Vie ouvrière., 1 janvier 1983, novembre
La GASPÉSIE heure dossier tes pêcnerw5 dans le ct*ux de la vague vie ouvrière Revue fondée en 1951 et publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (J O C ).le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (M T C ) et le Centre de Pastorale pn Milieu Ouvrier (C P M O ) Directeur: Raymond Levac Conseil de direction: Jean-Guy Casaubon, Gilles Comeau.Diane Gariépy.Pierre Purcell Comité de rédaction: Denise Gauthier, Diane Perreault, Luce Bédard, Jean-Marc Lebeau, André Charbonneau.Jacques Boivin, Jean-Guy Casaubon.Couverture et recherche visuelle: Claudette Rodrigue Secrétariat: Louise Bessette Montage et comptabilité: Yolande Hébert-Azar Promotion Vie Ouvrière: Hélène Desjardins, Pierrette Maltais, Fernand Campbell Abonnement: 8 numéros par année - Abonnement individuel: 15$ par année - Abonnement de groupe 20$ par année - Abonnement outre-mer 18$ par année Distribution en kiosque Diffusion Parallèle.Montréal téléphone (514) 521-0335 Collaboration photographique: Pierre Gauvm-Evrard Référence»: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertories dans le Répertoire analytique d'articles de revues du Québec (RADAR), de la Bibliothèque nationale du Québec Dépôt légal â Ottawa et â la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Les Presses solidaires Inc.Courrier de la deuxième classe, enregistrement n" 0220 Revue Vie Ouvrière 1212 Panet Montréal, Que H2L 2Y7 Téléphone (514) 523-5998 • > vie ouvrière Volume XXXIII Novembre 1983 No 173 LA GASPÉSIE À L'HEURE DE GRANDE-VALLÉE Martine D'amours.Édito-lettre .2 Des moulins en pièces détachées.5 Une heure plus tard dans les maritimes.9 Dossier: Les pêcheries dans le creux de la vague.11 Pécheurs: Chanceux qui réussit à en vivre.12 Dans la série: Y en a qui ont fait une piasse ici .19 En usine: Perdre sa vie à la gagner.25 Une industrie tournée vers l'extérieur.28 Les gouvernements face au dossier des pêcheries Une querelle de grands manitous.34 Sortir les pêcheries du marasme.Qu'en pensent les principaux intéressés.37 L'information sous la coupe des marchands .43 Réflexions en marge de Grande-Vallée .46 Raymond Levac : Une première pour le mouvement pacifiste.50 Andrée Fafard: Vive le temps des fêtes.56 Philippines: Solidarité.60 Vie Ouvrière Vivra.62 Nouvelles brèves .63 Édito-lettre Grande-Vallée, le 7 septembre 1983 Chères Yolande, Louise, et cher Raymond, Ma tournée en Gaspésie tire à sa fin.déjà.Et là-dessus, j'aime mieux vous dire tout de suite qu'on ne pourrait avoir la prétention de rendre, après un voyage de 10 jours, un portrait général, complet et nuancé d'un pays aussi grand et diversifié que la Gaspésie.D'après ce que j'ai pu en voir depuis Pointe-à-la-Croix (dans la Baie des Chaleurs) jusqu'à Grande-Vallée (sur la rive nord), la Gaspésie n'est pas un pays, mais au moins trois ou quatre.Différences liées à la fois au paysage, au peuplement, au développement économique, mais au-delà desquelles on voit poindre des constantes.La première, la plus frappante en tous cas, c'est qu'il y a trois affaires qui traditionnellement faisaient vivre le monde — la pêche, le bois, les mines — et qu'actuellement, les trois vont mal.Les scieries ferment; Murdochville ressemble étrangement à une ville fantôme; la saison de pêche a commencé en retard et ne rapportera pas les revenus escomptés.L'hiver s'annonce dur avec, pour plusieurs, le spectre du BES à l'horizon.2 / Vie Ouvrière Certains pourraient être tentés d'attribuer cette situation uniquement à des facteurs conjoncturels, tels les problèmes rencontrés sur le marché du bois, l'épuisement de la mine de Murdoch, la rareté de la morue ou les difficultés financières de la coopérative des Pêcheurs-Unis.Et il y a du vrai dans tout cela, mais, au-delà et plus profondément, il y a surtout le fait que le développement de la Gaspésie a toujours été orienté vers l'extérieur.Un peu comme dans les pays du Tiers-Monde, les ressources d'ici créent des jobs et de la richesse ailleurs.En parlant avec les gens tout autour de la péninsule, on a l'impression que la Gaspésie traverse une période de grande noirceur.Une travailleuse des pêcheries me disait hier: "On est dans le noir total".Une subvention fédérale a permis à Pêcheurs Unis d'ouvrir les usines cette année, mais fonctionneront-elles l'an prochain?Le bruit court que Mines Gaspé devrait rappeler certains de ses travailleurs en octobre mais.On est dans l'incertitude la plus totale.Dans l'attente aussi.Dans l'attente qu'une volonté politique se manifeste pour donner à cette région les moyens d'un développement auto-centré.Mais je vous imagine déjà, désireux d'entendre parler de luttes, de connaître les militantes et militants qui mènent ces luttes, à la manière des saumons remontant le courant.Et bien, des luttes, il y en a eu, il y en a encore: luttes syndicales, luttes de pêcheurs contre l'exploitation des compagnies, luttes pour la réouverture d'usines, manifestations et blocage de routes pour l'obtention d'emplois et d'outils de développement économique.Mais tout cela garde souvent un caractère local, ponctuel et spontané.Quand l'exaspération est trop grande, quand la coupe est trop pleine, on assiste à des manifestations de colère ou de résistance, mais elles se traduisent rarement par une organisation de défense à plus long terme.Les organisations existantes sont peu nombreuses, souvent débordées par leurs problèmes locaux et éprouvent de la difficulté à additionner leurs forces.Et il y a des raisons à cela.Ici, les distances sont énormes et les réunions ne se tiennent pas au coin de la rue.Ici, les villages ont été constitués de façon plus ou moins isolée, avec pour conséquence le développement d'un esprit de clocher qui est tout à l'avantage des élites locales.Ici, du moins pendant l'été, le temps est tout entier occupé par la lutte pour la survie.Ici, l'information n'existe à peu près pas, orientée qu'elle est par et en fonction des intérêts des Vie Omrière 3 marchands.Bref, il serait dangereux de regarder les réalités et les luttes d'ici à partir de nos schémas de Montréal.Ça serait même la première chose à dire dans ce dossier: fermez vos yeux de Montréal, de Joliette ou de Québec, la Gaspésie, c'est un tout autre mondre.• À bientôt.tendresses.Martine Wj.Textes et photos: Martine D'Amours: sauf celles identifiées autrement.Grâce à la collaboration de: Guy Bernatchez, Raymonde Brousseau, Cyrès Côté, Da-nielle Coulombe, Paul Coulombe, Joce-lyne Curadeau, Louise Denhez, Hermel Dufresne, Bernard Dufresne, Bernard Fournier, Gracia Fournier, Orner Four-nier, Georges Gagné, Richard Gagné, Michel Goudreau, Danielle Haché.Jacques Keable, Michel Reagan, André Lavoie, Pierre Provost, Claude Roy, Louise Toupin, Simonne Voisine.4 I Vie Ouvrière Des moulins en pièces détachées Janvier, février, mars 1981, ça bardait dans la Matapédia.À coup de manifestations, déjeunes, d'occupations, les gens réclamaient une papeterie, projet moteur pour le développement de la vallée.Histoire de calmer les esprits, les ministres Bérubé et de Bané ont alors promis la construction d'une scierie moderne à Causapscal.On l'attend toujours d'ailleurs, son ouverture est prévue pour'85.Mais ce que les ministres n'ont pas dit, c'est que l'entreprise qui s'installera à Causapscal, en l'occurence la compagnie Matériaux Blanchet Inc., fermerait sa scierie de Pointe-à-la-Croix, dans la baie des Chaleurs, causant 80 pertes d'emplois.Autrement dit.Matériaux Blanchet Inc.concentre ses activités à Causapscal, entre autres.La compagnie se déménage.a\ec le bois Matériaux Blanchet Inc.est une des plus grosses compagnies manufactu-rières de bois de sciage au Québec.Par son chiffre d'affaires, elle vient au troisième rang, tout de suite après Normick Perron Inc.et Rexfor.Elle est à la fois présente au niveau de la production et au niveau de l'exportation et a créé à cet effet une autre compagnie, Blanchet International, pour commercer le bois sur le marché mondial.Pour s'installer à Causapscal, Matériaux Blanchet Inc.s'est vu offrir des approvisionnements de bois d'une valeur de 75 000 cunits* en provenance de terres publiques (dont les 45 000 cunits de Pointe-à-la-Croix), plus 20 000 cunits en provenance de terres privées.Autrement dit, dans ce cas comme dans d'autres, le gouvernement garantit à des compagnies l'accès au bois des terres publiques, pour une période de 10 ans, et sans obligation de reboiser.On viendra ensuite se surprendre s'il ne reste plus de bois dans les forêts publiques! * Le cunit est une mesure équivalente à un peu plus qu'une corde de bois.Vie Ouvrière / 5 Ainsi, à Pointe-à-la-Croix, la scierie a fermé ses portes, à l'hiver '81 à cause d'un feu, mais elle aurait de toutes façons cessé ses activités durant l'été suivant.Le drame, c'est que les gens de Pointe-à-la-Croix perdent non seulement leurs jobs, mais aussi l'accès aux 45 000 cunits de bois.Avant de penser à reconstruire une scierie, les gens de Pointe-à-la-Croix doivent obtenir des concessions de bois.Du bois pour des emplois Michel Goudreau, organisateur au CLSC, raconte que c'est justement à cette tâche que s'est attelé le Ralliement populaire, formé en janvier '81."Le Ralliement a obtenu 20 000 cunits pour les gens d'ici.Mais l'organisation qui a pris la relève depuis février '83, le Comité pour la survie économique, a fait faire une étude qui démontre qu'une scierie n'est pas rentable avec 20 000 cunits.Ce qu'on revendique, c'est 40 000 cunits, pour permettre à une éventuelle usine de fonctionner à l'année longue, avec 40 ou 45 employés." "La nouvelle Corporation de développement de Pointe-à-la-Croix s'apprête à présenter l'étude à la population.Actuellement, on a 20 000 cunits d'acquis, 10 000 autres cunits recommandés par Énergie et Ressources à Rimouski; il nous en reste 10 000 à trouver.On verra si les gens sont intéressés à partir un projet communautaire ou s'il vaut mieux chercher des investisseurs privés." Pour se trouver une job, c'est loin Matane Avec le chantier, le moulin à scie de Pointe-à-la-Croix employait environ 200 hommes l'été et 80 l'hiver.M.Georges Gagné est un de ceux que la fermeture de 1981 a laissé sans emploi."