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Titre :
La Canadienne : le magazine du Canada français
La Canadienne est un magazine féminin finement illustré (1920-1923) qui se destine à instruire, à amuser et à servir la famille. [...]
Le mensuel La Canadienne est fondé en janvier 1920 et paraît jusqu'en décembre 1923. Sous-titrée « Le magazine du Canada français », la revue est inspirée du périodique canadien Every Woman's World (1919-1921?). Dirigée par le journaliste et écrivain Joseph Léon Kemner Laflamme, elle est publiée à Québec, à Montréal, à Toronto et à Gardenvale (le lieu de l'édition varie selon le volume) par la Compagnie de publication Continentale limitée et, plus tard, par l'une de ses divisions, la Compagnie de publication La Canadienne. L'équipe éditoriale est composée entre autres de Madame Paul-Émile Lamarche et d'Edmond Piché. Dans le premier éditorial de la revue, intitulé « D'un mois à l'autre », les fondateurs de La Canadienne se donnent pour mission « d'instruire, d'amuser [et] de servir la famille ». Dans le sillage des publications destinées à un public féminin, la revue propose des articles qui traitent de culture, de mode, d'éducation des enfants, d'économie et de cinéma. Elle offre aussi à son lectorat une gamme variée de textes littéraires issus de la plume d'écrivains reconnus à l'époque, dont Louis Dantin, Émile Nelligan, Joseph Marmette, Charles Gill et Eudore Évanturel. La Canadienne est également la tribune choisie par certains collaborateurs pour aborder, de manière conventionnelle, des sujets qui trouvent place dans l'actualité de l'époque, comme la politique, le jazz et le féminisme. La renommée de la revue, qui compte au nombre des pionnières dans le domaine du magazine féminin québécois, est sans contredit rehaussée par son iconographie luxueuse : outre sa couverture et ses publicités en couleur, elle comporte de nombreuses illustrations. BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 277. FOURNIER, Marcel, « Portrait de l'édition franco-américaine d'autrefois », À rayons ouverts, no 54, avril-juin 2001, p. 6-7.
Éditeur :
  • Montréal :Compagnie de publication Continentale,1920-
Contenu spécifique :
v. 5, no 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La Canadienne : le magazine du Canada français, 1922, Collections de BAnQ.

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Vb/.V., No.1 Toronto, Avril 1922 ADIENNE LE MAGAZINE DU CANADA FRANÇAIS \ Abonnement la COMPAGNIE DE PUBLICATION CONTINENTALE, LIMITEE L* numéro MONTRÉAL :: CANADA TORONTO VINGT CENTS 1 Linole u s Rendent Les Chambres Gaies A Peu De Frais LES temps sont passés où les ménagères soigneuses prennent les risques qu'il fallait affronter il y a dix ans en choisissant des couvre-planchers.L'avancement de la science a appris aux femmes à apprécier l'avantage de l'hygiène domestique en adoptant des couvre-planchers sanitaires— en d'autres termes, le Linoléum ou les Carpettes en Linoléum.Quand vous achetez du Linoléum sous forme de carpette ou à la verge, vous placez votre argent dans uncouvre-plancherquidonne satisfaction et confort.Son usage rend les chambres gaies, et l'effort nécessaire pour le garder en parfait état est négligeable.Enlevez la poussière avec une vadrouille légère et vous aurez un parquet brillant, propre, qui est sanitaire, de bonne apparence, aisément tenu net et confortable pour y marcher.Les Carpettes en Linoleum Dominion sont uniformément dignes de confiance, car elles sont conformes à uuhaut idéal soigneusement maintenu pendant des années.La résistance à l'usure est pour ainsi dire incorporée en elles à cause de l'huile de lin tue-germes qui a été oxydée et de la haute pression à laquelle on les a soumises, les mettant sur la même base que la durable toile murale.(Burlap.) Quand, ce printemps vous achèterez votre nouveau couvre-plancher, demandez à votre marchand Les Carpettes en Linoléum DOMINION ou Le Linoléum DOMINION à la verge.Beaucoup de dessins sont maintenant en vente à un prix bien inférieur d ceux des années précédentes.Tous les Bons Magasins du Canada les vendent La Canadienne, Avril 1922 Vol.V—No.i La Canadienne Avril, IQ22 ^BONNEMENT.$2.00 pu année, parable d'avance, pour le Canada et l'Empire Britannique.Le numéro.20 cenu.États-Unis.13.00.Autre» part étrange™, $4.00 par année.Le* remîtes peuvent être laite» par mandat poète, lettre recommandée.mandat-expreM ou chèque auquel on a ajouté le montant de l'échange.ATTENTION.Changement d'adresse.Nous changeons l'adresse d'un abonné A sa demande.Biais II faut donner l'ancienne adresse en même temps que la nouvelle pour que le changement puisse eue fait.Le Magazine du Canada Français Directeur: J.-L.K.-LAFLAMME Enregistrée su bureau de poste de Toronto, Ont., comme matière de seconde classe.Demande a été faite pour l'enregistrement de La Cama-disknb comme matière de seconde classe au bureau de poste de Buffalo.N.Y.Marque déposée en 1919 an Ministère du Commerce et de l'Industrie parla Compagnlede Publication Continentale.Limitée, de Montréal et Toronto, Imprimeurs-éditeur*.Le magasine aat publié la quinze de chaque mois par la Compagnie de Publication Continentale, Limitée, de Montréal et Toronto.TD ENOUVELLEMENTS—Ne pas manquer 4* x*- remplir le bulletin de renouvellement qui sara dans le numéro qui termine votre abonnement.Ce détail est important pour qu'il n'y ait pas d'interruption dans le service du magasine.Le tirage étant limité au nombre des abonnés, les oumésos antérieur* ne sont pas fournis.Ayez bien soin d'écrire très lisiblement votre nos* et votre adresse en faisant roue remise.Publicité et Abonnements: C.P.R.Teleftraph Bldg., 4 ru* de l'Hopltai.Montréal.Tel.Main 7044 SUCCURSALES: New-York.16 E.40th Street Philadelphie.Metropolitan Building.Chicago.People's Gas Building.Londres, Angleterre.16 Regent St.S.W.|ES Anciens Romains avaient une époque qu'ils appelaient les Saturnales.Pendant cette époque, il n'y avait plus de police d'aucune sorte.Tous les citoyens pouvaient s'injurier à leur a;se, se rosser et s'administrer entre eux des yeux au beurre no;r, si cela leur plaisait.Nous avons, en notre ère d'électric'té et de civilisation, aux approches du printemps, une période où, sous prétexte de ne pas être bien chez nous ou d'être mieux ailleurs, nous condamnons les choses qui vivent avec nous et constituent notre mobilier, à subir les chocs, les écorchures, les entorses, les déboîtements et les cassures d'un remue-ménage qui prend la plupart du temps les aspects les plus ressemblants à un véritable pandaemonium.De temps immémorial, les habitants des villes ont pris l'habitude de déménager.Notre manie de changer de pénates, parfois sous les motifs les plus futiles, est légenda're.Aux derniers jours d'Avril, et principalement le premier mai, saison à laquelle il est traditionnel de faire prendre l'air de la rue à ses nippes, les artères des grandes cités sont sillonnées de voitures, de charettes, de gigantesques camions, dans lesquels l'arche du légendaire Noé se serait trouvée fort à l'aise.Par l'arrière grand ouvert, on jouit du coup-d'oeil le moins rassurant pour ce que ces véhicules contiennent; on y aperçoit amoncelés, dans un désordre auquel il est peu d'exceptions, bois de lits, paillasses, malles, buffets, paniers de toute contenance,cadres, batteries de cuisine, bibelots, tout ce qui ornait le logis d'hier et 'en va occuper celui de demain.Cela commence d'abord piano, comme certains airs d'opéra; on emmaillote de toiles les tableaux et les miroirs, on recouvre de housses les meubles les plus fragiles, puis, l'opération se poursuit rinforzando.avec des bru'ts dés-harmoniques de casserolles qui se heurtent, d'objets qui hurlent de se voir si subitement accolés ensemble.Arrivés à destinations, les chevaux du camion s'arrêtent, prenant l'attitude résignée des bêtes habituées aux longs stationnements.Une demi-douzaine de gaillards empoignent les meubles, hissent les paniers sur leurs épaules, dégringolent les escaliers.Le rideau est levé! .Les acteurs sont en scène !.Le décor, tout accumulé dans un fouillis, est bien là!.La pièce com'co-dramatique commence !.Chaque sujet attend son entrée en scène ou plutôt sa mise.en fourgon.Des caisses.tellement gonflées qu'on les croirait hydropiques, des cha'ses qui n'ont plus que trois pieds, des fauteuils dont le velours Choses et Gens LES HEURES Réjouis-toi, vieux Temps au pas régulier.Comme il s'écoule bien l'intarissable nombre L'Heure gaie, en passant, sourit à sa soeur sombre, Et chacun; à son tour lève le sablier.L'une verse le vin qui nous fait oublier, L'autre porte un flambtau qu'elle dispute à l'ombre; Telle d'un Parthenon fait un confus décombre, La même voit la fleur éclore et s'effeuiller! Toutes brèves, hélas! Toutes inexorables Nos sanglots baiseront leurs pieds impitoyables, En vain! Nulle eau jamais n'a coulé de leurs yeux.Une seule, pourtant, qui regarde en arrière, Ne se console pas de venir la dernière : L'Heure des souvenirs, des pleurs et des adieux! EMILE HENRIOT est crevé, des balais à manches d'une longueur .qui fait se demander s'ils n'ont pas poussé toute leur vie, des chats qui se tirebouchonnent la queue en forme de clef de musique parce qu'ils ne comprennent rien à ce tintamarre, des chiens qui ne laissent pas le bas de votre pantalon comme pour vous implorer de ne pas les laisser en arrière, des canaris qui se projettent contre les treillages de leur cage, comme si la fin du monde était arrivée.Des bébés qui dévorent leurs larmes.pour laisser entendre qu'ils ne sont pas sans protester contre ce chaotique embrouillement.Et, le film se déroule .se déroule.roule.roule!.Oust! allons-y! Alors, ça marche Rondement, bien souvent que trop; Car vous voyez, de marche en marche, Vos meubles descendres au grand trot.Ils semblent tous pris de vertige! .Saisi, lancé comme au hasard, Tout votre mobilier voltige .C'est un atroce cauchemar! Vos chers souvenirs de famille.Vos bibelots les plus chéris, Passant par ces mains de gorilles, Vous semblent souillés et flétris! Puis, après avoir fait maison nette, et pris avec soi son album de famille et le portrait de la vieille tante à héritage, on évacue le domicile.On n'est plus chez soi.on n'est pas encore dans son home.Comme pendant la guerre ."quelque part," entre ce qui n'est plus et ce qui n'est pas encore.Acte deuxième: l'emménagement !.Après une nuit passée sur des lits improvisés, et après avoir expédié un déplorable déjeuner abandonné à des nourritures de hasard, on se remet à l'oeuvre, et l'on se rend bien compte que, tout en n'étant plus tarabusté par le Chant du Départ, on est cependant encore bien loin de ce que Rostand appelle dans ses Musardises: L'Heure Charmante.Et toute la journée, on turbine, on trépigne, on s'ére'nte'."Cette fois, vous voici le maître Chez vous.On va donc se coucher Mais où diable a-t-on bien pu mettre Toutes les clés?Il faut chercher.On finit par tomber sur elles, Et vous pouvez, dans le sommeil.Oublier les heures cruelles De ce jour,—mais gare au réveil!" Oh! les déménagements !.Dure nécessité !.Heures cruelles !.Tout le tralala des ennuis, des petites déceptions, des besognes qui nous obsèdent, nous chiffonnent, nous horripilent !.Ce qui n'empêchera pas que dans deux ou trois ans, dans douze mois peut-être, d'autres voitures viendront reprendre les mêmes meubles, les transporter vers une autre demeure.La maladie de la "bougeotte" !.Maladie à la mode, tout comme l'appendicite!.Maladie contagieuse comme la petite vérole.se manifestant par crises intermittentes.et criblant nos objets les plus chers de bosses, de de stigmates.d'irréparables outrages.Il faut que les hommes s'agitent, voyagent, renouvellent leurs habitudes.leur visage.leur nid.On ne s'aborde plus en disant: "Comment allez-vous?" mais: "Quand déménagez-vous?" Les gens qui habitent au centre de la ville nourrissent le désir de s'envoler vers la banlieue où l'air est plus invitant; et les habitants des parties extrêmes sont tentés de venir planter leur tente au milieu de la ville, afin de se rapprocher du centre des affaires, des spectacles, des commodités.Tout le monde déménage.Et quand on ne déménage pas, que l'on s'ennuie, que les invitations au bridge ou au thé ne pleuvent pas, quand on risque de broyer du noir où simplement s'engrisailler l'âme, savez-vous ce que l'on fait?.On visite des appartements.Et ce divertissement n'a-t-il pas nombre de côtés agréables, qui font surgir dans l'esprit tout un petit monde d'impressions variées?Chercher un appartement, c'est promener à travers la ville le petit monde qu'on porte en soi.C'est ici ou bien là qu'on déposera son bagage?Cette rue nous sera-t-elle clémente?Ce numéro porte-t-il un augure heureux?Ce pan de ciel nous appartiendra-t-il?Ce bouquet d'arbres me souha>'tera-t-:l la bienvenue chaque matin?Et pourquoi choisir ce coin plutôt que cet autre?Ils me sont tous étrangers, puisque je ne leur ai donné encore rien de moi.C'est trop triste.A.R. 2 La Canadienne, Avril 1922 Cl vous faisiez faire votre savon sur commande vous diriez: "Je veux que mon savon produise une mousse abondante qui nettoie à fond et rince au premier contact avec l'eau."Il doit être doux afin de nettoyer sans trop de frottage; et pur afin que son emploi constant n'ab-bime rien de ce qui le touche."Il devra être blanc, parce que la blancheur est le signe extérieur de la pureté des ingrédients; il devra être parfumé afin que son emploi soit agréable."Faites-le flottant à la fois par commodité et par économie." Puis, lorsque vous ne pourrez trouver d'autres caractéristiques, vous vous apercevrez que vous avez énuméré les sept qualités essentielles à un savon, lesquelles sont combinées dans Ivory Soap et le rendent idéal pour le bain quotidien, la toilette, le shampooing, la nursery et le blanchissage de la.lingerie line.IVORY SOAP 99Ë>% PUR Le Savon blanc flottant Fabrique'dans tts'Fjablissements Procter à" Gamble, Hamilton, Canada. La Canadienne.Avril 1922 DERRIÈRE la PORTE de BRONZE La mort de Benoit XV—L.'interrègne et Velection de Pie XI— Le nouveau Pape "couronne par la Franc t '—Comptes rendus par M.M.Theodore Vaucher (i> et Edouard Helsey (2> am EMBLABLES à deux bras tendus, les portiques de Saint-Pierre, pendant les trios j u rs où 1 ecorps de Benoît XV a été exeosé dans la basilique, ont enserré une fou de plus en plus nombreuse, au point qu'assurément \es quatre cinquièmes de la population romaine lui ont rendu le dernier hommage.Si, comme on l'avait fait pour Pie IX, on eût laissé les Îlieds du pontife passer hors de la grille de la chapelle, a même ferveur aurait peut-être, ainsi qu'en 1878, courbé les têtes jusqu'à eux pour y déposer un respectueux baiser de paix.Mais la tradition n'a pas été respectée su' ce point ni sur quelque autre.La scène si typique de la reconnaissance du cadavre par le cardinal-camerlingue, le triple appel familier d'angoisse et de disespoir lancé par lui vers la forme silencieuse et muette aélongée sur le lit: "Iacobus, Iacobus, Iacobusl" les trois coups du marteau d'argent sur le front glacé et la proclamation qui s'ensuit: "En vérité, le pape est mort!," ce n'est pas cela qui, cette fois, a retenu l'attention.Non.Ce qui a surpris et intéressé, c'est l'établissement au Capitole, de l'acte de décès "régulier".Innovation attestant, après tant d'autres faits, que les deux pouvoirs en conflit, dans Rome, ont signé plus qu'une trêve, presque un accord, en bonne et due forme.Quand Léon XIII et Pie X moururent, rien de semblable ne s'était passé et la feuille du registre de l'état civil, où aurait dû figurer la déclaration de décès des deux papes, resta blanche et vide.L'acte manquait.Il a été dressé cette fois, comme pour tout citoyen du royaume d'Italie, non point, certes, dans le registre commun, mais dans un luxueux album doublé de satin blanc et ne contenant qu'un feuillet.Ce furent le prince Aldobrandini, commandant de la garde noble, et le marquis Sacchetti, fourrier-major des palais apostoliques, qui allèrent officiellement à la mairie communiquer le décès de l'Italien Giacomo délia Chiesa, pape sous le nom de Benoît XV.Plus d'anomalie; tout ainsi est rentré dans l'ordre.Aucune innovation, par contre, n'est intervenue dans le lent cérémonial de l'inhumation, ou plus exactement de la tumulation.La levée du corps, faite procession-nellement, coupée de commandements militaires, le défilé à travers la basilique assombrie, l'élan lyrique des antiennes et des psaumes, chantés par la "chapelle Julienne," les pesants silences enveloppant par instants l'assistance, composée uniquement des cardinaux, de ce qu'on peut appeler la maison pontificale, des représentants d'une centaine de familles de l'aristocratie noire et du corps diplomatique accrédité près du Saint-Siège, tout contribue à imprimer à cette cérémonie le caractère de grandeur un peu thé'traie, en même temps que "d'universelle tristesse" qui sied si bien aux obsèques d'un pape.Deux heures et demie de chants ouatés d^encens, de murmures de rites séculaires; la mise en bière dans le cercueil de cyprès, lentement clos et scellé du quadruple cachet du cardinal-camerlingue, du majordome, du cardinal-archiprêtre et du chapitre, la lente soudure du cercueil de plomb, la clôture définitive du troisième cercueil en coeur d'orme, puis le transport sur un chariot jusqu'à la Confession, l'appareil du treuil, des poulies et des cordes, la descente jusqu'aux cryptes sur le vieux pavement de la basilique constantinienne, simple et nue, au-dessus de laquelle la Renaissance édifia l'énorme et orgueilleuse masse de Saint-Pierre.A ce point, l'église se vide silencieusement.Sous 'a lueur des ampoules électriques qui éclairent brutalement la crypte, où des millions de fidèles vinrent pieusement prier depuis le quatrième siècle, il ne reste plus, devant le cercle des chanoines muets, cierge au poing, que quelques maçons qui, avec d'humbles briques et du ciment, emmurent à jamais le corps du pontife disparu J^E pouvoir dupapeestun pouvoir si personnel qu'aus-sitôimort, ceux qu'il avaitinvestis de sa confiance ne sont plus rien L'interrègne