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Titre :
Recto verso
Recto verso est une revue bimestrielle engagée portant sur le monde du travail, l'économie sociale et la coopération internationale. Publiée de 1997 à 2004, elle fait suite à Vie ouvrière. [...]

Recto verso est une revue bimestrielle publiée à Montréal de 1997 à 2004. Résolument de gauche, la revue accueille des rédacteurs dont les préoccupations sont orientées vers la lutte aux inégalités sociales, la solidarité internationale et le développement de services publics de qualité.

Recto verso fait partie d'une longue série de publications incluant le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990), Vie ouvrière (1979-1990), et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004).

Recto verso s'adresse à un public scolarisé et engagé : intervenants et militants des milieux communautaires et syndicaux, journalistes, étudiants, recherchistes et, plus généralement, les individus préoccupés par les changements sociaux.

Le magazine est distribué gratuitement à 100 000 exemplaires.

« L'information dans une sacoche », Recto verso - Numéro spécial 50e anniversaire, no 293, novembre-décembre 2001, p. 28-29.

Éditeur :
  • Montréal :Revue vie ouvrière,1997-2004
Contenu spécifique :
mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • VO ,
  • Carnets de VO
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Références

Recto verso, 2002, Collections de BAnQ.

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LA DERNIERE FORET VIERGE ENGLOUTIE PAR UN BARRAGE CANADIEN ECO ÏÏYIVA LAC I SHIVA I MAATHAI ! BARLOW «i l] Il [•>■>] j!lMÎ]i ftïïffiï p I [TTnT SACCAGE 11 kr tLLUTION 11 m m pi M / 3 i r T I i\ ' ION BIO-PIRATAGE I EA '4f« Pour réduire, réutiliser et recycler, consultez le \n\n\n.recyc-c^uebec.gouv.cf.ca Votre centre de référence sur la gestion des matières résiduelles INFORMAT40N-SUR LES MATIÈRES PROGRAMME PRODUITS RECYCLÉ* MARCHÉS ET TECHNOLOGIES GU ideP 0ur *' & >S»*** lor* CONSIGNE PERTOIRES ~_ WU W- | lipvrÇ POUR LES MUNICIPALITÉS /£- est II rythme de croissance du développement! \u 1 ours des quatn di mieres anni 1 \ 00 Mi I.nombre di pin 11 • l^t » u ni >li 1 l'akfc financière accordé aux parents les places i 5 dollars par jour] a contribue i l'essor du réseau ri .1 la réalisation d'un projet social hors du commun, réclamé pendant prés de trente ans, pour assurer l'accès a un programme educatil de qualité aux enfants de toutes les couches kx iaks Cène évolution .1 toute allure amène les ( H prendre conscience de leur importance dans le ili v 1 li ippemcnt, non si ulinunt social mai économique, de nus .nniniunaim - A\o pris de 23 000 personnes qui y tra\-aillent, le 1 il est le trciisienic plus gros employeur privé .m Québec, après k Mouvement Deajardms 36 000 a Weaton 2S 000); mais devant BC1 21 000 et Bombai.ho 20000 Selon une étude américaine, chaque tranche de 1000 $ investie dans les programmes pédagogiques destinés aux jeunes enfants des familles à faibles revenus correspond à une économie de 70001 en terme de coin aux programmes de rattrapage et aux frais de justice pénale.•- Le ministère de l'Industrie et du Commerce partenaire des entreprises d'économie sociale www.mic.gouv.qc.ca L'ECONOMIE SOCIALES CAHIER D'INFORMATION EN MOUVEMENT LE ENVIEE L'expérience québécoise rayonne partout en Amérique du Nord.Les mesures mises de l'avant par la politique familiale nationale vont suffisamment loin pour impressionner nos voisins en matière de soutien à la famille et d'éducation à la petite enfance Mais il y a plus.La tendance à conserver au réseau sa forme de propriété collective plutôt que d'en faire une organisation étatique contribue pour beaucoup à sa renommée.Créés à même les reseaux des garderies et de la garde en milieu familial, les centres de la petite enfance sont des organismes privés et autonomes.Chaque installation ou cellule familiale a le plein potentiel pour développer une saveur locale et une couleur qui lui est propre.Le modèle CPE présente donc plusieurs avantages qui vont du développement optimal de l'enfant à une réduction de l'offre de services de garde au noir (dont les standards de qualité et les valeurs éducatives n'offrent pas toujours des garanties bétonnées) Le CPE propose une solution pour contrer l'eparpillement des services de garde sur un même territoire (intégration des services en milieu familial et en « installation ») et palier au sous-développement de certains types de services Les CPE dépassent la logique du seul service de garde pour offrir une gamme de services variés aux parents dont des références vers d'autres ressources communautaires et institutionnelles ACQUIS AU FIL DES MOBILISATIONS POPULAIRES Le réseau ,u nu I de ( PI, esl issu d'une volonté populaire.( lhaque |i.ant dans l'histoire des services de garde est initié par de Larges mouvements de mobilisation.A la fin des années l>().il existe quelques garderies financées par l'Étal situées dans les quartiers défavorisés de Montréal Entre 1970 et 1972, près de 70 garderies ouvrent leurs portes L'i.» i ,i des subventions oi iroyées pai le gouvernement fédéral.Dans i elle mouvance, plusieurs .lupements de garé ries voient le jour ei militent, aux i nies (les groupes de lemmes cl organismes communautaires, pour la mise en place d'un n i m universel de garderies à but non lui ratif financées pat 11 tat En 1974, le Plan Bacon (du nom de la miiiisin I ise Bai on i ù al n pond.p.iiln .Mi h wndi- cations, en prévoyant l'octroi de subventions de démarrage pour les nouvelles garderies sans but lin uni ei (le subventions aux parents, selon leurs revenus.Les garderies connaissent une i kiiss.iiii i rapide tout au long des années 1980 et une première \ .iio-ii" de syndicalisation surviem l« ridant cette déce.L'Office des services de g.iuli i l'enfanci ■ n ii en 1979, adople, i