Ça faisait 11 ans que je travaillais là, à l'entretien des machines.Des semaines de 45 heures et souvent du temps supplémentaire: j'arrivais à me clairer de bonnes payes.Au moulin, l'équipement était désuet, démodé, il y avait des accidents de travail.Dans la dernière année, Blan-chet avait parlé de moderniser, puis il a finalement décidé de fermer.Actuellement, le chômage, ça fait pas mon affaire du tout.avec les taxes qui remontent.Dans le coin, il y a pas d'autre ouvrage; certaines familles ont été obligées de déménager; je vais peut-être faire pareil." Dans lequel cas, M.Gagné n'en serait pas à son premier déménagement de ce genre.Il habitait St-Conrad et a perdu sa terre au moment de la fermeture du village, en 1970.On lui a donné $1 100 en sortant, plus $2 500 quand les chemins ont été fermés, mais l'OPDQ (Office de planification de développement du Québec) ne lui a pas encore payé toutes les sommes qu'elle lui doit, au chapitre de la relocalisation."Je ne peux pas vivre avec ce que me donne le chômage.Si au moins je pouvais aller chercher du bois sur ma terre.Mais je vais peut-être partir pour Matane, travailler dans un autre moulin.C'est un h / Vie Ouvrière Matériaux Blanchet Inc.a acheté la scierie en 1979.Le feu l'a partiellement détruite en '81 mais de toutes façons, il l'aurait fermée quelques mois plus tard.Actuellement, il est en train de vendre la machinerie pièce par pièce, comme en fait foi la demande de soumission (ci-contre).Pourquoi?L'explication de M.Gagné est limpide: "les gros bon bout, Matane, mais quand t'as pas le choix." Mais le syndicat n'a-t-il rien fait pour protester contre la fermeture?"L'Union (il s'agit de l'Union des bûcherons et travailleurs de scieries)?Elle nous a laissé tomber après le feu.L'agent d'affaires nous disait qu'il travaillait pour nous mais en même temps, il travaillait sur le comité pour le déménagement de l'usine à Causapscal.Et quand, au Ralliement populaire, on comme Blanchet achètent les usines dans l'intérêt de gagner de nouveaux approvisionnements en bois.Une fois le bois acquis, ils ferment les usines et les vendent en pièces détachées, parce que s'ils vendaient les usines en un morceau, ils devraient aussi céder la réserve de bois".voulait que les gens s'impliquent dans les actions de protestation (blocages des routes etc.), l'agent d'affaires leur faisait peur, en disant que l'armée viendrait.De toutes façons, on aurait été mieux avec un syndicat de boutique qu'avec ce syndicat-là.Quand Blanchet a acheté en 1979, ça faisait son affaire de garder la convention, puisque ça lui permettait de nous payer moins cher que dans les autres scieries." \ ie Ouv nere 7 Projet communautaire ou investissements privés?Qu'est-ce qui se prépare à Pointe-à-la-Croix?Michel Goudreau explique que, suite aux manifestations de '81, "les gens étaient prêts à s'impliquer en donnant tant par paye, dans un projet de scierie communautaire.Mais actuellement, les ex-travailleurs sont pas mal éparpillés, certains ont dû déménager.Et un projet de ce type demande un gros capital, une mise de fonds que les gens d'ici n'ont pas, et cela même si le projet bénéficiait d'une subvention fédérale à l'investissement.D'autre part, on peut trouver que des investisseurs privés, intéressés à faire cette mise de fonds, mais s'ils embarquent, ils vont embarquer seuls.Autrement dit, la population n'aurait pas de contrôle là-dessus." Oui, et rien ne garantit que dans ce cas, les investisseurs ne "déménageraient" pas eux aussi 4 ou 5 ans plus tard.• "tiré du journal l'Aviron, 10 août 1983' H / Vie Ouvrière DEMANDE DE SOUMISSIONS Des soumissions cachetées seront reçues au bureau de la compagnie soussignée |usqu'â I7h00 mardi, le 23 août 1983 por l'achat des stocks suivants, en bloc ou séparément Description des stocks Lot No 1 chargeuse Prentice 210.1979.moteur John Deere, installée sur camion International F-1800.1970 Lot No 2 Pick-up Ford F-250.1976.V-8.351.manuel Lot No 3 Réservoirs (2) à carburant de 2.000 gallons Lot No 4 Entrepôt en bois 24' X 40-8 au toit Toiture en acier Lot No 5 Lattes (200.000).3/4 épais, 48' long Lot No 6 Equipements de sciene Lot No 6A Ecorceur RVF 26" Lot 68 Ecorceur Cambio 26" avec table d'entrée aiustable sur balancier, guides et convoyeur de sortie Maténel partiellement incendié Lot 6C Section de table de tnage (100' long x 12' large) Lot 6D Transfert à 5 lignes a angle de 90'.tourne à droite Lot 6E Transfert à 4 lignes (15 5' long x 12' large) Les lots ci-dessus pourront être examinés du lundi au vendredi entre 8h00 et 17h00 en se rendant au bureau de Matériaux Blanchet inc Rang St-Conrad.Pointe-à-la-Croix La compagnie ne s'engage pas à accepter la plus haute ni aucune des soumissions Condition de paiement comptant ou chèque certifié Matériaux Blanchet Inc Division Gaspésto CP 430 Pohite-a-la-Crote, Que G0C1L0 Attention: M Guy Paquet Téléphone: 418-788-2905 Une heure plus tard dans les maritimes Quand on demeure à Pointe-à-la-Croix, on est presque en banlieue du Nouveau-Brunswick.Plus précisément, après avoir traversé la petite municipalité québécoise, on débouche sur un point, au-delà duquel se trouve la ville de Campbellton, Nouveau-Brunswick.Chaque jour, plusieurs québécois et québécoises traversent le pont, soit pour travailler, soit pour faire leur épicerie, soit pour recevoir des services de santé! "L'an dernier, le gouvernement québécois a déboursé S5.4 millions pour des frais médicaux reçus par des québécois au Nouveau-Brunswick.Les deux gouvernements ont une entente à cet effet." Au printemps, la situation a tourné au vinaigre entre les travailleurs du Québec et ceux du Nouveau-Brunswick, ceux-ci reprochant à ceux-là de venir leur voler leursjobs.Le fond du problème, c'est que trop souvent, les ressources proviennent de ce côté-ci de la frontière, alors que les jobs et les services se retrouvent surtout de l'autre côté."Ici, on sert de vache à lait, de réservoir de ressources.Les gens de Pointe-à-la-Croix ont de la misère à avoir du bois, mais la Canadian International Paper (CIP) possède au Québec une forêt privée.de 160 000 m:.qui alimente l'usine de Dal-housie.Avec pour conséquences que les emplois les moins bien payés — bûcheron par exemple — sont offerts aux québécois alors que les emplois d'usines, plus rémunérateurs, vont aux travailleurs du Nouveau-Brunswick.C'est ainsi, continue Michel Goudreau.qu'en donnant nos ressources, on donne aussi nos jobs." C'est la même chose au niveau des services de santé, qui créent à peine 25 emplois du côté québécois, alors qu'ils pourraient en créer 200.Il y a quelques mois, des travailleurs du Nouveau-Brunswick ont protesté contre le fait que les québécois travaillaient dans leurs usines.Le pont a été bloqué; certains travailleurs québécois ont reçu des menaces.Les syndicats du Nouveau-Brunswick ont adopté une position protectionniste au niveau de l'emploi, réclamant que les québécois employés à temps partiel soient mis dehors et que ceux employés en permanence aient le choix entre déménager au Nouveau-Brunswick ou perdre leur emploi.De son côté, le conseil municipal de Pointe-à-la-Croix a voté une résolution qui \ ie Ou\nère 1 demandait au gouvernement du Québec que le bois du Québec soit transformé au Québec; autrement dit, qu'il serve à créer des emplois ici.Selon Michel Goudreau, "ça réglerait le problème s'il y avait un partage des emplois de type industriel".C'est aussi l'analyse que fait le Comité action-emploi, formé suite aux événements du printemps pour défendre les intérêts des travailleurs québécois.Comme l'explique un de ses responsables: "notre but n'est pas de régler les problèmes du Nouveau-Brunswick ou de s'organiser contre les travailleurs du Nouveau-Brunswick.Ce qu'on veut, c'est développer des emplois ici, attirer de ce côté-ci des commerces et des services gouvernementaux, pour lesquels on paye de toutes façons.D'un coin à l'autre de la Gaspésie, il n'y a pas que le paysage qui change; le type de ressources et de développement économique aussi.Ainsi, le sud est davantage industrialisé; c'est dans le sud, par exemple, que se concentre le gros de l'industrie de transformation du bois, dans les moulins de la Consolidated Bathurst, à New Rich-mond (en haut) et de la Price, à Chan-dler (en bas).Le nord, pour sa part, ne comporte pas de pôle industriel de cette importance, sinon la mine de cuivre de Murdochville.À plus tard! Hl / Vie Ouvrière U> COOPÉRATIVE DE PECHEURS QUÉBÉCOI Les pêcheries dans le creux de la vague.Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'industrie gaspésienne des pèches est mal en point.La coopérative des Pêcheurs l nis du Québec, de loin son plus gros producteur, est dans une situation de quasi faillite.Les usines de PI Q ont bien failli ne pas ouvrir cette année; elles ont finalement ouvert en retard, avec l'aide d'une subvention fédérale.Avec le résultat que certains travailleurs ne sont pas assurés d'avoir fait le minimum d'heures pour bénéficier du chômage.D'autres usines sont demeurées fermées et leurs travailleurs sans emploi; les pécheurs qui les fournissaient se sont trouvés dans l'obligation d'aller livrer leur poisson ailleurs, augmentant ainsi leurs frais (plus Kivière-au-Renard.le 4 septembre '83 de temps, plus d'essence i.Dans certains cas.des pêcheurs se sont vu offrir pour leur hareng des prix tellement ridicules qu'ils ne suffisaient pas à couvrir les dépenses occasionnées par la pêche.La saison est déjà largement avancée, et plusieurs pécheurs en sont à leur 2iéme ou 3ième "timbre" de chômage, sur 10 qu'ils doivent faire.Pour accumuler le nombre de semaines assurables, les gens essaient de se rattraper en présentant des projets de création d'emploi de toutes sortes.PDCC, Chantier-Québec.Pour éviter de se retrouver sur le BES.Quand l'industrie des pèches va mal, c'est 30% de la population gaspésienne qui se porte mal.\ ie Ouvrière 11 Pêcheurs: Chanceux qui réussit à en vivre Artisanaux?côtiers?hauturiers?Dans les articles récents concernant la situation des pêches, les journaux ont souvent parlé des "pêcheurs côtiers" et des "pêcheurs hauturiers", sans bien préciser de quoi il s'agit.En fait, il existe plusieurs façons de catégoriser la flotte de pêche et donc plusieurs définitions de la pêche côtière et hautu-rière.Par exemple, le DGPM (Direction générale des pêches maritimes) a convenu de diviser la flotte de pêche en 4 catégories.(') • flotte artisanale: "composée de bateaux péchant près de la côte, mesurant moins de 45 pieds et dont les sorties durent le plus souvent la journée." C'est le type de bateaux le plus répandu (environ 4 000) et qui emploie le plus grand nombre de pêcheurs.• flotte côtière: "composée de bateaux péchant au large des côtes, mesurant de 45 à 65 pieds et dont les sorties n'excèdent pas 5 à 7 jours." Ce sont des bateaux relativement vieux, qui font l'objet d'un programme de renouvellement dans le cadre du plan quinquennal du gouvernement québécois.• flotte hauturière: "composée de bateaux péchant au large, en-deçà de la zone des 200 milles, mesurant de 65 à 150 pieds et dont les sorties varient de 7 à 15 jours." Il y a 24 bateaux de ce type au Québec.• flotte de grande pêche (ou océanique): "composée de bateaux péchant 12 / Vie Ouvrière en haute mer, 200 milles et au-delà, mesurant plus de 150 pieds et dont les sorties peuvent durer de 15 jours à plusieurs mois." Cette flotte est inexistante au Québec.Ça, c'est la définition "officielle", ou plutôt, une des définitions officielles, et elle est utile pour comprendre à quoi font référence les documents gouvernementaux quand ils parlent de subventionner telle ou telle catégorie de la flotte.Cependant, en pratique, les pécheurs eux-mêmes ont une définition beaucoup plus simple: les côtiers sont ceux qui pèchent sur des bateaux de moins de 50 pieds, pratiquent un type de pêche fixe et sortent en mer généralement pour la journée.À l'inverse, les hauturiers pèchent sur des bateaux de 50 pieds et plus, pratiquent un type de pêche mobile et font des sorties en mer pouvant durer plusieurs jours.Cette définition est à ce point celle qui est retenue dans la pratique que l'Association des capitaines propriétaires de bateaux de 45 pieds et plus de la Gas-pésie est communément appelée l'association des hauturiers.* •*■ MkOentions pour ouvrir et des subventions pour fermer Nous sommes à Paspébiac.ancien quartier général des Robin.En 1975, la compagnie "Pêcherie du golfe St-Laurent" signe, avec le gouvernement du Québec, un contrat de location d'une durée de 4 ans, pour l'usine de Paspébiac.D'après les informations recueillies par Québec-Presse, le propriétaire de la compagnie (même si son nom ne figure pas dans les documents du service des compagnies du Québec) est M.Borromée Verreault, constructeur naval, propriétaire du chantier naval des Méchins.Pour faire fonctionner sa nouvelle usine, Verreault "se commande" donc deux bateaux — le Nadine et le Rally 11 — dont il est à la fois le producteur et l'acheteur.Comme production, il fixe le prix à $1 million par bateau.Comme acheteur toutefois, il reçoit S700 000 en subvention d'Ottawa, S140 00 en subvention de Québec, et, de Québec toujours, un prêt sans intérêt pour 90^ de la somme restante.En résumé.Verreault débourse $116 000 sur un total de $2 millions.