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Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
décembre 1992 - janvier 1993
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
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Cité libre., 1992, Collections de BAnQ.

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libre VOLUME XX • NUMÉRO 9 • DÉCEMBRE 1992-JANVIER 1993 • 3,50$ Gérard Pelletier Sophie Rostopchine comtesse de ségur «Etonnante avant-gardiste» Marie Desjardins GRANDE SOIRÉE libre Dansez aux accents des seize musiciens du Big Band de VIC VOGEL la coqueluche du Festival de Jazz de Montréal Amenez-y beaucoup, beaucoup d'amis.Ce n'est pas la place qui manque Prix d'entrée : 22,25$ toutes taxes comprises.Achetez vos billets au Spectrum, 318, rue Ste-Catherine ouest ou, si vous avez une carte de crédit, en téléphonant au réseau de billetteries Admissions : (514) 790-1245 ou 1-800- 361-4595.Enfin, Marc-Bernard Lévesque ( 514) 527-7719 prendra vos réservations comme pour un souper Cité libre. Voire Anne-Marie Bourdouxhe i le chef du PLQ continue comme ça, il finira \\ tout seul, dans un restautant chinois de Saint-Henri, à ruminer ses vieilles obsessions pour les lecteurs d'une revue quelconque.» déclare Richard Martineau dans le numéro du 29 octobre de la circulaire branchée de Montréal.Voire! Le seul souper Cité libre du 1er octobre 1992 aurait-il eu lieu dans une salle d'hôtel, à 2000 places assises, à 40$ du couvert — on aurait laissé tomber nos principes pour cette fois-là et on n'aurait pas fait de prix aux étudiants et aux chômeuts — on était gras dur avec deux ans de publication payée d'avance.Nous savons compter comme tout le monde mais Cité libre ce n'est pas un parti c'est un forum.Et la Maison Egg Roll, un endroit où l'on peut débattre d'idées et d'opinions, entte amis des trois générations en âge de s'exptimer sur le monde actuel.C'est ce qui s'est passé avec Pierre Elliott Trudeau, comme on a pu le constater en écoutant les deux retransmission (en direct et en différé dès le lendemain) de ce souper sur les ondes de CKAC, ou en en lisant la retranscription verbatim qui est, à l'heure où j'écris ces lignes, en tête des bestsellers de La Presse, de la Galette et du Globe and Mail.Dans ce même numéro de la circulaire qui ne veut pas Voir, Pierre Bourgault déclate à Martineau «Personnellement, j'aime mieux me retrouver avec un fédéraliste intelligent qu'avec un nationaliste bête, qui n'a jamais réfléchi sur ses choix.Combien de fois dans ma vie de militant, je me suis dit: «Ah, si j'étais avec certains de mes adversaires, plutôt qu'avec ma gang de suiveux.Ce serait tellement plus agréable».Voilà pourquoi on a du fun à Cité libre.Nathanaël Richard le rappelle d'ailleurs dans son article «Le bilinguisme à la Trudeau: une perspective aca-dienne»: «Dans le numéro de juin-juillet 1964 de Cité libre, Gétatd Pelletier écrivait: «Bien loin de vouloir fournir à la jeune génération un dogme, Cité libre reconnaît la nécessité de poutsuivte sa lutte, en ce domaine, contre tout apriorisme.».C'est peut-être la ligne éditoriale «d'une revue quelconque» mais c'est la nôtre, aujourd'hui comme hier, et c'est avec celle-là que nous entendons redonner un nouvel essor au postnationalisme.Les résultats du référendum nous laissent-ils des raisons d'espérer dans ce sens ?Que s'est-il passé ce soir du 26 octobre 1992?Gérard Pelletier, Louis-Philippe Rochon et Stephen Schecter nous livrent leurs analyses.Quand à Louis Comellier il appelle de tous ses voeux le développement «d'une pensée québécoise sur des sujets autres que celui de l'identité nationale».Et le souper Cité libre du 1" octobre, tout comme les lendemains référendaires, ont incité Eric Devlin à se tourner vers Lao Tseu.Dans Le piège des droits collectifs, David Woods se fait vulgarisateur du droit pour nous expliquer les tenants et aboutissants de la notion de droit collectif que Nathanaël Richard invoque pour protéger la langue française en Amérique du Nord.Les Américains ont élu un président démocrate.Cela veut-il dire la fin des politiques économiques néo-classiques dont Alex McLeod constate l'échec dans ces pages ?Le printemps dernier, François Chevalier a redécouvert la Chine, aptes dix ans d'absence, et Louise Landry Balas revient tout juste d'un voyage en Asie du Sud Est.Si l'un a parcouru la Chine avec des préoccupations écologiques, l'autte a vu en Indonésie, à Singapour et en Malaysia des gouvernements qui, chacun à leur façon, tentent de televet le défi de former une nation à partit d'une multiplicité de peuples différents.Heather Hill l'admet, elle se faisait une autre idée de son travail de journaliste en Afrique.Enfin, Nicolas Gilbert, depuis Montréal, nous présente Rigoberta Menchû, Prix Nobel de la paix 1992, tandis que, depuis Edmonton, George Lang, qui avait annoncé dès 1989 dans La revue canadienne de littérature comparée que Derek Walcott se verrait décerner un jour le Prix Nobel de littérature, a vu sa prophétie se réaliser.Il nous dit poutquoi ! Qui n'a pas lu la comtesse de Ségur, née Rostopchine ?Marie Desjardins nous invite à en faire cadeau à nos enfants et petits-enfants et ce, sans craindre de passer pour démodés.Car la comtesse a dressé, bien avant Elizabeth Badintet, le portrait du macho, de l'homme mou et de l'homme doux.L'accusation d'anthtopocentrisme des défenseurs des droits des animaux vous laissent-ils à court d'arguments?Louis Comellier vous invite à lire Le nouvel ordre écologique de Jules Ferry pour réfléchir intelligemment sut la légitimité des «verts».On dit les Canadiens ennuyeux, et bien ce n'est certes pas le cas de Leon Rooke, l'écrivain de Colombie britannique dont Danielle Millet nous présente le dernier ouvrage: The Happiness of Others.Si vous commencez par la fin, vous aurez déjà goûté la lettre ouverte qu'adresse Robert Davies à «son ami» Gaston Miron, ainsi que les dernières flèches de notre Parthe maison, Paul-Christian Nolin.Vous le savez sans doute déjà , Angéline Foumier, tout comme Kimon Valaskakis, nous quittent pour se lancer en politique active sous la bannière du Parti libéral du Canada.Et tant qu'à se taper, de toutes façons, la révision des articles de Cité libre, Marie Desjardins a bien voulu du titre de secrétaire de rédaction.Bonne lecture et Bonne année CITÉ LIBRE décembre 1992 ¦ janvier 1993 3 À qui appartient Cité libre ?Dans sa livraison de février 1951, soit la deuxième année de son existence, Cité libre répondait à cette question de la façon suivante: «Personne ne possède la revue.Tirée à 500 exemplaires, le premier numéro nous coûtait 250 dollars.Les dix collaborateurs ont misé chacun 25 dollars et sont rentrés dans leurs fonds en distribuant chacun cinquante exemplaires à 50 cents pièce.Les administrateurs de carrière souriront; nous sourions aussi».En janvier 1960, pour marquer son dixième anniversaire, Cité libre s'est réorganisée.Devenue mensuelle, elle s'est constituée en coopérative d'édition en bonne et due forme comptant environ une centaine de membres.Et les portes ne sont pas fermées.Lors de l'Assemblée générale de ses membres, tenue le 9 décembre 1991, Cité libre a fait peau neuve en décidant de poursuivre ses activités sous le nom d'une compagnie nommée Cité libre Information, incorporée le 10 février 1992 en vertu de la Partie III de la Loi sur les compagnies du Québec.Comme c'était le cas pour l'ancienne coopérative, tous les membres de cette corporation sont les propriétaires de la revue.Réunis en Assemblée générale annuelle, ils élisent un Conseil d'administration qui, à son tour, choisit le directeur de la Revue._SOMMAIRE_ Volume XX • numéro 9 • novembre 1 99 2 • décembre 1993 3 Voire.Anne-Marie Bourdouxhe RÉFÉRENDUM 92 5 Ou la comédie des erreurs.Gérard Pelletier 7 Requiem pour nos élites usées.Louis-Philippe Rochon 8 Élargir les horizons.Louis Cornellier.8 II y a gâchis et gâchis.Stephen Schecter 13 La vie est une soupe aigre-douce.