Vie ouvrière., 1 janvier 1981, décembre
,JJ A t~\ vie ouvrière Revue fondée en 1951 et publiée en collaboration avec la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (J.O.C.).le Mouvement des Travailleurs Chrétiens (M.T.C.) et le Centre de Pastorale en Milieu Ouvrier (C.P.MO.) Directeur: Paul-Émile Charland Conseil de direction: Paul Ouellet.Dominique Trudel, Robert Guimond, François Rocher, Jean-Pierre Aumont Recherchlste: Martine D'Amours Comité de rédaction: Denise Gauthier, Lucie Lebœuf.Jean-Paul St-Germain.Jean-Marc Lebeau, Pierrette Boivin, André Charbonneau, Jean Forest.André Beauregard Couverture: Claudette Rodrique Secrétariat: Yolande Hébert-Azar Abonnement: 8 numéros par année - Abonnement individuel: 14$ par année - Abonnement de groupe 20$ par année - Abonnement outre-mer 17$ par année Distribution en kiosque Diffusion Parallèle.Montréal téléphone: (514) 521-0335 Photos de la couverture Louise Garnier, NACLA, Agence salvadorienne de presse Référencei: Les articles de la revue Vie Ouvrière sont répertoriés dans le Répertoire analytique d'articles de revues du Québec (RADAR), de la Bibliothèque nationale du Québec Dépôt légal â Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec ISSN 0229-3803 Imprimerie Notre-Dame Inc .Richelieu, Que Courrier de la deuxième classe, enregistrement n° 0220 Revue Vie Ouvrière 1201, rue Visitation Montréal, Que.H2L 3B5 Téléphone (514) 524-3561 vie ouvrière Volume XXXI Décembre 1981 N° 158 L'AMÉRIQUE CENTRALE SAIGNE Paul-Émile Charland.Éditorial : Justice pour l'Amérique centrale .2 1.L'Amérique centrale au carrefour Martine D'Amours.De la «casa» à la lutte armée.4 Alain Ambrosi.L'intervention américaine en Amérique centrale 10 Gilles Rivet .Chercher en vain un refuge.14 2.Un nouveau Vietnam Gilles Rivet .Les États-Unis en Amérique centrale.18 Tim Draimin.Le Canada est-il aussi innocent qu'il veut le laisser croire?.25 3.Le quotidien de la libération Marthe Lapierre.Les indiens, force vive de libération au Guatemala 28 Lucie Leboeuf.Nous et la solidarité .33 Eugenio X .Les étapes de l'organisation syndicale au Salvador 35 Alain Ambrosi.Nicaragua, deux ans et demi après: un bilan 42 4.L'Église des catacombes Edouard Morin .Une foi qui fait prendre les armes .48 Edouard Morin .L'Église de la clandestinité au Guatemala .52 Jean Forest .Le colloque international des travailleurs de l'Alcan 55 Vie Ouvrière.Nouvelles brèves .59 Tables de l'année 1981.62 éditorial Justice pour l'Amérique centrale Dans ce combat de David contre Goliath qui se déroule actuellement en Amérique centrale, personne ne peut rester neutre ni indifférent.Le silence devient une complicité et fournit une protection de plus à la cuirasse de Goliath.Il est urgent de faire la lumière sur les conditions réelles de vie des paysans et des ouvriers de ces pays qui sont le trait d'union entre les deux Amériques.Il est urgent d'élever la voix et de crier: Justice pour l'Amérique centrale! Quatre cents ans de domination, toujours au nom de la liberté, n'ont pas réussi à écraser les descendants des peuples qui habitaient ces contrées.Dans un sursaut de vie, le dernier peut-être de leur histoire, ils veulent reprendre leur terre qui est pour eux leur espace de liberté.Mais les intérêts économiques et politiques engagés dans cette région ne lâcheront pas prise sans que des forces morales plus puissantes ne se fassent entendre à travers le monde.Qui, de Goliath ou de David, sortira vainqueur de cet engagement?La puissance des armes ne peut triompher si elle ne réussit pas à démoraliser l'adversaire; elles ne peuvent rien sans l'arme idéologique.On l'a déjà vu dans bien d'autres circonstances au cours de l'histoire.L'arme idéologique qui semblait jusqu'ici réussir le mieux à démoraliser la résistance, consistait à noircir l'adversaire en l'accusant de communiste.Les États-Unis ne s'en sont pas privés jusqu'à maintenant, et c'est celle qu'ils utilisent encore en Amérique centrale: convaincre le monde «libre» que le communisme international est à l'origine de la révolte des paysans guatémaltèques, salvado-riens ou nicaraguayens.Mais heureusement, grâce à une information qui réussit petit à petit à percer le mur du silence, cette arme idéologique perd de plus en plus son pouvoir.Cette information nous rapporte en effet qu'une persécution systématique s'organise depuis quelque temps contre les chrétiens qui puisent dans leur foi le courage de donner leur vie pour leurs frères.Devant la mort d'un Romero ou de nombreux délégués de la Parole, pour ne nommer que ceux-là, l'accusation de communisme perd de sa crédibilité.Vie Ouvrière veut joindre sa voix à celle de tous les comités de Solidarité avec les peuples de l'Amérique centrale et appuyer la campagne de Développement et Paix.Notre action peut ressembler aux petits cailloux dans la poche de David, mais sa force lui vient de l'appel qu'elle lance à la conscience mondiale: Justice pour l'Amérique centrale._ 2 L'Amérique centrale au carrefour 1.0 dossier 3» ** ^ s De la « casa » à la lutte armée Martine D'Amours Qu'est-ce que nos médias et nos gouvernements nous disent du Guatemala, du Salvador ou du Honduras?Que la guerre y est menée par des éléments «subversifs», infiltrés par le «communisme international».Ou encore qu'il s'agit de luttes entre deux extrêmes minoritaires - l'extrê-me-gauche et l'extrême-droite - sous le regard neutre de juntes militaires qui ne demanderaient qu'à instaurer la démocratie.Mais en fait, la grande majorité du peuple d'Amérique centrale, les paysans guatémaltèques ou salvadoriens, les ouvriers, les femmes, n'ont même jamais entendu parler de communisme.S'ils prennent les armes, c'est que leurs conditions de vie sous-humaines et la répression qui frappe systématiquement toute personne ou organisation luttant pour la justice ne leur laissent pas d'autres choix.Prendre les armes, c'est se libérer de la faim, du chômage, de la peur et de la mort.Des pauvres de plus en plus pauvres La misère des peuples du Guatemala, du Salvador et du Nicaragua, que nous révèlent les données du tableau, ne cessent de s'accroître au fil des ans: les pauvres mangent moins, ont moins de terres, vivent de façon encore moins décente.• Au Honduras, les prix ont augmenté de 300% en 15 ans.Les paysans honduriens mangent moins qu'ils ne mangeaient il y a 15 ans.• Au Salvador, les familles rurales sans terre ou possédant moins de 1 hectare représentaient 54% du total en 1961, 64% en 1971 et 75% en 1975.Dans l'ensemble du pays, le revenu per capita en 1980 est redescendu au niveau de celui de 1970.Le coût de la vie a monté de 20% entre 1979 et 1980.4 Terres de misère et d'injustice Guatemala El Salvador Honduras Production Coton, bananes, café.canne a sucre Café, coton, textiles divers Bananes, café Population 7 2 millions d habitants dont 65% rurale 5 millions d'habitants dont 60% rurale 3 5 millions d habitants dont 75% rurale Repartition des terres 2 1% des propriétaires ont 72 2% des terres.91 4% des propriétaires ont 21 9% des terres.41% de la population rurale n'a pas de terre.5% de grands propriétaires gagnent plus que les 378 000 petits propriétaires reunis 60% des terres cultivables du pays sont entre les mains de 2% des propriétaires 91% de la population vit de 21% des terres 61% des terres (les plus fertiles) sont entre les mains de 2 multinationales américaines 1 million de paysans ne possèdent pas de terre Emploi 25% de la population est active et 72% de la population active est agricole 54% de la population active est sous-employee et 20% en chômage total Le chômage en gênerai atteint au moins 50%.30% de la population rurale active n est employée que durant les récoltes (2-3 mois par anneel Plus de 100 000 chômeurs sans parler des sous-em-ployes Selon la saison, de 15 a 70% de la population rurale se retrouve sans emploi Salaire et répartition du revenu Salaire minimum en 1980 3 20$ U S par jour mais rarement accorde Salaire moyen 1 95$ par lour 76% des familles rurales ont des revenus de moins de 500$ année et de ce nombre.44 7% ont des revenus de moins de 250$ année (1972) Entants de moins de 5 ans soutirant de malnutrition 81 4% 73% 73% Nombre de médecins 1 par 10 000 habitants en milieu rural Moins de 3 par 10000 habitants et les -, sont dans la capitale Espérance de vie 51 ans 55 ans 52 ans Analphabétisme 70% 50 8% 73% n'a pas complète le primaire 5 • Au Guatemala, l'écart des revenus s'agrandit entre les riches et les pauvres.Les 5% les plus riches de la population ont reçu 48% des revenus nationaux en 1950 et 59% des revenus nationaux en 1978.Les 5% les plus pauvres de la population ont reçu 9% des revenus nationaux en 1950 et 7% des revenus nationaux en 1978.Des économies dépendantes L'aggravation de la pauvreté des peuples d'Amérique centrale s'explique bien sûr par l'exploitation que leur font subir des minorités possédantes qui accaparent les terres et les richesses: le Salvador est contrôlé par 14 grandes familles, le Honduras par 200 familles, le Guatemala par 3% de riches propriétaires et le Nicaragua, à venir jusqu'en 1979, était presque entier aux mains de la dynastie des Somoza.Mais elle s'explique aussi par le fait que les économies de ces pays ont été développées de l'extérieur, c'est-à-dire en fonction des intérêts de l'Europe d'abord, puis des États-Unis.L'agriculture et l'élevage dans ces pays sont organisées pour répondre aux besoins de l'exportation: grandes plantations de café, de coton, de canne à sucre, alors que la culture vivrière, qui permettrait au peuple de se nourrir, est réduite au minimum.Pour soutenir leur économie en crise, ces pays exportent de plus en plus, alors que leur population consomme de moins en moins.Dans les bidonvilles de San Salvador, il est normal que les femmes travaillent.- vendent des fruits, fassent des tortillas ou lavent et repassent le linge des familles riches - pour apporter un peu plus d'argent au ménage Actuellement d'ailleurs le Nicaragua, qui a hérité avec la révolution d'une économie d'agro-exportation et des dettes énormes de Somoza, est placé devant le défi de reconstruire une économie qui comprend à la fois la culture vivrière (nécessaire à une auto-suffisance) et l'exportation (nécessaire à l'entrée de devises étrangères.) Terre de lutte et de répression Ce n'est pas d'hier que les peuples d'Amérique centrale luttent pour changer ces conditions de vie inhumaines.Actuellement, ils doivent inventer de nouveaux moyens de lutter, parce que tous les moyens 8 démocratiques, non seulement sont inefficaces, mais sont la cible d'une répression impitoyable.Au Guatemala, les mouvements populaires se sont beaucoup développés durant la seule période de gouvernement démocratique (1944-54).Malgré le coup d'État militaire de 1954 et la répression féroce qui suit, le mouvement populaire ne se laisse pas abattre et connaît un sommet en 1979, avec la formation du Front Démocratique Contre la Répression (FDCR), qui regroupe plus de 150 organisations syndicales, populaires et démocratiques.Mais devant l'assassinat de nombreux dirigeants du FDCR, plusieurs organisations s'en sont retirées pour former le Front populaire - 31 janvier, une organisation de masse clandestine, qui appuie directement les 4 organisations de guérilla (EGP, FAR, ORPA, PGT), unifiées depuis octobre 1980.Le peuple du Salvador, quant à lui, connaît depuis longtemps un régime militaire et frauduleux mais a subi surtout ces deux dernières années l'escalade de violence entretenue par la junte de Duarte: 30 000 assassinats en deux ans.Devant quoi, le peuple unifie ses organisations; les organisations syndicales, étudiantes etc.et la coordination révolutionnaire des masses se regroupent au sein du Front démocratique révolutionnaire (FDR) et les organisations politico-militaires s'unifient dans le Front Farabundo Au Guatemala comme ailleurs en Amérique centrale, les terres sont concentrées aux mains de grands propriétaires Les paysans, eux.n'ont droit qu'à un petit lopin, souvent peu fertile et à flanc de montagne, qui ne suffit pas à les faire vivre Marti pour la libération nationale (FMLN).En janvier dernier, le FMLN-FDR lançait une offensive dite «finale».Bien qu'une offensive à si grande échelle fût trop ambitieuse, elle a permis aux organisations de vérifier l'état de leurs forces, de leurs réseaux de communication etc.En mars, le FMLN avait établi un large front NACLA En 1981.la répression fait 40 victimes par jour au Guatemala et 80 victimes par jour au Salvador Dans ce pays, la réforme agraire dont le gouvernement s'est tant vanté n'a servi qu'à militariser les campagnes et à y faire régner la terreur par le biais de l'organisation d'extrême-droite ORDEN '-Dans un des villages, on a regroupé les paysans en coopératives et on leur a demandé d'élire des responsables Quelques /ours plus tard, les responsables ont été retrouvés assassinés." (Anna) militaire et contrôlait une large bande de territoire.Ces derniers mois, il est revenu surtout aux méthodes familières de guérilla et de harcèlement, qui causent des pertes au régime et permettent de ramasser des armes.Le FDR-FMLN a fait une proposition de paix aux Nations unies, que la junte a refusée.Au Honduras, les militaires sont au pouvoir depuis 1963 - Des élections sont prévues pour le 19 novembre; elles cherchent à préserver une image de démocratie que contredit, dans les faits, la militarisation croissante du pays.Bien que le processus électoral laisse un certain espace d'organisation et de réunion, la répression grandit au Honduras, qui frappe les syndicats paysans les plus forts d'Amérique centrale, les partis politiques et les organisations populaires.Cependant, l'affrontement est loin d'être aussi marqué que dans les pays voisins, Guatemala et Salvador.Depuis le 19 juillet 1979, le peuple du Nicaragua a mis fin à 45 ans de dictature des Somoza.Sa victoire, il l'a payée cher: 50 000 morts et un pays en ruines.Le Front Sandiniste de libération nationale (FSLN) qui fut, après 20 ans d'existence, l'artisan de la victoire, bénéficiait d'un soutien total de la grande majorité de la population.La junte du gouvernement de reconstruction nationale qui prend le pouvoir à partir du 19 juillet est composée à la fois des représentants du Front et de ceux de la bourgeoisie nationale; elle est à l'image du front large d'opposition à Somoza qui s'était formé surtout en 78-79.Elle s'attelle donc à la tâche de la reconstruction nationale: nationalisation des biens de Somoza, implantation d'une réforme agraire etc.Cependant, il est très difficile pour un FSLN de maintenir un régime pluraliste (où la bourgeoisie a sa place) tout en 8 Au Salvador, les forces de libération (FDR-FMLN) contrôlent un certain nombre de zones (presque 13 du pays) Dans ces zones libérées, les gens commencent à développer la production des grains, à installer de petits hôpitaux, à faire avancer l'éducation populaire et la construction d'organisations de pouvoir puiaire ils assurent leur ai.s'entraînent au sein des unités régulières du FMLN et de la guérilla Ces zones ne sont cependant pas inaccessibles à l'armée du Salvador qui y fait des incursions et assassine «l'ennemi» qu'elle identifie comme étant -le peuple» refusant que le peuple soit dépossédé de sa révolution, (voir à ce sujet l'article: Nicaragua 2:: ans après: un bilan.) Contre l'impossible démocratie des militaires, la démocratie du peuple Déjà, au Nicaragua et dans les zones sous contrôle du FDR-FMLN au Salvador, le peuple commence à vivre des éléments d'un nouveau projet de société.Une démocratie du peuple, cela veut dire: • la nationalisation de certains secteurs (ex: finance, terres de So-moza).