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Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
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Références

Cité libre., 1992, Collections de BAnQ.

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PER c-46 con lib volume xx • numéro 7 • septembre 1992 • 3,50 ! Cité libre rencontre John Kenneth Galbraith Gérard Pelletier a relu Lionel Groulx 92. Les dîners de Cité libre Des événements à ne pas manquer E n s e m b l On écoute.On discute.Esther Delisle, Jean-Louis Gagnon, Jacques Renaud, Jacques Henripin, Albert Breton, Ovide Mercredi, Charles Taylor, D'Jberville Fortier.On rigole.et on mange Questions) Anne-Marie Bourdouxhe Bourassa l'a promis, Mulroney le prépare, nous aurons peut-être deux référendums cet automne.Sur quoi allons nous nous prononcer?Sur la souveraineté du Québec?Sur le Sénat «à trois E» ?En ce 11 août, au moment où j'écris ces lignes, nous ne le savons pas encore.Mais une chose semble sûre, la question ne sera certainement pas celle que nous proposent Éric Devlin et Stephen Schecter.Gérard Pelletier a lu Antisémitisme et nationalisme d'extrême-droite dans la province de Québec: 1929-1939 — la thèse de doctorat d'Esther Delisle, qui a offusqué tant de nationalistes.* — et relu les Mémoires et l'Appel de la race du chanoine Lionel Groulx.Il nous dit pourquoi «en lisant Delisle, je me réjouissais de compter plusieurs années de moins que les militants Jeune-Canada».Robert La Palme a caricaturé Groulx.Pas souvent, une seule fois.C'était en 1934 dans l'Almanacfi de la langue française, alors que ce dernier n'était encore que «M.l'abbé Lionel Groulx, auteur de La Naissance d'une Race».«Les pays de l'Europe de l'Est et de l'ancienne Union soviétique ont échangé un système économique qui fonctionnait très médiocrement pour un système qui, pour l'instant, n'existe pas encore» rappelle John Kenneth Galbraith à Louis-Philippe Rochon qui nous rapporte sa conversation avec lui cet été sur l'avenir du capitalisme.De passage au pays, après un séjour en Allemagne où il retourne ce mois-ci, Yves Couture a lu l'analyse qu'Andréas Minkofski a publié dans le numéro de juillet-août sur la situation de l'Allemagne dans l'Europe d'aujourd'hui.Ce qui l'a incité à réfléchir sur le réalisme politique.La responsabilité est un argument qu'on nous sert à toutes les sauces et qui ressurgit d'ailleurs souvent dans les discussions du comité de rédaction de Cité libre.Mais qu'entend-t-on par responsabilité ?C'est le thème éthique qu'a choisi d'évoquer le grand philosophe français Paul Ricoeur lors de la collation des grades des facultés des Arts, de Musique et des Sciences religieuses de l'Université McGill, en juin dernier, et que nous reproduisons ici.Tout comme des milliers de Montréalais et de visiteurs venus célébrer les 350 ans de Montréal, Louise Landry-Balas a vu Le grand jeu de nuit, la fresque historique que le Théâtre sans fil donnait sur le parvis de Notre-Dame cet été.Elle se demande ce qu'en penserait la recherchiste des fêtes du 400e anniversaire de Montréal.Louis Cornellier et Paul-Christian Nolin se sont peut être vus deux ou trois fois.Or, curieusement, l'un et l'autre m'ont proposé, à quelques jours d'intervalle, de faire «flèche de tout bois» comme dans la Cité libre des années cinquante-soixante.De Joliette, Louis Cornellier nous balance ses Coups de gueule autour de la petite actualité tandis que, de Percé, Paul-Christian Nolin nous tire ses Flèches du Parthe.«On n'a pas idée de l'atmosphère étouffante de ces années-là» rappelle Gérard Pelletier à propos du Québec des années trente.Son contemporain, l'écrivain Réal Benoît l'évoque d'ailleurs de façon saisissante dans l'entrevue posthume qu'il accorde à Marie Desjardins, sa biographe.«À cinq ans, petit pensionnaire, on m'obligeait à observer un rite pour le moins tordu.Chaque soir, au moment d'aller se coucher, les soeurs nous enfermaient dans une pièce, et là, à la lueur des candélabres, on fixait, épouvantés, un tableau représentant des diablotins cornus, à queues fourchues et pieds de bouc, qui sortaient leurs langues pointues en brandissant des faux bien acérées.Si on péchait, on irait là, nous disaient les soeurs.Et on s'endormait là dessus.» C'est No New Land, roman de l'écrivain torontois M.G.Vassangi, qui a retenu l'attention de Danielle Miller dans son investigation de la littérature canadienne d'aujourd'hui.Car cet ouvrage traite d'un sujet d'actualité : les difficultés d'intégration des immigrants du Tiers Monde à la société industrialisée.Et si Vassangi ne ménage pas les WASP de Toronto, il n'est pas plus tendre à l'égard de ses compatriotes tan-ganikiens.Jean-Paul Murray a lu The Malaise of Modernity de Charles Taylor, bien connu d'un océan à l'autre pour ses déclarations dans le cadre du débat constitutionnel et ses convictions sociales-démocrates.Mais c'est le Taylor philosophe, l'auteur des Sources of the Self : The Making of the Modern Identity — dont on a dit à travers le monde qu'il était l'un des ouvrages philosophiques les plus importants du dernier quart de siècle — que Murray aborde dans ces pages.