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Titre :
L'oiseau bleu /
Première revue destinée à la jeunesse canadienne-française, L'Oiseau bleu a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec. [...]

Le premier numéro de la revue L'Oiseau bleu, sous-titré « revue mensuelle illustrée pour la jeunesse », paraît à Montréal en janvier 1921. Créée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, sous la direction d'Arthur Saint-Pierre, fondateur de la publication, L'Oiseau bleu est la première revue destinée exclusivement à la jeunesse canadienne-française. Sa création a marqué les débuts de la littérature enfantine au Québec.

La revue est diffusée dans les écoles et, selon la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, elle s'adresse aux enfants canadiens de 3 à 18 ans. Certains ouvrages soulignent toutefois que la revue s'adresse davantage aux écoliers de la fin du primaire et du début du secondaire, soit aux jeunes de 10 à 15 ans, car la publication contient beaucoup plus de textes que d'illustrations. La revue est également diffusée auprès des jeunes franco-américains, franco-ontariens et acadiens.

L'Oiseau bleu poursuit le double objectif d'instruire et de divertir les jeunes. La revue a pour mission de renforcer leur sentiment d'appartenance nationale et leurs croyances religieuses. L'enseignement de l'histoire et de la géographie y occupe une place importante; on y trouve des rubriques telles que « Nos plaques historiques », « À travers l'histoire », de même que des récits de voyage comme « Mon voyage autour du monde ».

L'instruction religieuse et morale est présente dans les contes, les fables, les poèmes, les feuilletons et les biographies de saints. La publication comprend également des articles sur les sciences. Pour divertir les jeunes, la revue leur propose des feuilletons, des chansons, des jeux, des illustrations et des concours.

Plusieurs collaborateurs sont invités à participer à la rédaction de la revue, notamment Marie-Claire Daveluy, qui y publie en feuilletons son premier roman, Les aventures de Perrine et de Charlot. Celui-ci est considéré comme une oeuvre fondatrice qui a donné le ton aux oeuvres subséquentes de la littérature québécoise pour la jeunesse.

L'Oiseau bleu, qui a cessé de paraître en juillet 1940, a véritablement été un catalyseur pour la littérature enfantine québécoise.

LEPAGE, Françoise, Histoire de la littérature pour la jeunesse (Québec et francophonies du Canada) - Suivie d'un dictionnaire des auteurs et des illustrateurs, Orléans [Ontario], Éditions David, 2000, p. 113-118.

Éditeur :
  • Montréal :la Société,1921-1940
Contenu spécifique :
août - septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

L'oiseau bleu /, 1936, Collections de BAnQ.

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PUBLIÉE PAR LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Rédaction et administration, 1182, rue Saint-Laurent Montréal, Canada Abonnement: Canada et Etats-Unis: $1 Conditions exceptionnelles aux collèges, couvents et écoles Téléphone: P La tenu 1131 VOLUME XVII — Nos 1-2 MONTREAL.AOUT-SEPTEMBRE 1936 Le numéro : 10 sous Le Petit Poucet.lui tira doucement ses bottes 2 L'OISEAU BLEU Contes populaires du Canada français AUX JEUNES LECTEURS DE L'OISEAU BLEU Mes chers amis, Mon plus ardent désir, au début de chaque année scolaire, à la rentrée des classes, est de découvrir un sujet captivant, sinon nouveau, dans le dessein de satisfaire cette soif du merveilleux que chacun de vous possède.Voilà pourquoi YOiseau bleu publiera de septembre 1936 à juin 1937 quelques Contes populaires du Canada français.Ces récits captivants, je les choisis parce qu'ils ont charmé mon enfance et celle de mes frères et sœurs.Tout comme ils ont fait les délices d'ailleurs de milliers et de milliers d'autres enfants.' Dès l'âge de six ou sept ans, j'ai entendu mon grand-père — conteur infatigable — me les raconter des dizaines, comment ?des centaines de fois ces histoires féeriques.Ils enrichissaient mon imagination; c'était un enchantement.Le nombre de nos contes populaires est incalculable.La source où grand-père puisait m'a semblé inépuisable.Les soirs d'hiver, quand il faisait froid dehors ou qu'il neigeait à plein ciel, nous nous groupions, tous les enfants, autour de lui, près de la douce chaleur que répandait le poêle à deux ponts.Pendant des heures, nous buvions ses paroles; nous ne nous lassions jamais de l'entendre.Il mettait tant de naturel et de vie dans ses récits, et de finesse aussi.Ces contes, ccmme les chansons de France, se transmettaient de génération en génération par la tradition orale.Comment nos pères auraient-ils pu les apprendre autrement ?Les livres étaient rares.Au moment venu de choisir, je me suis rappelé qu'en 1929, les directeurs de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, à l'instigation de MM.Edouard-Z.Massicotte, Jean-Baptiste Lagacé et Elzéar Roy, avaient adopté comme thème du cortège du 24 juin les Contes et légendes du Canada français.Le Petit Chaperon rouge, Le Chat botté, Peau d'Ane, Cendrillon, Le Petit Poucet, Barbe-Bleue, La Belle au Bois dormant, étaient de Charles Perrault, L'Oiseau bleu de la comtesse d'Aulnoy.Vraiment ces contes nous appartiennent tout autant qu'à la France.On les retrouve un peu partout, dans presque tous les pays.C'est si vrai que nos conteurs populaires, quand ils nous les récitent, ne soupçonnent même pas que ces belles histoires nous viennent de la vieille France.C'est ainsi que j'ai appris ces contes de fées en même temps que ceux du folklore canadien-français.Ils m'ont ému et captivé comme plus tard au collège devaient m'émouvoir les chants de VIliade.Aussi ai-je voulu fournir cette année à la jeunesse du Canada français comme à la jeunesse franco-américaine l'occasion de lire et d'apprendre ces contes et récits qu'on ne lit pas qu'une seule fois.Ils sont — combien l'ignorent — l'une des richesses les plus précieuses de notre patrimoine national.Richesse intacte, richesse précieuse, que nos écrivains devraient connaître et se hâter d'exploiter.Quels regrets seraient les nôtres, si des concurrents étrangers, plus actifs et plus ambitieux que nous, allaient nous les ravir ?Des contes que YOiseau bleu, fidèle messager, publiera chaque mois "nos enfants ne sauraient rien lire ou écouter, écrit Maurice Bouchor, qui ait pour eux une telle intensité de vie, qui les charme davantage et qui, par-dessus le marché, leur soit une meilleure leçon de français".LE DIRECTEUR DE VOISEAU BLEU L'OISEAU BLEU 3 CONTE DE FEES LE PETIT PCUCET Par CHARLES PERRAULT Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants, tous garçons.Ils étaient fort pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu'aucun d'eux ne pouvait encore gagner sa vie.Ce qui les chagrinait encore, c'est que le plus jeune était d'une santé très délicate et ne disait mot, prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit.Il était fort petit et, quand il vint au monde, il n'était guère plus gros que le pouce; ce qui fit qu'on l'appela le Petit Poucet.Ce pauvre enfant était le souffre-douleur de la maison et on lui donnait toujours tort.Cependant il était le plus fin et le plus avisé de tous ses frères et, s'il parlait peu, il écoutait beaucoup.* * * Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants.Un soir que les enfants étaient couchés et que le bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le cœur serré de douleur: "Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu de les mener perdre demain au bois.Ce sera bien aisé, car, tandis qu'ils s'amuseront à fagoter', nous n'avons qu'à nous enfuir sans qu'ils nous voient.—Ah! s'écria la bûcheronne, pourrais-tu toi-même mener perdre tes enfants?Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir; elle était pauvre, mais elle était leur mère.Cependant, ayant considéré quelle douleur ce serait pour elle de les voir mourir de faim, elle finit par consentir à les perdre et alla se coucher en pleurant.Le Petit Poucet avait tout entendu.Comme son père et sa mère parlaient de les perdre, lui, ayant saisi quelques mots, s'était levé doucement de son lit et s'était glissé sous l'escabeau du bûcheron pour écouter sans être vu.Il alla se recoucher et ne dormit point du reste de la nuit, songeant à ce qu'il avait à faire.Il se leva de bon matin et alla au bord d'un ruisseau, où il emplit ses poches de petits cailloux blancs; il revint ensuite à la maison.On partit 1 A faire des fagots avec des branchages.et le Petit Poucet ne découvrit rien de tout ce qu'il savait à ses frères.Ils allèrent dans une épaisse forêt, où, à dix pas de distance, on ne se voyait pas l'un l'autre, be bûcheron se mit à couper du bois et ses enfants à ramasser des broutilles* pour faire des fagots.Le père et la mère, les voyant occupés à travailler, s'éloignèrent d'eux sans en avoir l'air, et puis s'enfuirent tout à coup par un petit sentier détourné.Lorsque les enfants se virent seuls, ils se mirent à pleurer et à crier de toutes leurs forces.Le Petit Poucet les laissait faire, sachant bien par où il reviendrait à la maison, car, en marchant, il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu'il avait dans ses poches.Il leur dit donc: "Ne craigne/, point, mes frères: nos parents nous ont laissés ici, mais je vous ramènerai bien au logis: vous n'avez qu'à me suivre." Ils le suivirent, et il les mena jusqu'à leur maison, par le même chemin qui les avait conduits dans la forêt.Ils n'osèrent d'abord rentrer, mais ils se mirent tous contre la porte, pour écouter ce que disaient leur père et leur mère.Au moment où le bûcheron et la bûcheronne venaient d'arriver chez eux, le seigneur du village leur envoya dix écus, qu'il leur devait depuis longtemps, et dont ils n'espéraient plus rien.3 Cet argent leur redonna la vie, car ils mouraient de faim.Le bûcheron envoya aussitôt sa femme à la boucherie.Comme il y avait longtemps qu'ils n'avaient mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu'il n'en fallait pour le souper de deux personnes.1 Lorsqu'ils furent rassasiés, la bûcheronne dit: "Hélas! où sont maintenant nos pauvres enfants?Ils feraient bonne chère de ce qui nous reste là.Mais aussi.(îuillaume, c'est toi qui as voulu les perdre.J'avais bien dit que nous nous en repentirions.Que font-ils maintenant dans cette forêt?Hélas! mon Dieu, les loups les ont peut-être déjà mangés! Tu es bien inhumain d'avoir perdu ainsi tes enfants!" 1 De toutes petites branches.* Ce seigneur était, dit-on, l'homme le plus riche de la contrée, mais c'était un égoïste.Comme il avait tout à souhait, pouvait-il se soucier que des pauvres fussent dans la misère par sa faute?* Quand On a très faim, on a "les veux plus grands que le ventre", on s'imagine qu'on mangera beaucoup plus qu'on ne peut manger. 