• l'unification du système de santé • l'alphabétisation des adultes et des enfants • l'élévation du salaire minimum • la production de cultures %-ivriè-res (pour nourrir les gens) • le renforcement des organisations de pouvoir populaire (associations ouvrières, paysannes, des femmes, des étudiants, des enseignants etc) • le démantèlement de la garde nationale et la prise en main par le peuple de sa défense (comités de défense sandiniste, armée populaire sandiniste).Mais tout cela, et bien d'autres choses encore, est menacé actuellement.SOURCES: Alain Ambrosi, CISO.Comité Québec-Guatemala.Comité de solidarité avec El Salvador.Développement et Paix.Marthe Lapierre.Gilles Rivet.Jean Hughes.9 V intervention américaine en Amérique centrale des phénomènes inquiétants Une entrevue de Vie Ouvrière avec Alain Ambrosi V.O.Quelles sont les manifestations concrètes de l'intervention américaine dans la région de l'Amérique centrale?A.A.On peut comprendre la stratégie d'intervention américaine dans cette région par la conjonction de cinq grands éléments, pour chacun desquels on pourra voir un certain nombre de manifestations concrètes.Ces cinq éléments sont: - l'aide économique massive, sauf au Nicaragua; - l'aide militaire croissante et de 10 plus en plus sophistiquée; - la consolidation de l'alliance politique et militaire entre les pays amis des États-Unis, en particulier le Guatemala, le Salvador et le Honduras; - l'appui aux régimes soi-disant dé mocratiques de la région: en particulier le Guatemala, le Salvador et le Honduras; - les nombreuses tentatives pour faire échec à la révolution nicaraguayenne, considérée par les E.U.comme le «cancer marxiste» de la région. Crédits pour l'achat d'armes Programme d'entraînement militaire année fisc année fisc proposé année fisc année fisc proposé 1980 1981 pour 1982 1980 1981 pour 1982 El Salvador 5 700 000 10 000 000 25 000 000 247 000 440 000 1 000 000 Guatemala* — — — — — — Honduras 3 530 000 5 000 000 10 000 000 441 000 420 000 700 000 Nicaragua — — — — — — • L'armement du Guatemala est assuré par des pays alliés des États-Unis, comme Israël et l'Argentine (N.D.L.R.) SOURCE Programmes d'assistance à la sécurité présentés au Congrès américain V.O.Comment et pourquoi une aide économique massive?A.A.Il faut voir que les pays d'Amérique centrale souffrent davantage de la crise économique que les pays industrialisés: inflation galopante, augmentation rapide de la dette extérieure, ceci doublé d'une fuite importante de capitaux, chômage et hausse du coût de la vie qui affectent durement les populations etc.Or dans ce contexte, l'aide économique américaine aux régimes alliés d'Amérique centrale croît rapidement.Par exemple, le Honduras recevra en 1982, 226,25$ millions en aide directe des Ê.U., ce qui correspond à l'aide totale octroyée pour la période 1946-79.Ce qu'il y a de nouveau, c'est que les É.U.tentent maintenant de faire débloquer par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international des fonds spéciaux d'urgence pour ces pays.Si cette proposition était acceptée dans le cas du Salvador, elle signifierait une augmentation de 700% de l'aide totale par rapport à 1979.Toute cette aide économique n'est sûrement pas accordée pour des motifs humanitaires.D'abord, elle n'a pas de répercussions sensibles pour la population.On estime que plus de la moitié de ces fonds sont détournés pour fin de corruption par les propriétaires et les militaires.En fait, l'aide a pour buts de replâtrer un peu la situation économique des pays amis des Ë.U., de maintenir ces gouvernements en place et surtout de leur permettre d'accroître leur contrôle sur la population.Par exemple, les fonds alloués aux projets de réforme agraire et à la constitution de coopératives paysannes au Honduras et au Salvador servent à militariser les campagnes et à contrôler les paysans, qu'on tente ainsi d'empêcher de se joindre à la guérilla.11 Le peuple du Nicaragua sait que les États-Unis ont déjà envahi et occupé trois fois son pays depuis le début du siècle II sait aussi ce qu'il a gagné en renversant Somoza et ne veut pas le laisser (A A.) V.O.Et qu'en est-il de l'aide militaire?A.A.Il y a bien sûr l'augmentation des budgets de l'aide militaire aux pays alliés d'Amérique centrale, comme l'illustre le tableau.Mais il faut aussi regarder de près la manière dont, sous couvert d'une «non-intervention», les Américains entraînent et encadrent les armées de la région, vues comme trop peu organisées pour écraser elles-mêmes la guérilla.D'une part, un encadrement très sophistiqué s'effectue depuis les commandements généraux jusque dans les troupes: formation de spécialistes en contre-insurrection et autres.D'autre part, des gens qui ont titre de «conseillers» travaillent directement dans des opérations avec les troupes.Au Salvador actuellement, il existe 56 de ces équipes mobiles d'entraînement.Ceci est à relier très étroitement avec l'effort américain de consolider l'alliance militaire entre les pays de la région, particulièrement le Guatemala, le Salvador et le Honduras.Il y a maintenant des preuves que le massacre du Rio Sumpul au Salvador en mai 1980 a constitué une première tentative de coordination des trois armées, orchestrée par les Américains.Ce n'est pas non plus par hasard que les É.U.ont travaillé très fort à la signature d'un traité de paix entre le Honduras et le Salvador en novembre 1980, traité qui ne règle en rien le problème de frontière mais qui permet une lutte commune contre la guérilla et l'utilisation, pour ce faire, de l'ancienne zone démilitarisée.On peut citer aussi, comme exemple de coordination des armées, le ratissage systématique des camps de réfugiés sal-vadoriens au Honduras.V.O.Et que dire de l'appui aux régimes soit-disant démocratiques, comme le Honduras? A.A.En fait les Ê.U.ont essayé de faire croire au caractère démocratique de tous les régimes d'Amérique centrale.Ils pensaient de régler rapidement le cas du Salvador en isolant la guérilla et soutenant la tenue d'élections.Maintenant, ça leur est de plus en plus difficile.Reste le Honduras duquel les Ê.U.veulent préserver l'image d'un pays qui va choisir son gouvernement, qui lui-même va choisir d'aider les É.U.contre les guérillas du Salvador et du Guatemala, et contre le Nicaragua.Ils tiennent donc beaucoup au plan de retour au pouvoir des civils et à la tenue d'élections «libres» en novembre prochain, bien que cette belle image de démocratie soit contredite dans les faits par la militarisation croissante du Honduras et la perspective d'un coup d'État institutionnel après les élections.Le dernier élément de la stratégie américaine consiste à tenter par tous les moyens de déstabiliser le régime nicaraguayen.Les É.U.mènent une campagne idéologique, reprise par la droite à l'intérieur, pour tenter d'isoler diplomatiquement le régime, le présentant comme totalitaire, sous la coupe de l'URSS et de Cuba.À ce pays pour lequel l'appui économique international est fondamental, les É.U.ont coupé l'aide, et surtout l'aide en blé.Ils organisent une sorte de mini-blocus économique, en demandant aux banques internationales de ne pas aider le Nicaragua et en faisant pression pour que soit diminué l'aide en provenance de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.A cela, il faut ajouter, de la part des États-Unis, des essais de déstabilisation réelle du régime, par deux moyens.D'abord en armant et en entraînant, directement ou par le biais de conseillers chiliens ou argentins, les ex-somozistes (contre-révolutionnaires) du Honduras.Ensuite, en essayant, avec l'aide de la contre-révolution interne, de déstabiliser jusqu'au Front sandiniste lui-même.Ils sont également en arrière du sabotage économique interne, en faisant pression pour que les entrepreneurs privés (dont l'apport économique est important) refusent de participer au régime.Actuellement, ils jouent donc beaucoup sur la déstabilisation interne et sur le conflit par pays interposés.Ils semblent aussi vouloir pousser le Nicaragua à se radicaliser, ce qui leur fournirait le prétexte pour une intervention directe.V.O.Quel est l'impact de ces éléments conjugués?A.A.Pour l'instant, mis à part l'aide militaire et la coordination entre les armées, l'ensemble de la stratégie n'a pas encore porté fruit, à cause de la lutte des peuples, au Salvador et ailleurs.C'est face à cela justement qu'on peut se demander quel sera le prochain pas franchi par les Américains.entrevue réalisée par Martine D'Amours.# 13 Chercher en vain un refuge Gilles Rivet, Solidarité Amérique latine % % Il y avait une dame, assez grosse, et ils étaient sur le point de la pendre.Mais la corde n'était pas assez solide.A moitié étranglée, elle leur a dit qu'elle ne voulait pas mourir ainsi: «Laissez-moi courir, puis tirez».Ils l'ont laissée parcourir 15 pieds, puis l'ont abattue.Ils ont tué un homme, un simple d'esprit.Ils l'ont traîné à l'écart et l'ont tué à coups de machette.Puis ils l'ont coupé en morceaux.• • Des témoins, des chiffres Témoignages brefs, mais lourds des milliers de morts qui amènent 500 000 Salvadoriens à se réfugier.ailleurs, n'importe où.Des enfants qui parlent à peine, des femmes aux gestes vigoureux et descriptifs, des vieux aussi, aux visages inquiets.Tous et toutes disent la même chose, ils fuient pour sauver leur vie: «Ils tuent tout ce qu'ils voient, tout ce qu'ils trouvent: des enfants, des vieux, les animaux, tout.Ils les 14 tuent et les laissent là; à leurs yeux, ils ne valent rien»! Le 15 janvier 1981, l'administrateur apostolique succédant à Mgr Rome ro (assassiné en mars '79), Mgr Rivera Y Damas, signait un document de 35 pages qui étale les faits et compile les preuves démontrant hors de tout doute le plan délibéré du gouvernement: exterminer le peuple plutôt que perdre le pouvoir.C'est ce qu'on appelle un génocide. < • Il nous faut, ne serait-ce qu'à grands traits, saisir les horribles contours de ce génocide pour comprendre les mouvements d'exode massifs auxquels sont acculés ces centaines de milliers de Salvadoriens que sont les réfugiés.Voyons quelques chiffres.Le Secours juridique de l'Archevêché, auteur du document signé par Mgr Rivera Y Damas, n'avance que des chiffres qu'il a lui-même vérifiés: de janvier à décembre 1980, 8 062 civils non armés ont été assassinés lors d'opérations militaires menées par l'armée, les corps de sécurité et les organisations paramilitaires sous la coordination du haut commandement de l'armée.Ce chiffre n'inclut ni les 600 paysans assassinés les 14-15 mai '80 sur les bords de la rivière Sumpul, frontière entre le Honduras et le Salvador, ni les 4 400 victimes des bombardements menés dans 2 régions du pays (pas de chiffres disponibles sur victimes d'autres bombardements).Alors les gens fuient la mort.Ils 15 s'en vont.Mais où aller?Le Honduras et le Guatemala font tout pour reflouer les immigrants sur le territoire salvadorien.L'armée hondurienne a assisté au massacre de Sumpul et empêché les fuyards de la traverser.Où aller?Bétail humain sans pâturage.«La Garde nationale et ORDEN arrivent.Ils ont laissé des femmes pendues aux arbres, bannières à l'intention des guérilleros (disent-ils).Ils en ont empalé d'autres sur des piquets, drapeau pour les subversifs (disent-ils)».Des femmes sur le point d'accoucher se font ouvrir le ventre et extraire la vie par des soldats délirants qui lancent l'enfant en pâture aux chiens.Cruauté, démence d'une armée délibérément décidée à se venger sur une population politiquement perdue pour le régime.Et le flot des déplacés, des fuyants s'est accru de semaine en semaine en '80, de jour en jour en 1981.70 000 d'entre eux, plus fortunés, sont parvenus aux Ë.U.A.mais la majorité reste au pays, tentant de rejoindre les zones du pays contrôlées par la guérilla.S'ils y parviennent, ils sont en sécurité même si les ressources y sont maigres.Cette réalité des réfugiés devint telle, qu'on ne peut plus la cacher aux observateurs internationaux.Le gouvernement militaire du Honduras s'est enfoncé jusqu'au cou dans une logique impopulaire qui refuse d'accueillir les réfugiés salvado-riens, logique qui lui est dictée par 16 le gouvernement américain: il faut vider les zones frontières pour que les 3 armées (Salvador, Honduras, Guatemala) puissent circuler librement et sans témoins, et détruire, espère le gouvernement Ë.U.A., les groupes de guérilla.Où aller?Le problème des réfugiés ne confronte pas uniquement les organismes d'aide humanitaire.85% des familles du Salvador ont vu au moins un des leurs tué.Près d'un Salvadorien sur 10 est exilé et erre, au hasard des harcèlements et des bombardements.La question de la survie d'un peuple est clairement posée.Conclure?Laissons parler le Secours juridique: «Un jour, les faits se sont accumulés: trop de cas, trop de preuves.Nous avons senti, nos cœurs et les preuves nous le disaient, monter un nouveau mot, le génocide».- «En décembre 'HO, alors que l'ONU intimait les gouvernements du monde entier à ne plus envoyer aucune aide au Salvador, les Ë.U.A.ont violé cet accord et augmenté leur aide à la junte».«S'il en est ainsi, combien de documents comme celui-ci, combien de données et de preuves devrons-nous compiler pour toucher les gouvernements?Quand la bonne volonté des gouvernements les incitera-t-elle à condamner l'intervention Ë.U.A.au Salvador?Qui contribuera concrètement à ce que cesse toute répression?». Un nouveau Vietnam Les Etats-Unis en Amérique centrale Gilles Rivet, Solidarité Québec Amérique latine Quand on regarde l'ampleur des interventions politiques et militaires des États-Unis en Amérique centrale on se demande pourquoi?• Pourquoi soutenir les régimes assassins du Salvador et du Guatemala?• Pourquoi choisir l'armée paranoïaque du Honduras qui, incapable il y a quelques mois de savoir sur qui taper en premier (la révolution nicaraguayenne ou le FMLN du Salvador ou les forces révolutionnaires montantes au Honduras même) a choisi de frapper sur les trois en même temps?