Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Cité libre.
Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950. Ses auteurs alimentent la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. [...]

Cité libre voit le jour à Montréal dans une période ponctuée de signes de mécontentement face au traditionalisme de la société québécoise et du gouvernement de Maurice Duplessis. La revue fait son apparition un an après la grève de l'amiante d'Asbestos et deux ans après la parution du manifeste Refus global.

D'abord trimestrielle, Cité libre est la revue d'idées québécoise la plus connue des années 1950, alors que son influence est plus grande que son tirage pourrait le laisser croire. De 1500 exemplaires en 1951, celui-ci ne dépassera pas 6000 ou 7000 exemplaires. En leur qualité d'intellectuels, des auteurs de la revue se voient offrir une tribune à la télévision de Radio-Canada et participent aux conférences de l'Institut canadien des affaires publiques.

Cité libre est perçue comme la revue d'une génération de penseurs influents. Plusieurs de ses collaborateurs des années 1950 se sont côtoyés durant leurs études et ont été de prééminents militants de la Jeunesse étudiante catholique. Le personnalisme chrétien est d'ailleurs manifeste dans l'engagement social des auteurs. Selon ce courant spirituel, l'homme d'action rationnel doit être au coeur d'un catholicisme renouvelé, parce qu'intériorisé plutôt qu'ostensible et socialement omnipotent.

Le respect des auteurs de Cité libre pour l'Église ne les empêche pas de poser la revue en porte-étendard du combat libéral contre le cléricalisme, le duplessisme et la collusion entre l'Église et l'État, par la dénonciation de l'idéologie traditionaliste et la mise au jour de la corruption électorale.

Intellectuels, les auteurs de Cité libre sont imbus de philosophie politique et profitent de leur tribune pour alimenter la réflexion sur les moyens de changer le monde politique pour accélérer le progrès économique, social, intellectuel et spirituel du Québec. La perspective éthique et juridique libérale adoptée par les auteurs vise à favoriser le développement et le respect des droits de la personne dans un esprit humaniste et universaliste.

Plusieurs auteurs de Cité libre conviennent que l'émancipation de l'homme moderne passe aussi par la reconnaissance de la lutte des classes. Dans les années 1960, l'amalgame du socialisme et de l'indépendantisme québécois sera toutefois la cause d'intenses tiraillements au sein de la revue.

Cité libre est publiée mensuellement de 1960 à 1966, puis de façon saisonnière sous le titre des Cahiers de cité libre jusqu'en 1971. De 1991 à 2000, Cité libre réapparaît d'abord comme revue bimensuelle, puis saisonnière. Le fédéralisme et l'unité canadienne sont alors ses principaux chevaux de bataille.

Quelques grands collaborateurs de Cité libre : Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Gilles Marcotte, Jean Paré, Réginald Boisvert, Charles Taylor, Charles Gagnon, Jean Pellerin, Naïm Kattan, Jean Le Moyne, Pierre Laporte, Marcel Rioux, Pierre Vallières, Guy Cormier, Louis O'Neill, Jeanne Sauvé, Jacques Hébert, Guy Rocher, Vincent Lemieux.

BÉLANGER, André J., Ruptures et constantes - Quatre idéologies du Québec en éclatement : La Relève, la JEC, Cité libre, Parti pris, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, p. 65-135.

LALONDE, Marc, « Ce qu'est pour moi Cité libre », Cité libre, vol. 28, nº 4, automne 2000, p. 33-35.

LÉVESQUE, Michel, « À propos du tirage de la revue Cité libre », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, nº 2, hiver 1995, p. 151.

WARREN, Jean-Philippe et E.-Martin MEUNIER, « De la question sociale à la question nationale - La revue Cité Libre (1950-1963) », Recherches sociographiques, vol. 39, nº 2-3, 1998, p. 291-316.

Éditeur :
  • Montréal :Syndicat coopératif d'édition Cité libre,1950-1966.
Contenu spécifique :
mai
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Cahiers de cité libre.
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (10)