mu autres, une politique sut la garde ru milieu I,iiuih.il el en l'liiti.une politique sur les scrvii es de gardi .1 I ' ni.' En 19%, .m Sommet sut l'Eco- iiouiii 11 II inploi li ( li.iiiin i de li i miomic sociale et Concertac-lion inter-rég.ait des garderies (lu I lui lii i II il 11 In'.lllllllll pour présente) un projet pilon de 13 i entres inti gn di services à l.i petite enfance.Le gouver- liellleill queln i ois emlioile II [Lis el i mu relise le projel iiiili.il en annonçant la i réati.le près di liiiid CPE ei le dévouement d'une politique familiale nationale.I es batailles menées i omme groupe communautaire par rapport aux servi es de garde nous ont in i un il.gagni i les jalons d'une in onnaissani c soi Laie.Nous avons maintenant menu un .ti n à porle-leilille' » s'enlhousi.isiue Josée l.iliinde du CPELafontaim L'ECONOMIE SOCIALE ■ D'INFORMATION EN MOUVEMENT POUR RÉPONDRE AUX BESOINS CRÉER DES PROJETS ÉTONNANTS Coller les CPE à l'État représente .images, mais aussi des appréhen comme le souligne Josée Lalonde du CPE Lafontaine qui craint que ce rapprochement termine par une uniformisation des services, une perte de la couleur et du milieu de vie pour devenir une machine qui dessert des ■ervioa aux parents! » Heureusement, les CPE peuvent encore se démarquer, puisque justement les valeurs démocratiques ont été sauvegardées Sel.n les orientations du conseil d'administratio; < l'I.comptent autant de possibilités que de i upations des parents administrateurs pour développer des alternatives novatri.dynamisantes.Un répit pour parents en difficultés Le CPÉ Jardin bleu à Québec offre du répit (jusqu'à 48 heures) aux parents en crise, en concertation avec le CLSC et le Centre jeunesse : jeunes parents en difficulté, pa d'enfants lourdement handicapes ou parents au bord de l'épuisement, évitant ainsi des moment] de violence el le découragement 1N an in rs.basés nu di 11 «pi rii m appuyant la compétence parentale, s,mi offerts aux parents dont les enfants fréquente ni le CPE el aussi à i1 u\ qui Boni i l'a oli Une expérience d'immersion autochtone Initié par le Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, le CPE Abinodgk Miguam, de l'algonquin enieiii l.x.tl 7, primé du Booker Prize (le Goncourt anglophone) et traduit dans 40 langues.Depuis, l'écnvaine et féministe défraie la manchette pour son activisme, surtout pour sa participation à la lutte contre les grands barrages de la vallée du Narmada.Le 6 mars 2002, son histoire était relayée par les médias de la planète.La Cour suprême de l'Inde la condamnait à une journée de prison pour outrage à la Justice : en lgg0, elle avait critiqué publiquement la dé- Roy fait son entrée à la Cour suprême de l'Inde, le 6 mars 2002.Les juges la condamnent à une journée de prison pour outrage au tribunal.cision du tribunal de lever le moratoire sur la construction du barrage Sardar Sarovar.L'ouvrage fait partie d'un méga plan pour harnacher le fleuve Narmada : 30 grands barrages, 135 moyens et 3000 petits.Selon Roy, 'ouvrage de Sardar Sarovar, à lui seul, forcera à l'exil 500 000 paysans pauvres.L'Inde ne décide pas de son économie.Arundhati Roy en témoigne dans «Je vois, j'écris, je cru», paru dans le Courrier International du 21 au 27 mars 2002.» Des millions de citoyens indiens vivent au-dessous du seuil de pauvreté et n'ont pas les moyens de manger un repas substantiel par jour», écrit Roy.Son reportage confirme l'analyse réalisée en 1997 par l'économiste Michel Chossu-dovsky, de l'Université d'Ottawa, dans son livre La Mondialisation de la pauvreté (éditions Ecosociété).Abordant l'Inde, Chos-sudovsky expliquait comment la «chirurgie économique » imposée par le Fonds monétaire international (PMI) abaissait les salaires et mettait au chômage paysans et ouvriers les plus pauvres.Cinq ans plus tard, le gouvernement indien a dû abandonner toutes les restrictions aux importations (1400 aliments importés sont exemptés).Par contre, l'Occident refuse d'importer des produits indiens sous prétexte qu'ils ne rejoignent pas « ses normes environnementales » (ces produits seraient abîmés).Résultat : ces denrées pournssent dans des entrepôts, alors que des millions de paysans et de citadins souffrent de la faim.«Les morts par inanition (déguisées en rougeoles ou en intoxications.alimentaires) sont de plus en plus nombreuses dans diverses régions du pays», éent Roy.Récemment, la Cour suprême de l'Inde a ordonné la fermeture de 77 000 petites entrepnses «polluantes et non conformes », à Delhi (créant instantanément 500 000 chômeurs), alors que 67% de la pollution provient en fait des véhicules, « Des milliers de personnes retournent dans les villages qu'elles ont quittés», constate Roy.Arundhati Roy pointe du doigt « une vanante mutante de colonialisme, commandé à distance et contrôlé par la technologie numérique».Au nom du libre-échange, des millions de personnes en Inde tombent dans une situation de pénune absolue.D MAI'IUIN 2002 IECT0 VERSO I 19 ECO-FEMINISME Les femmes luttent sur tous les fronts de la vie et, en première ligne, celui de la reproduction humaine.La Québécoise Louise Vandelac mène une guerre d'escarmouches contre une science dont on sait que, sans conscience, elle est la ruine de l'âme*.PAR ANNE-MARIE TREMBLAY LOUISE VANDELAC I LE PLAIDOYER PO Fondatrice de la coalition Eau Secours!, elle a été une des artisanes de l'échec des premières tentatives de pnvatiser l'eau au Québec.Actuellement, elle est la porte-parole de l'opération «Adoptez une rivière», contre la multiplication des petits barrages.Son film Main basse sur les gènes ou les aliments mutants, co-réalisé avec son mari Karl Parent, a été le deuxième meilleur vendeur de l'Office national du film du Canada en 1999, après celui sur le Rocket Maurice Richard.Un an plus tard, toujours avec Karl Parent, elle signe le documentaire Clonage ou l'art de se faire doubler.Portrait de Louise Vandelac, féministe et combattante pour la vie.L'emploi du temps de l'universitaire de renom et de la militante infatigable la promène sur toutes les tnbunes, au Québec, au Canada, à l'étranger.Sur son bureau, à l'Université du Québec à Montréal (UQÀM), trône une photo de son fils de 11 ans.