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Titre :
Vie ouvrière.
Vie ouvrière est une revue catholique mensuelle d'animation sociale engagée pour la cause ouvrière qui a été publiée à Montréal de 1979 à 1990. [...]
La revue mensuelle Vie ouvrière est publiée à Montréal de 1979 à 1990. Elle fait suite à Dossiers « Vie ouvrière » (1974-1978), revue catholique d'animation sociale engagée dans le monde ouvrier, élargissant ses préoccupations aux laissés pour compte des luttes syndicales : travailleurs non syndiqués, pauvres, chômeurs, assistés sociaux et marginaux. Vie ouvrière montre aussi une sensibilité à l'égard d'un large éventail de problématiques sociales plus larges. La montée du féminisme a des répercussions sur les orientations de la revue. La question autochtone fait aussi l'objet d'une certaine attention; le dossier d'avril 1979 y est consacré. Vie ouvrière fait une place plus grande aux militants chrétiens impliqués dans le missionnariat et la coopération internationale, et on y trouve de nombreux dossiers et articles à saveur altermondialiste sur la solidarité internationale. La première livraison de 1981 marque une rupture dans la facture visuelle de Vie ouvrière. La page couverture monochrome habituelle fait place à une page illustrée et colorée et des photographies et des illustrations parsèment maintenant les textes, donnant une allure de magazine à la revue. Celle-ci procède toutefois toujours par enquêtes, reportages et articles de fond. Vie ouvrière fait partie d'une longue série de publications incluant aussi le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990) et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004). La publication de Vie ouvrière résulte d'une collaboration entre le Centre de pastorale en milieu ouvrier, la Jeunesse ouvrière catholique et le Mouvement des travailleurs chrétiens. VALLIÈRES, Pierre, « Le magazine de Vie ouvrière - 40e anniversaire. Troisième partie : les années 70 - L'utopie et l'institution », VO, no 232, septembre-octobre 1991, p. 12-14.
Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1979-1990
Contenu spécifique :
août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Dossiers "Vie ouvrière",
  • Successeur :
  • VO
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Références

Vie ouvrière., 1989, Collections de BAnQ.

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OUVRIERE Dossier LES EMPLOIS PRÉCAIRES Entrevue avec ROSAMARIA RUIZ Québec LE RASSEMBLEMENT POPULAIRE NICARAGUA S DE rbhwuion Vous pouvez vous procurer ce livre, au coût de 10$ + frais d'envoi: à Vie Ouvrière à Développement et Paix 1212 Panet 5633 Sherbrooke est Montréal H2VV 2Y9 Montréal H1N 1A3 523-5998 257-8711 (à partir du 25 août) À surveiller dans le prochain numéro SEPTEMBRE-OCTOBRE • L'état de la démocratie %/ Une entrevue avec Nicole Boudreau ex-présidente de la SSJB-M • Élections 1989 QUINZE ANS.DEJA A cet âge, on ne manque pas de coeur à l'ouvrage! Le (Centre St-Picrre est fier de ses réalisations et entend continuer d'être au service des adultes des milieux populaires 1212.rue Panct Montréal H2L 2Y7 !êhtre st • pierre (514) 524-3561 Pour estimation gratuite: JACQUES GIRARD Service a la clientèle TÉL.: (514)672-6380 < PAVETTE Imprimeur spécialise « Mia«aiâiA en édition & SIMMS ■ »l^ Pnnters ipeciali2ing iniwi m publ tcations 300 Arran Sa>n1 Lambert Qu« J4R1K5 15141 672-6380 - 15141 875-0327 - Fj« 672 1481 E.teneur de Montréal 1-800-361-6528 SOMMAIRE ICI ET AILLEURS.Les bouchers de Pékin 5 par Pierre Vallières L'exil au Nord 14 par Pierre Viau Les Skin Heads: la tentation raciste 28 par Daniel Hubert Le réveil des nationalismes enU.R.S.S.30 par Dominique Arel En bref 4 Chronique insolente 23 par Nicole Brais Bande dessinée 23 par Vivian Labrie En mouvements 24 par Jean-Pierre Wilsey Le tour du Québec 27 par Jean Forest Courants d'espoir 33 par Julie Perreault DOSSIER Les emplois précaires 15 par Jean Robitaille et Jacques St-Amant La précarité des emplois, c'est comme la loterie.Avant le tirage, tous et toutes ont autant de chances de gagner.Après, on compte surtout des perdant-e-s.ENTREVUE Rosamaria Ruiz: Le Sud parle au Nord 6 par Josée Gauthier Bolivienne, Rosamaria Ruiz invite les Canadien-ne-s à la solidarité, surtout à l'heure du libre-échange."J'ai parfois l'impression, dit-elle, que les pays du Nord sont à moitié endormis." CHOC DES IDEES Québec: Pour ou contre le Rassemblement populaire 11 par Réjean Lemoine et Marc Boutin Un débat qui ressemble à celui soulevé par l'élection du RCM à Montréal.VIE OUVRIERE/AOUT 1989/3 EN BREF L'APPAUVRISSEMENT AU QUÉBEC: UNE SITUATION CRITIQUE L'appauvrissement des familles et des personnes seules au Québec se confirme.Dans un étude récente, publiée à Ottawa le 15 juin dernier, le Conseil canadien de développement social souligne que le Québec compte à lui seul 33% des 895,000 familles vivant sous le seuil de la pauvreté et 30% des 1.137 million de personnes seules dans la même situation.De plus, le nombre de familles et d'individus vivant sous le seuil de la pauvreté augmente plus rapidement au Québec que partout ailleurs au Canada Les couches sociales les plus touchées sont les femmes seules; les jeunes célibataires qui se retrouvent sur le marché du travail sans avoir complété leurs études secondaires; les enfants et les ménages dont le chef est âgé entre 25 et 34 ans.Le portrait plus précis des Qué-bécois-e-s les plus démuni-e-s démontre que dans 14% des 615,000 ménages touchés, le chef est âgé de moins de 25 ans et que dans 23% des cas, il est âgé de 25 à 34 ans.Dans les communautés québécoises de plus de 100,000 habitants, on retrouve 429,000 ménages vivant sous le seuil de la pauvreté.Dans les régions rurales 60,000 ménages vivent sous ce seuil critique.VOLUME XXXVIII - numéro 219 Vie Ouvrière.Revue fondée en 1951, publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC).le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO) Ses prises de positions éditonales n'impliquent cependant pas ces organisations Les articles n'engagent que leur auteur-e Directeur Gilles Dugal Conseil de direction: Guy Desmarais, Reynald Labelle, Louise Lafortune.Monique Pellenn, Roger Poirier Rédacteurs en chet: Jean Robitaille et Pierre Vallières (par intérim) Comptabilité, abonnements et traitement de texte: Yolande Hébert-Azar et Josée Beaudry Promotion: Richard Tremblay Recherche: Jacques St-Amant Comité de rédaction: Nicole Brunet.Jean-Guy Casaubon, Isabelle Drolet, Guy Etienne, Lorraine Guay.Claude Hardy.Johanne Léveillée.Monique Tremblay, Pierre Vallières Membres des sous-comités Vivre en '89 En mouvements, Église, International et collaborations régulières: Nicole Brais, Laurier Caron, Jacinthe Chicome, Martine D'Amours Louise Desmarais.Josée Desrosiers, Damelle Forest, Kenneth George, François Gervais, Claude Hardy.Jean-Guy Lacoursiere, Diane Lalancette.Henri Lamoureux, Fabien Leboeuf, Lucie Lépine, Jean Ménard.Jean-Hugues Roy, François Saillant.Elyse Tremblay, Pierre Viau.Graphisme et montage Folio et Garetti Bande dessinée: Vivian Labne Imprimerie: Payette et Simms Composition linotronique: Typo Express Distribution: Diffusion Parallèle, tel (514) 525-2513 Parution: (8 numéros) Abonnement régulier: 18S/an ou 32S/2ans.de soutien: 25Van à I étranger: 23$ par avion à l'étranger: 30S Parution: n 219 au mois daoùt Rélérences' Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertoriés dans le répertoire analytique d'articles de revues (Points de repère) Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Courrier de deuxième classe, enregistrement n 0220 Revue Vie Ouvrière.1212 Panet.Montréal, Qc.H2L 2Y7.Tel: (514) 523-5998 Au fil des ans, le Québec est devenu la province la plus pauvre du Canada après Terre-Neuve.Et la tendance enregistrée ces dernières années laisse clairement entrevoir une aggravation de la situation dans le proche avenir Ceci veut dire que la croissance économique ne profite qu'à un nombre de plus en plus petit de "chanceux".Pour les autres, en particulier les moins de 35 ans, la crise du travail, conjuguée à celle de la famille, accentue l'état de précarité économique et sociale.PAUVRETÉ ET SANTÉ MENTALE: UN SILENCE TROUBLANT Tel est le thème du 12e Colloque annuel en santé mentale qui se tiendra les 14 et 15 septembre prochains, à l'Université du Québec à Montréal.Trois grands axes de discussion domineront les conférences et ateliers: 1.La pauvreté en 1989; 2.Les relations pauvreté-santé mentale; 3.La lutte à la pauvreté: stratégies institutionnelles et alternatives.Durant les deux jours, il y aura 10 conférences et pas moins de seize ateliers.De plus, les personnes intéressées pourront visionner différentes productions en santé mentale.Le jeudi soir, à 19h00, Jim Corcoran donnera un spectacle à l'intention des participant-e-s.Pour renseignements supplémentaires, on peut composer le numéro de téléphone (514) 844-5536.COOPÉRATIVES JEUNESSE Le Comité provincial des coopératives de travail a mis sur pied des coopératives jeunesse de services à Victoriaville, Sherbrooke, Hull et Buckingham.Grâce à ces quatre projets, neuf emplois pour étudiants on été créés cet été.Les étudiants embauchés sont appelés à jouer le rôle de personnes-ressources auprès de jeunes désireux de mettre sur pied leur propre coopérative de travail.Rappelons que le Comité provincial des coopératives de travail offre divers programmes de formation à la coopération tant aux jeunes qu'aux adultes.Pour de plus amples informations à ce sujet, composer le (514) 522-1744.LA RENCONTRE Le mouvement La Rencontre fête cette année son 25e anniversaire d'existence À cette occasion, un Congrès d'envergure nationale aura lieu au Colisée de Québec, le samedi 14 octobre 1989.S'y retrouveront des anciens du Québec, d'Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Angleterre.Pour informations, composer le 1-(418)-623-7599.4/VIE OUVRIÈRE/AOÛT 1989 EDITORIAL LES BOUCHERS DE PEKIN Le principal résultat de l'insurrection pacifique de Pékin, un résultatd'une signification considérable, n'est pas d'avoir ébranlé le système politique chinois, mais bien plutôt d'en avoir dévoilé la vraie nature.Mis à nu par les événements, le régime communiste de Pékin est devenu tout d'un coup, pour la masse des Chinois comme pour le monde entier, un anachronisme complet Bien qu'encore efficace en matière de répression sanglante (on l'a vu en juin), le régime communiste chinois est totalement incapable de gérer aussi bien les réformes économiques, initiées depuis dix ans, que la libéralisation politique de facto, née de l'ouverture croissante de la Chine sur l'extérieur.Le soulèvement de Pékin, qui annonce l'effondrement final du communisme chinois, n'a pas surgi du néant.Il a été précédé et préparé par la perte de contrôle de l'appareil économique.En effet, les réformes préconisées par Deng Xiaoping ont entraîné, entre autres, une ouverture très large de l'éventail des revenus et provoqué la naissance d'une opulente classe de profiteurs (les "corrompus" dénoncés par les contestataires de la place Tienanmen).Les personnes à revenus fixes (l'immense majorité) ont