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Titre :
Recto verso
Recto verso est une revue bimestrielle engagée portant sur le monde du travail, l'économie sociale et la coopération internationale. Publiée de 1997 à 2004, elle fait suite à Vie ouvrière. [...]

Recto verso est une revue bimestrielle publiée à Montréal de 1997 à 2004. Résolument de gauche, la revue accueille des rédacteurs dont les préoccupations sont orientées vers la lutte aux inégalités sociales, la solidarité internationale et le développement de services publics de qualité.

Recto verso fait partie d'une longue série de publications incluant le Bulletin des aumôniers des mouvements spécialisés d'Action catholique (1942-1947), L'Action catholique ouvrière (1951-1957), Prêtre d'aujourd'hui (1958-1966), Prêtres et laïcs (1967-1973), Dossiers « Vie ouvrière » (1979-1990), Vie ouvrière (1979-1990), et VO (1990-1997), qui, en fusionnant avec Les Carnets de VO (1996-1997), devient Recto verso (1997-2004).

Recto verso s'adresse à un public scolarisé et engagé : intervenants et militants des milieux communautaires et syndicaux, journalistes, étudiants, recherchistes et, plus généralement, les individus préoccupés par les changements sociaux.

Le magazine est distribué gratuitement à 100 000 exemplaires.

« L'information dans une sacoche », Recto verso - Numéro spécial 50e anniversaire, no 293, novembre-décembre 2001, p. 28-29.

Éditeur :
  • Montréal :Revue vie ouvrière,1997-2004
Contenu spécifique :
janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • VO ,
  • Carnets de VO
Lien :

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Références

Recto verso, 2000, Collections de BAnQ.

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j« |H L'Acjdie S'MAWE e n Çii i n e V pour maintenir g\% des services M# éducatifs et de santé de qualité pour venir en aide aux plus démunis pour réviser le système fiscal *fes rev«^ pour abolir les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes pour obtenir une politique de plein emploi ECEO Lmdsay Tuimr.Liane Mercier et Michèle St-Cyr Sfo fouillé Soinl-leon Se pieporer à Iq ooursuile d'études nuancées tf à de nombreuses carrières^ ■ Le choix par excellence pour étudier et vivre en milieu bilingue au Canada  la Faculté Saint-Jean, Univeisitv of Albcrta, on retrouve une atmosphère intime, propice à l'étude, une résidence et une vie communautaire francophones dans une ville anglophone.Plusieurs bourses sont disponibles.Renseignez-vous! 1-800-537-2509 •- On offre les programmes suivants : • Baccalauréat es arts • Baccalauréat es arts spécialisé • Baccalauréat bilingue en administration des afïaires • Baccalauréat en éducation • Baccalauréat es sciences • Baccalauréat en éducation/ es sciences • Diplôme de perfectionnement en éducation • Maîtrise en sciences de l'éducation Venez vous placer avantageusement sur le marché du travail! £-.■*.ftxiM SeinHean Sésxleme Soinl-kon F \( l LTL SAINT-JEAN S lllli Mil M,Mil \lllll I .lllillll > Edmonton, Albcrta TbC 4G9 Tel : (780) 465-8703 fsj@gpu.srv.ualberta.ca wuni'.fsj millii rla ni fi£S5 l'niversitv of Albcrta Magazine indépendant d'information générale, Recto Verso examine les réalités socio-politiques, économiques et culturelles d'ici et d'ailleurs.Recto Verso cherche à comprendre et à rendre compte des transformations de la société, de ses acteurs et actrices, de ses structures et de ses influences.Publié depuis 1951, le périodique s'inspire depuis toujours des idées émancipatrices dans la perspective d'un plus grand pouvoir des citoyens-nes sur leurs conditions de vie et de travail.Les articles publiés dans RECTO VERSO n'engagent que leur-s auteurs-e-s .Conseil d'administration: Anne-Marie Bruneue.Michel Bussière, Jean-Guy Chaput, Marianik Gagnon, Françoise Guay, Clotilde Lemay, Lina Trudel.Comité de lecture: Andrée Belisle, Louis Bonneville, Louis Brillant, Anne-Marie Brunelle, Jacques Collin, Pierre Desjardins, Guillaume Dostaler, André Giroux, Isabelle Gusse, Ludovic Hirtzmann, )ean-François Iobidon, Nathalie Labonté, Lucie Régimbald.Coordination et développement : Anne-Marie Brunelle rédacteurs en chef: Daniel S.-Legault et Richard Bousquet Direction artistique et montage couverture: Daniel S.-Legault Direction de la production et secrétariat de rédaction: richard bousquet Promotion et distribution: Edith Tessier Gestion des abonnements et de la distribution, COMPTABILITÉ ET TRAITEMENT DE TEXTES: Ginette Gaudreault Représentation publicitaire: Claude Saint-Pierre (514) 523-5998.POSTE 22 Édition: Revue Vie ouvrière inc Mise en pages et graphisme: Composition Fleur de Lysée Correction d'épreuves: Raymond Langevin Impression: Imprimeries Transcontinental Fréquence de parution: 6 numéros par an Photo couverture: Daniel S.-Legault; Médaillon: photo Gunther Gamper Tarifs d'abonnement: Individu ou groupe populaire: 20$/an ou 32S/2ANS Institutionnel: 25S/an.Soutien: 32S/an étudiant ou sans emploi: 15s/an à l'étranger (par avion).individuel: 30s/an.institutionnel: 40s/an un numéro seulement: 4,00$ ttc Recto Verso est distribué dans plus de 1100 points de dépôt et par abonnements, A travers le Québec et la francophonie hors-Québec RECTO VERSO est membre de la SOciété de developpement des périodiques culturels québécois, et de l'Association des Médias Écrits Communautaires du Québec.Ses articles sont indexés dans le répertoire ANALYTIQUE DE PRESSE RePène.DÉPÔT LÉGAL À Ottawa et à la Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 1484-6586.Envoi de publication, enregistrement n 1325639 Parution: n°282, 1" janvier 2000 RECTO VERSO 1215, rue Visitation, bureau 101, Montréal (Québec) H2L 3B5 , TÉLÉPHONE: (514) 523-5998 f»itei circuler TÉLÉCOPIEUR: (514) 523-5812 ov recycler Numéro 282 janvier-février 2000 PAGE Portrait Jean-Marie Nadeau DE BONHEUR ET DE POLITIQUE Il a écnt Que /e tintamarre commence, une «lettre d'amour» aux Acadiens-nes de 175 pages.Il a été l'idéateur du Congrès mondial aca-dien, financé par le gouvernement à la condition qu'il n'en sort pas l'organisateur Beaucoup l'apprécient l'admirent ou le trouvent dérangeant mais jean-Mane Nadeau laisse très peu d'Acadiens-nes indifférents.PAG E Dossier L'ITINERANCE ETEND SES TENTACULES Concentrés-es dans les grands centres?C'est de moins en moins vrai.Le problème social franchit les ponts pour peupler la banlieue et ils-elles sont de plus en plus nombreux à tenter de vivre leur itmérance dans les villes de moyenne densité.Des problèmes économiques et sociaux les ont menés à la rue, le système D a tôt fart de leur apprendre les règles du jeu.où quêter dormir et manger La lutte à l'itmérance est.depuis longtemps, une priorité gouvernementale.sur papier Mot de l'éditeur et Courrier.4 Éditorial L'accessibilité du livre: lire a un prix.5 On apprend 83% par la vue Vie de couple.14 Carrefour de savoirs Cent ans de dimanche à Montréal: jour des seigneurs.16 Cinéma et télé: rapetissant sur vos écrans.22 Chronique insolente Pauvreté spontanée.24 Carrefour de pouvoirs Mondialisation et syndicalisme: syndiqués-es de tous les pays.40 Vox pop en Chine: ce que les Chinois-es savent de nous.47 Courtes et sucrées.50 4 Adresse électronique: rectoverso@videotron.ca Recto Verso offre la possibilité à des organismes communautaires d'informer ses lecteurs et lectrices Ces groupes sont entièrement responsables de leurs pages, tant sur le plan rédactionnel que graphique.Solidarité internationale:.38-39 Francophonie hors-Québec ., 43-46 janvier-février 2000 • A mari usque ad mare Dans un petit café de Vancouver, le local d'un groupe communautaire à Richibouctou ou la bibliothèque de Sault-Ste-Mane, vous êtes en tram de lire Recto Verso pour la première fois.Pour nos lecteurs et lectrices habituels, ça peut paraître de la science fiction, mais pour nous, il s'agit de l'aboutissement d'un projet de plusieurs mois.déjà, vous fartes de Recto Verso le plus important magazine communautaire indépendant au Canada.Grâce à un réseau de distribution unique, constitué de plus de I 100 endroits où se procurer le magazine, nous rejoignons des personnes intéressées par un éclairage original et différent sur les transformations de la société.VIGATION ULTRA-RAPIDE ACCÈS GARANTI EN TOUT TEMPS TEMPS D'UTILISATION ILLIMITÉ' LIBERE VOTRE LIGNE TELEPHONIQUE Pour vous abonner : Montréal: (514)281-6661 Outaouais: (819) 771-7715 ou 1 800 574- Autres ré 281-6661 http://internet.videotron.ca mriniO.com En effet, nous débutons l'année 2000 avec une distribution d'«un océan à l'autre», dans la francophonie canadienne.Nous accueillons ainsi près de 20 000 nouveaux-Iles lecteurs-nces hors Québec.En se joignant aux 165 000 Québécois-es qui nous lisent Nous vous convions à nous faire parvenir vos commentaires sur ce que vous lirez dans nos pages et à nous tenir au courant de ce qui se passe par chez vous.Bienvenue parmi nous et bonne lecture! ^ De ré-éducation L9 idée d'un «Revenu Universel Garanti» (ou «revenu de citoyenneté», «allocation universelle», peu importe) doit faire son chemin dans notre société.Et ce, pour plusieurs raisons Je dois dire, d'abord, que de votre côté, vous fartes le tour de la question d'une façon éclairante, en exposant bien les avantages et les «dangers» (si on peut employer cette expression) d'une telle mesure économico-sociale [ ] Personnellement je tendrais pour la solution de Chartrand.J'ai le sentiment que beaucoup de personnes pourraient se montrer très créatives dans leur vie quotidienne si l'occasion leur en était donnée.Pour ce, il faut lutter contre nos préjugés qui nourrissent l'idée, fausse a mon sens, qu'il faille «mériter» son salaire, qu'on n'art jamais nen pour rien, etc.discours un peu «néacto».Au contraire, il faut de la liberté pour amver à quelque chose d'intéressant, qui sorte de l'ordinaire, qui nous reSKmble un tant soit peu et ce n'est pas en «punchant» chez Fruit of the loom tous les matins de la semaine (quand ce n'est pas aussi la fin de semaine) qu'on peut amver à développer ses talents «cachés», talents qui pourraient peut-être encore mieux servir la société que de répéter inlassablement les mêmes gestes dans une shop de textile.[.] Chartrand tombe dans l'utopie marxiste quand il croit qu'une humanité «débarrassée» du travail aliénant de la société capitaliste devien- drai par le fart même, «créatrice» de ses propres valeurs, de son propre travail personnel, unifiant etc.Notre société vit depuis plus d'un siècle dans ce qu'on appelle la deuxième vague industrielle qui a façonné et transformé profondément ncs façons de vivre, de penser d'agir de travailler, etc.On ne se convertira pas à un auto» type de société du |Our au lendemain.^^^^^^ La solution n'est pas simple, comme tout ce qui a trait aux problèmes de société.çfailleurs Seulement cette solution, quelle qu'elle sort.quel que soit le genre de revenu garanti qu'on instaurera éventuellement, devra sûrement être appliquée graduellement car l'éducation {ou la né-éducation) au temps libre sera, à mon sens, nécessaire si on veut éviter les effets secondaires de cette mesure très légitime en soi.Mario Charland -Trois-Rivières Des fleurs ous tenons à vous féliciter de tout coeur pour votre magnifique magazine bien exprimé et illustré.% Dans le dernier numéro de novembre-décembre 1999, nous avons été vivement intéressés par le dossier «Formation continue et éducation populaire», de même que par l'article sur la mondialisation et le portrait de l'ex-etudiante de Polytechnique très engagée socialement.Gratitn Géllnas - Québec Roland Rowley - Loretteville Janvier-février 2000 Anne-Marie Brunelle L'accessibilité du livre Lire a un prix Pour une économie de quelques dollars sur le choix très limité de best-sellers en commerces grande surface, la population perd de plus en plus l'accessibilité aux fonds de librairie et aux services libraires, à Montréal et encore davantage dans les autres régions du Québec.Les travaux d'un nouveau comité d'étude, présidé par Gérald Larose, ont débuté en août 1999.Un rapport devrait être déposé d'ici juin 2000.Pendant ce temps, les librairies ferment.Un pantalon pour le petit dernier l'épicerie de la semaine, de superbes chaises de jardin (une aubaine.) et puis, pourquoi pas, la toute nouvelle autobiographie de Céline D.,ou encore le plus récent roman de MicheIT?«C'est tellement pratique et puis tellement moins cher.» Moins cher?