L'oiseau bleu /, 1 janvier 1936, octobre
^ revue mensuelle illustree pour ^ la jeunesse 1^^^^ i OiseauBlEU C-'• La route ira fuyant sous d'épaisses ramures Teintes de sang et d'or par le couchant vermeil, El le jour, ruisselant de feux et de ramures, Mettra sur notre toit des bouquets de soleil.Ah ! que celte existence à deux nous sera douce ! Que vite s'enfuiront nos veilles et nos jours, Semblables au ruisseau qui coule sous la mousse, Qui ne change jamais et gazouille toujours !.Et ceux qui veulent voir où le bonheur se gîte, Où sont les nids humains à l'abri des revers, Chercheront, loin des lieux où le monde s'agite, Une humble maisonnette au sein des arbres verts !.Blanche LAMONTAGNE-BEAUREGARD L'OISEAU BLEU 37 Souvenirs d'enfance DES NCCES D'CC — Tu viens à la fête?— Pardon.— Eh! quoi, tu n'en es pas?.Tu es pourtant un peu de la famille.— J'ignore ce que tu veux dire.Ce furent les premières paroles que j'échangeai avec une ancienne connaissance, en débarquant du gros bateau de la Compagnie Richelieu.J'arrivais dans ma ville natale que j'avais quittée depuis plus de trois ans.Je ne prolongeai pas la conversation.J'appelai un charretier et.au revoir, Uam.il Néanmoins, cette interpellation ne manqua pas de m'intriguer.Jusqu'à la maison hospitalière de ma tante où je me faisais conduire, je pensai: Quelle fête ?.Pourquoi en serais-je ?Que signifie tout cela?.J'avais hâte d'avoir le mot de l'énigme.Il me tardait de l'entendre de la bouche d'un de mes proches.Je fus déçu.Je trouvai la porte close.Force me fut donc de m'enquérir chez une voisine.— Monsieur et Madame X sont-ils absents pour longtemps ?—Comment?.Vous ne savez pas!.Ah! je vois, vous êtes étranger.Il y a grande fête aujourd'hui, ici.— C'est la deuxième fois qu'on me le dit, mais j'ignore quel genre de fête ?Le calendrier, que je sache, n'indique ni fête religieuse, ni fête légale ce mois-ci.— Vous n'y êtes pas.C'est une fête de famille.J'oserais dire, une fête de paroisse.— Alors, je vous prie de vous expliquer.Je n'y tenais plus.Tous ces atermoiements commençaient à me donner sur les nerfs.— Mais vous n'étiez pas à la grand'messe, dimanche?.Je vois bien que vous êtes complètement étranger dans cette ville.— Pas tout à fait, Madame.Je suis né ici.J'ai grandi et vécu près de la cathédrale qui a été détruite par un incendie en 1912.je pourrais même dire dedans, la plupart du temps.Je suis parti il y a trois ans et je reviens pour la première fois.Ma réponse ouvrit les yeux de mon interlocutrice qui n'avait cessé de me reluquer.— Ah! j'y suis, maintenant! Je vous demande pardon de ne pas vous avoir reconnu.Entrez, je vais vous mettre au courant de l'affaire.Après m'avoir fait les honneurs de sa maison, la dame reprit: —C'est regrettable que vous ne soyez pas arrivé deux heures plus tôt.vous auriez vu ça.On aurait cru toute la paroisse en branle.A partir du petit jour, les habitants arrivaient de plusieurs milles à la ronde, pour assister aux noces d'or du père Job.— Vous dites que Monsieur et Madame Job célèbrent leurs noces d'or aujourd'hui?— Assurément.Et ça vous touche de près, n'est-ce pas?.vos deux tantes sont mariées avec leurs garçons et votre oncle avec leur fille.— Il y a plus encore, madame; mon père est remarié avec la sœur de Monsieur Job.— J'ai bien raison de dire que ça vous touche de près.— Alors, mon oncle et ma tante sont à la noce.Enfin, je comprenais.Toutefois, la bonne dame crut devoir préciser son renseignement.— Si vous aviez vu ça, ce matin.L'église était bondée de monde.Il y en avait autant dehors.Ça ressemblait à la visite du cardinal, quand les mariés sont arrivés.— Je suis heureux d'apprendre cela.Une si brave famille.— A qui le dites-vous?.Aussi, ce n'est pas le premier venu, le père Job.— Je regrette beaucoup de n'avoir pas été là! — Il y avait plus de soixante voitures qui suivaient les mariés.D'ici, on voyait descendre ça dans la côte du résarve.1 ça n'avait plus de fin.Et à l'église, c'était très touchant de voir ces deux vieux à la Sainte Table, avec leurs douze enfants — c'est pas commun, avoir douze enfants et se rendre à cinquante ans de ménage sans en perdre un seul — les sept garçons avec leur femme et les cinq filles avec leur mari.ils occupaient tout le dcvanl de la balustrade»., Et les petits enfants, donc.Vous savez qu'ils en ont une lignée.L'aîné du plus vieux des garçons s'est marié à la même messe.N'est-ce pas qu'il pourra se vanter d'avoir eu une belle noce ?Franchement, je crois que ça ne s'est jamais vu.— Pareille chose n'arrive pas souvent, en effet.— Aussi, il faut dire que M.Job est pratiquement un pionnier dans la paroisse.Son défunt père, le bonhomme Pit, a défriché tout le terrain au-dessus de la côte Bossé qui est aujourd"hui la principale partie de la ville.Ses garçons ont ouvert les rangs où ils ont 1 Réserve.Etendue de terre réservée. 38 L'OISEAU BLEU pris des terres en bois debout.Et puis, ça a tant travaillé pour rendre service à tout chacun! Je vous garantis que c'est pas volé les égards que toute la paroisse lui rend ainsi qu'à la mère Angèle à l'occasion de leurs noces d'or.Laissez-moi vous dire que Monseigneur ne leur a pas ménagé ses compliments, dimanche, quand il a annoncé la messe de l'anniversaire.Sur ce, je mis fin à l'entretien.J'étais assez renseigné sur la fête du jour, cause de ma déconvenue.Je m'excusai de ne pouvoir accepter l'hospitalité que m'offrit cette bonne personne jusqu'au retour de mes parents et je sortis sans m'attarder davantage.J'avais besoin de mettre ordre à mes idées.Cette fête faisait un accroc à mon programme.Ce ne devait pas être le seul.Dans les voyages, comme dans toutes choses, l'homme propose et Dieu dispose.je saluai d'un grand geste l'humble croix de bois brut.Après mûre réflexion, je compris que je n'avais rien d'autre à faire — mon voyage devant être de courte durée — que d'aller rejoindre mes oncles et tantes.Je savais d'ailleurs qu'on ne me prendrait pas pour un intrus.Ce ne serait pas la première fois que j'irais chez le père Job.Souvent, quand j'étais jeune, j'avais été reçu par Madame Angèle comme l'enfant de la maison.Un incident, que j'ai encore en mémoire, contribua beaucoup à m'attirer les bonnes grâces des habitants de ce foyer.J'avais fait une