\ ie Omnere 23 Le Nadine et le Rally II avaient été commandés pour la pêche au sébaste.Sitôt construits, le gouvernement fédéral décrète le gel de ce type de pêche.Aucun problème pour Ver-reault, qui transformera ses bateaux en seineurs de hareng, à l'aide, bien sûr, de subventions gouvernementales.Coût total de la transformation: $1 million, dont S400 000 donnés par Ottawa et $500 000 prêtés sans intérêt par Québec.Avec ses bateaux, Ver-reault acquiert aussi les deux seuls permis pour gros seineurs de hareng jamais accordés à des propriétaires québécois.Comme dans l'industrie du taxi, les permis se revendent avec les bateaux, et à très gros prix.Et c'est exactement ce qui allait se passer! En '79, sitôt terminé son contrat de location, Verreault ferme l'usine de Paspébiac.Résultat: 125 travailleurs et travailleuses, syndiqués CSN, se retrouvent à la rue.En '81, Verreault revend ses bateaux à M.Pelletier, de Ste-Anne-des-Monts, propriétaire d'une usine de transformation du hareng sur la Côte Nord.Le prix de la transaction (officieux mais de bonne source): $3 millions par bateau, $6 millions au total! De leur côté, M.Pelletier et ses associés créaient en '81 une nouvelle compagnie: "Pêcheries du golfe St-Laurent 80".Objectif: rouvrir l'usine de Paspébiac., avec des subventions gouvernementales! (tiré de Québec-Presse, mai 81.dossier de Jacques Keable) Penouil, le 3 septembre 83 Chère V.O., Tu auras une petite idée de l'isolement dans lequel ont grandi les gaspésiens si je te dis que cette route 132, qui ceinture la péninsule, n'est terminée que depuis 1929.Qui dit isolement d'un village à l'autre, dit aussi développement d'un certain "esprit de clocher", difficulté à créer des regroupements régionaux.Même avec la construction de la route, la Gaspésie demeure une région négligée au plan social et culturel: de Matane en descendant, une seule librairie (et encore, depuis un an), une seule bibliothèque, toutes deux à Gaspé.Bye! 24 / Vie Ouvrière En usine • • perdre sa vie a la gagner^ Au Québec, une cinquantaine d'usines assurent la transformation du poisson.Le plus souvent, ce sont de petites usines qui font une transformation première du produit.47 d'entre elles sont localisées dans les régions maritimes.À l'intérieur, quelque 3 000 travailleurs, dont 40% de travailleuses, y tiennent un emploi saisonnier, mal payé, épuisant, dangereux.* Saisonnier.comme la pêche Il n'y a qu'une usine qui fonctionne à l'année longue.celle de Blue W'ater Seafood, à Montréal.Celles de la Gas-pésie, de la Côte-Nord, des Iles-de-la-Madeleine sont ouvertes environ six mois par année.Les statistiques officielles, de même que les méthodes de calcul de l'Assurance-chômage ne tiennent pas compte du caractère saisonnier de ce travail.Ainsi, le document "Bâtir le Québec"** présente un salaire moyen de $8 285 pour les employés d'usine de poisson en 1977.Ce montant est obtenu en divisant la masse salariale totale par le *• Bâtir le Québec, énoncé de politique économique du gouvernement québécois, 1979.nombre d'emplois/année.Le hic, c'est que le document considère que 2 travailleurs ayant travaillé 6 mois chacun "égalent" un emploi/année.En d'autres termes, $8 285 serait le salaire moyen réel si les gens travaillaient 12 mois, mais ici, tout le monde travaille 6 mois.La réalité du salaire annuel moyen d'un travailleur ou d'une travailleuse d'usine se situerait donc plutôt autour de S4 142.Même problème au niveau de l'assurance-chômage, qui calcule les prestations sur la base des 10 ou 20 dernières semaines travaillées, sans considérer qu'en fin de saison, le poisson se fait plus rare et que les employés travaillent moins d'heures.C'est en vain que les travailleurs et leurs organisations syndicales ont demandé que le calcul tienne compte de la saisonnalité du tra\ail, en calculant, par exemple, le montant des prestations sur la base des 10 ou 20 meilleures semaines travaillées.Le menu d'appoint.aboli! Dans le domaine des pêcheries, non seulement l'industrie n'assure-t-elle pas un nombre de semaines de travail fixe mais Vit Ouvrière / 25 À travail égal, salaire égal?En principe, oui! Sauf que dans cette usine des Pécheurs Unis, syndiquée CSN, les hommes sont trancheurs, alors que les lemmes sont mi-reuses, désosseuses et empaqueteuses.Les premiers reçoivent un salaire horaire de $6.71, les secondes un salaire horaire de $6.48.Dans les entreprises non-syndiquées, les différences salariales entre les ]obs "d'hommes" et les |obs "de femmes" sont encore plus considérables — jusqu'à $0.50 de l'heure.encore elle n'assure pas un nombre fixe d'heures de travail par semaine.Même dans les entreprises syndiquées, les gens n'ont jamais réussi à obtenir un nombre d'heures de travail garanties par la convention."L'employeur (PUQ) n'a jamais voulu.Il dit qu'il n'est pas le gouvernement!" Jusqu'en '80 justement, le gouvernement québécois offrait un système de revenu d'appoint, qui permettait aux travailleurs et travailleuses de ce secteur de pallier un peu à l'insécurité du revenu.En '76 par exemple, une personne qui ne travaillait 26 / Vie Ouvrière que 20 heures dans une semaine recevait de l'État $2.65 de l'heure pour les 20 autres heures non-travaillées, à condition d'avoir fait au minimum 4 semaines de travail au préalable et d'avoir accumulé 180 heures.Cette compensation, c'était pas le Pérou, mais ça permettait à des gens de se qualifier pour l'assurance-chômage.En I977, le gouvernement du PQ — dont un des candidats avait pourtant dit en '76 qu'il était ridicule de donner un revenu d'appoint si bas qu'il n'atteignait même pas le salaire minimum — le gouver- nement du PQ annonce donc son intention d'abolir ce programme.Après négociation, il consent à le maintenir pour un an, à $2.75 de l'heure, à condition d'avoir travaillé 8 semaines au préalable.En '80, c'est la guillotine; l'abolition complète de ce programme pourtant peu coûteux ($400 000 en 1978).Depuis, ceux et celles qui n'ont pas réussi à faire le nombre de semaines assurables, passent l'hiver au chaud.sur le BES.Perdre sa vie à la gagner _^ Même dans le meilleur des cas, c'est-à-dire dans les entreprises syndiquées, les salaires comptent parmi les plus bas de l'industrie québécoise.Le salaire horaire moyen dans les usines de poisson est passé de $1.53 en 1970 à $5.66 en 1980 mais il est encore inférieur à celui du textile et du vêtement.À Pêcheurs Unis, il se situe actuellement autour de $6.48 - $6.71.Lors de la dernière négociation, le ministre Garon, en pleine Assemblée nationale, a trouvé le moyen d'accuser ces syndiqués de vouloir "saboter" l'industrie de la pèche.Ailleurs, dans les entreprises non-syndiquées, on en est encore à des conditions de travail et de salaire dignes de l'ère pré-industrielle.À l'usine de traitement du crabe de Ste-Thérèse de Gaspé, les travailleuses sont payées à la pièce, plus précisément à la livre de chair de crabe extraite des pattes.Une casseuse qui ne produit pas un minimum de 8 livres à l'heure est mise à pied.Le travail debout, 8 à 9 heures par jour, 5Vt à 6 jours par semaine, dans le bruit et l'humidité est propice aux accidents.De plus, les travailleuses des usines de transformation du crabe sont souvent victimes de maladies de la peau.d'arthrite, et de maladies respiratoires.À ce propos, une étude réalisé en 1983 par le département de santé communautaire de Gaspé dans deux usines des Iles-de-la-Madeleine démontre que ces travailleuses souffrent d'asthme dans une proportion de 80 fois plus élevée que dans le reste de la population.Dans les entreprises syndiquées, les conditions de santé-sécurité ont été améliorées mais le travail demeure pénible.Le fait d'être debout, 9 heures par jour, les mains dans l'eau, est à l'origine des maux de jambes, de l'arthrite, des problèmes de vessie dont se plaignent les travailleuses et travailleurs.Ils et elles ressentent aussi fortement le stress causé par la super-surveillance dont ils sont l'objet.Pêcheurs Unis détient le record du nombre de personnes affectées à la surveillance et à l'administration, soit 26% du personnel.» * texte réalisé à partir de Parlons-en, émissions réalisées pour Radio-Québec par Jacques Keable.1982; d'une entrevue réalisée par V.O avec M.Hermel Dutresne et Madame Jocelyne Curadeau.du syndicat des employés des Pêcheurs Unis du Québec, à Rivière-au-Renard; et de la Fédération du Commerce CSN — L'Industrie des pêches maritimes au Québec et ses effets sur les travailleurs et travailleuses des usines de transformation.Vie Ouvrière / 27 Une industrie tournée vers l'extérieur Dans un document récent, la Fédération du commerce CSN affirmait que les améliorations indispensables à apporter aux conditions de travail et de rémunération dans les usines de transformation de poisson "ne peuvent se réaliser que partiellement dans le cadre des conventions collectives, mais plus en profondeur à travers une restructuration du secteur de la pêche maritime au Québec".Tous les pêcheurs, les travailleuses et travailleurs interviewés dans le cadre de ce dossier sentent bien, eux aussi, que les solutions apportées à la pièce ne régleront rien tant et aussi longtemps qu'on ne se sera pas attaqué aux problèmes de fond de l'industrie.Le principal problème, c'est que, comme pour le bois, comme pour le cuivre, le poisson gaspésien crée des emplois et de la richesse ailleurs.Crevettes américaines et harengs français.ou espagnols, ou japonais ou.___________________________ Quatre-vingt pour cent des produits de la mer consommés au Québec viennent de l'étranger; 70% des produits de la mer péchés au Québec sont exportés à l'étranger.Pourquoi?En partie parce que la cinquantaine d'usines québécoises sont équipées de manière à ne faire subir au poisson qu'une transformation primaire; autrement dit, elles fabriquent très peu de produits aptes à être consommés, immédiatement.Ce qui sort des usines, c'est soit un poisson salé, fumé ou séché (très peu consommé au Québec), soit un poisson congelé qui, une fois expédié à l'étran- 28 / Vie Ouvrière Sur les 47 usines québécoises, plus de 30 produisent le poisson fumé, salé ou séché.Elles comptent rarement plus de dix employés.Une quinzaine d'autres sont spécialisées dans la congélation des filets de poisson ou le traitement des mollusques et crustacés.Le travail y est mécanisé mais seulement 5 d'entre elles embauchent plus de 100 employés.ger, sera retransformé en un produit fini: bâtonnets, filets enrobés, etc.Il n'y a au Québec qu'une usine qui effectue ce genre de transformation secondaire; c'est la montréalaise Blue Water Seafoods, propriété de la compagnie Gorton de Gloucester (USA).C'est de là que Blue Water emporte les blocs de poisson congelé qu'elle transforme ensuite en plats cuisinés, en bâtonnets et en portion de "fishburger", utilisés par tous les restaurants MacDonald du Canada.C'est précisément cette transfor- mation secondaire (en produits directement consommables) qui ajoute le plus de valeur au produit et qui est la plus payante; une preuve en est que seule Blue Water engage de 100 à 180 travailleurs à l'année longue, à un salaire moyen de $20 000 par année.Le problème justement réside dans le fait que cette transformation payante s'effectue à l'étranger sur du poisson québécois et, dans un seul cas.dans une usine québécoise, sur du poisson importé.La boucle est bouclée: les autres pays (ou provinces) Vie Ouvrière 2>* ■mjjjbbi Sur 47 usines québécoises une seule apprête le poisson pour la consommation finale: Blue Water; qui emploie 100 à 180 personnes à l'année longue.nous achètent le poisson gaspésien semi-transformé et peu cher; ils le transforment puis nous le revendent à gros prix.Une histoire différente Le fait que la production québécoise soit majoritairement exportée à l'étranger sous forme de produits semi-finis, s'explique en partie par l'histoire du développement des pêcheries au Québec, qui diffère sensiblement de celui qui a prévalu, par exemple, dans les Maritimes.L'industrie québécoise de la pêche est dominée par Pêcheurs Unis, une coopérative qui regroupe quelque 450 petits et moyens propriétaires de bateaux et qui possède huit usines de transformation primaire, un réseau de distribution embryonnaire et le chantier maritime de Gaspé.