La Canadienne : le magazine du Canada français, 1 janvier 1922, v. 4, no 5
Toronto, Février 1922 ADIENNE LE MAGAZINE DU CANADA FRANÇAIS Abonnement la compagnie de publication continentale, limitee Le numéro rois dollars Montréal canada „ Toronto VINGT-CINQ CENTS DOMINION LINOLEUM Un Brillant Intérieur de Maison Ajoute du Charme à vos Réceptions Assurez-vous ce charme en choisissant le vrai couvre-plancher—un parquet de vrai Linoléum Dominion.Quand il sera bien posé, vous aurez un plancher réel et permanent.Toujours propre, brillant, hygiénique et facile à entretenir, le Linoléum Dominion est indispensable aux dames ¦ dont le temps est précieux, et qui considèrent la grande importance de leur santé et de celle de leur famille.Le Linoléum est frais en été, chaud en hiver.Les bons marchands de tapis exhibent actuellement nos nouveaux modèles de 1922.Ils seront heureux de vous montrer nos nouveaux dessins, à la verge et nos nouvelles carpettes.Choisissez les Linoléums Dominion ou les Carpettes en Linoléum Dominion pour vos chambres; vous i les trouverez de votre goût.I Les prix sont même plus avantageux aujourd'hui qu'en 1920.* - * *¦ * ¦ -, «s» « - & - - o •5- Jf-o. La Canadienne, Février 1922 Vol.IV—No.5 A BONNEMENT, $3.00 par année, payable d'à-Tance, pour le Canada et l'Empire Britannique.Le numéro, 25 cents, États-Unis.$4.00.Autres pays étrangers, $4.00 par année.Les remises peuvent être faites par mandat-poste, lettre recommandée, mandat-express ou chèque auquel on a ajouté le montant de t'échange.ATTENTION.Changement d'adresse.Nous changeons l'adresse d'un abonné à sa demande, mais il faut donner l'ancienne adresse en même temps que la nouvelle pou lue le changement puisse être fait.la Canadienne Le Magazine du Canada Français Directeur: J.-L.K.-LAFLAMME Février, IQ22 Enregistrée au bureau de poste de Toronto, Ont-, comme matière de seconde classe.Demande a été faite pour l'enregistrement de La Canadienne comme matière de se* conde classe au bureau de poste de Buffalo, N.Y.Marque déposée en 1919 au Ministère du Commerce et de l'Industrie parla Compagnie de Publication Continentale, Limitée, de Montréal et Toronto, imprimeors-éditeur*.Le magazine est publié le quinze de chaque mois par la Compagnie de Publication Continentale, Limitée, de Montréal et Toronto.RENOUVELLEMENTS—Ne pas masquer d* remplir le bulletin de renouvellement qui sera dans le numéro qui termine votre abonnement.Ce détail est important pour qu'il n'y ait paa d'interruption dans le service du magazine.Le tirage étant limité au nombre des abonné*, le* ouméaos antérieur* ne sont pas fournis.Ayez bien soin d'écrire très lisiblement votre Dos* et votre adresse en faisant votre remise.Publicité et Abonnement*: C.P.R.Telegraph Bldg., 4 rue de l'HÔpItsI, Montréal.Tel.Main 704* SUCCURSALES : New-York.16 E.40th Street.Philadelphie, Metropolitan Building.Chicago.People's Gas Building.Londres.Angleterre.16 Regent St.S.W.J AI rencontré trois jeunes filles.IL'aînée avait dix-huit ans; la seconde |seize ans et quatorze ans la plus jeune.J'aime la jeunesse, mes petites —lamies lectrices; l'interroger, causer avec elle de ses vues, de ses aspirations est un de mes passe-temps favoris.J'ai dît à la première de ces jeunes personnes: —A quoi occupez-vous votre vie .Elle m'a répondu en me montrant sa raquette de tennis: —Je joue au tennis.Je suis, à Paris, champion du club***.Je m'entraîne en ce moment pour une nouvelle épreuve.Ma concurrente est de première force.Il s'agit de ne point ^e laisser battre.—Et en dehors du tennis?—En dehors du tennis, je danse; c'est encore du mouvement et j'adore le mouvement —Votre mère vous suit dans les divers exercices?—Oh! pensez-vous mère est retenue dans son intérieur Avec les difficultés domestiques actuelles, elle est absorbée au delà du possible.C'est même désolant de la voir occupée de la sorte.Elle n'a pas été habituée à ça.C'est depuis la guerre qu'elle mène cette existence pénible.—Et vous ne l'aidez pas?—Si! Les jours de pluie.Et encore, ces jours-là, on danse de meilleur coeur et on a davantage de cavaliers quoique la danse commence bien à baisser.—Vraiment ! -Alors quand elle sera tombée tout à fait, vous pourrez peut-être vous occuper île l'intérieur.—Evidemment mais, vous savez, ce n'est pas folâtre pour une jeune fille de remuer la poussière ou de tourner des sauces Puis, voyez-vous, j'ai besoin de grand air.J'y suis habituée.Je n'ai rien ajouté Voilà—me suis-je dit— un échantillon de l'éducation moderne.Quel sera son avenir?Le tennis et la danse passeront; ou, plutôt, c'est elle qui s'écartera peu à peu de ces futilités.Alors que lui res-tera-t-il pour occuper ses journées et son coeur! A seconde de mes jeunes' interlocutrices ^ m'a dit: —L'art, voyez-vous, madame, est la source 'ie toutes les joies!.L'étude de l'art, c'est la beauté mise en soi!.La beauté qui emplit nos yeux, notre cerveau, notre coeur! —-Vous êtes artiste, mademoiselle?—Aspirante artiste, oui, madame.Je dessine, je peins un peu, en fraude, parce que mon professeur me le défend jusqu'au jour où je posséderai à fond mon dessin.—En dehors de la peinture et du dessin, quelles sont vos occupations?Oh! je n'en ai guère d'autres.L'art est très ¦ibsorbant.Il y a les expositions à visiter, les musées qu'on ne connaît jamais assez, les ateliers des amies où l'on se rencontre, où l'on 'liscute des école?, des engouements passés ou actuels.Choses et Gens Mieux qu'un pastel au ton pâli Ou que la poussière d'un livre.C'est le son fugace qui livre Le secret du temps aboli.Ce qui vous rendra l'effigie De l'autrefois pensif et doux, Dont on se souvient à genoux, C'est la musique et sa magie.Dans un haut salon lambrissé.Ecoutez la chanson fluette De quelque très vieille épinette Ou vibre encore le passé.Ses notes, où se cristallise Le charme des airs désuets, Font revivre tes menuets Et ta romance, 6 Cydalise! Elles sont fausses quelquefois, Mais leur grâce en est plus touchante; Ainsi, lorsqu'une aieule chante, Nous émeut sa tremblante voix.Ces notes si longtemps cachées Au fond du coffre déverni Où les Souvenirs font leur nid.Ressemblent à des fleurs séchées.Que le Temps a fait se flétrir.Mais dont le doux parfum persiste, Et qui, sous les doigts de l'artiste, A son gré peuvent refleurir.Henri Allorge.—En un mot, votre vie est absorbée.