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Titre :
Vie ouvrière.
Vie ouvrière est une revue catholique mensuelle d'animation sociale engagée pour la cause ouvrière qui a été publiée à Montréal de 1979 à 1990. [...]
La revue mensuelle Vie ouvrière est publiée à Montréal de 1979 à 1990. Elle fait suite à Dossiers « Vie ouvrière » (1974-1978), revue catholique d'animation sociale engagée dans le monde ouvrier, élargissant ses préoccupations aux laissés pour compte des luttes syndicales : travailleurs non syndiqués, pauvres, chômeurs, assistés sociaux et marginaux. Vie ouvrière montre aussi une sensibilité à l'égard d'un large éventail de problématiques sociales plus larges. La montée du féminisme a des répercussions sur les orientations de la revue. La question autochtone fait aussi l'objet d'une certaine attention; le dossier d'avril 1979 y est consacré. Vie ouvrière fait une place plus grande aux militants chrétiens impliqués dans le missionnariat et la coopération internationale, et on y trouve de nombreux dossiers et articles à saveur altermondialiste sur la solidarité internationale. La première livraison de 1981 marque une rupture dans la facture visuelle de Vie ouvrière. La page couverture monochrome habituelle fait place à une page illustrée et colorée et des photographies et des illustrations parsèment maintenant les textes, donnant une allure de magazine à la revue. Celle-ci procède toutefois toujours par enquêtes, reportages et articles de fond. Vie ouvrière fait partie d'une longue série de publications incluant aussi le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990) et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004). La publication de Vie ouvrière résulte d'une collaboration entre le Centre de pastorale en milieu ouvrier, la Jeunesse ouvrière catholique et le Mouvement des travailleurs chrétiens. VALLIÈRES, Pierre, « Le magazine de Vie ouvrière - 40e anniversaire. Troisième partie : les années 70 - L'utopie et l'institution », VO, no 232, septembre-octobre 1991, p. 12-14.
Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1979-1990
Contenu spécifique :
novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Dossiers "Vie ouvrière",
  • Successeur :
  • VO
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Vie ouvrière., 1988, Collections de BAnQ.

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o «S oc 00 - est -> C z LES GROUPES POPULAIRES FACE À CENTRAIDE: COMPROMISSION OU MATURITÉ?ENTREVUE AVEC RENÉE B.DANDURAND: CRISE DU MARIAGE ET AUTONOMIE FINANCIÈRE Ne manquez pas en décembre ' www ■ '.v ■ *.v ■wm'!»»)mvmw»m*vw>&^)mtmmmm Un dossier sur les 20 ans des cégeps Une entrevue avec les frères Boff sur l'avenir de la théologie de la libération Des actions au coeur de la VIE Au Centre St-Pierre, une équipe multidisciplinaire accompagne et soutient les groupes et les individus par des services et des ateliers de formation adaptés à leurs besoins.Vous vou/ez p/us d'/n format/on?Contactez-nous.gfe,-:J:!:;,#:^ i i 1212, ruePanet Montréal H2L 2Y7 (514) 524-3561 Entrevue 6 Assurer les risques sociaux du mariage et de la famille Chercheure à l'Institut québécois de recherche sur la culture, Renée B.-Dandurand s'est intéressée aux femmes cheffes de famille monoparentale.Le choc des idées 10 Les prisons: construire ou démolir?par Jean-Claude Bernheim «La prison n'est pas LA solution préventive ou curative».Les mesures alternatives devraient être davantage utilisées, principalement pour les infractions commises sans violence.Vos lettres 4 En bref 12 Le Québec en couleur par Pierre Viau 13 Le tour du Québec par Jean Forest 22 Chronique insolente par Nicole Brais 23 Bande dessinée par Vivian Labrie 22 À l'oeil par Henri Lamoureux 38 DOSSIER: 14 CENTRAIDE ET LES GROUPES POPULAIRES.COMPROMISSION OU MATURITÉ?par Jean Robitaille, en collaboration avec Ginette Boyer et Jacques St-Amant Levée de fonds annuelle de Centraide et évaluation des organismes subventionnés vont de pair.À Montréal, comme ailleurs, le travail des groupes communautaires dépend un peu — ou beaucoup — des résultats de ces deux opérations.Après l'époque des conflits ouverts avec Centraide, on semble assister à des réajustements.Les réactions des groupes aux irritants demeurent fermes, mais les discussions ont pour l'instant pris la place des manifs.En mouvements Nouvelles générations autochtones — les luttes quittent les salons d'Ottawa 24 par Richard St-Pierre Hors des salons feutrés d'Ottawa, les jeunes Autochtones portent le combat sur les territoires ancestraux et les rues des grandes villes.Les valises toujours prêtes 26 par Josée Gauthier Du rêve à la réalité du retour au Chili, il y a beaucoup plus qu'un pas Vivre en 1988 D'amour et d'eau franche 28 par Monique Tremblay Les jeunes qui vivent en couple ont à faire face à des clichés vieux comme le monde Sur la planète La conjoncture justifierait le recours à la violence armée 30 par Gilles Dugal Renaud Bernardin, en entrevue, analyse de façon serrée la situation actuelle d'Haïti Dans la lutte de libération il opte pour la voie démocratique II indique les pas à faire et les conditions de succès Courant d'Eglises Une première femme évêque dans la communion anglicane 32 par Jean Robitaille et Gilles Dugal L'élection d'une femme à la dignité épisi anglicane .'RIFRi/NUvFMHK! 1Q88'3 Ejannua Accessible et optimiste La revue Vie Ouvrière me plait beaucoup; je la trouve accessible et elle me permet d'apprendre et de comprendre bien des choses sur l'actualité — j'ai particulièrement apprécié l'article 'Plaidoyer pour les réfugiés» paru dans la revue de novembre J'aime aussi le ton 'd'ouverture» et d'optimisme face à des réalités parfois, et même souvent, dures, appuyé par des ressources concrètes existantes pour le développement de l'humanité.Catherine Benoist Montréal Développer un esprit critique J'apprécie beaucoup la revue Vie Ouvrière.Elle est excellente pour nous mettre au courant de situations d'injustice ou de difficultés de relations L'information donnée sur ce qui se vit ailleurs est aussi très valable pour prouver qu 'ensemble on peut améliorer certaines situations L'analyse sociale que vous faites m aide à développer un esprit plus critique sur l'interaction des groupes dans la société.Sr.Fernande Vermette, m.o.Hull Un oeil sur le milieu populaire Très bon travail Lâchez pas Je travaille en milieu syndical, j'aime voir ce qui se passe dans les groupes populaires et chez le peuple non organisé.Yves Laneuville Longueuil Un ami de Vie Ouvrière Jean-Marc Lebeau qui travaillait à titre de secrétaire aux questions sociales de la Conférence religieuse canadienne — section Québec, est décédé d'une crise cardiaque en août dernier.Ami et précieux collaborateur depuis longtemps à Vie Ouvrière, nous désirons lui rendre hommage.Voici donc un extrait d'une intervention faite par Roger Poirier lors de ses funérailles.«Dans un premier temps, j'ai pensé que nous pourrions nous souvenir de l'itinéraire humain et spirituel de Jean-Marc.Les deux Paraboles tirées de Mathieu nous serviront de référence pour saisir ce que nous pourrions appeler sa spiritualité.Si nous avions demandé à Jean-Marc quelles paraboles il aurait aimé entendre aujourd'hui, il aurait pu choisir celles que nous avons entendues: l'intendant fidèle et le jugement dernier.Sa fidélité à vivre au quotidien son amour de Dieu et du prochain s'est d'abord exprimée auprès de sa famille et de sa région de St-Jérôme, où il a commencé son action militante.C'est à la JOC qu'il a fait l'apprentissage du voir — juger — agir.Son analyse sociale lui a permis de saisir ce qui se passait et ce qui se vivait dans la classe ouvrière.Puis il a ensuite compris que cette classe ouvrière devait, comme mouvement social, se solidariser avec ses propres organisations, qu'elles soient sociales, économiques ou politiques.Jean-Marc a donc milité à la JOC, au MTC, au mouvement syndical et aux partis politiques d'options socialistes.Sa solidarité s'étendait du local jusqu'à l'international.C'est dans l'action catholique ouvrière qu'il a découvert et appris à connaître le Christ et son Église.Ses activités et tous ses engagements en ont été profondément marqués.Sa foi profonde en l'Évangile et dans la classe ouvrière lui a permis de comprendre et d'interpréter les signes des temps, de saisir le vrai sens de l'Incarnation et de l'option préférentielle pour les pauvres.Sa pédagogie, pour vivre au quotidien et vérifier la pertinence de son analyse, était celle du voir — juger — agir.Il nous relançait régulièrement avec le carnet de faits, la carte relationnelle, la formation par l'action.Jean-Marc voyait l'action de l'Esprit-Saint parce qu'il était capable de vivre l'amour fraternel au jour le jour, dans son entourage immédiat d'abord.Il expliquait la réalité sociale et le cheminement des personnes à partir de l'amour dont il était capable.Il est bon, aujourd'hui, malgré la peine que nous éprouvons, de nous rappeler ce que nous avons vécu avec lui.» Roger Poirier Revue Vie Ouvrière.1212 Panet.Montréal, Qc.H2L 2Y7.Tel: (514) 523-5998.VOLUME XXXVII numéro 213 Vie Ouvrière.Revue fondée en 1951.publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC).le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (MTC) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (CPMO) Ses prises de position éditonales n'engagent cependant pas ces organisations Les articles n'engagent que leur auteur-e Olrecteur: Gilles Dugal Conseil de direction: Raynald Labelle.Louise Lafortune.Monique Pellerin, Roger Poirier Rédactrice en chef: Josée Gauthier Rédacteur adjoint: Jean Robitaille Conception visuelle, abonnements, tenue de livres: Yolande Hébert-Azar Couverture: Sylvie Daigle Bande dessinée: Vivian Labrie Comité de rédaction: Jean-Guy Casaubon, Johanne Léveillée.Isabelle Drolet, Lorraine Guay.Claude Hardy, Raymond Levac.Nicole Brunet.Monique Tremblay Membres des sous-comités.Vivre en '88.En mouvements, Eglise, International et collaborations régulières: Luce Bédard.Nicole Brais.Laurier Caron.Jacinthe Chicome.Martine D'Amours.Josée Desrosiers, Damelle Forest, Jean Forest.Jocelyne Gamache.Claude Hardy, Jean-Guy Lacoursière.Diane Lalancette.Henri La-moureux.Fabien Leboeuf.Lucie Lépine.Jean Ménard.Pierre Viau Imprimerie: Payette et Simms Photocomposition: Tréma Inc Distribution: Diffusion Parallèle, tel (514) 525-2513 Parution: (8 numéros) Abonnement régulier: ISVan.de soutien: 20$/an.285/2 ans à l'étranger: l8$/an Commande de six abonnements et plus 12$ chacun Parution: numéro 213 au mois d'octobre Références: Les articles de la revue Vie Ouvrière soni répertoriés dans le répertoire analytique d'articles de revues (Points de repère) Dépôt légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Courrier de deuxième classe, enregistrement no 0220 4/VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988 EDITORIAL Les réfugiés d'une planète qui rapetisse Début septembre 1988 des centaines de Panaméens arrivent à Dorval pour demander le statut de réfugiés.Un an plus tôt 174 Sikhs avaient échoué sur une plage de Nouvelle-Ecosse pour y demander aussi le statut de réfugiés.Et à l'été de 1986, c'étaient 152 Sri Lankais qui avaient été repêchés au large de Terre-Neuve avant de réclamer aussi la protection du Canada.Comment le Canada a-t-il répondu à ces demandes?En 1986, par une déclaration généreuse du premier ministre Mul-roney: «Le Canada a été bâti par des immigrants et des réfugiés, et ceux qui arrivent à bord de canaux de sauvetage au large de nos rives ne seront pas déportés».En 1987, en rappelant d'urgence le Parlement fédéral pour faire adopter une loi draconienne (la loi C-84) permettant, entre autres, de repousser en haute mer les bateaux qui tentaient d'amener