La bonne parole /, 1 janvier 1947, mars 1947
Montréal, Canada Mars 1947 PAROLE Organe de la Fédération Nationale Saint'Jean'Bapliste sommaire La «Bonne Parole», par Yvonne Letellier de Saint-Just.».1 Préambule à une conférence, Y, L.de S.-J.-.— .2 Ma carrière, Marie-Claire Daveluy_____.~.3 Impressions de voyage, Madeleine Perrault.~ 8 Prochaine exposition d'Artisanat_________ .•••••• • •••• •••••• •••••• ••••«• A l'œuvre, Magdeleine Deland ~._______-— 10 Soirée récréative à la Fédération des Cercles d'étude des C.-F., Emihenne Pépin .___ ._____ —.mm .11 Journal des oeuvres : Chez les Femmes d'affaires, Berthe Lefebvre — Chez les Ouvrières catholiques, Marcelle Bélanger — Chez les Employées de magasin, Léa Sauvant-12 853 est, rue Sherbrooke ai La Bonne Parole Revue mensuelle (ondée en 1913 Directrice: Madame Eustache Letellier de Saint-Just CB QU'ELLE EST un LIEN qui lert à unir d'esprit et de coeur les Canadiennes-Françaises ; un FOYER d'où rayonnent, sur tous les domaines de l'activité féminine, lumière et chaleur ; un CENTRE où se rencontrent les bonnes volontés, désireuses de se dévouer avec plus d'efficacité aux oeuvres nationales ; un MOYEN de propagande pour la diffusion des principes catholiques d'action sociale; an ORGANE indispensable à l'oeuvre de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste, d'abord auprès des diverses associations qui la composent et des comités par lesquels elle agit; puis auprès de« oeuvres nationales étrangères qui font, comme nous, partie de l'Union Internationale des Ligues Catholiques féminines.CONDITIONS DE L'ABONNEMENT: Canada et Etats-Unis .$1.00 par an Union postale .$1.30 par an Un escompte de 30% est accordé aux membres des associations professionnelles, des Fédérations paroissiales et des communautés religieuses.Le prix de l'abonnement doit être envoyé au Secrétariat de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste.833 Est, rue Sherbrooke, Montréal.Les abonnés de la "Bonne Parole" jouissent des privilèges de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste et ont droit d'assister aux séances publiques, dont avis est donné dans les journaux.Les abonnés qui désirent des invitations personnelles et voudraient devenir membres actifs de la Fédération Nationale n'ont qu'à s'inscrire, en tout temps, au secrétariat de la Fédération Nationale, 833 Est.rue Sherbrooke, où les heures de bureau sont, le dimanche excepté: de 10 heures à midi et de 2 heures à 3 heures p.m.— Téléphone: FRon-tenac 2663.Toute personne peut concourir à l'oeuvre de la "Bonne Parole": lo en s'y abonnant; 2o en lui {procurant de nouveaux abonnés; 3o en la faisant ire; 4o en lui procurant une collaboration littéraire; 3o en sollicitant des annonces à son intention.La Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste Œuvre auxiliaire d'Action catholique fondée en 1906 Fondatrices : Madame Henri Gérin-Lajoic et Madame F.-L.Béique.Aumônier: Monseigneur Philippe Perrier.bureau de direction'.Mme Alfred Thibaudeau, présidente générale: Mme Edmond Brossard, vice-présidente : Mme Théodule Bruneau, vicc-pré-u'dente; Mlle Georgette LeMoyne,' secrétaire générale; Mlle Maria Audair, trésorière; Mlle Jeanne Lapointe.secrétaire-archiviste; Mme Eustache Letellier de Saint-Juat, directrice de "La Bonne Parolb" ; Mme R.-A.Bouthillier.Mme Arthur Berthiaume, Mlle Hedwige Lefebvrc, Mme J.-A.Molleur, Mme Albert Dupuia, Mlle Marie-Ange Madore, Mme Tancrède Jodoin, Mme P.-A.Robichaud : Mlle Aima Champoux, des Cercles de Fermières de la Province de Québec ; Mme H.Végiard, présidente de la section de Saint-Lambert; Mlle Emma Douesnard, Mme J.-J.-E.L'Espérance, Mlle Marie Girard, Mlle Emérentienne Chagnon, Mme Henri Vnutclet.Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, Coa- seil de Québec.Les dames patronnesses des Oeuvres suivantes; l'Hôpital Notre-Dame ; le Comité d'Administration de l'Hôpital Sainte-Justine; l'Assistance Maternelle, les Ecoles Ménagères Provinciales, la Fédération des Cercles d'étude des Canadiennes-Françaises, les Cercles des Fermières de la Province de Québec; la Cour Villa-Maria des Forestières Indépendantes: l'Ecole d'Education familiale et sociale.Fédérations et sections paroissiales: La Nativité de la Sainte-Vierge, d'Hochelaga; Très-Saint-Nom de Jésus, de Maisonneuve; Saint-Stanislas, Saint-Lambert, Saint-Ambroise, Côte Saint-Paul, Saint-Joseph; Notre-Dame du Perpétuel-Secours (Ville-Emird) : Saint-Beruardin de Sienne.