À ceux qui commencent par la fin, Karine Carrier, notre ado.chérie, offre un poème en prose, une planète atomique qui a inspiré Guy Poirat.Bonne lecture.* Vous pouvez d'ailleurs en juger par vous-même en vous procurant l'adaptation qu'en a faite Esther Delisle pour les éditions l'Étincelle et qui s'intitule Le Traître et le Juif : Lionel Groulx Le Devoir et le délire du nationalisme d'excrème droite dans la province de Québec 1929-1939.CITÉ LIBRE septembre 1992 3 À qui appartient Cité libre?Dans sa livraison de février 1951, soit la deuxième année de son existence, Cité libre répondait à cette question de la façon suivante: «Personne ne possède la revue.Tirée à 500 exemplaires, le premier numéro nous coûtait 250 dollars.Les dix collaborateurs ont misé chacun 25 dollars et sont rentrés dans leurs fonds en distribuant chacun cinquante exemplaires à 50 cents pièce.Les administrateurs de carrière souriront; nous sourions aussi».En janvier 1960, pour marquer son dixième anniversaire, Cité libre s'est réorganisée.Devenue mensuelle, elle s'est constituée en coopérative d'édition en bonne et due forme comptant environ une centaine de membres.Et les portes ne sont pas fermées.Lors de l'Assemblée générale de ses membres, tenue le 9 décembre 1991, Cité libre a fait peau neuve en décidant de poursuivre ses activités sous le nom d'une compagnie nommée Cité libre Information, incorporée le 10 février 1992 en vertu de la Partie III de la Loi sur les compagnies du Québec.Comme c'était le cas pour l'ancienne coopérative, tous les membres de cette corporation sont les propriétaires de la revue.Réunis en Assemblée générale annuelle, ils élisent un Conseil d'administration qui, à son tour, choisit le directeur de la Revue.SOMMAIRE Volume XX numéro 7 septembre 1992 3 Question(s).Anne-Marie Bourdouxhe 5 What is the question?Quelle est la question ?.Éric Devlin 7 Et si on se mettait à la hauteur de Gould?.Stephen Schecter 9 «Les esprits faibles qui croient à la démoctatie.» Lionel Gtoulx.Gérard Pelletier 13 Le capitalisme — Cité libre rencontte John Kenneth Galbraith.Louis-Philippe Rochon 17 A propos de l'Allemagne.Yves Couture 19 «Un autre, en comptant sut moi me tend comptable de mes actes».Paul Ricoeur 21 Monttéal et son histoire.Louise Landry Balas 22 Coups de gueule autour de la petite actualité.Louis Comellier ARTS ET LETTRES 24 Quelqu'un pout l'écouter.Marie Desjardins 28 Pays nouveaux, sentiments anciens.Danielle Miller 30 Le malaise de la modernité.Jean-Paul Murray 32 Les flèches du Parthe.Paul-Christian Nolin 33 Planète atomique.Karine Carrier Illustration de la page couverture : «CONFONDU» par Robert La Palme Cité libre Cité libre Information Conseil d'administration Jean-Pierre Goyet, président Kimon Valaskakis, vice-président Guy Sarault, secrétaire Roxane Roy, trésorière Jean-Pierre Boutdouxhe, Jacques Hébert, Paul-Christian Nolin, Gérard Pelletier Rédaction Directrice tie la revue: Anne-Marie Bourdouxhe Secrétaire de rédaction: Angéline Fournier Comité' de rédaction: Louise Landry Balas, Jean-Pierre Bourdouxhe, Robert Davies, Louis-Philippe Rochon, Gérard Pelletier, Stephen Schectet, George Tombs.Révision de texte: Marie Desjardins Illustration: Robert La Palme, Guy Poirat Photographie: Marie Pierre Production Infographie: Claude Guerm, Photocomposition : Typographie Safl Impression : Jnterglope inc.Photomécanique .Photo Svnthèse Adresses Siège socio/ Bureau 2500, 1250, boul.René-Livesque Ouest Montréal, QC.H3B4Y1 Tél.: (514) 846-2317 /Télécop.: (514) 846-3427 Redaction 3846, ave du Parc Lafontaine Monttéal, P.Q.H2L3M6 Tél.: (514) 398-6754 Téléc.: (514) 398-7364 Service d'abonnement Periodica CP.444, Outtemont P.Q.H2V4R6 Tel: Région de Monttéal: (514) 274-5468 Tout le Québec et l'Outaouais: 1-800-361-1431 Téléc: (514) 274-0201 Vente au numéro Messageries de presse Benjamin 0160, Jean Milot Lasalle, P.Q.H8R 1X7 Tél.: (514) 364-1780 Téléc.: (514) 364-7245 Vente aux libraires Diffusion Dimedia 539, boul.Lebeau Ville St-Laurent, P.Q H4N 1S2 Tel: (514) 336-3941 Téléc.: (514) 331-3916 Dépôt légal : 2' trimestre 1991 1SSN:1183-7144 Envoi de publication: enregistrement no.10123 CITÉ LIBRE seplembte 1992 4 WTiat is the question ?Quelle est la question ?Eric Devlin Si nous en croyons les propos respectifs de Brian Mulroney et de Robert Bourassa, nous subirons cet automne deux référendums, l'un pan-canadien, l'autre pan-québécois pour déterminer notre avenir constitutionnel.Jamais dans l'histoire de l'humanité a-t-on vu tel souci de démocratie.Cependant, à quelques jours de la consultation, nous ignorons, dans les deux cas, le propos et les enjeux de la question.Les rumeurs les plus folles courent autour des questionnements de Robert Bourassa.Les scénarios les moins confus imaginent une question alambi-quée où le oui et le non seraient à l'unisson du pareil au même.Dans le cas fédéral, la subtilité de la pensée mulro-neyenne laisse présager nécessairement une question du genre: «Voulez-vous êtes riches et heureux?».dmettons que nous parvenions à dégager un consensus sur ce point à savoir que le Canada a été fondé par