4 L'OISEAU BLEU Le bûcheron s'impatienta à la fin; car elle redit plus de vingt fois qu'ils s'en repentiraient, et qu'elle l'avait bien dit.Ce n'est pas que le bûcheron ne fût peut-être encore plus affligé (lue sa femme; mais c'est qu'il jugeait inutiles toutes ces plaintes qui ne pouvaient pas leur rendre leurs enfants.La bûcheronne était tout en pleurs et disait: "Hélas! où sont mes enfants, mes pauvres enfants ?" Elle le dit une fois si haut que les enfants qui étaient à la porte, l'ayant entendue, se mirent à crier tous ensemble: "Nous voilà, nous voilà!" Elle courut vite leur ouvrir la porte et leur dit en les embrassant: "Que je suis heureuse de vous revoir, mes chers enfants! Vous êtes bien las, et vous avez faim; et toi, Pierrot, comme te voilà crotté! Viens que je te débarbouille".6 Ils se mirent à table et mangèrent d'un appétit qui faisait plaisir au père et à la mère, à qui ils racontaient la peur qu'ils avaient eue dans la forêt, en parlant presque toujours tous ensemble.Ces bonnes gens avaient été ravis de revoir leurs enfants, et cette joie dura tant que les dix écus durèrent.Mais lorsque l'argent fut dépensé, ils retombèrent dans leur premier chagrin.Ils résolurent de perdre encore leurs enfants et, pour ne pas manquer leur coup, de les mener bien plu- !in que la première fois.Ils eurent beau en parler secrètement, ils furent entendus par le Petit Poucet, qui pensa bien se tirer d'affaire comme il avait déjà fait; mais, quoiqu'il se fût levé de grand matin pour aller ramasser de petits cailloux, cela lui fut impossible, car il trouva la porte fermée à double tour.Il ne savait que faire, lorsque, la bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il songea qu'il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux en le jetant par miettes le long des chemins où ils passeraient.Il le serra donc «lans sa poche.Le père et la mère les menèrent à l'endroit de la forêt le plus épais et le plus obscur; et, dès qu'on y fut arrivé, ils gagnèrent un sentier détourné et les laissèrent là.Le Petit Poucet ne s'en chagrina pas beaucoup, parce qu'il croyait retrouver son chemin par le moyen de son pain, qu'il avait semé partout où il avait passé; mais il fut bien surpris lorsqu'il ne put en retrouver une seule miette: les oiseaux étaient venus, qui avaient tout mangé.LeB voilà donc bien en peine; car, plus ils marchaient, plus ils s'égaraient et s'enfonçaient * La bûcheronne avait-elle une préférence pour ce Pierrot, qui était un peu rousseau, quand elle-même était un peu rousse?Comme une bonne mère, elle devait aimer tous ses enfants d'une même affection.dans la forêt.La nuit vint, et il s'éleva un grand vent qui leur faisait des peurs épouvantables.Ils croyaient n'entendre de tous côtés que les hurlements des loups qui venaient à eux pour les manger.Ils n'osaient presque se parler, ni tourner la tête.Il survint une grosse pluie qui les perça jusqu'aux os; ils glissaient à chaque pas et tombaient dans la boue, d'où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.Le Petit Poucet grimpa au haut d'un arbre pour voir s'il ne découvrirait rien: ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d'une chandelle, mais qui était loin par delà la forêt.Il descendit de l'arbre, et, lorsqu'il fut/à terre, il ne vit plus rien.Cela le désola.Cependant, ayant marché quelque temps, avec ses frères, du côté où il avait vu la lumière, il la revit en sortant du bois.Ils arrivèrent enfin à la maison où était cette chandelle, non sans bien des frayeurs; car souvent ils la perdaient de vue, ce qui leur arrivait toutes les fois qu'ils descendaient dans quelque bas-fond.Ils heurtèrent à la porte et une bonne femme vint leur ouvrir.Elle leur demanda ce qu'ils voulaient.Le Petit Poucet lui dit qu'ils étaient de pauvres enfants qui s'étaient perdus dans la forêt et qui demandaient à coucher par charité.Cette femme, en les voyant si gentils, se mit à pleurer et leur dit: "Ah! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus?Savez-vous bien que c'est ici la maison d'un ogre6 qui mange les petits enfants?—Hélas! Madame, lui répondit le Petit Poucet, qui tremblait de tout son corps aussi bien que ses frères, que ferons-nous?Il est bien sûr que les loups de la forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit, si vous ne voulez pas nous recevoir chez vous; et, cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous mange.Peut-être qu'il aura pitié de nous, si vous voulez".La femme de l'Ogre, croyant qu'elle pourrait les cacher à son mari jusqu'au lendemain matin, les laissa entrer et les mena se chauffer auprès d'un bon feu; car il y avait un mouton tout entier à la broche, pour le souper de l'Ogre.Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte: c'était l'ogre qui revenait.Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit et alla ouvrir la porte.L'Ogre demanda d'abord si le souper était prêt et si on avait tiré du vin.et tout de suite se mit à table.Le mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla • Dans les contes de fées, «éant vorace qui dévore les enfants. L • OI SEAU BLEU 5 que meilleur.Il flairait à droite et à gauche, disant qu'il sentait la chair fraîche."L'odeur que vous sentez, lui dit sa femme, doit être celle de ce veau que je viens de préparer." —Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l'Ogre, en regardant sa femme de travers; et il y a ici quelque chose que je ne comprends pas." En disant ces mots, il se leva de table et alla droit au lit."Ah! dit-il, voilà comme tu veux me tromper, maudite femme! Je ne sais à quoi il tient que je ne te mange aussi; bien t'en prend d'être une vieille bête.Voilà un gibier qui me vient bien à propos pour régaler trois ogres de mes umis qui doivent venir me voir ces jours-ci." Il les tira de dessous le lit l'un après l'autre.Ces pauvres enfants se mirent à genoux en lui demandant pardon; mais ils avaient affaire au plus cruel de tous les ogres, qui, bien loin d'avoir de la pitié, les dévorait déjà des yeux et disait à sa femme que ce seraient de friands morceaux, lorsqu'elle leur aurait fait une bonne sauce.Il alla prendre un grand couteau; et, en approchant de ces pauvres enfants, il l'aiguisait sur une longue pierre qu'il tenait dans sa main gauche.Il en avait déjà empoigné un, lorsque sa femme lui dit: "Pourquoi voulez-vous les tuer à l'heure qu'il est ?N'aurez-vous pas assez de temps demain ?—Tais-toi! reprit l'Ogre: si je les tue aujourd'hui, ils en seront plus tendres.—Mais vous avez encore là tant de viande, reprit sa femme; voilà un veau, deux moutons et la moitié d'un cochon! —Tu as raison, dit l'Ogre; donne-leur bien à souper, afin qu'ils ne maigrissent pas, et va les mener coucher." La bonne femme fut ravie de joie et leur porta bien à souper; mais ils ne purent presque pas manger, tant ils étaient saisis de peur.Ensuite, elle les fit coucher tous les sept dans un grand lit.Pour l'Ogre, il se mit à boire, ravi d'avoir de quoi si bien régaler ses amis.Il but une douzaine de coups de plus qu'à l'ordinaire: ce qui lui donna un peu dans la tête et l'obligea d'aller se coucher.* * * Aussitôt que le Petit Poucet entendit ronfler l'Ogre, il réveilla ses frères et leur dit de s'habiller bien vite et de le suivre.Ils descendirent doucement dans le jardin et sautèrent par-dessus les murailles.Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant, et sans savoir où ils allaient.L'Ogre, s'étant éveillé, ne tarda pas à s'apercevoir qu'ils avaient pris la fuite.Il entra dans une terrible colère, injuria sa pauvre femme parce qu'elle ne semblait point fâchée de leur disparition, et lui cria: "Donne-moi vite mes bottes de sept lieues,7 afin que j'aille les attraper".Il se mit en campagne et, après avoir couru bien loin de tous côtés, il entra enfin dans le chemin où marchaient ces pauvres enfants, qui n'étaient plus bien éloignés du logis de leur père.Ils virent l'Ogre qui allait de montagne en montagne et qui traversait des rivières aussi aisément qu'il aurait franchi le moindre ruisseau.Le Petit Poucet, qui vit un rocher creux près de l'endroit où ils étaient, y fit cacher ses six frères et s'y fourra aussi, regardant toujours ce que l'Ogre allait faire.L'Ogre, fort las du long chemin qu'il avait fait inutilement (car les bottes de sept lieues fatiguent fort leur homme), voulut se reposer; et, par hasard, il alla s'asseoir sur la roche où les petits garçons s'étaient cachés.Comme il n'en pouvait plus de fatigue, il s'endormit après s'être reposé quelque temps, et vint à ronfler si effroyablement, que les pauvres enfants n'en eurent pas moins de peur que quand il tenait son grand couteau pour leur couper la gorge.Le Petit Poucet, moins effrayé que les autres, dit à ses frères de s'enfuir promptement à la maison pendant que l'Ogre dormait bien fort, et de ne point se mettre en peine de lui.Ils suivirent son conseil et gagnèrent vite la maison.Le Petit Poucet, s'étant approché de l'Ogre, lui tira doucement ses bottes et les mit aussitôt.Les bottes étaient fort grandes et fort larges; mais, comme elles étaient fées, elles avaient le don de s'agrandir et de s'apetisser selon la jambe de celui qui les chaussait, de sorte qu'elles se trouvèrent aussi justes à ses pieds et à ses jambes que si elles eussent été faites pour lui.Lorsque le Petit Poucet eut chaussé les bottes de l'Ogre, il alla droit à la maison de l'Ogre, où il trouva sa femme tout éplorée."Votre mari, lui dit-il, est en grand danger, car il a été pris par une troupe de voleurs, qui ont juré de le tuer, s'il ne donne tout son or et tout son argent.Dans le moment qu'ils lui tenaient le poignard sur la gorge, il m'a aperçu et m'a prié de vous venir avertir de l'état où il est et de vous dire de me donner tout ce qu'il a vaillant, sans en rien retenir, parce qu'autrement ils le tueront sans miséricorde.Comme la chose presse beaucoup, il a voulu que je prisse ses bottes de sept lieues, que voilà, pour faire diligence et aussi afin que vous ne croyiez pas que je suis un affronteur." La bonne femme, fort effrayée, lui donna 7 Avec de pareilles bottes, l'Ogre faisait sept lieues d'une seule enjambée. 6 L'OISEAU BLEU aussitôt tout ce qu'elle avait; car cet Ogre ne laissait pas d'être bon mari, quoiqu'il mangeât les petits enfants.Le Petit Poucet, étant donc chargé de toutes les richesses de l'Ogre, s'en revint au logis de son père, où il fut reçu avec bien de la joie.Il y a bien des gens qui ne demeurent pas d'accord de cette dernière circonstance et qui prétendent que le Petit Poucet n'a jamais fait ce vol à l'Ogre; qu'à la vérité, il n'avait pas fait conscience de lui prendre ses bottes de sept lieues, dont il ne se servait que pour courir après les petits enfants.Ces gens-là assurent le savoir de bonne part, et même pour avoir bu et mangé dans la maison du bûcheron.Ils assurent que lorsque le Petit Poucet eut chaussé les bottes de l'Ogre, il s'en alla à la cour du roi, où il savait qu'on était fort en peine d'une armée qui était à deux cents lieues de là et du succès d'une bataille qu'on avait donnée.Il alla trouver le roi et lui dit que, s'il le souhaitait, il lui rapporterait des nouvelles de l'année avant la fin du jour.Le roi lui promit une L9appel de recelé Teintes les vacancesl A Juillet s'est enfui comme wi écolier coupable qu'un maître de discipline pourchasse; août, son frère siamois, l'a suivi en vitesse*.Oui, les vacances sont bien finiesl Septembre n'a pas tardé à les remplacer.D'un air réjoui, il revoit chaque année la mobilisation générale de la g eut écolière.Trêve de promenades, trêve de voilages, trêve de repos.Les garçonnets, sac au dos.vont au pas militaire; les fillettes, livres et cahiers bien protégés par un fexdre vert, suivent en causant une roule familière.C'est l'appel de Vécole \ Entendez-le cet appel, ô écoliers et écolières.Oubliez le doux farniente dont vous avez joui pendant deux mois et avec ardeur, avec enthousiasme, envisagez en toute confiance cette lutte qui recommence contre Vignorance et la paresse pour aller à la conquête de l'avenir.Ne soyez pas du nombre de ces enfants qui, aveugles volontaires, ne voient pas poindre l'aurore d'une vie nouvelle, pleine de lumière et d'espérance.Un peu de réflexion, s'il vous plaît.Et ces jours de septembre, vous les accueillerez avec joie; ils sont pour vous comme l'aube d'une transformation morale et intellectuelle.Vos maîtres et vos maîtresses déposeront dans vos jeunes intelligences le germe que vous devrez entourer d'un grand soin et faire fructifier pendant le reste de votre vie.Enfants d'aujourd'hui, vous êtes la patrie de demain.En répondant à l'appel de l'école, y avez-vous songé ?Vous êtes-vous demandé le poïirquoi de vos longues heures d'études, de vos grosse somme d'argent s'il en venait à bout.Le Petit Poucet rapporta des nouvelles dès le soir même, et cette première course l'ayant fait connaître, il gagnait tout ce qu'il