frasque, c'est vrai, mais que ne pardonne-t-on pas à un enfant exubérant?C'était'le jour du mariage de mon oncle et de ma tante, mariés à la même messe à la fille et au fils de Monseiur Job.La noce partait de chez nous pour le rang de Saint-Pierre.Les enfants ne devaient pas en être.Jugez de ma peine-Plusieurs s'en aperçurent mais ils ne pouvaient intervenir.Dès que les voitures furent en marche, je me mis à courir en pleurant et en criant, au grand ahurissement des mariés, de leur suite et des spectateurs.Ce manège me réussit.Après quelques arpents, mon nouvel oncle qui tenait la tête du défilé, arrêta son cheval et me fit signe de monter dans son boghei.J'arrivai donc à la maison paternelle des nouveaux époux assis entre les deux mariés.Toute la journée, cette prouesse souleva l'hilarité générale; on ne me ménagea pas les quolibets, mais mon ôtourderie avait eu l'heur de plaire à toute la famille qui me témoigna toujours, dans la suite, beaucoup d'estime.J'avais donc raison de ne pas craindre mon intrusion en un moment aussi solennel que la fête présente.Les invités ne verraient certainement pas arriver un étranger.Sans plus d'hésitation, je pris un charretier.Encours de route, je renouais connaissance avec les êtres et les choses d'autrefois.Je revoyais avec joie les caps que j'avais escaladés bien souvent avec mes cousins pour y cueillir les bluets L'OISEAU BLEU 39 qui foisonnent dans ces parages.Je fus particulièrement impressionné à la vue de la Croix du Chemin que le héros de la fête de ce jour avait élevée jadis non loin de sa demeure.Je connaissais toute la vénération que le vieil habitant professait pour cette relique de son jeune temps.Mû par un sentiment de profonde jouissance autant que de pieux respect, d'aussi loin que je l'aperçus, je saluai d'un grand geste l'humble croix de bois brut, toute simple et vétusté, témoin depuis tant d'années du labeur constant et des sueurs de ce vaillant artisan de la terre et de la patrie.Il y avait bien douze ans que je ne l'avais revue la Croix du rang de Saint-Pierre.Elle n'avait pas changé.Elle avait vieilli, c'est vrai, mais on aurait dit qu'elle voulait mieux entendre les actions de grâces des vénérables jubilaires qui autrefois mettaient sous sa protection leurs espoirs de jeunes époux.C'est alors que derrière la ligne des saules et des peupliers qui drapent de leur ombre la vieille maison où naquit et grandit toute une génération de hardis cultivateurs, je descendis de voiture.Je pénétrai sans fausse honte dans l'enclos du jardin et je suivis l'allée centrale qui conduit à la porte d'entrée.Celle-ci était ouverte et j'entendais distinctement l'une de mes tantes qui chantait, pour les jubilaires, une chanson de circonstance: Oui\ ouil cher amant qtie j'aime.Je suis à toi, aujourd' hui -pour toujours.La mélodie qui s'échappait des lèvres de celle qui jouissait, dans toute la paroisse, d'une grande renommée de cantatrice, retenait tellement l'attention des assistants, que mon arrivée ne fut pas remarquée.Au son du heurtoir seulement, les yeux se tournèrent vers la porte en même temps qu'un membre de la famille disait: Entrez! Je fis à peine quelques pas et on me reconnut.Les oh\.les ah\.les: Qui est-ce qui nous arrivel.D'où sors-tu?.et combien d'autres exclamations de surprise provoquées par mon apparition, me prouvèrent bien que j'étais loin d'être attendu.Mon premier bonjour fut pour les héros de la fête à qui j'offris mes vœux d'heureux anniversaire et de longue vie.Je voulus m'excuser d'arriver ainsi, sans plus d'invitation, mais le maître de céans ne m'en laissa pas le temps.— Tu n'es pas de trop, mon petit, s'cmpres-sa-t-il de dire.Comment! Voudrais-tu nous faire croire que tu es un étranger ici?.Je te répondrais que tu es l'enfant prodigue qui arrive juste à temps pour manger le veau gras avec ton vieux père et tous les tiens.Tu nous manquais, mon enfant, et la Providence t'a guidé vers nous pour assister à notre fête.Rendons grâce au bon Dieu.Cependant, pour ta pénitence de ne pas être arrivé plus tôt, tu vas embrasser toutes les créatures ici présentes, à commencer par ma vieille qui a hâte de te serrer dans ses bras.Je présentai mes hommages à Monsieur le curé qui, en personne, honorait ces agapes, puis j'accomplis religieusement la pénitence imposée.Ce ne fut pas une mince corvée.Et l'entrain recommença comme de plus belle.Les chansons canadiennes se succédèrent pendant plus d'une heure.Il va sans dire que je fus invité à chanter plus souvent qu'à mon tour.Elles furent interrompues pour commencer la danse.A la mode de par chez nous, les deux mariés y allèrent de leur gigue simple, suivie d'une gigue à deux à nombreuses répétitions: les gigueurs se succédaient sans interruption, au grand désespoir des musiciens qui suaient à grosses gouttes.La danse était ouverte.En place pour un quadrille.pour une polka.pour un lancier.pour une bistringue (la bastringue).etc., etc.Et on continua jusqu'à la brunante.C'était l'heure du train.Chez les habitants, le plaisir n'exclut pas le devoir.Les plus jeunes se mirent de la partie et ce fut bientôt fait.Les autres en profitèrent pour visiter la terre, les bâtiments, le roulant, les animaux, etc.Pendant ce temps, je causai intimement avec ceux de ma famille.Après le souper qui dura bien deux bonnes heures, de nouveaux invités arrivèrent en grand nombre.Je me rendis compte plus que jamais que c'était réellement une fête paroissiale, ainsi qu'on me l'avait dit.Les femmes s'empressèrent de desservir les tables, Après avoir libéré la salle, les chants et la danse recommencèrent pour ne se terminer qu'à une heure avancée de la nuit.Parents et amis prirent alors congé de leurs hôtes en leur réitérant leurs souhaits les plus sincères.Je partis un des derniers avec mon oncle et ma tante, informés déjà de mon départ le lendemain soir, ce à quoi ils ne voulurent pas consentir.Je dus rester deux jours de plus.Je fis, non sans émotions, mes adieux aux deux jubilaires qui m'avaient si bien accueillis.Je prévoyais que je ne les reverrais plus et j'en avais le cœur serré.Ils m'étaient bien chers; je les vénérais à l'égal des anciens patriarches qui donnèrent à leur peuple une nombreuse postérité.Au retour, je me félicitais d'avoir eu le bonheur d'assister aux noces d'or de deux pionniers de chez nous.G.de l'Espoir Pour parler français, il faut avoir dans Pâme un fonds de noblesse et de sincérité.Louis VEUILLOT L'OISEAU B.EJ 40 Comment on gagne une cause LUC-Michel Cressé, nommé maître de poste de Nicolet en 1826, était en plus notaire et surtout extraordinairement taquin et excentrique.L'abbé J.