trois pelés et deux tondus.So what! Cela ne réglera en rien les problèmes constitutionnels du Canada qui ne sont plus d'ordre historique mais bien existentiel.Devant l'amphigourique débat constitutionnel et la confusion des genres, je crois qu'il n'y a qu'une seule question qui soit possible pour clarifier à jamais le concept d'état canadien et le statut du Québec.Cette question ne porterait ni sur la souveraineté du Québec ou un quelconque traité de l'union car l'indépendance est une question très relative dans cette ère de création de grands marchés communs.Il va donc de soi qu'il y aura toujours des liens commerciaux entre le Québec et le reste de l'Amérique.Cette question porteta encore moins sur la nature du Sénat parce que la majorité des Canadiens en n'ont rien à branler de cette royale voie de garage (exception faite des principaux intéressés).Portera-t-elle sur le nombre de peuples fon- dateurs du Canada ?Encore faudrait-il que les autochtones s'entendent sur le nombre de tribus qui peuplent le Canada.Admettons que nous parvenions à dégager un consensus sur ce point à savoir que le Canada a été fondé par trois pelés et deux tondus.So what! Cela ne réglera en rien les problèmes constitutionnels du Canada qui ne sont plus d'ordre historique Te bilinguisme est une richesse culturelle immense; il est synonyme d'ouverture sur d'autres réalités; il est aux antipodes du melting-pot américain qui broie ses nouveaux citoyens dans le même moule en effaçant de leur mémoire leur origine et leur langue.mais bien existentiel.En effet, comment définir un pays sans parler de culture?Et comment parler de culture sans parler de langue?Le Canada est toujours tributaire du rêve de Pierre E.Trudeau qui a cru trouver dans le bilinguisme une solution à l'insécurité des francophones et à la frontière floue entre le Canada anglais et notre voisin du sud.Le bilinguisme est une richesse culturelle immense; il est synonyme d'ouverture sur d'autres réalités; il est aux antipodes du melting-pot américain qui broie ses nouveaux citoyens dans le même moule en effaçant de leur mémoire leur origine et leur langue.Certains États du sud ont même adopté une loi linguistique pour réaffirmer devant l'afflux d'immigrants hispaniques que l'anglais est, et sera la seule langue officielle.Malheureusement le rêve libéral s'est embourbé dans un bilinguisme de façade, où prime le fonctionnel et non pas l'amour de la langue.Il faut voir avec quelle angoisse les fonctionnaires fédéraux passent régulièrement leur test objectifs de bilinguisme uniquement pout toucher une prime annuelle de 800 $.L'usage quotidien de l'autre langue est une chimère dans la fonction publique fédérale.Récemment le discours a encore changé sur cette notion de bilinguisme.On ne parle même plus de la langue en tant qu'outil fonc- CITÉ LIBRE septembre 1992 5 tionnel de communication (ce qui est un minimum) mais en termes économiques.A-t-on les moyens, au coûts de cette récession, de favoriser le bilinguisme?N'est-ce pas une dépense superflue?Une langue n'est pas une question d'argent.Une langue c'est l'âme d'un peuple.C'est bien évident que du point de vue strictement comptable, les Russes, les Japonais, les Suédois et tous les autres petits peuples de moins de 200 millions d'habitants devraient abandonner leur langues au profit de l'anglais, de l'arabe, de l'espagnol ou du chinois.Ils feraient d'énormes économies en traduction.Mais l'âme d'un peuple n'est heureusement pas comptable et les Russes parleront russe pour les siècles des siècles.Nous en arrivons donc à poser l'unique question qui est à l'origine du débat constitutionnel mais qui malheureusement a été noyée dans une vague de revendications farfelues allant jusqu'au droit de propriété des lopins de terre de l'Ile-du-Prince-Edouard, qu'il nous serait interdit d'acheter si nous ne sommes pas insulaires.Voulons-nous une ou deux langues officielles au Canada?Si la mentalité comptable ptévaut, alors il ne restera plus aux francophones qu'à s'assimiler ou à se séparer.L'avenir n'aura plus aucune ambiguïté.Et si, par je ne sais trop quel miracle, l'ensemble des Canadiens désire que le premier article de leur nouvelle constitution affirme l'égalité de deux langues officielles, alors nous aurons le plus beau et le plus grand défi intellectuel à réaliser au cours des prochaines générations: développer l'amour de deux langues, de deux littératures, de deux pensées chez l'ensemble des Canadiens.Cela signifie également que Statistique Canada cessera de comptet les anglais et les français pour savoir qu'elle proportion des budgets ira à chacune des parties.Radio-Canada aura le même budget pour son réseau français que pour son réseau anglais.Les bibliothèques de chaque village offriront un choix égal et varié de livre en français et en anglais.C'est le ptix à payer pour être un pays vraiment bilingue.Alors il n'y aura pas seulement le Québec qui sera distinct.Le Canada le sera tout autant des États-Unis et pour toujours.Dans La Guerre du faux, Umberto Eco décrit les magnifiques stèles anciennes que possède un prestigieux musée californien .Quel