(Ville de Saint-Michel).Associations professionnelles: Employées de ma-ganIn.Employées de bureau.Femmes d'affaires, Aides maternelles,la Société des Ouvrières Catholiques (S.O.C.) et ses sections: La Nativité de la Sainte-Vierge.d'Hochelaga; Côte Saint-Paul.La-'Sine.Saint-Alphonse d*Yotiville.Sault-au-I écollet Comités: Comité des Oeuvres Economiques.Comité de la Visite des Hôpitaux.Comité de l'Economie Domestique.Comité des Questions Nationales, Comité de la Protection de la Jeune Fille, Comité féminin du Ille centenaire de Montréal.Comité de la Croix-Rouge, Comité consultatif d'études sociales.Principales «xavre* accomplies par la Fédération et ses filiales Fondation des Associations professionnelles Fondation des Fédérations paroissiales Etablissement de Caisses de Secours Etablissement de Cours d'Enseignement Ménager Comité de lutte contre l'alcoolisme Amendements à la loi des licences Législation en faveur des Institutrices et des employées de bureau Comité des questions domestiques Comité de lutte contre la mortalité infantile Fondation de "Gouttes de lait" Participation aux expositions pour le bien-être dt l'enfance Comité de lingerie d'autel et décoration d'église du Congrès Eucharistique Pèlerinage à Lourdes et A Rome Affiliation à l'Union Internationale dis Ligues catholiques féminines Fondation de la Bonne Parole Comité du "Denier National" Comité des questions chiques Comité de la Croix Rouge Comité du Fonds Patriotique Comité de t Assistance Pat le travail Comité central af étude et faction sociale Comité des Oeuvres économiques Comité de Rédaction de la Bonne Parole Comité d'Administration de la Bonne Paroli Comité de la construction Comité du service social Comité de la Visite des hôpitaux Fichier Central de renseignements Comité de l'apostolat de la paix La réforme du Code civil en faveur de la femme.N.-fl.— On peut devenir membre de la Féde ration Nationale Saint-Jean-Btptiste en s'inscrivent à son secrétariat- rue Sherbrooke Est AUTORISÉ COMME ENVOI POSTAL DE LA DEUXIÈME CLASSE, MINISTERE DStS I'OSTKB, OTTAWA LA BONNE PAROLE Vol.XXXVII Montréal, Mars 1947 No 3 La "Bonne Parole' -• o •- Mars 1947 marque le trente-quatrième anniversaire de la fondation de la « Bonne Parole ».C'est en effet en 1913 que notre revue paraissait pour la première fois, à cette époque sous la direction de Mine Madeleine Huguenin.Ce fut un grand événement dans l'existence de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste que cette fondation, par quoi s'établissait un lien tangible entre tous les groupements qui composaient alors la Fédération.La « Bonne Parole » a pleinement justifié, depuis, l'initiative qui l'a fait naître et aussi, disons-le, les sacrifices qu'elle a coûtés.Notre revue permet à nos associations fédérées de se connaître et tie se faire connaître ; elle révèle au public le caractère, l'envergure et la portée de nos œuvres et de nos différents groupements ; elle apporte à ses abonnés une lecture que nous voulons croire instructive et divertissante, une chronique mensuelle des questions d'action sociale féminine, un compte rendu du travail continu qui anime la Fédération.Il en est de la « Bonne Parole » comme de toutes les publications : son progrès dépend dans une grande mesure de ses abonnés et de ses lecteurs.Notre revue a besoin de l'appui constant tie chacune et de toutes les associations liées à la Fédération, soit par un lien fédératif soit par un lien de sympathie ; elles peuvent l'aider efficacement en lui apportant de nouveaux abonnés et un plus fort volume d'annonces.Si, par exemple, chacune tie nos associations apportait à la « Bonne Parole » cinq annonces tie plus par année, cette augmentation tie revenu aiderait à combler notre déficit financier et permettrait peut-être d'augmenter occasionnellement le volume tie la revue et, partant, celui de la matière à lire.L'augmentation du nombre de nos abonnés, de même, constituerai! un heureux apport à notre budget tout en accroissant l'influence de notre revue.La « Bonne Parole » ne saurait avoir tie meilleurs auxiliaires que les membres de la Fédération, si ceux-ci veulent lui accorder une pensée.C'est à eux qu'elle s'adresse