commence; le camerlingue commande mais dans les limites des règles fixées; la vie de l'organecentral de l'Eglise est suspendue: il y a, non pas ¦anarchie, certes, mais, flottement de l'autorité, et ce flottement commence quand l'état du pape est jugé désespéré.Ainsi s'explique que des personnes étrangères, de simples curieux, aient pu s'introduire jusque dans la chambre mortuaire de Pie IX, d'où le cardinal Pecci, camerlingue resque que jadis, mais en y assistant on constate que les membres du Sacré Collège jouissent pour la plupart d'une excellente santé.Le plus bel exemple est donné par le cardinal doyen Yincenzo Vannutelli, qui normalement fait chaque jour une heure de footing, et d'un bon pas, à la Villa Borghèse, malgré ses quatre-vingt-quatre ans.Quant au cardinal Merry del Val, leader des conservateurs, on sait qu'il est le plus sportif des cardinaux.Les voici descendant l'escalier qui débouche dans la cour de Saint-Damase, enveloppés dans leur manteau qu'ils relèvent d'un bras, presque sur leur bouche, ce qui les fait ressembler à des personnages de drames vénitiens, et sautant dans leur automobile d'un pied leste.On se convainc ainsi qu'il y a dans le Sacré Collège plus de jeunesse et de force active qu'on ne le soupçonne d'ordinaire.Cette opposition des énergies contraires qui déjà met aux prises les deux tendances non seulement des princes de l'Eglise, mais de toute collectivité humaine, —la faction conservatrice et la faction libérale,— ne pourra se résoudre aisément en une résultante que si les discussions préliminaires ont préparé habilement les scrutins du Conclave.Ces figures fermées de cardinaux qu'emportent rapidement leurs automobiles, cependant que les gardes suisses présentent les armes, sont pour nous l'énigme de demain; laquelle est marquée du signe qui en fera l'image révérée du pontife?Derrière les verres de ses lunettes, le regard du cardinal Ratti, archevêque de Milan, ne laisse rien deviner; les traits du cardinal Granito di Belmonte rappellent ceux de Léon XIII, avec plus de douceur pourtant; le cardinal Gasparri, papable et grand électeur libéral, conserve son affabilité coutumière; choisira-t-on le savant cardinal Maffi, aux yeux énergiques, le masque dur du cardinal La Fontaine, patriarche de Venise, le visage autoritaire du cardinal Vico?Aucun pronostic n'est possible.Qui donc aurait dit, en 1914, que sortirait du Conclave le pape Benoit XV?II LE NOUVEAU PAPE L n'y avait assurément pas ce matin cent mille personnes sur la place Saint-Pierre, comme hier I Sa Sainteté le Pape Pie XI mitin, dimanche, et comme hier soir, où une énorme mirée de curieux avait envahi cet immense espace.Le lundi, jour de reprise du travail, ne permettait pas pareille affluence.Mais il y avait foule, quand même, et sur tous les spectateurs accourus malgré la pluie, planait le pressentiment que cette fois l'attente ne serait point vaine et que les prophètes au petit pied, qui annonçaient depuis quarante-huit heures que l'élection aurait lieu aujourd'hui, avaient peut-être raison.Le bruit courait, du reste, que, dès 10 heures, le nouveau pontife était élu.D'où venait ce bruit?On ne sait, et sans doute était-il quelque peu en avance sur les événements.Ce n'est qu'à 11 h.42 (l'heure exacte a beaucoup d'importance pour les Romains, car ils en tirent certains des numéros qu'ils jouent à la loterie) qu'un mince, pâle, evanescent filet de fumée apparaît à l'extrémité du tuyau sur lequel tousles regards sont tournés.Mince, pâle et tôt disparu.Exclamations, bousculade, et une ruée vers l'immense perron de Saint-Pierre, déjà couvert de monde, d'ailleurs, pour entendre plus tôt le nom de l'élu.Car il n'y a pas à en douter, nous avons un pape, cette fois: aucune erreur n'est possible.Un curieux affolement, une agitation intense, un tremblement inexplicable s'emparent des personnes les plus calmes.Qui donc a été choisi comme nouveau nocher pour diriger la barque de Pierre?Les noms de tous les cardinaux courent sur les lèvres; à cette heure, tous sont papabili, ou du moins ils le semblent.La foule accentue sa pression vers la basilique; ce n'est plus que tumulte et poussées en tous sens.Une angoisse joyeuse étreint les gorges, et la nouvelle, on le voit, a dû gagner bien vite les quartiers lointains de la ville, car des autos se précipitent, venant des bords du Tibre, sur la place, et des centaines de promeneurs, comme affolés, prennent leur course du fond du Borgo pour être aussi de la fête.Trois quarts d'heure passent dans cette énervante attente, pendant laquelle on A revêtu le pape des vêtements blancs à sa taille pour la cérémonie de la première adoration.Maintenant, on le devine, le cortège est formé, il sort de la Chapelle Sixtine et' s'en vient lentement vers Saint-Pierre.Voici du reste le hérault qui doit proclamer l'élection.La fenêtre centrale de la façade s'ouvre; un vaste soupir s'échappe des bouches; puis les bruits tombent.Les valets pontificaux étendent sur la balustrade du balcon une pièce d'étoffe de soie rouge et blanche portant au centre l'écusson papal.Ils se retirent.On aperçoit alors dans l'ouverture un crucifix guidant une procession invisible et lentement émerge de la pénombre le premier des cardinaux diacres, le cardinal Bisleti, à qui appartient l'honneur de prononcer la formule d'élection.Un silence énorme, apeuré, s'établit, et l'on entend.Pontifex Maximu .Achilles Ratli.nomen Pius XI.Le nom se propage, répété de lèvre en lèvre.Ratti, Ratti, Ratti! Les deux syllabes fusent, avec un curieux bruissement.Et, tandis que le murmure s'étend et s'éloigne, des applaudissements éclatent, serrés, drus, qui sentient, se multiplient, et finissent par faire, sur toute l'étendue de la place, on formidable grondement. 4 La Canadienne, Avril yyjj Et aussitôt, tandis que oue cette torrentueuse oie, des cris aigus partent, çà et là bizarres et comme faussts par Pémotion, des cris rendus tremblants par le battement des I coeurs oppressés: "Italie"! Italienissime! Vive l'Italie!" j A foule ratine l'élec-*-> tion advenue dans le secret de la Chapelle Sixtine Elis lui donne son sens, le sene populaire; elle imprime dès cet instant sur le pon tificat à peine commençant la marque visible qu'il gardera pour la masse pendant toute sa durée.Le candidat de la conciliation 'a emporté, un ltaien patriote comme e cardinal Maffi.Aors.tbus ont compris en même temps que la tradition de la bénédiction du peuple, interrompue depuis 'occupation de Rome par les troupes italiennes, allait être reprise.Les troupes italiennes sont là aussi, et elles y sont bien à leur place, pacifiquement, dans leur fonction de protectrices de l'ordre.De même qu'elles veillèrent, l'arme au bras, la dépouille mortelle de Benoit XV, elles participent, elles aussi, à la cérémonie et l'on sent que, si elles étaient absentes, il manquerait quelque chose A l'événement.Un cordon de gardes royaux à cheval coupe la place en deux derrière l'obélisque et s'immobilise.Un frémissement presque con-vulsif secoue le public: une silhouette blanche est La porte de bronze du Vatican, fermée s du pape.— Pkot.G.Fcliti.au balcon ; Pie XI salue le peuple, son peuple.La cloture du Conclave est} rompue; d'autres barrières ne vont-elles pas choir du même coup?Peut-être.Et, comme au temps où le pape circulait dans les rues de Rome, un même geste instinctif et puissant courbe cette foule haletante qui s'agenouille, en même temps qu'une acclamation inarticulée, folle, enthousiaste, monte vers l'élu du Conclave.Tout s'apaise et, tandis que tous les yeux contemplent les traits fermes du successeur de Benoit XV, que l'émotion continue de secouer les poitrines et de tendre les nerfs, la voix du Souverain Pontife, calme, nette, métallique et dure, prononçant les paroles rituelles, tombe sur les rangs pressés de fidèles (en cette occasion, les incrédules sont au diapason des croyants) et, d'un geste volontaire, énergique et ample, il donne sa hénédiction au monde, une fois, deux fois.Au bas des degrés, les troupes italiennes présentent les armes au souverain du monde chrétien, et les cloches, tout à l'heure muettes, lancent sur Rome leurs ondes d'allégresse.III.LE COURONNEMENT DE PIE XI /"¦ETTE cérémonie du couronnement, qui n'ajoute rien ^ à l'autorité du nouveau pape élu et proclamé, mais qui fixe la date à partir Je laquelle commence à courir le pontificat, est l'une des plus solennelles et grandioses que connaisse la liturgie et l'une de celles aussi auxquelles le cadre unique de Saint-Pierre est absolument nécessaire.Cette remise publique de la tiare au Souverain Pontife représente pour la foule plus ou moins profane comme la prise de possession de l'autorité suprême, alors qu'elle n'est qu'un accessoire facultatif de l'élection à la chaire de saint Pierre.Quel que soit aussi le sens exact des trois cercles d'or qui ornent la tiare, celle-ci apparait comme le symbole des divers ordres de puissance, réelle ou latente, du pontife.Surchargée de pierres précieuses, rubis, saphirs, émeraudes, chrysolithes, aigues-marines, hyacinthes, diamants, topazes et perles, elle rivalise par sa splendeur avec les couronnes royales ou impériales et constitue le signe visible de la souveraineté papale.Par la route accoutumée, salle Ducale et escalier royal, Pie XI est descendu dans la basilique, mitre en t^te.Le premier acte de la journée n'a point été sans quelque ironie.Il a pu rappeler à la mémoire le dramatique spectacle du cardinal Consalvi présentant le calice à Léon XII dont il avait férocement combattu l'élection au sein du Conclave.Dans la sacristie de la chapelle du Saint-Sacrement, le Saint-Père a reçu officiellement les félicitations et l'obédience du cardinal Merry del Val, archiprêtre de Saint-Pierre, qui a baisé la main et le pied du pape et qui, en échange et en gage de jjaix, a reçu de lui l'accolade.Spectacle émouvant et pathétique.L'impassibilité des visages des acteurs et des spectateurs ne s'est pas démentie.Les spectateurs n'ont trahi leur émotion que par la lueur plus vive des yeux et l'intensité des regards.Jamais le cardinal n'avait été si calme, si majestueux et dominateur qu'en baisant la mule papale et rien dans l'attitude du pape ne décelait ses sentiments.T ENTEMENT, plus lentement encore que de coutume, le cortège s'est ordonné, cortège cent fois décrit dans son apparat, sa somptuosité presque orientale le chatoiement de ses étoffes, le bruissement des soies, l'éclat des ors, le plus prestigieux mélange qui soit de teintes chaudes, rouge et violet surtout, alternant avec les robes simples et ternes des ordres religieux, les blanches chasubles brodées d'or, les cierges, les croix et les chandeliers, les mitres et les tiares portées sur des coussins, la lourde splendeur gemmée des évê-cfues orientaux, les cardinaux dans la pourpre, les camériers, gardes-nobles, dignitaires et prélats, hermine, collerettes et satins, et enfin, apparition lointaine au-dessus de la foule tassée, dans la Sedia encadrée par hsflabelli, le pape bénissant.Le même cri d'exultation qui l'avait accueilli à son apparition sur la loggia, après sa proclamation, l'a salué aujourd'hui encore à son entrée dans la grande nef de Saint-Pierre; le même cri de joie, les mêmes vivats ont résonné; si les assistants ne sont pas tous tombés à genoux, comme ils l'ont fait lundi dernier dans l'eau et la boue de la place, c'est qu'ils étaient trop serrés pour le pouvoir faire.Et les acclamations se sont prolongées, cepenPant que montait le chant Tu es Petrus et que les clairons pontificaux, dits improprement trombe d'argmto, entonnaient la marche triomphale.(Pour la chronique de la conciliation, disons que les clairons sont confiés, en ces jours d'apparat, aux musiciens spécialistes des gardes municipaux de Rome qui sont payés pour ce service par les gardes-nobles du Vatican.) Le pape est pâle, très pâle, sur la Sedia.Jamais peut-être ces voûtes vénérables n'ont retenti de pareilles acclamations, frénétiques, délirantes.C'est le premier contact véritable du pontife avec son peuple.Il bénit.Les cris redoublent.Il bénit encore.Les mouchoirs, les bonnets, les châles, tout ce qui peut se transformer en étendard s'agite.La main du pape retombe, tremblante, lasse de bénir.11 semble écrasé par son propre triomphe, accablé par l'énorrnité de la charge qui pèse sur lui.Son visage est empreint d'une bonté et d'une fermeté douloureuses.II sourit tristement.Songe-t-il aux moments difficiles qui l'attendent?aux problèmes très graves qu'il devra résoudre?Profondément recueilli, il descend de son trône mobile, s'agenouille et prie.Quelle est cette prière angoissante qui s'exprime par un soupir douloureux, seule confidence qu'il lui est donné de faire de son martyre intérieur?A quoi bon parler, puisque aussi bien nul ne peut rien pour lui.Il est Tout.Et il doit tout au monde qui attend de lui la vérité et la paix.P Puis la cérémonie a commencé, déroulant majestueusement, avec la sécurité que donnent la foi et la maîtrise du temps, au milieu du grondement de marée que fait la foule, ses tableaux costumés aux mouvements réglés d'avance.Tableaux innombrables, d'une ampleur inégalée: rappel de la vanité des grandeurs terrestres, a-dressé au pape par le maître des cérémonies qui, à trois reprises, brûle devant lui un tampon d'étoupe imbibé d'alcool, fiché à l'extrémité d'un bâton d'argent, et psalmodie: Sic transit gloria mundil Imposition du pallium, litanies du couronnement, lente préparation de la communion sur une nappe brodée à franges d'or, eau versée avec une cuiller d or dans un calice d'or; élévation, les porte-torches se dressant devant l'autel avec les torches enflammées, les clairons sonnant; vin consacré, bu avec un chalumeau d'or; paiement de la messe dite, 25 Jules remis au pape par le cardinal Merry del Val.La messe est terminée.Un mouvement se produit dans les troupes pontificales autour de la Confession.Tout se prépare pour le dernier acte du couronnement.La Sedia s'avance, portant le pape qui bénit de nouveau l'assistance que six heures de station debout et d'étouffe-ment ne semblent pas avoir lassée.La Sedia, maintenant, repose sur l'estrade.Pie XI est immobile sur son trône.Autour de lui sont le cardinal-doyen, le cardinal Billot à sa droite, le cardinal Lega à sa gauche.L'estrade est étroite où se trouvent les hauts dignitaires, qu'entoure le corps diplomatique.Le Souverain Pontife redoute quelque accident; il prend affectueusement par le bras le cardinal Billot, l'oblige à poser la main sur l'un des bras du trône et lui recommande de s'y retenir.Moment solennel.Le cardinal Vannutelli chante 1 ultime oraison avant le couronnement.Le cérémo-niaire remet la tiare au cardinal Billot, le savant théologien qui représente la France en curie.Il s'approche du Souverain Pontife.Ses mains tremblent, sa vue se trouble, sa voix se voile; il place la triple couronne sur la tête de celui qui représente la plus grande puissance spirituelle du monde.La France couronne le pape! Quelle émotion! Le cardinal Billot, bouleversé, pleure, et les sanglots étreignent sa gorge.Péniblement, d'une voix étranglée, il chante la formule qui consacre l'imposition de la tiare.Etrange hasard qui a voulu que le cardinal Bisleti fût malade et cédât son tour, dans la cérémonie, au cardinal Billot! (""•'EST fini.Vive le pape! Vive le pape pacificateurt Vive le pape de la paix! Vive Pie XII Ét difficilement, dans une terrible mêlée, après que le pape a disparu, le public s'élance vers la sortie, pour assister au numéro hors programme qu'il s'est promis: la bénédiction au peuple, la seconde, de la loggia extérieure.Une cohue formidable, rendue plus grande encore par l'énorme masse des curieux qui stationnent sur la place, depuis l'aube, et qui refusent de se mouvoir.Le peuple veut la bénédiction.Des altercations éclatent.Les fonctionnaires chargés du service d'ordre sont débordés.Le commissaire de police du quartier du Borgo prend sur lui d'avertir les autorités du Vatican qu'il ne répond plus de rien si le pape ne se montre pas.Une fenêtre s'ouvre, et quelques membres de la famille Ratti y apparaissent.On les applaudit.Ils se retirent précipitamment.La place déborde de gens, qui refluent par toutes les issues.La foule a trouvé une nouvelle idole; elle en joue; elle commande.Le pape cède et vient, enfin, avec le même cérémonial que la première fois, flanqué de six cardinaux de chaque côté.Il donne la bénédiction, et le hurlement des acclamations reprend, déferle, pendant que les mains agitent, comme de petits drapeaux multicolores, les billets d'invitation, bleus, rouges, jaunes, blancs, que tous ont gardés à la main comme souvenir de la cérémonie et qui font comme un envoi de fleurs printanières sous le clair soleil dévoilé.Théodore Vaucher.IV.LE CARDINAL RATTI A INSI, contrairement aux pronostics mis en circula-tion depuis quelques jours, le Sacré Collège a élu un cardinal de premier plan, une des physionomies les plus marquantes de tout le Conclave.A peine Benoît XV avait-il achevé d'expirer que le nom du cardinal Ratti était déjà sur toutes les lèvres.Très populaire dans toute l'Italie, et notamment à Milan et à Rome, son élection fut tout de suite ouvertement souhaitée par toute l'opinion publique italienne.Si ouvertement même que cette faveur trop marquée faillit compromettre ses chances.La presse de Rome, qui l'avait poussé en avant, crut plus habile de modérer l'expression de son enthousiasme et la candidature du cardinal Ratti rentra, pour quelques heures, dans l'ombre.Elle vient d'en ressortir avec éclat.Achille Ratti est né à Desio, près de Milan, le 31 mars 1857.Il touche donc à ses soixante-cinq ans.C'était le troisième fils d'une famille de six enfants.Deux de ses frères, l'ainé et le plus jeune, Fermo et Camillo, vivent encore.Sa mère s'appelait Teresa Galli.Sor» père, Francesco Ratti, directeur d'une filature, vivait dans une modeste aisance.Son oncle, don Damiano» Ratti, était prévôt.C'est lui qui s'occupa, d'abord, de l'éducation du futur pape.Les débuts du jeune Ratti dans le sacerdoce furent peu éclatants.Il devait, durant de longues années, rester confiné dans les pieuses mais humbles besognes du ministère sacerdotal.A vingt-cinq ans, alors que tant de jeunes ecclésiastiques romains sont initiés aux grandes affaires, il fut envoyé, comme vicaire, dans l'infime paroisse de Valsassina.Tout en se consacrant ardemment au soin pastoral il se livrait avec passion à l'étude et se montrait attiré en particulier par l'histoire.C'était un prêtre très gai et très actif.Lorsqu'il pouvait s'accorder quelques vacances, il les consacrait à l'alpinisme.Il fut, en effet, un ascensionniste de premier ordre.Il fut le premier à passer le col du Zumstein et raconta cette difficile excursion dans une brochure, aujourd'hui rarissime, éditée à Turin en 1890 et intitulée Au Mont Rose.C'est le cardinal Ferrari, archevêque de Milan, qui remarqua le premier les exceptionnels mérites de l'abbé Ratti.Il lui confia la chaire d'hébreu au grand séminaire et le nomma chanoine de Saint-Ambroise.Ainsi mis en lumière, le protégé du cardinal Ferrari ne tarda pas à attirer tous les regards.Vivant très simplement, il eut l'occasion, lors des émeutes de Milan de 1898, de montrer un grand courage physique dont il devait donner une nouvelle preuve à Varsovie, lors de l'invasion bolcheviste de 1920.Les Polonais ne sont pas près d'oublier la contenance qu'il sut garder alors.