ne fut pas sa surprise de découvrir que non seulement lui, grand érudit, mais également tous les visiteurs du musée étaient capables de lire des inscriptions écrites en langues étrangères sur ces pierres.Le caractère des lettres était ; si, par je ne sais trop quel miracle, l'ensemble des Canadiens désire que le premier article de leur nouvelle constitution affirme l'égalité de deux langues officielles, alors nous aurons le plus beau et le plus grand défi intellectuel à réaliser au cours des prochaines générations: développer l'amour de deux langues, de deux littératures, de deux pensées chez l'ensemble des Canadiens.typé mais la langue utilisée était l'anglais.Les stèles étaient donc fausses et travesties pour que l'Américain moyen puisse les décrypter.C'est alors qu'Umberto Eco a compris pourquoi les Américains en voyage sont toujours étonnés qu'on ne les comprenne pas.Leurs institutions culturelles les plus prestigieuses leur font croire que l'anglais et le grec ancien c'est du pareil au même.Au Canada, les boîtes de céréales et les fonctionnaires fédéraux sont bilingues.Le pays est loin de l'être pour autant.Et c'est cette question qu'il faudra trancher pour que l'on puisse enfin parler de culture québécoise ou canadienne.Le reste de la discussion et du partage des pouvoirs n'est que de la plomberie comptable standard.& Cité libre rencon ses lecteurs Le jeudi 10 septembre 1992 invité Gérard Pelletier Journaliste, syndicaliste, homme politique, diplomate, fondateur de Cité libre «Entre hier et demain» Renseignenents et réservations : (514) 527-7719 CITÉ LIBRE septembre 1992 6 Et si on se mettait à la hauteur de Gould?Stephen Schecter yy I 1 ncore!» criait Oliver Twist lorsqu'il voyait sa >* l"H soupe disparaître et qu'il restait sur sa faim.Pour M > cette réclamation tout à fait normale il a reçu des claques.Nous, cent ans après et légèrement rassasiés, nous continuons de crier «encore!», et pour nos peines on nous invite à dîner chez le premier ministre.A son chalet d'été, rien de moins.Mmmmmm! Dix chefs provinciaux, un peuple autochtone à la barrière, une multitude d'ombres de lobbies, une ruche de journalistes et un scénario tellement usé qu'on se demande plutôt ce qu'ils vont manger au repas.Du moins, cher lecteur et chère lectrice, moi je me le demande, tanné que je suis de cette autre pénultième tournée de discussions dites constitutionnelles où nos Oliver Twist contemporains vont revendiquer, de nouveau, des offres, des concessions, des pouvoirs, pour que dix jours après on puisse écrire non, et dix ans après on puisse tout recommencer.Je sais.La vie n'est pas un long fleuve tranquille.Pourquoi le Québec, n'irait-il pas à Ottawa pour exiger la reconnaissance du fait français, non pas pour le Québec mais pour le Canada?Pourquoi le Canada anglais, n'agirait-il pas pareillement?Mais peut-être que la rencontre n'aura pas lieu.Peut-être n'y aura-t-il rien qui pourra ramener le Québec à la table de négociation et, dans ce cas, au lieu d'aller au festin des lacs de la Gatineau, nous irons aux urnes référendaires pour voter sur la souveraineté du Québec.Deuxième scrutin d'une série de sept, où il faut gagner par deux.Pourquoi pas?Qui veut vraiment mettre fin à ce jeu national?Qui veut vraiment exercer un peu de leadership politique, dire à haute voix, sans menaces ni chantage, que le Canada anglais, pas plus que le Canada français, ne veut la disparition du pays?Dire pire encore : qu'au fond chacune des deux parties est très attachée, non seulement à l'entité mythique qu'elles considèrent toutes les deux comme une vache à lait — quelque chose dont il faut constamment faire le bilan pour voir si cela en vaut toujours la peine — mais encore qu'elles sont attachées l'une à l'autre et prête à défendre l'autre partie, à la concevoir comme la doublure d'un manteau réversible.On dit que le Québec a toujours dit oui au Canada.Mais comment?En y restant?Le Canada anglais, ne peut-il pas en dire autant?Qu'est-ce que c'est que cette idée qui veut que nous restions pour juger des offres, pour voir si le Canada, à qui on a toujours dit oui si fortement que nous en demeurons à l'extérieur, si ce Canada à eux veut vraiment de nous?Est-ce que c'est par leurs offres que nous le saurons?Pourquoi le Québec n'irait-il pas à Ottawa pour exiger la reconnaissance du fait français, non pas pour le Québec mais pour le Canada?Pourquoi le Canada anglais n'agirait-il pas pareillement?