Éric Devlin * * * 15 Le bilinguisme à la Trudeau: une perspective acadienne.Nathanaël Richard 19 Le piège des droits dits collectifs.David Woods 22 Lechec des politiques néo-classiques.Alex McLeod 25 Un printemps chinois.François Chevalier 29 Le pluralisme en Asie du Sud-Est.Louise Landry Balas 31 Une vérité à deux têtes.Heather Hill 32 Une femme et son peuple.Nicolas Gilbert 33 Le nouveau monde de Deteck Walcott.George Lang ARTS ET LETTRES 34 Sophie Rostopchine, comtesse de Ségut, étonnante avant-gardiste.Marie Desjardins 37 L'écologie est-elle un humanisme ?.Louis Cornellier 39 Repenser les marges.Danielle Miller 40 Les flèches du Parthe.Paul-Christian Nolin 42 Le rappel de la race ?.Robert Davies Illustration de la page couvettute : «con-quérir» par Robert La Palme Cité libre Cité libre Information Conseil d'administration Jean-Pierre Goyer, président Guy Sarault, secrétaire Roxane Roy, trésorière Jean-Pierre Bourdouxhe, Jacques Héberr, Robert Davies, Paul-Christian Nolin, Gérard Pelletier Redaction Directrice de la retve: Anne-Marie Bourdouxhe Secrétaire de rédaction: Marie Desjardins Comité de rédaction: Louise Landry Balas, Jean-Pierre Bourdouxhe, Robert Davies, Richard L'Heureux, Danielle Miller, Gérard Pelletier, Louis-Philippe Rochon, Stephen Schecrer, George Tombs.Révision de texte: Marie Desjardins Illustration: Robert La Palme, Guy Poirat, Jacques Goldsryn Production Infographie: Claude Guerin, Photocomposition : Topographie Sajy Impression : Inrerglope inc.Photomécanique : Photo Synthèse Adresses Siège social Bureau 2500, 1250, bout.René-Lévesque Ouest Montréal, QC.H3B4Y1 Tél.: (514) 846-2317 /Télécop.: (514) 846-3427 Redaction 3846, ave du Parc Lafontaine Monttéal, P.Q.H2L 3M6 Tél.: (514) 398-6754 Téléc.: (514) 398-7364 Service d'abonnement Periodica CP.444, Outremont P.Q.H2V 4R6 Tel: Région de Montréal: (514) 274-5468 Tout le Québec et l'Outaouais: 1-800-361-1431 Téléc: (514) 274-0201 Vente au numéro Messageries de presse Benjamin 0160, Jean Milot Lasalle, P.Q.H8R 1X7 Tél.: (514) 364-1780 Téléc.: (514) 364-7245 Vente aux libraires Diffusion Dimedia 539, boul.Lebeau Ville St-Lautent, P.Q H4N 1S2 Tel: (514) 336-3941 Téléc.: (514) 331-3916 Dépôt légal : 2' trimestre 1991 ISSN:1183-7144 Envoi de publication: enregistrement no.10123 CITÉ LIBRE d é c e m b i e 1 9 9 2 - janvier 1993 4 Référendum 92 ou La comédie des erreurs Gérard Pelletier Il fut un temps, pas si lointain, où nous éprouvions une certaine nostalgie des régimes politiques qui faisaient grand usage des référendums.La Suisse puis, après de Gaulle, la France nous inspiraient de l'envie.Eux, croyions-nous, faisaient des choix claits, inspirés par des motifs non moins évidents.Tandis que nous, en tégime britannique, ne pouvons pas titer de conclusions nettes des consultations électorales pratiquées tous les quatre ans.Car, enfin, pour qui et pout quoi, contre qui et contre quoi les Canadiens votent-ils ?On ne le sait jamais au juste.Nos réalités politiques flottent toujours dans le brouillard.Considérez l'élection fédérale de 1984- A cette occasion, l'électorat canadien a-t-il appuyé le libte échange avec les Etats-Unis ?C'est ce qu'on voudrait nous faire croire, mais rien n'est moins sûr; il s'agissait, de fait, d'une élection référendaire, c'est-à-dite dominée par une seule question, et la majorité des voix s'est portée sut des partis qui désapprouvaient sans équivoque le projet de M.Mulroney.Les citoyennes et les citoyens ont-ils succombé aux charmes de ce dernier ?Pas sûr non plus, car des suffrages, par centaines de milliets, exprimaient un refus au candidat John Turner.Peut-être même, au Québec, s'agissait-il d'un vote souverainiste puisque, nous assure-t-on, la machine du Parti québécois était toute entière au service des conservateurs.Et quand il s'agit d'esptit partisan, personne aujourd'hui ne peut se mesuter avec les péquistes.Peut-être aussi le vote féminin a-t-il réduit les chances de John Turner parce que, souvenez-vous, celui-ci avait administré quelques petites tapes au derrière de madame Campagnolo et les médias en avaient fait toute une affaire.Comme on le voit bien, rien n'est plus ambigu, à quelques exceptions près, qu'une victoire électorale.Vive donc les référendums qui produisent des résultats clairs et sans équivoque ! Ah oui ?Regatdons-y de plus près.Même la consultation de 1980 n'a pas échappé aux critiques.Les péquistes, éprouvés par la pelle qu'ils venaient de ramasser, n'ont-ils pas prétendu que «le vote des femmes et des personnes âgées avaient faussé les résultats»?Il est vrai que personne ne les a crus.Tout le monde a comptis que cette idiotie antidémocratique leut était inspirée par le dépit.Toutefois, cela ne les empêche pas de recommencer aujourd'hui.Ce midi même, j'écoutais un partici- pant à la ttibune radio-téléphonique de Jean Cournoyer: «Je suis péquiste, proclamait-il.Et je ne suis pas étonné que les communautés cultutelles récemment immigrées à Monttéal aient voté oui car enfin, notre avenir constitutionnel, ça ne les regarde pas».Renonceront-ils jamais à exclure ainsi de la liste électorale tous les gens qui ne votent pas comme eux ?Je suis, je le confesse, un auditeur fidèle de notre radio.Pendant et depuis le dernier référendum, j'ai entendu des douzaines et des douzaines d'émissions politiques.Et j'en ai capté quelque- unes de plus à la télévision.Or, le total me laisse fort perplexe.Pour qui et pour quoi, contre qui et contre quoi avons-nous voté, le 26 octobre dernier ?En dépit de la pratique référendaire, la réponse à cette question est plus difficile que jamais à trouver.Considérez l'élection fédérale de 1984.A cette occasion, l'électorat canadien a-t-il appuyé le libre échange avec les États-Unis ?C'est ce qu'on voudrait nous faire croire, mais rien n'est moins sûr.Au Canada anglophone, par exemple, tout porte à croire que l'objectif premier du vote négatif était de renvoyer M.Mulroney dans ses terres.Depuis des mois déjà, même la troupe conservatrice ne le suivait plus.Le premier ministre établissait, dans les sondages, des records d'impopularité.Pendant la campagne référendaire, certains des apôtres du oui demandaient comme faveur à leurs organisateurs nationaux que Mulroney n'apparaisse pas dans leur région.Et la distribution des suffrages à travers le territoire coïncide assez bien avec les taux d'impopularité mulro-nienne révélés par les sondages.Vous vous méfiez des sondages ?Moi aussi.Il m'arrive même de n'y pas croire du tout, par exemple quand ils sont réalisés par la firme Léger et Léger à la demande de M.Claude Béland et à l'aide de questions formulées par lui-même.Mais en général, il faut bien reconnaître que les sondages honnêtes déctivent assez exactement l'état de l'opinion publique à tel ou tel moment d'une cam- C I T É LIBRE décembre 1 9 9 2 - j o n v i e r 1993 5 pagne électorale ou référendaire.On peut donc prendre pour acquis qu'en votant contre l'entente, une importante fraction des Canadiens anglophones ont voté surtout contre M.Mulroney.Un savant professeur de Lethbridge déclarait même, au lendemain du référendum, qu'une forte proportion du vote négatif était dirigée contre la TPS.«C'était la première occasion qu'ils avaient de châtier les auteurs de cet impôt; ils l'ont saisie».Dans l'Ouest du pays, personne n'a fait campagne pour le non, sauf le chef du Reform Party qui disposait de moyens très modestes.Mais quand l'électorat s'est rendu compte que le Québec s'acheminait vers un non retentissant, dissipant ainsi la crainte de passer pour des fanatiques antifrançais, s'ils condamnaient l'entente, la cote du vote négatif s'est mise à grimper.Je viens de mentionner l'Ouest mais ce que j'en ai dit ne concerne que les Prairies: Manitoba, Saskatchewan et Alberta.La Colombie britannique constitue un cas à part.Elle fut peut-être la seule province, avec le Québec, dans laquelle de nombreux citoyens se sont sentis lésés, non pat les vices de l'accord qui affectaient tout le monde, mais par l'insuffisance des avantages obtenus pour elle-même.Les apôtres du non, au bord du Pacifique, se préoccupaient sans doute, sans le dire, de la reconnaissance que ses autochtones gagnaient par l'entente (de telles pensées ne sont pas politically correct en 1992) mais, à l'instar des péquistes, ils clamaient à tous les vents que leur premier ministre «s'était écrasé».Au moment, disaient-ils, où le Québec, obtenait tout ce qu'il voulait, notre province n'obtient rien du tout, en dépit de sa population croissante.Les Britanno-Colombiens, en votant contte l'entente, votaient donc contre M.Harcourt qui avait mal défendu leurs intérêts.Et les Trifluviens ?D'après un reportage radiophonique d'une rare éloquence, c'est contre le chômage qu'ils dirigeaient leur non.La campagne était menée de concert avec la Société St-Jean Baptiste et les syndicats ouvriers.