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Titre :
Vie ouvrière.
Vie ouvrière est une revue catholique mensuelle d'animation sociale engagée pour la cause ouvrière qui a été publiée à Montréal de 1979 à 1990. [...]
La revue mensuelle Vie ouvrière est publiée à Montréal de 1979 à 1990. Elle fait suite à Dossiers « Vie ouvrière » (1974-1978), revue catholique d'animation sociale engagée dans le monde ouvrier, élargissant ses préoccupations aux laissés pour compte des luttes syndicales : travailleurs non syndiqués, pauvres, chômeurs, assistés sociaux et marginaux. Vie ouvrière montre aussi une sensibilité à l'égard d'un large éventail de problématiques sociales plus larges. La montée du féminisme a des répercussions sur les orientations de la revue. La question autochtone fait aussi l'objet d'une certaine attention; le dossier d'avril 1979 y est consacré. Vie ouvrière fait une place plus grande aux militants chrétiens impliqués dans le missionnariat et la coopération internationale, et on y trouve de nombreux dossiers et articles à saveur altermondialiste sur la solidarité internationale. La première livraison de 1981 marque une rupture dans la facture visuelle de Vie ouvrière. La page couverture monochrome habituelle fait place à une page illustrée et colorée et des photographies et des illustrations parsèment maintenant les textes, donnant une allure de magazine à la revue. Celle-ci procède toutefois toujours par enquêtes, reportages et articles de fond. Vie ouvrière fait partie d'une longue série de publications incluant aussi le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990) et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004). La publication de Vie ouvrière résulte d'une collaboration entre le Centre de pastorale en milieu ouvrier, la Jeunesse ouvrière catholique et le Mouvement des travailleurs chrétiens. VALLIÈRES, Pierre, « Le magazine de Vie ouvrière - 40e anniversaire. Troisième partie : les années 70 - L'utopie et l'institution », VO, no 232, septembre-octobre 1991, p. 12-14.
Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1979-1990
Contenu spécifique :
septembre-octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Dossiers "Vie ouvrière",
  • Successeur :
  • VO
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Références

Vie ouvrière., 1988, Collections de BAnQ.

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OUVRIERE lO '// 6î.Y", -> % \ /> ir?LES DROITS DE LA PERSONNE: tW I EST-CE QUE L'ON VOUS REGARDE?POUR VOUS, communiquer c'est: I réussir une conférence de presse □ passer une bonne entrevue, parler en public □ réaliser des outils efficaces □ connaître l'impact de la télévision ou de la publicité, comment réagir POUR NOUS, communiquer c'est offrir des sessions adaptées aux besoins de votre groupe pour: D vous aider à atteindre vos objectifs D rejoindre vos publics cibles □ découvrir l'envers du décor stpierre Centre St-Pierre 1212, rue Panet Montréal, H2L 2Y7 (514) 524-3561 Pour préserver nos acquis gagnés par des générations d'hommes et de femmes dont les espoirs, le combat, les victoires sont racontés dans l'histoire du (3CDG3) En vente dans les librairies et au CTM 2100, Papineau, 2e étage 527.3666 6\i Montréal aétropollttia NE MANQUEZ PAS EN NOVEMBRE Un dossier surCentraide Un débat sur l'abolition des prisons Le point sur la situation en Haïti FORMATION EN SOLIDARITÉ INTERNATIONALE C'EST LE TEMPS DE S'INSCRIRE ! INTRODUCTION AU DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL 1ère partie: Causes du mal-développement 2e partie: Stratégies de développement -les mercredis 21 et 28 septembre, 19hà22h AOE WTERNATIONALE AU DÉVELOPPEMENT -lesamedi 15 octobre, 9h30à 16h30 POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU CANADA -A* -le vendredi 28 octobre, 9h30 al 6h30 M, m ^^ i , ; M PIERRE BLACHE VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE OCTOBRE 1988/17 on unanimement, on ne saurait éduquer aux droits humains sans parler de paix et de relations interculturelles.Des enfants de la guerre Elle s'appelle Mani Jeh Elle a quitté son Afghanistan natal il y a six ans, puis elle a vécu deux ans dans un camp de réfugiés en Inde Finalement arrivée au Canada sans papiers, elle a dû se battre pour avoir le droit de retourner à l'école.En 1985, à 16 ans.Mani Jeh participait à la première tournée internationale Jeunesse pour la paix et la justice1.Son but: «Il faut que les jeunes développent un sentiment de responsabilité face à ce qui se passe dans le monde Si les enfants comprennent ce qui se passe, peut-être que demain ils ne referont pas les mêmes erreurs Moi j'ai beaucoup appris au contact des autres jeunes de la Tournée.» Les élèves québécois de la soixantaine d'écoles visitées chaque année par la Tournée sont touchés par les récits d'enfants de la guerre et par ceux de jeunes Autochtones d'ici, aussi victimes d'injustices.L'identification à d'autres jeunes est un moteur puissant: «Si un adulte l'avait raconté, ça n'aurait pas été pareil», disent-ils souvent.«La Tournée a tellement bouleversé nos élèves, qu'ils nous ont demandé toute l'année si les jeunes allaient revenir», rapportait cette enseignante de Hunting-don, qui multiplie l'impact de cette visite par les exemples qu'elle apporte dans ses cours de sciences morales.Outre le suivi assuré par certains professeurs à l'intérieur même de leurs cours, la Tournée vise à ce que des groupes locaux (pacifistes, communautaires, etc.) poursuivent le travail de sensibilisation amorcé.À la défense de prisonniers d'opinion Un midi par semaine, Tatiana Garakani et Blanca Aguilar écrivent des lettres Membres du groupe d'Amnistie internationale de l'école secondaire St-Luc, elles écrivent inlassablement pour s'informer d'un disparu ou réclamer la libération d'un prisonnier d'opinion Parfois, l'organisation leur apprend que leurs efforts ont porté fruit, alors c'est la fête Amnistie internationale compte de tels groupes dans une quinzaine d'écoles secondaires ou de collèges Essentiellement, ils font des «actions urgentes»: let- tres ou télégrammes à expédier dans un très court laps de temps.De plus en plus cependant, on tend à jumeler les groupes d'étudiants avec les «groupes accrédités» qui prennent en charge des dossiers de prisonniers sur une plus longue période.Tatiana, arrivée d'Iran depuis moins de deux ans, se souvient combien, pour les peuples qui vivent dans des régimes non démocratiques, il est important qu'on parle de leur cause à l'étranger: « C'est important de faire savoir à ces régimes qu'on sait que telle personne est disparue ou qu'elle a été torturée».Pour Blanca, née au Salvador, la liberté acquise ici donne le goût d'agir: «Dans mon pays, nous n'avons même pas le droit de parole! C'est en arrivant ici que je me suis rendue compte de ce qui se passait dans mon pays et dans le monde.» Marie Huguet-Latour, animatrice de pastorale et initiatrice du groupe, souligne tous les aspects touchés par un tel travail: «La politique internationale, les complicités canadiennes, la question de l'armement, le débat sur la peine de mort.On découvre des liens entre ces diverses situations et ça nous amène à être plus critiques sur notre propre société, à exiger plus de justice pour ici » Et les droits des jeunes?«Les jeunes ne peuvent apprendre le sens des droits fondamentaux que s'ils sont reconnus comme sujets de droits, capables de les exercer et d'assurer leur respect.» L'un des intervenants à la Conférence Les droits ça s'apprend2, reprenant en cela les recommandations de l'UNESCO, rappelait avec beaucoup d'à-propos qu'on ne peut apprendre la démocratie que dans un cadre démocratique, autrement dit, l'école ne peut prétendre éduquer aux droits humains sans pratiquer en son sein l'égalité, l'impartialité, la justice Parler de respect des droits à l'école, c'est inévitablement poser la question de l'exercice de l'autorité, de la participation étudiante, de la liberté d'expression (notamment via les journaux étudiants), du droit d'association (via les associations étudiantes).Lors de cette même Conférence, il est notamment ressorti que «l'école demeure encore dans l'ensemble autoritaire, conservatrice et les comités étudiants, quand ils existent, ont peu d'effet et peu de pouvoir» L'un des ateliers recommandait «que la réglementation scolaire devienne un outil pour éduquer aux droits et qu'elle passe d'une fonction d'abord administrative à une fonction d'abord éducative.»3 En 1981, la Commission des droits de la personne avait fait l'effet d'une bombe avec son guide Jeunes égaux en droits et responsables.L'affirmation que les jeunes avaient des droits avait suscité un peu de panique, du genre: «Les jeunes sont déjà suffisamment portés à revendiquer; qu'est-ce que ça sera si on leur dit qu'ils ont des droits?» Selon Nicole Pothier, agente d'éducation à la Commission, les réactions ont évolué depuis: «Maintenant, le personnel scolaire se demande plutôt comment reconnaître les droits des jeunes, afin qu'ils prennent leur place, dans une optique de responsabilité et de réciprocité.De plus en plus de gens considèrent en effet qu'il vaut mieux régler les litiges par la recherche de consensus plutôt que par la force.La reconnaissance du fait que toute personne a des droits semble moins menaçante qu'auparavant, en même temps qu'elle oblige à changer certaines façons défaire.» La Commission des droits de la personne donne maintenant des sessions de formation4 adressées au personnel scolaire, sur la base du document Pour mieux vivre ensemble (édition revue et augmentée de Jeunes égaux en droits et responsables).Très utiles pour maîtriser les principaux outils (Déclaration universelle des droits de l'homme, Charte québécoise des droits et libertés de la personne) et voir comment on peut les intégrer à l'enseignement, ces sessions veulent aussi proposer des modes d'organisation de la vie à l'école qui soient respectueux de toutes les personnes qui y vivent.Un automne chaud Avec la collaboration d'une huitaine d'associations (Commission des droits de la personne, Ligue des droits et libertés, Amnistie internationale), la CEQ lancera dès septembre un cahier pédagogique5 proposant une série d'activités autour du thème «Déclarer la paix; réclamer nos droits».On débutera le 20 septembre, avec une minute de silence pour la paix, pour poursuivre, jusqu'à la fin octobre, avec des activités liées aux jouets militaires et à la paix.Le tout culminera autour du 10 décembre, date du 40ème anniversaire de la Déclaration universelle (suite à la page 21) 18/VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE-OCTOBRE1988 46 La Charte et le droit du travail: Privilégier les droits individuels au détriment des droits collectifs?par ROBERT COUILLARD' La Charte canadienne des droits et libertés, à l'article 2d), énonce la liberté d'association comme une liberté fondamentale.Cela signifie-t-il la reconnaissance constitutionnelle de droits aussi importants que ceux de négocier librement une convention collective et de faire la grève?Dans trois jugements récents, une majorité de juges de la Cour suprême du Canada ont répondu par la négative, en dépit de la dissidence de deux des leurs et de l'interprétation contraire de nombreux experts.Qu'est-ce que cela annonce pour l'avenir des droits collectifs et notamment des droits du travail?Se pourrait-il que la Charte et son interprétation devien -nent l'occasion-sinon un moyen -de remettre en cause notre droit des rapports collectifs et de travail?Pas une avancée, mais pas un recul Pour le mouvement syndical, l'enjeu est de taille.Une reconnaissance constitutionnelle des droits de négociation collective et de grève aurait eu pour effet de rendre beaucoup plus difficiles les limitations à leur exercice, par exemple par des lois statutaires, des lois spéciales ou par voie d'injonction2.L'avancée que le mouvement syndical aurait pu légitimement espérer n'a donc pas eu lieu, du moins pour le moment.Au plan juridique, l'effet de ces décisions ne représente toutefois pas un recul par rapport à la situation prévalant avant l'adoption de la Charte en 1982.Ni le Code du travail, ni le régime syndical existant ne s'en trouvent mis en cause.Il pourrait en aller tout autrement sous d'autres aspects majeurs, tels le monopole de représentation syndicale3 et la retenue syndicale obligatoire, deux piliers de notre régime syndical.