voulait, car le roi le payait fort bien pour porter ses ordres, et beaucoup d'autres personnes lui donnaient de l'argent pour faire leurs commissions entre la ville et l'armée.Après avoir fait pendant quelque temps le métier de courrier et y avoir ramassé beaucoup de biens, le Petit Poucet revint chez son père, où il n'est pas possible d'imaginer la joie qu'on eut de le revoir; et il mit toute sa famille à l'aise./ Moralité Par ce conte, vous voyez qu'il ne suffit pas toujours d'avoir de la gentillesse et d'être beau parleur, mais qu'il vaut encore mieux, tout informe, grêle ou peu apparent que l'on peut être, avoir du sens et du jugement, pour se tirer avec adresse des circonstances difficiles de la vie.journées de labeur, la raison profonde de votre instruction ?Mais l'école la plus humble, l'école de rang, elle peut renfermai- duns sea murs tout l'uvcnir du Canada français] C'est là que vous apprenez à préparer votre carrière, que vous apprenez en même temps à aimer le bon Dieu et votre patrie, le Canada.Ceux qui ont la charge de votre instruction et de votre éducation vous diront que pour être plus tard un vrai chrétien, un bon citoyen et un ardent patriote, il faut commencer par aimer l'école et par l'aimer beaucoup.Ils ne cesseront de vous répéter qu'il faut être studieux, attentif et appliqué.Celui qui ne cherche pas dès l'école à développer ses facultés intellectuelles, à s'outiller le mieux possible pour les durs combats de la vie sera plus tard un Canadien français médiocre.Avez-vous bien compris votre devoir ?Avez-vous répondu avec empressement aux désirs généreux de vos chers parents et de ceux qui les remplacent auprès de vous ?L'Oiseau bleu, votre reçue de chevet, n'en a pus douté un instant.Il vous invite à vous mettre tout de suite au travail avec la même ardeur que vous avez apportée, pendant les vacances, à vous réjouir et à vous récréer.A l'oeuvre donc et à l'épreuvel II ne s'agit rien d'autre, pendant toute l'année scolaire, que de travailler.Devoir bien doux pour celui qui a à coeur de devenir quelqu'un.L'instruction et l'éducation que vous acquerrez à l'école vous permettront d'atteindre les sommets.Et la patrie, qui en a le droit, pourra un jour compter sur vous.L'OISEAU BLEU L'OISEAU BLEU 7 Une leçon de patriotisme Q ui donc me l'a racontée cette fête récente de langue française dans la petite écolo du "TROIS" de la paroisse de Saint-Michel ?A huit heures du soir, le clocheton a sonné à toutes volées, égrenant, dans la nuit sereine et sur la campagne blanche, sa musique de sons clairs.Des sonneries de grelots lui ont bien vite répondu.Les carrioles sont venues s'aligner le long de la clôture; et le grand nombre des chevaux qui attendent, la robe sur le dos, atteste qu'à la soirée, personne ne manque des gens du "TROIS".Dans l'école, tous les petits sont endimanchés, et quel air de fête dans l'unique salle bien éclairée! Des banderoles courent le long des poutres; les murs sont piqués de minuscules tricolores et de Carillons.Le pupitre de la maîtresse, où vient prendre place M.le Commissaire, se pare d'un pot de fleurs, et là, sur le grand tableau noir, on peut lire en belles lettres blanches, hautes et droites: "Pour la langue de nos mères".En avant du tableau, un plateau d'argent sur un tabouret attend les offrandes.La fête commence.Au signal de la maîtresse, les petits saluent cérémonieusement l'assistance, puis, avec entrain, attaquent 0 Canada'.On chante deux strophes; un autre signal et chacun va prendre place à son pupitre.C'est maintenant la correction d'une dictée française, travail confié aux plus âgés.Les bambins lisent l'un après l'autre leur bout de dictée, analysent, expliquent, corrigent, se font corriger, pendant que les petites phrases ailées, faites de verbes doux, d'adjectifs émus, de substantifs pieux, voltigent sous le toit de l'école et vont faire frissonner l'âme des parents et les petits drapeaux appendus à la voûte.C'est qu'elles parlent bien les petites phrases: "0 belle, ô pure, ô noble, 6 délectable langue française.Dieu qui aime les Français, et par lesquels ses desseins s'accomplissent, leur a mis dans la bouche, en témoignage de leur mission sublime, le parler le plus suave, le plus doux, le plus fin, le plus fort, le plus touchant qui ait jamais chanté sur les lèvres humaines.Langue claire, droite, probe, ennemie de la fraude, langue franche comme l'épée de Du Guesclin.Langue pieuse."Notre père qui êtes aux deux.1' cela ne se dit bien qu'en français.O belle, 6 pure, 6 noble, ô délectable langue française." On a reconnu dans cette prose de poète l'un des plus jolis billets d'Albert Lozeau.Mais voici qu'un bambin se hisse sur une chaise, face à toute la classe, une longue feuille de papier à la main.Il annonce: Mots à bannir: "Coat, binder, shed, set, track, sweater, scrape, safe, satchel", etc., etc.Et toute la classe de lui donner la réplique en lui renvoyant avec une unanimité parfaite les mots de chez nous.Et l'on passe au quatrième numéro du programme: Une leçon d'histoire du Canada.C'est l'institutrice qui interroge; et, tout de suite, commence la série des épisodes épiques, le long défilé des gloires.Ils furent tous prononcés, ce soir-là, les noms les plus sonores, les plus vaillants, ceux dont les syllabes donnent au coeur le "petit battement" d'héroïsme, ceux des grands morts qui dorment en nous et qui, à nos heures de doute, d'apathie, s'éveillent pour nous exhorter à la lutte, pour nous crier de défendre, avec le parler ancestral, la vieille âme héréditaire.Ce ne fut pas tout.Il se dit et se fit encore après cela de jolies choses à la petite fête de langue française de l'école du "TROIS".On m'assure qu'on y chanta, et de façon délicieuse, les plus sautillantes de nos chansons canadiennes.Et je me suis même laissé dire qu'un des plus grands parmi les bambins récita, avec un aplomb et un pectus que n'aurait pas désavoué le "membre du comté", la fameuse riposte de LaFontaine à M.Dunn en 1842: "On me demande de prononcer (l.ius une autre langue que ma langue maternelle mon premier discours dans cette Chambre." 8 L'OISEAU BLE J A la fin, M.le Commissaire prit la parole.Il félicita l'institutrice et les enfants.Et comme il a de la lecture, M.le Commissaire, et même quelques lettres, il dit aux petits tout l'amour qu'il faut porter à la langue française et combien ils devaient s'estimer heureux de l'apprendre sans peine.Il leur raconta les épreuves de leurs petits camarades de l'Ontario et de l'Ouest, incapables de bien apprendre à l'école le doux parler de leurs mères.Il leur demanda de bien parler leur langue pour se préparer à la bien défendre; et il leur cita l'exemple des petits Polonais préférant subir le fouet des maîtres d'école prussiens plutôt que de trahir le parler de leur patrie.L'institutrice se leva."Mes enfants, leur dit-elle simplement, c'est le moment de déposer votre offrande.Je vous l'ai dit: personne ne doit déposer plus qu'un sou.A vos parents, s'ils le jugent à propos, d'ajouter à votre obole.Mais votre sou, vous le donnerez avec amour, n'est-ce pas?Vous le donnerez en songeant, comme vous le dit là le grand tableau noir, que c'est "Pour la langue de nos mères".Un dernier signal! Les tout-petits se mettent en file et, au pas militaire, commencent à défiler devant le plateau d'argent, en chantant de leurs voix douces et frêles, qu'ils essaient de rendre énergiques et sonores comme des clairons: Ils ne l'auront jamais (bis) L'âme de la Nouvelle-France.Redisons ce cri de vaillance; Ils ne l'auront jamais, jamais.Ils ont dit dans leur fol orgueil: Nous te prendrons, 6 race fière, Et ta langue et ton âme allière; En -paix, nous clouerons ton cercueil.Ils ne l'auront jamais.Tant que nos fleuves corderont; Tant que là-bas la citadelle Au vieux roc restera fidèle, Que les érables verdiront.Ils ne l'auront jamais.Tant que forts seront les vouloirs, Que prêts à toutes les batailles Nous saurons redresser nos tailles A la hauteur des grands devoirs.Ils ne l'auront jamais.Tant que la croix de nos clochers Se heurtera dans les étoiles.Ils ne l'auront.Les notes du fier refrain s'envolèrent emportées par leur rythme martial, ponctuées par la tombée des sous.Les parents se sentirent émus.Le vieux Landry, un vieux cultivateur à l'aise qui avait là ses petits-enfants, et lui-même un fils de patriote qui avait vu le feu de Saint-Eustaehe, pleurait tout de bon dans son coin.II passait pour bien ménager le père Landry, depuis surtout qu'il s'était donné à ses enfants.Et pourtant, quand il vit les parents se diriger à leur tour vers le plateau d'argent; quand il vit les mères enlever à bras leurs bébés pour leur faire jeter des pièces blanches, le père Landry sortit de son gousset sa bourse aux cordons bien noués, y plongea ses vieux doigts engourdis qui venaient d'essuyer des larmes, et quand tout le monde eut passé, le dernier, et d'un geste lent qu'il voulut faire pieux, il jeta discrètement son obole dans le plateau d'argent.L'école se vidait.L'institutrice alla voir au plateau des offrandes: elle trouva, encore humide sur l'entassement des sous de cuivre parsemés de monnaie blanche, une ôtincelante pièce d'or.Abbé Lionel Groulx Les Rapaillages L'OISEAU BLEU 9 Deux pauvres petits enfants Conte écrit pour l'Oiseau bleu par HORTENSE DULAC SECONDE PARTIE T es saisons succédèrent aux saisons, les années succédèrent aux années.Les printemps et les automnes, les semailles et les récoltes, les hivers glacés, les étés brûlants apportèrent à la suite, suivant la loi révolue, leurs couleurs, leurs beautés et leurs émotions.Thérèse avait maintenant seize ans, et André dix-huit.Mais tandis que le frère et la sœur devenaient plus robustes et croissaient en beauté, Monsieur Basile, lui, dépérissait sans cesse, sentant peser sur ses épaules le poids terrible des ans.Chaque jour lui donnait de nouvelles preuves de sa faiblesse et de son manque de résistance.Au début de l'automne qui venait de faire son apparition, les gelées avaient été hâtives et les pluies très froides.Un mal de poitrine se déclara.Le vieillard toussait presque sans répit et les quintes de toux, qui se faisaient de plus en plus fréquentes, le laissaient à bout de force.Inquiets et désolés, les deux orphelins allèrent couper des écorces fraîches de pin blanc et des feuilles de sureau, tel que l'Ermite leur avait jadis enseigné.Ils s'empressèrent de faire des cataplasmes chauds et de fumantes tisanes pour soigner le noble vieillard.Mais hélas! tous leurs efforts furent vains.La maladie continuait son œuvre néfaste et le malade baissait toujours sous l'œil attristé de ses protégés.Un jour, voyant que la vie se retirait rapidement de lui, il fit venir près de son lit les deux adolescents et leur parla en ces termes: —Mes chers enfants, je sens que ma fin est proche.J'ai le cœur serré de vous quitter, et sais que votre chagrin sera aussi très grand.Mais résignons-nous sans plainte, soumettons-nous de bonne grâce à la volonté de Dieu.Là-haut, rien n'est perdu; ce sacrifice nous sera compté.Du haut du ciel je vous protégerai, je prierai le Seigneur de vous secourir, de vous aider.Je vous ai sauvés d'une mort certaine, je vous ai gardés sous mon toit, je vous ai aimés comme un père aime ses enfants.Les conseils que je vous ai donnés serviront, j'espère, à votre bonheur futur et vous guideront dans la vie.Quel sera votre avenir?Vivrez-vous toujours dans ces lieux paisibles, au milieu de la grande nature consolatrice, sous la protection (l) La première partie de ce conte a paru dans l'Oiseau bleu, volume XVI, pp.117 et suivantes.de la terre, notre nourrice et notre mère?Ou bien, emportés au loin sur les ailes de l'ambition et du calcul, dédaignerez-vous la bonne paix d'aujourd'hui pour vous jeter dans la fournaise des dangers et des aventures?Con-naîtrez-vous la souffrance, les larmes, le désespoir ?Je l'ignore, et