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Titre :
Vie ouvrière.
Vie ouvrière est une revue catholique mensuelle d'animation sociale engagée pour la cause ouvrière qui a été publiée à Montréal de 1979 à 1990. [...]
La revue mensuelle Vie ouvrière est publiée à Montréal de 1979 à 1990. Elle fait suite à Dossiers « Vie ouvrière » (1974-1978), revue catholique d'animation sociale engagée dans le monde ouvrier, élargissant ses préoccupations aux laissés pour compte des luttes syndicales : travailleurs non syndiqués, pauvres, chômeurs, assistés sociaux et marginaux. Vie ouvrière montre aussi une sensibilité à l'égard d'un large éventail de problématiques sociales plus larges. La montée du féminisme a des répercussions sur les orientations de la revue. La question autochtone fait aussi l'objet d'une certaine attention; le dossier d'avril 1979 y est consacré. Vie ouvrière fait une place plus grande aux militants chrétiens impliqués dans le missionnariat et la coopération internationale, et on y trouve de nombreux dossiers et articles à saveur altermondialiste sur la solidarité internationale. La première livraison de 1981 marque une rupture dans la facture visuelle de Vie ouvrière. La page couverture monochrome habituelle fait place à une page illustrée et colorée et des photographies et des illustrations parsèment maintenant les textes, donnant une allure de magazine à la revue. Celle-ci procède toutefois toujours par enquêtes, reportages et articles de fond. Vie ouvrière fait partie d'une longue série de publications incluant aussi le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990) et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004). La publication de Vie ouvrière résulte d'une collaboration entre le Centre de pastorale en milieu ouvrier, la Jeunesse ouvrière catholique et le Mouvement des travailleurs chrétiens. VALLIÈRES, Pierre, « Le magazine de Vie ouvrière - 40e anniversaire. Troisième partie : les années 70 - L'utopie et l'institution », VO, no 232, septembre-octobre 1991, p. 12-14.
Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1979-1990
Contenu spécifique :
mai-juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Dossiers "Vie ouvrière",
  • Successeur :
  • VO
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Références

Vie ouvrière., 1983, Collections de BAnQ.

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• A vie ouvrière 2.50 S mai-juin 1983 170 L'action po!i^u£_ouyrière - LA POLITIQUE CONTRE-COURANT Ht5?g* HALTE 4UC0VME «in «MWMBnt ItÉfttil vie ouvrière Revue fondée en 1951 et publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (J.O.C ).le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (M.T.C.) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (C P M O.) Directeur: Paul-Émile Charland Conseil de direction: Dominique Trudel.Pierre Purcell, François Rocher.Gilles Comeau, Marie-Paule Lebrun.Recherchiste: Martine D'Amours Comité de rédaction: Denise Gauthier, Diane Perreault, Françoise Marcellin, Jean-Marc Lebeau, André Charbonneau, Jacques Boivin, Jean Forest, René Arsenault, André Beauregard.Sous-comlté: Jean-Luc Cossette, Louis Favreau, René Lachapelle et Martine D'Amours Couverture et recherche visuelle: Claudette Rodrigue Secrétariat: Yolande Hébert-Azar Abonnement: 8 numéros par année - Abonnement individuel: 15$ par année - Abonnement de groupe 20$ par année - Abonnement outre-mer 17$ par année Distribution en kiosque Diffusion Parallèle.Montréal téléphone (514) 521-0335 Références: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertories dans le Répertoire analytique d'articles de revues du Québec (RADAR), de la Bibliothèque nationale du Québec Depot légal à Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Les Presses solidaires Inc.Courrier de la deuxième classe, enregistrement n° 0220 Revue Vie Ouvrière 1201, rue Visitation Montréal, Que.H2L 3B5 Téléphone (514) 524-3561 Nous voulons remercier d'une façon spéciale le Centre populaire de documentation (845-3490) et le Centre de recherche en Imagerie populaire (527-4795) pour leur collaboration. • ^ vie ouvrière Volume XXXIII Mai-juin 1983 N° 170 L'ACTION POLITIQUE OUVRIÈRE .2 La petite histoire de l'autre politique Un témoin de la crise Mignonne Ouimet .Durant les années 30.la faim faisait mûrir un climat politique.Nous sommes les esclaves des esclaves Cent ans déjà .Simonne M.Chartrand Jean-Robert Primeau .Louis Favreau.Marc Rolland .Le parti C.C.F.: la grande peur du socialisme au pays du Québec.Richard Langelier Anne-Marie David L'action politique: "Quand le déclic se fait, ça te suit partout" .Le FRAP en 1970: Ébranler le coeur du Québec .Le Rassemblement Populaire: à mi-chemin de ses rêves., La jeunesse du mouvement marxiste-léniniste L'action politique doit nous permettre de faire avancer le quotidien .4 .12 .15 16 .20 25 33 .35 .38 1983: Échaudés, oui.Abattus, nonl Militants: Pte St-Charles Tables rondes .Des tissus.à la courtepointe.Le P.Q.est mort, les M-L sont morts, vive.?1.Entre l'espoir et le cynisme.2.La petite histoire de la grande famille .3.Un vide politique à combler .4.L'échéance 1985: parti ou coalition?.Vie Ouvrière Vie Ouvrière EXPRO: Éliminer le travailleur à la source Nouvelles brèves.42 .46 .47 .52 .54 .63 .68 .71 éditorial i^mh La fin des magiciens?Nos luttes quotidiennes pour le droit de travailler et de vivre autrement constituent déjà une épine au pied du capitalisme, elles portent les germes d'une société nouvelle; en un mot, elles sont politiques.Mais la réalité nous démontre aussi que quand on lutte pour que le terrain des shops Angus serve à construire des logements plutôt qu'un centre d'achats, quand on revendique que les priorités budgétaires soient mises à la création d'emplois plutôt qu'à l'armement, quand on se bat pour une garderie ou une clinique contrôlée par les usagères, on se heurte inévitablement à de grosses machines politiques qui appliquent, à coup de lois ou de matraques, des choix sociaux contraires à nos intérêts.C'est là que survient le hic, le malaise: on se heurte à la question du Pouvoir et ulti-mement, à la nécessité de l'exercer si on veut instaurer, autrement que par morceaux, une société qui soit socialiste, féministe, pacifiste.La conjoncture actuelle suite à la Loi 111 vient mettre davantage en évidence le vide d'alternative politique, en même temps que la nécessité d'en poser la question.À certaines époques de son histoire, des fractions du mouvement ouvrier ont initié ou appuyé des démarches politiques qu'elles jugeaient utiles pour faire avancer les revendications syndicales et populaires.Certaines de ces expériences, telles le Parti Communiste ou le NPD, n'ont jamais réussi à percer de façon significative au Québec, faute d'avoir su tenir compte de l'oppression spécifique du peuple québécois.D'autres, c'est le cas des organisations marxistes-léninistes ont échoué dans leur tentative d'implanter des partis par en haut, à partir d'idées plutôt que des démarches entreprises par les militants ouvriers.D'autres enfin, et le P.Q.en constitue le plus bel exemple, ont canalisé autour de la question nationale les espoirs et les énergies ouvrières, pour ensuite créer la désillusion sur leur capacité de favoriser une avancée sur la question de l'indépendance comme sur celle du socialisme.Il n'y a peut-être en fait que les démarches politiques ouvrières au plan municipal (FRAP, RP) qui aient réussi, du moins temporairement, à "coller" de façon significative aux aspirations quotidiennes et à l'état réel de politisation des classes populaires.Du côté des forces progressistes, l'heure actuelle est davantage à "digérer" les expériences passées qu'à se relancer immédiatement dans une nouvelle démarche politique.Le bilan est parfois difficile: "On a fonctionné par vague d'accrochage et de décrochages: à chaque fois, on attendait un magicien, en embarquait et on était déçus".Justement, il serait peut-être temps de se dire que la tâche nous revient de créer des formes d'organisations politiques collées à nos pratiques quotidiennes et que, si on veut faire de la politique autrement, il ne faudrait pas attendre qu'un nouveau magicien nous arrive avec des re-cettes toutes faites.Martine Dreau, Centre de formation populaire \utomne '70, nous sommes en pleine crise politique au Québec.C'est l'occupation armée sur tout le territoire.Trois mois durant.Tout cela accompagné, bien sûr, d'un cortège de perquisitions (près de 5 000) et de 500 arrestations de dirigeants et de militants syndicaux et populaires.\ Montréal, c'est aussi temps d'élections.Le Front d'Action Politique IF.R.A.P i, formation politique initiée par des mili-tants-es d'organisations populaires et syndicales, est dans la mêlée.Il présente dans une douzaine de districts 31 candidats contre le Parti chique de Drapeau-Saulnier: à l'époque on pouvait en présenter 3 par district.Dans ce contexte pour le moins particulier, ses candidats recueillent lO^c du vote et, pour 7 d'entre eux.plus de 20^ des »oix dans leur quartier respectif.Aucun candidat n'est élu mais l'action politique ouuière fait une percée sur la scène politique de la plus importance ville du Québec: "Commencer à ébranler le coeur du Québec, car il ne suffit plus de surveiller le pouvoir, il faut l'exercer".Telle est à l'époque la »isée initiale du F.R.A.P.Louis Fa>reau, alors membre de l'exécutif du F.R.A.P.comme responsable de formation, relate et commente cette expérience politique.25 1968 — 1969 L'action politique fait son chemin dans les organisations populaires et dans les syndicats Le 19 mai 1968, dans une école du quartier St-Henri, une vingtaine de comités de citoyens du Québec se réunissent pour la première fois de leur histoire.Déclaration finale: "Nous n'avons plus le choix, il nous faut passer à l'action politique".Simultanément les organisations syndicales (CSN, FTQ, CEQ) indiquent leur intention d'ouvrir un deuxième front (celui de condition de vie) en avançant le projet de colloques intersyndicaux sur cette question.Pour avoir été partie prenante de la rencontre de St-Henri en mai '68 et du colloque intersyndical de Montréal à l'hiver '70, il ne faut pas, je crois, interpréter ces déclarations d'intention au sens d'une position politique ferme et articulée.Il s'agit cependant d'une opinion très présente chez bon nombre de militants-es, ressentie confusément comme étant une direction à prendre.Quelle sorte d'action politique entreprendre?Quel projet de société véhiculer?Sur quels alliés compter?Par où commencer?.Toutes ces questions n'avaient pas encore mûri.Mais elles étaient posées.Elles prendront deux bonnes années avant d'aboutir pour finalement prendre forme dans le manifeste d'une douzaine de comités d'action politique de quartier réunis en front commun, le Front d'action politique (FRAP), en mai '70.Pendant que les conseils régionaux de syndicats (CTM-FTQ et CCM-CSN) s'affairaient à préparer leur colloque intersyndical avec les syndicats CEQ de la région métropolitaine, des Le 3ième personnage à partir de la gauche, c'est Favreau au moment où il travaillait à "ébranler le coeur du Québec".Le pire, c'est que la passion de l'action politique ne l'a pas lâché depuis.(N.D.L.R.) 26 comités de citoyens — à l'initiative d'animateurs sociaux — s'engagaient dans des démarches d'éducation politique: "Les citoyens face au pouvoir" (en collaboration avec le service d'éducation des adultes de la CECM).* L'éducation politique est une chose, l'action politique en est une autre.Je ne crois pas que les deux s'opposent mais l'action politique cherche à transformer la prise de conscience en force sociale active autour d'enjeux précis.C'est ainsi qu'après le colloque intersyndical où les militants des comités de citoyens étaient aussi présents.et bien présents d'ailleurs, nous avons • À partir de 1971 et 1972, le Centre de formation populaire prendra la relève avec cette fois un contenu et une approche de classe plus nette: "Les travailleurs face au pouvoir".commencé à regrouper militants populaires et syndicaux en comités d'action politique de quartier.Avec eux nous avons abordé la question municipale montréalaise, puis nous nous sommes donné un manifeste commun (en mai '70), et finalement une esquisse de programme débattue en congrès (septembre '70) en vue des élections (fin octobre de la même année).Le F.R.A.P.au carrefour des luttes populaires, syndicales et étudiantes Le F.R.A.P.évoluait dans le champ politique municipal et comptait créer une opposition populaire contre le Parti civique au moment des élections.Mais son projet politique était plus large; une fois démarré, il entendait ouvrir la lutte sur d'autres fronts.2~ Consommation et travail formaient les deux autres volets de sa stratégie politique.Et cela dans une perspective de pouvoir populaire.Les contours et le contenu de ce pouvoir populaire étaient aussi imprécis que les préoccupations "socialistes" ou "socialisantes" de ses militants.La pensée politique du F.R.A.P.