au Canada des passagers irréguliers qui voudraient y demander le refuge.Et cette année, en imposant aux visiteurs Panaméens l'obligation d'un visa, comme on l'avait fait auparavant pour les Turcs, les Portugais, les Chiliens, les Guatémaltèques, les Sri Lankais et tant d'autres.Vers un «ailleurs meilleur» «Le Canada envahi par les demandeurs de refuge»?Il faudrait, de toute urgence, remettre les choses en perspective! Il est vrai que le nombre de demandeurs de refuge a considérablement augmenté au Canada depuis le début des années '80, passant d'environ 3 500 par an en 1981 à plus de 30 000 en 1988 Mais ce nombre demeure relativement faible par rapport à certains autres pays occidentaux (l'Allemagne de l'Ouest, par exemple, en recevait environ 100 000 par année) et totalement insignifiant par rapport à de nombreux pays pauvres du Tiers-Monde (le Pakistan accueille environ 3 millions de réfugiés, l'Iran environ 2,5 millions, le Soudan près d'un million).Mais plus profondément, il faut regarder pourquoi le nombre de réfugiés grandit sans cesse à nos portes.Et pourquoi ce phénomène, loin d'être temporaire, va devenir de plus en plus pressant, et même explosif si nous ne savons pas y trouver des solutions acceptables Et d'abord qu'est-ce qu'un «réfugié»?Au-delà de la définition technique et restrictive de la Convention de Genève, la réalité concrète d'un réfugié ressemble beaucoup plus à la compréhension populaire qu'on s'en fait: c'est-à-dire une personne qui cherche à fuir une situation rendue très difficile ou intolérable dans son pays d'origine soit par la persécution individuelle, la répression généralisée, les conflits armés, la grande misère socio-économique, le cataclysmes naturels, etc.Pourtant, ces situations intolérables ne sont pas nouvelles.Alors pourquoi y a-t-il de plus en plus de réfugiés?Tout simplement parce que notre planète rapetisse et qu 'elle devient un grand village! Deux facteurs principaux accélèrent d'ailleurs le phénomène: l'accès de plus en plus généralisé à l'information et le développement des moyens de transport Les hommes et les femmes qui vivent des situations intolérables dans n'importe quel pays du globe savent de plus en plus que cet intolérable n'est pas une fatalité et que la situation peut être meilleure ailleurs.La situation est bien différente d'il y a quelques décennies, l'avion, le bateau, le train rendent le voyage possible vers cet «ailleurs meilleur».Et comme ces situations intolérables se situent surtout dans les pays du Tiers-Monde, et que cet ailleurs meilleur est surtout représenté, par les pays développés occidentaux, on comprend vite comment les pressions migratoires du Sud vers le Nord vont aller en grandissant.D'autant plus que la disproportion des nombres joue clairement en faveur du Sud.Des ressources et des libertés repartagées La distinction entre réfugiés et immigrants a tendance à s'estomper de plus en plus.Non parce que «les demandeurs de refuge sont des fraudeurs qui veulent abuser de la générosité canadienne» (comme le discours gouvernemental le répète trop souvent) mais parce que le temps où les pays riches comme le Canada pouvaient, à leur gré, considérer l'immigration comme un robinet qu'on ouvrait, plus ou moins grand, selon les besoins démographiques ou de main-d'oeuvre est bientôt révolu Jusqu'ici, les pays riches ont considéré l'immigration comme un privilègequ'ils accordaient en fonction de leurs seuls besoins à eux.Dorénavant, et de plus en plus, ils devront tenir compte des besoins de ceux et celles qui frappent à leurs portes, fuyant des situations difficiles ou intolérables et réclamant une plus juste part de la liberté, du savoir, de la richesse.Devant ces pressions montantes, les pays occidentaux ont choisi, depuis quelques années, de fermer peu à peu leurs portes.Les lois et les règlements sont devenus de plus en plus restrictifs, tant à l'égard des immigrants que des réfugiés le Canada, avec les deux projets de loi C-84 et C-55 finalement adoptés cet été, a choisi d'aller dans le même sens.Pourtant, aucune loi restrictive ne parviendra à endiguer efficacement ce flot croissant de migrants et de réfugiés L'histoire le montre à mesure que les pays riches ferment une porte par des visas, par exemple, ceux qui ont besoin de venir découvrent d'autres ouvertures: faux documents, voyages par transit.La seule solution viable, est une redistribution plus équitable des ressources et des libertés dans ce grand village qu'est devenue la terre Et c'est à cela que le gouvernement canadien doit accorder la priorité.Nous acceptons volontairement, de partager ce qui fait du Canada ce pays auquel nous tenons tant (ses richesses, ses libertés, sa «paix sociale»), ou bien d'autres viendront eux-mêmes arracher leur part.■ par l'équipe VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988/5 Assurer les risques sociaux du mariage et de la famille Entre la garderie, les courses, le travail et le ménage, vous arrive-t-il d'être essoufflée et de vous demander à quoi rime cette course folle?Pendant que votre gamin boucle sa valise après avoir passé la fin de semaine chez vous, pensez-vous parfois à tous ces discours alarmistes sur la dénatalité?Le modèle dominant de la famille nucléaire avec mère-ménagère et père-pourvoyeur est sérieusement altéré par l'accroissement des séparations, des divorces, des unions libres et des naissances hors-mariage.Que signifie donc l'émergence d'un autre modèle, monoparental et matricentri-que, c'est-à-dire avec des femmes à la tête de ces familles?Renée B.-Dandurand,chercheure à l'Institut québécois de recherche sur la culture, s'intéresse depuis un bon moment à ces questions.Sous le titre Des mères sans alliance, elle publiera bientôt, avec Lise Saint-Jean, les résultats d'une recherche auprès de femmes cheffes de famille monoparentale, de même que Le mariage en question, un essai socio-historique sur révolution du mariage dans la société québécoise.Une entrevue avec Renée B.-Dandurand rm***m*Ritvm 6/VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988 Depuis toujours ménagères?V.O.: Les femmes qui ont des enfants ne sont-elles pas piégées de toutes parts?Rester à la maison pour s'occuper des enfants implique qu'elles deviennent du même coup financièrement dépendantes de leur conjoint ou de l'aide sociale et qu'elles se retrouvent handicapées par rapport au marché du travail.Par contre, s'accrocher à un travail salarié coûte que coûte, c'est intégrer la double tâche et souvent payer de sa santé cette course folle quotidienne.R.D.: C'est clair qu'on est dans une période de transition des rôles.Autrefois, dans la société paysanne, les hommes et les femmes étaient davantage partenaires dans l'activité économique.C'est la société industrielle qui a placé les hommes et les femmes dans des lieux différents de travail: l'usine ou le bureau pour l'homme; la femme à la maison, où elle s'occupe presqu'exclusivement des enfants.Les femmes ont toujours travaillé et elles n'ont pas toujours été seulement ménagères.La professionnalisation, en quelque sorte, du rôle de mère, par le biais des «sciences ménagères» et par la psychanalyse est relativement récente.Au début des années '40, il y avait à peine 8% des femmes mariées qui étaient salariées alors qu'aujourd'hui, environ 60% d'entre elles occupent un emploi Plus précisément, c'est plus de la moitié des femmes ayant des enfants de moins de six ans qui sont sur le marché du travail.Au cours des années '60 et même 70, les femmes avec de si jeunes enfants restaient encore le plus souvent à la maison avec eux.C'est donc très récent que les jeunes mères travaillent de plus en plus à l'extérieur du foyer.Et en plus des tâches ménagères, l'entourage fait toujours pression pour qu'elles donnent les services que les femmes ont traditionnellement rendu au sein de la famille élargie: s'occuper d'un parent malade, par exemple Sans compter que le travail à l'extérieur n'est pas toujours facile parce qu'elles ont souvent à s'introduire dans un milieu de culture masculine et à faire face à des critères très élevés de performance.Et comme on a appris aux petites filles à bien faire leur travail, les femmes «perfor-ment» bien.Les femmes, comme individues, subissent donc des pressions de toutes parts, des pressions très vives C'est une question très vaste, qu'on n'a pas bien intégrée encore, donc difficile à cerner Vers un salaire au travail ménager?V.O.: Dans ces conditions, n'est-il pas normal d'entendre de plus en plus de revendications autour d'un salaire au travail ménager?R.D.: Je ne crois pas que les revendications pour le salaire au travail ménager soient d'abord issues des ménagères.On les voit principalement poindre en Italie, au milieu des années 70.Dans une perspective marxiste, on tente alors de faire reconnaître le travail des femmes à la maison, mais en faisant le parallèle entre «l'ouvrier» et «la ménagère» dans le système productif.Les porte-parole du mouvement des femmes — souvent des femmes professionnelles et célibataires — ont longtemps été réticentes au salaire au travail ménager puisqu'elles préconisaient plutôt l'autonomie financière par le travail salarié.L'épisode des Yvette est un bel exemple des tiraillements entre ces deux approches Plutôt que de revendiquer étroitement le salaire à la ménagère, des groupes de femmes ont exigé une valorisation des tâches socialement attribuées aux femmes.Ici l'AFÉAS a axé ses revendications dans cette ligne, demandant par exemple l'accès au régime des rentes, la reconnaissance des acquis C'est comme si elles disaient: «Mettons fin à cette séparation entre le monde domestique et le monde du travail et essayons de faire accéder les femmes qui sont dans le monde domestique aux droits et ressources que le marché dispense.» V.O.: Dans la recherche que vous avez menée auprès de femmes chetfes de famille monoparentale de trois quartiers de Montréal -Outremont, Rosemont et Centre-Sud1-, la classe sociale intervenait de façon assez marquée dans la perception que ces femmes ont de leur travail et dans les revendications qui s'y rattachent.R.D.: Les femmes cheffes de famille monoparentale ont ceci de particulier qu'elle doivent cumuler les deux fonctions qui.au XXe s.ont été attribuées sé- parément aux femmes (materner) et aux hommes (être pourvoyeurs) Nous avons donc demandé à chacune comment elle définit son rôle de mère et pourquoi c'est à elle que les enfants ont été confiés plutôt qu'au père Nous voulions également savoir comment chacune prévoit subvenir aux besoins de sa famille Les femmes les plus scolarisées voient davantage ce rôle comme imposé par la société.Dans les milieux moins favorisés, les femmes conçoivent la maternité comme un rôle spécifique des femmes, un rôle qui leur a toujours été attribué II leur parait plus «normal» de s'occuper des enfants de façon exclusive V.O.: Comment expliquer ces différences?R.D.: Il y a sans doute une influence des premières vagues du féminisme où l'on a cherché à montrer que les rôles féminins avaient surtout des composantes sociales.C'est d'ailleurs la fameuse phrase de Simone de Beauvoir: «On ne nait pas femme, on le devient» Les femmes de milieu favorisé ont probablement davantage intériorisé cette maxime Cependant ie crois que leur mère aurait répondu comme les femmes de milieu ouvrier.Mais ce n'est pas seulement l'origine sociale qui compte, c'est aussi l'expérience bien concrète des femmes Celles qui estiment quelles doivent aller chercher un salaire sur le marché du travail sont principalement celles qui sont davantage qualifiées et qui, par conséquent, peuvent aller gagner un salaire qui en vaut la peine Dans les quartiers Rosemont et Centre-Sud, même les femmes qui ont des qualifications