aujourd'hui, pour obtenir l'aide qui lui permettra de continuer et d'intensifier son œuvre.Yvonne LETELLIER de SAINT-|UST 2 'LÀ BONNE PAROLE .Montréal Préambule à une Conférence Nous présentons intégralement, dans ce numéro, la conférence intitulée : «Ma Carrière», que prononçait Mlle Marie-Claire Duvcluv, à la Bibliothèque Municipale, le 24 février dernier.Le lecteur n'v trouvera pus.comme il l'aurait sans doute espéré, la nomenclature complète des tenu, s de Mlle Daveluy, non plus que I'enumeration des titres qui lui ont été décernés, ni un exposé de sa méthode de travail quit eut été utile et intéressant de connaître.Cette méthode demeure le secret de l'auteur anus nous avons tenté de combler certaines lacunes attribuables à la modi //c de Mlle Daveluy.Docteur de l'Université de Montréal : membre de la Société Historique de Montréal, de l'Académie Canadienne-Française, de la Société, des Ecrivains Canadiens, Mlle Daveluy (ut durant une vingtaine (fatum bibliothécaire adjointe à la Bibliothèque de Montréal, èi laquelle elh //.' attachée durant vingt-sept ans.Elle publia en 1934 son ouvrage le plus considérable : « /canne Mance », qui lui valut un prix de l'Académie Française et pour lequel dit reçut le Prix David.En 1932, à l'occasion du centenaire de cette institution, elle publia /'« Histoire de l'Orphelinat Catholique de Montréal On lui doit aussi quatorze volumes de récits historiques ou féeriques pontics enfants, dont « Perrine et Chariot », qui valut de nouveau èi son auteur un Prix David en 1924.Deux contes : « Icanne Mance », illustré par Rita Mount, et « Marie Pallet ».illustré par lames Mclsaac, ont été écrits ii la demande de la Société Saint-\can-Baptistc de Montréal.Marie-Claire Duvcluv fournit une collaboration considérable a diverses publications, notamment au livre < L'Enfant et sa Mère éi travi le mondt .paru à Paris en 1939, dans lequel elle relate l'histoire di l'enfant au Canada.Dans « Ville ô ma ville .publié à l'occasion du troisième cenli nain de Montréal par la Société des Ecrivains Canadu ns.Mlle Daveluy fit paraître l'histoire de la Société Notre-Dame de Montréal, tt aussi dans « La deuxième semaine de l'histoire du Canada», en 1945, une étude de l'œuvre de Jacques Cartier, de Monsieur de Cham plain, ci des Relations des lèsuites.Depuis quatre ans.d'octobre à avril, on enli nd.le mardi, à Radio-Canada, une émission due éi la plume de Marie-Claire Daveluy qui a ainsi produit quatre-vingt-quinze sketches sur l'Histoire du Canada, C'est Mlle Duvcluv qui fonda, en juillet 1937, l'Ecole des Bibliothécaires, affiliée à l'Université de Montréal, où elle est demeurée professeur depuis dix ans.Actuellement, dans la Revue des Bibliothèques, organisme de l'Association Canadienne des Bibliothèques Catholiques, publ'u i (/ Montréal, Mlle Daveluy a en cours un ouvrage technique sur la rédaction des catalogues de bibliothèques.Voilà, en partie, ce qui! fallait ajouter pour montrer tous les aspects de la carrière qu'a poursuivie Marie-Claire Daveluy et dont elle ne donne, dans les pages qui suivent, qu'un côté : celui de sa vocation de bibliothécaire.Bien qu'il nous intéresse grandement, cet aspect reste cependant subordonné èi celui de son rôle de femme de lettres ; et nous crayons avec Montréal LA BONNE PAROLE 3 nombre d'autres que Mlle Daveluy doit ù la littérature canadienne-française de parler de tout ce qu'elle a écrit, lorsqu'elle nous entretient de sa carrière.Nous aimerions connaître le travail de gestation de ses œuvres dans les années révolues qui ont préparé sa carrière remarquablement féconde d'écrivain, qui ne chercha d'autres joies que celles que procurent les lettres et un incessant apostolat intellectuel au sein de ses compatriotes.Y.L.de S.-].