L'oiseau bleu /, 1 janvier 1938, avril
Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent t£g Montréal, Canada t£j ^ ^ Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 ^ ^ tyl Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: PLateau 1131 VOLUME XVIII — No 9 MONTRÉAL, AVRIL 1938 Le numéro: 10 sous Après le souper, le prince demanda la permission de regarder un portrait dans un cadre d'or que Chatte Blanche portait à la patte. 226 L'OI SEAU BLEU CONTE DE FÉES LA CHATTE BLANCHE IL était une fois un vieux roi qui avait trois fils.C'étaient de beaux, braves et courageux jeunes hommes; mais de méchants courtisans persuadèrent au roi qu'ils complotaient entre eux pour s'emparer de la couronne.Le roi ne le crut pas tout à fait; mais, pour éloigner d'eux toute tentation, il se résolut à les faire voyager.Aussi, un jour il les appela tous trois auprès de lui et leur dit: — "Mes fils, je me fais vieux, et je songe à me décharger avant peu des affaires de l'Etat.Celui-là d'entre vous sera mon successeur qui, d'ici un an, me rapportera le plus beau petit chien pour me distraire dans ma vieillesse." Les princes demeurèrent surpris des paroles de leur père, mais acceptèrent d'aller chercher chacun le plus joli petit chien qu'il pourrait trouver et ils se mirent en route le jour même.Ils se firent leurs adieux dans une vieille auberge, à trois milles environ de la ville, et chacun prit une route différente.Ils devaient se retrouver au même endroit au bout d'un an.Le plus jeune frère voyagea de ville en ville, et toutes les fois qu'il avait trouvé un joli chien, et qu'il en trouvait un plus joli, il l'achetait et donnait l'autre.Une nuit qu'il voyageait à travers une épaisse forêt, il perdit son chemin.La nuit se fit de plus en plus sombre, et la pluie se mit à tomber, accompagnée de tonnerre.Après avoir marché longtemps à tâtons, il lui sembla apercevoir une lumière dans le lointain; il se dirigea de ce côté, et arriva enfin à la porte d'un château, le plus superbe qui se soit jamais imaginé.Quand le prince arriva à la porte, il tira la sonnette.La porte fut ouverte par douze mains qui flottaient dans l'air, dont les corps étaient invisibles, et qui tenaient chacune un flambeau.Le prince fut si étonné qu'il pouvait à peine bouger: alors d'autres mains parurent qui le poussèrent doucement en avant et le firent entrer dans le palais.Elles le conduisirent dans un magnifique cabinet de toilette où flambait un bon feu.Un grand fauteuil très commode s'approcha tout seul de la cheminée, et le prince s'assit.En même temps les mains lui ôtèrent ses vêtements mouillés, lui en donnèrent d'autres, faits des plus riches étoffes, et l'enveloppèrent dans une robe de chambre.Puis elles lui apportèrent une cuvette pleine d'eau pour se laver la figure et les mains, lui brossèrent les che- veux et le revêtirent de riches habits au lieu de sa robe de chambre.Ensuite, les mains le conduisirent dans une salle superbe où le couvert était mis pour deux personnes, et où tous les plats et toutes les assiettes étaient d'or pur.Le prince se demandait avec qui il allait souper, quand la porte s'ouvrit, et un long cortège, dont chaque membre avait environ une coudée de haut, entra dans la salle.En tête/marchait une petite figure couverte d'un long voile noir; deux chats la menaient; ils étaient vêtus de deuil et l'épée au côté.Un nombreux cortège de chats venaient derrière portant des ratières pleines de rats et de souris.La petite figure noire s'approcha du prince étonné et leva son voile.C'était une chatte blanche d'une grande beauté; elle avait l'air jeune et triste.