était rudimentaire.Cependant, dans une période courte mais dense, où la gauche n'était guère sortie des universités et des milieux intellectuels (revue Parti-Pris par exemple), cette pensée politique et cette stratégie ont permis d'opérer des jonctions entre 1) des militants-es de comités de citoyens qui, depuis 4 ou 5 ans, se heurtaient au "mur" du pouvoir politique municipal; 2) des militants-es du mouvement étudiant qui, après les occupations de Cégep, cherchaient à s'impliquer du côté des travailleurs organisés; 3) des militants syndicaux, en provenance surtout du secteur public et pa-rapublic, qui voulaient sortir des cadres habituels de la convention collective ("ce que nous gagnons d'un côté, on nous l'arrache de l'autre, disait-on souvent à l'époque, par la hausse des loyers due à la spéculation foncière, par la hausse des taxes.").Aux élections: Le FRAP n'a rien gagné, mais il n'a rien perdu non plus.Le F.R.A.P.présente donc une trentaine de candidats, très majoritairement issus des rangs populaires et Comités d'action politique Il s'agit de bâtir un pouvoir populaire en dehors des partis existants et au niveau municipal.D'où la nécessité de créer des comités d'action politique dans tous les quartiers de Montréal sur la base des districts municipaux et regroupés dans un front politique commun à l'échelle de toute la ville.Les comités d'action politique (du F.R.A.P.) sont des unités mobjles qui doivent lutter sur plusieurs fronts en même temps car les intérêts de la classe ouvrière ne se situent pas uniquement sur un plan.• Front consommation: .la coopérative est un instrument de combat qui permet de commencer à organiser un pouvoir populaire.• Front du travail: la lutte ouvrière.doit s'élargir et viser la création du pouvoir ouvrier dans les usines et les bureaux.• Front politique municipal: orienter les politiques municipales en fonction des intérêts de la majorité.28 une action politique propre aux travailleurs.dans la ville la plus Importante du Québec syndicaux.Il y recueille quelque 10% des voix dans toute la Ville.Le contexte est cependant pour le moins loufoque.Quelques semaines avant l'élec-tion, Jean Marchand, alors ministre fédéral, déclare à Vancouver que le F.R.A.P.est le "front" (la couverture) du FLQ tandis que Jean Drapeau renchérit en affirmant que si le F.R.A.P.est élu.il y aura du sang dans les rues.Psychose de panique parmi la population, émoi dans les rangs du F.R.A.P.d'autant que certains de ses candidats sont arrêtés de même que de nombreux sympathisants.C'est l'alerte rouge.Aucun candidat n'est élu évidemment.Mais, et c'est là ma conviction profonde, si le F.R.A.P.ne gagnait rien, il ne perdait rien non plus: il ne faisait que commencer la lutte.Cependant les résultats de cette élection-bidon sont fortement ressentis comme un échec par la très grande majorité des militants.L'incertitude nous gagne alors.La crise du F.R.A.P.: La majorité des militants actifs partent en douce, déçus, désemparés Avec l'application des mesures de guerre sur tout le territoire, avec l'armée fédérale aux fesses, la question municipale n'occupait plus le devant de la scène politique.La question nationale nous heurtait tous de plein front.Ce n'était plus l'élection comme mode ponctuel d'action politique (rituel de tous les 4 ans) mais bien la question de la tiolence politique qui devenait bien réelle.Car la droite, elle, accusait le F.R.A.P.d'être un "front" du F.L.Q.tandis que la gauche (les gauches 29 devrait-on dire) essayait tant bien que mal de se faire une idée là-dessus.Dans cette nouvelle conjoncture de fin du monde, la diversité sociale et politique du F.R.A.P., qui avait été sa force avant la crise d'octobre, devient sa faiblesse.Le consensus initial s'effrite.La démesure de la crise d'octobre et ses répercussions directes sur le F.R.A.P.auront pour effet de tout remettre en question: le rôle de l'État, du P.Q., des syndicats, des animateurs sociaux et j'en passe, est désormais à l'ordre du jour.Autant de questions à peine esquissées dans le manifeste et le programme du F.R.A.P.Autant de questions qui en appelaient dès lors une autre: Quel travail politique entreprendre maintenant?C'en était trop.Face à la crise qui survient alors à la direction du F.R.A.P., la majorité des militants actifs jusqu'à l'élection quittent en douce, déçus et désemparés tout à la fois.Une minorité demeure un certain temps et tente d'organiser un congrès de réorientation pour le printemps de '71.Mais le F.R.A.P.est déjà éclaté: plusieurs comités de quartier n'existent plus, d'autres se cherchent et leurs militants, au sortir du congrès, constatent que le fil qui les tient ensemble est bien ténu.C'est la séparation lente mais certaine.La plupart des militants-es vont plutôt désinvestir le F.R.A.P.en misant sur les organisations d'où ils provenaient: syndicats, comités de citoyens.Pour une minorité ce sera le ,y* entrepreneurs capitalistes ( j5j \.'.&\ ■ c.: M \ \ M c \ \ c .» i .2 o E 1 -S 3 • ■h » E : • o l o * = fa.• S *» a.-*> 1 1 ri \ \ I / / \ \ • / / \ \ \ -r // lw , V i^-J salarié! 1 HwSmtn tiiiiiwiiiHiin I E 1 - CD G.S.T.(groupe Trotskyste), ou vers '73 et 74, En Lutte et "La Ligue".Triste fin.L'originalité du F.R.A.P.: Avoir permis d'entrevoir la possibilité réelle d'un véritable parti populaire Je me souviens du congrès du Conseil Central de Montréal (CSN) où plusieurs centaines de délégués de syndicats locaux ont discuté pendant une journée entière d'action politique à partir des recommendations du Conseil syndical à l'effet d'appuyer le 30 F.R.A.P.Je me souviens aussi de préposés aux bénéficiaires d'hôpitaux et d'agents de bureau de la fonction publique du Québec suffisamment motivés pour militer dans un Comité d'action politique dans leur quartier de résidence ou encore de militants populaires poussés par leur milieu à se présenter comme conseillers municipaux.Enfin au Québec, ce qu'on n'avait pas vu depuis l'après-guerre prenait forme: une action politique propre aux travailleurs contre un adversaire identifié comme représentant politique du capitalisme dans la ville la plus importante du Québec! Le F.R.A.P.a permis pendant près de 3 ans (de la rencontre à St-Henri en mai '68 jusqu'à l'hiver '71 grosso modo) d'entrevoir la possibilité réelle d'un véritable parti populaire.La qualité de sa démarche aura été de coller à la conjoncture immédiate des militants syndicaux et populaires, d'avoir collé à sa politisation réelle du moment.Le F.R.A.P.avait certaines faiblesses indépendamment de la répression qui l'a affecté.Si l'apport du F.R.A.P.a été de constituer un front large autour d'un enjeu précis et de mener une lutte municipale comme tremplin dans le développement futur d'une organisation politique de travailleurs, il s'est cependant heurté à certaines limites.Son enracinement aura été de trop courte durée, les luttes populaires locales qui l'avaient en partie nourri n'avaient que 4 ou 5 ans.En outre, bien que nouvelle, sa pensée politique était trop rudimen-taire pour faire face à un aussi brusque revirement de conjoncture.L'expérience du F.R.A.P.: une action politique de travailleurs qui se cherche.L'expérience du F.R.A.P.n'avait pas d'antécédent ni de référence sur laquelle s'appuyer.Elle était faite d'intuitions politiques mais la plupart de ses militants n'en savaient pas les tenants et aboutissants.Pour les uns, le réformisme tranquille du R.C.M.allait répondre plus tard à leurs attentes.Pour les autres le socialisme allait devenir une perspective.qui n'a pas encore pris forme politiquement.après 13 ans.L'expérience du F.R.A.P.aura permis à la gauche de l'époque 1) de sortir de l'Université et des milieux journalistiques et intellectuels ou de Cadres syndicaux (cas du P.S.Q.), 2) d'accorder plus d'importance à l'intervention politique qu'au débat sur les programmes, plus d'importance aux mobilisations concrètes contre les pouvoirs en place; 3) à faire découvrir la valeur de l'action politique autonome des travailleurs à un certain nombre de militants et militantes des classes populaires.• RASSEMBLEMENT POPULAIRE À mi-chemin de ses rêves Marc Roland, ex-candidat, district no 9, Basse-Ville de Québec À Québec, ce soir de novembre 1975, c'est la première neige.C'est aussi la première réunion pour discuter de l'idée de créer un parti municipal qui ferait la lutte à Lamon-tagne, qui exerce le pouvoir sans opposition depuis 1965."C'est un cul-de-sac, disions-nous.Les luttes de nos groupes populaires ne sont que défensives.Il faut une alternative.Notre sentiment, c'est que Québec est entre les mains d'architectes sur lesquels on n'a aucun contrôle, toute cette clique de politiciens libéraux, municipaux, provinciaux et fédéraux qui s'entendent parfaitement au-dessus de la mêlée.Le Progrès-Civique est le parti des grandes compagnies.Il nous faut un parti de la majorité." Tel était l'essentiel des discussions tenues par les 8 personnes qui furent à l'origine du parti qui allait s'appeler le Rassemblement Populaire.Nos consultations auprès des groupes populaires et des organisations syndicales nous ont dès lors appris que notre goût d'un parti alternatif était bel et bien partagé mais que bien peu de gens avaient de l'énergie pour y travailler.Cependant la détermination de quelques militants du comité de citoyens St-Sauveur (Basse-Ville) et des militants dans St-Jean-Baptiste dont Pierre Racicot, nous a convaincus d'aller de l'avant.Et c'est sous la menace constante de la formation d'un troisième parti, que le Rassemblement Populaire était créé le 31 janvier 1977, neuf mois avant les élections.32 Une alternative au Progrès-Civique Un premier objectif s'imposait: redonner aux Québécois la démocratie municipale, les convaincre de la nécessité de reprendre en mains leur environnement de tous les jours, au lieu de le laisser gérer par un pouvoir arrogant, bastion des élites locales.De là découlait notre deuxième objectif: redonner une voix à la majorité et mieux définir les intérêts d'une population qui a été endormie par des promesses non tenues, particulièrement dans les domaines du logement, du transport en commun et des loisirs.Dans cette optique, l'idée des Conseils de Quartier prenait toute son importance: il fallait créer les conditions pour favoriser une plus grande participation de la population à la vie municipale.Ce fut d'ailleurs le thème principal avancé par le Rassemblement Populaire dans son programme de juin 1977.1977 — Le R.P.comme opposition officielle La campagne électorale de 1977 a donné au R.P.sa cohérence.Son travail acharné et son implantation dans tous les districts de la Ville lui ont valu d'être reconnu comme l'opposition officielle, avec 25% des votes.Pour sa part, le Progrès Civique récoltait 55% des voix, ainsi que la totalité des sièges.Le Parti Municipal (le Troisième parti), créé en toute hâte à l'été 1977, a mis beaucoup d'énergie à tenter d'affaiblir le R.P., le taxant d'idéologie, de radical, de gauchiste etc, mais il a fini par s'effondrer, victime de ses propres divisions internes.La victoire de Pierre Mainguv: preuve de l'existence d'une base électorale du R.P.Sous la direction et avec le travail soutenu de Pierre Racicot, le Rassemblement Populaire devait tenir promesse: il surveillerait le Progrès-Civique en dehors de Candidats du Rassemblement Populaire M El • Une démocratisation de la vie municipale.• Un moyen de participer aux prises de décision.• Une politique de logement adaptée aux moyens des citoyens.• Un véritable système de transport en commun.• Un niveau de taxation plus juste pour tous les contribuables.33 l'Hôtel de Ville et se chargerait de représenter, du mieux qu'il pouvait et avec les moyens du bord, les intérêts et préoccupations des Québécois.On pense particulièrement aux luttes menées en faveur de la démocratie municipale et du transport en commun.Personne, cependant, ne s'attendait à la victoire d'un Pierre Mainguy lors de l'élection partielle de mars '81.Le R.P.venait alors de démontrer qu'il avait une base électorale et qu'il était dorénavant une force sur laquelle on pouvait compter.Avec Pierre Mainguy, les assemblées du Conseil passèrent de 20 minutes à 3 heures.Le maire Pelletier dut concéder une période de question, quoique fort bien contrôlée; il s'est même vu forcé de débattre de ses projets, tels la gare intermodale, le Colisée, sa politique de logement etc.1981: le R.P.au Conseil La campagne de 1981 a été menée district par district.Les 21 candidats du Progrès-Civique ont tous été obligés de faire campagne.Les sondages pré-électoraux effectués par ce parti l'ont amené à encourager la venue de candidats indépendants dans les quartiers où il se sentait menacé (St-Jean-Baptiste, St-Sauveur, Banlieue).Partout, les luttes ont été serrées et n'eût été de l'appui des organisations libérales provinciale et fédérale, le Progrès-Civique y aurait perdu beaucoup plus de plumes.De son côté, le R.P.a fait élire quatre candidats (un en Haute-Ville et trois en Banlieue) et a recueilli 43% des votes exprimés.C'était une bonne performance, compte tenu de la maigreur de la caisse électorale.Un grand pas en avant a été fait dans le sens d'une plus grande implantation.Dans plusieurs districts, notre orga- Pierre Mainguy nisation électorale, tout en étant indépendante de tout parti, pouvait se comparer avantageusement à la force d'une organisation électorale provinciale.L'autre moitié du chemin.Jusqu'ici, l'élaboration d'une alternative et le travail d'organisation dans tous les quartiers de la ville ont accaparé le gros de nos énergies.Il faut reconnaître la difficulté de créer une tradition d'action politique au niveau municipal entre les.