Références

Cité libre., 1963, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
CITÉ LIBRE XIIlo année No 57 MAI 1963 NOUVELLE SÉRIE PLANIFICATION Textes de Jacques Parizeau et George j.Wesley (pp.4 et 7) LA PLACE DES ARTS Texte de Yerri Kempf (p.14) LE MÉTRO Texte de R.W.G.Bryant (p.16) I L'élection du 8 avril Jean Pellerin Emmanuel Mounier Pierre Vallières Enseignement classique René Hurtubise SOMMAIRE XIVc année, No 57 mai 1963 Revus mensuelle Comité de rédaction Co-dlrectevri : Gérard Pelletier Pierre-Elliott Trudeau Secrétaire* de la rédaction : Jacques Hébert Jean Pellerin Editeur et propriétaire : U Syndicat coopératif d'édition Cité libre Imprimé à Montréal par Plorr» DcsMarais Autorisé comme envoi postal de deuxième classe Ministère des Postes Ottawa Rédaction et administration : 3411, m* Salnt-Donli Montréal 19 — VI.9-2228 Service des abonnements : Cité Llbr.CF.10 — Montréal 34 LA.6-3361 Abonnement annuel : $3.50 Abonnement de soutien : $10 Vente au numéro : Distribution Lovai Sf0.boul.vard Pie IX Montréal — Tél.625-3424 Vente d'anciens numéro» : Hêtre Tangua», archiviste «612.Via., U.ntrtcJ Page 1 Elections du 8 avril Jean Pellerin Page 4 Insaisissable planification Jacques Parizeau Page 7 Planification et liberté George J.Wesley Page 11 Emmanuel Mounier Pierre Valliùres Page 14 Plaidoyer pour le Mink Square Yerri Kempf Page 16 Transports en commun R.W.G.Bryant Page 20 Notre enseignement classique René Hurtubise Page 25 Désarmement et chômage Monique Frappier-Desrochers Page 27 MLF et statistiques Jean-Louis Garceau Page 30 Chronique du temps perdu — Théâtre — Yerri Kempf — Cinéma — Alain Pontant TE LIB NOUVELLE SÉRIE NOUS N'AVIONS RIEN À PERDRE ET NOUS N'AYONS RIEN PERDU LA tenue d'une élection fédérale donne naturellement lieu à de nombreux commentaires.Ces commentaires sont tantôt teintés d'optimisme, tantôt de pessimisme.Les optimistes se rassurent en comptant le nombre de sièges et proclament que c'est la politique du vainqueur qui triomphe.Les pessimistes comptent également le nombre de sièges et courent a des conclusions hâtives.Pareilles conclusions, parce que basées sur des apparences trompeuses, risquent fort d'engendrer des mythes pernicieux.Ainsi, entend-on souvent les gens dire que les élections fédérales viennent de prouver que les Etats-Unis ont gagné leur point sur la question des armes nucléaires; que les Canadiens ont obéi aux diktats de Washington; que le Crédit social et le Nouveau parti démocratique sont en perte de vitesse; que le Canada était en quête d'un gouvernement stable.La menace américaine Les gens qui parlent ainsi ne considèrent en somme que l'opinion de ceux qui ont voté libéral.Es oublient que ce vote libéral ne représente que 42% du vote enregistré le 8 avril et ils raisonnent comme s'ils tenaient pour rien l'opinion des 58% par Jean PELLERIN qui formeront l'opposition.Certes, un peu plus de trois millions de Canadiens ont appuyé M.Pearson, et l'on est en lieu de croire qu'ils ne l'ont pas fait uniquement pour obéir aux c diktats > de Washington.Par contre, près de 4.4 millions de Canadiens se sont prononces contre la politique du même M.Pearson, et là, il y a des chances qu'ils l'aient fait surtout pour protester contre les menées du State Department.Encore faut-il ajouter que deux millions de Canadiens n'ont pas voté.En somme, on peut dire que les Etats-Unis n'ont pas impressionné grand monde.Ils ont élevé la voix; ils nous ont tracé une ligne de conduite, mais n'ont réussi, en définitive, qu'à effaroucher la petite caste de leurs protégés, c'est-à-dire, les financiers de Toronto et de Montréal.Disposant d'énormes capitaux, ces financiers se sont donne pour consigne de faire sans vergogne et sans retenue la cour au veau d'or américain.Ils ont fait preuve d'une émouvante unanimité en faisant sonner la trompette, non seulement clans le Toronto et le Montréal Star, mais encore dans le Glohe & Mail et The Gazette, deux organes traditionnellement conservateurs.Les éditoriaux qu'ont publiés ces journaux durant la campagne électorale étaient à ce point teintés de servilisme, qu'à certains moments on aurait pu croire qu'ils étaient rédigés par des agents du Pentagone.La thèse américaine était présentée comme seule valable, et l'opinion qui en contestait le bien-fondé était fustigée comme hérétique et anti-canadienne.On aura rarement été témoin d'un avachissement aussi éhonté.Malgré ce beau zèle, M.Pearson n'a pas obtenu la majorité absolue qu'il convoitait.Les « hérétiques » ont su faire valoir leur point malgré tout.C'est se faire beaucoup d'illusions, par conséquent, que de prétendre que les Canadiens ont obéi aux ordres de Washington en votant comme ils l'ont fait.Les tiers partis C'est également se faire beaucoup d'illusions que de croire que le Crédit social est déjà en perte de vitesse.S'il l'est, c'est à la suite de l'opération-sabordage des six députés du Québec, et non à cause d'une perte de popularité auprès îles masses.En vérité, les Créditistes se sont décentralisés, en ce sens que le 8 avril ils ont trouvé audience, non seulement dans le secteur rural et sous-dévcloppé du Québec, mais aussi auprès du prolétariat urbain1'1.Bien sûr, leur influence a di- (I) Encore faut-il noter qu'il s'agit d'une simple approximation.Pour affirmer d'une façon certaine que le Crédit social et le NPD ont gagné du terrain dans le Québec, il eût fallu que ces deux partis aient présenté des candidats dans tous les comtés aux dernières élections.minué quant au nombre de sièges, mais elle s'est accrue quant au nombre de voix.Les Créditistes ont obtenu 12% du vote national.Si leur représentation était proportionnelle au nombre de voix qu'ils ont obtenu, ils détiendraient 32 sièges, soit huit de plus de ce que les vices du scrutin uninominale à un tour ne leur accordent.La même observation vaut pour le Nouveau parti démocratique.Les Néo-démocrates ont obtenu près de 14% du vote populaire, ce qui équivaudrait en toute équité à 35 sièges.Or, ils n'en détiennent que 17, soit deux de moins qu'à la dernière élection alors qu'ils obtenaient le même nombre de suffrages.Par contre, les libéraux, disposant de seulement 42% du vote populaire, obtiennent 130 sièges, alors qu'ils n'auraient démocratiquement droit qu'à 111, tandis que les conservateurs, avec 33% du vote populaire, disposent de 94 sièges, alors qu'ils ne devraient en avoir que 88.Une supercherie « démocratique » Ceci souligne bien un des vices de nos démocraties.Ce vice est flagrant, et tout le monde semble l'accepter comme une fatalité.11 se résume à ceci : ou les régions rurales sont trop représentées, ou les régions métropolitaines ne le sont pas assez, avec ce résultat que, dans un système politique à partis multiples, il arrive souvent que les minorités rurales annulent les voix des masses métropolitaines.C'est ainsi que — pour ne citer que quelques cas — lors des dernières élections, le député conservateur des Territoires du Yukon a été élu avec seulement 2,911 voix, alors que le candidat conservateur de Winnipcg-Sud a été défait malgré les 22.250 voix qu'il a recueillies.Aux Ilcs-cle-la-Madclcine, les 3,029 citoyens qui ont élu le député libéral auront le privilège de faire valoir leur point de vue, alors que les 19,571 Créditistes.et les 11.570 Néo-démocrates, soit 31,141 citoyens qui, dans le seul comté de Mercier, se sont prononcés contre les vieux partis, n'auront personne pour représenter leur point de vue dans le prochain gouvernement, parce que notre système électoral est demeuré de type « colonial >.Ce système est conçu pour représenter des « régions », et non des « opinions > démocratiquement exprimées.Il faut toute l'apathie d'une masse prolétarienne d'ouvriers et de collets blancs imparfaitement politisés pour que se maintienne pareille caricature de la démocratie.Dans l'état actuel des choses, nos fameuses institutions c démocratiques » ne profitent, en définitive, qu'au seul c power élite », c'est-à-dire, à une minorité de possédants qui se donne des airs de légitimité pour passer outre aux aspirations de la majorité.Les apologues des deux partis traditionnels vont répétant que les tiers partis ne possèdent aucun avenir au Canada.Ces gens évidemment 2 se bercent d'illusions.La montée des tiers partis a été constante ces dix dernières années.Si on a du mal à s'en rendre compte, c'est parce que le système électoral actuel fausse toutes les perspectives.En fait, le regroupement des forces démocratiques est évident.Le cas, notamment, du NPD (cx-CCF-PSD) est significatif.A l'élection de 1962, il récoltait plus d'un million de votes.Il en récoltait autant le 8 avril.Dans la province de Québec, il a fait plus de 60,000 conquêtes cette année, ce qui porte le grand total de ses adeptes québécois à 161,023.La stabilité Mais alors, dira-t-on, si le facteur pression venu du côté des Etats-Unis n'a pas tellement joue, si le pourcentage du vote populaire accordé aux tiers partis, non seulement n'a pas diminué, mais au contraire a sensiblement augmenté, qu'est-cc donc qui a permis aux libéraux de s'assurer une majorité relative ?Il semble que les appels en faveur d'un gouvernement stable ont fait quelque peu leur effet.Les Canadiens sont las de courir aux urnes tous les ans.Certains d'entre eux gardent un souvenir nostalgique de l'époque où les vieux partis se succédaient au pouvoir à période plus ou moins longue, et ils voudraient bien recouvrer cette paix et cette stabilité politique d'antan.Leur attitude est certes compréhensible.La peur du fascisme Mais il y a gros à parier que les appels à la stabilité n'ont pas non plus joué un rôle déterminant.Si les libéraux ont réussi, malgré tout, à récolter 42% du vote populaire au pays, c'est aussi peut-être (et paradoxalement) un peu à cause de la peur qu'inspirent au reste du Canada les Créditistes.les Séparatistes et les terroristes du Québec.On sait quelle importance les journaux anglais de l'Est accordent à ces mouvements qui, vus de loin, semblent se conjuguer en un tout redoutable, une force montante à tendances particulièrement fascisantes.Notons en passant que cette impression n'est pas tout à fait dépourvue de fondement, du moins en ce qui concerne les Créditistes et les terroristes.Pour empêcher que ne s'affirment davantage ces mouvements réactionnaires, plusieurs Canadiens ont sans doute cru bon de voter pour le Parti qui leur paraissait avoir le plus de chances de l'emporter.Ces gens voulaient à tout prix éviter le retour d'un gouvernement minoritaire conservateur qui aurait été obligé de composer avec ces éléments troubles pour se maintenir au pouvoir.Cette peur du fascisme semble s'être manifestée d'une façon sensible dans le comté ontarien de York-Sud où une majorité d'électeurs d'ori- gine juive ont cru devoir laisser tomber (provisoirement espérons-le ) l'excellent candidat néodémocrate, David Lewis, pour lui préférer le candidat libéral et diminuer, par le fait même, les risques d'une coalition conservatrice avec des gens que les Juifs ont des raisons bien évidentes de redouter.En résumé, on peut dire que si les libéraux ont obtenu une majorité relative aux élections du 8 avril, c'est à la fois un peu à cause de la pression des Etats-Unis, un peu à cause de la haute finance qui aurait affecté, dit-on, d'importants capitaux à la campagne libérale, un peu à cause du désir latent d'un gouvernement stable, un peu enfin à cause de la peur des éléments fascisants du Québec.Mais alors, comment se fait-il qu'en dépit de tous ces atouts, les libéraux n'ont pas remporté une majorité absolue ?Le phénomène « Diefenbaker » En toute honnêteté, il faut bien admettre que c'est parce qu'on n'avait pas prévu la performance de cet homme étonnant qui a nom Diefenbaker.Voici un austère personnage qui a tout pour déplaire aux masses.Et pourtant, malgré les foudres du général Norstad et du State Department, malgré les attaques de la presse et de la radio américaines, malgré la croisade de notre unique prix Nobel de la Paix, malgré la démission de six des ministres de Diefenbaker, malgré la campagne presque unanime que la grande presse canadienne a menée contre le premier ministre, ce personnage rébarbatif et réputé intraitable a réussi à récolter 33% du vote populaire et à faire élire 94 députés.« John > remporte ni plus ni moins une victoire personnelle dans cette aventure.S'il savait rire, et s'il avait de la barbe, il rirait dedans.II rirait d'autant plus que deux jours après le scrutin, la rumeur circulait déjà que Washington songeait à retirer ses Bomares, cause de toute cette tempête, et quatre jours après, on apprenait que six Créditistes passaient armes et bagages du côté libéral.On se croirait en plein opéra-bouffe.Ceux qui savent rire ont bien lieu de rigoler, pourvu qu'ils aient par ailleurs la décence de trouver regrettable la défaite de M.Howard Green — incontestablement la grande victime de ce brigandage.En face de l'échec de M.Green, on ne peut s'entpêcher d'évoquer le paradoxe de Chesterton qui veut que « les causes perdues soient presque toujours les bonnes causes >.Mais la démocratie a des raisons que les démocrates ne comprennent pas.En tout cas, l'avenir n'est pas rose pour les vieux partis.Ceux qui ont l'oreille fine peuvent d'ores et déjà entendre sonner le glas qui annonce leur fin inexorable.?3 PLANIFICATION I L'INSAISISSABLE PLANIFICATION Jacques PARIZEAU N parle beaucoup de planification dans notre milieu.On en parle même peut-être trop.Et tous ceux qui en parlent, ne manquent jamais de souligner h quel point leurs prédécesseurs n'ont pu définir, avec précision, ce dont il s'agit.On en vient à considérer que le mot désigne une réalité aux contours mal définis, qu'il est vague, ct que, dans la bouche de la plupart des gens, il n'a guère de sens.Et pourtant, la planification, comme l'art culinaire, se prête mal aux généralités.Ce n'est pas une doctrine (n'en déplaise aux socialistes ct aux anti-socialistes).C'est une technique, qui est à la portée de la plupart des régimes.Elle est bonne, si clic est à la fois efficace ct acceptable pour les contemporains.Comme toute technique un peu complexe, la planification se prête à une multitude de variantes.Est-ce à dire que l'on doive se résigner à ne jamais cerner de près sa réalité ?Bien au contraire.La planification est le résultat d'une combinaison très précise d'instruments connus.Ces instruments sont au nombre de trois, qu'il convient de regarder d'un peu plus près.a) La préparation du plan proprement dit.Il s'agit d'un ensemble d'objectifs, d'ordre statistique, coordonnés de façon à ce qu'ils soient compatibles les uns avec les autres.Ces objectifs doivent être établis de façon à couvrir l'ensemble de l'économie ou tout au moins scs secteurs les plus importants.D'admirables machines existent à l'heure actuelle, qui permettent de monter des plans prévisionnels en tous genres, dans des délais très courts.Ces plans seront fantaisistes, mais admirablement cohérents.Imprimés sur papier fort, reliés aux armoiries nationales, ils servent souvent, au même titre que l'ambassadeur aux Nations-Unies, à démontrer sinon la maturité, tout au moins l'indépendance du pays.Un plan sérieux, tout en faisant appel aux mêmes machines, exige pas mal de temps, une connaissance exceptionnelle des conditions de développement de chaque secteur.Il doit, à la fois, tenir compte de ce qu'il serait souhaitable de réaliser, ce qu'il est possible de réaliser et de la façon dont on pourra y arriver.La préparation d'un tel plan s'appuie forcément sur tout un appareil de discussion ct de négociations, de façon à ce que les parties intéressées s'entendent sur les objectifs ct sur la marche à suivre.Ces organismes préparatoires peuvent être de divers types.Il s'agira, par exemple, d'un Collège de notables qui se réuniront une fois de temps à autre pour écouter beaucoup, parler peu ct s'intéresser moins encore.Leurs pouvoirs étant à peu près nuls, leurs contacts avec l'administration assez lointains, ces notables servent collectivement d'écran à un gouvernement qui ne croit pas à la planification, mais cède à la pression populaire.Si un Conseil Supérieur de la Cuisine était élcctoralcmcnt aussi rentable, on le créerait de la même façon ct pour les mêmes raisons.Il n'est pas nécessaire — encore qu'il soit fréquent — que l'on recourt à une semblable bouffonnerie.Les négociations peuvent mettre en cause les représentants des secteurs essentiels de l'activité économique ct des ministères dans le cadre de comités conjoints, dont chacun a trait à une partie spécifique du plan.On peut appuyer l'activité de ces comités ct du Conseil qui les dirige sur un personnel permanent