À cause des difficultés financières, une usine et le chantier maritime sont actuellement fermés.Environ le tiers de la production québécoise passe par les bateaux et les usines des Pêcheurs Unis.Le reste, à une exception près, se partage entre plusieurs petites et moyennes entreprises.Au contraire, l'industrie de la pêche dans les Maritimes est occupée par quelques grosses compagnies qui représentent les intérêts de multinationales.Il s'agit de Connors, filiale à 99,7% au groupe Weston, de National Sea Products, filiale à 49,9% de Nickerson et de Fishery Products, filiale à 73,9% de D.W.M.Ces compagnies possèdent 30 / Vie Ouvrière leur propre flotte de gros chalutiers, leurs usines de transformation primaire et secondaire, ainsi que leur système de mise en marché.Au Québec, à cause du mode de développement coopératif dominant, la pêche côtière est demeurée la plus importante, la taille des bateaux est restée relativement petite, la taille des usines également, lesquelles continuent de se spécialiser dans la transformation primaire qui, ailleurs, tend à s'effectuer à bord de bateaux-usines.Il est évident que des coopératives de pêcheurs ou des PME n'ont pas une capacité d'investissement — au niveau des usines, des bateaux, de la technologie ou de la recherche — comparable à celle des multinationales.Aussi la pêche québécoise, en termes d'emplois, d'usines et de valeur ajoutée au produit, se classe-t-elle au 4ième rang, après Terre-Neuve, la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick.Il s'agit d'une industrie qui, quoique vitale dans des régions comme la Gas-pésie, la Basse Côte-Nord et les Iles- de-la-Madeleine, demeure marginale dans l'ensemble de l'économie du Québec: 0,1% de son produit national brut et 0,2% de sa main-d'oeuvre.(cf.tableau) Du poisson, il y en a, encore faut-il le prendre._____________________ De tous temps, les bateaux étrangers ont trouvé intérêt à faire des milles — voire même à traverser l'Atlantique — pour venir pêcher dans les eaux du Golfe St-Laurent et sur les côtes de Terre-Neuve.Ils y ont tellement péché et surpêché qu'entre 1970 et 1976, les réserves de poissons et le volume des prises ont baissé dramatiquement, à tel point que les emplois en usines ont diminué de moitié pendant ces années-là.En 1977, le Canada portait sa juridiction sur les eaux territoriales de 12 à 200 milles des côtes, conformément aux accords internationaux réalisés dans le cadre de la conférence des Nations Unies sur le droit de la mer.comparaison avec les Maritimes NOMBRE D'EMPLOYÉS 10 à NOMBRE D'USINES (d* plu* d* 10 t-mplov**1 20 50 100 200 500 A à à à à TOTAL NOMBRE D'EMPLOIS-ANNÉE NOMBRE DE PÉCHEURS V ALEUR AJOUTÉE MANUFACTURIÈRE ($000) PROVINCES: Tl KHI NI VVl 4 6 3 13 19 1 L_ ** 7.736 26.447 124.485 ILE-DU-PRINCF-EDOUARD 3 6 4 10 0 14 623 2.0b 1 10.034 NOUVELLE-ÉCOSSE 16 16 10 9 6 2 59 5.005 10.311 102.093 NOUVI AU-BRUNSWH k 1 3 4 6 7 0 21 .i 44c 4.728 4f 802 QUI BU 1 8 4 4 2 0 19 1.466 4.929 23.927 D'après recherche de Réveret et Peltier, pour la CSN Données de 1978 Vie Ouvrière / 31 Du coup, sauf autorisation spéciale, les gros bateaux-usines étrangers n'a-avaient plus le droit de venir pêcher à moins de 200 milles des côtes.Cela a permis aux stocks de poissons de se reconstituer et on pouvait espérer que le poisson québécois alimenterait enfin davantage les usines du Québec.Espérer seulement puisque subsistait un problème de taille: la flotte québécoise ne possède pas de bateaux équipés pour aller pêcher dans la zone des 200 milles, si ce n'est un crevettier danois récemment acquis par des intérêts majoritairement québécois, mais qui destine à l'Europe 70% de ses captures.Or les quotas, c'est-à-dire le tonnage de poisson dont le gouvernement autorise la pêche pour une espèce donnée, sont alloués pour des zones géographiques, en fonction de la taille des bateaux et du type d'engins de pêche.Si les bateaux québécois ne soutiennent pas la comparaison devant ceux des Maritimes, les quotas seront vite atteints, comme ce fut le cas en 1981, par les bateaux des Maritimes; le poisson fournira les usines des Maritimes, et les usines québécoises, faute de poisson à transformer, devront licencier leur personnel plus tôt dans la saison.Autrement dit, les usines québécoises — et leurs travailleurs et travailleuses Depuis quelques années, le poisson canadien est mal vu sur les marchés Internationaux.Sur le marché de Boston, Il s'est vendu jusqu'à 30% moins cher que le poisson européen.Moins bonne qualité, disait-on.Mais le problème de la qualité est indissociable de l'état de la flotte, des conditions matérielles et financières dans lesquelles s'effectuent la pèche et la transformation en usine.Quand, faute de quoi, des côtlers sont forcés de débarquer leur poisson sur la grève, quand des usines payent le même prix au côtler qui rapporte un poisson péché du matin qu'au chalutier qui revient de 5 à 6 jours en mer.Quand les pêcheurs n'ont pas la capacité d'Investissement requise pour assurer cette qualité.M j Vie Ouvrière — souffrent du fait que la flotte québécoise n'est pas équipée pour aller pêcher le poisson aussi loin et aussi tard dans la saison que le sont celles des autres provinces.La situation serait moins désastreuse si les quotas étaient attribués par province, — au lieu d'être alloués par type de bateaux ou comme en 1982, directement à des compagnies privées — puisque dans ce cas, le Québec pourrait faire des ententes avec des bateaux étrangers pour faire pêcher son poisson dans la zone de 200 milles et en faire débarquer une partie dans les usines québécoises.et le vendre! Quoique à la hausse depuis quelques années, la consommation de poisson n'est pas très élevée chez les québé- cois: une moyenne de 6.9kg par habitant en 1977, comparativement à 65.7kg au Japon, 40kg en Espagne et 22kg en France.Il faut dire que rien n'est fait pour nous mettre en appétit; pas d'effort de publicité, pas d'organisation qui s'occupe de commercialiser le poisson péché ici.D'autre part, la production québécoise n'est pas ajustée au goût des consommateurs québécois.Nos habitudes alimentaires commencent à se diversifier; il y aurait un marché pour la vente de poisson frais, congelé à l'état nature ou apprêté selon des formes nouvelles et régionales (hors-d'oeuvre — soupes, etc.), pour peu qu'on mette les efforts pour en faire la promotion et pour le mettre en marché.Pour l'instant, il n'existe pas de volonté active ni de structure apte à développer ce marché intérieur.Les producteurs québécois demeurent tout entier tournés vers le marché international, où ils se concurrencent les uns les autres en coupant les prix.Les acheteurs ont alors beau jeu d'attendre que les prix soient suffisamment bas, avec les répercussions néfastes que cette baisse entraîne sur les conditions de travail et de salaire dans les usines, ainsi que sur l'économie régionale.• * texte réalisé à partir da l'enquête de Jean-Pierre Réveret et Jacques Peltier pour la Fédération du Commerce CSN.document vulgarisé par Guy Ferland, 1982, et de Parlons-en.émissions réalisées à Radio-Québec par Jacques Keable.1982.Vie Ouvrière / 33 Une querelle de grands manitous Les gouvernements face au dossier des pêcheries Il arrive qu'entre deux priorités prioritaires, l'un ou l'autre palier de gouvernement commande une étude, publie un rapport ou annonce la mise sur pied d'un programme relativement à l'industrie québécoise des pêches.Ainsi, un plan quinquennal de développement des pêches, adopté par le gouvernement québécois en 1979, prévoyait investir $100 millions notamment dans la consolidation de la flotte artisanale et côtière, la réalisation d'études de faisabilité concernant le développement d'une flotte de grande pêche, etc.Dans les faits, l'action des paliers gouvernementaux s'est le plus souvent résumée à un parachutage anarchique des subventions destinées aux propriétaires d'usines et de bateaux intéressés à construire, concentrer, moderniser.Pas ou peu de choses concernant la qualité du produit, la commercia- lisation, la stabilité de l'emploi, les répercussions sur le développement régional.Résultats déjà connus: les pêches sont en crise, les usines ferment, une minorité s'enrichit alors que la majorité tire.le poisson par la queue.Récemment, à la faveur de difficultés financières de Pêcheurs Unis, les deux grands manitous — Jean Garon, ministre de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation au Québec et Pierre De Bané, ministre des Pêches et Océans Canada — se sont affrontés, vingt pieds au-dessus de la mêlée.Pendant que Québec s'amusait à saisir les bateaux de Madelipêche et Ottawa à leur refuser les permis.Les Madeli-nots eux, voyaient leur saison de pêche dangereusement compromise: le poisson n'attendrait pas le OK des gouvernements.Ailleurs aussi, les conséquences désas- 34 I Vie Ouvrière Projet» Spécial •pectaui Becover de relance Project» ■■■■■ treuses de la quasi-faillite de PUQ commandaient une réponse plus sérieuse.Aux Iles et en Gaspésie, selon une enquête réalisée par Michel Corbeil du Soleil, chaque semaine de pêche perdue s'est traduite par des pertes de plus de S400 000 en salaires aux capitaines et hommes d'équipage, $335 000 en salaires aux employés d'usines et au moins S800 000 en chiffres d'affaires.Pour régler le problème financier de PUQ, Ottawa et Québec ont avancé des solutions opposées.La proposition Garon suppose la disparition de la Fédération et la reprise en main de ses activités par des coopératives locales ou sous-régionales, avec l'aide du gouvernement.De son côté, l'offre De Bané favorise pour le moment, la survie de la Fédération, par le biais d'un financement jusqu'en décembre, ce sur quoi Québec lui reproche de ne penser qu'à sauver les créanciers de PUQ Plus loin, on ne sait pas; avant de s'engager davantage, le fédéral attend les recommandations précises, concernant la Gaspésie, du rapport Kirby.Toutefois, dans le milieu, on pense que l'optique d'Ottawa irait dans le sens d'une plus grande intégration des pêches québécoises à l'ensemble de l'est canadien et d'une industrialisation qui menace la survie même des pêcheurs côtiers.Au-delà, il y a la querelle sur le partage des juridictions: Ottawa considère comme périmée l'entente de 1922.qui concédait un certain nombre de pouvoirs au Québec; déjà De Bané a commencé à rapatrier de ces pouvoirs, dont toute l'émission des permis.* Madelipèche.iu\ Iles-de-la-Madeleine.est possédée ,i SI par PUQ el à 40 1 par la Société de développement industriel (SD1).au nom du gouvernement du Québec.Vie Ouvrière 35 r Au moment de terminer ce dossier, nous apprenions l'annonce, par Pierre De Bané, d'une proposition visant à restructurer l'industrie des pêches.Ainsi, le gouvernement fédéral propose de créer une Société des pêches qui assumerait la gestion de la production, de la transformation, de la commercialisation et de la vente du poisson.Dans le cadre de ce projet, il se dit prêt à racheter Pêcheurs Unis et à adjoindre à la nouvelle société d'autres entreprises de pêche indépendantes, y compris l'usine de Paspébiac, propriété du gouver- Uslne de Paspébiac nement québécois (actuellement fermée).De la restructuration comme telle, on ne sait encore rien de précis, sinon qu'elle s'inscrit dans le cadre plus vaste d'une réorganisation de l'industrie dans l'est du Canada et qu'au Québec, elle passera par une "intégration d'usines", avec pour buts leur rationalisation et leur rentabilisation.Cette proposition, quoique accueillie avec soulagement par plusieurs composantes de l'industrie (dont PUQ) a de quoi laisser perplexe.Entrainera-t-elle des pertes d'emplois?Qu'adviendra-t-il des petits pêcheurs-côtiers?N'y a-t-il pas d'abord là une "opération-sauvetage" des créanciers de PUQ (mouvement Desjardins, banques)?Pour reprendre l'expression de Pierre Provost: "l'offre semble alléchante pour plusieurs: elle éviterait la faillite et les fermetures.Mais on a l'impression d'être devant un arbre qui nous cache la forêt: au-delà de la querelle de juridiction, qu'est-ce qui va se passer, à long terme?" Même type de commentaire en provenance du service de recherche de la CSN: "à l'heure actuelle, ce projet est plus satisfaisant que la proposition précédente, par exemple, il prévoit beaucoup moins de fermetures que le plan Garon.Mais il faut penser que nous sommes en période pré-électorale: après les élections, le gouvernement s'en tiendra-t-il à un si petit nombre de fermetures?D'autre part, le projet ne donne de précisions que pour une composante de l'industrie: la relance de Pêcheurs Unis; et laisse en suspens plusieurs questions de fond — dont celles de l'état de la flotte et de l'approvisionnement des usines".