Ça dépend comment on calcule et surtout qu'est-ce qu'on met dans la balance.Alors que les librairies tombent comme des mouches, un prix unique du livre est certainement une des solutions les plus efficaces, les plus rapidement applicables.Que le temps des consultations interminables cesse et qu'une volonté politique s'impose.Le livre québécois a besoin de plus que des déclarations d'amour et de roses.L'édition québécoise est extrêmement dynamique.Les maisons d'édition sont nombreuses -320 répertoriées - et diversifiées.De l'essai politique à la poésie en passant par le roman et le livre de cuisine, on en a pour tous les goûts.Selon des études de 1999, 4 500 titres québécois sortent annuellement Une moyenne de 86 livres paraît à chaque semaine.Un développement formidable et digne de mention.Sauf que les possibilités de les trouver risquent de se réduire comme peau de chagnn.Les librairies, le parent pauvre de la chaîne du livre, ferment à un rythme accéléré.15 d'entre elles ont cessé leurs activités seulement en 1999, au moins 42 au cours des cinq dernières années.Au cours des dernières années, le secteur du livre a subi des restructurations importantes, dont des fusions de méga-libraires et l'arrivée des grandes surfaces dans le marché de la vente.Les grandes surfaces - où on trouve de tout même.- se transforment en distributeurs pour des titres très vendeurs et «sans risque», comme le Livre des Records Guinness, le dernier roman de Mary Higgms Clark ou le dernier livre pratique à la mode.Une concurrence intenable pour les librairies traditionnelles tenues d'offrir une diversité de titres tout en maintenant un fonds.Un prix unique du livre - indépendamment du lieu où il est acheté - pourrait permettre de stopper l'érosion du réseau des librairies.l'état doit continuer d'intervenir Difficile de comprendre comment il se fait que cette question tarde encore à être réglée.Les libraires y voient une solution à leurs déboires actuels, l'Association des éditeurs s'est prononcée pour, les associations de consomma-teurs-nces sont aussi d'accord.Et ceux-celles à qui profite l'absence de régle- mentation ne semblent pas exercer une grande pression sur le gouvernement La part des livres dans le chiffre d'affaires d'un Club Pnce ou autre Zellers est minime.En contrepartie, le tort causé par ces gros joueurs aux librairies à travers le Québec est considérable.Après un Sommet du livre et de la lecture en 1998, après le dépôt en avnl 1999 d'un rapport décevant du comité chargé de proposer des solutions, difficile donc de comprendre les raisons derrière l'absence de volonté gouvernementale.Depuis 1981.une loi régit le marché du livre québécois.La Loi 51 avait pour objectifs d'assurer la diffusion et l'accessibilité du livre sur l'ensemble du territoire.Elle instaurait «l'agrément» des librairies.Seule une librairie agréée peut vendre aux collectivités (ministères, organismes publics et para-publics), ce qui l'assure d'un certain revenu.D'autre part la librairie agréée dort vendre des livres pour au moins 50 % de son chiffre d'affaires, au moins 300 000 $ de ventes aux particuliers-ères et tenir un fonds de 6 000 titres, dont 2 000 québécois.L'intention derrière la loi est toujours justifiée, mais les moyens mis en place ne suffisent manifestement plus.Fart surprenant, le principal reproche adressé au principe de pnx unique est qu'il ne résout pas tous les problèmes.Evidemment avec des marges bénéficiaires de 0.8 %, une multitude de nouvelles parutions à chaque année - alors que le niveau des ventes stagne -, le pnx unique ne peut répondre à tout II devrait être accompagné d'autres mesures.Notamment une révision des conditions de l'agrément et bien sûr les ressources humaines et financières gouvernementales pour faire appliquer la loi 51.janvier-février 2000 D'autres pays ont choisi de légiférer L'idée d'un prix unique n'est pas neuve.En Allemagne, par exemple, la loi sur le prix fixe du livre existe depuis 1888; une clause d'exception pour le livre est inscrite dans la loi sur les pratiques commerciales.Elle est respectée par la Suisse et l'Autnche, s'ap-phquant ainsi à l'ensemble de la zone linguistique germanique.La Grèce.l'Espagne et le Japon disposent aussi d'une loi sur le pnx du livre.PHOTO SERGE IONGUÉ La France a adopté en 1981 un système de prix unique, pour contrer la concurrence appliquée par les grandes surfaces comme la FNAC, mettre fin au régime du prix libre et conseillé et ainsi protéger la part de marché des librairies traditionnelles.La loi Lang autorise la fixation de deux prix de vente successifs: le prix de lancement et le prix régulier.Les résultats démontrent que cette mesure a permis de maintenir le réseau de librairies, sans réduire les parts de marché des grandes surfaces.L'idée n'est pas désuète non plus.Encore récemment la ministre française de la Culture, Catherine Trautman, défendait le principe du prix unique et proposait une politique du livre pour l'ensemble de l'Europe.«Le prix unique est un outil au service de la création et favorise une production exigeante et diversifiée.Son abandon provoquerait une réduction drastique de l'offre et une hausse des pnx pour la majorité des livres», déclarait-elle, en novembre dernier \|£ Elles ont fermé leurs livres.Liste des librairies ayant fermé ces dernières années: • Bas-St-Laurent: Librairie Bureau Service; Librairie du Fleuve; Librairie du Lac; Le Nordet.• Chaudière-Appalaches: Librairie G.L.•Côte-Nord: Librairie du centre enr.; L'Entreligne.• Estrie: Claude Payette; Bishop's.• Laurentides: Librairie Belles Lettres.• Laval: Aux Belles Pages; Le Bouquin; Garneau.• Montérégie: Champigny; La Clé des Champs; Guérin; L'Encrier; Librairie de Montarville; Lire la nature; Mille Feuilles; St-Pierre-Apôtre.• Montréal: Bibliauto; Champigny-Côte-des-Neiges; Champigny-Laurier; Coop Ahuntsic; Dépôt des éditeurs Maxi; Garneau; Iris; La Mouette rieuse; Renaud-Bray-jeunesse; Renaud-Bray-Bleury; Renaud-Bray-Peel; Pointe-aux-Trembles; Saint-Graal.• Outaouais: Village Cartier; L'Intérium.•Québec: Librairie du Beau-Port; Librairie Donnaconna; Librairie Garneau; Librairie Le 21.• Saguenay-Lac-St-Jean: Antonio Girard; Garneau.• Mauricie-Bols-Francs: Librairie Plus.Source: Association des libraires du Québec, mise à pur du 22 octobre 1999.janvier-février 2000 H ' ^B Personne ne connaît le territoire du Québec • ^^^B^l t ^JtB L^^b L^lv Lieux que nous Québec «h Ministère des Régions 17 millions de dollars, repartis sur cinq ans, pour la réalisation de projets par des coopératives ou des organismes sans but lucratif Objectif : création ou développe ment d'emplois durables axes sur la remise en état, le recyclage ou la revente de matières ou produits rebutes, comme les électrome nagers, les textiles, les meubles, les surplus ménagers, les résidus de construction, de rénovation, de démolition et les résidus dômes tiques dangereux PLAN D'ACTION QUÉBÉCOIS SUR LA GESTION DES MATIÈRES RÉSIDUELLES 1998-2008 PROGRAMME D'AIDI aux entreprises d' ■^^^F* E=3 œuvrant dans le secteur de la gestion des matières résiduelles Pour tout renseignement, contacter le Centre local de développement le plus près de chez soi ou consulter le «te Internet du ministère de l'Environnement à l'adresse suivante http //wvwwmefiv.gouvct< tê Québec Ministère de l'Environnement Texte: Richard Bousquet Photos: Gunther Gamper Jean-Marie Nadeau De bonheur et de politique L'Acadie s'marie ÀMoncton, le taux d'assimilation à l'anglais atteint 22%.«C'est une de nos contradictions: à la fois on a besoin d'une ville, à la fois cette ville pourrait nous tuer.» 8 m m ■ I se rend compte qu'il peut amener le che-%\ I val à la rivière mais qu'il ne peut le forcer à boire.Il n'a pas gagné tous ses combats mais il a réussi le principal», commente Raphaëlle, sa fille aînée.Son combat n'a pas encore été repris par l'ensemble du peuple acadien mais le bonheur et l'amour des membres de sa famille est un baume dans une période où ses états d'âme l'amènent à faire un certain bilan.«Cervantes a écrit son Don Quichotte de 55 à 65 ans.À 51 ans, j'ai encore du temps devant moi pour écrire mon second livre, un roman sociologique, philosophe l'Acadien Jean-Marie Nadeau.Je me repose un peu pour mieux continuer.Mais j'ai changé mon optimisme pour de l'espoir.L'optimisme c'est rendre l'impossible possible, c'est fou.L'espoir, c'est souhaiter qu'il ne soit pas trop tard.» Parler de bonheur sans Être «quétaine» En 1992, il a écrit Que le tintamarre commence, une «lettre d'amour» aux Acadiens-nes de 175 pages.«Mes seules motivations dans la vie sont celles d'être le plus heureux possible moi-même, afin de semer ce bonheur et le partager avec le maximum de gens.Mais comment parler aujourd'hui de bonheur d'amour, sans passer pour "quétaine"?C'est tout un défi, car le simple, le vrai s'expriment de plus en plus avec circonspection», racontait-il lorsqu'il a été nommé Acadien de l'année en septembre dernier.Si cette remise de la médaille A.M.Sormany par la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick a été couverte par le seul quotidien francophone de la province, il n'en fut pas de même en mars 1999, pour l'Ordre des francophones d'Amérique, remise ignorée totalement par les janvier-février 2000 «L'homogénéité du peuple acadien est un de ses plus grands dangers.Les mélanges, ça nourrit.» médias acadiens.Il a aussi été l'idéateur du Congrès mondial acadien1, financé par le gouvernement à la condition qu'il n'en sort pas l'organisateur Beaucoup l'apprécient, l'admirent ou le trouvent dérangeant, mais Jean-Marie Nadeau laisse très peu d'Acadiens-nes indifférents.Pour lui, carrière rime avec barrière.Il est présentement permanent syndical, mais il a précédemment tâté le journalisme, représenté les pêcheurs et des groupes de pression politique en Acadie.Entre 1978 et 1984, il a développé le logement social à Interloge dans le Centre-Sud et géré le personnel de la Clinique communautaire de Pointe Saint-Charles, deux quartiers montréalais.«Ayant le dogmatisme en horreur je fuyais les marxistes-léninistes de mon coin.Je me suis retrouvé à diriger leurs leaders à Montréal.» Les premiers boat peuple S'il a été Québécois d'origine acadienne, en exil, il demeure avant tout Acadien d'origine québécoise et brayonne.Il est reconnu comme Acadien lorsqu'il vient au Québec mais plusieurs Acadiens-nes, malgré sa naissance dans la région du Madawaska, ne manquent pas de lui rappeler les origines québécoises de ses parents: il n'est pas un pure lame.Jean-Mane Nadeau s'insurge: «Est Acadien celui ou celle qui choisit de l'être, d'épouser l'Acadie.Comme un Portugais ou un Haïtien qui choisit le Québec.Les nationalismes, quand ils se contentent d'être consanguins, ils deviennent sanguinaires.C'est le danger qui menace certains nationalistes québécois et acadiens.L'homogénéité du peuple acadien est un de ses plus grands dangers.Les mélanges ça nourrit.» Mais le Congrès mondial acadien a encouragé les réunions de famille, lui rappelle-t-on.«Elles étaient nécessaires.On a été les premiers boat peop/e de l'ère moderne.Des bateaux ont coulé avec I 600 personnes à bord.Près de 80 % des Québécois-es de descendance acadienne ignorent leurs origines.Un coup rendus au Québec, ils ont tu à leurs enfants qu'ils-elles étaient d'origine acadienne de peur que les vieux fantômes de la déportation les hantent, justifie-t-il.Les gens étaient séparés depuis 250 ans mais les réunions de famille ne devaient pas être qu'un repli sur soi et je déplore qu'elles aient contribué à une certaine ethnicisation du peuple acadien.» L'assimilation canadienne L'Acadie est également confrontée à un problème démographique: on y fait peu de bébés et l'immigration au Nouveau-Brunswick est essentiellement anglophone.Dans un rapport explosif déposé au Sénat en novembre dernier, le sénateur Jean-Maurice Simard exhortait les francophones hors Québec à recourir aux tribunaux pour obliger Ottawa à leur assurer de meilleurs services en français et le gouvernement fédéral à agir pour éviter la disparition de ces communautés francophones en créant un fonds de réparations historiques d'un demi milliard $.janvier-février 2000 Le taux d'assimilation des Acadiens-nes du Nouveau-Brunswick, 7 %, est plus faible que celui des autres communautés francophones mais demeure préoccupant II l'est d'autant plus lorsqu'on tient compte du déplacement - en croissance selon Nadeau - des populations rurales vers Moncton ou ce taux atteint 22 %.«C'est une de nos contradictions: à la fois on a besoin d'une ville, à la fois cette ville pourrait nous tuer C'est une course contre la montre.Mais même si la ville est majoritairement anglaise, le leadership économique de Moncton est de plus en plus acadien.C'est difficile de maintenir une langue si tu n'as pas les appuis communautaires et économiques nécessaires.» Economiques?«On n'a pas assez de millionnaires.Pour un homme de gauche, c'est drôle à dire.Attention, remplacer des capitalistes anglophones par d'autres crosseurs francophones ça ne m'intéresse pas.Mais si on regarde le financement de l'Université de Moncton et celle de Mount Allison à Sack-ville.