À sa naissance, sa mère conduisait des recherches sur la conciliation entre travail et vie familiale.La sociologue s'était auparavant penchée sur le travail domestique.«Mes recherches sur le travail domestique m'ont permis de mettre en évidence qu'une seule activité humaine n'était pas encore tout à fait ab- 20 I RECTO VERSO MAI/JUIN 2002 sorbée par l'économie de marché, l'engen-drement des êtres humains.Mais, au même moment, un mouvement de tecbniasation de la conception s'amorçait.» En 1978, la science avait mis Louise Brown au monde, le premier bébé-éprou-vette.Les recherches n'ont pas cessé depuis : fécondation in vitro, études sur les embryons humains, clonage, etc.Louise Vandelac, chercheure associée au département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal, lance une mise en garde contre ce changement de registre des sciences médicales.Auparavant, la médecine soignait et prolongeait la vie.Maintenant, elle tente plutôt de fabriquer du vivant.Louise Vandelac a réalisé plusieurs recherches sur les causes de l'infertilité, souvent liées à la pollution, un champ trop peu exploré, estime-t-elle.La science espère contourner ce problème, mais préfère en ignorer les causes.Aujourd'hui, «la science se prétend sans frontière et conduit à les abolir «ON CONTINUE DE FAIRE DE LA PURÉE D'EMBRYONS POUR EFFECTUER DES RECHERCHES SUR LES CELLULES SOUCHES!» toutes entre l'humain, l'animal, la plante, des frontières établies depuis des millions d'années.Les frontières entre le vivant et la marchandise» aussi, juge-t-elle.De son observatoire du CINBIOSE (Centre d'étude des interactions biologiques entre la santé et l'environnement) à 1TJQÀM, où elle collabore avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Louise Vandelac stigmatise les recherches menées en toute impunité sur les embryons humains.«On dit que nos enfants sont ce qu'il y a de plus précieux, et l'on continue de faire de la purée d'embryons pour pouvoir prétendument travailler sur les cellules souches ! », s'indigne-t-elle.Une monnaie vivante Ces recherches, sans questionnement éthique, mènent à l'eugénisme (la science qui cherche à maîtriser l'évolution de l'espèce humaine).La chercheure multidiscipli-naire rappelle ce slogan des années 1970: • Nous aurons les enfants que nous vou- lons ! » La formule la fait frémir.Elle n'a nen contre les moyens de contraception.C'est le sens second qui dérange.Il eut mieux valu dire : •> Nous n'aurons pas les enfants que nous ne voulons pas ! » •■ En ce moment, il y a une tendance à tout réduire à une monnaie vivante», avertit Louise Vandelac.Une monnaie qui se nomme eau, semences, gènes, air, sol.« Un des enjeux majeurs du XXIe siècle, c'est cette volonté de réécrire le monde à partir de l'alphabet génétique, un bricolage généralisé du vivant auquel certains commencent à s'adonner.» Son engouement pour la question de l'eau remonte à 1997.«J'ai eu un coup d'indignation devant les projets de privatisation de l'eau à Montréal.Dans l'ancienne ville, entre le quart et le tiers de la population vivait sous le seuil de pauvreté.La privatisation aurait entraîné la tarification et aurait signifié de faire vivre des populations littéralement au compte-gouttes, alors qu'elles n'ont déjà pas les ressources suffisantes pour subsister.Cela me paraissait odieux.» Elle a fondé la coalition En< secours ! avec Hélène Pedneault.Après le premier spectacle bénéfice d'Eau secours!, sa boîte vocale débordait de messages de citoyens aux prises avec des problèmes d'eau.Mais les problèmes d'eau potable tou- % chent autant les pays du Sud que du Nord.£ «Chaque année, selon l'Organisation mon-1 diale de la santé, 10 millions de personnes *, meurent après avoir bu de l'eau impropre | à la consommation -, rapporte Louise Van- ï delac.«Tout le monde réalise que, au rythme 5 de consommation que nous avons en Amé- g rique du Nord, il faudrait trois planètes £ Terre.Tout le monde réalise qu'on ne peut maintenir un tel double standard par rapport à la vie humaine.Tout le monde sait qu'il est impossible de continuer le pillage des ressources mondiales et d'affamer des populations entières.■ Heureusement, les jeunes générations sont plus conscientisées et informées, constate Louise Vandelac.Les relations Nord-Sud se développent.Et, surtout, les militants de tous les horizons s'unissent dans la poursuite de buts communs.D Sur Internet ■ www unités.uqam.ca/cinbiose/GENS/ LVANDELAC.HTML * « Sapience n'entre point en âme malivole, et science sans conscience n'est que ruine de l'âme.» (Rabelais, Pantagruel, chapitre VIII.) L'ECO-FÉMINISME En combattant la pauvreté et leur situation d'infériorité dans la société, les femmes épousent la cause de l'environnement et du développement durable.Féminisme et écologie vont de pair, parce que le sexisme et la déprédation de la nature participent tous deux de ce que Françoise d'Eaubonne appelle le «système mâle».Les hommes, après s'être approprié l'agriculture, un domaine réservé aux femmes, ont exercé leur emprise sur la reproduction humaine.La surpopulation et la destruction des écosystèmes naturels en ont résulté.Combinées a la recherche d'un profit rapide, dans des économies libérales, cela nous mène à la catastrophe.L'écrivaine française Françoise D'Eaubonne est la créatrice du terme éco-feminisme.Elle l'a inventé dans Le féminisme ou la mort, publié en 1974.Vingt-cinq ans après la publication de son livre, les idées qu'elle avançait sont toujours d'actualité.Avec les nouvelles règles du commerce mondial, ce système accapare