Ça reste donc-un dossier à suivre.• 36 / Vie Ouvrière Sortir les pêcheries du marasme Qu'en pensent les principaux intéressés?Il semble que cette querelle de juridiction laisse les principaux intéressés — pécheurs, travailleurs et travailleuses — plutôt froids, que les permis viennent d'Ottawa ou de Québec.Concernant l'actuelle question de la survie de Pécheurs Unis (PL'Q), certains, surtout parmi les pécheurs, sont davantage favorables au plan Garon, alors que d'autres, surtout parmi les travailleurs syndiqués, s'y opposent complètement et sont plutôt reconnaissants au gouvernement fédéral d'avoir subventionné la réouverture des usines pour cette année.Chose certaine, ce qu'on veut en bout de ligne, et d'où que provienne l'initiative, c'est que l'industrie des pèches réussisse à faire vivre son monde.Vie Ouvrière / 37 "PUQ a mangé nos parts!" entrevue avec M.Richard Gagné, pêcheur côtier de Grande-Vallée "Avant la mise sur pied de la Fédération des Pêcheurs Unis, on avait des coops locales.Ici, à Grande- Vallée, on a été la dernière coop à embarquer; on pensait alors qu'une fédération pouvait faire quelque chose pour améliorer nos conditions et faciliter la mise en marché.Environ 75 à 80 pêcheurs du secteur Grande- Vallée-Petite- Vallée ont pris des parts dans PUQ, pour au moins $10 000 au total.C'étaient des parts risquées et, au bout du compte, ça n'a pas été payant.D'abord, les usines de PUQ payent le poisson moins cher que d'autres producteurs; ils retiennent un pourcentage pour l'administration.Ensuite, on a jamais vu la couleur des octrois que le gouvernement a donnés à PUQ pour les agrès de pêche.Enfin, je pense qu'ils ont voulu voir trop grand, trop d'achats, trop de dépenses administratives.Il y a eu des fermetures d'usines.Deux ans après notre adhésion à la fédération, PUQ fermait l'usine de Grande-Vallée, sortait les séchoirs.Ils ont acheté l'usine de Curadeau (à Rivière-au-Renard) l'an passé; ils n'ont pas été capables de la payer et l'usine n'a pas ouvert cette année.Pendant ce temps-là.Curadeau n'est pas capable défaire fonctionner une autre usine, à cause du protocole d'entente en vertu duquel il s'est engagé à ne pas réopérer dans le secteur Gaspé-Rivière-au-Renard d'ici 5 ans.Quand les usines ferment, ça nous complique drôlement la vie: on est obligés d'aller vendre le poisson plus loin et ça coûte plus cher.Alors ce printemps, quand Marc Millet te (secrétaire général de PUQ) et les autres sont venus nous demander d'augmenter nos parts, on a répondu qu'on n'était plus intéressés à réinvestir, qu'on avait déjà assez investi.Ils les ont mangées, nos parts!" V.O.Alors vous seriez favorable à un retour des coops locales?Mais la mise en marché ne serait-elle pas plus difficile alors?"Si on revenait à des structures locales, la mise en marché se ferait par les producteurs indépendants.En ce moment, notre nssociation de pêcheurs essaye défaire réouvrir l'usine de PUQ à Grande- Vallée.Ça fournirait de l'ouvrage au monde d'ici, et ça nous épargnerait des frais de transport.Le problème, c'est que PUQ demande $17 000 pour son usine, vide.Nous, on considère que PUQ nous la doit, en plus, on n'a pas l'argent pour l'acheter.38 / Vie Ouvrière On n'est pas une compagnie, on est une issociation, avec un petit budget constitué en vendant des cartes de membres! Xciuellement donc, on n'est pas en mesure de l'acheter et, comme on a peur que la bâtisse soit vendue à des industriels qui s'en serviraient comme entrepôt, on cherche plutôt des acheteurs qui s'engageraient à l'utiliser pour transformer le poisson.Ils pourraient alors bénéficier des octrois gouvernementaux pour la remettre en état de fonctionnement." être sur le bien-être social que d'accepter ça! On se dit aussi que c'est bien beau des coops locales, mais comment feront-elles la mise en marché?Je ne vois pas qu'une usine seule puisse commercialiser le poisson.Il faudrait une agence de commercialisation, mais qui va payer pour ça?Quant au projet du fédéral, on n'en connaît pas encore les détails.De notre côté, on essaie aussi d'élaborer une proposition de relance." "Mieux vaudrait être sur le B.E.S.que d'accepter le projet de Garon!" entrevue avec M.Hermel Dufresne, président du syndicat des employés de PUQ de Rivière-au-Renard."Le provincial dit qu'il va mettre de l'argent pour relancer l'industrie des pêches, mais son projet est inacceptable pour nous.Selon ce plan, les pêcheurs devraient investir 5% de leur revenu dans une coopérative locale et les employés 3%.De plus chaque employé devrait faire une mise de fonds de $500.C'est fou d'investir 3% de ton salaire brut quand tu travailles 20 heures par semaine! Quant à la mise de fonds, les employés y ont déjà trop goûté: l'an dernier, pour tenter de sauver l'usine, ils ont investi $50 000 sur une base volontaire et ils les ont perdus.Ensuite, le projet du provincial imposerait aux travailleurs des normes de productivité — il faudrait que chaque employé produise un minimum de livres à l'heure — et prévoit un gel des salaires pour 5 ans.Mieux vaudrait Vie Ouvrière / 39 Le mode de vie et les emplois d'abord! Pour le moment, on est donc dans l'incertitude la plus totale.Le fédéral subventionne PUQ jusqu'en décembre mais personne ne sait si les usines ouvriront l'été prochain.De son côté, le Conseil régional de développement (CRD), en cela représentatif d'un sentiment généralisé dans le milieu, suppliait les deux paliers de gouvernement de régler leurs différends ailleurs que sur le dos des pêcheurs et des travailleurs et de s'asseoir à une même table pour envisager un projet de relance qui convienne aux principaux intéressés.40 / Vie Ouvrière Pas n'importe quelle relance donc.Une modernisation hâtive ou copiée sur le modèle des Maritimes aurait de fortes chances de signifier la mort des petits quais, des petites usines, etc.des quelque 4 500 pêcheurs côtiers.Or, les associations de pêcheurs côtiers l'ont déjà bien exprimé dans un mémoire adressé au ministre Garon: ils veulent conserver leur mode de vie tout en entrant dans le réseau économique.De la même manière, le développement de la flotte de grande pêche — et particulièrement de bateaux-usines qui assument la première transformation du produit — aurait un impact positif sur la fraîcheur et la qualité du poisson mais signifierait la perte des emplois des travailleurs d'usines à terre, à moins que ces usines ne soient radicalement recyclées, de manière à pouvoir effectuer un travail de deuxième transformation.Pour sa part, et suite à l'étude de Réveret et Peltier, la Fédération du Commerce (CSN) a élaboré des propositions pour une relance de l'industrie des pêches.Elle revendique en particulier: — pour les t-availleuses et travailleurs: un revenu garanti pendant la saison de pêche; la reconnaissance du caractère saisonnier du travail; la possibilité d'adhérer aux coopératives de production existantes; une organisation du travail qui ne soit pas basée sur la répétition de tâches parcellaires; des programmes de formation adaptés aux besoins des gens d'usine. -pour la ressource: des quotas attribués aux provinces plutôt qu'à des compagnies ou à des bateaux, de façon à ce que chaque province puisse gérer ses quotas et assurer une stabilité du travail en usine.- pour la flotte: la poursuite de la modernisation de la flotte actuelle; la construction de bateaux capables de pêcher dans la zone des 200 milles et d'alimenter les usines sur une plus longue période.Les bateaux devraient être de propriété collective et compléter plutôt que faire disparaître la flotte traditionnelle.- pour les usines: la mise en marché (par le gouvernement de concert avec les autres intervenants) d'un programme de recherche et de développement destiné à diversifier la production des usines et à mettre au point de nouvelles technologies et de nouveaux produits capables de soutenir la con- currence des autres pays; la non-autorisation de construire de nouvelles usines tant que celles déjà existantes ne fonctionneront pas à pleine capacité; la réouverture de l'usine de Paspébiac.-pour la commercialisation: la création d'une agence gouvernementale de commercialisation pour faire la promotion des produits de la mer et augmenter leur place sur le marché intérieur, pour trouver de nouveaux débouchés sur les marchés d'exportation, et pour assurer leur qualité.Un sommet des pêches?Sortir les pêches du marasme, voilà qui n'est pas un mince contrat.Au Conseil régional de développement de l'est du Québec, on pense que le meilleur moyen d'attaquer le morceau serait d'abord de convoquer un sommet des pêches."Un sommet, précise Pierre Provost, qui réunirait des pêcheurs cô-tiers et hauturiers, des producteurs et des travailleurs et travailleuses d'usine.Pour que la base puisse exprimer comment elle voit le développement des pèches." Devant ma réaction de surprise (après tout, il est loin i'être évident que tout ce beau monde ait les mêmes intérêts à défendre.), il poursuit: "Le gouvernement a souvent utilisé les divisions — entre côtiers et hauturiers, entre pêcheurs et travailleurs — comme prétexte pour ne rien faire.On veut développer un minimum de concertation et s'en servir comme d'un levier auprès du Ministère, pour le forcer à agir.'.' Vie Ouvrière / 41 Forillon, le 3 septembre '83 Chère V.O., Ils en ont exproprié du monde, 4 villages entlersl, pour constituer ce parc national, (magnifique d'ailleurs, c'est pas la question.) qui avait pour but de "préserver les richesses naturelles et culturelles de ce territoire".OK pour la nature, mais pour la culture, vous repasserez, parce qu'il n'y a plus trace ici d'occupation humaine, sinon quelques établissements et ironie! de petits cimetières comme celui de l'Anse-aux-Sauvages.Les anciens résidents, convaincus de devoir s'en aller (la maison voisine en flammes étant parfois un argument de poids), sont allés s'entasser dans les villes ou dans des maisons préfabriquées.De connaître l'histoire gâche un peu la beauté du site.À plus tard! Gaspé, le 5 septembre '83 La condition des femmes en Gaspésie semble avoir beaucoup de ressemblances avec celle des femmes de quartiers populaires dans les grandes villes.Louise Denhez, méde cin au Département de santé communautaire de Gaspé, raconte: "Les femmes viennent souvent me voir en disant "qu'elles ont les nerfs".Une chance qu'elles ont les nerfs, sans ça, elles seraient mortes!".En plus d'avoir la charge du travail ménager et des enfants, plusieurs femmes assument aussi la comptabilité de leur mari (leur mari pêcheur par exemple).Pendant la période de chômage l'hiver, le gars a au moins sa gang de chum, la femme n'a pas l'équivalent.Toutefois à partir du moment où leurs enfants sont élevés, beaucoup de femmes trouvent un emploi d'été, souvent à temps partiel (restaurants, hôtels, usine de poisson).Il existe un certain nombre de regroupements de femmes locaux; celui de Capelan, par exemple, a entrepris une action pour protester contre les conséquences entraînées par l'arrosage chimique des feuilles; d'autres sont davantage axés sur /'informations, etc.