ça fart toute la différence.On a accédé à une véritable modernrté sur le plan des institutions avec Louis Robichaud en i960.On a fait du chemin malgré tout en 40 ans.Il y a de plus en plus de jeunes Acadiens qui réussissent en affaires mais nous ne sommes que 235 000.le tiers de la population du Nouveau-Brunswick.» Québec-Acadie: à solidariser Jean-Marie Nadeau, solidaire des nationalistes québécois, se permet d'être critique: «Le Québec est trop nombnliste.Arrêtons de parler du maudit fédéral.Le nationalisme québécois s'exprime trop souvent par la négative.Une bande de têteux quant à moi.je suis tanné.Il faut renouveler le discours, trouver une façon de valoriser le concept d'autonomie, de souveraineté, pour qu'il arrête de faine peur» Sur le terrain des relations Québec-Acadie, il n'a pas non plus la langue dans sa poche.«Le Québec dort prendre le leadership de la francophonie nord-améncame, il a des devoirs d'accompagnement de connaissance.Les semaines de l'Acadie à Montréal, créées dans les années 80, n'existent pratiquement plus.Comment ça se fart que presque toutes les petites villes acadiennes sont jumelées avec des villes françaises et avec presque aucune au Québec?"!^/ Ontario vient produire en Acadie et parle de l'heure acadienne: pour le Québec on est encore une heure plus tard dans les Maritimes.» Selon lui.le Québec dort poser des gestes concrets de solidarité, «je reconnais que la Caisse de dépôt et de placement du Québec vient de discrètement s'installer à Moncton avec un petit portefeuille de 50 millions $.Ça c'est intéressant» Mais il faut être deux pour être solidaire, necon-nart-il.«Ça dort se faire dans l'acceptation de nos divergences, mais aussi de la reconnaissance de nos ressemblances.C'est à nous aussi, Acadiens-nes, de s'imposer et d'imposer notre respect tant Arméniens-nes de l'ère moderne «On est le premier peuple d'Europe à s'être installé en permanence en Amérique du Nord.Puis vint la déportation.On est les premiers Arméniens de l'ère moderne.L'Acadie.c'est un peuple itinérant, commente Jean-Marie Nadeau.Antonine Maillet dit que l'Acadie existe là où l'Acadien vit.Mais je pense que ce n'est pas suffisant de dire ça.C'est pour ça que j'ai développé le concept de l'Acadie de l'Atlantique et de la diaspora, incluant un million de Québécois et 8oo ooo frères et sœurs de la Louisiane dont îoo ooo parlent encore français.On est près de 3 millions d'Acadiens dans le monde.» Au Nouveau-Brunswick, l'Acadie couvre les régions du Madawaska, «celle qui se porte le mieux financièrement» à la frontière du Maine et du Québec; de Restigouche-Campbellton, «où René Lévesque est né, les femmes de New-Richmond venant y accoucher» au sud de la Vallée de la Matapédia; la péninsule acadienne à l'est, «la région la plus militante et nationaliste», et la région de Kent-Westmorland au sud, près de Moncton.Les Acadiens-nes de l'Atlantique se retrouvent également sur l'île du Prince-Edouard, en Nouvelle-Ecosse et dans le petit enclave de Port-au-Port à Terre-Neuve.janvier-février 2000 VS§8 11 par rapport à notre propre communauté anglophone qu'à l'intérieur de la francophonie.On veut contribuer aussi au renforcement du fait français au Québec.» Rajoutant, non sans un petit rictus amusé: «on le fait déjà très bien, avec un million de Québécois d'origine acadienne.» Dans une province réactionnaire Le syndicalisme est un autre domaine où Jean-Marie Nadeau tente de développer des rapports de communauté à communauté.«Je suis l'image acadienne à l'intérieur de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Nouveau-BrunswickJ'ai délibérément voulu travailler pour un organisme bilingue.Je voulais mieux connaître les Anglais progressistes.Ils ont un préjugé favorable aux Aca-diens-nes mais ils n'ont jamais été minoritaires», nuance-t-il.Des rapports syndicaux, il en développe aussi avec le Québec.«La vice-présidente de la FTQ a participé au dernier congrès annuel de la Fédération et Louis Roy, leur secrétaire général, est venu au Sommet parallèle de la francophonie en septembre.La FTQ étant membre du Congrès du travail du Canada, on a un lien organique, mais ce n'est pas le cas avec la CEQ et la CSN, où j'essaie de nourrir des liens personnels développés pendant mon séjour au Québec à la fin des années 70.» Ces liens ont déjà donné des résultats concrets.«La FTQ et le Fonds de solidarité nous ont aidés, par leur expertise, à mettre sur pied notre propre Fonds d'investissement des travailleurs et travailleu- ses du Nouveau-Brunswick.On est rendu à 3 millions et on devrait commencer à investir l'an prochain.» Le mouvement syndical en Acadie est également à l'origine du Front commun pour la justice sociale (FCJS).«C'est mon bébé.Ça regroupe environ 125 000 personnes, des travailleurs, des amis, des femmes.C'était une nécessité au Nouveau-Brunswick, une des provinces les plus réactionnaires.Avec la Nouvelle-Ecosse, ce sont les deux seules provinces à ne pas avoir une législation sur le droit d'avoir une première convention collective.On n'a pas de loi anti-scab, n'y pensons même pas.Au Québec, plusieurs pensent à tort que nous avons eu un bon premier ministre avec McKenna.Le taux de pauvreté a augmenté de 26 % et c'est en Acadie qu'on a les régions les plus pauvres du Nouveau-Brunswick» Créé en 1997, le FCJS regroupe des organisations communautaires, sociales, religieuses et syndicales, un peu à l'image de Solidarité populaire Québec.Combattant l'appauvrissement de la population, il suit de très près le dossier des parents de St-Sau-veur et St-Simon dans la péninsule acadienne.En mai 1997, désirant conserver leur école, 400 grands-parents, parents et enfants en marche vers l'église ont été matraqués et gazés par des agents de la GRC, selon toute vraisemblance.La Commission des plaintes du public contre la GRC a entendu plus de 300 personnes, 70 000 pages de notes.Le rapport rédigé par deux anciens policiers ontariens à la retraite tarde à sortir publiquement.MA GÉNÉRATION Plusieurs jeunes démissionnent devant l'adversité.Sa fille cadette a perdu quatre de ses amis dans les derniers mois.Ils fréquentaient tous la même polyvalente.La communauté acadienne est une des plus suicidaires, surtout chez les jeunes garçons.«Je pense que les hommes sont des tueurs d'hommes, à cause de la compétition à outrance.Il y a encore un gros fond de machisme dans nos sociétés et c'est pas les femmes qui vont régler ça.Il faut qu'on règle ça entre gars.Victime de notre propre désarroi, on aime mal nos enfants.Je porte un jugement sévère envers ma génération.» La sévérité de ce jugement s'applique aussi sur le plan politique.Après l'euphorie d'une grande victoire surprise, sa dernière expérience électorale 12 \fS3& janvier-février 2000 l'a laissé très amer.«En débarquant l'ex-mmistre de la Défense Doug Young, on a abattu un F-18 avec un Cesna shoppél Ce fut pour les Libéraux une claque sur la gueule, un coup très dur» Il a travaillé avec bien peu de moyens à la victoire d'une dizaine de candidats NPD dans les Maritimes lors des dernières élections fédérales à titre de président provincial du comité de planification électorale.Le désenchantement a suivi avec le départ pour le Parti conservateur, d'Angela Montour, femme de la base et vedette populaire montante issue du milieu communautaire acadien.«C'est une grande dame qui n'a pas toujours eu la vie facile mais ce n'est pas une politicienne.Elle a accéléré mon processus de fatigue mentale.Je ne lui en veux pas mais ça pâlit davantage l'image des politiciens, c'est triste pour elle.» L'acadie renouvelée Il a relu récemment son premier livre, sa lettre ouverte au peuple acadien, publié en 1992.«Si j'avais à le réécrire, les principales idées, de générosité, d'amour de ce peuple seraient là mais je ne pensais pas que j'insistais autant sur le concept de création d'un parti acadien.» Il comprend mieux pourquoi des jeunes l'appellent encore à ce sujet «Je ne crois plus à l'instrument mais je pense qu'on serait maladroit de laisser tomber l'idée.Je n'ai plus cette énergie actuellement mais si des jeunes repartaient un parti acadien, il y a des bonnes chances que je ne sois pas loin.» Jean-Mane Nadeau rêve encore de faire du journalisme.Son passage à L'Acadie Nouvelle en 1989-1990, qui a précédé l'écriture de son livre, a été court mais marquant.Directeur de l'information, rédacteur en chef et éditorialiste du seul quotidien francophone du Nouveau-Brunswick.Le journal négociant sa première convention collective, il a été remercié de ses services pour avoir refusé de publier un numéro où seul le point de vue patronal aurait été exposé.Il avait promis aux journalistes de la boîte qu'un point de vue ne serait pas publié sans l'autre.Il a tenu parole.Aujourd'hui, il aimerait devenir chroniqueur, en Acadie et au Québec à la fois.«Un Acadien réfléchissant sur le Québec et présentant l'Acadie aux Québécois.» C'est ce qu'on appelle avoir de la suite dans les idées! vfi / Pour la première fois depuis I 755.un appel mondiol était lancé pour réunir /es Acodiens-nes, en / 994 à Moncton.puis l'été dernier en Louisiane.Le prochain Congrès est prévu pour 2004 en Nouvelle-Ecosse Sa famille: un noyau dur Jean-Marie Nadeau a rencontré Béatrice, la Française de sa vie, en jouant au hockey à Avignon en 1971.Elle est actuellement secrétaire administrative pour l'Association des artistes acadiens professionnels du Nouveau-Brunswick.Ils ont eu trois filles: Raphaëlle, 24 ans, l'aînée, fait une maîtrise en anthropologie à Montréal, Marie-Pierre, 21 ans, la nomade, termine un bac en art dramatique à Moncton et Sarah, la cadette âgée de 17 ans, fréquente la polyvalente de Moncton.Le sachant marginal dans tout ce que Jean-Marie entreprend, ses amis-es ne pariaient pas fort sur la longévité de leur couple.«Nos rapports égalitaires et le fait que Béatrice a toujours épousé le combat acadien nous ont permis d'être encore ensemble 28 ans plus tard.De plus, elle m'a donné le contrat de vivre plus longtemps qu'elle.» Son combat pour le peuple acadien, ses filles aussi l'ont épousé, malgré qu'il n'ait pas toujours été simple de vivre avec un père qui mettait l'Acadie et sa famille sur un même pied.Raphaëlle raconte: «Il fait de la culpabilité face à sa famille, de ne pas avoir toujours été assez présent.Sa vie publique a pris beaucoup de place dans sa vie privée mais on ne lui en veut pas.Il m'a inculqué des valeurs de justice sociale.Il m'a appris qu'il faut se battre pour ce que l'on croit, que ce n'est pas l'argent qui doit mener le monde, qu'il faut vivre de façon décente dans sa langue, avoir les moyens d'avoir des enfants et de tes nourrir, de travailler sans se faire exploiter.Je l'adore, c'est mon idole.» Selon lui, le Québec doit poser des gestes concrets de solidarité.janvier-février 2000 VS§8 13 Vie de couple Photo : Denis Rioux ' -^-_Le Canada i a Francophdrfl à Ottawa-Hull pour les IV" Jeux de la Francophonie du 14 au 24 juillet 20 www.jeux2001.ca Gouvernement Government du Canada of Canada car pages socio ur cultu OIRS Stéphane Batigne Cent ans de dimanche à Montréal Jourdes Les dimanches ont changé de vocation.Longtemps VUS COMME UN TEMPS D'ARRÊT DANS LE travail, ils n'en sont pas un pour la vie sociale.Les dimanches ont témoigné, à travers le siècle, de changements majeurs: repos, réjouissances, animation dans les parcs et espaces publics, religion, intériorisation, vie et visites familiaLES, commerce.Cette histoire populaire est peu ÉCRITE, SINON EN ANECDOTES.LES DIMANCHES ONT CHANGÉ DE RÔLE ET D'UTILITÉ.Un dimanche d'hiver.Au coin de la 13e Avenue et de la rue Beaubien, dans le quartier Rosemont à Montréal, la neige s'est accumulée contre les portes closes de l'église Saint-Eugène.Le clocher qui se dresse vers un ciel incertain demeure résolument silencieux.Il n'y aura pas de service religieux ce matin.«Les paroisses ont fusionné», explique une résidante du quartier Liliane Champagne.77 ans.«Il n'y avait plus assez de monde à la messe, plus assez de curés.Maintenant, l'église est à vendre et c'est une association de randonneurs qui s'y réunit.» Tout cela est dit sans amertume excessive, comme une constatation que le monde a changé, que le caractère spirituel du dimanche ne va plus de pair avec la religion.Pique-nique à l'île Sainte-Hélène.Années 1900.Depuis le décès de son mari, il y a une trentaine d'années, Mme Champagne ne fréquente d'ailleurs presque plus les églises.Trop de travail, élevant seule ses enfants, et puis aussi un certain détachement de la pratique religieuse.Enfant et plus tard jeune mariée dans les années 40, elle n'aurait pourtant pour rien au monde négligé ses devoirs de paroissienne comme l'immense majorité des Ca-nadiens-nes français-es.Et 16 pas seulement par dévotion.Sur le parvis de l'église, le dimanche matin après l'office, les gens échangent les dernières nouvelles de la communauté, ils-elles existent socialement.Mais la pratique religieuse, comme bien d'autres traditions, s'est dissoute dans la modernité.Endimanchés-es de toiles d'araignées «On allait à la messe en famille, tous ensemble, les parents et nous six, se rappelle Ghislaine Poirier, dont l'enfance s'est déroulée dans les années 50.Je portais ma robe du dimanche, une belle robe avec un chapeau et des dentelles, confectionnée par ma grand-mère et qui avait déjà été portée par mes sœurs aînées.Elle ne servait que pour la messe et je la retirais dès qu'on était rentrés.