comme secrétaire vivent souvent de l'aide sociale, parce que le salaire de secrétaire n'est pas un salaire qui fait vivre une famille Si l'on soustrait tous les frais reliés à un emploi (transport, garderie, habillement), ce qui reste équivaut presqu'à une prestation d'aide sociale Et l'on ne parle pas de toutes les autres qui sont des vendeuses, serveuses ou ouvrières, qui ont un travail qui rapporte encore moins que le métier de secrétaire Certaines diront: «Vous voulez qu'on élève des enfants et on est prêtes à le faire: le Bien-être, actuellement, nous subventionne comme mères de familles en train d'élever leurs enfants S'il n'y a pas d'autres solutions, pourquoi l'Etat ne VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988/7 nous laisse-t-il pas tranquille?» Il y a donc un certain nombre de femmes qui, si on leur offrait un salaire comme ménagère, le prendraient D'autant qu'il n'y en a pas une qui trouve qu'elle reçoit injustement l'aide sociale: elles assument la tâche utile d'élever des enfants, elles n'abusent pas des ressources de la société.Pour plusieurs de ces femmes, s'occuper de ses enfants est beaucoup plus valorisant que d'aller coudre des fermetures éclair en série toute la journée.On peut les comprendre Autonomes, du jour au lendemain V.O.: Avec la réforme de l'aide sociale, ce choix-là est considérablement restreint: seules les femmes qui ont des enfants d'âge pré-scolaire pourront continuer de demeurer à la maison.Et elles ne seront pas sans subir de pressions pour participer aux différents programmes.R.D.: Il faut bien comprendre que pour certaines femmes, les prestations d'aide sociale représentent déjà une amélioration de leur sort: souvent, en couple, elles n'avaient pas d'argent à elles Ceci dit, |e ne veux pas défendre ici le régime d'aide sociale ce qui est terrible, c'est que ces femmes n'ont pas d'alternatives C'est une question difficile que j'ai examinée de tous les côtés, à partir de situations bien concrètes J'en suis venue à me dire que l'aide sociale, c'est comme l'avortement: ce n'est jamais une mesure idéale, mais c'est une mesure nécessaire, tant que l'autonomie financière des femmes ne sera pas assurée.Mais on ne pourra pas y arriver dans une seule génération! On nous a éduquées à accepter d'être économiquement dépendantes: il ne faut pas oublier que dans les années '60, les femmes étaient encore des mineures, juridiquement.Là, tout à coup, il faudrait que les femmes deviennent autonomes.L'aide sociale doit rester là et assurer des conditions de vie décentes aux femmes qui vivent des risques au plan matrimonial, tout comme on a couvert les risques du marché du travail en mettant sur pied les programmes d'assurance-chômage et de santé-sécurité II y a des transformations du mariage et il faut que les risques qui s'y rapportent soient couverts collectivement C'est un peu à ça, notamment, qu'a servi l'aide sociale.La plupart du temps, on essaie de ramener ça à des problèmes privés, individuels, comme dans le cas de la violence conjugale par exemple.Or actuellement, les ruptures d'unions conjugales sont un problème de société V.O.: «Ces femmes n'ont pas beaucoup d'alternatives» avez-vous dit.Mais est-ce que les femmes que vous avez rencontrées envisageaient, elles, des avenues pour s'en sortir?R.D.: Oui D'ailleurs, ce qui m'a beau- coup frappée, c'est que les femmes des milieux populaires définissent beaucoup plus les problèmes qu'elles vivent comme des problèmes collectifs, des problèmes de femmes.Dans les milieux plus aisés, on les aborde davantage en termes individuels.De fait, lorsque je leur ai demandé quelles solutions elles préconisaient pour résoudre leur situation, les femmes des milieux populaires me répondaient, de façon très significative, par le «nous».Elles ont une compréhension bien claire du destin commun des femmes alors que des femmes plus aisées continuent de se dire: «Je peux peut-être m'en sortir.Il n'en tient qu'à moi de faire une job d'homme et de m'en tirer aussi bien que n'importe quel homme.» Crise de la famille, crise de la conjugalité V.O.: La dénatalité fait les manchettes.La politique familiale se fait attendre.Les dernières mesures du budget Lé-vesque sont largement insuffisantes, vous les avez d'ailleurs étudiées de près2.Comment envisagez-vous l'avenir?R.D.: La dénatalité peut être conçue comme une menace pour une société comme la nôtre Mais les mesures à prendre ne doivent pas aller à rencontre de la liberté élémentaire sur leur propre corps que les 8/VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988 44 femmes ont déjà gagné.D'ailleurs, la dénatalité est liée à la généralisation des petites familles, et ce n'est pas surtout le «désir» d'avoir des enfants qui est en cause.Lorsqu'on les interroge, la plupart des femmes répondent qu'elles seraient pré- /- tes à avoir des enfants mais qu 'on devrait les aider davantage à assumer ces responsabilités.En fait, depuis la dernière guerre, il y a un plus grand nombre de femmes qui ont des enfants mais elles en ont nettement moins.- Il n'y a donc pas nécessairement une crise de la famille II s'agit davantage d'une crise du mariage, de la conjugalité Le lien des femmes aux enfants n'est pas en défaveur Le lien des pères avec leurs enfants, c'est autre chose: ça fait un bout de temps que les pères sont absents dans la société industrielle, les hommes ont été très coupés des enfants Par comparaison, dans la société paysanne ou chez les artisans, les pères s'occupaient au moins de préparer leurs fils à exercer leur métier Aux séparations et aux divorces, il faut ajouter la multiplication des unions libres, qui se veulent un effort pour construire un autre rapport conjugal, plus égalitaire, même si on n'y arrive pas Les naissances hors mariage sont passées de 3% en 1960 à 25% en 1985 V.O.: On absorbe donc beaucoup de changements importants en peu de temps.R.D.: C'est énorme.Le mariage n'a pas subi une telle désaffection en Occident depuis le Moyen-Âge Alors on ne peut pas s'attendre à ce que ce soit facile ni à trouver des solutions rapidement.Ça implique beaucoup d'ajustements à faire au sein des institutions et ça provoque nécessairement beaucoup de détresses individuelles .Ruth Bénédict, une anthropologue américaine des années '30 disait que l'examen des autres sociétés fait que des écaillles tombent de nos yeux et nous per met de voir beaucoup mieux notre propre société.Les relations entre les hommes et les femmes, le mariage, la famille, sont des questions dont nous sommes tellement imprégnées que nous ne voyons pas nos propres contradictions là-dedans jusqu'à ce que nous fassions des découver tes qui nous apparaîtront par la suite tellement évidentes! ■ 1 Pour prendre connaissance des premiers résul lats de cette enquête, on pourra consulter un ar ticle de Renée B Dandurand.•Identité sociale et maternité sans alliance-, paru dans la revue Question» de culture no 9 Institut québécois de recherchesurlaculture.1986 C'est d'ailleurs de cet article que sont tirés les témoignages qui il lustrent cette entrevue 2 En compagnie de Marianne Kampeneers et de Céline LeBourdais.Renée B Dandurand a publié une série d articles intitulée «Un budget fami liaP- dans La Presse du 1er au 4 août derpier Des mères sans alliance1 DES MERES SANS ALLIANCE' Toujours l'amour! «La femme le porte, l'enfant, c'est elle qui s'en occupe.le père., c'est rare La femme sait que l'homme n'a pas assez d'amour et de patience pour s'occuper des enfants.Nous autres, on est nées avec le mot amour.Regarde comme ma mère m'a aimée, et moi, j'aime mon enfant.Toujours l'amour!» Doris, séparée de fait, mère d'un enfant, Centre-Sud Une mauvaise mère?«La société impose aux femmes de garder leurs enfants d'une certaine façon et ça, c'est intériorisé par les femmes: elles se sentent obligées.Elles se disent: «Qu'est-ce que les gens vont dire?Que je suis une mauvaise mère?» C'est pas pour rien que les juges pensent que les enfants sont mieux avec la mère.» Catherine, divorcée, mère de trois enfants, Outremont.Nos valeurs à nous autres «Nous les femmes, on est à la recherche de nos valeurs à nous autres.On a eu des valeurs imposées, ancrées, mais là-dedans il y a des choses valables, qu'on veut conserver.Par exemple, le sens de la responsabilité affective.Je veux pas qu'on le perde.Les hommes, on leur demande surtout d'assumer la responsabilité financière.Il est temps que ça soit pas rien que les femmes qui se sentent liées par des responsabilités affectives.» Nathalie, séparée d'union libre, mère d'un enfant, Rosemont.Débrouillez-vous! «C'est difficile pour les femmes chez qui on a valorisé la soumission, le manque d'autonomie, de leur dire: «Débrouillez-vous comme des chefs de foyer et soyez à la fois homme et femme.» Ça s'apprend pas du jour au lendemain.C'est illogique.» Catherine, Outremont Quand je serai prête «.le Bien-Etre, ils sont bien mieux de nous payer pour élever nos enfants.Ça leur coûte bien moins cher que les familles d'accueil.Moi, quand je vais être prête à aller travailler, je vais y aller.» Doris, Centre-Sud Comme si on n'était rien « Nous autres, les femmes seules avec nos enfants, c'est comme si on n'était rien, parce qu'on n'a pas de mari On se sent comme une catégorie à part On est du monde comme tout le monde.Il devrait y en avoir un petit plus pour nous autres.» Danielle, mère de trois enfants, Rosemont V______________________________________/ VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988/9 Les prisons: construire ou démolir?parJFAN-n vmEBERNHEIM Les prisons débordent et le taux de criminalité augmente.Que faire?Pour certains la solution est simple: constructions de nouveaux établissements pénitenciers.Mais un séjour en prison permet-il réellement la réhabilitation ou s'il n'encourage pas plutôt à la criminalité?D'autres proposent alors des méthodes originales où les nouvelles technologies sont mises à profit.Des gens reconnus coupables de crimes non-violents sont laissés en liberté.surveillés au moyen d'un bracelet électronique qui les garde «enchaînés» au poste de police.D'autres enfin, remettent globalement en question notre système judiciaire et carcéral qui ne s'attaque pas aux causes de la criminalité.Dans le cadre de cette chronique, Vie Ouvrière lance donc le débat: Pour ou contre les prisons?Et nous l'abordons dans ce numéro en donnant la parole à Jean-Claude Bernheim de l'Office des droits des détenus.Le 30 août dernier, le Comité parlementaire de la Justice et du Solliciteur général, présidé par le député conservateur David Daubney, déposait son rapport sur son étude du système carcéral fédéral En conclusion de leur analyse, les membres du comité estiment que l'emprisonnement est une mesure coûteuse et inefficace, qui «n'a pas eu pour effet de réadapter ou de réformer les délinquants, ne s'est pas révélée très dissuasive et n'a permis que temporairement de protéger la société».En conséquence, ils proposent que «les ressources du système carcéral — qui coûte cher — soient réservées aux cas les plus graves».Finalement, pour le Comité, les mesures alternatives à (emprisonnement devraient être davantage utilisées, principalement dans le cas des infractions qui n'ont pas été commises avec violence.Pourtant, ce sont ces mêmes députés conservateurs qui ont ordonné la construction du pénitencier de Port-Cartier et qui viennent tout |uste d'annoncer l'érec- tion d'une nouvelle institution carcérale à Harbour Grâce (Terre-Neuve).Et dans les deux cas, c'est pour des raisons uniquement économiques que les décisions ont été prises.D'ailleurs, en 1984, le Rapport Carson, affirmait «qu'un coup d'oeil rétrospectif sur les établissements correctionnels du Canada montre que le choix de leur emplacement, leur construction et leur exploitation ont été guidés plus par un besoin de développement économique régional que par le souci de satisfaire le plus possible aux besoins en programmes du système», (p.47) Quant aux divergences entre les partis politiques, elles ne se situent qu'en rapport avec le lieu des constructions et non pas sur le principe de ces constructions.En effet, les pénitenciers de Port-Cartier et de Harbour Grâce avaient déjà été envisagés, mais dans des circonscriptions libérales, à l'époque où ce parti était au pouvoir.Pour l'instant, seul le parti néodémocrate parle d'une éventuelle politique plus conforme aux analyses qui remettent en cause l'emploi systématique de l'emprisonnement pour des infractions non- violentes, comme le vol à l'étalage, le non-paiement d'amende, etc.Les prisons ont un rôle éminemment politique Ainsi, il est clair que la construction des pénitenciers n'a pas pour objectif d'assurer la sécurité du public.Alors, quelles sont les véritables motivations qui fondent ces décisions de multiplier les centres de détention, ayant pour effet de provoquer une augmentation du taux d'incarcération et un élargissement du contrôle social?