À plus tard.42 / Vie Ouvrière L'information sous la coupe des marchands Pauvre, la Gaspésie ne l'est pas seulement au plan du développement économique, elle l'est aussi, notamment, à celui de l'information.De Sainte-Anne-des-Monts aux Iles-de-la-Madeleine, on compte en tout et pour tout 11 médias, qui emploient 14 journalistes à temps plein.une moyenne de 1 M journaliste à temps plein pour chaque média."Inutile de dire, précise Claude Roy, journaliste au poste de radio CHNC, en grève, qu'avec une région de 400 ou 500 milles à couvrir, on n'a pas le temps d'approfondir.Pas le temps d'enquêter, d'aller voir les gens sur le terrain.Notre principal outil de travail, c'est le téléphone.De toutes façons, les médias ne sont pas intéressés à faire de l'information.Le directeur de CHAU-TV a déjà dit sur les ondes de Radio-Canada que les journalistes ne devraient pas faire de journalisme d'enquête, parce que ça débalancerait les structures régionales.Ici, l'information, c'est la publicité, et la publicité, c'est les marchands." Et c'est bien l'impression qu'on en a en feuilletant le Pharillon, le Havre ou le Chaleur, en écoutant CHNC-radio ou CHAU-TV, tous propriétés d'intérêts privés: la publicité domine, prenant dans le cas de certains hebdos jusqu'à 80 ou 90% de l'espace; la nouvelle est réduite au strict minimum; quant à l'analyse, à l'enquête, on les cherche en vain.Récemment, à la une d'un des hebdos, on n'avait rien trouvé à mettre de mieux que."l'événement" constitué par la sortie d'une nouvelle marque de bière.Même des maires de municipalités, interviewés dans le cadre d'une émission Parlons-en, de Radio-Québec, se sont dits mal desservis par la presse régionale; expliquant qu'ils étaient obligés de "courir" après les média pour publiciser une nouvelle.Quant à la couverture donnée aux activités de groupes populaires, mieux vaut ne pas en parler.De leur côté, les grands quotidiens, tels Le De>oir ou le Soleil parviennent en région avec moins de retard qu'avant, mais leurs journalistes ont peu de connaissance de la réalité régionale."Ils parlent de la Gaspésie en termes exotiques, ils transmettent les clichés qui collent bien à l'image de la carte postale, explique André Lavoie, de Radio-Québec.De notre côté, on peut difficilement alimenter leur réflexion puisqu'on n'est pas équipés en terme de dossiers." Malgré cette situation d'ensemble, M.Lavoie se dit optimiste, convaincu que l'arrivée dans le portrait de Radio-Canada intégral et de Radio-Québec contribuera à Vie Ouvrière / 43 modifier les exigences des gaspésiens face à l'information et donc à forcer son amélioration.Son espoir réside aussi dans le fait que, d'ici quelques mois, une deuxième radio communautaire devrait commencer à diffuser à Carleton.Une deuxième, puisque Radio-Gaspésie diffuse déjà à partir de Gaspé.Quoique "communautaire" de nom, ce poste de radio est loin d'avoir la faveur des militants, surtout de provenance syndicale, que nous avons rencontrés.Il y a deux ans, un affrontement demeuré célèbre les a confirmés dans l'idée que Radio-Gaspésie est porte-parole des élites, plutôt que de la "communauté" locale.Prenons le temps de résumer l'affaire: il y a deux ans, le CA de la radio décidait de congédier une employée.Des militants membres expriment t- Onze mois de grève à CHNC Ils sont 9 travailleurs et travailleuses à temps plein et 3 à temps partiel.Des 12, seulement 2 sont employés comme nouvellistes: on a déjà vu que l'information n'est pas la principale préoccupation d'une radio privée comme CHNC.Et voilà que la direction cherche à réduire leur nombre à 6 temps plein et 5 temps partiel, défonçant le plancher d'emploi contenu dans la convention.C'est principalement là-dessus que les syndiqués sont sortis en grève.il y a maintenant 11 mois.De son côté, CHNC continue de fonctionner.avec des scabs.La stra-rtégie syndicale: tenter de favoriser un boycottage de la publicité par les 44 / Vie Ouvrière leur désaccord en assemblée générale.À la fin de la soirée, l'assemblée élit un nouveau CA, mais l'ancienne équipe réussit, à grand renfort de propagande contre "les étrangers", les "communistes" nouvellement élus, à manipuler suffisamment "le bon peuple" gaspésien pour se faire réintégrer dans ses fonctions quelques semaines plus tard.Derrière le CA destitué puis remis en place, les militants et militantes ont vu le long bras des clubs sociaux, de chambres de commerce et assimilés, institutions tout aussi conservatrices que gaspésiennes.Décidément, dans le domaine de l'information comme dans les autres, les élites locales ont la couenne dure.N marchands."CHNC ne vit que de publicité, explique Claude Roy; le seul moyen de pression efficace consisterait à lui couper les vivres.Malheureusement, la grande majorité des marchands refusent de retirer leur publicité.De notre côté, on penserait éventuellement à appeler un boycott syndical de tous les marchands qui refusent de boycotter CHNC." • ________________________________) Le 30 août Le 30 août Chère V.O., Impression que la Gaspésie est largement dominée par les marchands.Gaspé pourrait presque être appelée "Adam's ville", du nom des Adam's, qui possèdent une partie du centre-ville et qui, m'a-t-on dit, seraient probablement le deuxième plus gros employeur de Gaspé, après le gouvernement.D'autre part, cette affiche, disposée bien en vue le long de la route qui traverse Chan-dler, donne une bonne idée des élites locales, de ceux qui pèsent dans la balance du pouvoir: les clubs sociaux, les chambres de commerce, les gens d'affaire.À suivre! CHtr NOUS LA PfiUCCMCC f ST aitmniut Grande-Vallée, le 6 septembre '83 Chère V.O., A Murdochville, ils ont déjà été autour de 2 OOO travailleurs; ils ne sont plus que 300.Paraît-il que le cuivre n'est pas assez riche et que ça coûterait trop cher pour l'exploiter.Par les années passées, les jeunes surtout allaient chercher dans ces grosses compagnies minières (Mines Gaspé est une division du groupe Noranda) ou forestières, un salaire relativement élevé, délaissant les revenus traditionnels d'autosubsistance, la pèche par exemple.Maintenant que les compagnies ferment, certains retournent à la pêche mais ça coûte cher de s'équiper et ça prend 2 ans au moins avant d'être reconnu pêcheur professionnel i.e.d'avoir droit aux subventions.À Grande-Vallée, le taux de chômage est de 80%.Bye! Vie OuNnère / 45 Réflexions en Grande-Vallée Nous voici donc revenus à notre point de départ.Pendant que, de retour ici, nous écrivions ce dossier sur la Gas-pésie, là-bas se déroulaient les événements de Grande-Vallée.Blocage de routes, occupation d'édifices gouvernementaux, démission en bloc des membres du conseil municipal avec appui des élus de d'autres municipalités.la population a pris les moyens de faire savoir qu'elle en avait assez, assez du chômage, assez de l'insécurité, assez du mépris.Qu'elle voulait des emplois, qu'elle réclamait la dignité.Les onze jours de manifestations ont donné au moins un résultat concret: l'octroi de $1 million pour la modernisation de la scierie Chics-chocs.Mais les gens ne sont que partiellement satisfaits."On a demandé qu'il y ait une coupe de bois cet automne, pour que les gens sans-travail depuis 2 ans puissent se qualifier à l'assurance- marge de Au coeur des revendications des gens de Grande-Vallée: la réouverture de la scierie des Chics-Chocs, contrôlée par Rexfor.Quand le Comité de survie s'est retrouvé devant le constat que les négociations traînaient et que les possibilités de réouverture semblaient très limitées, les bûcherons et travailleurs de scierie sont spontanément descendus dans la rue.Ce n'est que plus tard qu'ils ont demandé au Comité d'encadrer un peu le mouvement.46 / Vie Ouvrière chômage.On veut que soient compensés les emplois perdus en raison de la modernisation.On réclame aussi que les citoyens soient impliqués dans l'administration de la question des ressources forestières.Enfin, récemment, on a demandé au ministre Bérubé, que le centre de traitement du bois, dont la construction est prévue à Matane (pour faire oublier la papeterie?), soit localisé plus près de chez nous, sinon à Grande-Vallée même.Or, continue M.Michel Desjardins, au comité pour la survie économique de Grande-Vallée, là-dessus, les pourparlers sont entamés mais on n'a pas reçu de réponse." Actuellement, c'est ce comité pour la survie économique qui prend le relais ••des manifestations populaires pour poursuivre la négociation avec le gouvernement.Il est composé de sept personnes: 3 représentants des bûcherons et travailleurs de la scierie, 2 représentants du conseil municipal, 1 représentant de la caisse populaire et 1 des marchands."S'il n'y a pas de réponse satisfaisante d'ici quelques semaines, ça se pourrait que les manifestations reprennent.La population est déterminée à obtenir les moyens de survivre." ***** ***** Ce n'est pas la première fois que la région connaît ce genre de mobilisation spontanée.Qu'on pense à la vallée de la Matapédia, qu'on pense à Pointe-à-la-Croix.Les conditions con- crètes d'histoire, de développement, et de mode de vie en Gaspésie expliquent en partie pourquoi ce genre d'action rejoint plus de monde que l'organisation syndicale et populaire telle qu'on les connaît en ville.D'abord, il y a peu de travailleurs, et peu de travailleurs syndiqués.Le conseil central de la Gaspésie et des Iles de la Madeleine (CSN) regroupe environ 55 syndicats, dont une majorité (35) dans les services publics et une vingtaine d'autres répartis dans les usines de transformation du poisson, dans les services municipaux, les caisses populaires et quelques commerces.En tout, 3 500 membres disséminés sur cet immense territoire.De son côté la FTQ est présente à Mines Gaspé (Murdochville), dans les pâtes et papier à New Richmond, chez les travailleurs de la forêt et dans quelques usines de transformation du poisson.En 1981, près de 5 000 syndiqués.Enfin, les enseignants sont regroupés au sein du Syndicat des travailleurs de l'enseignement de l'est du Québec (STEEQ).La vie syndicale régionale est rendue difficile à cause des coûts et déplacements qu'elle implique.Même au plan local, elle est confrontée à des obstacles importants.Durant les 5 ou 6 mois d'ouvrage, les travailleuses et travailleurs sont sous pression; le reste du temps, ils chôment.De plus, la rareté de l'emploi, les menaces de fermeture, les congédiements pour activité syndicale (déguisés) ont réussi à tuer dans Vie Ouvrière / 47 l'oeuf plus d'une tentative de syndica-lisation dans le secteur privé.Parmi la masse des non-syndicables, il y a bien sûr les pêcheurs, dont les associations ont déjà permis de trouver réponse à certains problèmes locaux.Toutefois, la conjoncture actuelle oblige tant les individus que les associations à mettre le gros de leurs énergies sur la survie.Les pêcheurs pensent d'abord à travailler assez pour "faire leurs timbres"; les associations luttent d'abord pour des infrastructures (quais, entrepôts frigorifiques) directement reliées à la survie de la pêche cô-tière.D'autre part, il y a eu des regroupements de type organisations populaires.Il y a eu le Comité local d'animation sur la consommation (CLAC), qui avait mené des enquêtes sur le prix des aliments, fait des pressions pour ramener le prix de l'essence à celui de Montréal, offert un service d'aide à la planification budgétaire.Impact positif: accélérer l'ouverture d'un Assemblée du syndicat de l'usine de Cap-aux-Meules aux Iles de la Madeleine, le 27 janvier 1982, pour étudier les résultats de la recherche UQAM-CSN sur l'industrie des pêcheries.bureau de protection du consommateur à Gaspé.Il y a des Regroupements d'assistés sociaux, particulièrement à Grande-Vallée et à Rivière-au-Renard, qui ont mobilisé des femmes à la fois sur des besoins très concrets (comptoir de vêtements, jardins communautaires) et sur des pressions politiques dans le cadre du Front commun des assistés sociaux du Québec.Au nombre des suites: l'intégration des protèses mammaires dans les besoins spéciaux (défrayés par le BES).Il y a eu aussi l'Association des travailleurs accidentés de la Gaspésie (ATAG), qui a fait débloquer une enquête sur les conditions de santé-sécurité à Murdochville, formé des personnes-ressources, étudié le projet de loi 17 et présenté un mémoire en commission parlementaire.Ces regroupements n'existent plus.Reste actuellement le comité action-chômage, à l'intérieur duquel 2 ou 3 personnes font du cas-à-cas et de la référence.Il y aurait eu matière à lutter 4H / Vie Ouvrière plus collective quand le gouvernement a coupé le revenu d'appoint, restreignant ainsi le droit des travailleurs à l'assurance-chômage, mais une telle lutte n'a pas aboutie.Une piste intéressante du côté du Regroupement des femmes de Gaspé, qui travaille notamment sur la question de l'avortement (pressions pour l'ouverture de la clinique Lazure) et sur celle de la violence, surtout à l'intérieur de la famille.Sur ce dernier point, le groupe réalise que les besoins sont énormes, mais que "c'est difficile à dealer dans un milieu où tout le monde se connaît." Le travail du Regroupement se partage entre l'enquête, la sensibilisation auprès des intervenants (médecins, travailleurs sociaux, etc.), l'information et la référence.