été rapidement paupérisées, par suite de l'inflation galopante "libérée" par le marché et la spéculation.Les fonctionnaires, ces mal aimés de tous les régimes, ont dû, pour survivre, se résigner à des combines pas très propres.Quant aux étudiants, ils se sont mis à contester une hiérarchie arbitraire des salaires qui fait que les intellectuels sont les plus mal payés des Chinois Bref, l'étendue des inégalités dans tout le pays a fait naître une crise sociale de plus en plus difficile à "gouverner".Cette crise, vivement ressentie autant par les mineurs de fonds, les ouvriers, les paysans et les fonctionnaires que par les étudiants et les intellectuels de Chine, a finalement débouché sur un vaste mouvement populaire de désobéissance ci-vileauquel le pouvoir, après plusieurs semaines d'affrontements internes à huis clos, a choisi de riposter par les armes.Mais les chars de l'Armée chinoise sont ceux du désespoir.Les revendications démocratiques, formulées par les différentes classes de la société chinoise, ne peuvent plus être étouffées, ni par la terreur ni autrement.Comme partout ailleurs dans le monde communiste, la démocratie travaille la société en profondeur et les réformes économiques déjà engagées n'en font qu'en précipiter les échéances.Comme ceux de Moscou, de Budapest ou de Varsovie, les réformateurs de Pékin ont l'histoire pour eux.La réaction des conservateurs octogénaires ne peut être forcément que provisoire.La force du mouvement démocratique en Chine ira en simplifiant.Même si la dictature a encore les moyens de bouger et de massacrer Pour les centaines de millions de Chinois, le mépris a assez duré, la dictature assez vécu.Le fait qu'une des plus vieilles et des plus peuplées parmi les nations de la terre soit à présent engagée dans une lutte héroïque pour la démocratie constitue un événement d'une immense portée pour le monde entier.par Pierre VALLIÈRES Le dernier sursaut des bouchers de Pékin n'y peut rien changer La vérité est du côté du peuple chinois Et on ne tue pas facilement un milliard cent millions d'hommes et de femmes affamé-e-s de liberté.Comme le notait François Berger, dans La Presse du 18 juin 1989: "Si les réformes politiques sont actuellement battues en brèches, elles devront tôt ou tard être engagées, d'autant plus que la jeunesse chinoise (la moitié de la population n 'a pas vingt ans) va vouloir, et devoir, participer au partage des bénéfices économiques, ce partage étant bien sûr d'essence politique "M Josée Gauthier qui assumait la tâche de rédactrice en chef à V 0, depuis septembre 1988.nous a quittés à la fin de mai.Nous profitons de l'occasion pour la remercier chaleureusement de la contribution importante au renouveau de V 0., notamment par son souci constant de rendre la revue accessible et d'une grande qualité visuelle.Nous avons ainsi pu apprécier ses belles qualités professionnelles, son dynamisme et son souci d'élargir à tous les milieux la clientèle de VO Bonne chance, Josée, dans tes nouveaux défis Depuis le 1" août.Myriame El Yamanl qui a déjà collaboré à la Vie en rose, Vent d'est et Vice Versa, est la nouvelle rédactrice en chef de Vie Ouvrière C'est dire que Myriame est résolument féministe Elle a aussi des contacts dans les milieux écologistes, culturels et internationaux Nul doute qu'elle saura imprimer sa marque à la revue, avec Jean Robitaille qui poursuit son travail à V 0 depuis un an déjà Bienvenue donc, Myriame.parmi nous L'équipe VIE OUVRIERE/AOUT 1989/5 6/VIE OUVRIERE/AOUT 1989 ENTREVUE Rosamaria Ruiz est bolivienne.Conférencière invitée au Congrès de mai dernier du CCA, le Comité canadien d'action sur le statut de la temme, elle a séjourné quelque temps au pays.Le temps de donner des causeries à Montréal et Québec.Le temps aussi d'accorder une longue entrevue à Vie Ouvrière.Il s'agissait un peu d'une première ou du moins d'un événement rare.Cette journée-là, le vent avait tourné et la girouette indiquait Sud-Nord.Un Sud qui regardait son vis-à-vis avec les yeux de l'expérience.Un Sud qui voulait, en fait, venir en aide au pôvre Nord.J'ai rencontré Rosamaria Ruiz chez Madeleine Parent, grande syndicaliste du textile et membre active du CCA.Alors que je n'étais pas encore de ce monde, mon père a travaillé aux côtés de Madeleine, dans le conflit de la Ayers Limited, à Lachute.Assise dans la berceuse, je me disais que c'était là une bien belle façon de clore mon aventure à Vie Ouvrière.Propos recueillis en espagnol par Josée GAUTHIER Collaboration à la traduction: Gunercinda FERNANDEZ Ë V.O.: "Journaliste, travailleuse en santé et animatrice d'ateliers chez les paysannes de Bolivie." Voilà comment on vous présente dans l'invitation à votre causerie montréalaise.Cela vous satisfait?Rosamaria Ruiz: Je ne sais jamais vraiment comment me présenter.Ma vie a été tellement variée.J'ai étudié la médecine pendant quelques années, puis j'ai voulu me créer un programme personnel à l'université, car ce qui était formellement offert ne me convenait pas J'ai donc proposé quelque chose qui réunissait l'aspect éducatif, syndical et de développement.C'est à cette époque que j'ai étudié avec Ivan lllich1", à Cuer-navaca.Une belle époque de discussions franches où j'ai beaucoup appris Tout en voyageant en Amérique latine, j'ai terminé mon cours avec le titre suivant: spécialiste en éducation et développement de communautés.Par la suite, j'ai accidentellement réalisé un rêve: faire des films.L'und'entre-eux a porté sur le travail à la chaîne dans la zone franche Mexique - États-Unis J'ai aussi fait du journalisme par pure préoccupation de dénoncer ce qui ne l'était pas.C'est ainsi que j'ai participé à l'aventure de l'hebdomadaire Aqui (N.D L.R.: Ce qui signifie "Ici") fondé en 1979 par Luis Espinal, un Jésuite qui est depuis devenu un véritable héros national.Après un an de publication, les para-militaires ont séquestré Luis et l'ont torturé.Ce n'est qu'en '83 que nous avons pu reprendre la parution de Aqui Nous avons dès lors publié les noms des para-militaires et les crimes commis, exigeant du gouvernement que justice soit faite Le travail de recherche que nous avons dû faire sert encore aujourd'hui aux jugements de responsabilité contre le général Garcia Meza, ex-dictateur de Bolivie.V.O.: C'est justement à cause de Garcia Meza que vous avez dû quitter la Bolivie en 1980 R.R.: Oui J'ysuisrevenuetroisansplus tard.À l'extérieur du pays, j'ai surtout travaillé avec les femmes, dont ce film dont j'ai déjà parlé sur les chaînes de montage global Au retour en Bolivie, j'ai voulu poursuivre dans ce sens et c'est ainsi que j'ai entre autres oeuvré pour la Fédération des paysannes de Bolivie.V.O.: Avant d'aller plus loin, quel est le sens de ce mot"paysanne"?R.R.: C'est à travers notre histoire que je peux le mieux expliquer ce qu'est la réalité paysanne.Alors voilà.Nous sommes un pays majoritairement constitué d'Indiens de plusieurs cultures.À cause des tares laissées par la colonie, pour certaines personnes de Bolivie, le mot "Indien" est malheureusement une insulte.Selon moi, il devrait plutôt être source de fierté.Les paysans sont ces gens qui vivent à la campagne et tirent leur subsistance de la terre Dans l'histoire, on a violé tous leurs droits Durant des siècles, on a volé leurs terres pour les donner aux églises et aux propriétaires fonciers.En 1952, au moment de la réforme agraire, au lieu de remettre les terres à la communauté, on en a remis des parcelles à chaque famille Ce qui a créé un désagrégation épouvantable, des disputes internes et des problèmes d'héritage On a assisté à une rupture terrible du tissu social.La Révolution de '52 a bien sûr connu des aspects très positifs (abolition de l'esclavage, octroi du droit de vote aux Indiens et aux femmes, etc.), mais elle a aussi entraîné des conséquences très négatives comme celle de briser les communautés paysannes.Pour que le portrait de la situation soit complet, il faut aussi ajouter que pour "vivre", des paysans et des paysannes doivent aller à la ville Là, ils s'assimilent et perdent leur identité Ils doivent modifier leur façon de s'habiller et de parler Renier en quelque sorte ce qu'ils sont.V.O.: Le racisme est à ce point tort dans les villes?R.R.: Il y a malheureusement un profond racisme dans notre société Tu te présentes par exemple à un micro Rien d'étonnant à ce qu'une femme te crie: "Que fait cette cochonne d'Indienne au micro?Elle nous salit VIE OUVRIÈRE/AOÛT 1989/7 41 Rosamana Ruiz, en compagnie de la célèbre syndicaliste Madeleine Parent JORGEGUERRA Il y a aussi un autre type de racisme.Certains groupes qui se disent "indigé-nistes" sont racistes envers les Blancs.Pour eux, c'est là une façon de s'identifier politiquement Selon moi, tout cela est un peu absurde.Nous sommes un pays d'indigènes.Nous sommes la majorité.Nous ne devrions pas avoir à nous affirmer.Mais l'indigénisme est très à la mode dans les pays du Nord.Si tu fais partie d'un groupe mdigéniste, on t'emmènera à des conférences à Genève ou ailleurs On te donnera même de l'argent.Il y a aussi, de la part des indigènes, ce que je n'appelerais pas du racisme mais plutôt de la méfiance envers les Blancs.Ce qui, après 500 ans d'exploitation, est tout à fait normal! V.O.: Vous animez des ateliers chez les paysannes de Bolivie.Vous êtes donc une fois de plus engagée au mieux-être de votre communauté.Venez-vous dune famille éveillée sur le plan social?R.R.: Mon père est mort lorsque j'avais sept mois Ma mère s'est alors retrouvée sans le sou, endettée, avec deux petites fille à faire vivre À une époque où une femme de sa classe sociale ne travaillait pas Elle était de la bourgeoisie, ce qui sert à bien peu si tu n'as rien à manger! (Rires) Ma mère est très courageuse; elle a finalement réussi à vendre de l'équipement minier à la commission.Nous sommes donc parties pour les mines Cela a été, pour moi.une chance inouïe celle de voir la réalité de près Même si ma mère ne veut rien savoir de la politique, elle a une très grande conscience de la justice sociale.Bien qu'elle ne sache rien des partis politiques ni des syndicats, je crois que dans la pratique, c'est une femme politique.Vous devez apprendre de notre expérience! V.O.: Le quotidien des gens de votre pays est fait de disparitions et de torture.Voilà des horreurs que nous connaissons bien peu dans le Nord.Comment alors créer des liens de solidarité entre deux réalités si différentes?R.R.: La réalité est différente, c'est vrai, mais nous sommes finalement à l'intérieur d'un même système.Ce traité que vous venez de signer avec les États-Unis vous rapproche d'ailleurs de plus en plus de notre réalité.Il est faux de penser que la solidarité doit aller du Nord au Sud.Je crois même que c'est de contraire.Vous devez apprendre de notre expérience pour éviter qu'ils ne vous arrivent la même chose qu'à nous.Grâce à la répression qui sévit dans les pays du Sud, il y a un système économique qui est arrivé à son terme.Le gain est le seul but de ce système pour qui la vie d'un être humain n'a pratiquement pas de valeur Pour chaque minute de conversation que vous avons, vous et moi, en Amérique latine deux enfants meurent de faim.Et combien est-ce dans le monde?Il y a un système social, économique et politique qui perpétue la pauvreté et s'organise autour de cette dernière.Aux Philippines, par exemple, le gouvernement planifie son économie à partir de la prostitution des femmes.Il en fait même la publicité.Hier121, il y a eu des élections en Bolivie.Voilà une façon de faire croire à la "démocratie".Mais c'en est une du style de l'Argentine ou du Brésil, rien de plus qu'un outil au service d'un système économique supranational sans aucun contrôle des pays en cause.V.O.: Comment se caractérise ce système supranational aux allures de fantôme?R.R.: Il s'agit d'une économie beaucoup plus forte que celle de n'importe quel pays, y compris les États-Unis.Son capital est d'ailleurs beaucoup plus grand que le capital américain.Pour saisir d'où vient cette puissance supranationale, il faut se référer à la situation économique en vigueur depuis la Seconde Guerre mondiale.On arrive inévitablement à la création de la Banque mondiale qui, à une époque de récession, s'est mise à offrir des prêts d'argent à divers gouvernements.