à moins qu'on ait de la visite.Dans ce cas, on passait l'après-midi avec nos habits du dimanche.C'était important pour nos parents: ce jour-là, ils montraient leur famille et on devait être impeccables!» En écho aux sou-janvier-février 2000 'm- l ■&- ***** j Rue Saint-Hubert, début du siècle.ARCHIVES NATIONALES DU QUEBEC FONDS CONRAD POIRIER Le parc Dominion vers 1912.ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC À MONTREAL venirs de sa fille, Raymond Poirier évoque sa propre enfance, dans les années 20: la messe de huit heures en famille.«La grasse matinée, on la faisait le samedi».D'une génération à l'autre, les rituels entourant les dimanches matin n'avaient guère varié.Même continuité pour les repas dominicaux.Pour dîner ou pour souper, la réunion familiale autour d'une bonne table faisait partie des moments forts du dimanche.«Chez l'un de mes oncles ou chez nous, on faisait cuire un gros rôti de bœuf de 20 livres, raconte Raymond Poirier.Il y avait aussi des tartes et des gâteaux.» Le menu pouvait varier selon les familles, le gigot d'agneau remplaçant le rosbif, mais l'essentiel demeure: le repas du dimanche constituait l'événement familial par excellence, propre à resserrer les liens et à mener aux réjouissances.Raymond se souvient ainsi des concerts de musique qui se tenaient tous les dimanches: sa mère au piano, ses oncles aux violons et tous, enfants comme adultes, à la turlutte! «Les enfants n'étaient jamais de trop, msiste-t-il.Ils faisaient vraiment partie de la famille.» Les rassemblements familiaux n'ont certainement plus la même fréquence aujourd'hui, mais le plaisir du bien manger le dimanche ne s'est pas démenti.Après sa grasse matinée sacrée, Patricia Viannay, 30 ans, qui vit à Montréal loin de toute famille, néglige rarement de confectionner sa tarte aux pommes hebdomadaire.Ses amis-es le savent bien et sont les bienvenus-es autour de la table.Pour d'autres, repas et repos dominicaux se conjuguent sous la forme d'un brunch paresseux pris dans un des nombreux restaurants et cafés qui ne cessent de rivaliser pour attirer cette clientèle.Mais le repas gourmand au restaurant n'est pas l'apanage de cette fin de siècle.Il y a 50 ans déjà, Marcelle Allard rejoignait son man, employé au Musée canadien, à la fin de son service, et ils s'attablaient dans un établissement de Côte-des-Neiges avec leurs deux enfants, pour l'un des moments privilégiés de leur semaine.ROMPER Aujourd'hui.Ghislaine Poinera48 ans, deux grands enfants qui volent de leurs propres ailes et un emploi qui l'occupe à plein temps du lundi au vendredi.Samedi et dimanche sont des jours de congé, mais ils n'ont pas pour elle une signification identique: sans s'imposer un rrtuel particulier elle conserve pour le repos du dimanche un respect indéfectible.Pas question par exemple de faire des courses! «Pour moi, c'est un jourtrès différent des autres.Je ne me donne pas de contraintes d'horaire le dimanche, je profite de mon temps libre pour écouter de la musique, pour me promener à bicyclette, pour aller à la campagne, pour téléphoner à ma mène, pour faire mon courrier pour lire.» Au nord du parc Lafontaine.Années 20.Soirée de danse au Montréal Sailor's Institute.1952.PHOTO : FRANK ROYAL.ARCHIVES PUBLIQUES CANADA janvier-février 2000 Vbss 17 Hédoniste et individualiste, cette conception moderne du repos hebdomadaire n'a plus qu'une très lointaine ressemblance avec celle qui prévalait il y a une quarantaine d'années.C'est pourtant la même motivation - se détendre, se ressourcer se reposer avant une nouvelle semaine de travail - qui la dicte.Car au-delà des transformations sociales, un fait demeure: malgré l'ampleur des déréglementations, la plupart d'entre nous ne travaillons toujours pas le dimanche.Et même si nos rythmes de travail n'ont plus rien de commun, ou presque, avec les semaines de six jours (et de 60 heures) du début du siècle, cette coupure régulière s'avère tout aussi indispensable.Le congé dominical n'est pas une histoire récente.En l'an 321 l'empereur Constantin a décrété que le dimanche serait désormais jour chômé.Plus près de nous, le Parlement canadien adoptait en 1906 la «loi du dimanche», interdisant tout travail le dimanche, excepté pour quelques professions dûment répertoriées.Inspirée par des motivations religieuses et sociales, cette législation n'a pourtant jamais cessé d'être remise en cause par les employeurs.En 1970, la sociologue Jacqueline Massé notait ainsi que, selon les propriétaires d'usines de pâtes à papier québécoises, «la suspension de la production le dimanche place le Québec dans une position très défavorable sur le marché», alors qu'une déréglementation «favoriserait les investissements et augmenterait le nombre de travailleurs» '.Un discours qui n'a guère changé depuis: seul le mot «mondialisation» s'y est ajouté.Si le repos dominical conserve encore son caractère sacré aujourd'hui, une brèche importante a été ouverte en 1992 avec l'adoption de la loi autorisant l'ouverture des commerces le dimanche sous certaines conditions.Cet assouplissement législatif ne concerne qu'une minorité d'employés-es, mais son impact social est bien plus important.Désormais, le dimanche est aussi considéré comme un jour de magasinage et la recherche d'un peu de farine ne prend plus la dimension aventureuse - et quasi criminelle - des années 30, alors que Marcelle Allard était adolescente.«Le dimanche, l'épicerie était fermée avec un cadenas, raconte-t-elle.Une fois où j'avais vraiment besoin de farine, l'épicière m'a fait passer par-derrière et m'a donné deux tasses de farine.Mais c'était interdit et très grave.Il n'aurait pas fallu qu'on se fasse prendre.» Repos, tramway, dodo Les femmes d'avant la révolution féministe n'exerçaient généralement pas un travail rémunéré, mais le repos dominical avait pour elles un sens bien particulier Jusqu'aux années 60, les familles comptaient une ribambelle d'enfants et Un dimanche sur le Mont-Royal.le concept de garderie relevait de la science-fiction.Dans l'immédiat après-guerre chez les Poirier la mère de Ghislaine avait droit à sa sieste dominicale pendant que les enfants accompagnaient leur père en promenade.«Mon père n'avait pas d'auto, alors il nous emmenait en tramway jusqu'au terminus Craig, raconte Ghislaine.Là, on restait dans la voiture et on remontait dans l'autre sens.Ce n'était qu'un aller-retour mais ça nous plaisait de regarder les 18 ^38 Inauguration du pont du Havre en 1930 maintenant appelé Jacques-Cartier gens, les grandes rues et les magasins.» Dans la famille Allard, entre les deux guerres, la mère de Marcelle pouvait quant à elle se détendre un dimanche sur quatre: tandis que la plus âgée de ses filles s'occupait de ses I 3 frères et sœurs plus jeunes, son mari l'emmenait en visite chez ses parents, deux rues plus loin.En 1946.seuls 200 000 véhicules de tourisme circulaient sur les routes du Québec.Avant la démocratisation de l'automobile, l'espace de référence n'était pas la province ou la région, ni même la ville.Le quartier et le bout de rue, avec leurs repères bien connus et leur échelle humaine, constituaient le territoire naturel.Les promenades dominicales ne menaient donc jamais très loin.Marcelle Allard se souvient de sa première sortie hors de l'île de Montréal, à l'été 1937.Son fiancé l'avait emmenée à Sainte-Rose, sur l'île Jésus voisine.Elle avait alors 2 I ans.Liliane Champagne évoque avec plaisir janvier-février 2000 les pique-niques familiaux à Cartierville dans les années 20-30: «On prenait le tramway n° 5 sur Christophe-Colomb.À partir de Crémazie, c'était la campagne: il y avait des arbres partout et le tram prenait de la vitesse.On adorart ça.On pique-niquart dans les champs, sous un arbre.La grand-mère avait fart des pains.» D'autres fois, le pique-mque du dimanche se déroulait au bois de la Réparation, où des moines prêts à donner la confession à qui le désirait circulaient sur les sentiers, ou encore sur l'île Sainte-Hélène, que le pont Jacques-Cartier, inauguré en 1930, permettait d'atteindre à pied en quelques minutes.De Sohmer A Belmont Jusqu'à son incendie et sa disparition en 1919, le pane Sohmer constituait l'un des lieux de distraction les plus fréquentes à Montréal: spectacles de vaudeville, exhibition d'hommes forts, concerts, ménagerie, buvette, carrousel et même réunions politiques attiraient des milliers de personnes au bord du fleuve, au sud de l'emplacement actuel de Radio-Canada.«Ça coûtait rien qu'un pauvre petit dix cents pour entendre l'orchestre de monsieur Lavigne.raconte Jean Narrache.Ça fart que, quand j'avais le cœur affamé de musique, j'avais rien qu'à me passer de ma bean pis mon café et j'étais en argent pour aller au parc Sohmer.» Plus proches, donc plus accessibles, les parcs de quartier ont fait leur apparition dans les années 20 et 30.Quelques-uns ont été créés grâce à la succession de l'avocat philanthrope Charles S.Campbell, mais la plupart sont nés pendant la crise économique, alors que le maire Camillien Houde cherchait désespérément à donner du travail aux milliers de chômeurs de la métropole en leur faisant construire d'innombrables lieux publics.Le frère Ma-rie-Victonn résume l'intérêt des espaces verts en disant de son Jardin botanique qu'il est «un refuge pour les petites gens qui ne peuvent fuir la grande ville».Au parc Lafontaine, aménagé à la fin du siècle dernier, les deux lions reçus en cadeau par le maire Médénc Martin en 1924 figurent parmi les attractions de la ménagerie, qui compte aussi des singes et des alligators.En été.les familles se paient un tour de gondole sur son étang, tandis que ses pentes enneigées attirent les amateurs de traîne sauvage en hiver.«Mon père nous emmenait souvent au parc du Mont-Royal, le plus proche de chez nous, se rappelle Ghislaine Poirier On passait des heures à jouer autour des lions du mo- Les derniers tramways.Années 50.ARCHIVES DE LASTCUM nument à Cartier À tel point que je les ai complètement intégrés dans mon imaginaire.» Des vues À la TV Et lorsque de simples statues ne suffisaient pas à distraire, il ne manquait pas d'opportunités de divertissement à Montréal.«Depuis la première projection publique d'Aménque du Nord, réalisée en 1896 sur le boulevard Saint-Laurent Montréal s'est passionnée pour le cinéma, rappelle Bernard Vallée, responsable de l'organisme L'Autre Montréal.Malgré l'opposition du clergé pour les spectacles en général et ceux du dimanche en particulier, la fréquentation des salles obscures n'a pas cessé de croître, même après l'incendie du Laurier Palace en 1927, lorsque 78 enfants ont péri.» En fart, le déclin des lieux de spectacle dans les années 50 n'est pas lié aux campagnes de tempérance de l'Église, mais bien à 1'appantion de la télévision dans les familles montréalaises.Entre 1953 et 1960, la proportion de foyers possédant un téléviseur est ainsi passée de 10 % à 86 % au Québec.Avec les conséquences qu'on imagine.Selon Bernard Vallée, le taux actuel de fréquentation des cinémas vient tout juste de retrou- ver son niveau de 1952.sort l'année où la télévision est apparue.