La bonne parole /, 1 janvier 1915, avril 1915
LA BONNE PAROLE ABONNEMENTS z Canada et Etats-Unis, SO cts - - - SO cts( Vol.III.ORGANE DE LA FEDERATION NATIONALE SAINT-J EAN-BAPTISTE.AVRIL 1915.No.2.eoOl ETES • RE DE RE ES ABONNEMENTS ET REDACTION : Chambre 14, Monaaeot National, Bovl.St-Laurent, Montréal.Tél.Mab 7122.Hearts de Bureau de 9 h a.m.i 1 h p.m.Lei dames patronnniei des oeorrci mirantes : Institution des Sourdes» Muettes, Ctéche de la Miséricorde, Nazareth, Hôpital Notre-Dame, Hospice St-Vincent de Paul, Hôpital Ste-JuMJne, La Providence et Les Incurables.Fédération paroissiale de : I* Enfant Jésus, Très Saint Nom de Jésus de Maisonnenve, Saint Henri, St-Jean-Baptiste, St-Vlncent-de-Paul, La Nativité d'Hochelaç, .St-Arsèue, Conception, Stc-Catherine, Ste-I'hijomène de Rose- Ste-Hé!êne, [mont, Cercle des demoiselles dcSt- Picrre.Le Foyer.Patronage d'Yonville.Les Ecoles ménagères.Cerc'c d'Etudes Notre-Dame.Association des Institutrices catholiques.Association des employées de manufacture.Association des employées de magasin.Association des employées de bureau.Association des femmes d'affaires.L'Assistance Maternelle.SOMMAIRE Entre nous.\ .Marie Gérin-Lajoic.Chronique des u livres.Causerie.Mme fluguenin.Associons-nous.Marie-Claire Daveluy, Passantes.Lazare Garcia, L'unique regret.//.Maricnlob.Lettres de France.La Noblesse Canadienne.A.Cauillarâ Dftpréê.Notre Courrier.Une belle lettre.Victor Marin.A Lire.Berthe Daly*.L'Hétacombe.ENTRE Dans une récente étude sur le Bill Pérodeau, j'ai ex-|x)sé les caractères généraux de cette loi qui modifie profondément l'ordre des successions en appelant les époux à partager les biens de celui qui prédécède, concurremment avec les enfants ?t les proches parents du défunt.Nous avons constaté que le Bill Pérodeau, tout en laissant subsister une apparente égalité entre l?s époux, protège cependant la femme avant tout, puisque le titre d'héritière chez celle-ci est beaucoup plus efficace que chez l'homme, étant donné que c'est le mari d'ordinaire qui gagne la fortune et laisse une succession avantageuse.D'ail] 'iirs, il ressort des citations que j'ai faites et empruntées au promoteur de la loi lui-même, que le but essentiel des réformes opérées a eu pour objet de favoriser l'épouse et es de nos devoirs difficiles et différents, mais qui se rejoignent."Nous allons donc nous plier — sans que cela nous courbe — à cette permanence de la guerre, en prendre la sainte et grave habitude."Nous ne nous demanderons plus jamais quand cela finira-, Parole vaine, insidieuse et désarmante.Chaque matin nous ne nous jetterons plus avec une fièvre étroite sur le communiqué de la nuit, pour n'avoir pas à repousser un mouvement d'humeur ou de lassitude si nos soldats n'ont pas la.politesse de prendre une avance ('•gai' à celle de nos désirs.Rien ne nous étonnera.Rien ne nous troublera-.Rien ne nous arrêtera.Nous consentirons à savoir et à ne pas savoir.Nous aurons, comme fer, l'optimisme de la- patrie.Nous demeurerons souriants et aimants, fidèles à nos clv^fs et à nos soldats, sûrs d'eux à défaut de nous-mêmes, et nous dirons et nous peuserons que tout ce qu'ils font esl bien, juste, utile, admirable et magnifique, et b?au.et nous aurons mille el mille fois raisons de le proclamer, parce (pie jamais nos louanges, notre amour, notre gratitude fper-due n ! pourront leur décerner les bénédictions qu'ils mé-I ritent.et dont nous voudrions couronner, pour le rendre i invulnérable, leur front glorieux." "Non contente de se montrer pati?nte, la- Franc veut donn?r au monde le spectacle surhumain de "continuer .-a- vie".*t tandis que les Lavedan, les Pagliet, le-; lxiehe-pin.les "Bazin, et tous les autres, écrivant des pages immortelles, dign?s de ces temps antiques où les hommes connaissaient mieux la- douleur que la- joie, il se trouve aussi des femmes qui donnent des leçons de fierté t d'honneur.Cousin*» Yvonne, la fille du grand Sarcoy, dans les "Annales" de chaque semaine, nous livre de son cœur ardent dans des lignes où frémit le plus fier patriotisme.Elle exalte le courage sous toutes ses formes, et voici comment cil» comprend la- façon de vivre pendant la tourmente : "Je crois, — je puis me tromper et j* ne donne mon opinion pour ce qu'elle vaut en sincérité.— je crois que le grand courage, dans certaines épreuves, consiste justement à continuer dignement la vie, en l'adaptant de son mieux aux tourmentes nouvelles."La guerre est un fléau : voilà qui est entendu.Mais elle est aussi une école d'héroïsme, une raison d'orgueil.*t elle ne doit pas imposer au pays les marques d'un deuil national, puisque, aussi bien, elle est une gloire, puisqu'elle se dresse comme un hommage passionné a l'idée la plus belle qui soit au monde : la Patrie ! "Est-ce que la nature ne nous offre pas son exemple de vie perpétuelle?Est-ce que rien s'arrête jamais sur cette terre, quelles que soient les tempêtas, les révolutions ou les cataclysmes?."Après les duretés de l'hiver, le printemps illumine les Montréal — LA BONNE PAKOLE — Avril 1915.Vol.111.No 2.branches de ses bourgeons, et l'oiseau fait son nid sur les arbres que la.foudre a frappés.La vie émouvante, dramatique ei tendre poursuit son cours illassable; le mouvement est la grande loi du monde, et je me demande si, eu arrêtant les manifestations de cette aetion mystérieuse on n • rompt ]>oint quelque chose de l'harmonie universelle."Même aux époques troublées, mon»} aux jours de grande peine, l'olivier tend aux enfants ses rameaux et le soleil ses rayons: des êtres jeunes vivent dans la grâce des illusions, et les vieux s.» souviennent que, sans l'amour, l'existence n'aurait point mérité qu'on la vécût: "Notre idéal veut vivre: il lui faut la lumière, La chaleur et le sang.Il bat du pied le sol.Et c'est parce que l'idéal est toujours d'espérer, de mettre au bout de l'épreuve un beau rêve, qu'il ne faut pas voiler de crêpe la Vie alors qu'élis bat de toutes ses forces, alors qu'elle s'avance dangereusement sur la route saerée de la Justice, alors qu'elle est la "grande' peine du pays de France" et aussi la divine Espérance."Certaines épreuves, comme notre guerre actuelle, demandent à être supportées d'un cœur confiant, même avec un peu d'orgueil ; c'est leur nobless?.Tl ne faut pas qu'en regardant chez nous, l'ennemi soit effleuré de ce soupçon blessant que nous le redoutons; ni qu'il puisse s'imaginer, un instant, que la grande horloge de la-Vie soit arrêtée en France."Non, nous ne l?s craignons pas, les