de recherche ou de coordination de la recherche.Des rapports étroits peuvent exister entre le Conseil ct le gouvernement.b) Le second instrument de la planification a trait à l'ensemble des moyens d'incitation qui sont élaborés pour en obtenir la réalisation.Ces A moyens d'incitation sont très nombreux.Des crédits peuvent être disponibles pour certaines activités et non pour d'autres.Des réductions d'impôt, des subventions de tout ordre sont aussi utilisables.L'important, est que l'on sache, assez tôt, l'effet véritable de l'incitation sur les décisions des entrepreneurs.c) Le troisième instrument a trait à l'ensemble des mesures cocrcitivcs adoptées par l'Etat pour faire en sorte que le Plan soit réalisé.Ces mesures sont très nombreuses et comportent des éléments aussi disparates que les règlements de zonage, les nationalisations et le travail forcé.Selon les positions politiques de chacun, on met plutôt l'accent sur le zonage ou sur le travail forcé.L'hétérogénéité du contenu se prête à toutes les disputes doctrinales.Ces trois instruments essentiels, mis à la disposition du planificateur, font apparaître diverses formes de planification et surtout donnent lieu à des prises de position tout à fait différentes.Pour certains, la planification c'est surtout l'établissement d'un plan et sa diffusion par l'Etat.En fixant seulement des objectifs, le gouvernement espère que les entreprises comprendront qu'elles doivent ajuster ou adapter leurs plans de production et d'investissement les uns aux autres.C'est ce qu'on a souvent appelé le « confidence trick ».Sachant où l'économie doit aller, les entreprises s'organisent en conséquence, et en raison même de cet acte de foi, l'économie atteindra finalement les objectifs qu'on lui avait fixés.Ce type de planification, éminemment acceptable aux restes du capitalisme traditionnel, est souvent appelé « planification indicative », d'après une formule dite française qui, en réalité, va beaucoup plus loin.A l'autre extrême, se situe la planification soviétique — ou plutôt ce qu'on croit être la planification soviétique —, en vertu de laquelle tout serait déterminé d'autorité par l'Etat.C'est justement dans la mesure où l'on crée des oppositions de ce genre, que l'on finit par ne plus rien comprendre.En effet, toute planification est nécessairement le résultat d'une combinaison des trois instruments dont nous avons parlé.Il est inutile, pour les capitalistes (ou ce qu'il en reste) de croire que la planification puisse être indicative dans le sens où on l'a indiqué.Pour être le moindrement efficace, clic doit faire appel à des contrôles directs de l'Etat.Lorsque, récemment, un économiste connu suggérait, en comparant l'Etat à un cabot, qu'il y a une planification où l'on aboie, et une autre où l'on mord, il recourait à une image frappante mais qui n'a aucun sens.L'Etat qui planifie, aboie et mord selon les besoins.Toute planification comporte nécessairement l'utilisation des trois instruments.Ce n'est pas le choix qui change, mais le dosage.Encore le dosage est-il appelé à changer, au fur et à mesure où les années passent.U n'y a pas que des considérations politiques à faire intervenir, pour déterminer le dosage qui sera adopté par un pays, à une certaine époque de son histoire.Il faut tenir compte de tout un arrière plan psychologique et social, de caractéristiques propres à la structure économique elle-même et de l'urgence des objectifs que la société s'est fixée.Autant d'abstraction qu'il convient de préciser.Il est évident, par exemple, que la planification implique une politique d'investissement et une politique de salaires.En somme, l'Etat doit pouvoir influencer l'orientation des investissements et il doit pouvoir s'assurer que les syndicats vont maintenir leurs réclamations en deçà de certaines limites.Or, scion les relations qui habituellement existent entre patrons, ouvriers et Etat, des ententes, à ces deux sujets, vont peut-être pouvoir se faire par négociations.Si, cependant, les patrons se méfient traditionnellement de l'Etat et détestent les syndicats, si les syndicats sont ou se croient persécutés par les deux, et si l'Etat croit défendre le peuple contre les deux, il est certain que la planification va exiger davantage que de simples consultations.Incitations ?Chantage ?Menaces ?Législation coercitive ?Eventuellement nationalisation ?L'expérience seule indiquera jusqu'où il faut aller, à supposer que l'on veuille aller jusque-là.Il est certain, cependant, que de simples opérations à la Dale Carnegie ne vont pas transformer un climat social traditionnellement exacerbé.La structure de l'économie va de même influencer considérablement la forme que prendra la planification.Les entreprises sont-elles hautement concentrées et ont-elles l'habitude de ne négocier que par l'intermédiaire d'associations professionnelles ?Les centrales syndicales sont-elles peu nombreuses ?II sera sûrement plus facile, dans ce cas, de négocier directement avec les groupes.Si ces groupes sont, cependant, contrôles par l'étranger plutôt que par les nationaux, la concentration peut, au contraire, devenir un obstacle majeur aux négociations.D'autre part, l'étendue du secteur nationalisé va nécessairement donner à la planification, une coloration propre.Ceux qui s'amusent actuellement à nous présenter la formule dite < française > comme le type de la planification souple et indicative, ne semblent pas toujours s'en rendre compte.Pour pouvoir s'aligner sur la France, imaginons un instant qu'au Caanda, un Etat central soit établi et que les Provinces n'aient aucun 5 pouvoir autonome de dépenses.Imaginons, en outre, que la Banque Royale, la Banque de Montréal, la Banque Canadienne Impériale de Commerce soient nationalisées ainsi que General Motors.Que la plupart des sources d'énergie appartiennent à l'Etat, de même que les chemins de fer et le réseau de communication téléphonique ct télégraphique.Ajoutons, pour finir, la nationalisation de divers petits organismes financiers : la Sun Life, par exemple.Croira-t-on qu'alors, l'organisation du crédit ct des finances, l'agencement des dépenses publiques ou les politiques d'investissement, pourraient être coordonnées de la même façon qu'elles le sont actuellement ! Il ne s'agit pas de considérer qu'à priori, ce serait mieux.Mais ce serait sûrement très différent.Et la planification dite indicative serait en mesure de « mordre > bien davantage.Enfin, l'urgence des tâches à accomplir va exercer une influence considérable sur la forme que va prendre la planification.On peut repousser, avec horreur, certaines formes d'intervention, dans la mesure où le revenu est élevé, s'accroît ct où le chômage est faible.Que le revenu soit très faible ou que, tout en étant élevé, il ait cessé de croître, que le chômage s'étende ct dure, ct les barrières tombent.La théorie keynésienne a été la dernière grande tentative de l'esprit libéral d'influencer la croissance ct le plein emploi sans intervention directe systématique.On croyait avoir trouvé le moyen d'assurer la réalisation de ces objectifs par des interventions limitées à la monnaie, à la fiscalité, aux travaux publics.La théorie keynésienne a révolutionné la façon de penser qu'on eut deux générations d'économistes ct d'hommes politiques.Mais clic ne suffit plus.L'urgence, l'insatisfaction ct les tensions sociales, de nos jours, mènent tout droit à une forme ou à une autre de planification.C'est justement un haut degré d'urgence ct de tension qui amène tant de pays sous-développés à s'engager rapidement dans des formes de planification assez nettement cocrcitivcs.On peut même se demander si l'aspect doctrinal du marxisme a, vraiment, dans tous ces pays, l'importance qu'on lui accorde souvent.Que le marxisme ait servi d'école d'entraînement aux cadres, c'est parfois indiscutable.Mais que le régime politique soit dirigé par un général ou par un intellectuel de gauche, le problème reste le même : on ne transformera pas l'économie avec des variations fiscales pour industrialiser la jungle.De son côte, l'économie canadienne a des particularités assez exceptionnelles dont on ne sait pas encore très bien quel genre de planification elles appellent ou peuvent appeler, si jamais les Canadiens décident d'y recourir.Considérons, par exemple, cette forme de gouvernement, en vertu de laquelle les provinces ct l'autorité fiscale ont des pouvoirs de dépenses ct d'emprunts autonomes les uns des autres, sans qu'existe un organisme de conciliation des projets, autre que l'institution d'une conférence fédérale-provinciale sur les champs de taxation.Pour ce qui est du secteur privé, il est extra-ordinairement concentré.Quelques douzaines de très grandes entreprises forment les cadres essentiels de toute l'activité.La plupart sont contrôlées de l'étranger, c'est-à-dire que leur politique d'investissement, de ventes, d'exportation, sont ou peuvent être dominées par des considérations qui relèvent de l'aménagement continental ou même mondial des intérêts des sociétés-mères.Enfin, les disparités régionales sont d'autant plus prononcées, dans ce pays trop étendu, que certaines de scs parties sont mal soudées les unes aux autres.Les tensions interrégionales risquent alors de provoquer des conflits aigus, au niveau des objectifs globaux.Comment organise-t-on un plan intégré à partir de bases pareilles ?Il n'y a pas de précédent.Conclure que l'on va commencer par des nationalisations massives est enfantin.Quand une économie dépend à ce point de l'exportation de ces ressources, la nationalisation trop étendue devient vite dramatique.La planification de l'économie d'une Province est plus facile à envisager, à certains égards, même si des pouvoirs importants manquent.De voir, aujourd'hui le Québec, demain peut-être les Maritimes, s'engager résolument dans cette voie n'est donc pas étonnant.Au niveau du pays tout entier — si tant est que les Canadiens veulent le maintenir — la planification devra forcément commencer par la conciliation des projets publics.Qu'advien-dra-t-il ensuite ?Il faudra plonger et voir.Etablir un dosage des trois techniques dont nous avons parlé, qui sera, à l'origine, vraisemblablement centre sur un maximum de négociation, certaines incitations ct un minimum de contrôles directs.On imaginerait mal que les Canadiens, en particulier des Provinces de langue anglaise, acceptent autre chose.Si ce dosage donne peu de résultat, ira-t-on plus loin ?Tout dépendra des tensions qui existeront, à ce moment, dans la société canadienne.Une chose est certaine, cependant.Si jamais une planification efficace apparaissait au Canada, elle ne sera identique à aucune autre.La planification s'élabore graduellement.L'arsenal des moyens est connu, mais la combinaison de ces moyens est affaire d'expérience, de circonstances ct de politique.6 ? II LA PLANIFICATION DANS UNE SOCIÉTÉ LIBRE George J.WESLEY T~)ANS le présent article, je ne m'intéresserai ¦*-^ strictement qu'au concept et aux principes de base de la planification économique.Aussi, c'est de planification économique qu'il sera question, et non d'économie planifiée.A l'heure actuelle, au moins une vingtaine d'organismes fédéraux, provinciaux, municipaux et privés songent à s'engager dans le domaine de la planification économique.Le danger me paraît évident de donner naissance à un monstre à têtes multiples agissant en sens opposés et semant la confusion.Si nous voulons établir une planification économique à long terme au Canada, il importe que nous mettions de l'ordre dans notre propre système de planification, et ce, en fixant au préalable nos objectifs et en mettant sur pied un dispositif efficace et durable.Ce qui se fait ailleurs Le principe de la planification économique a été reconnu dans plusieurs pays au cours des quinze dernières années.La Suède — un Etat qui passe pour être une démocratie modèle — s'est dotée, depuis la fin de la guerre, d'un c Institut national de recherches économiques ».En France, « Le commissariat du plan » — un organisme établi depuis plusieurs années — est considéré comme l'un des facteurs ayant le plus contribué au relèvement économique du pays.Même l'Angleterre — ce bastion traditionnel de l'entreprise privée — dispose d'un « Conseil national de développement économique ».Dans les Pays-Bas, le t Conseil économique et social » a démontré sa valeur consultative tant pour le gouvernement que pour l'entreprise privée.Pour sa part, le Japon a mis sur pied, il y a cinq ans, son « Agence de planification économique », laquelle a considérablement aidé le pays à résoudre ses difficultés en matière de quotas et de réglementation d'importations et d'exportations.Les organismes de planification de tous ces pays, qu'ils soient dirigés directement par l'Etat ou conjointement avec l'entreprise privée, ont démontré qu'ils constituaient un très grand apport pour l'économie nationale, étant aptes à collaborer en harmonie avec le gouvernement, les unions ouvrières et l'entreprise privée, sans pour autant porter atteinte à la liberté d'initiative de chacun de ces importants facteurs de l'économie.Par conséquent, nous pouvons affirmer en toute confiance qu'il suffit de voir à ce que l'organisme canadien projeté ne devienne si puissant qu'il domine toute l'économie, ou si faible qu'il demeure inefficace, pour que soit sauvegardée la liberté fondamentale de l'économie.La planification économique au Canada Le Canada s'est montré extrêmement allergique au terme même de « planification » — le considérant comme étrangement teinté de socialisme.Cette allergie découle principalement de l'incapacité d'établir une nette différence entre auquel nous songeons opérerait à l'intérieur du système parlementaire actuel ct préparerait scs plans ct ses programmes conformément aux indices économiques, ct en collaboration avec les organismes régionaux de planification.En contradiction avec cette conception flexible de l'économie qui prévaut dans le monde libre, les économistes communistes mettent de l'avant un dogme rigide de planification obligatoire.Il semble que c'est dans l'application rigide d'un pareil dogme qu'il faut chercher la cause pour laquelle des pays prospères ct hautement développés ont vu baisser leur niveau de vie et s'intensifier une politique d'austérité lorsqu'ils tombèrent dans l'orbite communiste.L'échec ntssc devrait nous servir de leçon.A cause d'une erreur de conception ct d'une mauvaise application de la planification, résultant d'un excès tic pouvoir chez les planificateurs, on peut en venir à éliminer l'initiative créatrice de l'individu, la liberté de l'entreprise privée, frustrant, par le fait même, tout le monde des avantages de l'entreprise.Trop d'empressement à établir une planification au hasard des contraintes politiques risquerait de no'is acheminer vers une planification sans système.Une révolution de la pensée Une chose est certaine : nos difficultés actuelles ne seront pas résolues uniquement par la planification ou par une formule économique quelconque.Nous aurons beau faire appel à tous les experts possibles, nommer commissions royales sur commissions royales, nous continuerons à être acculés à la faillite si nous persistons dans l'indécision.La plupart des cycles de récession en Amérique du Nord ont eu des causes psychologiques ct ont résulté d'une perte de confiance dans l'économie nationale.La planification peut nous indiquer le chemin à suivre, ct devenir pour nous un stimulant.Mais pour réussir, une révolution de la pensée est également nécessaire.A cette condition seulement, pourrons-nous reprendre confiance en nous-mêmes, ct faire concurrence, à la fois, au dynamisme de la société technologique américaine, à la précision des Japonais ct à la pensée alerte des Européens.Nous entrons dans la deuxième phase d'une révolution industrielle caractérisée, cette fois, par la manipulation d'une masse énorme d'informations ct de statistiques.A l'heure où ce sont les cerveaux électroniques qui décident de nos transactions d'affaires ct où l'homme voyage dans l'espace, il ne nous est plus permis de penser en termes d'un provincialisme étroit.Les machines que nous avons inventées nous forcent à accepter un type de société nouveau ct supérieur.Le fait que nous ne soyons pas prêts à faire face à tant de changements radicaux peut être la raison des angoisses que nous causent la naissance d'une époque nouvelle.Vers les tâches nouvelles A une époque aussi troublée que la nôtre, il importe d'oublier nos différends ct nos querelles pour instaurer une nouvelle ère de collaboration entre les différentes cultures, entre les intérêts provinciaux ct fédéraux ct entre l'Etat et l'entreprise