—Entièrement A peineai-jeletempsdevoir mes parents et mes soeurs aux heures des repas ; parfois même je ne déjeune pas avec eux à cause des cours.Nous vivons en quelque sorte séparés, au moins dans la journée Le soir, on se retrouve on sort ensemble.—Votre mère approuve votre décision de vous consacrer uniquement à l'art?—Mère avait d'autres vues sur moi parce que je suis l'aînée.Elle aurait voulu me garder dans la maison, mais ce n'est pas un avenir, cela.Je n'ai point répondu.Ma parole eût été le bon grain répandu sur la grande route et qui ne lève pas.* ï A troisième de mes jeunes amies m'a dit : —La science, madame, la science est le tonique puissant de l'époque.Je me consacrerai tout entière à la science, quel que soit l'effort à donner.Et la jeune fille—la fillette, oserai-je dire— levait vers moi sa petite tête volontaire au profil aigu.—Vous avez choisi là, ma petite France, une branche bien abstraite Pourquoi ne laissez-vous pas aux hommes cette partie ardue du problème social et mondial?—Parce que ce serait leur accorder une supériorité, ce que nous ne pouvons admettre —Alors, qu'allez-vous faire pour les reléguer au second plan?.—Travailler Travailler, travailler! Puis, forcer l'entrée de toutes les écoles.Elle s'animait, son visage pâlot, fiévreux, déjà usé par un labeur trop absorbant, prenait des tons roses: —Ah! quand les femmes voteront, on ne pourra plus les empêcher d'entrer à Polytechnique, à Centrale et ailleurs Pourquoi leur fermer les portes si elles sont aussi capables que les hommes?—Je n'écoutais plus, ahurie.La petite parlait, parlait avec une lèvre nerveuse et un regard lointain.Elle poursuivait son rêve de gamine contaminée dans sa fleur par des théories absurdes, tombées sur elle en pluie malfaisante.Elle était^ une petite femme gentille, attrayante, et elle aspirait à perdre ces privilèges pour devenir "semblable à l'homme" comme les singes de Kipling.Les sports, l'art et la science sont des phares tournants qui attirent les phalènes; mais combien brûlent leurs ailes aux parois et tombent à terre dépossédées du rêve.Vicomtesse De Vald'Hor.PROPOS PERDUS Les Supériorités Féminines T 'AI toujours été frappée de l'impuissance de la littéiature à discréditer la femme.Les écrivains ont entassé contre elle des Pelion de satires sur des Ossa d'épigrammes.Malgré tout elle a gardé son prestige, et elle est demeurée partout d'autant plus respectée qu'elle se trouvait dans un milieu plus affiné et plus intelligent.En réalité, elle possède sur l'homme une incontestable supériorité morale.Pourquoi est-elle plus moi aie?Parce qu'elle est plus sentimentale.Tout ce qui est pur, noble, délicat, s'appelle sentiment.Supprimez le sentimenr.vous verrez ce que fera la logique du matérialisme anti-sentimental.Les femmes sont donc meilleures que les hommes parce qu'elles sont plus sentimentales.Elles aiment davantage.Elles prennent l'amour au sérieux.Quand elles se marient, elles n'apportent pas, en général, à leur époux et, comme ces derniers, un coeur hypothéqué ou lézardé.Leurs serments sont moins souvent des mensonges.Il y a plus.Le sentiment féminin est d'une qualité particulièrement sublime, puisqu'il est maternel.Quel que soit, en effet, l'âge ou l'amour d'une femme, soyez assuré qu'au forcî sa maternité veille.Petite fille, c'est avec son coeur de mère qu'elle embrasse ou gronde sa poupée.Et l'homme même qui devient, par le mariage, son maître, ne tardera pas à s'apercevoir, en dépit de ses prétentions et de son orgueil, que durant toutes les heures du jour, il est lui-même aimé et choyé comme un grand enfant.Le progrès semble apporter à la femme un avantage que le passé lui refusa.Chamfort avait dit: "Les femmes ont une case de moins dans la tête, mais une fibre de plus dans le (Suite sur la page 2$) La Canadienne.Février 1922 LES GENS raffinés ont de beaucoup les mêmes idées, peu importe où ils vivent.Il n'est donc pas surprenant de trouver du Ivory Soap par tout le Pays, dans les homes où dominent le bon sens et le bon goût—des intérieurs les plus luxueux jusqu'aux plus simples.On ne peut pas faire de meilleur savon parce qu'Ivory remplit chacune des sept conditions que doit remplir tout savon.Sa mousse abondante nettoie à fond.Il est si pur et si léger qu'il ne peut endommager rien de ce qui le touche.Il rince si complètement et si facilement que la première goutte d'eau claire emporte avec elle tout le savon et toute la malpropreté en laissant à la peau une sensation de douceur et de fraîcheur.Il est blanc et parfumé, son usage est par conséquent agréable.Pour l'économie et la facilité "il flotte".Pour toutes ces raisons, Ivory n'est pareillement le savon idéal pour la toilette, le bain quotidien, le shampoing et la nursery, mais il est aussi entièrement satisfaisant pour le blanchissage du linge fin et tous travaux domestiques où la peau se trouve en contact avec le savon.99»* PUR Fabriqué dans les Etablissements Procter & Gamble, Hamilton, Canada IVORY SOAP Le Savon blanc flottant. La Canadienne, Février 1922 3 LES DEUX PENTES |E jour se levait si grisâtre, si brumeux, que ma solitude de vieille femme accablée par de tristes souvenirs s'effraya, et je résolus d'aller passer quelques heures chez ma petite amie Luce Durand, que je n'avais pas vue depuis plusieurs mois.C'était la fille unique d'une bien chère amie, veuve .l'un médecin de campagne qui l'avait laissée inconsolable, mais avec de maigres ressources.Luce s'était mariée à dix-huit ans à Rosaire Durand, jeune notaire de talent mais sans fortune.Les deux fiancés, confiants dans leur amour et dans l'avenir, ne craignirent pas la médiocrité, et comme tous les êtres ardents et inexpérimentés, ils se marièrent dans un mirage éblouissant de rêves heureux.Depuis huit ans qu'ils étaient en ménage, leur amour, sans s'altérer considérablement, avait subi quelques transformations.La lutte pour la vie devenait avec les années de plus en plus âpre et difficile.Rosaire avait débuté avec quelque chance.Son étude avait acquis une bonne renommée et le jeune ménage prudent et sage sut faire des économies, espérant toujours faire mieux l'an suivant.Mais ils avaient compté sans la guerre qui en annihilant complètement les affaires mettait le coût de la vie à un prix inabordable, puis, les petits qui arrivèrent successivement tous les ans avec le cortège habituel de maladies, de veilles prolongées et d'épuisement.Les économies s'épuisèrent, l'Etude se déserta presque.Luce dut renvoyer la servante et, anémiée au possible, elle s'efforça de suffire seule à la besogne.Je ne la voyais jamais sans chagrin.A la tâche, presque sans repos, la mine toute défaite, je me représentais l'enfant blonde et insouciante de jadis, si rres plaés 1 un sur l'autre.Eit 1589, Porta, l'inventeur de la chambre obscur i, affirmas la possibilité d'augmenter les dimensions et l'éclat de-objets en les regardant à travers plusieurs lentilles convenablement disposées.Dans le public, on désigne les lunettes par des numéros qui expriment en pouces—aujoureriui.enDioptries.