Barbares.Nous jetons nos yeux au-dessus, plus haut, vers la ligne bleue du ciel.Notre horloge, dans la maison bouleversée, tranquillement bat ses tic tic, et c'est ]>ourquoi aux heures mauvaises, plus encore qu'autrefois, nous avons besoin d'entendre les mots qui consolent, de sentir près de nous la- chaleur d » la vie active : c'est quand nous pleurons des Morts, tendrement chéris, que nous |x»nsons aux douceurs de l'unie impérissable; c'?st quand nous voyons du sang, de la boue, des laideurs, (pie nous nous rappelons les choses (pii nous ont toujours émus: les vers, la musique, tout ce qui |>erpétuc le souvenir, tout c?qui est Beauté et Bonté."Oui, j'ai foi dans la poésie: "Elle instruit par témérité, "I^lle allume sa fantaisie "Dans tes beaux yeux, ô vérité! "Continuer la vie sous tous ses as]>eets, sous toutes ses formas heureuses, cela devrait être, il me semble, la grave préoccupation de nos jours.Et la continuer non dans les puérilités passées, non dans les futilités qui, jadis, suffisaient à occuper l'existence d'une femme et sont, aujourd'hui, hors de mise., mais dans le senti-ni iit d'une tranquille confiance, dans la.volonté de garder un peu d'idéal par-dessus les misères qui nous submergent : soigner les blessés, secourir les réfugiés, prendre sous sa protection les abandonnés, assurer la vi?de tout ce qui souffre, voilà la grande tâche à laquelle nous sommes obligés à cette heure et qui exige de l'énergie et un cœur immense.Puis cousine Yvonne, en vraie mere français?, se laisse aller à parler des fils, de ceux qui gagnent les victoires et qui étaient encore hier de tout petits : "Oh ! le douloureux et sublime poême, et quelle lecture résiste iï la comparaison de oelui-là que vivent tous nos enfants!.On comprend qu'ils partent le sourire aux lèvres, car ce n'est pas de vivre qui importe à l'heure tragique qu?nous passons, c'est de bien vivre, c'est de se surpasser, c'est d'être digne de son temps et de la grande épreuve.Ces garçons à qui, tant de fois, les mères ont recommandé les choses les plus puériles: "Ne prends pas froid.Ne rentre pas trop tard.Fais attention aux courants d'airs.", aujourd'hui, s'en vont sous des pluies de feu, donnent sur la terre boueuse et rampent des jours et d?s nuits la baïonnette à la main, le sac au dos, l'enthousiasme dans le cœur, ils traversent des rivières à la nage, un engin meurtrier dans les mains; ils volent au secours de camarades blessés en dépit de la mitraille et, quand ils tombent, frappés mortellement, leur dernier cri est : "Vive la France!" Ah ! les braves, les chers garçons! On s'émeut, en imaginant un de ces poèmes-là., mais on ne plaint pas celui qui l'inspire, car il est bien que les hommes, devant le danger, trouvent de telles ressources d'énergie, de tels élans de courage et gardent quelque chose de l'âme anccstrale des Chevaliers de la Table Bonde.Vous ave/, lu l'histoir-e de ce sergent dont le "Tirez donc!" est beau comme un cri de légende.TI part aux avant-)>ost?s, en reconnaissance, avec quinze hommes.Au détour d'un chemin, il entend du bruit, fait signe à ses compagnons de ne pas bouger et, à pas de loup, seul, s'avance devant l'ennemi.Le voilà qui tombe sur une embuscade: les Allemands, aussitôt, l'entourent, le menacent de mort s'il bouge, s'il prononce le moindre mot capable de donner l'éveil.Et notre sergent, aussitôt, d'appeler à tue-tête: — A moi, les amis, ce sont des Boches.Tirez! Mais tirez donc !.Puis, offrant sa poitrine aux balles françaises, il marche devant ses compagnons en hurlant: "Vive la Fran- ce Ne croyez pas que des traits de ce genre soient exceptionnels, et c'est leur nombre, justement, qui en fait la souverain • chanté.Plus tard, on dira: "Brave comme un soldat de 1014", ou, plutôt : "Brave comme un soldat "Il tourne la tête, et, pendant ce temps-là, l'autre fond de la Guerre Sainte." VA peut-être un jour, viendra-t-il un poète, qui transcrira en vers sonores et tendres ces poèmes vécus, et leur donnera une seconde immortalité.N'est-ce pas encore admirable l'aventure de ce petit ca|x>ral Philipp, qui joint au courage d'un paladin la fertilité d'invention d'un gamin de Paris?.Il fonce sur une crête occupée par les Allemands.— Vous, dit-il aux vingt-cinq hommes qui le suivent, motus.Et, quoi qu'il arrive, ne bougez pas d'ici.On vous r'trouvera demain matin.Toi, ajoutc-t il en s'a-dressant à un copain, viens avec moi.Tu vois, là-bas, la sentinelle?Prends par ta droite: moi, j'enfile par la gauche, et, quand tu te trouveras près du Boche, agite un grand cliquetis d'armes.Naturellement, il criera : "Wchr da?" et tu verras ce que tu verras.Nos deux amis partent, l'un à droite, l'autre à gauche.Le premier organise le charivari ordonné; l'Allemand, surpris, dresse l'oreille et interroge impérativement: — Wehr da?Alors le second fond sur lui, l'embroche, le dépouille de sa défroque et, l'âme quiète, mont?la garde, déguisé en Allemand.Le lendemain matin, ses hommes occupaient une tranchée allemande, et Philippe du 24e d'infanterie, recevait, des mains de son colonel, la médaille militaire.celle-là même qu'on vient d'offrir au roi Albert et à notre cher et grand généralissime Joffre.Il ne l'avait pas volé, son bout de ruban, le petit! avouez-le, cousine.En vérité, le cœur saute dans la poitrine en lisant c*s extraits Vol.III.No 2.laconiques; ils laissent entrevoir des drames, des romans, des héroïsmes et toute l'ardeur généreuse de notre race.! "Ah! oui, ils sont émouvants et magnifiques, les poèmes que dictent nos soldats.]Is font rêver.' Ils font pleurer aussi.Ils racontent l'histoire, la belle histoire de nos enfants." Et la belle histoire des enfants de France, Mesdemoiselles, nous touche et nous émeut plus que toute autre.Certes, nous admirons la Belgique, nous professons à l'égard de son roi héros une façon de culte et nous avons pour sa Reine m?nue et fragile, mais intrépide comme son Roi, une adoration touchante; nous aimons ce peuple qui lût brave jusqu'à l'extrême limite de l'héroïsme; mais plus doux t plus fort que tous ces sentiments, nous tient à l'âme par des liens les plus puissants, l'amour de la France.Notr.3 France ! Car nous l'avons retrouvée telle que nous n'avions jamais cessé de l'espérer, cette France, patrie de nos sublimes ancêtres.Au lendemain delà guerre, elle s'est retrouvée.Finie la- folie! Guérie la fièvre! La voilà qui s'avance si unie, si fiere et si vigoureuse qu'elle donne au monde un exemple» de courage et d'endurancs à nulle autre comparable.Ses fils habitués au luxe, à la vie faeile et libre, se trouvent du jour au lendemain, des soldais, des vrais, de ceux-là mêmes dont s'est glorifié la Gauls antique.Ils savent subir toutes les souffrances, sans une plainte, en héros, et ils prouvent que la race latine ne peut pas démériter, et qu'au jour de lutte, elle s'affirme plus vaillante et plus puissante que toute autre.