À moins que chacun n'ait déjà décidé qu'il se fiche du Canada, que ce qu'il veut c'est ce qu'il peut en tirer pour lui-même et, dans ce cas, l'histoire lamentable de ce pays devient un marteau à cogner sur la tête de l'autre, un long discours de ressentiment: What does Quebec want?See what they've done to us! It really isn't worth it.N'est-ce pas cela la vraie question, cher lecteur et chère lectrice?Ne savons-nous pas tous que nous voterons non à l'indépendance, que l'indépendance ne se fera pas parce qu'Ottawa a présenté des offres inacceptables, parce que Hanington est en-dessous de Meech et qu'il faut un référendum à l'automne?Est-ce possible d'être bête de même?Mais oui, regardez la Yougoslavie.Qui aurait cru avant la dégringolade que la revendication nationaliste aurait aboutie à Sarajevo?Il ne faut jamais, cher lecteur et chère lectrice, sous-estimer la bêtise humaine.Lisez Balzac si vous ne me croyez pas.Il est plus méchant que Dickens.Tout cela est vieux comme le monde, et c'est peut-être pour cela que l'on n'ose pas le dire.C'est ça aussi le postmodernisme, son versant positif cette fois-ci, celui qui nous permet d'en finir avec les petits mensonges rancuniers qui traînent depuis des siècles pour confronter la vie dans toute sa sale dureté, dans toute sa beauté également.Quel est le dtame de ce pays nommé Canada, de ce pays qui n'en est pas un, dont on essaye de faire quelque chose depuis la Confédération, un rêve ferroviaire, un champ hydro-électrique, une toile du groupe des Sept?C'est le drame des gens qui se cherchent, qui refusent de se hausser à la mesure de ce qui leur échappe, de ce qui leur échappe vers le haut.Pas pout nous le bilinguisme, trop CITÉ LIBRE septembre 1992 7 coûteux, trop difficile, trop mêlant pour les petits enfants, et ainsi les Canadiens from coast to coast répètent-ils dans les conversations autour de leurs barbecues la même logique qui anime leurs élites politiques, contte lesquelles ils rechignent après coup.Or, il faut faire comprendre aux gens de l'Alberta et de la Colombie britannique que le Canada est aussi français, même avec le quart de la population franco- st-ce trop demander à nos concitoyens de montrer au monde comment deux cultures peuvent vivre ensemble parce que chacune a embrassée l'autre, par choix, par désir, par curiosité pour ce grand monde qui nous entoure?phone, et qu'il leur faut en être fiers.Que c'est leur devoir d'apprendre la langue de Molière et de Montaigne.Que ça leur fera du bien.Que ce n'est pas du tout une question de sous mais plutôt de culture, et qu'il faut commencer avec la culture qui est là, à notre portée.Est-ce trop demander à nos concitoyens de montrer au monde comment deux cultures peuvent vivre ensemble parce que chacune a embrassé l'autre, par choix, par désir, par curiosité pour ce grand monde qui nous entoure?Non pas la tolérance indifférente, le pluralisme cool qui doit faire la paix avec l'autre patce que sinon le dollat baissera, mais l'ouverture au monde dont on fait tellement l'éloge de nos jours, cette ouverture que nous évoquons pour montrer combien nous sommes démocratiques et, oui, postmodernes.Pourquoi alors monsieur Bourassa ne va-t-il pas chez le premier ministre demander que le Canada s'engage à faire de ce pays un pays bilingue?En demander autant de ces homologues des dix provinces et ainsi voir s'ils pensent que le Canada en vaut la peine?Cela susciteta un débat, dira-t-on.Bien sûr, mais enfin un débat qui aurait de l'allure, et dont la résolution positive réglerait d'emblée le catactère distinct de la société québécoise en le plaçant au coeur du Canada.Si on veut jouer au poker, le moment est venu de les fotcer à montrer leurs cartes, pour voir si la vieille alliance au coeur de ce pays entre le Bas et le Haut Canada tient toujours, a jamais existé.Que les autres enfin, avec toutes les revendications qui leur sont propres, reconnaissent que le Canada c'est d'abord cela, de façon incontournable.On verra bien qui dit oui et qui dit non ; sauf que, pour le moment, il n'y a personne qui veut en parler, alors que c'est le seul enjeu véritable dans ce débat qui n'en finit pas, et qui n'en finira pas, tant et aussi longtemps qu'on ne le soulèvera pas.Je crains cependant, cher lecteut et chère lectrice, que nous ne voulions pas en parler, tout comme nous ne voulons pas parler de bien d'autres choses qui risquent de nous coincer, de nous obliger à prendre certaines choses au sétieux : nous, la vie, le monde dont nous avons hérité.L'histoire ou l'avenir.La bêtise et la pauvreté.Ce qui ronge l'âme et le corps.Est- ce possible que nous nous foutions de tout, du chômage à Terre Neuve, de la langue française au Québec, de la littérature à Toronto, du coucher de soleil dans l'Ouest?Peut-être préfère-t-on se bagarrer sur un Sénat de triple E parce qu'ainsi nous n'avons pas à nous poser de questions sur des choses qui nous paraissent évidentes, parce qu'ainsi nous pouvons continuer à débiter nos litanies, à les tricoter jusqu'à la fin de nos jours?Pour que l'épitaphe des Canadiens se lise comme suit : ci-gît une bande de caves.Oui, des caves, parce qu'incapables de faire autre chose que de refuser de dire que nous avons quelque chose à donner au monde, à faire dans le monde, à montrer au monde; autre chose que ces quelques arpents de neige, quelque chose de spécifiquement à nous.Comme un savoir-vivre intelligent.Comme une détermination à devenir cultivés en deux langues.Comme une modification constitutionnelle qui permet aux autochtones de gâcher leur vie comme ils le veulent.Comme.comme.Vous voyez, cher lecteur et chère lectrice, comme vous, peut-être, j'en ai vraiment marre de ce débat constitutionnel et surtout des termes dans lesquels il se pose.Je ne crois pas que ce soit simplement de la poudre