À craindre: des altérations à la pièce Un jugement de la Cour suprême de l'Ontario (l'arrêt Lavigne) témoigne de ce qui pourrait advenir de l'article 47 du Code du travail, article qui impose la retenue de la cotisation syndicale pour tous les salariés qui font partie de l'unité d'accréditation.En se fondant largement sur la jurisprudence américaine, la Cour suprême de l'Ontario a reconnu que la liberté d'association protégée par l'article 2d) de la Charte inclut aussi une liberté de non-association.Sur cette base, elle conclut qu'une disposition de retenue obligatoire dans une convention collective viole la liberté d'association Cette convention impliquait une institution créée par le gouvernement et la disposition en question était permise (et non imposée) par la loi ontarienne.Quant à savoir si cette limitation était raisonnable dans le cadre d'une société libre et démocratique (selon l'article 1 de la Charte), la Cour a conclu que l'utilisation de cotisations obligatoires pour des fins autres que la négociation et l'application de la convention collective ne peut être justifiée lorsque l'individu s'objecte à ces utilisations autres.Si une telle interprétation était retenue par la Cour suprême du Canada, l'article 47 deviendrait invalide, avec les conséquences que l'on suppose sur la perception et l'utilisation des cotisations syndicales.Plus encore, est-ce que cette conception de la liberté d'association, incluant une liberté de non-association, ne risque pas de remettre en question le monopole syndical institué par notre Code du travail?Il y aurait des arguments et même de la jurisprudence à l'appui d'une telle prétention, avec ce que cela suppose de bouleversement pour notre régime et notre mouvement syndical Y a-t-il lieu de céder à la panique?J'avoue avoir beaucoup de difficulté à imaginer que la Cour suprême en vienne à disloquer de cette manière notre régime de rapports collectifs de travail Les propos tenus par la majorité des juges dans Re Public Service Employée Relations Act, l'un des trois jugements pré-cités, vont plutôt dans le sens contraire et manifestent une répugnance à se substituer au législateur en cette matière Encore que les juges passent, que les conionctures changent, mais que la Charte reste Des droits privilégiés?«Si les principes fondamentaux de la liberté individuelle sont enchâssés dans la Constitution (parce que cons tants!), mais que les droits collectifs, ou socio-économiques, ne le sont pas (parce que les contextes changent1), il s'ensuit une dynamique particulière entre les uns et les autres, où les uns, enchâssés, seront privilégiés » VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE OCTOBRE 1988/19 Un scénario plus plausible serait que sans démanteler le système, on l'altère ou le «raccomode» à la pièce.En effet, on pourrait mentionner d'autres dispositions de nos lois du travail susceptibles d'être remises en cause par l'application de la Charte: les mesures de sécurité syndicale, le piquetage, les procédures de détermination de l'unité d'accréditation, celles concernant la représentativité, etc Charte, relations de travail et économie Dans Re Public Service Employée Relations Act, le |uge Mcintyre invoque «de bonnes raisons de politique sociale» pour ne pas implicitement déduire le droit de grève du droit d'association Après avoir souligné l'importance fondamentale du droit au travail et son caractère «extrêmement délicat» il enchaîne sur des considérations économiques Je le cite.«De gigantesques changements d'ordre économique, social et industriel se préparent non seulement au Canada et en Amérique du Nord, mais aussi dans d'autres parties du monde L'évolution de l'éco- nomie nationale canadienne, le déclin des industries fondées sur les ressources naturelles ainsi que de l'industrie lourde, ces changements qui surviennent dans l'ordre commercial et industriel international, ont engendré une pression énorme pour que soient réévaluées les façons traditionnelles d'aborder les questions économiques et industrielles, y compris celle du droit et des politiques en matière de travail».Le juge poursuit en disant qu'intervenir dans ce processus dynamique, à ce premier stade d'évolution de la Charte, reviendrait à conférer à l'une des forces en présence (par la reconnaissance constitutionnelle du droit de grève) une arme économique qui échapperait, sous réserve de l'article premier, à tout contrôle législatif et pourrait aller jusqu'à geler les relations de travail et à restreindre le processus d'évolution nécessaire pour faire face aux circonstances changeantes de la société contemporaine (1987IRCS 414 et 415).Pour préciser sa pensée, le juge Mcintyre cite Peter Gall: «La négociation collective loue un rôle extrêmement important dans notre société, et ce, depuis un certain temps maintenant Mais en sera-t-il toujours ainsi?Pouvons-nous avec certitude prédire que dans 50 ou même 20 ans la négociation collective sera toujours l'activité première des syndicats?Ou bien aurons-nous adopté quelque autre technique pour fixer les conditions d'emploi, comme l'arbitrage intégral d'intérêts ou un recours plus important à des normes législatives.La Charte consacre les principes fondamentaux de la liberté individuelle.Les activités de l'homme peuvent changer avec le temps mais ces principes demeurent constants.La négociation collective n'a pas cette même qualité d'être de tous les temps et en conséquence, nous serions bien malin de lui accorder une protection constitutionnelle en vertu de la notion de liberté d'association» (1987 IRCS 415).Voilà le gros gibier! Une première remarque s'impose: les débats entourant l'adoption et l'interprétation de la Charte canadienne reflètent bien une opposition historique entre deux conceptions des droits et libertés.L'une, inspirée du libéralisme classique et de sa notion d'égalité formelle, s'appuyait exclusivement sur les droits individuels; l'autre, véhiculée parles luttes syndicales et sociales, voyait dans les droits collectifs et socio-économiques, une garantie plus concrète d'égalité.M.Gall s'inscrit d'emblée dans le premier courant.Deuxième remarque: les propos du juge Mcintyre et ceux qu'il cite de Peter Gall révèlent la nature et l'ampleur des forces économiques, idéologiques.et juridiques auxquelles aura à faire face le mouvement syndical dans le contexte de la Charte Avec une concision et une logique remarquables, le juge pose les véritables enjeux des relations industrielles et de travail pour les années à venir.C'est avec raison, il me semble, qu'il soulève les problèmes qu'entraînerait une trop grande rigidité du droit du travail et du droit en général.Mais ce faisant, c'est toute la question d'une charte constitutionnelle qu'il met aussi sur la sellette.Car si les principes fondamentaux de la liberté individuelle sont enchâssés dans la Constitution (parce que constants!), mais que les droits collectifs, ou socio-économiques, ne le sont pas (parce que les contextes changent!), il s'ensuit une dynamique particulière entre les uns et les autres, où les uns, enchâssés, seront privilégiés.Certains arrêts déjà rendus en constituent une manifestation possible 20/VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE-OCTOBRE1988 96 Flexibilité, flexibilité.«Flexibilité dans l'entreprise, flexibilité dans la gestion, flexibilité de la technologie, flexibilité de la main-d'oeuvre, flexibilité dans l'organisation du travail, dans les statuts d'emplois, dans les tâches, les horaires, etc.Se pourrait-il que la Charte, qui ne se préoccuperait que des droits individuels, puisse être une voie pour renouveler notre droit des rapports collectifs de travail?Pour lui donner précisément cette flexibilité qu'il n'aurait pas?Une flexibilité d'autant plus intéressante qu'elle faciliterait toutes les autres?» La réalité ne s'embarrasse pas de catégories et de concepts.Tantôt la protection des droits individuels servira mieux l'individu, mais dans d'autres circonstances, l'exercice de droits collectifs ou socio-économiques lui sera plus favorable.Or la Charte pourrait bien favoriser les uns au détriment des autres, bien protéger le citoyen, mais mal les individus.Cela peut constituer un terrible étau pour le mouvement syndical.Flexibilité, quand tu nous tiens! Ceci m'amène à une dernière remarque, la plus importante.Elle ne peut, pour le moment, que prendre la forme d'une hypothèse, fondée notamment sur certaines prémisses posées par le juge Mclnty- re.Face aux «gigantesques changements d'ordre économique, social et industriel» dont il parle, face aux «pressions énormes engendrées par les changements dans l'ordre commercial et industriel international», pour que soient «réévaluées les façons traditionnelles» d'aborder les questions économiques, industrielles et de relations de travail, se pourrait-il que la Charte et son interprétation deviennent l'occasion, sinon un moyen, de justement remettre en cause notre droit des rapports collectifs et de travail?Pour lui enlever cette présumée rigidité déjà largement dénoncée par le patronat?Pour le faire évoluer vers d'autres techniques, comme le suggère Peter Gall dont les propos à cet effet sont dits d'un intérêt particulier par le juge Mclntyre?En relations industrielles, la notion de flexibilité semble actuellement regrouper les préoccupations d'adaptation aux changements.Flexibilité dans l'entreprise, flexibilité dans la gestion, flexibilité de la technologie, flexibilité de la main-d'oeuvre, flexibilité dans l'organisation du travail, dans les statuts d'emplois, dans les tâches, les horaires, etc Se pourrait-il que la Charte, qui ne se préoccuperait que des droits individuels, puisse être une voie pour renouveler notre droit des rapports collectifs de travail?Pour lui