***** ***** Pourquoi ce type de regroupements populaires — qui nous sont devenus familiers à proximité des grands centres — semblent-ils avoir la vie si courte en Gaspésie?On en a donné des réponses aussi nombreuses que diversifiées: l'absence d'information, les coûts élevés (transport, interurbains), l'esprit de clocher, hérité des vieilles querelles entre villages, etc.Mais peut-être surtout le fait que des villages tellement petits rendent difficile la mise sur pied de structures plus revendicatives.En leur absence, les regroupements de type loisirs, âge d'or, clubs sociaux, cercles de fermières occupent tout l'espace et ont un impact plus grand que dans les centres urbains.Les besoins immédiats demeurent souvent pris en charge par le réseau familial.Quant aux questions plus globales (écoles, routes, création d'emploi) elles relèvent davantage des structures municipales, lesquelles sont d'ailleurs beaucoup plus proches des gens que dans une ville comme Montréal.Ici, pas de Pierre Desmarais II ni de Jean Drapeau: des pêcheurs, des organisateurs communautaires, des gérants de petites caisses populaires font aussi partie des conseils municipaux.À travers des événements comme ceux de Grande-Vallée, ces élus municipaux ont justement fait savoir qu'ils avaient trop peu de pouvoir, trop peu de moyens pour gérer la pénurie.Leur seule issue: appuyer les manifestations populaires, tant qu'elles demeureront non-violentes.L'exaspération, la révolte des gas-pésiens prennent donc des formes différentes de celles des grands centres.Ont-elles des chances d'aboutir?Peut-être, à condition que des organisations puissent maintenir la pression sur le gouvernement, à condition également que la population ne laisse pas les élites locales, commerçantes et industrielles, récupérer à leur profit, le sentiment gaspésien, comme ce fut le cas dans le conflit de la Radio communautaire (voir article précédent).• le 26 octobre 83 Vie Ouvrière / 49 événements ouvriers Une première pour le mouvement pacifiste Alors qu'on craignait que les tensions au sein du mouvement pacifiste ne permettent pas une mobilisation importante lors de la journée du 22 octobre, une foule de 20,000 à 30,000 personnes a répondu aux appels du comité du 22 octobre et du comité québécois pour la paix.Une dizaine de milliers de personnes se sont unies en une chaîne reliant le consulat américain au consulat soviétique en passant par le siège du Parti libéral du Canada.Il s'agissait d'une condamnation de la production, des essais et du déploiement des missiles de croisière CRUISE et Pershing II et plus parti- culièrement de la contribution du Canada à la production et aux essais des Cruisc américains sur notre sol.Cette manifestation se voulait aussi en solidarité avec le mouvement pacifiste indépendant qui lutte au sein des pays de l'Est.Un nombre au moins aussi grand de personnes participait, durant l'après midi à la Grande Marche pour la Paix.Elles mettaient l'accent sur leur opposition à la participation des États-Unis et du Canada à la course aux armements et revendiquant que le Québec devienne une zone libre d'armes nucléaires.50 / Vie Ouvrière Un mouvement qui prend racine au Québec L'ensemble des activités de la journée et de la semaine ont mobilisé pour la première fois au Québec un nombre considérable de manifestants et manifestantes sur le thème de la paix et du désarmement.L'enjeu du débat au sein des groupes pacifistes est d'importance puisqu'il s'agit de la place qu'on accorde, dans la stratégie, au soutien actif des pacifistes indépendants des pays de l'Est et de la critique que l'on fait à l'Union Soviétique dans cette lutte.Cependant, après des années d'efforts des organisations pacifistes, il s'agit d'un mouvement qui enfin semble prendre racine au Québec.Aux manifestations de cette journée du 22 octobre, un taux d'assistance record (entre 20.000 et 30.000 personnes).Et qui plus est, du monde qui n'ont visiblement pas l'habitude de «ourir les manifs: Des personnes âgées qui ont déjà vu plus d'une guerre et qui ne veulent pas voir celle là; des enfants qui disent à Trudeau: "Laisse-nous une chance de nous rendre à ton âge"; des femmes de quartiers populaires qui expliquent ainsi leur présence: "la paix et le développement, on ne peut pas ne pas se battre pour ça"; des jeunes qui luttent pour le droit à l'emploi et qui commencent à réaliser que "les jobs dans l'armement, c'est pas des vraies jobs".L'armement: une réalité que de plus en plus de gens de tous les horizons perçoivent l'urgence de contrer parce que le risque de guerre nucléaire vient tout compromettre: nos jobs, nos vies, la société nouvelle pour laquelle nous luttons.\ le Ouvrière / 51 Missile Cruise Petit missile d'environ 6 mètres pouvant être transporté et lancé par des bombardiers, sous-marins ou véhicules terrestres.Chaque missile peut porter des ogives nucléaires quinze fois plus puissantes que la bombe lancée sur Hiroshima.Un bombardier B-52 peut en porter 20 à la fois.Non détectable par les radars, il permet de pénétrer la défense ennemie et de détruire ses missiles puisqu'il peut faire exploser les silos dans lesquels ils se trouvent.Il possède un cerveau électronique lui permettant de suivre un trajet sinueux pré-programmé.Il possède un tir extrêmement précis pouvant atteindre une cible à trente (30) mètres près à plus de 2,500km.de distance.Pourquoi s'opposer aux missiles Cruise Les opposants aux missiles Cruise ont des raisons particulières pour le faire: — Ils ne persuadent pas l'U.R.S.S.de diminuer son armement, bien au contraire.Ils donnent une telle avance technologique aux U.S.A.qu'ils forcent la Russie à développer une arme semblable.L'escalade est encouragée.Ils rendent plus probable une guerre nucléaire.— Comme on ne peut pratiquement pas les détecter et les photographier, ils rendent en fait impossible le contrôle mutuel des armes nucléaires.— Les ogives des missiles Cruise peuvent être nucléaires, conventionnelles ou biologiques.On ne peut donc jamais savoir ce qu'ils portent.— Il s'agit d'une arme offensive et non défensive, (cf.Réseau pour la surveillance du nucléaire) 52 / Vie Ouvrière Le Québec et l'industrie des armes Malgré le fait que de plus en plus, les investissements d'ordre militaire sont faits en Ontario, plus de la moitié des usines d'armements de tout le Canada se trouve au Québec."Nous participons, par nos impôts, à raison de 200$ par personne par année, à financer une industrie de guerre qui tend à se développer.Dans la seule région de Montréal, des milliers d'emplois dépendent, partiellement ou en totalité, de la production militaire.Les contrats d'exportation représentent 40% de la production et rapportent environ 770 millions S." À la base militaire de Bagotville, le Canada a accepté d'entreposer des armes nucléaires sous contrôle américain.Le Canada et l'industrie des armes La filiale canadienne de la compagnie Litton Systems construit, en Ontario, une partie du système électronique de guidage des missiles Cruise.Le gouvernement canadien a accepté de tester ce missile à Cold Lake, en Ontario.Il soutient donc ainsi la politique américaine augmentant la menace nucléaire dans le monde.Alors 4u# U i nsr h«ifK dkrrnwm >rs 'fv^nd» HK»n.df.mguK c r ' q Sa < bps' m Z m ■ C O -XI < S w&\\ StflJJ O ^< 3 ■n • II n Vie Ouvrière / 55 foi et engagement Vive le temps des Fêtes!.?Tout au long de l'année, les militants vivent des valeurs fortes.Or, pour plusieurs, il devient difficile d'intégrer celles-ci dans ce temps fort marqué par la tradition, que représente la période des Fêtes.Dès que nous désirons vivre ces instants avec nos familles, trop d'éléments échappent à notre volonté.Pensons aux décorations coûteuses, au "mon oncle" qui se déguise en Père Noël, aux échanges de cadeaux presque obligatoires dans certaines familles, les repas souvent orgiaques, les parrains, marraines et grands-parents qui ne demandent souvent qu'à submerger les enfants de cadeaux très dispendieux, etc.Est-il possible de vivre tout ceia autrement, de sortir des cadres, sans s'isoler, sans devenir trop cérébraux, ou sans balayer le sens de la fête?Une dynamique, des malaises Noël représente, le plus souvent, la fête familiale par excellence.Or, plusieurs militants se sentent beaucoup plus à l'aise avec leurs amis, qu'avec les membres de leurs familles, avec lesquels ils ne partagent pas nécessairement les mêmes préoccupations, les mêmes valeurs.De plus, il peut arriver que nous nous sentions confrontés aux rôles traditionnels (les hommes dans le salon, les femmes dans la cuisine).Et nous voilà plongés au coeur d'une dynamique.Noël, ainsi que le Jour de l'An, est une journée où sont mis de l'avant les désirs de fraternité et de paix.L'émotivité y est très forte.Ainsi, l'esprit de famille devient alors important, et, au nom de l'unité, on se 56 / Vie Ouvrière sent mal à l'aise pour laisser surgir les dissensions.Et nous voilà dans une situation inconfortable, à tenter des compromis, à taire des désaccords, ou à se mettre à l'écart.— "Il y a l'échange des cadeaux.On s'entend pour donner des cadeaux de $20.T'as l'air fou quand tu donnes ton cadeau, et que tu en reçois un qui vaut le double!" — "Moi, j'en ai assez des parades de mode.Souvent, mon mari est en chômage, et on se fait dire qu'on manque de goût." — "L'an passé, j'ai raté la célébration de Noël avec ma communauté de base, pour faire plaisir à mon beau-frère qui nous recevait pour la première fois.C'était très important pour lui, mais j'étais frustrée: ça sonnait faux.Quand on pense que les hommes et les femmes se sont pas mêlés de toute la soirée." — "Nous autres, on est confronté au Père Noël.