privée.II est désormais oiseux de savoir si nous formons un « mclting pot » ou une mosaïque de cultures.Au lieu de nous perdre dans un faux nationalisme représenté par des groupes mécontents ct hostiles, nous ferions mieux de chercher à établir un canadianisme positif, un canadianisme qui serait l'apanage d'un peuple jouissant du même sol ct des mêmes richesses naturelles.C'est en se rapprochant les uns des autres ct en se comprenant mieux que nous parviendrons à abattre les barrières qui existent; c'est dans l'unité ct l'égalité que nous allons recouvrer la force ct nos raisons-d'être nationales.Tout dépendra de la prévoyance ct du courage dont nous ferons preuve, ct de l'effort que chacun de nous est prêt à fournir.Il est réconfortant et rassurant de savoir que nous possédons, au Canada, le capital humain et les ressources naturelles nécessaires à l'accomplissement d'une pareille révolution de la pensée — révolution qui, n'en doutons pas, deviendra vite contagieuse.10 ? EMMANUEL MOUNIER Pierre VALLIÈRES TA récente Semaine de la Philosophie a sans doute rendu un grand service à quelques-uns d'entre nous en faisant surgir (ou re-surgir) quelques interrogations de l'extraordinaire vide philosophique qui nous caractérise.On a sans doute été surpris d'apprendre que la philosophie, loin d'être un ensemble de spéculations abstraites sans intérêt pour la conduite de la vie, est avec l'art et la religion, une force spirituelle qui, d'homme à homme, éveille l'humanité aux grands desseins auxquels elle est appelée, oppose sans cesse à l'insignifiance où clic voudrait se laisser dissoudre la plénitude à vivre, l'empêche souvent de sombrer dans la barbarie en maintenant au coeur de la vie humaine l'exigence de l'esprit, l'insatisfaction qui introduit une inquiétude, c ouvre un ébranlement > (Péguy), renvoie l'homme en même temps à sa misère et à sa grandeur, l'accule au choix et au dépassement.On nous avait habitué à considérer la philosophie comme un recueil de jugements définitifs, alors qu'elle ne peut être en réalité qu'un risque, une aventure, dont le choix comprend des engagements que les hommes les plus « forts » ne se permettent que difficilement.Je voudrais profiter de cet intérêt renouvelé pour la philosophie et les philosophes, pour attirer l'attention sur un penseur contemporain qui n'est pas un « auteur du programme », mais qui mieux que tous les « classiques », sans doute, nous a légué une oeuvre vivante, bien faite pour jeter le trouble dans notre bonne conscience et, à partir d'un appel à la vérité personnelle et d'une recherche authentique de la liberté, nous apprendre à « vivre correctement notre présent ».Passionné du réel Mounier ne se pose pas comme le détenteur de toutes les réponses.Son ambition n'est pas de jouer avec les idées et de trouver des conclusions à tous les syllogismes, mais d'affronter la réalité telle qu'elle est, de la scruter avec respect, d'en préciser les structures, de la dévoiler, sans jamais perdre de vue l'imprévisibilité qu'introduit dans l'ordre des choses l'existence de personnes libres et créatrices.Sa philosophie n'est pas une assurance contre l'angoisse, le mal et le risque; au contraire, elle part d'une prise de conscience aiguë et physique du mal, du désordre établi, des aliénations et des oppressions.Dès le début, Mounier est révolté et appelle à la révolte; plus profondément encore, il est déchiré et appelle à l'unité.Dès son premier article, celui de la fondation d'Esprit, il écrit : « Nous sommes révolutionnaires doublement, mais au nom de l'esprit.Une première fois, et tant que durera l'humanité, parce que la vie de l'esprit est une conquête sur nos paresses.Une seconde fois dans les années 1930, parce que la moisissure du monde moderne est si avancée, si essentielle, qu'un écroulement de toute sa masse vermoulue est nécessaire à la venue de nouvelles pousses.» Et Mounier de crier l'urgence de « refaire la Renaissance ».Ce n'est pas sans raison que, ressentant jusque dans sa chair « le désordre établi », il veut retourner à Descartes, car si la division est partie de lui, l'union peut se faire aussi à partir de son expérience décisive si nous savons la reprendre et lui donner une orientation nouvelle en nous écartant résolument de l'idéal bourgeois qui lui a succédé et qui, soi-disant au nom de l'homme, a enraciné profondément c cet individualisme économique et spirituel qui exerce encore parmi nous ses ravages ».Ce qu'il veut refaire après Descartes, c'est se poser avec autorité dans l'existence, briser d'un coup les leçons apprises et se convertir it ce qui est.Mais s'il admire Descartes comme « introducteur à la vie personnelle », il repousse ce qui dans son oeuvre apparaît comme les germes de l'idéalisme et du solipsisme métaphysiques.C'est le doute méthodique, c'est-à-dire le refus du dogmatisme, qu'il emprunte à Descartes, mais avec cette croyance qu'un doute sincère, continu, et courageux, oblige à se dépasser sans cesse pour tenter de saisir toute la réalité par compénétration mutuelle du sujet et de l'objet.Mounier ne veut pas d'une connaissance partielle qui divise, mais d'une analyse patiente de l'univers édifié autour de l'homme ou en lui, pour lui ou par lui, « afin d'en éclairer les structures sur divers plans dont il ne (faut) jamais oublier qu'ils ne sont que les incidences différentes sur une même réalité.Chacun n'a sa vérité que relié à tous les autres.» Un monde qui ne peut se passer de l'homme et un homme qui ne peut se passer du monde Mounier veut d'abord briser ces deux absolus nés des spiritualismcs et des matérialismcs qui comblent : l'esprit et la matière.Ces systèmes, en simplifiant la réalité, tantôt partagent l'homme en deux parties irréconciliables, tantôt le réduisent à n'être que l'une ou l'autre, et totalement l'une ou l'autre.Pour Mounier, l'expérience montre que c l'homme est un corps au même titre 11 qu'il est esprit, tout entier < corps > et tout entier « esprit >.De ses instincts les plus primaires : manger, se reproduire, il fait des arts subtils : la cuisine, l'art d'aimer.Mais un mal de tête arrête le grand philosophe, ct saint Jean de la Croix, dans scs extases, vomissait.« Si l'on veut rendre compte de l'homme, il faut le saisir dans la vie, « sur toute l'ampleur de l'humanité concrète, de la plus humble condition matérielle à la plus haute possibilité spirituelle >.11 ne s'agit pas de choisir entre le « spiritualisme abstrait > ct le « matérialisme abstrait >, mais de rechercher c la vérité qui les unit tous deux » en deçà de leur apparente séparation.Les déterminismes nombreux ct serrés que les savants ont découverts sont pour Mounicr autant de notes à la gamme de la liberté humaine.Mais le spirituel aussi est une infrastructure ct aucun conditionnement individuel ou collectif ne peut rendre compte de certains choix responsables que pose l'homme dans l'intention profonde qu'il forme, un jour ou l'autre, quant à la direction de sa vie personnelle.Le Cogilo d'où part Mounicr possède donc ¦ le caractère ambigu d'établir la responsabilité du sujet et d'exprimer sa situation dans l'univers » (J.Lacroix).Toujours Mounicr a le souci de replacer la pensée dans son milieu individuel ct social tout en maintenant ct précisant la prééminence du sujet, la transcendance de la personne sur la nature.Mais loin de vouloir sauver l'individu en le défendant, par exemple, contre le mouvement de socialisation progressive de l'humanité, il croit possible de parfaire ce que les Grecs ont acquis, l'individualité, en analysant « les diverses formes de sociabilité qui permettent un développement réel de l'individualité ct peut-être un approfondissement de la plus authentique liberté » (J.Lacroix).L'affirmation personnelle ct l'échange communautaire L'homme est au centre de la réflexion ct de l'action de Mounicr, l'homme qui est le siège permanent d'une lutte dramatique entre la tendance à la dé-personnalisation ct la volonté de personnalisation.L'homme, en effet, peut toujours ou se laisser aller à la dispersion, au « divertissement » (Pascal), a la répétition, h la routine, à l'indifférence, ou se servir de son intelligence pour réfléchir, de son coeur pour aimer, de scs bras pour lutter.C'est ce privilège qui le singularise, qui lui fait vivre une histoire, qui lui donne la possibilité d'une vie créatrice ou d'une vie domestiquée.C'est de la force d'affirmation personnelle que dépend la vie humaine comme rencontre avec la nature ct ascension, comme affrontement au réel ct dégagement, de même que l'avion presse sur la pesanteur pour s'arracher il clic.L'affirmation personnelle qui place l'homme à la tête de l'univers n'est cependant pas l'expérience humaine fondamentale, mais l'échange communautaire, l'amour, l'amitié, la fraternité.« Le premier mouvement qui révèle un être humain dans la petite enfance est un mouvement vers autrui : l'enfant de six à douze mois, sortant de la vie végétative, se découvre en autrui, s'apprend dans des attitudes commandées par le regard d'autrui.(.) Par expérience intérieure, la personne nous apparaît aussi comme une présence dirigée vers le monde et les autres personnes, sans bornes, mêlée à eux, en perspective d'universalité.Les autres personnes ne la limitent pas, elles la font être ct croître.Elle n'existe que vers autrui, elle ne se connaît que par autrui, clic ne se trouve qu'en autrui.» L'acte principal de la personne doit être « de susciter avec d'autres une société de personnes dont les structures, les moeurs, les sentiments et finalement les institutions soient marqués par leur nature de personnes.» Ce qui commande un engagement, car à chaque pas l'homme doit se secouer contre l'assoupissement, s'adapter à la révélation nouvelle, s'épanouir au paysage humain qui s'unifie en se personnalisant.Non pas seulement rêver de l'homme mais agir ct combattre pour lui Mounicr, discernant dans les profondes transformations du XXc siècle les morceaux d'humanisme qui pourrait amener une nouvelle conciliation, une civilisation nouvelle, mondiale, personnaliste ct communautaire comme il la souhaite, ne peut s'empêcher d'appeler les hommes au combat.Les vérités se pervertissent parce qu'elles sont séparées; il faut refaire à tout prix l'unité, l'unité du corps avec l'esprit, celle de la société avec l'homme.Et c'est avec angoisse que Mounicr se porte vers la synthèse entrevue, que les hommes d'aujourd'hui appellent sans pouvoir lui donner un nom ct un visage ct sans bien connaître le chemin qui pourrait y conduire.Il ne veut négliger ni les détours ni les chutes ni aucune des concrétisations économiques et politiques du mal.Il ne veut pas se soustraire à la réalité du moment, l'événement, ni se satisfaire d'une pureté stérile.Il n'y a rien de pur ici-bas ct c'est à travers l'impureté présente, jamais absente des oeuvres humaines, que les hommes peuvent se diriger vers le « grand dessein mystérieux qui les traverse ct les pousse » (Tcilhard de Chardin).C'est pourquoi il appelle, selon le mot de Domcnach, non pas seulement à rêver de l'homme mais à agir ct à combattre pour lui.Le combat est essentiel à sa philosophie, car rien ne se fait tout seul dans l'évolution du monde.Le progrès n'est pas aveugle, « il faut qu'il y ait au fond un risque; ct un risque total.un pari > (Péguy).12 Morale de l'insatisfaction Rien n'est donne.Ni l'équilibre humain, chair et esprit.Ni la communion authentique.Ni la liberté.Ni la vérité.Ni la justice sociale.Ni la paix.Ni le bonheur.Ce qui s'oppose à la moralité, pour Mounier, ce n'est pas l'immoralité, la faute, le péché, mais « l'abandon à l'automatisme impersonnel de l'instinct ou de l'habitude >.Rien ne lui répugne autant que la morale des compromis entre « les exigences de valeurs et les forces prémorales > qui ne fait qu'entretenir une médiocrité égocen-trique, indifférente et aveugle.Le mal moral commence avec l'imposture, c'est-à-dire avec la technique courante du bien-vivre et de l'hygiène ou bien avec cette obsession morale qui t installe dans la vertu l'esprit de propriété, et bloque plus souvent les voies de la moralité qu'elle ne les ouvre ».Ce n'est pas le souci de l'intégrité individuelle qu'il faut entretenir partout mais avec des valeurs universelles qui les dépassent.Ce n'est certes pas facile ni donné d'un seul coup.Mais je crois que nous aurions tort de cultiver, comme il nous arrive, le désaccord systématique, que nous prenons pour de l'inquiétude, alors qu'il n'est souvent qu'une manière de nous flatter nous-mêmes ct de nous refuser au choix.Seules les valeurs ont le pouvoir de nous engager totalement, car notre liberté ne peut se vivre à fond que dans sa liaison radicale avec l'absolu.C'est le grand enseignement de Mounicr.On va où l'on croit.'1' ( 1 ) Les aillions du Seuil ont publié récemment l'oeuvre complète de Mounicr en 4 volumes, ainsi que l'osai de Candide Moix qui en constitue l'admirable introduction : La pensée d'Emmanuel Mounier (Seuil, 1960).avoir la possibilité d'examiner les comptes de la corporation, de connaître par le détail les tractations qui ont entouré la mise sur pied du Festival ct surtout savoir quel esprit préside au choix des spectacles qu'on entend présenter au public dans cette salle.Mais même sans ces précautions, les oppositions au Festival me paraissent dépasser sérieusement l'objectif immédiat ct une question beaucoup plus grave se pose : « Et si c'était la conception même de la Place des Arts qui se trouve en cause ?> La première inquiétude qui m'a saisi lorsque j'ai visité les lieux, c'est l'immensité de la salle.Est-il réaliste de construire à Montréal, ville d'un peu plus d'un million d'habitants une salle de 3.000 places ?Que l'on songe que l'Opéra de Paris ne compte que 2.130 sièges et que le Carncggic Hall en a 2.760 ! J'ai choisi à dessein deux édifices réputés, situés dans des capitales d'une part beaucoup plus importantes que Montréal (Paris : 5 millions, New York : 9 millions) ct d'autre part constamment visitées par des touristes qui viennent dans ces villes entre autre pour aller au spectacle.On peut se demander où les 21 hommes d'affaires, chargés de construire ct d'administrer la Place des Arts espèrent trouver au cours de toute une année les 3.000 personnes susceptibles de remplir leur salle, mettons 300 jours sur 365, ce qui serait une moyenne honorable, mais ce qui correspond à près d'un million de spectateurs par an ! Quand on se penche en plus sur le prix des places : $10 pour un concert symphonique ct $15 pour un opéra — prix minimum s'entend — on lève les bras au ciel pour les laisser retomber .Il me semble que c'est de cette conception délirante de la Place des Arts que découlent les difficultés qui surgissent dès le premier usage ?14 qu'on veut faire de la place.Il apparaît de façon évidente que cette salle est prévue pour accueillir des troupes de passage, soit d'origine européenne comme le Covent Garden qui commence à Montréal sa tournée nord-américaine, soit d'origine américaine, Montréal servant de banc d'essai, de lieu d'amortissement, bref de « garage » à des spectacles de tout ordre.Malheureusement même dans cette optique le calcul de nos « 21 » risque de se révéler catastrophique.Ne prête-t-on pas déjà à M.Koudriatzcff, principal importateur de grands spectacles, ce mot : « C'est trop petit pour moi ou trop grand ! Pour le Bolshoï par exemple, il me faut les six à sept mille places du Forum; pour Yves Montant, même le St-Denis n'est pas rentable.