À CINQUANTE ans, c'est-à-dire à l'âge ou tant d'au-*» très portent déjà la pourpre cardinalice, l'abbé Ratti reçut le modeste titre de Monsignor.Il produisit, à cette époque, divers travaux historiques d'importance, notamment sur saint Ambroise, et., en 1912, il était appelé à diriger la Bibliothèque ambrosienne, trésor de Milan et l'une des plus riches du monde.Quand éclata la guerre, on songea tout naturellement à lui pour succéder au Père Ehrle, conservateur de lai bibliothèque vaticane, dont la situation était devenue difficile.Dans ce poste qu'il occupa quatre ans, Monsignor Ratti conquit vite une grande et sympathique notoriété.Véritable savant, d'une érudition sacrée et profane infiniment étendue, souriant, volontiers caust que, mais toujours sans méchanceté, il étonnait les gens par sa largeur de vues et par la justesse de son jugement.Ceux qui eurent, alors, l'occasion de visiter la bibliothèque vaticane ne manquèrent pas d'être séduits par cette physionomie à la fois très douce et très ferme où brillent deux yeux noirs étonnamment vifs et mobiles.Mais son extrême simplicité, qui va jusqu'à la bonhomie, ne nuit en rien à une autorité naturelle qui s'impose d'elle-même.Ces quatre années passées au Vatican achevèrent de classer Monsignor Ratti parmi les grandes figures ecclésiastiques.Son rôle extérieur pouvait, dès lors, commencer.Benoit XV, qui nourrissait à son endroit une dilection particulière, ne crut pas devoir l'essayer dans quelque emploi facile.D'emblée, il lui confia la tâche la plus délicate.En 1918, il l'envoyait en Pologne.Le délégué apostolique réussit si bien que, l'année suivante, il était officiellement nommé nonce à Varsovie.On conçoit combien cette charge était lourde.La Pologne sortait d'un sommeil de plusieurs siècles.Ses frontières n'étaient pas fixées.La question de Haute-Silésie offrait mille écueils à l'activité diplomatique du nonce.Mgr Ratti, élu à la même époque archevêque in partibus de Lépante, eut l'honneur de s'attirer l'hostilité de l'Allemagne.Sanss'être, pourtant, départi de la réserve convenable, il n'avait pas consenti à faire plier son sentiment de la justice devant des inspirations d'opportunité politique.Les Allemands, qui avaient espéré tourner à leur profit l'influence catholique, en furent réduits, pour contre-balancer l'autorité du nonce en Pologne, à solliciter l'envoi dans le territoire plébiscitaire d'un autre prélat, Mgr.Ogno, dont le rôle, il lui fut fournie de manifester des dons innés de diplon a e nourris et développés par une patiente culture et une vaste expérience des hommes.En quelques mois, il réussit à obtenir du conseil municipal de Milan, ville fort peu religieuse, que le catéchisme fût enseigné dans les écoles.Cet exemple donne bien la mesure de son habileté.Ceux qui le connaissent affirment qu'il possède toutes les qualités morales et toutes les facultés exigibles d'un grand pape.Quel est le sens politique de son élection?Pour répondre à cette question, il faut renoncer à la terminologie simpliste si fort à la mode.Un pape n'est pas de gauche ou de droite et les classifications parlementaires habituelles expriment bien mal les tendances diverses d'un Conclave.Dès le premier jour, on a cité le cardinal Ratti parmi les conciliateurs.La première conciliation qu'il veuille tenter, c'est celle des sentiments opposés qui se partagent l'Eglise.A cet égard, on peut déjà le juger sur ses premiers actes.A peine élu.il prend le nom de Pie XL exprimant ainsi qu'il se range parmi ceux qui voient dans une piété profonde et dans une grande fermeté de doctrine les premières vertus d'un pape.Désigné dans la prophétie de saint Malachie, sous le signe Fides inlrepida (Foi intrépide), il ne démentira point l'antique prédiction.Mais, dès qu'il a revêtu la soutane blanche, il fait ouvrir la fenêtre de Saint-Pierre, close depuis 1870.Il se montre au peuple romain.Il bénit la foule qu'en cadrent les soldats du roi.Il lance un court communiqué où, tout en réservant les droits du Saint-Sièg il parle tout de suite d'apaisement, ainsi Qu'il l'ave La Canadienne, Avril 1922 5 GIACOMO DELLA CHIESA Le dernier pape Giaromodel'a Chiera—tel était son nom—était^né à Pegli, près de Gène?, le 21 novembre 1854, d'une antique lamille de marins et de soldats.Sa mïre était de haute noblesse et comptait parmi ses ancêtres le pape Innocent VII qui occupa le trône de Saint-Pierre de 1404 à 1406.Dès :a jeunesse, le petit délia Chiesa parut destiné aux fautes destinées ecclésiastiques.Il fit de très brillantes études can; un séminaire de choix.A vin^t-cinq ans il avait obtenu toutes les consécrations d'école.Il était docteur en droit civil, en philosophie, en droit canon et en théologie.A peine ordonné prêtre—-il entrait dans la célèbre académie des "Nobles ecclésiastiques" qui prépare à l'Eçlise i'état-major de sa diplomatie et de sa secrétairerie d'Etat.Toute sa carrière, en effet, «'écoula dans des postes de haute confiance.Le cardinal Rampolla fit tout de suite celui son premier collaborateur.II accompagna à Madrid l'illustre pré at quand celui-ci y occupa'a nonciature.Il revint a.ec lui au Vatican en 1887.Il devait y demeurer jusqu'en 1907, époque à laquelle Pie X lui confia i'archevêché de Bologne.Ceix qui allèrent à Rome du temps de Léon XIII et eurent à solliciter une entrevue du cardinal Rampolla se souviennent o'avoir été reçus d'abord—c'était la règle— par un "monsignor" chétif, petit, précocement voûte, qui parlait a'une voix douce et faib'e, souvent hésitante.Nervetx, presque trépidant, le geste extrêmement mobile, le cheveu très noir, il décochait au visiteur au tra-\ers ses lar&eslunettescercTéeSd'or un regard singulièrement incisif, malgré sa myopie.C'était l'abbé délia Chiesa.Elevé au ran?suprême, il ne chançea point, il garda ses manières affables où perçait cependant on ne sait quelle hauteur aristocratique.Benoit XV, malgré sa disgrâce corporelle dont il riait tout le premier et qui, lors de son élection, obligea le tailleur papal à retoucher en hâte les ornements pontificaux, trop amples et trop lourds pour d'aussi faibles épaules Benoit XV tut un pape grand seigneur.Ce fut aussi, essentiellement, unpape diplomate, fort différent du simple et pieux Pie X auquel il succédait.Non qu'il ne fût, lui aussi fort zélé dans la pratique de ses dévotions Pendant les vingt années passées dans les bureaux du Vatican, il n'avait jamais néjlitré son mnis tèresarerJota1, confessant tous les samedis à Saint-Eusi ta:he, et visitant régulièrement les malales, car il étal grani a tmônier.Mais c'est à la politique de l'Eglise qu'i cenacra toujours le meilleur de ses forces.Aménagement de la Sixtine .aufpremier plan la table de vote.Photographie prise des degrés de l'autel.Cheminée installée dans la Sixtine pour l'incinération des bulletins après les voûtions.faut le dire, fut beaucoup moins heureux.Enfin, au mois de juin dernier.Mgr Ratti reçut la pourpre et l'archidiocèse de Milan.Il n'était donc cardinal que depuis huit mois.pN résumé, le nouveau pontife, après une longue oériode sacerdotale, se distingua surtout comme homme de science et d'étude jusqu'au jour où l'occasion La Chapelle Sixtine amt-n.-igée pour le Conclave : au lond.devant l'autel la taHe portant un calice et un ciboire est celle où les Cardinaux vont'porter leur bulletin de vote.fait d'ailleurs en prenant possession du diocèsç de Milan.Il est à [jeu près certain que, sous son règne, les rapports entre le Quirinal et le Vatican, déjà détendus sous Benoît XV, continueront de s'améliorer.Et il est plus sûr encore que les réconciliations amorcées seront activement poursuivies.Peut-être aura-t-il la joie de ramener dans le sein du catholicisme les Eglises slaves, profondément ébranlées par la chute du tsar.Il ne manquera pas de Diplomate né, tenant de ses ascendances génoises le pojt des tractations oitficiles, il tenta plusieurs fois d'amener uneomprems entre les belligérants.Il rêvait o'étre la pape de a rai" et ne vit pas sans douleur ses suggestions négligée?.I: meurt au moment où, peut-être, il allait jouer c'a le nrnde 'e grani rôle que la guerre lui refusa.EDOUARD HELSEY.maintenir attentivement la position internationale de la Papauté, mais son attitude en Pologne nous est un solide garant que la France ne trouvera pas en lui un pape plus ou moins prévenu en faveur de nos ennemis ou de nos adversaires.Inclinons-nous avec confiance devant Pie XI.Le Sacré-Collège, semble-t-il, ne pouvait pas faire de meilleur choix et il est tout à fait hors de doute qu'il était exposé à en faire un bien moins bon.tliji 6 la C&noditnne, Aviil 1922 EN SON JARDIN SECRET L ne se doutait pas, ce pauvre ami, que cette blessure qu'il avait mis tant de pudeur à me dévoiler, je m'en ferais le révélateur à ces profanes que sont les gens.Je me souviens ce soir là, que le masque de froideurqu'il s'était composé depuis q uelque temps achevait de se issir/er en une mélancolie nerveuse.J'avais deviné que sous ce flegme inaccoutumé une douleur rongeait l'âme et que la volonté n'avait qu'a se briser comme une corde troptendue pour que cet instrument sonore qui est le coeur vibrât dans toutes ses fibres.Ce pauvre André, il était loin de ses ferveurs stoïciennes, où il prétendait que la sensibilité de l'âme et celle du corps pouvaient vivre d'une vie parallèle et étrangère, sans que les impressions de l'une ne trahissent les impressions de l'autre.A la réalité, ces brillantes théories s'effritent comme des cristaux sans consistance.Heureux si le fait brutal ne lui eût prouvé son erreur de vouloir plaquer sur une nature de sensitive un stoïcisme factice.Ce soir là, selon son attitude favorite, il s'était adossé à l'encadrement de la fenêtre.Avant le souper il avait laissé échapper quelques mots révélateurs, fines gouttes de vérité suintant à travers les parois d'un coeur trop plein.Aussi, à peine sa cigarette allumée, il se mit brusquement à parler comme s'il eut continué un récit abandonné avec le ton et le geste rare d'un homme qui lit une oeuvre écrite.Un moment, je le so upçonnai de l'avoir fait, mais je n'en montrai aucun étonnement.Enfoncé dans un large fauteuil, j'écoutai sa lamentable histoire.Il parla longtemps s'interrompant pour jeterjd'un coup sec de son doigt un peu de cendre au vent.pOUR les profanes, commença-t-il, * elle n'avait de beauté que la blancheur de sa robe de garde-malade.Moi, sans m'illusionner de mon amitié, je la trouvai belle, même lorsqu'elle ne m'était encore qu'une inconnue.Je savais tout au plus d'elle qu'elle avait quitté sa clinique d'hôpital depuis l'hiver pour se dévouer entièrement à son père, vieux notaire rentier que la paralysie achevait de rendre impotent.Même leur aimable] voisine de qui je tiens, par hasard, ces renseignements,me fit part que ce n'était pas une femme comme les autres, qu'elle vivait seule sans recevoir ni visiter; mais elle m'assura qu'elle était charitable et pieuse et que si elle gardait encore son costume de gar le ce n'était pas par "vaillantise" mais pour l'user.Je me souviens qu'à cette apologie de Marthe je soun- ¦ t j'essayai laborieusement de rassembler les traits' " épars de cette figure qui, à peine entrevue, s'était pourtant fixéi dans ma mémoire."Pour vous avoir croisée quelques fois, je n'étais déjà plus un profane de votre beauté", lui dirai-je brutalement Élus tard.D'où vient^que je voyais i où d'autres étaient restés aveugle-, que je m'en allais, cherchant comme à mon insu à comprendre cette vision blanche et blonde qu'elle était?Paroles fades, dira-t-on, je ne le crois pas, puisque maintenant rien qu'à les prononcer, elle se lève en moi, vivante cristallisation de ma pensée.IL y avait une semaine »que je ne l'avais rencontrée quand un matin Madame Laurent, notre voisine, qui organisait une procession en l'honneur de Ste Anne me pria de vouloir bien quérir des fleurs chez des gens qui passaient l'été dans une île en haut de notre village de N.Elle me demanda en outre d'arrêter chez un Monsieur Lisieux, ajoutant qu'il possédait de riches lauriers sauvages en son jardin et une blanche petite sauvageronne en sa maison.Je devais m'y rendre en chaloupe.Partout, je fus comblé de fleurs et de politesse.Quand j'abordai chez Monsieur Lisieux la pointe fleurie de ma Verchère se profilait dans l'eau comme la proue d'une galère alexandrine.Je montai vers la maison.Elle semblait déserte, et, n'eût été le rideau qui flottait à la fenêtre et un mince filet de fumée au pignon, je l'eus crue in- par EDMOUR CHAURET Illustré par Eileen Wedd Remarqua-t-elle mon malaise ou en vit-elle le cause en l'obscurité da sa phrase habitée.De chaque côté de la maison, je voyais se développer et se confondre les allées et les plates-bandes du jardin limitées en avant par le chemin public et de chaque côté par une haute haie de sapinettes qui venait se perdre dans la rivière.A l'autre bout, près de la route, comme un pavillon de plaisance, sous un enchevêtrement de clématites, de vignes, de lilas, un enclos de treillis marquait un large coin du jardin, et, dans le rectangle de soleil qui pénétrait par le haut, je vis Mademoiselle Lisieux qui me saluait de loin par une petite porte percée dans la haute clôture.Je m'avançai vivement, car elle semblait porter un lourd panier débordant de fleurs.J'espérais entrer en ce jardin clos qui était un musée de fleurs rares, à ce que m'avait dit Madame Laurent.Je fus déçu dans ma curiosité.A chaque pas des massifs de cannas, d'idrangers, d'oeillets, des touffes de phlox me barraient la route.Quand je relevai la tête, Mademoiselle Lisieux avait refermé la porte et m'attendait souriante en arrangeant ses cheveux."La charité pour l'amour du bon Dieu, lui dis-je en riant." Elle m'indiqua de la main le panier."Oui, monsieur le journaliste, vous en avez si besoin de fleurs en votre métier.Je fus délicieusement surpris de cette familiarité.Je restai là à sourire, bêtement sans mot dire, sentant, à mesure qu'elle me regardait, le vide se faire en ma pensée.Je m'étais cru un homme; voilà que je n'étais qu'un enfant gêné.Remarqua-t-elle mon malaise ou en vit-elle la cause en l'obscurité de sa phrase?"Oui, des fleurs de rhétorique" reprit-elle, pendant que j'étais encore à rallier mes esprits, cherchant un rapport entre un bureau de rédaction et une gerbe de fleurs.Ce fut dit simplement et comme mis en musique si harmonieusement par une fusée de rire que je sentis ma gêne se dissiper d'un coup comme une brume au soleil.Un rayonnement d'idées lucides, brillantes, gaies, illumina mon esprit.pOURTANT, cette entrevue se termina là.Mademoiselle Lisieux fit porter le panier à la chaloupe par un petit garçon, me salua gentiment de la main et de la parole et me laissa sans plus sous les arbres, à mi-chemin entre la rivière et la maison.Sur la grève, je me retournai pour regarder sa robe blanche passer devant les fenêtres dans la pénombre des chambres.Est-ce illusion des yeux ou du coeur, en m'asseyant sur le banc aux rames, je crus surprendre un regard furtif derrière un rideau.Tout de même, la parole de la commère me revint: "Ce n'est pas une femme comme les autres." Et d'avoir compris que pour moi aussi elle n'était pas comme les autres femmes, je restai songeur.Le lendemain, je m'éveillai en pensant que Marthe Lisieux était une bien belle femme.D'habitude, mon oeil s'ouvrait sur ma bibliothèque au pied de mon lit.Ce matin là, je me redressai et, me fermant les yeux à demi dans les dernières buées du sommeil, je poursuivis un rêve, inconsciemment commencé dans mon esprit endormi.Je souris à la pensée qu'enfant je me couchais, mon histoire sainte sous le traversin, et que je me reveillais, revivant en ma mémoire les merveilleux récits d'Agar et d'Ismael, de Joseph, de Ruth la Moabite.Quelle mystique histoire avait-on déposé sous mon oreiller?Maintenant, je me récitais avec douceur la mystérieuse leçon des choses qui, depuis quelques jours s'élaboraient en moi.Je ne m'étonnai pas d'aimer Marthe, même malgré ma répugnance du flirt; je m'en voulus de n'avoir pas montré plus large coin de mon filet dans le parc de monsieur Lisieux.La scène de la veille s'était gravée dans ma mémoire.Je la fis se dérouler comme un rouleau de cinéma, là, sous mes yeux, sur le fond du rideau de cretonne mauve, lumineux du soleil qu'il voilait.Je-cherchai le symbole de chaque geste; je prêtai de nouveau l'oreille à l'intonation de chaque parole.Comme pour une lettre trop courte d'une amie, je laissai se perdre mon imagination dans les mystérieux espaces entre les lignes.pLUS tard,quand monamouraura pjrmisà mon esprit ¦*¦ de le raisonner, il me semblera que cette femme était entrée dans ma vie comm?ch;z elle; qua je n'avais pas eu à me faire à elle, pas plus qu'elle n'avait eu à se faire à moi, que nous nous étions tenu la main tout simplement, n'ayant comme Nerval qu'à se ressouvenir d'une