donner précisément cette flexibilité qu'il n'aurait pas?Une flexibilité d'autant plus intéressante qu'elle faciliterait toutes les autres?Je veux terminer en précisant que je n'entendais pas ici faire le procès des tri- bunaux, des juges, ni des droits et libertés.Bien au contraire.Les droits et libertés ont été au coeur d'une véritable inauguration démocratique qui n'a pas cessé de s'amplifier et dont les droits syndicaux sont eux-mêmes un résultat Je crois toutefois qu'entre le mouvement historique qui les porte et leur inscription dans le droit positif, il peut y avoir des ruptures et des détournements Les droits et libertés, il faut s'en réjouir, ne se réduisent pas aux chartes.C'est pourquoi la meilleure riposte syndicale est encore de continuer à s'insérer dans ce mouvement et de présenter un projet qui propose plus de droits et libertés réels et plus de solidarité humaine Admettons que de ce côté-là aussi une réflexion reste à faire, des ajustements à penser et des redressements à entreprendre Historiquement, c'est toujours dans la solidarité que les droits et libertés ont trouvé leur meilleur souffle a Robert Couillard est professeur au département de sciences |uridiques de l'UQAIvl.1 M Couillard s'exprimait dans le cadre des dîners de l'Institut de recherche appliquée sur le travail, IÏRAT 2 Par ailleurs, la population restait protégée d'éventuels excès par l'article 1 qui prévoit que des droits protégés par la Charte peuvent être restreints par une règle de droit -dans des limites qui soient raisonnables et dont la lustilication puisse se démontrer dans le cadre d'une société libre et démocratique» 3 Une seule centrale par unité d'accréditation syndicale (Éduquer aux droits suite de la page 18 ) des droits de l'homme, avec, entre autres, une activité de fabrication et d'envois de cartes à des prisonniers d'opinion.Cette dernière activité a été expérimentée par Amnistie internationale dans certaines écoles primaires de la région de Québec; la réponse est fulgurante! D'autre part, plusieurs organisations (Pacijou, Assemblée des évêques du Québec, Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), Fédération des femmes du Québec, Cercles de Fermières, etc.) se sont associées pour faire de 1988-89 une année de «démilitarisation des enfants».Au menu: une cueillette de jouets de guerre pour produire une sculpture pour la paix, un concours des meilleurs jeux et jouets pour la paix et la coopération, des prises de position publiques de divers organismes et une série d'autres activités proposées par le guide Cessez le feu!, produit par le groupe Pacijou 6 La maintenant traditionnelle marche pour la paix du mois d'octobre devient une marche d'enfants et de parents pour la paix, autour du thème «La guerre n'est pas un jeu».Oui, avec toutes ces activités de sensibilisation auprès de ceux et celles qui gravitent dans l'univers des jeunes, il fait plaisir de voir arriver cet automne aux allures de printemps ■ 1 La tournée internationale Jeunesse pour la paix et la |ustice.1435, rue City Councilors.suite 31.Montréal H3A 2E4 .(514) 842-5374 ou 842-8600 2 Commission des droits de la personne du Québec, Conférence sur l'éducation aux droits i l'Intention des écoles primaires et secondai res 7-8-9 lévrier 1986 Intervention de M Jacques Lachapelle.citée dans les Actes de la conférence, p 20 3 Les Actes de la Conférence, p 474 4 L une.qui sera donnée l an prochain dans une dizaine de régions, constitue une première sensibi lisation aux droits et libertés de la personne, une seconde, donnée en ianvier-lévrier à Moniréal et à Québec, s adresse aux ieunes et aux adultes et porte sur le respect des droits une responsabilité partagée Une troisième, dispensée en |um a Moniréal, élargit son contenu aux dimensions de la paix, de l'écologie, de la solidarité internationale Pour informations (514) 873 7618 ou 1 800 3616477 5 On peut se procurer le cahier CEO au centre de documentation de la centrale.2336 chemin Ste Foy.C P 5800.Ste Foy.Que GIV 4E5.(418) 658 5711 6 Paciiou.3584 Chambly.Montréal, H1W 3J9 (514)527 2611 VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE OCTOBRE 1988/21 LA COMPLAINTE D'UN MINISTRE HYPOTHÉQUÉ par NICOLE BRAIS En juin dernier paraissait, en première page de LA PRESSE, une entrevue avec Roch LaSalle, ex-mimstre conservateur1 Je ne comprends toujours pas comment le Québec entier ne s'est pas soulevé d'indignation devant les faits troublants rapportés par le journaliste Pensez-donc! Après s'être entièrement dévoué pendant tant d'années pour le peuple, après y avoir laissé santé (et réputation), M.LaSalle dispose à peine de quoi survivre.À la veille de sa retraite, il devra partir à !a recherche d'un emploi1 Il faut dire que M LaSalle a dû mettre fin à sa carrière de façon anticipée à cause de problèmes de coeur et d'accusations de patronage.Autrement, il aurait pu rencontrer son objectif comme ministre des Travaux publics: rembourser l'hypothèque de la maison de ses rêves avant le moment de sa retraite Les choses n'ayant pas suivi leur cours normal.«J'en sors, dit ce pauvre homme, avec une pen- sion (50 000$ par année) qui me permettra «tout juste» de manger trois fois par jour, mais je devrai continuer de travailler pour payer mon hypothèque».Je le crois sincèrement quand il affirme qu'il n'a pas peur de l'ouvrage et qu'il veut travailler tant que ce n'est pas à temps plein.Il pourrait alors rentabiliser sa magnifique résidence (solarium et tout et tout) en ouvrant un «Bed'n Breakfast».Ainsi, il bénéficierait de son après-midi pour entretenir ses plates-bandes.Ou pourquoi ne pas créer une fondation Rock LaSalle, financée par ses amis du temps qu'il était ministre des Travaux publics?Comme il semble encore ouvert à un emploi au sein du gouvernement, il pourrait également s'offrir pour réviser les conditions de travail des ministres et y faire inclure, dans les bénéfices marginaux, le paiement de l'hypothèque à la fin du service.Par contre, comme il mentionne qu'il accepte mal le contexte anglophone du fédéral, il aurait avantage à se tourner vers le ministre provincial Bourbeau pour travailler à la réforme de la réforme Paradis.Si un ex-ministre dit qu'il faut 50 000$ par année pour manger trois fois par jour, on peut en déduire qu'un couple d'assistés sociaux ne mange environ qu'un repas tous les deux jours.Y'a place à l'amélioration.Il faut dire que M.LaSalle n'a donné aucun détail sur ses habitudes alimentaires.Autre possibilité: offrir ses services à Pierre Paradis, maintenant à l'Habitation, pour travailler aux programmes d'accès à la propriété.Et si jamais l'inactivité lui pèse, il pourra toujours faire du bénévolat.Une recrue de choix pour l'Association québécoise pour la défense des droits des retraité-es et pré-retraité-e-s.1 Gilbert LAVOIE.-Roch LaSalle, retraité?«Je dois continuer de travailler pour payer mon hypothè-que», LA PRESSE.12 juin 1988, p.A-1.LE MONDE VU PEW 8AS r sie* )x^*t- f^llSÇA jçA! K~^ZJ coooomc lés etôAtiiS, r 7 ^ m A c * 22/VIE 0UVRIERE/SEPTEMBRE-0CT0BRE1988 -^3fc* «ESgg Soirée au pays imaginaire des femmes par SYLVIE DESAUTELS avec la complicité de SYLVIE NICOLE Pour clôturer son quinzième anniversaire, le CEAF (Centre d'éducation et d'action des femmes de Montréal) conviait, en mai dernier, les militantes de la région à une soirée sur les utopies féministes.Dans une ambiance de fête, l'inspiration a jailli de partout.Des textes d'auteures d'utopies et de science-fiction ont scandé le rythme du voyage.Récital, bouffe, animation et musique s'entremêlaient pour mieux séduire nos sens et nous donner un avant-goùt des possibilités qui s'offrent à nous dans la création d'un monde à la convenance des femmes.Le voyage commence vers I8h30.J'entre dans la salle feutrée, drapée de noir.Une hôtesse d'Air Utopia me désigne une table ronde où déjà une dizaine de femmes prennent place Nous devons être 160 utopiennes présentes: des femmes impliquées activement dans des centres de femmes et des groupes populaires, des étudiantes, des universitaires, des militantes féministes de près ou de loin.Au centre des tables, des fleurs et des bougies nous rapprochent, rendant l'atmosphère chaleureuse.Après avoir fait connaissance avec mes voisines, l'une d'entre elles se présente discrètement comme animatrice.Danielle nous guidera dans notre périple imaginaire.Au menu: souper en trois mouvements, récital en quatre actes, causerie en trois jeux.L'entrée: des utopistes du passé Quelques notes d'une musique originale et envoûtante, puis les lumières s'estompent Une maître de cérémonie fort sympathique et d'une telle simplicité, nous introduit à l'acte premier du récital Des comédiennes en costumes d'époque nous font revivre trois écrivaines du pas- sé: Christine de Pisan (1364-1430), Olympe de Gouges (1748-1793) et Flora Tristan (1803-1844).La première a écrit La cité des femmes.Au moyen âge, elle affirmait devant Dieu (on ne pouvait penser sans lui à l'époque) que les femmes sont intellectuellement égales à l'homme, que leurs corps ne sont pas répugnants ou inférieurs, que la ségrégation entre les sexes est sociale et non biologique Féministe avant le mot, Christine de Pisan vivait de sa plume avec trois enfants à charge.Elle rêvait d'un monde soutenu par trois valeurs: la droiture, la justice et la raison.Trois siècles plus tard, Olympe de Gouges revendiquait un monde de justice pour les femmes Révolutionnaire dans la révolution, cette française a publié, en 1791, une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne Elle parlait, au peu de gens qui voulait bien l'entendre, d'égalité, de liberté, d'indépendance et d'autonomie.Elle a élaboré un vaste programme d'assistance sociale avec des volets particuliers pour les mères célibataires (dont elle était) et pour les personnes de race noire Un vent de stupeur traverse la pièce quand on nous fait revivre sa mort sur l'échafaud Nous pensons tout bas aux dites «sorcières-brûlées vives Combien de femmes sont mortes d'avoir revendiqué des droits élémentaires9 Pourvu que cette répression ne revienne pas et pourtant les Boubou-macoutes sont là, scrutant la vie privée des femmes.Nos valeurs fondamentales Et hop! l'animatrice sort d'une enveloppe un premier jeu pour nous faire découvrir nos trois valeurs fondamentales dans un monde féministe D'un jet, en 30 secondes, les choix sont faits À notre table, l'autonomie, la liberté et la créativité sont les valeurs préférées Dans l'ensemble, les choix portent sur la justice, l'autonomie et le respect, valeurs dont les femmes ont été privées au cours des siècles Il y a 150 ans, Flora Tristan, féministe socialiste, allait dans le même sens Elle réclamait que justice soit faite aux femmes, en soutenant que c'était indissociable de l'émancipation des travailleurs Elle voulait que les femmes aient accès à l'éducation, au travail, à un salaire égal, au divorce et à la monoparentalité Autant d'éléments pour l'autonomie des femmes Pour des utopies, ces valeurs sont bien raisonnables, mesdames! Mais dans les coins et recoins de la salle, on perçoit une brise plus «flyée» et fort intéressante Des valeurs d'anarchie, de plaisir, de folie, de paix colorent nos causeries Et surtout pas question de consensus obligatoire, s'il vous plait, pas ce soir! Des Cités féministes Après avoir dégusté notre plat de résistance, le bon vin aidant, nous voilà prêtes VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE OCTOBRE 1988/23 pour la deuxième partie du récital.Cette fois-ci, des écrivaines contemporaines de science-fiction nous présentent leur Cités féministes Les comédiennes nous transportent sur la planète Shikasta imaginée par Doris Lessing Les femmes et les hommes de cette planète sont à la reconstruire: elle s'appelait autrefois Rohanda, riche et florissante Maintenant Shikasta est stérile et dévastée par les guerres.L'auteure décrit l'organisation spatiale d'une communauté dans une triple perspective écologiste, pacifiste et coopérative.Changement de costumes et d'éclairage, nous voilà sur Anarrès, contrée créée par Ursula Le Guin dans Les Dépossédés Cette planète a conçu son développement à partir des besoins des femmes dans une tendance anarchique.On y vit d'autosuf-fisance et d'autogestion Les espaces de vie, de travail, d'éducation et de loisir sont décloisonnés À vos crayons toutes1 Danielle nous invite à dessiner le plan de notre communauté féministe.Dans un mouvement de 12 feuilles tournantes, nous imaginons 12 cités En mettant en commun nos oeuvres, que de rires et de plaisir! Une constante se dégage: c'est aussi le décloisonnement.Les femmes rêvent d'un mode de vie intégré: la nature et les courants d'eau entourent les maisons, les champs cultivés, les écoles et les centres communautaires.On se déplace en bicyclettes (pourquoi pas volantes') et en gondoles Le transport doit être accessible à toutes.Une trame de fond on ne veut pas de villes de béton, ni de pollution Nous sommes des écologistes convaincues.On note aussi l'absence de productivisme, seulement quelques petites fabriques, dessinées ça et là.On a même trouvé le moyen de cultiver les spaguettis, comme quoi on ne veut pas d'usine! Comment fonctionnera l'économie et le partage des ressources7 Bonne question! Par un jeu d'acrostiches, nous tentons de le préciser en faisant une phrase avec chaque lettre du mot E-C-O-N-O-M-l-E Mais l'inspiration ne vient pas.Dans l'ensemble de la salle, nous sommes plus vo-lubiles sur l'écologie, la culture, la communauté, l'anarchie, l'éducation, le féminisme.Peut-on y déceler un ras-le-bol du discours économique à la mode9 Certains y verraient le malaise des femmes face à l'argent.Et si les féministes inventaient un monde sans système économique centralisateur9 Chose certaine, nos cités ressemblent à des lieux de vacances où la production a peu de place.Dans ce monde, nous aurons le droit d'exprimer notre fatigue, nos peurs, nos émotions.Au dessert: l'amour et la sexualité Une fois le gâteau servi, nous retrouvons les comédiennes.En scène, des personnages de Lessing nous font réfléchir sur l'opposition (vraie ou fausse) entre l'amour égalitaire et la passion.Puis vient le plat épicé ou provoquant de la soirée: une interprétation d'un texte de Monique Wittig.Les guérillères Des fem- mes sont en révolution armée contre le patriarcat.L'aspect «guerrier» des costumes et de la démarche des amazones n'a pas été apprécié par toutes.Cela fausse quelque peu l'esprit de l'écrivaine Wittig qui s'exprime en terme de «guérilla» et ne louange pas la guerre.Et hop! notre animatrice nous ramène à l'amour et non à la guerre, en nous posant LA question: comment et avec qui ferons nous l'amour dans notre monde d'utopie?Alors là, la contrainte à l'hétérosexualité en a pris pour son rhume.La plupart des femmes ont répondu qu'elles le feront avec qui elles le voudront sans distinction de sexe, de race, de couleur, etc.Nos rapports amoureux seront faits de tendresse, de fantaisie, dans le respect de nos désirs et plaisirs.Les enfants sont bien présents dans le décor féministe.Si les bébés-éprouvettes et les autres techniques de la reproduction nous laissent «froides», nous avons encore le goût de voir naître et surtout de voir vivre des «petits monstres».Une condition cependant: les femmes veulent collectiviser ou partager les tâches reliées à la responsabilité et à l'éducation des enfants.Sortie fleurie Le deuxième café nous amène vers la note finale de la soirée.Une représentation de la planète Cyprine, où les personnages d'Evelyne, les Ghéna Goudou, nous font découvrir leur monde lesbien.La reproduction et la sexualité se vivent entre femmes.Avons-nous touché l'extrême des utopies?Qui sait?La soirée s'achève sans que nous ayons élaboré des modèles cohérents de société féministe.Ce n'était pas le but ultime de l'événement.Cependant, nous sortons la tête pleine de bribes de ce que pourrait être un monde créé à la convenance des femmes que nous sommes Chacune repart avec quelques fleurs.Serait-ce pour exalter tous les efforts inlassablement déployés en vue d'améliorer les conditions de vie des femmes dont nous partageons le quotidien?Le retour sur la planète Terre est difficile.signe d'une soirée d'utopies réussie! ■ Sylvie Desautels est militante du collectif féministe en solidarité internationale Le cinquième monde, à Québec Sylvie Nicole est intervenante communautaire au secteur familial du Centre St-Pierre 24/VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE-OCTOBRE1988 Sommet de Toronto: Les sept» étaient coupables « par PIERRE GAUDREAU Si le Sommet des sept chefs d'Etat des pays les plus industrialisés du monde capitaliste s'est déroulé à Toronto, bien loin du Québec, les Québécoises et les Québécois y auront tout de même joué un rôle important.Notre participation aux activités d'opposition au Sommet aura contribué à ce que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, le Canada, l'Allemagne, l'Italie et le Japon ressortent du Sommet de Toronto avec un «dossier» plus chargé.Rappelons que le 19 juin, une imposante manifestation interdite se tenait dans les rues de Toronto pour dénoncer les politiques de ces sept pays.Arrivées sur le lieu du Sommet, plus d'une centaine de personnes ont sauté les doubles barricades pour aller remettre à chacun des sept chefs d'Etat un mandat d'arrestation pour leurs crimes.Si «les sept» n'ont pas été arrêtés, la centaine de personnes qui tentaient de les arrêter, elles, le furent.Cette action non violente a eu un impact certain.Les médias du monde entier ont été témoins de cette action où l'on condamnait les multiples crimes de ces sept pays.Les Québécois n'auront pas été en arrière-plan lors des activités de ce Contre-Sommet.Ainsi, c'est une rangée formée de six montréalais francophones, quatre femmes et deux hommes, qui a été la première à escalader les barrières.D'autre part, c'est à Montréal qu'a eu lieu la première activité contre le Sommet de Toronto.Du 2 au 5 mai, à l'initiative de l'Alliance pour l'action non-violente, une enquête préliminaire s'est déroulée dans le quartier Centre-Sud.Un jury populaire a reçu les témoignages inculpant «les sept».Les accusations portées étaient tout à fait justifiées.Ainsi le Canada s'est notamment vu dénoncé par Victor Regalado.réfugié Salva-donen, pour crime contre l'humanité, à savoir la persécution des réfugiés Le Canada a aussi été pointé du doigt pour son rôle de producteur d'armements et pour sa complicité avec le régime haïtien.Un Porto-Ricain est venu expliquer l'oppression nationale vécue par son peuple.Le Père Henri Coursol a ajouté son témoignage au dossier déjà très lourd des Etats-Unis face au Nicaragua et deux autres témoins ont détaillé la complicité américaine avec Israël dans l'écrasement du peuple palestinien.Les autres pays ne s'en sont pas mieux tirés.L'Angleterre, avec sa domination de l'Irlande du Nord et ses liens privilégiés avec l'Afrique du Sud, et la France, avec ses essais nucléaires dans le Pacifique Sud et sa domination coloniale de la Nouvelle-Calédonie, ont aussi été pris à partie.«Nous ne sommes ni juristes, ni experts en droit.Mais nous sommes conscients que les conventions, les chartes et les déclarations sur lesquelles se base ce droit sont violées chaque jour, chaque heure, chaque minute, par ceux-là même qui les ont signées C'est à partir de nos sentiments comme hommes et femmes engagés dans divers combats quotidiens, à partir de notre solidarité avec les opprimés que nous condamnons les crimes dont on a témoigné tout au long de la semaine» Telle était l'introduction au jugement que le jury populaire a rendu lors de l'enquête préliminaire, jugement qui envoyait «les sept» à leur procès populaire à Toronto Si le cirque annuel du Sommet «des sept» est chose du passé et ne reviendra que dans sept ans au Canada, une autre rencontre internationale se tiendra bientôt au pays Le 6 décembre prochain, s'ouvrira à Montréal une importante conférence du GATT Le General Agreement on Trade and Tantf est la convention réu nissant tous les pays capitalistes et régissant le commerce international Déjà plusieurs personnes envisagent de protester contre cette rencontre du GATT, un organisme qui, par ses arrange ments, contribue largement à maintenir le tiers-monde dans la misère Espérons que nous y serons en nombre ' ■ Pierre Gaudreau travaille au FRAPRU (front popu laire en réaménagement urbain) 1 Pour information Alliance pour l'action non violente C P 381 Suce E Montréal.HPT 3A7 Tel |5W) 525 0765 VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE OCTOBRE 1988/25 76 ^■f^EEM COOPEP: UNE ALTERNATIVE POUR LES JEUNES La formule existe en Ontario depuis un bon bout de temps déjà et c'est pour cela qu'elle aurait d'abord pris pied dans la région de Hull.Toujours est-il que la première coopérative de travail estival a fonctionné cet été au 82, rue Front à Hull, et voici comment le journal Le Droit y fait écho dans son édition du 7 juillet dernier.«Samedi, ils iront laver des vitres et tondre le gazon à Aylmer Avant hier, ils sortaient leurs pinceaux, à Hull cette fois.Il reste peut-être un trou dans leur horaire pour garder des enfants ou laver une voiture, si le téléphone sonne à nouveau.«Ils, ce sont 12 adolescents âgés de 14 à 17 ans, tous chefs de leur entreprise, une coopérative de travail estival Coopep, en activité depuis le 2 juillet, les aide à se trouver un emploi d'été et à faire leurs premières armes sur le marché du travail «Coopep est une première au Québec Les deux parrains du proiet-pilote sont la Caisse populaire St-Ray-mond (Hull), qui a initié les leunes à la comptabilité et distribue les dépliants publicitaires, et le Centre Jeunes-se-Outaouais Les adolescents sont de plus encadrés par deux conseillers à temps complet, Clément Valiquette et Daniel Larcher.«Si l'expérience est concluante, cinq autres régions du Québec emboîteront le pas l'été prochain La for- mule existe déjà en Ontario, où l'on retrouve une quarantaine de coopératives dirigées par des adolescents, dont cinq dans l'Est onta-rien, a indiqué Nicole Oui-mette, de Direction-Jeunesse.Cet organisme franco-ontarien a supervisé un stage de formation à Sudbury, auquel ont participé les deux conseillers, Clément et Daniel.