-E.Bellemare a raconté dans son Histoire de Nicolet plusieurs de ses incartades.En voici une: "On conçoit que ses bizarreries et taquineries lui créèrent des ennemis.Citons en particulier les sept frères Pacaud que les malins appelaient ironiquement les sept péchés capitaux ou les plaies d'Egypte et qui n'étaient pas non plus très commodes.Ayant à se plaindre du fameux notaire, les Pacaud ne pouvaient lui pardonner; aussi, un jour que le sieur Cressé passait en face de leur maison, trois d'entre eux, qui le guettaient, se jetèrent sur lui à l'improviste et lui infligèrent une dégelée des mieux conditionnées.Le pauvre notaire, roué de coups, se rendit clopin-clopant à sa résidence, bien décidé à tirer vengeance de ce mauvais parti.Quelques jours après, la cour des Trois-Rivières offrait un spectacle des plus singuliers.Luc-Michel Cressé avait poursuivi les Pacaud pour assaut et batterie et, pour attirer la pitié du juge, s'y était fait transporter sur un grand boyard, le corps entouré de bandes, dans l'attitude piteuse d'un homme gravement éclopé.Il paraît qu'en réalité, il souffrait bien de quelques contusions, Luc-Michel Cressé.pour attirer la ]Htié du juge- mais sans aucune gravité.Le docteur Gilmour, qui l'avait pansé, se trouvait aux Trois-Rivières ce jour-là.Attiré par la curiosité, il se rend à la cour.Imaginez son étonnement, quand il aperçut son beau-frère, qu'il savait plein de vigueur et de santé, transformé en mourant, pour la circonstance.La comédie ne pouvait être mieux jouée.On dit que le notaire gagna sa cause.Avec toutes ses singularités, le notaire Cressé avait bien quelques amis et même des admirateurs.* * * Nota: L*abbé Joseph-Elzéar Bellemare, né en 1819, mort le 29 février 1924, est l'auteur d'une Histoire de Nicolet et d'une Histoire de la Baie-du-Febvre, deux ouvrages particulièrement estimés.E.-Z.M.RÉCRÉONS-NOUS —Tu sais, Amélie.depuis que j'ai supprimé le vin et la viande le soir, plus de rhumatismes.—Comme c'est agréable; nous ne saurons plus quand le temps va changer.Dans un ménagé.Madame—Comment! tu es fou! Par cette pluie continuelle tu sors sans chapeau ?Monsieur—C'est la mode du temps! Madame—Oui, mais le temps reste couvert, lui.—Mon cher, j'ai vu vos tableaux au Salon d'automne; c'était les seuls qu'on pût voir.—Flatteur! —Il y avait trop de monde devant les autres.toto chez le médecin, en consultation: —Tire la langue au Docteur, mon chéri, lui dit sa mère, tire bien la langue.—Oui, maman, mais faut-il aussi que je lui fasse un pied de nez?La mère: Louis, es-tu assez grand pour atteindre cette fiole, sur l'étagère?Louis, prudemment—Laquelle ?celle à l'huile de ricin ?La mère—Justement.Louis—Non, maman, je ne crois pas avoir le bras assez long.Madame, en colère, à sa servante: Réflêchissez-y, si ça ne va pas mieux que cela, je serai obligée de prendre une autre bonne.La servante—Combien je vous approuve, madame, il y a assez d'ouvrage ici pour deux!. L'OISEAU BLEU 41 Deux pauvres petits enfants (i) Conte écrit pour l'Oiseau bleu par HORTENSE DULAC SECONDE PARTIE (Suite) QUAND ils se levèrent, l'aurore commençait à pâlir la crête des monts.Un brouillard lointain et glacé s'étendait au nord, comme un voile qu'on déplie lentement.La chute des feuilles, déjà très avancée, s'accentuait sous la pression d'une violente brise d'automne.Le pâle soleil du matin s'était déjà effacé.Le jour s'annonçait morne et froid.Malgré les fatigues de cette nuit agitée, le frère et la soeur reprirent avec courage la marche interrompue.Thérèse craignait toujours de voir revenir les ours."Soleil", encore visiblement surexcité, dressait l'oreille au moindre bruit.André, lui, n'avait plus de crainte de ce côté-là.II savait que l'ourse et ses petits s'étaient enfuis dans une direction opposée, et il les croyait partis pour chercher fortune ailleurs.C'est avec une nouvelle énergie qu'il hâtait la marche dans la forêt.Mais quelle marche lente et difficile! Une multitude d'obstacles se dressaient devant eux comme des fantômes acharnés.Des arbres morts et tombés, des troncs déchiquetés, des tiges tordues, entrelacées les unes aux autres, toutes ces choses s'entassaient sous les pas des voyageurs.Aucun lieu habité ne leur était encore apparu.Ici, c'était une succession de collines arides et désertes, qu'ils escaladaient avec la plus grande peine.Là se montraient des broussailles, des bouts de forêt si épaisse, si noire que cela semblait se dresser devant eux comme une barrière infranchissable.Plus loin, entre des ravins et des précipices, surgissait une rivière à leau trouble, aux roches gluantes dont la traversée demandait les plus grands efforts et les mettait à bout de souffle.Plusieurs fois ils s'arrêtèrent pour reprendre haleine.Se laissant glisser sur le sol, sans force, le coeur plein d'amertume, les pieds engourdis par le froid, ils se demandaient combien de temps encore ils pourraient continuer ce dur pèlerinage.Ce jour-là ils campèrent bien avant que le soir fût apparu, car la faim les torturait et la faiblesse s'était emparée d'eux.Ils n'avaient rien trouvé à se mettre sous la dent.La neige légère qui tombait (la première neige) ache- vait d'ensevelir les petites poires sauvages que les moineaux gloutons avaient épargnées.L'angoisse leur serrait la gorge, mais ils ne disaient rien, gardant chacun pour soi son tourment."Soleil" tournait autour d'eux et les regardait avec des yeux suppliants.Thérèse détournait la tête pour ne pas voir davantage ses regards tristes.André mit son fusil à portée de sa main, espérant voir passer quelques gros oiseaux ou toute autre petite bête des bois dont la chair leur apporterait le salut.Par quel malheur cette immense forêt se trouvait-elle déserte au point de ne pouvoir leur procurer le plus léger repas?.A ce moment surgit un joli petit cerf qui dévalait légèrement d'une pierreuse colline.Au milieu du ravin, la petite bête s'arrêta.André saisit son fusil et mit en joue pour tirer.Alors, Thérèse, se redressant subitement, lui cria: "Ne tire pas! Ne tire pas! Hélas! mon frère, nous allions oublier la promesse que jadis nous avons faite à l'âme des forêts! Rappelle-toi, nous avons promis de ne jamais faire mourir aucune bête des bois,, ni cerf, ni écureuil, ni castor, et pas même une tourterelle.Ah! si nous manquions à notre parole, qui sait quelle malédiction pèserait nous nous!".