Étonnant mariage.Mais tandis que les jean-baptisards répétaient au micro les couplets nationalistes de M.Parizeau, les travailleurs ne parlaient que du chômage dont Trois-Rivières est devenue la capitale, et de l'économie stagnante.Quant aux dissidents du Parti libéral et ceux qui les suivaient, ils ont refusé l'accord de Charlottetown, dans l'espoir de rescaper le rapport Allaire, le plus incroyable document politique jamais produit au Québec — qui en a pourtant vu de toutes les sortes, depuis la dernière guerre! Il semble bien que M.Allaire n'a jamais mesuré l'ineptie de son rapport ni compris que ses recommandations sonnaient le glas du Canada aussi sûrement que le programme souverainiste de son allié, M.Parizeau.Quant à son lieutenant Dumont, certains le voient comme une taupe péquiste, glissée clandestinement dans les rangs libéraux.S'ils avaient raison, cela ferait peut-être honneur à son astuce mais guère à sa loyauté.Après tout, il n'a pas l'excuse d'êtte un haut fonctionnaire.Et les péquistes eux-mêmes qui crient victoite aujourd'hui, fallait-il les croire quand ils affirmaient, au début de la campagne, que leur attitude référendaire n'avait rien à voir avec leurs convictions souverainistes?Il fallait être bien naïf pour ajouter foi à cette affirmation.Au lendemain du vote, M.Parizeau s'est empressé de dire en conférence de presse, que le référendum avait supprimé le dernier obstacle sur la voie de l'indépendance.Finis les détours, disait-il.Désormais, la route est libre.Comment concilier cette attitude avec les protestations d'il y a quelques semaines, quand ce même leader proclamait qu'il ne s'agissait pas d'une lutte partisane et que la souveraineté n'était pas en question ?Le voleur qui défonce la porte du coffre-fort, «dernier obstacle» entre lui et le fric, peut-il nier que cette opération ait eu quelque chose à voir avec son larcin ?Vive donc les référendums qui produisent des résultats clairs et sans équivoque ! Ah oui?Regardons-y de plus près.Même la consultation de 1980 n'a pas échappé aux critiques.D'ailleurs, les péquistes du rang ne faisaient pas de telles manières.Ils ont toujours cru, et l'on dit à tout venant, tout au cours de la campagne, que l'entente risquait de faire échec à toute velléité d'indépendance et qu'ils la combattaient pour cette raison même.En quoi ils se trompaient, à mon avis, car, dans les faits, la mise en oeuvre de Charlottetown aurait affaibli le Canada et multiplié les mécontentements dont se nourrit le souverai-nisme québécois.Le plus dangereux résultat de ce référendum, pour l'avenir de la fédération canadienne, eût été un vote positif au Québec et négatif dans le reste du pays, donnant prétexte aux péquistes de se sentir refusés, humiliés, bafoués, etc., et d'utiliser cette humiliation pour promouvoir leur cause.M.Parizeau a bien tenté d'interpréter la victoire du non comme une victoite des antiquébécois anglophones, mais il n'a pas été très convaincant.Bref, l'événement ne nous aura guère instruits sur les opinions constitutionnelles des Canadiens.Il souligne la confusion de la situation politique actuelle et l'extrême divetsité des points de vue et des motivations dans un pays comme le nôtre.Si l'on doit regretter la première, on doit se téjouit de la seconde, caractéristique d'une démoctatie vivante, et conclure aussi que pour mettre à jour la loi fondamentale d'un pays, il n'y a pas de honte à procéder par étapes.Pour entreprendre éventuellement cette démarche plus sage, les Québécois devront se convaincre qu'ils ne sont pas «en dehots» de la constitution de 82, comme on s'efforce de le leut faire croire, mais bien «en dedans» et capables d'en téglet les problèmes par une action pon-dérée, sans couteau sut la gotge de qui que ce soit.& CITÉ LIBRE décembre 1 9 9 2 - janvier 1993 6 Requiem pour nos élites usées Le message est clair et non équivoque.Les Canadiens ont refusé d'avaliser l'entente constitutionnelle de Charlottetown.Ce rejet massif, d'un océan à l'autre, ne peut que signifier une chose: un désaveu total de notte classe politique et de ses élites.Dans ce référendum, les Canadiens ont dit non à nos leaders politiques qui tefusent de parler d'économie, non à une vision bâtarde de notre pays, non aux sempiternelles discussions constitutionnelles, non au paternalisme politique et enfin, non à un processus politique stérile qui a fait fi des recommandations des Canadiens qui ont eu le courage de participe! aux nombreuses consultations populaires.Bref, non à la légitimité actuelle de notte système, et non à cette entente qui en est le fruit.Ce fut un exercice démocratique qui a sanctionné la souveraineté du peuple canadien.La campagne a été longue, trop longue pour certains, trop courte pour d'autres, mais dès le début, l'entente était vouée à l'échec.Il y a eu les trois partis politiques fédétaux qui appuyaient le oui, et aucune opposition.Ce vide a donc permis aux Canadiens «ordinaires» et aux groupes marginaux de s'otganiser.La guerre s'est faite entre Nous, le peuple, et Eux, les politiciens.C'est Nous, le peuple, qui s'est organisé dans chaque petit village, campagne, et grande ville.Nous avons frappé de porte en porte, expliqué et écouté.Nous, le peuple, avons aussi haussé la voix pour leur dire que nous ne partagions pas leurs idées reçues, leurs fantasmes apocalyptiques, la manipulation de nos sentiments, le méptis, les menaces, sottises et autres histoires tordues.Tour à tour, les Mulroney, Chrétien et McLaughlin nous ont prévenus de lendemains fragiles et dangereux.L'électorat était volatile et exigeant, souffrait même du «mal canadien», mais nos élus ont décidé d'ignorer ce sentiment d'exaspération.Nous voulions voir les textes légaux, mais ils nous étaient inaccessibles.«Faites-nous confiance», disaient-ils, «nous savons ce que vous voulez, nous savons ce qui est bon pout vous, et, un jour, vous nous remercierez».Voilà que les Canadiens en ont eu marre et qu'ils ont refusé de les suivre.Un non pouvait-il être pire que l'actuelle ctise économique?Avec un taux de chômage de 12 %, et toutes les conséquences que cela enttaîne, les Canadiens n'ont pas voulu croire qu'un non mènerait à la catastrophe économique.Le 27 octobre, et même une semaine plus tard, au moment où j'écris ces lignes, les lendemains catastrophiques se sont transformés en de petits matins calmes et sereins, preuve de l'absurdité de l'extrémisme fatal de leur rhétorique creuse.Oui, vraiment, c'est un rejet de notre classe politique.Les perdants sont nombreux: les politiciens, le milieu des affaires — qui nous avait promis aussi que le libre échange serait la panacée à tous nos problèmes économiques — et même les grands syndicats.Mais le plus gros perdant, c'est bien M.Mulroney.Démissionnera-t-il?Oui, en fait, je le crois, il n'aura peut-être pas le choix.La débâcle référen- daire et son impopularité dans les sondages, démoralisante pour les troupes, le forceront à démissionner de lui-même, ou sous la pression de son propre caucus.Et que dire de Jean Chrétien?Regardez-le, mesdames et messieurs, il est nu, dépouillé de ses principes.Vous avez devant vous un homme qui n'a plus le courage de ses idées.Retournons en arrière, de deux ans seulement, et écoutons-le parler à l'Université d'Ottawa, à la veille de son entrée dans la course au leadership