•Aussi quelle fierté n'est-ce pas vibre en nos âmes, et comme nous sommes heureux de nous sentir de cette race -admirable qui donne la.pleine mesure de sa- force morale, force sublime qui sauvj et rehausse.Lorsqu'il nous parvinrent de navrants détails de la misère de là-bas, nous eûmes un grand élan vers la patrie perdue, mais aimée toujours.Il y avait là, un devoir sacré à remplir, voler vers la mère qui souffrait, et nous avons lancé à tous les cœurs français du Canada un appel vibrant qui reçut bien la.plus passionnée réponse de tendresse que l'on puisse attendre d'un peuple qui se souvient.De partout, jusque du Labrador et des confins du Nord-Ouest, la réponse arriva magnifique.Ce fut une explosion d'amour.C'était le réveil des enfants qui, sachant leur mère heureuse lavait négligée, >t qui, au jour de sa peine, revenaient avec des mots ardents caressants, consolateurs.Vous n'imaginez pas à quel d ?-gré de douceur et d'amour atteignit cette expression de notre sentiment national.TI faudrait lire chaque billet accompagnant le demi million d'articles que les Canadiennes-françaises ont envoyés à leurs sœurs de France pour s'en faire une idée.Le clergé adopta le mouvement, et je reçus des lettres de prêtres sur lesquelles j'ai pleuré.Elles n'exprimaient que de l'amour et de la fierté.1> chagrin et la rancune causés.par les questions religieuses n'existaient plus.On .avait tout oublié devant cette France d'aujourd'hui qui se rachetait d'un seul g?ste.Ce fut grand, profond et sacré, et toute ma vie, si belles que soient les œuvres auxquelles je serai appelée à collaborer, celle de "L'aide à la France" restera l'œuvre aimée par excellence, parce qu'elle m'aura fait connaître le sentiment français de mon pays dans toute sa plénitude et sa dignité.Te vous ai rencontrées, Mesdemoiselles, à cette œuvre admirable qui a sollicité la générosité et l'enthousiasme de votre jeunesse; vous y êtes venins, guidées par la femme de cœur et d'action qui dirige votre association, avec ce 5 taet infini qui vient du cœur, et je suis sûre que vous garderez au fond de votre âme, éveillée aux idées du plus haut patriotisme, le souvenir de ces heures de travail où vous vous êtes senties animées de l'esprit de dévouement et de sacrifice que nos mères françaises possédaient lorsqu'elle vinrent sur cette terre toute neuve du Canada, créer une race.Je voudrais, Mesdemoiselles, que vous gardiez de ces minutes de causerie, une saule impression, mais très vive et très douce ; la fierté de notre sang français.Cette fierté-là, vous l'avez sans doute toujours >eue, mais qu'ello vibre plus que jamais en vos âmes latines, car c'est l'heure des enthousiasmes saints et des orgueils féconds, et il faut que nous comprenions en cette époque de deuil, c'est vrai, mais aussi de renouvellement sacré, quelle dignité confèrent les titres de noblesse que nos ancêtres ont ramassés dans les forêts vierges du Canada, c?s ancêtres qui nous ont apporté de France, une âme courageuse, tendre et fine, qui vibrera éternellement aux idées de fierté, de courage et de générosité.Madeleine G.Hugu-cnin.ASSOCIONS-NOUS ! "Le Moyen-Age a fait fleurir toutes h's formes de.l'Association, depuis la Commune jusqu'à la corporation de métier, et il nous a légué des modèles, auxquels à travers tant de révolutions, nous ne cessons de revenir." Gode froid Kurt h.H élène.Jeanne.Emile.— Etudiant en loi.cousin de Jeanne.Chez Hélène.— Huit heures du soir, en mars.— Petit talon meih blé avec goût, bibelots d'art, reproductions de tableaux de maîtres.— Au centre, une table couverte de.lirres.L'abat-jour vert d'une lampe électrique fait de Vombre ici et b) dans la pièce.— On sonne.Hélène.— (allant ouvrir.) Bonsoir, Jeanne.Tu es exacte.Huit heures sonnent.Jeanne.— (saluant.) L'exactitude est la politesse de Jeanne et des rois.(Se reculant un peu.) Je t'amène mon cousin Emile, Hélène.Un vrai Don Quichotte.Un chevalier sans peur et encore sans reproche.Peut-être nous sera t-il utile dans notre excursion moyenâgeuse ?Emile.— Bonsoir, Mademoiselle.Quelle présentation! Mais je vais être indiscret.Je romps votre tête-à-tête.Hélène.— (gracieux.) Vous n'en romprez certes pas le charme, vous y ajouterez.(Ils entrent.).Jeanne.— Oh ! êtes-vous délicieux ! bouche et cœur! (Contrefaisant leurs voix.) Il rompra,.il ne rompra pas!- Mais, hein, Hélène, quand je te le disait.Quel pourfendeur héroïque! Il rompt déjà quelque chose.Un tête-à-tête! Tu le verras ainsi toute la soirée, la lance au poing, contre les moulins à vent, contre.(essouflée) que sais-je encore! Emile.— (moqueur.) Je ne respecterai, cousine Jehanne, que les moulins à paroles, ces forteresses charmantes, invincibles.Jeanne.— Quelle iiiHulte ! J'en appelle à la dame des céans! Qu'elle m'en lave.(s'arrètant saisie.) ah! nous sommes au Moyen-Age! *4Pas de bain pendant mille ans", s'écrie le suave Michelet.II(Une.— Horreur et erreur, Jeanne.Les établissements d'étlives, au contraire, étaient nombreux et populaires au Moyen-Age.En 1292, à Paris seul, il y en avait plus de vingt-six.Le mot un peu méchant de Michelet est réfuté depuis longtemps.(Tout en causant, elle débarrasse Jeanne de son manteau, de ses fourrures.) Emile.— (taquin.) Aussi, cousine, si tu suivais mes conseils.Combien de fois t'ni-jo dit: "Dofie-toi du suave, du trop suave Michelet." Jeanne.— Me défier, me défier! C'est bon à dire.Je me défie assez des hommes vivants, voilà maintenant qu'il me faut craindre Montréal — LA BONNE PAROLE — Avril 1915. 6 Montréal — LA BONNE PAROLE — Avril 1915.Vol.III.No 2.lea morts.(Joignant les mains, les yeux au ciel.) Oh! pauvres femmes, nobles et éternelles victimes ! Hélène, — (offrant un fauteuil.) Au moins, Jeanne, exhale tes plaintes confortablement, prends ce siège.Emile.— Et ces coussinsl Et ce tabouret! Avouez, demoiselle, que voilà des mauvais traitements tout à fait singuliers?Jeanne.— J'avoue, j'avoue, mais je refuse vos secours.Tiens, Hélène, si tu voulais, nous nous instillerions autour de la table.Mais, vois donc, elle est ronde, bravo ! Soignons la mise en scène, faisons revivre les chevaliers de la Table-Ronde.Emile.