— Tu as raison, chère soeur, dit-il.Il faut toujours remplir ses promesses, même au prix des plus grandes souffrances.Un homme d'honneur ne recule devant rien quand il s'agit de la parole donnée.En retour de ce sacrifice que nous lui consentons, l'âme des bois nous protégera sans doute.Déplions de nouveau nos misérables bagages, et sous le regard des étoiles dormons avec confiance.Je suis certain qu'il nous viendra quelque secours.Nous sommes jeunes, nous sommes vaillants, nous ne pouvons pas être si facilement vaincus.On demeure fort tant qu'on n'est pas découragé.Viens, ma soeur, viens tout près de moi, et que "Soleil" (1) La première partie de ce conte a paru dans l'Oiseau bleu, volume XVI, pp.117 et suivantes. 42 L'OISEAU BLEU Affaiblie.épuisée par la fatigue, Thérèse se laissa tomber.en fasse autant.Notre chaleur mutuelle nous permettra de combattre le froid de la nuit.Ce long repos que nous allons prendre va refaire un peu nos forces, en attendant que la Providence vienne à notre aide.— Prions monsieur Basile, reprit Thérèse.Tu sais qu'il nous a dit: "Je vous protégerai du haut du ciel".Affaiblie, exténuée, épuisée par la fatigue et le manque de nourriture, elle se laissa tomber sur sa froide couche, et les yeux pleins de larmes, au sein de son amertume et de son désespoir, elle revit les années de bonheur trop tôt passées, et la chère existence qu'elle vécut sous le toit de l'Ermite.Elle revit les bosquets reverdis où courent les ardeurs du printemps, l'enclos débordant d'épis, la richesse des champs fauchés, l'adorable lumière des gerbes, le jardin où se mêlaient l'églantine et les fleurs du prunier; elle entendit la voix des pigeons, le chant des merles siffleurs, et le bruit de la moisson qui remplissaient l'air d'un écho si charmant.Et sur cette vision d'autrefois, presque défaillante, la jeune fille ferma ses jolis yeux tout trempés de pleurs.A peine reposaient-ils depuis quelques heures qu'un étrange tintamarre les fit soudain se lever d'un bon sur leur séant.Une petite charrette aux larges roues de fer, aux essieux criards, passait au milieu des branches et des souches, tirée par deux mulets attelés l'un devant l'autre.Les coups de fouet retentissaient.Les pauvres bêtes tiraient et suaient et sur leur passage des amas de feuilles tombaient.Les cris de Avance! Avance! Ohé! Ohé! se succédaient, formidables et continus.Deux hommes, un jeune et un vieux, conduisaient ce rustique attelage.Le plus jeune était un garçon de seize à dix-huit ans, au menton de fille, au teint rose.Le vieux était brun et trapu, avec un air mauvais et de gros yeux noirs qui se dissimulaient sous un chapeau de feutre crasseux.Ils s'arrêtèrent tout près d'André et de Thérèse qui les regardaient un peu épouvantés.— Tiens, tiens, dit l'homme au grand chapeau, voilà une aubaine pour nous: des voyageurs égarés ou à moitié morts de faim.Ah! comme vous êtes pâles, mes pauvres enfants! Les vivres ont manqué, je suppose?.Oui, c'est cela.Ah! vous n'êtes pas les premiers à connaître pareille aventure! Cette forêt n'a pas de fin.Ah! mes pauvres, vous êtes heureux que le hasard m'ait conduit jusqu'ici! Moi, je suis le salut des voyageurs, car je tiens une auberge où l'on dort bien, où l'on mange bien.Vous verrez si je mens.Je vous emmène pour vous remettre sur pieds.Vous y serez le temps que vous voudrez.— Viens ici, Fainéant, comman-da-t-il au jeune homme qui l'accompagnait, viens m'aider à les pousser dans cette charrette, ils ont de la peine à se tenir debout.Vois comme elle est pâle, comme elle est chétive, cette petite.Mais, malgré tout ça, elle est jolie, et douce comme un agneau." Il parlait avec force et ses yeux malicieux brillaient sous son chapeau aussi sombre que la nuit.Et la charrette s'en alla, de cahot en cahot, emportant le frère et la soeur vers la plus proche auberge.Le reste du parcours fut long et mouvementée.Il fallut encore deux heures pour accomplir ce trajet.Enfin, l'épaisse forêt était traversée; ils atteignaient les lieux habités.Des demeures se devinaient, ici et là, à la faible lueur des fenê-tes.Au fond d'un noir bosquet apparut une maison, très vieille, très sombre, dont le toit pointu était garni de lucarnes.C'est là que l'attelage s'arrêta.Deux gros chiens accoururent en aboyant.Et les voyageurs, réconfortés, virent alors, au-dessus de la porte, une large enseigne, éclairée d'un fanal, où se lisaient ces mots: "Auberge du Cheval Noir".{A suivre) Hortense DULAC RIONS UN PEU —A la porte de la caserne, le brigadier, interpellant un cavalier de deuxième classe: —Vous ne pouvez pas sortir sans permission.—J'ai l'ordre verbal du Capitaine.—Montrez-moi cet ordre verbal.L'Oiseau bleu est publié par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal.Directeur: Alphonse de la Rochelle.La revue ne parait pas en juillet et en août. L'OISEAU BLEU 43 No 48 Octobre 1936 affiliés a la société canadienne d'histoire naturelle Directeur général: R.F.Adrien, C.S.C., Institut botanique, Université de Montréal.Souê-directrtce: Rév.Sr Sainte-Alphonsine, C.N.D., Collège Marguerite-Bourgeoyg.Secrétaire général: M.Jules Brunel, Institut botanique, Université de Montréal.Secrétaire adjointe: Mlle Marcelle Gauvreatj, Institut botanique, Université de Montréal.Trésorier: M.Jacques Rousseau, Institut botanique, Université de Montréal.CHEFS DE SERVICE Botanique: R.F.M arie-Victorin, F.E.C., Institut botanique, Université de Montréal.Zoologie: Dr Georges Préfont aine, département de Zoologie, Université de Montreal.Entomologie: M.Gustave Chagnon, département de Zoologie, Université de Montréal.Minéralogie-géologie: R.P.Léo Morin, C.S.C., Collège de Saint-Laurent.Publicité: R.F.Narcisse-Denis, F.E.C., Académie Saint-Léon, West.nount.Pour vous, mes enfants.CHEZ LES TOUT-PETITS NATURALISTES y 'EVEIL, ou