aux yeux pour privatiseï les sociétés publiques et pour réorganiser l'économie selon les règles de jeu du pur marché.Je ne crois même pas qu'il faille le suspendre parce qu'il y a d'autres problèmes plus importants à régler, tel le chômage, bien que je croie qu'il faille s'y attaquer.Mais le chômage c'est comme la constitution.Il ne se résoudra pas par des appels idéologiques, ni au marché ni à Keynes.Il nous faudra chercher à savoir comment assurer un système de bien-être qui tienne compte du chômage en tant qu'élément structurel d'une économie de marché au sein d'une société en transformation technologique constante.Comment l'assurer en n'infligeant pas de blessures aux gens qui en font les frais, ni en courant à la faillite.Et pour cela il faut com-mencet par reconnaître que les vieux discours et les vieilles pratiques ne matchent plus.De nouveaux paramètres s'installent.Mieux vaut y prêter attention.Etre attentif.Éveillé à la vie.Ne pas mourir d'ennui, ni de bêtise.Ne pas se lécher les babines parce que l'esturgeon servi par le premier Ministte fut délicieux et que le Québec a été intégré au Canada au prix d'une tricherie qui laisse croire que le problème du Canada est réglé et que l'on peut tevenit à nos bonnes vieilles habitudes.Ne pas se satisfaire d'un arrangement qui n'a pas demandé carrément aux Canadiens s'ils veulent se donner comme but national de parler le français et l'anglais, de les parler bien, et de faire de cet objectif la pierre angulaire d'une raison d'être nationale.Revenir sur l'histoire pour finalement en faire quelque chose de bien après avoir fait tant de mal.Se dire enfin qu'on peut se dépasser, et que même le Canada a quelque chose à apprendre au monde, à laisser dans la poubelle éternelle de l'humanité.James Joyce a déjà écrit que l'Irlande est une vieille truie qui mange ses petits.L'Itlande est toujours debout mais l'humanité demeure plus endettée face à Joyce qu'à son pays, qui ne savait pas l'apprécier.On peut même aller plus loin et se demander que deviendrait l'Irlande si elle se mettait à la hauteur de Joyce.Au Canada on avait Glenn Gould, qui a légué à l'humanité sa version des Variations Goldberg de Bach.Et si on se mettait à la hauteur de Gould?& CITÉ LIBRE septembre 1992 8 «Les esprits faibles qui croient à la démocratie — » - (Lionel Groulx) Gérard Pelletier Madame Esther Delisle a rédigé une thèse de doctorat, en voie d'évaluation par l'Université Laval, intitulée: Antisémitisme' et nationalisme d'extrême-droite dans la province de Québec: 1929-1939.Dès que le texte en fut connu, de nombreux nationalistes, offusqués, ont dénoncé l'auteur comme si elle avait écrit un pamphlet dirigé contre l'historien Lionel Groulx.aurais compris, pour ma part, qu'on s'en prît d'abord au titre de l'ouvrage; il en décrit très incomplètement le contenu.Or, cette thèse n'est pas un pamphlet; le texte en est serein et les conclusions d'Esther Delisle ne dépassent en rien ses prémisses.De plus, elle ratisse beaucoup plus large que ne le laissent croire ses critiques; une bonne cinquantaine de personnes — militants jeune-Canada, collaborateurs de l'Action française, de l'Action mnadienne-française , de l'Action nationale, et du Devoir — sont mis en cause, au même titre que l'abbé Groulx.Enfin, au sujet de ce dernier, de trois choses l'une: ou bien les nationalistes offusqués n'ont pas lu la thèse en question, ou bien ils n'ont jamais lu l'oeuvre du chanoine Groulx, ou bien ils ne se sont pas donné la peine de la relire avant de prononcer leur condamnation.Car le travail de M" Delisle est si solidement fondé sur des citations nombreuses et irréfutables, ses commentaires s'en tiennent si rigoureusement à la lettre et à l'esprit des textes qu'elle étudie, sa connaissance des ouvrages cités est si profonde, qu'on saisit mal ce qui soulève l'indignation de ses critiques.J'aurais compris, pour ma part, qu'on s'en prît d'abord au titre de l'ouvrage; il en décrit très incomplètement le contenu.En effet, l'auteur n'établit pas seulement que le chanoine Groulx, les Jeune-Canada et Le Devoir des années 30 ont fait preuve d'antisémitisme; elle démontre aussi qu'ils méprisaient profondément la démocratie parlementaire et flirtaient sans vergogne avec le fascisme européen.On a dit que ces attitudes, aujourd'hui condamnées avec la dernière énergie, étaient largement admises, sinon unanimement approuvées, par nos «élites intellectuelles» de l'époque, ce qui est exact.L'antisémitisme n'était pas alors le fait de petits groupes fanatisés; on en trouvait partout les traces honteuses au sein de notre intelligentsia.Même nos chefs spirituels, que j'ai beaucoup fréquentés dans les années 40, n'en étaient pas tous exempts.Ils l'exprimaient uniquement dans l'intimité, à mots couverts, comme Groulx lui-même, qui maquillait de pseudonymes ses propos contre les juifs — sans doute parce que, conscient de son sacerdoce, il mesurait la contradiction entre ses sorties antisémites et la religion d'amour qu'il était censé prêcher.L'antisémitisme clandestin était alors fort répandu — et pas seulement chez nous.Qu'on songe à la remarque griffonnée par un fonctionnaire fédéral dans la marge d'un document destiné à établir quel nombre de juifs allemands persécutés il convenait d'accueillir au Canada : «None is too many» avait écrit ce conseiller anonyme du gouvernement.Je sais, en tous cas, que j'ai applaudi à tout rompre, à Québec, l'été suivant, quand l'abbé Groulx a prononcé, au congrès de la langue française, l'un des plus fameux discours de sa carrière.De même, la sympathie pour les régimes autoritaires était presque générale au sein de l'intelligentsia québécoise.