À cette époque, la révolution cubaine venait d'avoir lieu et faisait la démonstration de la viabilité d'un système au service du peuple et non du profit.C'est alors qu'est apparu un courant révolutionnaire dans nos pays.Les dictatures militaires se sont bien sûr de suite imposées: des gouvernements totalitaires irresponsables, heureux de recevoir des dollars qu'ils pensent à voler et non à investir dans le pays.Pas plus que les banques, les régimes en place ne mesurent les conséquences de leur geste.Résultat: la dette extérieure de la Bolivie s'établit aujourd'hui à 5 000 millions de dollars! La Bolivie est aussi marquée par le trafic des narcotiques financé à même les prêts de supranationales.Le dictateur Hugo Banzer a institué l'industrie de la cocaïne avec ces prêts que nous devons aujourd'hui payer.Plus de 60% de nos revenus d'exportations y passent.Ce trafic que veulent apparemment combattre actuellement les États-Unis s'est mis en place avec leur propre appui au dictateur du temps On sait d'ailleurs maintenant que les États-Unis utilisent cette industrie pour financer, par exemple, les Contras au Nicaragua.V.O.: Vous disiez plus tôt que nous faisions partie du même système.Qu'entendez-vous par là?R.R.: Les chiffres de la Communauté 8/VIE OUVRIERE/AOUT 1989 14 économique européenne révèlent que 25% des jeunes de moins de 25 ans ne trouvent pas de travail.Il n'y a donc plus cette protection, cette immunité d'être un pays du Nord qui possède des richesse.Il importe peu à l'économie supranationale d'en enlever au Canada, aux Philippines ou à la Bolivie.L'important, c'est de faire de l'argent.De nos jours, le Canada importe cette politique économico-sociale néfaste.Si cela continue, le Canada pourrait bien se retrouver d'ici une dizaine d'années avec des enfants qui meurent de faim.En Bolivie, 70% des femmes enceintes sont sous-alimentées et anémiques.Je suis certaine qu'il y a chez vous des femmes qui sont dans de telles situations et qui donneront naissance à des enfants dont l'avenir sera incertain.Voilà pourquoi je vous conseillais d'apprendre de notre expérience.La solidarité est impérative pour notre survivance au niveau global.Il ne s'agit plus de donner une aumône pour un projet quelconque dans tel ou tel pays mais de créer, à l'intérieur de chacun de nos pays, une structure qui puisse nous défendre contre ce système supranational.Nos organisations nationales devront en créer d'autres au plan international afin de contrôler une puissance politique aussi féroce que l'est la puissance supranationale.La coopération internationale?Un modèle néfaste! V.O.: On parle souvent ici de l'aide accordée aux pays du Sud ou de la coopération internationale.Vous qui voyez de près la réalisation de tels projets, qu'en pensez-vous?R.R.: À l'époque de la domination espagnole en Amérique, il y avait, entre autres, des plantations de bananes.Contrôlées de l'extérieur, ces plantations avaient leurs administrateurs nationaux Je crois que les projets ont une structure semblable C'est là une forme plus ou moins subtile de privatiser l'État qui, lui, s'en lave les mains puisque les projets font le travail à sa place Les gens ne protestent pas parce que même si c'est peu, il y a eu moins quelques chose qui apaise la situation Et dire que tout cela dépend de donations supposément de qualité venues de l'extérieur.Trois projets non gouvernementaux de La Paz bénéficient à eux seuls d'un plus grand budget que la totalité de celui du ministère des Affaires paysannes et agricoles.Les projets te donnent un salaire en argent à une époque où le chômage -selon les chiffres mêmes du gouvernement- est de 34%.Cela te donne aussi du prestige et te permet l'accès à une classe sociale internationale à l'aise qui n'a rien à voir avec notre réalité quotidienne.Cela te permet de voyager et de tacheter des livres; ce qui, en Bolivie, signifie un style de vie extrêmement privilégié.On te fait croire que tu fais quelque chose de valable avec la garderie, le poste sanitaire ou la pépinière et que tu instruis les paysans.Ce que tu fais alors, c'est remplir un vide laissé par l'État qui n'assume pas ses responsabilités.Si l'on coupe l'argent venu de l'extérieur, tu devras t'en aller et le vide restera là sans que l'État ni personne ne fassent rien.Pour moi, c'est vraiment un modèle néfaste.Pour ce qui est des coopérants, je serai franche.Il y a tellement de chômage chez les professionnels de mon pays que je me demande bien pourquoi nous aurions besoin d'un coopérant canadien.Dans 90% des cas de coopérants internationaux, il y a au moins dix Boliviens mieux habilités à faire le même travail.Mais bien sûr que le Bolivien ne recevrait pas le salaire d'un coopérant.V.O.: Pourvous.la solidarité est affaire de conscience et non d'argent.Que pensez-vous justement de la conscience des gens d'ici?R.R.: Pour avoir parlé avec certaines personnes, je pense que votre conscience s'éveille beaucoup avec le traité que vous venez de signer avec les États-Unis Je crois malheureusement que cette entente va générer des conséquences matérielles difficiles mais qu'au plan de la conscience à long terme, cela va secouer un peu les gens.J'ai parfois l'impression que les pays du Nord sont à moitié endormis Le système presse tout le monde pour l'empêcher de penser.Ce traité risque donc de pousser les gens à réfléchir en affectant tout le monde d'une façon directe puisqu économique Cette réflexion profonde serait en soi très positive Comme pays du continent du Sud.il nous est facile d'établir la solidarité entre nous Malgré les distances qui nous séparent, nous avons une expérience et une conscience semblables II nous est donc facile de nous comprendre et de nous unir autour d'un but commun J'aimerais tellement que ce soit la même chose avec les gens d'ici! J'ai espoir que cela va se produire.Nous ne devrions rien envier à personne.V.O.: Pour que notre conscience de la Bolivie s'élargisse, parlez-nous encore de la réalité paysanne.R.R.: Sa plus grande difficulté pour l'instant, c'est l'introduction de notre pays à la supranationalisation Le gouvernement en place depuis 1985 croit en cette politique et rompt avec les structures extérieures Dans un pays où les paysans meurent de faim, le gouvernement vient d'instaurer un système d'impôts sur les terres II y a un manque sérieux d'appui à la production Alors qu'avant la Conquête, nous a-vions des réserves alimentaires énormes, nous devons aujourd'hui importer Nous avons tous les climats imaginables au monde et durant l'époque inca, par exemple, nous avions plus de trois cents types de pommes de terre Nous ne devrions envier personne et ne rien importer de personne Mais le modèle qu'on nous impose veut en finir avec ce qui nous est propre et nous obliger à livrer nos terres à des compagnies supranationales qui nous sont étrangères Nous importons du blé alors qu'en '52, la Révolution en exportait Même si la majorité de la population du pays est paysanne, c'est elle qui est la plus abandonnée, la plus opprimée On ne lui donne rien de ce qu'elle devrait avoir pour produire On ne lui offre aucun service et on voudrait maintenant lui faire payer des impôts! V.O.: Mais où est donc la solution?Peut-elle venir d'un parti politique?R.R.: Je crois qu'elle doit venir des paysans eux-mêmes Selon moi, il n'y a actuellement aucun parti politique viable en Bolivie II y a bien deux partis qui se disent d'allégeance paysanne mais l'un d'eux, l'exécutif de la Confédération nationale des travailleurs paysans, s'est fait prendre dans des histoires de vols toute une saloperie1 Alors en général, le paysan ne fait plus confiance à ce parti II ne doit pas avoir recueilli beaucoup de VIE OUVRIERE/AOUT 1989/9 votes, aux élections d'hier.Et la Gauche unie?elle ressemble à l'Union démocratique populaire qui en '80 a gagné les élections.Il s'agissait d'un mélange de partis qui s'opposaient à la dictature.Il est facile de s'unir pour s'opposer mais, au moment d'établir un programme viable, apparaissent les différences et les ambitions personnelles.Je ne pense pas que la Gauche unie puisse être un parti viable.Parlant de politique, nous avions auparavant un système qui peut paraître ridicule aux gens qui ne connaissent pas la Bolivie, mais ce système nous servait.Nous avons eu jusqu'à trois cents partis politiques.Former un parti était une façon de se faire entendre, de dire "Je veux la parole" et non une question de gagner les élections.On a changé la loi électorale pour nous donner le modèle yankee.Il nous est beaucoup plus difficile maintenant de prendre la parole.Malgré tout cela, je crois qu'un le parti politique peut être un véhicule très puissant pour aller de l'avant.C'était le cas du parti de Marcelo Quiroga Santa Cruz, assassiné en 1980 C'était un parti très nationaliste, avec des propositions claires, ordinaires et bien analysées.Le peuple bolivien n'est pas bête.Quand se présente une alternative fiable, il écoute et se met au travail.Le parti de Marcelo Quiroga Santa Cruz a donc grandi très vite.Jusqu'à un certain point, les paysans s'identifient au Mouvement nationaliste révolutionnaire, le MNR, qui afait la Révolution en '62 et qui a organisé la réforme agraire.Mais cela va en diminuant.Je ne crois pas qu'il y ait actuellement de parti qui mérite l'appui des paysans.Peut-être dans l'avenir.V.O.: Où trouvez-vous la force de dénoncer ce qui se passe dans votre pays?R.R.: Il ne s'agit pas de force, il s'agit de parler de ma propre vie.Comment faire autrement?Comparée à la majeure partie des gens de mon pays, ma vie est si privilégiée que j'aurais honte de me taire simplement par peur.Je vis en plein centre-ville de La Paz et au coin de ma rue, il y a un dépotoir.Moi, je mange bien.Mais de ma fenêtre, ce que je vois, c'est au moins vingt personnes qui vivent des poubelles.De jour et de nuit, des enfants et des femmes cherchent dans les ordures de quoi manger.Comment parler d'autre chose?V.O.: Auriez-vous un message à nous transmettre?R.R.: Je crois que la seule chose qui nous permette d'avancer dans la vie, c'est la réflexion qui nous pousse à faire quelque chose.Nous sommes ce que nous faisons et surtout ce que nous faisons pour changer ce que nous sommes.Pour en arriver là, il nous faut d'abord réfléchir.» (1) Ivan llhch: Essayiste né à Vienne en 1926 Ordonné prêtre, il fonda une université libre à Cuernavaca (Mexique) Il a âprement critiqué les systèmes d'éducation et la société industrielle.