du parti libéral.Nous l'avons entendu, alots, énoncer les principes au nom desquels il rejetait l'accord du Lac Meech, et nous avons pu constatet qu'il était toujouts le même homme qui avait, jadis, eu le courage d'aller contre le courant nationaliste au Québec, car il refusait de jouer le jeu et de croire au mythe ridicule du «Québec humilié».Entendons-le aujourd'hui.Où est-il l'homme auquel les Canadiens ont fait confiance ?Celui qui incarnait nos espoirs et nos rêves ?Voici un homme, un leader politique qui a mis ses principes sous le boisseau durant toute la campagne référendaire.Est-ce le même homme ?On me dit que oui.J'ai peine à le croire.Où es-tu Jean Chtétien ?Nous sommes à présent dans un vide idéologique et intellectuel qui ne peut être comblé que par une nouvelle Avec un taux de chômage de 12%, et toutes les conséquences que cela entraîne, les Canadiens n'ont pas voulu croire qu'un non mènerait à la catastrophe économique.génération de penseurs.Que les élus actuels démissionnent.On les assez vus, lus, et suttout entendus.Ouste! Laissez à d'autre la tâche de nettoyer votre gâchis.Le monde n'est peut-être pas mené par des fous, comme le dit Plamondon, mais il l'est certes pat des lâches qui n'ont plus le courage de dire la vérité.C'est un monde nouveau , un monde confronté à des problèmes et à des défis nouveaux.Les vieilles idées ne fonctionnent plus, et ceux qui les défendent encore doivent laisset la place à d'autres.Enfin, je suis très heureux parce que la prochaine élection au Québec se fêta sur l'indépendance et le statu quo.Le fédéralisme renouvelle est un concept mort et enterré.Serait-ce une mauvaise chose?Certainement pas! Je n'ai jamais cru que le fédéralisme actuel soit mauvais pour les Québécois.Au contraire.Admettons enfin que les Québécois se sont pleinement épanouis dans ce beau pays qui est aussi le nôtre.Ce dont nous avons besoin maintenant, ce sont de vrais leaders qui auront le courage de défendre le fédéralisme au Québec, en attaquant les uns après les autres les mythes propagés depuis des décennies par les nationalistes et leurs victimes: les Mulroney, Chrétien et McLaughlin.#" Louis-Philippe Rochon CITÉ LIBRE décembre 1992 ¦ janvier 1993 7 Élargir les horizons Je ne ferai pas de bilan, ni n'entamerai le cliché pompeux du retour à l'économie et aux «choses concrètes» qui tient lieu de pensée à ceux qui n'ont tien à dire.Non.Ma contribution à la réflexion postréférendaire sera plus modeste et prendra la forme d'un espoir : celui d'assister à un élargissement des horizons intellectuels québécois.Depuis trop longtemps déjà, la question constitutionnelle constitue un obstacle majeur au développement d'une pensée québécoise originale sur des sujets autres que celui de l'identité nationale.Sommés de toutes parts de Depuis trop longtemps déjà, la question constitutionnelle constitue un obstacle majeur au développement d'une pensée québécoise originale sur des sujets autres que celui de l'identité nationale.prendre position dans un débat devenu stérile à force de redondance, les intellectuels québécois dilapident leurs énergies, voici plus de trente ans, à réitéter sur la place publique des raisonnements mille fois entendus et, ce faisant, réduisent comme peau de chagrin le temps et l'espace accordés à des enjeux tout aussi importants.L'heure, me semble-t-il, est venue de renverser la vapeur.De donner droit de parole à ceux et celles qui refu-sent de réduire leur statut d'être humain, ou encore de citoyen, à celui d'homo constitutionnalus.Cela dit, qu'on m'entende bien : je ne dis pas qu'il faille écarter totalement le dossier constitutionnel.Ce qui n'équivaudrait qu'à changer le mal de place.Je dis plutôt que celui-ci ne doit pas nous détourner de certains autres dossiers qui, laissés à eux-mêmes ou entre les mains de fanatiques, risquent à court terme de nous exploser dans la figure.Le populisme ambiant et l'écologisme font partie de ceux-là.C'est à nous d'y voit.& Louis Cornellier LES ÉTRENNES, C'EST BIENTÔT Abonnez vos parents et vos amis à Cité libre Un coup de téléphone à PERIODICA suffit Région de Montréal (514) 274-5468 Tout le Québec et l'Outaouais 1-800-361-1431 Il y a gâchis et gâchis Je vous écris, cher lecteur et chère lecttice, au surlendemain du débat entre messieurs Bourassa et Parizeau, en plein milieu de la campagne référendaire.Je vous écris maintenant plutôt que plus tard, plutôt qu'après le résultat, parce que je ne veux pas perdre l'ambiance du moment et aussi, parce que je sais à présent que le résultat ne changera pas grand-chose.Je pense cependant que nous avons de quoi méditer à partir de tout cela.Je me livre donc à quelques réflexions, que j'aimerais bien partager avec vous.Vous avez cru peut-être que je rigolais avec ma postmodernité dont je vous ai affligés pendant toute une année ?Mais non, cher lecteur et chère lectrice ! Peu importe par quel bout on prend ce spectacle référendaire, on ne peut pas s'empêcher d'y voir la logique d'une société postmoderne.Qu'est-ce qu'une telle société ?C'est, entte autres choses, une société démocratique, dont la démocratie se déploie au sein d'une logique opérationnelle et insttumentale.Chaque sphère d'activité sociale organise son fonctionnement selon le modèle de la gestion scientifique, où des considérations techniques, modelées sur la capacité de faire et de faire faire, gouvernent les décisions qui sont prises.Ce modèle est intériorisé par chaque membre de la société, au point où tout le monde se définit comme un être autonome et désirant l'être, doté de droits qui légitiment son statut, ses besoins et ses désirs.Les membres de cette société doivent être compris comme des sujets, tant individuels que collectifs, chacun s'identifiant en partie par son appartenance partielle à des groupes de statut plus large.C'est ainsi que chaque sujet peut être à la fois simple être humain et membre d'un groupe ethnique, national, socio-professionnel, sexuel, avec des loyautés et des identités qui se croisent et s'entrecoupent, donnant lieu à de multiples droits, jouissances, besoins et, enfin, à une multitude de revendications.Tout cela est éminemment démocratique, éminemment bordélique et à l'arrière-plan, dois-je le rappeler, de l'entente de Charlottetown.Examinons-la de plus près cette entente.Qu'y voit-on ?Je ne sais pas comment vous avez réagi, cher lecteur et chète lecttice, lotsque vous l'avez lue pour la première fois, avant que messieurs Trudeau et Parizeau se soient livrés à une lectute commentée et annotée dudit document; mais moi, j'ai été étonné de voir comment autant de groupes avaient réussi à se faire reconnaître dans la constitution du pays.Les Québécois, les autochtones, les minorités ethniques et raciales, comme on adore les nommer, les femmes: ce n'est pas mal, pas mal du tout.Qui plus est, chacun de ces groupes s'est vu comme un objet de discrimination histotique dont il faut maintenant tedtesset les torts.Dans l'entente de Charlottetown, chacun de ces groupes a obtenu non seulement une reconnaissance quelconque, mais encore, dans certains cas des pouvoirs considérables.Voilà, je me suis dit, la première constitution postmodetne au monde, et c'est le Canada qui l'a fabriquée.J'en étais ttès fier.Pour une fois qu'on était à l'avant- C IT É LIBRE décembre 1 9 9 2 ¦ janvier 1993 garde de l'histoire.Je pensais, non sans un brin d'humour ironique, qu'ainsi Laurier s'était trompé de siècle.Qu'est-ce qui est arrivé, cher lecteut et chète lectrice ?Pour commencer, chacun des groupes qui a reçu une reconnaissance quelconque s'est mis à gueuler.Les regroupements de femmes se sont prononcés confie l'accord parce que l'engagement ou l'attachement des Canadiens à l'égalité entre les personnes des deux sexes voulait dire, selon eux, le contraire de ce qui était écrit.Selon leurs porte-parole, c'était une manoeuvre pour réduire la portée de la Charte des droits et libertés, accusation teptise par monsieur Trudeau dans son discours egg-rollien.Cette logique me semblait un peu torturée.Dans ma