À notre avis, les prisons et les pénitenciers ont un rôle, d'abord et avant tout, éminemment politique.En effet, le discours des tenants du pouvoir justifie notre système judiciaire et carcéral, afin de réprimer des comportements que la société réprouve très fortement, par exemple le vol et l'homicide.Mais qu'en est-il réellement?Le vol se définit comme étant le fait de s'emparer du bien d'autrui, par la force ou à son insu; action qui consiste à prendre frauduleusement le bien d'autrui.Donc, en principe, notre société démocratique réprouve le vol et le sanctionne.Dans les faits, comment les choses se passent-elles?Si, par exemple, vous vous faites prendre à commettre un vol à l'étalage, vous serez alors incarcéré.De toute façon, quelle que soit l'issue de votre cause vous serez affligé d'un casier judiciaire pour le reste de vos jours.Par contre, au lieu d'être un citoyen ordinaire, sans pouvoir politique, économique ou judiciaire, vous êtes actionnaire ou propriétaire d'une institution commerciale qui pratique la publicité trompeuse régulièrement, comme le faisait Miracle Mart; que vous arrivera-t-il?Rien.10/VltO R II -"VEMBRE1988 f i «lltc En effet, vous ne serez pas inquiété par le procureur de la couronne et aucune accusation en vertu du Code criminel ne sera portée contre vous Votre commerce sera de son côté poursuivi en vertu de la loi sur les pratiques commerciales.Si condamnation il y a, la sanction est une amende relativement faible et, de toute façon, comptabilisée dans les profits et pertes et ainsi assumée par les futurs consommateurs.Pour ce qui est de l'homicide, si vous êtes un bras armé du pouvoir, vous pouvez impunément abattre dune balle dans le dos ou dans le front un citoyen qui ne menace la vie de qui que ce soit, le Code criminel vous protège; même plus, il vous en donne le pouvoir.Si vous êtes un dirigeant d'entreprise qui rognez sur les normes de sécurité pour augmenter vos profits et qu'il y a mort d'homme, toutes les instances judiciaires vont vous protéger À la rigueur, on vous condamnera à une amende ou à des dommages-intérêts Par contre, si vous êtes une personne sans pouvoir et que l'on tient responsable de la mort de quelqu'un, vous serez traité sans pitié Le deux poids deux mesures ne fait aucun doute encore une fois.L'incarcération contribue à la criminalité L'usage de l'incarcération n'a d'autre but véritable que d'assurer le contrôle social des contrevenants et de leurs familles par les pouvoirs.En effet, les conséquences négatives de l'emprisonnement sont connues depuis longtemps.En ce qui concerne les effets positifs, ceux qui peu vent être invoqués ne sont que temporaires.L'incarcération ne s'attaque pas aux causes de la criminalité, au contraire elle y contribue Mais que faites-vous de ceux et celles qui commettent des crimes violents, tels le meurtre, le viol, l'homicide involontaire, les voies de fait sur les enfants et les femmes, me direz-vous?Pour être honnête, je vous répondrai que je n'ai pas de solutions toutes faites Par contre, je peux vous dire qu'il n'y a pas une solution à ces drames, la plupart étant commis par des personnes qui connaissent, sinon qui vivent avec leur victime, révélant ainsi une situation interpersonnelle dégradée Une chose est acquise, la prison n'est pas LA solution préventive ou curative Alors, revendiquer l'abolition des prisons n'est pas une aberration, mais plu tôt une conclusion qui s'impose d'em blée quand on voit à qui et à quoi elles servent La criminalité est une réalité incontournable à laquelle il faut trouver des solutions humaines et justes pour toutes et tous L'esclavage était et est encore en certains endroits une réalité, mais pour tant son abolition a été réalisée dans les sociétés occidentales malgré le caractère utopique qu'on lui prêtait à l'époque Rien ne permet de croire qu'il n'en est pas de même aujourd'hui pour l'abolition des prisons N'oublions pas que dans les sociétés totalitaires, de gauche ou de droite, les prisons qui servaient à incarcérer les prisonniers dits de droit commun sont rapidement converties en lieu de détention pour les prisonniers dits politiques Ne serait-ce pas que tous les détenu es sont des prisonniers politiques, mais que les raisons politiques qui motivent leur incarcération varient en fonction de la situation sociale et du régime politique en place?» Jean-Claude bernheim de l'Ottice des Droits des Détenue s do Ou-; PRIÈRE/NOVEMBRE 1988/11 EN BREF Afrique australe: État de siège En route vers le Swaziland, David, un enfant noir de six ou sept ans, a été blessé au genou par un obus; atteinte en plein dos, sa mère a été tuée instantanément.Victimes de la guerre de l'Afrique du Sud, 870 000 Mozambicains se sont enfuis de leur foyer pour devenir des réfugiés dans d'autres pays.Depuis des dizaines d'années, l'Afrique du Sud exploite toute l'Afrique australe dans l'intérêt de ses propres gains économiques en protégeant son système d'apartheid.Par la confusion semée dans les pays avoismants, l'Afrique du Sud cherche à convaincre le monde que les Noirs ne sont pas aptes à se gouverner eux-mêmes.Malgré la guerre, neuf pays d'Afrique australe se sont engagés à accélérer le développement économique et à promouvoir l'autosuffisance commune dans cette région.Pour cela, ils ont formé la Conférence de coordination du développement de l'Afrique australe (SADCC).Le lOdécembre 1988, Développement et Paix organisera des vigiles de prières en faveur des peuples d'Afrique australe A la même date, une délégation de l'organisme rencontrera le ministre canadien des Affaires étrangères.On profitera de l'occasion pour lui remettre des cartes de protestation si- gnées pendant la campagne.Il est bon de rappeler que les cartes disponibles à Développement et Paix doivent y être retournées avant le 1er décembre.Pour plus d'information: Développement et Paix de votre région au 2111, rue Centre, Montrél, Que.H3K 1J5.Tel: (514) 932-5136.Non aux vacances au noir Les jeunes sont-ils trop jeunes pour avoir droit à des vacances?Pour répondre à la question, 129 jeunes travailleuses et travailleurs avec ou sans emploi «se sont payé» une fin de semaine de vacances bien méritées.Dans le cadre du 10e rallye camping national organisé par la Jeunesse ouvrière chrétienne, à la mi-aoùt, ce sont des voix principalement québécoises mais aussi belges et suisses qui ont crié «non aux vacances au noir».Leur manifeste est explicite.On peut entre autres y lire: Nous voulons décerner un «prix citron»: — à toutes ces entreprises qui développent le travail à temps partiel, temporaire, sur appel et au noir et qui ont «troqué» nos vacances et nos congés hebdomadaires pour être en disponibilité, proches du téléphone; — à tous nos bureaux de chômage et d'aide sociale qui nous obligent à prendre des vacances au noir; — aux gouvernements du Québec et du Canada qui développent les projets d'emploi à court terme et qui encouragent les agences de placements privées.Ces politiques nous isolent et nous empêchent d'avoir des vacances et des temps de repos collectifs.» Qui a dit qu'il n'y avait pas de relève?S'il reste des sceptiques, ils seront «confondus-du-du» en lisant le manifeste intitulé «T'as pogné une «job citron»?Empresse-toi de la dénoncer!».On rejoint le secrétariat national de la JOC au 3119, rue Monsabré, Montréal, H1N 2L3.Tel: (514) 265-7374.Un vote pour la paix Profiter de la prochaine élection fédérale pour mettre le Canada à l'avant-garde du mouvement mondial pour la paix, voilà l'invitation de la campagne d'engagement pour la paix à laquelle adhèrent plus de 130 organismes à vocation pacifiste.Une carte-pétition circule actuellement à travers tout le Canada.Les signataires s'y engagent à ne voter que pour les candidats-e-s qui s'appliqueront à mettre fin à l'adhésion du Canada à la course aux armements.Pour les connaître, une enquête sur la paix sera menée par des bénévoles qui en feront parvenir les résultats aux signataires de la requête.Le jour du scrutin, il sera donc moins dangereux de faire un mauvais choix! Le Canada doit choisir.Il peut prêter son concours à la fabrication, l'essai et le déploiement de systèmes nucléaires toujours de plus en plus nombreux ou contribuer à la paix mondiale et au désarmement nucléaire à partir de maintenant! Pour obtenir copie de la pétition, s'adresser à: La campagne d'engagement pour la paix-Québec, 381 avenue Elm, Montréal H3Z 1Z4.Tel: (514) 845-8026 ou 933-8134.Le local en action Souvent méconnues, les initiatives de développement économique issues de la base feront l'objet d'une rencontre internationale, du 7 au 10 décembre prochain, à Montréal.Intitulé «Le local en action», le colloque réunira des gens d'Europe et d'Amérique du Nord.Même s'il s'agit d'une première expérience, l'idée a vite rallié les troupes et les places s'annoncent déjà limitées.Pour plus de détails: Institut de formation en développement économique communautaire (IFDEC), 2561 rue Centre, Montréal, H3K 1J9.Tel: (514) 931-5737 12/VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988 limi'H.umuy par PIERRE VIAU Vie quotidienne du peuple Cambodgien Être cambodgien, d'origine paysanne, repartir à neuf à Montréal après des années dans un camp en Thaïlande, c'est le choc des cultures et des émotions, des espoirs et des craintes, des surprises et des nostalgies, des retrouvailles et de la solitude Yun a 26 ans, fréquente aujourd'hui une école pour adulte et espère bien terminer son secondaire V cette année.Mais depuis 1975, la route a été bien longue, tissée d'angoisses mais surtout inspirée d'un indicible instinct de vivre Sous le gouvernement de Pol Pot, Yun a 13 ans.Il voit disparaître les gens instruits: professeurs, artistes, intellectuels, militaires, etc.Les familles paysannes sont démembrées.On disperse père, mère, frères soeurs dans des régions différentes.Yun ne comprend pas, mais il devine que quelque chose ne tourne pas rond Comme d'autres, il part, dans la forêt, vers la frontière Thaïlandaise, avec un peu de provisions.Ils partent par groupe de dix, trois réussissent, peut-être, à rejoindre le pays voisin.Avec son oncle, Yun y est finalement parvenu.Mais son frère jumeau, au départ avec eux, est disparu dans la forêt.Les khmers, peuple du Cambodge, portent de profondes blessures.3 000 000 de morts sous le régime de Pol Pot, pays aujourd'hui occupé par l'armée vietnamienne (120 000 militaires), des dizaines de milliers entassés dans des camps de réfugié-e-s.La plus grande ville cambodgienne, après la capitale Pnom Penh, a un nom bien glacial: «Site Two», en Thaïlande, un camp qui regroupe 200 000 khmers.Le gouvernement thaïlandais ne s'empresse pas de les reconnaître comme réfugiés et le travail du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés y est d'autant plus difficile.En certains milieux, on soutient que le gouvernement de Bangkok espère ainsi que les camps servent de «réservoir» pour les forces politiques opposées au régime de Pnom Penh.Yun a vécu cinq ans dans un de ces camps Uniour, il y retrouve deux de ses frères et leurs conjointes En 1980, sept familles québécoises de Montréal les parrainent.Yun a 18 ans et arrive ici.