—la longueur du rayon de la calotte sphérique représentée par la surface du verre. La Canadienne, Février 1922 Vos Portraits D'Enfants Sont-Ils un Succès?N coup d'oeil hâtif jeté sur les impressions sorties des grandes machines des salons de développement et de finissage de l'une quelconque de nos installations photographiques indique immédiatement a un photographe d'expérience que les portraits d'enfants sont le sujet favori de plus de soixante-quinze pour cent de ceux qui font usage d'appareils photographiques.Parmi le» milliers d'essais tentés pour photographier lès enfants, il est rare cependant de rencontrer un Spécimen qui ait le moindre mérite artistique ou qui rende la moindre justice à d'aussi charmants sujets.Il y a des photographies de bébés, des essais de photographies d'enfants prises du haut d'un perron où la perspective est faussée de la façon la plus inhumaine, des photographies d'enfants placés dans une attitude peu naturelle .iu moment où le photographe s'occupe de la mise à point pour être bien sûr que le coup donné sera juste.Il est vraiment dommage que les résultats soient aussi médiocres surtout lorsque nous considérons combien naturels et vrais les coeurs de nos petits plorigent dans l'activité.Nous nous écrions alors avec admiration: "Oh, si seulement je pouvais prendre cette pose!" ' i Mais pourquoi ne pas la prendre?L'opération est simple, suit de simples lois et ces lois, embellies d'un brin de bon sens, ouvriront un vaste champ à la photographie d'enfants, la plus grande chance de succès de l'appareil moderne de photographie à la main.Il y a deux facteurs: la lentille et le sujet.Traitons d'abord le premier.Chaque lentille, à moins qu'elle soit de la' qualité infiniment bon marché, est pourvue de moyens de régler l'ouverture de son centre.Cette combinaison peut être une bande de métal perforée comme dans les boites photographiques, ou un dispositif compliqué appelé diaphragme iris comme on en rencontre dans les appareils plus coûteux.La fausse idée domine dans le monde des amateurs de photographie, que ces écrans ont pour but de régulariser la quantité de lumière qui traverse les lentilles et.sur le compte de cette théorie erronée, 90% des insuccès peuvent être placés.\je but de ce diaphragme est de régulariser la quantité de détails de la gravure.Ceci, une fois compris par l'amateur, plus d'une pierre us" se reliait à un souvenir du soir précédent.Errant à la brune près des ruines romantiques de la Grande-Cuerche, une brè he du mur à créneaux lui avait laissé voir Marcel, ass sur une pierre et Thérésine sur un pliant, cra\ onnant à qui mieux n leux les tourelles éventrées, les fenêtres à arceaux gothiques.Et à pas de loup, Marescaux passa derrière eux inaperçu."A propos?Auriez-vous fait ici d'agréables connaissances?" Cette question brûlait les lèvres de Jean.Cependant il la retint et serra les dents sur son tuyau de pipe, sans donner de suite à l'insinuant "A propos.' Le soir même de ce jour, il descendit au petit port de La Gotte, pour y détacher sa barque et se laisser aller agréablement au fil de l'eau.Comme il longeait les saules, assez touffus pour le dissimuler, il entendit un bruit d'avirons heurtant le bord d'un bateau et la voix un peu inquiète de Thérésine.—Tu sais, Marcel, ne t'en déplaisel Je n'ai aucune confiance en tes talents de rameur.—Va le renseigner à Joinville.incrédule! répliquait la voix virile.Jean Marescaux demeura sur place, fiché comme un pieu.Peut-être pensait-il à l'effet théâtral que produirait sa subite apparition.Mais dédaignant ce jeu, il prit encore une lois le parti de se glisser sur la pointe du pied, entre les arbres—tel qu'un espion qui s'esquive.POMME il remontait le chemin, tête baissée, Jean se jeta dans Fabert qui.sa canne sous le bras, descendait lentement vers la rivière.Marescaux saisit familièrement le directeur par les revers de son veston.—Volte-face, s'il vous plaît! Vous troubleriez l'idylle qui canote! Si vous tenez aux services de votre dactylo, le puis vous prédire que vous en serez bientôt privé, et que nous apprendrons prochainement ses fiançailles avec le petit artiste parisien.Ils en sont au tutoiement, déjà! La grave figure se détendit en un sourire.—Je suis au courant.Mlle Jouvenet, pour éviter des suppositions erronées, m'a raconté ce secret de Polichinelle.Oh! c'est bien anodin! Un livret de ber-quinade pour pensionnat de demoiselles, combiné par un vieil artiste candide qui se défie du snobisme des bourgeois! A présent, trouvez le reste par vos propres moyens! Les "propres moyens" de Jean Marescaux ne l'eussent pas conduit à découvrir que Mme Jouvenet ayant convolé deux fois, le frère et la soeur, issus de ces deux mariages, portaient des noms différents.Mais pendant l'heure de fumerie nonchalante qu'il passait au pavillon, J se hasarda à lancer de nouveau l'amorce précédemment ratée et compléta l'insidieux "A propos?" Les conséquences furent immédiates.Marcel, qui subissait impatiemment le mensonge, s'empressa d'établir la vérité.Au lieu de se scandaliser, le neveu de M.Boulommiers s'amusa fort de la supercherie.—Hé! Hé! Ce père Chavagnes est un vieux renard qui a du flair.Soyez tranquille! Je ne sais rien, naturellement.Sauvons la face par esprit de famille! Et 7- pmn le plaisir de mystifier à mon tour! J'ai un eu droit à une revanche! J^E suave parfum que les camomilles exhalent au déclin du soleil embaumait le c répuscule vert et rose.A cette heure exquise où la lune se dessinait en faucille d'argent, Thérésine allait rejoindre les travailleurs dans le champ de fleurs C'était le fort de la moisson.Toutes les bonnes volontés étaient requises.Jeunes filles, vieilles femmes, enfants, assis au ras du sol, fourrageaient les plantes, détachant avec précaution les corolles épanouies, qu'on jetait ensuite dans de larges corbeilles.Comme Mlle jouvenet s'activait, en babillant gaîment avec ses voisines, quelqu'un, de la route, interpella les ouvrières.