Cercle des Tout-Petits-Naturalis-tes, doit reprendre ses activités.Cette école, fondée en novembre 1935, s'adresse particulièrement aux tout petits de trois à sept ans, ou aux enfants plus âgés qui suivent des C'iUff privés.Son but est d'éveiller l'esprit d'observation, d'enrichir l'intelligence enfantine le notions simples, mais exactes, sur les sciences naturelles, de faire aimer la nature et d'occuper les enfants en les amusant et les instruisant.L'école de VE/veil, la seule du genre au pays, a reçu l'an dernier quatorze élèves réguliers, tous bien éveillés.Ces enfants ont suivi les cours du lundi avant-midi, qui se donnent dans le salon 110 de l'hôtel Pennsylvania, de dix heures et demie à onze heures et demie.La directrix e a été vraiment très impressionnée et enchantée de l'intérêt que ses petits élèves ont témoigné au cours des diverses leçons sur les plantes, les animaux et les pierres.Les sciences naturelles, intelligemment comprises, ne sont-elles pas toutes désignées pour captiver l'enfant?Quoi de plus attrayant pour ces chers petits que de courir la campagne, récolter les mignonnes fleurs sous les pas, faire la chasse aux papillons! Dès que la température a été favorable, les élèves de l'Eveil, guidés par leur professeur et accompagnés de leur maman, ont fait des excursions à l'île Sainte-Hélène, à Lon-gueuil, etc.Les plantes récoltées sont ensuite montées dans des cahiers spéciaux ou herbiers; de même les insectes capturés et les minéraux constituent d'intéressantes petites collections, véritables trésors pour les Tout-Petits-Naturalistes.Duant l'hiver, les élèves de l'Eveil ne sont pas moins intéressés et amusés.La méthode d'enseignement consiste à raconter d'abord aux enfants un conte sur le sujet traité, à leur donner ensuite la leçon proprement dite, adaptée à leur âge, leçon qui se termine par une séance de projections lumineuses.Les cours sont très vivants, car nous avons autant que possible, pour la démonstration, des animaux vivants ou empaillés; des plantes vivantes; des modèles 44 L'OISEAU BLEU LES TOUT-PETITS NATURALISTES Pierre Bertrand, Pierre Ouvrard, Céline Belzile, Claude Jutras; debout: Pierre Brunei.très agrandis de fleurs et d'animaux, etc.L'an dernier, les Tout-Petits ont pu admirer de leurs yeux ravis et toucher de leurs doigts mignons beaucoup d'animaux vivants tels que: la tortue, la couleuvre (Reptiles) ; le pigeon (Oiseaux) ; le rat blanc, le cobaye ou cochon-d'Inde, le lapin (Rongeurs) ; le chat domestique (Carnivores) ; le poisson rouge.En botanique, ils ont étudié et disséqué le lis, la tulipe et plusieurs plantes printanières.Ils ont aussi appris comment les nuages sont formés, puis changés en pluie ou en neige.Les élèves sont appelés à dessiner chacun son tour au tableau noir des schémas très simples, d'après nature: pétale, sépale, étamine, pistil, etc.Chaque enfant a son cahier de dessin et ses crayons de couleurs: qu'ils apprennent à dessiner avant d apprendre à écrire est la suprême ambition de leur professeur! Enfin, ce qui caractérise cette classe originale, c'est que les enfants sont libres de parler à leur gré, pourvu qu'ils ne s'éloignent pas trop du principal sujet de la leçon.Cette expérience un peu osée a produit les résultats les plus inattendus.On ne saurait vraiment imaginer les réactions des enfants et la curiosité intense de tout ce petit monde aux yeux purs, quand ils entendent raconter des choses qu'ils ont pu ou qu'ils peuvent observer eux-mêmes.Non seulement les Tout-Petits soulignent dans un vocabulaire qui leur est propre les explications du professeur, mais encore ils ont personnellement leur petite histoire à raconter.Chacun parle, et les autres d'écouter avec une attention extraordinaire et parfois très comique.La directrice de l'Eveil, avide de recueillir toutes les spontanéités de ses élèves, a déjà en sa possession une petite encyclopédie inédite de mots d'enfants! Oyez plutôt: Le bébé de la classe, âgé de trois ans seulement, fait une description ingénieuse de la cou- leuvre dont il n'a pu retenir le nom: "C'est, dit-il, un animal qui a la tête comme la tortue, qui est rond comme son bras, pis qui n'a pas de pattes." Un autre, en entendant dire que la couleuvre et la tortue sont "parentes", conclut "que la couleuvre est le père de la tortue"!!! Il est possible en même temps de faire un grand bien aux enfants.Certains sont tellement timides qu'ils peuvent difficilement nous adresser la parole ou même répondre.En contact avec des petits bavards, peu à peu ils deviennent plus communicatifs et ils finissent par relater aussi ce qu'ils ont vu ou entendu.D'autres sonf très nerveux: ainsi, une fillette, qui, au début de l'année, reculait d'effroi devant les animaux les plus inoffensifs, ou même les objets les plus jolis et les plus dignes d'admiration.Pendant le cours sur le pigeon, comme elle avait vu l'oiseau se débattre dans sa cage, cette petite ne voulut jamais prendre dans ses mains, pour la démonstration, une des plumes que j'avais ramassées dans la cage."Mais pourquoi ne pas prendre une plume?" lui deman-dé-je.Elle me répondit: "Parce qu'elle est vivante!" Enfin, un aimable bambin, pour avoir quelque chose d'intéressant à dire, racontait toutes sortes de mensonges! Un jour que je donnais une leçon sur les rats blancs et les rats noirs, il dit tes gravement: "Mademoiselle, chez grand'maman, il y a des rats roses!" — Des rats roses! s'écrient en choeur mes petits élèves.