«Après six moisauCOFI1, souligne-t-il, je dis des mots en français.Quant à lire et à écrire, c'est une autre histoire».Mais, au fond, le travail n'exige pas de savoir communiquer: aide-cuisinier dans un grand snack-bar, sept jours par semaine! Grâce à l'aide d'un ami, trois mois plus tard, il travaillera dans une entreprise de nettoyage de vêtements II y a une quarantaine d'employés.Yun apprend des nouveaux mots: le «boss» oblige à faire de l'«overti-me»! Pour perfectionner son français, Yun se fie à ses amis au travail et aux voisins de son appartement «Tu travailles beaucoup, trop même, dit Yun.Mais pour arriver, y a pas moyen de faire autrement* Khmere et mère Mais travailler à l'extérieur pour une cambodgienne mè- re de famille est bien difficile Confier ses enfants à une garderie ou à une autre personne ne va pas de soi C'est contraire aux coutumes familiales.Un bon nombre d'entre elles travaillent dans l'industrie de la confection, donc à la maison et payées à la pièce.En plus de la garde des enfants, les heures de travail sont très longues, tard la nuit et tôt le matin quand les enfants dorment Selon les statistiques officielles, il y aurait 4 000 khmers dans la région métropolitaine Mais des responsables de cette communauté estiment qu'ils sont environ 7 000 35% habitent Ville Saint-Laurent et d'autres s'installent dans les quartiers de Montréal déjà connus pour leur caractéristique multiethnique: Parc-Extension, Côte-des- Neiges et Saint-Michel.Et les profondes nostalgies.Le choc des cultures traverse celui des générations.À titre d'exemple: uneieune femme, pas encore mariée, ne peut sortir de la maison sans l'autorisation des parents.Certaines tensions surgissent Ou encore, «se donner un bec-, qui demeure un geste réservé aux conjoints ou aux parents envers leurs enfants Les ieunes khmers qui grandissent ici et ont des amis de diverses communautés culturelles apportent bien involontairement des soucis à leurs aînés Le conflit de valeurs différentes tissent le quotidien des hommes et des femmes khmers, |eunes et moins jeunes Toutefois une réalité commune alimente un fort senti ment d'appartenance au pays d'origine Chaque khmer d'ici a un proche parent, un ami, un voisin disparu ou vivant là-bas dans l'extrême pauvreté D'où les profondes nostalgies, parfois des journées de peine et de douleurs Mais en plus, l'énergie et le courage de l'entraide Comme Yen, ils et elles travaillent dur.très dur pour vivre ici et soulager la misère de leurs proches là-bas Les khmers de Montréal ont mis sur pied quelques organisations et lieux de regroupement Le plus important est sans doute la pagode des khmers bou-dhistes, située rue Nancy, endroit de prière, de rassemblements et de fêtes II y a aussi deux associations d'entraide funéraire afin d'honorer les personnes défuntes, selon la tradition Trois fois par année, les jeunes organisent des fêtes de retrouvailles pour l'ensemble de la communauté Deux moments sont particulièrement significatifs pour le peuple cambodgien, ici ou ailleurs: le Nouvel An, célébré en avril et la Fête des morts en septembre Enfin, la communauté khmer offre des services de traductions, d'orientation, de conseil lundique Mais l'un des programmes les plus importants est celui des cours de rattrapage scolaire aux niveau primaire et secondaire Car on constate une hausse dramatique des décrocheurs cambodgiens 60% quittent l'école secondaire pour leurs difficultés, entre autres, à maîtriser l'esprit et la structure de la langue française 1 COFI Centre d orientation et de formation pour immigrants VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988/13 ■MU H; Des compagnies financent et posent des conditions?Compromission V ou Maturité?ous avez été sollicités pour contribuer à Centraide.Vous avez vu le logo de Centraide affiché dans le local d'un organisme communautaire.Depuis quelques semaines, vous pouvez suivre l'évolution du thermomètre de Centraide grimpé jour après jour en page deux de La Presse.La campagne de levée de fonds annuelle de Centraide Montréal elle, tire à sa fin.En même temps, les bénévoles de Centraide visitent des dizaines d'organismes pour les évaluer.Le travail de plus de deux cents groupes communautaires dépend un peu - ou beaucoup - des résultats de ces deux opérations.Il n'est donc pas étonnant qu'on entende parler de Centraide un peu partout.Et notamment dans le réseau communautaire, à Montréal comme ailleurs, où les commentaires n'ont pas toujours été enthousiastes, disons.Après l'époque des conflits ouverts avec Centraide on semble assister à des réajustements.Les réactions des groupes aux irritants demeurent fermes, mais les discussions ont pour l'instant pris la place des manifs.On s'interroge sur la juste place des organismes au sein du fonctionnement du bailleur de fonds.Compromission ou maturité?Un dossier produit par Jean Robitaille en collaboration avec Jacques St-Amant et Ginette Boyer 14/VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988 Connaître Centraide au-delà de son thermomètre.Comme il est inconfortable de dépendre de quelqu'un qu'on craint et que cette relation a existé — et subsiste toujours, il n'est pas surprenant que les relations entre les organismes subventionnées et Centraide aient soulevé des malaises.En même temps, on sent des changements, à Centraide comme au sein des organismes financés.On ne sait trop vers quoi tout cela pourrait évoluer.Il n'est d'ailleurs pas toujours évident qu'on sache très bien où on en est, ni d'où on vient.Pour permettre aux témoins de ces relations comme à leurs participants de mieux comprendre les enjeux des relations entre Centraide Montréal et les «agences»1, il faut rappeler un certain nombre de choses.Et d'abord, il faudrait L'impossible équilibre Par la force des choses, Centraide doit équilibrer deux types d'activités très différentes: la cueillette de fonds et leur distribution.De toute évidence, cela commande de bonnes relations avec les milieux qui tiennent les cordons de la bourse comme avec les intervenants qui tentent de faire face aux problèmes sociaux.Compte tenu de la réalité montréalaise, Centraide veut aussi faire leur part à toutes les communautés culturelles Ajoutez que Centraide fonde une part importante de sa crédibilité et de son travail sur la présence à tous les niveaux de bénévoles représentant la communauté et qui sont appuyés par une équipe de permanents-tes, avec tous les défis que cela représente.bien identifier les acteurs.On pourra ensuite se pencher sur leurs relations et sur les questions de fond qu'elles soulèvent Pour ce faire nous avons réuni autour d'une table-ronde cinq personnes en relation avec Centraide: Dominique Boisvert.travaille au comité consultatif sur le statut de réfugié et est un ancien membre du comité de promotion sociale de Centraide (78'80); Lyse Brunet, a travaillé à l'R des centres de femmes, est présentement à la Société Elyzabeth Fry et elle est membre du comité de promotion sociale; Guy Cousineau.secrétaire-général du Conseil du travail de Montréal, membre Et tout ça dans une conjoncture qui change: la désinstitutionnalisation et le retrait graduel de l'État imposent plus de travail aux organismes tout en diminuant leurs ressources.Il en résulte une féroce concurrence au niveau des campagnes de souscription Pour Centraide, dont au moins 52% des revenus proviennent des dons des salariés dans leur milieu de travail et 36% des dons des entreprises elles-mêmes1, le maintien d'excellentes relations avec les employeurs parait capital; le soutien du mouvement syndical peut aussi s'avérer précieux ■ 1 Cl .Montréal.Centraide de Montréal, s d p 21 Incidemment, les autres revenus proviennent de divers dons individuels du C.A de Centraide et du cabinet de Campagne; René Doré, formateur au Centre de formation populaire participe à un regroupement des organismes de promotion sociale financés par Centraide; Michel Messier coordonnateur de l'ACEF.il est aussi du regroupement des organismes de promotion sociale et membre du comité organisateur de la troisième conférence des agences de Centraide 1 On utilise souvent le mot -agence- pour désigner les organismes subventionnés par Centraide.c'est cependant un anglicisme qu'on devrait ban mr VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988/15 Centraide Montréal Répartition des dépenses 1986-1987 111 Entraide communautaire 1 Promotion sociale 1 Santé 1 Vie de quartier 1 Jeunesse 1 Nouveaux organismes 1 741 550 1407 350 1383 210 1000 320 2 259 625 745 400 2 WÊ Organismes multl-services 2 365 600 3 HYMCA Montréal 1 Services communautaires juifs 1 Croix-rouge1 748 375 469 016 1286 250 4B| Projets spéciaux 1 Centraide Canada ■ Autres 66 600 117 628 147 714 Total des fonds versés 13 738 638 5 M Administration 2 872125 1 La Société canadienne de la Croix rouge ne reçol plus Montréal de londs de Centraide Et les organismes.■ Centraide Montréal subventionne actuellement un peu plus de deux cents organismes et en ajoute peut-être une dizaine par année.Et la liste d'attente est longue.L'éventail des secteurs d'activités recouvre la plupart des besoins sociaux, de l'OPDS à la Société St-Vincent-de-Paul et du YMCA aux Services à la famille chinoise, pour n'en citer que quatre.■ Tous visent, à des degrés divers, la prise en charge des réalités par tes personnes qui les vivent.Tous survivent grâce à la contribution de militant-e-s ou de bénévoles.Dans ce contexte, la plupart tentent évidemment de susciter la prise en charge de l'organisme lui-même par les personnes qui bénéficient de son action.■ Mais il ny a pas que des similitudes.La taille, le mode de fonctionnement, tes onentabons varient considérablement.Il y a en fait plusieurs «modèles» de relations entre les groupes et Centraide Et s'il existe des affinités, des relations entre des organismes qui travaillent sur des problématiques similaires ou dans un même quartier, il y a en somme assez peu de relations suivies entre la plupart d'entre eux Pour les campagnes de Centraide : ■ la population visée à Montréal est de 2 800 000 et on recueille 20 millions de dollars; ■ la population visée à Toronto est de 2 300 000 et on recueille 38 millions de dollars.Centraide : un peu d'histoire Centraide Montréal se situe au confluent de deux traditions, l'une nord-américaine, l'autre pius locale.La première date de la seconde moitié du XIX' siècle : aux États-Unis, des organismes charitables s'entendent sur une base régionale pour unifier des campagnes de levée de fonds au bénéfice de nombreuses œuvres.Ces United Way se sont multipliés et on en trouve maintenant plus de 2 000 en Amérique du Nord, y compris les seize Centraide québécois.Leur taille, leurs priorités et leurs ressources varient bien sûr grandement.Ils se sont donné des regroupements nationaux de services, qui soutiennent par exemple leur réflexion dans le domaine des méthodes de levée de fonds.