progressivement les ressources, et la surpopulation confine une partie de l'humanité (à 85%, des femmes) à une pauvreté extrême partout sur Terre.Avec l'appropriation privée des plantes naturelles et des gènes humains, par des brevets, cette mainmise sur la vie atteint des seuils intolérables.Les scientifiques et l'industrie veulent breveter des plantes, comme le riz basmati, ou certaines de leurs propriétés médicinales ou pesticides, comme l'huile du margousier, que des générations ont pris soin d'introduire et de conserver pour un usage commun.Ils s'en approprient les vertus, connues ou utilisées depuis la nuit des temps, rapportait la revue Sciences et avenir, en octobre 2001, monopolisant la recherche et en interdisant même l'usage.Dans plusieurs pays, ce sont les femmes qui s'occupent de la conservation des semences.Des compagnies comme Mosanto dépossèdent ces gardiennes du patrimoine génétique naturel, pour commercialiser des semences supposées plus productives, qu'elles vendent à prix fort.Ces plan- ► MAI/JUIN 2002 IECT0 VERSO 121 tes rendues infertiles, pour empêcher qu'elle se propagent dans la nature, il faut en racheter les semences commerciales à chaque semailles.La pollution affecte également la santé des femmes et leur progéniture.Les polluants logés dans les graisses sont directement transmis à l'enfant pendant la grossesse et l'allaitement.La pollution a une forte incidence sur le nombre de cancer du sein chez les femmes.En Amérique du Nord, il touche 80 femmes sur 1000.Au Sud, la pollution des cours d'eau, la sécheresse et la déforestation touchent plus durement les femmes que les hommes.Si les sources près des villages sont polluées, elles doivent marcher plus loin pour rapporter de l'eau potable au village.Les femmes sont responsables du ramassage du bois.Elles militent pour ne pas perdre cette ressource essentielle.En Inde, les femmes Chipko se sont enchaînées aux arbres pour sauver les forêts qui assurent leur subsistance.Les femmes se sont approprié la théorie de l'éco-féminisme, fusion des doctrines pacifiste, écologiste et féministe, dans les années 1980, après plusieurs scandales environnementaux.(Love Canal, dans l'État de New York : 1500 personnes sont évacuées d'urgence en 1978; Seveso, en Italie le samedi 10 juillet 1976: une fuite de trichlorophénol cause des lésions cutanées aigués à 447 personnes et conduit des femmes a avorter par crainte de malformation du fœtus; Bhopal, en Inde, en 1984 : un nuage d'isocyanate tue 2300 personnes et en blesse 170 000 autres, dont 12 000 gravement).La première conférence sur l'éco-féminisme a eu lieu en 1980, à Am-herst, et s'intitulait "Femmes et vie sur Terre.» Depuis, des réseaux sont nés: au Québec, le Réseau québécois des femmes en environnement (RQFE); en Ontario, le Women's Healt and Envi-ronments Network (WHEN); en Angleterre, le Women's Environnemental Network; en Ukraine, après l'accident de Tchernobyl, le MAMA-86.E — A.-M.T.Pour en savoir plus ■ Nouvelle espèce : les éco-féministes, Louise Desautels, in La Gazette des femmes, mai-juin 2001 Sur le web ■ http://x.webring.com/webring?ring=ecofem, list (En anglais) ■ http://www.geocities.com/RainForest/ Canopy/2306/bienvenu.htm (Sur Françoise D'Eaubonne).WANGARI MAATHAI I LA DES PLANTS POURWIVRE La Ceinture Verte a planté 10 millions d'arbres dans 2000 espaces publics, les parcs et les campagnes du Kenya.Grâce à elle, des milliers de femmes ont touché un premier salaire et fait l'expérience de la gestion d'une micropépinière.PAR MICHELINE DAHLANDER Je fais plus que planter des arbres, je sème au coeur des indigènes le sentiment qu'il faut lutter pour les préserver», explique, narquoise, l'environnementaliste kenyane de renommée internationale Wangan Maathai, pour justifier les arrestations fréquentes et les agressions brutales qu'elle a subies au cours des années.En 1989, elle a été violemment battue par la police pour avoir planté un arbuste, symbole d'opposition contre la construction de gratte-ciel dans le Parc Central de Nairobi.En 2001, elle a été incarcérée pour avoir fait circuler une pétition contre le projet de raser 170 000 acres (67 000 hectares) «ON ME TRAITAIT 22 RECTO VERSO M AI/JUIN 2002 UNE SORCIERE QUI CORROMPT L'ESPRIT DES FEMMES.» dans 14 forêts protégées du Kenya.Maathai, avec l'appui de la Commission des droits humains du Kenya, a dénoncé devant la Cour suprême cette coupe à blanc sur le dixième de ce qui reste du couvert forestier du pays.La presse kenyane a révélé le président Moi et ses amis s'étaient approprié les terres qui devaient être octroyées aux paysans.Dans ce pays, la critique du pouvoir est interdite.Cette femme robuste de 62 ans y a néanmoins orchestré une gigantesque opération de reboisement, soutenue depuis 25 ans par 150 000 Kenyanes.C'est au retour de ses études aux États-Unis que Wangan Maathai voit son action sociale se préciser, d'abord à titre d'enseignante d'anatomie vétérinaire à l'Université de Nairobi (elle fut la première femme à y obtenir son doctorat), puis comme militante au Conseil national de la femme du Kenya.«Après l'indépendance, en 1963, l'étais extrêmement enthousiaste.C'est à ce moment que i'ai pu palper la dure réalité des milliers d'Africaines vivant en milieu rural.Je me sentais d'autant plus concernée que j'avais grandi dans ce milieu.J'ai eu le privilège de faire des études et je voulais utiliser mon savoir pour améliorer leur sort.» Mais comment organiser un vaste mouvement comme la Ceinture Verte, lorsque la plupart des participantes ne savent ni lire ni écrire?«Nous avons élaboré avec elles une méthode en dix étapes : d'abord trouver un local de travail et un lieu de reboisement; puis obtenir les permis d'exploitation; former des groupes de planteurs et s'assurer de la qualité du sol pour les nouveaux plants; et ainsi de suite jusqu'à la plantation de l'arbuste.Elles reçoivent 1 $, si l'arbre survit.