élections.Difficulté également, malgré les bonnes intentions, d'assurer aux travailleurs et aux femmes la place qui leur revient.À la dernière élection par exemple, seulement 2 candidats sur 21 étaient des femmes.Pour le moment, les 4 élus sont laissés à peu près seuls dans l'arène.Il est difficile de concentrer un ensemble d'énergies significatives qui pourrait donner au parti un second souffle.L'acquisition, à ce moment-ci, d'une permanence pour le R.P.apparait comme essentielle pour atteindre cet objectif.L'heure est à la consolidation mais aussi au renouvellement.Le Congrès de juin sera déterminant pour assurer cette relance.• 34 La jeunesse du mouvement Marxiste-Léniniste @ Entrevue avec Richard Langelier de l'ex-organisation En Lutte________ Comment es-tu devenu membre d'En Lutte?Il y a eu en 1973 un moment important pour des militants populaires et syndicaux de la région, "la Fin de semaine des intervenants".On s'était donné des groupes d'étude du marxisme.Mais la plupart sont tombés à cause de toute l'énergie drainée par les luttes immédiates et la recherche des subventions nécessaires au fonctionnement des groupes populaires.Au moment de la grève de la Penman en 1974, le Comité de Soutien aux Luttes Ouvrières de Montréal est venu dans la région.Il a mené une lutte politique autour de notre localisme, notre attitude d'être complètement tournés vers nos problèmes locaux.On a décidé de faire un cercle d'étude.On a commencé à brasser les grandes questions autour desquelles vont se bâtir les lignes des organisations M-L qui vont naître par la suite.Notre cheminement ça a été de vouloir une rupture avec des pratiques qui, selon nous, ne menaient nulle part et n'amenaient pas véritablement un avancement pour la classe ouvrière.Il faut dire aussi qu'on était porté par un mouvement de masse en grand développement.On n'avait qu'à mieux s'organiser et on abattrait le capitalisme presque à court terme! Pourquoi cette rupture avec des pratiques en plein développement?Les victoires qu'on pouvait remporter là étaient facilement renversées.L'État récupérait nos projets et notre implication dans les luttes ouvrières nous faisait perdre 35 nos subventions.Centraide nous a dit que notre appui aux grévistes de Penman ne faisait pas partie du projet présenté et qu'on les avait trompés! C'est pour ça que vous avez liquidé des organisations?Pour nous autres il n'a pas été question de liquidation.Prenons le cas de la Clinique juridique populaire.On n'avait plus de subvention et on avait épuisé tous les programmes possibles.Quand le Conseil Central a étudié la possibilité de rescaper un permanent, on aurait peut-être embarqué dans d'autres circonstances.Mais comme on voulait plutôt s'engager sur le terrain politique, on n'a pas cru nécessaire de mettre des efforts pour sauver l'affaire.Non seulement on en voyait les limites, mais on était porté à dire que ça ne valait rien.C'était une erreur.Et puis quand tu lis les Principes du Léninisme de Staline, tu te dis qu'ils ont construit le parti en trois étapes et que ça a marché.On va faire ça ici: ce qu'on a essayé à date ça n'a pas marché.Qu'est-ce que ça a donné votre organisation politique?Le M-Lisme présentait une vision cohérente à la fois de la société et de la façon de la transformer.Au plan idéologique, ça a structuré notre vision de la lutte de classes.Il y a eu de la rigidité, mais c'était l'excès d'une affaire pas mauvaise.Au plan politique, ça nous a permis d'approfondir une série de contradictions majeures de la société canadienne et québécoise.Sur le plan organisationnel, ça nous a donné une discipline, des leçons essentielles sur le "comment s'organiser".C'est une école de formation extraordinaire même si ça frisait parfois la suppression de la vie privée.Les mouvements M-L ont joué un rôle d'éveilleur de conscience.Ils ont suscité des débats même si c'était par la négative.Justement on vous a reproché des attitudes peu respectueuses des travailleurs?On a fait des erreurs en voulant influencer de façon trop immédiate le déroulement de certaines luttes, en étant très massivement présents.On avait l'air de vouloir utiliser leur lutte à des fins politiques.Mais il y avait aussi de drôles de réactions politiques de la part de militants qui avaient pris une autre option: au lieu de nous critiquer là-dessus en défendant le fond de l'affaire, ils étaient étrangement silencieux ou bien ils 36 L'ALTERNATIVE AUX ELECTIONS: L'ACTION OUVRIERE nous excluaient! Il y avait enfin notre propre dogmatisme et notre propre enthousiasme de jeunesse.Quand tu veux construire le parti unique de la classe ouvrière, ceux qui ne sont pas avec toi sont contre: "hors du parti, point de salut"! Quelle est ton évaluation de la période M- L?Quand tu parles de la période M-L, il faudrait plutôt parler de la jeunesse du mouvement M-L.C'est la période où les jeunes communistes ont voulu occuper toute la place.Alors qu'aujourd'hui une vision plus matérialiste des faits nous fait dire qu'on a une contribution à apporter, mais qu'on n'est pas les seuls.De la même façon que la classe ouvrière n'est pas un bloc unique, les organisations politiques vont refléter ce genre de contradictions.Moi je pense qu'il y a une place, qu'il va toujours y avoir une place pour le M-Lisme.Il est peut-être trop tôt pour faire un bilan de l'expérience d'En Lutte.Chose certaine, la crise qui a conduit à sa disparition s'explique par plusieurs éléments: question nationale, question des femmes, origine de classe.Dans la mesure où la crise économique s'approfondit, certains de ceux qui peuvent s'en tirer plus facilement et qui sont déçus que l'organisation ne réalise pas de ralliement massif, décident de faire autre chose: on voit fleurir l'individualisme.Il faut dire aussi qu'un des problèmes du socialisme en général et du M-Lisme en particulier c'est le bilan actuel du socialisme réel, en U.R.S.S., en Chine, à Cuba ou ailleurs.Je ne suis pas sûr que la gauche a digéré tout ça.Mais je suis sûr qu'il y a des jalons qui ont été posés pour ça • Propos recueillis par René Lachapelle L'Action Politique doit nous permettre de faire avancer le quotidien Une entrevue avec Anne-Marie David, militante à la condition féminine CSN, ex-militante d'En Lutte.Quand on a la foi révolutionnaire.Ma militance politique a commencé avec le C.A.P.(Comité d'action politique) Service Social.Dans ce groupe, composé de praticiens et d'étudiants, on s'était mis à analyser le rôle du service social, à partir de la pratique quotidienne des travailleurs sociaux.À l'époque, ça avait eu l'effet d'une bombe dans ce milieu-là.Pour moi, ça répondait à un goût de rompre avec la vision "charitable" du service social et d'en faire plutôt une lecture politique.Vers 1973-74 — c'était la période où plusieurs petits groupes se sont fusionnés à des organisations plus larges — notre groupe a eu à se situer entre l'équipe du journal En Lutte! et le MREQ (Mouvement révolutionnaire des étudiants du Québec, ancêtre de la Ligue, elle-même ancêtre du Parti Communiste Ouvrier).Je me souviens d'avoir poussé beaucoup pour qu'on aille à En Lutte.Je n'aimais pas le "parachutage en usine" et les discussions "en catimini", mis de l'avant au M.R.E.Q.J'ai toujours préféré qu'on débatte clairement des choses, sur la place publique, et ça, c'a été une constante dans les belles années d'En Lutte! Et nous sommes effectivement passés à En Lutte! J'y croyais beaucoup; j'avais l'enthousiasme, la foi révolutionnaire.Je pensais que, si on mettait beaucoup de coeur et d'énergie, les choses changeraient.J'avais le goût d'être avec du monde qui avaient ces mêmes espoirs.Pendant 3 ou 4 ans, j'y ai mis beaucoup d'énergie.38 Pat de révolution «ans partiel patlon des femmes (affiche En Luttai) "L'oppression des femmes, c'était aussi pour moi" Puis je suis devenue enceinte; je continuais de tout faire en même temps, les cours prénataux, une responsabilité comme journaliste régionale à En Lutte.ça allait toujours bien.Ma première frustration est justement venue de cette militance journalistique.Dans mes articles, j'allais davantage chercher ce que le monde vivait, leur témoignage, leur quotidien; ce n'étaient pas des articles qui prétendaient donner toute la vérité.Mon analyse partait de la réalité vécue et ça, ce n'était pas perçu comme étant très "scientifique", très orthodoxe.On m'a fait sentir que je n'étais pas à ma place.À ce moment-là, le journal accédait à un "niveau supérieur" en termes d'analyse de la conjoncture.Possiblement que je n'évoluais pas dans le sens un peu dogmatique où En Lutte! évoluait.C'était l'époque des grandes conférences., tranquillement, l'organisation est devenue moins accessible aux gens qui ont une vie quotidienne avec des contradictions quotidiennes.Pour moi, ça a peut-être été le commencement de la fin-Mais la vraie période de "grande noirceur" a été celle qui a suivi la naissance de ma fille.À partir de ce moment-là, j'ai réalisé que l'oppression des femmes c'était aussi pour moi.La première réunion à laquelle je suis retournée, c'était trois semaines après l'accouchement, la petite a pleuré tout le temps.C'était énervant pour le monde.Un enfant c'est bien charmant, mais ça devient embarrassant quand ça prend plus de place que prévu.Et je sentais qu'il n'y avait pas de place pour ma fille, comme pour toutes les questions privées d'ailleurs.Il y avait peut-être des discussions, mais pas vraiment de place.Je ne veux pas chercher de coupables à 39 cette situation.On était tous partie prenante de ça.Moi-même, je ne voulais pas que ma fille soit une entrave à mon engagement politique et j'avais des idées très arrêtées sur ce que devait être une militante politique, pure et dure, disponible, capable d'accumuler les tâches comme si de rien n'était.À cette même réunion, on m'a suggéré de laisser le journal et de prendre une responsabilité comme secrétaire.Sur le coup j'ai accepté mais avec l'impression désagréable d'être mise au rancart.Mon nouveau "travail" consistait à répondre aux urgences; ça demandait une superdisponibilité; souvent j'étais obligée de "dumper" ma fille n'importe où.Nos tâches dans l'organisation et nos horaires de travail faisaient en sorte que nous n'arrivions plus à nous voir, mon chum et moi.Pourtant, nous étions toujours intéressés à vivre "sur la même planète".Alors, nous avons décroché.Dans ma lettre de démission, j'ai apporté comme raisons cette contradiction entre vie privée et militance, ainsi que ma désillusion face à l'évolution de la situation en Chine.Quelques années plus tard, les mêmes questionnements allaient être à l'origine de la crise d'En Lutte! L'action politique aujourd'hui: le projet de société auquel j'aspire doit traverser la vie quotidienne.C'est ma condition de femme, beaucoup plus qu'une réelle conscience féministe, qui m'a amenée à quitter En Lutte! Ce n'est que par la suite, en militant au comité de condition féminine, que j'ai pu mieux articuler tout cela.Comme beaucoup de femmes je suis venue au mouvement des femmes par goût de comprendre ce qui se passait dans mon privé.Ma conception actuelle, c'est que la politique doit s'imprégner du privé, de la vie quotidienne.Il y a un danger de faire de l'action politique avec une élite mais en fignolant un projet tellement parfait qu'il ne colle plus au quotidien du monde.Plus fondamentalement, je suis divisée parce que d'une part je veux y croire à l'action politique, je sais qu'il est nécessaire de développer des lieux de convergence, une presse progressiste par exemple.Mais d'autre part, je me sens plus à l'aise à transformer les choses que je peux contrôler, ma coop, ma garderie.J'ai besoin de voir comment cela nous amène vers un changement radical de société, vers le socialisme.Et ça, c'est un réflexe qu'on trouve beaucoup en milieu populaire; bien du monde vont dire: "j'ai ma job, j'ai des p'tits, si tu veux que j'aille à (elle réunion, t'as besoin de me dire ce que ça va donner!" Avec le M-Lisme, on avait l'impression de pouvoir planifier le long terme.on y voyait presque un guide pour la révolution.Là on s'est aperçu que les choses ne fonctionnent pas comme ça.L'action politique, si elle existe, doit nous permettre de consolider ce qui porte déjà des germes de société nouvelle; elle doit nous permettre de faire avancer le quotidien.