autre vie que peut-être, par métempsycose, nous aurions vécue ensemble.D'ailleurs c'était son ombre qui l'avait précédée dans mes rêveries de jeune homme.Elle s'incorpora, semble-t-il dans cette forme idéale et féminine que je m'étais faite de la beauté et qui à la moindre sensation esthétique avait le don de revivre en moi et de m'émouvoir singulièrement.Pour ne 'avoir vue que deux ou trois fois et peut-être jamais examinée, j'avais gardé d'elle l'impression d'un être si harmonieusement composé que la beauté de chaque trait n'avait de sens qu'agencée à la beauté de tous.Elle avait les yeux grands, si pâles que le bleu de l'iris se fondait dans la blancheur de la figure.Mais un sourire imperceptible épandu sur son visage comme un caractère essentiel de ses traits, tendait un voile coloré sur son teint trop blanc, ses yeux trop pâles.Je rêvai longuement ce matin là.Je finis même par adhérer à l'opinion d'un ami qui croyait à l'affinité des noms et de ceux qui les portent.11 me sembla que j'aurais été étonné de savoir qu'elle ne s'appelait pas Marthe, de même que je me serais moqué de la caricature d'une Marthe aux yeux noirs.Faible psychologie pourtant: j'aimais tout cequi était d'elle sans m'aper-cevoir que c'était elle que j'aimais en tout.En substance, je me découvris subtil et profond amoureux dont la faculté d'analyse interceptait les sentiments et, comme un prisme, en multipliait les rayons par tout le coeur.J'aurais dû pourtant m'abstenir de cette auto dissection de mon âme, que Bourget déclarait source d'autant de souffrances que de vérités.Par bonheur, ce jour là je devais la revoir.Madame Laurent m'avait priée de retourner chez Monsieur L'sieux, Mademoiselle Marthe désirant qu'on lui renvoyât le plus tôt des fleurs qu'elle avait prêtées.Je suis à vous, lui dis-je, l'air indifférent.Je pris la chaloupe.Sur la rivière encore fraîche de la nuit les oiseaux volaient par bonds.Ils passaient près de moi en jetant de petits cris joyeux et, du bout de l'aile troublaient l'eau de la baie de cercles qui s'élargissaient et s'entremêlaient.La grève de sable déserte et ombragée d'un demi cercle d'arbres, les longues herbes du bord qui ondulaient avec l'eau, la baie pleine de soleil et de scintillements, cette scène banale en elle-même fit impression sur moi: je lui trouvais un charme qui n'était autre que la transposition sur les choses de mon état d'âme.T A maison des Lisieux s'élevait au milieu du vaste terrain qui s'étendait du chemin à la rivière.Avec ses constructions attenantes, elle séparait le jardin d'un parc dénudé de fleurs et ombragé des grands arbres.De la rivière, cette lourde bâtisse, flanquée d'une tourelle et dont les grands chênes battaient du bout de leurs branches les ardoises de la toiture, avait un air d'aisance et de bon goût.Cependant, cette nudité du gazon, ce silence sur les bancs, au pied des fûts élancés des arbres m'émurent d'un sentiment de mélancholie dont je n'avais pu me défendre lors de ma première visite.Cette émotion, avivée par deux jours d'une rêverie d'une fixité presque morbide, se trahit dans tout mon corps par une langueur véritablement physique et prar un serrement à la gorge qui m'empêchait presque de respirer.Devant la maison, une large baie bordée d'arbres s'incurvait dans la terre.Au milieu, on avait construit un kiosque.C'était un octogone, percé de quatre fenêtres à jalousie et de deux portes et qui, sous sa toiture à la chinoise et ses murs de bardeaux peints avait l'air d'une paillotte de l'Annam.Il s'élevait au milieu d'une plateforme à garde fou et que reliait à la rive une passerelle jetée sur des pilotis.Je n'avais pas touché terre qu'un bruit de branches brisées et de pas sur le gazon me fit lever la tête.C'était elle.Elle avait sauté sur un gros cailloux plat, enlisé dans le sable."C'est vous," lui dis-je naïvement Elle écarta ses deux bras dans un geste qui signifiait "Vous le voyez." "Vous êtes bien aimable," fit-elle, en jetant les yeux sur les deux lauriers que je lui rapportais."Est-ce la monnaie des fleurs que je vous ai données?" et moi, de lui répondre comme un écho: "Que vous m'avez données?" Dans le parc, il y avait de grandes taches de soleil, comme des draps blancs qu'on met sécher sur l'herbe.Près de la maison, une touffe de bouleaux striait le mur gris de raies éblouissantes de blancheur.Elle les frôla de sa robe."Votre parterre est magnifique," lui fis-je.—Vous aimez donc ces bouleaux, me demanda-t-elle en suivant mon regard.—J'aime leur écorce blanche.—Blanche, de reprendre Marthe en mimant ma physionomie de tout à l'heure.Vous les aimez comme ma robe, n'est-ce-pas?—Comme vous.Ce mot expira sur mes lèvres.Peut-être ne l'entendit-elle pas.J'en doutai alors, mais dans la suite, lorsque je me fus familiarisée aux subtilités de sa physionomie, lorsque j'eus trouvé la clef de ce que j'appelais le langage de son sourire, je fus persuadée qu'elle avait compris.Elle avait pris un air grave et méditatif et s'était mise à marcher d'un pas lent et automatisé, ainsi qu'une personne perdue en de profondes pensées.Je lui pris le bras sans qu'elle fit un gaste pour s'en défendre.Au contact de celle que je touchais pour la première fois et dont je sentais le bras vibrant sous mes doigts, j'eus comme un geste réflexe de fausse pudeur, je retirai ma main brusquement.Elle leva les yeux sur moi, des yeux devenus plus grands, me parut-il, et comme troublés d'un sentiment de crainte.Ah! maintenant, je le suis dans tous ses détours le fil des sentiments qui se trahissaient sur sa figure.Cet oeil au regard effaré, j'en comprendrai le sens plus tard, et je pleurerai de l'avoir compris.POMME cette mélancolie dont elle enveloppa son refus, alors, je voulus franchir le treillis."Vous-avez bien hâte d'entrer en mon jardin secret," avait-elle dit.Nous nous étions arrêtés.Elle s'était penchée sur un idranger et en arrachait les feuilles sèches.Moi, je sentais un sentiment d'exaltation me monter à la tête.Je me croisai les bras sur la poitrine comme pour en contenir les battements du coeur.Au milieu de cette végétation débordante de vie, au milieu du bruissement du vent qui s'enflait dans les arbres, je crus que, si le bruit de mon coeur et du reflûment du sang aux tempes eut cessé, la nature se fut figée dans le silence et l'immobilité.Illusion d'une sensibilité surexcitée.Comme si l'inutile agitation des choses n'avait qu'à rentrer dans son inanité devant l'imperceptible et mystérieuse émotion d'un coeur humain.En se levant, Marthe mit le pied sur le bord de sa robe et si je ne lui eus saisi la main à la volée, elle fût tombée.Forcément nous nous étions rapprochés au point que, le vent ébouriffa ses cheveux dans ma figure.Nous restâmes ainsi immobiles au milieu des fleurs et des arbustes.Je lui parlai longtemps.Ce que je lui dis, le4sais-je encore?Je me souviens qu'elle parlait peu et en,des phrases courtes et voilées d'un sentiment tendre et retenu.Il ventait par brusques rafales, et si fort que par moment nous nous taisions pour ne point avoir à dominer le bruit des arbres.Ce fut alors, en un instant où ses cheveux me frôlaient la figure comme un lien fragile entre nous que, me passant la main devant son front comme pour les chasser, sans ne la toucher que des lèvres, je la baisai.Elle se rejeta en arrière, la main sur le front, comme si je lui avais fait mal et murmura d'une voix enfantine et plaintive: "André, pourquoi être venu me troubler.'' Je ne sais ce qui me toucha le plus ou son oeil de fillette épeurée ou cet accent d'un reproche involontaire et douloureux.Dès ce moment, je ne doutai plus de ses sentiments mais j'eus une vague intuition que cette petite forme blanche me glisserait entre les doigts comme une luciole, ne laissant derrière elle que la poudre d'or de son sourire.Je profitai du silence pour la saluer, et je me retirai sans qu'elle n'eût ajouté une parole.La rivière m'emporta.Je vis que Marthe s'était avancée dans le parc et me regardait.Je laissai les rames se refermer sur les flancs de la chaloupe, comme les ailes d'un oiseau fatigué, tout à la joie présente de son regard, sans la force, sans même la pensée de remonter ce courant qui m'entraînait comme une fatalité.Je passai le reste du jour sur l'eau, cherchant l'isolement dans la nature, semblable à un peintre inspiré, mais étrange artiste, n'ayant pour couleurs que l'impalpable et uniforme brume de son rêve ages, je vends les parts que j'ai encore dans les mir.es d'or de l'Alaska.— Il a des n res d'or?bégayait Mme de Sissac.Le dccteur retondit négligemment: — Deux ou trois pour son compte, puis des intérêts, de très gros intérêts.11 ne sait pas calculer, ce garçon.Ah! chère madame, il aurait bien besoin d'une maîtresse femme à son foyer.—Il l'aura, docteur, il l'aura.Et Mire de Sissac se levait, jetait au loin sa cigarette et se pre menait, le peignoir en tataille, à travers sa salle à manger.—Il l'aura, je vous l'affirme.et Janine avec.Le dccteur eut l'effronterie de répondre cette phrase ambiguë: —Oh! Janine., vous savez.je ne sais si cela lui tient tant au coeur.Il me parlait de vous en de tels termes.Du coup, la mère de Sissac ramena son peignoir sur ¦es mamelles flottantes, elle tomba assise: —Vous croyez?—Je ne crois rien, .je n'affirme rien, .vous êtes femme, vous avez une intuition que nous n'avons pas, nous autres hommes.Le dccteur se levait pour prendre congé.—Enfin, je n'insiste pas, vous savez mieux que moi ce que vou6 devez faire.—Mais, c'est oui, c'est oui, dites-le-lui à ce cher garçon que j'aime tant.Et, sa houppette à la main, elle se poudrait furieusement.La perte refermée, le dccteur eut toutes les peines du inonde à ne pas éclater de rire, mais entré chez Charly, il s'en donna à coeur joie.Charly attendait avec anxiété.—Eh bien?Eh bien?interrogeait-il, sans rien obtenir du dccteur qui riait, qui riait.Far LOUIS FREDERIC ROUQUETTE Illustré par H.M.KIDD —Parleras-tu, que diable?Tu me fais mourir.—Ah! non, pas toi, pas toi, s'écriait le docteur, ne meurs pas aussi, .ne parle pas comme elle.—Mais explique-toi, que se passe-t-il?As-tu obtenu Janine?—Mais oui, Janine et quelque chose de plus par-dessus le marché.%-Quo\ donc?—La mère.—Sa.Charly était suffoqué.—Tiens, pour une fois, sors ta bouteille de whisky.Je vais te tenir tête.^ Et le verre en main, le docteur Perrine expliqua par le menu toute la conversation qu'il avait eue avec cette excellente Mme de Sissac.Puis, sérieusement, il conclut: —Tu sais ce que tu as à faire, maintenant, si tu veux Janine.Mets-toi dans la peau du personnage que j'ai dressé, sinon, rien de fait.Ça n'a pas l'air de t'enchan-ter?Que veux-tu, qui veut la fin veut les moyens, le bonheur de notre malheureuse petite amie est à ce prix.X.—LTn peu de joie dans le coeur de Janine.CHARLY mena l'affaire tambour battant.Très souple, il sut mettre dans son jeu Mme de Sissac qui, mise en confiance par quelques billets de mille francs qu'on lui avait confiés pour les menus achats, ne jurait plus que par son gendre.Toute la maison savait que le locataire du sixième était riche à millions.La mère Truche en avait trouvé du reste la confirmation dans le marc de café et les cartes.Charly aurait bien préféré que l'on fît moins de bruit autour de lui, mais allez donc empêcher les langues de marcher!.M.de Sissac était dans la joie; pensez donc, depuis que sa fille allait se marier, on l'oubliait dans son coin.Mais, sceptique, ne voulant pas croire à son bonheur, il levait les bras au ciel en disant la phrase que Laetitia Bonaparte prononçait en parlant de son fils: "Pourvu que cela dure!" Quant à Janine, elle était dans le ravissement.Sa mère ne lui parlait plus rudement.Elle n'avait pas reçu une seule claque depuis trois semaines.Et son bon petit coeur oubliait les injures'passées, les heures méchantes, les coups.C'était un mauvais rêve, il n'y fallait plus songer .Elle se surprenait à aimer sa maman.Ah! si, à cette heure, elle lui avait tendu les bras, comme elle s'y serait blottie avec tendresse! Mais Mme de Sissac ne pensait pas à cette chose si simple.Parole, elle rajeunissait, elle aidait bien cette métamorphose par l'emploi de pâtes, de fards, de parfums et de poudres, mais c'était fait si artistement qu'on pouvait feindre de ne pas s'en apercevoir.Janine avait quitté l'atelier où ses compagnes l'enviaient maintenant "qu'elle allait épouser un prince." Là aussi, les imaginations avaient marché.C'était une richesse fabuleuse que Charly mettait aux pieds dé la petite arpète.Il résultait de tout cela que Janine s'était trouvé des tas de bonnes amies.En attendant, elle courait les magasins.Sa joie était vive de jouer à la dame.Elle achetait, elle achetait pour le seul plaisir de s'entendre demander: "Et avec ça, mademoiselle?" I Avec ça.des chemises de linon, des pantalons assortis, des bas de soie, oui, des bas de soie à Janine, et des rubans, et des dentelles.Charly riait de la voir rire; ce grand garçon à côté de cette toute petite fille était heureux du bonheur qu'il donnait.La mère de Sissac, de temps en temps, reparlait du petit hôtel.Mais ça, c'était Charly qui s'en occupait personnellement, avec son homme d'affaires.—Vous verrez, une vraie surprise.Cela n'empêchait pas Mme de Sissac de donner de* explications à Mme Truche.—Vous savez "notre hôtel" d'Auteuil.J'ai commandé un salon bouton d'or et vert.dix-sept mille cinq cents francs.J'ai vu le chèque.Il y aura une chambre bleue, une chambre rose, pour les amis, la chambre de "mes enfants" est toute blanche, une fantaisie de ma fille, l'argent lui coule entre les doigts.Cependant, elle eut une première désillusion.Elle avait rêvé un grand mariage avec des voitures plein la rue, des photographes, un dîner à l'hôtel.Charly avait été intraitable sur ce chapitre.Il voulait la plus stricte intimité A regret, Mme de Sissac en prit son parti.—Vous savez, expliquait-elle aux voisines, ces gen9 si riches ont des lubie9.c'est revenu de tout, ça ne trouve même plus de goût au bourgogne.Pour moi, ajoutait-elje confidentiellement, je vous le dis à vous parce que La Canadienne, Avril 1922 1$ je connais votre discrétion, pour moi la vraie raison c'est que le père ne consentait pas au mariage.Elle inventait ce père de toutes pièces, trouvant que cela faisait bien.Elle ajoutait: —On (era une cérémonie tout ce qu'il y a de simple.Et pour prouver cette simplicité, Mme de Sissac s'acheta une robe de soie vert pomme, ornée de rubans rose bonbon de quoi faire hurler tous les chiens du quartier.Quant au chapeau, le potager collaborait délicieusement avec le verger.Charly, qui avait pourtant vu les accoutrements des peaux-rouges, en resta effaré.XI/—La Mégère Déchaînée.T A veille du mariage, Janine eut une quinte de toux d'une telle violence qu'elle cracha le sang.La pauvrette effrayée n'osa appeler sa mère.Elle resta toute la nuit anéantie et brisée couchée au travers de son lit, sans avoir la force de se déshabiller.La nuit fut longue et mortelle.Il lui semblait que jamais le jour n'arriverait.Son mariage.elle allait se marier, elle, Janine, .non, elle ne ferait pas cette chose, elle ne tromperait pas ce bon garçon.elle lui dirait: "Je suis une petite malade.très, très malade.il ne faut pas.c'est gentil à vous d'avoir songé à moi.mais non, non, il ne faut pas." Elle pensait alors à la colère de sa mère, elle en tremblait d effroi et ses épaules en étaient toutes secouées comme par des sanglots.Enfin l'aube vint; elle respira plus librement, enleva ses vêtements, puis, épuisée, elle glissa dans un sommeil empli d'épouvante.Elle fut réveillée en sursaut par le claquement sec de la porte de sa chambre.C'était Mme de Sissac qui signalait son entrée.Quand elle constata que sa fille était couchée, elle entra en fureur.—Comment, un pareil jour, tu n'es pas encore levée; faut-il que tu Sfies fainéante tout de même.Ah! tu seras la même jusqu'au bout.Allons debout, et un peu vite.—Mais, maman, essaya Janine.—Tu raisonnes.Tu te crois tout permis, mais tu n'es pas encore libre.Dieu merci! et ta mère n'a pas perdu toute autorité.Vlan! Vlan! c'était Mme de Sissac qui manifestait cette autorité de façon péremptoire.Janine leva son coude pour protéger sa face.Elle bégayait : —Oh! maman, oh! maman.Et la colère emportant l'horrible mégère, elle jeta la pauvre Janine hors de son lit.Sa tête heurta le fer du lit; la malheureuse eut un cri rauque de bête.Dans sa chambre, M.de Sissac claquait des dents tout en essayant de nouer son noeud de cravate.Toute sa politique était de passer inaperçu.—Debout, vermine, debout.Les coups pleuvaient sur la pauvrette.Soudain, une poigne terrible plia l'épaule de la matrone qui se retourna courroucée.Mais son regard rencontra je regard étincelant de Charly qui, sans dire un mot, la jeta à la porte.Alors il se pencha vers la pauvre petite loque inerte qui sanglotait, en disant: —Oh! emmenez-moi, emmenez-moi.Je vous en supplie.—Oui, chère petite chose chère, vous êtes à moi, je ne vous quitte plus.c'est fini, l'horrible cauchemar se dissipe.voici le bonheur qui vient vers nous.Comme pour lui donner raison, un rayon de soleil matinal se glisse dans la pauvre mansarde.—Vous le voyez, Janine, le soleil est avec nous.—Le bonheur et le soleil viennent trop tard.—Voulez-vous vous taire! Une crise de larmes secouait la jeune fille.Elle oubliait qu'elle était presque nue.Ce fut Charly qui ramena sur ses épaules un peignoir qu'il lui passa avec des prévenances maternelles.Il essuya ses yeux où les grosses larmes se formaient sans cesse.—Ne pleurez plus.Il ne faut plus pleurer, la vie va être belie pour vous.Il cherchait dans son coeur simple des mots anciens pour la ramener.Il sut trouver des expressions câlines, des phrases qui faisaient une douce musique, comme un ronronnement, et le grand chagrin s'apaisa.