• La forêt ancestrale couvre aujourd'hui 2% du terntoirc kenyan.Son étendue repré- sentait 30%, il y a cent ans.«Beaucoup se sont réjouis, lors de l'accession à l'indépendance, croyant qu'ils en avaient fini avec la corruption, la mauvaise gestion des ressources et l'appauvrissement.Le gouverneur anglais possédait littéralement le pays.Lors de l'indépendance, le transfert des pouvoirs s'est tait du gouverneur au président, ce qui explique pourquoi le gouvernement kenyan peut dilapider comme il veut les ressources naturelles du pays», raconte Maathai.La désertification progressive et le manque de terres cultivables ont incité le président Daniel Arap Moi à sacnfîer plusieurs forêts pour taire place à des termes, des zones urbaines et des parcs nationaux.Les plantations commerciales d'eucalyptus et de pins, des espèces à croissance rapide utilisées ECO-FEMINISME Le mouvement dirigé par Maathai donne du travail à 80 000 personnes, surtout des femmes.Il développe le leadership féminin dans les communautés.Photo : une participante d'un projet de plantation de mangroves sur la côte nord du Kenya.en construction, menacent maintenant la biodiversité.Les Kenyans doivent désormais importer leur bois pour combler un manque de 50 millions de tonnes par an.« Les forêts sont vitales au Kenya, où la penune d'eau, de nourriture et de bois affectent depuis deux ans des millions de personnes, surtout des femmes, désignées pour s'acquitter des corvées domestiques, puiser l'eau aux rivières et trouver du combustible et les aliments pour cuisiner.» Malgré l'opposition du gouvernement, des agriculteurs et du géant améncain Monsanto, pressé d'écouler ses semences transgéniques, le mouvement de la Ceinture Verte ne cesse d'étendre son action, accroissant la participation des femmes à la vie sociale et politique du pays.«Au commencement de la Ceinture Verte, on me traitait comme une folle à enfermer, une sorcière qui corrompt l'esprit des femmes.Auiour-d'hui, mon travail est salué.Il serait temps que le gouvernement nous aide-Il devient urgent de diversifier les sources de revenus de l'organisation, pressent Maa-thai.Les dons ne suffisent plus à soutenir les activités de retorestation et d'éducation.Elle souhaite aider, à leur retour chez eux, des stagiaires des pays voisins qui viennent s'initier aux méthodes de la Ceinture Verte.Wangan Maathai veut développer, au sein du mouvement, un programme pour des étudiants étrangers de deuxième cycle universitaire en études féminines, sociales et environnementales.Cette initiative ferait avancer la recherche et documenterait des décennies de connaissances sylvicoles que les femmes se transmettent oralement.Ces jeunes pourront ensuite contribuer à l'implantation de vastes mouvements de reboisement ailleurs, prédit Wangan Maathai, le regard allume.□ ■ À lire par Wangari Maathai >» The Green Belt Movenient : Sharing the approach and the expérience, Nairobi, Environment Liaison Centre International, 1988.69 p.■ Sur Internet >» www.unep.org et www.geocities.com/gbm/0001 MAI/JUIN 200.' RECTO VERSO 23 VANDANA SHIVA I BIODIVERSITE UN GERME DE REVOLTE Aux pratiques de bio-piratage des multinationales et aux OGM , Vandana Shiva oppose les savoirs des paysans, leurs pratiques soutenables depuis des millénaires, ainsi que leurs aspirations.PAR JEAN LAPALME Fille d'un garde forestier du nord de l'Inde, où elle vit, à Dehra Dun, dans l'État d'Uttar-Pradesh, cette physicienne a abandonné sa carrière dans le nucléaire pour lutter aux côtés des paysans contre les multinationales de l'industrie alimentaire et génétique.Auteure de nombreux livres, spécialiste de la politique 24 RECTO VERSO MAI/JUIN 2002 scientifique, écologiste militante, son travail actuel porte sur la biodiversité et l'agnculture durable, au Research Foundation for Science and Technology and Ecology qu'elle a créé.Vandana Shiva est aussi étroitement associée, en Inde, au mouvement Navdtinya (les «neufgraines», en hindi), un réseau national de banques populaires de semences qu'elle a fondé pour préserver leur diversité.Plus de 3 000 villages, en Inde, ont ainsi mis sur pied des registres communautaires de biodiver-sité.Sommité de l'éco-téminisme, elle fut récipiendaire du Pnx Nobel Alternatif, en 1993.La Révolution Verte Plusieurs décrient la sénilité et l'adulation que lui vouent ses partisans, du moins ici en Occident.N'empêche: sa fougue et son sens de la répartie en font un excellent antidote au paternalisme, à la condescendance et à l'hypocrisie qui marquent, presque sans exception, les conceptions occidentales du développement.Dans les années 1970, les élites occidentales ont présenté la Révolution Verte comme ECO-FEMINISME Retour des champs, dans la vallée du Naimada (Inde).Semences, plantes médicinales, fourrages : les multinationales, dénonce Shiva, veulent saisir les dernières ressources de milliards d'agriculteurs pauvres, majoritairement des femmes.la pierre d'assise du développement.Ce développement, en plus de s'avérer un fiasco à plusieurs égards, est précisément l'antithèse du développement durable et auto-entretenu que propose Vandana Shiva.« Une agriculture durable repose sur le recyclage des nutriments du sol », suggère Shiva.Les semences «miracles» de la Révolution Verte n'ont, dans les faits, que redirigé une plus grande partie du produit de la photosynthèse vers la partie comestible du riz ou du blé, au détriment de la tige et des autres composantes de la plante.Il en est résulté une diminution drastique de la production de paille et d'autres résidus qui constituent une partie importante de la nourriture du bétail ou des bactéries du sol.Cela n'est pas acceptable du point de vue éthique ni soutenable du point de vue économique et écologique.