| M A C A R I ÈRE (par Marie-Claire Daveluy) LIMINAIRE « Le moi est haïssable » : vous, Miton, le couvrez, vous ne l'dtez pas pour cela ; vous êtes donc toujours haïssable ».Ainsi écrivait Biaise Pascal, il y a trois siècles.11 eut si parfaitement raison, que, depuis, la politesse, la prudence, la sagesse, créent le silence autour du moi condamné.Cependant, le sévère ami de Port-Royal ne comptait pas quarante ans quand il traçait ces lignes, ni (railleurs quand il mourut.Il n'en vint pas aux circonstances atténuantes, ni à discerner, autour de lui, combien de moi dégonflés, améliorés, adoucis, des Miton qui couvraient des moi beaucoup moins — ou pas du tout — haïssables.Car, pour plusieurs d'entre nous, les années dissipent un mirage tenace : celui qui embrouille les valeurs, et fait croire à quelques-unes inexistantes, celle de son moi, par exemple.Le moi perd avec l'âge, je le répète, beaucoup de son importance, ou de sa naïve suffisance.On croit moins en soi, parce qu'on croit moins à la vie et qu'on en espère bien peu ; parce que, aussi, trop de nos possibilités se sont évanouies, les unes après les autres.De se trouver réduits parfois à de maigres ressources personnelles ouvre les yeux.On sourit avec mélancolie devant sa complaisance d'hier, chateaux de cartes ou d'Espagne, illusions, rêves.On s'est réveillé un matin la tête lucide et claire.On s'est retrouvé gros Jean, ou grosse Jeanne, comme devant.Alors, le moi se transforme ?Oui, le moi devient collectif.Il découvre les autres ; il s'en préoccupe, il en sent les coudes ; il convient qu'avec tous, il fait partie intégrante de la foule des humains, où si peu de têtes émergent ; il ne conçoit plus l'existence qu'entouré de tous les autres moi.qui font trouver la vie meilleure, ou pire ; pour qui l'on ressent les sentiments les plus divers ; et, enfin, qui tous s'intéressent à une tâche dont chaque moi n'est qu'un rouage, fut-il essentiel ou eminent.Concluons : à la sottise, qui n'a point d'âge appartient l'outrecuidance inguérissable, le « moi haïssable » dans sa vérité pascalienne et éternelle.Pourquoi ce plaidoyer, me demandez-vous, ce balbutiement devant la pensée d'un génie ?Pourquoi ?Parce que je songe à tous ceux qui ont raconté quelque chose de ce moi haïssable, qui ont employé des mots 4 LA BONNE PAROLE Montreal proscrits, le je, le me, le ma, à tous ceux qui ont cédé, un jour, à la magie ou à l'émotion des souvenirs.S'ils y ont cédé, soyez sûrs qu'ils revoyaient les temps jadis, ou actuels, à la façon d'un tableau ordonné.Chaque objet, chaque personne reprenaient dans l'ensemble leurs exactes proportions, toujours relatives et dépendantes.Très peu occupaient le premier plan ; très peu, également, se trouvaient placés dans les zones île lumière.|e vais donc ce soir vous parler à mon tour du passé, un passé encore tout proche ! Evidemment, c'est le mien ! Il m'entourait, j'y évoluais, avant-hier, hier même.Je tiens à ne paraître nullement accablée par mes nombreux ans.En ce passé qui va surgir, aurai-je été spectatrice, témoin attentif et silencieux, ou aurai-je tenu un tout petit bout de rôle, qu'on entendit peu ou prou.Le titre que vous avez lu en tête de cette brève causerie, nia carrière, mais c'est un titre courant.Car qui dit carrière dit course.Cela indique qu'il y eut, de ma part, mouvement, célérité, action.On dit si joliment, vous le savez, « la carrière que j'ai embrassée ; ou «j'embrasse une carrière».C'est un geste très précis cela, enveloppant, et, parfois rempli de conséquences.Embrasser une carrière, je crois que c'est beaucoup plus grave qu'embrasser un amoureux, ce qui n'es! que légèrement compromettant, et encore.Donc, la carrière, c'est un appel entendu, une vocation qui se dessine déjà, un lointain vouloir qui s'exécute.Elle ne doit être ni un pis-aller, ni un moyen d'existence quelconque.Elle ne se choisira pas sans discernement ni sans votre consentement explicite.Non, de ijràce n'agissez pas en aveugle ou en résigné.Vous seriez insatisfait et si souvent effaré.Où vous seriez-vous fourvoyé ?Votre lanterne n'était pas allumée, tout comme dans la fable.Enfin, ce qui est encore plus néfaste, vous n'y rendriez pas les services qu'on est en droit d'exiger de vous.Toute carrière, tout métier, toute occupation, a son caractère social.Ils ne sont jamais ni le simple gagne-pain que vous croyez, ni une activité nécessaire à votre être.Vos semblables ont besoin de votre coopération, tie votre aide, de votre rayonnement, dont vous ne prévoyez pas toujours l'étendue.Soyez sans crainte, votre moi joint à tant d'autres moi.dans un effort commun, ne paraîtra pas haïssable, ou, alors, il le sera avec tous, ce qui ne se verra pas.tous les Miton chers à Pascal ayant couvert le moi haïssable dans quel accord parfait ! PRÉ-CARRIÈRE La carrière, ou toute carrière ainsi entendue, ne surgira pas comme par miracle, dans un milieu inattendu et inconnu, à tel moment précis et fatal.Vous y serez conduit lentement, que vous vous en rendiez compl ou non.Vous aurez une sorte de pré-carrière.