—L'agriculture manque de bras! Peut-on proposer ses services?Un grand corps dégingandé sauta la barrière et s'abattit sur les talons, dans le sillon même de Thérésine, qui se garda bien de regarder le nouveau venu, salué de risées cordiales.L'aîné des Marescaux était le plus populaire des "Messieurs de la Chènetière." Et sa belle mine à cheval, ses moustaches brunes lui valaient des sympathies féminines.—Ben volontiers, on vous embauche, monsieur Jean! cria une vieille joviale.Mais la camomille demande de l'attention! Faut pas gâcher la marchandise! Mam-zelle Thérésine, veillez à votre voisin pour lui apprendre! —Je vais m'appliquer! assura Marescaux.Est-ce que je m'y prends bien ainsi, mademoiselle?TL trancha de l'ongle quelques tiges, versa la poignée de blanches fleurettes dans le panier déposé à côté de Thérésine, et observant celle-ci dont les gestes devenaient nerveux: —Je vous admire, mademoiselle! Toute besogne vous semble plaisir! Vous trouvez encore moyen de prolonger vos journées laborieuses par un travail rustique.ou artistique .Avez-vous réussi votre croquis de la Grande-Guerche?Ah! prenez garde à votre tour! Vous venez d'écraser trois corolles entre vos doigts, si déliés pourtant! Et il marmonna d'un ton profond: "L'art, c'est bien!.Mais les artistes sont gens dangereux! .Malheur à qui s'y fie!" Le buste incliné se redressa brusquement, les yeux noirs flambèrent dans le brun visage empourpré, les lèvres frémissantes s'entr'ouvrirent pour une riposte indignée.Jubilant d'avoir provoqué cette ebullition, Jean chuchota d'une voix plus caverneuse encore: "Inuf'le de nier: Je sais tout!.Et j'en suis!" L ebullition s'abattit net.Une stupeur figea les traits mobiles Puis, sans un mot, Thérésine se baissant vers le sillon reprit sa tâche en tournant le plus possible le dos à son voisin.Celui-ci d'ailleurs ne tardait pas à se relever d'un bond: —Aïe! la verticale me va mieux! Il faudrait être nain pour cette cueillette! Patience et courage à toutes, ô femmes de bonne volonté! Et gare à la courbature finale! Et Jean Marescaux, franchissant la barrière, se retrouva dans le chemin, où le poursuivaient les rires bénévoles.Thérésine, en silence, refoulait sa rage: "Se dire complice, c'est trouver prétexte à un rapprochement qui me sera intolérable! Me voici bien et dû- La Canadienne, Février 1922 13 Vos panneaux sont des bijoux qui pourraient ïlre signés Bérain ou Huet On les citera dans le Guide-Joanne ment empêtrée!" A chaque rencontre, en effet, l'artiste et sa soeur reçurent désormais de M.Marescaux des clins d'oeil mystérieux, des sourires d'entente, qui établissaient entre eux trois une intimité maçonnique.Un soir même, le neveu de M.Boulom m .tour faire un bout de chemin, s'insinua entre les deux promeneurs.La jeune fille crut étouffer de fureur concentrée.Quoi qu'il en fût des sentiments de Thérésine a cet égard, Marcel Depas se déclarait enchanté de M.M are» eaux.Le moment vint où la dernière retouche fut donnée à l'oeuvre de restauration.Et M.et Mme Boulommiers, qui prolongeaient la cure de Vichy par un séjour à Royat, reçurent de leur neveu Jean ce billet décousu: "Les panneaux sont achevés.Une pure merveillet Sans en avoir l'air, j'ai fait procéder à une expertise par X.de Tours et Y.de Nantes.Louanges sans réserves à l'artiste.Entre nous, son travail est estimé au double! Mlle Mainfrey, qui s'y connaît, ayant fait elle-même de la peinture, n'est pas moins admirative.Dans ces conditions, je pense qu'on peut régler sans délai les honoraires de M.Depas qu'une commande de portraits rappelle à Paris.Autorisez-moi par télégramme, S.V.P.M.Chavagnes se chargera du vernissage en temps voulu." M.Boulommiers frappa le papier d'un doigt: —Quel emballé! Nous voilà dans l'obligation de solder un travail que nous n'aurons pas vu! Mlle Mainfrey, X.Y .mêlés à l'affaire, nous serons taxés de tatillonnage et de chicane si nous regimbons! Mme Boulommiers renchérit avec aigreur Finalement, l'orgueil ostentatoire, qui gouvernait les deux époux, l'emporta sur la défiance parcimonieuse.Jean, autorisé de mauvaise grâce.—mais autorisé.—déposa joyeusement la liasse de billets bleus dans la main du peintre.—Finie, la comédie! Plus de danger.A présent, mon cher, fraternisez tout à l'aise!.Pourquoi Marcel, nature sensitive et délicate, n'eût-D pas répondu à la sympathie cordialement témoignée?Et tandis que le jeune peintre s'attardait une quinzaine dans les délices du foyer et les joies du plein air, pourquoi eût-il écarté l'aimable et serviable gentleman qu'il voyait surgir à l'improviste, près de son chevalet?Pourquoi?.Thérésine eût fourni peut-être une raison valable, répondant à ce pourquoi?Mais ses lèvres restaient farouchement rivées {"JETTE fin d'après-midi, une mélancolie plus lourde tombait dans le petrt salon des Fauconneries, on Mme Guérard et Mlle Mainfrey avaient pris l'habitude de se tenir.Les lampes maintenant s'ailumaient plus tôt, et dans les ombres accrues rôdaient, plus agressive», les tristes obsessions .Hélène, le front bas, s'efforçait de mettre en action les aiguilles d'un tricot: mais souvent, le travail machinal s'interrompait, retombait sur se» eenoux, et de ses yeux troubles, la jeune femme sondait l'obscurité avec angoisse.Des nouvelles, reçues de Nantes, lui avaient appris, ce jour, que l'enquête, infructueuse encore, suivait une autre piste—peut-être erronée comme les précédentes Et cette information (Suite sur la page 2j) 14 La Canadienne, Février 1922 Belles Broderies Italiennes Dessinées et exécutées a P Ecole d'Industries Italiennes.r x x r\ xx xx x X X XX A Motif au point de croix pour la serviette Sac de toile bleue orode et orne en gris 'ITALIE se glorifie à juste titre de son patri-Imoine de broderies.Les beaux et simples Imodèles, ordinairement enrichis d'arrange-Iments de points, tiennent dans l'art décoratif lune place indiscutable, et la vogue actuelle |du style Italien pour la décoration des intérieurs de maisons a naturellement sa répercussion sur la demande croissante en broderies et tentures Italiennes.Les quelques motifs représentés ici ont été choisis pour leur simplicité de dessin et leur facilité d'exécution.Même le motif du panier, quoiqu'en apparence compliqué, se révèle après examen en réalité beaucoup plus simple que d'autres motifs d'aspect moins complexe.Comme nombre de broderies de cette .