• Pourquoi soutenir les ennemis de la révolution nicaraguayenne à l'intérieur comme à l'extérieur?• Pourquoi pavaner ses 45 navires de guerre dans les Antilles (3 fois le contingent normal)?• Pourquoi concentrer 3 bataillons de «Marines» sur la base américaine de Guantanamo à Cuba?• Pourquoi faire pression sur le ministre canadien McGuiguan afin que le Canada n'endosse surtout pas la courageuse position de la France et du Mexique qui ont reconnu le FDR/FMLN du Salvador?18 Un milliard de $, un canal.On reste étonné devant la petitesse des investissements Ê.U.A.dans la région Amérique centrale-Antilles: un milliard de $ au total.Comparé aux 45 milliards Ê.U.A.investis au Canada, c'est peu.Les intérêts économiques immédiats ne suffisent donc pas à eux seuls, pour expliquer l'offensive politique, diplomatique et militaire des Ë.U.A.en Amérique centrale et leur incapacité d'envisager des solutions autres que celles des gros bras.La création, sous menace d'intervention militaire, de l'État de Panama et le traité accordant aux Ë.U.A.la souveraineté sur une zone de 10 milles de chaque côté du Canal de Panama remontent à 1903.Ce canal constituait à l'époque la «richesse» principale de l'Amérique centrale et l'intérêt majeur des É.U.A.dans cette région qui devenait le pont, le passage privilégié entre l'Orient et l'Occident.Cette position géopolitique du canal, de l'Amérique centrale et des Antilles est d'autant plus déterminante aujourd'hui, que s'y rajoutent le transport du pétrole et la découverte, dans les années '69 et '70, de richesses minérales et énergétiques potentiellement considérables.Le milliard de tantôt est donc «gonflé» de l'intérêt stratégique de la région, surtout dans la conjoncture actuelle de crise énergétique qui incite les É.U.A.à planifier leur ravitaillement en énergie plusieurs dizaines d'années à l'avance.Mais la libération des peuples d'Amérique centrale du joug de leurs dictatures menacerait-elle vraiment les intérêts américains dans la région?Contrairement à M.Reagan, nous croyons que non.Il y a aussi autre chose En fait, si le gouvernement américain entreprenait de favoriser (même en termes capitalistes) le surgissement de véritables démocraties dans ces pays, l'accession à une vie décente pour les populations rurales et la fin des répressions multiples, il se gagnerait la faveur des nouveaux gouverne ments qui hésiteraient alors à saper ses intérêts stratégiques et énergétiques.Un tel projet politique ne semble pas, à première vue, déraisonnable du point de vue américain, même s'il ne satisferait sûrement pas l'ensemble des attentes des peuples centro-américains.Mais, les raisons qui rendent plus qu'improbable la réalisation d'un tel projet sont aussi idéologiques.Depuis le début du siècle, les gouvernements des Ë.U.A.se sont habitués à considérer cette région du monde comme leur cour arrière.Ils sont vraiment convaincus d'y être chez eux.Le peuple américain ne partage peut-être pas ce point de vue; mais les milieux financiers et gouvernementaux sont insensibles aux revendications d'autonomie.Les raisons pour lesquelles les hommes et les femmes d'Amérique centrale assument les risques de la révolution armée ne comptent pas.'9 Plus que des intérêts économiques, il s'agit pour les E.U.A.de préserver une zone d'influence.Dans la tête de M.Reagan, cela veut dire «sauver» l'Amérique centrale des Russes.La paranoïa de M.Reagan M.Carter justifiait son appui à la junte salvadorienne en disant «qu'elle fait des efforts pour réformer les structures oligarchiques du Salvador».Mais les démissions successives de politiciens civils honnêtes, les massacres répétés de communautés paysannes et la découverte quotidienne de corps torturés et démembrés ont progressivement contredit l'étiquette de centriste que M.Carter cherchait à accoler à la junte et à vendre, tant aux Américains qu'à ses partenaires internationaux.M.Reagan, lui, a d'emblée laissé tomber cette logique et s'est refusé à lier l'aide américaine aux possibles réformes qu'entreprenait la junte.Sa politique a donc reposé, dès son arrivée au pouvoir, sur la supposition qu'il y avait un complot communiste à la base de la situation salvadorienne.La nature de la junte n'a donc aucune importance pour M.Reagan: tout ce qui compte c'est la nature de l'al- 20 ternative politique, le monde libre ou le communisme.Dès lors, du moment qu'il réussit à présenter l'opposition salvadorienne (Front démocratique révolutionnaire (FDR) Front Farabundo Marti pour la libération nationale Il reste à prouver le complot communiste (fondement de son raisonnement).Les efforts du tandem Reagan-Haig pour faire cette preuve n'ont convaincu que ceux qui n'avaient pas les moyens de la vérifier en détail.Historiquement crédule, la presse américaine a avalé sans rouspéter le Livre Blanc de M.Reagan sur ce prétendu complot.À l'examen, ce Livre Blanc n'apporte aucune preuve formelle, mais l'effet désiré sur l'opinion publique a été atteint.Quant au Congrès américain, il est tombé dans le panneau du Livre Blanc.Au début du moins, parce qu'aujourd'hui plusieurs Congressistes voient clair dans cette logique de Reagan et posent les bonnes questions.même s'ils n'ont pas réussi à faire couper l'aide militaire des Ë.U.A.à la junte de M.Duarte.La véracité des documents rassemblés dans le Livre Blanc est mise en doute.Certains y voient le (FMLN) comme une «marionnette de l'URSS », il peut justifier toute aide américaine à la junte comme relevant de la sécurité nationale des Ë.U.A.(Extrait de NACLA, mai-juin '81) résultat de pures inventions.Dans une entrevue avec The Journal en juin dernier, l'ex-ambassadeur américain au Salvador Robert White disait: «La seule chose qui me porte à croire que ces documents sont authentiques, c'est justement qu'ils ne prouvent rien»! Vietnam - Salvador: une équation d'égalité?Voyons le détail de cette «logique du complot».L'administration Reagan rejette la comparaison Salvador Vietnam, n'y voyant que l'œuvre d'excités ou de gauchistes à la rhétorique facile.C'est pourtant cette même administration qui a évoqué le souvenir du Vietnam en sortant des vieux tiroirs ses formules et ses raisonnements des années '60 En demandant toujours plus d'armes et de conseillers pour le Salvador, M.Reagan ne fait que reprendre une vieille équation en y introduisant de nouvelles variables.Quand on n'a pas de preuves, on en invente 21 Il remplace: • la marée rouge du communisme en Asie • le Nord Vietnam • les «nouvelles marionnettes» d'un maître étranger • tout le sud-est asiatique dont le Japon était, croyait-il, la pièce maîtresse convoitée par l'URSS.par 1 expansionisme soviétique par Cuba par le FMLN par toute l'Amérique centrale dont le Mexique serait, croit-il la pièce maîtresse convoitée par l'URSS.Cette équation est la formule utilisée à toutes les sauces pour convaincre les Américains de la menace que représente le Salvador pour le prestige américain, alors que le Salvador est fondamentalement sans importance pour les intérêts et la sécurité des É.U.A.Au-delà de cette logique verbale bien orchestrée pour le Congrès et les médias américains, c'est sur les champs de bataille que la comparaison Salvador-Vietnam est le mieux confirmée.L'essence de l'aide É.U.A.à la junte, c'est la contre-insurrection, doctrine développée spécialement pour le Vietnam.Les mêmes techniques: Les missions recherche-destruction, les bombardements aériens, la «pacification», l'effort d'utiliser des armées de pays voisins (Thaïlande et Cambodge au Sud-est asiatique; Honduras et Guatemala en Amérique centrale) sont employées pour terroriser et tuer la même cible: les paysans.Même la politique de réforme agraire, élaborée pour le Salvador, a été conçue par Roy Proster- man, l'auteur de la réforme a-graire implantée au Vietnam.Toutes deux ont eu les caractéristiques de n'affecter qu'une infime partie des terres, de militariser à bloc les zones rurales et de surveiller, plutôt qu'aider, les paysans.M.Reagan jure que les 56 conseillers des É.U.A.au Salvador ne participeront pas au combat.Mais les 500 premiers conseillers des É.U.A.au Vietnam étaient supposés, eux aussi, n'être que des civils.M.Reagan dit ne pas entrevoir la nécessité d'envoyer des troupes américaines au Salvador, mais MM.Eisenhower, Kennedy et Johnson ne disaient-ils pas la même chose pour le Vietnam.avant d'y envoyer 500 000 soldats des É.U.A.Les leçons du Vietnam Le comble, c'est de l'entendre dire qu'«il n'y aura pas d'autre Vietnam au Salvador parce qu'on n'a pas oublié les leçons de cette guerre».Mais de quelles leçons s'agit-il?À la fin de la guerre du Vietnam, que les É.U.A.ont magistralement per- w due, le débat national aux É.U.A.sur les causes de cet échec n'a pas été fait.Il n'y a donc pas seulement une leçon qui ait été tirée de cette guerre mais bien trois leçons, venant de trois points de vue différents.Certains croient que le Vietnam a été une erreur tragique à cause du nombre de vies perdues à soutenir un régime corrompu (celui de Thien au Sud-Vietnam).D'autres disent que l'échec américain n'est que l'expression d'un système - l'impérialisme - qui ne cessera de dresser les États-Unis contre toutes les guerres de libération nationale, tant que des changements profonds n'interviendront pas aux États-Unis d'Amérique mêmes.Enfin, d'autres y voient une guerre noble qui n'a été perdue que par manque de volonté.M.Reagan et son Secrétaire d'État, M.Haig, partagent ce dernier point de vue.Qu'ont-ils appris du Vietnam?Qu'une escalade militaire trop étalée dans le temps ne fait qu'encourager l'ennemi et donner prise aux dissidents américains.Il faut donc, pour ne pas répéter l'erreur Vietnam, fournir aux Salvadoriens tout ce qu'il leur faut pour gagner le guerre; convaincre le véritable ennemi (Moscou) que les États-Unis ne se contenteront, au Salvador, que d'une victoire totale; et convaincre le peuple américain que le meilleur traitement contre la mal salvadorien c'est d'opérer rapidement, massivement et sans bavures.D'où l'aide militaire massive envoyée à la junte! Un militaire Salvadonen oblige des étudiants à se coucher par terre pendant qu'il examine leurs papiers On ne revoit jamaix ceux dont les papiers sont juges «insatisfaisants» La conclusion de cette logique c'est qu'il n'y aura pas d'autre Vietnam au Salvador seulement si la stratégie curative fonctionne et si le «bon bord» l'emporte avant qu'il ne soit nécessaire d'envoyer des troupes américaines.La contre-insurrection aura du fil à retordre Voilà le raisonnement, très simple, de l'administration Reagan.Il se traduit en utilisant la contre-insurrection, dont le succès repose (selon les livres de théorie du Pentagone) sur 3 conditions: 1 - que la guérilla soit clairement isolée des masses populaires, et donc chirurgi- 23 Manifestation contre l'inversion américaine, lors de la venue de Reagan à Ottawa calement extirpable, 2 - que la population ait une conscience politique suffisamment faible et accepte d'avaler des solutions politiques de grands compromis (qui lui seraient finalement défavorables) et 3 - que la classe dirigeante «Hôte» accepte de mettre en branle des réformes acceptables et ne suffoque pas sous le poids de ses contradictions internes.Comme au Vietnam, dans les années '60, ni le Salvador, ni le Guatemala ne remplissent ne serait-ce qu'une seule de ces trois conditions.Le Nicaragua non plus d'ailleurs et il a vaincu Somoza.Cette doctrine de la contre-insurrection avait connu quelques succès dans les années '60 et jusqu'en '71 en Amérique latine: au Guatemala, en Bolivie et au Venezuela.Mais les erreurs des guérillas d'alors ne se sont pas répétées dans l'Amérique centrale d'aujourd'hui.Les organisations révolutionnaires sont entièrement soutenues par le peuple.Le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) l'a prouvé au Nicaragua, le Front Farabundo Marti pour la Libération Nationale (FMLN) le prouve au Salvador, et les 4 organisations du Guatemala font de même.Pour les États-Unis d'Amérique, l'ère des victoires faciles est terminée.24 Le Canada est-il aussi innocent qu'il veut le laisser croire ?Le gouvernement canadien a dit souvent qu'il n'avait pas de raisons d'intervenir sur la situation en Amé-que centrale puisqu'il n'entretiendrait apparemment pas de liens significatifs avec cette partie du monde.En fait les investisseurs privés canadiens étaient déjà présents en Amérique centrale dès la fin du 19e siècle et leurs intérêts se sont multipliés depuis.• C'est du Canada qu'origine le plus gros investisseur privé étranger en Amérique centrale, en la présence d'INCO au Guatemala.• Une estimation conservatrice évalue à 300$ millions l'investissement direct total provenant du Canada.• Il y a aujourd'hui des douzaines de filiales transnationales canadiennes qui opèrent en Amérique centrale dans les secteurs les plus divers, depuis l'exploration pétrolière jusqu'à la vente de l'huile de coco.• Le commerce entre le Canada et l'Amérique centrale s'est accru de près de 200% entre 1975 et 1979 et d'un 34% additionnel en 1980.• Tout ce commerce et cet investissement est facilité par la Société pour l'expansion des exportations, une société de la couronne qui, dans les 20 dernières années a prêté au-delà de 170$ millions dans la région.• Bien que l'Amérique centrale ne représente que 6% de la population latino-américaine, le Canada lui a octroyé en 1978-79, 5296 du budget régional de l'ACDI.Si l'État canadien semble s'être peu impliqué dans l'exploitation des peuples d'Amérique centrale, c'est que les investisseurs privés s'en sont toujours remis aux mains des marines américaines plutôt qu'à celles de la diplomatie ou de la puissance militaire canadienne pour défendre leurs intérêts dans la région.Pourtant, depuis ces dernières années, nous avons pu voir en faveur de qui le gouvernement canadien penchait.Au Nicaragua, où la Banque Royale et la compagnie Noranda sont im- :s pliquées, le Canada n'a pas coupé les liens avec le régime de Somoza et a attendu la prise de position américaine avant de reconnaître le nouveau gouvernement.En comparaison avec l'aide fournie lors du tremblement de terre au Guatemala en '76, le Canada a relativement peu subventionné la reconstruction du Nicaragua; cependant l'aide et particulièrement l'aide en blé a été augmentée assez rapidement grâce aux pressions du public canadien.Au Salvador, les intérêts canadiens sont assez peu nombreux: Canadien Javelin (mines) et Moore Corporation (pâtes et papiers) en constituent les pôles les plus significatifs.Cependant, l'aide canadienne au Salvador a été assez importante: 20$ millions pour la période 1975-79.Depuis l'établissement de la junte de Duarte en 1979, le Canada a semblé à une ou deux reprises vouloir prendre ses distances par rapport à la position américaine, mais dans la réalité, il l'appuie carrément, non seulement en paroles mais en fournissant l'an dernier 3$ millions au Salvador par le biais d'agences de fonds multinationales.Ce montant devrait tripler en 1981-82 selon le Centre for International Policy.