À cela, rien d'étonnant.Le manuel de philosophie en usage dans nos collèges, jusqu'à la seconde moitié des années 30, donnait la monarchie absolue pour régime politique idéal et ne voyait dans la démocratie qu'un pis-aller.Il faut se souvenir aussi que le corporatisme de Salazar et même celui de Mussolini nous étaient proposés en exemple, non seulement par CITÉ LIBRE septembre 1992 9 les fascistes du cru mais par certaines des plus hautes autorités.On n'en finirait pas de démontrer qu'antisémitisme, antiparlementarisme et même mépris pour la démocratie faisaient partie de l'idéologie dominante au Québec, pendant la crise économique.Delisle cite Groubc qui publiait dans l'Action E ien sûr, le racisme de Groulx n'est pas celui des camps de concentration.C'est son aïeul.nationale de mai 1937, sous le pseudonyme d'André Marois, les lignes suivantes: «Les esprits faibles qui croient à la démocratie comme ils ne croient ni à l'Eglise ni au Christ, n'éprouvent qu'horreur pour le fascisme, quelque forme qu'il revête.Il n'empêche que certains peuples sont bien heureux qui, à cette heure, retrouvent, par cette forme politique, la plus magnifique renaissance.» Sans doute ai-je lu, à l'époque, ces propos.L Action nationale , tout comme Le Devoir, était l'un des très rares périodiques dont les collèges autorisaient la lecture à leurs pensionnaires.Peut-être même, à seize ans, me suis-je enthousiasmé pour ces idées, les seules qui nous étaient alors proposées comme interprétation des malheurs de ce temps.Je sais, en tout cas, que j'ai applaudi à tout rompre, à Québec, l'été suivant, quand l'abbé Groulx a prononcé, au congrès de la langue française, l'un des plus fameux discours de sa carrière.Il a fallu les mouvements d'Action catholique, la revue française Esprit et deux livres de Jacques Maritain : La Question juive et L'Humanisme intégral pour me dégager de cette gangue idéologique.Adolescent, on n'y échappait pas.En lisant Delisle, je me réjouissais de compter plusieurs années de moins que les militants Jeune-Canada.Aumis-je été leur contemporain exact que j'aurais sans doute, comme eux, des rétractations à faire, des regrets à exprimer.On n'a pas idée, aujourd'hui, de l'atmosphère étouffante de ces années-là.J'en citerai un seul exemple.Peu de temps après mon arrivée à Montréal, après mes études dans deux «collèges de campagne», ayant publié dans un journal étudiant une protestation (dont la timidité me fait honte aujourd'hui) contre la déportation de familles juives par les nazis, je fus l'objet d'une condamnation virulente.Au milieu d'une réception de sa coopérative, La Familiale, à laquelle il m'avait convié, M.Victor Barbeau s'approcha de moi et, devant tous ses invités, m'apostropha à voix haute sur le ton péremptoire qui était le sien: «Pourquoi protestez-vous contre ces déportations lointaines au lieu de dire à vos jeunes lecteurs comme il est cruel de traiter de «Macaronis», ici même, dans le quartier où nous sommes, leurs petits camarades d'origine italienne?C'est très pénible pout un marmot de se faire appeler «Macaroni»! Vous vous trompez de cible en déplorant la déportation des enfants juifs vers la Pologne ou ailleurs ! » — Or personne, dans son auditoire, ne s'objecta à cette semonce — tandis que moi, je crevais de gêne et de confusion.J'aurais voulu m'enfoncer dans le parquet de la pièce ! Cela dit, est-ce une raison pour exempter de tout blâme l'historien Groulx, les Jeune-Canada, le directeur (et plusieurs collaborateurs) du Devoir des années 30?Certainement pas.D'ailleurs, plusieurs militants Jeune-Canada, dont Pierre Dansereau et André Laurendeau, ont fait d'eux-mêmes «M.L'ABBE LIONEL GROULX auteur de «La Naissance d'une Race», vu par ^ ' La Palme, in l'Aïmanach de la langue française ( 19e année) 1934.Éditions Albert Lévesque.CITÉ LIBRE septembre 1992 10 amende honorable.Et le Devoir, sous la direction de Gérard Filion, un autre membre des jeune-Canada, devait cesser, en 1947, d'être un journal antisémite et réactionnaire.A l'opposé, on cherche en vain, dans l'oeuvre imposante de Groulx, la moindre rétractation des propos antisémites ou antidémocratiques qu'il a tenus ou publiés au cours de sa longue camère.Même au soir de sa vie, dans les quelque mille cinq cent pages de ses mémoires, il ne fait qu'une seule mention des juifs: «Je ne suis, ai-je besoin de le dire, ni anti-anglais, ni anti-juif»(Mes mémoires, Tome III, p.247).Ai-je besoin.