— (s* empressant.) Vous n'en avez qu'un, Mesdemoiselles, mais il se multipliera pour vous être agréable.Jeanne.— Oncques n'a vu si galant dameret.[Modestement.) C'est mon élève, Hélène.Emile.— L'élève de Jeanne! Ciel! (résigné.) Mon silence devient de plus en plus galant.Jeanne.— (riant.) Hélène, regarde-le donc, est-il réussi! Le Chevalier de la Triste-Figure en personne ! Allons c'est le temps, montons tous Rossinante, et hop! pour les pays gallo-romains.Allons voir ce qu'y devient le monde du travail.Hélène.— Ton cousin sait ce dont il s'agit, Joanne?Tu lui as résumé nos dernières conversations?Emile.— (sceptique.) Jeanne peut résumer, Mademoiselle?Jeanne.— Et plutôt deux fois qu'une, impertinent Messire.11 admet comme nous, Hélène, la vérité de cette idée d'association.Il avoue ce besoin instinctif de rapprochement (pie nous ressentons tous dans les diverses circonstances impérieuses de la vie.Je l'ai guidé sans peine à travers les lieux communs.Emile.— Et quel guide, Mademoiselle! Une moderne "Béatrice"! Moins éthérée que sa sœur médiévale, avec (craintivement) juste assez de matière pour se mouvoir parmi nous.Jvanne.— (dédaigneuse.) Oh! tu sais, ce dernier mot, tu le chipes à René Doumie.Et puis tes airs dantesques ! Entre toi et Dante, mon petit, il y a plus qu'un abîmo! Emile.— (conciliant.) Oui, ma douce bacheletto, il y a plus qu'un abîme, il y a l'enfer! Ce chef-d'œuvre! Et, sur le salut de mon âme, distance infranchissable! Jeanne.— Enfin, Hélène, il n'a eu (pie des paroles congratulantes.Ililine.— [V Inter rompant.) De grâce, Jeanne, abrège tes mots! Emile.— Oui, enfant, entre deux maux, choisis toujours le moindre.Jeanne.— Quels tympans délicats vous avez! Mettons qu'il te félicite, Hélène, d'avoir surtout insisté sur le besoin d'union si naturel aux travailleurs.Mettons qu'il admire, qu'il trouve très ingénieux, cette façon d'en faire la preuve par l'histoire.Mais, un conseil, sois sur tes gardes.Ce jeune homme est puits de science, on s'y noierait.Et, sur les questions religieuses, quelle somme de connaissances! Un petit saint Thomas d'Aquin ! Tant qu'en matières sociologiques, c'est reconnu, il est aux avant-postes, attentif et vigilant.Bref, chérie, rappelle-toi que tu as ce soir, comme interlocuteur un membre de l'A.C.J.C.Emile.— Mademoiselle Hélène vous me voyez confondu, anéanti, pulvérisé, en face de tels éloges____ inquiétants.Est-ce de la flatterie, de l'ironie?Je succombe sous cette averse de compliments.Jeanne.— Une averse, vraiment, à cett* saison?au Canada?"Mais où sont les neiges d'autan"?Hélène.— Jeanne, tu deviens insupportable avec ta verve maligne et railleuse.Jeanne.— Laisse.Hélène.Te suis n train de faire d'Emile, un mari adorable, (chantonnant un air dUtHcrodiade") "Il est doux, il est bon.*' Emile.— Un mari adorable, adoré me suffirait, cousine.Jeanne.— C'est trop banal.Ça se voit tous les jours.Hélène.— Nous voilà loin du sujet ! Tu diriges bien mal Rossinante, Jeanne.Jeanne.— Prends les rênes, alors.Du reste, nous avions besoin d'un peu de gaieté, tu nous laissais en bien triste posture la dernière fois.Nous pleurions, nous gémissions en face des ruines fumantes entassées par les Allemands,- non les barbares.Ces belles sociétés romaines si utiles, si secourables aux travailleurs, quel sort pénible fut le leur! Emile.— 0 Jeanne, ô cœur pitoyable.nour ceux qui n'ont plus besoin de pitié! Mademoiselle Hélène, j'ignore la rancuno et vous supplie de la consoler, quand bien même vous lui apprendriez qu'en ces temps, hélas! le servage venait succéder à l'esclavage.C'était un léger progrès, une sorte d'adoucissement, du à l'influence toujours grandissante de l'Eglise.Cousine, espère, car l'horizon peu à peu va s'éclairer, les fumées se dissiper, sous la bienfaisante direction des hommes de Dieu.Hélène.— Il y avait tout de même en ces temps, des travailleurs libres, des artisans réunis en corporation*», tels qu'en témoignent certains capitulaires de Dagobert.Jeanne.— (surprise) Le bon roi Dagobert, Hélène, qui s'habillait de si étrange façon?L'auteur de cette mode, mise à l'index par saint Eloi?Emile.— Non, Jeanne, tu confonds, pas mise à l'index, à l'endroit tout simplement.Il {Une.— Il s'agit ici de son petit-fils Dagobert II.Nous le voyons supprimer des abus (pli se glissèrent dans la corporation des boulangers.Ce qui laisse ù supposer l'existence de plusieurs autres corporations.Elles furent probablement la continuation des sociétés de secours mutuels que nous avons remarqués dans la période gallo-romaine.De telles institutions ne disparaissent jamais complètement.Emile.— Et cependant.Mademoiselle, le Père de Pascal nie cette parenté.Il attribue à la seule et toute-puissante influence de l'Eglise, aidée, il est vrai, par certaines nécessités du moment, la formation des splendides corporations moyenâgeuses.Hélène.— Le Père de Pascal n'est pas le seul à nier.La transformation, profonde, radicale des corporations ouvrières, leur lente évolution, à l'ombre vies clochers ou des monastères, donnent droit à cette revendication.Mais.Jeanne.— De grâce, mes agneaux, mettez-vous d'accord sur cette question, et filon.* vers cette époque de splendeurs promise depuis si longtemps.En quel j.iècl?Sous quel roi?En quel pays V» rencontrons-nous?Hélène.— (condescendante.) Mettons pied-à-terre, en France, au XIIle siècle, sous le règne du pieux roi Louis IX.Les corporations ouvrières brillent alors du plus vif éclat.Jeanne.— Sous le règne de Saint Louis! Hélène, tu es un amour! Il est exquis Saint Louis, c'est un des îaints que je préfère! Emile.— Cousine, tu ne te gênes pas en Paradis.Tu vas droit aux majestés ! Jeanne.— (toute à son enthousiasme.) Qu'il est délicieusement humain Saint Louis! Quels touchants subterfuges il invent:', afin de maintenir la bonne entente entre les deux femmes qu'il aime et dont il est adoré: son épouse et sa mère.Son esprit délicat a saisi cette fine nuance: il a compris que fut-on, comme la noble Blanche de Castille, le modèle ries mères et des régentes, on n'en est pas moins à l'occasion, vis-à-vis d'une charmante belle-fille comme Marguerite de Provence, une belle-maman un peu jalouse.Je le trouve ravissant Saint Louis lorsqu'il imagine de faise battre les chiens favoris de Madame sa Mère, afin de la retenir loin de lui, lorsqu'il se rend auprès de sa femme ! Emile.