j'espère, chers enfants, que jamais la douleur n'étendra sur vous ses ailes noires.Mais quelle que soit votre existence, dans la joie comme dans la détresse, n'oubliez pas d'élever vos pensées vers le ciel.Quel que soit l'endroit où la vie vous pousse, où les événements vous mènent, souvenez-vous que Dieu est le maître suprême de nos destinées et que celui qui oublie ses vérités est bientôt comme un navire sans voile, abandonné au gré des flots.Quels que soient vos déboires, quelles que soient vos tribulations, ne perdez jamais confiance en Dieu.Il est un père compatissant: mettez vos espoirs en Lui.Restez vertueux, doux et compatissants.Gardez toujours le goût de l'honnêteté, l'amour de la vertu, la compassion pour les pauvres, la bonté pour les misérables.Et surtout souvenez-vous toujours que la paix de la conscience vaut mieux que tous les biens, que tous les trésors de la terre.Souvenez-vous qu'il y a plus de bonheur dans une pauvreté honnête que dans une richesse honteuse.Adieu, mes enfants.Rappelez-vous combien je vous ai aimés, et gardez-moi un souvenir attendri".Le vieillard se tut.Les larmes inondaient son pauvre visage amaigri.Dans un effort suprême il les attira tous les deux contre lui et les pressa une dernière fois sur son cœur.Epuisé par ce flot de paroles, vaincu par la maladie traîtresse il retomba lourdement sur sa couche.Quelques instants après il avait cessé de vivre.Agenouillés auprès du mort bien-aimé, les deux orphelins ne pouvaient croire à leur malheur.Ils pleurèrent amèrement l'homme si digne qui, jadis, leur avait sauvé la vie.Penchés sur le lit funèbre, les yeux brûlés de pleurs, ils priaient et conjuraient le ciel de ranimer celui qui leur était si cher.Mais hélas! la mort impitoyable avait fait son œuvre.Trois jours après ils l'inhumèrent dans un coin du jardin, à l'ombre d'un vieux chêne, et sur sa tombe le jeune homme planta une croix de bois blanc qu'il confectionna lui-même, avec grand soin.Thérèse, à son tour, remuant pieusement la terre qui le recouvrait, y transplanta 10 L'OISEAU BLEU des tiges d'iris bleus et jaunes, ainsi que plusieurs touffes de "pensées", emblème de leur fidèle souvenir.Quelques semaines venaient de s'écouler dans la plus grande tristesse.L'automne était plus que jamais mélancolique avec ses brumes grises, ses vents interminables, ses plaintes qui courent les bois, ses gémissements, ses sanglots.Depuis plusieurs jours la jeune fille remarquait que son frère devenait de plus en plus nerveux et songeur.Hanté et préoccupé par une idée fixe, il allait et venait sans pouvoir s'arrêter, semblant incapable de trouver le repos nulle part.Or, un matin, s'approehant de sa sœur, il lui parla ainsi: —Ma sœur, tu me pardonneras, j'espère, la peine que je vais te causer.Mais, vois-tu, c'est plus fort que moi.Je suis possédé du démon des aventures.Je vais partir.Il faut que je parte pour réaliser mes projets.Je m'en vais tenter fortune ailleurs, m'élancer à l'assaut des rochers où l'on trouve de l'or; je m'en vais conquérir des domaines sans limites, et marcher à la suite de ceux qui deviennent riches et puissants! —Cher frère, reprit Thérèse, je n'ai pas le droit ni même le pouvoir de te retenir, mais laisse-moi te dire que je n'approuve pas tes projets, et que de plus je les trouve fous.Ici, nous avons une terre et une maison, des champs fertiles, avec la forêt immense devant nous, la forêt qui s'offre à nos jeunes bras et qui promet beaucoup à nos espoirs et à notre vaillance.Puisque tu es dévoré d'ambition et que tu veux conquérir un domaine nouveau, pourquoi ne pas défricher ce sol qui ne demande qu'à produire?—Je sais que l'agriculture est une noble tâche et que Dieu se plaît à bénir l'homme des champs, mais j'ai soif d'incertain et d'imprévu.Ma force, ma jeunesse ne cherchent qu'à se dépenser dans la lutte où les dangers fourmillent, où l'on frôle un peu de près le péril et.la mort.Ici, la vie est trop calme, trop uniforme, je veux m'élancer dans l'aventure pour me connaître moi-même; je veux essayer mes ailes comme un jeune oiseau qui quitte le nid, poursuivre une proie difficile à atteindre, exercer mes muscles dans l'effort qui rend vigoureux, dans la victoire qui rend triomphant.Moi j'ai des ambitions illimitées.Je voudrais m'imposer aux autres hommes, donner des ordres, conduire des équipes, bâtir des usines, fonder des villes.—Ah! mon frère, comme tu es fou, comme tu es fou! s'écria Thérèse, exaspérée.Souviens-toi de Monsieur Basile et de ses sages conseils, de l'existence humble et paisible qu'il a voulu nous faire aimer.Ne nous a-t-il pas cent fois répété que les joies les plus simples sont les plus durables et que l'ambition effrénée ne sert qu'à créer des déboires et des désillusions?"Monter ne sert qu'à redescendre!.a dit un homme célèbre.Pourquoi vouloir aller si loin, si haut, quand la route n'est pas sûre et que les ténèbres partout nous environnent ?Des obstacles sans nombre se dresseront devant toi: qui t'assure que tu pourras les vaincre?Ah! tu regretteras la tranquillité de ces lieux, le calme de nos bois, le charme de notre jardin et la sécurité de notre bonne et solide demeure!.—Je comprends tes soucis, ma chère sœur, et je te remercie de ces marques d'affection que tu me donnes.Mais ma décision est prise.Je pars demain.Je t'en prie, ne sois pas inquiète de moi.Dans une couple de mois je t'enverrai de mes nouvelles par un trappeur.Ne sois pas inquiète.Je sais de quel côté me diriger, j'ai étudié la position des bois et des sentiers, et des routes les plus éloignées.Je sais où aller pour trouver la fortune, et quand je reviendrai tu seras fière de moi.—Je ne t'attendrai pas, et tu n'auras pas à m'envoyer de tes nouvelles, reprit Thérèse, car je vais partir avec toi.Je te suivrai partout où la destinée te conduira.J'aime mieux être à tes côtés dans le danger que vivre dans le tourment loin de toi.Non, jamais je ne pourrais me résoudre à te laisser partir seul.Je mourrais d'angoisse à ton sujet.Laisse-moi te suivre.L'inconnu ne me fait pas peur, et je suis certaine de t'être utile.Nous emmènerons "Soleil", notre bon chevreuil.Il est aussi fort qu'un cheval; il portera notre bagage sur son dos.Il reste notre vache, les lapins, les pigeons et Médor.Mais, écoute, j'ai une idée.J'ai rencontré hier "le pauvre fou", l'oncle François.Il semble moins agité et je crois que sa folie s'est beaucoup adoucie.Il a paru me reconnaître, et quand je lui ai dit mon nom il m'a souri.Je vais aller le chercher.Je le mettrai gardien de notre bien et de notre maison.Durant la fin d'automne et surtout pendant le dur hiver, il sera bien aise de trouver ici son gîte.Il pourra traire la vache et se nourrir de son lait.Les légumes sont en profusion à la cave et dans le jardin.Il y a des bûches pour se chauffer sans compter toute l'année.Je crois que mon idée est bonne, et j'espère qu'avec l'aide du ciel tout ira bien".Le lendemain Thérèse alla chercher "le pauvre fou" qui se laissa emmener docilement.Elle lui expliqua leur départ, lui indiqua où se trouvait le bois pour le poêle, le foin pour la vache, le grain pour les pigeons et les légumes pour lui-même et les lapins.Elle lui dit de prendre possession de la demeure pour le temps de leur absence dont ils ignoraient la durée et le pria d'avoir bien soin de la vache, de Médor leur chien fidèle, ainsi que de toutes les autres bêtes de leur domaine."Le pauvre fou" répondit toujours "oui" de la tête en faisant un signe L'OISEAU BLEU Le lendemain Thérèse alla chercher le "pauvre fou".affirmatif.Et son visage était tout illuminé d'un sourire béat mais heureux.Le départ s'effectua le jour même.La jeune fille avait le cœur serré d'émotion.En jetant un dernier coup d'œil sur ces lieux rustiques où elle avait vécu de si douces années et en se rappelant le bon visage de Monsieur Basile, elle ne put retenir ses larmes.Elle pleura abondamment.Mais André, orgueilleux et tenace, ne détourna pas la tête, tout absorbé qu'il était par ses pensées ambitieuses.De leur demeure à la vallée voisine le trajet fut facile.Plusieurs fois ils avaient exploré ces broussailles en compagnie de l'Ermite, lorsque celui-ci cherchait des racines et des écorces médécinales.Ils marchèrent allègrement, d'un pas ferme, sans rencontrer d'autre obstacle que des arbres jetés à terre par le vent."Soleil" suivait avec sérénité, paraissant très heureux d'accompagner ses maîtres.Une sorte de sentier étroit se trouvait tracé par le pas des chasseurs, entre des collines arides et désertes parsemées ici et là de roches difformes.Après avoir parcouru ce sentier, ils se trouvèrent à l'orée d'une forêt noire et épaisse comme jamais ils n'en avaient vu.Cependant, des traces de pas dans la mousse, des branches cassées, des troncs marqués au couteau indiquaient que d'autres voyageurs l'avaient maintes fois traversée.D'ailleurs, cette forêt était la seule voie par où l'on pouvait atteindre les montagnes aux métaux précieux et la rivière tumultueuse qui roule de l'or dans ses eaux.C'est de ce côté-là qu'André voulait diriger ses pas, espérant s'unir à quelque expédition qui s'en irait dans cette montagne fortunée où, disait-on, des hommes devenaient riches en un seul jour.La marche dans cette forêt fut lente et laborieuse.Les heures leur parurent longues.Mais comme le soleil était encore haut, les voyageurs décidèrent de continuer leur chemin jusqu'à l'approche de la nuit.La solitude formidable qui les entourait, l'inconnu menaçant de ces lieux, l'incertitude du lendemain, toutes ces choses commençaient à peser sur eux comme un manteau do plomb.Ils portaient sur leur front et sur leurs mains un grand nombre d'êgratignures faites par les branches épineuses avec lesquelles il leur fallait batailler.Mais ils étaient jeunes et robustes; la fatigue ne pouvait les terrasser si vite.Le frère et la sœur n'avaient qu'à se regarder et à se sourire pour voir renaître leur courage.Ils avaient déjà traversé le tiers de cette immense forêt quand la nuit les surprit.Alors, ils s'arrêtèrent pour dormir.A cet endroit l'herbe était plus drue et les petites plantes de toutes sortes formaient un tapis épais.De plus le terrain baissait en pente douce et dessinait une espèce de coulée.Les branches gigantesques au feuillage robuste se rejoignaient au-dessus de cette étrange retraite.Cela semblait un endroit de repos spécialement préparé pour les voyageurs harassés.Ils y déplièrent les couvertures qu'ils avaient eu soin d'emporter avec eux.Ensuite, ils mangèrent, avec un appétit inaccoutumé, et bientôt ils s'endormirent d'un sommeil de plomb."Soleil" dormait, étendu à leurs pieds, comme un chien fidèle.Ils étaient endormis depuis plusieurs heures quand un bruit insolite les fit se dresser soudain sur leur séant.Ils plongèrent leurs regards dans l'obscurité.Des formes lourdes, noires, remuaient près d'eux, tandis qu'un grand craquement de branches brisées faisait retentir l'air de son sinistre écho.Sans doute, quelque chose de vivant était là, quelque chose, d'inattendu et de menaçant.Atterrés, le frère et la sœur fixaient obstinément dans l'ombre leurs yeux effrayés.Maintenant, les formes noires restaient immobiles.Il était évident que les bêtes sauvages avaient aperçu les voyageurs.Il y eut quelques minutes d'un silence effrayant.Des yeux de feu brillèrent dans la nuit, puis les ours, tous ensemble, montrèrent leurs longues dents en jetant un formidable rugissement.Thérèse, folle de peur, murmura à l'oreille d'André: Prends ton fusil et tire vite! Tire vite, sinon nous sommes perdus! — Mais non, répondit André, je ne peux pas tirer comme cela à l'aventure dans cette nuit noire car je crains trop de manquer mon coup.Je vois que c'est une mère avec ses petits.En compagnie de ses rejetons, tu sais combien une ourse est féroce.Si je la manque, elle se retournera contre nous et nous dévorera en un clin d'œil.Il nous est même inutile de fuir car ces bêtes courent avec une rapidité étonnante. 