«Les tarifs sont concurrentiels, au regard des prix en vigueur sur le marché: 3$/l'heure pour la garde d'enfants, 5$/l'heure pour des travaux de jardinage.Mais les prix peuvent être plus avantageux si on réussit à s'entendre sur un coût global plutôt que sur une rémunération au taux horaire.«Dix pour cent des revenus sont versés dans le fonds de la coopérative.Le reste est alloué en salaires Coopep cessera ses activités à la fin du mois d'août.» En dépit des nombreuses questions qui entourent toujours le développement économique communautaire, douze jeunes qui prennent ainsi en mains l'organisation de leur travail de l'été tout en s'initiant à la formule coopérative, c'est intéressant Coopep a pu démarrer au Québec grâce à l'initiative du Comité provincial des coops de travail, lequel a d'ailleurs assuré la coordination générale du projet cet été.Coopep était en plus supervisé par un comité régional ad hoc Quiconque voudrait plus de détails sur cette expérience peut communiquer avec le Comité provincial des coops de travail au 522-1744.«VEN 'D'EST», L'ACADIE QUI S'ÉCRIT» D'une Acadie dont les médias sont en crise, nous arrivent les numéros 25 et 26 de Ven'd'est, un magazine d'information qui en est à sa troisième année d'existence.Chose surprenante toutefois, la facture et le contenu de la revue semblent à ce point renouvelés que Ven'd'est prend l'allure d'une brise de mer tout à fait rafraîchissante.Pour qui, dites-vous?Pour le million et demi, croyez-le ou non, d'Aca-diens qui vivent au Québec, dans les villes le plus souvent.Des Acadiens et Aca-diennes qui s'ignorent bien souvent mais dont les racines se mettent à vibrer dès qu'ils entendent parler de langue et de culture menacées ou qu'Edith leur fredonne un p'tit air de «frolic».Ce sont à coup sûr — et vous en êtes peut-être — des gens qui apprécieront les textes que l'on retrouve dans cette revue et dans ces deux numéros particulièrement.Outre des chroniques variées sur des sujets en vogue à l'heure actuelle, telles que cinéma, jardinage, cuisine, patrimoine, ornithologie, humour et autres, le numéro 25, par exemple, offre un dossier étoffé sur les communications — en Acadie évidemment! Le thème en est: contrôler les moyens de communication, c'est contrôler son destin.On y trouve une entrevue avec le ministre des Communications, Guy Leblanc, et une autre avec Claude Bourque, directeur des services français de Radio-Canada pour les provinces atlantiques.On y parle également de télévision (pour laquelle la population du comté de Kent détient un record national de consommation) et de radio communautaire, dont trois projets avancent à grands pas.Le dossier du mois est consacré à la forêt, laquelle représente 85% du territoire du Nouveau-Brunswick.Une ressource menacée là aussi mais vitale et pour laquelle beaucoup d'efforts sont consentis.Vous lirez avec émotion une entrevue avec un bûcheron, un vrai, M.Robert Côté, et serez touché par le cheminement écologique de cet homme des bois.Et n'allez pas croire que vous ne trouverez dans ce magazine que des sujets qui intéressent les francophones des provinces atlantiques.Que non ! Ce que vous y lirez sur les arts, la diaspora acadienne, l'environnement, le logement, les groupes de croissance.vous captivera par le ton, la qualité et l'approche tout de même particulière.Vous voulez en savoir plus, vous abonner peut-être?Composez le 932-0582 à Montréal ou écrivez à Ven'd'est, case postale 430, Petit-Rocher, N.-B.EOB 2E0.JEAN FOREST 26/VIE OUVRIERE/SEPTEMBREOCTOBRE 1988 mm Les M.T.S.une affaire de femmes?par GINETTE BOYER recherche: LOUISE BROSSARD.SYLVIE GARIÉPY et ANNIE VEILLETTE Appelons-la Hélène.Elle se définit maintenant comme un «microbe ambulant»: elle s'est retrouvée avec des condylomes, puis avec l'herpès.Catherine, elle, a contracté la chiamydia.Comme la plupart des femmes qui ont dû faire face à un diagnostic de M.T.S.(maladie transmise sexuellement), elles sont marquées à vie dans leur corps: l'une a peur de devenir stérile tandis que l'autre envisage de ne pas avoir d'enfant afin de ne pas lui transmettre sa M.T.S.Les M.T.S.demeurent une question de femmes même si les deux partenaires sont éminemment concernés par leur transmission, leur traitement et leur prévention.Car les hommes sont lents à se responsabiliser: s'ils acceptent de se soigner, ce n'est que pour régler le problème des femmes.Un problème de jeunes De nombreux jeunes ont une vie sexuelle active: toutes les études canadiennes et américaines le confirment.On estime qu'un tiers des jeunes de 13 à 19 ans ont déjà eu des relations sexuelles.La proportion chez les garçons serait de 43% et celle chez les filles de 37%1.De même, d'après une étude du Centre de planning familial, la moitié des cégepiennes ont eu des relations sexuelles à 17 ans2.Toutes les recherches nous dévoilent du même coup que la majorité des adolescentes et des adolescents vivent leur sexualité sans contraception: il s'écoulerait en moyenne un an entre la première relation sexuelle et l'adoption d'une méthode contraceptive On estime d'ailleurs que 75% des jeunes filles demanderaient la pilule de façon clandestine.Si les jeunes ont de la difficulté à assumer une contraception adéquate, que peut-on espérer concernant la prévention des M.T.S?Bien peu, car le groupe d'âge le plus atteint par les M.T.S.se situe chez les 15-24 ans et plus précisément chez les 19-23 ans La chiamydia, par exemple, en est une illustration bien «vivante»: en I985, cette M.T.S .la plus répandue de toutes, atteignait 20% des adolescentes de 14 à 19 ans et II,5% des jeunes adultes de 20 à 24 ans3.La propagation des M.T.S.augmente de façon effarante, ce qui n'est pas sans entraîner des conséquences dramatiques: une adolescente d'aujourd'hui sur huit sera stérile en l'an 2 000 à cause de la chiamydia.Déjà, «huit fois sur dix les femmes qui font appel aux cliniques d'infertilité ne sont pas stériles à cause d'une malformation.Elles subissent les conséquences d'une infection pelvienne»4.Préoccupées par ces questions, trois étudiantes en travail social ont interrogé 11 intervenantes et intervenants (médecins, infirmières, sexologues) travaillant dans un C.L.S.C.ou un DSC (Départe- ment de santé communautaire), de même que quelques ieunes femmes ayant été victimes d'une M.T S.Au delà des statistiques, elles ont dressé un portrait de la situation.Un problème de femmes Ce sont bien les femmes qui demandent une consultation pour une M.T.S.; des femmes jeunes, maioritairement célibataires, hétérosexuelles et vivant des relations exclusives, en série de courte durée L'annonce d'un diagnostic de M.T.S.est toujours surprenant et vient bouleverser plusieurs dimensions de la vie de ces femmes.Tout d'abord, ce n'est pas sans avoir un impact le plus souvent négatif sur la perception qu'elles ont de leur corps: honte, gêne, répugnance sont aussi intenses que la maladie est grave Or comme nombre de femmes investissent leur corps comme lieu privilégié d'estime de soi, elles sont d'autant plus touchées par les M.T.S.À court terme, le fait d'avoir contracté une M.T S.ne transforme pas profondément les pratiques sexuelles de ces |eu-nes femmes.Elles deviennent toutefois plus méfiantes face à la sexualité, méfiance qui peut se traduire par une plus grande prudence dans le choix des partenai- Une MTS, ça peut seulement arriver A) aux autres B)aux chanteurs heavy métal C)aux gens malpropres D eux qui ont eu des relations VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE OCTOBRE 1988/27 PETIT LEXIQUE MÉDICAL Les condylomes sont des verrues vénériennes, internes ou externes, situées dans les régions génitales ou anales Elles se transmettent par contact direct et sont traitées à l'azote liquide, au laser ou par chirurgie.Leur guérison complète n'est ïamais garantie.L'herpès génital entraine des plaies avec des cloques et provoque des sensations de picotement et de brûlure.Oes crèmes analgésiques peuvent soulager les symptômes, mais il n'existe pas de traitement.D'autres crises sont susceptibles de se produire: on a l'herpès à vie.Un enfant qui nait par voies naturelles d'une mère en crise d'herpès a 50% de chances d'attraper la maladie et d'en mourir.La chlamydia est une infection génitale provoquant des pertes vaginales et des douleurs reliées à l'inflammation du col de l'utérus ou des trompes (il s'agit alors d'une salpingite) chez les femmes ou à l'inflammation de la prostate et des testicules chez les hommes Dans les deux cas, la chlamydia peut entraîner la stérilité.Il existe toutefois un traitement antibiotique efficace s'il est administré assez rapidement.res et une diminution de la fréquence des rapports sexuels, par exemple Mais c'est peut-être dans leur relation quotidienne avec leur partenaire que le bât blesse encore davantage.Et'pour cause.D'après les intervenantes, les hommes nient, en grande majorité, leur responsabilité face à une M.T.S.et tiennent essentiellement les femmes comme seules responsables de ce problème.En effet, les hommes n'ont généralement pas de symptômes (tout comme les femmes atteintes de chlamydia) Mais lors des examens gynécologiques de routine, on détecte plus fréquemment une M.T S chez les femmes Or il suffit que ce soient les femmes qui rapportent le diagnostic pour orienter la recherche du «coupable» dans leur direction.Concrètement, les hommes ne s'identifient pas comme pouvant être la source première de la M.T S.Ils refusent de partager pleinement les démarches nécessaires pour le traitement et offrent très peu de soutien à leur compagne qui se tourne généralement vers une amie, une soeur ou sa mère pour avoir un peu de réconfort Une exception cependant: sous l'insistance de leur partenaire (un billet du médecin aidant à prouver le sérieux de l'affaire), ils prennent les médicaments prescrits C'est ainsi que le partenaire d'Hélène s'est d'abord responsabilisé en aidant au traitement, mais il a émis des résistances majeures au port du condom et il a contracté la M T S.Les répercussions d'une M.T S.sur la vie amoureuse d'un couple varient en fonction de sa gravité.Les délicates questions de la confiance et de la fidélité dans le couple sont au coeur des tensions qui surviennent presqu'inévitablement.Un problème de société?Suite à cette expérience, Hélène souhaiterait réorienter sa vie affective et sexuelle de façon beaucoup plus globale en envisageant d'autres modes d'expression que la pénétration.Pour sa part, Catherine exige minimalement un condom comme mesure préventive Mais ces changements individuels se heurtent non seulement aux résistances de leurs partenaires mais plus profondément aux modèles dominants de répartition des rôles sexuels.En effet, ce sont encore les hommes qui imposent leur rythme à la vie sexuelle.La prévention des M.T.S , dans le cadre actuel des relations hommes/femmes, demeure un lieu de pouvoir bien inégal.Les hommes prennent pour acquis que ce sont les femmes qui se chargent de la prévention des M.T.S.tout comme de la contraception.Mais si les femmes