— Profitons de l'extase de Jeanne, Mademoiselle, de ses bonnes dispositions surtout et pénétrons à Paris, dans un de ces nombreux ateliers où l'on "ouvrait" si bien; d'où sortaient ces fins travaux de serrurerie.*, d'orfèveris, ou autres.En existent-ils de semblables de nos jours ! Les six grands corps des marchands se disputaient alors les chefs-d'eruvre, nous n'aurons que l'embarras du choix.Hélène.— Le chef-d'œuvre, cette condition suprême de la maîtrise au Moyen-Age.le mot même est oiiginaire de cette époque.Jeanne.— (sursautant ) Le mot, le mot, l'étiquette pour le moment ! Quelle partialité! Qu'importe l'étiquette pourvu que le flacon garde son essence! Que faites vous, ingrats, des manifestations d'art et de beauté, chez les Grecs et les Romains?Emile.— Jeanne n'a pas le tempérament mystique.Les extases sont courtes.La voilà redescendue bien vite à notre modeste niveau, n'est-ce pas, Mademoiselle Hélène?Jeanne.— C'est que la mémoire d'Hélène m'enchante.Je veux apprendre de sa bouche les noms de six grands corps de marchands.Il en était question entre vous tout à l'heure.Hélène.— Voici pour ton édif'cat'on, petite moqueuse: les dra- Vol.III.No 2.Montréal — LA BO.NNE piers, les épiciers, les merciers, les pelletiers, les bourreliers et les orfèvres.Chacun de ces corps comprena't trois catégories: les maîtres, les compagnons ou ouvriers, et les apprentis.Ils formaient à eux tous, une véritable famille, la famille ouvrière, régie, protégée par de bonnes lois, jugée dans leurs différend», par des arbitres que l'on nommaient gardes ou jurés.Emile.— Je vois, Mademoiselle, que vous connaissez le petit volume très curieux, d'Etienne Boileau, prévôt des marchands do Paris, intitulé: Le livre des métiers.On y trouve consigné, recueilli, les privilèges, us et coutumes des diverses corporations.Jeanne, nous devons l'idée de cette précieuse compilation à Saint Louis, qui se montrait à ses heures, aussi bon légiste que bon époux.Jeanne.— Tu ne me surprends guère.C'est une personnalité unique que celle de ce roi-tertiaire ! Emile.— Mademoiselle Hélène, vous intéresseriez Jeanne, notre petite auditrice très intelligente, ma;s ignorante des choses corporatives, si vous lui parliez des pieuses enfréries que l'on rencontrait au cœur de chaque corporation.Le Moyen-Age fut avant tout un siècle religieux.11 le prouvait à l'occasion.Jeanne.— Le malin! Hélène, j'attendais cette explosion de foi dont je suis le prétexte.(Tristement.) Il mourra chartreux, c'est sûr, cette science, ces devotes tendances, autant d'indices sérieux! Emile.— (amusée.) Tu me regretterais, cousine?Jeanne.— Au point d'avoir à chercher des consolations.auprès des autres! Hélène, — Je n'avais point oublié ces confréries dont le but principal était l'assistance mutuelle et l'édification religieuse.On s'y occupait du soin des malades, de la sépulture des morts, des secours aux indigents Je songeais également aux Saints protecteurs des différents métiers.La plupart de et s patrons célestes s'identifient, même de nos jours, avec certains travaux.Qui ne connaît saint Honoré, patron des boulangers, saint Joseph, celui des menuisiers, sainte Cécile, patronne des musiciens?Nous les voyons lors des démonstrations publiques du temps, représentés sur des bannières, à côté de la devise de chacun des corps de métier.Jeanne.— Merci, Hélène, ton auditrice intelligente, mais ignorante d'après mon subtil cousin, est satisfaite sur ce point.Mais il me semble que tu as joliment fait la part huge aux travailleurs.F.t les travailleuses?Hélène.— Voici, Jeanne, au Moyen-A^e, les femmes étaient également inclues dans les corporations dont j'ai parlé.Rlles pouvaient comme les hommes parvenir à la maiitrise.devenir prend'femmes, maîtresses — gardes ou jurées.Ne vas pas t'effrayer, mais elles votaient aussi, les ouvrières des temps jadis, soit dans les délibérations communales, soit dans les assemblées corporatives.Jeanne.— Kt en ces temps, (pie devenaient les monopoles dans le monde «lu travail?Ne te gène pas.Mon cousin place les femmes-avocats, au même rang que les hommes cuisiniers, ou tailleurs pour dames.11 trouve que cette bonne mère la nature distribue ses «Ions avec beaucoup d'originalité.Hèlent, — Il y eut des monopoles, en notre faveur, par exemple.Edouard III, en Angleterre, au XIV siècle, a interdit aux hommes, l'usage de la quenouille et du fuseau, de peur que les femmes ne perdissent leur gagne-pain.Jeanne.— Honni soit qui mal y pense! Les Hercules ont toujours eu des aptitudes pour filer! Emile.— Aux pieds des Omphales, petite coquette.Le sage Edouard III avait donc plus d'une raison d interdire ce métier au sexe fort.Je l'en admire.tout comme j'admire ta merveilleuse facilité à dire des malices.Jeanne.— Es-tu charmant! Tu m'admires! Au Moyen-Age, je t'aurais vu arborer mes couleurs, peut-être?Emile.— Mais certainement.Jeanne.— Noble jouvenceau, quelle flatteuse évocation historique! Songez quo je deviens Jehanne, l'héroïne de vos couleurs.Hélène.— Bravo, Jeanne, nous finirons sur ce mot, après un dernier hommage à la merveilleuse organisation du travail, en ces temps reculés! L'ouvrier, quoiqu'un peu moins libre qu'aujourd'hui, no connaissait paB les déplorables salaires de famine que nous lui voyons gagner de nos jours.Et la concurrence! Elle n'avait pas, ne pouvait pas avoir le degré d'acharnement qu'y mettent les modernes.Tout était paternellement régi}, ordonné en vue de sauve- PAROLE — Avril 1915.7 - garder les intérêts du plus faible comme du plus fort.Allons, Jeanne, quittons à regret ce rude, mais délicieux et bienfaisant Moyen-Age.A la renaissance, maintenant.Jeanne.— Fort bien.Si nous faisions un peu de musique?Viens barytonner, cousin, ça nous reposera.(Ils se lèvent tous, et se diri-gent vers le piano.) Marie-Claire Duvvhty.- + « » PASSANTES Un instant avant que nous quittions l'église une fillette y était entire, menant devant elle sa petite sœur.Devant le tabernacle elle avait fléchi le genou, puis guidé la génuflexion de l'enfant.Et un moment distrait d* sa prière mon ami avait souri.Dans la- rue, je lui demandai la raison de ce sourire.— Sans doute, lui dis-je, ces deux petites Canadiennes vous ont paru gauches, comparées a vos Parisiennes?—J)u tout, répondit-il, mais l'aînée de ces deux enfants a.évoqué en moi le souvenir de "Geneviève" et erst à cette évocation que j'ai souri.Il n'achevait pas.J'interrogeai: —Geneviève?— Oui.Une )>ctite "Parisienne, précisément.Son image s'est levée dans ma mémoire.Son mouvement a réveillé trois autres fantôm *s endormis.