naïveté, je croyais que nous avions devant nous la seule constitution au monde où figurait une telle déclatation.Bien sûr, on ne détaillait pas ce que cela voulait diie, peut-être par crainte que les applications d'une telle affirmation positive soient illimitées.Peut-être par prudence.Peut-être par sagesse.Peut-être par épuisement.Peut-être par modestie, l'ensemble des premiers ministres étant quand même des hommes.Peut-être parce que certains d'entre eux voulaient rentrer chez eux et se faire réconforter dans le lit conjugal sans se faire rappeler : «Et la clause Canada, chéri?».Il me semble pourtant que la reconnaissance du principe de l'égalité entre les hommes et les femmes dans la constitution s'interprétait d'abord comme un pas de plus, et non pas un de moins, par rapport à la Chatte.Que si la Charte protégeait les femmes contte la discnmination, cette clause allait davantage dans le sens du type d'action positive qui pouvait être invoquée pour appuyer les revendications des femmes et amener ainsi le gouvernement à adopter des mesures pour redresser et améliorer leur situation.Somme toute, il me semblait que l'insciiption de cette clause dans la constitution reflétait le pouvoii de mobilisation des femmes et la teconnaissance de ce pou-voii dans l'entente.Bief, une téponse démocratique à la démocratie postmoderne.Mais tel n'était pas le cas.Ou peut-être était-ce bien le cas puisque, de manière typiquement postmoderne, les regroupements de femmes ont répliqué que ce n'était pas assez.En outre, ils ont interprété l'intention de cette clause selon une grille d'analyse du pouvoir tel qu'il fonctionne dans la société moderne : un pouvoir central, oppressif, dominant, auquel aucun groupe subordonné ne peut faire confiance.Comme cerise sur le sundae, ils ont ajouté qu'on ne pouvait pas non plus se fier aux juges, car l'interprétation juridique risquait de leur nuiie, et ceci malgté le fait que les décisions de la Cour suptême depuis la proclamation de la Charte ont favoiisé l'accroissement des droits de toutes sortes de groupes, jusqu'ici subordonnés.La réaction des regroupements de femmes s'est révélée exemplaire de ce qui allait arriver de la part des auttes acteurs sociaux de ce drame.Comme on disait à la CSN, à l'époque où c'était une centrale syndicale engagée dans la défense des travailleurs, ce n'était qu'un début.Tout le monde, même monsieur Parizeau, était d'avis qu'un groupe du moins avait obtenu des gains réels dans cette entente : les autochtones.Alors là, peut-être justement parce que c'était vrai, certains groupes autochtones s'en sont foutus, assez pour dire que de toute façon, ils ne reconnaissaient pas au Canada la juridiction de statuet sur leur sort et qu'en conséquence, ils boycotteraient le référendum.Monsieur Mulroney a dû être enchanté, monsieur Clark écoeuré, et monsieut Metctedi hors de lui, lorsqu'ils ont appris cette petite nouvelle.Ces gens-là n'ont pas compris que dans la démociatie postmoderne il est difficile de contrôler ses troupes.Tout le monde apprend assez vite à tirer sur les ficelles, chaque bol de soupe won ton en préfigurant un autte, jusqu'à ce que la cuisine soit feimée, faute de victuailles ou à cause d'une salle à manget trop encombrée d'invités.Quant au Québec, la réponse fut pas mal similaire.Lorsque monsieur Bourassa a prétendu que le Québec avait obtenu des gains historiques, monsieur Parizeau les a ttaités de risibles.Qu'en est-il en fait ?La démographie du Québec est en déclin, renforçant la crainte des Québécois qu'à la longue ils deviendront des minoritaiies impuissants, facilement ignorés par le Canada anglais.Pour parer à cette éventualité, monsieur Bourassa a obtenu une garantie à vie que vingt-cinq pour cent des sièges à la Chambre des communes seront réservés au Québec.La réponse des nationalistes fut d'accuset Bourassa d'avoir ghettoïsé le Québec, ou de diriger leur colère contre la réforme du Sénat, bien que le Sénat, même renouvelé, n'ait aucunement les pouvoirs des Communes.On croirait à de la mauvaise foi, si ce n'était pas une réaction typique from coast to coast.Les nationalistes ont oublié que lorsque le French power s'est établi à Ottawa, ils l'ont eux-mêmes boycotté et dénigté.C'est comme s'ils voulaient le beurre et l'argent du beurre.Réaction encoie typiquement post-moderne.Vous avez cru peut-être que je rigolais avec ma postmodernité dont je vous ai affligés pendant toute une année?On l'a vu lots du débat télévisé entte messieurs Bourassa et Parizeau.L'embarras de ce dernier était palpable, car il s'est senti obligé de discutet de l'accord en fonction du fédéralisme.Or la critique que Paiizeau faisait de l'entente était fondée sut son option souvetainiste.Dans cette perspective, il est compréhensible que l'entente ne pouvait être qu'un désastre.N'importe quelle entente l'auiait été.Monsieur Parizeau l'a bien dit lotsqu'il expliquait à monsieur Bourassa qu'il n'avait pas réussi à obtenir pour le Québec ce que monsieur Mercredi avait obtenu pout les autochtones : la reconnaissance que les Québécois formaient un peuple, car un peuple c'est une entité.Evidemment, tout le monde savait que cela ne s'arrêteiait pas là.Cat un peuple fotme une nation, et une nation a besoin d'un État et, en fin de compte, le péché de monsieur Bourassa fut de n'avoir pas négocié la souveraineté-association.CITÉ LIBRE décembre 1 9 9 2 ¦ janvier 1993 9 M 9 2 D'où le désastre, ou ce gâchis dont parlait monsieur Trudeau, de l'autre bout de l'éventail politique.N'est-ce pas étrange d'ailleurs, cher lecteur et chère lectrice, que monsieur Trudeau et monsieur Parizeau se soient retrouvés, pour ainsi dire, dans le même lit référendaire, avec madame Rehick du Conseil d'action nationale pour le statut de la femme et monsieur Manning du Reform Party ?Madame Rehick a dit que les référendums occasionnent des alliances étranges, mais je crois que c'est quelque chose d'autre qui est à l'oeuvre ici.A première vue, ces alliances nous paraissent bizanes parce qu'elles revêtent la forme d'une alliance entre la gauche et la droite contre le centre.Ce qui serait vrai, si ces termes s'appliquaient encore.Je vous rappelle cependant, que ces termes réfèrent à une manière typiquement moderne de concevoir la politique.Du point de vue de la modernité en effet, une société est divisée en classes dominantes et dominées qui s'incarnent politiquement en défenseurs du statut quo et en contestataires.Etre de gauche voulait dire être du côté des subordonnés.Etre de droite voulait dire être du côté des oppresseurs.Désormais, la gauche et la droite combinent leurs forces contre un ennemi commun, en l'occurrence l'État fédéral, et elles assignent à cet ennemi les attributs du gros méchant, puissant et maléfique, alors qu'en réalité il est faible et bienveillant.La réaction des regroupements de femmes s'est révélée exemplaire de ce qui allait arriver de la part des autres acteurs sociaux de ce drame.D'ailleurs, toute la critique de monsieur Trudeau contre l'entente de Charlottetown reposait sur une analyse de l'État fédéral perçu comme un Etat faible qui s'affaiblira davantage.En effet, l'État est faible, mais cette situation est plutôt révélatrice de l'affaiblissement du domaine politique dans l'ère postmoderne.L'État est faible, entre autres, parce qu'il est la cible d'une société de lobbies, chacun tranchant pour lui-même et ses constituants une partie du corps ministériel, et chacun en voulant toujours davantage, craignant que si l'on ne se mobilise pas on perdra le peu que l'on a.D'où l'alliance bizarre entre des groupes classiquement opposés, si on leur applique les considérations politiques de la modernité.Dans une société postmoderne, les gens qui revendiquent à partir d'une position qui semble en être une de droite sont plutôt des gens qui considèrent que la société postmodeme va trop vite.Le Reform Party, par exemple, qui frémit d'horreur à l'évocation d'un Canada bilingue, féministe ou gai.D'autre part, ceux qui revendiquent à partir d'une option aux allures de