portent la responsabilité de la santé de la reproduction, elles sont rarement en mesure de mettre en oeuvre les moyens de transformation qui s'imposent.Ainsi, simplement demander de porter un condom est souvent perçu comme un manque de confiance: or les jeunes femmes ont peur de perdre leur partenaire ou ne sont pas toujours prête à s'abstenir d'une relation sexuelle en cas de refus.De même, il est difficile d'inventer de nouveaux types de rapports sexuels en élargissant la notion de «relation sexuelle» au delà de la pratique du coït.Mais comment espérer gérer dans le privé un problème aussi clairement collectif que la démystification des modèles sexuels?Une médecin le faisait d'ailleurs remarquer: «Le langage médical est clair: avec cette M.T.S., pas de relations sexuelles!» On est loin d'envisager et de proposer la diversité des activités sexuelles.Malgré quelques initiatives du ministère de la Santé et des Services sociaux, comme la campagne de publicité «L'amour, ça se protège», la négation des problèmes soulevés par la propagation des M.T.S.chez les jeunes persiste largement.On se souviendra, par exemple, que le ministre de l'Éducation, Claude Ryan, a repoussé l'idée d'installer des distributrices de condoms dans les écoles secondaires.Radio-Canada a également refusé de diffuser une annonce publicitaire sur la prévention des M.T.S.sous prétexte qu'elle ne prône pas l'abstinence.De même, le développement des cours d'éducation sexuelle à l'école sont encore largement laissés à l'initiative de quelques professeurs plus conscients des enjeux qu'ils recouvrent.Dans ces conditions, comment espérer des programmes de prévention des M.T.S.efficaces?Parler publiquement des maladies transmises sexuellement implique qu'on les reconnaisse comme un problème social et non plus seulement comme un problème individuel.Mais pour ce, il faudra dépasser l'idée que la sexualité est strictement d'ordre privé et admettre que les jeunes ont droit aune vie sexuelle active.■ 1 Catherine LORD et Lucie PINAULT, -L'amour en herbe».La Gazette des temmes.sept-oct I986, P 9.2 Marie-Thérèse RIBEYRON.«Les apprentis de l'amour-, L'Actualité, févr i960 Voir aussi Jac-quelin PETTIGREW, -La sexualité chez les ieu-nes-.Carrefour des affaires sociales, hiver I985 3 Ann-Frances PARADIS, «Ce qu'il faut aussi savoir sur les M.T.S.», Santé et société, été I986 Voir aussi G COULON et A SIBOULET.Maux d'amour I985.p.73 4 Carole BEAULIEU.-Maladies transmises sexuellement mortelles pour la vie amoureuse?-, La Vie en rose nov I986 28/VIE 0UVRIERE/SEPTEMBRE-OCT0BRE1988 Libre-échange Rejoindre les Américains?par JEAN MÉNARD Le grand public se comporte devant le libre-échange comme devant la loto.On a beau savoir qu'on ne gagnera pas, on espère quand même.N'a-t-on pas dit et répété qu'avec l'Accord, on «atteindrait le niveau de vie des Américains»?C'est cette mentalité de consommateur, ce rêve d'en avoir beaucoup et à meilleur marché qui constitue, pour les adversaires du libre-échange, l'obstacle le plus difficile à surmonter.Quand on songe aux énormes moyens dont dispose le gouvernement pour convaincre le public, on comprend l'hésitation d'une bonne partie de la population.La guerre des chiffres que se livrent depuis plus de deux ans les experts, partisans et adversaires de l'Accord, n'aide pas non plus à voir clair.Dans cette guerre de chiffres, une chose apparait certaine cependant: ce sont les protagonistes.D'un côté, nous avons les banques, les transnationales, l'immobilier, les grandes compagnies nationales et leurs représentants politiques.L'organisme qui, depuis 1981, fait du «lobby» en faveur du libre-échange auprès du gouvernement canadien s'appelle le «Business Council on National Issues».Il est composé des I50 plus grandes compagnies canadiennes.Du côté des adversaires, nous avons principalement les grandes centrales syndicales, des groupes populaires, des groupes d'Églises et des alliés politiques.Entre les deux, un public endetté qui rêve de «rejoindre» les Américains.Mais quels Américains?Un peu d'histoire pour voir clair1 On n'arrête pas le développement des forces productives avec des slogans Souvenons-nous quand, en Angleterre, des ouvriers cassaient les machines qui supprimaient leurs jobs Peine perdue! Avec l'industrialisation du siècle dernier, partout en Europe les frontières se lézardent.C'est en Grande-Bretagne que le mur va céder Si les agriculteurs (anglais) sont acquis au protectionisme, les industriels lorgnent de plus en plus du côté du libre-échange.Avant I850, sans même attendre la réciprocité de ses partenaires, l'Angleterre fera tomber toutes ses barrières commerciales C'était sacrifier l'agriculture, en particulier les producteurs de blé, mais assurer à l'industrie la plus musclée de la planète des débouchés illimités.1846: L'abolition, par l'Angleterre, des tarifs sur le bois et le blé vient perturber la quiétude de l'Amérique du Nord britannique.L'économie de la vallée du Saint-Laurent était basée sur le bois et le blé qu'elle écoulait sur le marché impérial, à l'abri de la concurrence II fallait trouver d'autres débouchés sécuritaires.1854: Le riche et dynamique marché américain s'est imposé naturellement Les uns prônaient l'annexion pure et simple, d'autres favorisaient plutôt une entente commerciale.Ces derniers prévaudront Ce seront les Accords de réciprocité (1854-66) L'économie canadienne allait donc se développer dans la direction nord-sud Mais voilà que tout à coup, suite à la Guerre de Sécession, le nord industriel veut protéger son marché 1866: Cette politique protectionniste américaine amène une rupture de l'Accord de réciprocité avec le Haut et le Bas-Canada, juste un an avant la «fondation» du Canada.! 1867: La direction nord-sud étant bloquée, il restait, pour l'économie canadienne, la direction est-ouest, «a mari us-que ad mare», avec les Pères de la Confédération, la construction du Cana-dian Pacific Railroad et la pendaison de Louis Riel Nous étions enfin au monde! Depuis la Confédération, notre histoire est donc fondamentalement l'histoire d'un marché qui se développe d'est en ouest au profit de groupes économiques qui se chamaillent poliment à Ottawa et s'entretuent à Bay Street Le grand gagnant de ce libre-échange confédéral «from coast to coast» fut, on le sait, l'On tario.1940: Loin de l'Angleterre et menacé par notre puissant voisin du sud — surtout depuis la crise des années '30 —, le Canada s'est peu à peu orienté vers un choix de société différent de celui des États-Unis, particulièrement en ce qui concerne les politiques sociales.1988: C'est ce choix de société qui est présentement menacé par l'accord de libre-échange En effet, avec l'arrivée non plus de métiers à tisser mais de nouvelles technolo gies, des fractions de la bourgeoisie nationale canadienne s'internationalisent, le marché confédéral étant devenu trop petit C'est 1ère des transnationales qui commence Les bourgeoisies nationales s'étaient donné un marché, donc des frontières protégées par un état.Les nouveaux patrons sentent maintenant le besoin de fai re tomber les frontières, les barrières tarifaires et non tarifaires C'est ce que vise VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE OCTOBRE 1988/29 l'accord Reagan-Mulroney.Aussi longtemps qu'on n'aura pas compris que le libre-échange c'est principalement l'éclatement de la forme confédérale que s'était donné l'État canadien dans le but de s'ajuster aux impératifs économiques des transnationales, on pourra toujours continuer à discuter de la liste des requins qu'on laissera «librement» circuler dans notre aquarium Mais on oubliera que cet aquarium est devenu continental et que l'eau, pour le peuple, est de plus en plus polluée.Ce qui est mauvais, au fond, ce n'est pas l'Accord lui-même mais bien l'idéologie néolibérale des conservateurs au pouvoir dont il est l'expression privilégiée, en même temps que l'occasion et l'instrument de la mise au pas de l'État-Providence canadien I.Accepter le libre-échange, serait-ce accepter le reaganisme?Le libre-échange, ce n'est pas passer aux douanes sans payer C'est ajuster intégralement nos politiques économiques aux règles ultra libérales de l'administration Reagan.C'est renoncer au contrôle de nos politiques industrielles (contrôle des investissements) et de nos politiques de main-d'oeuvre (emploi et recyclage).Avec la tendance néolibérale actuelle (Reagan-Mulroney-Thatcher) le libre-échange se présente comme un instrument privilégié pour que des coupures se fassent à la fois dans les coûts de production et dans les dépenses publiques (c'est-à-dire les programmes sociaux, bien entendu, et non pas les dépenses militaires qui, elles, augmentent allègrement) sans que les politiciens en portent l'odieux devant l'électorat.Il faut cependant reconnaître que Reagan a été plus drastique que Mulroney.Est-ce que le libre-échange fera le reste?Allons donc voir aux États-Unis ce qu'est le reaganisme2 1) C'est le passage d'un social médiatisé par le politique (l'État) à un social passant par l'économique ($).En d'autres mots, c'est le passage d'un choix de société reposant en partie sur l'intervention de l'État (Providence) à un nouveau type de société articulée directement sur l'économique.Reagan veut re-capitaliser le capital en réduisant les taxes pour les riches et en sabrant dans les programmes sociaux.Ainsi, pour les années I982-I985, le tiers le plus favorisé de la population américaine a bénéficié d'une réduction de taxes de 749 milliards alors que les programmes sociaux étaient coupés de 57 milliards.La sécurité sociale est de plus en plus reliée au travail.Si tu es riche, tu te payes une bonne retraite grâce à ton travail.Si tu es pauvre, c'est ton problème.2) Le reaganisme, c'est le passage du «Welfare» au «Workfare».Aux État-Unis, les gens sur l'aide sociale sont de plus en plus divisés en «aptes» et en «inaptes», d'où un véritable retour forcé au travail qui est bien souvent un retour au travail forcé.Ainsi se développe une main-d'oeuvre en bas du salaire minimum, qui échappe partiellement aux lois de sécurité-santé au travail.Dans un contexte de libre-échange, les Boubou-macoutes du Québec seront rois! 3) Le reaganisme, c'est aussi le passage des services publics à la privatisation et à la déréglementation.Les vieillards doivent devenir rentables, tout comme les malades et les prisonniers C'est ainsi qu'on remet systématiques entre les mains de l'entreprise privée des foyers d'accueil, des hôpitaux et même des prisons.Le reaganisme, c'est du darwinisme social.Ce qui est fort et rentable vit, ce qui ne l'est pas doit mourir.C'est pire que la jungle car dans la société reaganienne, non seulement les plus faibles doivent disparaître, (handicapés, vieillards, personnes assistées sociales) mais ils doivent être rentables avant de mourir.Bref le reaganisme c'est le passage d'un choix de société à un autre.Et le libre-échange, c'est cet effort d'ajustement.II.Accepter le libre-échange, serait-ce, pour l'ensemble de la population, accepter un nivellement par le