• Propos recueillis par Martine D'Amours 40 2.1983: Echaudés, oui.Abattus, non! Dépouillement du scrutin au Rassemblement Populaire 15/11/81 41 Des tissus.à la courtepointe Militants et militantes de Pointe St-Charles Avril 1983.À Pointe St-Charles, comme partout ailleurs, le printemps se fait tirer l'oreille.À deux semaines d'intervalle, deux groupes de militants, rencontrés successivement, acceptent de nous livrer leurs réflexions.Ce sont Maurice et Françoise Courtois, Jean-Guy Dutil, militants et militante dans la cinquantaine et Ginette Du-quette, Denise Laroque, Lise et Maurice Jacob, militant et militantes dans la trentaine.Tous ont connu le F.R.A.P., le P.Q., la période m-l, le R.C.M.Ce qu'ils nous livrent, c'est 15 ans d'engagement syndical et populaire, ponctués d'expériences politiques parce que, disent-ils, "dans toutes nos revendications, on faisait face à de grosses machines politiques".Avril 1983, on a mangé quelques claques et perdu quelques illusions.On se retrouve devant un vide politique: on panse les blessures encore vives laissées par le P.Q.; décidément, c'est toujours l'hiver.Mais si on n'est plus prêts à "donner son coeur" à un autre parti, si on veut d'abord renforcer le "tissu communautaire" de notre quartier et de nos organisations avant de s'embarquer dans une autre démarche, on trouve toujours que l'action politique c'est quelque chose d'important.L'action politique, c'est un peu ce qui fait la différence entre le "tissu" et la courtepointe.42 Le FRAP, qui s'appuyait sur les comités d'action politique dans les quartiers, nous semblait pouvoir amener le changement."Au début des années '60, des quartiers de Montréal ont commencé à s'animer.Ici, dans Pointe St-Charles, ça a été au départ la lutte pour l'obtention d'une polyvalente.Petit à petit, des citoyens ont commencé à se regrouper sur d'autres besoins.C'est l'époque où on s'est donné des services (planning familial, juridique) et des organisations (comités de citoyens).Une démarche un peu semblable dans d'autres quartiers a donné naissance à la Fédération du Sud-ouest.À ce moment-là, on a commencé à ressentir le besoin d'agir au niveau politique.Parce que, dans toutes nos revendications, on faisait face à de grosses machines politiques.Et parce qu'on n'avait jamais rien de nos élus municipaux.Le F.R.A.P.qui s'appuyait sur les comités d'action politique (C.A.P.) dans les quartiers, nous semblait pouvoir amener un changement.Mais globalement, l'expérience a surtout apporté du désappointement.On a découvert qu'il y a une marge entre l'action à la base, dans nos orga- nisations, et l'action politique.On s'est aperçu par exemple que beaucoup de gens, qui militaient avec nous au comité de citoyens, votaient Drapeau aux élections! C'est encore beaucoup comme ça aujourd'hui: "tu travailles pour le changement, mais tu votes pour le statu quoi On dirait qu'on se bute à un refus de prendre le pouvoir." "Ensuite est arrivé le P.Q., qui a canalisé l'espoir des travailleurs.On y a cru, on y a travaillé.Ce parti-là donnait l'impression d'être indépendant de la machine multinationale, il avait un financement populaire, son programme social était alléchant et il prônait l'indépendance! Ça a été différent quand il est arrivé au pouvoir.Au début, même s'il nous décevait, on avait tendance à l'excuser; on se disait qu'il avait la dette du gouvernement précédent.Puis, il y a eu le référendum: déjà, la question nous laissait très insatisfaits.On avait mis ce parti sur pied pour qu'il fasse l'indépendance et là, il venait demander la permission! Le résultat nous a terriblement déçus.et la déception n'a fait que s'accentuer tout au long du deuxième mandat.43 C'est vers '76 également qu'on a commencé à vivre des problèmes avec les m-1.Ils ont peut-être été plus clairvoyants que nous sur certaines choses, sur la nature du P.Q.par exemple, mais leur façon de travailler donnait l'impression qu'ils voulaient démanteler les groupes populaires.On aurait dit qu'ils étaient prêts à tout mettre à terre pour démontrer leurs thèses"."On devenait "l'ennemi principal" de ceux avec qui on travaillait quotidiennement et qui étalent embarqués dans les groupes m-l.Mais comme on avait globalement le môme langage — c'est sur la manière d'agir qu'on ne pouvait pas s'entendre — on était malgré nous identifiés à eux par notre propre base.Ça a été une période de grosses brisures.Certains disent que, maintenant que ces groupes-là sont tombés, il faudrait accueillir à bras ouverts les gens qui en faisaient partie.Faudrait tous les embrasser! Mais on ne peut pas oublier comme ça tout ce qu'on avait construit et qu'ils ont démoli.Au fond ils ont écrasé la classe ouvrière.Avant d'être réintégrés dans les groupes, Ils auraient du purgatoire à fairel Actuellement, on se retrouve devant un vide politique; on ne croit plus au P.Q.et on ne va quand môme pas se tourner vers les libéraux.D'un côté, il faut se dépêcher de combler le vide, sinon on va perdre des acquis.De l'autre, on sait qu'il faut prendre le temps de panser les blessures du P.Q.; il faut s'assurer qu'une nouvelle organisation ne tournera pas de la môme façon.Bien sûr, actuellement, on est plus méfiants.Le problème, c'est que les véhi- cules politiques, les groupes socialistes par exemple, ont souvent été loin de nos pratiques, peu ancrés, pris en mains par des intellectuels.Qu'il s'agisse du Mouvement Socialiste ou du Regroupement pour le Socialisme, on va prendre le temps de bien étudier l'affaire, on va regarder les gens qui sont là.Ils auront des preuves à faire et ils devront tenir compte de notre expérience, assurer une continuité." "Les expériences passées nous ont rendus plus réalistes, plus critiques.Aujourd'hui par exemple, je ne dis plus "R.C.M.un jour R.C.M.toujours".Je sais que le jour où le R.C.M.prendra le pouvoir municipal, s'il le prend, il sera sûrement obligé de composer davantage avec les intérêts dominants.Alors, il fera peut-être mon affaire pendant un mandat ou deux, mais 44 René Lévesque, président du Parti Québécois, Jean Lesage, chef du Parti libéral, et Daniel Johnson, premier ministre du Québec, à la Manie le 25 septembre 1968.ensuite, il faudra penser à le remplacer par autre chose.Un parti qui corresponde aux intérêts des travailleurs ne sera jamais quelque chose d'acquis: ce sera toujours quelque chose à reconstruire.On a appris qu'il fallait toujours être vigilants et qu'il ne servait à rien de mettre un parti au pouvoir si c'est pour se croiser les bras après, comme on a fait avec le P.Q.La conjoncture actuelle est difficile; on sent le besoin de prendre un recul, de digérer des affaires.D'abord, tu ne peux pas partir socialiste tout seul avec tes claques; il faut aussi changer les mentalités, créer un tissu communautaire, renforcer les organisations.Ça signifie par exemple qu'on doit travailler à ce que le comptoir alimentaire ou la coopérative d'habitation ne soient pas seulement des lieux où les gens viennent parce que ça leur coûte moins cher mais des lieux de prise en charge sur leur vie, de meilleure compréhension de la société, de changement des rapports sociaux.Et ça, je trouve que ce serait bâtir des morceaux de socialisme.Actuellement, malgré ma sympathie pour les mouvements socialistes, je n'ai pas le goût de "donner mon coeur" à un autre parti.J'ai davantage le goût de bâtir une solidarité entre des militants.C'est vital de bâtir un tissu communautaire; s'il n'y en a pas, sur quoi un parti s'appuierait-il?Il n'aurait pas de base solide.D'autre part, c'est sûr qu'une démarche politique sera nécessaire, sinon on aura bien des morceaux de tissu, mais ça ne fera jamais une courtepointe! Mais on ne veut pas d'un parti qui nous utilise et nous dise comment penser.On ne veut pas d'un parti qui parte de nos idées pour ensuite faire son chemin sans nous.Une démarche politique devrait servir à nous renforcer, nous et nos organisations; elle devrait respecter le cheminement des groupes à la base.Mais sommes-nous prêts, sommes-nous assez forts, avons-nous les énergies pour travailler à cela, actuellement?'" J'ai l'impression qu'il y a du monde qui sont prêts à nous fournir le métier à tisser, mais que nous, on en est encore aux aiguilles! • Propos recueillis par Jean-Luc Cossette et Martine D'Amours 4S TABLES RONDES Le P.Q.est mort, les M-L sont morts, vive.?"Le roi est mort, vive le roi!" était la formule utilisée autrefois pour souligner la fin d'un règne et le début d'un autre.Mais au Québec, en 1983, le passage ne se fait pas aussi simplement.Plusieurs militants et militantes progressistes, pour qui tant le P.Q.que l'extrème-gauche ont cessé de représenter un débouché valable pour leurs aspirations, ne voient pas spontanément quelle autre démarche politique pourrait leur servir à véhiculer le projet d'une société nouvelle.Et quand vient le moment de crier "vive.!", l'écho de la conjoncture nous renvoie plutôt le mot vide.vide.Les expériences politiques passées nous ont laissé plus de questions que de réponses.Quel bilan en faisons-nous?Comment les gens de nos milieux, comment nos organisations se sentent-ils, actuellement, face à l'action politique de gauche?Autour de quels enjeux une telle action pourrait-elle se développer dans les prochaines années?Est-il urgent de créer un parti des travailleurs?46 Que ferons-nous aux prochaines élections?Pour discuter de ces questions, nous avons invité des militantes et des militants à participer à une table-ronde nationale et à quatre tables-rondes en régions.Ont participé à la table-ronde nationale: Pierre Gra»eline, du Mouvement Socialiste (M.S.) Danielle I amoureux, militante dans les groupes de femmes et ex-militante d'En Lutte! André Leclerc, de l'action politique F.T.Q.Pierre Paquette, de l'action politique C.S.N.(Conseil Central de Montréal) Madeleine St-Pierre, du Regroupement pour l'Indépendance et le Socialisme au Québec (R.I.S.Q.— collectif politique à St-Hyacinthe) Yves Vaillancourt, du Regroupement pour le Socialisme (R.P.S.) Solange Vincent, permanente à Action Travail des Femmes et militante anti-nucléaire.Propos recueillis par Jean-Luc Cossette, Martine D'Amours, Louis Favreau, René La-chapelle.Texte final: Martine D'Amours Entre l'espoir et le cynisme V.O.— Quelles sont les attitudes présentes chez les membres et les militants-es de nos organisations, ainsi qu'au sein des organisations elles-mêmes, face à l'action politique de gauche?Pierre P.: À la CSN, je dirais qu'il y a trois types d'attitudes.Chez les militants-es actifs à la base, mais pas nécessairement super-politisés, on sent une grande attente face à une alternative politique à gauche.La conjoncture s'y prête particulièrement: la lutte du secteur public s'étant soldée par un échec, les gens se disent que l'action syndicale a des limites et qu'il va falloir remplacer ce gouvernement-là.De leur côté, les militants et militantes qui ont déjà fait de l'action politique sont généralement assez cyniques et reflètent cette attitude au niveau des instances intermédiaires de la centrale, où ils sont très présents.Finalement, au sein de la structure comme telle, il subsiste une méfiance très forte à l'égard des organisations ou des militants politiques.Cette méfiance vient bien sûr de l'expérience d'infiltration m-1, mais aussi d'une certaine peur de perdre le contrôle sur des dossiers initiés à l'origine par la centrale.Ont participé aux tables-rondes régionales À Roberval: Francyne Tardif et Ginette Dussault (Regroupement Populaire des Droits Sociaux — R.P.D.S.) et Thérèse (Comité Chômage/Aide Sociale de Lotbi-nière).Propos recueillis par Jean-Yves Desgagnés (R.P.D.S.) À Québec: Jacques Fiset (Comité de citoyens-nes du Quartier St-Sauveur), Denise Genest (A.D.D.S.et groupes de femmes), Hervé Pilon (organisateur communautaire au C.L.S.C.Basse-Ville et expermanent au Fonds de Solidarité des groupes populaires).Propos recueillis par Jacinthe Michaud (R.A.M.) Dans la région de l'Amiante: Pierre Létour-neau (président du Conseil Central C.S.N.de Thetford-Mines), Richard Vallée (Conseil Syndical du Conseil Central), Réjean Simoneau (Comité des chômeurs de la Société Asbestos limitée), Réjeanne La- flamme (Regroupement des sans-emplois de la région de l'Amiante), Jean Baillargeon (TV communautaire et A.CE.F.).Jean-Charles Gagné (A.CE.F.), Jean-Gérard Poulin (ex-permanent de l'A.CE.F.).Propos recueillis par Pierre Dostie (technicien en assistance sociale au C.L.S.C.Frontenac, membre du R.P.S.) À St-Hyacinthe: Nicole St-Amand (comptoir alimentaire, R.I.S.Q), Fernand Grégoire (Mouvement Action-Chômage, R.I.S.Q.), Philippe Jalbert (Syndicat de la Construction C.S.N., R.I.S.Q), Nicole Filion (Mouvement Action-Chômage, Comité Salvador).Propos recueillis par René Lacha-pelle (Coalition 1er mai, R.I.S.Q.) Il est bien entendu que, dans le cas de la table-ronde nationale comme dans celui des tables-rondes régionales, les participants et participantes parlent en leur nom personnel, et non en celui de leur organisation.47 André L.: À la FTQ, c'est un peu différent.D'abord il y a une tradition d'action politique partisane avec des engagements décidés en Congrès: appui au N.P.D., appui au P.Q.lors des deux dernières élections provinciales et à l'option du oui lors du référendum.Il n'y a donc pas de méfiance en soi sur l'action politique.D'autre part, les militants d'extrême-gauche n'ont jamais eu un poids aussi important dans les instances de la F.T.Q.que dans celles de la CSN ou de la CEQ.Il n'y a donc pas de "blacklash", de méfiance, tel que ça s'est vécu dans d'autres organisations.Par contre, tant dans les structures qu'à la base, les gens vivent un grand désenchantement par rapport au P.Q.Pour plusieurs, la tentation est grande de céder au cynisme, de dire: "ça tourne toujours comme ça!" L'autre tendance, plus fragile celle-là, entretient l'espoir que, dans une conjoncture où l'extrême-gauche est relativement désorganisée et où la tendance réformiste du P.Q.montre son vrai visage, c'est-à-dire ses fesses, il y ait peut-être de la place pour autre chose.Mais on ne sait pas trop comment.Par où partir ça, comment lier ça à nos luttes quotidiennes, aux courants les plus progressistes de notre action?Je ne sens pas de consensus sur une méthode de regroupement.Pierre G.: Il y a plusieurs choses contradictoires qui jouent actuellement.Il y a bien sûr cette désillusion face au P.Q.