|e crois beaucoup à la précarrière, discrète ou bruyante, élaborée ou non par le subconscient, traversée de difficultés, de contradictions, de défaites, de victoires.Lent travail toujours baigné d'un peu de soleil.Vous en jugerez ainsi, plus tard, quand vous la retrouverez, chargée de l'ineffable poésie de l'enfance et de la jeunesse.Votre pré-carrière, c'est votre personnalité qui s'est dégagée un jour de ses brumes.Elle s'est affirmée pour la première fois.Elle a manifesté ses «roiïts, ses tendances, une activité et des aptitudes, dans tel ou tel domaine.Avec votre pré-carrière, votre jeunesse ressuscite donc.Elle s'anime dans son propre cadre.C'est le moment merveilleux de votre durée.C'est Montréal LA BOX.VE PAROLE 5 le milieu dont les images demeurent vivantes parce qu'une clarté de plus en plus pénétrante les garde toutes fraîches.Vous revoyez des paysages et des scènes, des maisons disparues, des sentiers aux traces perdues.Des voix éteintes s'élèvent, des visages sourient.Et voici les faits, les événements, toute la trame subtile des jours enfuis.Tout se déroule à la façon d'un film coloré avec relief accusé.Ainsi, ce soir, c'est le Montréal de 1887 qui va su reconstituer, se projeter devant vous.Vision un peu trouble peut-être, plus ou mois fidèle, mais vous pardonnerez au « moi haïssable » qui s'y essaie avec bonne volonté.C'est le fond du tableau.Il faut bien brosser, à larges traits ou non.Ah ! ce Montréal de 1887 avec ses 225,000 habitants, il faut en resserrer l'enceinte de toutes parts.Au nord, aucun square Saint-Louis ; à l'est, nul Parc Lafontaine ; à l'ouest, ni ville de Westmount, ni Notre-Dame de Grace ; et enfin songez qifOutremont et sus villas n'existent pas, même comme un rêve de verdure et d'opulence.De grands espaces inhabités, parfois boisés, remplacent tous ces endroits.Les paroisses sont rares, quatorze en tout.L'année précédente.Montréal était érigé en archevêché avec Mgr Fabre comme premier archevêque titulaire.Mais nu nous arrêtons nulle part.Dirigeons-nous, par la rue Sainte-Catherine, vers la rue Saint-Denis.Rue Saint-Denis ou rue Saint-Hubert, rues parallèles et toutes proches, voilà les localités où l'on demeurait volontiers à cette époque.L'église Saint-Jacques coupait la rue Saint-Denis par le milieu.Elle s'ornait ainsi de ce clocher aigu tout comme de spacieuses demeures h sa droite et à sa gauche, toutes ayant quatre ou cinq étages, quelques-unes gardant l'aspect de nobles manoirs avec des façades en « pierre de taille ».et des portiques à colonnes.Les voitures à chevaux, ou les « chars urbains «, ou les « petits-chars » comme on disait alors, y circulaient sur une seule voie.Qui n'aurait profité de ce moyen de transport ?Il se montrait tie si bon ton.Le conducteur du véhicule s'arrêtait, avec une complaisance infinie, où le voulait le piéton, pour monter ou pour descendre, et même il permettait aux charmantes femmes de l'époque d'aller magasiner quelques instants.Les chevaux se reposaient ; puis quand Madame remontait, tout s'ébranlait aux sourires indulgents des autres occupants.La rue Mignonne, la première rue transversale, après Sainte-Catherine, (la rue de Montigny, aujourd'hui), entendait chaque jour, entre trois et quatre heures, les cris de joie des bambines et bambins, quittant le Jardin de l'enfance, eu petit externat des familles du quartier.Eh bien, c'est à cette heure précise que naquit en 173 pouces de neige, s'il vous plaît, cette année 1887, — la plus neigeuse des années neigeuses, — la pré-carrière d'une des bambines de l'école.Cette bambine ne se possédait pas de joie, elle savait lire, lire enfin ! Tout l'univers s'ouvrait devant elle, et non plus seulement son entourage journalier.Tout le monde imaginaire l'appelait, celui des fées, celui îles plus belles histoires du monde.Je partirais à la recherche de ces lieux sans frontières, chaque fois que la course en deviendrait possible.Je me tiendrais si grave et si sage qu'on ne me défendrait point cette chasse délicieuse.Au fond, je n'irais pas très loin, si l'on comptait mes pas, et non les envolées de mon imagination.Non, je me rendrais tout près, rue Sainte-Catherine, et cela comblerait mes vœux.Il y avait là, presque à l'angle de la rue Saint- 6 LA BONNE PAROLE Montréal Denis, un libraire, dont le large écriteau noir avec des lettres d'or portai! le nom de Fauchille.Ses deux vitrines, larges pour ces temps, voilà la première bibliothèque que je connus et dévorai de l'œil, chaque jour, à la même heure, beau temps, mauvais temps, le nez collé à la vitre, les jours île grand gel.Il y avait là, voyez-vous, alignés sur un fil de fer, et donnes en lecture aux passants, six contes tout rutillants tie couleurs, des imageries d'Epinal aux tous violents qui m'éblouissaient.