-técole.le punto guardro, mieux connu ici sous le nom de point de jour Italien, forme la bordure et fait partie du dessin.Pour faire ce point, tirez deux fils au bord de l'ourlet, sautez ouces, jusqu'à ce que vous ayez S augmentations de chaque côté.Travaillez régulièrement jusqu'à ce que la manche mesure 15 pouces à partir du poigne Diminuez ensuite 4 fois à chaque 8 rangées, puis, à chaque 6 rangées, jusqu'à ce que toutes les mailles entre les points de diminution soient prises.Diminuez maintenant de chaque côté des deux dessins du milieu jusqu'à ce qu'il reste 3 des sins.Faites 4 rangs, arrêtez.La moitié du revers devra être retourné.Col.—Avec les aiguilles S: et laine double montezIlS inailles.1 maille à l'endroit 1 à l'envers sur une longueur de 17 pouces.Augmentez 'une maille d'un côté de chaque uitre rangée jusqu'à ce que vous >yez 37 mailles.Tricotez ré- Eta tjfil Le mol ajustage du col et des manches de cette seyante la rend plus particulièrement désir portée sous une cape ou sous un m Un raglan ingénieusement arrangé rend ce sweater pour spirts élégant et chaud.L'écharpc Mm ir »ortêe comme on le représente ici.ou.pour azoir plus chaud$'.la rendre plus seyante, elle peut être enroulée autour du cou et des épaules, par dessus le col g ilièrement sur une longueur de 11 pouces .u jusqu'à ce que le col atteigne le milieu du bas de l'encolure.Travaillez l'autre moitié de la même manière en diminuant au lieu d'augmenter.Faites 4 rangées régulières (boutonnières).Tricotez 6 mailles, arrêtez-en 3, tricotez en S, tournez, tricotez 5 mailles, montez en 3, tricotez en 6, faites 5 boutonnières distantes de i% pouces.4 rangées régulières.Arrêtez.Cousez au sweater.Poches.—Avec les aiguilles SJ et laine double, montez 24 mailles.Tricotez sur une longueur de 4$ pouces suivant le dessin, puis 1 maille à l'endroit, 1 à l'envers sur 1 \i pouce.Ceinture.—Avec Its aiguilles 5J et laine double, montez 20 mailles.1 à l'endroit, 1 à l'envers sur 34 pouces.Faites 8 mailles, arrêtez-en 3.Faitea 9 mailles, tournez.Faites 9 mailles, montez-en 3, tricotez 8 mailles.Travaillez sur une longueur de 3 pouces.Faites une autre boutonnière, 3> rangées.Arrêtez.Chapeau Cosaque l'peloton "Knitting Worsted." 4 pelotons de laine.1 crochet No.4.4 mailles—1 pouce—7 rangées—2 pouces.Dessin: Crochet simple.Calotte.—Avec la "Knitting Worsted" faites une chaine de 3 mailles, sautez 1 maille, 8 mailles dan9 le point suivant.2ème rangée —2 mailles dans chacun des S points.3ème rangée * 2 mailles dans le premier point.1 maille dans le point suivant, répétez de * ayant 8 mitres de 2 mailles dans chaque point.4ème rangée— * 2 mailles dans la premiere, 1 maille dans chacune des deux mailles, répétez de * tout autour.Répétez la 4èmc rangée en faisant un point de plus entre chacune des 8 mitres de chaque tour, jusqu'à ce que vous ayez 17 tours à partir du début, ayant 15 mailles entre chacune des 8 mitres et 136 mailles tout autour.Diamètre de la calotte: 7 pouces.Faites 16 tours, 1 maille dans chacune des 136 mailles du tour.Serrez et cassez.Coupez le fil sur 2 pouces de long, nouez 4 cordons dans chaque autre maille, garnissez régulièrement.(Suite sur la page 2j) blouse sweater able pour être anteau 16 La Canadienne, Février 1922 Les Costumes Qui Ont Paru Sur La Scene La Canadienne Fhrier 1922 17 La Robe qui est parfaitement plate sur les hanches est particulièrement élégante, et un dos parfaitement plai est la caractéristique de Nombreux modèles des plus nouveaux.17657.Costume en croisé bleu.Le court manteau boutonne au col et à la taille par des boutons jumelles.I a ceinture est coupée d'une pièce née la jupe.Manches rapportées Col étroit.7658.Blouse en crêpe de chine henna brodée bleu marine, se portant^vec le costume 76S7.La bande du bas dépasse la jaquette et boutonne de chaque côte.7659.F louse formée de deux tissus combinés.Le devant et le dos, ainsi que la pari c inférieure des manches, sont en lourd crêpe bleu marine, l'autre tissu étant un crêpe gris 7660.Blouse en crêpe de Chine gris brodée de plusieurs couleurs voyantes.La blouse est froncée sur le devant et dans le dos autour d'une bande en forme formant l'encolure.7661.Costume en velours taupe brodé de même couleur.La ceinture du manteau est basse et Large.La jupe est plate sur les hanches et Drodee.7662.Cape en tissu de laine grise.L'empiècement est d'une pièce et se prolonge en une é c ha r pe.Points de garniture au col pour s'harmoniser avec la robe.7663.Robe en laine grise bordée de jaune-Le devant surpasse le dos et est attaché par une ceinture passée dans des ouvertures.7664.Le point intéressant de cette robe en drap beige avec côtés en satin marron, est la platitude du devant et du dos.Manches kimono-Pas de ceinture.665.Les manches de ce man- «u enveloppant "i duvetine bleue ^nt coupées d'une Piece avec le dos imestf ronce sur un empiècement.Le c° enpétalesestdu m«me tissu.Poig-netsrevers.Le manteau est légèrement d°ublésurle devant 7666.Col en velours marron brodé de sou-tache de même couleur, et doublé sur le devant.Le manteau est muni d'un "casing" qui est recouvert par la ceinture.Manche raglan.7667.La jupe de cette robe de velours noir est froncée dans le haut.L'empiècement boutonne sur le côté gauche.La blouse kimono serre sur le devant.Manches trois-quarts, d'une pièce avec la blouse.7668.Manteau en velours tan avec appliques de cuir couleur chevreau.Les larges manches sont fixées a une emmanchure presque carrée, et finies par un large poignet.Col convertible. IS La Canadienne, Février 1922 Le succès du Costume a trois pièces et La Robe avec Cape ou Manteau assorti se continue- ront toute la saison.On apporte ¦t également Blouses.plus d'intérêt aux fi i ( \ A l i m 'X l \ ; È \ 7669.La Jaquette de ce costume firme blouse sur un pep-lu m ordinaire.La couture est dissimulée sous la ceinture.La jupe est faite avec double empi'cement sur les c'tês.Garni-tire de soutache.£ 7670.Cctte blou-se en batiste est froncée à d'étroites pièces d'épaules.Les revers et le col ne forment qu'une pièce.Un plissé trèeétroit du même tissu borde les revers et le col.7671.B'°use en crêpe de chine couleur rouille brodée or foncé.Le bas est froncé sur les cotes et dans le dos à un empiècement qui ferme dans le dos.7672 Ledoscap, de cette blouse ne fait qu'un avec les mancb>< qui se joignent lu devant par um ligne raglan.Li tissu est un bleu marine derie de m"n leur.satin Rrr,.7673.,Rob5 «n lourd crêpe noir.line bande de crêpe gris borde l'erncolure et la cou ture des manches La jupe est flottante sur le devant et dans le dos.Garniture de sou-tache.7674.Robe d'une pièce en crêpe marron.Le devant est fendu et garni de boutons et de boutonnières qui révèlent la bande du dessous.Les manches sont en deux parties.7675.