—Vous allez vous apprêter .Oh! vous avez tout le temps.je suis là, près de vous, dans la pièce à côté, je ne vous quitte pas.Alors Janine prit dans son armoire la robe blanche qui lui était destinée, et lentement elle s'habilla.De gros soupirs soulevaient encore sa poitrine elle reniflait par instant comme une gosse .sa tête était lourde, lourde de tous les coups reçus, de tous les chagrins.Elle s'habilla, lentement, et, au fur et à mesure qu'elle revêtait la robe blanche, il lui semblait que son âme devenait plus légère, plus liliale.C'était un accord parfait, une symphonie blanche qui s'élevait et la soulevait, 'a transportait loin de la vie présente vers l'avenir.Pendant ce temps, une scène brève se déroulait dans la salle à manger.Jetée hors de chez Janine par Charly, la mère de Sissac se précipita sur son mari.—Tu vois comme on me traite, lâche, chez moi, et tu ne dis rien! Elle avait saisi le malheureux par sa cravate et elle le faisait tourner comme un tonton.A moitié étranglé, '1 faisait des sauts de chèvre et bégayait: Douce, Douce .je t'en prie.Mais Douce déchaînée n'écoutait rien.Charly se présenta, maître de lui-même, et sa seule présence arrêta net la scène.Mme de Sissac marcha résolument vers Charly qui ne broncha pas.—Vous, rugit-elle, vous allez me faire le plaisir de décamper de chez moi, on vous a assez vu.Charly répondit en s'adressant à M.de Sissac: —Cher ami, je viens vous prendre dans trois quarts d'heure.La voiture, du reste, sera là.Grossière, la mégère clama: —Tu n'as donc pas compris?Décanille d'ici Sait-on d'où tu sors, seulement?Allons, ouste! Son geste balayait tout devant elle.Charly lui saisit la main au vol.Il la tenait dans sa poigne d'acier; il la ramena vers lui et lui dit d'un ton calme: —Dans trois quarts d'heure, vous serez prête.Je vous donne à choisir.M.le maire ou le commissaire de police.Il dénoua son étreinte.L_a mère de Sissac alla tomber dans un fauteuil en proie à une indicible crise de nerfs, hoquetant: —Mon Dieu! Que vous ai-je fait pour être si malheureuse?XII.—La Chanson Des Orgues.f ANINE en mariée avait l'air d'une première com-J muniante, tant elle était chétive et menue.Comme elle entrait à l'église Sainte-Elisabeth-du-Temple, elle entendit des commères qui disaient: —Dieu! qu'elle est gentille cette gosse! Ce fut en rougissant qu'elle pénétra dans la maison du Seigneur.Son arrivée fut saluée par le mugissement des orgues, une surprise que lui avait réservée Charly.I^e grand suisse, chamarré, qui la précédait en faisant sonner sa haute canne sur les dalles, l'impressionnait; mais bientôt, aux sons de la marche héroïque, son âme s'exalta.Elle voyait là-bas, très loin, un fourmillement de lumières, elle marchait fascinée, ses prunelles hypnotisées ne voyaient que l'autel qui se dressait magnifique dans cet embrasement.Elle sentait confusément qu'il y avait du monde autour d'elle, mais elle ne s'en rendait pas compte; la lueur des cierges seule l'intéressait Les orgues lançaient leurs ondes qui emplissaient toute l'église, elles tombaient des voûtes pour descendre jus-.qu à Janine.Il lui sembla entrer au paradis.Le suisse s'arrêta, se retourna et se courba devant elle, majestueux.Elle tomba à genoux sur le velours cramoisi du prie-Dieu .et tout fut oublié.Au bout d'un instant, elle se ressaisit; elle promena son regard étonné autour d'elle et aperçut tout près, à ses côtés, Charly qui la contemplait avec inquiétude.Elle lui adressa un pauvre petit sourire où il y avait, avec une tendresse infinie, une profonde reconnaissance.Et le prêtre vint lire la formule classique sur les devoirs réciproques des époux, puis il posa l'interrogation sacramentelle.Charly répondit d'une affirmation énergique, Janine fit de son "oui" un tel acte de foi que la paupière du prêtre battit sur sa prunelle; ensuite, d'un geste onctueux, il consacra les anneaux.Lorsque Charly eut passé à son doigt l'alliance, elle vit à sa main comme un joujou nouveau.Les assistants se pressaient, dans un bruit de prie-Dieu et de chaises, vers la sacristie et Janine, oubliant toutes les peines et toutes les misères, souriait à tous, à ses amies, venues en curieuses, qu'elle embrassait comme de bonnes camarades, avec un regret d'avoir à les quitter.Quant à Mme de Sissac, elle pleurait à chaudes larmes.A Mme Truche, qui promenait ses lèvres moustachues sur sa joue humide, elle expliqua: —Que voulez vous, ces émotions me brisent .La chère petite, je n'avais qu'elle, vous comprenez! XIII.—Adieu Paris.Gl'R le quai de la gare de Lyon, il y avait une Janine ^ méconnaissable; une toute petite fille disparaissait dans un ample manteau de voyage en laine des Pyrénées, un polo rabattu sur les yeux, on voyait tout juste deux taches vives: les joues, un nez mutin, un trait rouge pâle: les lèvres.• Elle avait déjà pris possession de la cabine qui lui était réservée, elle avait procédé à l'installation de sea menus paquets.La grosse valise de cuir de Charty, qui avait subi tant d avaries au cours de ses longues pérégrinations, l'impressionnait; elle avait suivi d'un oeil inquiet l'ascension, lorsque le porteur l'avait mise en place dans le filet.C'était la première fois qu'elle partait pour un aussi long voyage, tout l'amusait comme choses nouvelles, elle montait dans le wagon, puis elle descendait sur le quai, où "son mari" (en pensant "son mari," elle trouvait cela si drôle qu'elle pouffait), où Charly, oui Charly, c'était mieux ,où Charly causait avec son bon ami Perrine.Il y avait bien quelque part le papa de Sissac, mais il était affairé, courant d'un côté et de l'autre comme une poule qui aurait perdu ses poussins.C'est pourtant vrai, constatait Janine, il suffit qu'on soit sur le quai d'une gare pour que l'homme le plus raisonnable s'affole.De Sissac allait du marchand de journaux au loueur d'oreillers.Il cachait son émotion dans son empressement à se rendre utile.II se rendait compte de ce qu'il perdait avec le départ de sa fille.Jusqu'ici, tremblant devant son épouse par lâcheté, par veulerie, par amour de la tranquillité, il avait tout supporté, jamais il n'était intervenu entre la mégère irritée et Janine, il en avait soudain un remords cuisant.Il saisit sa fille dans ses bras et l'embrassa avec frénésie.Le docteur Perrine faisait ses dernières recommandations à Charly: —Oui, mon vieux, du calme et du soleil, voilà les seuls remèdes que je t'ordonne.«Tous ses caprices, passe-les-lui .et qui sait?.qui sait?—Oh! je ne me berne pas.Je sais ce que l'avenir me réserve, mais sois tranquille, j'agirai comme un honnête homme.Emu, Perrine lui prenait les mains: —Je sais, je sais.—Qu'y a-t-il?demandait Janine qui, pour la dixième fois, descendait.—Je disais, petite madame, à votre mari, qu'il était bien heureux d'avoir une gentille épousée comme vous.Il ne vous méritait pas, le brigand.Mais Janine n'écoutait plus; elle regardait passer le minuscule train électrique qui portait, sur des wagonnets, des piles de bagages.Perrine en profitait pour interroger son ami.—Alors, avec la mère?—L'exécution brutale* le couperet, crac! j'ai tranché dans le vif.Après la cérémonie, je lui ai simplement dit: "Vous, on vous à assez vue, j'emmène Janine, bonsoir." J'ai ajouté: "M.de Sissac vient à la gare avec nous: Telle est ma volonté." —Ça s'est passé sans gros mots?—Te dire oui serait le contraire de la vérité.Elle m'a 1 donné tous les noms d'oiseaux inoffensifs qui, dans la bouche d'une femme en colère, sont, paraît-il, des injures .De plus, elle m'a traité de filou, d'escroc, que sais-je encore?La carapace est solide, cela a coulé sur moi sans laisser de trace.J'ai du reste fumé un excellent cigare en l'entendant.—Et Janine.?—Janine était pleine d'admiration pour moi qui résistais ouvertement à la mégère.Elle s'attendait que le monstre me dévorât.mais le monstre s'est enroué et finalement il s'est tu en déclarant que le monde n'existait pas, que les pères étaient sans entrailles, les enfants sans coeur et qu'elle était une victime sacrifiée à la férocité des hommes, voleurs d'enfants et suborneurs de jeunes filles.L'heure du départ approchait, des employés priaient les voyageurs de monter en voiture, d'autres fermaient des portières.des appels montaient, les recommandations ultimes.II y avait des femmes qui pleuraient.Janine était debout dans le couloir, le front à la vitre, elle regardait son père qui l'avait embrassée avec une fougue dont elle ne l'aurait jamais cru capable.Le docteur Perrine lui souriait.—Au revoir, vieux, au revoir, petite Janine.—Bonsoir, docteur; à bientôt, père.Un coup de sifflet bref auquel répondait le sifflet déchirant de la locomotive.le train s'ébranlait secouant les plaques tournantes.La glace rabbattue, Janine, penchée à la portière, faisait des gestes avec la main.Sur le quai, son père agitait un mouchoir.Les disques tournaient leur gros oeil rond.Un ciel barbouillé de gris pesait sur la ville, il bruinait.il faisait froid.Charly releva la glace de la portière.Et Janine aperçut Paris, qui fuyait, fantastique, dans une buée triste et sale, les quartiers pauvres écrasés de misère, les rues gluantes où la boue luisait sous la pluie.\Suile sur la page 32) 16 La "Canadienne, "Avril 1922 Les Combinaisons de Tissus et de Couleurs Sont en Grande Faveur Dans les Robes de la Saison Nouvelle, 7772 7772, Les panneaux libres de cette robe d'une pièce sont arrêtés.Le tissu est un jersey de laine blanc orné de bleu.Les manches courtes sont coupées d'une pièce avec le haut.Le devant de la robe est en forme de V.La ceinture étroite est nouée dans le dos.Broderie Jen laine.77T3 17773.Le devant du haut de cette j robe «st d'une pièce avec la jupe enveloppante.Le tissu, est une duvetine tan brodée en marron tt or foncé.Le boléro du dos est un détail important.La large ceinture se boutonne au panneau du 'devant Î774 7774.Les fermetures de la jupe et du corsage sont opposées l'une à l'autre.Le tissu est une serge bleu marine très foncée.A droite, la blouse est froncée à la ceinture qui ne forme qu'une pièce avec le devant.Panneau sur le devant.Manches rapportées.7775 7775.Cette robe est fa'.tî de deux tissus déliciîusement combinés.Les dessous de bras, la jupe froncée et les revers sont en crêpe henna uni.La blouse kimono est faite d'un tissu ramage à couleurs harmonieuses.Il y a un panneau sur chaque côté du dos.7776.[Robe de foulard uni'et ra-rragé, bleu.Jupe froncée sous les tandes-appliques de la taille tt attachée au conape sous la ceinture du haut.La rartie inférieure des manches rapportées est en tissu uni.Ferme ture sur l'épaule et sur le côté du dos. Parmi Ces Costumes de Types Variés Sont Compris les Plus Nouveaux Modèles de Ligne Droite dans la Robe-Paletot Ainsi que dans la Robe Avec Jaquette et Cape de Même Tissu.7819.Cette cape"[fcirculaire est faite de drap gris et de tissu léger.7820.Robe-paletot en homespun bleu boutonnée sur le côté.La jupe est froncée clans le haut du dos.7821.Manteau fait d'un tissu de laine à n aille lâche.Ampleur au tas de l'empiècement du devant.7822.Robe de laine blanche à rraille lâche.Le plastron c t le bas des n anches sont en linon.KT I i V 7823.Blouse en deux tissus combinés.Panneaux en satin.7824.Blouse en crêpe satin.Ceinture d'une pièce avec le devant.7825.Blouse de linon blanc avec plastron, col et poignet en linon à carreaux.7826.Costume en duvetine bleue.Sections en locange sur le paletot et la jupe.7827.Costume en drap lé ;er avec d'étroits plis du même tissu.MM 7828.Blouse de crêpe de soie froncée autour des hanches.Le devant et le dos sont froncés sous un empiècement.7829.Ce costume comprend une cape et une jupe froncée.Le tissu est un crêpe de soie.La cape est froncée.7830.Jupe-paletot en drap bleu brodée de même couleur.Le devant descend jusqu'au dessous de la ceinture.7831.Ce costume de lainage est fait à pliscrevéset consiste en i ne robe sans manches.Fermeture dans le haut.7831 IS La Canadienne, Avril 1922 Il Faut dès Maintenant Commencer les Nouveaux Sweaters de Sport pour le Printemps Le sweater apparaît plus nécessaire que jamais dans la garde-robe de la saison prochaine WM Le filet si populaire se trouve ici au cot et aux manches Sweater Tuxedo No.1 aille 36 à 38—15 boules laine or, 2 blanches Crochet fin.Dus—Faites 143 chaines, .double crochet à la 4ème maille, 1 d.c.dans chaque chaine de la rangée.2ème rangée— 3 chaines (qui forment une maille), 1 double crochet dans chacune des 4 mailles suivantes.Répétez à partir de +sur toute la rangée.3ème rangée— 3 chaines, 1 double crochet dans chacune des trois mailles, + 1 maille nouée comme suit: tirez le fil sur le crochet à J4 Une autre'fois, ce même mystificateur qui avait tout autant de tours dans son sac que de poils au menton, entrait chez un épicier, demandait quelle était la meilleure marque de bougie, et, sur la réponse qu'il y avait l'Etoile, l'Idéale, la Moscovite, la Polaire, celle du Berger.etc., priait alors qu'on voulut bien avoir la bonté de lui en allumer une de chaque marque, pour lui permettre de se rendre compte, et, après les avoir attentivement regardées brûler toutes ensemble un bon quart d'heure, il s'en allait en déclarant: "Merci, je vais réfléchir"!.Ainsi, du mystificateur jovial jusqu'au mystificateur malin, il y a bien des manières de berner les gens et de s'amuser d'eux.En résumé, il ne faut user de cet art qu'avec modération; nous ajouterons même, avec un mélange d'aimable raillerie et de malicieuse bonté.La plupart de ces facéties que nous avons rappelées en marge d une ère surannée, détonneraient aujourd'hui au milieu de nous comme une farce du moyen-âge et n'attraperaient même plus un godiche.Le "poisson d'avril" n'est plus, maintenant, qu'un prétexte à échange de cartes postales ou de mondanités intimes; et, en songeant aux nombreuses manifestations de bluffisme qui, en ces jours de bruyant étalage, tentent de faire passer des vessies pour des lanternes, un ri meur humoristique, auquel l'esprit d'ironie n'est pas étranger, a commis sur ce sujet la sarcastique pochade suivante: "Jadis, on était sur le gril Dès l'aube de cette Journée A quelque blague destinée.Aujourd'hui, jeu moins puéril.C'est de bout en bout de l'année Qu'on lâche les poissons d'Avril.Les promesses et les façons De tous les nouveaux ministères, Les boniments parlementaires Répétant les mêmes chansons Sur l'avenir des prolétaires: Poissons d'avril, tout ça, poissons! Les impôts que nous déboursons Pour la sécurité des rues.Pour les souffrances secourues.Les rapports que nous compulsons Sur les misères disparues Tout ça, poissons d'avril, poissons! En art, les ours et les oursons De certaine littérature, Les mascarades de peinture Donnant des tons bleus aux buissons, Soi-disant d'après nature, Poissons d'Avril, poissons, poissons! Mais, malgré toutes les leçons, Nous nous laissons encore surprendre.Toujours enclins à nous éprendre Des grands mots, ces vieux hameçons Auxquels mordent, s'y laissant prendre Les badauds comme .les poissons!" Î/elatine Sparkling non aromatisée pour usage général Contient de l'es i sence de citron! dans une enveloppe séparée Si Elles Fument À L'excès! Le féminisme est-il en train de transformer le beau sexe?On le dirait en constatant certains faits et en lisant des célébrités scientifiques d'outre-mer.Des médecins français renommés ne viennent-ils pas, en effet, de déclarer, en se basant sur des statistiques officielles, que l'alcool et la cigarette font pousser de la barbe et des moustaches sur les plus jolis minois?Oui, la femme ou la jeune fille qui possède le droit de suffrage peut ainsi se rapprocher de l'homme en prenant des spiritueux et en fumant la cigarette! Mais le fera-t-elle?Les médecins français précités disent que 11 pour cent des femmes internées dans les hôpitaux de chez eux sont moustachues, et que 27 pour cent des femmes qui peuplent les maisons de santé portent et la barbe et la moustache! On sait que les femmes ont sur le visage autant de poils que les hommes, mais ces poils sont si fins, si ténus, qu'on les voit à peine.L'habitude de fumer à l'excès leur donnerait plus d'épaisseur et de consistance.Heureusement que parmi nous très peu de personnes du beau sexe fument ou boivent du "moonshine" ou du "home brew." C'est ce qui explique le petit nombre de nos femmes à barbe, quoiqu'en disent les caricaturistes et les chroniqueurs plus ou moins spirituels dont la verve s'exerce généralement aux dépens des belles-mères Vhuile essentielle de, feuilles d'Eucalyptus est une huile curatUe.Ne Tolérez Pas de Rhumes de Cerveau Les rhumes de cerveau rendent vos enfants excitables, inattentifs, rageurs—retardant leur croissance et augmentant votre-peine.Prévenez ces rnumes.Un peu de Vaseline Eucalyptol Petroleum Jelly insufflée dans les narines et frottée sur la racine du nez vous soulagera rapidement d'un rhume.Gardez-en un tube dans votre bureau et insistez auprès des mamans sur l'importance qu'il y a de faire disparaître un rhume dès qu'il apparaît.Nous vous enverrons avec plaisir un échantillon gratuit.che3xbr0ugh manufacturing company I '.il.') 1880 Chabot Ave.Montreal Vaseline Trade Mark EUCALYPTOL PETROLEUM JEI.LY Presque Incroyable Vous pouvez à peine vous imaginer quelle merveilleuse amélioration de votre peau et de votre int vous révélera le miroir après un premier usage de la Gouraud's Oriental Cream.Envoya 15c.pour un êchanttllon.Ferd.T.Hopklm A Son Mimtre-al Vous n'avez Pas Besoin d'en Dire le Secret Soignez vos cheveux gris avec le Mary T.Goldman's Hair Restorer, et personne n'en saura rien.Pas de bigarrures ou de , décolorations bizarres, rien à laver J ou à frotter.La I couleur revenue ; est régulière et | parfaitement na* ¦ m i i.i sous toutes les lumières.Envoyez ce coupon par poste aujourd'hui pour recevoir une bouteille d'essai gratuite et pratiquez l'essai sur une seule mèche.Assurez-vous d'indiquer très exactement la couleur de votre chevelure.Envoyez si possible une mèche.Lorsque vous serez convaincue de la merveille des résultats, procurez-vous une grande bouchez le pharmacien ou directement.H-Cllic tue* ic puai maiicu u v ,- MARY T.GOLDMAN.1528, Goldman Bldg.St.Paul.Minn, Veuille! avoir l'obligeance rie m'adreawr votre.bnut.ll.gratuit, au Mary T Goldman Koitorer.La couleur uatu- relie de me, cheveux ejt noire.noir Jala .brun tonne.brun moyen.châtain Adreaae Ktrlns votre nom U adree» en lettre, capitale. La Canadienne, Avrn 1 '22 23 En Son Jardin Secret (Suite de la page 7) J Elle ouvrit la barrière et se recula dans 1 'embrasure.Nous nous regardâmes