À ce titre, Centraide Montréal est membre de Centraide Canada.Mais Centraide Montréal est aussi le fruit d'une autre tradition : il résulte en effet de la fusion de cinq œuvres qui se consacraient à la levée de fonds dans la région métropolitaine de Montréal.1 Le processus s'est fait graduellement, de 1968 à 1974.En fusionnant, ces œuvres ont continué à financer les organismes qu'elles soutenaient déjà; mais, très vite, certains ont quitté et des dizaines d'autres ont commencé à bénéficier des fonds de Centraide, qui s'est lui-même défini une mission propre et s'est dotée des moyens de la réaliser.Il s'agissait de la Fédération des œuvres de charité canadiennes-françaises, de la Fédération of Calholic Charilies, des United Red Fealher Services, de l'Association des oeuvres de santé et de la Fédération et conseil de bien-être de la Rive-Sud.La mission de Centraide : Promouvoir, dans le domaine social, l'entraide, le partage et l'engagement bénévole et communautaire.16/VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988 Pour en finir avec la méfiance René Doré: On voit souvent Centraide comme un tout très monolithique, composé de gens qui ont tous les mêmes intérêts et qui défendent les mêmes positions.Il faut bien voir que les gens qui sont à Centraide ont des intérêts différents.Centraide est formé d'individus, de corporations et de syndicats qui donnent de l'argent, aussi de bénévoles, de salariés et de la direction qui y travaillent ainsi que des organismes de toutes sortes qui sont subventionnés.Ce ne sont donc pas tous des gens qui ont la même conception du changement social ou de la prise en charge par la population.Dominique Boisvert: La logique propre à Centraide depuis sa formation en 74 c'est d'être un carrefour porteur d'une vision sociale très hétéroclite.C'est un effort pour regrouper l'ensemble des intervenants qui se préoccupent de questions sociales pour faire une levée de fonds commune et financer ces groupes.C'est la force de Centraide mais forcément, c'est aussi source de tensions.Il y a des gens qui représentent carrément le patronat et d'autres le mouvement syndical.Il y en a qui ont une vision claire de changement social et d'autres qui se présentent comme des groupes de services.Le pari de Centraide, c'est de garder tout ce monde là ensemble.C'est le défi social posé.Il s'agit de voir si comme collectivité on peut le relever avec les tensions inévitables qui l'accompagnent.René Doré: Un des principaux problèmes actuellement c'est que les organismes ne sont pas présents à l'intérieur des structures de fonctionnement de Centraide.Il existe un peu plus de consultation depuis deux ans mais de façon générale, il n'y a pas de réseau de communication.Centraide encadre davantage l'allocation de ses fonds, en révisant ses différentes politiques (mise à jour du contrat ainsi que du formulaire de demandes.) Centraide procède à des consultations mais où on n'a aucun contrôle, peu de feed-back.On demande des comptes-rendus et on ne les a même pas.On sent très clairement la volonté de Centraide de resserrer son contrôle, d'aller un peu au-delà du simple rapport financier, de voir ce qui se fait dans les groupes: la façon dont ils sont gérés, leur fonctionnement.Le problème, c'est que pour beaucoup de groupes le rapport avec Centraide se limite à la subvention reçue chaque année et le contrôle exercé une fois par deux ou trois ans, point à la ligne.Si bien que, quand c'est juste ça le rapport des organismes subventionnés à une grosse "patente" comme Centraide bien .il se développe nécessairement une méfiance.Quand il y a des gens qui viennent pour faire l'évaluation systématique d'un groupe en provenance de d'autres secteurs (compagnies, etc.) ils arrivent et ne comprennent pas toujours le fonctionnement des groupes, la précarité dans laquelle tu te trouves pour fonctionner.Ils ne saisissent pas tout à fait au bon moment ce qui se passe.Cette façon là de fonctionner, nous on dit que ça n'a pas de bon sens.Ça crée de la méfiance et ça crée des rapports qui ne servent personne Ça amène des groupes à se dire qu'on est aussi bien de se voir le moins souvent possible On voudrait que ça cesse.Sauf qu'à l'intérieur de la structure de Centraide il n'y a pas de place pour les 200 groupes subventionnés.Ils ont des alliés à l'intérieur de Centraide mais ils ne sont pas représentés ni au C A ni ailleurs dans aucun autre comité Les liens ne se font souvent que par lettres ou alors par un certain nombre de consultations où les gens arrivent souvent la tête entre les genoux, en faisant attention à ce qu'ils vont dire pour ne pas déplaire à Centraide Michel Messier: On assure notre présence .R.D.: Exactement, le boss nous appelle, on y va puis quand c'est fini, on s'en va puis on continue à faire ce qu'on avait à faire.Mais moi je me demande si c'est la façon qu'on doit avoir de fonctionner ou si il n'y aurait pas d'autre chose à penser.LES LIEUX DE CONTACT Comment se portent les relations entre tout ce monde?En plus des thermomètres affichés un peu partout et qui illustrent les résultats de la campagne, aurait-on besoin d'un appareil pour mesurer la tension?1 Il faudrait d'abord situer où se vivent ces relations Entre Centraide et les organismes, elles se font surtout par le biais de comités d'évaluation formés de bénévoles de Centraide, qui visitent les groupes.On a mis au point depuis à peine cinq ans une formule dévaluation systématique» qui fait en sorte que de plus en plus d'organismes font l'objet d'une analyse assez poussée dont le résultat peut leur assurer (autant que faire se peut) un financement pendant trois ans Ces relations sont — partiellement — décrites dans un contrat entre Centraide et chacun des organismes (on reparlera de ce «contrat-type»).Avec les donateurs, les relations s'établissent évidemment au niveau des milliers de bénévoles qui contribuent à la campagne.Elles sont aussi présentes au Conseil d'administration de Centraide, qui se compose de personnes provenant du milieu des affaires, de deux représentants du monde syndical et de gens issus notamment des services publics et para-publics (enseignement supérieur, services sociaux.).Au total, le Conseil compte trente membres.Les bénévoles actifs au sein de Centraide ont souvent peu de prises sur ce qui se produit hors de leur champ spécifique: les exigences de leur participation ne leur laissent pas toujours le loisir d'explorer les autres dimensions de cette «grosses boite».Peu de gens ont donc une vue d'ensemble de la richesse et de la complexité de tout ce que recouvre ce nom, ce qui étonne parfois les gens oeuvrant dans les organismes 1.Un sphygmomanomètre, pour les inlimes_____________________ VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988/17 M.M.: Je crois justement qu'on est en train de repenser ça.R.D.: Oui, mais je vais te donner un exemple.Il y a deux semaines on a reçu le projet de nouveau formulaire où l'on nous annonce des changements majeurs.À partir de maintenant, on va être obligé de présenter nos dépenses par programme plutôt que globalement et ça, avec beaucoup de détails.À la suite de ça on nous convoque à une «séance d'information» pour nous expliquer comment bien le remplir Sauf qu'on va aller leur dire qu'on ne le prend pas., peut être que ça va apporter des changements mais.M.M.:.On va l'aménager, puis tranquillement ça va s'installer.R.D.: Souvent les groupes se sentent pris.Il n'y a rien qui les représente.Ils arrivent là isolément.Centraide va leur demander: «C'tu correct?».les gens vont L'EPOQUE DES CONFLITS Il y a eu des hauts et des bas dans les relations entre Centraide et les organismes, au gré des événements et de l'évolution des priorités de chacun.Les toutes premières années (1974-77) ont été en somme assez tranquilles: Centraide devait se consacrer à sa structuration et les organismes avaient alors bien d'autres choses en tète.Les choses se corsent à compter de 1979 et prennent les allures d'une bataille en 1982-83.Plusieurs groupes de locataires sont mis devant un choix: s'ils veulent continuer à recevoir des fonds de Centraide, ils devront être reconnus à titre d'oeuvres charitables par le ministère du Revenu.En pratique, cela veut dire qu'ils doivent reformuler complètement leurs objectifs.Centraide invoque des motifs juridiques pour justifier son exigence; les groupes y voient une tentative de contrôle sur leurs orientations, liée au fait que leur travail dérange bien des bailleurs de fonds.Déjà, en 1978, un commerçant avait publiquement annoncé qu'il boycotterait dorénavant Centraide à cause de son soutien à un groupe de locataires qui lui causait des ennuis.Centraide n'avait alors pas bronché.Des interventions de Centraide à l'endroit de l'Office des droits des détenus et du Bureau consultation-jeunesse vers 1984 n'atténuent pas la méfiance croissante des groupes envers un «père» subitement devenu autoritaire, comme le décrivait une ancienne membre du Conseil.L'analyse faite par plusieurs organismes est radicale et Centraide y est dès lors perçu comme un mal nécessaire.Il n'est donc que normal qu'on s'en tienne le plus loin possible.Dans un tel climat, la plus petite maladresse — d'un côté comme de l'autre — laisse des cicatrices Et il y eut d'autres «incidents».Des organismes prennent donc leurs distances À compter de 1986, peut-être (tout découpage étant arbitraire), une nouvelle phase s'amorce Centraide se dote d'un énoncé de mission clair, présente un nouveau contrat-type et met sur pied un programme de désignation de don par les salariés afin de mieux concurrencer les autres campagnes de levée de fonds.Certaines de ces innovations sont communiquées aux organismes à l'occasion de la première «conférence des agences», un événement annuel de concertation avec les organismes mis sur pied par Centraide.Des groupes craignent aussi que les processus d'évaluation ne deviennent une façon de les contrôler, peu ou prou.dire: «Ouais.c'est correct!» s'ils ne se sont pas regroupés avant.Nous à la Coalition en '87 on s'était regroupé pis ça a changé pas mal d'affaires au niveau du projet de contrat.Le problème que je vois c'est de savoir quelle doit être la présence des groupes financés à l'intérieur de Centraide et y a-t-il moyen que ce soit une présence un petit peu articulée9 Dominique Boisvert: En contre-partie ça signifie: est-ce que les organismes accepteront aussi de s'impliquer dans l'ensemble de l'organisme ce qui veut dire aussi dans la levée de fonds?