(Washington).Quant au Guatemala, il constitue une cible importante pour les investisseurs canadiens.Plus d'une douzaine de grandes corporations y sont impliquées, surtout dans le domaine minier.L'INCO y est bien connue pour la violence envers les paysans et les ouvriers «exigée» par la protection de ses intérêts.Les activités des hommes d'affaires canadiens au Guatemala ont augmenté depuis quelques années, facilitées en cela par l'aide canadienne subséquente au tremblement de terre, qui a permis à plusieurs firmes de décrocher des contrats très payants.Des banques canadiennes, comme la Banque de Nouvelle-Ecosse, sont aussi impliquées dans ce pays: cette dernière, par exemple, a consenti un prêt de 5$ millions pour l'installation hydroélectrique de Chixoy, qui doit fournir de l'énergie à bon marché à INCO à partir de 1983.La semaine du meurtre de Raoul Léger, un travailleur social acadien, par les forces de sécurité guatémaltèques, la Société pour l'expansion des exportations annonçait un prêt de 7.5$ millions au gouvernement guatémaltèque pour l'achat de locomotives de la compagnie Bombardier Inc.de Montréal.Faut-il se surprendre que le Canada n'ait pas exigé une enquête indépendante pour éclaircir les circonstances de la mort de Raoul?Tant qu'il ne se démarquera pas clairement de la politique américaine, le gouvernement canadien aura de la difficulté à cacher que les profits de ses compagnies passent avant les droits des humains, fussent-ils citoyens canadiens.Tiré d'un document de TlM Draimin, Profits before People préparé pour Développement et Paix.26 Le quotidien de la libération ■ i f dossier S^î ' >/ Guatemala Les indiens force vive de libération Marthe Lapierre On ne peut comprendre le Guatemala d'aujourd'hui sans parler de ceux qui constituent 70% de sa population : les indiens, descendants de l'antique peuple maya.Depuis la conquête espagnole, en 1523, les quatre principales races indiennes (quiches, mams, kekchis et cachikels) ont souffert toutes les formes d'oppression, au mépris absolu de leur culture, à la dépossession systématique de leur terre et l'esclavage de leurs enfants, en passant par les massacres et le génocide.En 1981, des dizaines de villages indiens de la montagne ont pratiquement été rasés par les militaires, hommes femmes et enfants massacrés, maisons et récoltes incendiées, dans une tentative sans précédent de l'armée pour éliminer tout appui à la résistance populaire.Mais pas plus que les conquérants espagnols, les militaires d'aujourd'hui n'ont réussi à étouffer la culture indienne.Actuellement, c'est l'héritage de ce peuple qui, repris par les organisations révolutionnaires, donne à la lutte de libération guatémaltèque toute sa force et son originalité.L'héritage des mayas.Ce qui frappe d'abord le touriste au Guatemala, c'est l'aspect extérieur de la culture indigène: les petits villages typiques de la montagne, les grands marchés du dimanche où une foule si colorée s'échange toute 28 Le peuple Maya avait atteint un degré de civilisation très avancé, comme en témoignent les pyramides de Tikal.sorte d'articles, les enfants aux grands yeux foncés qui suivent leurs parents aux champs, les petites parcelle de terres cultivées, aux formes géométriques si nettes, qui couvrent la montagne jusqu'aux plus hauts sommets, tellement inclinées que souvent pour les travailler le paysan doit s'attacher à un arbre pour s'empêcher de débouler la pente, les femmes assises sur une natte à même le sol qui tissent à la main ces étoffes multicolores, les rites étrangers sur les parvis des églises, où les cierges, l'encens et les fleurs prennent une grande place.Cependant, au-delà des étoffes et des rites, il faut comprendre les valeurs qui constituent l'héritage véritable du peuple maya et qu'on peut brièvement résumer comme suit: le respect de la vie (naissance et mort), le caractère sacré de la terre, l'importance de la collectivité.Chez les indiens, l'individualisme et la compétition n'existent pas.Tous sont d'égale importance au sein de la communauté.Chaque individu se réalise dans le service à la collectivité et ce qui les rattache à la collectivité, c'est la terre, source de vie, la terre sacrée, la terre-mère.La terre, comme le vent, comme l'eau et le soleil, «appartient» à tous.Tous ont droit au produit de la terre comme tous ont droit à la vie.Et tous participent au travail de tirer de la terre la nourriture indispensable à la vie: c'est pourquoi le maïs est le symbole suprême de la culture maya.Et c'est aussi pourquoi les indiens ont toujours été complètement fermés, étrangers, au concept de «propriété privée de la terre».Aux yeux des indiens, et au-delà de toutes les atrocités commises contre eux, le plus grand crime commis par les espagnols d'abord, puis par la classe dominante par la suite, c'est encore de s'être accaparé des terres, car en volant leur terre, on leur enlève la vie.Parce que les indiens sont pauvres, en majorité analphabètes (90%), sous-alimentés, qu'ils vivent dans des cabanes de paille ou de boue séchée, la classe dominante les méprise, et affirme qu'ils sont sans culture.Mais leur survivance après 4 siècles et demi d'oppression est bien la preuve d'une culture riche et vivante qui d'ores et déjà constitue 29 un triomphe si on la compare à la corruption et à la décadence des riches, qui, en fait de culture propre, n'aspirent à rien d'autre que «l'ame-rican way of life».que 450 ans d'oppression n'ont pas réussi à détruire À la racine de toute l'injustice que vit le peuple guatémaltèque, et particulièrement sa population indienne, il y a cette concentration de la plus grande et la meilleure partie de la surface cultivable aux mains d'une minorité de grands propriétaires (2%) qui possède plus de 70% du sol fertile.C'est au nom d'intérêts «supérieurs» qu'on a progressivement dépossédé la population indienne de ses terres, en la faisant reculer de plus en plus profondément dans la montagne.Au temps de la colonie, les espagnols produisaient, sur les terres de la côte, de l'indigo, du cacao, des bois de teinture, du tabac et des essences, desquels ils faisaient commerce avec l'Espagne.Une grande partie de la population indienne fut réduite à l'esclavage sur les terres des espagnols.À la fin du XIXp siècle, avec la «réforme libérale», les indiens vont subir un recul important car les libéraux, désireux d'entrer en relation avec la puissante Angleterre et les États-Unis, lancent la production du café à grande échelle.Ayant besoin de nouvelles terres, ils n'hésiteront pas à s'emparer des terres indiennes sur les versants des montagnes, obligeant ceux-ci à recu- Lors de fêtes populaires au Guatemala, on voit de ces hautes marionnettes qui représentent les conquérants espagnols Voici ce qu'en dit le Chilam Balam, un des grands livres maya ■ Les (espagnols) très chrétiens arrivèrent ici avec le vrai Dieu Mais ce fut le début de notre misère, le début du tribut et de l'aumône, la cause qui a engendré la discorde occulte, le début des luttes avec des armes à feu.le début de la violence et des vols, le début de la mise en esclavage pour dettes, le début de la dispute continuelle, le début de la souffrance ■• 1er vers les hauts-plateaux, la «terre froide» comme ils l'appellent.Au début du XXe siècle, ce sera au tour de la United Fruit Co.à s'emparer d'un grand morceau du Guatemala pour la production de la banane.30 De l'esclavage sur la terre sacrée.C'est à partir de cette époque que va s'installer le système d'exploitation qui essentiellement est resté le même jusqu'à aujourd'hui.Les «fin-cas», ces grandes propriétés de la côte qui produisent café, canne-à-sucre, caoutchouc, banane, etc., destinés à l'exportation, n'emploient en permanence qu'un nombre restreint d'ouvriers.D'autre part, sur les hauts-plateaux surpeuplés, les indiens survivent de peine et de misère sur des parcelles de plus en plus petites où ils récoltent le maïs, le blé et les haricots.Au temps des récoltes sur les fincas, les indiens descendent par camions entiers à la côte, où ils s'emploient pour quelques mois, pour un misérable mais non moins indispensable salaire (actuellement environ 2,50$/jour, duquel on déduit le transport, les outils et même parfois la nourriture!).Toute tentative de s'organiser et de revendiquer de meilleures conditions de travail et de vie a, de tout temps, été réprimée dans le sang.Dans les hauts-plateaux, les indiens sont acculés à une réalité implacable: le manque de terre (actuellement, quelques 300 000 familles paysannes ne possèdent pas de terre).C'est pourquoi, ils se sont vus dans l'obligation d'émigrer vers la jungle qui couvre tout le nord du pays.Au prix d'efforts surhumains, éche- lonnés sur plusieurs décades, quelques communautés indiennes, en s'organisant en coopératives ont réussi à y défricher de nouvelles terres.Mais, surtout à partir des années '60, la découverte de pétrole dans cette région, et la présence de plusieurs minéraux importants (comme le nickel, exploité par une filiale de la compagnie canadienne INCO), plus le fait que les généraux au pouvoir sont avides de se transformer eux-mêmes en propriétaires terriens, seront des raisons suffisantes pour qu'encore une fois on chasse les indiens de leurs terres.Cette situation est à l'origine du massacre d'une centaine de paysans à Pan-zos, en 1978, et de beaucoup d'autres massacres depuis.D'autres familles indiennes émigre-ront vers les villes, peupler ces quartiers misérables qu'on appelle bidonville.Ils y deviennent la main-d'œuvre bon marché d'une industrie complètement dépendante, elle aussi d'investissements étrangers.Cette industrie se développe à partir des années '60, c'est une industrie secondaire, liée à la consommation (alimentation, produits chimiques, tabac.etc.) ou à l'exportation (assemblage de produits finis, fabrication de pièces.etc.), qui ne contribue qu'à rendre le Guatemala encore plus dépendant.à une guérilla qui leur ressemble Les revendications populaires vont se développer en réaction à ces situations intolérables.Entre 1944 31 Une manifestation du 1er mai au Guatemala Ici, même les formes d'organisation sont marquées par les valeurs des mayas Un exemple: mandaté par sa communauté pour appuyer les 75 000 paysans grévistes de la côte en février '80.Chon, un indien quiche, n'accepta pas d'effectuer des tâches autres que celles dont il avait le mandat II refit le voyage jusque chez lui et revint à la côte, porteur d'un nouveau mandat (G R ) participation de la population indienne à la guérilla est récente mais elle est massive: elle est le signe que les organisations révolutionnaires ont reconnu et intégré dans leur lutte les éléments culturels et les valeurs indigènes.La société juste que veulent construire les 4 organisations révolutionnaires sera aussi celle où on respecte la vie, où on refuse que certains s'approprient la terre, où chacun peut vivre debout; toutes choses auxquelles les Indiens du Guatemala aspirent depuis 450 ans.et 1954, deux gouvernements démocratiquement élus tentent de réaliser des réformes sociales.Le second, dirigé par Arbenz, instaure la réforme agraire mais sera renversé en 1954 par les militaires financés par les É.U.Depuis, toute tentative de changer la situation est écrasée dans le sang.En 1981, la répression fait 40 victimes par jour au Guatemala.La «guérilla» guatémaltèque s'est développée comme une réponse nécessaire, une défense vitale, contre la violence permanente que subit le peuple.En un mot, ils ont pris les armes pour défendre leur vie.La 32 Nous et la solidarité i Lucie Lebœuf Secouer l'accoutumance qui déculpabilise notre impuissance.Regarder, écouter ensemble, avec les yeux, les oreilles, le cœur.des enfants, des femmes, des vieux et des vieilles, des hommes emprisonnés, torturés, assassinés, et non.de l'assassin qui chaque jour envahit nos médias pour agiter le monstre communiste, parler de terroristes, de factions rivales, d'extrémistes, nous faire pleurer sur l'attentat du président Reagan pendant que les États-Unis orchestrent les massacres des populations d'Amérique centrale.Plus que s'émouvoir, se scandaliser pour que monte le cri de la révolte et le geste d'appui solidaire.Faire entendre, faire connaître le courage et l'Espérance de ces peuples qui luttent pour renverser de leur trône les puissants, les exploiteurs, les assassins.Comme l'écrivait un jeune homme sur le mur de sa prison en Amérique latine: «Ils pensent qu'ils vont me tuer, mais ce sont eux qui se suicident.Il faut crier au monde entier, il faut dire que pour chaque fleur écrasée, il y a des millions de semences qui germent.» (Caminando) Sortir de notre bonne conscience tranquille, se savoir interpellé collectivement comme peuple québécois dans un Canada qu'on nous impose.Ce Canada qui n'a rien du bon missionnaire qui vole au secours des pauvres.Le dossier qu'on est en train de lire ouvre les fenêtres sur ses intentions véritables, son silence complice.33 La solidarité, c'est le scandale du martyre de peuples entiers, reconnu, dénoncé à haute voix: • par un travail de contre-information dans notre quartier, nos organisations, nos divers groupes d'appartenance; • par un travail de pression sur les gouvernants d'ici pour qu'ils accueillent les réfugiés, reconnaissent les mouvements de libération, comme l'ont fait la France et le Mexique pour le FDR-FLMN comme force politique représentative et légitime au Salvador, et accroissent leur appui financier au Nicaragua; • par un travail de soutien aux luttes de ces peuples qui sont parmi nous à solliciter de toute urgence notre solidarité agissante.Un geste de solidarité Si tu veux te solidariser avec le peuple du Guatemala, envoie les 4 cartes postales ci-jointes.À l'occasion de Noël qui approche à grands pas, entends le cri qui te parvient du Guatemala.Un peuple, des hommes, des femmes, des enfants qui luttent pour la justice et la dignité marchent dans la nuit de la violence, de la torture, de l'assassinat, de la misère.Leur espérance c'est leur courage et ta solidarité.Aujourd'hui, ils t'appellent et te demandent d'agir avec eux.Noël, c'est le temps de s'ouvrir aux autres, et à Présence de vie, de paix et de justice qui veut faire son entrée dans le monde.Noël, c'est le temps de raviver l'espérance pour les malmenés de notre monde, et de répondre à la question: «Qu'as-tu fait de ton frère?» 34 Salvador Les étapes de l'organisation syndicale Entrevue avec Eugenio X, leader syndical de la Fédération salvadorienne FENASTRAS.Eugenio rappelle d'abord la législation des centrales syndicales en 1952, puis les premières grèves durement réprimées, suite auxquelles la classe ouvrière a vu la nécessité de s'organiser davantage.