À cet égard, les journaux ont Danielle Lamoureux Actuellement, dans l'ensemble du mouvement ouvrier et populaire, il y a un sentiment d'impuissance généralisé, une double déception par rapport au P.Q.et par rapport au M-Lisme.On se demande: "Qu'est-ce qu'on peut faire?On n'est pas organisé".Les expériences passées nous ont posé plusieurs questions non seulement sur le type d'organisation mais aussi sur le projet de société qu'on veut.publié des sondages très révélateurs.Depuis un an, le P.Q.a vu son taux de satisfaction chuter de 36% à 19% et a perdu 100 000 membres.Le PLQ est passé de 37% à 41% et l'Union Nationale est restée stable (7%).Ces deux partis continuent à représenter l'opposition de droite mais sans vraiment profiter de la déconfiture du P.Q.Du côté des forces populaires et de secteurs de plus en plus larges de la population, le rejet du P.Q.crée un vide politique qui fait que la question d'une al- 48 Point de vue des régions Les leçons du P.Q.Certains ont cru jusqu'à il y a un an, deux ans, que l'indépendance était encore possible avec le P.Q., et le socialisme après.Maintenant, si on est toujours pour l'indépendance, on est sûrs que c'est pas le P.Q.qui la fera, pas plus que le socialisme d'ailleurs." (Région de l'Amiante} "Il ne faut pas prendre pour acquis qu'on a été illusionnés par le P.Q.Les luttes qui se menaient à l'époque étaient des luttes municipales.Le seul contact que j'ai eu avec le P.Q., c'était pour la maison des jeunes.La seule différence d'avec le parti libéral, c'est que le P.Q.prônait l'indépendance et ça, ça voulait dire un acquis pour les luttes qu'on menait.C'est l'unique raison pour laquelle les militants-es des groupes populaires ont appuyé ce parti." "Si on se fie à l'expérience qu'on a eue avec le P.Q., — qui disait avoir un préjugé favorable aux travailleurs — moi je pense qu'on peut se faire avoir par un autre parti.Il peut peut-être avoir un beau discours pour les travailleurs avant de prendre le pouvoir, mais quelle assurance avons-nous qu'il ne nous utilisera pas, comme a fait le P.Q.?(Roberval) ternative politique de gauche se pose beaucoup plus qu'il y a un ou deux ans.Mais en même temps, la méfiance et la désillusion vécues tout aussi largement font en sorte que les gens ne sont plus prêts à s'embarquer les yeux fermés.Quand j'ai fait la tournée des régions du Québec après la sortie du Manifeste, la question qui m'était posée partout c'était: "C'est bien beau, mais qu'est-ce qui nous dit que vous ne ferez pas comme le P.Q.?" Danielle L.: Je suis une "affreuse" ex-m-1 (!) et aussi une "vieille" militante féministe.Il est peut-être encore trop tôt pour faire le bilan de l'expérience m-1.Après coup, je dirais qu'il a répondu à un très grand désir d'unité, pour du monde qui ont toujours vu la nécessité d'un parti des travailleurs, indépendant du P.Q.Cette expérience a permis de poser une foule de questions pour lesquelles on a peu de réponses par les temps qui courent.La question du pouvoir, du parti, de l'avant-garde.Au sein du mouvement féministe maintenant, on sent à l'heure actuelle, une grande attente d'une forme d'organisation politique.Historiquement, c'est un mouvement qui a pris toutes sortes de directions, toutes sortes de formes.Mais le vide politique est ressenti; il a été identifié comme tel lors du 8 mars, au cours d'un atelier sur l'histoire du mouvement féministe au Québec.L'autre élément qui joue dans la conjoncture c'est l'épuisement de beaucoup de militantes.On remet en HALTE Nous, on veut bien savoir qui possédera les moyens de production mais pas pour faire n'importe quoi! Et quand on pose la question, on se fait répondre que ça risque de nous diviser! (Solange V.) question la militance 18 heures par jour.7 jours par semaine.Solange V.: Les démarches politiques actuelles se préoccupent beaucoup de "qui va posséder les moyens de production?".Nous, ce qui nous intéresse avant tout, c'est de savoir, "dans un autre projet de société, qu'est-ce qu'on va produire et comment on va le produire?".Et ça, c'est presque absent des préoccupations et des réflexions politiques, tant au MS et au RPS que chez les syndicats.L'autre jour, lors 50 d'une réunion pour la Grande Marche, un représentant des Travailleurs Unis de l'Automobile est venu dire que son syndicat réclamait les retombées du F-18.Moi, je ne lèverai pas le petit doigt pour ça! Je suis heureuse par ailleurs que certains, parmi les TUA, aient pris position contre les missiles de croisière, même si ça signifie des pertes de jobs.Madeleine S.: N'étant plus une militante engagée à la CSN régionale, faisant partie du monde ordinaire et des enseignants qui, en ce moment, sont très démobilisés, je n'entends pas parler du tout d'action politique.Je ne sens pas cette préoccupation présente comme j'ai pu la sentir déjà dans certains débats sur la santé-sécurité ou sur les conditions de travail.Il y a un rejet du P.Q., mais une alternative?J'en parle au RISQ mais pas dans mon milieu de travail ni dans ma famille.\ tes V,: Les six derniers mois du P.Q.ont plus fait pour favoriser une rupture idéologique que les six premières années.Je suis assez content que le P.Q.ait été élu pour un 2e mandat parce que, s'il était retourné dans l'opposition, il aurait continué à mystifier bien du monde.Alors qu'actuellement, selon un sondage CROP du début février, il y a 38% de gens qui se posent la question d'une alternative, d'un parti différent du P.Q.On sent une très grande impatience parmi le member-ship des organisations: "Qu'est-ce qui se prépare à gauche?Qu'est-ce qui va se passer aux prochaines élections?" D'autre part, les militants plus "chevronnés" sont souvent sceptiques.Leur niveau d'exigence est extrêmement grand.Ils ne veulent pas qu'une démarche politique se fasse au détriment de la consolidation et de la démocratisation des organisations populaires et syndicales.Ils attendent que les nouvelles démarches politiques fassent leurs preuves, de voir comment elles réussiront à tenir compte de 1 question des femmes, ou de celle de l'environnement.5i La petite histoire de la grande famille V.O.— Quel bilan faisons-nous des démarches politiques entreprises dans les dernières années?Qu'ont-elles fait avancer?Qu'ont-elles fait reculer?André L.: Je reviens à la question apportée par Madeleine.Il faut voir que, même lors des manifestes syndicaux de '72, même à l'époque où régnait une grande effervescence politique dans les centrales syndicales, on rejoignait en fait une couche très très mince de militants.On a pris pour acquis que ça rejoignait tout le monde parce que les membres ne nous désavouaient pas, parce qu'ils venaient même participer à des débats, mais en fait, ça ne les touchait pas dans leur vie quotidienne.Et nous, on n'a pas fait de bilan critique du peu de pénétration de nos réflexions.Après "l'État rouage de notre exploitation", on s'est sentis légitimés de passer à autre chose.Là-dessus, arrive le P.Q., supporté par un large mouvement populaire.On s'en est un peu remis à ça.Certains ont donné des appuis officiels, d'autres ont adopté une attitude très critique, au moins verbalement, mais sauf dans les groupes d'extrême-gauche, tout le monde a été obligé de tenir compte d'une nouvelle conjoncture, d'une espèce de consensus populaire qui entrevoyait là une possibilité de sortir du tunnel.Du coup, le politique devenait André Leclerc Bien sûr que dans le mouvement syndical -on tait des démarches de formation.On met un contenu politique à notre formation syndicale, mais on n'a pas de véritable formation politique, un tant soit peu globale, qui serait traversée par un projet politique.Et ça fait dix ans qu'on plafonne là-dessus.Les expériences de formation politique ont de la difficulté à rejoindre d'autre monde que ceux qui sont déjà une bonne terre pour ça, à les rejoindre dans leur réalité de tous les jours.une réalité un peu plus présente pour plus de monde.Mais là, le P.Q.dégonfle la balloune.Et il n'y a rien d'autre à la place.Pierre P.: Moi je suis plus ou moins d'accord avec ça.Je pense que, dans les organisations syndicales et populaires, les questions politiques sont présentes à un moment ou à un autre.Sur la 52 question nationale par exemple, il y a eu une évolution dans le mouvement syndical et populaire; elle a plafonné suite à l'échec au référendum parce qu'on a trop collé notre action à celle du P.Q.Mais quand le président de la CSN a parlé de démission du gouvernement, les membres ont tout de suite demandé: "pour le remplacer par quoi?" Donc, que les gens se posent des questions politiques, ils sont en attente.Le problème, c'est qu'ils font une coupure entre leur action syndicale et l'action politique.L'autre problème c'est aussi que, dans les centrales, on n'a jamais fait l'effort de faire de la formation politique, on n'a jamais osé affronter les contradictions qui risquent de nous diviser.Danielie L.: Les gens n'en parlent pas.La politique c'est comme la religion, "c'est personnel".Ils ne veulent pas de cette société-là mais vivent un sentiment d'impuissance profond.Il y a aussi le fait qu'après 15 ans, la gauche reste une grande famille.On n'a jamais réussi à percer comme véritable mouvement de masse.Ça tient en partie au fait qu'on vit dans une société capitaliste avancée où il ne pointe pas de perspectives immédiates de changement.Et puis, on ne voit pas d'expérience significative ailleurs: la Chine, l'URSS, la France.tout ça s'est avéré assez décevant.C'est peut-être lié enfin au fait que nos préoccupations, notre langage sont différents, coupés de la réalité quotidienne de plein de gens.Finalement je crois aussi qu'il faut renoncer à être unis parce que ça ne tait rien avancer.Il faut plutôt penser à des formes d'organisation qui nous permettent de travailler ensemble sans nécessairement être d'accord sur tout.(Danielie L.) Devant ce constat, je pense qu'il faut commencer à remettre en question ce qu'on avait toujours cru acquis d'un projet social.On a peut-être trop tendance à tout assimiler à la condition de travailleur et à attendre des centrales qu'elles prennent en charge toutes les luttes.Mais les gens vivent aussi d'autres réalités, toute la question du privé, de l'environnement etc.De prendre en compte ces réalités devrait apporter des transformations radicales à notre vision de l'action politique.53 Un vide politique à combler, mais aussi une absence de projet de société ^^m V.O.