gauche, selon la grille politique moderne, trouvent que la société postmoderne ne va pas assez vite.Ils sont déjà à l'avant-garde, et ridiculisent ce qui a été accordé comme étant nettement trop peu.D'où la position de madame Rebick, pour qui la clause Canada représentait une menace pour les femmes et un oubli pour les gais et les lesbiennes.D'où, aussi, la position de monsieur Parizeau qui demeurera à la gauche de l'échiquier politique, tant et aussi longtemps que la défense du Québec sera présentée comme une lutte pour protéger une minorité victimisée.Cette même position prend des allures de droite classique pour des minorités qui se voient, elles aussi, comme des victimes dans un Québec indépendant que monsieur Parizeau présiderait.Ce qui caractérise tous ces groupes cependant, c'est qu'ils sont tous d'accord pour agir selon les règles postmodernes selon lesquelles le statut de victimes putatives et / ou réelles sert de justification à leur propre mobilisation.C'est contre cela que s'insurge monsieur Trudeau, mais il le fait comme si on vivait encore dans une société où l'État est fort, et dont émanent des valeurs normatives communes qui transcendent les intétêts particuliers.Il a la nostalgie de cette société, comme il se doit, mais lui-même s'est révélé impuissant devant les forces postmodernes, lors de son séjour au 24 Sussex Drive.Il a concédé la clause dérogatoite, nonobstant le fait qu'elle autorisait les États provinciaux à agir selon leurs intérêts lorsque convaincus de leur primauté.Concession postmoderne par excellence.Oui, dit-il, mais dans l'espoir de l'abroger ultérieurement.Beau rêve, dis-je, mais dans une société postmoderne, chaque lobby lutte à mort pour sauvegarder ses acquis.N'est-ce pas lui qui disait que l'entente de Chatlottetown démantelait un peu plus le pays ?Oui, d'une certaine façon, parce que nous n'avons pas réussi à formuler un nouveau consensus pour remplacer le défunt contrat social de la modernité.Les gens pensent que cela se fêta en additionnant les droits de tous les groupes sociaux.Mais non, cher lecteut et chère lectrice, cela ne fait qu'un gâchis, bien qu'encore tolerable.Et c'est là que monsieur Trudeau se trompe aussi, lit mal, et qu'au nom d'un passé révolu, il a contribué lui aussi à torpiller une entente qui nous donnait une pause dans notre course à la perte.S'il a raison, ses critiques ont taison aussi, et, à cet égard, la taison de monsieur Trudeau est la raison d'un has-been dans le sens hégélien du terme.C'est la raison qui s'applique au monde moderne, mais ce monde est déjà le monde de notre passé.D'où également ses contradictions.Monsieur Trudeau se dit en faveur de l'autodétermination, mais pas dans les termes de l'accord.Il est cependant difficile d'imaginer comment l'autodétermination ne débouchetait pas sur la reconnaissance de droits collectifs incarnés dans une forme de gouvernement, nationale de préférence.Il n'est pas surprenant alors que certains leaders autochtones soient demeurés hostiles à l'entente.Ils poussaient la logique de l'autodétermination à sa conclusion postmoderne : la séparation dans la séparation, la différence dans la différence, logique tributaite de la lutte anticolonialiste mais élahotée à son maximum dans les sociétés dites postindustrielles.Quant à la menace que cette autodétermination constituait pour les femmes autochtones ou les citoyens non autochtones, menace CITÉ LIBRE d é c e m b i e 1 9 9 2 ¦ janvier 1993 10 ^t2,n IE* IF^f IM ^ 3 lV^l 2^ envisageable si on suit une logique implacable, il ne faut pas oublier qu'il y avait dans l'entente une clause stipulant que la Chatte des droits et libertés s'appliquait aux sociétés tégies par les gouvernements autochtones.11 est à noter, à cet égard, que bon nombre de clauses, que certains trouvaient irrecevables, étaient contrebalancées par d'autres qui réduisaient la portée potentiellement nuisible des ptemières.Cet équilibte des droits et des pouvoirs motivait précisément la colère des critiques de l'entente lorsque cela leur convenait, tout comme il les rendait aveugles lotsque cela ne leur convenait pas.Ainsi Ces gens-là n'ont pas compris que dans la démocratie postmoderne il est difficile de contrôler ses troupes.monsieur Trudeau a-t-il interprété la clause Canada comme préparant le terrain à l'avènement de catégories différentes de citoyens, alors que cette clause était tout simplement l'énumération des principes par lesquels on voulait tenter de décrire ce pays composé d'éléments divers.Certains principes faisaient référence à son passé et d'autres à son avenu proche, avec des modèles et des termes hérités d'une époque qui se situait entre les deux.Situation contradictoire, paradoxale, postmodetne.Son essence même.Monsieur Parizeau était aussi mécontent que monsieur Trudeau, mais à propos d'autres aspects de cette clause.Comment, se demandait-il, peut-on affirmer le caractète distinct du Québec et en même temps éctite que les dix provinces sont égales ?Bonne question, mais peut-être pas aussi bonne qu'il le pensait.Ces deux affirmations font peut-être référence aux différentes dimensions de la situation canadienne.Elles sont peut-être vraies toutes les deux.On pourrait peut-être comprendre cela si on était moins cartésien, moins moderne.Il y a quelques années monsieur Bourassa se disait cartésien.Il semble qu'il ait apptis depuis.Il est à mon avis le plus postmoderne des leadets québécois.Car il a compris que ce qui compte, c'est les chiffres, le vingt-cinq pout cent de sièges aux Communes qui conctétisait la société distincte.On le dit pouttant piètte négociateur.Les travailleurs de la construction de la Colombie Britannique ne semblaient pas de cet avis.Ils pensaient que le Québec avait décidément trop obtenu.Peut-êtte avaient-ils raison eux aussi.Le même débat se poursuit à l'endroit des interprétations différentes du partage des pouvoirs.Pour certains il n'y a eu aucune dévolution de pouvoirs, pour d'autres il y en avait trop.Le gouvernement fédétal reconnaissait la juridiction des provinces en matière de culture mais il se réservait Radio Canada.Fraude ! criait monsieur Parizeau.Abdication ! s'indignait monsieur Trudeau.Et la culture ?demandait le citoyen admitateut de monsieur Barnett Newman.Oui, cher lecteur et chère lectrice, nous sommes en ttain de nous disputer le droit de bousiller une autre catégorie de l'existence humaine, sans prendre le temps de nous poser la question : qu'est-ce que l'art ?Et au-delà de l'art, qu'est-ce que la vie ?Qu'est-ce que vivre en société et comment vivre en commun ?C'est toujours la vraie question qui sous-tend toutes les autres.Mais comme on ne peut pas la poset, encore moins y répondre, on a préféré se bagarrer sur les contradictions de l'entente de Charlotte-town.Ainsi tout le monde a-t-il raison, et personne n'est raisonnable.On a alors accusé l'entente d'être un compromis, imprécise, dangereuse, un brouillon plein de contradictions.On l'accusa dette autant plus dangereuse qu'elle laissait trop de place à l'interprétation des juges.N'est-il pas remarquable en effet que des leaders politiques de tendances opposées aient considéré qu'une critique valable de l'entente se résumait à souligner le fait qu'on en laissait trop aux juges ?Comme si les juges ne méritaient pas notre confiance.Oublions pour le moment que lorsque les juges ont statué sur les divers droits et libertés eu égard à la Charte, les membres de ces mêmes mouvances politiques opposées n'ont pas hésité à se prévaloir de leurs jugements.Souvenez-vous de Chantai Daigle.Rappelez-vous du jugement obligeant un professeur à prendre sa retraite parce que la génération montante avait droit au travail.C'est justement ce manque de confiance dans les juges qui est le plus significatif, cher lecteut et chète lecttice.C'est une autre caractéristique de l'ère postmoderne.Dans la modernité le système judiciaire était une partie intégrante du système politique, le lieu des valeurs qui surplombait nos pratiques quotidiennes et nous donnait ainsi l'assurance que