquide blanc.On dirait que tout l'intestin sort par la bouche.Nous avons quitté notre cachette de la salle des moteurs pour nous présenter à l'équipage d'origine croate.On nous a admirablement bien traités.On est arrivé à Montréal le 25 décembre.Un Canadien est monté à bord: "Vous êtes les Roumains?Bienvenue au Canada, Joyeux Noël!" Ce "Joyeux Noël"-là, je m'en souviendrai toujours.- QUAND L'AVENIR DÉPEND D'UN D'AUTRE Leur année 1994 a ressemblé à celle des personnes qui demandent le statut de réfugié: trois semaines au YMCA, installation dans un logement le 20 janvier, incendie par temps glacial le 30 janvier, contacts en collaboration avec des groupes d'entraide qui deviennent une nouvelle famille pour Daniel, cours de français, puis le 27 octobre, journée de son enquête à la Commission sur le statut de réfugié.«J'étais extrêmement nerveux, angoissé.Cette journée fut très difficile: long interrogatoire avec des questions inattendues, des questions qui reviennent plusieurs fois.Je suis sorti de la salle avec un sentiment d'échec, insatisfait de mes réponses, de la façon de m'exprimer, de la traduction.Mon avenir dépendait de quelqu'un d'autre, un commissaire Daniel est accepté au Canada.À 22 ans, ses rêves sont à la mesure des dangers vaincus.«Je veux faire venir ma mère, ma soeur, ma famille, avoir des enfants, poursuivre mes études, devenir ingénieur géologue, travailler pour une compagnie minière comme mon père, mes oncles, mes cousins « En quatre ans, j'ai appris que sans espoir, on n'affronte pas de défi et sans défi, la vie n'a pas de sens.» Son regard fixant un navire de plastique qu'il a baptisé HUSKY, Daniel écoute son fameux répondeur et sourit à ses rêves, à la vie qui est repartie un 30 décembre.^T, *>% ', JH^-' wWB|piSf!9>^î 2 EMPLOIS SUR 3 EXIGENT UNE FORMATION COLLÉGIALE OU UNIVERSITAIRE LA SEULE VOIE POSSIBLE: INVESTIR DANS L'ÉDUCATION! FNEEQ CSN LA RECETTE DU BONHEUR C'EST.des emploie de qualité.CSN
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