— Par où faire avancer l'action politique aujourd'hui?Autour de quelles revendications?Avec quelles formes d'organisation?Yves V.: À mon point de vue, l'action politique passe par deux niveaux.Le premier niveau, c'est celui des mouvements sociaux: syndical, populaire, féministe, écologiste.Au sein de ces mouvements, et dans la conjoncture de crise, les problèmes ont une ampleur, un contour nouveau.Nos vieilles analyses ne collent plus.On fait des efforts pour renouveler l'analyse sur le temps partiel, le plein-emploi, les rapports entre secteur public et secteur privé, pour faire en sorte que la problématique des femmes traverse l'ensemble de nos analyses et de nos stratégies.Notre projet de société devra tenir compte de la nouvelle conjoncture, du développement technologique, de la menace nucléaire, sinon il sera 10 ans en retard.Dans le même temps, on essaie de construire des alliances plus larges, des Sommets populaires par exemple, pour arriver à établir un rapport de forces valable.Mais, en faisant cela, on se heurte aux contradictions qui existent au sein et entre les différents mouvements sociaux.Pour que ce type d'alliances larges puisse fonctionner, il va falloir que les mouvements sociaux acceptent d'être plus égaux.En caricaturant, ça veut dire qu'il faudra que le mouvement syndical accepte de ne pas avoir trop de poids, par rapport au mouvement écologiste et au mouvement des femmes.Cet accueil à des pistes d'analyse et d'action en provenance de d'autres mouvements sociaux permettrait aussi de donner à nos revendications une perspective stratégique renouvelée.Par exemple, quand les syndicats de la CTCUM et le groupe Transport 2 000 s'assoieront ensemble pour discuter d'une politique du transport à revendiquer, de nouvelles alliances et de nouvelles stratégies deviendront possibles.Le deuxième niveau, c'est celui de l'organisation politique sur des bases autonomes.Sous quelle forme?On ne sait pas trop, on n'est pas d'accord avec le parti unique mais il demeure qu'un travail de coordination en fonction de la prise du pouvoir reste nécessaire.Face aux prochaines élections par exemple, comment pouvons-nous faire autre chose que de voter pour le moins pire, tout en évitant de mettre hâtivement un parti sur pied, juste pour faire face à l'échéance électorale?54 Le modèle productiviste de la gauche en question — ou quand les "faibles" deviennent les "forts" Solange V.: Actuellement, les militants écologistes mettent la priorité sur les questions de paix et de désarmement.Non pas qu'ils ne soient plus intéressés à la question énergétique mais ils perçoivent davantage le nucléaire comme l'urgence actuelle.Je pense qu'à vouloir mettre sur pied une structure politique perfectionnée, on néglige les urgences actuelles.Les mouvements socialistes n'ont rien dit, ou des Solange Vincent La crise actuelle va s'aggraver avec l'invasion technologique et la disparition des emplois.Alors pourquoi ne lutterions-nous pas pour restructurer l'économie à la bonne place, en réclamant des emplois qui ne seraient nocifs ni à l'homme ni à l'environnement?sottises, sur les deux grands dossiers de l'énergie et du désarmement.Et là-dessus, je ne suis pas sûre que les forts vont renforcer les faibles.Qu'est-ce que la force, qu'est-ce que la faiblesse?Si de grands appareils, syndicaux ou politiques, ne réussissent pas à voir des choses qui crèvent les yeux, je ne vois pas ce qu'ils ont à apporter aux soi-disant "faibles", qui ont vu les véritables enjeux.Pierre P.: Plutôt que de parler du mouvement syndical comme d'un "fort", il faudrait peut-être dire simplement qu'il est plus techniquement structuré que certains autres mouvements.Et il est surtout structuré différemment: les gens adhèrent sur la base de leur lieu de travail plutôt que sur la base de leur intérêt ou de leur sensibilité personnelle.Alors, quand on va parler d'écologie ou d'armement à nos membres, 55 on doit partir de leur expérience vécue sur les lieux de travail, parce que c'est la cause de leur regroupement en syndicat.Et là-dessus, on arrive inévitablement à des contradictions.C'est sûr que l'existence des Travailleurs Unis de l'Automobile est liée à un mode de transport à remettre en question: le — chacun — sa petite — voiture.Mais d'autre part, actuellement, les gens sont surtout préoccupés d'avoir un emploi, et pas tellement de savoir à quoi vont servir les emplois.Je ne veux pas dire que les syndicalistes ne doivent pas apporter ces questions-là.Au contraire, les syndicats doivent pouvoir s'occuper d'écologie de la même façon que les écologistes doivent porter la préoccupation du plein emploi.En fait, chacun de nos mouvements doit politiser ses revendications, c'est-à dire développer une vision globale, mais à partir des préoccupations immédiates de ses membres.Solange V.: Moi je me dis: tant qu'à faire des luttes, autant les faire à la bonne place.On s'apprête à refaire les mêmes erreurs que quand on a négligé de mener les luttes sur la sécurité-santé et l'environnement.On s'apprête à cautionner un "progrès", pour sauver des emplois à quelques-uns.Oui, à quelques-uns seulement, puisque l'armement crée très peu d'emplois, si on compare avec d'autres secteurs, tels la construction ou les services.Point de vue des régions Une alternative politique?On est à un carrefour important et exigeant.La démystification du P.Q., la disparition des groupes M-L qui nous ont échaudés par rapport à une façon différente de faire de la politique, cela nous force à innover politiquement.Mais les conditions sont difficiles.La crise nous pose comme priorité la lutte pour le maintien de quelques acquis durement gagnés.Et puis, on a une tradition politique encore très jeune pour ce qui est de la gauche au Québec.Une chose est sûre, on ne veut plus d'un parti calqué sur l'organisation capitaliste actuelle.Et si on ose croire à un pouvoir populaire encore possible, cela ne peut venir, même à long terme, uniquement de l'expérience des organisations syndicales et populaires.Elles y contribueront pour beaucoup mais rien n'aboutira si aucune expérience (un parti, une coalition, etc.) politique n'existe pour catalyser les luttes, proposer des stratégies, des alternatives, définir un projet de société.(Région de l'Amiante) 56 question nécessaire.Je ne voudrais pas voir le parti des travailleurs pousser vite comme le P.Q.Seulement je voudrais le voir pousser, prendre racine un peu partout, commencer à faire de l'action un peu partout".(St-Hyacinthe i "Si je me suis embarquée dans la R.I.S.Q.c'est parce que j'avais des attentes très claires.Je trouvais que c'était le temps qu'on s'organise pour avoir de quoi en remplacement.Un coup que tu dis non au capitalisme et que tu vois que les gouvernements sont au service du capitalisme, s'il n'y a personne qui bâtit quelque chose en remplacement, il n'y aura pas d'allée vers le socialisme.Il ne suffit pas d'avoir une qualité d'action militante, une efficacité sur le terrain.J'ai en tète un projet de société qui est très global.En venant au R.I.S.Q.j'ai le goût avec d'autres de mettre de la chair autour de ce projet.Pour moi ça implique un gouvernement des travailleurs au pouvoir.J'ai de la misère à voir encore comment ça pourrait fonctionner dans le quotidien." (St-Hyacinthe) Louis-Philippe Jalbert (St-Hyacinthe) "Il y a déjà des luttes qui se mènent.Ce qu'il faut maintenant, c'est une organisation qui nous permette de changer l'ensemble des politiques.C'est un projet à long terme.Il faut prendre le temps.Ce n'est pas seulement une question de créer un parti.Encore faut-il faire un travail de formation pour que ce soit le monde à la base qui contrôle et non pas un autre parti contrôlé par une petite clique qui décide de changer d'idée une fois rendue au pouvoir." (Roberval) 57 Madeleine St-Plerre Il y a un lieu où je sens qu 'une majorité peut se rencontrer: c'est sur la question de la santé.Dans l'approche que les femmes en font, elles touchent tout; le travail, les conditions de vie, la famille, et avec une cohérence et une originalité qui bouleversent les schémas habituels de revendication et d'organisation.Et ça pourrait regrouper bien du monde au travail, à la maison, du monde qui sont dans les bureaux de médecins, du monde qui militent sur les questions syndicales et internationales.Le socialisme au quotidien?André L.: Si on pense à formuler un projet politique commun, issu des grandes revendications de nos mouvements et collé aux aspirations du monde, il faut tenir compte des contradictions internes à nos organisations.Il y a toujours des impératifs quotidiens, par exemple la négociation d'une convention collective, qui rejoignent les gens dans leur vie de tous les jours.À l'intérieur de cela, on essaye de tirer le meilleur parti d'une situation, avec l'impression de ne pas mais question difficile., "À l'A.D.D.S., on continue à faire de la formation sur le bill 26.Les femmes en viennent à dire que le système politique est pourri et que ce n'est ni le P.Q., ni les libéraux qui vont changer quoi que ce soit.Mais on n'arrive pas à poser la question de l'alternative politique.Le lien ne se fait pas entre l'organisation politique et le changement de société à faire.Le Mouvement Socialiste, ça ne leur dit rien.La question d'ailleurs a déjà été posée clairement dans un débat au sujet des dernières élections.La conclusion de ce débat, c'est qu'il valait mieux voter P.Q.parce que moins pire"."Pour les gens, la politique se définit en terme de pouvoir que tu n'as pas et que tu n'auras jamais, mais auquel tu es confronté.Mais chez eux, il n'y a pas de volonté d'avoir ce pouvoir.Les alternatives actuelles sont pour la petite bourgeoisie intellectuelle.Les travailleurs n'en sont pas partie prenante car ce n'est pas eux qui seront au pouvoir demain".(Québec) pouvoir changer grand chose aux règles du jeu à tel point qu'on formule souvent des revendications défensives qui sont presque une admission du système.Quand on veut tirer de ces luttes-là l'image d'une société nouvelle, c'est là qu'on se casse la gueule.Il y a une coupure entre le rêve d'une société où on n'aura pas à se battre pouce par 58 I Fernand Grégoire (St-Hyacinthe) "Moi je pense qu'il s'en met des choses en place.Il y a une base peut-être plus grosse qu'on ne le pense.Il y a un paquet de personnes qui se rencontrent dans les régions, qui essaient d'articuler un projet de société et ce n'est pas connu.Il y en a qui sont rattachés au Mouvement Socialiste ou au Regroupement pour le socialisme, mais il y a aussi une base qui n'est pas regroupée.Pourquoi les gens n'embarquent pas?Moi je pense que ce n'est pas parce que les gens ne sont pas prêts.Il y a des choses qui les amènent à réagir à l'immédiat, en essayant de pallier à la situation.Tout le monde a été concentré depuis dix mois sur la négociation du secteur public.En même temps que tu as de la misère à te battre, à mobiliser ton monde, il faut en plus articuler un projet de société." ISt-Hyacinthe) La désillusion que tout le monde vit par rapport au P.Q.est aussi et peut-être surtout une désillusion par rapport à la politique, ou en tout cas par rapport à une façon de faire de la politique.On assiste à un retrait en direction des organisations populaires et syndicales que l'on contrôle plus facilement.Plusieurs croient que c'est là qu'il faut en effet investir dans les prochaines années et que de ça naîtra peut-être quelque chose.Par ailleurs, sans nier ce qui précède, certains affirment qu'il ne se passera pas dix ans avant qu'un nombre significatif de militant-e-s à gauche donnent naissance à une/des expérience-s politique-s alternative-s.De plus, si on ne veut pas se faire charrier par des partis, faudra bien s'en construire un dont on aura le contrôle.Si on veut faire de la politique "autrement", faut peut-être pas s'attendre à ce que d'autres nous arrivent avec des recettes toutes faites.(Région de l'Amiantei pouce et ces batailles-là, qui font partie du "lourd et terne quotidien".Un projet de société n'est pas viscéralement senti s'il opère cette rupture entre les grandes aspirations et le quotidien.Le F-18 en est un bon exemple.Les gars de Pratt and Whitney sont bien conscients que les retombées vont se produire et que ce n'est pas leur refus de se battre pour elles qui les empê- chera de se produire.Ils ne sentent pas de mouvement large, pas de liens entre l'aspiration et le quotidien.Je suis sûr par ailleurs qu'au Congrès de la FTQ, il y aura des résolutions très généreuses sur l'environnement, mais ça n'entraîne pas grand monde, parce que dans le quotidien immédiat, l'heure est plutôt au fatalisme.59 Pour des démarches politiques qui respectent l'autonomie et la diversité: lesquelles?et comment?Danielle L.: Je verrais mal qu'une organisation se construise "au-dessus" et cherche à attirer des gens déjà impliqués.Il faut plutôt voir comment réunir ce qui existe déjà et qui a déjà un point de vue.L'ensemble pourrait constituer le mouvement.Et la question des femmes là-dedans.doit-elle faire l'objet d'une organisation à part?Moi, de plus en plus, j'y pense, j'y reviens.Une organisation qui serait à la fois à part et partie prenante de cet espèce de regroupement de forces.Quand je disais tantôt qu'on ne doit pas viser l'unité, je ne veux pas dire que l'unité n'est pas nécessaire.Au contraire, elle est essentielle pour tout ce qui est possible de faire en commun mais il y a des choses qu'on ne pourra pas faire en commun.L'autre aspect, c'est que ce regroupement de forces vives doit être capable de mener des luttes et de gagner des victoires.