nous vivions dans la même société, dans une société de norma-tivité commune, même lorsque nous nous disputions.La méfiance contemporaine envers les juges reflète la perte de sens conséquente au dépérissement de l'État moderne.Et ceci malgré la présence formelle de l'Etat dans l'organisation de sphères de la vie de plus en plus nombreuses.Cette méfiance marque aussi la profondeur de cette perte, car elle signale la perte de confiance générale à l'égard de toutes les professions.On se méfie des juges comme on se méfie des politiciens, des professeurs, des médecins.Situation paradoxale d'une société qui accorde de l'importance au savoir tout en tefusant de reconnaître aux détenteuts de ces connaissances une autorité morale.Nous sommes plutôt sut nos gardes, prêts assez vite à les poutsuivte pour la première infraction.Pour cela, nous ferons appel aux juges.Ainsi une société vidée de toute notmativité se trans-forme-t-elle en société de litigation infinie.N'ayant confiance en aucun professionnel associé dans la modernité à l'autotité publique, nous finissons pat n'avoir confiance en personne.C'est ainsi que la société postmoderne se transforme en guerre de tous contre tous, et le problème de la violence, morale et physique, devient un problème grandissant.Being at Home With Claude .Unidentified Human Remains And The True Nature Of Love.D'Edmonton à Montréal, ce sont les mêmes thèmes qui reviennent.Nous CITÉ LIBRE d é c e m b re 1 9 9 2 - janvier 1993 1 1 ÉRENDUM 9 2 avons au moins cela en commun.Et que dire de cette affiche horrible que je vois à mon université : la photocopie grisâtre d'une photographie de monsieur Bourassa avec, en exergue, les mots suivants : cet homme doit partir ?Je la vois et je pense à son cancer, et je me dis qu'il risque de s'éclipser plus vite que les afficheurs ne le pensent.A la radio cependant j'entends monsieur Parizeau parler du complexe d'infériorité du premier ministre.Là Désormais, la gauche et la droite combinent leurs forces contre un ennemi commun, en l'occurrence l'Etat fédéral, et elles assignent à cet ennemi les attributs du gros méchant, puissant et maléfique, alors qu'en réalité il est faible et bienveillant.aussi je me demande, à quel inconscient se réfère-t-il, au sien ou à celui de monsieut Bourassa, et pour énoncer quelle vérité ?Nous avons un problème, cher lecteur et chère lectrice.Nous ne savons plus comment vivre ensemble.Peut-être ne l'avons-nous jamais su, mais on faisait semblant, on inventait des ttucs : Dieu, l'État de droit.Maintenant nous n'avons que notre autonomie délirante, qui nous plonge dans une solitude effarante et paranoïaque, une sorte de délire de toute-puissance qui tourne au vinaigre et nous plonge dans une guerre civile généralisée.Les constellations politiques bizarres autour du référendum en témoignent.Lorsque j'entends monsieur Parizeau, content de lui-même comme le chat de Cheshire, expliquer à monsieur Bourassa que le problème de l'entente de Charlottetown résidait dans le fait que les Québécois ne sont pas reconnus en tant que peuple, je me dis que selon cette logique, ce n'est pas le seul peuple à ne pas être reconnu.Que dirait monsieur Parizeau si les homosexuels revendiquaient la même reconnaissance ?Après tout, ils constituent un groupe à part, longtemps méprisé par la société hétérosexiste dominante, avec une langue, une tradition qui lui sont propres, un code civil élaboré et souterrain, et maintenant un territoire délimité dans les grandes villes, sans parler de ses rapports souvent difficiles avec la police.Les homosexuels ne méritent-ils pas le statut de peuple, avec un pays à eux, le contrôle de leur police, un drapeau rose, tous les accoutrements de leur besoin, de leur désir, de leur droit à l'autonomie ?Comparés à eux, la souffrance des Québécois et des femmes c'est de la bagatelle, ce qui explique pourquoi ils n'ont pas été mentionnés dans l'entente, et que leurs droits ne sont pas enchâssés dans la constitution.Vous croirez peut-être que je rigole, cher lecteur et chère lectrice, que j'ironise, que j'argumente ad absurdum.J'en conviens, mais moins que vous ne le soupçonnez.Je me moque un peu parce que, comme tous les Canadiens, je ne sais pas quoi faire d'autre devant l'absurdité de notre situation, devant la débâcle actuelle, devant les mensonges qui sutgissent de toute part et devant la taison qui surgit également de partout.Mon ironie est une position de défense face à l'ère du vide, comme Lipovetsky a désigné notre époque, typique de cette acceptation cool de toutes les contradictions du monde, le prix à payer pour une démocratie molle comme de la margarine, tolérante par indifférence, consciente que les choses n'ont pas encore dégringolé au point de non retour.Je vis cependant des moments où, malgré ma formation universitaire, malgré ma compréhension théorique de la situation postmoderne, seul devant ma télévision ou buvant tranquillement un Scotch dans mon salon, je revois les événements de la journée et constate que les hotteurs référendaires se font et se voient à tous les niveaux de la vie, saloperie après saloperie, même dans les institutions de haut savoir et de la part de gens qui assurément voteront non.C'est alors que je crains le pire et et que j'élabore des scénarios assez noirs.Je me dis que c'est une chose quand tout le monde lutte contre tout le monde à partir d'une position plus ou moins égale, comptant inconsciemment sut l'héritage moderne pour s'assurer que les choses demeurent civilisées.Mais qu'arriverait-il si un groupe ethnique dépassait la phase où l'on joue la carte ethnique dans une stratégie de mobilité sociale, pout prendre le contrôle de la police ?Et qu'arriverait-il dans un tel contexte si le reste de la population continuait de réclamer de manière postmoderne la reconnaissance de ses droits et de ses besoins, de telle sorte que le rêve indépendantiste soit sapé par les mêmes tendances qui l'ont promu ?Une forme de rebondissement violent peut-être, non voulu, non intentionné, mais violent quand même et c'est après qu'on se demanderait comment on en est arrivé là.Cela a dû se passer comme cela en Yougoslavie, à en juger par ce qu'on voit et par ce qu'on entend aux nouvelles chaque soir.Pensons un peu à la crise d'Oka.Ecoutons un peu le timbre de voix de monsieur Parizeau.On dit de monsieur Bourassa qu'il se comporte en éponge, mais une éponge c'est encore la version cool de la démocratie postmoderne.En l'absence d'une solution de rechange plus décente, je la prendrais, cher lecteur et chère lectrice.C'est poutquoi j'étais prêt à accepter l'entente de Charlottetown.Elle abondait dans le sens d'une démoctatie tolérante.Elle s'efforçait de rectifier les torts historiques sans offusquer ttop de monde.C'était un compromis.C'est ainsi que la postmodernité fonctionne lorsqu'elle n'est pas meurtrière.Pour certains le compromis c'est un gâchis.D'accotd, mais à ce point de vue, et à plus forte taison, la vie telle que nous l'organisons en est un aussi.Est-ce une raison pour se faire hara-kiri ?Vous voyez, cher lecteut et chère lecttice, je désespère un peu du présent et de l'avenir.Je m'ennuie également, de la platitude et de la bêtise de la politique ethnique qui prédomine au Canada.11 y a des jours où j'en ai vraiment marre, et alots j'ai envie de quitter le pays, le Québec, le Canada, le racisme des deux rives de CITÉ LIBRE décembre 1992 ¦ janvier 1993 12 ÉFÉRENDUM 92 l'Outaouais avant que je ne m'enlise dedans.Je constate que je gaspille ma vie à me plonget dans des débats stériles, et je constate également que je ne peux pas m'en empêcher parce que c'est ici que je vis, et que lorsqu'on fuit le monde, le monde a tendance à venit à notte porte.La fuite intérieure, aussi tentante soit-elle, n'étant pas faisable, je pense à la fuite extérieure.Mais ce n'est pas plus gai ailleurs.La France est déchitée par les mêmes tensions.Les Etats-Unis sont plus postmodernes que nous.Et à en juger par les letttes qui nous arrivent de Harare, ça ne va pas si bien là-bas non