— Une histoire?Un roman peut-être?Suis-je indiscret en vous demandant____?Il éclata de rire: Indiscret! Mais, cher ami, vous vous faites illusion.Il n'y a pas de roman, pas d'histoire!- quatre petits faits insignifiants, sans intérêt sinon pour moi./I// boni tin chemin que je foule Quatre fleurettes ont éclos.C'est tout! ïja lime manque!.je ne leur ai même jamais parlé.J'insistai.Mais encore! Ce sont quatre fleurette de France; 'A j'aime tant la France! — Eh! bien: allons-v.Intitulez: quatre petits ko-maxs PARISIENS.Tant pis pour vous, si le décor tient plus de place que l'action.— ("est.dis-je, la façon même du roman moderne.I.— GENEVIEVE.Comme je vous l'ai dit, je suis provincial; et bien que depuis vingt ans Paris soit resté mon pont d'attache, j'ai gardé mes goûts de Province.Je n'ai jamais quitté le quartier où je m'installai en arrivant.La rue de Sevres, que j'ai arpentée chaque jour, me fut bientôt aussi chère et familière que la Grand'Bue de ma sous-préfecture natale.Bien qu'elle soit une des artères les plus vives de la Hive Gauche, et très affairée, elle gardait la physionomie coutumière des rues de province, bordée qu'elle était de communautés, d'hôpitaux, d'anciens immeubles ouvrant par de vastes porches sur des cours immenses.La maison des Sœurs Vatard, décrite par Huysmans, était sis» rue de Sèvres, et elle n'était pas la seule du genre.Les couvent des Dames de Saint-Thomas de Villeneuve, des Jésuites, des Lazaristes, l'Abbaye-aux-Bois, les 4 'Oiseaux" y prolongeaient leurs façades mortes.Mais il est inutile de me perdre en descriptions.Matin et soir, pendant les cinq ans que dura mon stage de notariat, je descendis et remontai la Rue de Sèvres.Peu à peu les boutiques me furent familières, et même je ne tardai pas en provincial irréductible, a remarquer certaines gens et h m'intéresser i\ eux. 6 Montréal — LA BONNE PAROLE — Avril 1915.Vol.111.No 2.Cost ainsi que je connus Geneviève.Comment se nommait-elle au juste, je n'en sais rien.Je l'appelle Geneviève à cause d'une certaine convenance que je sentais entre ce vocable et sa personne, et par commodité de classement dans mes souvenirs.— Très ingénieux, dis-je.11 ne releva mon interruption que par un sourire légèrement narquois.Evidemment il ne prenait pas au sérieux son invention.Elle pouvait avoir, quand je la remarquai, quinze ou sei/.e ans; cil.1 était déjà distinguée, simplement; avec l'âge, car je la vis grandir, elle devint exquise.Elle portait alors ses cheveux blonds-cendré, vaporeux et d'une nuance délicate, «n grosse tresse sur son dos.Je la rencontrais vers huit heures du matin ; elle allait en classe à l'externat des Oiseaux, et menait avec elle d?ux ou trois petites sœurs.Elle venait par le côté opposé de la.rue, et arrivée en fac?du couvent, elle se tenait sur le bord du trottoir, attentive à faire traverser les enfants, l'une après l'autre, dans une accalmie relative des bruits et mouv?ments de la rue, avec le sang-froid inquiet d'une jeune grande personne.Elle passait ensuite avec la dernière et retrouvait tout» la nichée, saine et sauve, devant le portail de l'école.C'était sans doute une fille d employé.Ses vêtements décelai *nt, avec un souci de bonne tenue, la modestie de sa condition; elle garda jusqu'à l'adolescence, un grand tablier d'écolière.Je vous ai dit que je l'avais vu grandir; elle quitta son sarreau d'enfant; elle ramena ses ch?veux blond-cendré, d'une nuance délicate, en lourd chignon sur sa nuque ambrée et frêle; elle n'allait plus en classe, mais ell ! y conduisait toujours les petites sœurs grandissantes, dont le nombre s'était accru.Puis je ne la vis plus remplir avec son aimable sollicitude sa tâche quasi-maternelle; sa- cadette la remplaçait et guidait la couvée dans la périlleuse traversée de la rue bruyante.Vous concevez (pie ce tableau s'est dessiné sous mes yeux au fur des rencontres, chacune ajoutant ou appuyant son trait, je ne m'étais jamais attardé ni retourné pour la regarder fair?; et l'on m'eût bien surpris si l'on m'avait dit que son attention, absorbée par son devoir, avait pourtant noté mon passage.Il était cependant vrai.Une après-midi d'été.— Etait-ce un dimanche?.Mais je revois avec certitude la lumière dure, réverbérée par le désert d'asphalte que forme autour de Saint-François-Xavier un parvis agrandi par la confluence de quatre avenu?s, et dont je sortis an seuil de l'église.Dans la pénombre fraîche de l'abside, a genoux devant la Vierge, C4eneviêve était là avec une dame qui lui ressemblait comme l'automne au printemps — sa mer?— et exaete-ment la femme distinguée et simple que je m'étais imaginée.A ma vue, Geneviève se pencha vers sa compagne, signalant ma présence comme celle d'un être connu et dont on a souvent parlé.Sa mere me regarda.Ce fut tout.Ce rapide jeu de scène m'avait causé une joie profonde et évidemment disproportionnée à son objet : je m'agenouillai t m'absorbai dans ma prière.Quand je relevai la tête, elles étaient parties; dans la quinzaine je quittai Paris pour deux ans.Je n'ai jamais revu Geneviève.TT.— SUZANNE.Vous savez, dis-je à mon ami qui s'était tu, donn?r un intérêt véritable au moindre incident de rue.Je n'ou- blierai plus votre petite Parisienne.Mais ma curiosité est à vif.Le second roman.—.se déroule aussi rue de Sèvres.Il a pour héroïne une "Suzanne" dont le nom est également fictif.Sou souvenir me laisse un remords; car ce roman est un drame.Suzanne était — du moins je l'ai supposé — une fille de professeur ou de chef de bureau : elle ne sortait pas seule quoique d'après sa mise elle fut de condition moyenne.Pour se» rendre a son cours le matin, elle était aecompagnée par sa mère; elle avait.l'âge ingrat; elle était courte et laide; on inférait, à voir sa mère, que c'était pour la vie.Un visage bouffi, incolore, d'aspect graillonneux : Cendrillon avant le bal.Et pourtant d?ux bons yeux, pitoyables comme ceux d'un chien qui se sent en faute.Nous nous connaissions, elle, sa mère et moi, comme se connaissent des gens qui se rencontrent chaque jour au même endroit.En province qu Jque incident nous eût rapidement amenés a la présentation et au salin.Hue de Sèvres, nous en restâmes au regard échangé.Plût à Dieu ! Mais voici le drame.A Pâques II 'iiries, il se fait â Paris une grande consommation de rameaux.Dès le petit matin, les chevaux ont un brin de buis piqué près de l'oreillère : au sortir de l'église les femmes portent toutes des branches béni-t \s.Non pas les hommes; et il n'est guère, parmi les jeunes gens, que les militants