Ça ne se peut pas! Mademoiselle ne l'a pas dit! Mais le petit garçon de continuer: "Oui! oui! Grand'maman a des rats roses!" J'interviens alors: "Sais-tu que les rats roses m'intéressent beaucoup! Je vais téléphoner à ta grand'mère et je vais lui demander de mes les montrer!" L'enfant réfléchit un moment, et sans baisser les yeux répond d'un air vexé: "Tu n'sais pas le numéro!" — Naturellement, je fis doucement remarquer à mon petit élève "que ce n'est pas joli de conter ainsi des petites blaguesV Ne sont-elles pas charmantes quand même ces réflexions d'enfant?Et ne mettent-elles pas à nu les mécanismes psychologiques sur lesquels nous devons jouer dans le grand travail de l'éducation?Cette année, le programme de VEveil est entièrement nouveau, de sorte que les anciens jeunes élèves seront mille fois les bienvenus.Les cours prendront un intérêt particulier à cause des développements rapides du Jardin Botanique de Montréal.Dès maintenant, en effet, il est possible d'aller faire la classe dans les avenues du jardin économique, de montrer et L'OISEAU BLEU 45 Quelques élèves de L'ftveil et leurs mamans, en visite au collège de Ijongueuil.d'expliquer le blé, l'avoine, l'orge, etc., ployant dans la lumière leur tête gracile.Nous pourrons de même parler du lin d'une façon très démonstrative, en ayant la plante sous les yeux et un morceau d'étoffe en mains.Mais je n'en dis pas davantage, car je me réserve le privilège de donner bientôt mes impressions sur l'intérêt très grand du Jardin Botanique au point de vue éducationnel.Dans le pavillon du Jardin Botanique de Montréal aura lieu sous peu une distribution des prix qui sera présidée par le Frère Marie- Victorin, bienfaiteur et patron de VEveil.Grâce à la générosité et à l'encouragement de nos sociétés scientifiques, de la Société Canadienne d'Histoire Naturelle de Montréal, de la Société Provancher d'Histoire Naturelle du Canada et de la Société Zoologiqu-e de Québec, les Tout-Petits-Naruralistes pourront recevoir de la propre main de celui qui créa et popularisa la botanique en ce pays, la récompense à leur application et à leur assiduité.Vivent donc les sciences naturelles et vivent les Tout-Petits!!! Le Cercle de l'Eveil est rouvert.Parents qui me lisez, vous surtout, les mères, vous les grandes soeurs, et vous les édu-catrices de tous les coins du pays laurentien, je vous dis ceci: Le soin des Tout-Petits est peut-être l'unique ministère que l'on ne nous contestera jamais, à nous, femmes.Acceptons-le dans toute sa plénitude.Refaisons-nous à nous-mêmes l'âme d'enfant qu'il faut, ouvrons enfin nos yeux sur la grande Bible de la Nature, afin que nous ayons quelque chose à répondre quand cette petite tête blonde, sur nous appuyée, nous demandera si gentiment: "Maman, je voudrais que tu me dises pourquoi toutes ces choses sont belles!" Marcelle GAUVREAU, directrice-fondatrice de l'Eveil AVIS IMPORTANT L'Oiseau bleu a distribué en juin dernier, comme prix de fin d'année, des médailles et des volumes.Les élèves de nos maisons d'enseignement ont apprécié le don de ces récompenses qu'ils avaient méritées pour leur application au travail pendant l'année scolaire.Plusieurs directeurs et directrices nous ont écrit aussi pour nous dire leur satisfaction.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal invite de nouveau les élèves des écoles, académies, collèges et couvents à prendre part à la distribution des prix de l'Oiseau bleu qui se fera en juin 1937.1.Toute maison d'éducation, dépositaire de YOiseau bleu, aura droit à un volume canadien pour chaque quantité de 200 exemplaires de la revue vendus à ses élèves, à partir de l'édition de septembre 1936 jusqu'à celle de mai 1937 inclusivement.2.En plus des volumes de prix, chacune de ces maisons aura droit à une médaille d'argent pour chaque quantité de 500 exemplaires et à une médaille d'or pour chaque quantité de 1000 exemplaires de la revue vendus durant la même période.3.L'administration de l'Oiseau bleu fera parvenir aux maisons d'éducation avant le 14 juin 1937 les prix auxquels elles auront droit, pourvu qu'elles aient acquitté à cette date toute somme due à l'Oiseau bleu.4.Cette offre s'adresse à toutes les maisons d'éducation actuellement dépositaires de l'Oiseau bleu, ainsi qu'à celles tfui voudraient le devenir en ouvrant un dépôt pour la vente de notre revue à leurs élèves au prix de 10 sous l'exemplaire.5.Pour ouvrir un nouveau dépôt ou pour toute commande supplémentaire de la revue, veuillez écrire à l'Oiseau bleu, 1182, rue Saint-Laurent, à Montréal, ou téléphoner à PLateau 1131.Nous exprimons notre reconnaissance à tous les propagandistes de l'Oiseau bleu.Leur dévouement contribue à maintenir cette œuvre, l'une des plus importantes au point de vue de la formation de la jeunesse, de la Société nationale des Canadiens français.Nous avons le ferme espoir que les éducateurs et les éducatrices, qui ont tant à cœur le développement intellectuel de leurs élèves, réserveront à l'Oiseau bleu un accueil aussi bienveillant et aussi cordial que par le passé.LE DIRECTEUR DE L'OISEAU BLEU 46 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE L'ÉCLAIRAGE Questions.1.— Comment les premiers peuples luttaient-ils contre l'obscurité?— Ce fut d'abord par des bûchers qu'ils laissaient brûler nuit et jour.Plus tard on employa des torches enduites de résine.On se servit aussi d'étoupe enduite de poix.Puis vint l'huile d'éclairage.On en mettait dans une coupe et on la garnissait d'une mèche baignant dans l'huile qu'on allumait.La graisse et la cire jouèrent aussi un grand rôle dans l'éclairage domestique.Q.De quoi se sert-on dans l'éclairage moderne?— Du pétrole, du gaz et surtout de l'électricité.Q.Quel est l'inventeur du bec de gaz?— L'ingénieur français Philippe Lebon, qui vivait à la fin du XVIIle siècle.Q.Qui inventa la lampe électrique?— Un contemporain, l'Américain Edison.Q.Que fait cet électricien?(1) — Il pose une applique.Q.Qu'est-ce qu'une applique?— On appelle ainsi les lumières, lampes, candélabres, étagères et autres objets qui se fixent au mur.2.A quoi assistons-nous ici?A la pose d'une applique.3.Quelle nom donne-t-on à cette applique qui n'a qu'une ampoule?— Une applique simple.4.Et à celle-ci?— Une applique double.5.A quoi travaillent ces électriciens?— A l'installation de l'éclairage d'une maison.L'un des ouvriers indique une prise de courant.La dame a l'air enchantée de toutes les commodités qui contribueront à améliorer sa maison tout en y agrémentant le séjour.Son geste et son sourire parlent par eux-mêmes.6.Comment désigne-t-on cette lampe si rapprochée du plafond à laquelle elle est fixée?— C'est un plafonnier.7.Comment cette sorte de réflecteur fait-elle appeler cette lampe-ci?— Une lampe à calotte.8.Quel avantage présente cette lampe de bureau?— C'est une lampe flexible.8A.Comment nomme-t-on celle-ci?— C'est un plafonnier à chaînes.9.Quel nom spécial porte ce genre de plafonnier?— C'est un plafonnier de véranda.10.Où place-t-on ordinairement cette suspension électrique?