plus.Alors, je me dis, concevons le Canada comme un laboratoire postmoderne.Deux peuples fondateurs, trois si on compte les autochtones, qui se détestent un peu et se méprennent les uns sur les autres encore plus; qui cohabitent pourtant, parce qu'ils sont pris à vivre ensemble.Ajoutons à cela les flux migratoires, car c'est de plus en plus un pays d'immigrants et ils changent forcément sa composition.Le passé est templi de torts et de peines, et l'avenir s'oriente vers un contexte qui autorise la guerre civilisée de tous contre tous.Certains ont la nostalgie d'un monde révolu, celui de la tradition ou de la modernité; d'autres ont la nostalgie du monde à venit, résolument postmoderne.Partout le mal de vivre, avec parfois des lueurs d'espoir, quand on constate qu'au Canada anglais les écoles d'immersion française sont pleines à craquer.Mais avec aussi, trop souvent, des réactions de haine, comme par exemple lorsque le Commissaire aux langues officielles doit expliquer en Alberta que parler français ce n'est pas simplement une question de dollars.Je persiste à croire que l'objectif de rendre le pays bilingue, de l'Atlantique au Pacifique, est non seulement souhaitable mais nécessaire, valable en soi, et valable pour ce que cela représentetait comme indice de la capacité de diverses «cultures» de vivre ensemble.Je persiste à croire qu'il faut permettre aux Indiens de vivre comme ils le veulent, même si ce n'est pas notre tasse de thé.A moins qu'ils n'étigent des barrières étanches autout de leurs sociétés, il est fort probable que les tendances postmodernes dissoudront leurs traditions comme elles ont dissout les nôtres.C'est bien qu'ils tentent de faire autre chose, ils ont encote la base sociale pour le faire.En Chine, après tout, ils tentent d'introduite le marché libre sans le contexte politique de liberté individuelle qui y était lié historiquement.Peut-être essaient-ils d'évitet le chaos de l'Union soviétique.Peut-être réussiront-ils.Peut-être pas.Mais étant donné que personne n'a la recette magique de la vie, essayons la voie de la tolérance, quelque chose d'un peu plus que le simple pluralisme de l'indifférence.Lorsque je pense à l'option de la souveraineté du Québec, parce que c'est là que je vis — sans réfléchir trop aux personnes qui l'incarnent parce qu'alors mon niveau de tolérance baisse immédiatement — je me demande ce qu'on ferait avec ça.Que font les gens avec leur autonomie une fois réalisée ?Est-on plus avancé, plus proche du mystère de la vie, du cosmos, plus capable d'en expli- quer le sens, sachant que le soleil ne brillera pas éternellement et malgré tout, continuant, nous, les êtres humains, à employer ce mot, éternité ?Dans ces moments-là, cher lecteut et chère lectrice, je crois vraiment que la situation canadienne est exemplaite parce que nos problèmes sont typiques de la postmodemité.Et si nous trouvons une réponse à ces problèmes, nous offrirons au monde un modèle de vie en commun fondé sur des principes normatifs qui nous lient tous, dans une époque qui n'en veut rien savoir.C'est ça le sens d'une constitution, comme l'a bien expliqué Hannah Atendt.L'acte de fondation, la constitution des tègles de base qui gouvernent une société et obligent ses membres.L'entente de Charlottetown n'était qu'une opération modératrice sur cette voie.Un oui ou un non auta eu, dans ce sens, le même effet.La tâche est encore devant nous.Sommes-nous assez intelligents et courageux pour tentet de l'accomplir ?& Stephen Schecter La vie est une saupe aigre-douce La vie a-t-elle un sens depuis le 26 octobre dernier ?La Banque Royale avait pourtant annoncé que la Terre arrêterait de tourner à cette date fatidique «Epput si muove», autait tépondu Gallilée à ces brillants économistes si le Pape ne l'avait pas bâillonné.Si mon courtier fait une dépression nerveuse et se met à acheter des parts dans une fabrique de jardinière en macramé ou dans un complexe agro-alimentaire macrobiotique, je lui retiterai immédiatement mon porte-feuille ou du moins ce qu'il en reste.Les Canadiens ont malheureusement laissé leurs épargnes dans cette institution dont la provision pour mauvaises créances a d'ailleurs fait un bond spectaculaire après le 26 octobre.11 est vtai que depuis le référendum, nombreux sont les Canadiens qui doivent assumet de nouvelles contradictions dans leut vie quotidienne.Par exemple, Cité Libre, dont deux tiers des collaborateuts se sont exprimés publiquement pour le oui, doit sa survie financière à Pierre E.Trudeau qui a généreusement accepté de donner ses droits d'auteut sur le discours vitriolitique qu'il a prononcé à la Maison du Egg Roll.Un autre dont les paroles ont pris un tout autre sens depuis le 26 octobre est Joe Clatk.N'avait-il pas prédit que le Canada s'embraserait dans une flambée de violence yougoslave si le non l'emportait?Notre esprit sanguinaire n'avait alors fait qu'un tour et nous nous étions tous rués chez notre armurier de quartier en prévision d'une joyeuse partie de rentre-dedans libanaise.Aujourd'hui, Ottawa, dans sa grandeur d'âme habituelle, nous offre une chance de déposer les armes par cette pathétique campagne CITÉ LIBRE d é c e m b i e 1992 • j o n v i e r 1993 13 U M 9 2 publicitaire que vous avez dû voir à la télévision.Seul le chef Joe Norton a refusé d'enterrer son Ak-47 pour des motifs strictement culturels; il s'agit d'une arme ancestrale, d'un objet de culte traditionnel dont il ne pourrait se départir sans s'assimiler davantage aux méchants Blancs avec qui il refuse de traiter, sauf de cigarettes.L'homme se sent parfois coincé comme la fève germée dans la pâte frite du egg-roll.Pour expliquer les apparentes contradictions du genre humain Lao Tseu, philosophe chinois devant l'éternel, avait dit au VI siècle avant J.-C.: «L'homme se sent parfois coincé comme la fève germée dans la pâte frite du egg-roll».Je ne sais pas si Ovide Mercredi connaît Lao Tseu mais après la rebufade des autochtones sur les accords constitutionnels et l'interprétation raciste des résultats du 26 octobre qu'il en a donné, il doit se sentir seul comme un Suédois débarquant à Montréal, protestant et bon père de famille qui pour retrouver un peu de la chaleur et des coutumes de son pays se paye un bon sauna rue Saint-Denis, ne sachant pas qu'ici on ne pratique pas les mêmes vertus dans l'étuve.Depuis le 26 octobre, je ne suis pas à l'abri de ce sentiment confus de la fève germée.Lao Tseu avait poursuivi sa réflexion sur le genre humain en affirmant, au IIP siècle après J.-C, que la vie est une soupe aigre-douce.C'est probablement ce que doivent penser les 700000 assistés sociaux québécois lorsqu'ils ont entendu, en ce début de novembre, leur ministre André Bourbeau affirmer que ce nombre record était une excellente nouvelle, que c'était un signe d'une reprise économique prochaine.Pour justifier sa bonne humeur devant l'accroissement de la pauvreté, le ministre a dit que son ministère s'attendait à pire! André Bourbeau s'est dit également rassuré car l'Ontario compte maintenant 625000 assistés sociaux et que 1 'écart entre le nombre de chômeurs des deux provinces a considérablement diminué (même si le nombre a considérablement augmenté!).Si on en croit le ministte, la nouvelle philosophie économique du gouvernement du Québec n'est plus de tattraper l'Ontario mais d'attendre que l'Ontario nous rejoigne dans le trou ! M.Bourassa ne croyait pas agir si rapidement lorsqu'il a dit au soir du 26 octobre qu'il allait s'occuper d'économie.Je ne sais pas si Lao Tseu aurait persisté, s'il avait survécu au 26 octobte, à dire que la vie est une soupe aigre-douce.Par contre, personnellement je me sens de plus en plus comme la fève germée dans la pâte frite du egg-toll.Et vous ?& LE DEVOIR 10 N-weaakce z022 VOU.CXIM - MoZ49 ott FAiT CE qu'om PEUT AVEC LE* NOUVELLE* ûo'oh A ._ La date reste à déterminer Les 17premiers ministres et les 498 chefs de bande s'entendent Le foojoors fondant Pierre fcxrildeao qui fêtera hterxcysan cenreirta
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