«À [un] cycle régénérateur, la Révolution verte a substitué un flux linéaire d'intrants achetés et de produits agricoles commercialisés en tant que marchandises.La fertilité n'est désormais plus une propriété du sol, mais celle des engrais chimiques.» ' Shiva lutte férocement contre les OGM dont les markcteurs trompettent qu'ils déclencheront une seconde Révolution Verte.Elle dénonce comme une «superchene», par exemple, le brevet acquis par Syngenta (premier groupe agrochimique mondial) sur un riz transgénique supposé apporter un supplément de vitamines A à des populations dont l'alimentation est carencée.Pourtant, la citrouille, la mangue, les carottes ainsi que les légumes-feuilles vert foncé sont d'excellentes sources de vitamine A.Dans l'Etat indien du Bengale, les femmes cultivaient ainsi pas moins d'une centaine de ces légumes avant que ces cultures ne soient supplantées par la Révolution Verte ou tout simplement éradiquées par les herbicides.La Révolution Verte a imposé des variétés pour la plupart très exigeantes en eau, au détriment des cultures tolérantes à la sécheresse (comme le millet), créant des pénunes là où il y avait abondance.Dans le même temps, «la maîtrise des communautés (sur l'eau) s'est érodée quand les Etats en ont pns le contrôle.[.] Dans le tiers-monde, le contrôle gouvernemental a reçu un formidable coup de pouce sous la forme de prêts de la Banque Mondiale pour la construction de grands barrages.Ces grands ouvrages se sont avérés particulièrement efficaces pour arracher le contrôle de l'eau aux communautés et le faire passer sous contrôle étatique centralisé, colonisant ainsi et les rivières et les gens.„ : La biodiversité La biodiversité que défend Shiva n'est pas qu'affaire de conservation, mais aussi de survie économique.La biodiversité fournit aux pauvres leurs moyens de production.« Que ce soit pour la nourriture ou pour les médicaments, l'énergie ou la fibre, les cérémonies ou l'artisanat, les pauvres dépendent de la richesse des ressources biologiques, des connaissances et habiletés qui y sont liées, ïj À mesure que la bio- § ' diversité recule, les pauvres deviennent plus pauvres.» ' Shiva ceme deux causes majeures de la perte de biodiversité : 7° la destruction à grande échelle d'habitats, pour l'aménagement de barrages, de routes, de mines, ainsi que l'aquaculture, tous projets financés allègrement par la Banque Mondiale; 2°la pression technologique et commerciale pour remplacer la diversité par la monoculture, en agnculture, en forestene, dans les pè-chenes ou dans l'élevage.Ainsi alors qu'on a déjà, en Inde, cultivé 200 000 vanétés de riz, la soi-disant révolution verte a réduit le choix à moins d'une dizaine.Le message de la paswnana indienne est on ne peut plus clair : « La biodiversité dépend entièrement du droit dont disposent ou non les communautés locales de |ouir des fruits de leurs efforts.» Seuls les systèmes économiques et politiques décentralisés garantissent la biodiversité, la pérennité de l'eau, le foisonnement des cultures et des sciences.Dans Monocultures OfThc MmdA, et dans toute son œuvre, Shiva répète inlassablement que la monoculture dans les espnts a donné lieu aux monocultures dans les champs.Cette monoculture de l'esprit est le produit pernicieux du réductionnisme scientifique occidental, qui sépare écosys- tèmes forestier et agricole, dissocie la graine de son milieu de culture, isole les gènes et les considère hors de l'organisme qui les porte et de l'environnement.Ce réductionnisme scientifique s'accompagne de l'exclusion culturelle et dénigre les savoirs traditionnels (pour mieux s'approprier ces connaissances ensuite), avec des résultats parfois désastreux La « science occidentale technicisée » affirme que le grain, la semence, en soi, n'a pas de valeur.Ce qui lui donnerait de la valeur, c'est le «plus» que lui confère la manipulation par la science occidentale.Quelle prétention ! Depuis son avènement sur la planète, la vie s'est développée en des millions d'espèces différentes.Shiva est de ces «LABIODIVERSITE DÉPEND DU DROIT DES COMMUNAUTÉS LOCALES DE JOUIR DES FRUITS DE LEURS EFFORTS.» penseurs affirmant qu'il s'agit là de la preuve irréfutable de la créativité inhérente à la vie.Ces penseurs affirment qu'il convient donc de laisser à la vie et aux organismes vivants la plus grande liberté possible, puisque celle-ci a fait ses preuves.Q Notes 1 SHIVA, Vandana.Bio piraterie ou le pitiage de la nature & connaissance.Dauphin éditeur, fev.2002.2 SHIVA, Vandana.Water Wars Privatization.Pollution and Profit South End Press.2002 3 SHIVA.Vandana.Tomorrow's Biodiversity.Thames & Hudson, 2001 4 SHIVA, Vandana.Monocultures Of The Mind.Third World Network.1993.Autres livres de Vandana Shiva en français : ■ Ethique et agro-industrie — main basse sur la vie.L'Harmattan, coll.Femmes et changements.1996.128 pp ■ Ecofemimsme.L'Harmattan, coll.Femmes et changements 1999.368 pp.■ SHIVA.Vandana et al Diversité biologique en péril : la nature sous licence ou le processus d'un pillage PubliCetim, 144 pages, 1994 Le site Internet de Vandana Shiva (anglais) : ■ www.vshiva net' A lire également ■ BERTHELOT.Jacques.L'agriculture, talon d'Achille de la mondialisation l'Harmattan.2001 MAI/IUIN 200?