À chaque année, un des adultes se déguise.Quand mon tour est venu, j'ai refusé.Cela a failli provoquer une chicane.Mais mon enfant, là-dedans.Je n'ai pas le goût de le mettre à part des cousins et cousines, ni de lui faire croire que le Père Noël lui donne des cadeaux tombés du ciel." En somme, le temps des Fêtes est rempli de symboles, et ces symboles représentent des valeurs qu'on nomme "l'esprit des Fêtes".Le paraître devient plus important que l'être; la quantité prend le dessus sur la qualité, la profondeur; l'esprit de compétition Par ailleurs, c'est possible de vivre ça autrement Ainsi, à Madame Prend Congé, les femmes ont mis de l'avant l'idée d'un échange de cadeaux.Elles se sont entendues pour ne faire aucun achat.Les cadeaux offerts étaient des objets qui appartenaient déjà aux femmes.Dans certaines familles, les enfants fabriquent eux-mêmes les cadeaux qu'ils offrent aux grands-parents, parrains et marraines.C'est plus créateur, moins dans un esprit de consommation, et ça permet aux enfants d'avoir une activité intéressante à la maison.Vie Ouvrière / 57 Quelques-uns ont réussi à faire accepter la notion du partage de la préparation de la nourriture.Ainsi, recevoir la visite devient moins onéreux, tant financièrement que physiquement.Comme le temps des Fêtes est le temps de l'année, après les vacances de l'été, à offrir un certain répit aux militants, pourquoi ne pas en profiter pour passer plus de temps avec les enfants?Une personne du groupe a donc décidé de revenir chez elle, entre Noël et le Jour de l'An, afin de mieux consacrer du temps à sa fille.Plusieurs ont laissé vivre le personnage du Père Noël, tout en restreignant son rôle: il n'est qu'un clown parmi d'autres, distribuant les cadeaux que les parents lui confient.Donc, pas question d'un Père Noël "providence".Dans une famille, le réveillon de Noël revêt un cachet particulier.On s'asseoit par terre, au salon.Sur la 5N / Vie Ouvrière table à café sont disposés quelques hors-d'oeuvres.C'est tout.On fait un petit spécial: on s'offre de la musique classique.L'important, c'est d'avoir du plaisir ensemble, parents et enfants.Dans les jours qui suivent, on fait des activités familiales: patins, skis de fond (loués à la polyvalente), traîne sauvage.La fête dure toute la semaine.On n'attend aucun visiteur, mais si quelqu'un s'annonce, on le reçoit dans la simplicité de ce qu'on vit; ce n'est donc pas épuisant.Dans cette même famille, on ne donne qu'un seul cadeau aux enfants, et il est collectif (ex.: tableau d'école).Chacun reçoit, en plus, une petite surprise (ex.: savon de toilette, "lipstick", etc.).Tout le monde est content.Pour quelques-uns, Noël, c'est le temps de l'année le plus favorable à un partage de la foi avec les enfants (lectures de textes de l'Évangile, discussions).Dégager des principes En somme, comme militants, il est important que nous identifiions clairement les valeurs mises de l'avant pendant le temps des Fêtes, afin de mieux nous situer.Bien sûr, on ne peut pas obliger les autres à changer, ainsi nous avons le droit de nous sentir à l'aise.Et là, nous avons un défi à relever: celui du respect mutuel.Pourquoi, par exemple, ne pas expliquer aux autres qu'on ne participera pas à l'échange de cadeaux, cette année, parce qu'on est présentement sans emploi?Cela n'empêche pas les gens de s'offrir des cadeaux, s'ils y tiennent.Tranquillement, d'autres valeurs peuvent s'installer (ex.: partage des frais de la nourriture).D'ailleurs, il est important que nous trouvions des espaces où nous nous sentons bien, afin de mieux faire nos compromis.C'est ainsi que nous pourrons identifier plus clairement les points où nous demeurerons plus fermes (ex.: coût des cadeaux, choix des vêtements, liberté de remercier les grands-parents pour les cadeaux distribués par le Père Noël, etc.).Somme toute, plusieurs traditions du temps des fêtes, reliées à la consommation, sont un phénomène d'après-guerre, donc très récent.Puisque ces traditions sont si jeunes, nous devons nous sentir d'autant plus à l'aise pour en imaginer d'autres.À chacun de jouer, là où il est, avec les valeurs qu'il porte! • Andrée Fafard, (à partir d'une table-ronde, avec un groupe de militants et de militantes de Montréal.) Vie Ouvrière / 59 SM.IOARJTC Philippines: solidarité "Je m'appelle Juan Castillo.J'ai 59 ans, je suis agriculteur et j'avais 8 enfants.(.) Avant, nous vivions assez bien avec mes six hectares de terre.(.) En présence d'un responsable du ministère de la réforme agraire, j'ai vu ma récolte détruite par d'énormes tracteurs parce que le terrain devait servir à la plantation d'ananas.J'étais désespéré.(.) Mes sept compagnons et moi avons été arrêtés.(.) Je suis dénoncé comme communiste sans la moindre preuve.(.) Mon fils Jésus est pris par les militaires.Un peu après, sa mort est annoncée.Sur son corps, il y a des traces de torture.(.) J'ai décidé de ne pas me taire." "Je m'appelle Lolita.Comme plusieurs d'entre vous, je travaille dans une usine de textile.J'ai accepté dernièrement une responsabilité dans l'exécutif de mon syndicat.Je m'expose ainsi à recevoir des coups.Chez nous, on ne tolère pas les leaders des syndicats.On dit qu'ils sont subversifs et communistes.Il y en a beaucoup qui sont arrêtés, torturés, tués.Mon peuple est très courageux, il luttera jusqu'à la victoire j'en suis sûre." C'est dans les instruments d'animation conçus par Développement et Paix pour la campagne sur les Philippines qui a actuellement cours dans toutes les régions du Québec qu'ont été extraits les témoignages précédents.6(1 / Vie Ouvrière I ne bourgeoisie en lutte Cette campagne arrive au moment où les contradictions au sein de la bourgeoisie des Philippines atteignent un développement particulier.L'assassinat de Aquino montre comment une partie de la bourgeoisie nationaliste qui se fait elle-même écraser s'oppose au régime Marcos et comment ce dernier est prêt à prendre tous les moyens pour se maintenir au pouvoir et développer l'emprise des multinationales dans ces pays.Les États-Unis soutiennent ce régime sans hésitations.Les deux tiers des capitaux sont de pays étrangers et la majorité sont propriétés américaines.De plus, les U.S.A.considèrent ce pays comme un territoire stratégique pour contrôler une grande partie des pays d'Asie, du Moyen-Orient et de l'Est de l'Afrique.Il y a d'ailleurs 23 bases militaires américaines aux Philippines dont la base aérienne Clark qui est la plus grande au monde en dehors des États-Unis.Le mou>ement populaire Par ailleurs, face aux contradictions avivées par la réorganisation capitaliste de l'économie mondiale qui alourdit encore le fardeau des paysans et des ouvriers, la riposte se développe rapidement.En deux ans, le Mouvement 1er Mai, organisation de lutte ouvrière, est passé de 100 000 à 300 000 membres.Les organisations étudiantes se mobilisent de plus en plus.Des mouvements de guérillas comme la Nouvelle Armée du Peuple organisent la riposte armée à un régime militaire de plus en plus oppressif et ont même développé des "zones libérées" où s'est créé une véritable réforme agraire et une nouvelle organisation sociale.Le Front national démocratique regroupe plus de deux millions de personnes par ses organisations membres dans tous les secteurs de la société.• l ne solidarité acthe à dé>elopper Développement et Paix dans sa campagne propose des actions concrètes comme de faire pression pour libérer les prisonniers politiques.Il s'agit de contacter des représentants de cette organisation dans sa région (Secrétariat national, 2111 Centre.Montréal, H3K 1J5, 932-5136).Pour une action à plus long terme, on contacte le comité Québec-Philippines (2692 Pie IX, Montréal, Québec, HIV 2E7, 254-5642).Vie Ouvrière / 61 Vie Ouvrière vivra! Paul-Émile Charland, o.m.i.En quittant le poste de directeur à la revue Vie Ouvrière, après 17 ans, j'envisage pour elle un avenir assuré.Les années difficiles sont passées, alors qu'il fallait faire ses preuves et fonder sa crédibilité.Grâce au travail des artisans qui se sont succédés à la rédaction, les dossiers ont révélé, mois après mois, des situations vécues par le monde ouvrier.La vie ne saurait mentir: c'est pourquoi, en voulant rester un miroir fidèle de la vie ouvrière, la revue s'assurait la fidélité de ses lecteurs.Revue d'éducation populaire, Vie Ouvrière voulait d'abord ouvrir les yeux à la réalité quotidienne des travailleurs, hommes et femmes, des milieux surtout les moins favorisés au point de vue de l'organisation ouvrière.Ensuite, dans une démarche de compréhension simple et facilement abordable, essayer d'expliquer et de faire comprendre l'organisation du travail dans la société.Comme ce n'est pas du ressort d'une revue de prendre la direction d'un mouvement, il fallait se contenter de suggérer des pistes d'action pour améliorer les conditions de vie.Mais, de cette façon, plusieurs fois la revue a pu servir de point d'appui à un certain nombre de groupes populaires.Ce fut ma conviction profonde et celle des collaborateurs: tant qu'elle restera proche du vécu des travailleurs, Vie Ouvrière vivra.Elle vivra parce que nous aurons toujours besoin d'entendre la parole de ceux qui ne peuvent pas la prendre.Nous aurons besoin de l'entendre pour qu'elle nous dise que la vie a toujours raison et qu'elle a le dernier mot sur nos dogmes et nos organisations.Car c'est dans la vie que Dieu s'est révélé.À toute l'équipe de la revue Vie Ouvrière, je souhaite longue vie.62 / Vie Ouvrière brèves nouvelles Marie brule-t-eile?Que Deut-il se passer quand deux sorcières venues du Moyen-Âge font un tour de balai dans la société moderne?Bien sûr, elles n'ont plus à craindre le bûcher mais ce qu'elles découvrent — porno, ghettos d'emplois, harcèlement sexuel — les fait brûler par en-dedans.C'est un tour d'horizon de la condition des femmes, fait avec humour, en danses et en chansons, que nous propose le Théâtre du 1er mai, dans une pièce intitulée Marie brûle-t-elle?Cette création est à la disposition des groupes qui en font la demande.Pour informations, contactez Hélène Morin, relationniste.Tel: (514) 527-7477.Hold-up à Mirabel En 1969, le gouvernement fédéral expropriait 97 000 acres de terres, parmi les plus fertiles au Québec; déplaçant entre 10 000 et 12 000 personnes.Le motif: la construction prévue d'un aéroport international à Mirabel.Des 97 000 acres expropriés, 80 000 l'ont été en trop: autrement dit ils servent à des activités qui n'ont rien à voir avec la protection d'un aéroport.En plus d'avoir été expropriés inutilement, les gens de Mirabel sont actuellement soumis à des conditions de location intolérables: hausses de loyer, nombreuses obligations, tutelle, infiltration de la Société immobilière du Cenada (SIC) dans leurs organisations locales.Parce qu'elle est composée "d'hommes et de femmes qui se souviennent d'avoir été libres un jour", la population de Mirabel lutte pour récupérer les 80 000 acres non-requis par l'aéroport.Le Centre d'information et d'animation communautaire (CIAC) revendique en plus la fin de la tutelle et la relance du territoire.Les appuis sont bienvenus: CIAC, 9381 St-Jean-Baptiste, Ste-Scholastique, J0N 1S0, tél.: 258-4413.Posters disponibles au coût de $5.(régulier) ou $10.(soutien).14 ANNEES D'EXPROPRIATION EN TROP \ ic Om nèrc t>* Revue Vie Ouvrière Voici nos prochains dossiers: Décembre: Janv.-fév: Les luttes urbaines: un lieu où se fait de l'action politique un cas: Québec Femmes et vie familiale • travail ménager gratuit • nos maisons sont nos shops • investir les lieux de pouvoir CE LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-jACQUES 1255 RUE BERRI MONTREAL PQ H2L 4Cb (>4 / Vie Ouvrière Pour faire changement, Magazine CEQ devient MOUVEMENTS.Ne manu Lie/ pas dans notre premier numéro: • un entretien de fond avec Mgr Proulx: Où va l'Église du Québec?• de nouvelles chroniques, dont Solidarités, dix pages d'information sur ce qui se passe dans les milieux syndicaux et populaires • notre dossier sur le desarmement et la paix • et bien sûr la BD de Serge Gaboury.Kn vente en kiosque et par abonnement: MOUVEMENTS, 2336 chemin Ste-Foy, Ste-Foy, Que.(,1V 4E5 ISBN 2-89184-173-5
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