|e les lisais ; je les relisais, jusqu'à ce que le libraire, un petit homme bougon, très économe, s'avisât de les changer.Bientôt, cela ne put me suffire.|e voulus avoir à moi ces histoires captivantes.Je le pouvais sans ruiner mes parents.EH ne coûtaient qu'un sou.Je devins insatiable.|e les accumulai, les classant par histoires terrifiantes, ou par histoires attendrissantes.|e les prêtais beaucoup.Instinct de bibliothécaire ?J'aime à le croire, en tout cas.lire et faire lire sont des tâches île tout gardien de livres qui a le métier dans la peau.Puis les imageries d'Epinal sans perdre leur place de choix.jl les aime encore — cédèrent le premier rang aux livres.|e me pris à frequenter d'autres librairies.Celle, par exemple, de Cadieux et Derome.rue Notre-Dame, près de la rue Saint-Gabriel.Le terrain des belles hi toires s'agrandissait.Les voyages d'explorations prenaient plus d'envergure.L'ambition de ranger livres après livres sur un rayon, me gagna Je revois parfaitement l'intérieur du magasin de Cadieux et Derome.Il y régnait une atmosphère non sans solennité.On circulait à pas feutn croisant un personnel peu nombreux, mais rempli de distinction.Monsieur Cadieux, le chef, le libraire-gentilhomme de l'époque, était là.debout, souriant et accueillant.Avec une pointe de réserve, cependant.On lu parlai! peu.Grand et mince, ses cheveux blancs contrastaient avec ?vêtements toujours noirs et toujours élégants, Il suivait ses clients du regard avec quel art infini ; il paraissait ne jamais poser l'œil sur eu> Il me souriait, mais ne me demandait pas 011 je comptais me C'était une entente sans paroles.Je montais, tout au fond, un I * scalier.|e le montais lentement.Il m'enchantait.|e le trouvais féerique Recouvert en caoutchouc très épais, il comptait à chaque degré de nombreux et larges clous de cuivre, d'un brillant et d'un éclat extraordinair Les jours de soleil, je nie sentais inondée, toute couverte, du rayonnement tie cet or que foulaient mes pieds.Etrange caprice de la mémoire oui enregistra si clairement, un jour, l'image d'un vieux monsieur à cheveux blancs, s'inclinani avec courtoisie près dim escalier clouté ,; non loin d'un large pan où se tassaient des livres roses — un rose fra s jeune, riant.N'abritaient-ils point, derrière leurs feuillets, mon ami le bon petil diable et le tendre François le Bossu.Plusieurs de ces livres tout comme ceux du bon Chanoine Schmidt, ou encore cet Albert nu l'Orphelin catholique, OU cet Allumeur de rêver-hères, tinrent être remplacés.J'en parlais sans cesse, l'en parlais trop.Alors, on voulait lire à son tour.On empruntait.On ne rendait jamais le n'en éprouvais pas de regret.Je faisais aimer ce que j'aimais, ce qui était si fort aimable.Mes amis les livres devenaient les amis de mes amies.El puis, quels sujets intarissables à traiter, à discuter.Chacun avait ses personnages préférés, et « mon auteur préféré » aurait-on pu dire, tout comme pour votre série de conférenciers. Montréal LA BONNE PAROLE 7 Cependant cette pré-carrière se transformait peu à peu.Elle se précisait, s'ajustait clans son cadre propre.Ne pouvant tout acheter et voulant tout lire, je songeai aux bibliothèques, aux véritables cités des livres.J'y pénétrai en qualité d'abonné, mais avec l'attitude d'un fidèle entrant dans le temple.Des bibliothèques, à l'époque de ma jeunesse, i! y en avait, certes.Les couvents avaient les leurs, où l'on admettait quelques élèves avides de belles lectures.Puis, durant les vacances, il y avait l'Institut Fraser, ouvert depuis 1SS5, la bibliothèque du (jcsu, et surtout celle du Cabinet tie lecture paroissial, la bibliothèque Notre-Dame, comme on disait plus volontiers.Créée, en 1884, par les Messieurs de Saint-Sulpice, elle fut un jour aménagée dans la vaste bâtisse du Cercle Ville-Marie, rue Notre-Dame, aujourd'hui démolie, pour faire place à l'édifice Transportation.