à se montrer dans la rue avec un rameau.Donc, ce dimanehe-là, je sortais avec quelques amis, membres comme moi de l'A.C.J., du 7G de la ru» des Saints Pères, ou nous avions entendu la messe.Nous portions, sans respect humain et sans forfanterie, — sans même, je le crois, y penser, — chacun noir* rameau.Tjcs paroles liturgiques m'avaient profondément ému et un peu à l'écart de mes compagnons, je continuais de les méditer.Tout soudain, je m "> trouvai face â faee avec Suzanne; elle levait sur moi un regard extasié qui m'arracha à mes pen sers.Mais je revenais de si loin, pour me heurt »r au grotesque de ces yeux de bon chien en faute, luisant dans une face lunaire, que le contraste nie fit éclater de rire ;'i son nez.T'ne affreuse douleur bouleversa son pauvre visage, et nous nous dépassâmes.Mais déjà j'étais plus malheureux qu'elle, je reconstituais dans mon ?sprit les acheminements de cette catastrophé: elle était sûrement catholique; elle venait d'aprendre que je l'étais aussi et que je n'en rougissais pas; la vague sympathie qu'ell?accordait au passant s'affirmait en respect pour le chrétien convaincu ; peut-être un reflet de mes religieuses pensé-s, — qui sait?un rayonnement de la communion que je venais de faire — brillait-il sur mon front, visible à ses yeux de croyante sevrée par sa laideur des joies du monde.0 brutal désenchantement! ô ravage impitoyable de ce rêve! Et pourtant je ne l'avais pas voulu.Tout le jour je songeai à réparer ma faute.Mais comment?Rien ne m'autorisait à lui parier, et que lui dire?Que l'écart de nia jxmsée à sa laideur involontairement avait provoqué mon rire?Excuse pire! Je pris le parti d'éviter sa rencontre quotidienne.Elle s'en aperçut, un jour que tardivement je trav?rsais la rue.Un autr?jour, à l'improviste, je la croisai.Elle n'avait pas oublié l'injure, car elle pâlit autant que pouvait le faire sa face blafarde.Te n'ai pas oublié non plus et je Vol.111.No 2.Montréal — LA BONNE PAROLE — Avril 1915.9 garde un remords de ee chagrin d'enfant.— Mais, dis-je à mon ami (pour dire quelque chose), vous n'étiez nullement coupable ! — Avez-vous remarqué, répliqua-t-il, que c'est presque toujours sans le vouloir que nous sommes cruels à notre prochain?____ Apres un silence: Insisterai-je! Vous m'avez promis quatre histoires.— Vous voyez combien tout cela est futile.Le reste l'est davantage.—Qu'importe : Si peau d\\ne m'était conté.Je trouve vos |K*tits récits très intéressants.Il me semble qu'ils me révèlent un?France intime, tout autre que la.France des journaux de modes et de la littérature d'exportation.— Oui, dit-il: Gallia ignota; la France inconnue, la vraie, celle qui l'ait vivre et pardonner l'autre.Je continu?donc."MARIE" Je n'aurais pas gardé le souvenir de "Marie" plus que celui de mille autres passantes, si sa grave image ne se trouvait encadrée, pour ainsi dire, dans les circonstances de ce que j'appelle — à l'imitation de notre maître le Comte de M un — ma.vocation sociale.Et précisément pour vous raconter cette menue aventure, il me faudrait nécessairement entrer dans 1 *s détails de biographie personnelle qui l'ont mis en valeur; je crains de vous fatiguer.— Non, non, ne craignez pas, m'éeriai-je trop heureux de l'aubaine.— "Marie" quittait chaque matin après huit heures l'aristocratique rue de Verncuil et se rendait à l'Abbaye-aux Bois, suivie à distance respectueuse d'une "minuscule gouvernante chargée de sa serviette d'étudiante.Je la croisais ordinairement devant l'Ecole des Ponls-et-Chaussécs.C'était une enfant de grande race, élancée, robuste sous des apparances frêle: elle portait sur un visage régulier et diaphane cet air de noble lassitude qui distingue les filles de sa caste tant que l'existence toute de parade où les astreint leur monde ne les a- pas moralement annihilées.Je l'avais nommée Marie pour sa ressemblance avec une Vierge de l'Ecole Bourgtii-gonne que je voyais souvent au Louvre, bien française, mystique et douloureuse, désenchantée et douce et accueillante.Me voyait-elle, cette patricienne?Pans l'habituel regard dont elle marquait notre rencontre, je crus deviner, un certain jour d'automne que nous nous retrouvAm *s au retour des vacances, comme un reflet de joie paisible.L'exposition est brève; le dénouement tient en un mot; mais c'est ici que pour l'amener, je dois introduire une parenthèse disproportionnée.____Je résume ce qu'alors je me fis expliquer en détail, curieux de m'initier à celt?existence de chrétien vouée aux œuvres : Ron père, notaire en province, avait voulu qu'il lui succédât et continuât ce qu'il appelait la.dynastie.Par esprit de discipline, et bien que ses aspirations le portassent aux œuvres, mon ami s'était rangé aux desseins de son père, lorsqu'au moment de lui céder sa charge, ce dernier était mort, suivant de près sa digne épouse.Un cousin qui portait le même nom que mon ami, et qui venait de terminer son stage, s'était, h point, retrouvé pour conserver à l'étude le nom qui l'honorait depuis un siècle et demi.Cette substitution, qui libérait l'héritier, ne s'était opérée que moyennant un acte ou paraissait toute sa grandeur d'âme et qui mérite â lui seul d'être conté: L'oncle de mon ami, frère aîné de son père, avait commis ce que leur rigide auteur appela une mesalliance ; au lieu de se marier "en bourgeoisie" il avait épousé une fille de tout point accomplie, mais qui gagnait sa vie comme institutrice.Il dû renoncer â devenir titulaire de l'étude, s'éloigner de sa famille.L'on n'avait plus rien su de lui, sinon qu'il était mort peu d'années après, laissant â sa veuve, pour tout douaire, un orphelin.C'est ce cousin, qu'à vingt ans de distance, mon ami retrouva.Sa mère avait héroïquement travaillé pour l'élever dignement; par un secr?t instinct, elle l'avait poussé vers le notariat, bien qu'il n'eût aucun espoir d'acquérir jamais une charge; ainsi providentiellement son fils se trouvait-il préparé à devenir titulaire de cette étude cpii normalement lui fût échue, sans la mésalliance de son père: elle-même entra en maîtresse dans cette maison qui lui avait fermé ses portes au jour de son mariage.Elle était d'ailleurs, m'assura mon ami, parfaitement digne de ce singulier retour des choses.Mais pour être ainsi l'instrument de la Providence, lui-même avait renoncé â retirer du prix de l'étude plus que les intérêts sous forme de rente viagère; il s'était par là voué à la médiocrité.