«ECT0ÏI1S0 j 25 ECO-FEMINISME Ses combats actuels : de l'eau potable et des services de santé pour tous.Sa stratégie : faire échec au libre-échange.Son terrain de lutte : le monde entier.PAR ANDRE SELEANU MAUDE BARLOW I EAU LA VRAIE VIOLENCE Maude Barlow, présidente du Conseil des Canadiens, est une figure centrale, au plan mondial, dans les mobilisations de la société civile contre la mondialisation financière.Ses luttes actuelles portent sur des su)ets urgents : la défense du système d'assurance-maladie face aux incursions des intérêts pnvés au Canada; la sauvegarde des réserves d'eau potable comme bien public au niveau planétaire, mais aussi dans le contexte canadien.Maude Barlow a été conseillère du gouvernement Trudeau sur les questions liées au statut de la femme, au début des années 1980.Conférencière recherchée, activiste, auteure de onze ouvrages sur les dégradations environnementales et sociales récentes sur la planète, Maude Barlow jouit d'une grande réputation internationale.Parfois, on l'appelle la -Ralph Nader» canadienne (M.Nader est cet avocat à l'origine du mouvement du consumensm, dans les années 1960.Il fut candidat a la dernière élection présidentielle des Etats-Unis).D'approche facile, Maude Barlow dégage une impression d'optimisme, de concentration et de simplicité.Sa belle voix l'avantage dans des assemblées publiques.Dans les milieux des mouvements sociaux et écologistes, on apprécie la force d'expression de Maude Barlow au même titre qu'un Noam Chomsky, le linguiste et activiste de gauche ct.its-unien, ou qu'un José Bové, le paysan français maître de l'action symbolique et percutante, ou encore Bernard Cassen et Susan George, fondateurs d'ATTAC-France (Association pour la taxation des transactions financières et l'aide aux citoyens).Facilement identifiée dans l'opinion publique au Canada (moins connue au Québec), Maude Barlow laisse son empreinte distinctive sur tout le mouvement critique de la mondialisation.«La vraie violence est la pénurie d'eau potable pour des milliards d'êtres humains» En Europe, sa réputation n'est plus à faire.Ainsi, le 11 novembre 2001, à Vienne, dans un communiqué de presse d'ATTAC-Autnche, Maude Barlow était une des rares personnalités citées pour leur pnse de position raisonnées après les attaques sur New York et Washington : •• La lutte des gouvernements occidentaux contre la terreur est en même temps une lutte contre les opposants au libre-échange mondial », expliquait Maude Barlow pour éclairer la nature des enjeux du temps.Sur l'échiquier international, l'activiste canadienne est présente dans les combats clé, aux endroits clé, figure emblématique des grandes luttes de la société civile.En 1998, à Pans, sa réputation connut une croissance vertigineuse : elle a rempli un rôle crucial dans les manœuvres, somme toute byzantines, utilisant massivement l'Internet, pour mettre en échec l'AMI (l'Accord multilatéral sur les investissements).En novembre 1999, à Seattle, Maude Barlow coopérait de nouveau à la déroute d'un projet d'accord international de libre-échange piloté par l'Organisation internationale du commerce (OMC).Au Sommet de Québec, en avnl 2001, Maude Barlow affrontait des rafales de gaz lacrymogènes lancées par la Gendarmene royale et la Sûreté du Québec.Devant le - mur de la honte», éngé pour isoler les chefs d'État des Amériques et leurs conciliabules secrets, Maude Barlow manifestait aux côtés des jeunes et des téméraires.Elle trous'ait le temps d'écrire d'amples communiqués de presse.Maude Barlow rendait ses conclusions, ses analyses publiques, au risque de froisser certaines sensibilités.Elle affirmait que la véntable violence est la pénune d'eau potable pour des milliards d'êtres humains.Cette situation empire de jour en |our, pour devenir catastrophique possiblement vers 2025.L'accès à une eau potable de qualité est un droit de l'Homme, affirme Maude Barlow, non un privilège commercial.Il y a infiniment moins de violence dans l'acte de quelques manifestants jetant a terre ■ le mur maudit », disait-elle, que dans la carence d'eau potable.Sa position hardie la démarquait du communiqué du Sommet des peuples (lu par Françoise David, de la Fédération des femmes du Québec) dénonçant la violence de certains ma-nifestants qui avaient abattu des tronçons du mur.La «violence» contre un mur est nettement moins chargée de malignité que la violence mondiale institutionnelle qui prive les hommes, les femmes et les enfants d'eau potable.L'EAU POTABLE ET LES SOINS MÉDICAUX SONT DEUX DOMAINES MENACÉS PAR LA RAPACITÉ DU SECTEUR PRIVE.«La loi des pêcheries, seule protection de l'eau» « L'eau potable et les soins médicaux sont deux domaines affectés par la rapacité du secteur pnvé, ces domaines sont menacés par la marchandiSiitum ■.remarquait Maude Barlow, dans une récente entrevue avec ftdb Ml «>.•■ Il y a peu de lois qui protègent l'eau au Canada.En fait, la Loi sur les pêcheries est la seule loi qui, à sa manière, protège l'eau», re- 21 avTil 2001, Québec - Maude Barlow et José Bové, au Sommet des peuples, sont pressés de questions après un discours dévastateur.levait-elle sarcasûquement » D nous manque des normes nationales d'eau potable.Les tests de qualité de l'eau sont dans un piteux état.Un autre Walkerton (ville d'Ontano où dix-sept personnes sont mortes et des milliers sont tombées malades a cause de bacténes co-liformes) reste toujours possible.» Maude Barlow sonne l'alarme sur le détournement surréaliste, ou -virtuel-, pourrait-on dire, d'organismes internationaux en faveur d'intérêts pnvés.- Le Forum mondial de l'eau essaie de détourner le débat mondial en faveur de la pnvaasadon des sources d'eau potable -, accuse l'activiste ontanenne.Cet organisme, qui se réunira au Japon en mars 2003 - Maude Barlow y sera présente -, a été investi par des compagnies transnationales, telles que Suez Lyonnaise des eaux et Vivendi, basées en France, qui possèdent a travers le monde des sources et des installations d'eau potable.«Utilisant l'argument de la rareté de l'eau, ces sociétés manipulent l'argumentaire du Forum (pour favoriser) l'ouverture des marchés mondiaux au commerce de l'eau », explique Barlow.« Ces sociétés sont appuyées à cent pour cent par le gouvernement français ».En effet, la présence bruyante du gouvernement (socialiste) français à Porto Alegre, au Forum social mondial, en |an\'ier 2002, lui parait marquée par l'hypocrisie.