> Mais alors, qu'adviendra-t-il de l'exploitation de la Place des Arts ?Aussi ma deuxième inquiétude provient du fait que la Municipalité de Montréal se soit engagée à couvrir les déficits éventuels.Comme ces déficits semblent être au départ inéluctables, la Place des Arts risque très rapidement d'être le gouffre des Arts et, de cette manière, si les Montréalais auront peu d'accès sur la scène et dans la salle, ils auront la satisfaction de se sentir tout de même un peu concernés par la Place des Arts, puisque ce sont eux qui en régleront la note tous les ans.Pareille satisfaction risque très peu de calmer les esprits.Il s'agit en quelque sorte d'une entreprise privée qui compte marcher aux frais du contribuable.Si encore cette entreprise se mettait au service des valeurs culturelles de notre métropole — mais tel n'est pas le cas ! — on pourrait à la rigueur accepter un sacrifice pécuniaire général ou si ces brillants businessmen endossaient eux-mêmes les pertes d'argent — en somme nous aurions un autre Qucen Elisabeth dans la métropole — on ne s'offusquerait pas d'apprendre qu'ils envisagent entre autre d'organiser des défilés de mode dans le c Temple do l'Art ».Mais encore une fois, c'est dans nos poches que la main délicate de la Corporation plonge pour trouver la monnaie (Plus de six millions à l'heure qu'il est sous forme de subventions provinciales, municipales et dons particuliers).On le voit : les remous provoqués par la mise en route du Festival d'inauguration de la Place des Arts dépassent infiniment la cause apparente et immédiate.En réalité, le navire construit par ces messieurs fait eau de toutes parts avant même d'avoir pris la mer ! Mais surtout l'affaire de la Place des Arts actualise cruellement le slogan du Parti que l'élec-torat québécois a porté au pouvoir : « Maître chez nous ! » On peut même considérer ce phénomène comme exemplaire puisqu'il étale au grand jour l'aliénation des valeurs culturelles par les dictats économiques, aliénation d'autant plus funeste qu'elle a été entérinée par le pouvoir politique.Ce conflit revêt une gravité capitale du fait qu'il avoue cyniquement l'inféodation anglo-saxonne des milieux d'affaires québécois, aveu qui comble d'aise les esprits gagnés au séparatisme.On se souvient que la fondation de la Corporation Sir-Gcorgcs-Etiennc-Carticr remonte à sept ans, c'est-à-dire qu'elle a vu le jour sous un régime où la Province restait plongée dans une léthargie plus ou moins acceptée et que les hommes politiques d'alors élevaient le veau d'or anglo-saxon dans une écurie dite nationale.Voici qu'en moins de cinq ans, nous avons assisté à une véritable explosion de la volonté de vivre du peuple québécois, explosion positive qui se manifeste aussi bien sur le plan économique (nationalisation de l'électricité, projet sidérurgique) que sur le plan artistique (consécration internationale de la peinture, de la littérature canadienne-française).Il serait donc souhaitable que notre métropole possédât au moins une salle, largement subventionnée, gérée par des personnes compétentes et où pourrait s'exprimer dans les meilleures conditions l'âme canadienne-française.Ce serait en même temps faire de Montréal un centre d'attraction internationale, car, qu'on veuille bien y songer, ce n'est pas M.Boussac qui fait courir le monde entier à Paris, mais bel et bien l'Opéra de Paris, la Comédie Française, enfin toutes les manifestations artistiques des décorateurs, des costumiers, des auteurs et des interprètes du goût français.Or Montréal assemble assez de talents pour espérer une audience internationale, mais ce ne sera assurément pas dans le garage de la Corporation que ces talents trouveront à s'employer.Aussi suis-jc tout à fait opposé à la municipalisation, réclamée par Jean-Paul Jcanot-te.Il faut au contraire laisser ce jouet coûteux et inexploitable à ceux qui espèrent se l'offrir à nos frais.Qu'ils le gardent, que la municipalité annule son engagement et qu'on débaptise la Place des Arts.J'ai déjà un autre nom à proposer : Le Mink Square.?15 TRANSPORT EN COMMUN ET EXPANSION URBAINE par R.W.G.BRYANT A/fONTREAL est en train de se construire un -LV-Lmétro.C'est là une initiative qui s'imposait, une initiative qui s'inscrit dans la ligne de conduite qu'ont suivie toutes les villes qui, de par le vaste monde, ont atteint l'importance de Montréal.Il est généralement reconnu que le rail électrique est le moyen de locomotion qui va de soi dans le domaine du transport massif des populations.Les fabricants d'automobiles auront beau mousser leur propagande en vue de dissimuler la vérité, aucune grande ville ne peut résoudre scs problèmes de circulation simplement en construisant un plus grand nombre de voies rapides ct en s'en remettant uniquement à l'automobile comme moyen de transport.C'est d'ailleurs parce qu'elles s'étaient fiées à pareille propagande que quelques grandes villes américaines ont couru à leur perte.Mais mon but n'est pas ici d'insister sur un point qu'a d'ailleurs très bien compris l'administration montréalaise.Je voudrais plutôt souligner certains principes qui doivent présider à la mise sur pied d'un système urbain tle transport rapide ct apporter quelques suggestions s'appliquant spécifiquement au contexte montréalais.Nécessité d'un plan d'ensemble Reconnaissons d'abord qu'aucun système de transport en commun n'a véritablement de sens que s'il s'intègre dans un plan général d'expansion urbaine.Or, compte tenu du fait que l'île de Montréal n'englobe d'aucune façon ce qu'on appelle la région métropolitaine, un plan d'ensemble s'impose qui tienne compte, non seulement de l'île de Montréal proprement dite, mais également de l'île Jésus, de Rcpcntigny, de la rive sud et de bon nombre de secteurs au nord de la rivière des Mille-Iles, voire même des banlieues de Dorion ct de Vaudrcuil.Reconnaissons ensuite que les courts embranchements de métro qui desserviront Craig-Cré-mazic ct Atwatcr-Frontcnac ne représenteront qu'un départ.Prenons comme exemple Londres ct Paris où les premières galeries de métro ne s'enfonçaient qu'à de faibles distances en comparaison avec ce qui est devenu aujourd'hui le nerf vital de ces régions urbaines en perpétuelle expansion.Ces galeries-souches ont été prolongées jusque dans les banlieues par la suite, se prévalant très souvent des droits existants détenus encore par les chemins de fer.Pour ne citer qu'un exemple, la ligne Bnkcrloo à Londres n'avait été forée au départ qu'en fonction d'un circuit relativement court ct destiné à faire le raccord des deux galeries maîtresses de Waterloo et de Baker Street.Dès 1922, la galerie a été prolongée vers le nord jusqu'à Quecn's Park, d'où elle débouche en surface ct poursuit sa route durant des milles jusqu'à Watford, ct ce, en ligne parallèle aux voies UNE UNITÉ DE VOISINAGE Une unité de voisinage doit être dessinée pour les foyers, non pas pour les automobiles.L'automobile doit être disciplinée tout comme le chien.Elle ne doit pas sauter sur les gens, ni bousculer les enfants, ni gâcher les parterres, ni faire des bruits irritants, ni commettre d'autres actes aussi reprêhcnsibles.Elle possède son domaine propre, lequel doit être aménagé pour elle, et elle doit apprendre à garder sa place.Elle doit être pourvue d'espaces pour se déplacer, — lentement et sans aboyer — et d'endroits pour se coucher.Dans chaque unité de voisinage, les automobiles doivent toutes être aimables et gentilles.On doit encourager les automobiles pas aimables à casser leurs ressorts, ou à s'envelopper autour des arbres.16 ferrées qui relient Londres à Manchester, à Glasgow puis aux régions du nord.Les trains souterrains empruntent des voies distinctes en marge de la voie centrale qu'ils n'utilisent qu'à l'arrivée ou au départ des terminus.L'expérience du "Bakcrloo" qui remonte déjà à quarante ans, a servi de point de départ à nombre d'autres initiatives du même genre depuis.C'est assez dire que le métro n'est plus un moyen local de transport en commun, et qui dessert uniquement le centre d'une ville donnée.Au contraire, conformément à l'accroissement de la population, il tend à se développer et à s'intégrer aux autres moyens de transport à l'extérieur de la ville et de la banlieue proprement dite.Pour prendre à Montréal même un point de comparaison, demandons-nous quelles relations et quel genre d'intégration peuvent exister entre la future ligne de métro Atwater-Frontcnac et le service de banlieue du Canadien Pacifique qui relie les stations de Windsor et de Vaudrcuil ?Il est bien évident qu'il n'en existe pas.Autre considération.Un système de transport en commun doit être relié aux autres projets d'aménagement urbain qui sont en cours et ce, de manière à favoriser une expansion logiquement planifiée.En d'autres termes, pareil système ne saurait se développer au hasard et à la bonne franquette.L'exemple de Stockholm Dans le cas — célèbre — de Stockholm, par exemple, les nouvelles agglomérations de banlieue se sont développées en grappes le long des lignes de métro, et chaque bouche de métro est située dans un quartier d'assez forte densité.En fait, les centres communautaires sont en quelque sorte construits autour de ces bouches de métro, si bien que le public est ainsi encouragé à emprunter les transports en commun.En conséquence, le va-et-vient des gens est suffisamment élevé pour assurer un service fréquent et adéquat, même dans un pays qui, comme le Canada, détient un taux élevé d'automobiles par rapport à la population.En bref, le transport par le métro devient vraiment efficace et populaire quand les gens peuvent, par exemple, sortir d'un centre d'achats en empruntant un escalator qui les dépose directement devant la bouche de métro.Le seul exemple montréalais que nous ayons est celui de la Place Ville-Marie où l'escalator est relié directement à la Gare centrale.Par contraste, il suffit de voir ce qui se passe à Dorval où les centres d'achats s'étalent sur un côté du rond-point et les petites gares de chemin de fer sur l'autre.Tout cela semble avoir grandi à la va-commc-jc-tc-pousse, sans aucun plan directeur et sans coordination.En Suède, un centre commercial comme celui de Dorval aurait été bâti sur une élévation de béton, au-dessus des voies ferrées, et une série de conciergeries de luxe occuperait l'espace pris actuellement par les immeubles commerciaux et les parcs de stationnement.Le tout eut été relié par des passerelles enjambant le boulevard Stc-Anne.En fait, on a à Dorval l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire.On serait tenté d'ajouter que pour corriger pareille erreur, il n'y a plus qu'à recouvrir le tout d'une plateforme en béton qui partirait du parc de stationnement de l'aéroport et viendrait rejoindre le centre d'achats.Sur cette plateforme on n'aurait plus qu'à recommencer à neuf.Qui sait ?Au fur et à mesure que le prix des terrains augmente, cette suggestion finira peut-être par apparaître comme étant la plus économique ! Ce serait, en tout cas, l'emplacement tout indiqué pour que se développe un centre d'affaires qui serait relié à celui de Montréal par des voies automobiles et ferroviaires adéquates.Le cas des « bungalows » Il y a beaucoup d'autres aspects qui présentent des difficultés.Par exemple, celui de laisser se développer une région dans le style classique nord-américain — celui des « bungalows » — puis de tenter d'installer ensuite un système de transport rapide pour desservir la dissémination domiciliaire qui en découle.En pareil cas, le problème est simple.On comprend tout de suite que pour ce genre d'aménagement, il n'existe pas de point central de départ pour la circulation qui soit suffisant pour justifier un service de transport public à une clientèle raisonnablement abondante.L'aménagement domiciliaire à faible densité est l'ennemi du transport public.On compte quantité de secteurs de ce genre où les habitants doivent se rendre à leur travail en automobile, qu'ils le veuillent ou non, tout simplement parce qu'il n'existe pas de transport en commun adéquat.Il n'est certes pas facile de faire comprendre ce problème au public et de modifier des habitudes de pensée établies.Mais on devine quel facteur dispendieux constitue cette obsession du « bungalow > détaché, envisagé comme seule demeure convenable pour des gens bien.Personnellement, je ne vois pas de solution aux problèmes énormes de nos banlieues tant que le public n'adoptera pas, avec autant d'empressement, d'autres formes d'habitations — et par là, je ne veux pas nécessairement dire des immeubles à appartements ou des conciergeries.Il existe tellement d'autres types d'habitations, qui gaspillent moins l'espace que nos « bungalows > et qui soient plus agréables que les « duplex » ou conciergeries que l'on trouve généralement à Montréal.17 Si j'avais à donner mon goût, je dirais que je préfère l'ancien type de maison romaine, construite autour d'une cour intérieure, beaucoup plus propice à l'intimité que le parterre ordinaire de banlieue (qui est, en réalité, l'endroit le moins intime qui soit).Là où les Romains logeaient leurs esclaves, on pourrait de nos jours loger l'esclave moderne : l'automobile.MM.Schocnaucr ct Sccman ont publié récemment un excellent livre sur ce genre de maison, le t Garden Court Housc > (McGill Univcrsity Press), qui mérite d'être diffusé bien au-delà des milieux purement professionnels.Sous l'aspect de la densité, ct c'est le point important eu égard au transport, il est très possible de construire de telles maisons, sans jamais dépasser un seul étage, à une densité atteignant 20 maisons à l'acre, au regard de 4, 5 ou 6 que l'on trouve dans nos banlieues ordinaires.Mais pour construire de telles habitations, il faudra probablement engager une lutte à mort contre les préjugés populaires ct les règlements de zonage qui semblent soigneusement conçus de façon à empêcher toute solution audacieuse ou originale aux problèmes de l'aménagement domiciliaire.Le tunnel sous la montagne Mais pour revenir aux transports en commun, nous avons ici à Montréal l'embryon d'un réseau de métro urbain.Toutefois, ce réseau doit être étendu aussi rapidement que possible à la banlieue de façon qu'on puisse l'utiliser au maximum.Je ne suis pas au courant des progrès récents qui ont pu être réalisés au sujet de l'éventuelle acquisition par la ville du tunnel du Canadien National sous le Mont-Royal.Cette question ne devrait sous aucun prétexte être considérée comme une affaire uniquement montréalaise.Il faudrait l'examiner dans un contexte régional.L'acquisition du tunnel devrait être le point de départ d'un dispositif intégré de transports en commun sur une base régionale.La modernisation d'une ligne à partir de la Gare centrale jusqu'à Cartierville et Montréal-Nord seulement ne suffit pas.Les lignes existantes des compagnies ferroviaires, soit du Canadien Pacifique, soit du Canadien National, pourraient être prolongées, mais la mise en place de nouvelles lignes serait nécessaire dans les agglomérations de la banlieue éloignée.Le choix de Cartierville comme terminus ne paraît pas très logique à l'heure actuelle.Ce choix aurait pu se justifier à l'ère des tramways, il y a cinquante ans.On pourrait en dire autant du choix de Val-Royal.Qu'arrivcra-t-il, en vertu des projets actuels, à la ligne électrifiée qui relie Val-Royal ct St-Eustachc ?S'attcnd-on que les usagers utilisent les trains diesel sur ce tronçon pour changer ensuite de véhicule et emprunter les trains électriques à Val-Royal ?Je ne puis imaginer rien de mieux pour discréditer le service aux yeux des usagers.Les banlieues excentriques Nous assistons à l'heure actuelle à une exubérante expansion sur la rive nord, dans le voisinage de Stc-Gcncvièvc.L'allongement du Boulevard métropolitain sera également un autre facteur d'expansion dans cette partie de l'île de Montréal.Avec les années, Ste-Geneviève, ct même l'île Bizard, connaîtront une expansion identique à celle de Pointe-Claire ct de la Baie d'Urfc.Il est à prévoir que dans quelques années, le nouveau tronçon du Boulevard métropolitain sera encombré ct qu'on devra envisager la création d'une autre autostrade.Toutefois, le coût de construction de cette autostrade sera plus élevé de fait que la dite route devra traverser un secteur qui aura d'ici là été aménagé.Ccst comme si l'on voulait remplir d'eau un panier.Cela n'est pas du domaine de la fantaisie.Les Etats-Unis ont eu à faire face au même genre de problème, à Long Island, par exemple, où le coût de construction initial, déjà énorme, a été gonflé par suite des coûts d'expropriation ct de démolition de maisons nouvelles construites.Comme on le voit, il serait bien mieux de faire montre de clairvoyance dès maintenant.Ce qu'il faudrait faire du tunnel ne se ramènerait pas à sa modernisation jusqu'à Cartierville : on en devrait poursuivre la transformation jusqu'au-delà de Roxboro puis, à partir de là, construire une voie ferrée entièrement nouvelle, passant par Stc-Gcncvièvc ct Scnnevillc, effectuant une boucle autour de la rive nord de l'île de Montréal pour rejoindre les voies déjà existantes quelque part près de Saintc-Annc-dc-Bcllcvuc.De ce point, la voie nouvelle irait vers Montréal, le long des chemins de fer déjà construits.Cela doterait d'un cadre logique l'expansion qui se produit actuellement dans les localités de la rive nord, ct ce, au moindre coût.Quelle tragédie de voir que la vieille ligne des chemins de fer nationaux qui passait au milieu de Lachinc, n'ait pas été préservée.Elle aurait été le lieu idéal d'une telle ligne de transport en commun rapide.La décision d'abandonner ct de morceler ce terrain dont on n'avait plus besoin aux fins de la principale ligne de chemin de fer, sans qu'on ait accordé la moindre considération à sa valeur en tant que partie d'un réseau régional de transport pour usagers, doit être citée comme seulement