«On ne regardait pas la télévision pendant la semaine, seulement le dimanche, raconte Ghislaine Poiner II y avart une émission qui s'appelait Papa a raison, qu'on regardait tous ensemble en famille.C'était comme si on voyait notre propre famille dans un miroir.Plus tard, lorsque j'étais adolescente, il y a eu les Beaux dimanches.Lorsque j'entendais le thème musical de l'émission, ça voulait dire que le dimanche était fini.Je pensais alors: «Ah non, pas l'école!» Maintenant je me dis que le Wues du dimanche fart aussi partie de son charme.» *C / Tiré de la revue Sociologie et sociétés.Canicule d'été.janvier-février 2000 VB§8 19 20 septembre 1999, 14 heures.Moteur ! Vous désirez faire l'acquisition d'un véhicule moteur ?Consulter le RDPRM est plus sûr.Vous avez l'intention d'acquérir une automobile, une motocyclette, une habitation motorisée, une motoneige, un véhicule tout terrain, une caravane ou une semi-caravane, une maison mobile, un bateau, une moto marine, un aéronef ?Vous voulez savoir si ce bien est hypothéqué, déjà loué ou, encore, affecté par une réserve de propriété ?Prenez contact avec le Registre des droits personnels et réels mobiliers, le RDPRM.Vous pouvez avoir accès à cette information par Internet ou par téléphone.Vous vendez à tempérament, louez et financez l'acquisition de biens mobiliers ?Vous devez les inscrire au RDPRM.Si vous vendez à tempérament un ou des biens mobiliers énumérés ci-dessus, ou de tout autre bien acquis ou requis par une entreprise, si vous les louez ou, encore, en financez l'acquisition, vous devez désormais prendre contact avec le Registre des droits personnels et réels mobiliers, le RDPRM, pour inscrire les droits qui affectent le bien en cause (hypothèques, réserves de propriété résultant de ventes à tempérament, droits résultant de baux de location de plus d'un an, facultés de rachat résultant de ventes à réméré ou à condition, droits de propriété du crédit-bailleur).Les droits qui touchent des biens mobiliers vendus, loués ou financés avant le 17 septembre 1999 devront être inscrits au cours de la prochaine année.C'est donc dire que, durant la prochaine année, le consommateur devra demeurer vigilant et vérifier auprès de son vendeur si le bien qu'il désire acquérir est libre de toute charge.Des frais seront exigés pour la consultation et l'inscription.RDPRM Registre des droits personnels et réels mobiliers Montréal : (514) 864-4949 / Québec : (418) 646-4949 Sans frais 1 800 465-4949 □ Gouvernement du Québec www.rdprm.gouv.qc.ca /^V.AU^w- BB Ministère de la Justice V_/yi V- Ls V_ V„ B B p ouvre [ UÏJJ) *zœm Nus de 1100 points de dépit à travers le Québec et le Canada francophone pour vous procurer votre exemplaire gratuit^ • sa Vous êtes intéressés à devenir un point de dépôt pour le magazine Recto Verso?Nous vous fournirons un présentoir et 50 exemplaires à chacune de nos parutions.Pour plus d'information n'hésitez pas à communiquer avec Edith Tessier, (514) 523-5998, poste 24.; A L'ÉTRANGER ■ intègres dans le pr > encadres, pris en charge et par I Université Laval ' accroissement de la mobilité internationale des étudiants ' programmes d'études comportant tous un profil international ' ententes de réciprocité avec des universités de plus de 55 pays dans le monde ■ œuvrant au sein de réseaux UNIVERSITÉ LAVAL www.ulaval.ca 418 656*2764 1*877'7ulaval (poste 2764) DOSSIER: Les vraies attrapes de la langue PORTRAIT: Gabor Szilasi Les paysages humains du Québec Aide domestique: pas encore sur le pilote automatique Visite de la communauté kurde montréalaise à lire dans la prochaine édition mars-avril 2000 L^Mk Vous ne payerez que les fra s de poste et Nom lln^rJ'i de manutention (toutes taxes incluses) : Adresse IfqfKf»; Abonnement individuel Étudiant et sans emploi 20S 15S I^^^^L Bra^^-ar W^f Abonnement institutionnel Extérieur du Canada 25$ 30$ Code postal Paiement inclus: Tél.: Vous ne voulez pas prendre le risque de rater un numéro de Recto Verso?Faire parvenir votre chèque ou man ■ dat-poste à : Revue Vie Ouvrière Inc.121s rue Visitation, bur.101 Montréal (Québec) H2I3B5 tél.(514) 523-5998 Pierre Demers Cinéma et télé Rapetissant sur vos écrans La très excellente télésérie Le royaume, du réalisateur Lars Von Trier, présentée ià parTéléQuébec, prouvait que la télévision n'est pas confinée au nivellement sans imagination.PHOTO : COURTOISIE TÉLÉ-QUÉBEC 22 Le cinéma et la télévision au Québec siphonnent plus de 600 millions $ de fonds publics et privés par année et en génèrent tout autant.Mais c'est la télévision qui fixe les règles du ieu et distribue les cartes.Le pire effet des récents scandales autour des crédits d'impôt à la production serait que les gouvernements retirent leur support, ls devraient plutôt l'utiliser pour favoriser un développement moins commercial du cinéma.Le cinéma est le trésor de guerre de la télévision.— Serge Daney, dans Le salaire du zappeur Les organismes d'État qui subventionnent la majorrté des films et des émissions de télé ont dû adapter leur appellation à la domination du petit écran sur le grand.La source fédérale s'appelleTéléfilm Canada.D'abord la télé, ensuite le cinéma, par ordre d'importance économique.La source québécoise, plus discrète et moins pourvue, la SODEC, la Société de développement des entreprises culturelles, tente de tout englober à la façon québécoise.Tourner des films au Québec, c'est donc, avant tout, monter une entreprise.Une quoi?«Une unité économique de production de biens ou de services», dit le Multidictionnaire.C'est clair.Le vocabulaire fait référence a la culture d'entreprise, pas à la culture des créateurs-nces.Ce virage du cinéma québécois vers l'économie de services et vers la domination de la télévision s'est fait au milieu des années 80.Dans tous les programmes d'aide de Québec et d'Ottawa, une clause incontournable y est inscrite, «le projet doit être accompagné d'une lettre d'engagement financier d'un télédiffuseur admissible».Si le télédiffuseur refuse, le projet de film est mort-né."* Les liens officiels se sont tissés systématiquement entre professionnels-les de la télé et du cinéma L'année 1989, par exemple, semble marquer un tournant Cette année-là, le Regroupement des distributeurs télévision spécialisé dans l'importation et l'exportation de produits télévisuels est fondé.L'Association des réalisateurs télé et celle des producteurs cinéma signent une première entente collective touchant le long métrage dramatique produit au Québec pour les salles et la télévision.Télétîlm Canada les néunt à Montebello pour débattre des grandes problématiques qui marqueront l'industrie cinématographique et télévisuelle des années 90.Une formule miracle en ressort il faut produire pour la télévision et les marchés étrangers afin de rentabiliser les investissements."—">|^ Pour faire une histoire courte Les télédiffuseurs fixent la plupart du temps les sujets, le format et la durée des films.Souvent les films sont montés en deux versions: une longue de 90 minutes qui reste bien souvent sur les tablettes janvier-février 2000 du distributeur et une courte de 52 minutes (8 minutes de publicité par heure obligent) pour la télé.En se réservant la priorité de la diffusion, la télé finira par limiter à sa plus simple expression la diffusion cinématographique des films québécois dans le circuit communautaire et régional.Enfin les télédiffuseurs jugent si le projet mente un budget lourd ou léger en décidant ou pas de le montrer à une bonne heure d'écoute.Mais par contre, la télévision offre en retour aux cinéastes et à leurs producteurs un public large - des milliers de specta-teurs-nces - qu'ils ne pourraient jamais rejoindre sur grand écran.Un public captif facile à cerner par une campagne promotionnelle de quelques jours à la télé, évidemment Et en pnme, la possibilité de vendre des minutes publicitaires pendant sa télédiffusion.La télévision bouscule et accélère les pénodes de tournage en limitant les jours de tournage et impose le rythme et le modèle télé.Par exemple, pour le documentaire, elle pnvilégie le recours à des spécialistes pour discuter des sujets et réduit les tournages extérieurs au minimum à cause de leur coût élevé.Elle encourage le documentaire de studio, parfois guidé par des ammateurs-nces de télévision.Pour la fiction.elle impose des acteurs-nces déjà reconnus au petit écran.Elle force les cinéastes à opter pour des genres qui se vendent bien à la télé (comédie, policier mélodrame), délaissant le cinéma d'auteur-e.Parfois, mais rarement, certams-es cinéastes résistent et signent lls-elles évitent les modes de l'heure.Ils-elles arrivent avec des choses nouvelles à dire et surtout avec une manière personnelle de le dire.C'est le cas du dernier film de Richard Desjardins et Robert Mondene, L'Erreur Boréale.C'est un film qui a été tourné pour la diffusion télévisuelle, mais sans compromis.D'abord produit à l'Office national du film, le film a été détourné vers un producteur privé, l'ACPAV, par les réalisateurs qui voulaient conserver leur autonomie editonale sur les propos du film.L'ONF exigeait un droit de regard sur le contenu du commentaire.Les cinéastes ont résisté.Le tournage a duré quatre ans.Les cinéastes ont janvier-février 2000 imposé leur rythme de tournage et leurs conditions de filmer en toute liberté.Le film est sorti à la télé - sur les ondes de TéléQuébec et de Radio-Canada - à des heures de grande écoute, et a aussi été diffusé dans le circuit parallèle de cinéma dans toutes les régions du Québec.En ce début de l'année 2000.il continue de circuler dans les régions avec discussions animées par les cinéastes eux-mêmes.Ses propos ont provoqué un large débat public.Le film a servi à la fois à la relance d'un cinéma québécois politique qui ne se souvenat plus de ses moments de gloire, et a secoué une télévision d'information trop souvent docile.Un peu de ménage dans les politiques d'aide à la télévision et au cinéma ferait sans doute du bien.C'est l'avis de Claude Forget directeur de la maison de distribution Cinéma Libre, dont les films se retrouvent à la fois à la télévision et sur le grand écran.C'est lui qui a distribué l'Erreur Boréale.«On a besoin d'une politique intégrée d'aide au cinéma qui tienne compte de toutes les fenêtres de diffusion et d'exploitation, tout en respectant la vision des auteurs de films.Pourquoi les cinéastes québécois ne pourraient-ils pas faine des oeuvres pour la télévision qui respectent leur personnalité cinématographique au lieu de se plier à faire des télé-films la plupart du temps calqués sur des modèles américains?C'est possible dans d'autres pays.Le cinéaste danois Lars Von Trier réalise une série télé Le Royaume sans trahir sa vision et son style.Comme David Lynch l'a fait avec Twtn Peaks.» La télévision ne pourra jamais remplacer le cinéma, faute de temps pour saisir le réel.Nos cinéastes ont besoin de rester eux-elles-mêmes quand ils-elles passent au petit écran.Simplement Comme Richard Desjardins.Imaginez trois ou quatre Erreur Boréale par année à la télévision?Imaginez que la télévision se mette à réfléchir réellement sur notre réalité?Imaginez.«£ ILLUSTRATION : ÉRIC HALLYNCK VBS8 23 Nicole Brais Pauvreté spontanée Les enfants, en devenant une denrée rare (en Occident, je parle), ont pris bien de la valeur et justifient bien des déboursés.Leurs parents veulent leur bien et dépensent le leur en écoles privées, en accessoires hi-tech, en cours et gadgets multiples pour en faire des produits compétitifs.Nos gouvernements en font une clientèle cible.On investit dans le capital humain en oubliant souvent que l'humain est capital, mais ça, c'est une autre histoire.Bon.Expliquez-moi alors comment il se fait que dans le meilleur pays à vivre, celui qui se classe au top des palmarès internationaux, on s'insurge régulièrement contre la pauvreté des enfants (sic).On s'apitoie - avec raison - sur ces petits qui arrivent à l'école le ventre vide dans un monde où, par ailleurs, l'enfant est roi.Moi, c'est pas mêlant, les cheveux me défrisent ben raide.Pas pour la même raison que ceux-celles qui braillent des larmes de crocodiles sur les enfants qui en arrachent (re-sic), qui décrochent de l'école et du système.Comme s'il s'agissait d'une génération spontanée, d'une gong de bébés éprouvet-tes nés de pères et de mères inconnus, jetés dans la rue et laissés à eux-mêmes, des itinérants en couches, un coup parti.On ne veut surtout pas faire de généalogie, en faisant de ces enfants éprouvettes les rejetons légitimes de parents éprouvés par les sauvages mises à pied, coupures dans l'assurance emploi et l'aide sociale.Voyons donc! Aucun rapport, surtout pas de causes à effets.Les enfants pauvres sont des victimes, jusqu'à environ 15 ans.Au delà, ils deviennent moins sympathiques: ce sont des irresponsables, des paresseux, des profiteurs du système.Surtout pas des gens qui se feraient un plaisir de nourrir eux-mêmes leurs enfants.Pendant que Monsieur Chrétien se masturbe (laissez-moi en jouir un peu, dixit lui-même) avec ses surplus budgétaires engraissés à même la caisse d'assurance emploi, les enfants (sic-sic-sic ad nauseam) crèvent de faim, v£ (taxes en sus) LE DEVOIR, A à votre porte durant 4 semaines pour VJf ^O $ Abcnnez-vcuà ! (514) 985-3355 -1-800-463-7559 'Disponible dans les secteurs où il y a distribution par camelot. e,5i,es an o Tes Coop de professionnelles Milieu santé traditionnelle et alternative cherche PERLES RARES qui voudraient se joindre à son équipe multidisciplinaire: techniciennes et travailleuses sociales, acupuntnces, massothérapeutes, ergothérapeutes, diététicienne, naturopathe.Télécopiez C.V.