— "Prince, dit la Chatte Blanche, sois le bienvenu; mettons-nous à table et soupons." Les mains apportèrent le souper, qui consistait en un pâté de pigeons et un hachis de souris.Après le souper, le prince demanda la permission de regarder un portrait dans un cadre d'or que Chatte Blanche portait à la patte.Il fut bien étonné de voir que c'était un portrait de lui-même; mais comme la Chatte Blanche se mit à soupirer, il crut bien faire de ne pas l'interroger à ce sujet.Us s'entretinrent toute la soirée, puis les mains vinrent chercher le prince et le mirent au lit.Le lendemain malin, le prince fut réveillé de bonne heure par un grand bruit.Il regarda par la fenêtre et vit plus de cinq cents chats qui se préparaient pour une grande chasse que la Chatte Blanche organisait en son honneur.Chatte Blanche montait un singe, et l'on présenta au prince un cheval de bois qui allait comme par magie.Les cors sonnèrent et voilà toute la cavalcade des chats partie.Les lapins et les lièvres passèrent là quelques mauvais moments, tandis que le singe de Chatte Blanche se faisait un ieu de grimper aux arbres après les oiseaux.Ils s'amusèrent tous beaucoup, et rentrèrent souper au château, fatigués et ayant grand'faim.Tous les jours, la Chatte Blanche imaginait quelque chose de nouveau pour divertir le prince et l'empêcher de s'ennuyer; de cette façon, il s'aperçut à peine que les mois coulaient rapidement.Enfin, le prince se rappela que l'année touchait à sa fin et qu'il ne lui restait que trois jours pour rejoindre ses frères à l'auberge avec L • OI SEAU BLEU 227 leurs petits chiens.Mais il ne pouvait supporter l'idée de quitter la Chatte Blanche, car il s'était pris à l'aimer chèrement.— "Hélas! chère Chatte, lui disait-il, ou devenez fille, ou rendez-moi chat." La Chatte Blanche souriait mais ne disait mot.Alors le prince lui parla de l'étrange désir de son père d'avoir un petit chien.— "Tiens, dit la Chatte Blanche, en lui montrant un gland, voici qui contient ce que tu désires." Le prince approcha le gland de son oreille et il entendit distinctement le jappement d'un chien à l'intérieur.Transporté de joie, il remercia la Chatte Blanche et lui fit de tendres adieux.Le prince arriva le premier à l'auberge, cacha soigneusement le gland, et alla acheter le premier méchant tourne-broche qu'il put trouver.Quand les deux aînés arrivèrent, chacun avec un chien superbe, il leur montra son tourne-broche.Les frères se donnèrent des coups de pied sous la table, se disant: "Il n'y a pas grand'chose à craindre de lui.en toul cas." Quand ils arrivèrent au château, les deux frères aînés présentèrent leurs beaux chiens, et le plus jeune, au milieu des éclats de rire, présenta son affreux tourne-broche.Le roi ne savait en faveur duquel décider, car ceux des deux aînés lui plaisaient également.Alors le plus jeune des trois frères tira le gland de sa poche et le brisa, et voilà qu'il en sortit un ravissant petit chien, qui surpassait de beaucoup les autres en beauté, et qui cependant était si petit qu'il passait au milieu d'une bague sans y toucher.Le roi vit bien lequel des trois il préférait: mais comme il n'avait aucune envie de se défaire de sa couronne, il dit à ses fils qu'il était satisfait de leurs peines, mais qu'il voulait encore éprouver leur habileté avant de tenir sa parole: qu'ainsi il donnerait la couronne à celui d'entre eux qui.dans un an, lui rapporterait une pièce de toile assez fine pour passer par le trou d'une aiguille.Les princes demeurèrent tous trois bien affligés mais partirent comme la première fois.Les deux aînés prirent chacun une route différente: le plus jeune s'en retourna tout droit au château de la Chatte Blanche à qui il raconta ce que son père avait dit.— "Prince, dit la Chatte Blanche, ne te mets point du tout en peine de ceci.J'ai dans mon château des chattes qui filent fort bien; faire L'Oiseau Men est publié par la Société Saint-.Iean-Baptiste de Montréal.1182.rue Saint-Laurent, à Montréal Directeur: Alphonse de la Rochelle.La revue ne parait pas en Juillet et en août.une telle pièce de toile ne sera rien pour elles.N'y pense plus jusqu'à ce que le moment soit venu pour toi de t'en retourner chez ton père." Le prince remercia la Chatte Blanche de toutes ses bontés et fit comme elle disait.L'année s'écoula rapidement et le jour du départ arriva.Alors la Chatte Blanche donna au prince une noix et dit: "Dans cette noix tu trouveras la pièce de toile que je t'ai promise; mais garde-toi de la casser ailleurs qu'en présence de ton père." Les trois princes se retrouvèrent comme la première fois et se hâtèrent de se