calmes en apparence, mais nos sentiments se mirèrent dans nos yeux, comme le firmament se reflète dans l'eau avec tous ses nuages et toutes ses clartés.Elle ne put soutenir mon regard; elle baissa la tête en petite fille timide et me dit, ouvrant grande la barrière: "Entrez, Monsieur.' Le soleil se couchait derrière la maison.La sombre masse de pierre s'encadrait d'un rayonnement de lumière qui s'échappait de chaque côté, entre les arbres, sur les haies et le treillis.L'ombre de chaque chose traînait indéfiniment sur l'herbe.Marthe s'avança dans le jardin, face au soleil.Son profil se nimbait de lumière et ses moindres gestes couvraient le sol de grandes taches sombres.Je me plus à ces jeux de lumière tt d'ombre sur les choses.Je leur reconnus une ressemblance a\ec le paysage de mon âme.Je ne sais quelle mélancolie enveloppait, mes pensées qui se levaient, projetant dans mon coeur l'ombre d'une vague tristesse.Quelque chose de lumineux devait donc 6'étefr.dre en moi puisque chaque mouvement de mon Sme prenait l'expression grave qu'ont les choses au crépuscule.E m'approchai de Marthe."Mademoiselle lui dis-je en marchant à ses côtés, c'e6t étrange comme votre jardin." Je ne savais trop que dire; mais à ces mct6, elle leva les yeux sur moi, et je repris, avec l'air d'un enfant qui bredouille sa leçon: "Je veux voir votre jardin clos." Je la regardai de profil.Je la vis scurire sous son chapeau.Mais, quand elle se retourna, il ne restait plus sur sa figure que la blancheur de son teint.Elle serra sur sa poitrine les plis desamante, et, du tout de son soulier, se mit à rouler un petit caillou 6ur le sol."Etrange en effet, fit-elle, les yeux à terre.11 est des choses étranges dans ma vie." Cet aveu devait lui peser.De prime aberd, je n'en compris pas la portée.Ccmme ces éclairs silencieux qu'on voit à l'horiîcn d'un ciel pur, ces mots ne me donnèrent pas la crainte des nuages cachés.Nous tournâmes, le dos au soleil, et nous reprîmes notre promenade.Nos regards se rencontrèrent sur le treillis qui faisait face."C'est donc ce soir que vous voulez entrer dans mon jardin secret" dit Marthe.Ces simples paroles remuèrent jusque dans ses couches profondes l'atmosphère de ma tristesse latente.Je compris qu'elle était triste, autant par l'intonation de sa voix que pareeque je l'étais moi-même.Sans arrière pensée, à sa propre llcmme, mon amour s'épurait comme un métal précieux.Je lui pris la main.Elle tressaillit, puis retira brusquement sa main en se rejetant en arrière."Malheureux que nous sommes, s'écria-t-elle sous le poids d'un immense abattement Puis, sa voix, d'abord exaltée, tomba comme une plainte: "Pauvre femme que je suis!" Elle s'était affaissée sur le banc, à la porte de l'enclos et laissait échapper par bribes des phrases sans lien apparent mais révélatrices d'une même indécision et, me trempai-je, d'un même repentir: "Pourquoi aussi venir me troubler?.Pourquoi, pourquoi m'être tue?" pLLE agit en cela avec la simplicité que ' je lui connaissais.C'est ce qui déroutait mon élémentaire psycologie.( es effusions sentimentales, ces froideurs soudaines, je ne les mettais pas sur le compte d'une vulgaire coquetterie.Je ''evinais 60us ces actes le conflit de deux sentiments, peut-être d'un sentiment et d'un devoir.C'est pourquoi, parce que je la savais dépourvue de toute complexité, je restais là à ne pas'comprendre i'âme invisible de cette sensibilité.Pourtant, un soupçon depuis quelques jours flottait dans mon esprit.Cette vérité, d'abord informe et à laquelle mon coeur n'avait pu croire, prit soudain corps.En un moment, comme par un déclanche-ment subit de mes idées, toute cette femme m'apparut.Je me vis sur le bord de la vérité.Je la sentis palpable comme le nerf moteur de mouvements tout à l'heure si complexes, maintenant si simples.Tout à coup, ma voix s'éleva.Je l'entendis vibrer d'une colère qui m'agitait, malgré mon amour, comme si un autre homme était entré en moi."Vous êtes mariée?" m'écriai-je.Cette pensée, qu'elle avait devinée dans mon esprit la blessa moins que le ton de mes paroles.Elle se redressa sur 60n siège.Je ne l'ai jamais vue si pâle, si sincère."Je suis honnête, je suis honnête." Elle me répétait ces mots avec une obstination d'enfant têtue."Mon mari m'a abandonnée.Pardonnez-moi, j'ai été faible.C'est fini.Vous êtes un honnête homme, vous partirez tout de suite." Impression étrange, cet aveu ne me surprit pas.M'y étais-je inconsciemment préparé dans l'ambiance de ces soupçons qui m'avaient peut-être plus influencé que je ne l'avais cru.Malgré les bouleversements qu'il apportait dans mon coeur,.je l'acceptai comme l'expression d'une vérité définitive.Pourtant, je restais troublé comme un enfant qui vient d'échapper à quelque danger mystérieux et attirant.Vf ARTHE se mit à me parler d'une voix maintenant compatissante et grave, pendant que je marchais, respirant chaque mot, comme les fleurs rares et cruelles de son jardin secret.Je m'arrêtai devant elle et je me mis à la regarder fixement tout à mes pensées.Par une sorte d'illusion d'optique, il me sembla que je ne l'entrevoyais plus que dans une perspective lointaine et fuyante.Je fermai violemment les yeux, mais ce recul, réalité maintenant, se continuait dans mon âme et je vis Marthe, distante de moi, derrière un brouillard de vérités et de devoirs que je n'osais pas comprendre, que je ne voulais pas comprendre.Mais, peu à peu, le pur limon de ma vie chrétienne remonta à la surface et, si je fus bon, ce n'est pas parce que je m'efforçai de l'être, mais parce que je ne pus pas ne pas l'être.Une impression de respect emplit le jardin ainsi qu'une église.Nous restâmes l'un devant l'autre, silencieux et immobiles comme sur un parvis, n'osant prononcer un mot de peur que l'écho amplifié de nos paroles n'ébranlât la voûte fragile de notre humaine vertu.Peu à peu cependant, l'égoïsme de ma douleur se fondit en une profonde pitié.Je me penchai sur elle comme sur une soeur."Ma pauvre amie." murmurai-je.Je ne dis plus rien, parce que je n'avais plus rien à dire, et que je sentais la vanité de mes paroles, tentant de dissoudre une chaîne que des coeurs avaient forgée.Je restais là debout, n'osant lui dire adieu, reculant toujours devant cette borne fatale qui se dressait dans ma route.Je le fis pourtant, ensuite, nous connûmes les austérités du devoir.En fermant la barrière, je m'étais retourné et depuis, je garde dans mes yeux la vision de cet être abandonné, baigné dans les rayons qui s'émiettaient à travers le treillis et ensanglantaient de taches rouges et symboliques la floraison de ce jardin secret.Tirés par des.Canons Racontez-leur l'Histoire du Grain Soufflé D'.tes au garçonnet comment sont produits les grains soufflés.Les grains sont scellés dans des canons, puis roulés pendant une heure dans i — une chaleur terrible.Chaque grain contient environ 100 mil-,l:ons de cellules alimentaires.Chaque ^ cellule contient un peu d'humidité.Qjand les canons sont déchargés, toutes ces centaines de millions de cellules alimenta res sont éclatées par une explosion de vapeur.Le riz soufflé est le plu.Soufflés en Bu I les Aérien n es exquis mets de déjeuner qui ait jamais été servi.Voilà comment les grains sont soufflés en bulles 8 fois leur grosseur normale.Elles sont légères comme des flocons de neige, aussi savoureuses que des noix L'histoire va doubler le plaisir que le garçonnet trouve dans ces bouchées délicieuses.Préparant les Grains Entiers Pour la Digestion Les Grains soufflés ont été inventés par le Prof.A.P.Anderson.Le but est de préparer les grains tout entiers pour une digestion facile et complète.t » ,.»ii.Uc ii Et c'ett la manière unique de Les cellules alimentaires doivent être brisées, les bris* r toutes.On fa t des grains entiers un aliment irrésistible mançent des quantités.Rien ne se compare avec les Grains Soufflés pour ces propriétés désirables Les enfants, tentés, en Riz Soufflé Ble Soufflé Servez du Blé Soufflé dansch aque tasse de lait.Faites-en le mets d'avant coucher.Le meilleur plat qu'un enfant puisse avoir, avec chaque cellule alimentaire prête à être digérée The Quaker Qàts (pmpany w.fabricants Peterborough, Canada Saskatoon, Canada. 24 'La' Canadienne, Avril 1922 ^ORSAVOODWORK GRATIS - Ce livre sur l'embellisse-ment du home I SCiOHNSONtSON.LTD.BR/VNTFORO.< Ce livTe contient des suggestions pratiques sur la façon de rendre votre home artistique, gai, invitant.Il explique comment vous pouvez facilement et économiquement redonner du fini et conserver en parfait état meubles, boiseries et parquets.Usez du coupon ci-dessous.'JOHNSON'S ' PâU - Liquide - Poudre PREPARED La cire préparée de Johnson se présente sous trois formes commodes— Cire-Pâte pour polir tous parquets et linoleums.Cire-Liquide, le poli anti-poussière pour les meubles, pianos, boiseries et automobiles.Cire-Poudre pour les parquets à danser.La cire li.c, u i d e de Johnson I est le poli L idéal pour les E meubles.Elle nettoie, polit, tonnerve et protège.Excellente aussi pour boiseries, parquets et automobiles.S.C.JOHNSON & SON Ltd., DepL L.C, Brantford.Veuillez m'envoyer graih et port payé votre Livre sur l'Embellissement du Home."Le traitement convenable pour parquet» boiseries et fournitures." Mon Marchand de Peinture est-— Mon Nom.Mon adresse.— Ville et Province .Aime, et tu (Suite de la Fabert n'accompagnait-il pas Serge ce matin terrible?Ne s'était-il pas trouvé près de Guérard au moment précis de la mort?Certainement il savait poux quoi et pour qui son ami le quittait un instant.S'il ne s'agissait que d'une démarche'indifférente, il établirait les faits simplement.Et ainsi s'arrêterait ce tournoiement épuisant d'hypothèses et de divagations.Cette explication libératrice, il fallait sans retard la provoquer.Néanmoins, Hélène laissait échapper les occasions propices.Une pudeur la paralysait dès qu'elle voulait parler.Le souvenir des allusions malveillantes de Mme Boulommiers achevait sa gêne.Ses rapports avec Fabert avaient perdu leur caractère de naturel et confiant abandon.Sans qu'elle s'en rendît compte, un sentiment fait de rancune et de susceptibilité jalouse s'amassait dans son coeur.Pourquoi, elle, l'épouse, en était-elle réduite aux débats humiliants de l'incertitude, tandis que lui, l'ami, détenait la solution de l'irritant problème?Cette colère latente finit par la dominer et ne la laissa plus libre d'entamer la conversation autrement que sur un ton d'objurgation impératif et acrimonieux.Ce jour-là, Fabert exposait à Mme Guérard ses plans de bains-douches populaires cfu'il espérait mettre à exécution assez prochainement, malgré la continuation de la guerre.Il venait de citer le proverbe anglais: Propreté vaut sainteté! ajoutant que la propreté physique réagit, à son sens, sur la netteté morale et augmente la dignité de l'homme.Hélène écoutait ces commentaires sans les entendre, distraite, le front nuageux.Tout à coup, sans chercher de transition, elle demanda,—son timbre musical devenu rauque et cassant: —Dites-moi, monsieur Fabert, quelle était cette femme que Serge allait retrouver à l'Hermine de Bretagne?Si la maîtresse poutre du plafond s'était rompue, le directeur n'eût pas éprouvé un saisissement plus vif.La vibration nerveuse qui l'ébranla n'échappa point à l'âpre regard qui fouillait le sien.Pris au dépourvu.Fabert manqua de présence d'esprit pour composer un mensonge acceptable, et ne sut trouver que cette négation, dénuée de fermeté: —Je l'ignore, madame! Les nuages s'épaissirent sur le front marmoréen, et deux plis aux angles des lèvres donnèrent à la bouche, si finement dessinée, une expression d'incrédulité presque méprisante.T7ABERT, les pommettes brûlantes, sentit cruellement son impuissance et à soutenir son démenti, et à écha-fauder quelque imposture vraisemblable.Comment Mme Guérard était-elle parvenue à cette piste, tenue longtemps cachée?Et surtout quelle part de la vérité possédait-elle?Il devinait que sa stupeur et ses perplexités se divulguaient.Hélène, haletante d'émotions tumultueuses devant cet embarras visible, ne put se contenir davantage: —N'essayez plus de m'abuser! Vous êtes au courant mieux que quiconque des circonstances qui furent laissées dans l'ombre.Dans quel but?Je veux le savoir.Cherchait-on à ménager quelqu'un?Etait-ce moi.ou cette personne!.Qui était-ce?.Ne me le cachez plus! Si interdit qu'il fût par l'attaque inopinée et la rudesse des reproches, Fabert discerna que les suspicions de Mme Guérard visaient seulement l'objet et le mobile de l'entrevue, sans en présumer les tragiques conséquences.Tout au moins, s'efforcerait-il de lui épargner ce coup suprême.Alors, relevant la tête, il répondit au regard scrutateur, sans sourciller, et la voix assurée et franche, il répliqua: —J'eus uniquement pour but d'empêcher ce qui se produit aujourd'hui.Je redoutais que vous ne prêtiez alors trop d'importance à un incident.accessoire en somme.Votre épreuve était déjà assez lourde sans l'aggraver de tourments fictifs.que votre sensibilité n'eût pas manqué d exagérer à l'extrême.Pardonnez-moi ces précautions qui furen tté-méraires et malavisées.puisqu'elles tournent à l'encontre de ce que je me proposais.—Soit! jeta-t-elle, attentive et opiniâtre.Mais ces excuses ne concernent que votre conduite, à vous! Que me diriez-vous Renaitras page il) pour innocenter la sienne.Quel était donc, en réalité, cet incident que vous jugez accessoire et à propos duquel mon imagination pouvait prendre les champs?Parlez vite, monsieur, et sans réticences! Vous me devez bien cela.II s'inclina pour marquer sa soumission à l'ordre enjoint, et répondit d'un ton mesuré, assourdi, mais que ne coupait aucune hésitation: —Je vous le dois., madame! Et je le dois aussi à mon infortuné ami! Laissez-moi l'attester: il fut digne de vos larmes.La démarche qu'il consentit, —et qui lui prête un semblant de tort,— un homme moins chevaleresque s'y fût dérobé sans autres scrupules.Mais Serge se fût reproché de manquer d'égards à une femme,—quoique cette personne n'eût sur lui d'autres droits que les liens légers d'un flirt banal.Et il se rendit à sa requête afin de clore pour jamais un passé qu'il déplorait de n'avoir pas été entièrement à vous! Je voudrais retrouver les termes touchants avec lesquels Serge m'exprimait ce regret, au moment où nous nous séparions.Voilà la vérité que vous réclamiez, madame.Telle qu'elle est, elle ne vous offre rien qui doive amoindrir le noble souvenir que vous gardez! Était-il parvenu à la convaincre ou à l'attendrir?Reculée insensiblement, elle s'effaçait, ne laissant plus voir que le contour d'une joue ambrée, marquée d'un signe brun.Mais au rire amer qu'elle fit entendre, dans cette pose de reserve et de dédain, Fabert dut comprendre qu'elle n'était ni pacifiée, ni persuadée: —La vérité, dites-vous, telle qu'elle est.^"elle que vous la présentez, plutôt! Vous n'êtes pas très habile à mentir, monsieur! Et vous me racontez une histoire épurée, à l'usage des enfants.Soit.Je l'admets comme vous la donnez, préférant ne pas discuter cette aventure.Mais la faute la plus basse subsiste: Quoi! dans une période privilégiée de la vie, quand mon âme à moi se livrait tout entière avec une confiance absolue, celui en qui je croyais aveuglément gardait en son coeur des arrière-pensées qui m'étaient interdites, arrangeait des combinaisons clandestines qui intéressaient un passé équivoque .Et il s'esquivait furtivement pour revoir cette femme.qu'il m'ar-rivera peut-être de coudoyer à mon insu.—Non, cela, je puis vous en donner l'assurance! protesta vivement Fabert.Il était certain, en effet, que Meg Strandt, échappée aux hasardeuses conséquences d'un meurtre,—volontaire ou non,—ne reviendrait pas volontiers vers le théâtre de son funèbre exploit.T^T il ajouta, curiosité de LIVRES DE PRIX RÉCOMPENSES SCOLAIRES La Maison Granger Frères Limites offre en vente, cette année, le choix le plus varié et le plus considérable de Livres di Prix jamais offert par aucune Maison au Canada.Messieurs les Membres du Clergé, les Directeurs et Directrices de Maisons d'E-dacation, les Commissaires d'Ecoles sont invités à visiter notre étalage.Ceux de nos clients qui ne pourraient se rendre à notre magasin voudront bien nous écrire, ils sont assurés de la même attention et d j même soin que s'ils venaient en personne.Catalogue et Conditions sur d -mande.VOYEZ NOTRE EXPOSITION DE BEAUX LIVRES A PRESENTER COMME PRIX SPECIAUX "Les'personnesqui désirent présenter un Prix Special à un Collège ou un Couvent ont ici l'embarras du choix.Nous nous chargeons de livrer à l'adresse voulue et d'expédier même à l'étranger les volumes commandés.GRANGER FRÈRSS LibRSJRes.Pfc.pelie.RS.ImpoalcJeuR-s v> NotRf D&me.Ouest."MontReàl pressentant l'inquiète la jeune femme et la fierté pudique qui l'empêchait de questionner: • —C'était une étrangère, que Serge avait connue aux colonies, et qui a dû y repartir, très probablement, après la rencontre qu'elle avait sollicitée.—Ah! Et elle eût fait un si long voyage, exprès pour^ r'evrjir un simple flirt?releva Hélène, ironique.—Elle était assez extravagante pour risquer l'aventure et assez calculatrice, en même temps, pour profiter de la situation, en essayant bluff et chantage, expliqua Fabert brièvement.—Vous parlez et jugez en homme, indulgent à la fausseté d'un autre homme! rétorqua la jeune femme surexcitée.Dans tout ce que vous alléguez, je vois la.preuve de cette fourberie masculine, si facile à la trahison, aux subterfuges.Une promesse à celle-ci, un serment officiel et religieux à celle-là.Rien ne vous engage, vous autres! Et nous, les femmes, nous restons éternellement dupes! Ah' je croyais tant en lui! J'avais tant besoin de croire! Quelle chute! Et que je vous en veux, à vous! —A moi?fit-il, tressautant.Quelle faute ai-je commise, sinon de chercher à vous épargner de pénibles perturbations?