(2) L'entrevue a eu lieu le 8 mai dernier, au lendemain des élections présidentielles en Bolivie Les deux principales majorités élues se disputent actuellement la présidence II s'agit du Mouvement nationaliste révolutionnaire (parti officiel au pouvoir) et de l'Action démocratique nationaliste (de l'ex-dictateur Banzer) Pour plus de détail sur la Bolivie, s'informera : Groupe de travail Solidarité-Bolivie a/s Micheline Thibeault 180, rue Ste-Catherine est, suite 610 Montréal, Québec H2X1K9 DE SOLIDARITÉ DES TRAVAILLEURS DU QUÉBEC (FTO) LE FONDS QlifiXlWt D'EMPLOIS Montréal (514) 285-6400 / Québec (418) 622-3258 / Sans frais 1-800-361-7111 -«»• 107VIE OUVRIERE/AOUT 1989 0 ■f LE CHOC DES IDEES Elections municipales à Québec FAUT-IL VOTER POUR LE RASSEMBLEMENT POPULAIRE LE 5 NOVEMBRE PROCHAIN?OUI OU NON?Un débat qui ressemble à celui soulevé par l'élection du RCM à Montréal.oui.par Réjean LEMOINE Des élections municipales auront lieu le 5 novembre prochain à Québec.Pour la quatrième fois depuis 1977, le Rassemblement populaire tera face au Progrès civique.Suite à l'annonce du départ du maire de Québec, Jean Pelletier, en mai dernier après douze ans de "règne" à l'Hôtel de ville, deux nouvelles figures se ferontfacepoursemparerdelamairiede Québec: Jean-François Bertrand pour le Progrès civique et Jean-Paul l'Allier pour le Rassemblement populaire.Étant moi-même candidat du Rassemblement populaire dans un secteur de la Basse-ville (Saint-Roch, Vieux-Port et Cap-Blanc), j'ai accepté l'invitation de la revue Vie Ouvrière d'expliquer le sens de mon engagement Je voudrais égale- ment préciser l'importance des enieux sociaux et politiques de la prochaine élection à Québec, au-delà de la bataille de coqs médiatique que se livreront les deux candidats à la mairie Un des enieux maieurs de la prochaine élection sera le proiet de la Grande-Place, dans le quartier Saint-Roch A partir de 1970, l'administration du maire Lamontagne, puis celle de M Pelletier face au déclin des activités commercia- VIE OUVRIÈRE/AOÙT 1989/11 les dans le Centre-ville et la fermeture de grands magasins comme Pollack, Syndicat, Paquet, a voulu recréer un grand centre commercial dans Saint-Roch.Pour cela, elle a créé un immense trou dans la trame urbaine du centre de la ville, entre le Cinéplex-Odéon et l'édifice du journal Le Soleil.Jusqu'à ce jour l'administration du Progrès civique a exproprié, sur une période de 19 ans, plus de cent immeubles, déplacé plus de mille personnes et dépensé plus de 25 millions de fonds publics pour un résultat désastreux: un immense terrain abandonné de plus de 200,000 p.c.au coeur de la ville, qui désarticule complètement le visage urbain de Saint-Roch.Empêtré dans un climat de corruption et en manque de projets de grandeur pour faire rêver.le Progrès civique décide en 1986 de céder en exclusivité à son promoteur-chéri Laurent Gagnon et à la firme torontoise Citicom les terrains de la Grande-Place pour faire à Québec une réplique du Rideau Center d'Ottawa.Un terrain d'une valeur marchande de $25 millions est cédé aux promoteurs jusqu'en 1994, pour réaliser ce projet en contrepartie d'une très lourde contribution de $360 pour le terrain et une promesse d'un investissement de $220 millions.Face à ce projet, des citoyen-ne-s se sont mobilisé-e-s autour du Comité de Sauvegarde de la Côte d'Abraham, afin d'empêcher le Progrès civique de faire démolir une partie de l'arrondissement historique Le Comité a proposé à la ville une alternative plus respectueuse du tissu urbain existant et de la qualité de vie du quartier.Il propose un projet plus axé sur le développement résidentiel et le développement d'activités commerciales intégrées au quartier.Il suggère également le respect du réseau de rues existantes et la présence de plusieurs promoteurs pour le développement du site.Pour aller de l'avant avec son projet, le promoteur, conscient de l'attitude "a-platventnste" de la municipalité, exige un nouveau système de transport en commun au coût de $250 millions entre la Colline Parlementaire et le fief du ministre libéral des transports à Char-lesbourg, ainsi que la construction d'un lien autoroutier souterrain entre l'autoroute Dufferin et le Boulevard Langelier, qui va déchirer la trame urbaine du quartier Saint-Roch pour un investissement de 60 millions Déjà, le gouvernement libéral s'engage à investir en pure perte $7 millions pour faire entrer l'autoroute sous le site.Ce projet démentiel de développement urbain d'une autre époque ne tient aucunement compte des besoins en habitation et de la fragile qualité de vie des résident-e-s du centre-ville.Aucune considération n'est accordée au tissu urbain existant et à la valeur patrimoniale et historique du quartier.Au départ, la ville voulait même démolir une partie de l'arrondissement historique pour accrocher le centre d'achats à la Haute-Ville afin d'en assurer la rentabilité.Mais notre petit Ceaucescu local a dû battre en retraite devant la mobilisation de l'opinion publique.Pendant que s'engageait à Québec la bataille de la Grande-Place, nous, les opposants au projet, avons eu droit au silence des grands médias nationaux et montréalais, alors que se prépare à Québec un projet de développement urbain qui fait complètement fi du caractère exceptionnel et historique de Québec.Ce projet veut intégrer Québec à un type nord-américain de développement urbain axé sur l'autoroute et l'achalandage par les banlieusards, entre 9 heures et 5 heures.Ce projet en plus d'entraîner une nouvel exode de citoyen-ne-s dans le quartier Saint-Roch, qui a déjà perdu la moitié de sa population depuis 1961, va rendre le quartier exsangue et le transformer en un "Business Central District", tout en faisant mourir ce qui reste des artères commerciales environnantes.Le bilan de l'administration du Progrès civique dans le centre-ville de Québec au cours des quatre dernières années, c'est $15 millions de fonds publics gaspillés inutilement en expropriations et en démolitions afin d'agrandir le trou de la Grande-Place; c'est aussi la complaisance des gouvernements supérieurs qui laissent le Progrès civique exproprier en toute illégalité et en toute impunité à la Grande-Place sans intervenir; c'est aussi le versement illégal d'une subvention $1.5 millions au promoteur Laurent Gagnon pour compléter par des édifices à bureaux le Mail centre-ville À la Grande-Place, la ville de Québec subventionne directement un promoteur privé et fait sa "lob de bras" en expropriant et en lui cédant par la suite des terrains qui, comme par hasard, appartenaient en partie au promoteur Gagnon Aucun tribunal local n'osera à Québec contredire notre bon maire à l'autorité incontestée Face à ce projet, des citoyen-ne-s se sont battu-e-s sans argent et à mains nues contre le pouvoir municipal, avec la seule sympathie des médias et de l'aile parlementaire du parti d'opposition, le Rassemblement populaire.Ils commencent manifestement à être fatigués de la démocratie autoritaire du Progrès civique.Donc, sans être manichéen, il faut clairement dire que la seule chance réelle de bloquer le projet Gagnon-Citi-com est l'élection du RP, le 5 novembre prochain.Le Rassemblement populaire, par la voix de son leader Jean-Paul L'Allier, est le seul parti politique qui a clairement marqué son opposition au projets de l'îlot Saint-Patrick et à celui de la Grande-Place, projets concoctés et préparés dans le bureau du maire avec son ami Laurent Gagnon et leurs experts torontois, puis entérinés par des conseillers municipaux incapables de défendre leurs quartiers.Le Rassemblement populaire constitue une coalition où évidemment cohabitent divers groupes d'intérêts.La base de ses militant-e-s est cependant constituée d'hommes et de femmes fortement impliqué-e-s dans leurs quartiers, à travers divers projets de développement social (garderies, coops, radios communautaires, comité de citoyen-ne-s) et ayant développé une expertise certaine ainsi qu'une vision pragmatique du changement social.Il faut se méfier du discours pseudo-réformiste du candidat Jean-François Bertrand, girouette opportuniste qui a hésité pendant deux ans à fonder un troisième parti et qui, manquant de courage politique, vient finalement de réintégrer les rangs du Progrès civique à cinq mois des élections.Après 25 ans d'administration du Progrès civique, le temps est au changement des moeurs politiques et à la démocratisation de la gestion municipale.Le Rassemblement Populaire reste un atout certain pour ceux qui veulent une ville où les citoyen-ne-s auront une prise plus grande sur le développement urbain et non pas seulement en être les témoins passifs! Réjean Lemoyne qui milite au sein des groupes populaires de Québec, sera condidat du Rassemblement populaire lors des élections municipales 12/VIE OUVRIERE/AOUT 1989 Le chef du Rassemblement populaire, Jean-Paul L'Allier, ex-ministre québécois des communications OUI MAIS-ATTENTION À LA FUITE VERS L'AVANT par Marc BOUTIN Le Rassemblement populaire a toujours été et reste encore, malgré l'arrivée de Jean-Paul L'Allier, un parti progressiste que la gauche tient assez bien en main.Mais attention, la réaction est bien éveillée à Québec et son pouvoir récupérateur, ici comme partout ailleurs, est énorme.Cette récupération guette le R.P, au prochain tournant (tournant qui, par exemple, pourrait être une victoire aux élections de novembre).Certains indices à cet effet pointent déjà de façon inquiétante à l'horizon du milieu populaire municipal.Ce qu'il est important de dire, je crois, c'est que les conseils de quartier (leur mise en place fait parti du programme du R.P.) ne remplaceront jamais ni les groupes ni le mouvement populaire.