(514) 277-3473.Vous désirez faire connaître les coordonnées d'un futur événement, d'une offre d'emploi ou toute autre nouvelle d'intérêt public?Les petites annonces de Recto Verso sont réservées aux groupes communautaires et sont facturées au coût de 403 la frappe.Date limite de réception pour la parution de mars-avril 2000: le 18 février 2000.Envoyez-nous vos messages par télécopieur au (514) 523-5812 ou par courriel à redoverso@videotron.ca.STRENGTH OF MILLIONS LA FORCE DU NOMBRE Canadian Labour Congress Congrès du travail du Canada Président / Président Ken Georgetti Sec -Treas I Secrétaire-trésonère Nancy Riche Exec Vlce-Presidents / Vice-présidents exéci/trfs Jean-Claude Parrot, Hassan Yussuff tel/téléphone: 613-521-3400 • fax: 521-4655 www cic-ctc.ca ES LIENS A RENFORCER, DES RESEAUX A PARTAG FORUM DES PARTENAIRES DE LA FRANCOPHONIE Votre organisme agit dans les secteurs de la culture, des communications, de l'éducation ou de l'économie ?Vous êtes à la recherche de partenaires afin d'élargir votre expertise et votre réseau ?La francophonie vous tient à cœur ?Participez au Forum des partenaires de la francophonie, du 16 au 19 mars 1999, à Québec, hôtel Loews Le Concorde.Renseignements et inscription: www.cex.gouv.qc.ca/francophonie/forum.html ou (418) 646-5947 A l'exemple de Recto-Verso qui ouvre ses pages à la francophonie canadienne et accroît son réseau de distribution, vous pourriez être admissible au Programme de soutien financier aux partenariats offert par le Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes du gouvernement du Québec.Québec a a Ministère du Conseil executif Secrétariat au* affaires intergouvemementales canadiennes 1 efendsfs te nce 26 \r338 janvier-février 2000 Méconnus-es les sans-abri?Sans doute.Plus de 65 % des Canadiens-nes s'accordent pour dire que la plupart des sans-abri le sont par choix, selon les résultats d'un sondage effectué par la firme Environics en 1996 et 1997.Pourtant, seule une minorité choisit la rue, les autres se la font imposer.Problème économique, de santé mentale.de toxicomanie, de violence conjugale; un cumul de facteurs mène généralement à l'exclusion et à la rue.Une fois rendu, le système D a tôt fait de leur apprendre les règles du jeu, où quêter, dormir et manger.Concentrés-es dans les grands centres?C'est de moins en moins vrai.Le problème social franchit les ponts pour peupler la banlieue et ils-elles sont de plus en plus nombreux à tenter de vivre leur itinérance dans les villes de moyenne densité.Fuyant la réalité, rejetant les normes de la société et les lois, ils-elles n'établissent pas un grand rapport de force face aux pouvoirs politiques.La lutte à l'itinérance est, depuis de nombreuses années, une priorité gouvernementale sur papier: logement social adapté, financement accru des ressources communautaires.Dans les faits et avec l'accord tacite des municipalités, on balaie le problème sous le tapis.Un dossier coordonné par RICHARD BOUSQUET V^S8 27 Éric Plouffe Les règles du rejet Une des caractéristiques des sans-abri est d'avoir constamment vécu le rejet celui de la famille, du milieu de travail et du réseau d'amis-es.Et à un certain moment ils rejettent à peu près tout à leur tour «Ils vont rejeter les normes de la société et les lois, et cela va en quelque sorte accentuer leur exclusion.Leur histoire de vie est vraiment une his-___^ toire de rejet», lance Pierre Legros, organisateur communautaire au CLSC des Faubourgs, au centre-ville de Montréal.«Les deux grandes pré-occupatons de leur quo- tidien, c'est consommer de la drogue ou de l'alcool et se protéger du froid, précise Pierre Legros.La faim n'entre pas dans les besoins essentiels.Lorsque les sans-abri consomment ils l'oublient À l'année longue, ils recherchent l'argent pour payer leur consommation.Trés tôt le matin à très tard le soin ils sont très occupés à solliciter les gens, sauf s'ils tombent malades.» Malgré les rivalités, il arrive que les sans-abn partagent l'alcool, mais pas la drogue parce qu'elle coûte PHOTO ; WES PROVENCHER Itinérance féminine Selon le Réseau d'aide aux personne seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), les femmes formeraient environ 30 % de la population des sans-abri.«Elles ne veulent pas se faire reconnaître comme des itinérantes.C'est pour cette raison qu'elles accordent une grande importance à leur tenue vestimentaire, révèle Suzanne Bourret, du centre de jour La rue des femmes.Pierre Legros.Plusieurs de celles qui passent ici ont vécu de la violence extrême au cours de leur enfance», ajoute Suzanne Bourret.Les femmes consomment moins de drogues et d'alcool mais plus de médicaments que les hommes.Elles quêtent plus souvent pour s'acheter de la nourriture.«Quelques-unes ont le désir d'avoir un toit mais y rester est une autre chose, explique Suzanne Bourret.Elles peuvent habiter dans un appartement et le quitter au bout de trois mois, parce qu'elles souffrent trop d'être seules entre quatre murs.Les souffrances du passé ressurgissent et les angoissent.» Souvent victimes d'expulsion et de violence conjugale, il arrive de croiser les femmes sans-abri dans la rue le regard perdu et noyé par une surdose de médicaments.«On est porté à psychiatriser les problèmes de comportement des femmes», croit l'organisateur communautaire.Il ajoute qu'à la recherche d'un toit, elles peuvent se livrer à une certaine forme de prostitution pour arriver à leurs fins.«Un homme peut faire sa rencontre dans un Dunkin Donuts et l'héberger dans son appartement où il vit seul», explique-t-il.Par la suite, il est probable que le cycle se répète, qu'elle fasse de nouveau l'objet de violence et se retrouve dans la rue.plus cher.La personne qui a amassé 20 $ s'achète de la bière, la partage avec trois ou quatre personnes.Le rythme de vie démentiel mené par les sans-abn a une incidence majeure sur leur espérance de vie.A force de nourrir leur corps d'alcool, de drogues et de le livrer à plusieurs combats contre une pneumonie ou une bronchite récurrente, la plupart d'entre eux-elles atteindront de peine et de misère le cap des 50 ans.«Leur vie n'est pas de tout repos, constate Pierre Legros.Quelques-uns se font attaquer et voler la nurt On voit très souvent des itinérants arriver au CLSC avec des ecchymoses, un oeil au beurre noir ou des blessures de toutes sortes.» *C ■■■■■■■ La quête intensive entraine des rivalités entre plusieurs sans-abri et mène bien souvent à des disputes et des coups.Michel Desjardins, du journal de rue L'itinéraire, reconnaît que certams-es quémandeurs-ses compliquent la tâche à ses camelots.«Sur le Plateau Mont-Royal, notamment devant la pharmacie Jean-Coutu, normalement le premier arrivé (camelot ou quêteux) est le premier servi.Le problème c'est que les quêteux se sont donné des quarts de travail: pendant que l'un quête, l'autre va boire sa bière Finalement, la pharmacie nous a demandé d'avoir un camelot devant leurs portes.» 28 v^8 janvier-février 2000 Éric Plouffe Recensement de rue Les itinérants-es sont passés-es de 15 000 à 28 000 dans les rues de Montréal, entre 1989 et 1998, selon les résultats d'une étude de Santé Québec.Une interprétation des chiffres à prendre avec circonspection toutefois, selon Louise Fournier, co-directrice scientifique de l'étude.Les 28 000 personnes recensées par Santé Québec ont fréquenté le réseau d'hébergement ainsi que les soupes populaires et les centres de jour desservant la population itinérante sur une pénode d'un an ( 1996-97).Parmi elles, 17 000 ont déjà été «sans domicile fixe» (SDF) au cours de leur vie.un logement stable sécuritaire et salu-bre pour les jours à venir».Le comité a ajouté que cette personne a un revenu très bas, «une accessibilité souvent discriminatoire à son égard de la part des services publics».La personne itinérante dont 12 666 au cours des 12 derniers mois.En incluant les chiffres de Québec, les ressources ont desservi près de 40 000 personnes, dont 16 000 ont été SDF au cours de la dernière année dans ces deux villes.D'après Louise Fournier, il est très difficile de dénombrer avec exactitude la population des sans-abri.D'autant plus que la méthodologie de travail utilisée il y a dix ans, pour la recension des 15 000 rtmérants-es, n'est pas la même qui a permis de sortir les résultats de novembre 1998.Il est difficile de faire des comparaisons.En 1987, le Comité des sans-abn de la Ville de Montréal a retenu une série de caractéristiques pour mieux définir l'iti-nerant-e ou le-la sans-abn.La personne itinérante ne détient «pas d'adresse fixe, ou le-la sans-abn a «des problèmes sort de santé mentale, d'alcoolisme, de toxicomanie et/ou de désorganisation sociale».En dernier lieu, le Comité a considéré que l'itinérant est «dépourvu de groupe d'appartenance stable».«S Normand PHOTO : YVES PROVENCHER Normand, un jeune homme de 18 ans, est originaire de Granby.Ses parents l'ont expulsé de la résidence familiale il y a près d'un an et demi.Harcelé par la police dans sa ville natale, il a quitté les rues de Granby pour celles de la métropole.Arrivé en plein mois de juin.Normand a dû faire preuve d'originalité et d'humour pour soutirer de l'argent aux passants-es et payer la note salée de sa consommation de drogues.«Les personnes les plus chiantes sont celles qui ne me répondent pas et qui m'ignorent, vocifère-t-il.Elles me regardent comme si j'étais une tranche de pain sur le bord de la rue.Ça me fait tellement chier qu'à certains moments je pogne les nerfs et je leur dis que la masturbation rend sourd.» Pour survivre ou pour se procurer des biens.Normand affirme pouvoir tout trouver dans la rue.«On a des deals pas chers.Les junkies qui ont besoin de leur dose tout de suite vont te trouver ce que tu veux dans le temps de le dire.C'est peut-être du stock volé mais la police ne \ t'arrêtera pas pour vérifier le numéro de série de ton lecteur de CD.» Si Normand peut se permettre de consommer des biens dans la rue, c'est qu'il s'abstient maintenant d'investir ses économies dans la drogue.Il espère quitter la rue le plus rapidement possible, «j'étais écoeuré d'être toxicomane et j'ai décidé de me relever», raconte-t-il.(ÉP] janvier-février 2000 VB38 29 Catherine-Lune Grayson Dormir?Une heure de départ plus hâtive qu'à l'hôtel Les refuges montréalais disposent de 793 lits.pour 12 666 sans domicile fixe.Où dorment les autres?Si durant l'été, le problème s'estompe, avec la venue de l'hiver, il resurgit inéluctablement Il existe globalement de moins en moins d'endroits où se tenir au chaud, affirme le commandant André Bourque, policier depuis 20 ans au centre-ville.«Les édifices aménagent l'espace de façon à rendre les bouches d'air chaud de moins H**& 'Cf n6°^ en moins accessibles.Les immeubles abandonnés sont rénovés, démolis ou mieux barricadés.» Cet été, renchérit Félix, un travailleur de rue qui préfère garder l'anonymat «de crainte des représailles», plusieurs squats ont été démolis, comme cet immeuble, à l'intersection des rues Sainte-Catherine et Saint-Hubert jadis occupé par des sans-abn.Contrairement à l'Europe, Montréal condamne les «squats».Selon l'infirmière Hélène Denoncourt, de l'équipe itmérance du CLSC des Faubourgs, ceux-celles qui dorment dehors représentent des exceptions.En effet, souligne-t-elle, en cas de manque, les refuges vont ajouter des lits ou référer à une autre ressource.Or, signale Félix, plusieurs «choisissent de ne pas aller dans les refuges parce que les conditions y sont atroces».Ceux-celles-là vont se loger chez des amis-es, se prostituer et se faire héberger par leurs clients ou, encore, dormir sur des bouches d'air chaud.Mais de façon générale, précise-t-il, «ceux qui n'ont ni appartement ni amis pour les héberger vont dormir le jour, alors qu'il fait moins froid», dans des autobus, des centres d'achat ou le métro.Contrairement à d'autres villes où les tunnels de métro ont été investis par des sans-abri, personne ne passe ses nuits dans le métro de Montréal.D'après la porte-parole de la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal.Odile Paradis, «ici, nous n'avons jamais trouvé de couvertures ou d'autres indices indiquant que des gens habitent les tunnels».De jour, par temps froid, les gardiens-nes de sécurité sont plus tolérants envers les iti-nérants-es.Étant donné l'interdiction de flâner, ils-elles seront tenus de se déplacer fréquemment et «si certaines personnes s'endorment, nous les réveillons», mdique-t-elle.Évidemment, tous-tes n'inversent pas leur cycle.«Ceux qui ont de l'expérience ne mourront jamais de froid», affirme Félix.Les bouches d'air chaud et les guichets automatiques servent d'abri, tout comme quelques édifices du Vieux-Montréal dont les portes ne ferment pas bien, explique le commandant André Bourque.D'autres vont rivaliser d'ingéniosité, comme cette femme qui s'est fabriqué une «maison- nette» en toile, sur roulettes, et qui s'abrite sous le pont de la Place du Canada.Comme une maison Le nombre de squats établis dans des immeubles désaffectés a diminué, mais il demeure tout de même des endroits où «des jeunes en fugue, des itinérants et des junkies» passent leurs nuits, note Félix.Peu tolérés, les lieux seraient barricadés sitôt découverts par la police ou les responsables de la Ville.«Souvent soulève André Bourque, les planchers sont défoncés et il y a des risques d'incendie.» La police, commente-t—il, par souci de sécurité, doit intervenir.Félix rétorque que le mode de vie des jeunes de la rue est bien plus dangereux que l'état de ces bâtiments où ils jouissent d'un minimum d'mti-mité.