bas?30/VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE OCTOBRE 1988 Le libre-échange, dit-on, va nous permettre d'atteindre le niveau de vie des Américains.Soit, mais de quels Américains?Le marché confédéral canadien n'a pas profité également à tous les citoyens du Canada.Pourquoi le marché continental serai-il si bon pour l'ensemble des travailleurs et des travailleuses du Canada?Allons voir comment l'application du néolibéralisme reaganien a profité au peuple américain3.Les pauvres.Plus de 33 millions d'Américains — soit un habitant sur sept — sont des pauvres.Depuis 1973, le taux de pauvreté a augmenté de plus d'un tiers.Le nombre des sans foyer augmente régulièrement: les chiffres varient, se-lons les critères, entre un demi-million et trois millions et demi.Les enfants.Un enfant blanc de moins de 6 ans sur quatre est pauvre; un sur deux, s'il est noir.Le nombre d'enfants pauvres s'est accru de 4 millions au cours de la décennie 1973-1983.De très nombreuses familles pauvres ayant des enfants à charge ne bénéficient d'aucune allocation du gouvernement, n'ont pas d'assurance-maladie et ne peuvent payer les frais médicaux Moins de la moitié des enfants de ces familles sont vaccinés contre les maladies telles que la diphtérie et la poliomyélite.Les femmes.Plus du tiers de toutes les familles dont le chef est une femme sont pauvres Lorsqu'elles appartiennent aux minorités raciales, le taux est supérieur à 50%.Répartition inégale des revenus.Les 20% des familles les plus pauvres ont reçu, en 1984, 5% du revenu total de la nation et 40% ont reçu seulement 16%, la part la plus faible jamais enregistrée dans l'histoire des États-Unis Pour la même période, les 20% les plus riches recevaient 43% du revenu total, la part la plus importante depuis 1948 Paradoxalement, le sort de l'ensemble des Noirs s'aggrave au fur et à mesure qu'augmente le nombre de Noirs riches Par exemple, entre 1965 et 1985, la proportion de Noirs vivant de l'aide sociale s'élève de 11% à 24 % et celle des Blancs de 1,5% à 2,7%' «L'ironie profonde du reaganisme tient en ce que son programme anti-égalitaire a été appliqué à une société déjà plus iné-galitaire que beaucoup d'autres sociétés industrielles La pauvreté est plus élevée aux États-Unis qu'ailleurs, tant en termes absolus que relatifs, chez les enfants et les adultes en âge de travailler.«Il est aussi intéressant de noter jusqu'à quel point une plus petite partie de la population canadienne vit dans l'indigence telle que le gouvernement américain la définit.Selon cette définition, 9,6% des enfants canadiens vivent dans la pauvreté, contre I7,l% des enfants américains, 4,8% des personnes âgées vivant au Canada, contre I6,l% des personnes âgées vivant aux États-Unis.*5 III.Accepter le libre-échange, serait-ce sacrifier nos programmes sociaux?Avec le libre-échange, il est possible que nos services sociaux, nos pensions, notre régime fiscal, notre assurance-maladie et d'autres programmes soient modifiés de manière à ressembler davantage à ceux des États-Unis.Au fur et à mesure que les compagnies canadiennes devront concurrencer les compagnies américaines, elles exerceront davantage de pressions sur le gouvernement canadien pour l'amener à rabattre leurs impôts en diminuant ses dépenses sociales Si l'écart entre les riches et les pauvres au Canada ne s'est pas élargi dans la même proportion qu'aux États-Unis, cela tient uniquement au fait que nous avons de meilleurs programmes sociaux.Voici quelques-unes des différences constatées6: Assurance-chômage.Au Canada, plus de 80% des travailleurs sans emploi reçoivent des prestations d'assurance-chômage Aux États-Unis, seulement un quart de ces personnes en bénéficient.Soins de santé.Aux États-Unis, 36 millions de personnes (dont 12 millions d'enfants) n'ont aucune assurance médicale, quelle qu'en soit la forme.Bien-être social.Un grand nombre de familles américaines économiquement faibles n'arrivent pas à se faire aider par le gouvernement, d'autant plus que les taux de bien-être social sont généralement bas Dans l'état d'Alabama, une famille de quatre reçoit 147$ par mois, en plus des timbres alimentaires.De fait, seulement un tiers des familles américaines économiquement faibles reçoivent une aide quelconque du gouvernement Le Canada et les Etats-Unis ne se sont toujours pas entendus autour de la ques- tion des programmes sociaux: l'assurance-chômage, l'assurance-maladie et les pensions de vieillesse seraient-elles des «subventions injustes»?Chose certaine, à l'avenir, en vertu de l'Accord de libre-échange, pour tout programme gouvernemental qui sera mis sur pied (comme l'assurance dentaire ou l'assurance-automobile publique), le Canada devra compenser la perte de profits que le programme occasionnera chez les compagnies américaines Toujours en vertu de cet accord, les compagnies américaines pourront diriger nos hôpitaux, nos foyers collectifs, nos cliniques de santé ainsi que d'autres services sociaux et de santé Enfin, on sait que les femmes, les minorités et les personnes handicapées ont obtenu certains programmes particuliers (action positive, salaire égal pour un travail de valeur égale).Ces programmes risquent d'être sacrifiés dans le cadre des efforts visant à réduire les coûts.• • • • Il semble bien qu'avec le libre-échange, nous allions nous ajuster à la société dua-le américaine constituée de riches de plus en plus riches et de pauvres de plus en plus pauvres Mais si nous «rejoignons» les Américains, ce sera en attachant notre chaloupe au Titanic plutôt qu'en diversifiant nos échanges commerciaux.Ceci étant dit, ce n'est que par un travail lent et patient d'éducation populaire et d'organisation des luttes que nous ferons tomber les mythes de l'économie de marché, avec ou sans libre-échange ■ Jean Ménard anime des sessions d'initiation au libre-échange, au CPMO (Centre de pastorale en milieu ouvrier) 1 Cette section s'inspire librement de Jean Bloum Le libre échange vraiment libre Institut québé cois de recherche sur la culture, p 25 et 31 2 Les idées qui suivent ont été développées par Frédéric Lesemann lors d'une conlêrence don née a IACSALF.en mai 1986 3 Dans une lettre pastorale du 13 novembre 1986.intitulée Justice économique pour tout les évè ques américains apportent ces chiflres troublants concernant l'aggravation de la pauvreté aux États-Unis 4 Sur l'ensemble du phénomène de la montée des inégalités aux Etats Unis, voir Pierre Dommer gués.«La lin du rêve américain?- Le Monde dl plomatique mai 1988.p 22 5 Daniel Manen,-La pauvreté sous Reagan.Rela tlons mai 1988 p 110 6 Les données qui suivent sont publiées par l'ONAP (Organisation nationale anti pauvreté).456 rue Rideau.Ottawa K1N 5Z4 VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE OCTOBRE 1988/31 Marie source d'inspiration ou d'oppression?par LUCIE LEPINE Le 15 août dernier se terminait I année mariale célébrée dans l'Eglise catholique universelle.Déclarations épiscopales, retraites, pèlerinages se sont multipliés.Un collectif de femmes chrétiennes et féministes lutte contre les oppressions des femmes.Ensemble, elles cherchent à dire la foi qui les anime d'une façon signifiante pour les femmes d'ici et d'aujourd'hui.L'autre Parole a convoqué une rencontre, en mai dernier, autour du thème: «Images de Marie, sources d'inspiration ou d'oppression»1.Près de deux cents femmes ont répondu à l'invitation.Une participante, stimulée par la soirée, a pensé vous présenter une autre Marie.Peut-être la reconnaîtrez-vous?Le mouvement des femmes appelle à un changement de la société et de l'Eglise patriarcales.Nous, chrétiennes, ne pouvons accepter un système qui nous confine au rôle de femme docile, muette et obéissante et nous ferme l'accès à la prise de parole et à la prise de décision, surtout en ce qui concerne notre vie personnelle Nous voulons briser le silence et devenir visibles parce que disciples Dans ce processus de réflexion, les femmes chrétiennes découvrent une autre image de Marie Marie a eu un rôle très actif dans l'histoire du salut en donnant un visage humain à Dieu.Et je crois qu'aujourd'hui, les femmes avec les hommes donneront naissance à une Eglise nouvelle, une Eglise présente au coeur des réalités humaines, une Eglise communauté où tous les membres sont égaux et se sentent responsables de faire Eglise pour bâtir un monde autre.Notre place comme femme ne nous sera pas donnée d'en haut.Ainsi, au Carrefour Familial Hochelaga, des femmes, des mères, en maionté cheffes de familles monoparentales, me questionnent beaucoup sur l'image d'une Marie désincarnée.Je leur ai donc propo- sé de nous reporter à l'époque de Marie et d'imaginer un dialogue entre elle et sa voisine que nous nommerons, pour la circonstance, Suzanne.La scène se passe peu de temps après la mort de Jésus.Un événement terrible Suzanne: Essaye de te reposer un peu, Marie.Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas.Tu dois souffrir terriblement C'est trop injuste.Marie: J'ai seulement besoin que tu sois là à m'écouter.Tant de souvenirs se bousculent dans ma mémoire.J'avais seulement douze ans lorsque l'ai épousé un homme merveilleux, Joseph descendant de David Ma joie a été de courte durée, un événement terrible s'est produit dans ma vie.Je ne sais pas si tu l'as appris mais je suis devenue enceinte avant d'avoir habité avec Joseph.J'ai eu tellement mal.Je ne voulais pas qu'il m'approche.Je n'osais pas le regarder en face.Lui pensait que je l'avais trompé.Mais jamais je ne lui aurais fait ça.Je l'aimais tant.Suzanne: Tu peux me faire confiance.Je serai discrète, continue.Marie: Je me sentais si seule avec mon secret Je me sentais coupable Joseph 32/VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE-OCTOBRE1988 pensait me renvoyer et me laisser au père qui, selon la Loi, était alors obligé de m'épouser.Nous étions bouleversés et nous questionnions l'avenir de notre couple.Tout était de ma faute.On chuchotait autour de nous; je sentais des regards désapprobateurs alors que j'aurais tant eu besoin de soutien et de réconfort.Suzanne: Vous avez pourtant vécu ensemble?Marie:Je ne sais pas ce qui s'est passé.Je n'ai pas eu de nouvelles de Joseph pendant plusieurs semaines.Je te dis que j'ai trouvé ça dur.Puis un bon matin, il est venu me dire qu'il m'aimait.C'est à ce moment là que nous avons décidé d'élever ensemble cet enfant pour qu'il devienne quelqu'un de bien Suzanne: Votre vie n'a pas toujours été facile, je pense.Marie: En effet le gouvernement de l'occupant a décidé de recenser tous les habitants.Il a fallu que nous allions à Bethléem.Suzanne: Mais tu étais enceinte?Marie: Oui, et le voyage a été long.Personne ne voulait nous accueillir lorsque j'ai été sur le point d'accoucher.On nous prenait pour de jeunes itinérants peu fiables.Suzanne: Et qu'est-ce que vous avez fait?Marie: Nous n'avions pas le choix.Nous nous sommes retrouvés dans une étable.J'ai mis au monde, un beau garçon sans complication, avec l'aide d'une sage-femme Il a toujours été ma consolation même si à la période de l'adolescence, je ne le comprenais plus.Il a changé considérablement