^es bandes —i' de dessous de cette robe en serge bleu marine sont en lourd satin noir.La robe est très droite.Des bandes en forme sont jointes sur une-ligne basse.Manches trois-quarts.Robe satin noir à envers crêpe ornée de bandes de crêpe Paisley.Trois plis horizontaux sont formés sur le devant des dessous de bras s?J M a n t e a u de croisé bleu pour aller avec la robe 7678.Des bandes de même tissu brodées de même couleur, ornent ce manteau.Les manches sont fixées à des emmanchures carrées.Robe en croisé bleu bandes de brodées de même couleur.La jupe est froncée dans le haut.Manches trois-quarts rapportées.Fermeture sur le côté du élevant.Grand manteau en duvetine noire avec col châle, devant et hauts poignets en oppossum.L'empiècement du dos s'étend en un panneau de toute longueur.Lemnntcau peut so porter ouvert.Robe d'unf I pièce en 1 croisé bleu marintl avec broderie i tasse de sucre | 1 tasse de jus de cerise en conserve Blancs de deux oeufs.Trempez la gélatine dans de l'eau froi 'e pen-! dant cinq minutes et faites dissoudre dans le I jus de cerises chaudes.Ajoutez des cerises , sans noyaux et découpées en deux, du sucre 11 '.du jus de citron.Lorsque le mélange commence à se produire, ajoutez les blancs d'oeufs battus très fermes.Renversez dans un moule préalablement passé à l'eau froide et faites 1 "prendre.' Décorez avec de la cr^me fouet- ! tée sucrée et aromatisée de vanille ainsi que | des cerises coupées en petits morceaux.D'autres fruits en censerve •préparés" ou séché* peuvent être substitués aux cerises.Demandez mon livre.de recettes contenant plus de cent dt sserts et salades.Vous ne serez jan.ai* ! allouées du même vieux mets avec, chez vous, une copie de mon hvret "Dainty Desserts." Drmandez-le, il est envoyé gratis.Envoyez simplement 4c.de timbres pour couvrir les frais de poste et mentionnez le nom de votre Épicier.Adressez à KNOX SPARKLING GELATINE Dept.E.180 Rue St.Paul Ouest,' Montreal."Chaque fois qu'une recette demande de la Gélatine, elle veut dire "Knox." SpOrkHng Gélatirn non aromatiser pour usage général Confient de l'essence tie Citron dans une enretoppe séparée.Le Romanesque en Voyage tous les jours sa cour depuis son retour.Il se rappela les yeux tout brillants d'amour de Jeannette, merveilleux dans l'expression d'un espoir tout mêlé de regret de la lemme d'âge déjà mûr, tels qu'il les avait vus lorsque chaque soir elle était venue le rencontrer sur le seuil de la porte de Madame Rimmel.Son coeur se contracta étrangement à nouveau et ses sourcils se froncèrent dans une expression de perplexité douloureuse.Après tout, il n'avait fait aucune déclaration formelle, cela était vrai.Mais Jeannette qui pourtant se mourrait d amour serait arrivée à la rapide conclusion de n'aimer personne autre.Il contempla dam le doute de sa rêverie la spirale de fumée qui s'échappait de la cheminée.Ses épaules se haussèrent jusqu'à ses oreilles.Il saisit son long menton entre ses deux mains et sa maigre échine se dessina nettement par dessous sa veste au moment où il se pencha en avant."Sauterelle, Sauterelle!" Il s'arrêta.Le petit Plato Me Sweeny s'arrêta sur la route devant lui, une longue gaule sur l'épaule."Hallo!" "Hallo vous-même.Plato lui rendit la formule de salutation.Les yeux de l'homme sauterelle ne s'étaient pas, cette fois, plissés à l'angle des paupières.Le gamin devina que son vieil ami était dans l'ennui et qu'au fait, il avait presque oublié sa présence presqu'aussitôt après l'avoir remarquée.Plato posa sa ligne et s'accroupit dans l'herbe dans l'attente d'un résu ltat.HOMER regardait encore la spirale de fumée qui s'échappait de la maison de Jeannette.Il lui briserait le coeur.Il n'y avait pas le moindre doute et il aimait trop Jeannette pour ne pas y songer sans chagrin.Il lui briserait le coeur, à moins que— Une pensée soudainement vint frapper son esprit.Pendant le mois qui venait de s'écouler il avait découvert qu'au plus profond de son âme Jeannette était une intense romanesque.Elle avait l'habitude de se complaire dans chaque brin de romance qu'elle trouvait sur son chemin.Il était convaincu que ce même trait de son caractère était la réelle cause de la profonde estime qu'elle lui témoignait.A ses yeux, il était le voyageur romanesque.Et il pensait qu'il remplacerait avantageusement de banales démons-triations d'un amour ordinaire et quoti-doen en créant un véritable roman sous la ferme d'une lettre courte, passionnée, et c la suffirait.Elle conserverait cette (Suite de la page 5 ) lettre toute sa vie comme un trésor et lui, ainsi, ne la laisserait pas le coeur entièrement brisé et vide de souvenirs.A la hâte, il tira son carnet de sa poche, en déchira une page et commença à écrire.C'était là sa première lettre d'amour, la toute première qu'il eut écrite, toute sa vie durant, et il sentait combien la chaleur même de sa déclaration erabtl lissait la simple feuille.Il lui dit son grand amour pour elle, son adoration et les doutes qui le tourmentaient quant à sa propre valeur.Il lui avoua l'indolence et l'indécision de son caractère, son impossibilité à s'établir dans quelque affaire, il l'entretint de ses habitudes de sauterelle, de son tempérament de bohémien et enfin de sa condamnation à ne jamais être digne du nom d'époux d'une femme au caractère aussi noble et aussi doux que celui de Jeannette.Après avoir fini sa lettre, il la relut deux fois et, d'un zèle tout romanesque, y ajouta ces lignes ardentes: "Je vous adore.Jeannette, Je vous adore!" Soigneusement, il plia la lettre et tira ensuite de sa poche une pièce d'un demi dollar.A la vue de la pièce d'argent, les yeux du gamin assis dans l'herbe s'ouvrirent tout grands et le regardèrent fixement."Plato, je suis dans un horrible embarras'' Le petit garçon brusquement se releva."Je suis à votre disposition," répondit-il brèvement.Homer lui tendit la petite lettre et la grosse pièce."Tu l'apporteras à Jeannette Guillaume" lui dit-il."Elle est de nouveau dans son ancienne maison, tu le sais.Tu la remettras à elle-même et"— il hésita—"c'est tout, Plato.Cours vite." Il suivit du regard les jambes