—Vous avez eu tort! dit-elle avec une violence qui précipitait ses paroles, sans qu'elle eût le temps, de les peser.En vous taisant, vous vous faisiez complice Votre silence coupable a entretenu, chez moi, des illusions qui rendent plus cruel mon désenchantement.Je me faisais de lui un idéal si élevé! Et je vous attri buais une rectitude de conduite et de Des Cors } —-Dites simplement Blue-jay à votre pharmacien Arrête la douleur inetantanément Le^moyen le plus simple d'en finir avec un cor est Blue-jay.Une goutte arrête instantanément la douleur.Puis, le cor s'amollit et se détache.Se fait sous deux formes—un liquide clair et sans couleur (une goutte suffit!) et un ^emplâtre extra mince.Employez n'importe lequel des deux, celui que vous préférez, emplâtre ou liquide—l'action >est la même.Doux et sans danger.I Fabriqué dans un laboratoire de renom- t mée dans le monde entier.En vente chez tous les pharmaciens.Gratuit: Ecrivez Bauer > Black, Toronto Dept.,30.pour une précieuse brochure "Soins appropries let " ei Pour détacher votre Rhume Frottez la poitrine et la gorge avec il MinarD MOORE PUSH-PINS à Me il terre, i pointe d'etitr M*or» Puih-Leti Hingeri Dmania à tare lournUyur de tous It4 faire m '«•>• pirloul iSe u fM"*1 MOORE-PUSH-PIN Cm.¦ JuKlito PhiUdelpht* Pl. La Canadienne, Avril 1922 25 Aime, et tu Renaitras pri ncipes qui.vous rendaient un sûr garant du passé et du caractère de Serge! Et voilà que vous révélez des complaisances condamnables, une conscience facile! En qui me fier désormais?Toutes mes croyances croulent! Ah! que l'humanité est haïssable! Et la vie laide, laide!.Les reproches emportés s'achevaient dans une plainte déchirante.Les coudes sur les genoux, les mains écrasées sur la bouche, Hélène, ployée en deux, lutta contre une crise de sanglots.Fabert demeurait immobile, son poignet, appuyé à la table, tremblait imperceptiblement.Quand la jeune femme se redressa, brisée, ayant épuisé son énergie dans cet éclat passionné, un silence gêné régna une minute.Puis la voix de l'homme murmura, avec une douceur morne: —Madame, puisque vous doutez tellement de moi maintenant, comment me ferai-je entendre?Et je voudrais tant vous persuader, vous réconcilier avec la vie, qui est belle—quoi que vous disiez!.—Non, non1 dit-elle, en essuyant furtivement ses yeux gonflés.Je ne croirai plus personne.Il y a trop de mal en ce monde! —Ce monde n'est pas celui des anges et de la lumière éternelle.Le mal y existe, la nuit aussi.Elle engendre le jour, et le mal sert souvent d'avant-coureur au bien.Écoutez quelques secondes.Je connus jadis un homme qui, dans l'existence coloniale, fut gagné par la passion du jeu.Dans un de ces jours de folie, —qui ne sont pas rares sous ces latitudes,—l'homme que je dis se laissa emporter par sa frénésie.Doublant les mises dans de rapides parties d'écarté, il atteignit des enjeux fantastiques qu'il ne prenait pas au sérieux, mais dont le gagnant, intraitable et cupide, exigea le paiement.Le misérable vaincu, égaré, (ut tenté de solder sa dette avec les fonds que lui avaient confiés ses chefs.Un ami, heureusement, s'interposa, rabattit les prétentions excessives de l'adversaire, et a\ança la somme qui devait libérer immédiatement le perdant.Celui-ci, guéri par cette leçon terrible, ne toucha plus jamais une carte, et avant de blâmer autrui dorénavant, se rappela l'heure où il avait failli trébucher.En éprouvant sa propre fragilité, il avait appris la nécessité de l'indulgence.Ai-je besoin d'ajouter qu'il resta dévoué à son sauveur, par delà même la mort de celui-ci?Fabert raffermit sa voix rouillée, et se leva.' Mme Guérard, enfoncée dans son fauteuil, les paupières baissées, les mains croisées sur son mouchoir pelotonné, ne bougeait pas.Il la jugea implacable et hostile.—Sans doute, ai-je perdu définitivement \otre confiance et ma parole ne compte plus pour vous, maintenant que vous connaissez ce vertige de mon passé.Cependant, par cet honneur que Serge m'a gardé, je vous supplie de croire que son dernier désir fut de maintenir votre paix.Je pensai suivre ses intentions en agissant comme je l'ai fait, simplement.Voilà tout.Tant de courage et de dignité transparaissaient dans son humiliation volontaire, qu'il dominait la femme presque intimidée.Mais inconscient de cette supériorité, Fabert, en voyant Hélène inerte et muette, sentit seulement la peur du silence qui, de nouveau, allait s'introduire entre eux: ce silence qu'il interprétait comme une dure réprobation.—Adieu, madame! Il n'osa accompagner son salut du geste amical qui était habituel à l'issue de leurs causeries.Et sans lui tendre la main, ni lui dire une seule parole, elle le laissa atteindre le seuil.La porte entr'ouverte, un frais gazouillis voltigea par la chambre.Les enfants de la garderie dansaient, dans la cour, une ronde rythmée par un air naïf: Aveine! aveine! Que le beau temps amène! Fabert s'arrêta dans l'entre-bâillement, prêta l'oreille, pensif, puis se tournant vers Mme Guérard, il lui fit signe d'écouter les voix argentines.—Voilà des heureux! Et heureux par vous! Songez à cela! Et vous trouverez la vie meilleure! Puis il sortit, sans refermer la porte, F°ur laisser mieux pénétrer le choeur enfantin.—J'ai fait des heureux?Moi, si dou- loureuse et si désabuée! Ah! oui.le bien ressort du mal.Est-ce là ce qu'il voulait encore me prouver?se demanda Hélène.Une lourde fatigue l'écrasait.Elle ne se décidait pas à quitter cette place Et la sautillante ritournelle enveloppait sa fumeuse rêverie de spirales obsédantes, sans fin.A^'EST un des côtés les plus fâcheux de ^ la destinée humaine que nos satisfactions d'amour-propre soient accompagnées presque immanquablement de mesquines avanies qui en diminuent le prix.Point de triomphe dont les guirlandes ne recèlent des épines! Ainsi en advenait-il pour Mme Jouvenet La mère, qui avait pu voir sa fille devenir Mme Jean Marescaux et, installée au château, être traitée en soeur par la châteline, devait, semble-t-il, toucher à l'apogée de ses rêves! Établie elle-même dans une gentille maison neuve, à l'entrée du bourg, une jeune bonne à son service, la douce L'iette restant sa compagne attentive et enjouée, visitée assidûment par Thérésine, gratifiée du bon- iour amical de Mme Guérard, Mme ouvenet paraissait la plus heureuse comme la plus choyée des vieilles mamans.Il n'en était rien! L'inimitié des Boulommiers assombrissait sa gloire et réfrigérait sa félicité! La Chènetière, interdite à sa fille et à son gendre, acquérait l'importance d'un paradis perdu.Et elle recueillait en son sein, comme des ferments empestés, certains propos, semés avec intention par Mme Boulommiers et que rapportaient de complaisantes voisines, entrant distraire l'impotente.Mme Boulommiers résidait maintenant presque constamment à Paris.Elle ne faisait pas mystère de son engouement pour la jeune personne distinguée par son neveu Edmond: une Américaine d'une élégance toute parisienne, musicienne émérite, parlant plusieurs langues, comptant des pairesses d'Angleterre parmi ses relations."Au moins, ajoutait la dame de la Chènetière, trouverai-je dans celle-ci la nièce selon mon coeur, digne de porter les dentelles et les dimants de famille!" T A pauvre Mme Jouvenet pensait étouffer de rage en écoutant ces éloges perfides, impliquant, par contraste, un si grand mépris de sa fille.De plus, quelques suppositions échappées à M.Chavagnes lui taquinaient l'esprit.Était-il probable que Marcel compromît sa carrière et risquât son prix de Rome pour les yeux bleu saphir d'une Lilette Romieu, fille d'un barbouilleur de Grenelle?Roulant ces idées dans sa tête, sans oser les avouer, la vieille femme observait avec défiance sa préférée d'autrefois, à présent sa souffre-douleur.La patience excessive avec laquelle la jeune fille endurait ses rebuffades achevait de la rendre suspecte à l'infirme, de plus en plus acerbe et gémissante.Tout à coup, ces chimères s'éparpillèrent, balayées impétueusement par une réelle et vive alarme: Marcel fut rapproché du front.Et la mère n'achevait pas de se lamenter au sujet de ce changement qu'une nouvelle survenait, justifiant ses inquiétudes: l'ambulance de Jouvenet avait subi un bombardement aérien.A demi asphyxié par les gaz toxiques, le jeune homme avait été évacué sur Paris.Dans ce temps d'angoisse collective, chacun, son tour d'épreuve arrivé, se courbait sous le décret fatal, sans démonstrations de révolte ou de désespoir.Il n'y eut ni plainte bruyante, ni sanglots dans le petit salon des Fauconneries où les trois jeunes femmes étaient réunies pour arranger un arbre de Noël, lorsque parvint le triste avertissement.Toutes frémirent seulement de la même crainte lorsque Lilette, blanche jusqu'aux lèvres, observa: — Il n'a pas écrit lui-même.Les yeux sont attaqués sans doute.Un peintre! La vue menacée! Toute la splendeur de la vie risquant de sombrer dans les ténèbres! La plus accablante infortune! —Voyons! n'envisageons pas tout de suite les pires éventualités, remontra Hélène.Puisque Jean est revenu ici, partez toutes deux sous sa garde pour aller consoler ce pauvre Marcel.Votre mère, Thérésine, logera chez moi, pen-(Suite sur la page 36) NEW SERIES * J L'Automobile Qui Epargne Des Dollars Auto de Touriste complètement équipée $825 Roadster $825 Auto de Touristes - $1000 Spéciale Coupé et Sedan $1295 f.o.b.Toronto, Taxes de Vente extra.Par le bon marché de son coût; L'Overland coûte aujourd'hui plut de 40"/., meilleur marché qu'en 1920-ce qui constitue un tout dernier prix pour une automobile à 6 places, complète, depuis le démarreur électrique jusqu'aux jantes démontables.Par le bon marché de son entretien; Les propriétaires d'Overland rapportent un parcours de 26 à 80 milles par gallon avec une faible proportion de dépenses pour l'huile et tes pneus.Par son peu de dépréciation ; L'alliage d'aciers de l'Overland est d'une qualité qui lui assure une énorme résistance, et par là une plus longue durée ft une valeur de revente plus considérable.WILLYS-OVERLAND LIMITED Siège Sociale & Manufactures Toronto, - - Canada Le Projecteur et les Batteries Eveready sont en vente dans les quincailleries, pharmacies, magasins d'articles électriques, sportifs, magasins d'accessoires d'automobiles garages, magasins à rayons.Plus d'un rude choc dans l'escalier de la cave est évité au moyen de ce commode projecteur Eveready Tenez toujours un Eveready dans un endroit à votre portée pour vous en servir quand l'éclairage de la maison fait défaut, —pour éclairer les garde-robes et les coins sombres, pour retrouver les objets perdus dans l'obscurité.Vous ne pouvez pas mettre le feu à la maison avec un Eveready —Il est sûr et commode.CANADIAN NATIONAL CARBON CO.Limited Toronto, Montréal, Winnipeg, Vancouver, EVEREADY "Assurez-vous que c'est un Eveready'' 26 La Canadienne, Avril 1922 Les chocolats m a r q\u e\n\t l'Allégresse! Dans la gamme des cadeaux, les chocolats marquent la joie, et les chocolats Ganong sont un Don d'Allégresse.Votre choix, à même les 130 variétés de chocolats Ganong peut exprimer avec bonheur toutes les nuances du sentiment ; bonbons délicieux pour les occasions de cérémonie, bonbons du bon vieux temps pour les parents, fondants moelleux pour vos fiancées ou vos femmes, et, pour la jeunesse, noix croquantes et centres,durs.} Pour exprimer de la simple courtoisie à l'affection la plus profonde, le chocolat Ganong est un Don d'Allégresse.Chaque morceau est marquë"G.B."comme garantie de sa qualité.^Ganong Bros., Limited, St.Stephen, N.B, ^CHOCOLATS * Cjanong Le DorTd'Allégresse Aime, et tu Renaitras (Suite de la page 25) feorujuéu au J^î^S Canada pour Us Canadiens A ussi Fabricant f de papiers de toil* etle, d'articles en fibre durcie,: t, jfj Donnez du feu avec des Allumettes Eddy Ne soyez pes enriujé per de» allumett-s.Achetez d»» allumettes de sûreté Eddy.Vous n'aurez alors pet besoin de les frotter une demi-douzaine de fo I four avo'r du feu, pes plus eue vous n'aurez besoin de jetrr des allumettes sans tête ou des morceaux cessés pour en avo r seulement une tonne.Chaque allumette Eddy est bonne.Eddy y veille.Et chacue allumette Eddy est sûre.Les têtes ne voleront pas lorsque vous frotterez les allumettes de sûreté Eddy, pas plus que ne sera dangereux le dernier point d'ignition.N'tcktn pat seulement its aHumtues—Achetés dos Eddy Charnu allume-" Eddy donne du 'tu THE E.B.EDDY CO., Limited HULL canada dant cette absence, et je surveillerai votre école, mademoiselle Romieu.—Toujours infiniment bonne! toujours songeant à tout et à tous! murmura Thérésine, embrassant Hélène dont Li-lette, en silence, baisait les doigts.Ce que la sage conseillère n'avait pas prévu, ce fut la colère folle de Mme Jouvenet, en apprenant le départ de Lilette pour la capitale.Pourquoi Thérésine et M.Marescaux s'embar rassaient-ils de cette étrangère?.Affaires d'intérêt?Oncle malade?Pitoyables prétextes dont la mère de Marcel n'était pas dupe! .Cet empressement à favoriser un caprice irréalisable était abusif, scandaleux, ridicule! Tandis que les voyageurs roulaient sur la voie de Paris, Mme Guérard eut fort à faire pour raisonner l'irascible vieille.En d'autres circonstances, avec une âme plus légère, Hélène se fût divertie de ce courroux qui parodiait inconsciemment les indignations grandiloquentes de M.et de Mme Boulommiers.T E jeune peintre était hospitalisé ~ dans une ambulance, sise au centre de Paris, dans un hôtel rendu fameux, avant la guerre, par ses réunions littéraires et artistiques.Les plus charmantes mondaines y remplissaient, avec autant de zèle que de grâce, les offices charitables, et la modeste Lilette, rencontrant ces jolies infirmières, sveltes comme des Tanagras sous leurs blanches tuniques, fut tentée de bénir le bandeau qui défendait, aux yeux amis, ces visions trop séductrices! Tout de suite, l'anxiété des voyageurs fut rassurée: l'état de Marcel Depas n'offrait rien d'inquiétant.Très déprimé, naturellement, respirant avec difficulté, le visage et le cou enveloppés de volumineux pansements.Mais quel sourire d'extase dès qu'il entendit près de son chevet le trio de voix chères! —Eh bien! vieux! disait Jean, cordial, je crois que nous en avons fini avec la guerre, nous deux! On me renvoie pour un an dans mes foyers.Toi, te voilà assez amoché pour que les hostilités aient le temps de s'achever sans toi.Après avoir été à la peine, nous ne serons pas à l'honneur! C'est ennuyeux! Thérésine posait un fraternel baiser dans le peu d'espace qui restait à découvert entre les bandeli êtes.—Quel magot je fais! hein! disait le malade, en pressant la main fluette de Mlle Romieu.Je sortirai de là-dessous épouvantable comme un masque japonais, je le crains! —Tant mieux! assura la voix douce avec un accent décidé.Les demoiselles éviteront de vous regarder, monsieur.—Et si, horrible à regarder, je ne voyais plus moi-même, murmurait peureusement Marcel.¦—Eh bien! quelqu'un vous prêterait ses yeux! répondait la voix limpide, sans une fêlure.—Ne te fatigue donc plus à imaginer des inepties! interrompait Thérésine.Et dis-moi a)n peu ce qui se prépare.On ouvre les portes pour faire communiquer ces deux salles.On attire un piano.Vous donne-t-on des concerts?—Quelquefois, parait-il.Des virtuoses charitables viennent nous bercer d'harmonie, à certains jours.—Excellente pensée! Une infirmière tout aimable, deux touffes de cheveux bruns en parafe sur ses tempes rosées, s'arrêta, au passage, pour renseigner les visiteurs.Le concert durait une demi-heure à peine, afin de distraire les blessés sans les fatiguer.Court, mais absolument exquis.Artistes amateurs du meilleur monde.La pianiste surtout était remarquable.Les exécutants faisaient leur entrée: deux ou trois dames, transportant violons et violoncelles, et entourées de quelques familiers, parents ou amis.Thérésine retint une exclamation et toucha l'épaule de son mari, qui se retourna et demeura sidéré.Mme Boulommiers, majestueuse sous son grand manteau garni de zibeline, s'empressait autour de la jeune femme qui prenait possession du piano, et qui, avec des mines enjouées, confiait à sa respectable compagne les petits objets accessoires, réticule, gants, manchon.—Décidément, les montagnes seules ignorent ces vis-à-vis imprévus! souffla Thérésine à l'oreille de Jean.—La bien-aimée d'Edmond, probablement, cette belle artiste! fit Jean, étudiant le sujet d'un air approbateur.Hé! Hé! le cadet ne manque pas de goût! Cette opinion galante lui valut un pinçon au bras, administré par des doigts vigoureux et subtils.Thérésine, cependant, tout en infligeant ce châtiment conjugal, s'hallucinait d'un étrange mirage.TVANDIS que résonnaient les aimables cadences du Menuet de Boccherini.la jeune femme, en fixant le profil penché de la pianiste, revoyait, avec une insistance singulière, ces mêmes lignes se dessiner sur un fond différent.Où, donc avait-elle aperçu déjà ce nez court, ces bandeaux cuivrés, cette bouche charnue, ce menton un peu fuyant dont la courbe amollie se fondait dans le cou grassouillet?Tout à coup le tableau complet ressortit de sa mémoire.Le rectangle d'une portière de wagon forma un cadre brut à la gracieuse tête.Au chapeau de satin noir d'aujourd'hui, noué d'un simple ruban, se substitua un plumet blanc ébou riffé: l'image même de l'inconnue qui débarquait à Saint-Pierre-du-Lîyon, le jour du mariage de M.Guérard, et dont l'apparition avait semblé troubler l'industriel! —Je suis folle! se dit Thérésine.Ce serait trop extraordinaire.Mais tant de choses invraisemblables sont vraies néanmoins! D'un ton de curiosité banale, elle s'informa près de la complaisante infirmière qui ne se fit pas prier pour babiller: —Un talent, n'est-ce pas?Une Américaine, miss Fergusson, je crois.On dit qu'elle doit épouser un officier français, fils ou petit-fils de cette dame qui l'accompagne.—U vaudrait mieux qu'un Américain épousât une Française, vu la pénurie d'hommes et l'abondance de femmes sur le marché matrimonial actuel! dé:lara Jean, sérieux et ne perdant pas le groupe de vue.L'audition achevée, Marescaux, d'une allure désinvolte, traversa la salle et parvenant près de Mme Boulommiers sans que celle-ci eût même soupçonné sa présence, il accostait sa parente, avec un sourire épanoui et candide.—Ma chère tante! quel heureux hasard! Là-dessus, hardiment, il s'emparait d'une main qui n'osait se refuser.Comment, dans une ambulance, faire mauvais accueil à un soldat portant sur la poitrine la médaille militaire, la croix de guerre et l'insigne des blessés?Profitant de l'avantage, Jean, tout à fait talon rouge, s'inclinait devant miss Fergusson.