À Québec, les militant-e-s de la scène municipale ont trop souvent eu tendance à percevoir les groupes populaires comme faisant partie des ligues mineures et le R.P.comme faisant partie des ligues majeures.Certains d'entre eux ont fait un bout d'apprentissage dans les groupes avant de se lancer avec le R.P."en vraie politique", lesconventions localestenant lieu de séances de repêchage.Pire encore, d'autres considèrent le mouvement populaire comme "l'ancêtre", une sorte d'anachronisme, reliquat des années 70 qui agonise depuis longtemps, c'est-à-dire qui agonise depuis que le R.P.est bien en place.Nos adversaires capitalistes, eux, (disons pour être plus précis les conservalibéraux du Progrès Civique) sont plus perspicaces.Ils savent distinguer le politique de l'électoral et sont conscients que c'est le politique qui compte.Leur pions de 2e classe, c'est au jeu électoral qu'ils les envoient Ça saute aux yeux rien qu'à voir les conseillers du parti au pouvoir au conseil de ville.Mais derrière ces marionnettes (et j'inclus ici Jean Pelletier) se profilent les vrais décideurs, les vrais manipulateurs d'opinion, le vrai pouvoir.Leurs groupes d'élite sont formés des chambres de commerce, des regroupements d'hommes d'affaires et de propriétaires, des corporations multinationales, de CHRC, du Soleil et j'en passe Ces groupes d'élite tiennent le Progrès Civique bien en main.Face à ces groupes se dressent les comités de citoyens, les regroupements de locataires et de consommateurs, les groupes de défense des droits, certains syndicats, certaines coop d'habitation, Droit de Parole, Radio Basse-Ville, etc.Ce qu'on peut appeler L'ALTERNATIVE Face à l'alternative, les groupes d'élite se portent si bien merci qu'on se demande si la vraie stratégie n'est pas de laisser gagner le parti de gauche pour mieux le démolir (ou le récupérer) sur la place publique par la suite Voyez ce qui est arrivé au P.Q.et ce qui se passe avec le R.C.M Je ne veux pas laisser entendre qu'il faut cesser d'envoyer de bons éléments au R.P.Surtout, n'imitons pas les faiblesses de nos adversaires.Mais il serait grand temps de voir le R P comme faisant partie d'une vaste mouvement où une importance au moins égale est accordée aux groupes de pression et au parti "électoral" Prendre plus au sérieux la campagne de financement du Fonds de Solidarité des Groupes populaires du Québec métro serait un pas dans cette direction.La gauche québécoise a tendance à trop miser sur les élections et les référendums Ça fait partie de notre aliénation, et il s agit là d'une sorte de fuite vers l'avant.Les vraies luttes se gagnent ailleurs, entre les élections La nouvelle société urbaine, l'alternative au capitalisme, à la spéculation, ne naîtra pas spontanément d'un parti politique Cette nouvelle société se forgera d'abord dans les luttes quotidiennes du mouvement populaire, luttes qu'il faut mener maison par maison, rue par rue, quartier par quartier autant sous le régime d'un Progrès Civique que sous un éventuel régime d'un Rassemblement Populaire ■ Marc Boutln est membre de i équipe de production du journal communautaire de Québec.Droit de parole VIE OUVRIERE/AOUT 1989/13 QUÉBEC EN COULEURS ON MONTE DANS LE NORD 0 Le tourisme a une direction bien connue le Sud Beaucoup de teunes latino-américains montent au Nord et leur itinéraire n'a rien de touristique Jaimeaquitté le Guatemala en 1985 Aujourd'hui, à 24 ans.il habite Montréal depuis deux ans et travaille, au salaire minimum, dans une usine de souliers pour femmes.Pas de photos, pas de vidéos, mais des faits gravés dans sa mémoire lui font échapper cette réflexion sur son voyage "J'ai vieilli bien vite" Partir au Nord "J'ai cinq frères et soeurs Mon père est menuisier J'étudiais en économie et j'étais membre d'une organisation d'étudiants Autour de moi, des camarades d'études disparus, un professeur assassiné, d'autres, malgré leur profession, ne pouvaient travailler au développement du pays L'idée de tenter ma chance aux États-Unis mijotait silencieusement en moi, lorsque nous avons hébergé, à la maison, un Hondurien qui, dans sa tentative de monter en Californie, avait été déporté vers mon pays par la police mexicaine Nous sommes devenus de bons amis Je lui faisais part de mes inquiétudes et de mes rêves Je ne pouvais en parler à personne d'autre, par crainte d'être dénoncé Un jour, en pleine nuit, sans valise, sans papier, sans adieu, nous sommes partis Direction Los Angeles en Californie La montée mexicaine jusqu'à Tijuana Il fallait traverser tout le Mexique, plus de 5000 kilomètres jusqu'à Tiiuana.ville frontière avec la Californie Inutile de penser voyager en autobus à cause des contrôles routiers Nous voyagions allongés sur le toit des wagons de marchandise La nuit, pour dormir, nous nous attachions solidement, avec nos ceintures, à la verticale, aux parois des wagons Pour éviter d'être pris par la police des chemins de fer, à l'arrivée du train dans une ville, nous nous lancions à terre et nous tentions de reprendre le train à la sortie de la ville.Je suis devenu expert dans l'art de monter et de descendre d'un train en marche! Parfois, nous arrêtions cinq ou six jours pour travailler 'a la récolte de fruits et de légume, afin de pouvoir manger un peu.Il fallait 'être très prudent.Car, dans les petites villes, la police et des employés de travaux publics connaissent tout le monde identifient les étrangers Plusieurs fois nous avons dû vider nos poches pourqu'on nous laisseen paix.Après plus de deux mois, nous arrivions à Tijuana.Passer aux États-Unis À Tijuana.nous avons travaillé comme manoeuvres dans la construction.Le travail était très duretdangereux Jemontaisdes blocs de ciment aux étages supérieurs Je gagnais 15$ US par semaine Je cuisinais mon repas sur un petit feu dans le chantier et dormais sur des madriers.Un jour, ça faisait six mois que nous étions à Tijuana, mon ami hondurien et moi avons été arrêtés par la police à la recherche d'étrangers sans papier Comme il est de race noire, mon ami avait plus de difficulté à passer pour un mexicain Pendant que la police le pressait de questions, j'ai réussi à m'enfuir Nous nous sommes perdus de vue Pour tenter de franchir la frontière, il est très important de parler l'espagnol mexicain, bien différent de l'espagnol de mon pays Ainsi, si la tentative é-choue.la police des États-Unis ne me déportera pas au Guatemala.mais au Mexique.Il faut aussi se renseigner sur les endroits les moins dangereux Tout cela exige des mois de préparation Un jour, je me suis senti prêt La nuit venue, j'ai commencé à marcher onze heures durant pour traverser les montagnes Je tremblais comme une feuille en entendant les chiens, le bruit des hélicoptères, les chevaux de la patrouille.Je suis parvenu à San Isidro, petite ville des États-Unis.Je pensais avoir réussi Mais au moment de prendre l'autobus pour Los Angeles, la MIGRA (police d'immigration) m'arrête et me déporte à Tijuana J'avais au moins la certitude de bien parler l'espagnol mexicain! Deux semaines plus tard, j'ai essayé de nouveau Sans succès.Puis encore, sans résultat Je me rappelle y avoir vu quelqu'un qui se mourrait empoisonné par un serpent, alors que je devais sauver ma propre peau.J'y pense encore souvent.Finalement, j'ai consulté un coyote (c'est à dire une personne qui fait passer la frontière à prix fort) Une nuit, nouvelle tentative Nous étions une quinzaine avec le coyote Nous nous sommes faits prendre On fuyait partout.Je suis passé par le trou d'une clôture métallique, rampant comme une couleuvre J'avais le dos ensanglanté.Un garde a failli m'attraper par le haut de mon pantalon.Grâce à mon habilité au soccer, j'ai pu manoeuvré une bonne feinte et je lui ai échappé C'est incroyable toute l'énergie dont on est capable en pareille circonstance Par chance, j'ai vu un tuyau dégoûts.Je m'y suis infiltré De ma cachette, je voyais passer les bottes des gardes-frontières J'y ai passé des heures dans ce tuyau, luttant contre la peur, la chaleur et l'odeur de J'en suis sorti tremblant et apeuré Il n'y avait personne Quelle façon d'entrer aux États-Unis! Arrivé à un village, j'ai sorti d'une doublure de mon pantalon un numéro de téléphone que mon ami hondurien m'avait donné Après de multiples précautions, j'ai demandé à quelqu'un de téléphoner pour moi Finalement, cette personne m'a amené à Santa Ana, en banlieue de Los Angeles.Quelle surprise, mon ami hondurien y était! Encore plus au Nord J'ai vécu un an à Santa Ana.J'ai découvert que tout ce que j'avais entendu dire sur les Etats-Unis n'était pas vrai: tu pourras travailler en toute tranquillité, tu seras bien payé, tu recommenceras à vivre! Recommencer à vivre, comme illégal, c'est terrible.Les patrons en profitent au maximum On ne te paye même pas toutes les heures travaillées.La MIGRA fait ses rondes dans le quartier, à l'usine.Des voisins dénoncent les personnes sans papiers Avec la nouvelle loi de l'immigration des États-Unis, j'étais condamné à la clandestinité Je sortais le moins souvent possible.De plus, la drogue, la délinquance, les combines malhonnêtes, c'était pire qu'au Guatemala! Alors, j'ai pensé au Canada.Des amis salvadoriens m'avaient dit qu'on y entre facilement, qu'il y a l'aide sociale, qu'on y obtient un permis de travail.C'était en 1987 Je partais de nouveau: direction Montréal."■ À suivre.Quand ton numéro d'assurance sociale commence par 94.Apprendre le français.Servi le dernier au magasin.14/VIE OUVRIÈRE/AOÛT 1989 DOSSIER LES EMPLOIS PRÉCAIRES CIP La Tuque-ARCHIVES CSN VIE OUVRIÈRE/AOÙT 1989/15 a TRAVAILLEURS FORESTIERS SOUS LA TENTE par Catherine DAOUST St-Leandre, comté de Matane.Les couleurs de l'automne sont magnifiques ici.Les conditions de travail des bûcherons, elles, sont épouvantables.Si des grands chantiers d'exploitation forestière accordent maintenant des conditions de travail et de santé-sécurité adéquates, la situation est tout autre dans l'Est du Québec.Les petits entrepreneurs ou "contracteurs', engageant un ou deux bûcherons, foisonnent chez nous111.Les travailleurs sont isolés, sans organisation syndicale, sans sécurité d'emploi.Ils sont rémunérés au rendement, doivent fournir leurs instruments de travail, de logement, le transport et la nourriture, pour lesquels ils ne reçoivent que rarement une compensation digne de ce nom.Encore tout récemment, un membre du Collectif forêt-intervention témoignait de sa visite sur un site de plantation dans le comté de Portneuf.Les 35 planteurs sont logés sous la tente depuis deux semaines.Une ancienne cabane à sucre sert de cuisine-réfertoire.Il n'y a pas de douche (encore!) Les travailleurs suspendent leur linge à sécher dans la cabane St-Léandre, comté de Matane Je suis venue évaluer certains facteurs de risque à la santé des bûcherons dans leur travail.Les résultats sont navrants: des niveaux sonores bien au-dessus du seuil jugé sécuritaire, malgré une scie mécanique peu bruyante et des arrêts fréquents lors de l'empilage; une position courbée maintenue les 3/4 du temps; des soulèvements de charges de 30 à 75 Ibs, 80 fois par heure au minimum; le transport continuel de la scie et de la marche en terrain accidenté.Un bûcheron nous dit que c'est le métier qui s'est le plus dégradé Évidem- ment, la forêt est tellement dégradée.Mais l'ingénieur forestier nous dit que c'est à cause du prix du bois, qui n'a pas augmenté depuis belle lurette.On va voir l'opérateur du débardeur sur un autre chantier Propriétaire de sa machine, il est payé à la corde débardée au chemin.Après une heure de route pour se rendre à son lieu de travail, il commence à 5h30 le matin et termine vers 17h00.de façon à être chez lui pour souper! 