«Ils voient qu'il y a beaucoup de choses qui se passent à Porto Alegre.Les Français veulent être là.Mais ils croient en fait dans la privatisation.Les activistes environnementaux français devraient dénoncer ce que leur propre gouvernement fait », Maude Barlow dénonce la Communauté européenne, et particulièrement la France, pour avoir introduit en sous-main, dans le récent protocole de libre-échange de Doha (Qitar) de l'OMC, l'article 31 tu, passé totalement inaperçu dans les mass médias, qui exige « la réduction ou l'élimination des ta-nfs et d'autre mesures discriminatoires sur les biens et les services environnementaux».« Ceci a pour résultat », dit-elle, « d'ouvnr ► 26 I RECTO VEISO MAI/JUIN 2002 MAI/JUIN 2002 tECTO VE1S0 27 ECO-FEMINISME un marché mondial de l'eau aux corporations.» Elle écrivait récemment : ■ La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) font la promotion agressive de la privatisation de l'eau dans les pays en voie de développement, ouvrant ainsi la porte à des profits immenses pour les sociétés transnationales.» Elle n'est guère plus charitable envers le gouvernement canadien, quand elle évalue le sens de ses actions depuis le début des années 1990.Dans une brochure récente sur la pnvatisarjon des soins médicaux au Canada, Le profit n 'est pas le remède, Maude Barlow lui adresse ce reproche :« Le gouvernement canadien est actuellement leader dans la promotion des valeurs néo-libérales du consensus de Washington ! '.C'est important de ne pas voir le Canada comme victime des accords de libre-échange.Notre gouvernement avait l'habitude d'aller à l'étranger avec des listes de prisonniers politiques qu'on voulait faire libérer.Maintenant, nous partons en délégation avec des listes de corporations qui cherchent des contrats à l'étranger».«Avec le Québec, nous travaillons en coalition sans nous imposer» Maude Barlow préside le Conseil des Canadiens, qui réunit environ 100 000 membres.Son siège social est à Ottawa.Cette organisation défend les intérêts de la société civile et se finance exclusivement de contributions volontaires (il refuse tout subside public).« Le Conseil est très proche des groupes communautaires et des syndicats.Il ramasse d'une certaine manière toute la gauche canadienne», explique André Bou-thillier, ancien président de Eau Secours!.Le Conseil des Canadiens collabore avec des groupes québécois, mais n'empiète pas sur leur terrain.« Mon objectif est d'abord de faire progresser des dossiers», expose Maude Barlow.• Nous travaillons avec Eau Secours ! sut le sujet de l'eau, avec Alternatives en collaborant, par exemple, dans l'organisation du Sommet de Québec, avec SaL-i-MI», continue la présidente.Selon André Bouthillier, •■ Mme Barlow est respectée dans les organisations québécoises.Eau Secours ! n est pas membre du Conseil des Canadiens, aux décisions duquel il ne veut pas être lié.Mais, pour ne pas rester isolés, nous travaillons conjointement avec le Conseil des Canadiens.Cette réalité ne crée pas de problème philosophique à gauche».M.Bouthiller dit admirer la crédibilité de Maude Barlow à la fois dans le monde universitaire, chez les environnemen-talistes et dans les syndicats.L'un des derniers ouvrages de Maude Barlow, Blue Gold (Or bleu, www.ifg.org), dénonce, appuyée sur de nombreuses données, la transformation de l'eau potable en marchandise dans le monde.«Seulement 5% de la population mondiale s'alimentent actuellement en eau des corporations privées.Celle-ci voient par conséquent dans l'eau un potentiel de profits sans limites».Pour enrayer ce phénomène, Maude Barlow lutte avec force et foi □ Notes 1 Le « consensus de Washington », adopte en 1989, appliqué et surveillé par le FMI et la Banque mondiale, prônait de sabrer les dépenses gouvernementales en éducation, en santé et dans les infrastructures, de retirer les subventions à l'industrie et aux agriculteurs; de privatiser toutes les entreprises publiques; de supprimer les barrières tarifaires; de laisser flotter les monnaies na tionales sur les marchés des changes monétaires, le tout malgré des conséquences souvent catastrophiques pour les populations.Le mouvement anti-mondialisation combat avec acharnement les mesures préconisées par le consen sus de Washington Sur Internet ■ www canadians.org ! PARLER DE PAUVRETE.D'EXCLUSION.DE MEILLEURE REDISTRIBUTION DES RICHESSES, C'EST PAS MAL MOINS A LA MODE QUE DE PARLER DE GLOBALISATION ET DE DIVIDENDES AUX ACTIONNAIRES POURTANT, NOUS LE DEVONS AUX PLUS DEMUNIS PARCE QUE, COMME TOUT LE MONDE, ILS ONT DROIT À UNE VIE MEILLEURE LES MEMBRES DE LA CSQ SE SONT TOUJOURS BATTUS POUR FAVORISER LA JUSTICE SOCIALE ET CONTRER LA MARGINALISATION DES PLUS PAUVRES PARCE QU'ILS ONT TOUJOURS CRU QU'IL EN ALLAIT DE L'INTERET DE TOUTE LA SOCIÉTÉ.28 11ECT0 VERSO MAI/JUIN 2002 TT ■ES PAR HANIH I h SHU ION ZZe Salon du livre de Paris BERLUSCONI ACCABLÉ A la sortie du métro parisien, Porte de Versailles, une jeune Italienne me tend un tract.Elle est membre de l'Association France-Italie Jémotttltit, groupe de pression associé au comité Resistenza, expulsé la veille du Salon du livre de Pans.L'Italie y est l'hôte d'honneur, en 2002, dans un stand de 1,5 million d'euros (près de 2 M SCAN), remarquable par son architecture évoquant la salle de la bibliothèque palatine de Parme, éngée dans le style du XVIIIe siècle par l'architecte français Petitot.Le catalogue officiel promet un voyage plein de couleurs et d'émotions, mais ce qui retiendra l'attention tout au long de la semaine sera la sortie de Catherine Tasca, la ministre de la Culture et de la Communication de France, se scandalisant, en janvier dernier, à l'idée de se retrouver au côté du président du Conseil italien.Silvio Ber-lusconi, lors de la cérémonie d'inauguration du Salon, le 21 mars.(Notons, pour la petite Histoire, que le père de la ministre, Angelo Tasca, tut un membre fondateur du Parti communiste italien et l'auteur d'un essai intitulé Xaissance et ai
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