12 L'OISEAU BLEU —Mais qu'allons-nous faire, gémit Thérèse, mon Dieu, qu'allons-nous faire ?Je voudrais fuir n'importe où, dans la plus profonde crevasse, même dans les flots d'une rivière ou d'un lac!.L'ourse avait fait un nouveau bond.Ses grognements devenaient si violents que tous les rochers d'alentour en semblaient ébranlés.—Ce que nous allons faire?reprit André, regarde.C'est notre seule chance de salut.Ces bêtes sont maigres et affamées.Elles demandent à manger.Regarde ce que nous allons faire! Il saisit leur sac à provisions, l'ouvrit tout grand, et avec toute la rapidité dont il fut capable, il jeta à pleines mains aux bêtes affamées le pain et la viande qu'il contenait.La mère et les petits se ruèrent sur les provisions.Dans le temps de le dire tout fut anéanti.Puis, une à une, lentement, les bêtes s'en allèrent en rebroussant chemin.La scène tragique était terminée.Certains que les ours, maintenant repus, ne viendraient plus de leur côté, André et Thérèse s'installèrent de nouveau pour dormir.Mais ils ne purent fermer l'œil.Ils étaient bouleversés par cette terrible aventure, et l'incertitude du lendemain était devenue une menace.Leur nourriture se trouvait entièrement épuisée et il leur restait les deux tiers de la forêt à parcourir.Cette pensée était pour eux l'angoisse.Que leur réservaient les jours prochains ?Quand trouveraient-ils sur leur route une ferme ou une auberge?(A siiivre) Hortense Drue BONS MOTS —Quel est le docteur qui opère à meilleur prix ?' — ?— L'oculiste, car il opère à l'œil.On vient d'apprendre à Bob l'histoire de Noé et de son arche où il avait eu la précaution d'enfermer un couple de chaque espèce d'animaux.Bob rêve.—Que faisait Noé, dans son arche, pour se désennuyer ?-II.péchait à la ligne, répond le papa en riant.—Ben.il n'a pas dû prendre grand chose, avec deux vers seulement! LA VIE SERA CE QUE VOUS L'AUREZ FAITE Les talents ne manquent pas chez nous.Mais la vie, a-t-on dit, se poursuit telle qu'on l'a préparée, dans sa jeunesse.Ce qui manque c'est la préparation convenable au rôle que l'on sera appelé à jouer plus tard.Il faut étudier pendant que l'on est jeune.Il faut recueillir les connaissances que vous dispensent vos maîtres et vos chefs.Vous serez écoutés, plus tard, dans la mesure où vous aurez écouté, pendant que vous êtes jeunes.L'instruction et la spécialisation auront de plus en plus leur importance, mais la discipline de caractère, la volonté d'arriver en acceptant d'accomplir tout son devoir, auront toujours leur place.Utilisez le concours de notre petite banque à domicile pour recueillir les sous qui créent les dollars.LA BANQUE PROVINCIALE OU CANADA Chs-A.ROY, j-U.BOYER, Président.Gérant général.C'est pendant que l'on est jeune que l'on prépare son avenir.Écoutez les conseils de vos maîtres: étudiez pour faire de votre vie future un succès. L'OISEAU BLEU 13 No 47 Août-septembre 1936 1 affiliés a la société canadienne d'histoire naturelle Directeur général: R.F.Adrien, C.S.C., Institut botanique, Université de Montréal.Sous-directrice: Rév.Sr Sainte-Alphonsine, C.N.D., Collège Marguerite-Bourgeoya.Secrétaire général: M.Jules Brunel, Institut botanique, Université de Montréal.Secrétaire adjointe: Mlle Marcelle Gauvreau, Institut botanique, Université de Montréal.Trésorier: M.Jacques Rousseau, Institut botanique, Université de Montréal.CHEFS DE SERVICE Botanique: R.F.Marie-Victorin, F.E.C., Institut botanique, Université de Montréal.Zoologie: Dr Georges Préfontaine, département de Zoologie, Université de Montreal.Entomologie: M.Gustave Chaonon, département de Zoologie, Université de Montréal.Minéralogie-géologie: R.P.Léo Morin, C.S.C., Collège de Saint-Laurent.Publicité: R.F.Narcisse-Denih, F.E.C., Académie Saint-I^éon, West.nount.Pour vois, mf.s enfants.LE CHAT CRIS-CRIS "Detits enfants qui me lisez, tous déjà vous avez vu un chat, mais jamais, jamais, vous n'avez vu de plus beau chat que celui-ci! Pensez donc! il est noir bariolé de gris, avec un petit nez rose, de grands yeux verts et de longues moustaches! Et ce chat n'est pas seulement le plus beau chat du monde, mais il est encore le plus aimable! Jamais il ne griffe! Un amour de chat qui, presque constamment, fait "patte de velours".Vous devez la trouver bien heureuse, la petite fille à qui ce trésor appartient ?Elle s'appelle Marie.Elle a cinq ans.Oh! comme ses parents l'aiment, la petite Marie! Ils l'amènent à la campagne où, chaque été, elle retrouve avec joie tous les animaux de la ferme.On lui donne toutes sortes de jouets très amusants qui coûtent très cher; mais parmi tous ces animaux et tous ces joujoux, c'est le chat Gris-Gris qui a toutes les préférences de la petite Marie.Gris-Gris est en effet le nom de ce chat! Mais il a plusieurs autres petits noms doux que la petite Marie lui donne suivant les jours.Est-ce que les parents de Marie ne donnent pas aussi des noms doux à leur petite fille ?Chez elle, on appelle Marie "Malou" ou ''Loulou".Rien ne plaît à Marie comme de s'entendre appeler Malou par son papa ou sa maman.Alors, pour faire plaisir aussi à son chat, Marie lui a donné plusieurs petits noms amicaux comme Gris-Gris, P'tit-Gris, Grison ou G risette.Marie aime son chat et son chat l'aime.Ce sont deux amis presque inséparables.Marie a tant de fois observé Gris-Gris qu'elle peut raconter tout ce que fait Gris-Gris! Ainsi elle peut vous dire que Gris-Gris est un modèle de propreté! Tous les jours, il met beaucoup, beaucoup de temps à faire sa toilette.Il passe sa langue rose sur sa fourrure épaisse, qui devient toute lisse et brillante.La langue de Gris-Gris, comme celle de tous les chats, est recouverte de petites pointes rudes qui frottent et nettoient comme une petite brosse de toilette! Quand il a fini de se laver le dos et le ventre, Gris-Gris commence à se lécher les pattes.Mais comment fera-t-il pour se laver le visage?.Oh! il n'est pas en peine! Gris-Gris lave d'abord comme il faut l'une de ses pattes 14 L'OISEAU BLEU de devant qu'il passe, toute mouillée, sur son visage, pour le débarbouiller.Sa petite patte fait plusieurs fois tout le tour de ses yeux et de son museau.N'y a-t-il pas jusqu'à ses moustaches que Gris-Gris trouve le moyen de nettoyer ?Oui, mes enfants, les belles grandes moustaches et les gros sourcils qui surplombent les yeux de Gris-Gris sont toujours blancs comme neige! Gris-Gris fait ordinairement sa toilette après le déjeuner que Marie lui apporte elle-même en lui disant gentiment: "Tiens, Gris-Gris! Mange! C'est bon, tu sais!" Gris-Gris devine un peu ce que Marie lui dit, mais il se méfie toujours quand même, et il commence par tourner autour de l'assiette, en reniflant.Marie lui a donné de la viande ou du poisson, puis du lait.Gris-Gris regarde et son petit museau inquisiteur consulte l'assiette.Puis, toutàcoup, Gris-Gris lève la queue en l'air, baisse la tête et sort sa petite langue rose.Marie le regarde toujours, mais Gris-Gris ne la regarde plus.Il avale la viande ou le poisson, puis, ses grands yeux verts fixés au fond de l'assiette, à petits coups de langue, il boit le lait, très vite.Quand il a bien fini et passé la langue partout dans l'assiette, il nettoie ses moustaches, et bâille en ouvrant une large gueule qui laisse voir ses trente dents.Content d'avoir si bien mangé, il va ensuite se coucher à la chaleur, dehors quand il fait soleil, ou auprès du fourneau pendant l'hiver.Le chat Gris-Gris cherche toujours les endroits les plus chauds pour s'y reposer.Marie joue tout près de lui.Gris-Gris se couche en houle et s'endort en faisant son "ronron".Mais souvent, fermant les yeux à demi, il regarde Marie.S'il entend le moindre bruit, sa queue frétille, il ouvre les yeux un peu plus grands, et il s'arrange pour tout voir sans faire semblant de rien.Si une souris passait, comme Gris-Gris sauterait vite dessus, et la goberait! Gris-Gris est un chat très bien élevé et très gentil.Seulement, Marie n'est pas toujours là pour le guetter! Il se sauve alors, grimpe, court.Gris-Gris connaît bien la maison.Il séjourne le plus souvent dans la cuisine, mais il sait très bien où est la chambre de Marie, et il a souvent le goût de sauter sur le lit pour s'enfoncer dans les oreillers moelleux! Depuis longtemps, Gris-Gris voyait sur une table un vase garni de ces jolies fleurs orangées que l'on appelle des "lanternes chinoises".Gris-Gris voudrait bien les pousser, doucement, avec ses pattes, les faire balancer à droite, à gauche, les lancer en haut! Ces petites lanternes sont si brillantes qu'on dirait autant de petits soleils! Imaginez qu'un jour Gris-Gris se trouve seul.Il en profite et s'avance vers la table.D'un bond, le voilà près des fleurs.Il commence à jouer tout doucement avec les petites lanternes chinoises, en poussant dessus d'abord très délicatement, puis un peu plus fort.'iris-Gris trouvait très drôle de voir les petites lanternes chinoises s'embrasser en se frappant les unes sur les autres.Bientôt, vous comprenez, Gris-Gris s'encourage et frappe plus fort.plus fort.Tout à coup, bang! le pot de fleurs par terre! Au bruit, Marie survient.Fâchée, elle dit à Gris-Gris en levant le doigt: "Ah! mon escogriffe! tu es en train de faire des mauvais coups, là! Viens-t'en dans la cave, en pénitence!" Entendez que, lorsque Gris-Gris n'est pas sage, Marie ne lui donne plus des petits nonré doux comme Gris-Gris, Grison ou Grisette, mais elle l'appelle escogriffe.Un autre objet qui attire beaucoup Gris-Gris, c'est le bocal où les poissons rouges tournent, tournent en ouvrant leur bouche d'un air béat.Gris-Gris trouve que ça serait bien drôle de mettre tout à coup la patte sur un des poissons et de l'empêcher de remuer.Mais les poissons vivent dans l'eau, et les chats détestent l'eau! Gris-Gris a donc décidé de "n'y mettre la patte".Et Escogriffe regarde.avec ses yeux verts, la ronde des petits poissons rouges! Mais Gris-Gris est presque toujours sage et Marie ne peut pas le gronder beaucoup.Il fait tout ce qu'elle veut.Il paraît que Marie le fait même danser à la corde avec elle! Mais Gris-Gris n'aime pas beaucoup danser à la corde.Il cherche à s'échapper, il se débat et il espère que Marie le laissera tomber de n'importe quelle façon, car, comme un chat qu'il est, Gris-Gris est sûr de pouvoir toujours retomber sur ses pattes! C'est que Gris-Gris a autre chose à faire que de danser à la corde! Tenez! Il vient d'apercevoir par la fenêtre des oiseaux qui sautillent! La porte est cntr'ouverte.Vite, il court dehors! Il se cache derrière un érable, et fixe son regard ardent sur un des moineaux, qui, pris de frayeur, s'élance au hasard sur les branches.Gris-Gris regarde l'oiseau sans arrêter, avec ses grands yeux verts.Il semble qu'il voudrait le manger! Pauvre petit moineau! il est immobile maintenant! Les lueurs vertes des yeux de Gris-Gris l'ont complètement paralysé.Gris-Gris pense en lui-même: "C'est le bon temps de l'attraper!" Mais juste au moment où il se préparc à sauter dessus, Marie survient en criant encore: "Ah! mon vilain escogriffe! tu n'as pas honte d'effrayer ce beau petit moineau ?Tu m'entends! je te défends de faire peur aux oiseaux!" Marie n'a pas fini de parler que Gris-Gris a déjà aperçu un écureuil roux qui gambade non loin de là.Un écureuil avec une queue énorme! Pstt!.le voilà parti, l'écureuil, il saute, tourne sur lui-même, monte très haut L'OISEAU BLEU 15 dans les branches.Gris-Gris bondit et essaie de le suivre.Il grimpe le long des troncs, s'accroche aux branches! Il semble glisser, et quand il s'élance on dirait qu'il vole! Mais l'écureuil est encore plus agile que Gris-Gris.Il fait des bonds considérables de branche en branche et d'arbre en arbre.Enfin, il réussit a s'échapper! Penaud, Gris-Gris revient, tête basse, à la maison.Marie a suivi cette course folle entre l'écureuil et le