— Dans un vestibule.11.Et ce groupe de lampes?— Dans un vi-voir.Aussi, l'appelle-t-on "suspension de vi-voir".12.Quel nom porte cette lampe?— C'est un lustre.Si l'on veut préciser davantage, on dit que c'est un lustre trois-branches.Q.Par quoi chaque branche de cette suspension est-elle terminée?— Par une tulipe.C'est le nom que l'on donne à cette variété d'ornement./ 13.Quelle est cette sorte de lampe?— C'est une lampe à contrepoids.On y distigue une poulie (A), un contrepoids (B) et une rosace (C).14.Quel est ce genre d'interrupteur?— C'est un interrupteur rotatif.Cet interrupteur donne une rupture très brusque.Q.Y a-t-il d'autres genres d'interrupteurs?— Il y a aussi des interrupteurs à pression, des interrupteurs à bascule et des interrupteurs à poussoir.15.Que fait cet ouvrier électricien?— Il est à poser les fils nécessaires à l'éclairage de cette maison.A côté de lui est un entrepreneur tenant un plan d'installation électrique sous son bras.16.Que voit-on dans ce médaillon?— Une suspension à chaînes, une applique, un plafonnier et une calotte.17.Quel est cet accessoire d'éclairage électrique?— C'est une douille à clé.On y distingue les griffes (A), la clé (B) et l'adhérence à baïonnette (C).18.Où place-t-on ordinairement cette lampe discrète?— Dans un boudoir.19.Quel nom donne-t-on à cette lampe?— C'est une lampe de bridge.20.Qu'est ceci?— Une suspension à boule.21.A cause de la forme de cette applique, quel nom lui donne-ton?— C'est une applique col-de-cygne.On voit aussi le globe (B).22.Cette suspension a-t-elle un nom spécial?— C'est une lyre, sans doute, à cause de sa forme.23.Comment appelle-t-on cette lampe mobile de salon?— C'est un lampadaire.24.Où se place ce genre de lampe?— Sur un bureau.25.Et cette applique?— Dans une chambre à coucher.26.A cause de ses deux culasses à lumière, comment appelle-t-on ce genre de prise de courant?— C'est une prise jumelle.L'abbé Etienne BLANCHARD L'OISEAU BLEU 47 L'ÉCLAIRAGE 48 L'OISEAU BLEU Qui connaît cet apôtre?JOSEPH de Veuster naquit en 1840, en Belgique, à Trémolo.C'était un enfant de la terre.Son âme, habituée à lire dans les beautés de la nature et familière aux vastes horizons qui rejoignent ciel et terre, devint profondément méditative.De famille pieuse, il grandit dans l'amour de Dieu.Son bonheur le plus senti était de rester des heures en adoration devant Jésus-Hostie.Dix-neuf ans, âge de la réalisation des rêves longtemps et intimement entretenus! Les champs illimités, la grande solitude, le labeur agricole, tout lui parlait d'un autre champ, immense lui aussi, aux horizons reculés, celui des âmes où la moisson blanchit, mais où les ouvriers, parce que trop peu nombreux, ploient sous la fatigue et les tâches apostoliques.Il se fera missionnaire.a-t-il longtemps rêvé! Il fut admis chez les Pères de Picpus, missionnaires du Sacré-Coeur.Le 18 mars 1864, le petit Joseph, devenu Frère Damien, débarquait à Honolulu, pour recevoir les ordres majeurs.Plein de bonté et de charité pour les Canaques, multipliant, tels les besoins du ministère, ses métiers: "charpentier, catéchiste, il court à cheval, à pied, en pirogue".La lèpre, d'une main implacable, attaqua les indigènes.Le fléau allait grandissant.Les lépreux, traqués comme des bêtes fauves, bon gré mal gré, furent déportés dans l'île Molo-kaï, terre inculte, inhospitalière, désolée.Il fallait à tout prix sauver la population des îles Honolulu.Chez ces lépreux, déplantés de la vie normale, se glissaient alors les pires orgies du vice.façon bestiale d'oublier l'enfer de la solitude et de la misère, où on les avait forcément relégués et enfermés.L'Eglise veillait.Monseigneur Maigret, vicaire apostolique des îles Sandwich, vint à la rescousse de ces âmes jetées à la dérive.Appel fut lancé au jeune clergé, demandant un prêtre capable, pour l'amour de Dieu, de s'enfoncer avec les lépreux, pourriture ambulante.Le Père Damien, au cri jeté par son chef ecclésiastique, iépondit sans hésitation: "Présent".Le Père Damien n'était âgé alors que de trente-trois ans lorsqu'il arriva à l'île Molo-kaï, qui devait être témoin d'un des plus grands héroïsmes jamais vécus.Des lépreux, des loques humaines ravagées par le terrible mal, mais le coeur plein d'espoir, accueillirent le Père Damien au débarcadère.Je cède la parole à Paula Hoesl, collaboratrice active à la Revue de la Vie chrétienne, auteur de la biographie du P.Damien, Un martyr de la charité."Jamais personne ne réalisa mieux la divine définition de la charité." "Tout à tous.Tout entier à chaque besoin.Ses enfants, il faut les vêtir, les loger: le voilà, la truelle en main: maçon, constructeur.Il nettoie lui-même les cases des malades, tire l'eau des puits, lave le linge, panse les plaies et, inlassablement, sa main consacrée de prêtre, laissant les travaux manuels, se lève pour absoudre, pour bénir, pour ramener la joie."Il est la joie vivante de l'île.Kamiano-Ma-kua Kamiano.Notre Père Damien." Je lis plus loin."Il n'a pas encore la lèpre, mais déjà, il a trouvé ce mot magnifique: "Nous autres, lépreux".Le "petit paysan des Flandres catholiques" construit six églises.Chaque cérémonie religieuse est un cri de foi vivante des lépreux dont la vie, malgré lea lambeaux de leurs pauvres L'O ISEAU BLEU corps, a trouvé orientation nouvelle à mesure que le Christ avance profondément en leur coeur.Leurs souffrances physiques et morales, acceptées avec joie et sérénité, leur achètent le ciel.Ils le comprennent bien, maintenant.il faut ne pas les gaspiller!.Lisons ce que Joseph de Veuster écrivait à son frère en 1880."La moitié des malades ressemblent à des cadavres vivants que les vers oui déjà commencé à ronger, d'abord, intérieurement, puis extérieurement, jusqu'à faire d'horribles plaies qu'on guérit très rarement.Pour vous donner une idée de l'exhalaison, imaginez-vous la mauvaise odeur qui dut sortir du tombeau de Lazare!" Le P.Damien fut, pour ses lépreux, un père dans toute l'acception du mot.Prêtre et Père! Il fut tout à tous, dans son ministère comme dans toutes ses activités de la vie quotidienne auprès de sa grande famille malade.Amis, lisez la description suivante, tombée de la plume de la biographe du P.Damien."Il entre dans chaque maison, s'assied à la table, dans la lourde atmosphère aggravée