— Mais, concluait-il, j » n'y ai rien perdu, faisant des heureux et conquérant ma liberté.Or, continua-t-il, j'en étais arrivé au moment de réaliser mon projet; mon confesseur avait donné ,non sans de longues oppositions, son placet à ma détermination de célibat et de pauvreté relative; j'étais à Paris pour une journée encore et venais de faire mes adieux au bon Père Tournade, notre aumônier.Dans la cour de l'Ab-baye-aux-Bois, une affluence extraordinaire d'équipages et de visiteurs m'incite à entrer moi-même dans la cha-]K°lle pompeuse et bondée.On célébrait une cérémonie de vêture.La postulante était à genoux dans le sanctuaire, voilée de blanc; on la devinait grande et distinguée; d'ailleurs la qualité de l'assistance révélait assez de quel mond» elle était.Je restai là, m'enivrant de la splendeur de c sacrifice, m'encourageant aussi dans ma résolution de servir le même maître avec tout mon amour.A un certain moment de la cérémonie, avant de pénétrer dans le cloître, la postulante» se retourna pour donner un dernier salut à l'avenir qu'elle méprisait, â sa famille, au monde.Je la reconnus : c'était Marie.Je retins une exclamation; un sibnec divin descendit sur nous.Encore aujourd'hui toute parole me semble indigente auprès de la plénitude d'émotion qui déborda de mon âme â ce dénouement inattendu, si simple et édifiant.Ce fut mon ami qui le premier parla comme s'il eût voulu se soustraire au charme de m'avoir ému.IV.— CHARLOTTE Mon quatrième récit ne vous plaira plus maintenant.Il n'est qu'une mince réplique de l'histoire de Suzanne, et l'involontaire brisement d'une joie d'enfant.Dans la rue large et toute droite, je revois, venant â ma rencontre, les deux écoliers qui jasent et rient.L'une est riche et condescendante; l'autre, pauvre et flattée» d'être l'objet d'une prévenance que lui a sans doute valu quelque gros succès de classe.Tout en elle vibre de la joie du triomphe et du bonheur si rare d'être écoutée et admirée; les yeux brillants, la bouche souriante, et la parole alerte, elle marche allègre, enivrée.Que cette 10 Montréal — LA BONNE PAROLE — Avril PJ15.Vol.111.No î>.heure rachète de déboires intimes! Comme son rayonnement dore les jours mesquins qui l'encadrent! Les d?ux vers du Fabuliste me reviennent à la mémoire: Elle allait d'un pas relève Et faisait sonner ses sonnettes- • Elle n'a.pas de sonnette, mais ses pieds semblent avoir des ailes; ils frétillent et dansent, effleurent à peine l'asphalte ! Hélas! ces petits pieds aigiles sont lamentablement chaussés de bottines hors d'usage, écaillées et roughs.Làkmèl Ton dour regard se voile, Ton sourire s'est attristé; Comme on voit pâlir une étoile, Une ombre assombrit ta "fierté".Oui, tout son bonheur, toute sa joie, tout l'éclat radieux cl?son front couronné, tout l'épanouissement triomphal de la pauvre fleur longtemps privée de lumière, tout s'envole, tout se flétrit, dans l'instant que l'attention du passant, attirée par leur manège vainqueur, se se porte sur les petits pieds chaussés de misère.J'ai souvent prié pour cette enfant, à qui j'ai donné le nom d'une Charlotte connue et qui lui ressemblait.Geneviève, Suzanne, Marie, je suis sûr de les revoir; nous sommes de même famille ; nous nous réunirons dans la maison paternelle après l'exil plus ou moins long.Mais Charlotte?Elle sortait d'un lycée de filles, l'unique fois où je la rencontrai.Etait-elle chrétienne?l/est-elle demeurée?J'ai demandé à mon Dieu que mon souvenir lui soit une sauvegarde et que ma prier?lui obtienne, pour la joie vain3 que je lui ai ravie, la plénière et lumineuse joie où se compléteront toutes destinées.Luxure Garcin.L'UNIQUE REGRET Celui qui n'a pas clé tenté que sait-il?(Ecoli., 34.9.).La- Douleur est la norm • à qui mon existence Par votre main, Seigneur, lut soumise au berceau : Elle a- signé mon iront, comme d'un noble sceau.De sa- triple vertu : bonté, paix et constance.Son œuvre impitoyable :i terrassé ma- chair, M'enseignant le mépris (pic ce limon réclam • : Ses coups ont profané l'arche sacrée où Tame Entoure de respect son rêve le plus cher.J'ai vu passer la mort sur une amitié sainte: D.\s ingrats m'imputer à brigue un tendre accueil ; La calomnie hostile a dépeuplé mon seuil: De la- honte, à longs traits, j'ai savouré l'absinthe.Comme s'il n'était rien de faiblir sous ma croix, Je fus des maux d'autrui le confident facile, Et ma compassion devint le libre asile, Où tous abandonnai Mit leurs propres désarrois.J'ai répandu le baume et j'ai lié les plaies, Je n'ai pas épargné mes larmes, — ni mon sang !— Mon cœur a- défailli, de se voir impuissant A soulager un j>eu les peines les plus vraies; Mais, Dieu bon, maintenant que je vous suis offert, En victime sur qui votre courroux s'apaise, Loin qu'à mon souvenir tant de souffrances pèse, Je n'ai point de regret que d'avoir mal souffert ! IT.Murienlob.Lettres de France Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en mettant sous leurs yeux quelques extraits de lettres intéressantes reçues de France.Voici ce que nous écrit un des Prédicateurs de Carême de Notre Dama (un de ceux qui a laissé le plus profond souvenir d'éloquence évangélique)."Et puis, comment notre cœur de français n'irait-il pas à nos amis Canadiens.Vous partagez si intimement nos épreuves et nos espérances.Tout de suite vous avez été avec nous.Vous avez pensé à notre pays et à nos blessés.Vos soldats sont avec les nôtres et nous conduisons nos malades dans vos hôpitaux.Assurément parmi les épouvantables misères, cette guerre aura eu ses beautés et ses consolations.Ce sera un de ses bienfaits que d'avoir un • fois de plus réuni la vieille et la nouvelle France.Que vous dire de tout ce qui se passe ici.Les nouvelles générales — vous les (NUinaissez, et les détails dont chacun de nous est 11 témoin — ce serait infini à raconter.Je suis infirmier dans un train militaire.Nous menons une vie errante.Nous avons conduit des blessés dans toutes les directions.Nous avons eu jusqu'à la.fin de l'automne, de vraies petites maisons roulantes — des wagons de marchandises transformés en home.On s'y donnait l'impression de chez soi avec un mobilier rudi-mentaire, des gravures, quelque comfort qui plaisait aux blessés.Nous avons maintenant les wagons voyageurs aménagés.Nous transportons 4*2 blessés par wagon, M couchés sur d -s brancards et 28 assis.Ces wagons sont plus anonymes, moins intimes que les premiers, mais ils sont mieux chauffés et éclairés.J'aime cette vie d'infirmier dans un train militaire.Nous prenons l
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