Ça veut dire aussi de participer aux interventions publiques collectives de Centraide.Et si c'est vers ça qu'on s'en va, ça va exiger des changements d'attitudes de certains groupes.M.M.: Je vois actuellement un tournant par rapport à la mentalité d'il y a 5,10 ans où aussitôt que Centraide envisageait des mesures de contrôle, y'avait un bracage des groupes.Je trouve important qu'on puisse discuter ces questions-là lors de la 3ème conférence.Qu'on réfléchisse les enjeux d'autonomie et de partenariat parce que nos expériences en voulant changer d'attitude envers Centraide nous invite à nous préoccuper que Centraide augmente ses fonds d'année en année si on espère recevoir davantage de Centraide Sauf que les expériences qu'on a par exemple dans le cas du contrat ou du don 18/VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988 désigné, ce sont des situations d'état de fait où l'on ramasse le feed-back sur une situation où l'on a l'impression d'avoir bien peu d'emprise.Je reconnais à Centraide le droit de se définir des priorités et des critères et de vérifier où vont l'allocation de ses fonds R.D.: Supposons que du jour au lendemain, Centraide décidait que les ACEF ce n'est pas important.Toi est-ce que tu trouverais ça légitime?M.M.: Je pense que c'est légitime de subventionner les ACEF mais justement la question aujourd'hui c'est de choisir, est-ce que je reste à l'extérieur des débats de Centraide en attendant que du jour au lendemain une décision se prenne ou bien on se dit: ben là, on va changer d'attitudes puis on va investir en-dedans de façon à s'assurer un certain contrôle sur ce qui se débat.Dans le cas du contrat on a réagi, puis on a aussi réagi face aux coupures de la DGEA de la même façon.Ce que je trouve bien différent dans le cas présent à Centraide c'est que d'une part, dans le cadre de la 3ème conférence on nous parle du partenariat lié à des objectifs de promotion et tout et tout.et que d'autre part, on nous envoie du jour au lendemain un nouveau formulaire qui nous met dans un rapport de contrôle plutôt que dans un rapport d'évaluation lié à des objectifs.D.B.: Il y a une contrainte très pratique cependant.Dans les groupes où il y a beaucoup de personnels, ils peuvent se permettent de déléguer quelqu'un sur les structures de Centraide mais dans le cas d'organisme formé d'un ou deux permanents.LE TEMPS D'UNEPAIXl.Compte tenu des initiatives que prend Centraide en 1987, plusieurs organismes réagissent et tentent de discuter.Se met sur pied une Coalition informelle qui, analysant le tout, craint que Centraide ne tente de se faire le coordonnateur d'un réseau d'intervenants qu'il encadre et oriente, sans qu'ils aient vraiment voix au chapitre.Les tentatives de consultation organisées par Centraide, si elles sont perçues comme un progrès relatif, sont encore jugées insuffisantes Passons sur le détail des diverses initiatives prises de part et d'autre pour améliorer les communications.Comme en témoignent les interventions au cours de la table ronde, le climat commence à changer, bien que les organismes éprouvent encore souvent des frustrations.Les organismes affinent leur analyse de Centraide et la dynamique des relations devient plus complexe.Plusieurs groupes, actuellement non financés par Centraide, sont prêts à modifier leurs objectifs pour être reconnus à titre d'oeuvre charitable et devenir éligibles au soutien par Centraide.Des permanents et des militants de groupes participent à des comités de travail avec Centraide.Les réactions aux irritants demeurent fermes, mais les discussions ont pour l'instant pris la place des manis.On s'interroge sur la juste place des organismes au sein du fonctionnement du bailleur de fonds.Compromission ou maturité'' R.D.: Les formes de collaboration possible pour des petits groupes ça pourrait être par exemple des contributions ponc tuelles dans le cadre de la présentation d'un mémoire par Centraide Pourquoi ne pas s'associer un certain nombre de groupes pour réfléchir avec un comité d'experts9 Guy Cousineau: Dans sa sagesse.Centraide a lancé l'idée de la conférence des agences Mais |e pense que ça va changer plus de choses que ce que les gens qui ont lancé cette idée ne souhaitaient Ils sont en train de réaliser que ça va plus loin que prévu mais en même temps ils réalisent qu'ils en ont besoin pour l'image, pour impliquer les gens qu'on finance dans les campagnes de levée de fonds Centraide n'a pas les moyens de se payer une confrontation avec I50 des 200 grou pes qu'il finance II va aussi falloir que dans le rapport de force pour savoir qui va représenter les organismes à différentes instances de Centraide, ça ne soit pas les Boys Scout qui se retrouvent là II pourra peut se créer des coalitions pour faire de tels choix ■ VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988/19 Centraide intervenant social On joue dans les plates-bandes des groupes Michel Messier: À date, nous, on a eu de très bons rapports avec Centraide.Si on le regarde du strict point de vue du financement, c'est pour nous un des bailleurs de fonds avec lequel on a le moins de problèmes.Là où ie commence à me questionner c'est que depuis trois ans Centraide se soit donné une volonté d'intervenant social.Guy Cousineau: Bon, on dit que Centraide est en train de rentrer dans les plates-bandes des groupes en agissant comme intervenant social.Nous au C.A., on a demandé que Centraide prenne un leadership dans la communauté C'est pas vrai que quand tu vas chercher 20 millions dans la communauté que tu n'as pas aussi à assumer un leadership au niveau de la promotion des organismes communautaires et bénévoles.Centraide doit aussi promouvoir ses préoccupations sociales et faire connaître les intérêts qu'il défend Dans ce sens là, on a demandé au C.A.de présenter des mémoires à la Commission Parizeau et à la Commission Rochon Mais quand il fait ça, il prend aussi la place d'organismes qu'il finance et qui devraient aussi faire ce travail Alors apparaissent de petites concurrences Mais ça, il faut bien comprendre que c'est fait en vue de permettre une implication plus grande de Centraide dans la communauté qui soit autre que de simplement distribuer de l'argent aux groupes Lyse Brunet: J'ai aussi un malaise à concevoir Centraide comme un intervenant social.Je me demande quelle est l'identité de Centraide9 A l'origine, il s'agissait de ramasser des fonds pour aider des groupes qui font du développement social, du changement social à mieux le faire et de solliciter les entreprises privées et les citoyens à cette fin Si Centraide doit faire la promotion de quelque idée, c'est de celle-là et du travail des groupes communautaires.Centraide ne peut être un intervenant social au même titre que les groupes qu'il finance.Si un rôle d'intervenant est assumé par Centraide, il doit être fait à un niveau suffisamment large pour respecter le consensus.Il faut aussi qu'il soit représentatif des gens qu'il finance, donc il faut que les groupes aient une représentation quelque part pour participer aux discussions et aux décisions.Mais quand tu fais ça, tu deviens partie prenante de l'organisme et tu n'as plus un rapport d'extériorité envers celui-ci.Alors, de nouvelles tensions apparaissent.Dominique Boisvert: Et ça ne pourra même pas être uniquement des groupes qui reçoivent parce que Centraide est aussi composé de ceux qui donnent.L.B.: De deux choses, ou bien Centraide est un intervenant social et il intègre des groupes dans le processus de décision ou bien il ramasse de l'argent et la distribue.D.B.: Le concept d'une vocation sociale de Centraide comme intervenant me semble avoir du sens dans des cas très précis.Prenons l'exemple des numéros d'oeuvres de charité: on aurait souhaité que Centraide intervienne auprès du gouvernement pour faire débloquer des dossiers.Tout le débat sur la privatisation est un autre lieu où Centraide devrait pouvoir intervenir.René Doré: Oui, mais moi ce qui me gêne c'est que lorsque Centraide a présenté des mémoires à des Commissions au cours des deux dernières années, il a fallu que je fasse la demande officielle à la conférence des agences pour que les groupes en reçoivent une copie sinon Centraide ne nous les envoyait même pas Les tensions entre deux solitudes Guy Cousineau: Un des endroits où il y a le plus de tensions à Centraide c'est entre la levée de fonds et la distribution.Même dans les comités d'allocation, ceux qu'on reconnaît comme les représentants d'employeurs, ce sont des gens qui socialement sont impliqués pour aider et mettre leurs compétences au service des groupes qu 'ils vont visiter.Ils finissent au contact des groupes, par épouser la mission sociale de Centraide au service des petits groupes et là, il y a moins de tensions.La «vraie» tension, on la retrouve avec ceux qui s'en vont dans les entreprises pour la levée de fonds, ceux qui organisent les campagnes auprès des entrepreneurs et qui nous disent: «Les gens qui sont propriétaires refusent de donner parce que Centraide finance les associations de locataires.Ceux-ci ajoutent que si Centraide continue de les financer, il n'y aura plus de campagnes dans leur entreprise».Il faut que le monde qui assure la collecte comprenne que Centraide c'est une dynamique où l'on retrouve toutes sortes de monde, que tous les organismes ne font pas l'affaire de tout le monde en partant, mais qu'on doit permettre quand même à ces organisations là de vivre et que ça ne doit pas constituer un frein aux campagnes.René Doré: On a ainsi l'impression qu'il y a comme deux solitudes à Centraide: ceux qui ramassent l'argent et ceux qui la dépensent.G.C.: Avec le dernier président de la campagne, on a fait le joint On l'a amené voir quelques organismes.Il a aimé ça et a compris ce qu'est Centraide par le travail que les organismes font.Il est ensuite parti en croisade pour expliquer ce que lui avaitvu.C'était un bon communicateur et la campagne a bien fonctionné.20/VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988 La gestion et la pertinence du «communautaire» sont en cause Il est clair que les relations entre Centraide et les organismes sont entre autres le lieu d'un choc culturel: les mots, les gestes posés n'ont pas le même sens pour tous, ce qui complique un peu les communications.Un vocabulaire commun s'établira peut-être au fil des collaborations.Ce choc culturel se retrouve aussi à un autre niveau, encore impopulaire au sein des organismes communautaires même si on y en parle de plus en plus: celui des pratiques de gestion.Plusieurs organismes ont le sentiment que la planification par objectifs, l'évaluation quantitative des résultats, l'établissement de politiques de gestion de personnel claires, par exemple, sont inadaptées à leur réalité, caractérisée par le manque de ressources et le besoin de souplesse.Mais Centraide estime que de tels outils contribuent au développement d'un groupe bien structuré et souhaite s'en servir pour évaluer les organismes.Et cela renvoie à un autre problème de fond.Centraide veut évaluer la gestion et l'efficacité des groupes pour en rendre compte à la population, qui donne son argent.Mais l'organisme, qui se veut démocratiquement géré, estime bien souvent que c'est à ses membres qu'il est d'abord redevable et que Centraide n'a pas à s'immiscer dans ses affaires.Comment concilie-t-on l'obtention de fonds et le maintien des Du point de vue de groupes de femmes Lyse Brunet: Mon expérience avec Centraide, c'est d'essayer d'ouvrir le dossier Centraide pour les groupes de femmes.Le problème que ces groupes rencontrent, c'est qu'ils n'ont pas de numéro de charité et ce, même s'ils font un travail «charitable» au sens moderne du terme.Ce problème ex- orientations d'un organisme?Y a-t-il des compromis nécessaires?D'autre part, existe-t-il des méthodes de gestion plus rationnelles que celles qu'on observe souvent, mais qui soient adaptées à la réalité du monde communautaire?Gère-ton un groupe populaire avec les outils administratifs d'une PME, ou d'une multinationale?Faudrait-il devenir inventif dans un domaine jusqu'ici volontairement délaissé?.Dans le même temps, Centraide souhaite devenir un intervenant de plus en plus actif dans les grands débats sociaux.Cela requiert qu'il soit représentatif de la communauté, y compris des organismes qu'il soutient II faudrait donc que les organismes en soient partie prenante, qu'on les invite et qu'ils acceptent de s'impliquer, de se mouiller Quelques pas ont déjà été faits.Mais les organismes ne se sentent pas tous prêts à aller si loin.Bien sur, tous ne ressentent pas les mêmes malaises dans leurs relations avec Centraide Mais il faut tenir compte de leur grande diversité et de leur quasi-absence de concertation dans ce domaine.Il faudrait que tous les groupes admettent que Centraide soit dorénavant plus qu'une source de fonds dont on fuit le regard scrutateur.D'autre part, jusqu'où peut-on aller sans déséquilibrer les relations avec les donateurs?Et les questions métaphysiques.Au bout du compte, c'est la reconnaissance de la pertinence du secteur communautaire qui est en cause A-ton besoin des services qu'il offre?Est-on prêt à admettre que la prise en charge qu'il suscite doive aller jusqu'à la prise de parole par la