À partir de 1974 surtout, le mouvement ouvrier a commencé à mener des luttes plus combatives, avec le soutien d'organisations politiques.Grèves de rue Les premières grèves qu'on a faites pour obtenir des prestations sociales et économiques pour tous les travailleurs, ça été des grèves de rue.On bloquait les portes de l'usine jour et nuit; on mettait des cadenas et on veillait 24 heures par jour pour que personne n'entre dans l'usine.Ces grèves avaient pour but ultime de politiser la classe ouvrière puis de l'organiser au moyen de syndicats.Alors on organisait la grève de façon suivante: il y avait 5 comités.Un pour la cuisine et la nourriture, un pour l'usine et l'ennemi (la police et l'armée) pour empêcher qu'ils massacrent les travailleurs, un comité des finances, un autre pour la 35 propagande et les tracts et le dernier pour l'étude.Le comité d'étude était chargé de rassembler les travailleurs en groupes pour étudier et connaître le pourquoi et les objectifs de la grève.Ce n'était pas seulement pour obtenir des prestations économiques mais aussi pour qu'ils connaissent le caractère politique de l'État salvadorien et ses positions.Ça se passait en 1977.Chaque grève était analysée par les organisations politiques de la grève quant au rôle et à la situation de l'État.On l'analysait également parce qu'il fallait être au courant du besoin plus ou moins urgent que le patron avait de continuer la production.Comme ça, on avait une bonne idée de la capacité de résistance du patron.Finalement, on analysait la grève pour évaluer à quel point les ouvriers étaient prêts à la prendre en charge.Q.- Ce genre de grèves, était-il suscité par les centrales syndicales ?Non.Au début, chaque syndicat avait son point de vue politique, c'est-à-dire celui de l'organisation dont il était proche.Par exemple, la ligne du BPR (voir à la fin de l'article), la ligne du FAPU, celle de l'UDN ou des LP-28.Au début, ce sont surtout le BPR et le FAPU qui faisaient ce travail; et l'UDN aussi qui historiquement avait ce qu'il fallait pour cela.Il n'y avait donc pas de coordination des grèves: chaque fédération fonctionnait avec l'organisation politique dont elle était près.Q.-Et vous faisiez ces grèves pour obtenir des conventions collectives ?Non.Il n'y avait pas de convention.Les travailleurs faisaient la grève parce que les patrons refusaient un grand nombre de prestations pourtant incluses dans le code du travail.Alors, puisque les patrons violaient les lois du travail, on faisait la grève.Occupations Par la suite, les patrons ont commencé à massacrer les grévistes ou alors à faire durer les grèves durant des mois.On a compris que notre façon de faire la grève ne convenait plus à cause de la répression.On est donc passé à une deuxième phase: l'occupation des entreprises elles-mêmes et parfois aussi on prenait le patron en otage et on faisait la grève en dedans.De cette façon le patron couchait par terre comme nous autres.On n'était pas pour le laisser aller chez lui pendant que nous on restait dans l'usine.Les patrons ont alors connu de près les souffrances que nous vivions.On parvenait ainsi à résoudre les problèmes en une semaine seulement parce que le patron ne pouvait endurer ces conditions de vie plus longtemps parce qu'il ne pouvait communiquer avec personne.Il ne pouvait pas avertir la police.Il pouvait seulement avertir sa famille.On le laissait parler à sa famille par motif humanitaire.Alors sa famille venait lui porter de la nourriture, mais on refusait qu'elle lui 36 apporte de la bière ou de l'alcool.Le patron découvrait que ses ouvriers n'étaient pas des tortionnaires, qu'ils avaient du coeur et qu'ils savaient s'organiser.On arrivait à discuter avec lui et à lui expliquer notre grève.Il y en a qui comprenaient vite, d'autres qui allaient jusqu'à l'épuisement de leur colère avant de comprendre et de régler le conflit.De notre côté, on faisait une analyse de l'entreprise et on savait ce qu'elle pouvait nous donner et ce qu'elle ne pouvait pas nous donner.On demandait donc ce qu'il était juste de demander.C'est pas parce qu'on détenait le patron en otage qu'on allait abuser dans nos demandes! Ce genre de grève agissait beaucoup sur la conscience des ouvriers et sur leur sens de l'organisation.Tous comprenaient le pourquoi de leur action.Mais cette conscience des ouvriers ne se développait pas du jour au lendemain.Il y avait des résistances surtout dans les débuts de la grève.Par la suite, tous embarquaient et ne reculaient plus.Grèves de secteurs À nouveau, la police a trouvé d'autres moyens de répression.Elle s'est mise à déloger les ouvriers de façon violente -.Q.- Même lorsque vous aviez le patron ?- Oui, même quand on tenait le patron.On n'était pas pour le violenter parce que la police utilisait la force.On refusait de se venger sur le patron.On a donc dû trouver d'autres moyens de lutte.Et le nouveau moyen ça été la coordination des grèves par secteur d'entreprises, c'est-à-dire dans plusieurs usines d'un même secteur.Et cette coordination s'est réalisée au niveau des centrales syndicales et des différentes organisations politiques.Par exemple, le secteur du métal et de la mécanique: la grève commençait dans une usine le matin, se déplaçait dans une autre l'après-midi et ainsi de suite pendant plusieurs jours.Si les patrons ne résolvaient pas les problèmes, ils se retrouvaient avec une grève de secteur d'envergure nationale.Les patrons n'étaient pas bêtes! Si on ne fermait qu'une usine, ils rattrapaient leur production dans une autre.C'est pourquoi on a eu recours à la grève de secteur.Ainsi, la production était vraiment compromise et les patrons devaient négocier.Q- Et les ouvriers des autres usines étaient d'accord ?Évidemment, puisqu'on coordonnait la grève entre centrales et entre organisations politiques! Q- Le niveau de conscience était assez élevé pour que les ouvriers acceptent ?Sans aucun doute.Mais la police a aussitôt adapté ses méthodes.Elle s'est mise à massacrer les travailleurs.par secteur.3" Grève nationale C'est alors qu'on s'est mis à coordonner les grèves, non plus seulement par secteur mais au niveau national, c'est-à-dire au niveau de tout le pays, de toutes les organisations syndicales et de toutes les organisations politiques.À ce stade, ce n'était plus seulement de prestations économiques qu'il s'agissait mais également de revendications politiques.Libération des prisonniers politiques, indemnisations aux familles dont des membres avaient été assassinés, abrogation de la loi de l'ordre public.Tout cela s'est déroulé en 1978-79.Après avoir commencé ce type de lutte au niveau national, ce n'était plus aussi facile pour l'armée de massacrer les grévistes.L'économie nationale s'est mise à péricliter.Bon.Mais l'armée ne réprimait plus seulement les travailleurs au niveau de chaque usine, elle s'est mise à attaquer les sièges des centrales syndicales, en 1979, pour empêcher les travailleurs de coordonner leurs grèves au niveau national.Ils ne se contentaient pas seulement de mitrailler les centrales syndicales mais expulsaient également les personnes qui s'y trouvaient et on les retrouvait assassinées le lendemain.Non contents de ces assassinats, ils détruisaient littéralement les centrales à l'aide de bombes.On s'est retrouvé à ce moment avec un grand problème de sécurité.Comment maintenir la sécurité des travailleurs?Aujourd'hui, au Salvador, Des ouvriers occupent pacifiquement un édifice, comprenant une usine et une banque Leur banderolle dit Vive la prise en mains (par les ouvriers) pacifique1 il est impossible d'avoir un siège syndical légal.Ils sont clandestins, même si le gouvernement a un ministère du Travail pour faire croire au niveau international que les syndicats sont légaux au Salvador.Mais en fait, les syndicats sont semi-clandestins.Pourquoi?Parce que les sièges des centrales sont clandestins et le ministère du Travail légalise les syndicats en apparence seulement.Ce qui arrive, c'est que les dirigeants syndicaux sont persécutés et emprisonnés, torturés 38 et assassinés.Il y a eu plusieurs enlèvements par les bandes paramilitaires; alors les dirigeants ont fini par passer à la clandestinité.Devant tous ces faits, comme je disais tantôt, les centrales syndicales ont dû prendre des mesures, non seulement contre les patrons, mais aussi contre le gouvernement en portant de durs coups à l'économie du pays.Nous pensons que l'économie du pays n'est pas l'économie du peuple.C'est plutôt l'économie des 14 familles qui commandent le pouvoir politique et militaire.Ces mesures qu'on a prises, elles se résument en un mot: l'unité.Unité des organisations syndicales, politiques et militaires du peuple.Mais la répression qui s'est déchaînée contre nous n'est pas seulement celle qu'on a décrite tantôt.Il y a aussi la répression à l'aide des décrets.Les décrets n° 376, 296, 44, 507.Le n° 296 interdit la syndicali-sation des employés du secteur public et du secteur municipal.Q.Mais pourquoi les décrets, puisque le gouvernement vous réprime déjà physiquement ?Mais parce qu'on est en pays capitaliste! On avait obtenu la légalisation des syndicats devant la loi, alors le gouvernement pensait freiner les travailleurs en changeant la loi.Mais pour nous, ça ne change rien.Que nos syndicats soient reconnus ou non par la loi ne change rien à notre combativité.Le gouver- nement s'est trompé en pensant que ça allait nous arrêter.Mais en plus ils inventent des moyens de répression, plus on en invente d'autres pour lutter.Par exemple, le décret 376 rend illégal le syndicat des employés de l'électricité.Mais ceux-ci se sont organisés par leur centrales, la FENESTRAS.Ils ont forcé les patrons à négocier un ensemble de revendications économiques et à reconnaître publiquement les accords intervenus.Quant au décret 507 qui permet la militarisation des entreprises privées, il permet aussi de légaliser la torture et rend officielles les déclarations arrachées sous la torture.Le dernier instrument syndical qu'on s'est donné, c'est le C.U.S., le comité d'unité syndicale qui coordonne toutes les actions.Il regroupe neuf fédérations.Q.- Est-ce qu'il y en a d'autres qui ne sont pas dans le CUS ?Oui, il y a des centrales réactionnaires comme celles affiliées à la CLAT.Le C.U.S.représente 85% des travailleurs syndiqués, tandis que les autres centrales qui ne font pas partie du C.U.S.et qui font le jeu du gouvernement représentent 15% des travailleurs organisés.C'est le C.U.S.qui a coordonné,avec les organisations politiques, les grèves nationales de juin 80 et des 13-14-15 août et celle de janvier 1981 lorsqu'à été lancée la première phase de l'offensive finale.Le gouvernement disait que seulement 70% des travailleurs avaient participé à l'arrêt 39 On recherche les corps de dirigeants disparus de travail de juin 80, mais en fait ce sont tous les travailleurs à 100% qui ont fait l'arrêt de trois jours en juin.En août 1980, les trois jours d'arrêt de travail sont coordonnés avec des actions militaires; et en janvier 81 c'était la grève générale lancée par le FDR.Q.- Mais l'ordre de grève générale était répandu dans les syndicats seulement, alors les autres travailleurs, les 91% de non-syndiqués, comment ont-il su que la grève générale était lancée par le FDR ?Dans chaque quartier, il y avait des personnes chargées de préparer la population.Tout le monde savait que la grève devait être déclenchée prochainement.Seule la date exacte était inconnue mais les travailleurs non syndiqués étaient en faveur de la grève et voulaient l'appuyer.Une grève générale ça peut pas s'organiser seulement dans les syndicats.Il faut la préparer aussi quartier par quartier dans tout le pays et dans chaque centre de travail.Alors le gouvernement a fait une propagande énorme contre cette grève.Il menaçait tous les travailleurs en leur disant que s'ils manquaient ne serait-ce qu'une demi-journée de travail, les patrons auraient le droit de les renvoyer sans aucune prestation.Les journaux et la radio étaient remplis de ces menaces.En plus de ça, l'armée surveillait les centres de travail pour faire pression sur les travailleurs.Eh bien, en dépit de toute la répression et de toute cette propagande, la majorité des travailleurs a respecté l'appel à la grève générale.À la FENASTRAS, tous les syndiqués l'ont respectée.FENASTRAS: Fédération nationale des syndicats de travailleurs salvadoriens (prés du FA PU) FAPU: Front d'action populaire unifié LP-28: Ligues populaires du 28 février BPR: Bloc populaire révolutionnaire UDN: Union démocratique nationale FDR: Front démocratique révolutionnaire Entrevue publiée dans Chili-Québec information, n° 48.40 EL SALVADOR ' ELPUEBLO\ENCmgg; LE PEUPLE VAINCRA UN FIIM DE L'INSTITUT CINÉMATOGRAPHIQUE RÉVOLUTIONNAIRE DU SALVADOR 1 f/fk W*—k Comprenez alors, la pauvreté de mon pays.et ma douleur et l'angoisse de tous.Quand je dis: Pain! ils me disent: Tais-toi! et quand je dis: Liberté! ils me disent: Meurs! Mais je ne me tais pas et je ne meurs pas, je vis, et je lutte.Et cela rend tous ceux qui dirigent dans mon pays.Parce que si je vis.je lutte et si je lutte je contribue à l'aurore d'un nouveau jour.Et de cette manière nait la victoire même au creux des heures les plus amères.Otto René Castillo Poète guatémaltèque 41 Nicaragua Deux ans et demi un bilan Alain Ambrosi Faire un bilan de la révolution sandiniste deux ans et demi après la victoire contre Somoza, c'est d'abord, bien sûr, constater les immenses réalisations qu'a pu accomplir ce petit peuple d'Amérique centrale qui était sorti meurtri de la guerre et d'une longue dictature.Mais très vite, on arrive à se poser la question suivante: «Est-ce possible de bâtir une société socialiste d'un mode original quand on est un pays sous-développé d'Amérique centrale, au début des années '80, avec Reagan aux portes?» L'originalité du modèle sandiniste L'originalité du modèle sandiniste se résume essentiellement à deux choses: l'économie mixte et le pluralisme politique.L'économie mixte signifie qu'il existe à la fois un secteur public et un secteur privé capitaliste.Avec la nationalisation des terres de Somoza, l'État devient le plus gros entrepreneur du pays.La contribution du secteur public au produit intérieur brut est passée de 15% à 41% depuis 1977; elle se concentre surtout dans les mines, la construction et les services.Quant à l'entreprise privée, elle conserve le contrôle de 80% de la production agricole (surtout dans l'agriculture liée à l'exportation -, café, coton -source d'entrée de devises), de 75% de la production industrielle et de 70% du commerce intérieur.Pour contrebalancer, l'État a nationalisé le commerce