«Des fois, témoigne Manu, un squeegee de 22 ans, c'est chauffé pis éclairé.Des fois c'est comme une maison.C'est surtout pour dormir mais l'hiver, des fois, on reste plus longtemps.» Félix s'insurge contre une politique de «tolérance zéro» envers les squats et dénonce des interventions policières musclées.«Ça se passe tôt le matin, entre 5h et 8h.Les jeunes dorment.Ce FRANÇOIS BOUCHER 30 ysg& janvier-février 2000 n'est pas drôle de se faire réveiller avec du poivre de Cayenne et des coups de pied.Ça se passe entre quatre murs.sans témoins, ils sont très violents.» Effectivement, exprime André Bourque, les expulsions se font à plusieurs.«Les policiers ne sont pas assez téméraires pour se présenter seuls.» Le corps policier; informe-t-il, va vénfier l'identité des gens.Si aucun mandat n'existe contre eux, ils devront simplement quitter les lieux Bien que le commandant Bourque ne prône pas une répression extrême, il admet que la relation avec les jeunes est tendue et parfois brutale.«Ça s'enflamme plus rapidement, concéde-t-il.L'essence est plus volatile chez le jeune que chez l'adulte.Certains policiers laissent aller leurs préjugés.Si un policier a déjà eu une mauvaise expérience avec des punks et que ce sont des punks, il va avoir une réaction agressive.» Même si les lieux où s'abriter se font de plus en plus rares, même si les refuges ouvrent un peu plus grandes leurs portes par les nuits glaciales, certams-es sans-abn refusent obstinément de s'y loger Malgré tout, Hélène Denoncourt ne se souvient d'aucun décès attnbuable à l'hypothermie «£ Juke Box À deux pas du Dunkin Donuts, près du boulevard Saint-Laurent, Juke Box tend un petit chapeau rond.Ses aisselles reposent sur une paire de béquilles de fer.À 26 ans, ses jambes n'ont plus la force nécessaire pour le soutenir.Le chapeau est vide et le regard de Juke Box l'est aussi depuis près d'une quinzaine d'années.«Mes parents m'ont mis au monde avec un handicap, raconte-t-il.C'est une maladie qui s'appelle l'adréno-leuco-dystrophie.Disons que tout mon système intérieur dégénère.Ils ne l'ont jamais accepté.» Rejeté par ses parents, Patrice de son vrai prénom a quitté les bancs de l'école, du jour au lendemain, pour la rue.PHOTO : LUDOVIC HIRTZMANN Dormir régulièrement dans la rue au froid et la consommation effrénée de drogues ont contribué à affaiblir le corps de Juke Box.«Quand je consommais, je ne pensais jamais à manger mais aujourd'hui ce n'est plus le cas.Mes couleurs sont revenues, raconte-t-il en pointant ses joues de l'index.» Juke Box a été souvent l'objet d'insultes de ~~~- la part des passants-es.«Avant je marchais mais avec le temps, les gens ont vu mon corps s'atrophier.Ils ont vu que j'ai fait mon temps et maintenant ils sympathisent, lance-t-il.» Pour s'aider, Juke Box «signe»: il reçoit des prestations d'aide sociale du gouvernement.Pour l'instant, son nom figure sur une liste d'attente pour avoir un appartement dans un logement social.Même s'il ne possède pas d'adresse fixe, il demande à recevoir son chèque à la Maison du Père, là où il passe ses nuits pour le moment.Aujourd'hui, bien qu'il se considère encore comme un toxicomane, il consomme seulement du cannabis qui lui évite, selon lui, d'être constamment cloué à un fauteuil roulant.«Je vais au centre de jour de Pops sur la rue Papineau parler de drogues avec les jeunes, de ce que ça fait de rester plogué.» [Éric Plouffe] PHOTO :ESTEU£ CM ; - El janvier-février 2000 ^38 31 Catherine-Lune Grayson Manger?Certains-es font ta tournée des menus Au menu, une cuisine québécoise protémée: pâté au poulet, bœuf bourguignon, pain de viande, tous servis avec légumes vapeur L'atmosphère est animée.Quelques familles, mais surtout des hommes dans la cinquantaine.Quotidiennement, des milliers de repas sont servis dans les soupes populaires .de la Métropole, des cafétérias avec de grandes tables communes.PHOTO : GUILLERMO IAREDA Au Comité social Centre-Sud.PHOTO : GUILLERMO IAREDA Le Resto-Plateau, situé au sous-sol d'une église, à l'instar du Chic Resto Pop, a décidément la cote.Aseptisé,avec ses cuisiniers-ères tout en blanc, l'endroit, explique Marcel, retraité et client régulier, offre «une belle ambiance.Quand on arrive à I I h30, souvent les cuisinières chantent!» Résidant deVilleray, il visite quotidiennement trois soupes populaires afin d'opter pour le menu qui lui convient Au sommet de son palmarès trône le Resto-Plateau.«Meilleur et mieux apprêté qu'au Resto Pop», «mieux organisé et plus neuf» sont des commentaires qui reviennent.Pour Denis, début trentaine, le Resto-Plateau remporte également la palme devant le Comité social Centre-Sud, en servant de bons desserts.Marcel, un amateur de desserts, n'est pas d'accord.Bien qu'estimant le Comité social Centre-Sud «un peu négligé», il vante les qualités des «bons petits renversés aux bleuets».Au Resto-Plateau, remarque Donald, les portions sont moins généreuses qu'au Comité social qui, dans les dernières années, s'est nettement amélioré en allégeant sa cuisine, selon Diane.La cantine communautaire, avec sa télévision où se démènent des lutteurs, détient le net avantage d'être ouverte durant les week-ends.Le Chic Resto Pop, qui a pignon sur rue dans Hochelaga-Maisonneuve, sert un millier de repas par jour à une clientèle relativement captive comptant un bon nombre de familles.Globalement apprécié de sa clientèle, il fait tout de Au Resto-Plateau.L'Accueil Bonneau, qui contrairement aux autres ne fonctionne que grâce aux dons, sert gratuitement jusqu'à I 100 goûters par jour Plusieurs clients-es réguliers, dont Paul et Guy, considèrent simplement les autres soupes populaires inabordables et adressent peu de critiques envers la nourriture.D'autres, comme Alain, fin vingtaine, se paient de temps en temps le luxe d'un repas à 2,50 $.«Ici, c'est pas tellement recher- Soupe populaire même face à quelques critiques.Cer-tams-es jugent sévèrement la qualité de sa nourriture.«La soupe est toujours délicieuse, exprime France, une habituée du soir; mais le plat principal, c'est variable et les légumes sont trop cuits.Peut-être que c'est meilleur le midi.» Pour Marcel, le Chic Resto Pop ne peut rivaliser avec le Comité social ou le Resto-Plateau.Sa principale critique: «C'est moins bon.Mais le gros problème, c'est que le pain est sur la table.C'est pas tellement hygiénique.» Dans ces trois soupes populaires, il faut débourser 2,50 $ pour un repas complet.Certains se logent, soupent et déjeunent à la Maison du Père, pour I $.Au Chic Resto-Pop.ché.C'est moins bon, mais c'est gratis», soulève-t-il en haussant les épaules.Le nouveau décor par contre ne rencontre pas l'approbation de Guy: «Avant l'explosion, ça avait plus de cachet.Maintenant, c'est frette!»1 Entre les menus des soupes populaires, explique Lise, rencontrée au Resto-Plateau, il faut avant tout savoir choisir.«Je regarde trois menus.À ce prix-là, y faut pas s'attendre à ce que le bœuf soit tendre.Y faut prendre le bon plat!» \£ / L'explosion accidentelle de l'Accueil bonneau.il y a deux ans.a obligé la réfection complète du bâtiment.32 V38* janvier-février 2000 99014 Éric Plouffe À travers le Québec Partir?Les sans-abri déménagent Les ressources en place à Montréal ne suffisant pas toujours à la demande, certams-es sans-abri traversent le pont Jacques-Cartier pour se dénicher une nouvelle aide à Longueuil.Cet exode urbain expliquerait en partie l'augmentation du nombre de sans-abri en banlieue.Selon Sylvie Gravel, sociologue et auteure de l'Analyse sur la pertinence d'un refuge à Longueuil, près du quart des sans-abn sillonnant les rues de Longueuil proviennent de l'Ile de Montréal, alors que la moitié sont originaires des villes de la Montérégie, comme Saint-Lambert, Brassard, Saint-Constant, Granby ou même Boucherville.À Longueuil, il n'y a que la CASA Bernard-Hubert, l'Antre-Temps et la Maison de la Paix pour héberger des sans-abn à condition que ces demiers-ères veuillent bien vouloir faire des efforts pour se réinsérer dans la société.En tout la capacité d'hébergement se limite à 137, alors que plus de I 000 demandes ont été formulées en 1998.Exaspérée par l'ampleur de la situation, la CASA Bernard-Hubert a lancé un cri d'alarme à l'automne 1998.Accompagnée de cinq autres organismes communautaires de Lon-gueuil, elle a présenté un rapport aux audiences publiques de la Régie ^ Trois-Rivières l'an dernier, le groupe du Havre a réussi à régionale de la Santé et rejoindre 600 personnes notamment avec une banderole des Services sociaux de publicitaire dans le Parc Champlain, devant l'Hôtel de la Montérégie réclamant Vi//e.janvier-février 2000 La casa Bernard-Hubert à Longueuil.un refuge sur son territoire, qui offrirait mimmalement un tort et un couvert aux sans-abn, le temps de les dépanner Malheureusement le projet est toujours sur la table, et Sylvie Gravel craint que PHOTO : YVES PBOVENCHER la population longueuilloise sort réticente à l'implantation d'un refuge dans leur voisinage.«Les gens ne peuvent pas croire qu'il y art autant d'itinérants dans leur ville», fait-elle remarquer.Trois-Rivières et Victoriaville «En l'espace de quatre ans, le nombre de sans-abn a connu un bond de 130 % à Trois-Rivières», souligne amèrement Michel Simard.directeur général du Centre Le Havre.L'année dernière, ils-elles étaient plus de 600 à requénr l'aide de l'organisme.Malgré une présence accrue, le phénomène reste souvent invisible aux yeux de la population tnfluvienne.Créé en 1989.le Centre Le Havre s'occupe entre autres d'héberger les hommes en situation de cnse avec l'aide d'une équipe d'intervention d'urgence psychosociale sur les lieux.Le directeur général du Centre est pessimiste.«Rien n'indique que cette augmentation va s'arrêter.La Régie a de moins en moins d'argent dans ses tiroirs.En bout de chemin, l'appauvrissement de la société signifie plus de désordres sociaux, plus d'insécurité et, donc, plus de répression.» Une centaine de kilomètres au sud de Trois-Rivières, Richard Provençal a pré- 33 Le quartier St-Roch en «revitalisation».sente, en novembre dernier, la première ébauche d'un refuge àVictonaville pour les adultes sans toit «Je rencontre plusieurs sans-abri à chaque pur, raconte-t-il.Une partie d'entre eux dort dehors, tandis que d'autres cherchent un refuge dans les buanderies des immeubles à appartements, par exemple.Lorsque le propriétaire s'aperçoit de leur présence, il les jette dehors.» Québec Santé Québec évalue à 3 589 le nombre de personnes s'étant retrouvées sans abn en 1996-1997 à Québec.Les coupes drastiques dans les programmes d'Emploi-Québec, l'automne dernier, ont causé d'énormes problèmes, selon Diane Morin qui travaille à la Table de concertation sur l'itmérance de Québec, un regroupement d'une quinzaine de groupes communautaires et de membres d'organismes gouvernementaux.«Les organismes d'aide aux itinérants à Québec ont besoin de 2 millions $.en salaire minimum.C'est mission impossible!, s'exclame-t-elle.On a cné sur la place publique et on a obtenu des gains qui permettront de subvenir à leurs besoins jusqu'au 31 mars.» Elle pointe également du doigt les municipalités qui investissent dans la revitalisation des centres-villes, comme le Une scène des lanternes oubliées.Angèle Séguin, au milieu de ses collègues.L'itinérance sur les planches «La pièce de théâtre jette un regard intérieur sur les gens qui vivent dans la rue.Elle fait un pont entre l'itinérance de ceux qui la vivent dans la rue et de ceux qui la voient.» Après deux ans de recherche sur l'itinérance, qui l'a menée du Québec jusqu'en Bolivie, Angèle Séguin témoigne de la vie des sans-abri sur les planches du Théâtre des petites lanternes à Sherbrooke.' «Le phénomène de l'itinérance est semblable partout, explique-t-elle, sauf qu'ici, on a encore un filet social.» L'auteure affirme toutefois que cette sécurité est en quelque sorte une lame à double tranchant.«L'aide sociale peut les aider à obtenir une chambre, par exemple.Mais, en même temps, c'est juste assez pour les empêcher de se révolter parce qu'ils ont peur de perdre ce qui leur reste.» Aux États-Unis, plus particulièrement à New-York, ce filet social est inexistant.Et pour obtenir une place dans un refuge, Angèle Séguin raconte que bon nombre de sans-abri doivent se taper des prières et des discours de prédicateurs religieux.Si la vie t'intéresse.[ÉP] î Les lanternes oubliées, Théâtre des petites lanternes, 819-346-4040.Le quartier St-Roch en «revitalisation».quartier Samt-Roch à Québec.Les propriétaires convertissent leurs logements en condomimums pour locataires bien nantis, chassant ceux et celles qui disposent d'un faible revenu et contnbuant à l'augmentation du nombre de sans-abri, Sherbrooke et Drummondville À l'instar de Montréal.Sherbrooke devrait avoir bientôt son journal de rue, L'Espoir.