chat Gris-Gris.Son petit cœur battait très fort et faisait toc toc toc!."Escogriffe! dit-elle en voyant revenir Gris-Gris, ça ne te sert à rien de courir les écureuils! jamais tu ne pourras les attraper!" Pendant plusieurs jours, Gris-Gris court de nouveau les écureuils, sans pouvoir en effet les rejoindre.Petit à petit, il devient plus raisonnable.Gris-Gris commence même à avoir une certaine admiration pour ces écureuils qui courent si vite, si vite, et si haut, si haut, dans les arbres.Une après-midi, un écureuil arrive dans le parterre et commence à grignoter, entre ses pattes de devant, une noix ronde prise dans un noyer voisin.L'écureuil était tout à son affaire et il se pensait bien seul dans le parterre.Mais Gris-Gris, qui rôdait en arrière du garage, aperçoit tout à coup, de loin, la grosse queue de l'écureuil relevée en arrière et dépassant sa tête.Sans que l'écureuil puisse le voir, Gris-Gris s'avance.Il marche légèrement sur les doigts.Il approche en tapinois.Le voilà tout près.tout près de l'écureuil qui continue toujours à grignoter.Et Gris-Gris lève la patte, sans doute pour l'abattre sur l'écureuil et y enfoncer ses griffes.Mais presque au même instant, — on ne sait pourquoi, — Gris-Gris remet sa patte par terre, et laisse en paix le petit écureuil! Que s'est-il passé dans cette petite tête de chat?Depuis lors, le chat Gris-Gris, que l'on appelle aussi P'tit-Gris, Grison, Grisette, .ou escogriffe, est devenu l'ami de tous les écureuils des alentours!!! Marcelle Gauvreau L'EVEIL CERCLE DES TO LIT-PETITS-NATURALISTES dirigé par MARCELLE GAUVREAU, L.SC.NAT.Bibliothécaire de l'Institut Botanique; Secrétaire adjointe de la Société Canadienne d'Histoire Naturelle et des Cercles des Jeunes Naturalistes Cette "école" s'adresse particulièrement aux tout petits, de quatre à sept ans.Son but peut se ramener aux points suivants: Eveiller l'esprit d'observation; Enrichir l'intelligence enfantine do notions simples, mais exactes, sur les sciences naturelles; Faire aimer la nature; Occuper les enfants en les amusant et les instruisant.Les cours sont d'une heure par semaine.Ils comprennent en outre, du printemps à l'automne, des excursions dans la campagne et la constitution de petites collections de plantes, d'insectes, de minéraux.Marcelle GAivitKAr Pour tous renseignements, Institut Bot anique efadresser à: Université de Montréal Téléphone: HA.0181.local 21.POUR RIRE La bonne nuit.— As-tu passé une bonne nuit, mon petit Pierre ?— Je ne sais pas, maman; j'ai dormi tout le temps.Un choix impertinent.— Chère madame, venez donc me voir, mardi prochain, avec votre mignonne petite fille.Je donne une matinée musicale, je chanterai, et, à 5 heures, on lunchera.— La mignonne petite fille — Dis, maman, on ira à 5 heures?Le motif évident — Elève Robert, vous aurez quatre heures de consigne.— Mais, M'sieur, je n'ai rien fait.— C'est justement pour cela.L'art de ramer Le petit citadin — Moi, je fais beaucoup de sport, surtout du canotage.Je sais très bien ramer.Le petit campagnard—Moi aussi; pas plus tard qu'hier, j'ai ramé les petits pois avec papa, pendant plus de deux heures.Un professeur qui s'est montré assez mal disposé à l'égard d'un étudiant au cours d'un examen de chimie lui pose sèchement la question finale: —Pouvez-vous me dire quelque chose au sujet de l'acide prussique ?—Oui, répond l'étudiant.C'est un poison mortel.Une goutte sur le bout de votre langue tuerait un chien. 16 L'OISEAU BLEU LE QUESTIONNAIRE DE LA JEUNESSE L'HORTICULTURE Questions.1.Qu'est-ce que Y horticulture ?— C'est une branche de l'agriculture.Elle comprend non seulement la culture des fruits et des légumes, mais aussi celle des fleurs.On dit, selon le cas, culture maraîchère, floriculture, arboriculture, etc.Q.Qu'est-ce qu'un maraîcher'?— C'est un jardinier qui cultive les légumes pour la vente sur les marchés.Q.Que représente cette image ?— Un vaillant jardinier, fils de la glèbe, à l'entrée de son vaste champ.On voit une travée de clôture bien faite et jolie.L'imagination ambitieuse de l'horticulteur lui fait voir dans son champ un gigantesque signe de dollar.2.A quoi sert un sécateur ?— A élaguer les arbres.Cette opération consiste à supprimer les branches mortes qui pourraient gâter l'arbre, et à le tailler de manière à lui donner meilleure apparence.3.Que voyons-nous ici?— Un jardinier se servant d'un transplantoir.De chaque côté du jardinier, on voit une fourche plate et un râteau.4.Que signifie le grand signe de dollar que l'on voit dans ce champ ?C'est l'emblème du profit que rapporte une culture intelligente.5.Quelle est l'utilité de l'eau pour les plantes?¦— Elle est indispensable.Non seulement l'eau fournit aux plantes l'humidité qu'elles réclament, mais encore, elle lave les feuilles, en enlève les poussières, larves, germes, petits insectes.6.Comment distribue-t-on l'eau sur les plantes?— Au moyen d'un arrosoir à main ou d'un arrosoir automatique.Ce jet d'eau est appelé tourniquet.Il est mis en mouvement par la pression de l'eau.L'ajustage de chacun des trois tuyaux du tourniquet est disposé de manière que l'eau soit diffusée sous forme de gouttelettes imitant la tombée de la pluie et n'endommageant pas les plantes.7.Que savez-vous de la tomate ?—La tomate, qui est un légume et non un fruit, est très recherchée dans notre pays.On la sert en tranches crues, que l'on mange telles quelles, après les avoir assaisonnées de sel.de poivre et de vinaigre.On en prépare des sauces, des condiments en conserve, des jus plus ou moins concentrés.La mise en conserve des tomates est devenue aujourd'hui une véritable industrie.8.Quel est le nom de cet outil ?— Une fourchu plate.9.Qu'est-ce qu'un pulvérisateur?— C'est une sorte de hotte qu'un homme porte au moyen de bretelles.Le liquide destructeur des ennemis des plantes est projeté et éparpillé par un ajustage qui réduit le jet à une fine poussière de gouttelettes.10.A quoi sert le tamis ?— Certaines plantes exigent une terre de choix.Le tamis sert à en enlever les cailloux et les mottes trop résistantes./ 11.Que met-on au bout du tuyau d'arrosage ?— Une lance.Celle-ci est munie d'un arrêt d'eau.12.Quel est le nom de cet ustensile de jardin?— Un transplantoir.13.Quel est l'usage des cisailles?— Elles servent à couper la pelouse.14.A quoi sert ce tuyau ?— C'est un tuyau d'arrosage.15.Quel est le nom de ce véhicule?— C'est une brouette.16.Quand on ne se sert pas du tuyau d'arrosage, autour de quoi l'enroule-t-on ?— Autour d'un dévidoir.17.Avec quoi coupe-t-on l'herbe des parterres?— Avec une tondeuse de gazon.18.Comment se nomme cette sorte de pelle ?— C'est une bêche.19.Quel est le rôle du râteau?— On s'en sert pour briser les mottes de terre, enlever les cailloux et ameublir le sol.20.Quel est ce joli empaquetage ?— C'est un empaquetage de pommes.21.Quel est l'usage de ce rouleau?— C'est un rouleau à pelouse.22.Que représente cette gravure ?— Un épi de maïs à demi enveloppé dans ses feuilles.Manger du maïs sur épi est un usage américain qui étonne fort les Européens.23.La citrouille est-elle un bon comestible?— On en fait d'excellentes tartes et compotes.Elle est malheureusement trop peu utilisée.24.Comment se mangent les prunes?— Crues ou en compote.25.Que voyez-vous ici?— Un joli assemblage de pommes, de carottes, de raisin et de citrouilles.Il y a aussi une pomme de chou et un pied de céleri.26.A quoi sert le céleri ?— On l'emploie dans la salade et les sauces ou on le mange cru.Il purifie le sang.27.Où se cultive la pomme?— Beaucoup dans notre province.Nous avons des vergers superbes à Oka, à Châteauguay, à Rougemont et à Saint-Hilaire.L'abbé Etienne Blanchard 18 L'OISEAU BLEU "Donjour, amis du Coin.Fauvette aime à penser que vos vacances scolaires se sont écoulées dans la joie, la bonne humeur, le farniente, la santé rayonnante, tant physique que morale et que tous, vous revenez à l'école pleins d'ardeur et débordants de l'immense désir de vous instruire afin d'étayer(l) dès maintenant, sur des bases solides, votre vie de demain.Ce mois-ci ma causerie portera sur un sujet de brillante actualité dont vous avez entendu parler, puisque partout l'on cite les J.O.C., •I.A.C., J.E.C., J.I.C., etc.Je veux vous entretenir un peu de VAction catholique — grand ralliement universel des forces catholiques — demandée par sa Sainteté le Pape Pie XI.Les temps sont difficiles, petits amis, et vous grandissez à une époque où vous entendez prononcer partout et à toute heure un vocabulaire en isme, dont les mots dissimulent des idées malsaines et subversives:(2) marxisme, socialisme, bolchevisme, communisme et que d'autres encore! Dans tous les pays, il y a lutte entre les classes sociales, ouvrières et capitalistes, employeurs et employés, pauvres et riches, athées et chrétiens.Tout cela provient de ce que le christianisme, avec ses principes d'équité et de charité, est jeté par-dessus bord et qu'on retourne vers le paganisme.Pour faire face au mal grandissant déferlant sur tous les pays et tous les peuples, pour enrayer le communisme et rétablir la paix, l'ordre et l'harmonie, pour rechristianiser les sociétés, ^pour redonner le Christ aux masses égarées, l'Eglise fait appel aux laïques catholiques afin que ceux-ci coalisent leurs forces et travaillent, la main dans la main, à faire régner le Christ.h'Action catholique se définit ainsi: '*La parti- cipation du laïcat à l'apostolat hiérarchique.Donc, il faut que les catholiques, de toutes les classes "sans exclusion d'âge, de sexe, de condition sociale, de culture", fassent de l'apostolat organisé sous l'autorité et la dépendance du clergé en vue de gagner les âmes au Christ".Dans tous les pays, nous voyons les groupements catholiques se reformer et répondre avec enthousiasme à l'appel du Pape régnant, qui demande la conquête du milieu par le milieu lui-même.Au Canada, nous avons l'organisation de Jocisles, enrôlant sous la bannière du Christ une jeunesse ouvrière catholique, composée de militants actifs, gagnant les travailleurs à la cause du maître.A côté se dresse la J.I.C.— jeunesse indépendante catholique — groupant employés de bureau, commis, professionnels.Cette organisation est la plus difficile à réaliser.La J.A.C.ou jeunesse agricole catholique forme ses rangs de jeunes, attachés à la terre de chez nous.Nous les savons bien actifs.Et vous, amis du Coin, bien que livrés aux études, vous pouvez et devez emboîter le pas de tous ces jeunes, travaillant ferme pour l'établissement du règne du Christ.De quelle façon?La J.E.C.