—Enchanté de faire votre connaissance avant que certains événements nous rapprochent, mademoiselle.Je suis le frère d'Edmond.Et voici ma femme! D'un signe de tête, il conviait Thérésine à le rejoindre La jeune femme, d'abord hésitante, prit son parti brus quement et s'avança.Très correcte, elle saluait avec déférence Mme Boulommiers, à qui Jean la présentait, aussi à son aise que s'il se fût agi de la plus ordinaire des rencontres mondaines, dans un salon.Hors d'elle-même, Mme Boulommiers, les yeux roulants, les joues brûlantes, essayait de se dérober et d'entraîner la fiancée d'Edmond.Mais Thérésine se sentait forte maintenant d'une audace insolite et, sans se démonter le moins du monde, placide et dégagée, elle échangeait avec miss Fergusson les compliments d'usage.—Ravie, vraiment!.Quelle musicienne vous faites! .Mais n'ai-je pas eu déjà l'avantage de vous rencontrer .dans un petit train d'Anjou?Les yeux noirs de Mme Jean Marescaux possédaient une rétine d'une fidélité et d'une acuité remarquables Cependant, Thérésine eût pu croire à un phénomène d'optique inusité, tant fut soudain, complet et fugace le changement produit sur la charmante figure légèrement maquillée, qu'elle surveillait avec attention.Un bouleversement, comparable à celui d'un tic qui met en branle tous les nerfs et déforme les traits d'une face, crispait le sourire de commande sur la bouche charnue, creusait les orbites sous les fins sourcils, dont l'arc bruni devenait sinueux.(Suite sur la page 33) Avez-Vous Eu Votre Aliment-Fer Aujourd'hui?La Canadienne, Avril 1922 Y V 27 SUN MAID SCIDCD Mll'-I AT raisins Raisins Sun-Maid pour la Cuisine à la maison POUR gâteaux, pâtés et autre genre de cuisine de ménage, demandez les Raisins dénoyautés Sun-Maid, en paquets bleus.Provenant des plusfinsMuscatsdeCalifornie.Tendres, peau mince, juteux, doux.Graines extraites mécaniquement.Riches en aliments nutritifs et en goût.Se vendent dans touslesmagasins par paquets de 15 onces.Pour recevoir un livre gratuit de plus de 100 recettes essayées, écrire à l'adresse ci-contre.Quelque Chose De Nouveau Pour 5c Petits Paquets à 5c de Délicieux Raisins Dénoyautés en Vente dans tous les Bons Magasins Voyez comme ils vous "remontent" lorsque vous vous sentez fatigué, indolent, paresseux ou que vous avez un peu faim.Ils vous remettent sur pied, plein de force et de vigueur.Soixante-quinze pour cent de sucre de fruit naturel - aliment pure source d'énergie, sous une forme pratiquement prédigérée, de sorte que vous en ressentez l'effet extraordinaire presque immédiatement.Riches en aliment-fer aussi—bons pour le sang.Pas de limite à leur popularité en Angleterre et aux Etats—trois cent millions de paquets déjà vendus! 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La Canadienne, Avril 1922 29 Chère Petite Chose (Sutle de la page 15) Quelque chose se cassa dans la poitrine delà petite fille, qui se mit à pleurer sans savoir pourquoi.Elle se réfugia contre Charly dont la force était désormais son soutien.Et Charly commença son apprentissage de mari pour rire.Il la consola en la bourrant de bonbons.XIV—Vers Le Soleil rvANS sa couchette, Janine ne dormait ^ pas.Elle se laissait bercer doucement par la trépidation du train qui filait, maintenant, à toute vapeur.La pluie redoublait, l'averse battait le toit et les vitres avec un bruit de troupeau.Il faisait bon, il faisait doux; douillettement bordée, la petite fille songeait qu'un monstre l'emportait en pleine vitesse vers un pays chimérique.La lumière électrique, mise en veilleuse mettait une ombre bleue dans l'étroite cabine.Et la fillette s'amusait à évoquer des souvenirs puérils.Des images passaient devant ses yeux.Le sifflet déchirait la nuit.Janine tressaillait.Elle sentait une morsure atroce qui lui brûlait la poitrine.Elle était une toute petite chose que le destin emportait.Elle n'avait aucune force pour réagir, elle se laissait aller.Et soudain, elle pensa à Charly, Charly qui était juché, là-haut, sur sa tête.Comment diable faisait-il pour tenir tout entier dans cette courte boîte?Cette idée la fit rire.—Vous ne dormez pas, petite fille?—Non, Charly.—Vous êtes bien?| —Oui, Charly.—Alors, il faut dormir bien vite.—Mais oui.—Bonsoir, chérie.—Bonsoir, Charly.Et Charly laissa pendre son bras.Longtemps elle considéra cette main que les secousses du train agitaient doucement, puis elle y mit la sienne.Charly la prit dans son étreinte et la garda.Au bout d'un long moment, la respiration régulière lui annonça que son mari dormait.Alors, gentiment, doucement, elle se souleva et mit un long baiser sur la main avant de dégager la sienne.Oui, le train était bien une bête qui l'emportait.Elle se cabrait, elle hennissait, elle trépidait et sa grosse voix ronronnait deux syllabes amies: Char.ly.Char.ly.C est en répétant ce mot que Janine s'assoupit.L'arrêt du train la réveilla.On devait être dans une grande gare.elle entendait des appels.des ombres passaient dans le couloir.Des employés criaient un nom qu'elle n'entendait pas.Puis le train doucement reprenait sa marche.Il faisait un bruit de ferraille secouée.on devait passer sur un pont.Elle se mit sur les genoux, du doigt elle écarta le rideau de la portière, elle aperçut un fleuve que trouaient des centaines de points lumineux.Et le bercement la reprit, elle sombra dans une douce somnolence, l'esprit calme, le coeur récréé, puisque le train répétait sans fin: Char.ly.Char.ly.Lorsqu'elle se réveilla, les paupières closes, elle eut la sensation qu'elle retournait vers son point de départ Ah! non, elle ne voulait pas revenir à Paris.H lui sembla entendre la rude voix maternelle qui lui disait: "Allons, fainéante, debout." Elle fit un effort et ses yeux ouverts rencontrèrent les yeux de Charly qui, près d'elle, attendait son réveil.—Bonjour, petite fille.—Bonjour, Charly.—On a fait de bien beaux rêves?—Oh! oui.Charly se pencha vers elle et lui mit un baiser sur la tempe.—Vous êtes déjà levé?—Déjà! répliqua Charly en riant.Diable! quelle heure croyez-vous qu'il soit?—Je ne sais pas, moi, cinq heures, six heures, peut-être.Il est huit heures passées.-Allez-vous-en, vite, vite, je me lève.—A une condition, vous vous habillerez, mais vous n'ouvrirez pas la portière.Je vous réserve une surprise.C'est promis?C'est promis.(Suite sur la page 32I |P,,M' Ce i nouveau " Livre deModèles tricotes a, la.rncxirx 25 Fabriqué au Canada Voici un livre rempli des plus nouveaux etdes plus étonnantsstylesde vêtements tricotés à la main—tous spécialement dessinés par nos dessinateurs d'après les dernières tendances de la mode, et introduisant plusieurs effets nouveaux dans l'emploi des laines nouveautés.Avec chaque modèle On vous donne des instructions complètes et détaillées pour le tricotage—le nombre exact et la sorte de mailles, la sorte et la couleur précises de la laine à employer—le tout en un langage clair et concis de sorte que vous êtes sûre de réussir si vous suivez les instructions.Si vous désirez le "dernier mot" de la Mode en fait de modèles tricotés, il vous faut ce Livre Monarch No.8.Toutes les laines'recommandées pour les modèles de ce livre sont les fameuses laines de haute qualité et de fabrication canadienne.MONARCH YARNS a___.___________________1 » r_____« - t-.A part nos marques connues de Monarch Floss, Down, Dave et Butterfly, ce livre fait voir de nouvelles'et maTnifiques laines de combinaison récente, y compris les Monarch Starlite, Kurly, Silvertwist, Fairy, Alpaka et Art Silk.Ces laines nouvelles produisent les effets les plus agréables et sont de 'a même qualité sûre que nos plus vieilles la;nes connues.Remplissez seulement ce coupon, mettez-le sous enveloppe avec 25cts- en timbres-poste, ou bon postal, et adressez-le nous; et nous vous enverrons ce beau gros livre de modèles, par le retour du courrier.Adressez-nous ce Coupon The Monarch Knittinp Co., Limited, Dunnville, Ont.Ci-inclus 25 cents pour lesquels veuillez m'a dresser "Hand Knitting" (Livre de Modèles Monarch No.8) Nom 1 THE MONARCH KNITTING CO.LIMITED DUNNVILLE, ST.CATHARINES AND ST.THOMAS.ONT.' 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Le paysage a la tendresse d'un chant virgilien.Depuis le frisson du brin d'herbe jusqu'au courbement majestueux du chêne, toutes les vies palpitent et renouvellent leur âme.Des légions de petits insectes circulent, affairés, en crissant et bourdonnant.Des chevreuils et des biches aux regards de tendresse, vont se reconnaître au miroir des fontaines.Tout s'exalte, tout vibre, tout subit l'immense poussée de la reviviscence.La germination puissante des végétaux, l'effort incessé des forces invisibles, les Désirs couvant d'innombrables éclosions, tout oeuvre, s'embrase, concourt à un miracle de beauté prochaine.«H Et cette multiple symphonie de formes, de couleurs, de sonorités, ces visages renouvelés des choses, ces lignes neuves, cette eurythmie prestigieuse, ces aspirations vers ce qui est lumière, "Ce balancement large et lumineux des choses.Ce vertige, ce rêve, et ce parfum des roses;" Tout cela incite au calme bonheur et à la saine gaieté, invite à des méditations optimistes, à des divagations exquises."Qu'il est ck>ux le nouveau Printemps! Il est doux comme un baiser de la bien-aimée!" chantait, il y a déjà quelques siècles, le poète arabe Antar.Faites tintinnabuler, bergers, les clochettes, au cou de vos troupeaux! Dansez des rondes, fillettes, des rondes de liesse, autour des vaporeux bouleaux d'argent! Allégez-voas de votre hivernale torpeur, muettes statues des parcs, en l'âme desquelles pèse encore la languide léthargie des sommeils attardés! Et vous, Angéliques amants des songes adorables, 6 Poètes, avec vos cent mille petites voix de montagnes, d'aromates, de branches balancées, de fontaines, d'étoiles et d'aurores, sifflez sur vos chalumeaux diserts des églogues plus suaves, faites chuchoter à votre Lyre des cantiques de belles tendresses bénies! Et nous tous, astreints à une rude discipline, à une tâche solidaire, ou encore fiancés aux idéales rêveries, qui font se réfracter dans les prunelles des hommes, des visions purifiées et des félicités plus estimables,— entre les bras juvéniles du Renouveau,— instigateur de toutes les ferveurs, de toutes les 1 plénitudcs.fcommunions à la joie bienfaisante des sèves, soyons riches de désirs nouveaux, car en ce jour même, une jubilation innombrable exulte et éclate en intempérantesjprofusions de feuilles, de parfums, de fleurs' et de brises.—Aujourd'hui—, j 'Le ciel est albescent'de splendeurs molles et satinées; C'est la plus fine et la plus folle des matinées Du grand vertige du Printemps".TOILETTES DE PAQUES T ES cloches qui sont allées à '-' laissent entendre qu'elles Rome vont ramener des certitudes de beau temps, et à cette occasion, toute la gent féminine se rappelle le vieux dicton consacré par la vogue et la tradition: "Pour que Pâques ne nous fasse pas la grimace, il faut que nous portions, ce jour-là, un chapeau neuf ou une robe nouvelle." L'heure est donc venue de sacrifier aux exigences de la MODE, ce délicieux et enrubanné petit tyran, qui asservit si aisément nos libertés et sait jouer, comme personne, des délicates ficelles sensitives que sont les nerfs des femmes.Royauté souveraine, aux ukases de laquelle on se soumet avec tant de complaisance, la Mode—avec un M majuscule, —fantasque, capricieuse, diverse, autoritaire, illogique, qui jongle avec les saisons et cabriole avec tant de désinvolture dans le domaine de la prestigieuse imagination, jamais à court d'inventions et de prodiges, et toujours en quête de trouvailles inédites.Code des lois dans l'art de plaire.Prêtresse authentique et irrévocable de la fashion, "Mal qu'on adore," Sirène qui méduse les Ulysse prudents, captive les Werther romanesques et ensorcelle tout le cortège des humains, et tout ce, en dépit de l'Aphorisme classique: "La Mode souvent se contredit .Bien fol est qui s'y fie." Les grands oracles de la Déesse se sont prononcés!.AleaJacia est.'."le sort en est jeté," comme disait l'impérial César.Et les vitrines de marchands de nouveautés apparaissent comme les serres aguichantes d'un paradis enjôleur et fascinant, où triomphent d'enchanteresses créations, qui sollicitent le caprice du moment, tout en constituant la cible de convoitises, vers laquelle s'arquent et convergent d'irrésistibles tentations.C'est une gaieté de rubans, de tulles, de dentelles, de brocarts, de passementeries, de noeuds, de plissés; c'est un frou-frou de soieries, de broderies, de ruchettes, de crêpes de Chine, de festons, de toilettes blanches, mousseuses, savonneuses et comme battues et fouettées en crème.Le printemps est bien là, éclos dans cette délectable effloraison de tissus clairs et légers, de gazes fluides, de ravissantes lingeries.O les coupables vitrines, qui expriment avec une éloquence toute de charme et de séduction, le langage des choses!.La perpétuelle invite à la.bourse! L'Invitation au voyage.des divers et multiples rayons! L'appel permanent au public!.• Toutes les vitrines.Celles qui s'adressent à la vue, au palais, à l'odorat, celles qui nous charment, nous affriolent, nous capturent.Variétés des nuances, chatoiements des étoffes, miroitements des ors, scintille ments des pierres, attirances des diamants .Elle appelle, elle danse, elle chante, la vitrine!.Ce n'est plus la tentation de Saint Antoine.C'est la tentation de la vitrine.Et cette éclosion de jolis modèles, fixant définitivement la mode printanière, que nous réserve-t-elle?A quel visage cet Argus de la Mode va-t-il, cette saison, recourir, pour mettre en valeur les tonalités de vos élégances?.Les jupes seront-elles étroites comme des pinces à sucre, ou évasées comme des cerceaux?Longues | à dissimuler Iff chevilles, ou écourteés comme celles que portaient les L'"iput'ennes de Gulliver' Adhérentescomme un maillot, ou crino-liséescomme celles qm étaient en cours; du temps que la reine Berthe filait?.Les robes seront-elles simples_ à_ la façon du tablier de Mimi-Pinson, "coloriées comme un langage," ou comp'1" quées à plaisir de fanfreluches, d'ornements arachnéens, égayées de motifs La Canadienne, Avril 1922 31 pomponnés, amignardés, ou encore enrichies de colifichets, de frisques, de barbes de singe ou de poils de ouistiti?LES corsages seront-ils ouverts à 45 degrés, ou fermés hermétiquement à la façon dont sont scellées les bouteilles de bons crus?.Les manches seront-elles gainantes, à moufle, à crevés, à la Merveilleuse.façon qui consistait, comme vous ne l'ignorez sans doute point, à ne pas en porter du tout.Et les chapeaux!, .ces amours de petits ou de grands chapeaux, qui rafraîchissent si joliment une toilette.! Evoqueront-ils la grâce galante et flirteuse de gigantesques papillons, égarés dans les papillotantes frondaisons de votre chevelure, ou bien seront-ils impondérables et discrets comme un rêve.comme un soupçon de nuage osant à peine se fixer?.Et ces "trotteurs," ces "toques", ces "canotiers," ces calottes de paille; "manille," "bangkok," "italie," vont-elles accorder leur préférence aux fleurs, aux fruits, aux feuilles, aux épis, ou avec une crânerie de lutin, s'ingénieront-elles à camoufler, dans le secret de leur treillis, des petites ailes de faisan, des pompons en bouledeneige ou des nids fragilement tressés de rouge-gorge?.A quels cuirs,—crocodile, daim ou antilope,—confierez-vous vos mignons petits pieds qui, perchés sur ces impertinents talons Louis XV, simulent des coquetteries d'oiseaux qui voltigent, et semblent à peine se poser pour effleurer le sol?.Le frétillement mutin de vos souliers décolletés, ira-t-il rhythmiquement (aire résonner sur l'asphalte, le souvenir évocateur du siècle de la Pompadour, du règne aventureux du calife Haroun-Al-Raschid, ou de la charmante légende de Cendrillonl Et la symphonie des couleurs.Nuances.Teintes.Toute la gamme des colorations inimaginables, .laquelle fera flores parmi les plus sélectes, les plus raffinées?.Bleu-ciel, violet-prélat, cardinal, vieux-rouge, turquoise, cyclamen, ophélia, vert pistache, buvard, caramel, champignon, lilas, gris-perle, bleu meurtri, héliotrope fané, rose mourant, tabac, fraise écrasée, camomille ou beurrefrais.! Lorsque, au temps de la canicule, le thermomètre indiquera 90 à l'ombre, vous habillerez-vous en linons et en voiles de soie, comme faisaient les coquettes marquisettes d'autrefois qui, suivies de leurs galants cavaliers, se rendaient en chaises à porteurs goûter sur l'herbe, ou arborant des peaux de skungs ou de renards, pousserez-vous l'extravagante fantaisie jusqu'à vous vêtir co.nme de frileux petits Esquimaux, ou d'authentiques indigènes des régions enneigées de la Laponie?.Quelles que soient les nouvelles combinaisons ou les insoupçonnables trouvailles que les ardeurs du soleil vont faire éclore dans le Jardin vestimentaire de la nouvelle saison, que votre toilette de Pâques soit couleur de soleil, couleur de lune, couleur de temps ou encore de la même couleur que celle de Peau-d'Ane; °u même d'or rebrodé d'or, comme cette robe que décrit en se pourléchant Madame de Sévigné, la .Mode du Printemps revient comme un conte "prestigieux et ensorcelleur des Mille et Une Nuits____ Et, soyez-en, Mesdames, les héroïnes.Voici du bleu, du blanc, du gris, du rose, du mauve, tout le chatoiement des nuances, tout l'enchantement des teintes; choisissez-les, mélangez-les, qu'elles miroitent sous le soleil de Pâques; et, sur l'attrayante féminité de votre silhouette, que tant de poètes ont chantée sur les cordes les'plus exquises de leur Lyre, que ces toilettes, cajoleuses à nos yeux, évoquent les allégresses d'un ciel d'azur, les images d'un rêve rajeuni, verdoyant et harmonieux, la fraîcheur, l'irrésistible jeunesse d'une nature qui se rénove et nous engaillardit, c'est-à-dire, tout ce qui met en nous de la poésie, ajoute à la joie U W Arrrr; 11, boucSoil lu lrou.0* i >" "Vf1"'1" p„ lilloa.10C .O"" uj«n-c c.wm^,» rai-
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