«Nous devrions voir notre premier numéro paraître au mois de mars prochain, affirme Lise Bélanger, coor-donnatrice du projet C'est lorsque je vais aux soupes populaires que je me rends compte qu'il y a plusieurs sans-abri.Beaucoup couchent sous les ponts de Sherbrooke.Et, en observant le nombre grandissant de personnes qui fréquentent les banques alimentaires, on peut dire qu'il y a une augmentation de pauvres ces dernières années.Mais personne ici n'en parle vraiment.» À L'Ensoleilvent, une maison d'hébergement drummondvilloise pour les sans-abn, une ligne d'urgence 24 heures vient en aide, depuis 1987, aux personnes dans la rue.«En l'espace de quatre ans, on est passé de 150 à 400 itinérants, déplore Daniel Dore, direc- 34 V*S» janvier-février 2000 teur de l'organisme.On a dû se doter d'une équipe de travail pour intervenir en permanence auprès d'eux parce que les bénévoles ne suffisaient plus.» Le directeur de L'Ensoleilvent dénonce la tendance à cacher la pauvreté et le phénomène de htmérance dans les villes.«On veut garder notre ville propre, lance-t-il.On donne des contraventions de 150 $ aux squeegees.Maintenant, il n'en reste plus beaucoup dans le coin.Sinon, c'est une contravention pour le jeune qui dort dans un parc ou pour celui qui est pris sur sa planche à roulette dans la rue.Finalement, tout ce que les jeunes aiment faire est judiciansé.» HULL Séparée de l'Ontario par la rivière Outaouais, la ville de Hull n'a pas échappé aux ravages de la réforme du gouvernement Hams.ainsi qu'à la pauvreté grandissante et au problème de l'rtinérance qui l'ont accompagnée, selon François Roy, coordonnateur de Logemen'occupe, un organisme qui fait dans la promotion du logement social depuis 1982 à Hull.Ottawa, à deux pas de là, est la deuxième ville ontanenne en importance pour le nombre de sans-abri, aprèsToronto.«Il s'est donc produit un débordement de sans-abri vers l'Outaouais», raconte François Roy.Le phénomène des sans-abri s'accompagne, dans sa région, d'un sentiment d'intolérance qui vise certains projets destinés à enrayer le problème.La construction d'habitations conçues pour les sans-abri a soulevé une levée de boucliers de crtoyens-nes de Hull.«Les commerçants et les politiciens aimeraient bien voir le logement social disparaître dans un parc industriel.» janvier-février 2000 Au pays classé premier La situation est à peu près la même d'un océan à l'autre, selon John Johnston, membre du Urban Core Support Network (UCSN), un réseau pan-canadien d'aide et de discussion liée à la problématique de l'itinérance.À Vancouver ainsi qu'à Toronto, il est presque impossible de se payer un loyer avec un chèque de l'aide sociale, fait-il remarquer.Récemment, le maire de Toronto reconnaissait lui-même qu'il manque minimalement plus de 600 places dans les refuges de sa ville.Le succès des soupes populaires fart craindre au coordonnateur que plusieurs personnes à faible revenu soient au bord du gouffre.«Il y a des personnes qui ne couchent pas dans les refuges mais qui investissent tous leurs revenus dans z des logements delà- g brés et fréquentent | les soupes populaires s parce qu'ils n'ont £ plus d'argent pour 0 manger» \C Portrait de famille Tout comme le clochard, bouteille d'alcool à la main, le phénomène des squats est apparu après la Deuxième Guerre mondiale.Plusieurs Européens-nes, retrouvant leur logis en ruine, se sont approprié des résidences abandonnées.À la fin des années 6o, plus d'un quart de million d'Anglais-es avaient repris en main des maisons inhabitées, sans permission et sans payer le loyer et une agence immobilière spécialisée en squats avait fait son apparition: \eRuffTuff Cream Puff Estate Agency.[ÉPetCLG] 35 Eric Plouffe et Richard Bousquet Avec du logement, de l'argent et du temps.La prévention de l'rtinérance et la réinsertion sociale étaient des «voies d'actions prioritaires» du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).dès 1992.Mais le seul programme de développement du logement social, AccèsLogis, créé en août 1997 par la Société d'habitation du Québec (SHQ), est plus adapté aux familles à faible revenu qu'aux rtinérants-es.Le contact s'est toujours fait difficilement entre ces deux ministères.« Trouver un logement et s'y maintenir, c'est une voie de sortie de l'itmérance.C'est aussi retrouver une autonomie et un statut de citoyen comme tout le monde.C'est possible (pour des itiné- rants) de une plus grande réintégration sociale étant donné la tolérance et l'encadrement pratiqué par la FOHM.» Cette citation d'une responsable de l'Accueil Bonneau à Montréal est tirée des résultats d'un groupe de recherche de l'UQAM ayant évalué en 1996-1997 l'intervention du logement social avec support communautaire, pratiquée par la Fédération des OSBL d'habitation à Montréal (FOHM)1.Cette étude démontrait une nette amélioration de la qualité de vie et des relations amicales et sociales des locataires et l'impact certain sur leur santé physique et mentale et sur leur stabilité résidentielle.L'intervention de la FOHM a également été reconnue en 1998 comme une des dix pratiques exemplaires en habitation sociale au Canada par la Société canadienne d'hypothè- que et de logement.Malgré cela, un des rares projets de ce type de logement social à Montréal est présentement développé par.l'Accueil Bonneau.Préoccupation régionale En août dernier, la ministre d'Etat aux Affaires municipales et à la Métropole (MAMM), Louise Harel répondait favorablement aux doléances du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FFIAPRU) qui exige que les villes riches en périphérie défraient une partie des coûts reliés à l'aménagement de logements sociaux des villes centres.Le développement du logement social et la prévention de l'itmérance feront-ils partie des futurs pactes régionaux?Quels seront les moyens mis en œuvre?La ministre a refusé d'accorder une entrevue à Recto Verso pour répondre à ces questions.La concertation entre les différents ministères québécois impliqués ne s'est jamais faite adéquatement Les budgets de la santé, de l'habitation et du revenu ont toujours été des chasses jalousement gardées.L'«habrtation» finance le volet support communautaire de certains projets de la FOHM sur une base expérimentale depuis la fin des années 36 ^88 janvier-février 2000 80.Malgré les résultats positifs, la «santé» a toujours refusé de prendre le relais.Le Forum régional sur le développement social de l'Ile de Montréal vient d'intégrer le logement social avec sup- port communautaire dans son plan d'action.Le MAMM, la SHQ, la Direction de la santé publique de la Régie régionale de la Santé et des Services sociaux et la FOHM seraient impliqués comme partenaires.Signe avant-coureur d'un changement concret7 Le temps de réapprendre A voler Il ne manque pas seulement de l'argent pour aider les sans-abn mais aussi beaucoup de temps.Anane Pelletier et Michel Desjardms, du comité de direction du |Ournal de rue montréalais L'itinéraire.déplorent l'absence de vision à long terme du gouvernement dans ses programmes de réinsertion.«Les itinérants sont comme des oiseaux, lance Pierre Legros.organisateur communautaire au CLSC des Faubourgs.Ce sont des oiseaux blessés par la vie.On leur a souvent coupé les ailes.Ils ont tenté de voler à nouveau mais se sont frappé le nez à une vitre.Ça peut prendre parfois deux ans pour les réappnvoiser, et pour qu'ils te fassent confiance.Deux ans pour faire un petit pas' C'est quoi dans une vie de cinquante ans?» La réinsertion ou la réintégration d'un-e sans-abn dans la société est un cheminement très long selon la majorité des travailleurs-ses du milieu.«C'est impossible d'avoir de bons résultats avec des programmes d'employabilrté de six mois, lance Michel Desjardms.Le gars commence à peine à aimer son nouveau tram de vie et à s'y habituer qu'il tombe sur le chômage à la fin de son programme parce qu'il n'y a plus d'emplois.Qu'est-ce que tu penses qu'il fart ensuite?» Le fédéral ne répond plus.Le gouvernement fédéral a cessé de financer le développement du logement social en 1994.L'été dernier il a créé un groupe de travail sur les sans-abn afin de brosser un portrait de la situation au pays, sous l'égide de la ministre fédérale du Travail.Ginette Bradshaw.De passage à Montréal, pendant sa tournée à travers plusieurs villes canadiennes, la ministre avait lancé que la situation s'améliorait dans la ville aux cent clochers.Recto Verso s'est fart refuser également une entrevue avec la ministre Bradshaw.Nous aunons pu lui demander comment les 268 millions $ que le fédéral compte injecter dans la rénovation domiciliaire canadienne au cours des trois prochaines années vont réellement améliorer la situation des itinérants-es et si les 305 millions $.pour la même pénode, du programme Initiative de partenanats en action communautaire, «pierre angulaire de la stratégie pour venir en aide aux sans-abn», seront suffisants et ne deviendront pas d'abord un autre terrain de discorde constitutionnelle7 tC / Jette C, Thënoult L, Mathieu FL Y VaiHancourt (1997) L'évaluation de l'intervention du logement social avec support communautaire pour des personnes seules, à faible revenu et à risque de marginalisation sociale dans les quartiers centraux de Montréal.Laboratoire de recherche sur les pnjoques et politiques sooates (LARIPPS).UQÀM Une nouvelle taxe dédiée L'obstacle financier préoccupe Claudette D.Godley, la présidente du Fonds dédié à l'habitation communautaire de Montréal, un projet de financement du logement social adapté aux sans-abri.Avec l'accord du gouvernement, le Fonds pourrait prélever une taxe sur l'achat d'une maison d'une valeur de plus de 150 000 $, ou sur la location d'une voiture, par exemple.Cette forme de financement générerait des revenus d'environ 5 millions $ par année.Depuis l'été 1996, une coalition d'organismes communautaires analyse différentes hypothèses de financement.En avril prochain, une proposition concrète devrait être présentée au gouvernement.Pour l'instant, de l'avis de Claudette D.Godley, ce dernier ne semble pas très chaud à l'idée d'imposer une nouvelle taxe aux citoyens-nes.PHOTO GUILURMOIAREDA janvier-février 2000 VBS8 37 Jiyuujj£)i:jjujjjy ( «En débarquant au Honduras, depuis le passage de l'ouragan Mitch, on a l'impression qu'une guerre vient d'avoir lieu.Tegucigalpa, la capitale, est en reconstruction.Les ponts ne sont pas tous refaits, les rues qui bordent la rivière sont encore embourbées, les ruines demeurent béantes.A Choluteca, au sud du pays, la partie la plus durement touchée, on aperçoit des champs à perte de vue, là où il y avait des quartiers habités.En tout, neuf quartiers ont été complètement détruits dans cette ville.Aux environs, la rivière a creusé une tranchée de près de 500 mètres remplie de pierres, de troncs d'arbres et surtout ^^^^^ de sable fin.Plus la moindre trace des champs de melons qui s'y trouvaient.Lorsqu'on voit, à Tegucigalpa par exemple, des centaines de maisons construites sur des pentes sablonneuses prêtes à dévaler à la première intempérie, on se dit que Mitch n'est pas responsable de tout! Du centre de la ville jusqu'à la périphérie des quartiers populaires, le déboisement est presque total et le sol est dans un état de grande fragilité.Du nord au sud et même à Tegucigalpa, on répète le même discours: le gouvernement n'a pratiquement rien fait pour apporter des secours d'urgence et il n'a pas réellement commencé son programme de reconstruction un an après l'ouragan.Le travail a été réalisé essentielle-! ment par les Églises (catholique, évangélique, etc.), les organisations non-gouvernementales, les comités de citoyens.» epuis que l'ouragan Mitch a dévasté le Honduras, le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala en novembre 1998, Richard Simard a séjourné à plusieurs reprises en Amérique centrale, à titre de responsable d'un programme spécial de reconstruction pour l'organisation de solidarité internationale Développement et Paix.S'il a d'abord été frappé par l'ampleur des dégâts causés par ce désastre, classé par les experts au troisième rang des ouragans les plus dévastateurs du siècle, il l'a été tout autant par la mobilisation extraordinaire des organisations populaires pour reconstruire sur des bases nouvelles.Une grande mobilisation Les gouvernements d'Amérique centrale parlent de réhabilitation, ils disent qu'il faut revenir le plus vite possible à la situation d'avant.Les organisations populaires affirment qu'il y a deux choses à faire: reconstruire et transformer.Ces mêmes organisations populaires et les associations de citoyens au Honduras, comme ailleurs en Amérique centrale, ont décidé de profiter de ce moment pour repenser le développement de la région.Plusieurs rencontres de coordination des organisations de la société civile des pays *
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