extérieur et le système bancaire.Le pluralisme politique veut dire que les libertés d'expression et d'organisation existent et que toutes les formations politiques sont appelées à participer aux différentes instances du gouvernement.Les anciens partis de la bourgeoisie et les centrales qui leur sont liées retrouvent donc leur droit de parole et possè- 42 dent leurs propres organes d'information.Un troisième élément important est la place qui est faite aux organisations de masse, canaux privilégiés à travers lesquels la population peut s'exprimer.Les organisations regroupent les travailleurs des villes et des campagnes, les comités de quartier, les femmes, les jeunes et même les enfants et chacune d'elles aura un ou des représentants au Conseil d'État.Enfin, élément tout à fait original pour un gouvernement populaire et socialiste, il faut souligner que l'Église populaire a sa place au sein du gouvernement et dans la définition du nouveau projet de société, tout comme elle l'avait dans la lutte.Une fois Somoza battu, les intérêts différents se révèlent Par ses abus de pouvoir, Somoza s'était mis à dos même la bourgeoisie et l'avait pour ainsi dire «forcée» à entrer dans l'opposition.La junte de gouvernement de reconstruction nationale qui prend le pouvoir au lendemain de la victoire est donc composée à la fois de représentants du Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) et de la bourgeoisie.Au prix de négociation, les diverses tendances s'accordent sur un programme de reconstruction: dissolution de la garde nationale, charte des droits et libertés, nationalisation des biens de Somoza et implantation d'une réforme agraire.La junte détiendra le pouvoir exécutif et législatif et un Conseil d'État, Quelques-unes des réalisations sandinistes: la réforme agraire, la croisade d'alphabétisation, l'unification du système de santé.sorte de parlement, aura un pouvoir co-législatif.Très tôt cependant, les intérêts ne concordent plus.Le FSLN, anti-impéraliste et de tendance socialiste, va se faire le porte-parole des intérêts des travailleurs-euses face à l'entreprise privée et la bourgeoisie.Au départ, le partage des pouvoirs est assez égal.Il semble même avantager la bourgeoisie qui garde le contrôle de fait sur l'économie.De l'autre côté, le FSLN et ses alliés sont majoritaires au sein de la junte, qui concentre les vrais pouvoirs exécutif et législatif et ils ont, surtout, la confiance des masses.Très vite cependant, la bourgeoisie lance ses offensives.43 Au plan politique: participation, retrait, puis dénonciation La bourgeoisie a d'abord joué le jeu de la participation aux instances du gouvernement, mais en espérant forcer un retour à la «démocratie» libérale et parlementaire (députés, élections) qu'elle pourrait facilement contrôler.Sa première revendication fut donc la mise en fonction rapide du Conseil d'État qu'elle voyait comme une sorte de chambre des députés.À l'opposé, le Front sandi-niste mise sur une démocratie populaire; il dit que le peuple ne doit pas être dépossédé de sa victoire et qu'au contraire, il doit participer le plus possible à la conduite du pays.Sa stratégie consiste donc à former les organisations de masse (ce qui n'est pas facile pour un peuple qui, après Vi siècle de dictature, ne sait plus ce qu'est une organisation démocratique) et à en faire élire des représentants au Conseil d'État.La première bataille autour du conseil d'État est cependant gagnée par le FSLN qui fait reporter sa formation à mai 1980 et réussit à faire que la majorité des sièges aillent aux organisations de masse.Devant leur incapacité à contrôler le gouvernement, les représentants de la bourgeoisie prennent le parti de se retirer, d'abord de la junte, puis du Conseil d'État.Malgré les nombreuses invitations du Front sandiniste, elle refuse de participer, espérant ainsi faire la preuve que le pluralisme n'existe pas et que l'État ne représente plus que le FSLN «totalitaire» et ses organisations.Au plan économique: décapitalisation et déstabilisation Pour rattraper un peu ses déboires politiques, la bourgeoisie va profiter de l'avantage qu'elle a sur le terrain de l'économie pour tenter de déstabiliser le régime.Elle a d'abord grassement profité des crédits de l'État pour remettre en marche ses industries qui ont atteint très vite des taux de profit que la politique de Somoza ne leur avait pas permis dans les dernières années.Ensuite, elle s'est mise à pratiquer la «décapitalisation» de l'économie; à ne pas réinvestir la majorité des profits.Par des fraudes, du non-renouvellement de machinerie, du sabotage, du mauvais entretien de cultures, elle arrive à paralyser certains secteurs.Cette situation a obligé le FSLN à radicaliser le processus: la réforme agraire est étendue aux terres abandonnées ou mal cultivées; de nouvelles nationalisations d'industries sont décidées.Parce que l'administration de l'État ne possède pas tous les mécanismes pour contrôler et sanctionner les fraudes, ce sont souvent les ouvriers eux-mêmes qui dénoncent les patrons et défendent leurs outils de travail contre le sabotage, à travers les comités d'entreprise et les syndicats.Le sabotage à l'intérieur, allié à la crise économique internationale, 44 19 |uillet 1980 des délégations de toutes les organisations de masse du pays se rendent à Managua pour fêter le 1e' anniversaire de la révolution Mais sa révolution, le peuple du Nicaragua sait qu'il doit la défendre -Le 4 octobre 1981, l'état d'alerte a été décrété Quartier par quartier, on a organise la surveillance de 6h de l'apres-midi à 6h du matin En une semaine, on a réussi à identifier et à démanteler 4 groupes contre-révolutionnaires (exsomozistes) infiltrés dans le pays par le nord (Olga, du Nicaragua) place le pays et le FSLN dans une situation économique difficile.Malgré toutes les mesures entreprises pour s'auto-suffïre (au plan agricole surtout), le Nicaragua demeure un pays dépendant.L'énorme difficulté de faire entrer des devises va se traduire sur le plan intérieur par un appel à l'austérité.Les travailleurs, même s'ils bénéficient encore du salaire social (éducation, santé gratuite, prix des denrées de base et du transport fixes) vont également être touchés.La dernière loi d'urgence économique, en août cette année, demande une plus grande productivité et interdit le droit de grève.Cette dernière mesure, même si elle est discutable dans cette période critique que vit le pays, a réveillé le mécontentement de l'opposition de gauche du FSLN, qui s'était tue depuis le début de 1980.Les membres de la Centrale d'Action pour l'Unification Syndicale (CAUS), liée au parti communiste d'extrême-gauche, demandent une radicalisa-tion plus rapide du processus.Ils jugent que les mesures d'austérité touchent plus les travailleurs que la bourgeoisie et trouvent que les nouvelles nationalisations n'affectent pas les secteurs clés de l'économie.Au début du mois d'octobre, le FSLN faisait arrêter en même temps des militants du CAUS et des membres du COSEP (Conseil supérieur de l'entreprise privée), ce qui prouve la mince marge de manœuvres dont il dispose pour la réalisation de son projet pluraliste.Au plan idéologique: dénigrement systématique Au fur et à mesure qu'elle voit lui échapper le pouvoir politique, la bourgeoisie va enclencher une campagne systématique de dénigrement du Front, dont les thèmes sont: le «totalitarisme marxiste», «le communisme athée» et le «manque de liberté».La liberté d'expression existe pourtant et la bourgeoisie va l'utiliser au maximum pour salir le Front, par le biais surtout du journal «la Prensa» et de deux radios importantes.Le FSLN sait que cette liberté est essentielle au pluralisme et il va tout faire pour la maintenir le plus possible, tout en essayant par différents moyens de contenir les trop virulentes attaques de la droite.On doit noter enfin qu'une des batailles importantes gagnée par le FSLN sur le terrain idéologique a été la Croisade d'Alphabétisation.La portée de cette croisade dépasse très largement la réussite technique et pédagogique qui a ramené, l'analphabétisme de 51% à 13%.Pour les centaines de milliers de personnes touchées par cette croisade dans les coins les plus reculés du pays, c'était la preuve visible de ce que pouvait faire le sandinisme en action.Au plan militaire: tentatives de déstabilisation armée A partir du moment où elle entrait en opposition ouverte au FSLN, la bourgeoisie allait aussi avoir recours aux moyens armés.Plusieurs petits groupes armés ont été démantelés au cours de la première année mais c'est surtout à partir de l'automne 80 que les tentatives de «déstablisation» armée de la bourgeoisie sont mises à jour.Il devient évident qu'elles sont liées à la contre-révolution des ex-somonistes (au nombre de 6 000) basés au Honduras.Soutenues par les Américains, ces actions réussissent bien sûr à mettre des bâtons dans les roues du processus révolutionnaire, mais au plan militaire le Front sandiniste a conservé l'avantage gagné dans la lutte: il contrôle l'armée et a l'appui actif de la population.C'est lui qui a organisé et dirige l'Armée Populaire Sandiniste et la Police Sandiniste.C'est aussi lui qui, dès mars 80, a appelé à la formation des milices populaires (300 000 volontaires), une formidable arrière-garde armée, organisée et entraînée dans chaque quartier et sur chaque lieu de travail.La voie étroite du sandinisme Et, derrière tout ça, les Américains mettent en oeuvre des pratiques qui complètent admirablement bien celles de la bourgeoisie nicaraguayenne (voir l'intervention américaine.des phénomènes inquiétants, en première partie).Face à ces pressions intérieures et extérieures, le FSLN cherche à susciter le maximum d'appuis sur la scène internationale.Il a bien sûr le peuple derrière lui.Mais il semble qu'actuellement, les pressions veulent amener le Front à se radicaliser, pour pouvoir l'identifier au communisme et le combattre comme tel.Les récentes arrestations tant de militants du CAUS (extrême-gauche) que de dirigeants du COSEP (bourgeoisie), tous opposés aux mesures d'urgence économique, montrent bien que la marge de manœuvre du pluralisme politique et de la mixité de l'économie, les deux bases du sandinisme, se fait chaque jour plus étroite.Le FSLN devra choisir et sa façon d'agir jusqu'ici fait espérer qu'il choisira le peuple.48 L'Eglise des catacombes Une foi qui fait prendre les armes Edouard Morin, p.m.é.Le peuple du Guatemala est engagé dans un processus de libération.Ce désir de libération, il le puise aux sources mêmes de son histoire et de sa foi.À l'origine: le peuple maya Le peuple du Guatemala est composé à 65% d'indigènes descendants de la riche et mystérieuse culture maya.Le reste de la population est composé de métis, issus du mélange entre blancs et indigènes, et de blancs descendants des Européens qui ont émigré au Guatemala à partir du milieu du siècle dernier.Lorsqu'on parle du peuple Guatémaltèque on se réfère donc d'abord et avant tout au fier peuple maya.Il résiste depuis quatre siècles et demi au conquérant espagnol et à l'oppresseur d'aujourd'hui étranger à sa vie, à ses traditions et à son histoire.Le peuple indigène a su préserver intacte son identité culturelle, sa cohésion et son sentiment d'appartenance à une race millénaire.Peuple de paix, il se souvient du temps passé de ses ancêtres où il y avait abondance et partage équitable de ce qu'il produisait en communauté de bien.Peuple lié à son histoire, il a su conserver les langues parlées de ses ancêtres.Il a su perpétuer son esprit artistique en produisant ses costumes typiques plein de couleurs portés tant par l'homme que par la femme indigène.48 Il s'agit d'un peuple très religieux et contemplatif.Pour lui tout l'univers a du sens.Il se sent en profonde communion tant avec la terre, avec Dieu qu'avec les hommes.Il se veut en communion avec la terre qui lui donne la nourriture nécessaire à sa subsistance, avec Dieu qui l'habite et à qui il manifeste respect et gratitude, avec les hommes, ses frères et sœurs de sang avec qui il partage en communauté et en toute gratuité ce qu'il est et possède.Défendre la vie est un devoir sacré Les Mayas ont un sens profond de la vie qu'elle soit végétale, animale ou humaine.Ils respectent le grain de maïs tombé sur le chemin.Ils vont le ramasser parce qu'il est germe de vie.Ils vont même parler du «saint maïs» parce qu'il est le pain quotidien qui conserve la vie de leur famille et de la communauté Ils vont demander pardon à Dieu pour la vie qu'ils détruisent s'ils doivent sacrifier quelques cotons rachitiques.Le respect de la vie de l'homme, son frère ou sœur de sang est profondément enraciné dans son histoire.Il faut voir avec quel soin, ils entourent les personnes âgées et les enfants.Pour le peuple Maya, tout ce qui mutile ou détruit la vie est une cassure de son histoire, un blasphème et une profanation dans sa vie de croyant.Défendre la vie de ses frères et sœurs devient un devoir sacré qui la remet à nouveau en communion avec la terre, Dieu et ses frères.Respecter la vie c'est prendre les armes pour la défendre Il y a au Guatemala des forces qui oppriment le peuple, qui l'empêchent de satisfaire ses besoins vitaux comme de se nourrir, se loger, de partager et de s'aimer.La vie du peuple est détruite.Prendre les armes pour défendre la vie non seule ment n'est pas un problème moral, mais c'est au contraire une nécessité.Ne pas défendre la vie menacée, c'est s'éloigner du Dieu de vie.Défendre la vie, c'est de nouveau communier avec le Créateur.Ainsi, quand les paysans indigènes de nos communautés venaient nous saluer avant de «monter dans la montagne» - c'est-à-dire joindre l'armée révolutionnaire - ils ne venaient pas nous demander si cela était bien ou non.Il s'agissait pour eux d'une question de survie collective.Il y a fort longtemps que le peuple maya s'est rendu compte que la vie démocratique lui était fermée.Cette conviction repose sur des milliers d'assassinats politiques de ses dirigeants des partis politiques d'opposition, des syndicats, des organisations paysannes, indigènes et étudiantes.Dans les hauts plateaux du Guatemala, il n'y a plus de jeunes paysans dans les villages.Us sont tous «montés dans la montagne» parce 49 NACLA qu'ils n'avaient plus le choix.Dans leurs villages, ils risquaient d'être assassinés ou ramassés par «l'armée des riches», comme ils disent, et forcés de tuer leurs frères.L'histoire du Salut: leur histoire Lorsque les paysans du Guatemala lisent la Bible, ils y découvrent leur propre histoire, leur propre oppression, leur libération possible annoncée et voulue par Dieu lui-même.La Bible devient un livre subversif.Il ne faut pas se surprendre, alors, que les évêques argentins aient publié le texte du Magnificat lors du congrès mariai du 8 au 12 