30 septembre 1986, 6h00, il commence à faire clair.Il pleut, la température est aux environs de 5°C.Quatre bûcherons ont déjà commencé à travailler.Ces travailleurs sont payés à la corde de bois empilé, moins la pourriture: $17 la corde de feuillu et $19 la corde de résineux.Si le bois est trop clairsemé, on leuraccordeunecompensation monétaire.Dans ces travaux de récupération de bois de tordeuse, les bûcherons abattent quatre à cinq cordes par jour.J'ai pu jaser avec eux assez longuement (la journée n'était pas bonne, le bois était "dull ").Cette année n'a pas été si pire.Un bûcheron m'a dit qu'il avait eu en moyenne $550 brut par semaine.Après avoir fait ses "timbres" (dix semaines), il a été "réengagé" dans le cadre de l'article 38 de la Loi sur l'assurance-chômage - il reçoit $315/semaine en assurance-chômage; s'il coupe plus que cette valeuren bois, l'employeurluiverse le supplément.Cette année, il aura passé cinq mois à travailler, dont certaines semaines à faire du reboisement (payé 6tf le plant).Il a détaillé ce que ça lui coûtait pour travailler: une scie mécanique ($700), l'équipement pour la réparer, $50/semai-ne en gazoline et huile, un crochet, son transport, l'équipement de sécurité (bottes, chapeau, gants, genouillières, vêtements de pluie).Il prévoit toujours un lunch chaud, des vêtements de rechange, une deuxième scie, une chaîne et de l'eau.Malgré le froid, il travaillait en chemise avec un débardeur de lainage.Ce qui le dérangeait le plus dans ce métier, c'étaient les crampes après sa journée de travail (de 10 heures).Il m'a longuement entretenu du "batchage"121 c'est-à-dire de ne pas avoir la possibilité de rentrer chez lui le soir.Il a fait ça une année et ne le refera plus jamais: "c'est inhumain; c'est nous traiter comme des chiens".Tous les bûcherons rencontrés étaient sur l'article 38.Un travailleur s'était enfoncé un crochet dans le bras la semaine précédente, mais ne l'avait pas déclaré.Il préférait travailler.Un autre, à la barbe grise, parlant tout bas, m'expliquait qu'il préférait s'arrêter souvent pour ménager sa santé.Il faisait ce métier depuis vingt ans."Ça coûte de plus en plus cher pour travailler".Il paraissait approcher de la cinquantaine.Je lui ai demandé son âge: 36 ans.■ Catherine Daousl est hygiéniste du travail au Département de santé communautaire de Ri-mouski Elle est aussi membre du Collectif forèt-intervention et le présent article est largement inspiré d'un texte qu'elle a publié en octobre '86 dans le Rejet de souche, bulletin du Collectif (1 ) Dans l'Est du Québec, d'après les données de 1987.44,5% des entreprises du secteur "Forêt et scieries" employaient cinq travailleurs ou moins Sur un total de 119 établissements dans ce secteur, seulement 26 d'entre-eux avaient une ressource ou une structure pouvant s'impliquer en santé et sécurité au travail (2) Se batcher vivre sous la tente ou dans une cabane, se taire â manger dans le bois, avec les moyens du bord 16/VIE OUVRIERE/AOUT 1989 a LA MULTIPLICATION DES EMPLOIS par Johanne LÉVEILLÉE Les jeunes travaillent c'est vrai.Mais leurs conditions de vie se détériorent d'année en année.Parce que leur travail est précaire, ils font partie de ceux qui au Québec s'appauvrissent de plus en plus.Pour les jeunes travailleurs, la précarité de l'emploi c'est d'abord l'instabilité du travail: plus de la moitié des jeunes rejoints par l'enquête de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC)(1> ont occupé un minimum de trois emplois différents au cours des quatre dernières années.Victimes de mise-à-pied, de fin de contrat, ou de fin de projet gouvernemental, ils quittent souvent d'eux-mêmes: le salaire horaire trop bas, la pression qu'ils subissent au travail et le nombre d'heures insuffisant encouragent leur départ.Claude a 23 ans, travaille depuis six ans et a occupé plus de cinq emplois différents: principalement des emplois de journalier tantôt en usine, tantôt en atelier, ou encore en aménagement paysager.Finalement sa seule stabilité économique, c'est l'assurance-chômage.Andrée, elle, travaille en secrétariat, malgré une formation en communication.En une année seulement, Andrée a connu trois milieux de travail différents.Placée par une agence privée, elle ne sait jamais quand se terminent ses contrats.Elle peut faire deux mois ici, trois mois là, ou encore passer de remplacement en remplacement à l'intérieur d'une même milieu.Isabelle travaille dans un fast-food depuis deux ans et c'est pour elle un record de longévité.Car malgré ses deux ans d'ancienneté, Isabelle ne gagne que $5,75 l'heure et n'a pas droit aux pourboires.Comme les autres employées, elle est affectée à plusieurs tâches: caissière, serveuse, plongeuse, aide-cuisinière.Elles sont cinq à servir quotidiennement au-delà de 1000 clients.C'est un travail "rushant" où les employées sont souvent sur les "nerfs".Depuis deux ans qu'Isabelle y travaille, 27 filles ont quitté.L'enquête est aussi venue confirmer que beaucoup de jeunes travaillent à temps partiel (c'est le tiers des jeunes rejoints) et que la majorité comblent leur revenu avec un autre travail ou de l'assurance-chômage.Nathalie travaille comme commis dans un supermarché.Elle occupe un poste à temps partiel: 17 heures par semaine.Pour boucler son budget, elle travaille également à temps partiel dans le casse-croûte d'un aréna.Elle est aussi travailleuse en garderie sur appel.On pourrait facilement croire que Nathalie font un retour chez leurs parents ou acceptent malgré eux d'y rester plus longtemps que prévu.Une autre conséquence, c'est l'endettement des jeunes (60% des jeunes rejoints).Pas d'argent pours'acheteruneauto, une maison, des antibiotiques ou pour se payer un manteau d'hiver.Des loisirs?Des vacances?Comment s'organiser quand il faut être disponible du lundi au dimanche?Où sont les deux semaines de vacances, (pourtant prévues dans la Loi sur les Normes minimales de travail), quand on connaît plusieurs emplois différents par année?aime travailler et qu'elle "se tape" des semaines de 60 heures.Mais non, elle fait rarement plus de 40 heures/semaine, sauf que son horaire de travail est réparti sur sept jours.En disponibilité du lundi matin 7 heures pour la garderie, au dimanche minuit pour Caréna Les conséquences de la précarité du travail affectent gravement l'existence quotidienne.Caissière dans une banque, Manon travaille cinq jours par semaine, mais ne fait que 4 heures par jours.Son salaire horaire est moyen mais son revenu mensuel ne lui permet pas de se payer un logement.Par contrainte financière, comme 70% des jeunes rejoints par l'enquête, elle partage un logement.Manon vit dans un 51/2 avec trois autres personnes.Manon a perdu toute l'intimité dont elle a besoin: elle n'a pas de chez-soi finalement D'autres jeunes travailleurs Se syndiquer?Comment faire quand il passe 27 employés en deux ans dans un même milieu de travail?Quand on est dans deux ou trois milieux de travail différents?Quand le syndicat lui-même, dans certains cas, accepte qu'il faille travailler de façon temporaire pendant cinq ans avant d'obtenir la permanence La conséquence la plus grave de la précarité d'emploi, c'est qu'elle enlève aux jeunes travailleurs toute possibilité de planifier à long terme Ils n'ont plus la possibilité de choisir l'endroit et avec qui ils veulent vivre, ni de choisir le genre de travail qu'ils veulent faire Ils perdent petit à petit l'emprise sur leur vie ■ Johannt Lévellléa est membre de I équipe nationale de la Jeunesse ouvrière chrétienne 1 ) l enquête de la JOC a porté sur près de 1000 ieu-nes travailleurs du Québec, âgés entre 18 et 30 ans VIE OUVRIÈRE/AOÛT 1989/17 a COMPETITION A L'USINE par Jean ROBITAILLE Compétition.Ce mot revient souvent dans les propos de Lorraine Vaillancourt.Vice-présidente de la FTQ et employée de l'Union internationale des ouvrières du vêtement pour dame, elle connaît bien le milieu des "shops de guenilles".Péjorative, cette expression réfère non pas à la qualité des vêtements produits (qui est d'ailleurs habituellement très bonne) mais bien plutôt aux difficiles conditions de travail des ouvrières.D'abord, il taut savoir qu'il existe trois types d'employées: les syndiquées (7000), les non-syndiquées (50 000) et les travailleuses au noir (20 000) |1).Toutes, elles vivent la précarité d'un emploi saisonnier qui garantit chaque année un minimum de deux mois de chômage Si les salaires sont généralement bons (surtout dans le cas des syndiquées), le défi de budgéter son revenu annuel crée passablement d'embarras Ces travailleuses n'hésiteront donc pas à faire de longues heures, ne sachant pas quand la production cessera Payées au rendement en plus du salaire horaire, et à coup de bonis, elles se font entre elles une compétition féroce Il s'agit d'atteindre et surtout de dépasser le quota de production fixé habituellement selon la moyenne des travailleuses les plus productives, surnommées les "Speedy Gonzalez" Il n'est donc pas rare de voir ces femmes quitter l'usine le soir avec sous le bras un sac bien rempli de matériel à produire à la maison afin d'atteindre le quota Ainsi, par exemple, bien des femmes travaillent plus de 40 heures par semaine, bien qu'elles ne soient payées que pour 30 La concurrence et la pression qui s'installent entre les travailleuses qui espèrent s'en sortir en étant plus productives rend la syndicalisation bien difficile #!fc.■ ■ Le travail à domicile, au noir, vécu en "cachette" dans la crainte d'être dénoncée, la concurrence internationale due à l'exploitation des pays du tiers-monde, le roulement très grand dans le personnel non-syndiqué où il n'y a pas de sécurité d'emploi, toutes ces conditions réunies créent une pression réelle et significative (à la baisse) sur les conditions de travail des ouvrières du vêtement pour dames SANTÉ-SÉCURITÉ EN PÉRIL Comme pour tous les emplois où le rendement détermine le salaire, les conditions de santé-sécurité sont en péril.Les caractéristiques propres au travail de ces ouvrières, c'est-à-dire le geste répétitif, la cadence, les vibrations et la position du corps, engendrent fréquemment des problèmes de bursite et de tendinite Ironiquement, cependant, les conditions de travail ont été améliorées au cours des dernières années, grâce à l'introduction de nouvelles technologies.Plus que les revendications des travailleuses, ces nouvelles machines qui ont besoin d'un certain espace vital, d'air climatisé, etc.ont obligé les propriétaires de ces industries à prendre bien soin de l'équipement, ce qui, dans ce cas précis, aura fait l'affaire des travailleuses ■ (1) Ces chiffres indiquent approximativement le nombre de personnes actuellement employées dans ces trois secteurs Approximativement, parce qu'il est ditticiie dévaluer avec exactitude l'ampleur du travail au noir mais aussi parce que le marché de l'emploi change rapidement A preuve, il ne reste plus que 7 000 employées syndiquées alors qu'elles étaient pourtant plus de 22 000 avant la crise économique du début des années '80 18/VIE OUVRIERE/AOUT 1989 a Travailleuses domestiques DES SOUVENIRS DE VACANCES par Jean ROBITAILLE Soleil, artisanat et bibelots ne sont pas toujours les seuls souvenirs que rapportent nos amis yuppies de leurs vacances dans le Sud.