() la riche collection d'ouvrages qu'on trouvait là ! elle était rangée dans des armoires vitrées, encadrées de beau noyer noir, très ouvré.Elles remplissaient ces armoires, du plancher au plafond, deux larges pans de mur.Cela n'était pas très accessible.Certains ouvrages, parmi les sept ou huit mille qui fraternisaient là, se faisaient attendre.Ils semblaient véritablement descendre du ciel.Vue imposante, témoignage de respect et de vénération ! Mais l'âge pratique restait â venir, cet âge où l'on aurait encore des statues, mais moins de piédestaux.— Il y avait aussi, à côté de la grande salle, une toute petite pièce, une sorte de sanctuaire, remplie des acquisitions nouvelles ties « Vient de paraître ».Le directeur — c'était alors l'abbé Hébert — se la réservait.Un examen, la censure, s'y exerçait.Les deux bibliothécaires, de charmantes et obligeantes personnes, Mlles Picard, me laissaient parfois y pénétrer.|c me sentais, ces jours-là.toute glorieuse.Avidemtnent, vivement, je lisais les titres, je notais dans ma mémoire les ouvrages que je demanderais sans tarder.Je connus ainsi l'atmosphère tie silence, tie paix, de grâce spiri-uielle.que demeure toute vraie cité ties livres.|e n'y étais pas même distraite par deux habitués, qui s'engouffraient sans cesse, eux aussi dans les corridors tie la maison, montaient vivement le large escalier plein d'ombre, puis apparaissaient sur le seuil tie la Bibliothèque.Que île lois j'y croisai ainsi Messieurs Louis-Raoul de Lorimier et Edouard Montpetit.Avant d'écrire leurs beaux livres, ils avaient vécu en la société quotidienne ties chefs-d'œuvre anciens et ties ouvrages des grands modernes.Quels liseurs ! Je m'en porte garant ! — « Nos Messieurs », comme dirait Mgr Olivier Maurault, agissaient une fois tie plus, — en leur qualité tie fondateur tie bibliothèque — comme les seigneurs munificents et dévoués tie l'île tie Montréal.Ma pré-carrière prenait fin dans le milieu culturel qu'ils avaient fait naître, et que devait si heureusement poursuivre la bibliothèque Saint-Sulpice, sous la direction du maître-bibliothécaire, Aegidius Fau-teux.(suite et fin dans le prochain numéro) « HOSANNA AU FILS DE DAVID » « Voici que ton roi vient à toi plein tie douceur, monté sur une ânesse ».« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur».(Evangile de la Bénédiction des Rameaux) s LA BONNE PAROLE Montréal l IMPRESSIONS DE VOYAGE Les lectrices de la Bonne Parole ne parcourront pas sons intérêt ces lignes que nous adresse Madame Joseph-Edouard Perrault, à qui nous avions ouvert les pages de notre revue avant son départ pour un voyage dans le Midi des Etats-Unis.Sheraton Plaza Hotel.Daytona Beach.Floride Chère Madame, Je m'excuse de ne pas vous avoir téléphoné avant mon départ de Montréal niais, en toute sincérité, à cause de la gracieuseté et de la gentillesse que vous avez toujours manifestées à mon égard, j'hésitais à vous dire que je ne pourrais acquiescer à votre demande.En cours de route, je nie suis dit que, la nature m'inspirant, je pourrais peut-être écrire quelques impressions, sous le coup de l'enthousiasme provoqué par les beaux tableaux qui se dérouleraient sous mes yeux.Mais voilà que, rendue ici, les éléments déchaînés m'ont donné raison tie la sage décision prise au départ.Je n'avais jamais visité la Floride auparavant.|e croyais y trouver une végétation exotique abondante, un soleil chaud, réconfortant.Hélas ! ce fut le contraire : froid, vent violent, ciel nuageux, une verdure pour ainsi dire inexistante : quelques palmiers au bord de la mer.séchés par les gels ou tordus par la bise ; bref, j'éprouvai une telle déception que je serais volontiers retournée vers nos « arpents de neige » ! Mais je ne dois pas, en justice, tout décrier.La plage est telle que je l'imaginais, laite d'un sable fin et ferme, s'étendant sur une distance de vingt-deux milles.Les vagues déferlent vu écumant sur cette bordure naturelle assez étonnante.En une saison normale, les touristes, les baigneurs la parcourraient en tous sens, y prendraient leurs ébats à la longue journée ; mais il n'en est rien.On dirige plutôt ses pas vers la ville et, de retour à