un des nombreux résultats malheureux provenant de ce qu'on n'a pas réussi à préparer un plan métropolitain bien avant qu'elle ne soit prise.On peut difficilement blâmer le conseil municipal de Lachinc de n'avoir pas envisagé la question d'un point de vue régional, quand personne d'autre ne l'a fait non plus.Un service de transport en commun rapide le long de ce trajet « en grand cercle », fait par des 18 trains électriques fréquents ct rapides, remplacerait non seulement les services démodés que donne maintenant le tunnel du Mont-Royal, mais encore les trains de banlieue du Pacifique Canadien sur la ligne du lac Saint-Louis qui, en son état actuel, n'apporte qu'une piètre contribution au soulagement de la congestion de la circulation sur les grandes routes.Resterait à considérer quelle serait la meilleure manière de faire se rejoindre les deux bouts de ce réseau au coeur de Montréal.Serait-il mieux de faire aboutir les trains à la Gare centrale le long de la ligne déjà existante des chemins de fer nationaux, ou de ressusciter le vieux projet de relier la Gare centrale à la Gare Windsor ?La question est plus compliquée en ce qui touche aux autres directions à partir du centre de la ville.La structure de l'expansion sur la rive sud est si informe qu'il n'est pas facile de dire de quelle façon elle pourrait être le mieux desservie par un service de transport en commun rapide en fonction de cette structure ct en tout cas, cela impliquerait la grosse dépense qu'entraînerait la construction de ponts au-dessus du fleuve, car les voies existantes sont utilisées à pleine capacité par les grandes lignes.Problèmes divers C'est une règle indiscutée que le service électrique de banlieue doit disposer de voies indépendantes, même si elles sont parallèles aux voies du réseau national.Sur la rive nord, l'essentiel est de créer quelque moyen de desservir l'île Jésus.Les projets actuels de transports rapides entre la Gare centrale et Montréal-Nord n'y pourvoient pas.Un moyen évident consiste à utiliser la voie actuelle du Pacifique Canadien, facilement accessible de la voie de chemins de fer nationaux entre Côte Vertu ct Ahunlsic.Le projet actuel de service fréquent à Montréal-Nord pourrait facilement être complété ou remplacé par un service ultra-rapide parallèlement au réseau actuel du Pacifique Canadien, jusqu'à Sainte-Thérèse, ou même Saint-Jérôme.Le prolongement de cette voie de banlieue parallèlement à celle de Québec, vers Terrcbonnc, stimulerait la croissance des collectivités satellites, aménagées dès leur fondation en rapport avec le service rail, comme la banlieue de Stockholm, ct non pas laissées à croître sans ordre, éparpillées autour d'une autoroute ou de l'autre.On pourrait aussi envisager d'étendre le transport rapide autour de l'extrémité est de l'île de Montréal, en utilisant pour la plus grande part les voies actuelles, par exemple, celle de Montréal-Nord à la Pointc-aux-Trcmblcs.Cela constituerait une solution logique ct complète pour l'île de Montréal; elle consisterait en une structure de deux réseaux, de l'est à l'ouest, tous deux prenant naissance à la Gare centrale, ct desservant des zones voisines des cours d'eau, zones pour la plupart développées ou en voie de développement.En ce qui concerne la périphérie, le système peut être lié par des raccords au métro proprement dit actuellement en voie de construction.Mais il faut établir une distinction entre le métro qui dessert le noyau urbain à très forte densité d'occupation, ct les réseaux cités de banlieues qui répondent à une fonction très différente.Tout progrès, selon le plan général que nous proposons, dépend de deux éléments importants.11 faut d'abord une autorité régionale efficace, susceptible de résoudre le problème en fonction de toute la région, y compris, il va de soi, les chemins de fer nationaux ct le Pacifique Canadien, tous deux intéressés au premier chef.Le financement Comme bien l'on pense, il faut considérer le financement de pareille construction en fonction de l'intérêt public en général.On ne devrait pas nécessairement s'attendre à en tirer un profit, ni même espérer un autofinancement.Si on se trouve à rencontrer le coût, tant mieux.Mais, selon l'expérience d'une ville après l'autre aux Etats-Unis, le transport public, à une échelle adéquate, provoque un soulagement, tant de la congestion sur les grandes routes que des nerfs des gens qui les cmpmntent, à tel point qu'il apparaît clairement qu'il ne faut pas considérer pareille entreprise dans un sens étroitement commercial.C'est la ville de Philadelphie qui représente le cas classique.Voici une ville qui paie des subsides aux compagnies de chemins de fer Pcnnsyl-vania ct Rcading pour qu'elles maintiennent leur service de trains de banlieue à un niveau plus élevé que celui qu'elles trouveraient profitables autrement.Cette attitude se fonde sur l'idée, pleine de bon sens, qu'il en coûterait plus cher à la ville de construire la grande route qui serait nécessaire sans cela.On en fait maintenant autant à Boston ct au Ncw-Jcrscy.Mais, s'il s'avérait nécessaire d'user de pareille mesure dans les environs de Montréal, qui en défraierait le coût ?Ce ne serait sûrement pas le problème de la seule Cité de Montréal.Ce qui nous ramène au premier point : le besoin d'une organisation métropolitaine ct d'un plan d'expansion métropolitain.Ce dont on a le plus besoin en définitive, c'est d'une clairvoyance intelligente.?19 D'UNE ÉVOLUTION NÉCESSAIRE René HURTUBISEH'I "^[OUS allons exposer sommairement l'évolu-L^ tion de renseignement classique dans le Québec au cours des quelque vingt dernières années et souligner par là que nous nous leurrons en considérant les collèges classiques tels que nous les connaissons aujourd'hui comme étant encore des institutions privées.Nos recherches ont porté particulièrement sur les questions financières, comme les subventions, directes ou indirectes, les garanties d'emprunts, ou autres avantages du genre, et ce n'est qu'incidemment que nous aborderons les problèmes connexes, comme l'autorité académique, l'accroissement du nombre de professeurs laïcs et le reste.Nous terminerons enfin en énonçant des conclusions très pragmatiques qui tenteront d'établir de quelle manière nous réussirons à mettre l'enseignement classique à la disposition de tous les étudiants intéressés dans le plus bref délai possible, compte tenu des deniers dont nous disposons.I - Historique 1 riî htape : du début au Rapport Tremblay inclusivement.Tout le monde sait que jusqu'en 1944 les institutions privées dispensaient en exclusivité l'enseignement classique au Québec.Nous n'avons pas ici à remémorer les raisons de cet état de fait.Le premier accroc à cette exclusivité date de 1944.lit dans les 5 années qui vont suivre, soit de 1944 à 1949, le diocèse de Chicoutimi sera le théâtre des premières tentatives (ou intrusions) des commissions scolaires dans le domaine de l'enseignement classique.C'est ainsi qu'à Arvida, Port-Alfred, Dolbcau, Jonquières, La Malbaic, Baie St-Paul, et le reste, les commissions scolaires prennent l'initiative d'établir une section classique, et cela d'une façon empirique, à savoir en ouvrant d'abord une classe d'éléments latins à laquelle s'ajoutent annuellement par la suite une syntaxe, une méthode et une versification.Cette expérience est bien de chez nous, en ce sens qu'elle est marquée au coin de la tolérance .En effet, les commissions scolaires agissent en marge de la loi de l'Instruction publique puisque celle-ci ne leur reconnaît pas ce pouvoir.(Ce qui prouve que la tolérance est toujours profitable si l'on peut en jouir suffisamment longtemps).(I) Professeur n la Faculté de Droit, Université de Montréal.Cette initiative qui répond, à n'en pas douter, à un besoin de la population locale — et indique une carence du système alors établi — se propage assez rapidement, et de 1948 à 1953 c'est la rive sud qui répète l'expérience, v.g.Rivière-du-Loup, Matane, Granby, Sorcl, Drum-mondville, Magog, etc .Cette ronde est couronnée, en quelque sorte, par l'autorisation donnée en 1954 par le Comité catholique du Conseil de l'Instruction publique de continuer ou de créer 19 sections classiques dans certaines localités de la province, et ce à la suite du rapport du Sous-Comité de coordination de l'enseignement.Cependant, pour que le tableau de cette situation soit exact, vous devez vous rappeler que ces 'sections classiques' ne relèvent des commissions scolaires qu'aux points de vue institutionnel et financier.Au point de vue académique, les commissions font appel à l'évêque du diocèse et/ou au petit séminaire local, quand ce n'est pas au directeur de ce séminaire, qui prennent en mains la direction des études .Il est probablement impossible d'agir autrement, puisque les programmes d'études tracés par le D.LP.ne contiennent aucune directive à ce sujet.Ceci nous mène à l'époque de la Commission Tremblay, et nous croyons opportun de vérifier l'aide financière que les collèges classiques dits privés reçoivent du gouvernement à l'époque.Nous passons sous silence ce qui s'est fait avant 1922.parce que ce fut insignifiant.A cette date, une Loi des subventions aux collèges classiques est votée, que nous retrouvons dans les statuts refondus de 1925 (ch.134) et 1941 (ch.61 ).La loi prévoit que la subvention est « applicable à l'aménagement ou à la création de cabinets et de laboratoires de sciences, à l'achat de livres et, de façon générale, au perfectionnement de l'enseignement secondaire » (a.6).Il est aussi permis d'en divertir une partie en paiement de l'instruction donnée gratuitement aux élèves pauvres (a.8).En vertu de cette loi, les collèges classiques reçoivent une somme annuelle de $10, 000, portée à $15,000 depuis 1951 (par arrêté en conseil).A cette somme s'ajoutent, sur une base toute discrétionnaire, les subventions versées à l'occasion d'anniversaires ou de construction d'immeuble.Bref, la contribution de l'Etat au budget des collèges est encore assez maigre, ce qui permet à ces institutions, dans leur Mémoire à la Corn- 20 mission Tremblay, d'invoquer leur caractère privé ct d'y voir certains avantages : « ., cette indépendance vis-à-vis de l'Etat permet aux institutions de poursuivre leur oeuvre en toute liberté, sans immixtion du gouvernement dans les programmes, le choix des maîtres, l'administration ou les règlements de la maison.> (p.11) Cette indépendance chérie s'explique assez bien par le système administratif des collèges emprunté par les religieux aux normes prévalant dans leurs communautés.Comme le disait un journaliste en septembre dernier (Claude Ryan, Le rôle de l'Etat, p.137) « L'autorité des supérieurs y fut, en général, très étendue ct même le plus souvent discrétionnaire.» Doublement consciente ct de ce phénomène nouveau que constituait l'apparition des t sections » classiques publiques ct des difficultés financières des collèges privés, la Fédération des collèges classiques présente à la Commission Tremblay un mémoire de quelque 300 pages dans lequel clic exprime, entre autres, la crainte de perdre des élèves au bénéfice du secteur public (p.79), ct déplore l'infériorité matérielle de ses membres par rapports aux écoles publiques réclamant pour eux une aide comparable, au moins dans une certaine mesure, à celle accordée aux écoles relevant du D.I.P.ou d'un ministère provincial (p.81).Dans le but d'éviter la concurrence ct de lui substituer la coordination, la Fédération se prononce en faveur de la parité académique ct de la parité financière.Ot pour atteindre cette dernière, clic formule quelques suggestions qui, comme vous le savez, ne sont pas demeurées sans échos.Par exemple, des o) allocations d'études post-élémentaires à être versées aux parents — ct doublées dans le cas des enfants pensionnaires; b) à titre d'aides aux collèges eux-mêmes, une subvention de S75.par étudiant, une subvention de base annuelle de S 15,000.par collège, des subventions spéciales favorisant l'achat, la construction ct l'amélioration d'immeubles, l'instauration de prêts remboursables à long terme ct portant un intérêt à un taux modique tant pour fins immobilières que pour la consolidation des dettes ct, enfin, le versement d'une contribution annuelle de 53,000.pour chaque professeur laïc dans le but de défrayer une partie de leur traitement.Malgré ces recommandations, la fédération conçoit encore les collèges classiques comme des institutions privées, mais intégrées au système.Il est nécessaire de mentionner ici que les membres de la Commission Tremblay n'approuvent pas nécessairement ce dernier point ct qu'ils soulèvent le problème qui nous préoccupe en ces termes : « La question qui se pose ici est celle de savoir si des institutions privées, étant désormais financées dans une forte proportion par des subventions publiques, pourront conserver leur caractère privé ct à quelles conditions.> (vol.III, tome I, p.172).2e étape : la fin des illusions, ou les années fatidiques 1959-61 I Trois événements, survenus durant ces années, sonnent le glas du libéralisme académique et mettent fin de façon péremptoire à cette conception possessive de la divulgation des études classiques.Ce sont les avantages financiers considérables accordés aux collèges classiques, la loi relative au collège St-Paul et les amendements à la Loi de l'Instruction publique consacrant l'existence légale des sections classiques publiques.1 — Avantages financiers dont bénéficient les collèges classiques : (Nous tenons, au début, à faire une double mise au point.D'abord, nous ne portons aucun jugement de valeur et il n'entre point dans le cadre de notre sujet de dire si, abstraction faite des priorités à reconnaître, les collèges reçoivent assez, trop peu ou trop d'argent du pouvoir public.Deuxièmement, nous ne prétendons pas que les collèges soient les seules institutions à profiter des avantages que nous allons énumérer.Notre souci est de découvrir objectivement les mesures qui les favorisent du côté financier.) Nous pourrions, pour fin de rationalisation, répartir en deux catégories les avantages financiers : les avantages directs, qui sont plus faciles à calculer et les avantages indirects dont l'évaluation exacte nous échappe.a — Les avantages directs : Un bref inventaire des textes de lois nous permet de les retracer dans la Loi des subventions aux institutions d'enseignement classique ct à d'autres écoles [(1959) S.Q., ch.45], la Loi concernant une aide financière aux universités de la province [(1959) ch.15] la Loi de l'Instruction publique (art.497 a), ct la Loi du financement des investissements universitaires (1960-61, ch.34).En vertu de ces statuts, chaque collège, à la condition d'être reconnu par le Conseil de l'Instruction publique, reçoit : i - une subvention de base de $2,000.par degré du cours enseigné, i.c.