— jeunesse étudiante catholique — déjà est en activité et répand l'idéal de l'apostolat, du vrai, de la crânerie bien ajustée, dans tous les rangs des étudiant^ catholiques.Là, comme dans les autres mouvements organisés, elle prépare les chefs et les militants de demain.L'organisation, à l'instar de toutes celles que j'ai précédemment mentionnées, publie un journal bien rédigé, donnant les mots d'ordre en vue de l'Action catholique demandée par le clergé surchargé.Ne soyez point surpris de cette aide des laïques apportée à la hiérarchie ecclésiastique. L'OI SEAU BLEU 19 NOTRE SAINT-PÈRE LE PAPE 1 _PIK XJ_J L'Action catholique est de vieille date puisqu'elle remonte à l'époque du Christ.Voyez les apôtres à l'œuvre! Instruits par Jésus, ils partent à1 la conquête des âmes, pauvres de tout secours matériel, mais forts de l'appui du Christ.Ils associent à leur œuvre d'évan-gélisation les diacres, les disciples, des chrétiens de toute classe, tant hommes que femmes.De nos jours, les conditions d'existence étant différentes de celles d'autrefois, les masses chrétiennes étant devenues trop denses et les forces du mal se décuplant, le Chef visible de l'Église crée un rayonnement d'Action catholique organisée, pour donner au Christ la place que les païens modernes lui disputent.Petits amis, suivez bien les directives de vos éducateurs.Laissez-vous former afin de devenir de vaillants combattants du Rabboni.Pour donner Jésus aux âmes et les âmes à Jésus, il faut tout d'abord posséder intensément ce même Jésus.On ne donne pas ce qu'on n'a pas.c'est évident! Ouvrez vos cœurs au soleil vivifiant de l'état de grâce et laissez le Christ envahir vos âmes!.Allez à Lui par la communion fréquente, par la prière fervente et bien comprise (donc, pas routinière!) et par le respect et la soumission en face des ordres émanant de la hiérarchie sous la juridiction du Souverain Pontife, le Pape des missions et de l'Action catholique.Fauvette Mots expliqués: 1—appuyer solidement 2— qui trouble la paix et l'ordre 3—justice 4— ici, entrer dans le mouvement.CF.CORRESPONDANCE Papillon d'azur — Fauvette a bien reçu votre épistole du mois d'août.Elle vous répondra personnellement.Elle vous souhaite année scolaire débordante de succès, de bonté et de vaillance.Elle vous salue amicalement.Abeille de Marie—Croyez toujours à l'amitié sincère de Fauvette.ISOiseau bleu vole-t-il vers votre nid avec régularité et ponctualité?S'il oublie la direction assignée, veuillez en informer Fauvette qui vous aime toujours profondément.Mimi Blanc-Blanc—Votre carte-lettre de Belœil n'a pas satisfait mon amitié gourmande, exigente vraiment.Ecrivez plus longuement.Vous savez vous rendre si intéressante! Bonne année d'enseignement et succès nombreux.Saluts et amitiés.Jeannine—Je vous redis toute la sincérité de ma fraternelle amitié.Que le Christ bénisse votre dévouement à la cause de notre jeunesse canadienne-française! Bonne année dans le labeur, la paix et le contentement.Amitiés.Humble apôtre — Rctourne-t-on à la classe pour une nouvelle année d'étude?Succès et santé! Que cette année scolaire vous apporte des joies profondes et durables.Amicales salutations.Future Ursuline — Fauvette vous assure de son meilleur souvenir.Clorinde D.—Ecrivez souvent à Fauvette qui vous aime et estime profondément.Elle salue toute la famille si intéressante.Bonnes et sincères amitiés.Soeur Jeanne me prie de vous dire que les graphologies suivantes ont été expédiées par courrier postal.B.Malone, Ontario; G.Trudeau, Montréal; G.Poupart, Saint-Isidore; Margot; Enigme; D.Julien; I.Maloney, Saint-Jean; E.Labrecque; F.Taillon; Y.Giroux; M.-L.Lalonde; B.Veillette; Jean; A.Lévesque; P.Reeves; F.Tessier (2 graphologies) Mass; M.Lavoie, J.Senécal, Québec; F.Lavoie; J.Guimond; C.Allard; G.Michaud.Kamouraska; G.Thibault, Rimouski; A.Char-bonneau, Rigaud; Marg.des Champs; J.Fournier; F.-A.L'Ecuyer; A.Guay; Mme J.-A.Larin, Carleton; A.Bérard, Guelph, Ontario; G.Vachon, C.Poirier, Joliette; M.Valiquette; B.Laurin; C.Bilodeau, Chicoutimi; A.-M.Bolduc; C.Dupuis, Montréal; Davis Lynch.A tous les correspondants du Coin, amical bonjour de Soeur Jeanne et de Fauvette.C.F.Bébé arrive au bord de la mer.C'est la première fois qu'il voit un bateau à vapeur: —Maman! Maman! regarde donc les locomotives qui se baignent! L'Oiseau bleu est publia par la Société Sainl-Jean-Baptiste de Montréal, 1182, rue St-Laurent, à Montréal.Alphonse de la Rochelle, directeur.La revue ne parait pas en juillet et en août. 20 L'OISEAU BLEU FEUILLETON DE L'OISEAU BLEU Le Cceur de Perrine(1) — par — MLLE MARIE-CLAIRE DAVELUY de la Société Historique de Montréal 1 UNE ENTREVUE Le Père Jérôme Lalemant, supérieur des Jésuites de la Nouvelle-France, était assis, par un beau matin d'août lfifif).à sa table de travail, chargée de papiers et de documents.Il achevait de lire, le front soucieux, une lettre venue de Montréal et apportée par le bac, "d'où étaient descendues, il y avait peu d'heures, plusieurs personnes", lui avait-on appris.On frappe à la porte.On l'avertit qu'un visiteur l'attendait au parloir.Aussitôt, le Père replie la lettre, puis passe la main sur son front, afin d'en chasser tout nuage.La courtoisie était parfaite chez ce religieux.Fort intelligent, imposant, sa direction spirituelle était recherchée, par la plus humble chrétienne, comme par l'étonnante contemplative, Mère Marie de l'Incarnation.Il comptait environ soixante ans et au delà de vingt ans de séjour au Canada.D'un pas vif encore, le Père Lalemant traversa un petit couloir, tout en devisant en lui-même: "Bah! pensait-il, toujours sous l'impression des confidences de son correspondant, quoique la volonté du capitaine Le Jeal soit tenace, sa sœur, la sage Perrine, décidera bien en dernier ressort de la situation.Et elle a un excellent jugement".Il pénétrait sur cette dernière réflexion dans la petite pièce affectée aux visiteurs.Il retint une exclamation de surprise.Il voyait se lever une jeune fille sérieuse, digne, fort distinguée.Très blonde, elle avait des yeux bleus, qui éclairaient, de façon étonnante lorsqu'ils s'animaient, une figure d'une réserve et d'un calme un peu froids."Comment, fit le Père, en tendant la main avec une grande cordialité, car il appréciait la courageuse orpheline, à la vie déjà éprouvée, comment, mais c'est Perrine?Je pensais justement à vous.Depuis quand êtes-vous à Québec?Mais assoyez-vous, je vous prie.—Je suis ici depuis deux heures, à peine, Père.Madame d'Ailleboust a désiré venir à Québec, chez les Hospitalières.Comment (1) Dernière partie des Aventures de Perrine et de Chariot, publiées dans l'Oiseau bleu, en 1920, en 1931 et en 1935-1936 sous des titres varies.refuser de l'accompagner avec plusieurs au tre personnes, soucieuses de nous protéger.Je me suis embarquée confiante, je vous assure, ayant dans les bras ma petite nièce Perrine, dont les deux ans s'enchantaient du voyage.—Vous ne manquez pas d'audace, permettez-moi de vous le dire, chère enfant.Nous sommes guettés si férocement, sur toutes les rives, de Montréal à Québec.—La situation est moins grave qu'il y a quatre ou cinq semaines.Nous respirons un peu sous la menace iroquoise.D'ailleurs.—D'ailleurs, Perrine?—Père, ne m'aviez-vous pas permis d'avoir recours à vos lumières, si quelque circonstance critique se présentait dans ma vie?—Je me souviens.—L'heure est venue.Et l'offre de Madame d'Ailleboust de prendre place avec elle, dans le bac en route vers Québec, m'a paru une délicatesse toute providentielle.J'ai saisi l'occasion qui s'offrait avec quelle émotion.Il fallait, il fallait, Père, que j'eusse un entretien avec vous.—Et M.Souart?Vous aimez pourtant ce sulpicien de bon conseil, si affable?—Peut-être l'ai-je jugé trop intéressé en la matière.Elle le touche de si près.—Ah! —Vous souriez, Père ?—Oui, dit le Jésuite, qui considérait avec attention cette figure où beaucoup de tristesse paraissait soudain, oui, car je le vois, Chariot joue un peu trop au maître, en votre endroit.Et il cherche, et il trouve des appuis.—Mais, Père, s'exclama Perrine, comment savez-vous que.Le Père rit de bon cœur cette fois.L'effarement de la jeune fille était complet.Puis, sortant de son bréviaire une lettre, il la fit voir à Perrine.—Chariot vous a écrit, dit celle-ci.Je suis surprise, mais satisfaite aussi.Il expose lui-même, d'après ses vues, l'impasse où il me place.—Lui seul, Perrine?—Qu'importe! Il veut la résoudre de façon.personnelle, je dirais.—Il a des arguments sérieux.—Père, du moins, grâce à cette lettre, je L'OISEAU BLEU 21 n'ai pas à reprendre de très haut toute cette question.—Non, mon enfant.Je sais déjà que le Capitaine André de Senancourt, parti depuis deux ans pour la France, afin de mettre ordre aux affaires de sa sœur défunte, aux siennes aussi, revient définitivement au Canada, par l'un ou l'autre des vaisseaux attendus cet été; je sais également que Chariot a reçu de son beau-frère, par le navire arrivé ici le trois juin dernier, une lettre où il est longuement question de la situation embarrassante où il va se trouver placé à son retour, entre Chariot son beau-frère, ses neveu et nièce, et vous, Perrine, une étrangère pour lui au fond; que fera-t-il?L'intimité des rapports en souffrira.Seulement.et le Père hésita, cette étrangère, André de Senancourt.l'aime, et profondément.paraît-il.Alors, est-ce qu'une solution toute naturelle ne pourrait.—Je vous en prie, Père, fit la jeune fille qui rougissait, confuse, un peu contrariée aussi.—Perrine, à quoi cela nous servirait-il de ne pas tenir compte de ce facteur assez important en la matière ?Il me semble que le grand sentiment ressenti pour vous." et le jésuite sourit de nouveau.—Père, on dirait que vous approuvez Char-lot de vouloir.—Votre mariage avec André de Senancourt ?Je crois en effet que ce serait une conclusion excellente pour tous.—Mais moi, Père, moi?—Avez-vous donc de l'antipathie pour le beau-frère de votre frère?Ce serait grave, si cela était, en effet.—Non.Je dois être franche.—Alors ?—Il m'est indifférent.Je n'avais jamais fait entrer le mariage en mes visions d'avenir.Prendre soin de mon frère, de ses enfants, me rend assez heureuse pour ne rien désirer d'autre.Je vous le déclare en toute sincérité.Pourquoi, oh! pourquoi me demander.ce.ce sacrifice! Et Perrine, soudain, cacha sa figure entre ses mains.Un sanglot se fit entendre.—Ma pauvre enfant.Je ne vous comprends plus.Je ne croyais pas votre sensibilité aussi.aussi frémissante.Est-ce qu'elle va prendre le pas sur votre raison, sur ce que nous admirons et apprécions tant en vous.Essayez de dominer ce trouble passager.Dites-moi, par exemple, si une autre se trouvait dans la même situation que vous, que lui donneriez-vous comme conseil?Essayez de voir les choses sous un angle impersonnel.Ne vous cabrez pas ainsi.La sérénité vous est si naturelle.—Jugez cette cause, qui est ma cause, comme si elle était celle d'une autre, dit bien bas Perrine.Puis, relevant la tête, elle demanda, non sans reproche dans la voix.C'est possible, Père ?Sincèrement ?—Votre énergie, votre noblesse de cœur, mon enfant, peuvent rendre beaucoup de choses possibles.—Vous pensez trop de bien de moi.— Oh! je vous connais.Mais, continua avec une grande douceur le Père, si vous vous entêtez contre un audacieux jésuite qui vous contredit .qui vous blesse peut-être.—Non, non, mais en la circonstance, je trouve.—Un instant encore, mon enfant.Reposons bien la question.Laissez-moi vous présenter deux considérations, assez fortes, il me semble, pour que vous m'en vouliez moins de différer d'opinion avec vous.—Ne parlez pas ainsi, Père, je vous en prie.Je veux vous écouter avec une foi, une confiance, qui accompliront peut-être.un miracle!.Mais ne vous y attendez pas trop, ajouta vivement Perrine rougissante.—Perrine, un jésuite ne croit pas aux miracles très facilement, mais il sait qu'un cœur de jeune fille très pur, très tendre, très élevé accepte parfois le bonheur que lui conseillent ceux qui l'aiment, quand même elle démêlerait mal au début les éléments dont ils se composent.—Encore une fois, Père, je vous écouterai d'un esprit docile.—Chariot, vous le savez, réagit mal, physiquement et moralement au chagrin que lui a causé la mort de sa jeune femme.Il m'écrit même ceci, écoutez bien: "Je vais au-devant du danger, moins pour tromper ma douleur que pour en finir avec elle, heureux si une flèche ou une balle iroquoise me réserve cette consolation de mourir utilement pour les miens.—Père, fit Perrine, les lèvres tremblantes, vous ne m'épargnez guère la vérité.Oh! Chariot, Chariot, avoir osé écrire ces paroles cruelles, à deux pas du berceau de ses enfants.et près de sa sœur qui ne vit que pour lui et pour eux.—Ne le connaissez-vous pas mieux encore, votre frère?Extrême en sa douleur comme en sa bravoure, comme en ses affections, comme en ses décisions.Sa fougue naturelle l'emporte sans cesse, et avec une sincérité parfaite.Que pouvons-nous devant des gestes qui se rient de toutes prévisions?—Oui, vous le connaissez mieux que moi.car je croyais le cœur de Chariot plus attaché à nous tous.Un pli d'amertume se dessina autour de la bouche de Perrine.—Enfant, soyez indulgente à ceux qui faiblissent sous le poids de la croix.Aidez-leur à la porter.