par la chaleur du climat.Il partage le repas.Quel repas! A la mode hawaïenne, on mange le poï avec les doigts.Ici, dans le plat commun plongent à tour de rôle les doigts rongés, sanguinolents, des moignons dépourvus de phalanges! Au dessert, en signe de fraternité, on se passe la pipe de bouche en bouche.quelles bouches! Sans sourciller, le Père tire à son tour la bouffée de l'amitié.Oh! petit geste héroïque, mille fois répété." "Le contact des lépreux pèse à sa chair, mais la solitude pesa encore plus lourdement à son ame."Seul, absolument seul.Seul presque toute sa vie.Sur seize années qu'il passa à Molokaï, il fut pendant neuf ans totalement seul." "Prêtre solitaire, il se confessait tout haut devant le Saint-Sacrement.Un jour des premiers mois, en octobre, son Provincial s'embarqua avec un transport de lépreux dans le secret désir de voir le Père Damien.Mais l'inflexible consigne ne voulut pas céder." "Le Père Damien, dans sa petite barque qui danse au flanc du navire, n'a pu que voir son Provincial penché vers lui sur le bastingage.II s'est mis à genoux, il s'est confessé dans le vent qui disperse en lambeaux la confidence de son âme.Mais il a vu descendre sur lui le geste consolant de l'absolution avec le sourire du père et de l'ami.Et ce fut tout pour des années.Un jour, n'en pouvant plus de solitude, comme un prisonnier en révolte, il s'évade de Molokaï, court à Honolulu, se confesse et revient le coeur retrempé, reprendre sa place de victime."En voilà pour la vie", a-t-il dit.Plus fort que tout, l'amour le lie à la tâche." Je résume, trop brièvement, hélas! les dernières pages de Paula Hoesl.Son contact quotidien avec les corps pestilentiels des lépreux, sa charité magnanime envers eux, son inaltérable héroïsme de chaque instant, tout le prépare au terrible sacrifice que l'Amour divin lui réserve.Le Père Damien "devint le plus hideux lépreux de Molokaï".Le mal s'attaqua d'abord à un pied, puis au visage.La vie en lui s'étiolait, car la lèpre atteignit bientôt les organes.Seules, les mains du malade furent miraculeusement respectées et il eut la joie suprême, jusqu'aux derniers mois, de tenir son Christ sur l'autel, par le sacrifice de la messe.Le 15 avril 1889, Dieu rappela à Lui l'héroïque serviteur, martyr, victime de dévouement, d'abnégation.d'amour pour le Christ et les âmes.* * * Croyez-vous, amis, que l'oeuvre du Père Damien mourut avec cet apôtre du lazaret de Molokaï?Oh! que non.En 1886, un Américain converti vint s'adjoindre au P.Damien, sous le nom de Frère Joseph, puis un autre, le Frère Jacques.Bientôt des Soeurs Franciscaines apportèrent à la léproserie le tribut de leur travail désintéresé."Bon serviteur, tu pouvais partir.La relève était assurée derrière toi!" Petits amis, vous désirez connaître plus à fond le grand ami des lépreux, lisez la biographie qu'en a tracé Paula Hoesl, dans la Revue de la Vie chrétienne, mois de juin et de juillet 1936.Fauvette y a largement puisé et vous réfère à ce travail si révélateur à toute âme catholique et apôtre.C.F.CORRESPONDANCE Ariane — Bonjour, mie que j'aime bien! Je réponds tout de go aux questions posées.Primo: oui, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal se charge, comme d'habitude, de recueillir des livres français pour en faire bénéficier nos frères de l'Ouest.C'est une oeuvre vraiment moralisatrice et patriotique.Secundo: Le journal JEC est journal d'action catholique publié par et pour la jeunesse étudiante catholique.Vous en obtiendrez facilement un exemplaire en écrivant à 1640, rue Saint-Hubert, Montréal, au secrétariat.(Ceci concerne la section féminine.) Abeille de Marie — Fauvette vous reste profondément fidèle.Elle prie à vos intentions et vous souhaite année scolaire de santé, de succès 50 L'OISEAU BLEU et d'apostolat fécond au milieu des jeunes à •qui vous faites un bien immense.Jeannine — Que cette nouvelle année d'enseignement et d'apostolat vous soit une riche mine de joies profondes.Bonne santé et succès toujours! Mimi-Blanc-blattc — Combien d'élèves comptez-vous en votre classe 1936-37?Ceux-ci, comme tous les groupes qui les ont précédés, doivent aimer profondément leur jeune institutrice dont le dévouement éclairé est connu.Bon succès et Fauvette vous souhaite beaucoup de bonheur au milieu de votre famille d'adoption.Jeune Naturaliste — Cartierville.Amical souvenir de Fauvette qui compte recevoir bientôt de vos nouvelles.Pierre précieuse — Est-on retournée aux études avec ardeur.comme d'habitude d'ailleurs?Ecrivez à Fauvette qui vous dit sa meilleure affection.Violette du Sentier — Vous êtes une petite amie silencieuse.Il faudrait revenir plus souvent au Coin où Fauvette vous attend.Amical bonjour.Future Ursuline — Affectueux souvenir, "guide" de Fauvette.Venez causer avec celle qui ne vous oublie pas! Papillon d'azur — Avez-vous écrit à la correspondante en question?Vous trouverez en elle une amie sincère.Cordial bonjour.Humble Apôtre — Il y a belle lurette que vous avez écrit à Fauvette.Venez causer.vous savez intéresser celle qui vous assure de son meilleur souvenir.Soeur Jeanne me prie de vous dire que toutes les graphologies demandées ont été expédiées par courrier postal.Elle se joint à Fauvette pour saluer amicalement tous les nombreux correspondants du Coin.C.F.GRAPHOLOGIE Telle écriture, tel caractère! C'est ce que vous dira Soeur Jeanne, notre graphologue, pourvu que vous lui envoyiez dix lignes d'écriture et de composition personnelles, sur papier non réglé, le tout accompagné de la modique somme de vingt-cinq sous et d'une enveloppe affranchie.Adressez: SOEUR JEANNE U OISE AU BLEU 1182, rue Saint-Laurent Montréal, P.Q.BONS MOTS —Pourquoi pleures-tu ?—Parce que je n'ai pas de vacances.—Comment ça se fait-il que tu n'as pas de vacances ?—Parce que j'vais pas encore à l'école.—Tenez, mon brave homme, voici pour votre semaine.—Merci, ma bonne dame, mais faudra songer à me donner une indemnité de vie chère! sans ça je n'y arriverai pas.Examen de la Vue Lunettes Elégantes Téléphone: HArbour 5544 PHANEUF & MESSIER OPTOMETRISTES-OPTICIENS Notre spécialité: Examen de la vue des enfants.1767, RUE SAINT-DENIS - MONTREAL (près de la rue Ontario) 00' Ut NUIT G**Rts -
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