à cette époque J'avais de grands projets pour lui Suzanne: Je pense que c'est une période difficile pour tous les parents, même pour ceux qui se disent sans problème.Marie: Il m'a causé tant d'inquiétudes quand nous sommes montés au Temple de Jérusalem.J'avais tout fait pour lui et il nous a fait le coup de se sauver.J'essayais de communiquer avec lui, mais il répondait qu'il avait des choses plus importantes à faire.Suzanne: Et puis il y a eu la mort de Joseph.Tu es devenue cheffe de famille monoparentale Tu as dû assumer seule l'éducation de ton fils.Marie: Je me faisais du souci à son sujet: finira-t-il par se trouver un métier pour en- fin aller travailler?Joseph aurait tant aimé qu'il continue son petit commerce en ébénisterie.Mais il avait la tête ailleurs, il ne semblait pas intéressé au mariage, malgré le précepte de la Loi.Il arrivait à trente ans et demeurait toujours à la maison.J'avais de grands projets pour lui.Je me sentais impuissante.Si Joseph avait été là.C'était un rêveur.Il disait qu'il voulait changer le monde et pourtant, il ne bougeait pas.Comme il était mystérieux parfois! Un jour, sans avertissement, il quitte la maison et part seulement avec un sac au dos.Peut-être une influence de son cousin Jean-Baptiste qu'il était aller écouter un bon jour II était revenu songeur.Suzanne: Il a ensuite mené une vie marginale.Marie: Je voulais lui donner des conseils, un peu de provisions II n'avait besoin de rien, disait-il.Sa devise: au jour le jour, Dieu nourrit les oiseaux.J'avais hâte qu'il se décide à faire quelque chose de sa vie et voilà qu'il devient un itinérant.Il me semble qu'il avait tout pour réussir.Suzanne: Tu te souviens?Je t'avais donné de ses nouvelles.Il parlait contre les institutions et les lois qui étouffent l'être humain.Il faisait la leçon aux Pharisiens qui étaient trop légalistes.Il se promenait dans les rues, se tenait avec des femmes de moeurs douteuses, allait manger chez l'un et chez l'autre.Il n'avait pas d'endroit pour dormir.Marie: J'avais de la difficulté à comprendre.Il a pourtant été éduqué selon la Loi J'aurais tellement aimé qu'il s'arrête de temps en temps pour me donner de ses nouvelles Je me suis rendue un jour dans le village voisin et quelle n'a pas été ma joie de l'apercevoir Les gens me disaient, chanceuse, d'avoir un tel fils mais lui de riposter: «Heureux plutôt ceux qui croient en mon option pour les plus petits».Un couteau en plein coeur II était parfois difficile à saisir.J'avais peur que son affaire finisse mal Suzanne: Et tu as eu raison Ton fils te ressemble Marie: Il disait les choses parfois crûment, et même s'il ne cherchait pas d'abord à avoir raison du pouvoir en place Mais il croyait à ce qu'il faisait Suzanne: Ton fils te ressemble Marie J'ai prié avec toi les Psaumes et tu as toujours pensé que les situations d'oppres- sion seraient un jour renversées et que Dieu voulait des êtres humains égaux.Marie: J'essayais de le saisir par l'intérieur.Je n'étais pas d'accord avec tout ce qu'il faisait, mais son discours me faisait réfléchir Ce qu'il disait me touchait beaucoup Il exprimait ce que je gardais dans mon coeur depuis si longtemps II parlait de liberté.Il voulait le bonheur pour tous, dès maintenant II appelait Dieu «Papa».Je crois que son père lui a manqué II aimait les enfants.Les femmes le sui vaient Il a sûrement souffert de notre situation de marginalité II aimait tellement les personnes que l'on met de côté II réconfortait les malheureux, guérissait les malades, voulait changer une société injuste II n'était pas d'accord avec tout ce qui op prime l'être humain.Suzanne: Peu de disciples l'accompagnaient mais il avait raison malgré les apparences.Marie: C'était dur de croire en lui alors que les autorités le traitaient comme un bandit Être mère d'un condamné, tu sais ce que ça fait?Suzanne: Ce doit être terrible Marie: Maintenant je comprends, mais pourquoi ce long et si dur chemin avant de croire' Je me suis retrouvée avec les autres disciples au Cénacle Tant à apprendre et à souffrir avant de compren dre.Ensemble, nous parlons beaucoup de lui.J'espère que la Bonne Nouvelle se répandra J'aime cette Marie, «non canonique», peut-être justement parce qu'elle est vivante, proche du vécu des femmes d'aujourd'hui, accessible, disciple avec les autres disciples J'ai pris la liberté de lui donner la paro le  votre tour d'essayer de la faire parler à travers vos jases C'est subversif que Marie soit proche de notre expérience quotidienne de femmes Mère, debout, solidaire, à nos côtés C'est ainsi qu'elle sera de moins en moins utilisée pour nous asservir ■ Lucie Lépine est bibhsle Elle est coordonnalnce du Carrefour familial Hochelaga 1 On pourra consulter.sur cette question, le numé ro de mars 88 du bulletin L autre Parole C P 393 Suce C Montréal.H2L 4K3 VIE OUVRIERE/SEPTEMBRE OCTOBRE 1988/33 A L'OEIL par HENRI [AMOUREUX HOMMAGE À FÉLIX LECLERC LE POUVOIR DES MOTS Lorsque ces lignes seront lues, Félix Leclerc nous aura quitté depuis un mois et demi.Tout aura été dit le concernant Les qualificatifs les plus élogieux auront été utilisés sans réserve ni retenue On l'aura traité de géant, de précurseur, d'irremplaçable, de généreux, d'indomptable.Certains l'auront comparé à une montagne, d'autres à un torrent ou à un chêne La plupart de celles et ceux qui auront participé à l'éloge public de Félix Leclerc l'auront fait dignement, affectueusement, laissant parler leur coeur.Les crocodiles, sauf quelques rares exceptions, n'osent pas mordre dans des morts de cette taille.On peut dire de lui qu'il était aimé à un rare degré.Pour nous, les indépendantistes, il était l'incarnation du courage et de la sereine confiance en ce peuple dont il savait si brillamment illustrer les talents et les travers.J'ai appris sa mort alors que je revenais du Parc de la Gatmeau Je n'y avais jamais mis les pieds Pour l'atteindre, |'ai emprunté la route dite «transcanadienne», celle qui passe par Ottawa, la capitale anglophone d'un pays qui n'est pas le mien Longeant la rivière Gatmeau, j'ai traversé des villages québécois où l'anglais triomphe, arrogant.J'ai fait quelques emplettes dans une épicerie où le personnel, pourtant jeune, ne parlait pas ma langue.Je me suis senti étranger dans mon propre pays, le jour où Félix est mort.Est-ce ainsi que l'on sème la colère dans le coeur de l'alouette?Et je me suis mis à penser à celles et ceux qui, depuis la parenthèse référendaire, se sont reprovincialisés, sont redevenus canadiens après avoir un temps «flirté» avec l'idée qu'ils étaient peut-être d'abord et avant tout québécois.Je me suis mis à penser à certains de mes amis politiciens, syndicalistes ou militants des organisations populaires qui acceptent sans ciller, parfois même en applaudissant, que leurs maîtres anglophones les désignent comme des «régionaux»; qui se qualifient eux-mêmes de provinciaux pour ne pas qu'on les accuse de caresser des rêves de liberté.Je me suis mis à penser à Félix et au pouvoir des mots Cet homme connaissait la valeur des mots.Il savait que pour exister, un peuple doit d'abord se nommer et affirmer son identité spécifique, son originalité par le langage.Ce n'est pas pour rien que les Israéliens refusent de nommer le peuple palestinien, alors que les Arabes parlent de «l'entité sioniste» pour désigner Israël.Ce n'est pas pour rien non plus * que Broadbent, Turner et consorts, qualifient de «nationales» les seules expériences canadiennes.Ils voudraient faire vivre une nation juridique alors qu'ils refusent de reconnaître la nation réelle que nous sommes.Mais pourquoi donc faut-il que certaines et certains d'entre nous acceptent de participer à cette entreprise de réduction?Albert Memmi, dans Portrait du colonisé, a déjà fourni une explication.Félix Leclerc aura donc été un de ceux qui nous aura nommé le mieux.Contrairement à d'autres, je ne pense pas que sa mort, après celle de René Lévesque, sonne le glas de nos aspirations Je ne le pense pas car d'autres femmes et d'autres hommes, inspirés par l'exemple du grand poète, prennent déjà la relève, ou continuent de mener le combat Félix est mort mais il nous reste les Vigneault, Ri-vard, Gauthier, Miron, Tremblay .Il nous reste Clémence, Pauline, Lise Payette et tant d'autres qui écrivain-es, interprètes, peintres, musi-cien-nes, comédien-nes savent dire qui nous sommes.Je ne le pense pas non plus car notre peuple, ce peuple que Félix a tant aimé et auquel il s'est identifié, saura bien, plus tôt que tard, s'apercevoir que devenir un géant, ce n'est pas si difficile.Il suffit d'apprendre à se tenir debout La douleur que suscite la mort de Félix Leclerc devrait non pas nous déprimer un peu plus, mais plutôt nous motiver davantage à terminer ce que nous avons commencé.Salut Félix! Tu nous laisses de bons outils.À nous de terminer le travail.Henri Lamoureux est écrivain et éthicien 34/VIE 0UVRIERE/SEPTEMBRE-OCT0BRE1988 UN OUTIL DE SENSIBILISATION A PARTIR DE FICTIONS D'ANALYSES DE TABLEAUX DE FAITS Disponible au prix de 3,00 $ au: Centre de documentation Centrale de l'enseignement du Québec 2336, chemin Sainte Foy C.P.5800 Sainte-Foy (Québec) G1V 4E5 DE SOLIDARITE DES TRAVAILLEURS DU QUÉBEC (FTO) LE FONDS QtJ&tlWi D'EMPLOIS Montréal (514) 285-6400 / Québec (418) 622-3258 / Sans frais 1-800-361-7111 -a>r~ - %8S» CHICOUTIMI JULIETTE SHERBROOKE THETFORO MINES •J^^t (Saguenay Lac Sl-Jean (Lanaudiere) 180.rueAcadie 908.rueLabbe ■îi^ ^^, 73, rue Arthur Hamel sud 190.rue Montcalm Sherbrooke J1H2T3 Thetlord G6G 2A8 ,/.____ Y Chicoutimi G7H 3M9 Jolietle J6E 5G4 (819)563 6515 (418)338 3159 syH^jf (418)549 9320 (514)769 0762 SOREL VAL D OR ^l » • • 11-^ CHANDLER MONTREAL 900, cje de l'Eghse (Nord-Ouest québécois) jifiAi (Gaspesie Ile de la Madl ) 1601, rue Delonmier Tracy J3R 3R9 400, rue des Distributeur; CSN 165, rue Commerciale ouest Montréal.H2K 4M5 (514)743-5502 CP 1390 ^•^PBv ChandlerGOC 1K0 (514)598 2021 Val dOr J9P 4P8 (4181689-2294 QUEBEC ST-HYACINTHE (RichelieuYamaska) (819)825 6137 PARTOUT DRUMMONDVILLE 155.boul Charestest 2425, rue Dessaulles VALLEYFIELD 451, rue Noire Dame Québec G1K3G6 St Hyacinthe J2S 2V2 (Sud Ouest québécois) Drummondville J28 2K9 (418)647-5700 (514)438 4196 412.boul du Havre AU (819)478 8158 ValleylieldJ6S1T2 RIM0USKI ST JEROME (514)371 555 GRANBY (Bas Si-Laurent) (Laurenlides) * 371.rue Si Jacques 124.rue Ste Marie 289, rue de Villemure 2e étage VICTORIAVILLE QUEBEC Granby J2G 3N5 Rimouski G5L 4E3 St Jérôme J7Z 5J5 100.boul Julrasest 1514)372 6830 (418)723 7811 (514)438 4196 Viclor-avilleG6P4L5 (819)758 6241 HAUTERIVE SEPT ILES STJEAN (Cote Nord) 619.rueBrochu (Haut-Richelieu) LANORAIE 999 rue Comtois Sept Iles G4R 2X7 180.rue Noire Dame 38 rue Nolre-Oame Hautenve G5C 2A5 (418)962 5571 Si Je™ sur Richelieu LanoraieJOKlEO (418)589 2069 589 2608 SHAWINIGAN J3B 6N2 (514)348 4965 (514)887 2336 HULL 442 rue Willow (Ouiaouais) Shawimgan G9N 6T8 TROIS RIVIERES 258 boul Si Joseph (819)536 4433 550.rue Si Georges Hull J8Y 3X8 Trois Rivières G9A2K8 (819) 771 7447 (819)378 5419 771 7450
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