—Si je ne suis pas heureuse, est-ce que Char-lot ne souffrira pas du contre-coup?Alors. 22 L'OISEAU BLEU Eh bien, Chariot termine sa lettre par ces mots.qu'aurons-nous tous gagné?murmura Perrine, sans lever les yeux.Le Père ignora cette interruption.—D'un autre côté, ne croyez-vous pas, Perrine, que l'ascendant qu'a toujours exercé sur votre frère le capitaine de Senancourt ne puisse agir de façon victorieuse sur son humeur mélancolique?Mais pour cela, il lui faut pénétrer sans cesse chez vous, partager votre vie.Les simples convenances l'empêcheront d'être ainsi assidu chez vous, vous présente.—Je puis quitter la maison de mon frère, dit Perrine en soupirant.—Comment?Vous priveriez les enfants de Lise, de votre belle-sœur si dévoués durant ses courtes années de bonheur, de la tendresse féminine qui leur est plus que jamais nécessaire ?—Père, vous me faites mal! —Supposons, car je serai comme le chirurgien touchant jusqu'au fond la plaie, supposons que Chariot.—Père! cria Perrine affolée, des larmes dans la voix.—.que Chariot, continua sans pitié le Père, vienne à vous quitter, quelle situation serait la vôtre et celle du capitaine de Senancourt?A tous deux les orphelins rappelleront des souvenirs les plus chers.Qui en aura finalement la garde ?En ce pays, il faut un homme, un soldat pour défendre chaque foyer; et, d'autre part, une présence féminine dévouée est indispensable à de jeunes enfants.—Père, je ne puis croire à cette épreuve.Chariot me quitter!.Non, non, non, la Providence aura pitié." Et quelque chose comme un sentiment de révolte parut sur les traits de la jeune fille.—Je n'ajoute que ceci.Je trahis la suprême confidence d'une morte.Mais votre obstination me fait peur, mon enfant.Aux grands maux, les grands remèdes.Chariot me pardonne, son héroïque jeune femme aussi.—Que voulez-vous dire, Père ?Vous m'effrayez.—Eh bien Chariot termine sa lettre par ces mots: "Père, en travaillant au mariage de ma sœur avec André, qui l'aime, je vous l'ai dit, c'est le désir d'une morte, de ma Lise bien-aimée que j'accomplis."Souviens-toi, m'a-t-elle dit, tandis qu'elle respirait avec tant de peine, souviens-toi de mon dernier vœu: le bonheur d'André par Perrine".—Ma pauvre petite belle-sœur!.Oui, j'ignorais ces mots touchants.Père, fit-elle, en se levant, je ne veux pas vous retenir davantage.Vous m'avez donné des sujets de réflexion pour.pour longtemps." Mais le front de la'jeune fille paraissait au Père se fermer mystérieusement.—C'est cela, Perrine, réfléchissez.Je vous aiderai par mes faibles prières, reprit-il avec une sincère commisération.—Puis-je revenir ?—Si vous croyez que cela puisse vous être utile, je vous recevrai avec plaisir.—Il me faudra en venir à une décision.Je vous la soumettrai, si vous me le permettez.—Très bien, mon enfant.Mais où donc vous retirez-vous?—Vous pensez bien que mon amie Marie Godefroy n'entend guère que je sois en une autre demeure que la sienne.Mais je compte passer les dernières semaines de mon séjour ici, chez Madame de Repentigny.—Alors, vous attendez l'arrivée des navires?—Oui, car Chariot le désire.Mais lui-même, sûrement me rejoindra avec son fils.Il a hoché la tête quand je le lui ai proposé.Mais vous verrez, il se ravisera.Qui sait, fit Perrine, toute triste, en se dirigeant vers la porte de sortie, qui sait s'il n'avait pas escompté cette arrivée tardive pour vous permettre de mieux me convertir à ses projets.—Allons, allons, courage Perrine.Après tout, vous n'êtes pas si malheureuse d'être appréciée par tant de nobles cœurs.II L'ARRIVÉE DU DERNIER NAVIRE Trois semaines s'étaient écoulées depuis cette entrevue de Perrine avec le Père Jérôme Lallemant.La jeune fille ne l'avait pas renouvelée.Elle semblait impénétrable, sauf l'étrange clarté du regard, où se lisait une sorte de tension farouche de la pensée.Mais pour le Père seul, qui avait revu plusieurs fois la jeune fille, dans ses visites chez les colons de Québec, toute cette agitation intérieure, tenue extérieurement bien en bride, prenait son véritable sens.A tous, la sollicitude de Perrine pour les enfants sans mère qu'étaient son neveu Pierre L'OISEAU BLEU 23 et la toute mignonne Perrine, qui ne quittait qu'endormie sa tante aimée avec une passion farouche, oui, seule cette sollicitude, expliquait l'attitude parfois distraite, parfois songeuse, parfois si profondément triste de la jeune fille.Comme Perrine l'avait pensé, les premiers jours de septembre virent reparaître Chariot, avec son fils Pierre, un bambin de trois ans, délicieux, vif, remuant, qui semblait la réduction physique parfaite de son père.Mêmes yeux bruns, aux regards quêteurs d'affection, très volontaires aussi, lorsqu'un désir y pointait.Seulement, il paraissait plus robuste que ne l'avaient été son père et sa mère.Et quelle affection, le père lui portait! Il supportait difficilement de le voir hors de son rayon visuel.Il accordait tout ce que demandait l'enfant, haussant les épaules si sa sœur lui reprochait de céder ainsi devant chaque caprice qui passait par cette petite tête fertile."Je désire que mon fils sente quelle place il tient dans ma vie", disait-il .puis il ajoutait: Qui sait si je pourrai longtemps l'entourer ainsi." mais ceci prononcé plus bas.Le jeune mari toujours inconsolable, le colon, si durement éprouvé, en son corps peu robuste, par ses deux captivités chez les Iroquois, ne se faisait guère illusion sur la durée de sa vie.Qu'il se sentait las parfois! Comme une toux persistante, qu'il soie,nait mal l'avertissait que la moindre condition défavorable en ses habitudes de vie lui serait funeste.Il n'envisageait avec nul effroi la mort.Ne vivait-il pas, depuis son enfance, en complète familiarité avec elle?Parfois, en quelque rêve doucement cruel, il revoyait Lise.Elle lui tendait les bras, l'adjoignait de le suivre.Ou bien, elle se tenait près de sa sœur, la suppliant de prendre bien soin des petits, car son bonheur là-haut avec Char-lot ne serait complet que si les enfants demeuraient tout près du cœur profond et sûr de leur tante.Et il semblait à Chariot que les yeux de Lise se tournaient alors pleins de larmes vers un personnage qui marchait seul, pensif, la tête basse, dans un petit sentier, sur la lisière d'une forêt.A la prestance, à je ne sais quel mouvement familier de la main se crispant sur l'ôpée, Chariot reconnaissait bien son beau-frère, André.Il se réveillait, baigné de sueurs; et, en proie à l'insomnie, il passait le reste de la nuit à chercher par quel moyen il pourrait rapprocher ces deux êtres qu'il aimait, son beau-frère et sa sœur.Qu'il lui fût donné, au moins de ne pas mourir avant de les voir unis dans une grande affection dont ses enfants bien aimés n'auraient qu'à profiter.Un cercle familial les entourerait de nouveau de la protection nécessaire.Mais Perrine, quoique d'une douceur parfaite envers tous, et qui ne semblait vivre que pour son frère et ses enfants, gardait Tu le sais aussi Men que moi.avait réplùjué.Chariot.une énigmatique attitude vis-à-vis des projets de son frère.Une seule fois, Chariot, en souriant, avait fait allusion à l'amour qui pouvait surgir dans le cœur de sa sœur et changer leur vie à tous.Vivement, celle-ci avait déclaré: —Chariot, ne parle pas ainsi.Tu sais fort bien que je n'aime personne, que je ne me marierai jamais.—On dit cela, ma sœur.Mais tu es belle, bonne, et combien seraient heureux de te voir conduire sagement leur foyer, ence pays difficile.—Chariot, tu ne me fais pas plaisir en abordant un tel sujet.—Je le sais, mais je brave ce déplaisir, et permets-le moi, au moins pour une fois.—Tu serais donc satisfait, avait repris Perrine, de me voir d'abandonner?Et les petits, quelle affection remplacerait la mienne?Si je me mariais, tout cela arriverait, mon frère.—Ma sœur, tout pourrait autrement se concilier! Mais tu te désoles toujours.dès que je fais allusion.—Chariot, je t'en prie.quitte un pareil sujet." Et celui-ci avait vu se durcir le regard de sa so'ur.—Comme tu l'aimes peu.pour qu'une si lointaine allusion te.peine, te refroidisse ainsi toute l'attitude.Oh! ma sœur, ma sœur.aie pitié! —Mais de qui parles-tu?avait balbutié la jeune fille, devenant toute rouge maintenant.—Tu le sais aussi bien que moi, avait répliqué avec tristesse Chariot.Le silence retomba entre eux.Et peu après, la jeune fille, en soupirant, était rentrée dans sa chambre.Chariot s'était donc résolu de ne plus lui en parler, car le peu d'estime accordée à son beau-frère pouvait devenir de l'aversion.Il avait déchargé son cœur auprès de M.Souart, parent 24 L'OISEAU BLEU de la famille de sa femme.Celui-ci ne pouvait, par délicatesse, intervenir d'aucune façon en ce problème familial qu'il faudrait résoudre dès le retour du capitaine de Senancourt.Le sulpi-cien avait conseillé à Chariot de remettre toute la cause entre les mains de la Providence d'abord puis en celles du Père Jérôme Lalemant, ''intelligence supérieure", avait déclaré M.Souart, et dont Perrine ne parlait qu'avec admiration et une confiance entière.Il avait été convenu entre l'affable curé de Ville-Marie et Chariot qu'une toute petite allusion — pas une conversation, oh! non, non — serait encore faite devant Perrine, à la veille du retour de France du capitaine, afin que la jeune fille sente bien que les vœux de son frère n'avaient pas varié; puis, Chariot ferait parvenir à Québec une longue lettre au Père Jérôme Lalemant sur le sujet.Pour le reste, à la grâce de Dieu, qui dispose si bien de tous les pauvres projets humains.Et c'est ainsi que nous avons vu se réaliser, en partie, la tactique excellente, proposée par M.Souart.Chariot avait scruté souvent, depuis son arrivée à Québec, le visage rarement soucieux de sa sœur, devant lui; il n'en avait rien appris.Tous deux, avec les enfants, avaient accepté l'hospitalité que leur offrait, avec un cœur vraiment maternel, Madame Marie Favery de Repentigny.Plusieurs pièces de la vaste maison étaient à leur disposition, et Perrine s'était retrouvée un soir en la chambre où elle avait reçu le dernier soupir de l'aïeule tant aimée, protectrice incomparable de l'enfance et de la jeunesse de Perrine et de Chariot, Madame Catherine de Cordé.Les souvenirs qui étreignirent soudain le cœur de la jeune fille la firent se redresser dans son lit, les yeux grands ouverts.Le sommeil fuyait loin de ses paupières.Elle se leva, s'habilla sommairement, puis alla s'asseoir près de la fenêtre où montait la lointaine rumeur du Saint-Laurent.La nuit était claire.Que d'étoiles brillaient en la large étendue de firmament qu'elle avait devant elle.Là-haut, Madame de Cordé voyait-elle l'orpheline, en le cadre ancien qui avait été le sien aussi?Pouvait-elle lire jusqu'au fond de ce cœur que l'angoisse d'une décision faisait battre si douloureusement, parfois?Oh! si sa vieille et aimante protectrice eût été là, près d'elle, avec quelle joie, elle eût parlé, versant son secret étouffant; puis acceptant de suivre les conseils de cette bouche si tendre et si sincère.La décision que tous attendaient d'elle, qu'il était difficile de la prendre sans qu'une confidence intime, où tout son cœur, enfin se serait épanché, eût lieu.Mais cette douceur lui était refusée, il lui fallait, avec énergie, porter seule le poids de cette oppression sentimentale.Perrine se prit à glisser doucement autour de la chambre.Les larmes la gagnaient.Ses mains pâlies pressaient son cœur qui se serrait fortement.Soudain, elle aperçut, à travers la buée de ses pleurs, le vieux missel de Madame de Cordé, celui que Perrine aimait, enfant, et où de belles images marquaient la page des psaumes favoris.Machinalement, Perrine le prit.Une mince petite feuille s'en détacha, une lettre inachevée de l'aïeule à Chariot, écrite un peu avant le retour inespéré de celui-ci.(à suivre) Marie-Claire Daveluy t a NUIT -
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