octobre 1980 en omettant consciemment le verset: «Il renverse les puissants de leur trônes, il élève les humbles»1 II n'est pas surprenant non plus qu'en ce moment le gouvernement de Lucas Garcia au Guatemala ait déclencher une persécution féroce contre les catéchètes ou délégués de la Parole de Dieu.Quand on découvre une bible, on procède non seulement à l'assassinat du catéchète, mais aussi au massacre de tous les membres de sa famille.La libération du peuple de Dieu: une garantie Quand les paysans indigènes du Guatemala se réunissent dans la clandestinité pour lire et méditer le livre de l'Exode, ils découvrent l'oppression du peuple en Egypte (Ex 2, 23), sa prise de conscience, ses efforts d'unité et d'organisation, la présence du Dieu de vie dans la préparation de la libération, la Pâ-que célébrée (Ex 12, 1-28).C'est leur histoire à eux maintenant au Guatemala avec ce qu'elle contient d'immédiat et de promesse.Le cri des prophètes contre les oppresseurs, les gouvernants tricheurs, les juges fourbes, les militaires assassins (Am 5, 11-13), c'est leur cri.Leur espoir grandit quand ils saisissent toute l'ampleur de la promesse faite aux opprimés de la terre par Dieu lui-même: un jour «ils habiteront les maisons qu'ils auront construites» (Is 65, 21-22), et «ils mangeront le blé qu'ils auront semé» (Is 62, 8-9) et «ils habiteront 50 une terre nouvelle» (Is 65, 17).Ces pauvres de Yahvé, ces hommes et ces femmes de Dieu, ces prophètes de l'Amérique latine prennent conscience que la violation de tous leurs droits vitaux est une atteinte grave au Dieu vivant qui s'est révélé à Moïse et aux prophètes.Avec un tel Dieu présent dans leur histoire, ils sont convaincus que la grande libération réussie de l'Exode est une garantie de leur propre libération.Leur vie devient alors un engagement militant pour faire cesser à tout jamais les clameurs de ce peuple en agonie.L'option radicale de Jésus Leur référence habituelle comme chrétiens c'est d'abord la radicalité de l'option de Jésus pour les pauvres, c'est le jugement prophétique que Dieu proclame aujourd'hui, c'est l'appel urgent à construire radicalement le règne de Dieu.Cette bonne nouvelle de Jésus-Christ devient ainsi la force de l'homme et de la femme indigène dans leur lutte de libération.En temps de répression et de persécution, ce sont les récits de Pierre et de Paul sur les premiers chrétiens, leur clandestinité, leur emprisonnement, leurs tortures qui alimentent l'espérance du peuple opprimé: «Frères, le péril que nous avons connu en Asie nous a accablé à l'extrême, au-delà de nos forces, au point que nous désespérions de la vie.Oui, nous avions reçu en nous-même notre arrêt de mort.Ainsi, notre confiance ne pouvait plus se fonder sur nous-mêmes mais sur Dieu qui ressuscite les morts .en lui nous avons mis notre espérance» (2 Co 1, 8-10).C'est le chant des Béatitudes qui s'élève des communautés chrétiennes lors de la mort d'un des leurs: «Heureux les persécutés pour la justice.».Dans la célébration communautaire de la Pâque du juste torturé, mutilé, sans vie, ils identifient les coupables: «Malheureux, vous les riches.».Le grand cri prophétique du livre de l'Apocalypse vient redonner l'espoir à ces hommes et à ces femmes qui ont vu et entendu le martyre de «ceux qui ont été immolés à cause de la parole de Dieu et du témoignage qu'ils ont porté» (Ap 6, 9).Ils sont des milliers, debout, en attente du jugement de Dieu, dans la lutte lente, persévérante, victorieuse, de tout un peuple qui verra bientôt s'accomplir chez lui l'action libératrice du Dieu de l'Exode.i Études, août-sept.81 Au Guatemala L'Eglise de la clandestinité Edouard Morin, p.m.é.Lorsque Mgr Juan Gerardi, président de la conférence épiscopale du Guatemala et évêque du diocèse du Quiche décida, en juillet '80, de se retirer de cette région du pays avec-tous les agents de pastorale à cause des menaces de mort qui pesaient sur lui et sur tous ses collaborateurs, une nouvelle Église venait de naître: l'Église clandestine des catacombes guatémaltèques.Elle s'était nourrie d'un désir ardent de s'incarner dans le peuple indigène et pauvre, paysan et ouvrier pour se laisser évangéliser.Résolument du côté des pauvres petites communautés de base dans les groupes les plus éloignés de la société guatémaltèque.Dans sa recherche et sa réflexion, elle avait su accueillir la contribution de personnes et de groupes mieux équipés sur le plan analyse et, déjà consciente de la souffrance et du calvaire enduré par le peuple pauvre, elle découvrit les mécanismes et les causes de la répression institutionnalisée.Dans son rôle prophétique, elle avait poussé l'audace jusqu'à dénoncer les injustices commises, identifier les coupables de l'oppression et de la répression et annoncer la nécessité historique d'un changement libérateur.Elle avait promu une pastorale de participation et de formation des 52 Née des clameurs du peuple et de l'évangile lu à partir des pauvres, cette Église populaire ne s'est pas retenue à mi-chemin, là où d'autres arrêtent lorsque apparaissent le conflit, le risque et le danger.Elle a opté clairement pour appuyer les organisations populaires et s'y insérer.D'autre part, la hiérarchie dans son ensemble continua de proposer des modèles traditionnels d'être Église et recommanda la «neutralité» et le dialogue dans le conflit national.Elle se déclara anti-communiste, utilisa le langage ambigu qui condamne la violence «d'où qu'elle vienne» et s'abstint de signaler le fait évident que le véritable conflit au Guatemala est confronta- tion d'un gouvernement corrompu et génocide contre des pauvres massacrés sans pitié.Malgré l'isolement et la répression.Il n'en fallait pas tant pour que les forces répressives profitent au maximum de cette « neutralité » et mettent en application leur stratégie d'isoler l'Église populaire à l'intérieur même de l'Église et du reste du peuple chrétien.Cette stratégie comportait deux étapes: l'une de dénonciation et l'autre de répression directe.La première avait pour but de préparer psychologiquement et idéo-logiquement la répression directe. On dénonça publiquement comme communistes des évêques tels que Mgr Flores de Verapaz, Mgr Gerar-di du Quiche et Mgr Rios Montt d'Escuintla.On accusa des prêtres, des communautés religieuses comme les Jésuites, de pervertir l'esprit des jeunes, de corrompre la doctrine catholique et de collaborer avec le communisme international.On attaqua avec virulence le comité Justice et Paix, l'accusant d'être manipulé par des groupes marxistes.Devant ces attaques répétées, l'Église hiérarchique resta silencieuse et se contenta à l'occasion de déclarations timides qui manifestaient clairement le doute et la désolidari-sation envers l'option prise par les personnes attaquées.On passa alors à la deuxième étape.On publia la liste des gens d'Église à abattre et on exécuta le plan avec le résultat qu'en octobre '81 on comptait 12 prêtres et 2 missionnaires laïques assassinés dont 8 depuis janvier '81.On ne compte plus les centaines de catéchètes des communautés de base qui ont connu le même sort dans tout le pays. partir de juillet et août '81, l'Église hiérarchique élève la voix pour condamner la persécution dont elle est l'objet à la suite de la menace gouvernementale de contrôler toutes les écoles catholiques du Guatemala.Mais n'est-il pas trop tard pour parler maintenant?.une Église qui est signe d'espérance Ce qui apparaît certain, c'est que l'Église populaire n'attend plus les déclarations de la Conférence épis-copale dans son ensemble.Elle s'est organisée dans les catacombes du Guatemala.Accompagné et orienté par ses agents pastoraux, quelques évêques, prêtres et religieuses condamnés à mort et vivant dans la clandestinité, le peuple chrétien continue à vivre et célébrer sa foi en Jésus-Christ.Ils se réunissent la nuit dans les montagnes du Guatemala ou dans quelques maisons des grandes villes pour lire les Béatitudes, les récits de l'Église persécutée de Rome, et le chant d'espoir de l'Apocalypse.Ils partagent entre eux l'Eucharistie, le saint viatique subversif du pain partagé entre tous, qu'ils sont allés chercher chez un «apôtre» et qu'ils ont caché dans un sac de maïs ou dans quelques fruits rapportés à leur famille.Des catacombes du Guatemala, une Église est née, vibrante de foi, forte d'humanité communiée et porteuse d'une espérance libératrice.54 événements ouvriers Le colloque international des travailleurs de l'Alcan Jean Forest Situé dans le contexte d'aggravation de la crise économique actuelle, laquelle est créée de toutes pièces par les multinationales pour restructurer le capitalisme à l'échelle de la planète, le colloque qu'ont tenu à Montréal, il y a à peine un mois, les travailleurs syndiqués de l'Alcan venus de huit pays prend toute son importance et mérite que l'on s'arrête à ses acquis et aux recommandations auxquelles il a donné lieu.C'est à l'initiative de la CSN et notamment de l'ancien président de la Fédération de la métallurgie, mines et produits chimiques, Sylvio Gagnon, que l'on doit ce colloque qui fut, du même coup, une première mondiale au plan syndical puisque les participants, tous travailleurs de l'Alcan, n'appartenaient toutefois pas à une même structure syndicale au plan international.Affiliés à une organisation regroupant des travailleurs des pays industrialisés ou encore à une organisation reliée aux pays de l'Est, les participants venaient de la Jamaïque, du Mexique, de la France, de la Belgique, de l'Espagne, de la Guinée, des Indes, du Canada et du Québec.Les délégués représentaient au total 19 000 des 67 000 travail- 55 La nouvelle usine délectrolyse Grande-Baie d'Alcan, au Québec, atteindra une capac production de 57 000 tonnes vers la mi-1981 et de 171 000 tonnes d'ici la fin de 1982 leurs de l'Alcan à travers le monde et venaient des différents secteurs de la production: extraction de la bauxite, raffinage de l'alumine, élec-trolyse, transformation.Le colloque qui s'est tenu entre le 5 et le 9 octobre avait pour objectifs de permettre un échange entre travailleurs, afin de mieux se connaître, de mieux connaître l'Alcan et de mieux s'organiser.Le document de base était donc une étude de l'histoire de cette compagnie, de ses stratégies diverses à travers le temps et de sa situation aujourd'hui.Une étude fort intéressante, il faut le dire, préparée en collaboration par Robert Pilon et le service de la recherche de la CSN et sur laquelle les participants se sont penchés avec beaucoup d'attention le premier jour du colloque.Au point que l'un d'eux a pu dire: «Ça fait quinze ans que je travaille pour l'Alcan et c'est ici que j'apprends ce que fait cette compagnie».Une multinationale canadienne Fondée peu avant le tournant du siècle, l'Aluminium Co.of America (Alcoa) implante une première usine au Canada en 1901 par le biais de sa filiale, la Northern Aluminium Co.C'est la disponibilité et le coût peu élevé de l'électricité qui sont à l'origine de cette implantation à Shawinigan, faisant ainsi du Canada le premier producteur mondial d'aluminium.En 1925, la Northern devient l'Alcan et s'installe à Arvi- 56 da et Port-Alfred puis, en 1928, l'Alcoa se scinde en deux pour échapper aux lois anti-trust des USA et cède le contrôle de ses filiales à l'Alcan.Vint la crise des années '30 et la chute du chiffre d'affaires de l'Alcan: de 30$ millions en 1929 à 14$ millions en 1933.Puis la guerre qui relance la compagnie dans une croissance vertigineuse: entre 1936 et 1943, les actifs sont multipliés par 6, les ventes par 9 et les profits par 24 pour atteindre respectivement 528$ millions, 290$ millions et 96$ millions.De 1945 à 1956, ce sont la guerre de Corée et le boom économique qui vont amener la compagnie à prendre une très grande expansion: nouvelles centrales et accroissement de la capacité de production au Québec; nouvelle usine à Kitimat en Colombie-Britannique; nouvelles mines en Guyane, en Guinée et en Jamaïque.Entre 1956 et 1970, l'industrie vit une importante crise mondiale et Alcan en profite pour se lancer dans la transformation de son image par une expansion à l'étranger et le ralentissement de son développement ici au pays.À noter que c'est en 1957 que les travailleurs québécois de l'Alcan ont obtenu la parité salariale à la suite de plusieurs grèves.La décennie '70 amène la crise de l'énergie et l'Alcan réduit ses activités ou se retire des pays où l'énergie est trop chère (Japon par exemple) et rapplique au Canada où l'électri- cité est abondante et peu coûteuse.L'approvisionnement en matières premières (bauxite) cause aussi des difficultés et c'est ainsi que dans les pays les plus nationalistes ou susceptibles de l'être, les projets seront réalisés conjointement avec des sociétés d'état et des groupes nationaux privés.Aujourd'hui l'Alcan se situe en tête de file des six multinationales de l'aluminium.Elle opère dans plus de 30 pays et déclare un chiffre d'affaires de 6$ milliards et des profits de plus de 600$ millions (en $ canadiens) avec un taux de 25%.Elle emploie 20 000 personnes au Canada et 67 000 dans le monde.L'instabilité politique dans le tiers monde et le nationalisme économique amènent l'Alcan à se relocaliser en ce début de la décennie '80 et ce sont le Canada et l'Australie qui sont favorisés pour cette opération dont les enjeux sont immenses.Elle termine présentement à Grande-Baie, ici au Québec, l'implantation d'une usine qui portera la capacité de production de l'Alcan au Canada à plus de 60 de la capacité totale de la compagnie.Actuellement, les employés de l'usine de Grande-Baie ne sont pas syndiqués et la compagnie multiplie les techniques de sélection du personnel et les tactiques de relations de travail pour éviter la syndicalisation.S'informer c'est agir Après une prise de conscience de l'importance des activités de l'Alcan 57 au Canada et dans le monde (dont on n'a ici qu'un bref résumé) les participants ont échangé longuement sur leurs conditions respectives de vie et de travail et de salaire pour en arriver aux conclusions suivantes: • il faut continuer à briser l'isolement puisqu'on a un même patron colossal qui n'a qu'un but: agrandir le champ de ses intérêts financiers; • il faudrait arriver à étudier plus profondément les conditions de travail un peu partout pour établir par des conventions collectives des conditions équivalentes dans le monde; • l'échange de nos expériences montre que seules les luttes longues et difficiles peuvent améliorer les conditions des travailleurs où qu'ils soient; • c'est par la circulation de l'information qu'on va construire la solidarité internationale; • il y a une brèche qui vient de se faire et la compagnie ne pourra sûrement pas continuer à nous raconter des histoires.Se parler d'une usine à l'autre, ça va sûrement changer des choses.Vers