brunes du jeune messager tandis qu'elles trottaient vigoureusement vers le bas de la colline.Il les suivit du regard jusqu'à ce qu'elles s'engagèrent sur le chemin de raccourci qui conduisait à la demeure de Jeannette.Puis, il se retourna vivement, endossa son havre-sac et à nouveau pressa le pas sur la route grise.Mais sa démarche était étrangement traînante.Ses yeux regardaient à terre.Ses longues enjambées devenaient un boitement, une promenade à contre coeur.Il rencontra un autre bambin qui ne le remarqua nullement.Homer Smiley marchait maintenant comme un homme ordinaire."J'ai sûrement quelque chose" se dit-il.Il quitta à nouveau la route et s'engagea sur un chemin herbeux et frais.Son coeur était lourd ne pouvait revoir dans son esprit la physionomie de Jeannette avec cette expression qu'elle lui avait laissée le dernier soir où il lui rendit visite.Il sentit sa gorge se serrer et s'assit le regard troublé.Puis, ses yeux s'ouvrirent tout grands sur une soudaine découverte."Pourquoi?tout est vrai, chacun des mots que j'ai écrits dans cette lettre.Quel fou je suis!" Pendant un moment, ses yeux se fixèrent sur la poussière blanche du chemin, puis, il se releva résolument et à nouveau porta son regard sur le vieux village de Patterson.11 se mit alors en route d'an pas pressé."Je dois le lui dire, je dois lui dire que tout est vrai" murmura-t-il.QUELQUES minutes plus tard, il quittait le chemin pour s'engager dans le raccourci bordé d'une haute haie verte derrière laquelle se cachait le jardin de Jeannette.Il ne lui avait jamais rendu visite dans cette maison mais il se rappelait quelques mots de description et, quand il tourna le portail, il aperçut derrière les arbres Jeannette dans sa robe blanche.Sa tête était penchée sur la lettre mais au bruit de son pas elle se redressa.Homer saisit la feuille et prit les deux mains de la douce femme."Jeannette, je suis venu vous dire que tout est vrai, chaque mot de cette lettre." "Oui, mais." Il l'interrompit."Chaque mot, Jeannette, et, si vous pouvez attendre jusqu'à ce que j'aie trouvé une place dans les affaires où nous puissions-nous installer." Jeannette le regarda.Elle parla simplement.Il y a beaucoup de travail dans le Nouveau Patterson pour an jardinier et, j'ai un brin de jardin ici." Elle se tourna."Ce n'est pas très grand, mais—.Jeannette s'arrêta presque effrayée par l'expression d'une joie soudaine qui se lisait dans les yeux d'Homer Smiley.En l'entendant parler, il avait jeté un coup d'oeil autour de lui et, pour la première fois, vu le jardin."Mais, mais Jeannette, c'est le jardin que j'ai cherché toute ma vie" dit-il, et dire qu'il était dans ce vieux Patterson et que c'est vous qui me l'avez gardé pendant tant d'années! Les yeux de Jeannette brillaient de tout son amour pour lui.Pour elle, il était le voyageur romanesque.Lui, se pencha et porta à ses lèvres la main de sa fiancée."Jeannette, je—oh, je vous adore M ais Jeannette, pourquoi pleurez-vous' Vêtements Tricotés D'une Simplicité Remarquable Ër harpe 6 pelotons de laine, même quantité de 2 couleurs.Aiguilles No 5, 9 mailles— 2 pouces—8 rangées—1 pouce.Avec un fil de chaque couleur, jetez 60 mailles, tricotez régulièrement sur 44 pouces.Serrez et cassez.Coupez le fil à dix pouces de distance.Nouez trois cordons de chaque couleur dans chaque maille à chaque bout.La Blouse Sweater.7 pelotons de laine bleue, 4 pelotons de laine blanche.1 paire d'aiguilles No 3}.—1 paire No.4}.8 mailles au pouce—7 rangées—1 pouce.(Suite de la page i5) Taille 36.Dessin.—1 maille à l'endroit, 1 à 'envers.Dos.—Avec les aiguilles 3J et la laine blanche, montez ISO mailles.Travaillez le dessin sur une longueur de 8J pouces.Joignez la laine bleue et avec les aiguilles 4} tricotez une rangée.Continuez le dessin jusqu'à ce que la blouse mesure 18} pouces à partir du bas.Diminuez 7 fois d'une maille de chaque côté, à chaque 2 rangées.Travaillez régulièrement sur une longueur de 4 pouces.Faites 56 mailles.Arrêtez en 24 au centre pour l'encolure.Faites 56 mailles.Sur les dernières 56 mailles, augmentez d'une maille à l'encolure à chaque 4 rangées.Lorsque vous aurez fait 5 pouces à partir de l'épaule, augmentez 7 fois d'une maille à chaque 2 rangées pour l'emmanchure.Continuez l'augmentation sur le devant, jusqu'à ce que vous ayez 79 mailles sur l'aiguille.Faites l'autre côté pour correspondre.Joignez au premier devant et faites de même que pour le dos.Manches—Avec de la laine bleue et des aiguilles 4}, jetez 90 mailles Travaillez le dessin sur une longueur de 8 pouces.Joignez à la laine blanche et avec les aiguilles 3} travaillez sur une longueu1 de 3} pouces.Arrêtez et cousez au sweater.Col.—Avec de la laine blanche et des aiguilles 3}, montez 26 mailles.Exécutez le dessin sur une longueur de 48 i>ouces et faites un côté ,ilus long que l'autre de 4 pouces. AIME, ET TU RENAITRAS Li Canadienne, Février les côtières vraiment puissantes ou d'un groupe de contre-torpilleurs armés de tubes lance-torpilles ou de grosse pièces à longue portée.—Alors, pour vous, le Robert-Surcouf.—Est à la merci d'une attaque d'hyrdo-plane ou même d'un simple accident de deflagration subite dans la soute aux obus, j'omets de prévoir l'attaque d'un sous-marin ou la rencontre d'une mine lottante; or, le Robert-Surcouf /représente un capital humain de huit cents hommes et un capital argent de quatre vingts millions.—Vous oubliez, fiancé de mon coeur, mterrompit Raymonde, que ces questions professionnelles effarouchent mon ignorance.Quand on est à la veille de noces qui sont prometteuses de grands bonheurs, pourquoi craindre de sauter en 'air comme une bouteille de champagne; 't vie n'est pas si longue pour qu'on prenne des ciseaux pour lui couper les ailes.—Les femmes ont toujours raison, approuva le père de Raymonde.—Je suis dans ma situation de petite mariée de demain, je demande à vivre Pour m'envoler au paradis des réalisations complètes.Après le café, j'essaierai le Piano que mon père a fait placer dans le reprit salon de son yacht.Je vous jouerai la marche nuptiale.—Bravo, dit Kerlor, j'aime la musique de chambre.—Vous, Monsieur Yves, je vais vous faire pleurer en vous chantant une mélodie toute nouvelle que m'a dictée mon professeur d'harmonie.—L'harmonie à deux est chose exquise en pleine lune de miel.Le maître d'hôtel venait de servir un fin salmis de bécasses et de faire sauter le bouchon d'une bouteille de champagne.Les coupes s'emplirent de mousse.