À l'occasion, une jeune femme les accompagne au retour.Plus de 2 000 femmes étrangères, possédant un permis de travail temporaire, oeuvrent effectivement comme domestiques au Québec.Vivant chez l'employeur qui a la responsabilité de les accueillir et de les intégrer dans la société québécoise, ces femmes devraient recevoir un salaire hebdomadaire de $171 pour 53 heures de travail.Toutefois, "les employeurs exigent souvent 78 heures sans vouloir payer des heures supplémentaires.Ils ne veulent pas payer la paye de vacance, ni les frais de taxi, ni accorder les jours fériés.On a même vu des employeurs menacer de renvoyer leur domestique dans leur pays si elle jasait au téléphone avec une amie."(1) Pour toutes les travailleuses domestiques qui habitent chez l'employeur, les conditions de vie en général sont bien difficiles à distinguer des conditions de travail.De vie privée, il n'y en a pas.ou si peu.Souvent elles vivent dans la chambre du bébé ou dans cette pièce au sou-sol, qu'il faut traverser pour aller chercher les bicyclettes dans le garage À 3 heures du matin, quand les maîtres de la maison reviennent de leur soirée, ils sonnent la bonne pour se faire ouvrir la porte plutôt que d'utiliser leur clé.Quand on a l'habitude de se faire servir, y'a rien de trop beau! Diane Gariépy qui a été coordinatrice de l'Association du personnel domestique pendant plusieurs années, parlent abondamment de ce phénomène d'asservissement des travailleuses domestiques."Certains employeurs tentent véritablement d'inférioriser constamment leur domestique.Quoique ce soit des femmes majeures, on les traite comme de mineures.On les maintient dans la crainte, dans la peur, elles sont seules au travail et trop souvent victimes de harcèlement sexuel.Elles sont mal payées parce qu'on dit que leur job n'est pas spécialisée.Pourtant, une bonne partie de leur tâche c'est tout de même le soin des enfants." Ces femmes venues du Sud-est asiatique, des Caraïbes et d'Amérique centrale dorlottent avec amour nos bébés C'est néanmoins avec une certaine tristesse qu'elles le font en se rappelant leur famille brisée, leurs propres enfants abandonnés à qui elles envoient les maigres ressources durement gagnées ici.QUINZE EMPLOYEURS À LA FOIS Les travailleuses domestiques ce sont aussi les femmes de ménage qui viennent chez vous à toutes les semaines, aux quinze jours ou au besoin.Dans ce cas, les ententes, les contrats sont oraux Une femme pourra avoir jusqu'à quinze employeurs différents, mais aucun qui ne se donnera la peine de s'enregistrer comme tel.Ces travailleuses ne seront donc ïamais couverte par les programmes d'assurance-chômage, de la CSST.de la Régie des rentes ni par les Normes minimales de travail.D'ailleurs, les groupes de pression sur le sujet attendent beaucoup de la prochaine réforme de la loi sur les Normes minimale de travail On voudrait en eflet que toutes les travailleuses domestiques soient couvertes par la loi alors qu'aujourd'hui en sont exclues toutes celles qui assument aussi la garde d'enfants ou les soins personnels.LES DOMESTIQUES NE SONT PAS DISPARUES La disparition de l'aristocratie n'a pas signifié la fin des domestiques Bien au contraire, en plus de la bourgeoisie traditionnelle, la classe moyenne requiert maintenant de plus en plus leurs services.Pour diverses raisons, parce que les services en garderie sont insuffisants, parce que les politiques de maintien à domicile sont inadéquates, parce que les deux membres du couple travaillent et que les gars n'ont pas encore assumé le partage des tâches domestiques on a recours à ces femmes qui malgré des conditions précaires maintiennent Tordre dans la maison ■ (1) Citation tirée d'une chronique de Francme Pelletier parue dans La Presse, le 17 |um 1989 Ces propos sont de Mme L ulu Uy qui s'occupe d'une agence de placement pour ces travailleuses VIE OUVRIÈRE/AOÛT 1989/19 a Le monde du travail - impressions générales AUTANT DE PERDANT-E-S QU'À LA LOTO par Jacques ST-AMANT À propos du marché du travail, tout le monde s'entend au moins sur une chose: ce n'est plus ce que c'était.On n'entre plus aujourd'hui chez United Aircraft ou chez Dupuis Frères pour y passer les trente prochaines années de sa vie.La sécurité que cela pouvait apporter est aujourd'hui bien difficile à retrouver.Même dans le secteur public, qu'on dit le plus stable, l'État coupe, licencie, s'allège.On parle maintenant d'emplois à temps partiel, à temps partagé, de contrats à durée déterminée.On évoque de plus en plus la «précarité».Les gens changent régulièrement d'emplois.Parfois c'est par choix, bien sûr: il en reste qui peuvent améliorer leur situation.Mais le plus souvent, le contrat se termine; ou bien on est congédié au moment où on ne s'y attendait plus - ou pas encore.Le phénomène se produit un peu partout en Occident.Un peu partout, le marché du travail évolue rapidement.La situation québécoise n'est pas unique, au contraire.Ici comme ailleurs, un certain nombre de causes reliées à l'état de l'économie mondiale produit des effets similaires.LA CONCURRENCE Les grandes puissances économiques -États-Unis, Europe, Japon - et leurs satellites mènent une lutte acharnée pour conquérir les marchés internationaux.Il faut produire toujours plus, augmenter les revenus pour faire face aux dettes gigantesques que les grandes entreprises ont contractées.Et il faut éviter que le concurrent ne devienne trop gros: l'entreprise qui a un peu moins de succès risque alors d'être avalée, achetée, démembrée ' Les entreprises tentent de faire face à cette concurrence en diminuant leurs coûts, plutôt qu'en se consacrant à l'amélioration de la qualité de leurs produits.Le résultat est tout simple: elles tentent de diminuer les salaires, elles n'améliorent pas les conditions de travail, elles laissent les milieux de travail se détériorer.Le jour où le personnel pro- teste trop, ou lorsque les équipements deviennent trop vieux, on ferme ou on se réinstalle là où cela convient mieux.La main-d'oeuvre haïtienne, par exemple, est beaucoup moins coûteuse que celle du Québec: on peut produire à bas prix et vendre le même vêtement pour la moitié du prix.ciers.Dans bien des cas, les entreprises sont trop petites pour que les employés puissent s'organiser: dans un restaurant qui compte cinq ou six salarié-e-s, on ne parvient pas à se syndiquer et le rapport à l'employeur est trop personnel pour qu'on puisse discuter un peu «objectivement».CONTOURNER LES SYNDICATS LE MONDE DES SERVICES La sous-traitance produit également un résultat similaire: la grande entreprise peut diviser le travail entre plusieurs é-quipes qui n'ont pas de relations entre elles et trouver constamment le fournisseur qui lui offre les meilleurs prix.Il devient impossible de s'organiser, de se regrouper face à un employeur insaisissable.Cela remet évidemment en cause toute la logique de l'organisation syndicale, qui s'est surtout développée depuis un demi-siècle autour de la stabilité de la relation entre un employeur - gros de préférence - et un groupe de salariés.Là où le syndicalisme survit, il risque maintenant d'être perçu comme le représentant des "assez-bien-nantis" par tous ceux qui ne rêvent même plus à la sécurité, à une convention collective, à l'ancienneté.Car il est aussi plus avantageux pour les entreprises de garder le personnel moins longtemps: la masse salariale des nouveaux employés est évidemment plus basse que celle d'un personnel qui compte une longue ancienneté.D'autre part, le risque constant de congédiement augmente les rendements - et la délation: en travaillant davantage que le voisin, on augmente ses chances de travailler plus longtemps.De toute manière, l'entreprise en bénéficie.La concurrence ne joue donc pas qu'au plan mondial: dans l'usine, le restaurant, le bureau, elle est aussi de plus en plus présente.D'autres phénomènes aggravent cette précarité.Plus de 70% des emplois se situent maintenant dans le secteur tertiaire, celui des services: il s'agit par exemple des commerces, de la restauration, des bureaux, des services finan- Le secteur tertiaire pose un autre défi, culturel celui-là.On ne s'étonne pas d'une grève ou de protestations dans les pâtes et papier ou dans le textile.Mais qui a entendu parler de secrétaires en grève chez IBM, de technologues en génie dénonçant leur employeur chez Bombardier, par exemple?Ne pensons même pas à des protestations chez McDonald's.Les milieux d'emploi en croissance sont en bonne part ceux où il n'y a pas de tradition ou de possibilité de regroupement des employé-e-s.Cela ne veut pas dire pour autant que leurs conditions de travail soient meilleures.L'AUTOMATISATION L'automatisation croissante contribue aussi à la précarité de l'emploi.Combien de caissiers peut-on remplacer par un guichet automatique?Déjà, Desjardins a tenté à Montréal l'expérience d'une Caisse presque entièrement informatisée.On n'a alors plus besoin que d'un personnel très spécialisé en quasi-permanence et de quelques personnes moins spécialisées pour faire face aux moments de très grand achalandage.C'est le règne de l'emploi à temps partiel et de l'emploi déqualifié.Si on ne se résigne pas à papillonner constamment d'un court emploi sans intérêt à un autre, il faut alors se surspécialiser et entrer en concurrence pour les quelques emplois plus valorisants, plus payants, plus stables.Mais, dans bien des domaines, l'offre de main-d'oeuvre est largement supérieure aux besoins: les employeurs peuvent dicter leurs con- 20A/IE OUVRIÈRE/AOÛT 1989 ditions, embaucher pour de courtes périodes, être mesquins sur les salaires.On se retrouve donc avec plusieurs types de précarité.Certains peuvent s'orienter pratiquement vers le travail à la pige: c'est le cas de plusieurs jeunes professionnels.Au moins, le travail est habituellement intéressant.D'autres, qui travaillent par exemple pour une grande entreprise comme Pratt & Whitney ou Marine Industrie, vivent au rythme des contrats que décroche leur employeur habituel.Et ils tentent tant bien que mal de combler les temps morts, de se qualifier aussi pour les emplois découlant du prochain contrat qu'aura l'usine si, peut-être.Et il y a tous ceux qui ne sont pas encore très qualifiés - ou qui ne le sont plus: les jeunes, les personnes un peu plus âgées qui ont perdu l'emploi qu'elles croyaient assuré à vie.Quand on y ajoute les chômeurs -ceux que compilent les statistiques comme tous les autres, qui se sont découragés - et les prestataires d'aide sociale qu'on veut rendre de plus en plus «employables», on ne s'étonne pas qu'il y ait un malaise.Il faut d'ailleurs prendre garde aux statistiques: tellement de personnes renoncent à chercher un emploi qu'elles disparaissent des chiffres officiels.Elles n'ont pas plus d'emploi pour autant.Cette précarité atteint tout le monde: les jeunes en sont les victimes les plus visibles, mais les travailleurs un peu plus âgés qui ont le malheur de perdre leur emploi se retrouvent aussi dans cette zone d'insécurité où on a juste assez à dépenser pour survivre sans se révolter.Une concurrence parfois féroce s'installe entre les précaires, au lieu du regroupement.Quand un organisme communautaire - et on sait qu'ils n'offrent habituellement pas des conditions de travail très attirantes - reçoit des centaines d'offres d'emploi, comme cela est arrivé récemment, c'est qu'il y a un sérieux problème La logique dominante tient en une phrase: le marché du travail doit s'adap-teraux