l'hôtel, un chauffage excellent nous permet d'être à Taise pour lire, causer avec des amis.et oublier la température malencontreuse, tout à fait inusitée à cette époque de l'année.Comme nous sommes loin de la Côte d'Azur, si rayonnante et sympathique.La nature s'est plu à embellir à profusion ce coin de France La Méditerranée si bleue, un ciel qui ne l'est pas moins, puis des îles, des plages de sable ou de galets, ties rochers pittoresques, des montagnes, aux flancs desquelles s'accrochent d'innombrables villas ou.posés sur leurs faîtes, ties vieux bourgs ayant un cachet de mystère.Partout, une végétation variée à l'infini.La Corniche, promenade unique, d'où la vue plonge si loin que l'on croit distinguer les côtes d'Afrique et.sillonnant les flots de cette mer intérieure immense, des barques de pêche, des voiliers, des yachts de luxe dont les cuivre brillent au soleil, et des navires.Et ceci n'est qu'un aspect de cette région de « la belle France » ; il y a l'autre, qui se rattache à l'Histoire celui-là, si prodigieusement intéressant. Montréal LA BONNE PAROLE 9 On dit que les comparaisons sont odieuses ; ce n'est que trop vrai et je mets donc fin bien vite à celle-ci qui a déjà peut-être trop duré.Si lo soleil peut me réchauffer de ses rayons lumineux, je fermerai les yeux sur le paysage et respirerai à pleins poumons l'air vivifiant de l'Atlantique.Avec l'assurance de mes meilleurs sentiments, 14 mars 1947 Madeleine PERRAULT L'ÉTABLISSEMEiNT DES JEUNES (par Jean-Marie Gauvreaii) Sous ce titre général, que précise ta sous-titre : l'artisanat, l'auteur, après avoir rappelé les grands moyens, telle la colonisation, préconisés de longue date pour aider la jeunesse rurale à s'établir, propose un moyen de moindre envergure et encore pru appliqué, mais appelé sans aucun doute à rendre de jrrnnds Berviivs.L'artisanat peut, en effet, permettre ù quantité de jeunes que la terre n'attire pas de rester à la campagne et d'y gagner leur vie dans de petites industries.Adepte convaincu de l'artisanat, M.lean-Mnrio Gauvreau, après en avoir exposé les avantages h lo Semaine sociale de Saint-Hyacinthe, les présente aujourd'hui au public dans une élégante plaquette de l'Œuvre ùVs Tracts.PROCHAINE EXPOSITION D'ARTISANAT Pour mettre en valeur les talents de chez nous et rendre hommage h la Mère canadienne, qui incarne le travail et le dévouement, l'Association professionnelle des Femmes d'affaires tiendra une exposition d'Artisanat dans les salons de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste, 853 est, rue Sherbrooke, Montréal, les 9, 10 et 11 mai prochain.En mettant à exécution ce projet qu'ils caressaient depuis longtemps, les membres de l'Association des Femmes d'affaires veulent honorer les artisans de chez nous et stimuler leurs efforts et leur initiative.C'est à dessein que cette exposition coïncidera avec la Fête des Mères.Madame Françoise Gaudet-Smet, fondatrice de « Paysana », a été chargée de la direction générale et sera secondée par Madame |.-A.Charbonneau, professeur de tissage, technicienne spécialisée et grande animatrice tie l'œuvre artisanale.On obtiendra les renseignements désirés chez Madame |.-A.Charbonneau, 10400, rue Delorimier, DU 3225 ; Madame R.McCutcheon, 8533, rue Foucher, DU.3979 ; el chez Mademoiselle Flore Deschamps, 27b est, avenue Mont-Royal.Les exposants devront faire parvenir leurs exhibits au nom de l'Association professionnelle des Femmes d'affaires, 853 est, rue Sherbrooke, Montréal, les 5, 6 ou 7 mai, en vue de l'exposition qui s'ouvrira le soir du 9 mai, et qui se terminera par une généreuse distribution de prix.La direction se réserve le privilège d'accepter ou de refuser les envois.Le public est cordialement invité à cette exposition, où il aura occasion de témoigner son intérêt et sa sympathie pour notre œuvre artisanale canadienne.On tiendra un comptoir de menus objets : fleurs artificielles, cravates, et autres, qui seront en vente.L'entrée est libre. 10 LA BONNE PAROLE Montréal rà L> • O £ II V R Wd Un premier article sur le service social le définissait : Taction d'une intelligence éclairée et d'un cœur généreux sur les relations humain et les forces sociales, en vue du bien individuel et général, à la lumière des principes et sciences requises
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