population?Lui donnera-t-on les moyens de survivre?Lui reconnait-on une légitimité?Et les organismes peuvent-ils à la fois rester fidèles à leur mission et collaborer — sur la question du financement en tout cas — avec l'ensemble des autres partenaires sociaux'' Ont-ils intérêt à associer leur voix à un porte-parole nuancé comme Centraide, quitte à s'exprimer aussi ailleurs?Comment se développeront-ils, au plan des orientations comme à celui de la gestion?Il ne faudrait pas non plus se faire d'illusion la différence de nature entre Centraide — ou tout bailleur de fonds — et les organismes communautaires qui bénéficient d'un soutien financier pose nécessairement des limites aux collaborations envisageables, qu'il faut respecter Mais cette frontière est devenue mouvante, du côté des relations avec l'État comme avec les autres bailleurs de fonds On aborde un nouveau territoire Avec un peu de chance, l'expérience de Centraide Montréal dans les prochaines années pourrait aider à évaluer ce qui est possible ■ du donc ces groupes qui sont plus petits, plus jeunes et sans tellement d'autres ressources.Ce qui peut se passer aussi c'est que des groupes décident d'organiser eux-mêmes leur propre levée de fonds.On en a fait une pour une maison d'hébergement auprès du secteur privé puis on a récolté 125 000$ pour une première expérience.On aurait jamais eu ça à Centraide.Pour que les groupes de femmes acceptent les contraintes de Centraide il faut que ça vaille la peine II faut que ça rapporte des sous et qu'il y ait une place dans le processus de décision.Autrement, pour les groupes, Centraide représente un bailleur de fonds comme les autres et puis ceux que t'aimes le plus, ce sont ceux qui te demandent le moins.VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988/21 par JEAN FOREST Une sage-femme déplore son exil On l'a vu encore récemment, le Collège des médecins du Québec n'acceptera jamais d'accorder leur juste place dans les soins de maternité aux sages-femmes de chez nous, et ce, pour une question de gros sous que les autorités médicales masquent derrière des propos scientifiques Heureusement qu'il y a de l'espoir du côté politique, la ministre, Mme Thérèse Lavoie-Roux, ayant pris officieusement des engagements favorables à la reconnaissance de leur statut.Mais l'énoncé politique se fait encore attendre.Le témoignage de Rollan-de Dubé, une citoyenne de St-Jean-Port-Joli, relaté dans la livraison du mois d'août du journal communautaire L'ATTISÉE, met en lumière deux choses: le sort que le milieu médical québécois a réservé aux sages-femmes et l'importance qu'on leur reconnaît ailleurs dans le monde «.En 1974, après avoir oeuvré dans la région à titre d'infirmière au département d'obstétrique et aux soins à domicile, Rollande Dubé se laisse attirer par les pays en voie de développement.Elle travaille au Cameroun où elle forme du personnel infirmier tout en étant responsable d'une maternité, puis elle travaille deux ans dans un projet de santé de base aux IlesComores En quête de l'essentiel C'est là que, en collaborant avec une sage-femme 22/VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988 musulmane, son cheminement l'amène à cette profession.«Jusqu'ici, je ne faisais que le suivi post et prématernel.Il y avait une coupure qui brisait la continuité des soins.Même en travaillant en obstétrique, il y a un moment qui n'est pas accessible à l'infirmière: l'accouchement.Et cet instant là est pourtant l'essentiel.Ne pouvant recevoir une formation de sage-femme ici au Québec, Rollande Dubé choisit l'exil: elle ira étudier en Suisse.Elle y restera quatre ans tant elle s'y plaît.«Ah, si les Québécoises pouvaient donc connaître ce qu'est un centre de maternité en Europe!, dit-elle.Là-bas, la sage-femme n'est pas bousculée.Au contraire, elle est intégrée au milieu hospitalier.Les médecins sont ses collaborateurs».Si on lui demande pourquoi, elle répond: «Au Québec, il y eut un moment d'arrêt.On a évacué le rôle de la sage-femme pour le maintenir dans l'illégalité.Les Européens n'ont jamais subi cette coupure La sage-femme a toujours existé et elle a eu accès à une formation de qualité.Elle fait partie des moeurs».En attendant la législation de sa profession, Rollande Dubé fait bénéficier de son expérience les mamans d'outre-mer tout en poursuivant sa revendication à travers des gestes silencieux.Une coupure de plus dans les soins de santé Sous le titre: «Quelques suicides de plus ou de moins » LA GAZETTE POPULAIRE de Trois-Rivières dans son numéro du 11 septembre dernier, fait état des coupures de budget que le ministère de la Santé et des Services sociaux vient d'imposer au Service Prévention Suicide de cette ville, le S.P.S.T.R.Ce dernier, annonce qu'il se voit dans l'obligation de suspendre indéfiniment ses principaux services à la communauté faute du financement essentiel que le ministère lui refuse cette année.Le coordonnateur de cet organisme communautaire, M Jacques Riopel, commente en ces termes cette décision du ministère: «On m'a encore fait savoir que la politique en santé mentale sortirait prochainement et que, d'ici là, on n'avait qu'à attendre et à constituer une liste d'attente pour nos bénéficiaires En réalité, on ne considère pas le problème du suicide comme étant plus important qu'il le faut Quelques suicides de plus ou de moins, ça ne semble pas peser lourd au MSSS.» Et M.Riopel d'ajouter: «Pendant que le ministère ajuste ses petites virgules sur la politique de la santé mentale, il y a un budget alloué de 8 millions qui dort dans ses coffres.Et dire qu'on ne demande qu'un petit I00 000$.C'est pas beaucoup pour pallier au désespoir mais c'est déjà mieux qu'une liste d'attente.».Cette année, avec le budget qui était le leur, les membres du S.P S.T.R.ont consacré 383 heures à 233 rencontres de suivis, ont fait plus de 900 relances téléphoniques auprès de suicidaires de même que 34 activités de sensibilisation et de formation pour la population en général UnH.P.L.àciter en exemple?Toujours dans la GAZETTE POPULAIRE de Trois-Rivières, du 14 août dernier cette fois, on trouve un article d'information sur les programmes offerts à cette période-ci autant par la Société canadienne d'hypothèques et de logements (SCHL) que par la Société d'habitation du Québec (SHQ).Titré: Les Habitations populaires Desjardins, un parti pris pour le logement social, cet article se termine par les deux paragraphes suivants: «Aux Habitations populaires Desjardins, on est très conscient de la complexité de ces programmes et de toutes les démarches entourant la mise sur pied d'une coopérative d'habitation ou d'un OSBL C'est justement pour aider et accompagner les personnes et les organismes qui ont décidé de prendre en mains leurs conditions de logement qu'on existe.Nous sommes un groupe de resssources qui a une expertise de 10 ans dans le logement social et qui a vu à la réalisation de 868 unités de logement.Je crois qu'on peut leur donner un sérieux coup de main» de conclure M Ghislain Aubin, directeur général des Habitations populaires «Donc, si vous en avez votre claque de déménager à tous les ans et que vous êtes tentés par la formule coopérative, sachez que les gens des Habitations populaires vous attendent les bras ouverts.» Le H.PL.de votre région tiendrait-il le même langage?Ce serait intéressant de vérifier. H^ HiliM.'K'l'HI.'H'gm Humour noir, rire jaune, «blanc de mémoire » Au sud, pays en voie de développement, au nord, pays en voie d'extinction Les pays du tiers-monde produisent en quantité une denrée de plus en plus rare dans nos pays industrialisés: les enfants.On a bien essayé de limiter leur postérité en leur refilant nos moyens de contraception, pendant qu'ici on commençait à investir des millions pour procréer «en verre» et contre tous.De part et d'autre, toutes les mesures sont bonnes pour que là-bas les femmes produisent moins, pour qu'ici elles produisent plus.Désinci-tatives, incitatives, elles ne font leur preuve nulle part.Et les gens de gros bon sens ne comprennent toujours pas pourquoi elles n'arrêtent pas, pourquoi elles n'en font plus.Elles sont si pauvres, nous sommes si riches! Les gens à l'esprit mercantile, eux, analysent vite la situation: au sud, l'offre, au nord, la demande; au sud, la pauvreté (des femmes), au nord, l'abondance La solution s'impose d'elle-même: vendons à ceux qui n'ont pas ce que d'autres ont en trop.Avec beaucoup d'intermédiaires entre les deux transactions.L'adoption servie à la capitaliste ne profite guère aux femmes Ça ne règle surtout rien, mais à la limite ça peut rendre des gens heureux.Quant à redresser la balance démographique au nord.Pour certains, le drame est ailleurs: la race blanche, tôt ou tard sera une ligne «discontinuée» L'avenir du monde (blanc, s'entend) se joue maintenant Evitons la pénurie Produisons, sans les femmes s'il le faut, mais produisons.Et puisque rien ou si peu ne se crée, mieux vaut que rien ne se perde non plus: finançons massivement les spectaculaires expériences de transplantations d'organes sur les enfants.Mais tant qu'on ne fera pas de coeurs et de foies en caoutchouc, on se confronte encore S un nroblème de matières premières Ça prend un sens des affaires qui ne s'embarrasse pas de scrupule pour faire le trafic d'organes d'enfants Du sud vers le nord et sans problème de couleurs Car qui saura que cet enfant roux aux yeux bleus cache des poumons de Brésilien et un coeur d'Haïtien?L'immigration devenue acceptable et profitable en pièces détachées Horreur, mensonge et sensationnalis-me.Faut pas croire tout ce que rapportent les journaux* Mais on en a déjà vu de toutes les couleurs avec les histoires de race Ça peut aller loin Et ça ne sera pas la première ni la dernière fois que l'histoire se fermera les yeux ■ par NICOLE BRAIS * 8 août 1988, La Presse, p A4 Sepl bébés allaient être tués et vendus à des banques d'organes US 13 août.1988 La Presse, p B8.Trafic de bébés Perez de Cuellar veut des preuves 14 août I988.La Presse.F6.Les trafiquant au raient vendu une centaine de bébés depuis six mois LE MONDE VU FEw BAS f»*"-2Sv«»* ils our -roojootS MAIS US CHClSiiS&jr ftta Qu'ils te l.'Ai& Me£., A X qui VIE OUVRIERE/NOVEMBRE 1988/23 ^h- u EEEffllB Nouvelles générations autochtones: Les luttes quittent les salons d'Ottawa par RICHARD ST PIERRE L'échec des négociations constitutionnelles de l'an passé s'est conclu par une menace à peine voilée des chefs autochtones: «Ce que vous n'avez pas voulu convenir avec nous, vous devrez le régler dans un avenir très rapproché avec les plus jeunes, sur le terrain».Dernière carte d'un poker désespéré?Un bref retour sur la dernière année illustre éloquemment jusqu'à quel point les négociateurs Jim Sinclair et George Erasmus ne bluffaient pas.L'occupation du parc en Minganie, Kahnawake, Lac Lubicon1, la relance de la bataille du saumon à Restigouche, les barrages routiers de Ma-nouane, Lac Rapide et Témagami, le feu roulant des actions des peuples aborigènes contre l'ordre allochtone2 signale l'ampleur du réveil «indien».Un réveil porte par une nouvelle génération bien décidée à se frayer un passage à travers la lourde indifférence de la société blanche.Hors des salons feutrés d'Ottawa, les jeunes portent maintenant le combat sur les territoires ancestraux et les rues des grandes villes.On avait craint que la «génération nouvelle de leaders» déclenche une vague de violence.On a même voulu la prévenir en envoyant les «troupes» pour pacifier quelques réserves.Il n'y a pas que Reagan qui a la nostalgie du western.Les Autochtones n'avaient pourtant pas déterré la hache de guerre, ils et elles n'avaient que décidé d'enterrer quelques illusions.Mou i en oraiû aw *
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