— Eh! oui, il avait grand besoin de le dire.Et quand on vient de relire son oeuvre et la thèse d'Esther Delisle, on ne peut pas, hélas, même s'il l'affirme avec cette assurance, le croire sur parole.Car nulle part il ne rétracte ses dénonciations de «.l'internationalisme juif, l'un des plus dangereux agents de dissolution morale et sociale à travers le monde», ni le jugement suivant, entre plusieurs autres: «Les Juifs ne sont pas seuls, assurément, à cultiver en serre-chaude la graine du communisme.Ils ont en tout cas la réputation auprès d'esprits graves — et c'est assez pour que nous ayons le droit de nous en méfier — d'en cultiver plus que les autres.» (L'Action nationale, juin 1933, p.365).En parcourant l'ouvrage de Mme Delisle, je me suis demandé d'où elle tenait que les noms de plume Jacques Brassier et André Marois appartenaient à l'abbé Groulx.Mais quand je me suis plongé dans les Mémoires du chanoine, j'ai constaté que lui-même en réclamait ouvertement la propriété et prenait crédit de tous les textes signés de ces deux noms.J'écrivais, au début du présent article, que les détracteurs de Mme Delisle n'avaient probablement pas relu les livres de Groulx.Cette affirmation reposait sur une expérience récente.Dans ma recension d'un livre de Bill Johnson: Anglophobie made in Québec, j'avais mis en doute que L'Appel de la race, un roman de Groulx que j'avais lu au collège, fût un ouvrage à résonance raciste.Mais depuis, une seconde lecture m'a fait comprendre que Johnson ne se trompait pas.Piégé dans l'idéologie dominante des années 30, je n'avais pas saisi, alors, la vraie portée de cet ouvrage.Or, une relecture m'apprend aujourd'hui à quel piint les maîtres européens de Groulx l'avaient persuadé de l'importance de la race comme facteur déterminant dans la formation de la personnalité.Bien sûr, le racisme de Groulx n'est pas celui des camps de concentration.C'est son aïeul.Mais l'amalgame que l'auteur du roman opère entre race, culture et formation intellectuelle, n'est certes pas de tout repos.IIIIM—IHMWMIWIIIIIItlIKIWIllWIIII'lllllil'lHIIIMIIIIIIIl'lil'l l'WIIIH lllllilll lllllHliHlillOllllll Ml lilW>l'HI i il'IH'1HI11 HI H lilllU'l'Il.l«ll|l|WllliWI écrivais, au début du présent article, que les détracteurs de Mme Delisle n'avaient probablement pas relu les livres de Groulx.Cette affirmation reposait sur une expérience récente.Je suis le moins qualifié des hommes pour porter sur la thèse de Mme Delisle (ni d'ailleurs sur l'oeuvre historique de l'abbé Groulx) un jugement universitaire.Il nous reste à connaître celui que portera le jury de Laval.Mais il n'est pas trop tôt pour affirmer que ce travail est très utile.Aux offusqués qui reprochent à l'auteur d'avoir «déterré» les jugements nocifs de notre intelligentsia nationaliste des années 30, il importe de rappeler la phrase suivante de Bernanos : «Quand on refuse de revenir sur le passé, c'est le passé qui revient sur nous».Après tout, le passé en question n'est pas si éloigné .Non Errata 1.Mes excuses à Andreas Minkofski pour avoir fait sauter «Allemagne dési»(reuse) à la ttansition de la page 16 à la page 17 de son article intitulé Cette étemelle obsession de l'hégémonie allemande, paru dans le numéro de juillet-août 1992.Andreas Minkofski s'excuse à son tour auprès des lecteurs de Cité libre pour les avoir induits en erreur: c'est en effet le 27 avril 1992 et non le 27 août 1991 que les fonctionnaires de l'Allemagne de l'Ouest se sont mis en grève.2.Ceux et celles qui ont lu Vers un Canada sans les «Canadiens» de Richatd l'Heureux (Juillet-août 1992) ont dû se demander où étaient passé les autres Canadiens en voie de disparition.C'est moi qui ai fait sauter sa conclusion.Mes plus plates excuses à M.L'Heureux.Cette conclusion la voici: «Quant aux citoyens canadiens des autres provinces, ils vivent le phénomène inverse, s'affirmant de plus en plus comme Canadiens, un concept qui souvent tend à exclure les minoritaires récalcitrants qui voudraient persister à parler français.Ils ont substitué le «O Canada», considéré encore il y a trente ans comme un hymne canadien-français au "God Save the King (Queen)"comme hymne national.Puis, voilà que le parti qui a le vent dans les voiles au Canada, le Reform Party, propose le concept d'un nouveau Canada qui ferait du Québec une sorte de réserve ayant le moins de pouvoir possible quant à la conduite des affaires canadiennes.Dans les faits, par son programme et par son intention de ne pas présenter de candidats au Québec, le Reform Party n'est rien de moins qu'un des partis travaillant pour la séparation politique du Canada et du Québec.L'avènement au pouvoir d'une telle vision des choses créerait ce curieux assemblage politique que serait un Canada en deux morceaux, sorte de Pakistan d'Amérique du Nord, un Canada coupé de ses origines et excluant ceux-là même qui, pour plus de deux siècles, ont donné son sens au terme "canadien"».Anne-Marie Bourdouxhe CITÉ LIBRE septembre 1992 11 plura li Des livres qui n'aiment pas les idées toutes faites.Une nouvelle collection, aux Éditions PÉtincelle.Voici les deux premiers auteurs de Pluralisme : Esther Delisle François Dallaire (ftli|W UomI aaft l* Opk* m h m* dj ndcratam
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