Ça fait déjà quelques années qu'on n'a pas remporté de victoire et ça c'est démoralisant.On peut avoir le plus beau mouvement socialiste avec le plus beau programme, si on ne donne pas le sentiment qu'on peut arracher des choses, ça reste des mots.Pour ça, il faut regrouper ce qui existe.Pierre G.: D'abord, je tiens à préciser qu'au sein du MS, il n'y a pas de pro- gramme, il y a un manifeste où les choses sont loin d'être coulées dans le béton.Mais ce qui me préoccupe le plus, c'est qu'il existe peut-être pour la première fois depuis au moins dix ans au Québec, un rendez-vous possible entre la gauche et le peuple.Une situation politique existe qui n'existait pas avant.La gauche va-t-elle manquer encore une fois ce rendez-vous?A-telle les moyens d'y être présente?Ce qui me chicotte, c'est qu'il y a d'autre monde que la gauche qui essaie de combler le vide politique, de récupérer l'opposition au P.Q.Je pense au Regroupement des Indépendantistes qui appelle à reconstituer une grande alliance autour de la question nationale, au-delà des classes sociales.Yves V.: Ce qui me frappe, c'est qu'on s'entend assez bien pour mettre en relief le rôle politique des mouvements sociaux.Dans certains cas, on en arrive même presque à dire qu'on n'a peut-être plus besoin d'organisations politiques autonomes, que si les mouvements sociaux se concertent davantage, un autre projet de société pourrait être porté uniquement par eux.Je ne suis pas d'accord avec cette vision-là.La conception dont parlait Danielle, d'organisation politique "au-dessus de.", a peut-être caractérisé la deuxième moitié des années '70, mais elle ne correspond pas à ce que je vis.La réflexion politique au RPS n'est pas du tout séparée de ce qui se brasse dans les mouvements sociaux puisque les gens du RPS militent dans diffé- 60 Dans'la période actuelle,quels sont les enjeux prioritaires?Nicole Flllon (St-Hyacinthe) "Quand on parle d'action politique maintenant, je trouve que c'est peut-être plus un temps où on peut amener une analyse de ce qui se passe, essayer de la reprendre avec le monde pour voir si c'est comme ça qu'ils l'interprètent et voir s'ils vont essayer d'entreprendre des changements.On est en train de préparer un Colloque Populaire à St-Hyacinthe.On fait une analyse, on a ramassé des affaires.Il est temps d'aller voir ce que le monde en pensent.Si on n'est pas capables de ramasser du monde face au problème quotidien du chômage et de l'emploi, je vais être "down".Faut qu'on sorte avec des propositions concrètes de réponse." (St-Hyacinthe) "À court terme, il faut continuer à travailler au niveau des groupes.L'enjeu, c'est la job.Mais au niveau provincial on n'est pas équipés." "La formation est aussi un enjeu.Quand les gens viennent dans un groupe, c'est parce qu'ils ont un problème.Il faut favoriser le passage du problème à la compréhension de la dimension collective de ce problème, et de là à l'organisation politique." (Québec) La période actuelle pourrait être quand même très fructueuse.On assiste présentement à la mise en place d'expériences politiques (M.S., R.P.S., collectifs régionaux) qui se développent et dans quelques années auront peut-être une certaine portée.Mais tout est encore à faire.Définir l'organisation politique, la stratégie de prise du pouvoir, quoi faire avec, etc.On se rend compte qu'une fois qu'on se dit socialistes et indépendantistes, on n'a pas encore dit grand chose."Mais c'est quand même ce petit quelque chose qu'il faut mettre en commun et faire pousser." On a aussi le goût de se retrouver avec d'autres en un lieu politique régional pour s'échanger de l'information, analyser nos luttes, dégager des perspectives, etc.Pas d'une façon trop encadrée ni "pluggée" sur le M.S.ou le R.P.S.ou quoi que ce soit d'autre, même si on sent que ces questions viendront inévitablement sur le tapis en leur temps.(Région de l'Amiante) rents mouvements sociaux, qu'ils en partagent les questions et les dimensions, y compris la dimension politique.Mais ils ont aussi le goût de se parler d'un mouvement social à un autre, dans un lieu autonome.Pour moi, le travail politique autonome a un rôle d'égal à égal et complémentaire à celui des organisations de masse.C'est la raison pour laquelle on ne peut pas aller trop vite dans un programme.Les démarches politiques ne peuvent pas être plus fines que les meilleures intuitions des mouvements populaire, syndical, féministe.Ça passe par un aller-retour constant, pas de haut en bas.Danielle L.: On peut bien penser à des formes d'organisations mais en même temps, on doit tenir compte de celles qui surgissent actuellement.Le regroupement de féministes-socialistes, le MS, le RPS vont-ils fonctionner chacun de leur bord?Vous vous demandez comment intégrer correctement la question des femmes.Les femmes, elles, se disent: "on ne prend plus de chances; on s'organise sur nos propres bases." J'ai rien contre ça.Mais comment ces groupes-là vont-ils travailler ensemble et comment vont-ils faire pour ne pas se situer à l'extérieur des luttes des organisations?Pierre G.: Il ne faut pas opposer le rôle d'un mouvement politique à celui des mouvements sociaux.On ne peut pas attendre des regroupements de mouvements sociaux qu'ils fassent la synthèse 62 du projet de société.Il faut avoir un lieu pour faire la synthèse de toutes les aspirations, pour établir la convergence et le dépassement des revendications dans un projet collectif.Il y a donc nécessité de se donner un lieu commun, d'unité politique mais pas nécessairement idéologique.Un lieu où on essaie de définir ensemble un projet et où on le confronte à la réalité du Québec et aux aspirations du monde, pas seulement celle des militants.Ce qui manque à la gauche, c'est un projet politique, plutôt que des débats idéologiques.Ce qui manque, c'est de se poser la question: "Qu'est-ce qu'on peut faire dans la conjoncture actuelle?Autour de quel projet de société pouvons-nous rallier largement? L'échéance 1985: Yves Vaillancourt La réalité est diversifiée et c'est une bonne chose qu'il y ait plus qu'un laboratoire.À condition qu'on enregistre les questions posées dans les différents mouvements sociaux et qu'on évite de répéter les erreurs des années '70 et de courir trop vite à la constitution d'un parti.On sent que c'est relativement facile de mettre sur pied un parti, mais après?.i ou coalition?V.O.— On parle de politiser les revendications, d'unifier les différentes composantes progressistes autour d'enjeux précis.Autour de quoi concrètement et a>ec quels moyens?Quelles sont les tâches politiques prioritaires pour les années à >enir?Est-il urgent de mettre un parti sur pied?Que ferons-nous aux prochaines élections?Yves V.: Dans le moment, si on parle des démarches politiques dans le courant socialisme et indépendance, respect des organisations de masse et de la question des femmes, il existe plusieurs démarches politiques de type nouveau.Pour moi, l'enjeu, c'est que ces réalités se reconnaissent les unes les autres et que de temps en temps, elles travaillent ensemble autour d'une priorité d'intervention.Les prochaines élections pourraient être une occasion de faire le débat et même de voir la possibilité de faire une coalition large avec une plateforme minimale.Il y aurait peut-être lieu aussi de mettre de la pression pour obtenir la proportionnelle.Actuellement, notre système électoral est tellement désuet que même le fait d'obtenir 20 ou 30% des voix dans un comté ne donne rien de plus qu'un poids moral.Parmi les autres enjeux importants, je mentionnerais aussi la question de re- 63 bâtir une presse de gauche nationale.Après la cessation des activités de Presse-Libre, est-il possible de penser reprendre l'idée mais avec une coalition plus large?Enfin, il y a nécessité pour des démarches politiques d'apporter une contribution sur des questions difficiles telles le salaire au travail ménager, l'alliance secteur public-usagers, les nouvelles technologies etc.Ces questions sont en gestation dans les mouvements sociaux mais les mouvements sociaux guettent aussi Pierre Gravellne Un programme, tu juges de sa valeur à l'adhésion qu'il reçoit ou non, quand tu le soumets largement à la discussion.La conjoncture nous oblige à aller pas mal plus vite; le rendez-vous possible, il ne faut pas le manquer.On doit courir le risque de se donner une organisation politique et de taire de l'action politique.64 les démarches politiques en leur demandant: "Qu'avez-vous d'original à dire là-dessus?" Il me semble toutefois que ce cheminement se fera lentement, sinon on fait comme En Lutte! en 1980: on produit un programme qui n'en est pas un.Pierre G.: Je ne suis pas tellement d'accord avec cette position-là.Au Québec, on n'a pas les moyens de se payer le luxe d'une multitude d'organisations politiques de gauche qui prennent des années à se rencontrer, à s'entendre sur un terrain commun, en essayant de s'associer un mouvement syndical et populaire dont les acquis sont grignotés.Un programme politique, ça ne se construit pas en un an ou deux et c'est très important de ne pas le faire en vase clos.La gauche a toujours eu tendance à dire: "On va fignoler notre projet entre nous, entre militants", mais pendant qu'on discute entre nous, l'histoire se déroule sans nous.Non pas une organisation politique traditionnelle — et là-dessus on peut tirer les acquis du P.Q.aussi bien que de l'extrême-gauche.Mais bien des gens pensent qu'il faut constituer un parti politique rapidement, qui ne soit ni électoraliste ni d'avant-garde, mais capable d'intervenir sur la scène politique (y compris dans l'arène électorale) en même temps que de véhiculer les préoccupations des groupes sociaux dont il se fait le porte-parole, en lien avec les organisations de masse. André L.: C'est la grâce que je vous souhaite!.Comment tu fais une fois que tu as dit ça?Pierre G.: Mon opinion personnelle,, et il y a un débat là-dessus au MS, c'est que les échéances électorales sont importantes et que la gauche doit y être présente avec un programme qui reflétera l'état de notre démarche.Qu'on entreprenne d'avoir avec le monde une relation que, jusqu'ici, la gauche n'a jamais voulu avoir.Qu'on sorte des cercles restreints.Comment ça peut se constituer?Je ne sais pas.Ça va dépendre de ce qui se passe au MS, au RPS, à la CSN.Les occasions peuvent être multiples; il me semble par exemple que la campagne sur l'emploi provoque une convergence des organisations qu'on n'avait pas vu depuis longtemps.Danielle L.: Je ne pense pas que ce soit une urgence de créer un parti.Des mouvements, des regroupements politiques, oui.Mais un parti, non.Une coalition me semble plus refléter l'état actuel des forces, si on veut impliquer plus de monde, pour remporter ne fût-ce que des victoires partielles.À l'heure actuelle, les forces sont en train de se reconstituer un peu comme après les événements d'octobre, où tout avait été balayé.À l'époque, ça a donné le P.Q.et les m-1.Là, on vient de manger une autre claque et parachuter un parti là-dedans serait une erreur politique grave.Ça ne donnerait rien en termes de succès pour nos revendications et nos luttes.Il faut se donner des formes d'organisation qui tiennent compte de nos diversités.Je serai sensible aux formes d'organisation qui chercheront à développer l'unité sur des questions concrètes sans chercher à niveler les diversités.À En Lutte aussi, on voulait discuter largement de notre programme.65 Point de vue des régions L'échéance électorale S'il y a une tendance pendant les élections qui viennent, qui parle de socialisme et indépendance et qui répand l'idée, au moins il va y avoir de l'espoir et des gens vont peut-être découvrir pourquoi on ne votera pas avec les partis en place." (St-Hyacinthe) Une question qui revient souvent est celle de savoir pour qui on votera aux prochaines élections.On a vu ce que donnait la politique du moins pire (le P.Q.), on n'est quand même pas pour voter pour le pire (P.L.Q., etc).C'est comme si on "attendait" quelque chose d'autre.