$2,000.pour les Eléments-latins, $2,000.pour la syntaxe, ct ainsi de suite,.ct non pas $2,000.pour chaque classe d'éléments, de syntaxe,.ii - une subvention additionnelle de $75.par étudiant inscrit aux cours régulier du jour; iii - s'il dispense l'enseignement à un niveau supé- rieur à la versification, une troisième subvention, variable celle-là, basée sur le nombre d'étudiants inscrits au niveau supérieur (i.e.collégial ou 4 dernières années).Cette sub- 21 vcntion qui remplace l'aide fédérale aux universités a été de $257.23 par étudiant en 1960-61 et est descendue à $232.67 en 1961-62.iv - quatrièmement, les commissions scolaires, régionales, sont tenues de verser aux collèges une somme maximum de $200 par étudiant relevant de leur juridiction, et qui fréquente ces collèges.Cette somme est destinée à couvrir au moins en partie les frais d'inscription et de scolarité.Avant de poursuivre plus avant, nous pouvons nous demander ce que ces sommes représentent dans le budget d'opération d'un collège.Durant les 3 dernières années, — selon les chiffres qui nous ont été fournis bien volontiers par la Fédération des collèges classiques — si nous considérons les revenus du budget moyen des externats, entre 48.39 et 54.58% résultent des frais de scolarité, 40% viennent des subventions gouvernementales et de 6 à 10% de dons, d'entreprises auxiliaires et de sources diverses.Nous devons toutefois préciser qu'au niveau des quatre premières années les % des frais de scolarité sont payés par les commissions scolaires, tandis que pour les quatre dernières années les parents acquittent entièrement les frais.Tous calculs faits, cela revient à dire que 55 à 60% environ du budget d'exploitation dérivent des fonds publics.Il est cependant admis que si nous comptions comme des dons la part de salaire qui n'est pas versé aux ecclésiastiques et religieux, la proportion est modifiée de façon à laisser encore à 42% la part provenant de l'Etat.1'1 De toute façon, en 2 ans (1961-62, 1962-63) le gouvernement a déboursé de la sorte $9,614,360.00 en faveur des collèges classiques, et ceci n'inclut pas la part des commissions scolaires.Si nous reprenons maintenant notre énumé-ration des subventions, nous en sommes rendus au cinquième point : v - Subventions concernant le financement des investissements, i.e.de toute dépense en immobilisations, y compris le coût d'acquisition de mobilier scolaire ou d'appareils scientifiques.Aucun montant fixe n'est prévu pour les collèges classiques, mais selon les informations qui nous ont été fournies par le ministère de la Jeunesse, la province a versé $13,493,152.21 en 1961-62 et $11,543, 000.00 en 1962-63, soit un total de $25,036,152.21 en deux ans.vi - Enfin, sixièmement, en ce qui concerne ces investissements, les collèges classiques peuvent emprunter auprès de la Société centrale d'hypothèques, et dans le but de leur faciliter la tâche, la province accepte de garantir ces emprunts.Au cours des 2 mêmes années, la province a garanti des emprunts du genre s'clcvant à $8'/4 millions, sans parler des emprunts d'opération totalisant %6Vi millions qui furent également garantis par ailleurs.b — Les avantages indirects : Dans cette seconde catégorie, nous incluons les exemptions de taxes foncières municipales et scolaires.Nous ignorons toutefois la somme que ces exemptions représentent.Nous mentionnons encore, mais sans insister, les avantages que les collèges, et plus particulièrement les communautés religieuses, peuvent retirer de la Loi pour faciliter la formation universitaire du personnel enseignant (9-10 Eli.II.ch.26) que ce soit sous forme de bourse d'études universitaires ou de bourses de recherches.Nous n'avons à nouveau aucune statistique à offrir, et nous répétons que nous ne désirons point insister ici, c'est plutôt en tant que citoyens que les futurs professeurs tirent avantage de ces dispositions de la loi.En terminant l'analyse de ce premier point, une conclusion s'impose donc : les collèges classiques, par l'objet même de leur existence et à cause des sommes considérables qu'ils reçoivent de l'Etat ne peuvent plus prétendre être des institutions privés.En toute justice cependant, nous devons ajouter qu'ils transmettent au ministre de la jeunesse, scion les termes de la loi, « tous les renseignements qu'il peut requérir » d'eux.(Loi des subventions .ch.45, a.15).2 — La loi relative au collège St-Paul : Le deuxième des trois éléments de l'ère nouvelle que nous voulons souligner est la charte ou la structure juridique reconnue au collège St-Paul de Montréal par le parlement québécois en 1961 (ch.163, sanctionnée le 10 juin 1961).Nous voyons là une preuve additionnelle de l'intégration des collèges classiques au système d'enseignement public, une démocratisation des structures administratives, et une orientation suggérée aux autres institutions d'enseignement classique dites privées.Pour s'acquitter de diverses fonctions, ce collège compte un conseil des parents, un conseil académique dont font partie les membres du corps professoral et un conseil des membres-associés.Ce dernier comprend toutes personnes admises par le conseil d'administration.A la tête du collège, nous retrouvons le conseil d'administration, formé de 12 membres, «qui exerce tous les droits du collège et tous les pouvoirs nécessaires à son organisation, administration et développement.».A cette fin, le conseil peut adopter tous les règlements appropriés, mais à la condition qu'ils soient approuvés par une double autorité, soit l'archevêque catholique romain de Montréal, puisque le collège est catholique ro- 22 main, ct le ministre de la jeunesse qui a la haute main sur toutes les questions financières.Ce conseil, très représentatif, est composé de la façon suivante : • 5 membres nommés par le conseil des parents; • 2 membres nommés par le conseil académique; • 2 membres nommés par le conseil des membres-associés; • le recteur; • un membre nommé par l'archevêque; • un membre nommé par le ministre de la jeunesse.Us sont tous nommés pour 2 ans.sauf le recteur qui est là pour la durée de son engagement, (a.10).Bien que le ministre de la jeunesse n'ait qu'un représentant sur ce conseil, son contrôle sur les finances du collège est total puisque les décisions suivantes requièrent son approbation spéciale : — acquisition ou aliénation d'immeubles; — érection de nouvelles constructions; — placement de capitaux; — emprunts ct les hypothèques, nantissements et autres charges en découlant; — émission d'obligations et les gages en garantissant le paiement, (a.14).Le ministre doit aussi approuver le budget avant que celui-ci ne prenne effet, (a.15).Nous prenons pour acquis que nous n'avons pas à insister ici sur la nomination des officiers généraux, effectuée par le conseil d'administration, après consultation du conseil académique dans le cas du recteur, du directeur des études ct du directeur des élèves.Comme vous pouvez donc le constater, sur le point qui nous intéresse, Le.la question financière, non seulement le collège rend des comptes au ministre de la jeunesse, mais plusieurs décisions exigent son approbation expresse, ct même un de ses représentants siège à ce conseil.Et que dire des représentants des parents qui occupent 5 des 12 sièges?Ne sont-ils pas mieux en mesure, par la suite, de comprendre ct d'expliquer un déficit, qui pourrait entraîner une hausse des frais de scolarité, puisque eux-mêmes en compagnie des autres administrateurs auront géré les finances du collège ?3 — Les amendements A la loi de l'Instruction Publique : Depuis 1961, les commissions scolaires doivent offrir aux enfants soumis à leur juridiction l'enseignement secondaire.En ce qui concerne les études classiques, cela signifie des éléments latins à la versification, (a.497a).Pour s'acquitter de ce devoir, les commissions locales peuvent dispenser elles-mêmes cet enseignement, se joindre à une régionale, passer une entente avec une autre commission (ce qu'une régionale pourra également faire), ou enfin se contenter de payer les frais d'inscription ct de scolarité jusqu'à concurrence de $200.aux institutions indépendantes reconnues par le Conseil de l'instruction publique ou l'un de scs comités pour couvrir les frais occasionnés par les enfants relevant de leur juridiction.C'est là, sommairement, le point où en est rendu le secteur public.Ajoutons maintenant quelques remarques : Nous déplorons d'abord le fait que les commissaires ou syndics ne soient pas tenus d'ouvrir une section classique.Comme nous l'avons vu, ils peuvent se contenter de s'en remettre aux institutions indépendantes.Nous concédons que cela puisse être une nécessité au début, mais espérons qu'il ne s'agit là que d'une situation transitoire.Nous remarquons encore que même les commissions scolaires intéressées au développement de la section classique ne peuvent aller au-delà des 4 premières années, soit la moitié du cours actuel.Enfin, nous doutons même de notre qualificatif lorsque nous parlons d'un secteur public pour ces 4 années.N'cst-il pas vrai qu'avec leur requête au Surintendant demandant l'autorisation d'établir ces 4 années du cours classique les commissaires doivent transmettre une déclaration attestant t qu'une entente relative à l'organisation dudit cours est possible entre la commission scolaire et la faculté des Arts d'une université catholique de la Province, directement ou par l'intermédiaire d'un collège affilié; > Lois ct règlements scolaires de la Province de Québec (Miller, 1961, p.200) Bizarre situation que celle de l'enseignement classique public soumis à la férule d'institutions indépendantes quant aux directives d'ordre académique, telles que les programmes d'études, les manuels ct les examens.Il - Conclusions Après cette analyse, que nous avons voulue nos conclusions seront empiriques ct basées sur le fait que les revenus de l'Etat ne sont pas illimités, ct encore moins ceux qui sont destinés à l'éducation.Nous vivons dans un Etat économiquement faible.Volons maintenant la meilleure solution à tirer des faits énoncés plus haut et de l'affirmation incontestable que nous venons de faire.Si nous nous en remettons à la logique, nous songeons immédiatement à 2 catégories d'institutions d'enseignement classique : les institutions privés qui, bien que soumises à certaines exigences académiques, ne reçoivent aucune subven- 23 tion de l'Etat et le secteur purement public, intégré aux commissions scolaires.Nous n'avons pas à nous préoccuper ici des institutions purement privées.Si nous nous tournons ensuite vers la seconde catégorie, nous constatons immédiatement que c'est là le secteur que l'Etat doit développer avant tout, de façon à ce que toutes les régions, à l'échelle des commissions scolaires régionales tout au moins, dispensent l'enseignement classique aux enfants.Pour préciser notre pensée, nous souhaitons qu ele aPrlemcnt, lorsque les difficultés présentes (et réelles) au niveau secondaire auront été vaincues, autorise les commissions scolaires à achever leur oeuvre en offrant les 4 dernières années du cours classique.Il nous semble inadmissible que tous les élèves de la province, bien que leurs parents aient décidé à un moment donné de les inscrire au secteur public, aient néanmoins à passer par les collèges avant de parvenir à l'université.Mais que deviennent nos collèges, ou institutions semi-publiques, dans ce beau syllogisme ?A notre point de vue, il n'y a qu'une façon d'envisager le problème (et nous nous excusons à l'avance de la formule pamphlétaire que nous allons utiliser) : l'Etat du Québec est-il assez riche pour se permettre de financer à part entière les deux systèmes ?Nous ne le croyons pas, et même nous n'en voyons pas la nécessité, puisque chez nous les deux systèmes sont confessionnels.Celte dernière précision répudie à peu près toute analogie avec la situation prévalant dans certains pays d'Europe.Si, par hypothèse, l'Etat finance en entier le secteur public, et continue à défrayer dans une proportion d'environ 60% les dépenses du secteur semi-public, que va-t-il en résulter sinon un retard du développement de renseignement classique au Québec '.' Ce qu'il nous faut éviter, c'est le double emploi.En d'autres termes, nous ne devons pas construire 2 immeubles ou aménager 2 laboratoires dans une région ou un seul immeuble et un seul laboratoire suffiraient.Dans un domaine connexe, mais tout aussi important, nous devons viser à l'économie des maîtres.Nous connaissons la pénurie : tout le monde s'en plaint ! Utilisons-les au maximum dans une municipalité, et à cette fin que l'harmonie succède à la concurrence.La réalisation de ce programme ne nous laisse pas le choix: les collèges classiques doivent s'intégrer entièrement au système scolaire.Ils doivent institutionncllcmcnt et financièrement tomber sous la responsabilité des commissions scolaires, alors que, académiquement, ils relèveront d'une faculté des Arts en attendant l'avènement du Comité central de l'enseignement secondaire.Bref, là où il n'existe pas d'institution déjà en place, la commission scolaire (locale ou régionale selon les besoins) en établirait une, mais là où un collège existe la commission ferait appel aux forces déjà actives.Tout en ayant recours, par exemple, à la communauté religieuse pour fin d'enseignement, c'est la commission qui nommerait les professeurs, le recteur ou principal et le directeur des études.En plus de financer le tout par les moyens à sa disposition, la commission verrait encore à verser un loyer à la communauté propriétaire des lieux, à moins que l'on envisage l'achat ou une autre solution qui pourrait s'imposer à l'étude.Voilà, à notre point de vue, la conclusion idéale, et sans aucun doute la plus économique, dans notre contexte.Il nous reste enfin une dernière question à envisager, et, comme tous les problèmes, clic a plusieurs aspects.Nous ne prétendons pas la résoudre.Tout au plus nous contenterons-nous de la formuler.Premièrement, que deviendraient les collèges classiques qui refuseraient cette intégration ?Nous parlons des institutions qui touchent aujourd'hui des subventions.Cela veut dire reconnues par le Conseil de l'Instruction publique, donc, dont la qualité de l'enseignement est tout au moins présumée.Riposter que l'Etat doit leur couper les vivres peut être une réponse logique, mais est-ce sage ?Ces collèges ne pourraient-ils pas invoquer des droits acquis — (il est bien entendu que nous ne nous plaçons pas ici sur un plan strictement légal) ?— Dire que, parce qu'aidé par l'Etat, et moyennant promesse que la situation allait persister, sans allusion aucune aux réformes que nous avons suggérées ci-haut, l'on a décidé d'ouvrir un collège et que l'on s'est endetté à cette fin.Car nous ne devons pas oublier que la dette des collèges est aujourd'hui de S50 millions.Et si à ce refus s'ajoutait le désir manifesté par une forte proportion de la population demandant le maintien de ces collèges : l'Etat devrait-il conserver cette option ?Deuxièmement, si à rebours nous ne voulons pas non plus imposer aux commissions scolaires l'obligation d'accepter tous les collèges, qu'ad-vicndra-t-il, encore une fois, des institutions laissées en marge ?Les commissions peuvent avoir des raisons d'agir de la sorte : par exemple, parce qu'une municipalité compte plusieurs de ces institutions, ou encore par crainte d'une résistance non avouée de la part d'un collège qui risquerait de retarder le développement ou le bon fonctionnement des études classiques.Qui sera juge de ces conflits ?Dans ces cas marginaux, à défaut de meilleure solution, nous serions probablement prêts à reconnaître ces collèges comme des institutions semi-publiques.Mais alors, qu'ils s'alignent sur la formule du Collège St-Paul afin que nous soyions certains que le collège ne sera pas utilisé à d'autres fins.Que l'on établisse une nette distinction entre les revenus et dépenses du collège (luito au bas do la pago suivante) 24 LES ASPECTS ÉCONOMIQUES DU DÉSARMEMENT Monique FRAPPIER-DESROCHES* ()N discute beaucoup actuellement de désar-mement ct de prohibition des armes nucléaires, mais des enquêtes ont prouvé qu'une bonne fraction du public ignorait complètement ou en partie contre quoi il s'élevait ou ce à quoi il adhérait ct le pourquoi de son adhésion ou de son refus.Des organismes de recherche ct des mouvements militants combinent leurs efforts présentement pour renseigner les uns ct secouer la léthargie des autres vis-à-vis de ces questions épineuses.Divers ouvrages scientifiques ct vulgarisés ont été publiés dans le même but.Cependant trop nombreux encore sont les gens sérieux qui refusent systématiquement d'examiner les possibilités d'un désarmement nucléaire ou total.Pourtant, les implications économiques d'un désarmement mondial ont déjà été étudiées par les gouvernements de divers pays ct par le Secrétariat des Nations Unies.Des organismes de re- * Chargée d'enseignement junior au Département des sciences économiques de l'Université de Montréal.cherche aux Etats-Unis1'1 et en Angleterre12' ont, en plus, public des études statistiques et économiques appliquées à leurs pays respectifs sur les conséquences économiques d'un désarmement mondial éventuel.Toutes ces études arrivent à la même conclusion : le désarmement mondial est non seulement une possibilité économique mais un moyen de la transformation des industries ct de la main-d'ocuvre affectées actuellement à la production d'effectifs militaires, le désarmement pourrait augmenter le niveau de vie ct le bien-être de toute société, quel que soit le pays ct le régime économique à l'intérieur duquel cette société vit.En effet, les ressources mondiales de capital affectées à la production de biens ct de services ( 1 ) Economie Impacts of Disarmament ( Benoit Report) Washington, D.C.1962.U.S.Arnis Control and Disarmament Agcncy.(2) Economie Eflccts oj Disarmament, (Economist Intelligence Unit, United World Trust, Fcb.9, 1963, Great Britain).UNE ÉVOLUTION NÉCESSAIRE (suito do la pago prôcôdonfo) et ceux, par exemple, de la communauté religieuse qui en serait propriétaire.La corporation du collège, qu'elle soit propriétaire, locataire ou administratrice devra enfin rendre des comptes aux intéressés, Le.le ministre de la jeunesse, les commissions scolaires et les parents.Cette solution de compromis devrait cependant demeurer l'exception à la règle qui serait l'intégration des collèges et l'unicité du secteur de l'enseignement classique.