rendre au palais.Les deux aînés déployèrent leurs toiles, d'une finesse admirable, et telle que personne à la cour n'en avait jamais vu de pareilles; mais, malgré cela, elles ne pouvaient pas passer par le trou d'une aiguille.Alors le jeune prince tira sa noix et la cassa.A sa grande surprise, il n'y trouva qu'une noisette; mais, reprenant courage, il cassa la noisette et y trouva un noyau de cerise.Toute la cour se mit à rire, et le prince, au désespoir, cassa le noyau de cerise qui était rempli de son amande.Dans l'amande il trouva un grain de blé et dans le grain de blé un grain de millet.Alors le prince, désespéré, marmotta entre ses dents: "Chatte Blanche! Chatte Blanche! tu m'as trompé cette fois!" Il sentit à ce moment la griffe d'un chat sur sa main; aussi, bien qu'il ne vît rien, reprenant courage encore une fois, il ouvrit le grain de millet et en tira une pièce de toile de quatre cents aunes, et si fine qu'elle passa dans le trou de l'aiguille avec la plus grande facilité. 228 L 1 O I S E A U BLEU Le roi n'avait plus d'excuse valable pour ne pas abandonner la couronne au plus jeune de ses fils; aussi inventa-t-il un nouveau prétexte.— "Mes chers enfants, dit-il, je suis bien touché de tout ce que vous avez fait pour moi : mais je souhaite que vous vous soumettiez à une dernière épreuve avant de me décider tout à fait.Allez voyager encore un an, et celui qui, au bout de l'année, ramènera la plus belle fille pour être reine J'épousera et sera couronné roi immédiatement." Il y eut bien quelques murmures, mais les trois princes consentirent à partir cette fois encore, et le plus jeune s'en retourna tout droit au palais de sa chère Chatte Blanche.L'année s'écoula rapide, et le prince se rappela enfin, avec épouvante, qu'il ne lui restait plus qu'un seul jour: il le dit à la Chatte.— "Prince, répondit-elle, il ne tient qu'à loi d'emmener une des plus belles princesses qui soient au monde.Coupe-moi la tête et la queue et jette-les au feu." — "Moi! s'écria le prince, moi, vous couper la tête et la queue et les jeter au feu! Que moi je vous fasse mal à ce point?En vérité, chère Chatte, vous voulez plaisanter." — "Mon cher prince, dit la Chatte Blanche, je sais combien vous m'aimez; mais il faut faire ce que je désire." Les yeux du prince se remplirent de larmes, et ce fut en tremblant qu'il tira son épée; il détourna la tête, coupa la tête et la queue de la Chatte et les jeta au feu.Tl n'eut pas plus tôt fini que le corps de la Chatte disparut et.à sa place, il vit la plus belle dame qu'il eût jamais vue.Immédiatement après entra un long cortège de dames et de seigneurs qui avaient été changés en chats, et qui venaient de reprendre leur première forme.Alors la princesse dit au prince étonné: — "Cher prince, je n'ai pas toujours été chatte.Ma mère aimait à voyager.Un jour qu'elle errait à l'aventure, elle arriva à un château qui s'élevait au milieu de vergers entourés de hauts murs.Les fruits des arbres paraissaient si beaux que ma mère en eut grande envie, tant et si bien qu'elle tomba malade, car il lui fut impossible de pénétrer dans les jardins.Une nuit qu'elle était couchée, malade, une vieille fée très laide entra dans sa chambre, sur un dragon volant, et la réveilla.— "Mes soeurs et moi, dit-elle, nous te trouvons bien importune de vouloir avec tant d'opiniâtreté manger de nos fruits.Mais puisqu'il y va de ta vie, je vais t'emmener, et tu en mangeras tant que tu pourras, mais à condition que tu me donnes le premier enfant que tu auras."Alors ma mère alla dans les vergers avec la fée et mangea jusqu'à ce qu'elle fût rassasiée."Je naquis peu de temps après, et mon père et ma mère m'enfermèrent dans une haute tour, avec l'intention de tromper les fées; mais elle lâchèrent dans le royaume un épouvantable dragon qui faisait tout périr du souffle de son haleine, si bien qu'il n'y eut pas de récoltes et que les gens moururent de la famine; alors mes parents me remirent aux fées, qui m'enlevèrent et me traitèrent avec une grande bonté.Un jour, enfin, je vis, par les fenêtres
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