besoins de l'économie.Cela n'est d'ailleurs pas nouveau, ni lié par exemple au libre-échange.Dès 1981.des documents de réflexion publiés par le Gouvernement du Canada - à l'époque bien libéral - évoquaient des notions comme la mobilité de la main-d'oeuvre d'un océan à l'autre, la rareté des emplois, la formation des travailleurs.121 On y faisait également une foule de recommandations qui, pour le meilleur et pour le pire, ont sombré dans l'oubli.En fait, on a vu la crise venir.Et on n'a pas fait grand-chose.Le résultat en est qu'une part croissante de la population vit surtout d'espoir et d'eau polluée.Et que pour un miracle économique qui permet à quelqu'un de s'en sortir, il y a de nombreux cas d'itiné-rance, pas mal de débrouille, un peu de délinquance et une petite coopérative sympathique qui, ne sachant pas faire face à la concurrence, ferme ses portes.Après cela, et avec l'insécurité aigùe qu'engendre la précarité constante, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait peu d'enfants.Quand se transforme aussi fondamentalement l'organisation du travail, toute la société suit.On se trouve de plus en plus près du grand rêve libéral, néolibéral et néo-conservateur (l'étiquette n'est pas vraiment importante): chaque individu devient un joueur autonome sur le marché, un entrepreneur qui prend seul ses risques et profite seul de ses réussites.Il écope aussi à peu près seul de ses échecs.Chacun est en principe égal et peut être aussi chanceux, du consultant bardé de diplômes qui travaille grâce à son micro-ordinateur dans son studio à la personne immigrante en attente de statut qui se cherche un premier emploi au Québec.La précarité, c'est comme la loterie: avant le tirage, tous et toutes ont autant de chances de gagner; après, on compte surtout des perdant-e-s.B ( 1 ) Sur ces questions, on pourra lire le dossier que publiera Vie ouvrière sur la situation économique au Canada et dans le monde au cours de l'automne prochain (2) Sommes-nous prêts à changer?Le Marche du travail canadien dans les années '80 Gouvernement du Canada.Mm de l'emploi et de l'immigration, juillet 1981, 46 p L'évolution du marché du travail canadien Un rapport du Groupe d'étude de révolution du marché du travail préparé pour le ministre Emploi et immigration Canada, |uillet 1981 267 p RENGAGEZ-VOUS, QU'ILS DISAIENT par Jacques ST-AMANT - Le taux de chômage officiel est actuellement d'environ 9,3 % au Québec; on compte plus de 320 000 prestataires d'assurance-chômage dans la province.- 340 000 ménages reçoivent de l'aide sociale.Au total, c'est donc au moins 660 000 personnes qui n'ont pas d'emploi, soit 20% de la population active"1.Dans la majorité des cas, ces personnes sont aptes à travailler.- Le nombre de demandes de prestation à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) s'élève à plus de 300 000 par année depuis longtemps On parle aussi de plus de 300 000 accidents de travail et d'environ 150 décès par année, de milliers de cas de surdité professionnelle.- Une foule de problèmes de santé au travail sont difficilement quantifiables: les problèmes de stress, les accidents dont il n'y a pas de trace chiffrée, les cas d'exposition à des substances toxiques - Les 125 000 travailleurs au salaire minimum, par exemple, font environ 10,000$ bruts par année, s'ils travaillent à temps plein au sens de la Loi sur les normes du travail1"1, soit 44 heures par semaine, à 4,75$ l'heure.- Environ un million de Canadiens - et surtout de Canadiennes - sont victimes de harcèlement sexuel au trav.i - Personne ne parvient à compiler efficacement les cas de discrimination et de violation des droits de la personne qui se produisent en milieu de travail.Engagez-vous, rengagez-vous, qu'ils disaient4' Le travail, c'est la santé.■ (1) Ces statistiques-décrivent la situation en janvier 1989 et sont extraites de la publication Le marché du travail.Québec Les publications du Québec, vol 10, no 5.mai 1989 (2) (L R Q .c N-1 1) | la LNT pour les intimes) (3) Lessard.Denis 1.5 million de Canadiens harcelés sexuellement La Presse.6 avril 1983.p A 15 (4) «t Goscmny el Uderco, on a des lettres, a V 0 VIE OUVRIÈRE/AOÛT 1989/21 19 Q REINVENTER LA VIE par Jean ROBITAILLE La précarité n'affecte pas seulement les conditions de travail d'une personne, elle envahit toute les dimensions de la vie.Sans sécurité financière, les projets d'avenir dépassent bien rarement à fin de la semaine.Marc Lesage, auteur d'un essai sur cette question intitulé "Les vagabonds du rêve"y] a étudié l'impact de la précarité au niveau de la culture, du mode de vie et des valeurs des gens.Hors des sentiers connus, les "précaires" doivent réinventer la vie.Deux figures s'imposent alors.Le précaire triste, celui qui, en perdant un travail stable, perd aussi son principal, sinon unique lien de valorisation sociale.Dévalorisé, se croyant personnellement coupable de la situation qui l'afflige, il s'isole Dans la précarité, il craque.La deuxième figure constatée par Marc Lesage réfère plutôt au précaire heureux Celui qui.animé d'une conscience alternative ou scandaleuse, s'inscrit en rupture des normes sociales établies du fait de ses conditions objectives d'existence À ce mode de vie précaire se coniuguent alors de nouveaux pôles de références et un nouveau système de valeurs.Il profite de la situation pour se réaliser en marge de la société de consommation.La création devient bien souvent un moyen d'expression et de valorisation important pour lui.Sa conscience sociale l'amène à réagir à la misère qui se développe pourtant dans un monde d'opulence.Porteuse d'une sensibilité écologique et d'un sens inné de la démocratie, elle se manifeste aussi dans le désir d'entreprendre, de créer, de réaliser un travail socialement utile.Elle fait appel à une nouvelle éthique de Tentrepreneur-ship".Est-ce possible dans notre société "d'entreprendre" sans être capitaliste?En fait, il s'agit de déterminer si, au-delà des problèmes matériels bien réels posés par la précarité, une nouvelle culture plus communautaire, plus proche de l'essentiel de la vie, moins productiviste, n'est pas en train de se développer?La précarité.civilisée?C'est une des hypothèses soulevées par Marc Lesage."Il y a ce refus catégorique du travail abrutissant et aliénant, il y a aussi une grande adhésion au travail de communication, de relations sociales, de création artistique ou intellectuelle.Lorsqu'on exécute ce genre de travail, même très marginalement, on sent qu'on se réalise, qu'on fait vraiment quelque chose.Le travail apprécié, valorisé, est le travail créateur.Les moyens pour y arriver sont multiples; les projets, diversifiés et personnalisés.On préfère prendre ce qui passe, si cela est intéressant, même si ce n'est pas pour longtemps et peu rémunérateur comparativement à un boulot plus ennuyant.Vagabond du rêve, on est instable mais disponible.L'usine est un bagne et l'écran cathodique, un barbelé.Plutôt que de s'y enfermer, la fuite sous toutes ses formes et permissivités devient une planche de salut.S'il y a fuite du travail "plate et dégueulasse", il y a aussi fuite des conditions matérielles nécessaires pour s'y obliger.Les unions amoureuses sont libres et on n'a pas d'enfants, non parce qu'on ne le souhaiterait pas, mais parce qu'on se refuse à demeurer coincé dans le cercle infernal du métro-boulot-dodo, toute sa vie." La précarité confronte alors aussi les rapports amoureux.Normand Comte, membre de l'équipe nationale de la JOC, le constate aussi dans son réseau."On se demande s'il est possible d'aimersans possibilité de projeter dans le temps?" Cette situation permet, certes, l'expérimentation plus fréquente de l'amour-passion mais laisse bien peu de place au développement de quelque projet.En fait, selon Normand Comte, on reconnaît actuellement deux modèles dominants: la précarité des relations affectives et, à l'inverse, des gens qui concentrent tout sur le couple, qui tentent de s'en sortir en s'organisant à deux mais, bien souvent, en s'isolant et, finalement, en mettant une pression énorme sur la réussite de cette vie de couple.■ (1) Lesage.Marc Les vagabonds du rêve.Vers une société de marginaux, publié chez Boréal en 1986 22/VIE OUVRIÈRE/AOÛT 1989 CHRONIQUE INSOLENTE L'art d'attirer les mouches avec du vinaigre par Nicole BRAIS La fin de l'été se prête bien aux dernières balades de flâneurs.Il peut même être agréablede jouer les touristes en vacances dans sa propre ville.Quand je me sens dans de pareilles conditions, je vais me promener dans l'ouest de la ville.Si vous cherchez le dépaysement.faites-en autant! Ainsi peut-être découvnrez-vous que Montréal se met à l'heure des grandes villes nord-américaines: une couple de cages à poules (lire condos) ultra-chères, ultra-chics et de boutiques assorties en plein centre-ville.de quoi attirer quelques oiseaux rares en mal de gaz carbonique En fait de prestige, ça ne remplacera jamais une agence spatiale, mais ne tournons pas le fer dans la plaie Vous pousserez peut-être la hardiesse jusqu'à lécher quelques vitrines de boutiques italiennes en risquant un coup d'oeil furtif du côté de l'étiquette (toujours à l'envers).Vous en serez quitte pour un soupir de dépit.Vous pouvez toujours vous réconforter en vous payant une glace italienne, histoire de consommer aux Cours Mont-Royal: tant qu'à lécher,mieuxvautuneglacequ'unevitnne Et de toute manière, consolez-vous, les dames qui y magasinent vraiment ne sont qu'une bande d'irresponsables et de névrosées Vous pourriez me taxer d'être envieuse ou pire, d'avoir des préjugés, si je n'avais pas tiré cette conclusion directement de la publicité même des Cours Mont-Royal Vous imaginez-vous un directeur d'entreprise dans le pire de la crise, quand la faillite menace sa boîte, courir magasiner des sous-vêtements?Ou plus près de nous, une assistée sociale dont le chèque a été coupé (vous savez pourquoi), courir chez Woolco acheter un nouveau frigidaire?Eh bien les cours Mont-Royal n'en attendent pas moins de leurs clientes Elles ont encore une tète ("les Cours Mont-Royal, venez-y perdre la tête"), qu'elles perdent effectivement facilement ("Quand j'ai appris que lesaffaires allaient mal.ça m a tout énervée") Elles suivent la bourse ("tout le monde attend un nouveau Krach ") et la délie rapidement ( "quoi de plus excitant quand on ne fait plus assez d'argent que d'aller en "défaire" un peu.") Et enfin, elles ont un mal à l'âme (ce n'est pas dit qu'elles en ont une) qu'elles soignent soit chez l'analyste ( "oubliez votre analyste") ou encore mieux aux Cours Mont-Royal ("l'effet thérapeutique est assuré") Je vous encourage encore fortement à visiter le centre-ville, mais évitez les basses cours, de peur qu'on ne vous confonde avec une de ces riches écervelées Et surtout, ne tombez pas dans le panneau des publicités frauduleuses l'argent ne fait pas le bonheur.tout le monde le sait! Note: Le Conseil de la statut de la Femme a décerné son prix Déméritas aux Cours Mont-Royal pour leur publicité sexiste LE MONDE VUFE/08AS J{ fflot*/€ 006 UES MAIS, CA voôf ^ cA vfc/r P'tfé 'ço€ 5t
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