la solidarité internationale Après une tournée d'une journée et demie des usines de Shawinigan et du Saguenay et des contacts amicaux avec des travailleurs québécois, les participants se sont penchés sur les suites à donner à ce colloque.Les recommandations ont été axées autour d'échanges d'informations et d'actions solidaires.De façon unanime les participants se sont engagés à diffuser largement la somme des informations recueillies à ce colloque mais aussi à insister auprès de leurs organisations respectives sur l'importance de poursuivre la cueillette et l'échange d'informations de tous genres touchant leurs conditions de travail et de vie.Pour y parvenir, ils ont convenu de nommer une ou des personnes responsables de cette tâche dans chacun de leurs syndicats.Au plan de l'action, ils ont choisi de soumettre à leurs organisations un projet de création d'un comité ad hoc qui aura pour tâche prioritaire de préparer une prochaine rencontre du même genre.De plus, tous ont exprimé leur volonté de parvenir à synchroniser des actions communes au niveau international et possiblement à l'occasion du 80 anniversaire de la multinationale.Il n'y a pas de doute que ces travailleurs sont repartis dans leurs usines mieux équipés pour informer leurs camarades des réalités globales de leur employeur unique, l'Al-can, et aussi davantage conscients du rôle de l'information comme outil d'action et de solidarité.Leurs recommandations en témoignent de façon éloquente.Un tel colloque a fait avancer, une fois de plus, la solidarité internationale et il a fait grandir la force des travailleurs du monde entier face aux multinationales.C'est beaucoup.m r,H brèves nouvelles Le deuxième Sommet Populaire de Montréal s'en vient En 1980, des groupes populaires et syndicaux avaient développé des liens plus étroits par le biais du Sommet populaire I, (voir n° 145 de Vie Ouvrière).Actuellement, un deuxième Sommet populaire est en marche, qui se tiendra les 2, 3 et 4 avril prochain à Montréal Jusqu'ici, des représentantes de 62 organisations populaires et de centrales syndicales ont travaillé à l'élaboration de plate-formes de revendication sur neuf fronts de lutte (droit au travail, santé, éducation et loisirs, garderies, environnement, logement et aménagement urbain, transport, consommation, information et culture) En ce moment, une très importante campagne de débats se déroule à la base des organisations populaires et syndicales: il s'agit de discuter, modifier, compléter les plate-formes de revendications et de débattre d'une proposition qui viserait à créer une structure permanente de concertation syndicale et populaire.Le fruit de ces discussions à la base alimentera le Sommet populaire d avril '82.Pour rejoindre l'organisation du Sommet populaire II: 598-2017 Les armes, ce n est pas un cadeau Chaque année, des centaines de milliards de dollars sont détournés pour servir à des fins militaires Chaque année, des milliers d'êtres humains meurent sous la torture ou les balles des dictatures militaires Chaque année, des milliers d'êtres humains meurent dans des guerres entre pays.Ces raisons justifient amplement que l'AQOCI (Association québécoise des organismes de coopération internationale) organise pour une deuxième année consécutive, une campagne d'information sur la militarisation croissante des sociétés et le sous-développement qui en découle.Cette année encore, à l'occasion de Noël.I AQOCI organise une campagne contre les jouets militaires.Un jouet militaire, c'est une copie d'une arme, c'est une façon de voir la vie c'est une industrie culturelle payante.Le jouet militaire, c'est une arme puissante Est-ce vraiment un cadeau?On peut se procurer les posters de la campagne de l'AQOCI en s'adressant au 115 boulevard Gouin est, suite 200.Montréal.Québec, H2C 1B3. Des ressources alternatives pour les jeunes Vous avez peut-être su par les médias que le Bureau de consultation - jeunesse (BCJ) organisait récemment une campagne dont le but est de faire connaître son analyse des problèmes des jeunes, ses différents dossiers et les ressources qu'il propose Le BCJ favorise une optique de prévention, une vision globale sociale des problèmes de la jeunesse Les programmes offerts sont rattachés au vécu des jeunes dans les lieux ou les quartiers où ils passent et l'orientation de plusieurs services est nouvelle et intéressante: une clinique-sexualité, un programme de travaux communautaires (qui évite au jeune auteur d'un délit de se retrouver automatiquement dans un centre d'accueil), des sessions de formation pour les parents, des services d'hébergement et de recherche d'emploi.Pour rejoindre le BCJ: 844-1737 Les prix disparaissent sur les produits Vous avez sûrement remarqué, en allant faire votre épicerie, que plusieurs aliments avaient une étiquette rayée en noir et blanc sur leurs contenants.C'est le code universel des produits.Cela signifie que l'on commence à utiliser l'ordinateur pour enregistrer les prix à la caisse Les conséquences se font sentir sur les consommateurs et sur les travailleurs La disparition des prix entraînera une diminution de la conscience des prix chez le consommateur et l'impossibilité de vérifier le coût des produits Cette technologie fera perdre aux employés de commerce une quantité d'emplois C'est pourquoi la Fédération nationale des associations de consommateurs du Québec, ainsi que l'Union des employés de commerce demandent que nous dénoncions la disparition des prix sur les produits Vie Ouvrière en librairie Depuis un an, la revue Vie Ouvrière est vendue dans un certain nombre de librairies et de tabagies.Elle est distribuée par l'agence Diffusion Parallèle, 1667 rue Amherst, Montréal, (tél.521-0335).Exigez-la de votre libraire S'il ne la connaît pas, il peut l'obtenir de Diffusion Parallèle.60 Une assemblée mondiale d'étudiants chrétiens progressistes Entre le 9 et le 19 novembre dernier avait lieu le lancement officiel du projet d'Assemblée mondiale JE CI.(Jeunesse étudiante catholique internationale) -Ml E C (Mouvement international des étudiants catholiques) La rencontre aura lieu en août prochain et rassemblera pendant 3 semaines environ 300 dirigeants étudiants de plus de 88 pays du monde.Qui sont ces étudiants7 Eh bien ce sont des militants qui luttent pour une transformation de l'école, en solidarité avec les pauvres, qui confrontent leur pratique et leur foi au sein d'équipes de révision de vie.Ici, la J.E.C.et le M.E.C.Q., membres de ces mouvements, ont la responsabilité de l'organisation concrète de l'Assemblée.Le thème de la session sera, les étudiants solidaires du peuple, vers une Église des pauvres Les délégué(e)s cherchent à approfondir leur option fondamentale pour les pauvres en se penchant particulièrement sur le rôle de l'école dans la société, sur la condition étudiante, sur les besoins des milieux populaires.Une telle rencontre fera inévitablement avancer l'Église populaire en milieu étudiant, et en général L'on pourra entre autre se demander comment vivre cette Église populaire en milieu scolaire Pour information, dons (la session coûte très cher) etc.525-5023 dean rr/i ercier AVOCAT ET CONSEILLER JURIDIQUE BUR : 2194 EST.RUE SHERBROOKE.SUITE 220 Montréal.Que.H2K 1C7 527-481B Bienvenue aux annonceurs ■ ; LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES 1255 RUE BERRI, MONTRÉAL PQ.H2L 4C6 Table de Tannée Le premier chillre indique le dossier et le second chiffre indique la page Ambrosi, Alain Nicaragua: deux ans et demi après, un bilan .158-42 Bakvis.Peter Con|oncture dans l'électro-ménager .154-23 Barrette, Jacqueline La môman .152-06 Beauregard, Sylvie Une coopérative d'habitation, et quoi encore .153-18 Blanchette, Paul-Y.Quand des travailleurs rêvent d'une Église.153-60 Boivin, Pierrette Madame prend congé .152-46 La vie dans une communauté de base .157-58 Boutin, Violaine Des femmes veulent une garderie .152-35 Charland, Paul-Émile Quand les industries émigrent dans les foyers .151-03 L'idéologie futuriste d'Alvin Toffler .152-52 Les ouvriers polonais sont notre espoir .152-56 Le logement bien essentiel ou valeur marchande7 .153-02 Autopsie d'une fermeture .154-02 Prendre sa place au Québec .155-02 Il faut réveiller les parents .156-02 Une industrie sauvage .157-02 Justice pour l'Amérique centrale .158-02 Charbonneau, André Les forestiers bilan d'une lutte longue et dure .156-59 Chrétien, Marthe Centre féminin au Saguenay .152-43 Corbeil, Louise Le salaire à la ménagère oui ou non9 .152-38 C.P.M.O.Célébration Peuple qui lutte et qui peine .156-49 C.P.M.O.-F.M.La radio libre des classes populaires .156-11 C.S.D.Aux mêmes conditions qu'à l'usine .151-46 Les conditions de travail chez Bélanger .154-25 C.S.N.Zeller's n'hésite pas à fermer .154-45 D'Amours, Martine Les plaies du taxi .157-26 De la casa a la lutte armée .158-04 D'Amours, R.Une solution pour le taxi?.157-50 Delli Gatti, R.Un pays en commun, la solidarité .155-44 Desrosiers, Fernande La place des femmes dans la société et dans l'Église .152-30 Diane, Bruno et Marc Poursuivis par la misère .154-19 Dupuis, Gilbert Emile et son taxi au garage .157-43 Les transporteurs de monde .157-57 Durocher, Monique J'ai essayé le taxi .157-19 Ellenberger, Irène Unir les travailleurs immigrants et québécois .155-48 Entraide missionnaire Pour une libération de la captivité de Canaan .151-59 Estinville, Molière SOS, l'école est envahie par les noirs .155-26 82 Forest, Jean Les usines ferment, le droit au travail est menacé .154-51 Le colloque international des travailleurs de l'Alcan .158-55 Fortin, Marie-France Une maison où il fait bon vivre .153-22 FRAPRU Des quartiers où nous pourrons rester .153-38 F.T.Q.Note historique sur les immigrants au Québec .155-38 Gagnière, Danielle Être célibataire .152-22 Giguère, Joseph Quoi faire avec nos enfants7 .156-42 Hardy, Claude Un colloque pas ordinaire .156-04 Harvey Thérèse Je l'ai vu se transfigurer devant moi .156-52 Imelda Pour la première fois je voyageais seule .155-28 J.O.C.Une vraie job.c't'un droit! .154-57 Les jeunes et leur projet de vie .152-04 Jodoin, Gaston De Bélanger à Admirai .154-04 Jodoin, Georges Ma deuxième fermeture .154-15 Johnson, Laura Le travail à domicile a Toronto .151-20 Labelle, Marc La petite histoire de la rue St-Rédempteur (Hull) .153-46 Lacroix, Michel Le chemin de la croix aujourd'hui .152-60 Landry, Brigitte Le travail de mes mains .152-28 Travailleuse domestique: une vie pas présentable .152-40 Lapierre, Marthe Guatemala les indiens, force vive de libération .158-28 Lebeau.Jean-Marc 148 000 personnes quittent l'Est du Québec .155-30 Leboeul, Fabien Des jeunes de 9-12 ans parlent de leurs réalités .156-29 C'est aussi l'affaire des enfants et des jeunes .156-20 Lebœuf, Lucie Taillé sur mesure pour des mères au foyer .151-36 Une alternative au travail au noir .151-48 Histoire de la division des rôles .152-10 L'oppression des femmes et le capitalisme .152-12 L'idéologie au service de l'oppression .152-14 Des luttes qui transforment .152-34 Une chambre d'hôtel, ce n'est jamais un chez-soi .155-18 Pour ne pas oublier que nous sommes chiliens .155-22 La double oppression des femmes haïtiennes .155-24 Pour une fois on n'était pas des enfants .156-35 Lebœuf, Michel Les jeunes sans emploi revivent Jesus-Christ .155-61 Lebœuf Micheline Comment notre famille a été transformée .156-45 Lemieux et Bolduc Les enfants, c'est important pour le monde ouvrier .156-38 Lemieux, Jacques A Hull, un long et dur conflit .157-52 Létourneau, Jacqueline Un comité d'appui aux forestiers .152-48 Levac, Raymond L'Église populaire au Québec .156-15 Lipsig, Caria La renaissance du travail à domicile .151-09 Histoire du travail à domicile .151-25 Locataires-Mercier Les associations de locataires se regroupent .153-09 Locataires-Neuville L'appétit d'Anjou-80 .153-12 Martin, Réjeanne Religieuse, en quoi suis-je de votre race?.152-18 Martineau, Jocelyne Rencontre entre gens du peuple (Domitila) .155-52 Mayer, Robert C'est plus qu'une question d'abri .153-34 Ménard, Jean Témoins d'une Église qui naît de la révolution .156-55 Mercier, Richard Zeller's veut imposer la formule Rand .154-36 Miller et Fortin L'Église populaire prend racine dans un lock-out.156-08 63 Monde ouvrier Zeller's: un conflit qui pourrit .157-60 Morin, Edouard Une foi qui fait prendre les armes .158-48 L'Église de la clandestinité au Guatemala .158-52 Nolin, Michel Chambres à louer pour chambreurs permanents .153-48 Nunez, Osvaldo Apport des immigrants aux travailleurs du Québec .155-40 Olsen, Suzanne Un véritable cancer, il faut l'abolir .151-42 Ouellet, Paul Limoilou-sud, un quartier à zoner .153-42 Paiement, Guy Des immigrants font découvrir le Québec aux québécois 155-34 Racine, Michèle Les réfugiés politiques au Canada .155-12 La loi C-24, trois ans après .155-04 Rivel, Gilles Chercher en vain un refuge .158-14 Les États-Unis en Amérique centrale .158-18 Rivet, Louise La môman travaille à l'extérieur .152-24 Sévigny, Marcel Les programmes de rénovation résidentielle .153-04 Les programmes de construction résidentielle .153-06 Les coopératives d'habitation .153-16 Logi-rente pour personnes âgées .153-25 Le nouveau style d'intervention de l'État .153-28 Shea, Eileen Travail industriel à domicile abolition ou contrôle?.151-40 Simard.Monique S'unir pour définir ensemble une stratégie .151-44 Sirois, Jeannine Dans la rue à 50 ans .154-18 Sketch La fin de l'année approche: qu'avons-nous appris9 .156-22 Sylvie et Murielle Domitila visite la JOC du Québec .155-54 Tanguay, Jacques Les arrestations de Boucherville .153-55 De Bélanger à Admirai .154-04 Le plan boni .154-12 Théorèt, Richard Le travail en prison, un esclavage moderne .155-56 Therrien, Gaston Tentatives de s'en sortir .157-46 U.T.I.Q.Inefficacité de la loi 126 sur les normes minimales .155-51 Vie Ouvrière Sommes-nous protégés?.151-18 La Reynolds (oue dur .151-53 Au cœur de la classe ouvrière, des femmes qui luttent .152-02 Femme chef de famille, une femme pauvre .152-20 Les dîners à l'école: un service indispensable .152-47 Une usine ou des femmes se prennent en mains .152-50 La S.D.I.et la Caisse de dépôt .154-14 Zeller's Lachute calendrier des événements .154-28 Les travailleuses chez Zeller's .154-38 Une même exploitation, un même combat .155-32 Questions aux parents militants .156-32 Histoire du taxi à Montréal .157-07 On n'est pas raciste, mais.157-21 Les forces en présence dans la jungle du taxi .157-32 L'avenir du taxi .157-55 Watters, Claude La maison du fier monde .153-52 64 • A Lisez vie ouvrière Achetez-la en kiosque, 2,50$ Abonnez-vous, 14$ les 8 numéros >*v 1.L'Amérique centrale au carrefour.I Z.Un nouveau, Vietnam ?5.Le quotidien , _ de&liJDërafàaa.4.L'ÊsQise des catacombes.ISBN Z-891o4-158-i — ^ -
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