—A notre bonheur! dit Kerlor, qui se leva et s'inclina vers Raymonde.A ce moment, un enseigne entra tête nue et vint parler bas au commandent Ferval qui, sans rien dire, se leva vivement et passa devant l'officier qui le suivait sur le pont où grandissait une rimeur.Au même instant, un coup de rafale venu de largu, par les hublots ouverts sur la rade poussa un jet de fumée noire dans la salle où Raymonde demeurait seule avec Yves.Une odeur de vapeur acre et suffocante monta dans l'espace où, sous le plafond, une épaisseur de fumée très dense rôdait et se sondensait de plus en plus.Le commendant Ferval revint précipitamment et dit à Kerlor: —Vous trouverez ma yole à tribord près de l'escalier avec quatre hommes.Veillez y faire embarquer Raymonde et l'accompagner chez-elle.Il n'y a pas de temps à perdre —Qu'y a-t-il donc, père! demanda Raymonde.—Il y a le feu, la soute aux munitions est menacée sauvez ma fille, Kerlor.—Serias-je votre filjle si je vous laissais seule dans le danger, mon père?—Dans un navire de guerre, au moment du péril, on ne discute pas les ordres du commendant et je vous ordonne à vous Kerlor, d'emmener Raymonde sans perdre un instant.—Je refuse de partir, dit Raymonde —Alors, je reste avec vous, Kerlor, c'est mon premier devoir.Un tumulte effroyable montait des batteries.Ferval n'essayait plus de se faire obéir par ces deux révoltés d'amour dont il comprenait le refus héroique; il remonta au poste que lui assignait le désastre.Maintenant le cuirassé donnait la bande à tribord.De ce côté, on avait ouvert les sabords et l'eau pénétrait en larges cascades dans les profondeurs de la cave.Peu à peu la coque plongeait vers l'avent.L'immersion totale étail imminente.Raymonde, superbe d'audace, prit le bras de Kerlor et lui dit: —Nous en piblions notre marche nuptiale.—La marche funèbre de Chopin serait mieux en situation, reprit Kerlor, mais je n'aurais pas le temps d'en tourner les Un crépitement sourd lui coupa la parole.Une explosion formidable éclata dans les profondeurs des soutes.Yves Kerlor entoura d'une étreinte désespérée celle qu'il eut voulu sauver.Il l'emporta par l'escalier qui donnait accès au gaillard d'arrière.Les longs cheveux d'or s'étaient déroulés sur la manche de sa tunique qu'ils coupaient de deux larges galons d'or.Quand ils parvinrent à l'air libre, ils aperçurent la terrifiante flambée qui léchait la coque de fer dont les grigades devenaient rouges.Le commendant Ferval, debout sur la culasse d'une pièce de gros calibre, donnait des ordres pour faire embarquer ses hommes, les embarcations de Robert-Surcouf avaient été mises à la mer et plusieurs torpilleurs sortaient du port et veanient à toute vitesse au secours de l'équipage en détresse Quand le dernier matelot eut quitté le cuirassé, le commandent Ferval bondit sur le pont et cria à Kerlor: —A nous trois mes enfants, nous avons bien mérité la vie.Yves Kerlor portait contre son coeur la chère aimée, il franchit les marches de l'escalier à demies submergé déjà.—En avant, garçons, commenda, Jean Ferval d'une voix haute.Les quatre avirons plongèrent et la yole gagna le large.Brusquement un remous souleva la yole.Le Robert-Surcouf quittait de lavent et disparaissait par le fond, gardant à l'arrière son grand pavillon déployé dans un coup de brise.HENRI LE VERDIER.Les jours d hiver accueillent votre Kodak Kodaks Autographiques chez le distributeur près de vous Canadian Kodak Co., Limited, Toronto, Canada Servez-vous de Serviettes en papier Pour les Repas Familiers servïcttei en picr sont hygiéniques P)E NOS JOURS, dans^a plu-part des foyers Canadiens, vour trouverez un approvisionnement de serviettes en papier.Les maîtresses de maison les trouvent indispensables pour leurs invités d'occasion—chaque jour pour la collation—en servant des rafraîchissements au cours de la soirée—ou en pique-nique.Elles détruisent le coût élevé du blanchissage.Elles sont d'une apparence des plus attrayantes.Au fait, elles constituent seulement une fois de plus une amélioration d'Eddy dans les mtthodes d'administration d'un ménage.[La'Cio'E.B EDDY Limitée "Sfi^Hull, Canada.Fabricants des rases en libre durcie, des baçue'.s.etc.Aussi, des fameuses allumettes Eddy m I I I 34 La Canadienne, Février lç22 Comment Concourir La première chose à faire est de rtmplir le "Blanc de Solution" que vous trouverez sur cette page et de l'envoyer au Gérant du Concours de "La Canadienne".Il n'est pas nécessaire d'être abonne à "La Canadienne" pour être concurrent.Le Concours est ouvert à n'importe qui.Si la réponse que vous envoyez est correcte ou assez correcte pour vous compter parlai les gagnants, le montant que vous gagnerez sera basé sur le nombre d'abonnements •que vous enverrez avant la clôture du Concours, mais aucun concurrent ne doit envoyer plus de 9 abonnements.(Etudiez avec soin l'échelle des prix mention nés sur la page opposée.Aucun concurrent ne peut gagner plus d'un prix mais cela n'empêche pas plusieurs membres de la même famille de participer au Concours.Vous pouvez gagner un prix sans envoyer aucun abonnement et vous pouvez en gagner un en nous en envoyant un ou deux, mais vous n marquerez qu'il est plus sage d'essayer de gagner le prix de $1,000.00 qui sera donné à la personne envoyant $18.00 ou n'importe quel montant qui vous donnera 9 points (Voyez l'échelle de points sur la page opposée).N'est-il pas plus avantageux de gagner $1,000 que d'en gagner $30 et la popularité de "La Canadienne" vous assurera facilement ces 9 points.Il n'est pas nécessaire d'envoyer tous les abonnements ensemble; vous pouvez les •aire parvenir de temps à autre jusqu'à la fin du Concours.En nous envoyant les abonnements, employez des mandats-poste ou lettres recommandées.Le Concours commence dès aujourd'hui.Toutes les solutions et tous les abonnements devront être envoyés avant sam-di le 18 mars, 1922.PROFITEZ DE CET- E BONNE OCCASION.COMMENCEZ DÈS MAINTENANT.Le Mécanisme Du langage Prix Spéciaux Instituteurs Aux et Institutrices Le casse-tête est instructif et pour cette raison est d'un intérêt special pour les écoles de notre province.Chaque écolier, comme (e professeur ou l'institutrice, devrait donc essayer de remporter l'un des gros prix.Nous faisons dans ce cas une offre spéciale.UN BONUS DE $50.00 EXTRA sera donné à chaque professeur ou institutrice figurant parmi l
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.