(Région de l'Amiante) Nicole St-Amand (St-Hyacinthe) créer une organisation politique non-traditionnelle et ça a donné ce que ça a donné.Pierre G.: Tu dis qu'après octobre '70, la gauche s'est reconstituée et que ça a donné le P.Q.Au contraire, le P.Q.n'est pas né de la gauche, mais d'une fraction du parti libéral qui a réussi à récupérer des militants de la gauche.Ce que je crains à l'heure actuelle, c'est que la gauche reste encore à l'écart et laisse une fraction du P.Q.récupérer ses revendications et son discours.Solange V.: Je n'aurais pas de grandes ambitions pour un groupe politique qui se servirait de la gauche plutôt que de servir la gauche.Je vois davantage l'utilité d'un groupe qui serait au service d'une large coalition et qui étofferait des dossiers et des analyses, un peu à la manière des "parlement-fantômes" créés par les partis d'opposition.L'important c'est de donner aux gens des outils pour qu'ils puissent protester, contester.66 Pierre Paquette Moi je vois deux choses.D'une part, la maturation d'un mouvement large de militants populaires socialistes.Mais ça va être long; plusieurs ne s'impliqueront pas avant qu'une organisation ait fait ses preuves.D'une part, je serais déçu qu'il n'y ait rien à la période électorale.Une coalition qui présente des candidats dans quelques comtés-clés, pas avec l'espoir d'être élus mais pour faire entendre un autre son de cloche.Mais il ne faudrait pas lier toute la maturation à cette aventure électorale.André L.: Moi aussi, j'ai le même malaise à penser qu'on soit éparpillés et que d'autre monde vont profiter du vide politique actuel.Par ailleurs j'ai les mêmes craintes que tous ceux qui ne veulent pas assister à la naissance d'un autre bâtard politique.L'idée d'une coalition autour d'une plateforme minimale me plaît davantage.Une occasion pour se confronter et s'interpeller.Moi aussi je rêve d'une grande organisation politique où se retrouverait tout ce qu'il y a de meilleur dans les mouvements, où les mouvements se reconnaîtraient sans sentir qu'ils passent au moulin à viande en rentrant, sans être obligés d'adhérer à une idéologie pure et dure.Mais je ne crois pas que ça puisse se bâtir, sinon au terme d'une longue habitude d'action de gens qui travaillent ensemble tout en se donnant la possibilité de coexister.Madeleine S.: Je ne suis pas pressée.Il faut prendre le temps de mettre des assises, de créer une lame de fond.J'ai pas le goût d'investir dans la création d'un parti.J'ai le goût de réfléchir.Faut vouloir parce que ça prend du temps, de l'énergie.• 6" événements ouvriers EXPRO Eliminer le travailleur à la source Vie Ouvrière Le 25 avril 1983, nous sommes à la veille de l'ouverture de l'enquête publique sur l'administration de la santé-sécurité à l'usine Expro de Valleyfield.Le syndicat* avait réclamé la tenue d'une telle enquête suite à l'explosion du réservoir d'acide no 17 en avril '82, et avait réitéré sa demande suite à la mort par intoxication de Michel Bernier, en janvier 1983.Mais dans la conjoncture actuelle de crise et de fermetures d'usines, la partie syndicale a de bonnes raisons de craindre qu'Expro veuille se servir de l'enquête pour "classer" la question de la santé-sécurité.La compagnie a d'ailleurs choisi ses armes: la "responsabilité ouvrière" et le boycottage de l'action syndicale en matière de santé-sécurité.•Syndicat National des Produits Chimiques de Valleyfield (C.S.N.) Une histoire explosive C.I.L., P.C.V., Expro: dans la balance des propriétaires successifs de l'usine de Valleyfield, les profits ont toujours pesé plus lourd que la santé et la sécurité des travailleurs.Résultats: explosion du département RDX en 1977, explosion d'un séchoir de poudre en 1980 (3 morts), explosion du réservoir 17 en 1982, mort de Michel Bernier en 1983, nombreuses intoxications, et une moyenne d'un travailleur sur deux victime d'accident du travail avec perte de temns Sans parler des maladies du travail qui se développent suite à une exposition prolongée aux produits chimiques.Pour le syndicat, la solution consisterait à éliminer le danger à la source (en assurant la ventilation et l'isolation), à faire de la 68 A l'ouverture de l'enquête Beaudry, le procureur de la C.S.N., l'ingénieur Claude Main-ville a demandé une minute de silence en mémoire des travailleurs morts, victimes des explosions à Expro-P.C.V o > ■ o K maintenance préventive et à donner une formation adéquate aux travailleurs.Les luttes menées en ce sens depuis 1977 ont déjà porté quelques fruits, en termes de ventilation à la source de certaines vapeurs dans certains départements, mais imaginez la difficulté de négocier avec une compagnie qui se fait même tirer l'oreille pour appliquer les recommandations de la Commission de Santé-Sécurité au Travail (C.S.S.T.).Une compagnie qui, lors du renouvellement de la dernière convention collective, a mis ses employés en "lock-out humanitaire" pendant trois jours, en prétendant que les travailleurs s'auto-into-xiquaient pour obtenir une bonne convention! La sécurité.au fouet! Au lieu de miser pleinement sur l'élimination des dangers à la source, Expro se comporte de façon à faire porter aux travailleurs la responsabilité des accidents et des intoxications.Depuis quelques mois, elle établit des procédures de travail, monte des dossiers, suspend ou congédie ceux qui sont pris à ne pas s'y conformer: en mars et avril, il y a eu un congédiement et quatre suspensions, dont celle de Fred Lériger, 32 ans d'ancienneté, qui était au nombre des huit intnxinnés à l'éther du 21 février dernier.Selon le syndicat, la responsabilité ouvrière de compétence et de prudence est directement fonction de la qualité de l'équipement, de l'organisation du travail et de la formation professionnelle reçue de l'employeur.Or, comme disait un travailleur, "tu sais jamais combien il y a d'acide dans les réservoirs.Il faudrait des tableaux de contrôle.Et puis les travailleurs, surtout les anciens, n'ont jamais reçu de formation adéquate de l'employeur.Un gars a été suspendu parce qu'il n'avait pas surveillé la lumière rouge: mais on lui a toujours dit que c'était pas important! Là, du jour au lendemain, c'est devenu important.On a montré aux gars à travailler de façon non-sécuritaire, pour aller plus vite, et maintenant on les suspend ou on les congédie pour "incompétence" en leur disant: "les accidents, c'est de votre faute!" 69 Être la compagne d'un Hélène Charbonneau "Être la compagne d'un travailleur d'Expro, ça signifie la peur, l'inquiétude, l'espérance de le voir revenir à tous les jours.A vec les explosions, les "fume" (vapeurs), les feux, les accidents de travail.c'est la panique quand ça arrive.La question: "y-é-tu blessé, qu'est-ce qui est arrivé?".On peut pas faire autrement que de s'inquiéter.Quand ton ami revient de travailler avec un mal de tête, de mauvaise humeur, irrité.5 jours par semaine.tu gardes ta bouteille de 217 à portée de la main pis tu te poses de sérieuses questions.Le fait de changer de shift régulièrement dérange aussi la vie de couple.On se voit Garder nos jobs et nos vies A la veille de l'ouverture de l'enquête Beaudry, la compagnie tente, dans les faits, de freiner l'action syndicale en matière de santé-sécurité.Elle refuse de remettre au syndicat et au juge Beaudry tous les documents relatifs aux accidents de travail survenus à l'usine depuis 1977, refuse d'appliquer la convention collective en vigueur en libérant avec solde le président et un membre syndical du comité paritaire de santé-sécurité pour assister à l'enquête, et refuse de libérer avec solde les travailleurs qui seront appelés à témoigner.Elle refuse également de libérer sans solde les membres du syndicat intéressés à suivre des cours syndicaux en santé-sécurité.Pourtant, depuis que 68 travailleurs ont travailleur d'Expro une semaine sur deux, dans des conditions défavorables, de stress et de fatigue.En plus, si tu vis avec un bonhomme qui décide de s'impliquer syndicalement pour défendre ses droits en tant que travailleur, là aussi, c'est pas facile.Pourtant, on le dit légal ce droit-là! Quand arrive le temps des négociations, c'est la lutte contre une compagnie qui se fout de la sécurité, de la vie des travailleurs.En tant que compagne, je dois vivre cette situation intense, jour et nuit.C'est un stress mais aussi une solidarité et une implication que nous partageons ensemble.Je ne peux pas faire autrement: c'est trop important, trop grave." suivi ces cours en janvier dernier, le nombre de cas d'intoxication aux vapeurs nitreuses a diminué de 83%.Finalement, Expro profite d'une conjoncture économique apte à intimider les travailleurs.Des boss laissent courir le bruit d'une fermeture.La menace n'est pas formulée clairement mais la rumeur n'est jamais démentie non plus: le message perçu par beaucoup de travailleurs c'est: "si vous poussez l'enquête publique trop loin, on ferme!" "Beaucoup de gars ont peur d'une fermeture, nous dit Bertrand Vallée.Nous, ce qu'on veut, c'est garder nos jobs, mais avec l'assurance qu'on gardera aussi nos vies." • Texte: Martine D'Amours, à partir d'entrevues avec des travailleurs d'Expro et de communiqués syndicaux.70 brèves nouvelles Libérez Felixberto Olalia! Le 1er mai 1982, Felixberto Olalia, 79 ans, président du Mouvement du Premier Mai (le plus grand syndicat progressiste des Philippines) déclarait aux 100 000 travailleurs et travailleuses rassemblés à Manille: "La renaissance du Mouvement ouvrier Philippin ouvrira le chemin de la libération des 48 millions de Philippins." Quatre mois plus tard, ce leader ouvrier de longue date se retrouve en prison, accusé par le Président Marcos de "subversion pour tentative de détruire l'économie Philippine." La preuve?Le discours prononcé par Felixberto Olalia à la grande manifestation du 1er Mai! L'arrestation d'Olalia s'est produite en même temps que la pire vague de répression depuis la déclaration de la loi martiale par Marcos il y a 10 ans.Pour mener à bien son projet de supprimer totalement la résistance croissante du peuple philippin, le régime Marcos dispose de l'appui financier, militaire et politique des États-Unis.Envoyez un télégramme ou une lettre pour protester contre l'emprisonnement de Felixberto Olalia et des autres leaders syndicaux et populaires, et pour exiger leur libération immédiate.Faites-les parvenir à: Gen.Fidel B.Ramos, Philippine Consta- bulary Camp Crame.Manila, Philippines Minister of Défense Juan Ponce Enrile Camp Aguinaldo, Quezon City Philippines Asia-Pacific Aftairs Subcommittee c/o Rep.Stephen Solarz House of Représentatives Washington, D.C.20015 Pour plus d'information, contactez: Comité de solidarité Québec-Philippines a/s Nicole Riberdy 2692 Pie IX Montréal, Québec H1V 2E7 Tel: 254-5642 ou 526-0439 Fête des Mères pour la Paix "Debout les femmes qui ont du coeur.Disons fermement: nous, femmes d'un pays, éprouvons trop de tendresse pour celles d'autres pays, pour laisser nos fils tuer les leurs" (Julia Ward Howe, 1870) Le 8 mai dernier, nous étions 5 000 femmes, hommes et enfants à Ottawa, pour réclamer du gouvernement canadien qu'il refuse les essais du missile Cruise, qu'il mette un frein à la fabrication et au déploiement d'armes nucléaires et qu'il promeuve de véritables négociations en vue du désarmement.71 Pratiques de consclentlsatlon, version québécoise! Sous le titre Pratiquée de consclentlsatlon.Expérience d'éducation populaire au Québec, un collectif de militants et de militantes viennent de publier un livre relatant et analysant quelques expériences de cons-cientisatlon, Inspirées de la méthode de Paulo Freire, mais conçues en fonction de la réalité des classes populaires québécoises.Une première partie décrit les expériences comme telles, vécues à l'OPDS, l'ADDS, la Botte de Foin, le Journal Droit de Parole etc., une deuxième, abondamment Imagée, ressort les outils utilisés pour fins de cons-cientisatlon; une troisième partie, présente les acquis théoriques que le collectif dégage de ces pratiques.Disponible à l'Entraide Missionnaire, 2295 Chambly, Montréal, 526-0439.^2 bDhq Vient de paraître: LA LUTTE POUR L'AUTONOMIE DU MOUVEMENT OUVRIER ET POPULAIRE AU MEXIQUE ET AU VENEZUELA Mexique et Venezuela deux pays souvent cités en exemple, l'un pour sa stabilité politique, l'autre comme modèle de la démocratie, deux pays où le mouvement ouvrier et populaire est depuis longtemps sous le contrôle direct des partis au pouvoir.Ces dernières années ont vu la naissance d'un mouvement social de contestation, qui cherche à affirmer son autonomie face aux partis politiques et qui invente de nouvelles formes d'orga-nisation, dont une pratique de participation directe.Ce dossier présente certaines des organisations que ce mouvement hétérogène s'est données ainsi que des analyses sur la situation du mouvement dans chaque pays MH «2-SO (Plus Iran d'envoi» Veuillez m'tnvoyer: Quantité La lutte pour l'autonomie Troll moment! du proceiiui sjlvadorlcn Caraïbes: vert l'affrontement?Guatemala/Honduras: les organisations populaires LJ Amérique central*: géopolitique et révolution D Je désire recevoir d« l'informa bon sur las pubf kartion» d'ALAI en espagnol D BON DECOMMANDE NOM.ADRESSE.Codé postal Retourner 4 ALAI: 1224, Sta-Catherln« O.ste 403.Montréal.Que.H3G I P2 1 t 1 \ LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES 1255 RUE BERRI, MONTREAL P Q.H2L 4C6 72 il ié mil n i 'iiin ■l'wwnwniiiiiM iii'iUfi" iiifyifMiitiii**wfcJM^Jwi
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