(En somme, nous cherchons, dans une certaine mesure, à étendre à l'enseignement secondaire la situation existant dans l'enseignement primaire où nombre de communautés religieuses collaborent ainsi avec les commissions scolaires.) Car il est impossible de soutenir que les institutions publiques et semi-publique feront partie d'un unique système.Le secteur public, soumis à la loi de l'Instruction publique, est régie localement par les commissaires (ou syndics) élus par la population.Il doit accepter gratuitement tous les étudiants domiciliés dans le territoire de la commission en cause.Il est financièrement contrôlé par le ministre de la jeunesse ct la Commission municipale de Québec, en plus d'être soumis aux autres principes de droit public comme la vérification des livres.Le secteur semi-public n'est pas tenu d'admettre tous les étudiants.11 exige des parents des frais de scolarité, ct conserve certaines autres prérogatives inhérentes à ce caractère semi-public (ou semi-privé!).Si l'Etat devait lui retirer tous ces privilèges ct le financer entièrement, comme certains le suggèrent, nous répondrions qu'alors il n'y a plus de raison de le nommer semi-public.Pourquoi utiliser deux attributs pour qualifier une même réalité?Le scénario est là, reste le dialogue .Noie 1 Nous nous permettons ici d'ouvrir une parenthèse pour souligner qu'il s'agit d'un problème délicat sinon compliqué.En compensation de ces pertes de salaires, les religieux n'auraient-ils pas retiré d'autres avantages qui devraient entrer en ligne de compte ?Par exemple, une partie des subventions n'a-t-clle pu servir à la construction d'une chapelle, immeuble qui n'eût point été nécessaire dans une école relevant des commissaires, car les enfants auraient fréquenté l'église paroissiale?Seul un fonctionnaire du gouvernement du Québec pourrait jeter quelque lumière sur ce clair-obscur.?25 militaires (ce qui représentait, en 1962, 9% des ressources mondiales en machineries et en équipement)11' et la main-J'oeuvre engagée directement ou indirectement dans la production militaire (50,000,000 de personnes) pourraient être libérées et dirigées vers une plus grande production de biens civils.Les publications précitées posent comme hypothèse de base à leur analyse que le désarmement serait mondial sous une surveillance quelconque.Deux questions viennent à l'esprit en considérant les implications économiques d'un désarmement éventuel : 1 ) Comment transformer la machinerie, l'équipement d'industries affectées à la production d'armements, de fusées, d'avions militaires, et le reste, sans causer un gaspillage énorme de ressources et une baisse considérable de la demande globale ?Comment transformer des militaires en ouvriers spécialisés, comment rô-orienter la production et empêcher que les industries, la main-d'œuvre et les régions les plus touchées par une telle transformation ne précipitent l'économie toute entière dans une dépression économique ?On a déjà pu constater les conséquences néfastes d'un chômage généralisé dans certaines régions affectées à des industries non rentables.Par exemple, les villes manufacturières de textiles au Canada, ou encore les cités charbonnières qui ont souffert et souffrent encore d'une baisse considérable de la demande pour leur produit.La ville entière se ressent de cette diminution de la demande.La main-d'ocuvre employée directement à la manufacture ou à la mine doit subir le chômage; elle n'a plus par conséquent les revenus suffisants pour soutenir, alimenter le commerce de la ville; les commerçants, à leur tour, ne peuvent plus passer de nouvelles commandes chez les grossistes et ces derniers épuisent leurs inventaires et n'achètent plus chez les fabricants.C'est un processus de propagation du chômage qui finit par précipiter l'économie dans un marasme qui s'étend plus loin qu'aux limites de la ville atteinte directement.Dans l'éventualité d'un désarmement au Canada, 4.6% du produit national brut et 18.4% de la formation brute de capital fixe1'1 devraient être orientés vers une nouvelle production de biens civils.2) Vers quels nouveaux biens devrait-on orienter la capacité de production libérée par le désarmement ?Est-ce que la population demanderait de nouveaux biens ou une plus grande quantité de biens déjà existants ?A ces questions, il n'est pas tellement difficile de répondre.Les besoins humains sont presque insatiables et (3) Ceci équivalait en 1962 aux 2/3 des revenus nationaux des pays retardés économiquement.(4) Cette catégorie signifie les investissements bruts en immobilisations et en outillages par les entreprises.les marchands de publicité le savent trop bien ! Le problème n'est donc pas tellement de savoir si la demande répondrait à une offre nouvelle de biens, mais si les industriels seraient en mesure de produire de tels biens après que les industries de défense auraient fermé leurs portes.Cela nécessiterait une planification assez rigoureuse de la part des gouvernements.Ces derniers devront connaître exactement l'étendue et la localisation des ressources — capital et main-d'œuvre — disponibles, ce que l'Angleterre et les Etats-Unis connaissent déjà suffisamment par les études citées plus haut et aussi par des études iX'input-output de Lconticf aux Etats-Unis et de Stonc au Royaume-Uni.Le problème étant posé avec précision, l'Etat se doit d'y apporter les solutions adéquates.A la suite de la seconde guerre mondiale, les gouvernements ont eu à résoudre des problèmes fort semblables, même si les circonstances étaient quelque peu différentes, vu les destructions à réparer et le rationnement à faire disparaître.A cette époque, la conversion industrielle s'est opérée sans trop de heurts dans la plupart des pays œcidentaux, au moyen des politiques économiques suivantes : a) Réduction de l'impôt sur le revenu, surtout dans les classes inférieures de revenu, afin de stimuler la consommation; b) Réduction de taxes sur les biens de la consommation courante et augmentation des allocations de sécurité sociale, toujours en vue d'augmenter la demande de biens de consommation; c) Adoption de mesures fiscales et monétaires pour stimuler les investissements et la consommation de biens durables en facilitant le crédit; d) Substitution aux dépenses militaires de dépenses publiques telles que construction de routes, ponts, hôpitaux, dépenses pour l'éducation, l'urbanisme, les recherches scientifiques, l'utilisation pacifique de l'énergie atomique, et ainsi de suite; e ) Ré-cntraîncmcnt aux frais de l'Etat de la main-d'œuvre militaire, v.g.aide aux vétérans après la guerre.Toutes ces mesures pourraient être utilisées de nouveau afin de maintenir le niveau de la demande et de l'économie toute entière pendant le temps que durera la conversion industrielle et l'entraînement de la main-d'œuvre ex-militaire.En plus, l'Etat devrait accorder une attention toute spéciale aux régions et aux industries les plus touchées par le désarmement, et favoriser l'cclosion d'industries nouvelles qui seraient les plus susceptibles de stimuler une nouvelle demande.Enfin, l'Etat devrait prendre en considération les effets probables que le désarmement pourrait avoir sur le commerce intérieur et extérieur ainsi que sur la balance des paiements internationaux.Cette dernière mesure nécessite- (mito au bai da la p C'est celte fois un avis de mobilisation, ct quasi générale, un vrai appel au peuple des cinéastes canadiens.C'est la large organisation d'un panorama national de la production.Et l'on aime à penser que tous ceux-là qui font du cinéma, comme ils le peuvent, leur métier ou, à défaut, leur violon d'Ingres, ne bouderont pas cette occasion, ou cette confirmation, d'existence.D'autant que la bonne nouvelle n été portée non seulement nux hommes de l'art, mais jusqu'à leurs amis proches ou lointains.On leur a dit : « Cette manifestation à laquelle nous comptons donner tout l'éclat que mérite notre jeune ct dynamique cinéma canadien, ne saurait être indifférentes à votre appui ct à votre collaboration.Vous seriez bien aimables de nous signaler tout producteur ou réalisateur susceptible d'être intéressé à participer à ce Festival compétitif ¦ Donc ce n'est pas un club secret, une réunion fermée d'initiés un instant descendus de leur tour d'ivoire, un vase ct un huis clos.C'est un recensement sans exclusive.C'est une fête publique.O cinéastes, que l'on vous voie enfin ! Accourez de partout, montrez-vous, participez en foule ! Comment y trouver à redire ?On verra bien .Ce cinéma, éloquent ou balbutiant, éveillé ou endormi, fougueux ou étouffé, ct qui surtout se cherche en des options diverses, des artisans divers, oeuvrant en chambres noires ct compartimentées, imperméables, ce cinéma qui est un bien commun ct ne tend cependant vers l'affirmation qu'en tâtonnements éparpillés, en efforts inégaux ct solitaires, voici enfin la certitude qu'on va méthodiquement le soumettre à confrontation, qu'une fois au moins chacun de ses ouvriers possédera le loisir inestimable de se voir dans les yeux du voisin, ct d'y trouver peut-être la réponse qui manque, la voie dissimulée, la synthèse introuvable.Oui, de cette confrontation, il n'y a que des avantages à attendre : objectifs mieux définis, instruments de recherches mis en commun, émulation, élan multiplié, que sais-je ?L'histoire de l'art, c'est autant l'histoire des écoles que celle des créateurs.Si même il est trop tôt pour songer aux écoles, il reste la bénéfique mise en présence, dans un espace familier, de techniques cl de sensibilités à la fois étrangères ct voisines, el qui entre elles ont trop de liens pour continuer de s'ignorer.La sélection elle-même est extensive, prévoyant l'inscription au programme « hors compétition » des films qui n'auraient pas été retenus mais « offriraient des caractéristiques susceptibles de contribuer à l'intérêt du programme ».Il apparaît aussi fort important que les membres du jury choisi soient, en partie au moins, étrangers, c'est-à-dire étrangers aux habitudes ct aux chapelles, aux groupes, aux clans, aux préjugés, aux optiques locaux.Des yeux neufs.D'un romancier italien, d'un spécialiste français de l'animation, on peut attendre qu'il juge selon des critères objectifs et universels.Ce qui fournit à la production nationale l'occasion d'un jugement émis en quelque sorte de l'extérieur.Ce qui la fait connaître ct discuter à l'extérieur (d'où, nouvel avantage : l'éclatement).Ce qui, enfin, met un terme aux discussions vaincs sur la qualité, l'insuffisance, ou l'absence, de qualité de ce cinéma canadien dont on discute généralement dans l'abstrait.On est convié ici à une confrontation concrète.Ce n'est pas l'attribution du Grand Prix ou des Prix spéciaux qui constitue en fin de compte le véritable intérêt de ce Festival, mais le fait qu'il permette à son terme l'établissement d'un bilan réel, d'un bulletin de santé, et ne serait-ce même que d'un certificat d'existence.Reste le plan moral.Car il est bien évident que cette existence du cinéma canadien ne revêt pas qu'une importance de prestige national, ou d'accroissement économique, de finance ou de pavillon.Nationalcment, c'est une nécessité morale.« Un film est une bande de rêves, dit Orson Wclles.Un film n'est jamais un rapport sur la vie.Un film est un rêve.Un rêve peut être vulgaire, stupide, plat et informe; c'est peut-être un cauchemar.Mais un rêve n'est jamais un mensonge.» Un rêve, en toile peinte, en lignes, en notes, en dialogues ou en pellicule, un rêve, c'est une culture, une mine ct un miroir communs, une galerie de fantômes, qu'ils se nomment Hulot ou llamlct, Electre ou le citoyen Kane.Et l'on peut en croire Giraudoux : « La lueur des fantômes est encore la plus claire de celles qui nous rendent visibles à nous-mêmes.» Que voilà, pour les nôtres, une précieuse occasion de se manifester ! 32 ? Le Syndicat Coopératif d'édition Cité Libre Pour marquer son dixième anniversaire, en janvier 1960, Cité Libre s'est réorganisée.Non contente de faire peau neuve dans sa présentation, la revue a adopté un nouveau rythme de parution.Elle est devenue mensuelle.Au plan aclministratif, elle constitue une coopérative d'édition en bonne en due forme.Les membres, actionnaires de la coopérative, sont donc les propriétaires de la revue.Réunis en assemblée générale annuelle, ils élisent un conseil d'administration qui, à son tour, choisit le directeur de la revue.Tous les abonnés sont reconnus comme membres auxiliaires de la coopérative et invités à l'assemblée générale annuelle.Le conseil d'administration, élu lors de l'assemblée générale du 5 décembre 1962, est formé des personnes suivantes: LE CONSEIL D'ADMINISTRATION PRÉSIDENT ; Jean Dostaler VICE-PRÉSIDENT ; James Hodgson SECRÉTAIRE ; Claude Longpré TRÉSORIER ; Yves-AubeH Côté ADMINISTRATEURS ; Benoît Baril Jacques Hébert J.-Z.-Léon Patcnaude Gérard Pelletier Pierre-E.Trudeau COMITÉ DE SURVEILLANCE: Roland Parcntcau, président Marc Lalonde Jean-Paul Geoffroy ARCHIVISTE ; Pierre Tanguay VÉRIFICATEUR ; Jean-Guy Rousseau, C.A.Pour être sûr de ne pas manquer un seul numéro de CITÉ LIBRE noove.le série, ON S'ABONNE 1.En utilisant le bulletin ci-dessous, ou 2.En reproduisant ce bulletin sur une feuille blanche BULLETIN D'ABONNEMENT A remplir et à adresser à: CITÉ LIBRE C.P.10, succursale Delorimicr, Montréal 84.Veuillez recevoir da soussigné la somme de ?S3.60 pour un abonnement d'un an à Cité Libre ?$10.00 pour un abonnement d'un en (de Boutien) ?$10.00 pour nn abonnement spécial : 30 numéros de janvier 1960 à décembre 1962 A partir da mois de.-.1961 Au nom de.-.-.-.Adressa .-.-.O CADEAU e.v.p.adressez à l'abon- ,,,„,,,.Min,un .il né une carte avec mes voeux. AU MAITRE DE POSTE, S.V.P.il non réclamée1, retourner aprol cinq |oun à : CITÉ LIBRE, S090 Paplnoau, Montréal 34.PORT PAYÉ À MONTRÉAL "Le Ministère des Posta, à Ottawa, a autorise talfranchlssemcnt en numéraire et renvoi comme objet dt la deuxième classe de la présente publication." VIENT DE PARAÎTRE ESSAI SUR LA CONSTITUTION DU CANADA par l'Hon.juge Bernard Bissonnetto de la Cour d'Appel EN VENTE PARTOUT A $3.50 L'ENCYCLIQUE "PACEM IN TERRIS" de Jean XXIII * Texte Intégral • Présentation et commentaire! de Claude Ryan EN VENTE PARTOUT À $1.00 (On peut commindor par la poitt — Frais do port grahilh) 0 EDITIONS 3411.RUE SAINT-DENIS MONTRÉAL IS • VI.8-2228 COMMUNISME ET SCIENCE p.r e.h.sim» COMMUNISME ET SCIENCE est une étude philosophique qui.à partir de textes d'actualité choisis, démontre comment tes sciences expérimentales se sont dégagée* de la philosophie communiste.Emile Slmard part du fait que, dans leur propagande, les communistes utilisent constamment l'Idée suivante : La philosophie communiste est née du progrès dea sciences expérimentales ct continue de s'appuyer sur elles.Lénine a'ex-prlmaJt comme suit : « La physique contemporaine est en Résine : elle enfante te matérialisme dialectique », D'autre pan, ce matérialisme dialectique fournirait aux sciences une méthode, des directives ct dea principes pour expliquer la réalité.L'auteur examine ces prétentions en tenant constamment compte de ce qu'Ensels appelle c la grande question fondamentale de toute philosophie », c'est-à-dire le rapport de ta pensée k l'être matériel.U soulJgne les ramifications de ce principe et décrit les attitudes que ce dernier commande dans ta philosophie des sciences, ta lutte contre La religion, les tactiques du prolétariat, etc.Un important chapitre, Cornai an Lime et peaiée moderne, étudie la correspondance qui existe entre certains courants de la pensée contemporaine comme d'une part, le scientisme, te tecnnlclsme ct 1 humanisme évolut tonnai re d'autre part.La conclusion essaie d'évaluer lea résultats de La lutto que tes savants russes ont dû livrer depuis quarante ans contre cette philosophie, Emile Simard continue de développer et applique à un cas particulier les principes exposés dans son ouvrage La Nature ct In Portée de ta méthode icirnlingue i l'attitude des communlsmes s.l'égard de la science.COMMUNISME ET SCIENCE est le premier ouvrage philosophique qui essaie d'envisager l'ensemble des rapports entre la philosophie communiste et tes sciences expérimentales.L'ouvrage montre que les sciences expérimentales en Russie se sont dégagées peu à peu de la philosophie communiste.COMMUNISME ET SCIENCE est d'Intérêt moodlxJ.L'auteur a constamment cherché à utiliser un style simple et à éviter le vocabulaire des spécialistes afin que son volume soit accessible 4 tous ceux que le problème préoccupe.6x9 — 528 pages — Prix: $6.00 En vente chox votre libraire «t l'idltour Les Presses de l'Université Laval C.P.999 QUÉBEC 4, QUE.Tél.: 681-4631
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.